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Col. Abdoulaye MAIGA - Thèse - Doctorat - Science Po

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DOCTORAT DE SCIENCE POLITIQUE

OPTION : SECURITE INTERNATIONALE ET DEFENSE

ABDOULAYE MAIGA

LA CREDIBILITE DE LA COMMUNAUTE ECONOMIQUE DES ETATS D’AFRIQUE


DE L’OUEST DANS SA QUETE DE LA PAIX ET DE LA SECURITE.
Présenté et soutenu le 27 SEPTEMBRE 2011, à 10 Heures.

JURY

DIRECTEUR DE THESE :

- Monsieur Jean Paul JOUBERT

Professeur de science politique à l’Université Jean Moulin Lyon III

Directeur du Centre Lyonnais d’Etudes de Sécurité Internationale et Défense (C.L.E.S.I.D)

CO-RAPPORTEURS :

- Monsieur Fréderic RAMEL


Professeur de Science Politique à l’Université Paris Sud XI

- Madame Dominique BANGOURA


Professeur de Science Politique à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne

SUFFRAGANTS :
- Le Général de Brigade Samballa Illo DIALLO
Directeur du Centre d’Etudes Stratégiques/ Ministère des Affaires Etrangères du Mali.

- Monsieur David CUMIN


Maitre de Conférence-HDR à l’Université Jean Moulin, Lyon III

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DOCTORAT DE SCIENCE POLITIQUE

OPTION : SECURITE INTERNATIONALE ET DEFENSE

ABDOULAYE MAIGA

LA CREDIBILITE DE LA COMMUNAUTE ECONOMIQUE DES ETATS D’AFRIQUE


DE L’OUEST DANS SA QUETE DE LA PAIX ET DE LA SECURITE.
Présenté et soutenu le 27 SEPTEMBRE 2011, à 10 Heures.

JURY

DIRECTEUR DE THESE :

- Monsieur Jean Paul JOUBERT

Professeur de science politique à l’Université Jean Moulin Lyon III

Directeur du Centre Lyonnais d’Etudes de Sécurité Internationale et Défense (C.L.E.S.I.D)

CO-RAPPORTEURS :

- Monsieur Fréderic RAMEL


Professeur de Science Politique à l’Université Paris Sud XI

- Madame Dominique BANGOURA


Professeur de Science Politique à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne

SUFFRAGANTS :
- Le Général de Brigade Samballa Illo DIALLO
Directeur du Centre d’Etudes Stratégiques/ Ministère des Affaires Etrangères du Mali.

- Monsieur David CUMIN


Maitre de Conférence-HDR à l’Université Jean Moulin, Lyon III

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UNITE DE RECHERCHE

CLESID
Centre Lyonnais d’Etudes de Sécurité Internationale et de Défense/ Université Lyon III, Jean
Moulin
15 Quai Claude Bernard/ BP 0638/ 69239 Lyon Cedex 02
Tel : +(33) 04 78 78 70 59
Fax : + (33) 04 78 78 75 25
Mail : clesid@iniv-lyon3.

DIRECTEUR DE RECHERCHE

Le Professeur Jean Paul JOUBERT

Directeur du CLESID, Professeur de Science Politique à l’Université Jean Moulin-Lyon III,


responsable pour l’Université du Master II « Sécurité Internationale et Défense » ;
Responsable du Master II « Politiques et Stratégies d’Action Publique Internationale ».

5
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A MON PERE ET MA MERE :

LE GENERAL DE BRIGADE CHEICK FANTA MADY MAIGA ET MME


MAIGA KADIDIA MAIGA.

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REMERCIEMENTS

Nos vifs remerciements sont adressés au Professeur Jean Paul Joubert, qui a
accepté de diriger cette thèse et n’a ménagé aucun effort pour nous apporter
son soutien constant et indéfectible, tout au long de mes études en France.

Nous remercions également les membres du jury, qui ont bien voulu, nous
honorer de leur présence et émettre des observations éclairées sur la présente
thèse.

Nous adressons notre reconnaissance à : l’Inspecteur Général de Police


Anatole Sangaré et famille ; Mme Maïga Adam Sangaré ; Papi ; Alassane et
Seïni ; Dina ; Cheick et Anna ; le Professeur Massaër Diallo, Soumana
Boubacar… A tous ceux qui ont concouru de près ou de loin, à l’élaboration de
ce travail.

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« Un enseignant demande un jour à ses étudiants : « quand peut-on dire que la nuit s’achève et
que le jour se lève ?

Quatre d’entre eux répondent tour à tour :

La nuit s’achève lorsqu’on y voit plus clair autour de soi et en soi,

La nuit s’achève lorsque dans la rosée du matin on cueille le souffle du monde,

La nuit s’achève lorsqu’on a diplômes, métier, argent, et surtout santé, amitié, amour,

La nuit s’achève lorsque les enfants du monde, souffrent moins et lorsque toutes les personnes
seront réunies un jour au paradis, s’il existe.

Oui, dit l’enseignant, mais réfléchissez-encore.

Après un silence une petite voix se risque : je crois que la nuit s’achève et que le jour se lève
lorsqu’on distingue un être humain d’un arbre, un arbre d’un canon, un canon d’une charrue,
une charrue d’un morceau de pain.

Oui, dit l’enseignant, mais réfléchissez-encore.

Quatre étudiants répondent tour à tour :

Le jour se lève quand on ne distingue plus l’arbre malade de celui qui va bien puisque tous
respirent,

Le jour se lève quand on ne distingue plus un canon d’une charrue puisque tous les canons ont
été transformés en charrues,

Le jour se lève quand on ne distingue plus les pauvres des riches puisque tous ont assez de
pain,

Le jour se lève quand on ne distingue plus ceux qui sont commandés de ceux qui commandent
puisque tous décident.

Ainsi, dit l’enseignant, se connaitre, être, avoir, aimer, moins souffrir, construire et vivre un
monde durable, pacifique, équitable, démocratique… tout cela- et bien de choses encore-fait
que la nuit s’achève et que le jour se lève. Peut-être pourrait-on simplement ajouter que la nuit
s’achève et que le jour se lève lorsqu’on peut voir dans le visage de chaque être humain celui
d’un frère ou d’une sœur. Alors la nuit s’achève, l’aube apparaît, une aube d’humanité »

Source : LAVIELLE Jean-Marc, Relations internationales, ellipses 2003, p 4.

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RESUME EN FRANÇAIS

La Communauté Economique des Etats d’Afrique de l’Ouest est une organisation


internationale qui s’est très tôt impliquée dans le maintien de la paix et de la sécurité. Elle a
entrepris des interventions militaires dans certains Etats ouest-africains, comme le Libéria, la
Sierra Léone, la Guinée Bissau, dans les années 1990. A partir de 1999, la CEDEAO a
procédé à une réorientation stratégique en matière de sécurité. Celle-ci s’est manifestée par
l’adoption d’un nouveau mécanisme de sécurité visant à placer l’individu au cœur des
préoccupations sécuritaires. Le nouvel objectif de la CEDEAO est de réaliser la sécurité
humaine au profit des citoyens ouest-africains. Il se trouve que la réalisation de la sécurité
humaine nécessite des moyens économiques et financiers, or les Etats ouest-africains sont
parmi les plus pauvres du monde. Aussi, depuis l’adoption du nouveau mécanisme de
sécurité, la CEDEAO rencontre de plus en plus de difficultés à concrétiser les nobles
recommandations et principes contenus dans son ordonnancement juridique, dans un contexte
marqué par l’accroissement des menaces militaires contemporaines et des menaces non
militaires.

Après plus de 30 ans d’expériences dans le processus d’intégration, n’est t-il pas désormais
évident que la réussite de l’organisation dans le maintien de la paix et de la sécurité est
intimement liée au progrès accompli dans l’intégration économique ? La faiblesse des
perspectives économiques des Etats de la CEDEAO n’appelle-t-elle pas à modifier la stratégie
d’intégration de la CEDEAO ? L’adoption du fédéralisme à l’échelle ouest-africaine ne peut-
elle pas constituer une voie salvatrice pour la CEDEAO ?

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14
RESUME EN ANGLAIS

The Economic Community of West Africa is an international organization that was involved
very early in the peacekeeping and security. It undertook military intervention in some West
African states, like Liberia, Sierra Leone, and Guinea Bissau. In 1999, ECOWAS has made a
strategic shift in security. This was manifested by the adoption of a new security mechanism
to place the human at the heart of security concerns. The new objective of ECOWAS is to
achieve human security for the citizens of West Africa. It turns out that the realization of
human security requires economic and financial means, or the West African states are among
the poorest in the world. Also, since the adoption of the new security mechanism, ECOWAS
meeting more and more difficult to achieve the noble principles and recommendations
contained in its legal system, in a context of increased of contemporary military and non
military threats.

After over 30 years of experience in the integration process, is there not now clear that the
success of the organization in peacekeeping and security is closely linked to progress in the
economic integration? The weak economic outlook states of ECOWAS calls does not change
the strategy of integration of ECOWAS? The adoptions of federalism across West Africa
cannot it be a way of salvation for ECOWAS?

15
16
MOTS CLES

AFRIQUE DE L’OUEST ; SECURITE REGIONALE ; INTEGRATION ;


MAINTIEN DE LA PAIX ET DE LA SECURITE ; BONNE
GOUVERNANCE ; SECURITE HUMAINE ; PROSPECTIVE ;
FEDERALISME ; PRIVATISATION DE LA VIOLENCE ; FRAGILITE
ETATIQUE ; REFORME DU SECTEUR DE LA SECURITE

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MOTS CLES

WEST ARICA ; REGIONAL SECURITY ; INTEGRATION ;


PEACEKEEPING AND SECURITY ; GOOD GOVERNANCE ; HUMAN
SECURITY ; PROSPECTIVE ; FEDERALISM ; PRIVATIZATION OF
VIOLENCE ; STATE FRAGILITY ; REFORM OF SECURITY SECTOR

19
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SIGLES ET ABREVIATIONS

AFL: Armed Forces of Liberia/Forces Armées Libériennes

AQMI : Al-Qaïda au Maghreb Islamique

CEDEAO: Communauté Economique des Etats d’Afrique de l’Ouest

CEEAC : Communauté Economique des Etats d’Afrique Centrale

CSAO : Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest

DDR : Désarmement, démobilisation et Réinsertion

ECOFORCE : Force de la CEDEAO déployée en Côte d’Ivoire

ECOMOG : Economic Community of west African States Cease-fire Monitoring Group/


Groupe de surveillance du cessez-le-feu de la CEDEAO

ECOSAP : Programme de Contrôle des armes légères de la CEDEAO

FCFA : Franc de la Communauté Financière Africaine

FPI : Front Populaire Ivoirien

GAFI : Groupe d’Action Financière Internationale

GIA : Groupe Islamique Armé

GIABA : Groupe Intergouvernemental d’Action contre le Blanchiment d’Argent

GSPC : Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat

GTIA : Groupement tactique Interarmées

IGAD : Intergovernmental Authority on Development- Autorité Inter-gouvernementale de


Développement

INFP : Independent National Patriotic Front/ Front Patriotique pour l’Indépendance Nationale

LBC/FT : Lutte contre le Blanchiment des Capitaux/Financement du Terrorisme

LPC : Liberian Peace Council/ Conseil de Paix Libérien

LURD : Liberian United for reconciliation and Development/ Libériens unis pour la
réconciliation et la démocratie
MILOCI : Mouvement Ivoirien pour la Libération de l’Ouest de la Côte d’Ivoire
MPCI : Mouvement patriotique de la Côte d’Ivoire

21
M.P.J : Mouvement pour la Paix et la Justice

MPIGO : Mouvement Patriotique Ivoirien du Grand Ouest


MODEL : Movement for Democracy in Liberia/ Mouvement pour la Démocratie au Liberia
MONUL : Mission d’Observation des Nations Unies au Libéria
NEPAD : New Partnership for Africa's Development/ Nouveau Partenariat pour le
Développement de l’Afrique

NPFL: National Patriotic Front of Liberia/ Front Patriotique National du Libéria

ONG : Organisation Non Gouvernementale

ONU : Organisation des Nations Unies

OTAN : Organisation du Traité de l’Atlantique Nord

OUA : Organisation de l’Unité Africaine

PCASED : Programme de Coordination et d’Assistance pour la Sécurité et le Développement

PCIAT : Poste de Commandement Interarmées Tactique

P.D.C.I. : Parti Démocratique de Côte d’Ivoire

PIB : Produit Intérieur Brut

PNUD : Programme des Nations Unies pour le Développement

R.D.R : Rassemblement Des Républicains

RUF : Revolutionary United Front /Front Révolutionnaire Uni

SADC : South African Development Community/ Communauté de Développement d’Afrique


Australe

SDN : Société des Nations

UMA : Union du Maghreb Arabe

UEMOA : Union Economique et Monétaire Ouest Africaine

ULIMO: United Liberation Movement for Democracy in Liberia/ Mouvement Uni de


Libération pour la Démocratie au Libéria

UNESCO : United Nations Educational, Scientific and Cultural Organization /Organisation


des Nations Unies pour l’Education la Science et la Culture

U.P.R.G.O : Union des Populations pour la Résistance du Grand Ouest

URSS : Union des Républiques Socialistes Soviétiques


22
SOMMAIRE

UNITE DE RECHERCHE ...................................................................................................................... 5

DIRECTEUR DE RECHERCHE ........................................................................................................... 5

A MON PERE ET MA MERE................................................................................................................ 7

REMERCIEMENTS ............................................................................................................................... 9

RESUME EN FRANÇAIS .................................................................................................................... 13

RESUME EN ANGLAIS ...................................................................................................................... 15

MOTS CLES ......................................................................................................................................... 17

SIGLES ET ABREVIATIONS ............................................................................................................. 21

INTRODUCTION GENERALE ........................................................................................................... 25

Vue d’ensemble ..................................................................................................................................... 25

Intérêt du sujet ....................................................................................................................................... 45

Problématique ....................................................................................................................................... 48

Méthodologie ......................................................................................................................................... 51

Les limites.............................................................................................................................................. 53

Les promesses ........................................................................................................................................ 54

Chapitre 1 : Le fondement du mécanisme initial de sécurité de la CEDEAO....................................... 55

Section 1 : L’architecture du mécanisme initial de sécurité de la CEDEAO .................................... 55

Section 2 : L’avènement du conflit libérien ...................................................................................... 64

Chapitre 2 : L’intervention de la CEDEAO dans le conflit libérien ..................................................... 83

Section 1 : La gestion improvisée du conflit libérien ........................................................................ 83

Section 2 : Le bilan mitigé de l’intervention de l’ECOMOG dans le conflit libérien ...................... 97

Chapitre 3 : Le nouveau mécanisme de sécurité de la CEDEAO ....................................................... 115

Section 1 : Le protocole relatif au mécanisme de prévention, de gestion, de règlement des conflits,


de maintien de la paix et de la sécurité : source principale du nouveau mécanisme ....................... 116

Section 2 : L’application du nouveau mécanisme de sécurité ......................................................... 143

23
Chapitre 4 : L’amélioration de la gouvernance : appui au protocole relatif au mécanisme de
prévention, de gestion, de règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité ................ 159

Section 1 : L’établissement de la Cour de Justice de la CEDEAO : ............................................... 162

Section 2 : L’implication de la CEDEAO dans l’observation électorale ........................................ 176

Chapitre 5: La lutte contre la prolifération des armes légères : appui au protocole relatif au mécanisme
de prévention, de gestion, de règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité. ........... 185

Section 1 : Les conséquences de la prolifération des armes légères et de petit calibre ................... 186

Section 2 : La stratégie adoptée par la CEDEAO pour lutter contre la prolifération des armes
légères.............................................................................................................................................. 192

Chapitre 6 : Le nouveau mécanisme de sécurité de la CEDEAO à l’épreuve des conflits internes .... 203

Section 1 : La CEDEAO face au conflit ivoirien ............................................................................ 203

Section 2 : La résurgence des rébellions armées dans l’espace CEDEAO...................................... 227

Chapitre 7 : Le nouveau mécanisme de sécurité à l’épreuve du terrorisme ........................................ 241

Section 1 : Le terrorisme Salafiste .................................................................................................. 241

Section 2 : Le Boko-Haram ............................................................................................................. 258

Chapitre 08 : Le nouveau mécanisme à l’épreuve de la gouvernance politique dans l’espace CEDEAO


............................................................................................................................................................. 263

Section 1: Les cas d’atteintes à la démocratie : ............................................................................... 263

Section 2: L’avancée de la bonne gouvernance .............................................................................. 272

Chapitre 09 : L’avenir de la CEDEAO dans sa quête de la paix et de la sécurité : ............................. 279

Section 1 : L’analyse structurelle de l’Afrique de l’Ouest .............................................................. 279

Section 2 : L’indispensable renforcement du rôle de la CEDEAO dans sa quête de la paix et de la


sécurité. ............................................................................................................................................... 308

Chapitre 10 : Les mesures correctrices pour un avenir radieux de la CEDEAO................................. 325

Section 1 : La réforme du secteur de la sécurité : mesure à court terme ......................................... 325

Section 2 : L’adoption du fédéralisme régional comme nouvelle stratégie d’intégration ............... 331

CONCLUSION GENERALE ............................................................................................................. 343

TABLE DES ANNEXES .................................................................................................................... 347

TABLE DES MATIERES................................................................................................................... 423

24
INTRODUCTION GENERALE

Vue d’ensemble :
De l’expulsion d’Adam et d’Eve du jardin d’Eden comme source d’insécurité terrestre :
« (…) tu as mangé de l'arbre au sujet duquel je t'avais donné cet ordre : Tu n'en mangeras
point ! Le sol sera maudit à cause de toi (…) Et l'Éternel Dieu le chassa du jardin d'Éden… »1.
A la lecture de ces deux passages de la bible, il ressort le désespoir pour l’humanité. En effet,
la colère divine suite à la désobéissance d’Adam et d’Eve peut légitimement être considérée
comme le début du malheur humain. La malédiction du sol ne se traduit-elle pas par la guerre,
la famine, les maladies, l’insécurité d’une façon générale.
De la non-acceptation des conséquences de l’expulsion d’Adam et d’Eve du jardin d’Eden :
fondement des stratégies de paix :
Toutefois, les sanctions infligées à la descendance d’Adam et d’Eve par dieu, n’ont
pas empêché cette dernière à réfléchir à différents moyens, pour que son séjour sur terre, en
attendant le repos éternel, puisse être moins douloureux et moins pénible. Il s’agit là, pour
l’humanité de refuser la fatalité. Parmi les entreprises les plus célèbres imaginées par
l’Homme, pour apaiser sa souffrance terrestre, figurent les stratégies de paix visant à mettre
fin aux conflits opposant les humains entre eux, les conflits eux-mêmes étant une preuve de la
malédiction divine.
En effet, il est impossible de déterminer avec exactitude la date à laquelle, les
Hommes ont tenté de mettre fin à leur querelle, de la même façon qu’il est impossible de
déterminer la date du déclenchement des conflits entre les humains, la guerre et la paix sont
inhérentes à la nature humaine.
Ces deux passages de la bible justifient que l’homme soit condamné à la quête
perpétuelle de la paix et la sécurité, sans jamais réussir à l’obtenir, car faisant l’objet de la
sanction divine. A défaut de concrétiser la paix et la sécurité, des mécanismes ont été
imaginés pour tendre vers plus de paix et plus de sécurité : stratégie de paix.

1
Genèse 3. 17 et 3.23 du nouveau testament, la même version se trouve dans le coran, « sourate
de la vache, versets 34 », toutefois, c’est la version biblique qui se prête le plus à l’objectif de cette
thèse, à savoir l’évocation de la malédiction sol.
25
L’institutionnalisation des mécanismes de paix :
Cependant, en faisant abstraction des initiatives individuelles de règlement des
conflits, trop nombreuses pour être étudiées, il est à noter, que les mécanismes conçus pour
quêter la paix et la sécurité, ont commencé à être institutionnalisés avec la création de la
Société Des Nations, en 1920. La SDN a été crée à la suite de la première guerre mondiale.
Pendant ce conflit, les Hommes se sont entre-tués à hauteur de 23 millions de morts, du 28
juillet 1914 au 11 novembre 1918. Ce conflit s’est singularisé de tous ceux qui l’ont précédé,
par sa durée, son extension géographique, le nombre de belligérants qu’il a opposés, le
nombre des victimes et l’ampleur des destructions qu’il a engendrées. Par ailleurs, la pression
des opinions publiques, résumée par l’expression « Plus jamais ça » accrédite l’idée que la
sécurité des Etats, organisation politique regroupant des humains, doit être garantie dans un
cadre collectif permettant d’instaurer un ordre international, pour mettre fin aux velléités
bellicistes des États. Déjà en 1918, le Président américain Wilson, dans sa déclaration en
quatorze points2 a proposé des solutions pour éviter d’autres guerres mondiales.
L’idée de la sécurité collective, c'est-à-dire que : « la paix doit être assurée par tous,
pour tous, contre tous et avec tous […] quand l’un d’entre eux portent atteinte au pacte
(notamment par une agression), les autres se ligueront pour les sanctionner et les ramener

2
C’est le nom donné à un discours du président américain Woodrow Wilson prononcé le 8 janvier
1918 et énumérant 14 points pour éviter le déclenchement d’une autre guerre mondiale, il s’agit
des points suivants :
La disparition de la diplomatie secrète et des accords de paix ouvertement négociés ; La liberté
absolue de la navigation sur mer ; La suppression des barrières économiques et l’établissement de
conditions commerciales égales pour toutes les nations ; La réduction des armements ; L’étude
des revendications coloniales conformément aux intérêts des populations ; La réorganisation de la
Russie sous un Gouvernement librement choisi par le peuple ; L’évacuation, la restauration,
l’indépendance absolue de la Belgique ; L’évacuation du territoire français ; la réparation du tort
fait à la France par la Prusse en 1871 par la prise de l’Alsace-Lorraine ; Le réajustement des
frontières italiennes suivant une ligne des nationalités clairement reconnaissable ; Le
développement autonome des peuples d’Autriche-Hongrie ; L’évacuation de la Roumanie, de la
Serbie, du Monténégro ; l’accès de la Serbie à la mer ; L’autonomie des peuples non turcs de
l’Empire ottoman ; La constitution d’une Pologne indépendante avec des territoires habités par
une population incontestablement polonaise et ayant accès à la mer ; La formation d’une Ligue
des Nations qui devra fournir une garantie réciproque d’indépendance politique et territoriale à
tous les petits États.

26
dans le droit chemin »3 ou que : « Tous doivent être concernés par les problèmes de sécurité
de chacun»4, constitue la genèse de la Société des Nations.
L’institutionnalisation du mécanisme de quête de la paix et de la sécurité, symbolisée
par la Société Des Nations a impliqué, outre une pérennité, plusieurs considérations juridiques
et politiques. La Société Des Nations a été créée par une charte qui lui confère une
organisation et un fonctionnement.
Le pacte comportait 26 articles. L’administration de la Société des Nations était
constituée par une Assemblée, un Conseil et un Secrétariat. L’Assemblée se réunissait
annuellement à Genève, elle était constituée de trois représentants par État membre, lesquels
possédaient chacun une voix. Le Conseil se composait de cinq membres permanents : la
France, le Royaume-Uni, l’Italie, le Japon, la Chine ; et de membres non permanents, élus par
l’Assemblée pour trois ans. Le Conseil se réunissait au moins trois fois par an, afin de
débattre de la réduction des armements et des problèmes politiques. Les décisions étaient
prises à l’unanimité. Le Secrétariat, dirigé par un Secrétaire Général, traitait des tâches
administratives.
Le mécanisme de la sécurité collective au sein de la SDN était basé, essentiellement
sur les articles 10 et 16 du pacte de la SDN. Deux articles consacrant le principe de solidarité
en cas d’agression.
Article10 : « les membres de la société s’engagent à respecter et à maintenir contre toute
agression extérieure l’intégrité territoriale et l’indépendance politique présentes de tous les
membres de la société. En cas d’agression, le conseil avise aux moyens d’assurer l’exécution
de cette obligation ».
Article 16 : « Si un Membre de la Société recourt à la guerre, contrairement aux engagements
pris […] il est ipso facto considéré comme ayant commis un acte de guerre contre tous les
autres Membres de la Société. Ceux-ci s'engagent à rompre immédiatement avec lui toutes
relations commerciales ou financières, à interdire tous rapports entre leurs nationaux et ceux
de l'Etat en rupture de pacte et à faire cesser toutes les communications financières,
commerciales ou personnelles entre nationaux de cet Etat et ceux de tout autre Etat, Membre
ou non de la Société.

3 MOREAU DESFARGES Philippe, « de la SDN à l’ONU », in Pouvoirs n° 109, Avril 2004,


éditions du seuil, p 17
4 SUR Serge, « la sécurité collective », in dictionnaire de stratégie, S.dir DE MONTBRIAL Thierry
et KLEIN Jean, Presses Universitaire Française, octobre 2000, pp 503-509.
27
En cas d’agression, le Conseil a le devoir de recommander aux divers Gouvernements
intéressés les effectifs militaires, navals ou aériens, par lesquels les Membres de la Société
contribueront respectivement aux forces armées, destinées à faire respecter les engagements
de la SDN.
Les Membres de la SDN se prêtent un appui mutuel, pour résister à toute mesure
spéciale dirigée contre l'un d'eux par l'Etat en rupture du pacte. Ils prennent les dispositions
nécessaires pour faciliter le passage à travers leur territoire des forces de tout Membre de la
SDN qui participe à une action commune, pour faire respecter les engagements du pacte.
Peut être exclu de la SDN, tout membre qui s'est rendu coupable de la violation d'un
des engagements résultant du Pacte. L'exclusion est prononcée par le vote de tous les autres
Membres de la Société représentés au Conseil.
La SDN a bénéficié d’un climat favorable pour sa mise en place, elle a eu des succès
dans la résolution pacifique de quelques conflits mineurs, notamment la résolution du conflit
opposant en 1921 la Finlande et la Suède à propos des îles d’Åland (Ahvenanmaa) ; ou bien
en 1925, le règlement du différend concernant la frontière commune de la Grèce et de la
Bulgarie. Cependant, l’activité de la SDN s’est soldée par un échec, les raisons sont multiples.
À partir de 1930, les tensions internationales se sont aggravées avec la montée des
nationalismes. Plusieurs conflits régionaux éclatent : le Japon envahit la Mandchourie en
1931, l’Italie se lance à la conquête de l’Ethiopie en 1935, l’Allemagne annexe
successivement l’Autriche en 1938, la Tchécoslovaquie puis la Pologne en 1939. Par ailleurs,
certaines grandes nations, comme les États-Unis d’Amérique n’ont jamais siégé à la SDN,
suite au refus du Congrès américain de ratifier le traité de Versailles.

La SDN assista impuissante à la montée des périls qui vont déboucher sur la seconde
guerre mondiale, aux conséquences plus graves que la première, eu égard les pertes en vies
humaines, qui ont atteint plus 40 millions de morts, et les dépenses financières chiffrées à des
centaines de milliards de dollars.
Avant même la fin de la seconde guerre mondiale, les alliés ont pris conscience de la
nécessité de mettre en place une structure mondiale capable de maintenir la paix et la sécurité
internationales, la première étape dans cette initiative a été la signature de la charte de
l’atlantique en 1941, par le Président Roosevelt des Etats-Unis et le Premier Ministre
britannique Churchill, celle-ci permettra ensuite, la signature de la charte des Nations Unies,

28
le 26 juin 1945, à San Francisco, par les représentants de 50 Etats. La charte comporte 16
chapitres et 111 articles, elle énumère un ensemble de règles de conduite destinées à assurer la
sécurité internationale et la paix. La Charte de l’ONU a également été construite à partir du
concept de sécurité collective5.
La nouvelle organisation, basée à New York, comprend 6 organes principaux :
l’Assemblée Générale, le Conseil de Sécurité, le Secrétariat Général, le Conseil Economique
et Social, le Conseil de Tutelle, la Cour Internationale de Justice et plusieurs institutions
spécialisées. Celles-ci sont chargées de la coopération intergouvernementale, en dehors du
domaine politique. A la différence de la SDN6, l’ONU a introduit une nouveauté, qui consiste
à coopérer avec les Organisations Régionales dans le maintien de la paix et de la sécurité,
cette nouveauté est désignée par l’expression : régionalisation de la sécurité.
Le développement de la régionalisation de la sécurité :
La reconnaissance du rôle des Organisations Régionales dans le maintien de la paix et
de la sécurité internationales a suscité des controverses, depuis la création de la SDN. Le
Président Wilson, qui était attaché à la Société Des Nations, était contre tout projet qui
s’inscrirait en dehors d’un cadre universel, la SDN était considérée comme : « expression de
son grand dessein d’universalité, qui bannissait à tout jamais les alliances »7.
Entre les vœux et la réalité, il y a tout un fossé, devant l’opposition du Président
français Georges Clemenceau, qui tenait aux systèmes d’alliances8 et la pression de
politiciens américains, soucieux de préserver la doctrine Monroe, la conception absolue de
l’universalisme été mitigée. L’article 21 du pacte de la SDN précisait que : «Les engagements
internationaux, tels que les traites d'arbitrage et les ententes régionales, comme la doctrine de

5SUR Serge « la sécurité collective : une problématique », colloque les Nations Unies en 2005,
Sénat, Salle Monnerville, 6 juin 2005 pp 1
6 Le phénomène d’existence d’accords entre des Etats en dehors d’une Organisation
Internationale, existait à l’époque de la SDN, il s’agissait des ententes régionales, basées sur des
alliances entre des Etats. Le phénomène d’entente régionale a joué un grand rôle dans le
déclenchement de la seconde guerre mondiale, du fait de l’alliance entre l’Allemagne, l’Italie e le
Japon, qui ont signé entre eux le pacte antikomminterne, le 06 Novembre 1937, puis le pacte
germano-italien du 22 mai 1939, la responsabilité de ces Etats sera prouvée dans l’éclatement de
la seconde guerre mondiale.
7 SABA Hanna, « Les accords régionaux dans la Charte de l’ONU », Recueil des Cours de
l’Académie de Droit International 1952- I, tome 80, p.649 ;
8KAMTO Maurice, « Le rôle des “accords et organismes régionaux” en matière de maintien de la
paix et de la sécurité internationales à la lumière de la Charte des Nations Unies et de la
pratique internationale », in Revue Générale de Droit International Public 2007, vol.111, n°4, pp
774.
29
Monroe, qui assurent le maintien de la paix, ne sont considérés comme incompatibles avec
aucune des dispositions du présent Pacte. »
Au moment de la création de l’ONU, la même controverse entre d’une part, les Etats
opposés au régionalisme, il s’agissait essentiellement des Etats vainqueurs de la guerre et
d’autre part, les Etats adeptes du régional, dans ce groupe on retrouvait essentiellement des
Etats arabes réunis dans la ligue arabe et des Etats de l’Organisation des Etats Américains.
Finalement, une part belle sera réservée aux accords régionaux, à travers le chapitre 8
de la charte des Nations Unies qui est intitulé : Accords Régionaux. Les Nations Unies
retiennent comme principe fondamental, que les accords ou organismes régionaux aient des
activités compatibles avec les buts et les principes des Nations Unies, ensuite les accords ou
organismes régionaux sont subordonnés aux Nations Unies, en particulier s’il s’agit du
déclenchement d’une action coercitive, ils doivent demander l’autorisation du Conseil de
Sécurité à cet effet. Aussi, dans certains cas, le Conseil de Sécurité pourra s’appuyer sur des
accords ou organismes régionaux pour faire appliquer des actions coercitives.
Toutefois, la charte nourrit un mutisme très profond sur la notion d’accords ou
d’organismes régionaux, qui n’a pas été définis. Selon la doctrine, la différence entre accords
et organismes régionaux est liée à : « une différence de degré d’institutionnalisation »9.
Comme son nom l’indique, les organismes régionaux sont plus institutionnalisés que les
accords régionaux, le premier possède la personnalité juridique internationale, contrairement
au second. Il existe deux types de conception relative à la notion d’accords ou d’organismes
régionaux : une conception restrictive et une conception large.
La conception restrictive est celle qui est initiale. Dès la signature de la charte de San
Francisco jusqu’en 1990, la qualification d’organismes régionaux n’a été accordée qu’à
quelques rares organismes : l’Organisation des Etats Américains, l’Organisation de l’Unité
Africaine et la Ligue Arabe10. A l’opposé, la qualité d’organisme régional selon le chapitre
VIII, a été refusée à la commission du bassin du Lac Tchad, que la Cour Internationale de

9 KODJO Edem, « commentaire de l’article 52 », in Cot Jean-Pierre et Pellet Alain Commentaire


de la charte des Nations Unies, p 805.
10
Si la reconnaissance de l’OEA et de l’OUA comme Organisme régional n’a pas suscité des oppositions, ceci
n’a pas été le cas de la Ligue Arabe, dont la qualité d’Organisme régional a été contestée essentiellement par
l’Etat d’Israël. L’Assemblé Générale de l’ONU dans sa résolution 477 (V) en 1950 n’est pas allée dans le sens
de l’Etat d’Israël, en reconnaissant la Ligue Arabe comme un Organisme régional.
30
Justice a considérée comme n’ayant : « pas pour fin de régler au niveau régional des affaires
qui touchent au maintien de la paix et de la sécurité internationales »11.
Les conséquences de la fin de la guerre froide, caractérisées par la prolifération des
conflits internes, ont eu un impact considérable sur l’Organisation des Nations Unies, quant à
sa capacité de régler les conflits internes post-guerre froide. L’une des options retenues pour
maintenir la paix et la sécurité internationales, a été l’accroissement du rôle des Organisations
Régionales, à cet effet, le 31 janvier 1992, le Conseil de Sécurité, réuni au sommet des Chefs
d’Etat et de Gouvernement, a confié au Secrétaire Général, Boutros Boutros Ghali d’effectuer
une étude sur : « les moyens de renforcer la capacité de l’organisation dans le domaine de la
diplomatie préventive, du rétablissement de la paix et sur la façon d’accroître son efficacité
dans le cadre des dispositions de la charte et sur la contribution des organisations régionales
dans ce cadre. »12. Les résultats de l’étude apparus dans l’Agenda pour la Paix, ont préconisé
un renforcement et un accroissement du rôle des Organisations Régionales dans le maintien
de la paix et de la sécurité internationales. Désormais, sont considérés comme « Accords et
Organismes internationaux » : les organisations créées par traité, les organisations de sécurité
et de défense, les organisations de coopération et de développement.

La CEDEAO : une organisation sous-régionale


La Communauté Economique des Etats d’Afrique de l’Ouest constitue notre objet
d’étude, dans le cadre de la présente thèse. Elle est une Organisation Internationale en ce sens
qu’elle constitue : « une association d’Etats, établie sur la base d’un traité constitutif, doté de
structures permanentes, chargée de poursuivre des objectifs communs. Du point de vue de son
statut juridique (…) une O.I. a une personnalité juridique distincte de celle des Etats
membres, c’est un sujet de droit international public qui a des droits et des obligations.»13. Le
siège de la CEDEAO se trouve à Abuja au Nigeria. La CEDEAO couvre territorialement une
superficie de 5,1 millions de km², soit 17% de la superficie totale du continent, elle est
composée de 15 Etats membres14: Bénin, Burkina Faso, Cap Vert, Côte d'Ivoire, Gambie,
Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Libéria, Mali, Niger, Nigeria, Sénégal, Sierra Leone et Togo.

11
Cour Internationale de Justice, Exceptions préliminaires, 11 juin 1998, Cameroun/Nigéria, Recueil 1998, p
307, alinéa 67.
12

13
LAVIELLE Jean Marc, Relations internationales, ellipses 2003, p 94
14
A sa création, la CEDEAO comptait 16 Etats, le retrait de la Mauritanie en 2001, pour rejoindre l’Union du
Maghreb Arabe a réduit le nombre à 15 Etats
31
- Les origines de la CEDEAO :
L’établissement de la CEDEAO ne s’est pas fait ex-nihilo. En effet, la création des
Organisations internationales en Afrique, remonte aux années d’indépendance, en particulier
la décennie 1950-1960. Une fois, l’indépendance acquise, les Etats africains ont pris
conscience d’une part, de leur balkanisation et d’autre part, de la nécessité de s’unir pour faire
face au monde industrialisé.
En Afrique de l’Ouest, la première Organisation Internationale à vocation
économique, qui a vu le jour en 1959, a été l’Union Douanière des Etats d’Afrique de
l’Ouest. Cette organisation fut suivie par d’autres, comme l’Organisation pour la Mise en
Valeur du Fleuve Sénégal, l’Union Monétaire Ouest Africaine, l’Association pour le
Développement de la Riziculture en Afrique de l’Ouest. La dynamique de la coopération en
Afrique de l’Ouest, symbolisée par le nombre d’organisations de coopération, traduisait en
réalité une division profonde des Etats ouest africains. En effet, ces différentes organisations
étaient basées sur la solidarité linguistique, elles réunissaient essentiellement des Etats
d’Afrique de l’Ouest francophones15, les Etats anglophones et lusophones n’étaient pas
membres, l’autre aspect négatif de ces différentes organisations, était la ressemblance entre
leurs objectifs, celle-ci démontrant une dispersion des forces, le maintien d’une seule
Organisation Internationale, au détriment des autres, aurait été plus judicieux. Cependant, une
analyse approfondie de la création des organisations internationales, à cette époque, permet
d’identifier un déterminant de taille, ces organisations se caractérisaient par le maintien des
relations coloniales, qui n’avaient pas disparues avec l’indépendance des Etats d’Afrique de
l’Ouest. Les Etats francophones avaient des relations privilégiées avec leur ancien
colonisateur : la France, c’était le même cas, s’agissant des Etats anglophones d’Afrique de
l’Ouest, le Nigeria, le Ghana, la Gambie et la Sierra Léone, par rapport à la Grande Bretagne.
L’idée de créer une Organisation Internationale en Afrique de l’Ouest, qui aurait pour
objectif de transcender les différences linguistiques liées à la colonisation, a germé en 1967,
avec la signature des clauses d’association de la communauté économique ouest-africaine.
Cependant, cette association qui regroupait tous les Etats d’Afrique de l’Ouest n’a pas vécu
longtemps, du fait de la tentation de regroupement sur des solidarités linguistique et coloniale,

15
Les Etats membres de l’Union Douanière des Etats d’Afrique de l’Ouest étaient : la Côte d'Ivoire, le Dahomey
(actuel Bénin), la Haute volta (actuel Burkina Faso), la Mauritanie, le Niger et la Fédération du Mali
(République du mali et le Sénégal).
32
symbolisée par la création de la Communauté Economique d’Afrique de l’Ouest16, dont le
traité a été signé, le 17 Avril 1973, il est entré en vigueur le 1er Janvier 1974. La
Communauté Economique d’Afrique de l’Ouest a été l’héritière de l’Union Douanière des
Etats d’Afrique de l’Ouest. La nouvelle organisation n’était composée, comme son
prédécesseur, que par des Etats d’Afrique de l’Ouest francophones. Cette fois-ci, le Togo, un
Etat francophone a refusé d’adhérer à cette organisation. C’est d’ailleurs, ce dernier qui sera à
l’origine du rapprochement entre le bloc francophone d’Afrique de l’Ouest et le Bloc
anglophone d’Afrique de l’Ouest. Le 1er Mai 1972, le Togo, dirigé par le Général Eyadema, a
décidé de nouer des relations bilatérales avec le Nigeria, dirigé par le Général Gowon. Les
deux Etats ont crée une communauté économique, en invitant expressément le Ghana et le
Bénin à rejoindre la nouvelle organisation. Une fois l’adhésion de ces deux Etats acquise, le
Togo et le Nigeria ont mené une diplomatie active, en dépêchant des délégations auprès de
tous les autres Etats d’Afrique de l’Ouest, sans distinction de langue ni de culture. Le 14
décembre 1973, tous les Etats d’Afrique de l’Ouest, au cours d’une réunion ministérielle ont
adhéré au projet de création d’une nouvelle organisation internationale, qui regrouperait les
Etats d’Afrique de l’Ouest francophone, anglophone et lusophone. À l’issue de plusieurs
consultations, entre les Etats et des travaux d’experts, un projet de traité a vu le jour. Celui-ci
a été accepté, lors de la réunion ministérielle des Etats d’Afrique de l’Ouest à Monrovia, du
27 au 30 janvier 1974. Le sommet des chefs d’Etat et de Gouvernement qui s’est tenu à Lagos
au Nigeria, a décidé de signer le traité établissant la Communauté Economique des Etats
d’Afrique de l’Ouest, le 28 mai 1975. La ratification du traité de Lagos, par plus de 7 Etats, a
consacré son entrée vigueur en 1976.
La création de la CEDEAO s’est révélée très novatrice, en ce sens qu’elle a été la
première organisation régionale d’Afrique de l’Ouest, qui a regroupé des Etats hétérogènes du
point de vue de la colonisation. Pour la première fois, des Etats ayant été colonisés par la
France, la Grande-Bretagne et le Portugal vont se retrouver dans une seule Organisation
Internationale.

- Evolution de la CEDEAO :
Comme indiqué supra, la CEDEAO a été instituée par le traité de Lagos, signé le 28
mai 1975. L’objectif de la CEDEAO, à travers ce traité, était exclusivement économique. En
16
Les Etats membres de la Communauté Economique d’Afrique de l’Ouest sont : la Côte d'Ivoire, la Haute
Volta, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Sénégal
33
effet, conformément à l’article de 2 du Traité de 1975, la CEDEAO a pour but « de
promouvoir la coopération et le développement dans tous les domaines de l'activité
économique ». Sur le plan matériel, le traité d’Abuja de 1975, comprenait 14 chapitres et 64
articles, les principaux domaines de coopération portait sur l’industrie, le commerce et la
culture. Il est utile de préciser que, le traité d’Abuja a été signé dans un contexte international
marqué par la guerre froide, caractérisé par une confrontation idéologique et politique entre
les Etats-Unis d’Amérique et l’Ex-Union des Républiques Socialistes Soviétiques. La fin de
cette guerre a eu un impact fondamental sur l’Afrique de l’Ouest. En effet, elle a entraîné une
multiplication de conflits internes, on peut évoquer essentiellement le conflit du Libéria en
1989, le conflit de la Sierra Léone en 1991. Ceux-ci ont entraîné des effets néfastes sur
l’ensemble des Etats d’Afrique de l’Ouest, par leurs conséquences déstabilisantes, comme
l’épuration ethnique, une violation massive des droits humains, l’explosion du flux de
réfugiés et la prolifération des armes légères et de petits calibres. Ces conséquences, de facto,
constituent des facteurs de blocage du développement économique. Les Chefs d’Etat et de
Gouvernement de la CEDEAO ont pris conscience de l’importance de prévenir, toutes les
situations conflictuelles capable de menacer la paix et la sécurité sous régionales. Dès le 6
juillet 1991, ils adoptent la déclaration des principes politiques à Abuja. Dans cette
déclaration, les Chefs d’Etat et de Gouvernement de la CEDEAO s’engagent dans la quête de
la paix et de la sécurité en Afrique de l’Ouest, reposant sur l’établissement de relations
pacifiques entre les Etats membres et la satisfaction des besoins sécuritaires des citoyens.
La seconde œuvre que la CEDEAO a posé pour faire face aux défis de l’après guerre
froide, a été de réviser le traité de la CEDEAO, pour tenir compte essentiellement des
questions de paix et de sécurité.
Le traité de la CEDEAO a été révisé à Cotonou, au Bénin, le 24 juillet 1993, par les
Chefs d’Etat et de Gouvernement de la CEDEAO. La CEDEAO mentionne expressément sa
priorité à faire face aux questions de paix et de sécurité. Sur le plan matériel, le traité est
composé de 24 chapitres et de 93 articles. L’organisation affiche toujours sa détermination à
atteindre les objectifs économiques, l’article 3.1 du traité révisé, stipule que la CEDEAO : «
vise à promouvoir la coopération et l’intégration dans la perspective d’une Union économique
de l'Afrique de l’ouest en vue d'élever le niveau de vie de ses peuples, de maintenir et
d'accroître la stabilité économique, de renforcer les relations entre les Etats Membres et de
contribuer au progrès et au développement du continent africain. »

34
Conformément à l’article 4, les principes de la coopération entre les Etats de la
CEDEAO sont « :
a- égalité et interdépendance des Etats membres ;
b- solidarité et autosuffisance collective ;
c- coopération inter-Etats, harmonisation des politiques et intégration des programmes ;
d- non-agression entre les Etats Membres ;
e- maintien de la paix, de la sécurité et de la stabilité régionales par la promotion et le
renforcement des relations de bon voisinage ;
f- règlement pacifique des différends entre les Etats Membres, coopération active entre
pays voisins et promotion d’un environnement pacifique comme préalable au
développement économique ;
g- respect, promotion et protection des droits de l’homme et des peuples conformément
aux dispositions de la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples ;
h- transparence, justice économique et sociale et participation populaire au
développement ;
i- reconnaissance et respect des règles et principes juridiques de la Communauté ;
j- promotion et consolidation d’un système démocratique de gouvernement dans chaque
Etat Membre tel que prévu par la Déclaration de Principes Politiques adoptée le 6
juillet 1991 à Abuja ;
k- Répartition juste et équitable des coûts et des avantages de la coopération et de
l’intégration économiques. »

A l’article 56, un chapitre est consacré exclusivement aux questions politiques, dont la
gestion des conflits.
A partir du traité révisé, la CEDEAO a entrepris des démarches, pour juguler les
questions de paix et de sécurité, notamment dans la lutte contre la prolifération des armes
légères et de petits calibres et l’adoption, le 10 Décembre 1998, d’un mécanisme de
prévention de Gestion, de Règlement des Conflits, de Maintien de la Paix et de Sécurité.
Sur le plan théorique, la nouvelle orientation de la CEDEAO en matière de paix et de
sécurité, consiste à accorder une importance fondamentale à la sécurité, avec l’émergence du

35
concept de « security first »17 qui fait référence à la réciprocité des liens entre le
développement et la sécurité.
Selon le Département pour le développement international, un organisme britannique
chargé de coordonner l’aide britannique pour les Etats pauvres : “Security and development
are linked. Insecurity, lawlessness, crime and violent conflict are among the biggest obstacles
to achievement of the Millennium Development Goals; they also destroy development.
Poverty, underdevelopment and fragile states create fertile conditions for conflict and the
emergence of new security threats, including international crime and terrorism.”18
Les hypothèses de ce paradigme sont les suivantes :
- Le conflit a des effets sur le développement : le conflit aggrave la pauvreté par ses
effets sur la détérioration de l’économie et celle des conditions de vie (flux de réfugiés
et de déplacés), les conflits augmentent les chances de mise en place d’une économie
de guerre, qui empêche le développement d’une économie normale.
- Le Sous-développement constitue un terreau fertile pour le conflit : Le sous-
développement de part ses effets sur la condition humaine, crée des fossés sociaux et
des inégalités, qui à son tour produit de la conflictualité. A ce sujet, pour Moulaye : «
la pauvreté conduit inexorablement à la misère, la misère à la marginalisation, la
marginalisation à l’exclusion, l’exclusion à l’injustice sociale, l’injustice sociale à la
violence, la violence à l’insécurité… »19 .

- L’interdépendance des liens entre la sécurité et le développement, est un point de vue


partagée également par plusieurs organisations, selon Veron20 : « la conclusion
naturelle, du point de vue des agences d’aide, est donc que l’action qu’ils conduisent
en faveur du développement des pays pauvres est ipso facto productrice de sécurité. »

17 Traduit par nos soins : « sécurité d’abord »


18 Traduit par nos soins : « la sécurité et le développement sont liés. L’insécurité, l’anarchie, le
crime et le conflit violent sont parmi les obstacles majeurs à la réalisation des Objectifs du
Millénaire pour le Développement ; ils détruisent de même le développement. La pauvreté, le
sous développement et les Etats fragiles créent des conditions fertiles pour les conflits et
l’émergence de nouvelles menaces à la sécurité, y compris le crime international et le terrorisme »
19 MOULAYE Zeïni, « sécurité et développement en Afrique », communication lors de la
conférence internationale « mondialisation, sécurité et G 8 », Bruxelles, 24-25 mai 2007, p 8
20 VERON Jean Bernard, « l’aide au développement face à la guerre », in Focus Stratégique n°7,
Institut Français des Relations Internationales, 2008 p 15
36
Par ailleurs, eu égard aux matières inscrites dans son traité d’établissement, la
CEDEAO est une organisation régionale visant une double intégration :
- Une intégration économique :
Kamara Lay considère que l’intégration économique doit être vue sur un double plan : D’une
part comme objectif, elle recherche à établir : « un espace économique cohérent,
territorialement localisé, national ou international, regroupant des espaces antérieurement
indépendants ou immatriculés. »21 D’autre part comme moyen, sous cet angle l'intégration
économique renvoie à : « des techniques de réalisation des objectifs, en conférant à
l'économie ou les économies considérées, une assise socio-économique de taille telle que les
économies d'échelle puissent permettre un accroissement rapide du potentiel de la zone »22.
Historiquement, l’intégration économique a constitué l’objectif exclusif de la CEDEAO.

- Une intégration politique :


Elle est définie comme un processus visant : « un dépassement des souverainetés politiques
existantes et, partant, d’une réduction de la fragmentation du système en centre politiques et
militaires autonomes. »23.

Pourquoi les Etats s’intègrent t-ils ? À cette question, Barréa répond que l’intégration
se présente : « comme une stratégie de paix internationale : la paix par l’unification politique
des Etats est la paix par la loi ou le pouvoir politique »24.
Le choix d’une stratégie de paix, basée sur l’intégration politique internationale, est
loin de faire l’unanimité, sur le plan doctrinal. En effet, les réalistes en se basant sur
l’exemple de l’intégration politique européenne, estime que la raison principale de cette
unification était la volonté de constituer un bloc face à l’URSS. C’est ce qu’indique
25
Mearsheimer : «…la guerre froide a été l’occasion principale qui explique

21
KAMARA Laï, « Intégration fonctionnelle et développement accéléré en Afrique », Revue Tiers
Monde, n° 48, octobre-décembre 1971, pp. 729

22KAMARA Laï, « Intégration fonctionnelle et développement accéléré en Afrique », Op. Cite. pp.
729
23 BARREA Jean, Théorie des relations internationales, 3ème édition, Artel, 1994, pp 289
24 Ibid.
25
Cité par BATTISTELA Dario, Théorie des relations internationales, Presses de Sciences po, p
335
37
l’épanouissement des relations à l’intérieur de la communauté européenne » et que : « (…)
sans menace soviétique commune, et sans gardien américain, les Etats d’Europe occidentale
commenceront à se regarder de nouveau en chiens de faïence… »
En conclusion, les relations internationales reposeraient toujours sur les seuls rapports
de force.
Dans le cas de la CEDEAO, l’intégration politique a émergé, lorsque les menaces à la
sécurité ont commencé à représenter un danger, pour la réalisation des objectifs économiques.
Le passage à l’intégration politique a été d’autant nécessaire, que les menaces qui se posaient
aux Etats, étaient transfrontalières, du fait de la porosité des frontières nationales et la
présence des groupes ethniques sur plusieurs Etats.
Sur le plan théorique, il serait opportun de déterminer la source théorique du modèle
d’intégration de la CEDEAO. La doctrine a élaboré essentiellement 4 grandes théories de
l’intégration :

• Le fonctionnalisme :
Cette théorie est représentée essentiellement par David Mitrany. Le fonctionnalisme
constitue une stratégie d’intégration politique dont : « le principe essentiel est que les activités
sont choisies sur une base spécifique et organisées séparément, chacune selon sa nature, en
fonction des conditions dans lesquelles elles auront à se pratiquer et des besoins du
moment »26. Le fonctionnalisme repose sur les principes suivants : la non territorialité de
l’autorité, qui est choisie en fonction de la matière ; la séparation entre les fonctions politiques
et les fonctions socio-économiques. Selon les fonctionnalistes, les succès enregistrés dans la
coopération et l’organisation fonctionnelle, permettent le passage à l’intégration politique, ce
que les fonctionnalistes nomment : effet d’engrangement ou le « Spill-over effect ». Les
acteurs principaux de cette coopération sont les organisations internationales.

• Le néo-fonctionnalisme :
Les principaux auteurs néo-fonctionnalistes sont : Ernst Haas et Léon Lindberg. Selon
Haas, l’intégration internationale est un : « processus par lequel les acteurs politiques des
différentes communautés nationales sont déterminés à réorienter leur allégeance, leurs
aspirations et leurs activités politiques, vers un nouveau centre dont les institutions possèdent

26MITRANY David, A working peace system, Londres, Royal institute of International Affairs,
1943, p 33.
38
ou demandent la juridiction sur les Etats nationaux préexistants »27. Le néo-fonctionnalisme
vise la création, à terme d’un nouvel Etat régional, qui regroupera tous les autres Etats.
Contrairement au fonctionnalisme, cette approche accorde une importance à la dimension
politique. Les acteurs de l’intégration sont les Etats. Grâce à l’intégration trois types de
processus seront déclenchés :
- Le Spill-over : une extension progressive allant des aspects économiques de la
coopération à la réalisation d’une unité politique.
- -La politisation : est un moyen permettant d’atteindre des résultats communs,
en cas d’échecs des activités techniques.
- -L’Externalisation : elle induit l’adoption d’une position commune vis-à-vis de
l’extérieur, elle constitue une étape décisive dans la réalisation de l’intégration
politique.

• Le transactionnalisme :
Cette théorie de l’intégration politique a été développée par Karl Deutsch. Il part du
postulat que l’intégration politique est suscitée par le besoin en sécurité. Il préconise la
création de communauté de sécurité, définie comme : « une communauté dont on est sûr que
les membres ne se battront pas, mais résoudront leurs différends par d’autres moyens »28.
Deutsch s’est évertué à définir les conditions, pour parvenir à une communauté de sécurité.
L’auteur a identifié le développement des transactions comme vecteur d’intégration. Les
transactions sont les moyens de communications téléphoniques, le développement des
infrastructures routières, navales et aériennes, pour créer des liens entre les peuples européens.
C’est grâce au développement de ces liens, que la communauté de sécurité se réalisera. Selon
Karl Deutsch, il existe deux types de communautés de sécurité : les communautés de sécurité
amalgamées ayant « un pouvoir central »29, leur réalisation nécessite un abandon de
souveraineté de la part des entités composantes. Et les communautés de sécurité pluralistes,

27 HAAS Ernst, The uniting of Europe, Londres, Steven and sons, 1958, p 16.
28DEUTSCH Karl, Political Community at the international level, garden City, New York, Anchor
Books, Doubleday, 1954, p 34.
29 BARREA Jean, Théorie des relations internationales, Op Cit pp 294
39
qui sont : « privées d’institution politique centrale »30. Elles visent le renforcement de la paix
entre des Etats qui conserveront leur souveraineté.

• L’Intergouvernementalisme :
L’auteur représentant l’intergouvernementalisme est Andrew Moravscik31. Il considère
l’Etat comme acteur principal de l’intégration. Il partage une partie de la théorie réaliste, en
acceptant la défense des intérêts nationaux comme l’un des objectifs de l’intégration. Ainsi,
les fonctionnaires internationaux ont un rôle d’appui et de conseil, au profit de leurs
gouvernements. L’intergouvernementalisme requiert un long processus pour la prise de
décision, du fait du marchandage qu’il suscite.

• Le fédéralisme :
Le fédéralisme est un système politique, qui préconise la réunion de plusieurs entités
en une seule. Il s’en suit, un partage des rôles entre l’entité fédérale et les entités fédérées.
Amitaï Etzioni est la figure de proue de l’approche fédérale. Parmi les défenseurs du
fédéralisme en Europe, on peut citer Coudenhove-Kalergi32 et Altiero Spinelli33. Selon le
premier, compte tenu du fait que les nations européennes ont vécu la guerre, alors elles
devraient constituer un ensemble fédéral, sur la base de ce vécu. Quant au second, l’incapacité
des nations européennes à réaliser les objectifs politique et économique, doit servir de vecteur
à un rassemblement sur une base fédérale.
La CEDEAO dans son développement a été marquée par les théories fonctionnaliste et
néo-fonctionnaliste, en particulier, le concept de « Spill-over effect » commun à ces deux
théories. Le premier traité de la CEDEAO ne contenait aucune indication relative aux

30DEUTSCH Karl et al., Political community and The North Atlantic Area, International
Organization in the Light of Historical Experience, Princeton, Princeton University Press, 1957, p
5
31 MORAVSCIK Andrew, The Choice for Europe: Social Purpose and State Power from Messina to
Maastricht, Ithaca, Cornell University Press, 1998. 514 P
32 COUDENHOVE-KALERGI Richard N., Pan-Europe, New York, Knopf, 1926

33 SPINELLI Altiero, "The Growth of the European Movement since the Second World War", in

M. Hodges (ed.), European Integration, Harmondsworth, Penguin, 1972.

40
questions de paix et de sécurité, l’objectif recherché était exclusivement économique34 : «
Promouvoir la coopération et l’intégration afin d’aboutir à l’établissement d’une union
économique en Afrique de l’Ouest pouvant contribuer au niveau de vie des populations,
maintenir et améliorer la stabilité économique, consolider les relations entre les Etats
membres et contribuer au progrès et au développement à l’échelle continentale.»35. Le succès
du modèle européen, basé sur l’effet d’engrenage, a connu un développement en Afrique, cet
avis est partagé Yadi, pour qui c’est le modèle européen qui a servi d’exemple à la
CEDEAO36.

Sur le plan des réalisations économiques, la CEDEAO a posé plusieurs actions :

1- La promotion des libertés communautaires :


Elle s’est manifestée par un assouplissement d’abord des droits d’entrée, les
citoyens de la communauté ont la liberté de circuler dans les Etats membres sans visa
d’entrée. Ils peuvent entrer et séjourner pendant une période maximum de 90 jours sans
avoir à présenter de visa. Pour les séjours de plus de 90 jours, le citoyen doit obtenir
auprès de l’Etat d’accueil une autorisation de prolongation de son séjour. Le citoyen doit
entrer sur le territoire d’un Etat par un point officiel, muni d’un document de voyage
établissant son identité.
Ensuite, des droits de résidence, ils impliquent le droit pour le ressortissant de l’un
des Etats de la CEDEAO, de résider dans un autre Etat, lequel lui délivre une carte de
résidence l’autorisant ou non à exercer un emploi. Il comporte notamment le droit de
postuler à des emplois exception faite des emplois de la fonction publique, de se déplacer
librement dans l’Etat d’accueil.
Enfin, le droit d’établissement, il comporte l’accès aux activités non salariées et
leur exercice par un citoyen ressortissant d’un Etat membre autre que son Etat d’origine. Il
peut accéder à des activités économiques, constituer et gérer des sociétés et entreprises.

34L’intérêt de l’institution pour les questions de sécurité interviendra avec l’adoption du protocole
du non agression.
35Art. 3 du Traité pour une Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest, signé à
Lagos le 28 mai 1975.
36YADI Melchiade, « La communauté économique des Pays des Grands Lacs », in Studia
Diplomatica, 1981, Vol. 34, N°6, pp. 709-752

41
Les travailleurs migrants respectueux du droit d’établissement jouissent des mêmes droits
que les nationaux dans les domaines suivants : sécurité de l’emploi, l’accès aux centres
sociaux, culturels et sanitaires, l’accès de leurs enfants à des établissements
d’enseignement général et des centres de formation professionnel.

Par ailleurs, la CEDEAO a institué conformément au protocole A/P3/5/82 du 29


Mai 1982. Est citoyen de la CEDEAO :
- Toute personne qui, par la descendance a la nationalité d’un Etat membre et qui ne
jouit pas de la nationalité d’un Etat non membre de la Communauté ;
- Toute personne qui a la nationalité d’un Etat membre par lien de naissance et dont
l’un ou l’autre des parents est citoyen de la communauté conformément aux
dispositions du paragraphe I, à condition que cette personne ayant 21 ans opte pour
la nationalité de cet Etat membre ;
- Les personnes adoptées qui, à 21 ans, optent expressément pour la nationalité
communautaire ;
- Toute personne naturalisée d’un Etat membre qui, préalablement en fait la
demande et remplit les conditions approuvées par le protocole ;
- Tout enfant non citoyen de la communauté adoptée par un naturalisé citoyen de la
communauté qui, à l’âge de 21 ans, opte expressément pour la nationalité de son
parent adoptif ;
- Une personne adoptée par un naturalisé et ayant 21 ans avant l’entrée en vigueur
du protocole ;
- Tout enfant né de parents naturalisés d’un Etat membre qui ont conformément aux
dispositions du protocole acquis la citoyenneté communautaire.

Les citoyens de la CEDEAO doivent disposer d’un passeport qui matérialise la


citoyenneté ouest africaine. Le document avait été formalisé à Bamako le 12 Mai 2000,
suite à la réunion des ministres de l’intérieur et de la sécurité. Il a été définitivement
adopté le 26 Mai 2000 par les chefs d’Etat, à l’occasion du sommet anniversaire de la
CEDEAO, à Abuja. Des spécimens de passeports ont été remis aux chefs d’Etat par le
secrétaire général de la CEDEAO, lors du 24ème sommet de la CEDEAO, le 15 Décembre
2000 à Bamako. Pendant 5 ans, le passeport de la CEDEAO circulera de concert avec les
passeports nationaux. Ceux-ci disparaîtront au terme de cette période de 5ans. Le délai de
42
validité du passeport est laissé à la discrétion de chaque Etat. Il comporte 32 pages de
couleur pâle. Il appartient aussi, à chaque Etat de déterminer le matériau de la couverture
du passeport. L’adoption du passeport permet de remplacer le carnet de voyage. Elle
marque la volonté des pays ouest africains de faire de l’intégration une réalité.

2- La libre circulation des marchandises :


Elle repose d’une part, sur l’adoption d’un tarif extérieur commun dont
l’institution vise les objectifs suivants :

- Instituer une protection du marché communautaire vis-à-vis du reste du monde ;


- Enrayer les détournements de commerce et de disparités entre les Pays dans
l’attraction des investissements ;
- Instituer un instrument fiscal destiné à assurer des recettes budgétaires stables.

Et d’autre part, sur le carnet de voyage de la CEDEAO, pour faciliter la circulation


des marchandises, la CEDEAO a institué ce document. Il se présente sous la forme d’un
livret de format (12,5 * 8,5 Cm), à la couverture rigide, de couverture bleu-clair, frappé de
l’emblème de la CEDEAO. Il est livré à toute personne âgée de 15 ans remplissant les
conditions prévues par les lois et règlements de son Etat d’origine. Le carnet est valable
pour deux ans et prorogeable une seule fois.

3- Dans les domaines monétaires et financiers :


La CEDEAO a instauré le chèque de voyage de la CEDEAO, il a été mis en
circulation par la décision A/Dec-1/10/98 du 30 Octobre 1998. Le chèque de voyage a été
émis par l’agence monétaire de l’Afrique de l’Ouest au nom du comité des gouverneurs
des banques centrales. Il est libellé en unité de compte de l’Afrique de l’Ouest, équivalent
à une unité du droit de tirage spécial du fonds monétaire international, il est accepté dans
tous les Etats en règlement des transactions portant sur les biens de services.

4- Dans le domaine des infrastructures :


La CEDEAO a réalisé des progrès dans le domaine des transports. D’abord, par la
construction des réseaux routiers de la transcotière (de Lagos à Nouakchott) et de la
transsaharienne (Dakar-N’Djamena), un total de 9000 Km de routes principales et 11.000
43
Km de voies d’interconnexion pour désenclaver les pays sans littoral. Ensuite, la
CEDEAO a créé la carte brune d’assuré. La carte brune vaut attestation d’assurance sur le
territoire du signataire de l’accord ayant institué où la présentation d’une telle attestation
est exigée pour la circulation des véhicules automobiles soit à l’intérieur du territoire
national soit aux frontières. La garantie qu’offre la carte brune couvre la responsabilité
civile encourue par le titulaire de la carte conformément aux lois nationales. La garantie
correspond à la responsabilité civile résultant pour l’automobiliste de la législation et de la
règlementation générale en vigueur dans le pays où survient l’accident. La carte brune est
émise par un bureau national crée par chaque Etat signataire du protocole. Enfin,
l’harmonisation des règlementations relatives au transport dans les Etats membres de la
CEDEAO
Les mêmes efforts ont été réalisés pour le développement des télécommunications.
Nous pouvons évoquer plusieurs projets de la CEDEAO comme le Panaftel qui a permis
la construction d’une altère en faisceaux hertziens entre le Sénégal, le Mali, le Burkina, le
Niger et le Bénin, réalisé entre 1979-1980. Il y aussi le projet Liptako-Gourma, qui a
concerné le développement des télécommunications des régions limitrophes des 3 Pays
voisins : Mali, Niger et Burkina-Faso. Le projet Intercom a permis de créer une artère de
communication de grande capacité entre Sikasso et Korhogo en Côte d’Ivoire, la
modernisation des équipements de Kayes, la modernisation et extension des réseaux de
Kayes et Bougouni. Le projet Télécom II, a permis au Mali, le désenclavement et
l’automatisation en 1987 des localités de San, Markala et Koutiala, la jonction en
automatique intégrale avec le réseau national des localités de Djenné, Sofara Bankas.
Enfin, le projet Télécom I, réalisé en 1977 a permis l’installation en 1978 des premiers
centraux automatiques à Kati, Ségou et Koulikoro ainsi que les premières liaisons de
transmission entre Bamako-Kati et Bamako-Koulikoro qui ont permis l’établissement des
premières liaisons interurbaines automatiques.
Malgré sa bonne volonté, les tâches à accomplir par la CEDEAO pour faire de
l’Afrique de l’Ouest, une région prospère n’ont pas produit d’effets structurels. En effet, la
région constitue l’une des plus pauvres du monde, selon les Nations Unies37, sur les 15
Etats de la CEDEAO, 11 Etats sont considérés comme faisant partie des Pays les Moins

37
CONFERENCE DES NATIONS UNIES POUR LE COMMERCE ET LE DEVELOPPEMENT,
les pays les moins avancés, Rapport 2009 : l’Etat et la gouvernance du développement, Nations
Unies 2009, p 3.
44
Avancés38. Ceci a des implications pour la région, car les Pays les Moins Avancés sont
ceux qui ont : des revenus faibles, un capital humain faible et une grande vulnérabilité
économique. L’Afrique de l’Ouest constitue dans le même temps, l’une des régions du
monde ayant d’énormes défis sécuritaires.

5- Dans le domaine du maintien de la paix et de la sécurité :


La CEDEAO a été la première organisation régionale, ayant une vocation
économique, à avoir entrepris des opérations de maintien de la paix au Libéria en 1989, la
Sierra Léone en 1998 et la Guinée Bissau en 1999.

Intérêt du sujet :
La détermination de la crédibilité de la CEDEAO, dans sa quête de la paix et de la
sécurité, est loin d’être innocente. Avant de démontrer l’intérêt du sujet proprement dit, il est
judicieux de préciser les contours de la notion de crédibilité. La crédibilité vient de l’adjectif
crédible, qui signifie ce : « qui est digne de confiance, mérite d’être cru »39, dans le mot
crédibilité, on retrouve également la racine crédit signifiant : «confiance qu’inspire quelqu’un
ou quelque chose/ confiance dans la solvabilité de quelqu’un»40.
De ces définitions, nous remarquons une relation qui s’établit entre le croyable et le
crédible. Sur la base de cette relation, pouvons-nous affirmer que ce qui est croyable est
crédible et vice versa ? La réponse est négative, en effet, quelque chose peut être croyable et
non crédible et réciproquement. Dans notre cas d’espèce, la crédibilité s’entend en termes de
confiance à accorder à la CEDEAO, dans sa quête de la paix et de la sécurité.

Dans une seconde phase de notre analyse, il est judicieux de déterminer les acteurs
pouvant accorder la confiance à la CEDEAO. Il s’agit d’abord des bénéficiaires, ceux pour
qui la CEDEAO cherche la paix et la sécurité, parmi ceux-ci, on retrouve d’une part, les
citoyens de la CEDEAO, les personnes vivant dans les limites géographiques de la CEDEAO
et d’autre part, l’humanité entière, car un effondrement de la situation sécuritaire dans l’un
des Etats de la CEDEAO produira forcément, par l’effet de domino, des conséquences à des

38
Il s’agit des Etats suivants : Bénin, Burkina Faso, Gambie, Guinée, Guinée-Bissau, Libéria,
Mali, Niger, Sénégal, Sierra Leone, Togo.
39
Dictionnaire le nouveau Petit Robert de la langue française 2009, p 579
40
Idem, p 579
45
degrés variables sur d’autres Etats. Ainsi, un Etat voisin de la CEDEAO sera plus touché par
les mouvements de réfugiés, suite à un conflit dans l’espace CEDEAO, contrairement à un
autre Etat en dehors du contient africain.
Peut-on mesurer la confiance ? La réponse est positive, la manière la plus directe est
de demander les avis des différents acteurs, sur leur degré de confiance en la CEDEAO. La
méthode la mieux indiquée est certainement le sondage d’opinion. Dans le cadre de cette
thèse modeste, le sondage d’opinion s’avère évidemment impossible, pour des raisons
technique et financière, le fait pour nous de sonder des populations, relève de la quadrature du
cercle.
Déterminer s’il faut oui ou non faire confiance à la CEDEAO dans sa quête de la paix
et de la sécurité est très important. Nous n’avons pas la prétention de débuter la réflexion sur
la CEDEAO, toutefois, nous tenterons une interrogation approfondie sur l’Afrique de l’Ouest,
avec une esquisse de solution face aux défis de la région.
Dans le champ des relations internationales, l’intérêt de ce sujet est multiple, poser la
question de savoir dans quelle mesure on peut accorder une confiance à la CEDEAO, dans le
domaine du maintien de paix et de la sécurité, revient à s’intéresser à la thématique de la
sécurité régionale.
En Relations Internationales, la région : « se décline de manière duale : d’une part, le
volet « sub étatique » et d’autre part le versant « supra étatique ». Le premier désigne les
régions internes à l’unité de base des relations internationales : l’Etat (…) le préfixe « supra »
indique (…) : l’agrégation, formelle ou non d’entités étatiques autour d’intérêts et d’identités
communs ». Le niveau « sub » ne s’internationalise, par ailleurs, que lorsqu’il prend corps au
sein d’une institution supranationale »41
Quant à la sécurité régionale, elle dérive de la sécurité universelle dont la dynamique
est symbolisée par l’action des Nations Unies. La sécurité régionale possède 3 contours :
« l’interaction des acteurs, la géographie et l’ontologie relationnelle, c'est-à-dire la nature
sédimentée des rapports- ami, ennemi, ou rival »42. La sécurité régionale peut être définie
comme l’établissement de relations entre des Etats, situés dans une limite géographique, en
vue de faire face à des menaces communes. Pour atteindre cet objectif, ces Etats créent des

41
BALZACQ Thierry, « Construire le voisin. Pratiques européennes » in Cultures & Conflits, n°66
juin 2007, pp 33-34
42
Ibid., p 34
46
structures supra étatiques, chargées de mettre en œuvre des politiques communes relatives au
maintien de la paix et de la sécurité.
La réflexion sur la sécurité régionale a été développée par Barry Buzan, un auteur néo-
réaliste des relations internationales, à travers le concept de complexe de sécurité. Le
complexe de sécurité établi un système de sécurité, c'est-à-dire lorsqu’ : « un ensemble
d’Etats dont les principaux problèmes de sécurité et les préoccupations sont tellement
interdépendantes que leur problèmes de sécurité nationale ne peuvent pas être
raisonnablement analysés ou résolus indépendamment les uns des autres. Les dynamiques de
transformation et la structure d’un complexe de sécurité sont générés par les Etats à l’intérieur
du complexe par leurs perceptions mutuelles de sécurité et par leurs interactions »43. Le
complexe de sécurité en Afrique de l’Ouest a des particularités, liées au fait que les Etats ne
sont pratiquement pas à la base de la production de la menace, celle-ci est plutôt l’œuvre
d’acteurs non étatiques violents, qui s’attaquent à l’Etat. Aussi, l’élargissement de la notion de
menace, pour prendre en compte les périls subis par les individus, occupe une place de choix,
dans l’approche de la CEDEAO.
L’évolution du concept de sécurité a été prise en compte par David Lake et Patrick
Morgan, ces auteurs ont fait référence au concept de complexe régional de sécurité qui
désigne : « un ensemble d’Etats continuellement affectés par une ou plusieurs externalités
sécuritaires émanant d’une aire géographique donnée »44. L’externalité désigne les menaces
militaires classiques, comme les guerres entre Etats, les menaces militaires contemporaines à
l’image des conflits internes et les menaces non militaires comme les maladies, la famine.

L’importance des régions dans le maintien de la paix et de la sécurité est une


préoccupation d’avenir. Aujourd’hui, le débat sur le phénomène de la régionalisation est loin
de s’essouffler, comme le confirme Kodjo : « Il n´y a pas de salut pour les Africains hors de
l´intégration régionale.» Aussi, deux anciens Secrétaires Généraux de l’ONU ont déclaré que
: « Au chapitre VIII de la Charte, les fondateurs de l’ONU envisageaient pour les
organisations régionales un rôle important dans le maintien de la paix et de la sécurité
internationales. Il est de plus en plus évident que l’ONU ne peut s’occuper de tous les conflits

43
BUZAN Barry et al, A new Framework for analysis, Boulder et London, Lynne Rienner
Publishers, 1998, p 12
44
KOUNGOU Léon, Défense et sécurité nationale en mouvement : Dynamiques des réformes,
mutations institutionnelles en Afrique subsaharienne, l’Harmattan, p 25
47
et de toutes les menaces de conflits dans le monde. Les organisations régionales ou sous-
régionales ont parfois un avantage comparatif qui leur permet de jouer un rôle directeur dans
la prévention et le règlement de différends et d’aider l’ONU à les circonscrire. »
« Dans le cadre de la mission première de l’ONU, qui est d’assurer la paix et la sécurité
internationales, il est nécessaire et souhaitable de soutenir les initiatives prises aux niveaux
régional et sous-régional en Afrique. C’est nécessaire parce que l’Organisation n’a ni les
moyens ni les compétences requises pour régler tous les problèmes pouvant surgir sur ce
continent. C’est souhaitable parce que la communauté internationale doit essayer, chaque fois
que possible, d’accompagner les efforts faits par l’Afrique pour résoudre ses problèmes,
plutôt que de se substituer à elle. ».
A travers ces deux passages, il est désormais évident que les « solutions régionales »45
de maintien de la paix et de la sécurité ont de beaux jours devant elles.
L’autre intérêt de la réflexion sur le régional se rattache au fait, qu’une telle démarche
interrogera, le niveau national et le niveau international. Au niveau national, nous nous
intéresserons aux facteurs politiques et socio-économique des Etats, ceux-ci ont une influence
sur le régional, en ce sens qu’ils déterminent l’acteur de base des relations internationales :
l’Etat.
Sur le plan international, la CEDEAO entretien des relations avec la sphère
international, l’Afrique de l’Ouest est soumise à des influences externes diverses, produites
généralement par des Etats et des Organisations Internationales.

Problématique :
Nous partons de l’hypothèse suivante : A la fin de la guerre froide, l’émergence de
nouvelles menaces, a poussé les gouvernants à modifier leur stratégie, qui était basée sur la
lutte contre les dimensions militaires des menaces, en particulier la préparation face au
scénario d’une agression armée par un autre Etat. Cette logique politique était liée à la
conception réaliste de la sécurité qui repose sur 3 principes : « tout d’abord, les questions de
sécurité découlent essentiellement des activités des autres Etats, particulièrement en matière
militaire ; ensuite, les intérêts de sécurité des individus sont identifiables à ceux de l’Etat ;

45
Expression de N’DIAYE Mame Gnilane, les solutions régionales aux conflits en Afrique de
l’Ouest, sous la Direction du Professeur Jean-Paul Joubert, soutenue en 2007

48
enfin, les moyens de faire face aux menaces découlent des capacités militaires et doivent être
gérés sur une base nationale, que ce soit de manière unilatérale ou éventuellement grâce à des
alliances intergouvernementales, y compris dans un cadre multilatéral »46.
Les nouvelles stratégies en matière de sécurité tiennent compte des causes ignorées
d’insécurité et d’instabilité, comme la pauvreté. Il s’agit d’un élargissement des stratégies de
lutte contre les menaces, qui va de la lutte contre les dimensions militaires des menaces aux
dimensions non militaires, incluant les aspects politiques, économiques, sociaux, culturels et
personnels de la sécurité. C’est Barry Buzan qui fût le premier a préconisé un élargissement et
un approfondissement du concept de sécurité, selon lui : « la sécurité ne pouvait pas être
envisagée d’un point de vue strictement militaire et politique. A ces deux premiers critères, il
ajouta une dimension économique (la sécurité énergétique, la défense d’entreprises nationales,
la préservation d’emplois…), des aspects environnementaux affectant la vie des populations
(pollutions transnationales) et enfin des considérations d’ordre culturel (la défense des droits
de l’homme) »47, par cette nouvelle donne, la CEDEAO à l’instar des autres acteurs étatiques
a modifié son approche, dans la lutte contre l’insécurité et a considéré l’individu comme un
référent de la sécurité, au même titre que l’Etat.
La lutte contre l’insécurité globale nécessite des moyens économiques et financiers
énormes. Pour les acquérir, la CEDEAO a opté pour une stratégie d’intégration basée sur le
« Spill-over effect ». La stratégie appliquée par Jean Monnet en Europe : le fait de partir de la
Communauté Economique du Charbon et de l’Acier vers une intégration globale, constitue
une application quasi-parfaite du Spill-over. La construction européenne constitue, un bel
exemple de réussite du processus d’intégration politique. Toutefois, les questions relatives à
une politique de défense européenne, font toujours l’objet de dissensions entre les Etats
européens.

Quant à l’Afrique de l’ouest, les réalités sont différentes. Les performances


économiques de la CEDEAO ne sont toujours pas bonnes, après plus de 30 ans d’expériences
dans l’intégration. L’émergence de nouvelles menaces à la paix et la sécurité renforcent la
vulnérabilité de la CEDEAO. Malgré sa bonne volonté, les tâches à accomplir par la
CEDEAO pour faire de l’Afrique de l’Ouest, une région prospère n’ont pas produit les effets

46
BAGAYOKO-PENONE Niagalé, Afrique : les stratégies française et américaine, l’Harmattan
2003, p 13
47
DAVID Charles-Philippe et ROCHE Jean-Jacques, théories de la sécurité, Editions
Montchrestien, 2002, p 11
49
escomptés. En effet, la région constitue l’une des plus pauvres du monde, selon les Nations
Unies48, sur les 15 Etats de la CEDEAO, 11 Etats sont considérés comme faisant partie des
Pays les Moins Avancés49. Ceci a des implications pour la région, car les Pays les Moins
Avancés sont ceux qui ont : des revenus faibles, un capital humain faible et une grande
vulnérabilité économique. L’Afrique de l’Ouest constitue dans le même temps, l’une des
régions du monde ayant d’énormes défis sécuritaires.
L’une des raisons du retard économique de la CEDEAO serait due aux difficultés
soulevées par la stratégie d’intégration de la CEDEAO. L’intégration économique, selon les
approches fonctionnaliste et néo-fonctionnaliste, permet : « de relier en un ensemble
homogène des économies antérieurement distinctes »50. La distinction des économies est
indispensable, car elle permet, par exemple, l’échange entre un Etat industrialisé et un autre
Etat spécialisé dans l’exploitation des matières premières, cette idée repose sur la théorie des
avantages comparatifs, développée par David Ricardo. Haas pose comme condition
d’application du fonctionnalisme, un degré d’industrialisation élevé des économies nationales
et l’insertion très poussée des économies nationales dans l’économie internationale. Or, les
économies ouest africaines sont hyperspécialisées dans la production de matières premières,
l’industrialisation est quasi-inexistante, ce qui démontre une absence de solidarité. Par
ailleurs, un autre inconvénient du « Spill-over effect » est le temps d’attente. Il est impossible
de déterminer, même approximativement, le temps qu’il faut pour passer d’un secteur à un
autre, sans oublier que les secteurs politiques, comme la défense ou la politique étrangère sont
difficilement engrenés, du fait du verrou de la souveraineté.
Au regard de tout ce qui précède, on peut se demander si l’optimisation des politiques
de sécurité et de maintien de la paix de la CEDEAO, ne dépend-t-elle pas fondamentalement
de l’efficience du modèle d’intégration ?
Un système d’intégration basée sur le fédéralisme, à l’échelle des Etats d’Afrique de
l’Ouest, peut constituer une réponse idoine au double défi qui se pose à ces Etats, en matière

48
CONFERENCE DES NATIONS UNIES POUR LE COMMERCE ET LE DEVELOPPEMENT,
les pays les moins avancés, Rapport 2009 : l’Etat et la gouvernance du développement, Nations
Unies 2009, p 3.
49
Il s’agit des Etats suivants : Bénin, Burkina Faso, Gambie, Guinée, Guinée-Bissau, Libéria,
Mali, Niger, Sénégal, Sierra Leone, Togo.

50KAMARA Laï, « Intégration territoriale et conflits institutionnels en Afrique », in Tiers-Monde.


1970, tome 11 n°44. Pp 715

50
de sécurité et de maintien de la paix d’une part, et d’autre part, dans le domaine économique.
Les vertus du fédéralisme sont vantées par Amitaï Etzioni, pour qui une communauté
politique basée sur le fédéralisme a 3 capacités : « a) elle dispose d’un contrôle effectif sur le
recours aux moyens de violence (…) ; b) elle dispose d’un centre de décision capable
d’affecter de manière significative la distribution des ressources et des bénéfices dans la
communauté ; c) elle constitue le principal foyer d’indentification politique pour la grande
majorité des citoyens politiquement sensibilisées »51.

Méthodologie :
La méthodologie repose sur : « des procédés techniques dont la finalité est d’obtenir
des réponses aux questions posées. Dans un tel cadre, éloigné de tout formalisme excessif, il
est conseillé de combiner plusieurs méthodes dont l’argumentaire est susceptible de valider
les explications avancées. La finalité de cet exercice est la confirmation ou l’invalidation des
hypothèses formulées initialement»52.
L’approche prospective sera la méthodologie utilisée, elle permet la détermination de
l’avenir des communautés humaines53.Les ouvrages français traitant de la prospective sont
généralement :
- Bertrand de Jouvenel, l’art de la conjoncture, éditions du rocher, Paris, 1954
- Gaston Berger, les étapes de la prospective, PUF, Paris, 1967
- Reconquérir le futur, manuel d’études prospectives à l’usage des planificateurs
africains
- Fabrice Hatem, la prospective, pratiques et méthodes, éditions economica, Paris 1993
- Michel Godet, la boite à outils de prospective stratégiques, Conservatoire National des
Arts et Métiers, Paris, 3eme édition, mise à jour en 1999.

51
Cité par BARREA Jean, Théorie des relations internationales, Op. Cite, p 299
52 LABERE Nelly et autres, Méthodologie de la thèse et du mémoire, Jeune Editions, 2ème édition,
2005, p 79
53 FUTURS AFRICAINS, Un guide pour les réflexions prospectives en Afrique, Paris, Karthala,

2001, p 18

51
Notre démarche s’effectuera de la façon suivante :
- Faire une rétrospective de la CEDEAO : elle consiste à : « dresser un état des lieux (du
système environnement), puis à dresser les processus qui ont conduit à cet état »54. Il
s’agit de faire une revue des efforts déployés par l’institution, pour maintenir la paix et
la sécurité ;
- Faire une analyse prospective : Le mot « prospective » est pris au sens général : « pour
caractériser l’activité de l’esprit humain qui s’efforce de dire ce que sera l’avenir, ce
qu’il pourrait être ou ce qu’il devrait être »55. L’analyse prospective est une projection
dans l’avenir, donc l’analyse va de la situation présente vers le futur.
- Faire des propositions stratégiques : A partir des résultats de la prospective, il s’agit de
faire des propositions concrètes aux décideurs pour corriger les mauvaises trajectoires
issues de l’analyse prospective de la CEDEAO.

La réalisation des objectifs de la démarche nécessite un modèle hypothético-déductif,


permettant : « une observation des faits à partir desquels on tire des conclusions (l’inférence
inductive) »56 puis l’établissement de scénarios, qui consiste d’une part, à décrire des futurs
possibles, eux-mêmes déterminés par l’évolution à long terme de facteurs ou de variables-clés
et d’autre part, à étudier les chemins permettant de passer de la situation présente aux
différents futurs possibles, souhaitables, souhaités ou redoutés, en d’autres termes : «…il
s’agit d’une histoire inventée qui dessine l’avenir à partir d’une situation donnée et selon une
logique d’emboîtements a travers le temps, comme dans un roman, une pièce de théâtre ou un
film »57
Selon Louis Sangaré58, l’intérêt de cette méthodologie est de « comprendre le passé
pour forger l’avenir ».

54
FUTURS AFRICAINS, Un guide pour les réflexions prospectives en Afrique, Op. Cit, p 49.
55 CAZES Bernard, Histoire des futurs. Les figures de l’avenir de Saint Augustin au XXIe siècle,
Paris, Seghers, 1986 p. 10.
56YAO Joseph, méthodes d’études et de recherche en sciences économiques et sociales : avec
application au contexte de l’Afrique noire, l’Harmattan, 2005, p 36.
DE COURSON Jacques, l’appétit du futur : voyage au cœur de la prospective, Charles Léopold
57

Mayer, 2005, p 42,


58 SANGARE Louis, Les défis de la Renaissance africaine au début du XXIe siècle. Du pouvoir
patrimonial à la souveraineté collective, Paris, 2004, L’Harmattan, p. 9.

52
Les limites :
Limite dans le temps :
La réflexion sur la CEDEAO débutera généralement à partir de 1960, une date
charnière à la quelle la majorité des Etats de la CEDEAO ont recouvert leur indépendance, il
est utile de partir de cette date, car la création de la CEDEAO représente elle-même, le
produit d’une solidarité africaine née dans les 1960, cette limite n’est pas absolue quelques
références à l’histoire antérieure à la colonisation, seront effectuées. Les limites incluront
aussi l’avenir, autrement dit, quelle est la validité de nos modèles : la limite que nous
déterminons est le long terme, soit 5 ans59.

Limite dans l’espace :


Il y aura l’espace géographique couvert par les 15 Etats de la CEDEAO, mais d’autres
acteurs africains, européens, américains, asiatiques, avec lesquels la CEDEAO ou ses
composantes entretiennent des rapports.

Limite méthodologique :
Le choix des variables dans la présente thèse est subjectif, il est pratiquement
impossible d’identifier et d’analyser toutes les variables, qui influent sur un système aussi
complexe que la CEDEAO, comme l’indique Futurs Africains : « Le monde étant ce qu’il est,
l’avenir ne saurait être déterminé par un seul facteur, mais qu’il est le produit de l’interaction
de nombreux facteurs, certains étant intérieurs au système, d’autres étant extérieurs (...) les
facteurs qui interviennent dans la construction de l’avenir étant nombreux, il n’est pas
possible à l’esprit humain de les appréhender tous et il lui est encore moins possible de
prendre en compte toutes les interactions (...) »60

59
DE COURSON Jacques, l’appétit du futur : voyage au cœur de la prospective, Op. Cite, p 32
60 FUTURS AFRICAINS, Un guide pour les réflexions prospectives en Afrique, Karthala 2001, Op.
Cit p18

53
Les promesses :
Afin de traiter notre sujet, la présente thèse comportera 10 chapitres comportant les
grandes idées suivantes :
- Une approche rétrospective : qui portera sur l’évolution des mécanismes de sécurité de
la CEDEAO, de l’ancien au nouveau mécanisme de sécurité.
- Une approche prospective : qui portera sur une évaluation du mécanisme de sécurité à
l’épreuve des menaces, qui ont émergées, depuis l’entrée en vigueur du nouveau
mécanisme de sécurité.
- Une approche normative : elle consistera à établir un modèle souhaité pour la
CEDEAO, sur la base du diagnostic de l’Afrique de l’Ouest et d’une projection des
tendances lourdes.

54
Chapitre 1 : Le fondement du mécanisme initial de sécurité de la CEDEAO

L’établissement du mécanisme initial de sécurité de la CEDEAO a été motivé par la


guerre du Biafra. Cette guerre était un conflit interne nigérian, avec des implications
internationales du fait de la guerre froide. Le Nigeria est une République fédérale, composée
de plusieurs ethnies, les principales sont : les haoussas, les Yoruba et les Ibos, ces derniers se
sont estimés marginalisés, sur le plan politique et économique. En Janvier 1966, le Général
Ironsi, d’origine ibo effectue le premier coup d’état militaire du Nigeria, 6 mois plus tard, il
est assassiné par le Général Gowon, lors d’un coup d’état militaire. Il s’en est suivit, des
représailles contre les Ibos. La guerre avait pour cause principale, la déclaration
d’indépendance du Biafra, prononcée, le 30 mai 1967, par le Général Ojukwu. La naissance
de la République Indépendante du Biafra n’a pas été reconnue par le Gouvernement fédéral.
La crise politique a débouché sur un conflit armé entre le gouvernement fédéral et les
indépendantistes du Biafra. La guerre du Biafra a été le lieu d’affrontement des puissances
occidentales et des Etats africains. D’un côté le gouvernement fédéral a été appuyé par la
Grande-Bretagne, l’URSS et l’OUA, de l’autre côté, la France, la Côte d’Ivoire et le
Cameroun ont apporté leur aide aux indépendantistes du Biafra. Le 11 janvier 1970, la guerre
prend fin avec, la réoccupation du Biafra par les troupes fédérales et l’exil du Général Ojukwu
en Côte d’Ivoire.
C’est pour prévenir les guerres entre Etats de l’Afrique de l’Ouest et empêcher
l’ingérence des puissances étrangères, que la CEDEAO mettra en place une architecture de la
paix et de la sécurité (Section 1) qui a été compromise avec l’éclatement du conflit libérien
(Section 2)

Section 1 : L’architecture du mécanisme initial de sécurité de la CEDEAO

L’architecture du mécanisme initial de sécurité repose sur des éléments juridiques qui
la matérialise (Paragraphe 1) et sur des éléments théoriques qui véhiculent la stratégie
adoptée par la CEDEAO, ces éléments théoriques fournissement également des indications
sur l’identité sécuritaire du mécanisme (paragraphe 2).
55
Paragraphe 1 : Les composantes juridiques du mécanisme initial de sécurité de la
CEDEAO
Le mécanisme initial de sécurité de la CEDEAO repose sur deux actes juridiques
conclus entre les Etats de la CEDEAO : le Protocole de Non Agression (A) et le Protocole
d’Assistance Mutuelle en matière de Défense (B).

A- Le protocole de non agression


Le Protocole de Non Agression a été signé par les États membres de la CEDEAO, le
22 avril 1978, lors d’une réunion qui s’est tenue à Lagos au Nigeria
Il comporte un préambule et 6 articles.
Conformément à ce protocole, les Etats de la CEDEAO s’engageaient à renoncer à
l’usage de la force, comme mode de règlement des différends.
L’article 2 du protocole, dispose que : « chaque Etat membre s’engage à ne pas
commettre, encourager ou soutenir des actes de subversion, d’hostilité, d’agression contre
l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique des autres membres ». De même, l’article 5
relatif au règlement pacifique des différends, stipule que : «
1. Les Etats membres ont recours à des moyens pacifiques pour régler les
différends qui pourraient surgir entre eux.
2. Tout différend entre Etats membres qui ne peut être résolu à l’amiable est
soumis à un comité de l’Autorité. En cas d’échec, il est soumis à un comité de
la Conférence. En cas d’échec du comité susmentionné, le différend est
finalement soumis pour règlement à la Conférence.
3. La composition, le mandat et les conditions de fonctionnement du comité
mentionné aux paragraphes précédents seront déterminés par l’Autorité. »

Ne faisant pas l’objet de consensus, quant à sa définition, l’agression dans son sens
stricte désigne61 : « au moins les actes impliquant l’usage de la force armée par un Etat contre
la souveraineté, l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique d’un autre Etat ».
L’objectif du Protocole de Non Agression était d’instaurer un climat de paix entre les
Etats de la CEDEAO. En effet, face à la guerre froide, il était indispensable pour les Etats,

61
BOUCHET-SAULNIER Françoise, dictionnaire pratique du droit humanitaire, 3ème édition,
Paris, la découverte, 2006, p 214
56
sous réserve de servir les intérêts de l’un ou de l’autre des blocs, de ne pas porter atteinte à la
souveraineté d’un autre Etat.

B- Le Protocole d’Assistance Mutuelle en matière de Défense.


Ce protocole a été signé à Freetown, en Sierra Leone, le 29 mai 1981, par treize Etats
membres de la CEDEAO. Il vise l’institution d’une alliance défensive sous-régionale.
Il est composé d’un préambule, suivi de 24 articles repartis eux-mêmes entre 7
chapitres.
Le préambule du protocole porte sur :
- les références internationales relatives aux principes de non usage de la force et du
respect de la souveraineté des Etats
- La consécration du principe de la primauté de la sécurité comme préalable aux
objectifs économiques.

Le protocole retient trois cas de conflits, dans lesquels il s’applique :

- L’agression extérieure :
En cas d’agression d’un Etat membre de la CEDEAO par un autre Etat non membre de
la CEDEAO, le protocole prévoit une alliance défensive classique.62
Allant plus loin dans la logique de l’alliance, les Etats membres de la CEDEAO ont
adopté, le principe de supériorité de l’alliance dans le cadre du protocole, sur les autres
alliances liant individuellement quelques Etats membres. Il est même demandé aux Etats
ayant des accords de défense avec des puissances étrangères et abritant des bases militaires
étrangères, de procéder à leur démantèlement.

- Le conflit entre Etat membre :


En cas de conflit entre deux membres de la CEDEAO, le protocole a prévu un
règlement pacifique du différend. En cas d’échec, il a été prévu l’envoie des Forces Armées
Alliées de la Communauté pour s’interposer entre les belligérants.

62 Articles 2 et 3 du protocole.
57
- Le conflit interne soutenu et entretenu activement de l’extérieur :
Il s’agit de conflits armés qui se déroulent à l’intérieur d’un Etat membre de la
CEDEAO et qui opposent les forces gouvernementales à un ou plusieurs groupes armés.
Toutefois, le protocole ne définit pas les expressions suivantes : « soutenu » et « entretenu ».
Cependant, le soutien peut être défini comme l’ : « Ensemble des activités
administratives et logistiques qui permettent aux forces engagées et aux formations du socle,
d'assurer leurs missions en temps de paix, de crise ou de guerre »63. L’expression « entretenir
un conflit », peut s’entendre comme la combinaison d’activités destinée à ce qu’un conflit
perdure.

Après les conditions conflictuelles auxquelles il s’applique, le protocole repose sur des
organes compétents pour sa mise en œuvre. Il s’agit de :

- La Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement :


Elle est l’organe fondamental qui a la responsabilité principale de la mise en œuvre
du protocole.
La Conférence tient deux types de sessions, une session ordinaire destinée à faire
le bilan de la sécurité, et l’autre, extraordinaire, convoquée seulement en cas d’urgence.
C’est la Conférence qui décide seule de l’opportunité de l’intervention armée. Pour
cela, une Force Armée Alliée de la Communauté est créée ainsi qu’un Etat-major
interallié.
La Force Armée Alliée de la Communauté est constituée de contingents militaires
fournis par les Etats membres, sous la responsabilité du Commandant en chef désigné par
la Conférence sur proposition du Conseil.
L’Etat-major interallié se compose du Commandant en chef des Forces Armées
Alliées de la Communauté et de l’Etat major des armées de l’Etat faisant objet de
l’intervention.
La Conférence a également, sous son autorité, le Conseil de défense et la
Commission de défense.

63Centre de Doctrine d’emploi des forces, manuel des termes, sigles et symboles conventionnels
militaires-TTA 106, Cédérom, tome 1 et 2, Juillet 2004.
58
Conformément à l’article 16 du protocole, la Conférence est saisie à la demande de
l’Etat ayant besoin d’assistance : la forme de la demande est écrite et doit être adressée au
Président en exercice de la Conférence.

- Le Conseil de défense :
Il est composé des Ministres des Affaires Etrangères et des Ministres de la Défense
des Etats membres de la CEDEAO.
En cas de crise, le Conseil de Défense émet des propositions relatives à la gestion
de ladite crise à la Conférence. Il supervise les actions du Commandant en chef des Forces
Armées Alliées de la Communauté et fait un compte rendu à la Conférence.

- La Commission de Défense :
C’est le collège des Chefs d’Etat major des armées des Etats membres. Son activité
se limite essentiellement aux études techniques sur la défense et l’emploi opérationnel des
forces. Elle assiste le Conseil de Défense.

- L’administration du protocole :
Pour assurer le bon fonctionnement du protocole, il est nommé un Secrétaire
exécutif adjoint, chargé des questions militaires. Ce dernier est un officier supérieur ou
général, il assure le suivi de l’exécution des décisions de la Conférence et s’occupe, en
outre, des aspects tactiques liés à d’éventuelles interventions militaires ainsi que du
budget.
Le protocole prévoit deux règles relatives à l’emploi des Forces Armées Alliées de la
Communauté, qui sont :

- une raison légitime de défense du territoire ;

- Le respect de la procédure décrite par le protocole.

Pour renforcer l’architecture de la sécurité initiale de la CEDEAO, l’article 21.1 et


21.2 introduisent des relations automatiques entre les deux protocoles de sécurité : le
Protocole de Non Agression et le Protocole d’Assistance Mutuelle en matière de Défense.

59
En effet, la signature du Protocole d’Assistance Mutuelle en matière de Défense
conduit à l’adhésion automatique au Protocole de Non Agression.

60
Paragraphe 2 : La détermination de la nature du mécanisme initial de sécurité de la
CEDEAO

La détermination de la caractéristique du mécanisme initial de sécurité revêt une


importance capitale, elle permet d’identifier la nature stratégique du mécanisme de sécurité.
Cette nature se trouve dans les principes et les objectifs visés par le mécanisme initial de
sécurité. Dans notre cas d’étude, pour déterminer la nature du mécanisme, il faut poser la
question suivante : l’adoption des deux protocoles de sécurité visait-elle la réalisation d’une
sécurité collective ou d’une alliance défensive ?
La sécurité collective : « … repose sur (…) un droit égal de chaque Etat à la sécurité,
et une réaction de l’ensemble des membres de la communauté internationale à une
64
agression »
Quant à l’alliance, il existe une pluralité de définition de la notion d’alliance, celle-ci
est due à la divergence entre les théories de la sécurité. Charles Philippe David parle de
« vision »65 qu’auraient les 3 principales théories de la sécurité.
Selon, lui, les réalistes considèrent que : « l’alliance est un accord formel d’assistance
mutuelle, de défense collective » conclue entre au moins deux Etats contre d’autres Etats.
Les libéraux, ont une définition large de l’alliance, elle : « signifie une forme
d’entente, formelle ou informelle, qui permet à plusieurs acteurs de collaborer dans le
domaine de la sécurité », enfin, les constructivistes voient l’alliance, comme un moyen
destiné à bâtir une communauté de sécurité.
Dans le cas de la CEDEAO, c’est l’approche des réalistes qui retiendra notre attention,
compte tenu des protocoles relatifs à la sécurité, qui organisent l’alliance entre les Etats
membres.
Ainsi, l’alliance est : « un accord qui engage les Etats à joindre leurs forces militaires
contre un ou plusieurs Etats »66.

64
SUR Serge, « la sécurité internationale et l’évolution de la sécurité collective », in Trimestre du
Monde, n°20, 4ème trimestre, 1992, pp 121-134.

65 DAVID Charles-Philippe, la guerre et la paix : approches contemporaines de la sécurité et de la


stratégie, Op.cit., p 175.
66 OSGOOD Robert, Alliances and American Foreign Policy, Baltimore, John Hopkins University
Press, 1968, p17
61
En analysant ces deux définitions, nous pouvons affirmer que l’alliance fait référence
à la défense collective.
Le principal point commun à ces deux notions est la gestion pluraliste par les Etats de
leur préoccupation sécuritaire.
Les différences sont les suivantes : une alliance appelle inévitablement une contre
alliance ; la période de la guerre froide est illustrative à ce sujet. Le contexte géopolitique
international de l’adoption des protocoles sécuritaires de la CEDEAO, était caractérisé par
l’existence de l’OTAN et du Pacte de Varsovie. On s’allie contre un Etat ou un groupe d’Etat,
or la sécurité collective privilégie une approche plus globale, il n’y pas d’exclusion, la
démarche adoptée est la réalisation de la sécurité de tous pour chacun et de chacun pour tous.
Pour réaliser cette alliance, la CEDEAO a d’abord tenté d’interdire le recours à la
force entre ses membres67, puis, elle a défini les modalités et les conditions de mise en œuvre
de l’alliance militaire.
Pour plus d’efficacité dans l’alliance, comme le souligne Charles Philippe David : « la
présence d’un ennemi commun est impérative»68.
Quant aux raisons de constitution d’une alliance, les points de vue divergent selon les
théories. Pour les réalistes, les Etats s’allient dans une logique d’équilibre des puissances,
pour les libéraux, les alliances visent à transformer les relations internationales, pour qu’elles
soient bénéfiques à tous. Enfin, les constructivistes estiment que les alliances matérialisent le
souhait des Etats de faire partie d’une communauté de sécurité.
Charles Philippe David et Jean-Jacques Roche expliquent la volonté des Etats
d’accepter les obligations résultantes d’une alliance, selon deux approches différentes.
- Du point de vue du modèle classique : la construction d’une alliance peut s’expliquer
d’une part, pour des considérations de sécurité extérieure, l’alliance devient « un
instrument de stabilisation dans un environnement multipolaire ou bipolaire »69 et
d’autre part, par sa vertu d’équilibre des menaces, l’alliance sert à diminuer les
menaces provenant de l’extérieur.
- Pour des raisons de politiques internes : le fait pour un Etat en particulier faible,
d’intégrer une alliance, permet d’acquérir une protection, grâce à l’obligation d’appui

67 Tel est l’objet du protocole de non agression


68 David Charles Philippe, la guerre et la paix : approches contemporaines de la sécurité… Op.cit.,
p 175
69
DAVID CHARLES Philippe et ROCHE Jean-Jacques, théories de la sécurité, Op.cit., p 52
62
que les autres Etats doivent vous apporter, en cas de conflit. L’Etat en difficulté
recevra le secours des Etats voisins, au nom des accords d’alliance.

S’agissant de la CEDEAO, le fondement théorique de cette alliance semble être


l’approche réaliste, en particulier le facteur de l’équilibre ou le « balancing »70 qui porte sur
l’obligation, qu’a un groupe d’Etat de s’allier pour faire face, à la menace produite par un
autre groupe d’Etat. L’équilibre repose principalement sur le rapport de forces.

70
En plus de l’équilibre, les réalistes estiment qu’il existe deux autres facteurs expliquant la
formation d’une alliance militaire, il s’agit d’une part, du souhait des petits Etats de nouer des
relations stratégiques avec une puissance hégémonique : le « bandwagoning » et d’autre part, la
nécessité qu’auraient les Etats à repartir entre plusieurs Etats ayant les mêmes préoccupations
en terme de sécurité, les coûts liés à la formation de l’alliance militaire : le « burden-sharing ».
63
Section 2 : L’avènement du conflit libérien

Etat d’Afrique de l’Ouest devenu indépendant le 26 Juillet 1847, le Libéria couvre une
superficie de 111.370 km2, il est limité au Nord par la Guinée, à l’Est par la Côte d’Ivoire et à
l’Ouest par la Sierra Léone.
Il est l’un des rares Etats africains, à n’avoir pas été colonisé par une puissance
occidentale. En effet, la création du Libéria fait suite à l’initiative du gouvernement fédéral
américain de faciliter, le retour des anciens esclaves désireux de s’installer en Afrique, leur
continent d’origine. La conduite de ce projet fût confiée à l’American Colonization Society,
en 1816. Les premiers esclaves s’installèrent au Libéria en 1822.
Loin d’être idéal, le projet philanthropique américain a tourné au drame. Les anciens
esclaves affranchis : les américano-libériens représentant 5% de la population libérienne, ont
instauré un système discriminatoire contre les natives : « autochtones d’une vingtaine
d’ethnies différentes, considérés comme des sauvages auxquels il fallait apporter - sans excès
de précipitation - les lumières de la civilisation »71, ils représentent 95% de la population.

La domination des Afro-américains s’effectuait sur deux plans :

- Le plan politique :
Le système politique libérien était caractérisé par l’existence d’un seul parti politique :
le « true whig party »72, animé par les afro-américains, en opposition aux natives, considérés
comme des mécréants. Les Afro-américains étaient citoyens d’office, ce qui leur donnait le
privilège de participer à la vie politique, contrairement aux autochtones. Un autochtone
désireux d’accéder à la citoyenneté devrait s’acquitter d’une cotisation annuelle de 1000
dollars73. Les autochtones n’avaient droit qu’à un représentant par ethnie à l’assemblée
parlementaire.

- Le plan socio-économique :
Cette domination se caractérisait essentiellement par le travail forcé imposé, par les
Afro-américains aux natives. On peut évoquer, l’une des clauses secrètes du contrat

71 MARGUERAT Yves, « Harbel, Yekepa, Kakata, Buchanan et les autres… : Histoire sociale, vie
politique et urbanisation au Libéria » in Politique Africaine, n°17, Mars 1985, pp 122
72
Traduction par nos soins : « le parti de ceux qui croient réellement »
73 BOILEY Georges, Liberia the rise and fall of the first Republic, London, Macmillan publishers,
1984, p107
64
d’exploitation de caoutchouc signé, le 16 Septembre 1925, entre M. Harvey Firestone et le
gouvernement libérien. Ce dernier avait l’obligation de fournir 50.000 travailleurs par an à
l’entreprise.74 M. Firestone ne tarira pas d’éloge sur le Libéria, qui selon lui : « offered the
best natural advantage »75 ainsi que sur la main d’œuvre : « practically inexhaustible »76.
L’armée et les chefs traditionnels ont été mis à contribution, pour honorer l’obligation
du gouvernement de fournir les travailleurs. Les chefs traditionnels réfractaires étaient
sanctionnés.
Mobilisés sur la base de fausses promesses salariales, ces travailleurs vivaient dans des
conditions inhumaines, comme le témoigne en 1949, le Capitaine Henrigue Galvo,
fonctionnaire portugais au Libéria : « in some ways the situation is worse than slavery, after
all, the native is bought as an animal ; his owner prefers him to remain as fit as a horse… »77.

Le travail forcé au Libéria a entrainé l’indignation de la communauté internationale et


une critique de la Société des Nations, qui a décidé de mettre en place une commission
internationale d’enquête sur l’existence de l’esclavage et du travail forcé.
Le rapport de cette commission a été publié en 1930, il a fait état de traitement
inhumain et de discrimination contre les populations autochtones, il a exhorté le
gouvernement libérien à cesser sa politique discriminatoire.

Face à la pression de la communauté internationale, les premiers assouplissements des


conditions de vie des populations autochtones sont intervenus à l’arrivée au pouvoir, en 1944,
du Président William Tubman, né le 29 Novembre 1895.
En 1960, il accorde la citoyenneté aux populations autochtones. Tubman est remplacé
à sa mort en Juillet 1971, par son vice-président, William Tolbert. Comme son prédécesseur,
William Tolbert œuvra à l’intégration des populations autochtones.
Cependant, le nouveau pouvoir doit faire face à :

74 NASS Innocent , A study in internal conflict: the Liberian crisis and the west African peace
initiative, Fourth dimension publishers, 2000, pp 12
75 BOILEY Georges, Liberia the rise and fall of the first Republic, Op. Cit, p 39, Traduction par

nos soins : «offrait le meilleur avantage naturel »


76 Traduction par nos soins : «pratiquement inépuisable »
77 Ibid., p 46, Traduction par nos soins : « d’une certaine manière, la situation est pire que
l’esclavage, après tout, le native est acheté comme un animal, son propriétaire préfère qu’il reste
comme un cheval »
65
- la montée des tensions politiques, qui ont été induites par l’apparition de nouveaux
partis politiques comme le Mouvement pour la Justice en Afrique du Docteur Amos
Sawyer, ou l’Alliance Progressive du Libéria de Baccus Matthew ;
- La crise économique, dont le point culminant a été l’augmentation du prix du riz de 22
Dollars à 30 Dollars78. Elle a entrainé la révolte du 14 Avril 1979, qui a été
lourdement réprimée par le gouvernement : plus de 60 morts, 600 blessés et 35
millions de dollars de perte matérielles79.

La crise politique et économique a conduit à un coup d’état militaire, le 12 Avril 1980,


marquant tournant décisif dans la vie politique du Libéria.
En effet, elle a symbolisé la fin de plus d’un siècle de domination des afro-américains,
tous les putschistes étaient des autochtones.
Les griefs du Comité de Rédemption du Peuple contre le gouvernement de Tolbert
étaient : la corruption, la faillite du gouvernement à régler les préoccupations sociales du
peuple, la violation des droits humains, l’absence de démocratie80.
C’est sous la Présidence de Samuel Doe, que le conflit libérien a éclaté. Le conflit
libérien a débuté, le 24 Décembre 1989 et a pris fin en 2003, avec l’exil de Charles Taylor. Il
a causé la mort de plus de 150.000 morts avec 600.000 à 700000 réfugiés dans les Etats
limitrophes : Côte d’Ivoire, Guinée et Sierra Léone.81
Comment peut-on expliquer cette guerre civile contre un régime, dont l’arrivée avait
pourtant suscité beaucoup d’espoir chez les populations autochtones libériennes ?
Pour répondre à cette question, nous étudierons le conflit libérien à la lumière de la
théorie de la guerre civile de Jean-Pierre Derriennic, Professeur de science politique à
l’Université de Laval au Québec. L’auteur a élaboré une théorie sur ce phénomène conflictuel,

78 GUANNU Joseph Saye, the first Liberian Republic, Florida, Exposition Press, 1985, Op Cit p
125
79 AZUBIKE Nass Innocent, A study in internal conflict: the Liberian crisis and the west African
peace initiative. Op Cit, p 37
80 GUANNU Joseph Saye, the first Liberian Republic, Op.Cit p 134.

81BARRY Mamadou Aliou, la prévention des conflits en Afrique de l’Ouest, Mythes ou réalités ?
Paris, Karthala 1997, p 43
66
dans son ouvrage, les guerres civiles82. Il distingue 3 types de guerres civiles : partisane,
identitaire et socio-économique.
Le conflit libérien est loin d’être l’apanage d’une seule cause, son déclenchement était
dû à plusieurs facteurs, et ceux-ci ont évolué de manières différentes. Nous verrons
successivement : la primauté de la cause identitaire par rapport à la cause partisane
(paragraphe 1), l’affaiblissement ultérieur de la cause identitaire au profit de la cause
partisane (paragraphe 2), les causes socio-économiques du conflit libérien (paragraphe 3).

Paragraphe 1 : La primauté de la cause identitaire du conflit libérien par rapport à la


cause partisane

Derriennic a défini les guerres civiles identitaires comme celles qui : « opposent des
groupes auxquels on appartient de naissance et dont il est impossible ou très difficile de
changer »83.
Dans le cas précis du conflit libérien, l’ethnie représentait : « ces groupes auxquels on
appartient de naissance ». Le conflit libérien a été une opposition entre deux catégories
d’ethnies : les ethnies oppresseures et les ethnies oppressées.
Toutefois, dans le conflit libérien, le fait ethnique a été instrumentalisé par les
belligérants, pour alimenter le conflit. C’est ce qu’indique Ghebaly, l’ethnicité d’un conflit :
« est cependant souvent moins une cause « causante » qu’une réaction naturelle à une
situation persistante de domination, d’oppression et de discrimination »84. Cette primauté de
la dimension identitaire sur l’aspect partisan correspondait au début du conflit. Pour
démontrer les rapports entre ces deux causes du conflit, nous verrons d’un côté la cause
identitaire du conflit libérien (A) et de l’autre la cause partisane (B).

82 Edité aux presses de Sciences Po, Paris 2001, 281 pages, il comprend sept chapitres : les
guerres partisanes, les guerres socio-économiques, les guerres identitaires, les déterminants
sociaux de la violence, les forces armées dans les guerres civiles, les institutions politiques et le
maintien de la paix civile, la société internationale et le contrôle des guerres civiles.
83 DERRIENNIC Jean Pierre, les guerres civiles, Paris, Presses de sciences po, 2001, p 71
84GHEBALY Victor-Yves, « les guerres civiles de la post-bipolarité : nouveaux acteurs et
nouveaux objectifs », in Relations internationales, n°105, printemps 2001, pp 41.
67
A- La cause identitaire du conflit libérien :

L’opposition ethnique était caractérisée par le rôle des ethnies oppresseures sur celles
oppressées.

1.1 Les ethnies oppresseures :


Il s’agit des Krahns et des Malinkés :
- les Krahns : ils constituaient la principale ethnie oppresseur, leur domination
était symbolisée par Samuel Doe.

C’était par souci d’avoir l’exclusivité du pouvoir, que le Président Samuel


Doe a établi des frontières entre les ethnies autochtones du Libéria, jadis solidaires
et soucieux face à la discrimination effectuée par les Afro-américains.
Pour asseoir son pouvoir, il a procédé de deux façons : d’une part, éliminer
toutes les personnes physiques pouvant le menacer, et d’autre part légitimer son
pouvoir par les urnes.
Aussi surprenant que cela paraisse, Samuel Doe a été un président élu à la
suite de l’élection présidentielle du 15 Octobre 1985.
Toutefois, il a été un Président mal élu, au regard des irrégularités qui ont
entachées le scrutin.

- les Malinkés : alliés des Krahns


Ils étaient des mercantilistes venus essentiellement du Mali et de la Guinée.
Leurs activités se limitaient à la vente de biens marchands de première
nécessité.
Après la répression des Gio-Mano, suite au coup d’état du Général Quiwonkpa,
Samuel Doe avait besoin de renforcer sa popularité. Alors, la stratégie élaborée a été
de se lier aux malinkés. Ces derniers seront reconnus grâce à Doe, comme ethnie

68
nationale du Libéria en 198585 au grand dam du reste de la population, qui les
considérait comme des étrangers, qui constituent une communauté hermétique et
motivée par la volonté d’islamiser le Libéria86.

1.2 : Les ethnies oppressées : les Gio-Mano :

Au lendemain du coup d’état de 1980, le Général Quiwonkpa était le chef d’état-


major des forces armées libériennes. Inquiet de la popularité de son compagnon
d’armes, auprès des soldats et de la population, Samuel Doe a nommé le Général
Quiwonkpa comme Secrétaire Général du Comité de Rédemption pour le Peuple, un
poste administratif.
Le refus du Général Quiwonkpa d’accepter cette retraite déguisée a sonné le glas
de l’amitié, entre les deux hommes. En 1982, Samuel Doe l’a accusé d’une tentative de
coup d’état, le Général Quiwonkpa s’est exilé en Côte d’Ivoire, avec une partie de l’élite
militaire et politique de l’ethnie Gio-Mano.
A la suite de l’élection présidentielle du 15 Octobre 1985, qui a été remportée
par Samuel Doe, le Général Quiwonkpa a tenté une incursion armée par la province du
Nimba87, afin de mettre fin au régime de Doe. Le Président Doe a profité de l’échec de
cette opération pour :
- éliminer physiquement le Général Quiwonkpa ;
- effectuer une purge massive des Gio-Mano dans le milieu militaire et politique ;
- terroriser les populations Gio-Mano dans leurs régions.

85OQUAYE Mike, « The Liberian crisis: lessons for intra-state conflict management and
prevention in Africa», in Working paper n°19, Juin 2001, Institute for Conflict analysis and
resolution, George Mason University, p 4.

86Cette islamisation du Libéria était garantie par le modèle matrimonial des malinkés. En effet,
un homme malinké pouvait marier une femme malinké ou celle issue d’une autre ethnie,
contrairement aux femmes malinkés. Ainsi, résidait là l’assurance que l’enfant née adopterait la
religion de son père.
87Le Nimba est une ville libérienne frontalière d’avec la Côte d’Ivoire, c’est une région de l’ethnie
des Gio-Mano.
69
Ces représailles ont fait des milliers de civils tués et autant d’exilés
essentiellement en Sierra Léone et en Côte d’Ivoire. La répression avait été qualifiée
de génocide88.

B- La cause partisane du conflit libérien :

Selon Derriennic, les guerres civiles partisanes : « sont celles ou s’opposent des
groupes auxquels il est possible d’adhérer par une décision individuelle. On y participe en
prenant parti, d’où leur nom (…) »89 .
Toutefois, notons que le fait partisan dans le conflit libérien était très complexe. Il
existait bien des groupes qui s’affrontaient, cependant, la décision de l’individu de faire parti
de l’un ou l’autre des groupes, n’était pas libre.

- Les forces en présence au Libéria :


Il s’agit des factions belligérantes créées pendant la première phase du conflit
libérien : de 1989, début du conflit, à 1997, année de l’accession de Charles Taylor à la
présidence du Libéria.

• L’AFL :
Il paraît a priori, surprenant d’inclure une armée gouvernementale dans la liste des
factions belligérantes et notre position est loin d’être marginale90.
Dans une République, la mission de l’armée s’effectue en principe sans considération
ethnique. Malheureusement, cette vertu faisait défaut à l’armée libérienne.
D’une façon générale, l’armée libérienne ne fonctionnait pas selon les normes
classiques d’une armée moderne, comme l’illustre cette promotion spectaculaire des membres
du Comité de Rédemption, auteurs du coup d’état de 1980 et sous-officiers, qui sont devenus

88 AZUBIKE Nass Innocent, a study in internal conflict… Op.cit., p 55


89 DERRIENNIC Jean-Pierre, les guerres civiles, Op. Cit., p 24.

90 BARRY Mamadou Aliou, Guerres et trafics d'armes en Afrique : approche géostratégique, Paris,
l’Harmattan, 2006, p 299.

70
colonels ou Généraux en moins d’un an. Certains auteurs évoquent également la nature :
« indisciplinée et ethnicisée »91 de l’armée libérienne.
Le critère ethnique de l’armée libérienne justifie notre choix de l’inclure dans la liste
des factions belligérantes. En effet, après la répression des Gio-Mano, suite à la tentative de
coup d’état du Général Quiwonkpa, Samuel Doe a verrouillé le recrutement de l’armée au
profit des Krahns. Lors du déclenchement du conflit en 1989, l’armée libérienne, comptait
7000 soldats repartis en 6 bataillons d’infanterie et des compagnies d’appui et de soutien92.
L’armée était composée en majorité par des Krahns, c’est ce qui pousse ironiquement
certains auteurs à le nommer : « l’armée de Doe »93.
La progression rapide des autres factions combattantes a révélé la faiblesse de cette
armée, qui finalement n’aura que le contrôle de l’ «executive mansion »94.

• Le NPFL :
Les participants au coup d’état manqué de 1985 dirigé par Quiwonkpa, ont crée le
NPFL, très rapidement, il était devenu la faction rebelle la plus importante, en s’accaparant
90% du territoire national95. Le NPFL est dirigé par Charles Taylor.

• L’INFP :
Cette faction belligérante est née, suite à la dissension entre Charles Taylor et Prince
Johnson, qui a décidé de créer l’INPF. Prince Johnson était l’aide de camp du Général
Quiwonkpa.

• L’ ULIMO :
L’ULIMO a été créé en Sierra Léone en 1991, par des réfugiés Mandingues et Krahns,
les privilégiés du régime de Doe, qui connaîtront l’exil à leur tour, avec l’arrivée au pouvoir
de Taylor. La majorité des membres de l’ULIMO était des anciens militaires de l’AFL.

91
AZUBIKE Nass Innocent, A study in internal conflict… Op. Cit.,p 56
92
ECOWAS, The peace maker, Ecomog Magazine, Vol 2, No 1 Sept 1992- Sept 1993, p 13.
93
AZUBIKE Nass Innocent, A study in internal conflict… Op. Cit.,p 61
94 Il s’agit du palais présidentiel, dans lequel Doe s’était retranché. Sa sécurité était en outre
assurée par une garde personnelle de 500 soldats spécialement formés en Israël.
95 AZUBIKE Nass Innocent, A study in internal conflict… Op.Cit., p 61

71
Le but de l’ULIMO était d’empêcher la prise du pouvoir par Taylor, puis d’assurer la
protection des intérêts Krahns et Mandingues.
L’ULIMO connaîtra une dissidence. Il s’est séparé en deux branches : l’ULIMO-J,
dirigé par Roosevelt Johnson représentant les Krahns, et l’ULIMO-K dirigé par Alhaji
Kromah, représentant les mandingues.

• Les Forces de Défense de Lofa :


Elles avaient pour mission d’appuyer le NPFL, pour lutter contre l’ULIMO dans la
ville de Lofa.

• Les Forces de Défense de Bong :


Elles avaient pour mission d’appuyer l’ULIMO-K, pour lutter contre le NPFL dans la
ville de Bong.

• Le LPC :
Il s’agissait d’une force appuyée par l’Ecomog et l’AFL, pour protéger les intérêts
Krahns et certains mandingues frustrés par l’ULIMO. Son but était de lutter contre le NPFL
dans le grand Gedeh, la ville symbole des Krahns.

- L’adhésion partisane
L’adhésion à un parti a des limites. Selon Derriennic, l’adhésion à un parti s’effectue
de deux manières, soit par consentement soit par la force ou la peur, dans ce cas l’adhésion
« n’est pas (…) libre »96.
En effet, les adhésions libres étaient presque inexistantes au Libéria, compte tenu de la
nature profondément ethnique des factions armées. Les adhésions étaient motivées par la
force et la nécessité, l’individu n’avait pas le choix.
La conséquence néfaste de la construction partisane à partir de l’appartenance
ethnique, a été l’accentuation de la violence. A partir de ce modèle, un individu de l’ethnie
Gio-Mano, même neutre ou pacifique, sera finalement obligé de recourir à la lutte armée, car

96
DERRIENNIC Jean-Pierre, les guerres civiles, Op. Cit., p 23.
72
il sera toujours considéré par les Krahns comme un ennemi, comme l’illustre le massacre de
600 personnes de l’ethnie Gio-Mano, par l’AFL. Ces personnes s’étaient réfugiées dans une
église à Monrovia.

73
Paragraphe 2 : L’affaiblissement de la cause identitaire au profit de la cause partisane

Le conflit libérien se caractérisait par un abandon du facteur identitaire, au profit du


facteur partisan, notamment, à partir de l’accession de Charles Taylor à la présidence
libérienne97, jusqu’à son départ en exil au Nigeria98.
Ceci s’explique par le fait que : « La position de Taylor comme chef d’État ne devrait
pas lui donner un avantage »99 à entretenir les différends ethniques. En effet, un Président de
la République a besoin de toutes les ethnies.
En plus du NPFL de Taylor, deux nouvelles factions armées ont émergé, il s’agissait
du LURD et du MODEL. Comme dans tout conflit partisan, il y a les différentes factions
combattantes (A) ayant des motivations particulières (B).

A- Les factions combattantes :


Les principales factions combattantes étaient :
- Le LURD :
Ce mouvement armé opposé au Président Taylor, a été créé en 1999 au Nigeria
De par sa composition, le LURD était un mouvement ambigu, comme l’a confirmé
Barry, il « rassemble les déçus du Président Taylor qui appartenait tous au NPFL, des ex-
combattants de l’ULIMO et du LPC »100.
Le leader du LURD était Sékou Damaté Conneh, il disposait de 15000 combattants et
contrôlait du port de Monrovia.
L’aile politique du mouvement se trouvait à Conakry en Guinée. Le LURD était une
émanation de l’ULIMO, principale faction opposée à Taylor, pendant sa longue et sanglante
prise du pouvoir (1990 à 1997). Il a été financé par la diaspora libérienne aux Etats-Unis.

97 Le 19 juillet 1997, à la suite d’une élection présidentielle


98 Le 06 Juillet 2003
99RENO William, « la sale petite guerre du Libéria », in Politique Africaine, n°88-Décembre 2002,
Paris, Karthala, pp 69.

100BARRY Mamadou Aliou, Guerres et Trafics d’armes en Afrique : Approche Géostratégique,


Paris, L’Harmattan, Septembre 2006, Op. Cit p 295

74
- Le MODEL
Le MODEL était la seconde faction armée opposée à Charles Taylor. Il a été crée en
Mars 2003, en Côte d’Ivoire. Les combattants du MODEL étaient essentiellement des
libériens réfugiés sur le territoire ivoirien.
L’importance de ce mouvement armé venait du contrôle du port de Buchanan, situé à
l’est de Monrovia, à environ une centaine de Kilomètre de Monrovia. Ce port servait au
ravitaillement en armement, des combattants de Charles Taylor.

B- La détermination de la motivation des factions armées :


Selon Derriennic, un conflit partisan repose sur une idéologie de guerre civile.
L’idéologie de guerre civile est un discours véhiculant des idées qui ne font pas l’unanimité
au sein d’une société et qui deviennent surtout des « enjeux ou des armes »101 pour les
groupes en conflit. Derriennic insiste sur ce dernier point, et en fait une condition
fondamentale d’une idéologie de guerre civile « les idées qu’à tort ou à raison presque
personne ne conteste ne sont pas idéologiques »102.
L’idéologie de guerre civile serait un point commun aux motivations des combattants.
Elle est indispensable « pour qu’un conflit partisan devienne une guerre civile, il n’est pas
nécessaire que les choix d’un grand nombre d’individus deviennent identiques, mais il faut
qu’ils soient orientés dans la même direction par une idéologie puissante »103.
L’auteur énumère les caractéristiques d’une idéologie de guerre civile, qui sont :
- L’exagération de la valeur des enjeux des confits ;
- La capacité de polariser la société autour d’un conflit dominant ;
- La rigidité des liens existants entre les faits sociaux.

Il paraît difficile de trouver une véritable idéologie de guerre civile, dans les deux
phases du conflit libérien. Dans la première phase du conflit (de 1989-1997), l’objectif des
factions armées, dont la composition reposait sur l’ethnie, était la conquête du pouvoir et le

101 DERRIENNIC Jean-Pierre, les guerres civiles, Op.cit., p 26


102 Ibid. p 26
103 Ibid. p 25

75
renversement de Samuel Doe. A ce titre, Prince Johnson a affirmé : « (…) nous avons pris les
armes uniquement pour nous débarrasser de Samuel Doe. Doe était la cause de la guerre»104.
De même, la deuxième phase du conflit libérien n’avait pas d’idéologie de guerre
civile. L’objectif des autres factions armées était le renversement de Taylor.
Après la prise de pouvoir par Taylor, la situation n’a guère évolué, la principale
faction armée le LURD, opposée à Taylor, n’avait « pas de programme politique clair au-delà
du renversement de Charles Taylor »105.

104RADIO FRANCE INTERNATIONALE, « Prince Johnson : pourquoi je veux rentrer au pays »,


interviewé par BENSIMON Cyril, [http://www.rfi.fr/actufr/articles/031/article_19098.asp] (page
consultée le 05 Août 2009).
105 RENO William; « la sale petite guerre du Libéria», Op.cit. pp 63.
76
Paragraphe 3 : Les causes socio-économiques du conflit libérien
Les guerres civiles socio-économiques sont définies comme : « celles opposant des
groupes définis par la place de leurs membres dans l’activité économique (…).
Lorsque les humains sont mécontents de leur situation et désirent l’améliorer, ils ont le
choix entre deux stratégies :

− ils peuvent adopter une stratégie de solidarité avec ceux qui sont dans la même
situation ;

− ils peuvent choisir une stratégie de promotion individuelle et chercher à améliorer


leur sort sans se préoccuper de celui des autres.
Seule, la première est capable d’assurer la cohésion de groupes nombreux. »106

C’est la stratégie de solidarité qui a caractérisé le conflit libérien. En effet, au-delà des
considérations ethniques et partisanes, les facteurs économiques ont joué un rôle non
négligeable dans l’exacerbation de la violence, au Libéria, Derriennic avance le fait qu’ : « on
trouve donc toujours des facteurs économiques qui jouent un rôle dans l’explication d’un
conflit social, même quand ils n’en sont pas la cause principale »107. Dans le cas d’espèce, les
frustrations économiques se sont greffées aux frustrations politiques,
En quoi le conflit libérien constitue-t-il une expression de la crise socio-économique ?
Pour répondre à cette question, il serait utile de connaître la situation socio-économique avant
le début du conflit armé, en Décembre 1989. Les causes socio-économiques ayant contribué à
exacerber le conflit libérien sont : l’impact de la mauvaise situation économique avant le
déclenchement du conflit (A), une crise sociale marquée par la marginalisation de la jeunesse
(B) et enfin le goût des combattants pour la prédation (C).

A- La dégradation des conditions économiques avant 1989


En 1986, selon les estimations de la Banque Mondiale, la population libérienne
s’élevait à 2,3 millions de personnes, 61% de cette population soit 1,4 millions de personnes,
vivait dans des zones rurales, sur ce pourcentage, 77% vivaient en dessous du seuil de
pauvreté. en 1988, 22% de la population rurale avait accès à l’eau potable et seulement 8%
aux soins.
106 DERRIENNIC Jean-Pierre, les guerres civiles, Op. Cit, p 49.
107 Ibid, p 62
77
Toujours, selon les données de la Banque Mondiale, les personnes qui avaient la
capacité de travailler représentaient 57% de la population totale, 33% de cette population
active était sans emploi. A côté de cette précarité structurelle, le taux d’analphabètes était
estimé à 82%108. En plus de ces mauvais chiffres économiques, le Libéria était soumis à une
mauvaise gouvernance économique109 : En 1979, Doe a distribué aux membres du Comité de
Rédemption ainsi qu’à certains hauts fonctionnaires de l’Etat, 50 Mercedes achetés à
l’occasion du sommet des chefs d’Etat et de Gouvernement de l’OUA à Monrovia en 1980.
Amortis, après quelques mois, il les a remplacées par des voitures de marque Volkswagen.
Les membres du Comité de Rédemption s’arrogeaient de privilèges énormes, ainsi, ils
s’accaparaient des biens immobiliers des anciens dignitaires du régime de Tolbert, à des fins
personnelles.
Le déficit budgétaire s’aggravait d’année en année, l’investissement direct étranger
diminuait ainsi que le manque de liquidité, malgré l’injection de 100 millions de dollars
libériens110, l’irrégularité des salaires des fonctionnaires devenait endémique. Plus tard,
Samuel Doe lui-même, reconnaît la gravité de la crise économique, qu’il a imputée à la
mauvaise gestion111.

B- La crise de la jeunesse libérienne


Cependant, on peut ajouter aux causes du conflit, le manque de perspective pour la
jeunesse libérienne. Les combattants durant le conflit libérien, n’étaient pas des soldats, mais
des civils armés et la plupart très jeunes, qui vivaient de racket et d’agression.
Au Libéria les politiques destinées à lutter contre l’aliénation de la jeunesse étaient
faibles et ont été aggravées par la mauvaise situation économique. C’est ce qui a sans doute
exacerbé le phénomène d’enfants soldats, selon les travaux de Krijn et Richards112, les enfants
soldats ont agi pour leur survie et celle des leur proche. Ils étaient faiblement éduqués,
exposés à l’influence des médias occidentaux, en particulier des films de guerre
hollywoodiens et passionnés par leur armement. Richards exclue le facteur ethnique comme

108 GUANNU Joseph Saye, First Liberian Republic, Op Cit, pp 103 ; 117
109 SAWYER Amos, effective immediately -Dictatorship in Liberia 1980-1986, Rijksweg, African
Centre, 1988, p 19
110 Ibid, p 8

111 AZUBIKE Nass Innocent, A study in internal conflict…, Op Cit, p 52

112 KRIJN Peter et RICHARDS Paul, « youth in Sierra Leone: why we fight », in Africa Journal of
the international, African Institute, n° 68 (2), 1998, p.183-210.
78
cause du conflit, il voyait celui-ci comme une opportunité pour déclencher un conflit. Il est à
noter qu’avant l’attaque de Taylor contre Doe, il existait beaucoup de cas de violences
commises par les jeunes. Les chefs rebelles ont exploité ce phénomène criminel pour armer
les jeunes. Les armes provenaient de l’ex-URSS, en particulier l’AK-47.
Du point de vue de la crise de la jeunesse, on peut affirmer en premier lieu, que les
groupes dissidents au Libéria, dirigés par Taylor, étaient mélangés. Ce qui suppose que
l’appartenance ethnique n’était pas une condition importante pour le recrutement, en
particulier durant la deuxième phase du conflit libérien. Le fait de rejoindre une faction
armée « constitue une alternative acceptable, à défaut d’être idéale, pour gagner de quoi vivre
(…) »113.

C- Le rôle de l’Avaritia dans le conflit libérien


L’Avaritia ou la soif des richesses matérielles constitue, depuis des siècles une
motivation de guerre civile114, selon l’historien Salluste. Cette réflexion quoique millénaire
constitue un motif d’explication du conflit libérien. La recherche effrénée du profit par les
factions armées est un élément d’explication fondamentale, selon Reno, il s’agit d’ « un
élément important pour comprendre le cours de la guerre du Liberia »115.
L’Avaritia a été une donnée générale et permanente pendant tout le conflit, toutes les
factions armées étaient impliquées dans la recherche du profit. Selon Stephen Ellis, les
factions armées se sont livrées à : « des attaques simulées, seulement destinées à faciliter le
pillage »116.
Bien que pauvre, le Libéria regorge d’importantes ressources naturelles : diamants et
bois. L’occupation des ports maritimes par les différentes factions était loin d’être un hasard.
Celle-ci, leur permettait de se procurer des armes en échange des ressources naturelles.
Ghebaly précise, au sujet de la satisfaction des besoins matériels comme unique
objectif des factions armées, qu’en l’absence de toute motivation idéologique, la recherche du

RENO William, « la sale petite guerre du Libéria »Op. Cit, pp 75


113

GHEBALY Victor-Yves, « les guerres civiles de la post-bipolarité: nouveaux acteurs et


114

nouveaux objectifs », in Relations Internationales, n°105, printemps 2001, pp 36.


115RENO William, “la sale petite guerre du Libéria” Op. Cit. pp 71
116ELLIS Stephen, The Mask of Anarchy: The destruction of Liberia and the religious dimension
of an African civil war, Hurst, London, 1999 p. 145.

79
profit économique constitue un objectif exclusif, entraînant l’accaparement et le contrôle des
richesses nationales d’une part, et d’autre part, la mise en place d’un système d’exploitation
favorable à tous les protagonistes, rendant ainsi la fin de la guerre très complexe. Ce système
économique alternatif est criminalisé de deux façons : la vente à faible coût des richesses
nationales à des entreprises multinationales, désireuses de faire du profit d’une part, et d’autre
part, le trafic de stupéfiants. L’analyse de l’auteur loin d’être erronée, résume parfaitement le
conflit libérien, selon des enquêteurs de l’ONU : « au moins douze districts miniers ont été
occupés par les rebelles du LURD, et plusieurs témoins oculaires ont dit avoir été contraints
de laver du gravier brut pour en tirer des diamants pour les rebelles… Un commandant du
Lurd interrogé par le Comité d’experts a aussi avoué que les soldats rebelles s’emparaient des
diamants pendant leurs opérations et qu’ils les avaient vendus à des acheteurs en Guinée »117.

L’Avaritia dans le conflit libérien offrait deux avantages aux factions armées :
- un moyen de soutien de l’effort de guerre :
Tout affrontement armé nécessite un financement, il s’agit d’un moyen de soutenir
l’effort de guerre et le conflit libérien n’échappe pas à ce principe.
Au Libéria la différence de puissance des factions armées reposait sur la capacité de
contrôle des richesses naturelles. En effet, plus une faction contrôlait les richesses, plus elle
était puissante. Suivant ce raisonnement, Taylor était le chef rebelle le plus puissant « parce
qu’il était capable d’exploiter les diamants, et d’autres ressources commerciales»118. Selon
des estimations, le conflit lui a procuré plus de 400 millions de dollars119, les montants
récoltés lui ont permis d’acquérir des armes et de prendre ainsi, le dessus sur les autres
factions armées, grâce à sa puissance de feu.
Mamadou Aliou Barry décrit parfaitement le système de financement de l’effort de
guerre mis en place par Taylor : « ses partenaires sont des commerçants contrebandiers grecs
et libanais. Des cargos débarquent des armes et embarquent du bois précieux et des
conteneurs dans lesquels sont dissimulées d’importantes quantités de drogues et d’armes ».120

117 CONSEIL DE SÉCURITÉ DES NATIONS UNIES, Report of the Panel of Experts Appointed
Pursuant to Security Council Resolution 1395, United Nations Security Council, New York, 11
Avril 2002, paragraphe 110.
118 RENO William “ la sale petite guerre du Libéria”, Op. Cit, pp 64

119 BERDAL Mats et MALONE David, «Introduction», in Berdal Mats et Malone David, Greed
and Grievance. Economic Agendas in Civil Wars, Boulder, Co., Lynne Rienner, 2000, pp5.
120 BARRY Mamadou Aliou, Guerres et Trafics d’armes en Afrique : Approche Géostratégique, Op.
Cit, pp 293-294
80
- Un tremplin pour la conquête du pouvoir politique :
La seconde raison justifiant l’attrait des factions armées pour l’acquisition du
maximum de richesses, est la conquête du pouvoir politique. Cette affirmation s’est confirmée
avec l’élection démocratique de Taylor à la présidence du Libéria, le 19 Juillet 1997, avec un
taux de 70% des voix face à Ellen Johnson Sirleaf.
Il est évident que le choix des électeurs, pour un ancien chef de guerre reconverti à la
politique, n’était pas dû à l’intérêt qu’ils avaient pour son programme politique.
Leur choix s’expliquait par un calcul rationnel : pour avoir la paix, il faut élire le chef
de la faction armée la plus puissante. Les partisans de Taylor eux-mêmes avaient un slogan en
ce sens : « Taylor a tué mon père et ma mère, mais je vote pour lui ». En effet, élire un autre
candidat que Taylor à la présidence du Libéria, reviendrait à favoriser l’enlisement du conflit
libérien, la ligne politique de Taylor était fondée sur « la menace qu’il faisait planer d’un
retour à la guerre s’il n’entrait pas au palais présidentiel »121
En résumé, les mauvaises conditions socio-économiques, ajoutée à la richesse du
Libéria et à l’absence de perspectives des jeunes, ont constitué un des fondements du conflit
libérien. Collier accorde une importance fondamentale aux rôles des facteurs économiques
dans le déclenchement d’un conflit : « Les données sur les causes de conflit indiquent que les
facteurs économiques en sont les principaux moteurs. La combinaison d’importantes
exportations de matières premières, d’un bas niveau d’enseignement, d’un pourcentage élevé
d’hommes jeunes et d’un déclin économique augmentent énormément les risques »122.

Avec le conflit libérien, les Etats de la CEDEAO ont découvert la complexité des
confits internes, caractérisés par un enchevêtrement de causes ethnique, économique et
partisane. Le mécanisme initial de sécurité ne constituait pas un cadre pertinent capable de
résoudre ce type de conflit. En effet, il avait une nature utopique : il n’existait pas d’ennemi
commun aux Etats de la CEDEAO et on constate que l’objectif implicite des Etats de la
CEDEAO était de se protéger des affrontements idéologiques Est-Ouest. L’alliance défensive
des Etats de la CEDEAO était dirigée contre les puissances occidentales, cet avis est partagé

RENO William, “ la sale petite guerre du Libéria” Op. Cit, pp 66


121
122COLLIER Paul, « Doing well out of war: an economic perspective », in Berdal Mats et Malone
David, Greed and Grievance. Economic Agendas in Civil Wars, Boulder, Co., Lynne Rienner,
2000, p. 110.
81
123
par certains auteurs à l’instar de M. Tom Imobighe, qui estime que : « the effort to build
ECOWAS’s defensive capability in which the threat perception is that which emanates from
extra community sources, including neo-colonialists… »124.
Les Etats de la CEDEAO pouvaient-ils engager des rapports de forces contre l’un où
l’autre des blocs ? La réponse est négative. En effet, loin de constituer une alliance solide, les
Etats de la CEDEAO, durant la guerre froide, étaient particulièrement divisés.
A titre illustratif, sur le plan militaire, l’aide militaire soviétique à quelques Etats de la
CEDEAO s’élevaient comme suit : la Guinée 39 millions de Dollars, le Mali 12 millions de
Dollars et le Nigeria 39 Millions de Dollars. A l’instar de l’URSS, la France dispose de bases
militaires125 sur le territoire de deux Etats de la CEDEAO : le Sénégal et la Côte d’Ivoire. En
outre, la France entretenait des relations économique et financière avec les différents Etats
francophones de l’Afrique de l’Ouest.
Avec un mécanisme initial de sécurité non adaptée au conflit libérien, comment la
CEDEAO va-t-elle réagir pour le résoudre ?

123 Traduction par nos soins : « les efforts pour mettre en place une capacité défensive de la
CEDEAO, reposaient sur une perception de la menace qui viendrait de l’extérieur de la CEDEAO,
ceci incluait les néo-colonialistes… »
124 Cité par MAGYAR Karl Paul, « ECOMOG’s Operations : Lessons for peacekeeping » ; in
Morgan Earl-Conteh et Magyar Karl P, peacekeeping in Africa : Ecomog in Liberia, Op. Cit, pp 55
125 Ces bases militaires françaises ont été installées en vertu d’accords de défense signés entre la
France et la Côte d’Ivoire en 1961 puis le Sénégal en 1974.
82
Chapitre 2 : L’intervention de la CEDEAO dans le conflit libérien

En principe, l’intervention d’une Organisation Internationale dans la résolution des


conflits est soumise à des règles strictes. Ces dernières définissent les modalités de
l’intervention.
La nature particulière du conflit libérien, définie par Diarra comme étant : « un conflit
d’un type nouveau où il n’y avait pas d’agresseur. C’était en effet des libériens qui se
battaient, les uns contre les autres… »126. L’auteur considère le déclenchement du conflit
libérien, comme la fin du mécanisme de sécurité initial. Il ressort que la CEDEAO est
intervenu dans le conflit libérien sans mécanisme, elle a imaginé des méthodes d’action pour
gérer au mieux le conflit libérien (Section 1), cette gestion improvisée du conflit libérien a eu
des effets sur les actions de la CEDEAO, dans le conflit libérien (section 2).

Section 1 : La gestion improvisée du conflit libérien

Devant l’urgence de la situation au Libéria, la CEDEAO va improviser la gestion du


conflit libérien, en ce sens, qu’elle va : « composer sur le champ et sans préparation/organiser
sur le champ à la hâte »127.
L’intervention de la CEDEAO dans le conflit libérien s’est faite selon des procédures
non définies préalablement, cette gestion improvisée a des caractéristiques (paragraphe 1) et
des causes (paragraphe 2).

Paragraphe 1 : Les caractéristiques de l’improvisation

On dénote deux faits principaux, caractérisant l’improvisation : la création de


différents comités ad hoc (A) et le déploiement de l’ECOMOG (B).

126 DIARRA Cheick Oumar, « la CEDEAO et le protocole additionnel sur la démocratie et la


bonne gouvernance dans la construction de la paix et de la démocratie », Actes du Forum des
partis politiques, des médias et de la société civile en Afrique de l’Ouest, Club du Sahel et de
l’Afrique de l’Ouest, Novembre 2005, p 64.
127 Dictionnaire le nouveau Petit Robert de la langue française 2009, p 1293

83
A- L’implication des comités ad hoc dans le règlement du conflit libérien

La stratégie adoptée par la CEDEAO, afin de régler le conflit libérien, a été la création
des différents comités ad hoc, il s’agissait des comités suivants :
- Le Comité Permanent de Médiation :
Il a été crée par la décision A/DEC. Du 30 mai 1990, lors de la 13ème session ordinaire
de la conférence des chefs d’Etat de la CEDEAO, à Banjul en Gambie.
Il comprenait : le Ghana, le Mali, le Nigeria, le Togo et la Gambie. Le comité
permanent de médiation est un mécanisme non prévu, ni par le traité de la CEDEAO, ni par
les protocoles relatifs à la sécurité de la CEDEAO.
La première session du Comité Permanent de Médiation s’est tenue, le 7 août 1990 à
Banjul. Cette réunion a marqué le début de l’engagement du comité dans le conflit libérien,
au regard des mesures adoptées :
- Appel au cessez le feu ;
- Mise en place et envoi au Libéria d’un groupe de surveillance du cessez le feu,
l’ECOMOG.

La deuxième réunion du Comité de Médiation a porté sur l’élaboration d’un plan de


paix, dont l’une des principales mesures était la tenue d’élection présidentielle dans un délai
de 9 mois.
Le refus du NPFL d’appliquer les accords du Comité Permanent de Médiation ajouté
au manque de soutien politique de certains Etats de la CEDEAO, en particulier la Côte
d’Ivoire ; le Burkina Faso et le Sénégal, ont entrainé une disparition de facto du Comité
Permanent de Médiation.
En effet, ces Etats ont reproché au Comité Permanent de Médiation sa décision
d’envoyer une force d’interposition au Libéria, ce qui pour eux, ne relavait pas de sa
compétence.

84
- Le comité des Cinq :

Il a remplacé le Comité Permanent de Médiation. Il était composé de la Côte d’Ivoire,


du Sénégal, de la Guinée Bissau ; de la Gambie et du Togo. L’institution du comité des 5 a été
consacrée par la décision A/DEC/7/91 du 6 juillet 1991.
Bien qu’ayant réussi à adopter des accords de paix, dits de Yamoussoukro, le comité
des 5 ne durera pas. Sa stratégie de négociation l’a rendu inefficace. Celle-ci impliquait
uniquement, le chef du gouvernement intérimaire du Libéria, le Docteur Amos Sawyer et le
chef du NPFL, Charles Taylor. Toutes les autres factions combattantes ont été exclues des
négociations, ce qui a expliqué le rejet par ces dernières, des accords de Yamoussoukro.

- Le comité des neufs :

Il a succédé au comité des 5. Le comité des neufs, a été le fruit du rapprochement entre
le Comité Permanent de Médiation et le Comité des 5. C’est lors de la 15ème session ordinaire
de la conférence des chefs d’Etat et de gouvernement le 29 Juillet 1992, qu’a débuté la
coopération entre les deux comités. Dans la décision A/DEC.8/7/1992 du 29 juillet 1992
relative aux sanctions contre Charles Taylor et le Front National Patriotique du Libéria,
l’article 5 dudit document dispose que « le comité des cinq en consultation avec le Comité
Permanent de Médiation, demandera l’assistance du Conseil de sécurité des Nations Unies
afin de rendre obligatoire pour tous les Etats membres de la communauté internationale (…)
toutes sanctions prises ».
A la suite de cette conférence, le 20 octobre 1992, il s’est tenue à Cotonou au Bénin, la
première réunion conjointe du Comité Permanent de Médiation et du Comité des 5.
Le communiqué final128 de cette réunion conjointe contenait les dispositions relatives
à l’embargo général sur les zones contrôlées par le NPFL, le cessez-le-feu entre le NPFL et
l’ULIMO et surtout l’institution d’un nouveau comité dit des neuf. Ce dernier comprend : le
Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’ivoire, la Gambie, le Ghana, la Guinée, le Nigeria, le
Sénégal et le Togo.
A l’instar du comité des 5, le comité des neuf a pour objectif principal l’application
des accords de Yamoussoukro.

128
Communiqué final de la première réunion conjointe du Comité Permanent de Médiation et du Comité des
cinq, rendu public le 20 Octobre 1992.
85
B- La création de l’ECOMOG :

La création de l’ECOMOG matérialise, la gestion improvisée des conflits par la


CEDEAO. Les 6 et 7 Août 1990, le Comité Permanent de Médiation de la CEDEAO a décidé
de mettre en place un instrument d’intervention militaire pour le maintien de la paix au
Libéria : l’ECOMOG. Il a été institué par la décision A/DEC du 1er août 1990, du Comité
Permanent de Médiation, ses missions sont :
- Conduire les opérations militaires pour le contrôle du cessez le feu ;
- La restauration de l’ordre public et la création de conditions propices à des
élections libres et justes ;
- L’assistance du Comité Permanent de Médiation dans l’application et le respect
par les belligérants du cessez le feu.

Pour un fonctionnement optimal de l’ECOMOG, un fonds spécial d’urgence a été mis


en place par le Comité Permanent de Médiation129, lors de sa première session à Banjul le 7
Août 1990.
Le groupe de contrôle du cessez le feu de la CEDEAO au Libéria était dirigé par un
commandant en chef, ressortissant de l’un des Etats membres de la CEDEAO, il était nommé
par le Comité Permanent de Médiation. Il dirige un Etat major composé des officiers qui
commandent les contingents fournis par les Etats membres de la CEDEAO. La désignation
des commandants des différents contingents relevait des Etats eux-mêmes. Les troupes de
l’ECOMOG étaient composées de militaires appartenant aux armées nationales des Etats
membres de la CEDEAO. Durant leur détachement, elles ont été considérées comme un
personnel international sous la responsabilité de la CEDEAO.
Au plan hiérarchique, le commandant en chef est placé sous les ordres « du président
de la Conférence par l’intermédiaire du Secrétaire Exécutif »130.
Tous les Commandants de contingents s’assuraient de la discipline au sein de leur
bataillon. Toutefois, le Commandant de l’Ecomog disposait d’une police militaire pour le
renforcement de la discipline dans les différents contingents. L’autorité du Commandant en
chef était absolue sur les forces de l’ECOMOG. Le comandant de l’ECOMOG avait aussi un
129
CEDEAO, Décision A/DEC. Du 3 août 1990.
130
Règlement régissant l’ECOMOG au Libéria, chapitre 3, alinéa 11.
86
personnel civil placé sous son commandement. Il était chargé d’apporter l’assistance
nécessaire à l’accomplissement de la mission de l’ECOMOG. Le Secrétariat Exécutif de la
CEDEAO avait pour mission de fournir le personnel civil de la mission. Le Commandant en
chef était responsable du commandement opérationnel et aussi de l’administration du groupe.
Ses décisions étaient soumises à l’examen du Secrétaire Exécutif de la CEDEAO.
Pour plus d’efficacité dans l’exécution des missions, le Commandant était basé à
Monrovia, de même, que le Représentant Spécial du Secrétaire Exécutif de la CEDEAO.
L’ECOMOG comptait environ 2.500 militaires, lors de son entrée à Monrovia, le 24
Août 1990. Les premiers contingents ont été fournis par le Nigeria, le Ghana, la Guinée, la
Gambie et la Sierra Léone. L’effectif a accru progressivement par :

- le Mali, après le 3ème sommet du Comité Permanent de Médiation, les 12 et 13


Février 1991 à Lomé au Togo ;

- Le Sénégal, lors de la première réunion du comité des cinq, le 17 Septembre


1991 ;
- la Guinée Bissau, lors de la deuxième réunion du comité des 5 à Yamoussoukro, le
30 Octobre 1991.

A partir de l’accord de Cotonou du 25 juillet 1993, l’ECOMOG a été élargi à des


troupes africaines, autres que celles provenant des Etats membres CEDEAO. En effet, la
Tanzanie et l’Ouganda ont contribué aux effectifs de l’ECOMOG.

87
Paragraphe 2 : les causes de l’improvisation de la gestion du conflit libérien par la
CEDEAO.

Décider d’une intervention militaire dans un Etat en conflit, est loin d’être un acte
banal. L’intervention militaire de l’ECOMOG dans le conflit libérien a été motivée par
plusieurs raisons, d’abord le risque de voir le conflit libérien se développer au-delà des
frontières nationales du Libéria (A), ensuite l’incapacité de l’OUA a joué un rôle déterminent
dans le règlement du conflit (B) et enfin le mutisme de certains acteurs clés (C).

A- La crainte des Etats de la CEDEAO face au risque de la régionalisation du conflit


libérien

La complexité du conflit libérien impliquait un risque très élevé d’exportation du


conflit vers d’autres Etats de la sous-région, essentiellement pour :
- les raisons humanitaires :
Le préambule de la décision instituant l’ECOMOG souligne dans ses considérants, la
préoccupation de l’institution face à : « la destruction inutile de vies humaines et de biens
ainsi que (…) le déplacement des personnes ».
Lors du sommet initial du Comité Permanent de Médiation, les Etats membres
avancent que : « le refus des parties belligérantes de cesser les hostilités a entrainé une
destruction massive de biens et le massacre, par toutes les parties, de milliers de civils
innocents y compris des étrangers, des femmes et des enfants, dont certains avaient cherché
refuge dans des églises, des hôpitaux, des missions diplomatiques et sous la pression de la
Croix Rouge, contrairement à toutes les normes de comportement civilisé. Pis encore, les rues
des villes et des cités sont jonchées de cadavres non enterrés ; ce qui pourrait déclencher une
épidémie. La guerre civile tue également des milliers d’étrangers y compris des citoyens de la
CEDEAO, qui n’ont aucun moyen ni d’échapper, ni de se protéger »131.

131
Communiqué final de la première session du Comité Permanent de Médiation, Banjul, 6-7 août 1990.
88
A titre illustratif, il y avait plus de 7.000 nigérians au Libéria132. Ceux-ci sont devenus
la cible des rebelles, suite au soutien dont bénéficiait le régime de Doe de la part du Nigeria,
comme l’a constaté M. Emeka Nwokedi133 : « le Nigeria, sans jamais manifester le moindre
mécontentement public devant les violations des droits de l’homme, a pratiqué une politique
de soutien active au régime de Samuel Doe ».
L’attaque des ressortissants nigérians par les rebelles du NPFL a atteint son comble, le
8 août 1990, suite à la tuerie de plus de 1000 civils nigérians, qui étaient sous la protection de
l’Ambassade du Nigeria134. Confirmant les violences subies par les nigérians, un rescapé
raconte le massacre de professeurs d’université du Libéria, dont le crime avait été d’être des
nigérians135.
L’autre inquiétude était celle du flux de libériens réfugiés dans les Etats limitrophes du
Libéria, en particulier la Guinée Conakry et la Sierra Léone. En Juillet 1990, la Guinée
Conakry a accueilli plus de 10.000 réfugiés libériens sur son territoire136. Plus tard, le nombre
de réfugiés avait atteint 450.000 en Guinée; 195.000 en Côte d'Ivoire; 7.600 en Sierra Léone;
10.000 au Ghana et 1.600 au Nigeria137.
En effet, l’accueil de réfugiés a posé d’énormes difficultés aux Etats d’accueil. Dans la
plupart des cas, en Afrique, les Etats accueillant les réfugiés connaissent des difficultés
économiques, donc accueillir d’autres populations ne fait qu’accroître leurs difficultés. Aussi,
l’accueil des réfugiés se transforme en obstacle pour les Etats accueillants. Les conséquences
sont de deux ordres, sur le court terme, on peut évoquer le détournement des ressources vers
le traitement de la situation d’urgence : accueil des réfugiés, l’augmentation de l’insécurité du

132MAYS Terry, « Nigerian Foreign Policy and Its Participation in ECOMOG. », in Peacekeeping
in Africa: ECOMOG in Liberia. Eds. Karl P. Magyar and Earl Conteh-Morgan New York: St.
Martin's Press, Inc. 1998, pp 108-109

133 EMEKA Nwokedi, « le mythe d’un leadership nigérian dans les relations interafricaines » in
Etudes internationales, vol 22, n°2, 1991, pp 363.
134 MAYS Terry; “Nigeria foreign policy….” Op.Cit, pp 108

135 BREHUN Leonard, Liberia: the war of horror, Accra, Adwing Publications (GH), Ltd, 1991, p
102.
136WIPPMAN David, «Enforcing the Peace: ECOWAS and the Liberian Civil War », in Enforcing
Restraint: Collective Intervention in Internal Conflicts. Ed. Lori Fisler Damrosch, New York:
council on foreign relations, 1993, pp 158
137
UNITED STATES COMMITTEE FOR REFUGEES, « Liberia», in World Refugee Report 1993,
Washington, D.C.: American Council for Nationalities Service, 1992, p 65

89
fait des conflits entre les populations autochtones et les réfugiés sur le moyen et le long terme,
on peut craindre l’impact causé sur l’environnement, comme l’accroissement de la
consommation d’énergie, nécessitant la coupe de bois.
Il était donc indispensable de réagir, pour mettre impérativement fin à la dégradation
de la situation humanitaire au Libéria, c’est ce qui a poussé les Etats membres du Comité
Permanent de Médiation à : « assumer leur responsabilité fondamentale de maintien de la paix
et de la stabilité dans la sous région et sur le continent africain dans son ensemble »138.

- Les raisons diverses :

La perturbation de la situation politique constituait une autre raison d’inquiétude, pour


plusieurs Etats membres de la CEDEAO.
En effet, le Nigeria à l’image de beaucoup d’Etats de la sous-région, avait peur de
l’effondrement du régime libérien, ceci risquerait de servir d’exemple aux opposants internes
de plusieurs Etats d’Afrique de l’Ouest, qui à l’époque étaient dirigés par des dictatures ou
faisaient l’objet de mauvaise gouvernance, on peut citer le Nigeria, la Guinée Bissau, la
Guinée Conakry, la Sierra Léone et le Mali.
Selon des informations, des opposants politiques ou victimes, des régimes de la
Gambie, de la Guinée et de la Sierra Léone avaient rejoint les rebelles du NPFL et leur
intention était de transposer la lutte interne libérienne dans leur Etat d’origine139.
Une dernière raison, est celle de la spécificité des relations personnelles entre le
Président Babangida du Nigeria et le Président Samuel Doe. La nature de cette relation
amicale a poussé, le Président Doe d’attribuer le nom de Babangida à une université et une
autoroute libériennes140. En guise de réciprocité, le Nigeria a assisté militairement le régime
de Doe et a épongé une partie de la dette externe du Libéria. Il était donc logique pour le
Nigeria de venir au secours d’un Etat ami en détresse : le Libéria.

138 Communiqué final de la première session du Comité Permanent de médiation, Banjul, 6-7 août
1990.
139MAYS TERRY, “ Nigeria Foreign Policy…”Op. Cit, pp 114
140 Ibid, pp 113

90
B- L’incapacité de l’OUA dans le règlement du conflit libérien

L'OUA a été créée le 25 mai 1963 à Addis-Abeba en Ethiopie. Elle repose sur les
principes suivants : l'égalité souveraine de tous les États membres ; Le principe de la non-
ingérence dans les affaires intérieures des Etats ; Le respect de la souveraineté et de l'intégrité
territoriale de chaque État ; Le règlement pacifique des différends.
En plus de la promotion de la coopération entre les Etats africains, le règlement des
conflits deviendra une autre priorité de l’OUA. A cet effet, la Commission de médiation, de
conciliation et d'arbitrage de l’OUA a été créée pour « le règlement pacifique des différends
par voies de négociation, de médiation, de conciliation et d'arbitrage »141.
La fin de la guerre froide ayant accentué l’émergence des conflits intra-étatiques et les
difficultés économiques, ont entravé le fonctionnement de la Commission de médiation, de
conciliation et d'arbitrage de l’OUA. C’est ce qui a poussé les chefs d'Etat et de
gouvernement, lors d’une réunion au Caire, en Egypte, du 28 au 30 juin 1993, à mettre en
place un Mécanisme pour la prévention, la gestion et le règlement des conflits. Celui-ci a été
renforcé par la création en 1996, d'un centre de gestion des conflits au siège de l'OUA, il était
doté d'un bureau d'alerte rapide et d'une salle de suivi des opérations.
L’OUA avait un droit de regard et un devoir de participer au règlement du conflit
libérien, le Libéria est un Etat membre de l’OUA.
L’OUA a été alertée par la situation humanitaire désastreuse du Libéria en 1990,
toutefois, elle est restée silencieuse, du fait du manque de volonté politique des Etats membres
et de l’incapacité matérielle de l’OUA, d’intervenir dans le conflit libérien, selon Bangoura,
l’OUA : « se montre très passive dans la résolution du conflit libérien. Prise de court devant
un conflit interne de cette ampleur, devancée par la CEDEAO, dépassée par les faits, elle
affiche son inefficacité, se cantonnant à prodiguer des encouragements à l’Ecomog »142.
La participation de l’OUA dans le règlement du conflit libérien s’effectuera
tardivement, celle-ci a été obtenue grâce aux pressions exercées par le groupe Afrique de
l’Ouest à l’OUA.

141
Article 7 de la charte de l’OUA
142BANGOURA Dominique, « la régionalisation des conflits internes : cas de l’Afrique de l’Ouest »
in Des conflits en mutation ? De la guerre froide aux nouveaux conflits, s.dir de Danielle
Domergue-Cloarec et Antoine Coppolani, Éditions Complexe, 2004, p 234.

91
Ce groupe est constitué des ambassadeurs des Etats ouest africains basés à Addis-
Abeba.
Lors d’une de leur réunion, le 20 juillet 1990, les ambassadeurs ont tenu à attirer
l’attention du Secrétaire Général de l’OUA, sur la situation au Libéria et ils l’ont invité à
s’impliquer dans le règlement du conflit.
La première intervention de l’OUA a consisté à appuyer les efforts de la CEDEAO,
par :
- La participation du Secrétaire Général de l’OUA à la première réunion du Comité
Permanent de Médiation en Août 1990, comme observateur ;
- L’adoption d’une déclaration de soutien aux efforts de la CEDEAO, le 08
septembre 1990, lors d’une réunion du comité ad hoc des chefs d’Etat et de
gouvernement de l’OUA sur l’Afrique australe143 ;
- L’incitation de l’Ouganda et de la Tanzanie à envoyer des contingents aux côtés de
l’ECOMOG.

Durant toute la durée du conflit libérien, l’OUA n’a pas cessé de supporter
l’ECOMOG ; allant plus loin, M. Ouhoumoudou Mahamadou souligne que « toutes les
résolutions de l’OUA sur le Libéria ont loué et apprécié le rôle positif et les efforts déployés
par la CEDEAO, pour restaurer la paix, la stabilité et la sécurité dans ce pays »144.

L’œuvre la plus marquante de l’OUA fût l’envoi d’une personnalité éminente pour le
Libéria. La demande a été faite le 7 Novembre 1992 à Abuja, par les chefs d’Etat et de
gouvernement de la CEDEAO, suite à cela, le Secrétaire Général de l’OUA a nommé le 24
décembre 1992, le révérend Canaan Banana ancien Président du Zimbabwe, comme éminente
personnalité de l’OUA, pour le Libéria. Son rôle a consisté à collaborer avec la CEDEAO
pour l’application des accords de paix. On lui doit aussi la participation de l’Ouganda et de
la Tanzanie aux côtés de l’ECOMOG145.

143« Le comité ad hoc a pris acte des efforts déployés par la CEDEAO afin de mettre un terme au
conflit notamment grâce au déploiement de la force de la paix de la CEDEAO (ECOMOG) ».
Ouhoumoudou Mahamadou, « l’initiative de paix de la CEDEAO : une chronologie » in, le
144

Bulletin de l’Ouest Africain, n°3, Juin 1995, pp 7.


145
Ces deux Etats ont la particularité de se situer en dehors de l’Afrique de l’Ouest, or l’ECOMOG constitue une
force composée exclusivement de forces en provenance d’Etats d’Afrique de l’Ouest, d’ailleurs ces Etats se
retireront du Libéria après 18 mois, suite aux difficultés de faire aux coûts engendrés par le maintien de la paix.
92
En résumé, le rôle de l’OUA dans le conflit libérien a été marginal. Il a consisté
principalement au soutien politique de la CEDEAO.

C- L’intervention tardive de certains acteurs clés :

Comme acteurs clés dans le règlement du conflit libérien, on peut citer :

- L’Organisation des Nations Unies :


Organisation à vocation universelle, dont le but est de « préserver les générations
futures du fléau de la guerre »146. L’ONU était juridiquement compétente pour intervenir dans
le règlement conflit libérien. Elle ne pouvait rester muette face à la situation libérienne. Il est
tout de même utile de souligner que son intervention a été tardive.
En effet, il s’est écoulé 3 ans entre le déclenchement du conflit libérien, le 20
Décembre 1989 et l’adoption de la première résolution majeure du Conseil de Sécurité des
Nations Unies sur le Libéria, le 19 Novembre 1992. Le rôle des Nations Unies «s’avère des
plus limité et n’apparaît que tardivement (…) elle se contente d’encourager la CEDEAO et
l’action de l’ECOMOG dans le cadre de la délégation des opérations de maintien de la paix
prévue de la charte »147.
La raison de cette intervention tardive s’explique incontestablement par le manque
d’intérêt des Etats membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations Unies pour le
conflit libérien, une attitude motivée par le fait que le 148«On 24 August 1990 (…) the global
community was still stunned by iraq’s invasion of Kuwait…»149 et par la réticence de certains
Etats africains peu désireux de voir le Conseil de Sécurité des Nations Unies statuer sur le
conflit libérien. Cet argument est avancé par Wippman David150, qui cite les Etats ne

146 Préambule de la charte des Nations Unies, signée à San Francisco, le 26 Juin 1945.
147 BANGOURA Dominique, « la régionalisation des conflits internes … », Op. Cit., pp 234
148 CONTEH-MORGAN Earl , « Ecowas : peace-makingg or meddling in Liberia », in Africa
Insight, vol 23, n°1,1993, pp 36
149 Traduction « 24 août 1990, (…) la communauté internationale était préoccupée par l’invasion
du Koweït par l’Irak… »
150 WIPPMAN David, «Enforcing the Peace: ECOWAS and the Liberian Civil War », Op. Cit., pp
158
93
souhaitant pas l’intervention de l’Onu, il s’agissait de la Côte d’Ivoire151, du Zaïre et de
l’Ethiopie152.
L’intervention de l’ONU dans le conflit libérien a débuté par l’adoption de la
résolution 788153. Celle-ci est importante à plus d’un titre, elle porte sur : Le soutien politique
et l’encouragement à la CEDEAO dans ses efforts de règlement du conflit libérien ; Les
condamnations des violations de l’accord de cessez le feu par les parties au conflit, conclu le
28 Novembre 1990 à Bamako ; L’adoption de mesures d’embargo sur les armes et tout autre
matériel militaire à l’encontre de toutes les parties au conflit ; La nomination d’un
représentant spécial du Secrétaire Général de l’ONU au Libéria.
Pour appuyer la résolution788, le Conseil de Sécurité adoptera une autre résolution
significative, la résolution 866 du 22 Septembre 1993, qui crée la Mission d’Observation des
Nations Unies au Libéria, chargée essentiellement de : Recevoir les informations relatives aux
violations du cessez le feu, enquêter sur celles-ci et informer le comité des violations ;
Veiller : au respect de l’accord de paix, à la bonne tenue du processus électoral ; Prendre part
aux missions d’assistance humanitaire.
Concrètement les activités de la MONUL ont connu quelques obstacles, à cause de la
reprise des hostilités en Septembre 1994, entre l’ULIMO-K, l’ULIMO-J et le NPFL, puis les
difficultés rencontrées par l’ECOMOG pour assurer la protection de la MONUL.
En définitive, cette collaboration entre la MONUL et l’ECOMOG a représenté une
belle illustration de l’application du chapitre 8 de la charte des Nations Unies relatif aux
accords régionaux.
Une autre résolution importante du Conseil de Sécurité de l’ONU, était la résolution
985, adoptée le 13 Avril 1995. Elle fait suite au non respect, après plusieurs rappels, de
l’embargo sur les armes, par les parties au conflit libérien. Avec cette nouvelle résolution, un
comité des sanctions a été institué. Il était chargé de veiller au respect de l’embargo et
recueillait les cas de violations de l’embargo.
Le Conseil de Sécurité de l’ONU n’a cessé d’adopter des résolutions, depuis le début
de son intervention en 1993.

151 Pour cause de soutien à Charles Taylor


152 Ils craignaient qu’après le Libéria, leur cas ne soit examiné par le Conseil de Sécurité,
rappelons qu’au même moment le Zaïre connaissait une situation conflictuelle, de même que
l’Ethiopie qui s’opposait à l’Erythrée
153 Résolution S/RES/788 du 19 Novembre 1992.

94
- Les Etats-Unis d’Amérique :
Le choix des Etats-Unis d’Amérique n’est pas fortuit. En effet, le Libéria constitue le
seul Etat africain qui a des liens historiques privilégiés avec les Etats-Unis d’Amérique, « Les
Américains en firent leur tête de pont en Afrique de l’Ouest »154.
Comme spécificité des liens entre les Etats-Unis et le Libéria, nous pouvons citer entre
autres, les faits suivants :

• Le Libéria a été crée en 1822 sous les auspices de la Société américaine de


colonisation ;

• Thomas Buchanan, le frère du 15ème Président des Etats-Unis d’Amérique a été


le premier Gouverneur du Libéria ;

• Joseph Jenkins Roberts de la Virginie au Etats-Unis a été le premier Président de


la République du Libéria ;

• Monrovia, la capitale du Libéria a été baptisée en mémoire à James Monroe,


5ème Président des Etats-Unis d’Amérique ;

• La constitution et le code pénal du Libéria ont été élaborés par des juristes
américains à l’image de la constitution et du code pénal des Etats-Unis
d’Amérique ;

• Le drapeau libérien ressemble au drapeau des Etats-Unis d’Amérique, à la seule


différence que celui du Libéria ne porte qu’une étoile ;

• La langue officielle du Libéria est l’anglais ;

• avant le déclenchement du conflit, la majeure partie des cadres libériens


recevaient leur formation universitaire aux Etats-Unis d ‘Amérique ;

• Le Libéria était le seul Etat africain qui utilisait la devise des Etats-Unis
d’Amérique : le dollar.

Entre 1980 et 1988, l’aide américaine pour le Libéria s’élevait à 500 millions de
dollar.
Après 1988, les relations entre les deux Etats se sont fortement détériorées. Les Etats-
Unis d’Amérique ne supportaient plus la mauvaise gouvernance de Samuel Doe. La non-
154
MARGUERAT Yves, « Harbel, Yekepa, Kakata, Buchanan et les autres… », Op.cit., pp 126.

95
intervention américaine dans le conflit libérien a été perçue par les libériens comme une
véritable tragédie, tant les espoirs fondés sur les Etats-Unis étaient grands. La désillusion des
libériens s’est aggravée, lorsque les troupes américaines présentes au Libéria se sont limitées
à l’évacuation des seuls citoyens américains et occidentaux présents au Libéria.
Justifiant leur non-intervention, les différentes administrations américaines, sous Bush
et Clinton, ont toujours soutenu que le conflit libérien était interne. A l’opposé, des personnes
éminentes comme Jesse Jackson, Herman Cohen et l’ancien Président américain Jimmy
Carter, n’ont ménagé aucun effort pour le règlement du conflit libérien.
L’intervention des Etats-Unis d’Amérique dans le règlement du conflit libérien a
débuté par un soutien financier à l’ECOMOG155 . Les Etats-Unis d’Amérique ont distribué156
également 400 millions de dollar, repartis entre les Nations Unies et les Organisations Non
Gouvernementales Internationales, intervenant au Libéria et 75 millions de dollar pour la
reconstruction du Libéria.
Au début du conflit libérien, le comité de coordination politique pour l’Afrique du
Département d’ Etat des Etats-Unis d’ Amérique a émis les recommandations suivantes157 :
- Les Etats-Unis ne doivent pas rester passifs face à la situation libérienne, compte
tenu des liens historiques et du désastre humanitaire qu’il faudrait éviter ;
- Les Etats-Unis doivent se désolidariser de la répression militaire en cours au
Libéria ;
- Les Etats-Unis doivent protéger les installations américaines au Libéria ;
- Les Etats-Unis doivent préparer un plan d’évacuation des citoyens américains
présents au Libéria.

155 10 millions de dollars par an, puis 30 millions de dollars additionnel en 1996.
156 BAGAYOKO-PENONE Niagalé, Afrique : les stratégies française et américaine, Op. Cit, p 13.
157 United States Department of State, Minutes of the Liberia PCC, 6 April 1990, In State
Department archives, cited In Herman J. Cohen, Intervening in Africa: Superpower Peacemaking
in a Troubled Continent, New York and London: St. Martin's Press and Macmillan, 2000, p. 135
96
Section 2 : Le bilan mitigé de l’intervention de l’ECOMOG dans le conflit libérien

Faire le bilan de l’intervention de l’ECOMOG au Libéria, revient à étudier d’un côté


les échecs (Paragraphe 1) et de l’autre, les succès (paragraphe 2).

Paragraphe 1 : Les échecs


Les échecs constituent l’ensemble des facteurs ayant terni la réputation du maintien de
la paix par l’ECOMOG. Le constat d’échec est lié à l’ambigüité du mandat de l’ECOMOG,
lors de l’intervention au Libéria (A), ensuite, les troupes de l’ECOMOG ont commis des
violations contre la population, lors de l’intervention militaire (B) enfin, l’avènement d’un
conflit en Sierra Léone, constitue également un échec pour l’ECOMOG (C).

A- L’ambiguïté du mandat de l’ECOMOG :


Le mandat de l’ECOMOG était flou, à plus d’un titre. En effet, il est impossible de
déterminer avec précision, si l’ECOMOG était une force de maintien de la paix, ou une force
d’imposition de la paix.

- L’ECOMOG: une force de maintien de la paix ?


Pour déterminer si l’ECOMOG constituait une Force de maintien de la paix, il est au
préalable utile de savoir ce que c’est qu’une opération de maintien de la paix. Une définition
plus centrée sur l’action des Nations Unies considère les Opérations de Maintien de la Paix
comme des « opérations sans caractère coercitif décidées par le conseil de sécurité ou
l'Assemblée générale des Nations Unies en vue d'exercer une influence modératrice sur des
éléments antagonistes. Ainsi, les opérations consistent dans l'envoi de mission d'observations
chargées de contrôler une situation (respect d'une frontière, d'un cessez- le- feu...) ou de
troupes armées internationales ayant pour mission seulement de s'interposer entre les
adversaires »158

158
GUILLIEN Raymond et VINCENT Jean (s.dir), Lexique des termes juridiques, 14 éd, Paris Dalloz, Paris
2003.p, 75
97
Les Opérations de maintien de la paix constituent une pratique des Nations Unies, ce
qui signifie qu’elles ne sont pas expressément prévues par la charte des Nations Unies, en
effet, « la charte ne mentionne nulle part, ni a fortiori ne définit ces opérations »159.
Elles sont d’ailleurs appelées chapitre 6 et demi160. Car les Opérations de Maintien de
la Paix sont à cheval sur le chapitre 6 de la charte (règlement pacifique des différends » et le
chapitre 7 « action en cas de menace contre la paix, de rupture de la paix et d’acte
d’agression ».
Il existe deux générations d’Opération de Maintien de la Paix : celles de la première
génération et celles de la deuxième génération. Les opérations déployées avec le
consentement des parties au conflit, ou qui n’ont d’autre but que de séparer des belligérants,
sont celles de la première génération.
Pour Serge Sur, le fait qu’il y ait plusieurs générations d’Opération de Maintien de la Paix
implique « un perfectionnement génétique »161 il estime que chaque opération est : « au fond
un cas particulier »162.
M. Sur insiste163 sur le caractère consensuel des Opérations de Maintien de la Paix, il
cite 3 caractéristiques pour le déploiement d’une Opération de Maintien de la Paix :
• Le cessez-le-feu entre les belligérants ;
• L’accord des belligérants pour le déploiement de l’opération ;
• L’accord des Etats volontaires relatif à la mise à la disposition de contingents
militaires pour l’opération.

A sa suite, Michel Voelckel estime que les caractéristiques des Opérations de Maintien
de la Paix sont :
• « Opération internationale : elles sont menées sous l’égide de l’ONU, qui précise ses
missions, plus précisément le Conseil de sécurité et l’Assemblée générale, sur la base
de leurs pouvoirs au regard des articles 7 ; 22 ; et 29 de la charte, d’établir des organes
subsidiaires.

159 VOELCKEL Michel, « Opérations de maintien de la paix et d’imposition de la paix », in


Dictionnaire de Stratégie, S.dir DE MONTBRIAL Thierry et KLEIN Jean, Presses Universitaire
Française, octobre 2000, pp 503-509., pp 382
160 Cette expression est de Dag Hammarskjöld, ancien Secrétaire Général de l’ONU

161 SUR Serge, Relations Internationales, LGDJ 2004, Montchrestien 3ème édition, p 449

162 Ibid, p 449


163 Ibid, p 448

98
• Opération non coercitive : elle ne vise pas à sanctionner un Etat qui porterait atteinte à
la paix et la sécurité internationales
• Opération de consensus : elles sont déployées avec le consentement préalable de tous
les Etats concernés (Etats belligérants, Etat dont le territoire est concerné par
l’intervention, Etats fournisseurs de contingents).
• Opération impartiale : les parties au conflit, doivent être traitées de manière égale par
l’opération, en excluant toute préférence pour l’une ou l’autre des parties au conflit.
L’une des mesures pour garantir cette impartialité, est l’exclusion de l’opération, de
tout Etat membre du Conseil de sécurité, qui aurait un intérêt dans le conflit.
• Opération pacifique : l’usage de la force par les troupes de maintien de la paix, est
autorisé uniquement en cas de légitime défense. »164

Le mandat de l’ECOMOG précisait, que la force ouest africaine avait pour mission de
surveiller le cessez le feu, et de créer les conditions nécessaires pour la tenue d’élections
libres et transparentes. Aussi nécessaire que pouvait être l’envoi de l’ECOMOG, le 24 Août
1990, il n’y avait pas d’accord de cessez le feu au Libéria. Comment surveiller un cessez le
feu, qui n’existe pas ?
Aussi, les opérations de maintien de la paix « soutiennent un processus de paix amorcé
pour permettre de le mener à son terme »165, le Libéria n’avait pas encore entamé un tel
processus.
Ensuite, l’ECOMOG n’avait pas obtenu le consentement de toutes les parties au
conflit libérien, ce qui constitue un préalable pour le déploiement de l’opération. En effet,
Charles Taylor a expressément exprimé son opposition à l’intervention de l’ECOMOG dans
le conflit libérien.
Enfin, la force de maintien de la paix ne doit faire usage de la force qu’en cas de
légitime défense. Il s’est avéré que plusieurs fois, les troupes de l’ECOMOG ont adopté une
posture offensive pour mener leur mission.
Enfin, l’ECOMOG a été constamment qualifié de force partiale par Charles Taylor,
qui a exigé, comme le dispose l’accord de Yamoussoukro 3 « la nécessité de remodeler (…)
l’ECOMOG ». De même, lors de la première réunion du comité des neufs, le 7 novembre

164
VOELCKEl Michel, « Opérations de maintien de la paix et d’imposition de la paix », Op.cit. pp 383.
165
Ibid,pp 382.
99
1992, les chefs d’Etat et de Gouvernement « sont convenus que tous les Etats membres de la
CEDEAO, notamment ceux en qui le NPFL fait confiance envoient des troupes à l’ECOMOG
afin de renforcer sa capacité à accomplir sa mission (…) et la confiance entre toutes les
factions belligérantes ». Le manque d’impartialité de l’ECOMOG a rendu complexe le
règlement du conflit166.

- L’ECOMOG : une force d’imposition de la paix ?


Pour répondre à cette question, il faut noter qu’une opération d’imposition de la paix :
«est une mission conduite sous l’égide d’une organisation internationale ou d’une coalition
d’États volontaires dans laquelle les militaires peuvent avoir recours à la force pour imposer
leur mandat»167. Elle fait partie de la deuxième génération d’opération de maintien de la paix,
celle qui est apparue à partir de 1990. Contrairement aux opérations de maintien de la paix de
la première génération, dont l’objectif était de maintenir la paix avec le consentement des
parties au conflit, les opérations de la deuxième génération « sont radicalement différentes.
Embrassant un nombre croissant de tâches, civiles et militaires, elles sont avant tout
multifonctionnelles1 : action préventive, maintien de la paix stricto sensu (peacekeeping),
assistance humanitaire, imposition de la paix (peace enforcement), supervision électorale,
consolidation de la paix (peace building) sont autant d'activités qui, mises en oeuvre
simultanément ou séparément, appartiennent dorénavant au maintien de la paix pris au sens
large ».168
Même si elle semble être jeune en apparence, il apparaît que l’intervention de
l’Organisation des Nations Unies au Congo pour gérer le conflit suscité par la sécession du
Katanga, s’assimile à une la première Opération d’Imposition de la Paix169.

166
WEISSMAN Fabrice, « Libéria, derrière le chaos, crise et interventions internationales », in
Relations Internationales et Stratégiques, n°24, Paris, IRIS, 1996. Pp 96.
167
LETOURNEAU Charles, « imposition de la paix »

[Http://www. www.operationspaix.net/Imposition-de-la-paix2169] (Page consultée le 12 Février 2010)


168
TARDY Thierry ; « Le bilan de dix années d'opérations de maintien de la paix », in Politique
étrangère, n°2 - 2000 - 65e année pp 390.

169
Résolution 169 du 24 Novembre 1961, Conseil de Sécurité
100
En se référant à cette définition, nous pouvons affirmer que l’ECOMOG a été une
force d’imposition de la paix. Eu égard la nature des opérations militaires contre les factions
armées.
L’usage de la force par les troupes de l’ECOMOG était-elle autorisée par son mandat?
Le mandat de l’ECOMOG précise, qu’il a pour mission : « de restaurer l’ordre et
d’assurer le respect du cessez le feu ».
L’interprétation de cette disposition peut signifier un usage de la force. En effet, la
restauration de l’ordre va au-delà du maintien de la paix. Elle implique nécessairement un
usage important de la force. Plus tard, grâce à l’accord de Cotonou, l’ECOMOG a été
reconnu comme une force d’imposition de la paix.
Les principales caractéristiques des opérations d’imposition de la paix sont :

• « Les soldats internationaux ne sont plus considérés comme étant neutres et


impartiaux. C’est pour cette raison qu’ils peuvent recourir à la force contre
certaines factions ;

• Les parties impliquées n’ont pas à être exclusivement des États reconnus par
l’ONU. Ceci laisse donc place aux déploiements à l’intérieur des États comme
c’est le cas dans le cadre de guerres civiles ou de révolutions ;

• Le consentement des parties impliquées n’est plus un pré requis pour autoriser une
opération ;

• Les militaires ont davantage le mandat de créer des conditions de paix plutôt que
de maintenir une paix fragile encadrée par un accord de cessez-le-feu ;

• À cause de leur caractère coercitif et dangereux, les opérations d’imposition de la


paix comptent généralement beaucoup plus de soldats que les missions de
maintien de la paix »170.

Allant plus loin dans leur analyse, certains auteurs ont estimé que l’intervention de
l’ECOMOG a même muté en : « (…) occupation »171. Aussi, une observation attentionnée des
événements, fait ressortir une évolution du mandat de l’ECOMOG.

170
LETOURNEAU Charles, « imposition de la paix » Op. Cit.
171
TSHITENGUE Lubabu ; « CEDEAO : les partis pris de l’Ecomog », in L’Autre Afrique du 10 au
17 février 1999, pp 22

101
B- L’Ecomog et son rôle dans les atteintes aux droits inhérents à la personne humaine.

L’intervention armée de l’ECOMOG a été marquée par :


- Les violations des Droits humains par l’ECOMOG :
Les droits de l’homme sont : « sous-tendus par un système d’idées, de représentations,
de valeurs, par une certaine conception de l’homme, de la société, du pouvoir : ils postulent
l’égalité entre les hommes, l’existence des droits subjectifs opposables au pouvoir, la
primauté des droits de l’individu sur ceux de la collectivité. »172
Les caractéristiques principales des droits de l’homme sont :

• L’inaliénabilité : elle signifie que les droits de l’homme sont inhérents à la nature
humaine. Toutefois, ce principe n’est pas absolu, ainsi notre liberté d’aller et de
venir peut être entravée en cas de condamnation pénale.

• L’indissociabilité : il existe des liens étroits entre les différents droits de l’homme.
En effet, il y a 3 grandes catégories de droits de l’homme : les droits civils et
politiques qui ont pour but de se prémunir contre les atteintes provenant de l’Etat
et surtout à préserver sa liberté, les droits économiques, sociaux et culturels
permettent à l’individu de bénéficier de la richesse sociale, enfin les droits
collectifs regroupent le droit à l’autodétermination des peuples, le droit au
développement. Même étant indissociables, certains droits de l’homme comme : le
doit à la vie, l’interdiction de la torture et traitements cruels, inhumains,
dégradants, l’interdiction de l’esclavage et la non-rétroactivité des lois pénales,
sont considérés comme « le noyau dur des droits de l’homme »173

• L’universalité : tout être humain, quelle que soit son origine géographique doit
jouir des droits de l’homme, selon le principe de l’universalité tous les hommes
sont libres et égaux.

Les troupes de l’ECOMOG étaient-t-elles soumises à l’obligation de respecter les


droits hommes ?

172LOCHAK Danièle, les droits de l’homme, la Découverte, collection Repères, n°333, Paris, 2002,
p 4.
173AMNESTY INTERNATIONAL- Section Française, Protéger les droits humains : outils et
mécanismes juridiques internationaux, Editions du Juris-Classeur, 2003, p 233.
102
L’obligation de respecter les droits humains incombe aux troupes de maintien de la
paix, dont l’ECOMOG, la réponse est sans équivoque. En effet, compte tenu de l’article 30 de
la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, l’article 5 du pacte relatif aux droits civils
et politiques et du fait que les soldats de l’ECOMOG sont tous ressortissants d’Etats ayant
ratifiés les textes universels pertinents relatifs au respect des droits humains, les troupes de
l’ECOMOG avaient l’obligation de respecter ces droits.
Cependant, durant toute la durée de leur mandat, il y a eu plusieurs témoignages
relatifs aux violations des droits humains par les troupes de l’ECOMOG.

- Les violations du Droit International Humanitaire :


Le Droit international humanitaire est : « un droit très ancien (…). Il cherche à
règlementer la conduite des hostilités, principalement en essayant d’empêcher les conflits
d’atteindre un point de non-retour. L’un des moyens pour ce faire est la limitation du choix
des méthodes de guerre (…). Il interdit certains comportements et organise le droit aux
secours au profit des non combattants… »174.
Le respect du droit international humanitaire est impératif. La violation du droit
international humanitaire correspond à la violation des règles conventionnelle et coutumière
qui régissent le droit international humanitaire.
Toutefois, le respect du droit humanitaire par des troupes de maintien de la paix
soulève deux difficultés juridiques. D’une part, les différentes conventions de Genève
s’appliquent aux parties en conflit, or les troupes de maintien de la paix ne constituent pas une
partie au conflit. D’autre part, l’Organisation Internationale, dans notre cas la CEDEAO, n’est
pas partie aux conventions de Genève, contrairement aux Etats.
Est-ce pour autant, que les troupes de l’ECOMOG sont exonérées de se soumettre à
l’obligation de respecter le Droit international humanitaire ?
La réponse est négative. En effet, tout comme les Etats, les Organisations
Internationales également, ont l’obligation de respecter le Droit international humanitaire,
essentiellement pour trois principales raisons.

174
BOUCHET-SAULNIER Françoise, Dictionnaire pratique du droit humanitaire, Op. Cit p 214.

103
D’abord les règles du Droit international humanitaire sont considérées comme faisant
partie de la coutume internationale, à ce titre, les sujets de droit international ont l’obligation
de les respecter.
Ensuite, tous les Etats ont l’obligation de former leurs forces armées dans le respect du
Droit international humanitaire.
Enfin, le règlement de l’ECOMOG précise expressément: «shall observe the principles
and spirit of the general international conventions applicable to the conduct of military
personnel»175
Au titre des violations du droit international humanitaire, des organisations d’aide
humanitaire, qui opéraient sur le territoire de Charles Taylor, ont affirmé que l’Ecomog
conduisait des attaques aériennes aveuglément. Elles ont confirmé que des secteurs non
stratégiques ont été attaqués, citant l'attaque sur Kakata en décembre 1992, quand les avions
de l’ECOMOG ont volontairement bombardé la principale rue commerciale en plein jour176.
Selon Human Rights Watch, des journalistes et des travailleurs humanitaires ont
rapporté que les attaques aériennes ont eu l'effet de tourner les populations civiles contre
l’ECOMOG et de renforcer leur soutien au NPFL, plutôt que d’annihiler la volonté du NPFL
de combattre.

Les principales attaques aériennes de l’ECOMOG qui ont atteint la population civile
ou des établissements civils sont :
• L’attaque à Harbel de l’hôpital Firestone en novembre 1992 ;
• La destruction par l’Ecomog d’un entrepôt de vivres appartenant à l’ONG Catholic
Relief services, le 16 novembre 1992;
• L’attaque du village de Gbinta en Côte d'Ivoire à la frontière libérienne le 27 février
1993, ayant blessé 5 soldats et un douanier ivoirien ;
• L’attaque d’un camion du Catholic Relief Services acheminant des vivres, le 2 mars
1993 ;

175 Règlement de l’ECOMOG, art 45.Traduction par nos soins: “ devrait respecter les principes et
les règles des conventions internationales relatives au comportement du personnel militaire »
176HUMAN RIGHTS WATCH, Rapport sur le Libéria, [ http://www.hrw.org/reports/1993/liberia/]
(Page consultée le 26 Mai 2010)

104
• L’attaque du marché à Gbarnga et Kollila en mars 1993, ayant fait quatre morts et 26
blessés.
• L'attaque de l'hôpital de Phebe, le 10 mars 1993 ;
• Le bombardement de Greenville, le 18 mars 1993, ayant fait 15 morts ;
• L’attaque d’un convoi de Médecins Sans Frontières acheminant des médicaments et
des vaccins, le 18 avril 1993 ;

C- L’avènement du conflit en Sierra Léone

Parmi les objectifs de l’intervention de l’ECOMOG, le confinement du conflit libérien


dans les frontières nationales afin d’éviter une contamination d’un autre Etat de la CEDEAO,
occupait une place de choix. Cependant, à la suite du Libéria, la Sierra Léone, Etat voisin, va
s’embourber dans un conflit interne, à cause du débordement du conflit libérien.
Etat d’Afrique de l’Ouest devenu indépendant depuis, le 27 Avril 1961, la Sierra
Léone a une superficie de 71.740 km2 avec une population d’environ 6 millions d’habitants.
La Sierra Léone est limitée au Nord et à l’est par la Guinée et au Sud-est par le Liberia.
A l’origine, la Sierra Léone était ancienne colonie britannique fondée en 1787 pour
recevoir d’anciens esclaves en provenance des États-Unis.
Le conflit sierra léonais a débuté le 23 Mars 1991, lorsque le caporal Foday Sankoh,
leader du RUF et ses hommes ont lancé les premières attaques contre les positions des soldats
gouvernementaux à partir de l’est de la Sierra Léone.
En effet, le RUF a été crée avec l’appui de Charles Taylor177. Par ce soutien, Charles
Taylor a souhaité affaiblir l’Ecomog au Libéria en créant une nouvelle zone de tensions en
Sierra Léone178. La Sierra-Léone a constitué la tête de pont de la CEDEAO pour
l’intervention de l’ECOMOG au Libéria, aussi, la déstabilisation de la Sierra Léone
constituait un objectif stratégique pour Charles Taylor qui « voit dans la Sierra Léone le

177ABDULLAH Ibrahim, « Bush path to destruction: the origin and character of the
Revolutionary United Front/Sierra Leone », in The Journal of Modern African Studies, Vol.32,
n°2, 1998, pp. 220-21.

178RILEY Stephen P., « Liberia and Sierra Leone: Anarchy or Peace in West Africa », in Conflict
Studies, n°287, London, Research Institute for the Study of Conflict and Terrorism, February
1996, pp 7.

105
maillon faible de l’Ecomog, décide de porter la guerre dans ce pays voisin en ouvrant un
second front à partir du Libéria »179.
Le front révolutionnaire uni regroupait des combattants libériens, burkinabés et sierra-
léonais, dans les zones diamantifères proches de la frontière libérienne. Le but fondamental du
RUF était de contrôler les gisements diamantifères de la sierra Léone et s’accaparer « du
diamant devient une fin en soi ; la guerre sert d’écran de fumée au commerce illicite et très
profitable du diamant »180, ceci a permis le financement des rebellions de Charles Taylor au
Libéria et du RUF lui-même.

Face à la percée des rebelles du RUF, le Général Joseph Momoh, Président de la


Sierra Léone était resté impuissant. Le 29 Avril 1992, un groupe de jeunes officiers de
l’armée sierra léonaise fait a effectué un coup d’état contre le Général Joseph Momoh, le
Capitaine Valentine Strasser, âgé de seulement 28 ans au moment des faits, a assuré la
présidence de la Sierra Léone.
Les difficultés de combattre la rébellion ont conduit le nouveau Président à s’appuyer
sur une milice traditionnelle les kamajors et des mercenaires recrutés par une société militaire
privée sud-africaine Executive Outcome181. Cette dernière n’arrivera pas à protéger le
Président Strasser lui-même, qui sera finalement renversé le 16 janvier 1996, par le Général
Julius Maada Bio. La Guinée également faisait partie des soutiens du Président Momoh, et de
Strasser, le Président Conté de la Guinée : « prend favorablement position pour le régime du
Général Momoh, puis du Capitaine Strasser, en envoyant un contingent de l’armée guinéenne
pour les aider à combattre le RUF »182.
Le Général Bio a quitté le pouvoir à la suite de l’élection démocratique d’Ahmed
Tejan Kabbah à la présidence de la Sierra Léone, le 15 mars 1996. Bien vrai qu’il ait été
démocratiquement élu, le Président avait un pouvoir très limité, cette situation s’empira avec
le retrait d’Executive Outcome de la Sierra Léone en janvier 1997, suite aux accords de paix
du 30 Novembre 1996, signés à Abidjan en Côte d’Ivoire entre le Président Kabbah et le

179 BANGOURA Dominique, « la régionalisation des conflits internes… », Op. Cit, pp 233.
180MONDI Yannick et Deschêne Dany, « le conflit en Sierra Léone : les diamants du sang », in le
bulletin du maintien de la paix, n°52, Avril 2001, Institut Québécois des Hautes Etudes
Internationales, Université de Laval, pp 2
181
BANGOURA Dominique, « la régionalisation des conflits internes… », Op Cit, pp 235
182
Ibid.
106
RUF. Cet accord garantissait une amnistie générale pour tous les rebelles du RUF et prévoyait
la transformation du RUF en parti politique. Toutefois, cet accord sera un échec. Entre-temps
Foday Sankoh a été arrêté au Nigéria, pendant une visite. Le 25 Mai 1997, le conseil
révolutionnaire des Forces armées, dirigé par Johny Paul Koromah a évincé le Président
Kabbah du pouvoir.
Foday Sankoh a décidé de soutenir le chef du conseil révolutionnaire des forces
armées, le Major Johny Paul Koromah. Une alliance entre les deux protagonistes a vu le jour.
Le RUF a accepté de participer à un gouvernement d’union nationale.
Le défi de la communauté internationale était de rétablir l’autorité d’un président élu
démocratiquement : Ahmed Tejan Kabbah.
Le déclenchement du conflit en Sierra Léone était dû à la situation politique, qui se
caractérisait par des tensions ethniques entre d’une part, les Crios, les descendants d’esclaves
américains affranchis, et d’autre part les autochtones. Parallèlement, la Sierra Léone connaît
des coups d’état à répétition. Par ailleurs, la mauvaise gouvernance politique et économique,
ajoutée à la faiblesse de l’armée sierra-léonaise « désorganisée et indisciplinée, se montre tout
aussi inapte à éradiquer la rébellion»183 a facilité l’implantation du RUF dans le pays.

Le manque d’objectif politique précis des rebelles a démontré la nature intrinsèque du


conflit sierra léonais, qui constituait : « l’archétype du conflit de prédation, caractérisé par une
violence extrême, souvent gratuite, des acteurs multiples, animés de motivations diverses, et
des enjeux cachés, difficilement discernables au premier coup d’œil »184.
La nature prédatrice du conflit constitue une explication rationnelle des conséquences
désastreuses liées au conflit. En effet, l’exploitation des richesses naturelles de la Sierra-
Léone : fer, diamant, hévéas, bois précieux et or, a poussé des multinationales à entretenir des
relations d’affaires avec des rebelles. Cet attrait pour les richesses naturelles a constitué l’un
des points communs entre le conflit libérien et le conflit en Sierra-Léone. Il s’agit de «
conflits animés au départ par des contestations de pouvoir et des luttes de politiques internes
(…), se prolongent et deviennent des guerres civiles à caractère socio-économique »185.

183
BANGOURA Dominique, « la régionalisation des conflits internes… » Op. Cit., pp 235
184BALENCIE Jean Marc et De la Grange Arnaud, Mondes rebelles : Dictionnaire des mondes
rebelles, Editions Michalon, Paris, 1999, pp 284

185 BANGOURA Dominique, « la régionalisation des conflits internes… », Op. Cit, pp 238.
107
Sur le plan interne, la population civile, victime principale du conflit, a été tuée,
mutilée et violée.
La recherche du diamant, qui était l’objectif officieux des rebelles, a entrainé une
dilapidation des ressources naturelles.
Les conséquences du conflit se sont étendues aux Etats voisins, avec son cortège de
réfugiés et les incursions fréquentes des rebelles dans les Etats voisins, augmentant le risque
d’accroitre la régionalisation du conflit. La phobie d’être touchée par la guerre civile, a poussé
la Guinée Conakry à bombarder les positions des rebelles du RUF, le 22 Janvier 2001.

108
Paragraphe 2 : Les succès de l’intervention de l’Ecomog

Le déploiement de l’ECOMOG au Libéria a eu des apports inestimables. Les troupes


ont assuré des missions de protection (A) et ont joué un rôle important dans le désarmement
(B).

A- Les missions de protection


L’ECOMOG a assuré les missions de protection suivantes :

- La protection de Monrovia :
Capitale du Libéria, Monrovia symbolisait le pouvoir politique et économique du
Libéria. C’est à Monrovia que se trouvent toutes les institutions de la République. La prise de
la capitale était un objectif stratégique pour toutes les factions belligérantes du Libéria.
Grâce à l’ECOMOG, Charles Taylor n’a jamais réussit à s’emparer militairement de la
Capitale. En effet, sa détermination à prendre à Monrovia a été symbolisée par l’opération
Octopus, lors de cette opération, le NPFL a attaqué Monrovia, le 15 octobre 1992 à 02h 30
Mn, les rebelles ont ouvert simultanément 4 fronts, d’où le nom de l’opération Octopus,
signifiant la pieuvre186. Les différents fronts étaient : white pain ; caldwell ; Mount Barclay et
omega towers.
Les cibles du NPFL étaient les positions de l’armée libérienne et celles de
l’ECOMOG, le port de Monrovia, l’aéroport et le palais présidentiel. Selon les estimations de
Taylor, il devrait s’emparer de Monrovia à 17 heures et effectuer une déclaration de victoire à
19 heures187.
La détermination des rebelles du NPFL a causé d’importants dommages à l’ECOMOG
et a permis au NPFL de s’emparer de plusieurs points névralgiques.
En riposte, l’ECOMOG a lancé une contre-offensive contre les rebelles du NPFL, afin
de reprendre le contrôle de la ville de Monrovia, dégager les rebelles et contraindre Charles
Taylor à négocier. L’opération de reconquête de l’ECOMOG a été lancée à la mi-novembre
1992, elle a entraîné l’usage des forces terrestre, aérienne et navale. Grâce à la contre

186
Un animal mythique avec plusieurs tentacules
187
CEDEAO, The peace maker, Ecomog Magazine, vol 1992, septembre 1993, pp 16
109
offensive, l’ECOMOG a reconquis Monrovia avant la fin du mois de Décembre 1992. Le
maintien de Monrovia comme « zone de sécurité »188 était l’œuvre de l’ECOMOG.

La sécurisation de Monrovia par l’ECOMOG a :

• Sauvé la vie à des milliers de libériens qui s’y sont réfugiés, certains auteurs
font le même constat « L’ECOMOG a tout d’abord réussi à protéger pendant
toute la durée du conflit la capitale, Monrovia, où s’était réfugiée prés de la
moitié de la population du pays »189 ;

• Permis la distribution de l’aide humanitaire, toute chose impossible en dehors


de Monrovia, à cause des affrontements entre les factions rebelles, dans les
autres régions libériennes. Au début du conflit, il n’existait aucune
organisation humanitaire à Monrovia, l’ECOMOG « was the only existing
symbol of order »190 ;

• Permis la signature des accords de paix de Cotonou par le NPFL, qui venait
d’être mis en difficulté par le contre offensive de l’ECOMOG191.

- La protection du gouvernement intérimaire :


L’idée d’un Gouvernement Intérimaire d’Union National a émergé à la suite de la
Conférence Nationale des Libériens, qui s’est tenue le 15 Mars 1991. C’est à l’issue des
travaux de la conférence nationale que l’établissement d’une structure intérimaire a été retenu.
Le Docteur Amos Sawyer, Professeur d’Université a été désigné pour présider le
Gouvernement intérimaire, son vice président était le Docteur Peter Naigow. Le
Gouvernement Intérimaire a été établi le 20 Avril 1991, à Monrovia. Compte tenu du contexte
sécuritaire très dégradé, la sécurité des membres du gouvernement intérimaire de même que la

188ONU, Résolution 1059 adoptée par le Conseil de Sécurité à sa 3671e séance, le 31 mai 1996

PRKIC François et JOANNIDIS Marie, « Gestion régionale des conflits : l’Afrique de l’Ouest
189

montre la voie », in Relations Internationales et Stratégiques n° 33, printemps 1999, pp. 176-177.

AZUBIKE Nass Innocent, A study in internal conflict… Op.Cit pp 68.


190

191WEISSMAN Fabrice, « Libéria, derrière le chaos, crise et interventions internationales », in


Relations Internationales et Stratégiques, n°24, Paris, IRIS, 1996. Pp4
110
sécurité de la capitale libérienne, étaient assurée par l’ECOMOG. Grâce à l’ECOMOG192
« the Interim Government of National Unity was legitimed »193.

- La protection de la MONUL :
La Mission des Nations Unies pour le Libéria était essentiellement composée
d’observateurs. La mission n’avait pas de capacité militaire à proprement parler. Pour lui
permettre d’assurer sa mission, les Nations Unies ont de connivence avec la CEDEAO,
désigné l’ECOMOG pour assurer la sécurité de la MONUL, c’est ce qu’indique la résolution
S/RES/1059 adoptée par le Conseil de Sécurité de l’ONU le 31 mai 1996, elle précise que :
« Soulignant que la présence de la MONUL au Libéria est subordonnée à celle de l'ECOMOG
et suppose que celui-ci s'engage à assurer la sécurité des observateurs militaires et du
personnel civil de la Mission». C’est grâce à l’ECOMOG que la MONUL restera au Libéria.

B- Le désarmement

En vertu des accords de paix de Yamoussoukro, la supervision du désarmement a été


confiée à l’ECOMOG.
Le désarmement a débuté le 22 Novembre 1996, lorsque plusieurs factions
combattantes ont commencé à remettre leurs armes à la MONUL et à l’ECOMOG
désarmement. Les combattants rebelles ont reçu en échange des habits et de la nourriture.
Pendant la période officielle de désarmement, du 22 Novembre 1996 au 9 Février
1997, plus de 41.000 combattants, y compris les 4.000 enfants soldats, ont rendu plus de
9.500 armes et 1.2 millions de munitions.
Après l’élection présidentielle libérienne, un nouvel accord de paix global de 2003,
prévoyait un programme de cantonnement, de désarmement, de démobilisation, de
réhabilitation et de réinsertion, qui visait les objectifs suivants : la restauration de la paix et de
la sécurité; la reconstruction et le développement socio-économique du pays; la lutte contre la
circulation illicite des armes légères et des combattants, la recomposition d’une armée

192
AZUBIKE Nass Innocent, A study in internal conflict…, Op. Cit pp 69.
193 Traduction par nos soins : “ le Gouvernement Intérimaire d’Union Nationale était légitimé »
111
nationale. Au Libéria, le programme DDR a été mis en oeuvre par la Commission nationale
sur le désarmement, la démobilisation, la réhabilitation et la réinsertion en coordination avec
la MINUL et l’UNICEF. Ladite commission regroupait les représentants des différentes
factions rebelles et ceux de la CEDEAO.
La commission nationale sur le désarmement a obtenu au Libéria des résultats très
probants194 : Le désarmement et la démobilisation de 101.495 combattants et l’inscription de
22.000 personnes au cours d’enseignement conventionnel.

Malgré les difficultés dans la mise en œuvre d’un programme de désarmement, au


Libéria, le rôle de l’ECOMOG a été déterminant dans le processus de désarmement, grâce
notamment à la sécurisation.

Les Etats de la CEDEAO étaient contraints d’intervenir dans le règlement des conflits
internes du Libéria et de la Sierra Léone, afin d’éviter un effet de contagion aux autres Etats
de la sous-région. Cette gestion improvisée du conflit libérien par la CEDEAO a une
explication juridique liée au fait que la gestion des conflits internes, à l’image de celle du
Libéria, n’était pas prévue dans le mécanisme initial de sécurité de la CEDEAO.
En effet, pour certains auteurs, conformément à l’article 4.b du protocole d’assistance
mutuelle, la CEDEAO avait le pouvoir légal de décider d’une intervention militaire « en cas
de conflit armé à un Etat membre soutenu et entretenu activement de l’extérieur susceptible
de mettre en danger la sécurité et la paix dans l’ensemble de la communauté ». A la lecture du
présent article, il ressort qu’il faut deux conditions préalables pour l’envoie d’une force
d’intervention militaire :
La nature armée du conflit : un conflit armé est une situation de belligérance opposant
deux parties avec usage d’armes.
Le conflit armé doit être : « soutenu et entretenu activement de l’extérieur ». La
signification de cette expression demeure complexe et obscure, selon Antoine Didier

194 NATIONS UNIES, Travaux de la deuxième conférence internationale sur le Désarmement, la


Démobilisation, la Réinsertion et la stabilité en Afrique, Bureau du Conseiller Spécial pour
l’Afrique, Kinshasa 14-17 Juin 2007,
[http://www.un.org/africa/osaa/speeches/overview%20french.pdf, Pp 18] (consulté le 11 Janvier
2010).
112
MINDUA « tous les conflits internes sont soutenus de l’extérieur. L’Afrique ne fabrique pas
d’armes »195.
En définitif, « C’est pourquoi l’intervention de l’ECOMOG au Libéria, qui a eu lieu en 1990,
a été critiquée par les juristes comme étant de légalité douteuse »196.
La CEDEAO avait peu de choix, en dehors de la gestion improvisée, cette position se
justifiait d’autant plus que le conflit libérien suscitait peu d’intérêt de la part des puissances
occidentales. Selon Bangoura : «la communauté internationale fait preuve d’attentisme et de
désintérêt. Les puissances occidentales adoptent une position de retrait. Elles abandonnent la
gestion du conflit aux Etats de la sous-région et se limitent à l’aide humanitaire »197.
Dans cette situation complexe, la CEDEAO a compté d’abord sur ses propres
capacités. Cependant, les différents interventions de l’ECOMOG ont été handicapées par :
- Une capacité militaire limitée :
La restauration de la paix dans un Etat marqué par un conflit interne complexe
comme le Libéria, demande des troupes bien équipées et bien formées. Au Libéria, les Etats
de la CEDEAO n’ont jamais pu déployer assez d’hommes avec une logistique faisant défaut.
Par ailleurs, mettre ensemble des soldats ne parlant pas la même langue et n’ayant pas les
mêmes expériences professionnelles, a lourdement pesé sur le succès opérationnel de
l’ECOMOG.
A titre illustratif, les langues de la CEDEAO sont : l’anglais, le français et le
portugais ;
- Le manque de ressources financières :
Cet aspect a handicapé l’ECOMOG dans l’exécution de ses missions. Aucun des Etats
de la CEDEAO n’a pu supporter convenablement la logistique des troupes de l’ECOMOG.
Certains Etats n’arrivaient même pas à assurer les salaires des soldats. Cette situation a poussé
les troupes de l’ECOMOG au pillage, au vol ou au commerce. Lorsque l’ECOMOG a repris

195 MINDAU Antoine-Didier « intervention armée de la CEDEAO au Libéria : illégalité ou


avancée juridique ? », in Revue Africaine de Droit International, T7, n°2, p 266
196 DIARRA Cheikh Oumar, « la CEDEAO comme cadre institutionnel de lutte contre la

prolifération des armes en Afrique de l’ouest », in Lutte contre la prolifération des armes légères en
Afrique de l’Ouest : Manuel de formation des forces armées et de sécurité, S. Dir Ayissi Anatole et
Sall Ibrahima UNIDIR Institut des Nations Unies pour la recherche sur le désarmement Genève,
UNIDIR/2003/13, p 35

197BANGOURA Dominique, « la régionalisation des conflits internes … », Op.Cit pp 233.

113
le contrôle des ports libériens après le contre offensive contre Charles Taylor, de nombreux
soldats de l’ECOMOG se transforment en hommes d’affaires, certains ramenant toutes sortes
d’articles mobiles dans leur Etat d’origine, d’où l’appellation moqueuse de la population
libérienne, qui défini l’ECOMOG comme : « Every Car or Moving Object Gone »198
« emporte tout véhicule et tout meuble ».
Aussi, les échecs ne doivent pas occulter les succès et la détermination affichée par les
Etats de la région, qui ont combiné leurs efforts pour composer et déployer une force militaire
au Libéria et en Sierra Léone. A la suite de ces deux Etats, la CEDEAO a décidé de l’envoi de
l’ECOMOG en Guinée-Bissau, lors du 21ème sommet des Chefs d’Etat et de Gouvernement de
l’organisation, qui s’est tenu à Abuja-Nigéria le 02 Novembre 1998. Le conflit en Guinée-
Bissau s’est déclenché à la suite d’un un coup d’état militaire du Général Ansumane Mané
contre le Président de la République Joao Bernardo Viera. En effet, ayant été accusé de
fournir des armes aux rebelles de la Casamance pour lutter contre le Sénégal, le Général Mané
faisait l’objet d’une enquête parlementaire. Sans attendre les conclusions de l’enquête le
Président révoque son chef d’Etat Major, qui effectuera un coup d’état contre Viera, le 7 Juin
1998.
Malgré sa bonne volonté, les Ministres des Affaires Etrangères de la CEDEAO ont
exprimé, le 25 mai 1999, leur souhait de mettre fin à la mission de l’ECOMOG en Guinée
Bissau, pour des raisons d’insuffisance de ressources financières199. Leur position fût
partagée par l’autorité des chefs d’Etat et de Gouvernement, qui décida de surseoir à la
mission de l’ECOMOG en Guinée-Bissau.
Les expériences vécues dans la gestion improvisée des conflits internes du Libéria, de
la Sierra Léone et de la Guinée Bissau ont fait prendre conscience aux Etats de la CEDEAO,
de la nécessité impérieuse de construire une nouvelle architecture de sécurité.

198
Fernanda Faria, « la gestion des crises en Afrique subsaharienne : le rôle de l’Union Européenne », in
Occasional Paper n° 55 Novembre 2004, Institut d’Etudes de Sécurité de l’Union Européenne, pp 19.
199 Communiqué final de la réunion des Ministres des Affaires Etrangères de la CEDEAO, tenue à

Lomé-Togo, le 27 Mai 1999, Paragraphe 30.

114
Chapitre 3 : Le nouveau mécanisme de sécurité de la CEDEAO

L’intervention de l’ECOMOG au Libéria, en Sierra Léone et en Guinée Bissau, fruit


de l’improvisation de la CEDEAO, pour régler des conflits internes, a permis à l’organisation
d’avoir une riche expérience dans le maintien de la paix. L’une des leçons est que la sécurité,
la stabilité et le développement des Etats sont intimement liés. Les autorités politiques ont
également compris, l’importance de la bonne gouvernance et du développement durable
comme étant des conditions nécessaires à la prévention des conflits violents.
Pour toutes ces raisons évoquées, la CEDEAO a pris des dispositions pour rendre
efficient son mécanisme de sécurité. Elle a procédé à la révision du traité établissant la
CEDEAO, le 24 juillet 1993 à Cotonou au Bénin, pour tenir compte des questions relatives à
la paix et à la sécurité en Afrique de l’Ouest. La CEDEAO a adopté également de nouveaux
textes juridiques, il s’agit essentiellement des textes suivants :
- Le protocole sur la bonne gouvernance :
Il a été adopté à Dakar au Sénégal, le 21 Décembre 2001, il comprend 50 articles.
L’objectif du protocole est de prévenir les conflits violents en préconisant de bonnes pratiques
démocratiques.
- la convention sur les armes légères :
Son adoption a permis de faire de l’Afrique de l’Ouest, une région dynamique dans la lutte
contre ce vecteur des conflits.
- le cadre de prévention des conflits200 :
Il reprend les objectifs du protocole et détermine la mise en œuvre de celui-ci, il
comprend 125 points.
En outre, l’instauration d’un nouveau cadre de paix et de sécurité en Afrique de
l’Ouest, intervient dans un contexte international et géopolitique marqué par la fin de la
guerre froide. Cette nouvelle donne a entrainé l’adoption d’un nouveau protocole relatif à la
sécurité, qui constitue, le texte juridique principal relatif à la paix et à la sécurité en Afrique

200CEDEAO, le cadre de prévention des conflits, adopté par le Règlement msc/reg du 1er Janvier
2008.

115
de l’Ouest (Section 1), le protocole relatif à la sécurité institutionnalise le maintien de la paix
et de la sécurité (Section 2).

Section 1 : Le protocole relatif au mécanisme de prévention, de gestion, de règlement des


conflits, de maintien de la paix et de la sécurité : source principale du nouveau mécanisme

Le protocole relatif au mécanisme de prévention, de gestion, de règlement, de


maintien de la paix et de la sécurité, adopté le du 10 Décembre 1999 par l’autorité des Chefs
d’Etat et de Gouvernement de la CEDEAO, comprend 58 articles, répartis en 11 chapitres qui
sont successivement : création, principes et objectifs du mécanisme, institutions du
mécanisme, organes d’appui aux institutions du mécanisme, système d’observation de la paix
et de la sécurité sous-régionales (pré-alerte), mise en œuvre du mécanisme, financement du
mécanisme, consolidation de la paix, sécurité sous-régionale, relations avec l’Organisation de
l’Unité Africaine, les Nations Unies et les autres Organisations Internationales, dispositions
spéciales, dispositions générales et finales. Sur la base du protocole, les Etats membres
acceptent certains principes, il s’agit : des relations entre le développement et la sécurité, la
libre circulation des personnes et des biens, la nécessité de la bonne gouvernance, le respect
des droits humains, l’égalité souveraine des Etats et le respect de la souveraineté. Le
protocole, constitue l’instrument juridique principal qui organise la paix et la sécurité dans
l’espace CEDEAO.
Par l’adoption de ce protocole, la CEDEAO démontre son attachement à la sécurité
humaine (paragraphe 1) en détermine les différentes menaces préoccupantes pour
l’institution (paragraphe 2)

Paragraphe 1 : La réalisation de la sécurité humaine

La sécurité humaine est aujourd’hui, un concept central dans la lutte contre


l’insécurité, il a émergé après la fin de la guerre froide, l’importance de la sécurité humaine,
nécessite de déterminer sa définition (A) et ses sources théoriques (B).

116
A- La définition de la sécurité humaine :
Les origines de la sécurité humaine remontent « à la publication d’un programme pour
la paix, du Secrétaire Général des Nations Unies, Boutros Boutros-Ghali, en 1992. Ce
document suggérait que les menaces pesant sur la sécurité mondiale n’étaient pas seulement
militaires, mais qu’elles incluaient les causes et les conséquences des conflits »201. La
théorisation effective du concept de sécurité humaine a été l’œuvre du Programme des
Nations Unies pour le Développement, dans son rapport sur le développement humain de
1994.
La sécurité humaine c’est : « d'une part, la protection contre les menaces chroniques,
telles que la famine, la maladie et la répression et, d'autre part, la protection contre tout
événement brutal susceptible de perturber la vie quotidienne ou de porter préjudice à son
organisation dans les foyers, sur le lieu de travail ou au sein de la communauté. Ce type de
menace existe indépendamment du niveau de revenu et de développement d'un pays. »202.
« La sécurité humaine signifie la protection des individus contre les menaces, qu'elles
s'accompagnent ou non de violence. Il s'agit d'une situation, ou d'un état, se caractérisant par
l'absence d'atteintes aux droits fondamentaux des personnes, à leur sécurité, voire à leur vie.
Du point de vue de la politique étrangère, la sécurité humaine peut être perçue comme un
changement de perspective. Il s'agit en fait d'une vision différente du monde qui, loin de
privilégier exclusivement la sécurité du territoire ou des gouvernements, établit l'individu
comme point de référence. Comme pour toutes les autres formes de sécurité nationale,
économique, alimentaire - il s'agit de protection. La sécurité humaine implique des mesures
préventives pour diminuer la vulnérabilité et réduire les risques au minimum et aussi, lorsque
les mesures préventives ne suffisent pas, de prendre des mesures pour remédier à la
situation»203.

Les quatre caractéristiques de la sécurité humaine sont énoncées dans le rapport204 :

201 FRANCART Loup, livre gris sur la sécurité et la défense, Paris, ed economica, pp 91-92.
202 PROGRAMME DES NATIONS UNIES POUR LE DEVELOPPEMENT, rapport sur le
développement humain de 1994, Ed. Economica 1994, p 24
203 AXWORTHY Lloyd, « La sécurité humaine : la sécurité des individus dans un monde en

mutation », in Politique Etrangère, n°2 - 1999 - 64e année pp 337.


204
PROGRAMME DES NATIONS UNIES POUR LE DEVELOPPEMENT, rapport sur le développement
humain de 1994, Op.cit., p 24
117
La sécurité relève d’un désir universel : tous les hommes aspirent à la sécurité
humaine ; les composantes de la sécurité humaine sont interdépendantes, en ce sens que les
effets de l’insécurité humaine peuvent déborder d’un pays vers d’autres ; l’importance de la
prévention dans la sécurité humaine, pour éviter à gérer les énormes coûts engendrés par le
déclenchement par surprise d’une menace ; La sécurité humaine se préoccupe principalement
des individus.

Enfin, le rapport cite les 7 composantes de la sécurité humaine, qui sont :


- sécurité économique : elle vise à permettre à l’individu de disposer d’un montant
minimum qui lui assure sa subsistance. Ce montant peut provenir soit d’un
emploi rémunéré, soit des aides sociales offertes par l’Etat.205
- sécurité alimentaire : elle repose sur l’idée que tout individu doit disposer d’une
alimentation, afin qu’il puisse se nourrir convenablement206.
- sécurité sanitaire : compte tenu des conséquences dues aux maladies, décrites
comme suit: « les principales causes de décès dans les pays en développement
(que) sont les maladies infectieuses et parasitaires. Celles-ci tuent chaque année
17 millions de personnes, dont 6,5 millions par suite d'affections respiratoires
aiguës, 4,5 millions de maladies diarrhéiques et 3,5 millions de la
tuberculose. »207, la sécurité sanitaire permet d’enrayer les maladies ou du moins
d’atténuer leurs impact sur la santé des humains.
- sécurité de l'environnement : la préservation de l’environnement, constitue
désormais une préoccupation sécuritaire. La sécurité de l’environnement vise à
lutter contre : « les menaces sur l'environnement des différents pays (qui) sont
dues pour partie à la dégradation des écosystèmes locaux et à la détérioration de
l'environnement à l'échelle planétaire. »208
- sécurité personnelle : elle permet d’assurer l’intégrité physique des humains,
contre la violence physique.209 La violence physique peut être produite par des
acteurs publics, comme par exemple, un Etat qui réprime avec violence ces
205
Ibid, p 26
206
Ibid, p 28
207
Ibid, p 29
208 PROGRAMME DES NATIONS UNIES POUR LE DEVELOPPEMENT, Rapport sur le
développement humain, Op.cit., p 30
209 Ibid, p 31-32

118
citoyens ou par des acteurs privés, lorsque des individus agressent d’autres
individus.
- sécurité de la communauté210 : elle concerne la lutte d’une part, contre les
menaces produites par certains groupes ethnique, religieux, culturels à l’encontre
de ses membres, comme la pratique de l’excision par certains groupes ethniques
en Afrique et d’autre part contre les menaces subies par certains groupes
ethniques, religieux, culturels, on peut évoquer l’exemple de la discrimination et
de la marginalisation politico-économique, conduisant à des conflits internes.
- sécurité politique : elle permet à l’individu de vivre dans un environnement
démocratique et soucieux de préserver l’état de droit.211

Le concept de sécurité humaine apporte trois innovations majeures :


- l’individu est devenu un objet référent de la sécurité : la sécurité est considérée
du point de vue des individus et non seulement des Etats ;
- la priorité a été accordée aux menaces contre les individus : parmi ces menaces,
nous pouvons citer : les menaces d’origine environnementale, économique,
politique, sociale ;
- La responsabilité de protéger les populations n’est plus le rôle exclusif de l’État :
en effet, aujourd’hui il existe toute une panoplie d’acteurs non étatiques, comme
les ONG qui prennent part à la mission jadis régalienne de protéger les
populations. Cette ingérence des ONG a été facilitée à cause de la faillite de
certains Etats à protéger leur population, certains Etats se sont même illustrés
dans l’oppression de leur population.

210 Ibid, p 33-34


211 Ibid, p 34
119
B- Les sources théoriques de la sécurité humaine et les controverses doctrinales
relatives à la sécurité humaine :

De façon pratique l’émergence du concept de la sécurité humaine a été favorisée par la


fin de la guerre froide. A l’antagonisme des blocs et à la guerre entre Etats, se sont substituées
de nouvelles menaces moins militaires, mais tout aussi violentes. Selon Axworthy : « nous
avons vu éclater de nouveaux conflits civils et se commettre des atrocités à grande échelle.
Nous avons même assisté à des génocides. La mondialisation procure de nombreux avantages,
mais elle s'accompagne aussi d'une recrudescence des crimes avec violence, du trafic des
stupéfiants, du terrorisme, de la propagation des maladies et de la dégradation de
l'environnement»212.
Ce changement radical de l’ordre international, caractérisé par l’apparition des
menaces diffuses, faisant de l’individu la victime principale, a favorisé le concept de la
sécurité humaine, pour prendre en compte le péril subi par l’individu. En plus de la
transformation des menaces, s’est ajouté le développement des nouvelles technologies de
l’information et de la communication, qui est aussi caractéristique de la fin de la guerre froide,
et symbolise la mondialisation. Les Nouvelles technologies de l’information et de la
communication ont contribué à supprimer les frontières entre les Etats, désormais tous les
événements internationaux suscitent une mobilisation soit pour dénoncer, soit pour soutenir
l’une ou l’autre des parties victimes ou acteurs d’insécurité.
Les sources théoriques de la sécurité humaine repose d’une part, sur des idées
lointaines et d’autre part, sur la doctrine, dont le développement a contribué à l’émergence du
concept de sécurité humaine.

- L’idée lointaine de la sécurité humaine :


Selon Axworthy213, la sécurité humaine en tant que concept date essentiellement de la
publication du rapport du PNUD sur le développement humain de 1994, toutefois : « les
idées qui le sous-tendent sont loin d'être nouvelles ». Le Comité international de la Croix-
Rouge a joué un rôle important dans l’émergence d’idées relatives à la sécurité humaine. Il a
élaboré depuis 1860, des articles faisant la promotion de l’individu comme référent de la

212
AXWORTHY Lloyd, « la sécurité humaine… », Op.cit., pp 333-334.
213
Ibid, pp 335.
120
sécurité, ces principes humanistes furent plus tard introduits dans la charte des Nations Unies,
la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et les conventions de Genève.
Avant même la publication du rapport du PNUD, consacrant le concept de sécurité
humaine, le Conseil de Sécurité, lors du conflit dans les Balkans, a établi une référence au
droit international humanitaire, corpus juridique ayant repris les principes faisant de
l’individu, un référent de la sécurité, selon Axworthy. En effet, le Conseil de Sécurité
s’inquiétait expressément pour la défense d’une minorité ethnique214.
Désormais, la sécurité humaine fait l’objet d’un consensus et définitivement intégré
dans l’ordonnancement juridique international, selon un rapport du Secrétaire Général de
l’ONU, produit à l’occasion de la 55ème assemblée générale de l’Organisation, on reconnaît
qu’il n’est « désormais plus possible de définir simplement la sécurité collective comme une
absence de conflits armés, qu’il s’agisse de conflits internationaux ou de conflits internes. Les
violations flagrantes des droits de l’homme, les déplacements massifs de population, le
terrorisme international, la pandémie du sida, le trafic de la drogue et des armes et les
catastrophes écologiques portent directement atteinte à la sécurité commune, nous forçant à
adopter une approche beaucoup plus coordonnée à l’égard de toute une gamme de questions
»215.
- La détermination de la théorie des relations internationales sous-tendant l’idée de
sécurité humaine.
Avec la fin de la guerre froide, les différentes théories des relations internationales ont
connu des revirements face à cette surprise internationale : la fin de la guerre des blocs.
Certains auteurs216 supposent qu’il y a eu 5 grandes contestations du concept de
sécurité étato-centrique au profit de la sécurité humaine, il s’agit des contestations de :
- John Galtung : il fait la distinction entre une approche réaliste de la paix par la
négation, qui doit être abandonnée pour une approche positive de la paix, reposant sur

214
CONSEIL DE SECURITE de l’ONU, Résolution 1244, adoptée à sa 4011ème séance, le 10 Juin 1999.
215
ORGANISATION DES NATIONS UNIES, Rapport du Secrétaire général sur l’activité de
l’Organisation des Nations Unies, documents officiels de la 55ème session de l’Assemblée générale,
Supplément n°1 (A/55/1), 30 août 2000.

216DAVID Charles-Philippe et RIOUX Jean-François, « le concept de sécurité humaine », in la


sécurité humaine : une nouvelle conception des relations internationales. S.dir Jean-François
Rioux, Harmattan, 2001, pp 20-21.

121
la justice sociale, les différents facteurs de coopération et d’intégration entre groupes
humains.
- John Burton : il offre un cadre explicatif des conflits, selon lui la pauvreté est à la base
de l’éclatement de beaucoup de conflits, le monde devrait reposer sur : la paix, la
justice et le bien être.
- Lester Brown et Richard Ullmann : ces deux auteurs s’inscrivent dans l’approche
libérale, ils définissent la sécurité en référence aux facteurs perturbateurs de la qualité
de vie des habitants, comme les facteurs économiques, environnementaux, politiques.
- Les constructivistes voient en la sécurité deux paramètres : une reconstruction des
normes et un changement de comportements, ces deux paramètres doivent s’opérer
dans le système international. C’est à cette condition que les Etats agiront en faveur de
l’intérêt des individus au détriment de l’intérêt national et de la souveraineté.
- Enfin « la contestation, plus vive, provient des écoles critiques de sécurité »217. En
effet, l’approche critique des relations internationales constituent le cadre doctrinal le
plus approprié pour expliquer la sécurité humaine. Les tenants de cette approche
estiment qu’il faut replacer l’individu au centre des préoccupations de l’Etat, l’homme
doit être le principal objet de sécurité, changer les discours qui jusqu’ici ont permis de
donner la primauté à la sécurité de l’Etat. Les principaux auteurs de l’approche
critique sont : Ken Booth, Anne Tickner. Les principaux postulats de l’approche
critique servant de cadre théorique à la sécurité humaine sont les suivants :

 « Les forces économiques et sociales globales déterminent l’évolution réelle de


la sécurité… ;
 Les enjeux non militaires de la sécurité occupent une place désormais plus
importante que les menaces traditionnelles. Les nouvelles sources d’insécurité
sont les désordres économiques, les crises d’identité sociale, les catastrophes
environnementales, les lacunes de santé et d’éducation- autrement dit tout ce
qui provoque l’insécurité humaine ;
 Les discours et la pratique de la paix doivent promouvoir une vision positive, et
non négative, de la résolution des conflits… ;

217 Ibid, p 20.


122
 La théorie est un instrument, à la fois de justification mais aussi de
transformation (…), la théorie doit ainsi permettre d’identifier et contribuer à
détruire les structures de sécurité qui nuisent à l’émancipation des
individus »218

Si la doctrine a joué un rôle un considérable dans l’émergence du concept de sécurité


humaine, force est de reconnaitre, qu’il existe une controverse doctrinale quant à la notion de
sécurité humaine. La critique la plus évidente faite au concept de sécurité humaine se rapporte
à son caractère « concept valise »219, en ce sens Daniel Deudney estime que : « si chaque
chose entrainant une dégradation du bien-être humain est qualifiée de menace à la sécurité, ce
terme perd toute son utilité analytique…»220 à sa suite, d’autres auteurs affirment que : « La
sécurité humaine a un contenu labile et indéterminé »221.
Quant aux conditions d’émergence du concept de sécurité humaine, Keith Krause fait
remarquer que le concept de sécurité humaine : « s’imposa en dehors du débat sur les
nouvelles conceptions de la sécurité, et pour ainsi dire complètement en marge de la
conception de la sécurité classique »222 pour une rare fois, l’idée selon laquelle « les théories
et les concepts dans le domaine des Relations Internationales motivent, dynamisent ou
influencent le discours et la pratique des acteurs du monde réel »223 a été battue en brèche.
Barry Buzan est initiateur de l’élargissement du concept de sécurité post-guerre froide.
Au-delà de la sécurité nationale, l’auteur indique que des menaces non militaires : politiques,
économiques, environnementales peuvent aussi porter atteinte à l’Etat et à la population.
Toutefois, il reste pessimiste sur le concept de sécurité humaine qu’il trouve réducteur dans le
débat des relations internationales, il souligne que « les individus ne sont pas isolés, ils vivent

218DAVID Charles-Philippe et Roche Jean-Jacques, théories de la sécurité, ed Montchrestien,


2002, pp 107-108.
219 MARCLAY Eric, « La responsabilité de protéger. Un nouveau paradigme ou une boîte à

outils? », In Etudes Raoul Dandurand n°10, Chaire Raoul Dandurand en Etudes stratégiques et
diplomatiques, novembre 2005, pp.9-11.

220KRAUSE Keith, « une approche critique de la sécurité humaine », in la sécurité humaine : une
nouvelle conception des relations internationales. S.dir Jean-François Rioux, Harmattan, 2001, pp
76.
221 ABDELHAMID Hassan et al, Sécurité humaine et responsabilité de protéger: L'ordre
humanitaire international en question, Archives contemporaines, Collection 2009, pp 22
222 Ibid, pp 76-77 ;
223
Ibid. Pp 76-77.
123
dans des sociétés dans lesquelles ils opèrent : ils ne constituent pas la question principale à la
quelle tout se rapporte »224.
Quant à Roland Paris225, il considère que la panoplie des menaces infinies que couvre
la sécurité humaine, n’est pas facile à analyser, ce qui fait de la sécurité humaine un concept
holistique.
La sécurité humaine est jugée trop occidentale. Selon Amitav Acharya226, la vision que
le Sud a du concept de la sécurité humaine, est son ancrage occidental, ainsi, la sécurité
humaine serait un énième moyen pour l’occident d’imposer ses visions au Sud, l’auteur
estime que les valeurs véhiculées par la sécurité humaine ne peuvent s’appliquer aux sociétés
du Sud. Il est réconforté dans son analyse par Roland Paris qui voit dans la sécurité humaine
un outil politique au service de ses concepteurs.227 Pour cet auteur, le flou qui entoure la
notion de sécurité humaine sert les intérêts de ses promoteurs en soudant des acteurs très
différents autour d’objectifs qui le sont tout autant. La sécurité humaine apparaît alors
essentiellement comme un outil politique.
La dernière controverse autour de la sécurité humaine est relative à l’intervention des
différents acteurs : Etats, Institutions internationales, ONG, dans la mise en œuvre de la
sécurité humaine. La doctrine est divisée quant aux choix des intervenants228. Fen Osler
identifie les approches suivantes :
- L’approche libérale de la sécurité considère les institutions internationales, comme les
intervenants les plus efficaces pour l’application de la sécurité humaine ;
- Les critiques accordent leur confiance à la société civile ;
- Enfin, les réalistes estiment que l’Etat est le mieux placé pour concrétiser la sécurité
humaine.

224BUZAN Barry, « A Reductionist, Idealistic Notion that Adds Little Analytical Value »,in
Security Dialogue, Volume 35, n°3 , 2004, pp 369-370.
225
ROLAND Paris, « Still an Inscrutable Concept », in Security Dialogue, Volume 35, n°3, 2004,
pp 370.
226
ACHARYA Amitav, « Human Security: East versus West », in International Journal, volume
56, n°3, 2001, pp 442-460.
227
ROLAND Paris, « Human Security: Paradigm Shift or Hot Air? », in International Security,
volume 26, n° 2, 2001, pp 87-102.
228 HAMPSON Fen Osler et al, Madness in the multitude: Human security and world disorder,
Oxford, Oxford University press, 2002, pp 50-61
124
Paragraphe 2 : Les composantes sécuritaires du nouveau mécanisme de sécurité de la
CEDEAO

La CEDEAO à travers le protocole relatif au mécanisme de prévention, de gestion, de


règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité, a défini des mesures229 pour
lutter d’une part contre les menaces militaires contemporaines (A) et d’autre part, contre les
menaces non militaires (B).

A- La lutte contre les menaces non militaires contemporaines :


Une menace militaire armée de nos jours, est une menace se déroulant à l’intérieur
d’un Etat et dont la manifestation repose sur la violence armée. Elle est produite par des
acteurs privés concurrençant l’Etat, dans l’exercice de la souveraineté. Elle est aussi appelée :
« mode opératoire déstabilisant »230.
Les menaces militaires contemporaines, identifiées dans le nouveau mécanisme de
sécurité sont :

• Les conflits internes231 :


Encore appelés guerre civile, les conflits internes mettent aux prises, des groupes
rebelles contre les forces armées et de sécurité d’un Etat, selon Axworthy232, dans les guerres
civiles « les factions belligérantes sont souvent des forces irrégulières à la hiérarchie floue,
fréquemment divisées sur le plan ethnique ou religieux». Depuis la chute du mur de Berlin,

229
Pour des raisons d’actualité nous avons écarté d’étudier les guerres interétatiques, pour la
simple raison que leur nombre ne cesse de diminuer, dans l’espace CEDEAO, il n’y pas de conflit
armé entre Etats, ceci ne signifie nullement qu’elles aient disparu, Axworthy fait le même constat
: « Bien que leur fréquence diminue, les guerres entre États constituent toujours une menace, et il
convient de ne pas sous-estimer leurs conséquences éventuelles. En raison des progrès
technologiques et de la prolifération des armes, les futures guerres entre États feront un nombre
effarant de victimes parmi les civils». À travers le protocole relatif au mécanisme de prévention et
de gestion des conflits, la CEDEAO retient un scénario unique, capable de déclencher à l’avenir
des guerres : la gestion irrationnelle et inéquitable des ressources naturelles appartenant à des
Etats membres partagent des frontières communes.
230 BALANCIE Jean-Marc, « la défense face aux défis et menaces non militaires stratégiques » in
les cahiers du Centre des Hautes Etudes de l’Armement, n°36, printemps 1997, p98
231 Article 3 (a) du protocole relatif au mécanisme de prévention et de gestion des conflits.
232 AXWORTHY Lloyd, « la sécurité humaine… », Op. Cit, pp 334.

125
l’Afrique de l’Ouest a été le théâtre de conflits internes violents avec des répercussions sur
plusieurs Etats de la CEDEAO233.
Les différents travaux234 de la CEDEAO menés par sa Direction de l’Alerte Précoce,
dans le cadre de la prévention et de la gestion des conflits, ont identifié quatre (04) systèmes
de conflits235 :
- Système sahélo-saharien

- Système du Mano River


- Système du golfe de guinée
- Système de la Sénégambie

Un système de conflits236 est un « complexe conflictuel constitué d’un ensemble de


conflits de territorialités différentes, d’envergures et d’intensités variables, de formes et
causes immédiates différentes mais à l’évidence liés entre eux dans la durée, s’alimentant les
uns les autres et finissant par s’articuler de manière évidente sous l’effet des évolutions des
dynamiques enclenchées par la crise et/ou de l’action délibérée d’acteurs prépondérants aux
intérêts convergents ou communs. »
Les principales caractéristiques des systèmes de conflits sont : la prolifération des
foyers chroniques de violences armées où la question des ressources est présente,
l’implantation transfrontalière, les différents facteurs qui peuvent exister entre les différents
conflits qui émergent dans un lieu particulier, comme le conflit au Libéria et en Sierra Léone.

 la criminalité transfrontalière237 :
La criminalité transfrontalière désigne un faisceau d’actes réprimés pénalement, dont
les auteurs et les conséquences de ces actes dépassent les frontières nationales et impliquent
au moins deux Etats. La Convention des Nations Unies contre la criminalité transnationale

233 Conflits internes identifiés dans les Etats suivants : Libéria, Sierra Léone, Guinée-Bissau,
Sénégal, Mali, Niger, Côte d’Ivoire, Nigéria.
234 CEDEAO, Rapport de l’atelier sur l’opérationnalisation de la problématique des systèmes de

conflits dans l’espace CEDEAO, Bénin, 7 et 8 Décembre 2010


235 Ibid, pp 3
236 Ibid, pp 6 et 7
237 Article 3 (d) du protocole relatif au mécanisme de prévention et de gestion des conflits

126
organisée du 15 Novembre 2000, définie238 le groupe criminel organisé comme : « un groupe
structuré de trois personnes ou plus existant depuis un certain temps et agissant de concert
dans le but de commettre une ou plusieurs infractions graves ou infractions établies
conformément à la présente Convention, pour en tirer, directement ou indirectement, un
avantage financier ou un autre avantage », sans déterminer ces infractions, la convention
considère comme infraction grave239 : « un acte constituant une infraction passible d’une
peine privative de liberté dont le maximum ne doit pas être inférieur à quatre ans ou d’une
peine plus lourde ».
L’imprécision de la convention sur la nature exacte des infractions graves, est due
certainement à la nature protéiforme des infractions constitutives de la criminalité
transnationale. Les infractions diffèrent en fonction de l’emplacement géographique des Etats.
Dans l’espace CEDEAO, les infractions objet de la criminalité transfrontalière sont240 :
le vol à main armée, le trafic de véhicules volés, la contrebande de cigarette, ou d’alcool, le
trafic de drogue, le trafic illicite des armes, la traite humaine, le trafic illicite de diamant, la
corruption, la délinquance financière, la cybercriminalité, la piraterie et le terrorisme.
Dressant l’état de la criminalité transfrontalière en Afrique de l’Ouest, l’atelier
observa241 que : «cette forme de criminalité s’est particulièrement développée à partir de 1990
avec l’éclatement ou l’exacerbation à l’intérieur de certains pays de crises politiques, de
foyers de tensions, de conflits communautaires souvent liés à la gestion des ressources
naturelles, de rébellions et même de guerres civiles. Cette situation a gangrené certains
rapports de voisinage, aggravé la pauvreté et ouvert des avenues aux organisations criminelles
qui ont tissé des réseaux transfrontaliers, voire transnationaux. La criminalité transfrontalière
est le plus souvent l’oeuvre de groupes de trafiquants organisés en réseaux qui bénéficient
parfois de couvertures locales et de ramifications bien structurées dans les pays.
L’interconnexion entre ces trafiquants en tout genre et les groupes terroristes qui écument la
bande sahélo-saharienne est une illustration supplémentaire des dangers que court la sous-
région sur le plan sécuritaire. »

238 L’article 2.a


239 L’article 2.b
240 ZEÏNI Moulaye, Rapport de synthèse de l’atelier régional sur « Réflexions sur la criminalité

transfrontalière en Afrique de l’Ouest - le rôle des parlements » du 17 au 19 juin 2009 à Abidjan,


p2
241 Ibid, pp 2
127
La criminalité transfrontalière constitue un revers de l’intégration régionale. En effet,
l’intégration régionale prône l’intensification des échanges entre plusieurs Etats. L’échange
porte sur la circulation des biens et des services. Lorsque l’objet de l’échange revêt un aspect
criminel, c'est-à-dire expressément prohibé par des conventions internationales et des lois
nationales, on parle alors de criminalité transfrontalière. Il serait très complexe de procéder à
un récapitulatif de tous les crimes transfrontaliers dans l’espace CEDEAO, on peut citer : le
trafic des stupéfiants, trafic des êtres humains, le vol de bétail etc.
La criminalité transfrontalière en Afrique de l’Ouest est facilitée par l’immensité des
Etats et les difficultés matérielles, financières qu’ont les Etats à contrôler leurs frontières.
Pour lutter contre ce fléau, la CEDEAO a préconisé une coopération étroite entre les services
de renseignement des Etats membres242.

 le terrorisme international243 :
Le terrorisme est une notion très usitée mais n’ayant pas de définition juridique qui
fait l’unanimité, comme le souligne Francart244 « l’ONU n’a pas encore réussi à officialiser
une définition claire du terrorisme permettant d’identifier un terroriste à travers ses activités et
de le traduire en justice selon le droit international ». Les lacunes liées à l’adoption d’une
définition du terrorisme sont dues à la pression de certains Etats qui militent d’une part, pour
l’introduction du terrorisme d’Etat, pour dénoncer les pressions militaires israéliennes contre
la Palestine et d’autre part pour la prise en compte des guerres de libération nationale ou pour
l’autodétermination des peuples.
Face à ce blocage, le consensus qui s’est dégagé concerne la définition de l’acte
terroriste. Il existe plusieurs définitions de l’acte terroriste, dans le cadre de notre thèse nous
donnerons la définition de l’ONU et celle de l’Union Africaine.
Les Nations Unies, dans la convention pour la répression du financement du
terrorisme, adoptée par l’Assemblée Générale, le 9 Décembre 1999, définissent à l’article 2
l’acte terroriste comme :
« a) Un acte qui constitue une infraction au regard et selon la définition de l'un des
traités énumérés en annexe245 ;

242 Article 46.1 du protocole relatif au mécanisme de prévention et de gestion des conflits
243 Article 3 (d) du protocole relatif au mécanisme de prévention et de gestion des conflits
244 FRANCART Loup, le livre gris sur la sécurité et défense, Op. Cit., pp 148.

245 Il s’agit de 9 conventions ou protocoles suivants : Convention pour la répression de la capture


illicite d'aéronefs (La Haye, 16 décembre 1970) ; Convention pour la répression d'actes illicites
128
b) Tout autre acte destiné à tuer ou blesser grièvement un civil, ou toute autre
personne qui ne participe pas directement aux hostilités dans une situation de conflit
armé, lorsque, par sa nature ou son contexte, cet acte vise à intimider une population ou
à contraindre un gouvernement ou une organisation internationale à accomplir ou à
s'abstenir d'accomplir un acte quelconque. »

Au niveau régional, l’Organisation de l’Unité Africaine a adopté, le 14 juillet 1999 à


Alger, une convention sur la répression et la lutte contre le terrorisme. L’acte terroriste est
défini à l’article 1er.3 comme :

« a/ tout acte ou menace d’acte en violation des lois pénales de l’Etat Partie
susceptible de mettre en danger la vie, l’intégrité physique, les libertés d’une personne
ou d’un groupe de personnes, qui occasionne ou peut occasionner des dommages aux
biens privés ou publics, aux ressources naturelles, à l’environnement ou au patrimoine
culturel, et commis dans l’intention :
I. d’intimider, provoquer une situation de terreur, forcer, exercer des pressions ou
amener tout gouvernement, organisme, institution, population ou groupe de
celle-ci, d’engager toute initiative ou de s’en abstenir, d’adopter, de renoncer à
une position particulière ou d’agir selon Certains principes ; ou
II. de perturber le fonctionnement normal des services publics, la prestation de
services essentiels aux populations ou de créer une situation de crise au sein des
populations ;

dirigés contre la sécurité de l'aviation civile (Montréal, 23 septembre 1971) ; Convention sur la
prévention et la répression des infractions contre les personnes jouissant d'une protection
internationale, y compris les agents diplomatiques, adoptée par l'assemblée générale des Nations
unies le 14 décembre 1973 ;Convention internationale contre la prise d'otages, adoptée par
l'assemblée générale des Nations unies le 17 décembre 1979 ;Convention internationale sur la
protection physique des matières nucléaires (Vienne, 3 mars 1980) ; Protocole pour la répression
d'actes illicites de violence dans les aéroports servant à l'aviation civile internationale,
complémentaire à la convention pour la répression d'actes illicites dirigés contre la sécurité de
l'aviation civile (Montréal, 24 février 1988) ; Convention pour la répression d'actes illicites contre
la sécurité de la navigation maritime (Rome, 10 mars 1988) ; Protocole pour la répression d'actes
illicites contre la sécurité des plates-formes fixes situées sur le plateau continental (Rome, 10
mars 1988) ; Convention internationale pour la répression des attentats terroristes à l'explosif,
adoptée par l'assemblée générale des Nations unies le 15 décembre 1997.

129
III. de créer une insurrection générale dans un Etat Partie ;

b/ toute promotion, financement, contribution, ordre, aide, incitation, encouragement,


tentative, menace, conspiration, organisation ou équipement de toute personne avec
l’intention de commettre tout acte mentionné au paragraphe a (I) à (III). »

La CEDEAO à l’instar de plusieurs régions du monde, n’est pas épargnée par le


terrorisme international, comme on le verra infra.

 La prolifération des armes légères et de petit calibre 246 :

Selon l’ONU :
Les armes légères sont247 : « au sens large du terme, les armes destinées à l'usage de deux ou
trois personnes travaillant en équipe, même si certaines peuvent être transportées et utilisées
par une seule personne. Elles comprennent, entre autres, les mitrailleuses lourdes, les lance-
grenades portables, amovibles et sur affût, les canons antiaériens portatifs, les canons
antichars portatifs, les fusils sans recul, les lance-missiles et lance-roquettes antichars
portatifs, les lance-missiles antiaériens portatifs et les mortiers de calibre inférieur à 100
millimètres.»
Les armes de petit calibre sont248 : « au sens large du terme, des armes destinées a l'usage
individuel. Elles comprennent, entre autres, des revolvers et pistolets à chargement
automatique, des fusils et des carabines, des mitraillettes, des fusils d'assaut et des
mitrailleuses légères ».

246 Article 3 (d) du protocole relatif au mécanisme de prévention et de gestion des conflits

247
L’instrument international relatif à l'identification et au traçage rapide et fiable des armes
légères et de petit calibre (A/60/88), adopté par l'Assemblée générale des Nations Unies le 8
Décembre 2005.
248
Ibid
130
Les armes légères et de petit calibre sont des instruments de violence, qui servent à
exacerbent les conflits internes. La lutte contre la prolifération des armes légères est une
mesure, qui se justifie par le fait que : « Les armes légères sont devenues les armes de
prédilection et huit victimes sur dix sont des non-combattants.».249
Nous illustrerons les effets dévastateurs de la prolifération des armes légères, par ces
propos de l’ancien Secrétaire Général des Nations Unies, M. Koffi Annan. Ce dernier affirme
qu’elles sont250: « abondantes et aisées à manier, les armes de petit calibre et les armes légères
ont été le principal, voire l'unique moyen de combat utilisé dans la majorité des conflits les
plus récents dont s'occupe l'Organisation des Nations Unies. Aux mains de troupes
irrégulières peu soucieuses du droit international humanitaire, ces armes ont fait un très grand
nombre de victimes, dont 80 % de femmes et d'enfants. Ainsi, le rapport requis par
l'Assemblée générale dans sa résolution 50/70 B sur le phénomène des armes légères et de
petit calibre était-il particulièrement opportun; il importait grandement, en effet, de se pencher
sur un aspect prioritaire de la lutte engagée pour libérer le monde du fléau de la guerre et du
fardeau des armements.
Bien que les armes légères et de petit calibre ne soient pas en elles-mêmes la cause des
conflits, leur prolifération accroit l'intensité et la durée de ceux-ci et encourage une solution
par la force plutôt qu'un règlement pacifique. Le plus déplorable est de constater l'existence
d'un cercle vicieux où l'insécurité engendre une augmentation de la demande en armes, qui
produit à son tour une intensification de l'insécurité.
A l'heure actuelle, les conflits armés les plus tenaces dans le monde sont caractérisés
par les flambées récurrentes de violence et par l'érosion de la légitimité politique et de la
viabilité économique, autant de facteurs qui privent un Etat du pouvoir de faire face aux
causes et aux conséquences de l'accumulation, de la prolifération et de l'usage excessif des
armes légères et de petit calibre. L'adoption de mesures efficaces touchant ces armes
permettrait de s'attaquer aux deux aspects du problème.».

249
AXWORTHY Lloyd, « La sécurité humaine… », Op. Cit, pp 334
250NATIONS UNIES, Rapport du groupe d’experts gouvernementaux sur les armes de petit
calibre A/52/298 du 5 Novembre 1997, pp 2.
[http://www.un.org/french/Depts/dda/CAB/smallarms/docs/rep52298f.pdf] (Consulté le 30 Mai
2010)

131
Il était logique que la CEDEAO fasse de la lutte contre la prolifération des armes
légères une priorité, car l’Afrique de l’ouest a été le théâtre de plusieurs conflits internes après
la chute du mur de Berlin, l’un des éléments catalyseurs de ces conflits internes, étaient la
disponibilité des armes légères.

 La lutte contre les mines antipersonnelles251 :


La définition originelle d'une mine antipersonnel se trouve dans les manuels militaires,
qui définissent252 la mine anti personnelle, comme étant : « un engin pyrotechnique conçu,
pour être déclenché par une action involontaire de l'ennemi, afin de provoquer la mise hors de
combat du personnel ».
Cette définition si elle prend en compte l'emploi des mines dans le cadre d'une guerre
classique, reste toutefois limitée quant à la réalité d'aujourd'hui, avec l'emploi des mines
antipersonnelles non pas dans un champ de bataille, mais généralement dans des milieux
urbains, et contre une population civile faisant ainsi des millions de victimes.
La définition actuelle de la mine antipersonnelle se trouve dans la convention
d’Ottawa du 18 Septembre 1997. Selon la convention on entend par mine
antipersonnelle253 : « une mine conçue pour exploser du fait de la présence, de la proximité ou
du contact d'une personne et destinée à mettre hors de combat, blesser ou tuer une ou
plusieurs personnes. Les mines conçues pour exploser du fait de la présence, de la proximité
ou du contact d’un véhicule et non d’une personne, qui sont équipées de dispositifs anti
manipulation, ne sont pas considérées comme des mines antipersonnelles du fait de la
présence de ce dispositif ».
Cette nouvelle définition concerne toutes les mines antipersonnelles rudimentaires, à
double usage (antichar, antipersonnel), intelligentes, munies des mécanismes

251Article 3 (d) du protocole relatif au mécanisme de prévention et de gestion des conflits


252 ETAT-MAJOR GENERAL DES ARMEES DU MALI, Les mines et les explosifs, Editions

imprimeries du Mali, Bamako 1999, pp26


253 Renvoi article 2 paragraphe1 de la convention d’Ottawa.
132
d'autodestruction et d'auto désactivation, ainsi que toutes les mines anti-véhicule (destinées à
immobilier les véhicules)254
La lutte contre les mines antipersonnelles est une priorité. L’usage des mines
antipersonnelles a de graves conséquences humanitaires, par les victimes qu’elles font et des
conséquences socio-économiques, la dissémination des mines antipersonnelles empêche les
paysans d’utiliser des terres à des fins agricoles, cette prohibition de l’emploi des terres due à
sa dangerosité augmente la faim et la pauvreté. Selon le rapport Landmine Monitor255 2010, il
y a eu 534 victimes de mines en Afrique durant l’année 2009. Les Etats de la CEDEAO
concernés par le fléau des mines sont : le Sénégal, le Niger, la Guinée Bissau, le Mali.

B- La lutte contre les menaces non militaires :

Les menaces non militaires ont des influences sur la survie de l’Etat et de la
population, toutefois, elles ne sont pas produites directement par un Etat contre un autre Etat,
ni par un acteur privé contre un Etat et elles n’utilisent pas la violence armée. Elles sont
également appelées : « phénomène de nature sociale et économique »256. Les différentes
menaces non militaires évoquées par le nouveau mécanisme de sécurité sont :

 L’insécurité environnementale257 :
Elle provient soit des menaces ou des risques naturels. La différence entre la menace
et le risque est exposée par Serge Sur comme suit : « La menace suppose une intention
hostile, identifiable dans son auteur, ses mobiles, ses objectifs, son objet, son intensité, son
destinataire. Le risque est plus diffus sur ces différents plans. Il relève de l’instabilité, de
l’absence de maîtrise, de l’imprévisibilité des évolutions extérieures, sans qu’elles soient
nécessairement associées à des intentions hostiles ».258

254 Renvoi article 2 paragraphe3 de la convention d’Ottawa.


255INTERNATIONAL CAMPAIGN TO BAN LANDMINES, Landmine Monitor 2010, p 31
[www.themonitor.org/lm/2010/resources/Landmine_Monitor_2010_lowres.pdf] (consulté le 19
avril 2010)
256 BALANCIE Jean-Marc, « la défense face aux défis… », Op. Cit, p98

257 Article 3 (j) du protocole relatif au mécanisme de prévention et de gestion des conflits
258 SUR Serge, Relations Internationales, Op Cit. pp 410.

133
L’insécurité environnementale désigne « les phénomènes naturels répétitifs à caractère
plus ou moins catastrophique qui ont de tout temps frappé de terreur les hommes par les
destructions qu’ils produisent et par l’aspect quasi diabolique de leur apparition ».259

Le PNUD260 identifie principalement deux menaces environnementales : la


dégradation des écosystèmes locaux et la détérioration de l’environnement à l’échelle
planétaire
L’espace CEDEAO, à l’instar de plusieurs autres régions du monde, connaît les
conséquences de l’insécurité environnementale, on peut citer : l’avancée du désert pour les
régions sahélo-sahariennes, l’aridité des sols, les inondations.

Si l’unanimité est acquise s’agissant de l’existence d’une menace environnementale,


ceci n’est pas le cas pour les vulnérabilités des collectivités humaines, face aux risques
environnementaux.
En effet, il existe 3 grandes approches concernant les vulnérabilités des villes face aux
risques environnementaux : l’approche classique, l’approche de la vulnérabilité sociétale et
l’approche des facteurs de vulnérabilité.

- L’approche classique de la vulnérabilité261 :


La vulnérabilité des villes est due à quatre facteurs, dont deux facteurs internes et deux
facteurs externes.
Les deux facteurs internes sont : le rôle des matériaux de construction sur
l’aggravation de l’impact des phénomènes naturels ; le fossé social large des villes, qui est
emblématique des tensions socio-économiques.

259 BESSON Liliane, « les risques naturels », in Revue de Géographie Alpine, volume 73, numéro

3, 1985, pp 322.
260 PROGRAMME DES NATIONS UNIES POUR LE DEVELOPPEMENT, Rapport mondial sur
le développement humain de 1994, Op. Cit, p 30
261THOURET Jean.-Claude ET D’ERCOLE Robert, « Vulnérabilité aux risques naturels en
milieu urbain : effets, facteurs et réponses sociales », in Cahiers des Sciences Humaines, vol. 96,
no 2 1996, pp.407-422.

134
Les facteurs externes sont : la croissance urbaine dans les villes des pays en
développement ; le déséquilibre des facteurs de développement socioéconomique et les choix
politiques dans l’aménagement du territoire: concentration excessive des villes et des pôles
industriels, faiblesse des infrastructures urbaines.

- L’approche de la vulnérabilité sociétale :


Elaborée par Gaillard, l’approche de la vulnérabilité sociétale sous-estime l’impact de
l’aléa dans la vulnérabilité. C’est à partir du tsunami de 2004 en Indonésie, que l’auteur
dégage les principes de son approche. Il estime que les facteurs de vulnérabilité proviennent
de la société et non de l’aléa climatique. Les facteurs identifiés sont : l’accès aux ressources
rendu complexe par la forte croissance démographique et l’insuffisance des infrastructures
urbaines ; les mauvaises orientations politiques aggravés par la corruption et la dette ;
l’héritage historique caractérisé par les traditions ayant des impacts négatifs sur
l’environnement, les conflits armés.

- L’approche de la vulnérabilité synthétique


Elle comporte l’approche classique et constitue la pensée des pays en développement
dans le débat sur la vulnérabilité. Cette approche propose de prendre en compte une analyse
holistique : la fragilité du système dans son ensemble. Elle analyse les facteurs de la
vulnérabilité et les réponses sociales. D’une part, les enjeux vulnérables peuvent porter sur le
matériel ou sur l’homme262et d’autre part, les facteurs de la vulnérabilité qui comprennent les
facteurs identifiés par R. D’Ercole et J.C. Thouret263, il y a les facteurs structurels de la
vulnérabilité : les facteurs socio-économiques comme la croissance démographique et ses
conséquences ; les facteurs culturel et historique ; les facteurs techniques de la vulnérabilité
comme la mauvaise qualité des constructions ; les facteurs fonctionnels, ils concernent le
mode de gestion des crises et les moyens pour y faire face.
Puis les facteurs géographiques de la vulnérabilité, ils font référence aux contraintes
de localisation, ces contraintes sont elles-mêmes des facteurs limitant, on peut citer à titre
262
BOUDIERES Vincent, De la gestion des risques aux risques de leur gestion : modalités de
gestion du risque et facteurs de vulnérabilité associés. Thèse de doctorat 2008, Université Joseph
Fourier, France.
263
THOURET Jean-Claude et D’ERCOLE Robert, « Vulnérabilité aux risques naturels …», Op.cit.,
pp.407-422.
135
illustratif, la morphologie des bassins ou du sol. Les facteurs géographiques peuvent devenir
également des facteurs conjoncturels et contingents, en ce ses qu’ils sont liés aux aléas
temporels.
Pour faire face à la gestion des catastrophes, la CEDEAO a adopté un plan d’action
qui repose sur les domaines d’interventions suivants :

- Etablir et mettre en place les capacités institutionnelles requises pour la


réduction des risques de catastrophes
- Créer d’un système d’alerte précoce relatif aux catastrophes
- Promouvoir l’utilisation de la connaissance, de l’éducation, de la formation, des
innovations et du partage d’informations afin de contribuer à la création d’un
environnement de sécurité pour les sociétés plus aptes à résister aux catastrophes
- Veiller à ce que la gestion des catastrophes contribue à réduire les risques sous-
jacents en s’attaquant aux problèmes prioritaires de développement
- Améliorer l’efficacité des interventions par une meilleure préparation aux
catastrophes

Elle a aussi crée un Comité Technique chargé de la Gestion des Catastrophes. La mise
en place de ce comité est à la solde du Conseil des Ministres de la CEDEAO, lors de sa
51ème session tenue en décembre 2003 à Accra, au Ghana. Il est chargé entre autres
d’engager une réflexion sur les voies et moyens de rendre opérationnel un dispositif de
prévention et d’atténuation des catastrophes.

 La lutte contre la destruction du patrimoine culturel des Etats membres264 :


Elle s’inscrit dans la sauvegarde du patrimoine culturel des Etats membres.
Le patrimoine culturel est défini à l’article 1er de la convention de l’UNESCO
concernant la protection du patrimoine mondial culturel et naturel, adoptée par la conférence
générale à sa 17ème session, Paris le 16 Novembre 1972.
« Sont considérés comme patrimoine culturel :
- Les monuments : œuvres architecturales, de sculpture ou de peinture
monumentales, éléments ou structures de caractères archéologique, inscriptions,

264 Article 3 (j) du protocole relatif au mécanisme de prévention et de gestion des conflits.
136
grottes et groupes d’éléments, qui ont une valeur universelle exceptionnelle du
point de vue de l’histoire, de l’art ou de la science,
- Les ensembles : groupes de constructions isolées ou réunies, qui, en raison de leur
architecture, de leur unité, ou de leur intégration dans le paysage, ont une valeur
universelle exceptionnelle du point de vue de l’histoire, de l’art ou de la science,
- Les sites : œuvres de l’homme ou œuvres conjuguées de l’homme et de la nature,
ainsi que les zones y compris les sites archéologiques qui ont une valeur
universelle exceptionnelle du point de vue historique, esthétique, ethnologique ou
anthropologique. »
Aussi louable que cela paraisse, il n’est pas sans importance de se demander quels sont
les risques qui se posent au patrimoine culturel ? La réponse est donnée par la section
française du Comité International du Bouclier Bleu. Le Comité International du Bouclier Bleu
a été créé en juin 1996 afin de protéger et de sauvegarder le patrimoine culturel, comme le
stipule la Convention de La Haye (1954) pour la protection des biens culturels en cas de
conflits armés. Ce comité a été créé par des organisations non gouvernementales
patrimoniales265.
Il identifie quatre types de risques266 pouvant affecter le patrimoine culturel, il s’agit :

- Des risques liés aux conflits armés : il s’agit de la guerre et des autres
confrontations armées, les acteurs susceptibles de porter atteinte au patrimoine
culturel sont : les militaires, les milices, les terroristes et la population civile.
- Des risques naturels : ce sont des événements catastrophiques d’origine naturelle
comme les inondations, les mouvements de terrain. Ces risques naturels entrainent
des dommages irréversibles sur le patrimoine culturel.
- Des risques technologiques : ces risques sont d’origine industrielle, nucléaire, et
biologique. Ces risquent provoquent des explosions ou d’autres phénomènes
naturels. Ils ont des effets dégradants sur le patrimoine culturel.

- Des risques de la vie quotidienne : ce sont des risques résultants de l’activité


normale de l’homme. Ils se produisent par négligence et par l’absence de moyens
265 Il s’agit de : le Conseil International des Archives, le Conseil International des musées, le
Conseil International des Monuments et des sites, et Fédération Internationale des Associations
de Bibliothécaires et de Bibliothèques et le Co-ordinating Council of Audiovisual Archives
Associations.
266
Comite Français du Bouclier Bleu, « description »
[www.bouclier-bleu.fr/risques/description.htm] (Consulté le 11 mars 2010)

137
adéquats. Comme les autres risques, la survenance des risques de la vie
quotidienne contribue à détruire le patrimoine culturel.

Sur le plan doctrinal, la prise en charge de la sauvegarde du patrimoine culturel


comme préoccupation sécuritaire, a été théorisée par Waever, à travers le concept de sécurité
sociétale. Waever définit la sécurité sociétale comme267 : « la capacité d’une société à
persister dans ses caractéristiques essentielles face aux conditions changeantes et face à des
menaces probables ou réelles ».
La sécurité sociétale est désormais une priorité pour la CEDEAO, ce concept repose «
sur la préservation de l’identité et de la défense de la culture »268

 le blanchiment des capitaux269 :


L’article 298 du code pénal malien stipule que le blanchiment d’argent couvre les
activités suivantes :
« a) la conversion ou le transfert de biens, dans le but de dissimuler ou de déguiser
l’origine illicite desdits biens ou d'aider toute personne qui est impliquée dans la
commission de l’infraction principale à échapper aux conséquences juridiques de ses
actes;
b) la dissimulation ou le déguisement de la nature, de l'origine, de l'emplacement, de la
disposition, du mouvement ou de la propriété réels des biens;
c) l’acquisition, la détention ou l'utilisation de biens par une personne qui sait que
lesdits biens constituent un produit du crime. »

En récapitulatif, le blanchiment de capitaux est un processus ayant pour but de


dissimuler la provenance illicite des capitaux, dans le but de pouvoir les utiliser de façon
légale.

267Citée par CEYHAN Ayse, « analyser la sécurité : Dillon, Waever, William et les autres », in
Sécurité et Immigration, S.Dir Didier Bigo, l’Harmattan, 1998, pp 47.
268 Ibid, pp 47.
269 Article 3 (l) du protocole relatif au mécanisme de prévention et de gestion des conflits
138
Le blanchiment des capitaux se justifie par 3 raisons : l’envoi illégal des capitaux dans
un autre pays différent du pays d’envoi ; la volonté de ne pas soumettre les capitaux à
l’imposition et l’existence de capitaux provenant des activités criminelles.
Selon M. Hotte, le blanchiment de capitaux repose sur trois phases : « le placement,
l’empilement et l’intégration »270.

- Le placement :
Dans cette phase, par l’usage de plusieurs méthodes comme le fractionnement des
espèces en petite quantité, l’auteur du blanchiment introduit ses capitaux illégaux dans le
système financier.

- L’empilement :
L’objectif du blanchisseur est de créer un fossé entre les capitaux et leur source, il
procède à des transferts de fonds vers d’autres comptes bancaires, afin de les disperser, il peut
également investir dans l’achat de biens.

- L’intégration :
C’est la dernière phase, le but est de réintroduire les capitaux dans l’économie légale.
La lutte contre le blanchiment des capitaux se justifie, par le fait qu’il introduit une
concurrence déloyale dans l’économie nationale entre les divers secteurs, il peut provoquer
des crises économiques du fait de l’accroissement incontrôlé de la liquidité, de plus en plus, le
blanchiment sert à financer le trafic de drogue, la criminalité et le terrorisme international.
Cette activité criminelle 271«sape les fondements du développement durable à travers l’érosion
du capital humain, en affectant la stabilité sociale et politique, et en occasionnant une inflation
artificielle des facteurs de production qui décourage les investisseurs ».

270 HOTTE David, « problématique du blanchiment des capitaux à l’échelle internationale »,


communication lors du séminaire sous-régional sur le blanchiment des capitaux, Dakar, 17 et 19
Juillet 2000, p 2.
271 GROUPE INTERGOUVERNEMENTAL D’ACTION CONTRE LE BLANCHIMENT
D’ARGENT, Rapport annuel 2009, pp 09
[http://www.giaba.org/media/A_reports/Rapport%20Annuel%202009%20%20FRENCH.pdf]
(Consulté le 13 Février 2010)
139
Pour lutter contre le blanchiment des capitaux, la CEDEAO a créé le Groupe
Intergouvernemental d’Action contre le Blanchiment d’Argent-GIABA. Il est une institution
spécialisée de la CEDEAO. Le GIABA a pour mission :
- assurer l’adoption de normes de lutte contre le blanchiment de capitaux et le
financement du terrorisme conformément aux normes et pratiques
internationales admises, y compris les 40+9 recommandations du GAFI ;
- faciliter l’adoption par les pays membres des mesures contre le blanchiment des
capitaux et le financement du terrorisme, en prenant en compte les spécificités
régionales particulières ;
- servir de forum au sein duquel ses pays membres peuvent discuter de questions
d’intérêt régional et partager leurs expériences respectives ;
- organiser l’autoévaluation et des évaluations mutuelles afin de déterminer
l’efficacité de mesures adoptées, y compris leur conformité aux normes
internationalement admises, et
- coordonner et apporter son soutien aux Etats membres en matière d’efforts visant
à mettre en place et à appliquer des régimes LBC/FT, y compris l’application de
lois contre les produits criminels à travers l’assistance judiciaire mutuelle, et
aussi la création et le fonctionnement de cellules nationales de traitement de
l’information financière.

 La lutte contre la corruption272 :


Dans la lutte contre la corruption, la CEDEAO a préconisé d’abord, des mesures de
lutte contre la corruption, qui sont : La promotion de la transparence, la responsabilité et la
bonne gouvernance. Ensuite, elle a défini la corruption, dans le protocole relatif à la lutte
contre la corruption. La CEDEAO a précisé un certain nombre d’acte273, qui constitue la
corruption : «
- Le fait pour un agent public de demander ou d’accepter, soit directement ou par
personne interposée, tout objet ayant une valeur pécuniaire, tel qu’un cadeau, une
promesse ou un avantage de quelque nature, que ce soit pour lui-même ou pour

272 Ibid.
273 Article 6.1 du protocole de la CEDEAO sur la lutte contre la corruption du 21 Décembre 2001
140
une autre personne, en contrepartie de l’accomplissement ou de l’omission d’un
acte dans l’exercice de ses fonctions ;
- Le fait d’accorder, soit directement ou indirectement, à un agent public, un objet
ayant une valeur pécuniaire tel qu’un cadeau, une faveur ou un avantage de
quelque nature, soit pour lui-même ou pour un tiers, en échange d’un acte ou d’une
omission dans l’exercice de ses fonctions ;
- Le fait de permettre, d’offrir directement ou indirectement tout avantage indu à
toute personne qui déclare ou confirme qu’elle peut exercer une certaine influence
sur des décisions ou actions des personnes occupant dans le secteur public ou
privé, que cette influence ait été exercé ou non, ou que l’influence supposée ait
abouti ou non au résultat recherché ;
- Le fait pour toute personne qui déclare ou confirme qu’elle peut exercer une
certaine influence sur des décisions ou actions de personnes occupant des postes
dans le secteur public ou privé, que cette influence soit exercée ou non et qu’elle
aboutisse ou non au résultat recherché, de demander ou d’accepter directement ou
indirectement tout avantage indu de la part de quiconque ;
- Le détournement par un agent public, de son objet initial, pour son propre compte
ou le compte d’un tiers, de tous biens meubles ou immeubles, titres et valeurs
appartenant à l’Etat, à une agence indépendante ou à un individu, que cet agent
public a reçus en vertu de sa position et pour les besoins de l’Administration, pour
leur conservation ou pour d’autres raisons ».

L’organisation Transparency International a évoqué 9 principales raisons274 pour lutter


contre la corruption : la corruption viole les droits humains, détruit la confiance des citoyens
aux institutions nationales, favorise les crises politico-sociales, aggrave le sous-
développement par le détournement de l’aide aux démunis, porte atteinte à la sécurité
physique des individus, entraîne un risque d’atteinte à l’environnement, cause le
détournement des matières premières, détruit l’économie de marché et décourage
l’investissement.

274
Transparency International France, rapport moral 2010, section française de Transparency International, p 7
[http://www.transparence-france.org/e_upload/pdf/ti_france_rapport_moral_2010.pdf] (Consulté le 14 Mai
2011)
141
La complexité administrative favorise la corruption, d’une part elle met en relation le
corrupteur, la personne soucieuse de gagner du temps et d’accélérer la procédure
administrative, d’autre part le corrompu qui monnaye le désir du corrupteur, la personne ayant
un pouvoir d’accélérer la procédure en faveur du corrupteur, le caractère occulte de
l’imposition, dans beaucoup d’Etat, la fiscalité constitue une crainte pour les citoyens et les
entreprises, dans certains cas, il est possible de bénéficier d’exonération, ce qui donne un
pouvoir discrétionnaire à certains agents de la fonctions de la publique, un système de
corruption peut d’établir entre ces agents et les personnes soucieuses de payer moins
d’impôts. La tentation de la corruption est d’autant plus grande, que les salaires de la fonction
publique sont bas.

142
Section 2 : L’application du nouveau mécanisme de sécurité

Le mécanisme de sécurité nécessite une exécution pour atteindre les objectifs que se
sont fixés les Etats de la CEDEAO. L’architecture de la paix et de la sécurité, repose sur une
organisation (Paragraphe 1) et un fonctionnement (Paragraphe 2).

Paragraphe 1 : L’organisation du nouveau mécanisme de sécurité de la CEDEAO

L’organisation du nouveau mécanisme de sécurité nécessite des organes chargés de


l’application du mécanisme. Les organes du nouveau mécanisme de sécurité peuvent être
regroupés en deux catégories, les organes principaux (A) et les organes d’appui (B).

A- Les organes principaux

Il s’agit de plusieurs structures, qui disposent d’une compétence principale dans la


mise en œuvre du nouveau mécanisme de sécurité. Ces structures sont politiques, on y
retrouve les représentants des différents Etats membres.

Les organes principaux sont :


- La Conférence :
Elle réunie les chefs d’Etat et de gouvernement de la CEDEAO et elle se tient aussi
souvent que nécessaire. Elle est l’institution la plus haute du mécanisme (Art 6.1) institution
principale, c’est elle qui a des organes d’appui :
Elle prend les décisions relatives à : La prévention, la gestion, le règlement des
conflits, le maintien de la paix et de la sécurité, l’assistance humanitaire, la consolidation de la
paix, la lutte contre la criminalité transfrontalière, la prolifération des armes légères, et
d’autres questions relatives à la sécurité. Elle peut déléguer ses pouvoirs au conseil de
médiation et de sécurité.

143
- Le Conseil de Médiation et de Sécurité :
Il remplit les mêmes fonctions que la conférence sur autorisation de celle-ci.
Les sessions du conseil diffèrent selon les acteurs. On distingue 3 acteurs, soit 3 type
de sessions :
 Les Chefs d’Etat : Ils se réunissent en session ordinaire au moins deux fois par an,
et en session extraordinaire sur décision du président en exercice, ou à la demande
de la majorité des membres du conseil. L’issue finale des décisions leur appartient.
 Les Ministres : Sont concernés, les ministres des AE, de la défense, de l’intérieur
et de la sécurité des Etats membres du Conseil. Ils se rencontrent une fois tous les
trimestres, les résultats de leurs sessions sont transmis aux chefs d’Etat du Conseil
 Les Ambassadeurs : Les Etats de la CEDEAO sont représentés auprès de
l’institution soit par un ambassadeur permanent ou l’ambassadeur auprès du
Nigéria. Les ambassadeurs des Etats membres du conseil se réunissent une fois
tous les mois, les conclusions de leurs travaux sont présentés à tous les Etats
membres du conseil, et soumis à l’étude de la réunion des ministres

- Le Secrétariat Exécutif :
Il a compétence de prendre les mesures suivantes relatives au maintien de la paix et de
la sécurité : missions d’enquête, de médiation, de facilitation, de négociation et de
réconciliation des parties en conflit.
Ses missions sont : faire des propositions au Conseil, pour la nomination de son
représentant spécial et du commandant de la force ; nommer les membres du comité des
sages.
Le rôle du Secrétaire Exécutif sera notamment:

a) de recommander la nomination du Représentant Spécial et du Commandant de


la Force au Conseil de Médiation et de Sécurité;

b) de nommer les membres du Conseil des Sages;


c) de superviser les activités politiques, administratives, opérationnelles, et
d’assurer la logistique des missions;

d) d’élaborer a l’intention du Conseil de Médiation et de Sécurité et des Etats


membres, des rapports périodiques sur les activités du Mécanisme;
144
e) d’envoyer sur le terrain, sur la base de son évaluation de la situation, des
missions d’enquête et de médiation;

f) de convoquer, en consultation, avec le Président de la Conférence, toutes les


réunions du Conseil de Médiation et de Sécurité, du Conseil des Sages et de la
Commission de Défense et de Sécurité;

g) de mettre en oeuvre toutes les décisions du Conseil de Médiation et de


Sécurité.

Il est assisté d’un adjoint, chargé des affaires politiques, de défense et de sécurité.
Celui-ci a sous son autorité les départements des Affaires politiques; des Affaires
humanitaires; des Affaires de défense et de sécurité ; Le centre d’observation et de suivi ;

B- Les organes d’appui :

Il y a 3 organes d’appui, chargés de faciliter l’exécution des missions confiées aux


institutions principales dans le maintien de la paix et de la sécurité.

- La Commission de Défense et de Sécurité :


Elle est composée des représentants des Etats membres. Elle est un organe consultatif
du Conseil de Médiation et de Sécurité appelé à définir et à formuler les mandats et les
termes. Elle donne un avis sur les exigences dans le domaine de la logistique et de
l'administration des opérations de maintien de la paix. Elle se réunit une fois par trimestre et
chaque fois que la nécessité l'oblige, la commission fait des recommandations au Conseil de
Médiation et de Sécurité, à travers les décisions prises par ses représentants.

- Le Conseil des Sages :


Il est inspiré de la tradition gérontocratique africaine, accordant une place
prépondérante aux personnes âgées. Il réunit des personnalités reconnues et expérimentées de
la sous-région Ouest-africaine ou d’autres régions africaines. Ce sont des responsables
politiques, religieux, des représentants de la tradition ainsi que des responsables de femmes.

145
Le conseil des sages est soumis au Secrétaire Exécutif. Les membres sont sensés tenir le rôle
de médiateurs, de conciliateurs et d'arbitres. Ils rendent compte au Secrétaire Exécutif.

- L’ECOMOG :
Il a été créé en 1990, pour intervenir dans le conflit libérien. L’envoi de l’ECOMOG
au Libéria relevait de l’improvisation et constituait un acte illégal. Avec l’adoption du
protocole relatif au mécanisme de sécurité, l'ECOMOG a trouvé une existence juridique,
selon l'article 21 du protocole, il « est une structure du mécanisme composé de plusieurs
modules polyvalents, incluant des civils et des militaires, en attente dans leurs pays d'origine
et prêts à être déployés dans les meilleurs délais ».
Il est chargé, entre autres missions, des opérations d'observation et de suivi de la paix,
du maintien, du rétablissement et de consolidation de la paix, des actions et appui aux actions
humanitaires, l'ECOMOG assure l'application des sanctions y compris l'embargo ; le
déploiement préventif, les activités de police, notamment la lutte contre la fraude et le crime
organisé ; les opérations de désarmement et de démobilisation.

Pour renforcer son expertise dans le domaine du maintien de la paix et de la


sécurité, la CEDEAO a mis l’accent sur la formation, cette politique repose sur 3
principaux centres de formation, il s’agit de :
 National War college : basé à Abuja au Nigéria. Il contribue à la mise à niveau
stratégique dans le cadre des opérations de maintien de la paix, les responsables
de haut niveau militaire et civil des Etats membres de la CEDEAO. Il a été
choisi par les quinze Etats membres de la CEDEAO comme Centre d’Excellence
de niveau stratégique dans le projet régional d’architecture de défense et de
sécurité. L’enseignement dispensé dans cette école vise à préparer les stagiaires
sélectionnés à assumer des responsabilités de haut niveau dans le secteur de la
défense.
 Koffi Annan Training Center : basé à Accra au Ghana. Le centre a pour but de
développer un centre régional d’excellence où l’éducation, la formation et la
recherche dans le domaine des opérations de maintien de la paix s’effectuent
selon les standards universitaires et professionnels les plus élevés. Ses objectifs
principaux sont de : Dispenser une formation centrée sur les composantes du
146
niveau opératif dans les opérations de maintien de la paix ; Mettre en place un
centre complémentaire à la formation de niveau tactique de l’Ecole de Maintien
de la Paix de Bamako (Mali) et à la réflexion de niveau stratégique du War
College d’Abuja (Nigeria) ; Développer la capacité des participants à opérer
dans un cadre multinational, dans un environnement multiforme ; Informer les
participants sur la nature et les complexités des conflits inter et intra-étatiques
actuels ; Mener des recherches sur les différents aspects des opérations de
maintien de la paix.
 L’Ecole de Maintien de la Paix « Alioune Blondin Bèye » : basée à Bamako au
Mali. Elle a pour mission de contribuer au renforcement des capacités des Etats
Africains en matière de soutien à la paix et prioritairement de la Force en Attente
de la CEDEAO. Elle dispense aux stagiaires militaires, paramilitaires et civils
provenant des Etats africains, un enseignement pluridisciplinaire relatif à la paix
et à la sécurité.

147
Paragraphe 2 : Le fonctionnement du mécanisme de la sécurité

La mise en œuvre du protocole relatif au mécanisme de sécurité est soumise à des


conditions d’application (A), une fois mise en œuvre, la CEDEAO choisit la décision à
adopter (B).

A- Les conditions d’application du mécanisme de sécurité


L’article 25 du protocole relatif au mécanisme prévoit, les cas dans lesquels la
CEDEAO doit intervenir, en appliquant les dispositions prévues par le protocole relatif au
mécanisme de prévention, de gestion, maintien de la paix et du règlement des conflits. On
distingue 5 scénarios dans lesquels le mécanisme est mis en oeuvre :

- En cas de conflit armé international : il s’agit de l’agression armée d’un Etat


membre par un Etat non membre de la CEDEAO ou par un Etat membre de la
CEDEAO.
- En cas de conflit armé interne : sont concernés les conflits armés internes, qui
comportent des risques humanitaires graves, ou peuvent porter atteinte à la paix et
à la sécurité sous-régionale.
- En cas d’atteinte grave et à une large échelle aux droits humains ou de remise en
cause de l’état de droit
- En cas de renversement ou de tentative de renversement d’un Gouvernement
démocratiquement élu;

- Toute autre situation que détermine le Conseil de Médiation et de Sécurité.

A la lecture des ces conditions, nous remarquons la nouveauté suivante : La fin du


caractère absolu de la souveraineté des Etats membres de la CEDEAO.
Ainsi, au nom de l’ingérence humanitaire, définie comme275 : « the threat or use of
force across state borders by a state (or group of states) aimed at preventing or ending

275 HOLZGREFE Jeff; “The Humanitarian Intervention Debate” in Jeff Holzgrefe and Robert O.
Keohane eds., Humanitarian Intervention: Ethical, Legal, and Political Dilemmas, Cambridge
University Press, New York, 2003, p.18. Traduction par nos soins : « la menace ou l’usage de la
force à travers les frontières d’un Etat par un autre Etat ou groupe d’Etats motive par l’action de
148
widespread and grave violations of the fundamental human rights of individuals (…), without
the permission of the state within whose territory force is applied» .
La CEDEAO s’accorde le droit d’intervenir dans un Etat membre de l’organisation.
La position de la CEDEAO marque la fin de la controverse276 entre les partisans de
l’ingérence humanitaire et ceux qui sont contre au nom du principe de la souveraineté des
Etats, défendu par l’article 2.paragraphe 4 de la charte des Nations Unies. Elle partage la
position de la Commission Internationale sur l’Ingérence et la Souveraineté Etatique277 :
« State sovereignty implies responsibility, and the primary responsibility for the protection of
its people lies with the state itself’, de ce fait, ‘where a population is suffering serious harm,
as a result of internal war, insurgency, repression or state failure, and the state in question is
unwilling or unable to halt or avert it, the principle of non-intervention yields to the
international responsibility to protect”.
Par ailleurs, la mise en œuvre du mécanisme repose sur quelques acteurs, on distingue
d’une part, les acteurs pouvant décider de la mise en œuvre du mécanisme, il s’agit de la
Conférence, du Conseil de Médiation et de Sécurité et du secrétaire exécutif; et d’autre part,

prévenir ou de mettre fin à une large et grave violation des droits humains fondamentaux des
individus, sans le consentement de l’Etat dans lequel la force est employée »

276 Pour les partisans de l’ingérence humanitaire, l’article 2.4 de la charte des Nations Unies qui
dispose que : « uhi », ne peut pas constituer un argument qui empêchera l’ingérence humanitaire,
ils considèrent que le principe de la souveraineté peut être évoqué lorsque l’usage de la force vise
directement l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique des Etats.
277 International Commission on Intervention and State Sovereignty Report, p11.
[http://www.iciss-ciise.gc.ca/pdf/Commission-Report.pdf] [Consulté le 25 mai 2010]
Traduction par nos soins : « La souveraineté étatique implique une responsabilité, et la
responsabilité basique pour la protection de sa population est liée à l’Etat lui-même » ainsi
« lorsque la population souffre d’un mal profond, résultant d’un conflit interne, une insurrection,
une répression ou une faillite de l’Etat, et que l’Etat en question n’a pas la volonté ou ne peut pas
mettre fin ou prévenir cela, le principe de non ingérence s’efface devant la responsabilité
internationale de protéger »

149
les acteurs pouvant demander la mise en œuvre du mécanisme, il s’agit d’un Etat membre de
la CEDEAO, de l’Union Africaine et de l’ONU.

B- Les décisions résultantes de l’application du mécanisme de sécurité

Il revient au Conseil de Médiation et de Sécurité de décider de la décision à adopter,


en cas de situations menaçant la paix et la sécurité régionales, il envisage les options
suivantes :

- La prévention des conflits :


La prévention des conflits est une procédure qui : « se réfère à la transformation non
violente (ou créatrice) des conflits et englobe les activités conçues pour atténuer les tensions
et empêcher l’éclatement, l’escalade, l’expansion ou la récurrence de la violence »278
Le type de prévention des conflits décrit dans le protocole relatif au mécanisme de
prévention, de gestion et de règlement des conflits est celui de la prévention opérationnelle
des conflits279, elle comprend : l’alerte précoce, la médiation, la conciliation, le désarmement
préventif et le déploiement préventif par des moyens interactifs tels que les bons offices et la
Force de Maintien de la Paix de la CEDEAO. L’opérationnalisation de la prévention des
conflits nécessite : la mise en place d’uns système d’observation de la paix et de la sécurité et
une diplomatie préventive active.

• Le système d’observation de la paix et de la sécurité sous-régionales :


Il s’inscrit dans le cadre plus vaste de l’alerte précoce. En effet, les systèmes d’alerte
précoce : « comportent la collecte et l’analyse régulière et méthodique d’informations
relatives aux situations de conflit violent. Ils produisent un ensemble d’éléments d’alerte
précoce (à partir de méthodes d’analyse qualitative et/ou quantitative du conflit) qui sont
ensuite mis en relation avec des instruments/mécanismes de réponse »280.

278
Cadre de prévention des conflits de la CEDEAO, point 18, op.cit.
279
Ibid., Point 19
280ORGANISATION POUR LA COOPERATION ET LE DEVELOPPEMENT ECONOMIQUES,
Prévenir la violence, la guerre et l’effondrement des États : l’avenir des systèmes d’alerte précoce et
de réponse rapide, OCDE 2009, pp 24-25.

150
L’alerte précoce a pour but de préserver la vie humaine. Aujourd’hui, il existe
plusieurs systèmes d’alerte précoce élaboré par : des organismes gouvernementaux ; des
organisations internationales et des organisations non gouvernementales.
La décennie 1970-1980 symbolise, le début des recherches théoriques sur l’alerte
précoce relative aux conflits violents. Il existe 2 groupes d’auteurs à la base de cette
orientation théorique :
D’une part, David Singer et Wallace281, qui ont tenté d’effectuer des prévisions sur la
guerre, et d’autre part, Israël Charney282, qui s’est penché sur la possibilité de prévenir les
génocides.
Le souhait de créer un système d’alerte précoce a été matérialisé par les Nations
Unies, qui ont créé, en 1987, le Bureau pour la recherche et la collecte d’informations. Avec
la fin de la guerre froide et l’apparition de plusieurs conflits armés internes, il était
indispensable de mettre en place d’un système d’alerte précoce. En effet, l’ancien Secrétaire
Général des Nations Unies, Boutros-Boutros Ghali dans son rapport, présent é en juin 1992 au
Conseil de Sécurité, fixait parmi les objectifs des Nations Unies, la mission283 d’ « essayer de
déceler aussitôt que possible les situations porteuses de conflit et de parer au danger, par la
voie diplomatique, avant que la violence ne se déclare » et toujours, selon, lui « Les mesures
préventives exigent que les faits soient connus rapidement et avec exactitude. Elles supposent
aussi une bonne compréhension des événements et des tendances mondiales, fondée sur des
solides analyses. En outre, la volonté de mener une action appropriée est essentielle. »284.
Quant à la CEDEAO, l’effectivité de son système d’alerte précoce repose sur le
système d’observation de la paix et de la sécurité sous-régionales. Celui-ci comprend, d’une
part, le centre d’observation et de suivi, qui a pour but de recueillir les informations relatives
aux Etats membres, notamment celles relatives aux questions politiques et économiques. Il
travaille en relation avec les organisations africaines ou sous-régionales, et d’autre part, les
zones d’observation et de suivi. Conformément à l’article 24 alinéa 6 du protocole, les zones

SINGER James D. et WALLACE Melanie .D, To Augur Well : Early Warning Indicators in
281

World Politics, Sage Focus Editions, Sage Publications 1979, pages 305.

CHARNEY Israel , « How Can We Commit the Unthinkable ? » in Genocide – The Human
282

Cancer, Westview Press, edition 1982 Boulder, Colorado, 430 pages


283 ORGANISATION POUR LA COOPERATION ET LE DEVELOPPEMENT ECONOMIQUES,
Prévenir la violence, Op. Cit, pp 29
284
Ibid
151
« rassemblent les données collectées dans chaque Etat, et au jour le jour, sur la base
d’indicateurs susceptibles d’affecter la paix et la sécurité de la zone et de la sous région ».
En effet, il existe 4 zones d’observation, qui couvrent l’ensemble des Etats de la
CEDEAO. Le siège d’une zone est établi dans la capitale de l’un des Etats membres, la
répartition est la suivante :
 Le bureau de Banjul en Guinée Bissau, couvre : le Cap-Vert, la Gambie, la Guinée
Bissau, la Mauritanie et le Sénégal.
 Le Bureau de Ouagadougou, au Burkina Faso couvre : le Burkina Faso, la Côte
d’Ivoire, le Mali et le Niger.
 Le bureau de Monrovia, au Libéria couvre : le Ghana, la Guinée, le Libéria et la
Sierra Léone.
 Le bureau de Cotonou au Bénin, couvre : le Bénin, le Nigéria et le Togo.

Les Bureaux zonaux d’Alerte Précoce ont pour mission d’ « adopter une approche
régionale participative dans la collecte des données en établissant et en renforçant la
coopération avec les Etats membres et la société civile, incluant mais non limitée aux ONG,
groupes traditionnels, groupes d’intérêts divers, organisations féminines et des jeunes. »285
En effet, les bureaux de zones dans leur fonctionnement se réfèrent au renseignement
ouvert, notamment la presse. Ils évitent les sources de renseignement fermé, telle que
l’espionnage, afin de ne pas porter atteinte à la souveraineté des Etats membres. Les bureaux
travaillent en étroite collaboration avec leurs points focaux et les membres de la société civile.
Les différents points focaux nationaux font l’état des risques de leur Etat, toutes les semaines.
C’est sur la base des rapports des points focaux, que les chefs de bureau élaborent à leur tour
un rapport à l’intention du Département de l’Alerte Précoce de la CEDEAO.

• La diplomatie préventive :
Cette diplomatie : « s'entend de toutes mesures prises pour éviter que des différends
ne surgissent entre les parties, d'empêcher qu'un différend existant ne se transforme en conflit

285 Article 45.d Cadre de prévention des conflits de la CEDEAO règlement msc/reg du 1er Janvier

2008

152
ouvert et, si le conflit éclate, de faire en sorte qu'il s'étende le moins possible »286. Ainsi, elle
« doit apaiser les tensions et assurer la résolution pacifique des conflits au sein et entre les
Etats membres(…) »287.
Selon Victor-Yves Ghebaly, la réunion des mots diplomatie et prévention, est un
« pléonasme »288, toutefois, ce fait n’entache en rien la diplomatie préventive, dont l’utilité est
d’éviter un conflit ouvert, sa caractéristique principale est l’usage de mesures non coercitives.
Selon le protocole relatif à la sécurité, la mise en œuvre de la diplomatie préventive
relève concomitamment du Secrétaire Exécutif289 et du Conseil de Médiation et de
Sécurité290.

Les différentes mesures291 que ces organes peuvent mettre en œuvre sont :
- Les bons offices : « consistent en une intervention modeste et limitée d’un tiers,
visant à proposer des bases de négociations »292
- La médiation : l’intervention d’une tierce partie qui doit trouver les conditions
d’un accord293

- La conciliation : elle « procède d’un objectif plus ambitieux puisque la


commission de conciliation examine en principe les faits et étudie le litige dans

286GHALI Boutros Boutros, Agenda pour la paix : diplomatie préventive, rétablissement de la paix
et maintien de la paix, Nations Unies. New York, 1992, P.12

287 Article 48 Cadre de prévention des conflits de la CEDEAO


GHEBALI Victor-Yves; « diplomatie préventive », in Dictionnaire de stratégie s.dir Thierry de
288

Montbrial et Jean Klein, pp 183

289Article 15 alinéa 1 et 15.2.e du Protocole de la CEDEAO relatif au mécanisme de prévention,


de gestion et de règlement des conflits

290 Ibid Art 10.2.b et art 27.b

291 Article 48, cadre de prévention des conflits de la CEDEAO, Op.Cit


292PROST Mario et FOURET Julien, « Du rôle de la Cour Internationale de Justice : peau neuve
ou peau de chagrin ? Quelques réflexions sur l’arbitralisation de la cour mondiale », p 206
[www. sqdiorg.com/volumes/pdf/16.2_-_prost_-_fouret.pdf ] (consulté le 29 avril 2010),
293DAVID Charles-Philippe et Roche Jean-Jacques, théories de la sécurité, éd. Montchrestien
2002, pp 35
153
tous ses aspects afin de définir les termes d’un arrangement susceptible d’être
accepté par les parties ».294

- La facilitation : « elle consiste à soutenir, fluidifier et encourager les contacts entre


les parties au conflit sans s’impliquer dans le contenu de la négociation. Librement
choisie par les parties au conflit, la tierce partie les aide à se rencontrer en terrain
neutre, à engager un dialogue pour rechercher des solutions au conflit, à négocier
et à signer un accord »295.
- La négociation : c’est le « degré minimum de l’obligation de régler pacifiquement
les différends internationaux »296, elle vise l’entame et la poursuite des discussions
entre les parties en vue d’arriver à des accords.
- L’arbitrage : « est fortement marqué par une logique pragmatique favorisant des
solutions transactionnelles, acceptables au mieux pour les Etats souverains, et
fondées, si ce n’est en théorie, du moins en pratique, sur un certain compromis
entre prétentions opposées »297

Conformément au protocole, le conseil des sages joue un rôle très important dans la
diplomatie préventive. Cet organe symbolise la particularité de l’Afrique. En effet, les
africains en général, accordent une grande importance aux démarches des leaders religieux,
des hommes politiques, des leaders d’opinion, ayant fait preuve d’une rectitude morale au
cours de leur carrière. Pour mener à bien leur mission, le protocole sur la sécurité exige que
les membres du conseil des sages aient certaines qualités298 , à savoir : neutralité, impartialité
et objectivité.

294 PROST Mario et FOURET Julien, « Du rôle de la Cour Internationale de Justice… », Op. Cit

pp 207
295DEPARTEMENT FEDERAL DES AFFAIRES ETRANGERES DE LA CONFEDERATION
SUISSE, « ABC de la diplomatie »
[http://www.swissembassy.co.il/eda/fr/home/doc/publi/abcs/abcdp/abctxt.html#ContentPar_026]
(Consulté le 13 Avril 2010)
296 DAILLIER Patrick et PELLET Alain, Droit International Public, 7e édition, LGDJ, Paris 2003,
pp 828
297 PROST Mario et FOURET Julien, « Du rôle de la Cour Internationale de Justice… », Op. Cit, p
207
298 Article 20.7 du protocole de la CEDEAO relatif au mécanisme de prévention, de gestion et de
règlement des conflits
154
Enfin, le cadre de prévention des conflits de la CEDEAO précise les activités à
effectuer, les indicateurs et les mesures à réaliser en matière de diplomatie préventive299 : Les
émissaires du Président de la commission de la CEDEAO, les membres du Conseil des sages
ont l’obligation de l’informer sur les situations de troubles et les plans de sortie de crise ; Le
Conseil de médiation et de sécurité choisit des personnalités pour la diplomatie préventive, il
décide aussi du déploiement des Forces armées de la Communauté ; La Commission de la
CEDEAO doit créer une liste de médiateurs en privilégiant les anciens chefs d’Etat, tous les
Etats membres ont l’obligation d’aider les médiateurs dans l’accomplissement de leur mission
et doivent coopérer avec les différents organismes de la CEDEAO. Pour la mise en œuvre de
la diplomatie préventive, il faut d’une part rendre opérationnel les organismes chargés de la
diplomatie préventive au sein de la commission et accroitre la collaboration entre les
organismes chargés de la diplomatie préventive au niveau national et au niveau
communautaire. Et d’autre part, recruter de personnes qualifiées, déployer de moyens pour la
diplomatie préventive et renforcer le travail des personnes intervenant dans la médiation par
les séminaires et des visites.

- L’intervention armée :

L’intervention armée repose sur l’utilisation de l'ECOMOG. Le Conseil de Médiation


et de Sécurité délivre un mandat autorisant le Président de la Commission à mettre sur pied la
mission, et définit ses termes de référence. Le Conseil nomme en cas de besoin les principaux
responsables, à savoir le représentant spécial du Président de la Commission et le
Commandant de la force de l'ECOMOG.
Le Président du Conseil de Médiation et de Sécurité adresse à l'Union Africaine et aux
Nations Unies un rapport sur la situation. Le Président de la Commission mobilise les
ressources nécessaires aux opérations.
L’intervention armée suppose des moyens, qui font généralement défaut à la
CEDEAO. En effet, pour son fonctionnement normal, l’ECOMOG dépend de l’extérieur. A
titre d’exemple, le déploiement de l’ECOMOG en Guinée-Bissau a été largement rendu
possible grâce à la France. Les contingents béninois et nigériens ont été déployés par un
navire français, le « Sirocco » et le contingent gambien dans le navire « la javeline ».

299 Article 49, cadre de prévention des conflits de la CEDEAO


155
L’efficacité d’une intervention rapide repose sur une capacité de réponse quasi-
immédiate.
Des différentes interventions de l’ECOMOG, avant l’entrée en vigueur du protocole
relatif à la sécurité, la logistique et la finance constituaient les difficultés majeures du
fonctionnement de l’Ecomog, la force ouest africaine était régulièrement confrontée à
l’absence de norme standard, entre les armes et les munitions des différents Etats membres,
ayant des moyens et des cultures stratégiques différents, la faiblesse des capacités aériennes et
navales
A côté des difficultés liées aux moyens logistiques, même les salaires des troupes de
l’ECOMOG dépendent de l’extérieur.
Aussi, la CEDEAO doit développer au profit de l’ECOMOG :

• Un concept pour les opérations de maintien de la paix :


Ce document contiendrait la vision que partagent les Etats membres de la CEDEAO
dans le domaine du maintien de la paix et les relations entre les niveaux opérationnels du
maintien de la paix, incluant la composante militaire et la composante civile : stratégique,
opératif et tactique.

• Une doctrine pour les opérations de maintien de la paix :


La doctrine d’emploi définit les principes régissant l’usage de la force dans différents
scénarios. Elle permet aussi de déterminer les relations entre les différentes unités. L’utilité
d’une doctrine d’empli est de permettre l’unicité du commandement, déterminer les principes
de l’interopérabilité entre les différentes unités.

• Les procédures technico-tactiques pour les opérations de maintien de la paix :


La définition des procédures permet l’établissement et l’organisation de différentes
missions comme la police des opérations de maintien de la paix, la protection des
personnalités et l’assistance humanitaire.

• Les procédures opérationnelles standards pour les opérations de maintien de la


paix :

156
Leur définition a pour but de faciliter la mise en place d’un centre de coordination
civilo-militaire, d’un centre des opérations tactiques, d’un service de communication.

• Un concept civilo-militaire pour les opérations de maintien de la paix :


Le développement des activités sous jacentes au maintien de la paix, a conduit à la
participation de plus en plus d’acteurs différents, comme les médias et les organisations de
secours humanitaire, les leaders d’opinion, les autorités décentralisées, par leurs activités, ces
acteurs apportent leurs concours au maintien de la paix, pour faciliter les souffrances des
populations. A cet effet, il est utile de développer un concept pour prendre en charge les
relations civilo-militaires, ce concept définira l’organisation et le fonctionnement des relations
civilo-militaire.
Il est urgent pour la CEDEAO de définir les différents concepts, doctrines et
techniques, dans le cadre des opérations de maintien de la paix. En effet, cette activité
permettra d’optimiser les troupes de maintien de la paix, à travers des manœuvres et exercices
communs.

Le nouveau mécanisme de sécurité de la CEDEAO a pour objectif principal de lutter


contre les menaces militaires contemporaines et les menaces non militaires. Pour atteindre cet
objectif, le mécanisme repose sur des institutions principales et des organes d’appui. Le
mécanisme de la CEDEAO réserve une place de taille à la prévention des conflits. A cet effet,
il a été complété par un système d’alerte précoce pour la prévention des conflits qui repose
lui-même sur le Centre d’Observation et de suivi. Les bureaux couvrent l’ensemble des Etats
de la CEDEAO.

Le nouveau mécanisme de sécurité de la CEDEAO se révèle très ambitieux au regard


des domaines d’intervention et des menaces qu’il a l’intention d’enrayer. L’objectif recherché
est de tendre vers plus de sécurité humaine.
L’émergence du concept de la sécurité humaine a obligé la CEDEAO à élargir sa
définition de la menace, longtemps restée stato-centrée. Désormais, les Etats de la CEDEAO
ont une responsabilité dans la protection des citoyens. En effectuant une réorientation de sa

157
stratégie de lutte contre l’insécurité, la CEDEAO se conforme d’une part, aux prescriptions
mondiales consistant à placer l’individu au cœur des actions étatiques et d’autre part,
s’attaque aux causes profondes des conflits internes exacerbées par la détérioration de la
condition humaine sur le plan politique et sur le plan socio-économique. Dans le souci de
démontrer leur engagement en faveur de la sécurité humaine, les Etats de la CEDEAO
prendront des mesures pour améliorer leur gouvernance.

158
Chapitre 4 : L’amélioration de la gouvernance : appui au protocole relatif au
mécanisme de prévention, de gestion, de règlement des conflits, de maintien de la paix et
de la sécurité

Pour parfaire la conduite étatique, différentes notions ont joué un rôle important. On
peut citer la gouvernance. Le Programme des Nations Unies pour le Développement définit la
gouvernance comme : « l'exercice d’une autorité politique, économique et administrative aux
fins de gérer les affaires d’un pays. Elle repose sur des mécanismes, des processus et des
institutions qui permettent aux citoyens et groupes d’exprimer des intérêts, de régler des
litiges et d’avoir des droits et des obligations »300.
Bien qu’étant fondamentalement politique, la gouvernance ne saurait être une notion qui s’est
forgée ex-nihilo, ses racines juridiques se trouvent dans le pacte relatif aux droits civils et
politiques et le pacte relatif aux droits économiques, sociaux et culturels de l’ONU, adoptés
en 1966. Il existe des liens entre la gouvernance et ces deux pactes.
L’intérêt des pactes vient de leur précision et de leur valeur juridique obligatoire pour
les Etats. L’analyse de la définition de la gouvernance selon le PNUD permet de dégager les
composantes de la notion : la gouvernance politique et la gouvernance économique. Ces deux
composantes correspondent juridiquement à l’un et l’autre des pactes.

La gouvernance et le pacte relatif aux droits civils et politiques


La bonne gouvernance politique porte essentiellement sur le respect de l’état de droit
et de la démocratie. On retrouve ces objectifs dans le pacte sur les droits civils et politiques :
- La mise à disposition de recours utile pour les personnes dont les droits ont été violés,
l’Etat doit garantir l’indépendance et l’impartialité des autorités judiciaire,
administrative et législative, respecter et faire respecter leur décision ; Le droit de
participer à la conduite des affaires publiques ; La légalité des individus devant les
tribunaux, le droit à un procès équitable. Le droit à la liberté et à la sécurité, la
prohibition des arrestations arbitraires, le respect des droits accordés à la personne

300
DIOUBATE Badara, Bonne gouvernance et problématique de la dette en Afrique: Le cas de la
Guinée, L'Harmattan, Paris, janvier 2011, p 67

159
détenue ou arrêtée, le respect de la procédure, le droit d’introduire un recours, la
célérité du procès, le droit à la réparation en cas d’erreur judiciaire301
- Toute propagande en faveur de la guerre est interdite par la loi ; Tout appel à la haine
nationale, raciale ou religieuse qui constitue une incitation à la discrimination, à
l'hostilité ou à la violence est interdit par la loi ; L’interdiction de la discrimination
fondée sur la race, le sexe, la langue, la religion, l’opinion politique et de toute autre
opinion, l'origine nationale ou sociale, la fortune, la naissance ou de toute autre
situation302.

La gouvernance et le pacte relatif aux droits économiques, sociaux et culturels


La bonne gouvernance économique porte sur une répartition équitable et gestion transparente
des richesses nationales.
Dans le pacte sur les droits économiques, sociaux et culturels, des dispositions
renvoient à l’idée de gouvernance économique :
- L’obligation des Etats d’assurer le développement économique, social et culturel ; Le
droit de jouir de conditions de travail juste et favorables ; Le droit au logement,
sécurité alimentaire303,

Les mesures d’appui au protocole relatif au mécanisme de sécurité constituent l’autre


composante de la prévention des conflits, elles constituent une stratégie de prévention
structurelle des conflits.
Lors du déclenchement du conflit libérien, le Libéria était dirigé par Samuel Doe qui
pratiquait une politique dictatoriale et ethnique contre le reste de la population à l’exception
de la sienne : les Krahns. C’est pour dénoncer cette inégalité que la rébellion menée par
Charles Taylor s’est déclenchée.
Quant à la Sierra Léone, c’est en 1991 qu’elle sombre dans la spirale meurtrière de la
guerre civile.
Elle a opposé les forces gouvernementales contre les rebelles du Front révolutionnaire uni.

301
Article 3,9, 14 et 25
302
Article 20 et 26
303
Article 6.2 ; 7 et 11
160
Bien qu’étant élu, le pouvoir du Président Kabbah se caractérise par un partage inégal
des richesses nationales, en particulier le diamant. La rébellion dirigée par Foday Sankoh fait
de la lutte contre la corruption sa revendication principale.
La guerre civile du Libéria a pris fin en Juillet 1997 en ayant fait plus de 150.000
morts et celle de la Sierra Léone en Novembre 2000 avec plus de 100.000 morts et 4000
mutilés304.
Dans les deux cas, la cause du conflit est liée à la mauvaise gouvernance.
Dans le conflit libérien, on dénote une politique dictatoriale se caractérisant par
l’absence d’élections et donc une violation des droits civiques et politiques. On remarque
sensiblement la même situation au Sierra Léone, bien qu’étant démocratique, l’exclusion
d’une partie de la population, des retombées de la rente diamantifère constitue une violation
des droits humains.
A travers ces deux exemples, nous remarquons aisément comment la violation
flagrante de certains droits fondamentaux peut constituer des revendications légitimes pour
des groupes rebelles. Etant donné le fait que305 : « the centrality of the protection of human
rights to conflict prevention and post-conflict peacebuilding is largely undisputed and
uncontroversial ».306 La CJCEDEAO doit être renforcée pour veiller au respect des droits
humains.
Pour promouvoir la bonne gouvernance dans son espace, la CEDEAO a mis en place
la Cour de Justice de la CEDEAO (Section 1) et s’implique dans l’observation des élections
nationales (Section 2).

304 Les mutilations se situent en général au niveau des bras. L’intention des rebelles étaient
d’empêcher la population civile de voter.
305 Traduction par nos soins : l’importance de la protection des droits humains pour la prévention

des conflits et la reconstruction post-conflit fait l’unanimité.


306AGBAKWA. Shedrack; “ A path least taken: economic and social rights and the prospects of
conflict prevention and peace building in Africa”, in journal of african law, volume 47, number 1,
Cambridge university, pp 41

161
Section 1 : L’établissement de la Cour de Justice de la CEDEAO :

La Cour de Justice de la Communauté a été mise en place par le protocole A/P.1/7/91


en 1991. Avec sa création, nous avons assisté à l’émergence d’un nouveau phénomène : la
sous-régionalisation de la protection des droits humains.
Le mécanisme de protection sous-régional constitue le troisième niveau de la
protection interétatique des droits humains, après le deuxième niveau – régional- représenté
par le système de l’Union Africaine, et le premier niveau -universel- représenté par le
mécanisme des Nations Unies. Aussi, nous verrons successivement l’organisation de la Cour
(paragraphe 1) et son fonctionnement (Paragraphe 2)

Paragraphe 1 : L’organisation de la Cour

La Cour de Justice de la CEDEAO est composée d’acteurs (A) et dispose de


compétences matérielles limitées (B).

A- La Composition de la Cour de Justice de la CEDEAO

La Cour comprend essentiellement des juges et des greffiers.

- les juges
La CJCEDEAO est composée de 7 juges indépendants. Leur élection fait intervenir 3
organes de la CEDEAO : la Conférence, le Conseil et le Président de la Commission, elle se
déroule en deux temps :
1er temps : les Etats membres proposent leurs candidats. Il ne peut y avoir plus de deux
candidats ressortissants du même Etat, ensuite cette liste est envoyée par le Président de la
Commission au Conseil.
2ème temps : le Conseil propose à la Conférence une liste de 14 candidats présélectionnés, à
charge pour celle-ci de les nommer. C’est aussi à la Conférence que revient la compétence de
relever de ses fonctions un juge, en cas de mauvais comportements ou d’incapacité physique.
Pour être éligible, tous les candidats aux fonctions de juge doivent répondre à 4
critères principaux : Être de haute valeur morale ; Avoir les compétences indispensables liées

162
à l’activité judiciaire dans leur Etat ; Etre nommé par la Conférence ; Avoir au moins 40 ans
et au plus 60 ans.
Les juges sont élus pour une période de 5 ans, renouvelable une fois. Après être élu et
avant de prendre fonction, chacun des juges a l’obligation de prêter serment, en ces termes :
« Je…jure (ou déclare) solennellement d’exercer mes fonctions et mes pouvoirs de membre
de la Cour de façon honorable et loyale en toute impartialité et en toute conscience »307 .
Pour veiller à l’indépendance et l’impartialité des juges, les autorités de la CEDEAO
ont adopté les mesures suivantes : D’abord, ils sont privés d’activités politique,
professionnelle et des fonctions administratives. Ensuite, ils bénéficient de privilèges et
immunités qui impliquent qu’ils ne peuvent être inquiétés pour les faits relatifs à leur mission.
Enfin, la faculté de démissionner à n’importe quel moment leur est ouverte.
Les juges à leur tour élisent eux-mêmes, un Président et un Vice Président pour 3
années. L’administration de la Cour est gérée par le Président, il est remplacé en cas de besoin
par le Vice-président.

- le greffe :
Il est composé d’un greffier en chef et des greffiers :
Le greffier en chef est nommé par le Président de la Cour pour une période de 6 ans
renouvelable une fois. Tout comme les juges, il prête serment et s’occupe des activités
administratives de la Cour. Il a sous sa responsabilité la direction des services de la
juridiction : affectation des personnels dans les services ; élaboration des budgets ; gestion des
moyens matériels, des locaux et équipements dont il a la charge.
Il est également dépositaire des minutes308 et archives de la juridiction dont il assure la
conservation – c’est en quelque sorte la « mémoire » du tribunal.
Le greffier a pour fonction principale l'assistance du Juge et l'authentification des actes
juridictionnels. À ce titre, il est le technicien de la procédure : il est responsable de son respect
et de son authenticité tout au long de son déroulement : enregistrement des affaires,
information des parties et accueil du public, réalisation des procès-verbaux. Il assiste le juge à
l'audience. Son rôle est essentiel, puisque toute formalité ou acte accompli en son absence

307 Article 5.2 Protocole A/P.1/7/91 relatif à la Cour de Justice de la Communauté

308 Les originaux des jugements rendus


163
pourrait être frappé de nullité. Le greffier est également un agent d'encadrement qui a pour
mission de coordonner les activités des agents d'exécution qui collaborent avec lui à un
service. Il est placé sous l'autorité du greffier en chef.

B- Les compétences de la Cour de Justice de la CEDEAO

La détermination des compétences d’une juridiction revêt une importance capitale,


c’est elle qui permet de connaitre avec précision le champ d’action de la juridiction. La
compétence est définie comme : « l’aptitude d’une juridiction à instruire et juger une affaire »
309
.
Conformément à l’article 3 du protocole de 2005, la Cour a 6 compétences :
- Interprétation et application :
L’interprétation est une opération qui : « consiste à discerner le véritable sens d’un
texte obscur »310. L’application, quant à elle, est: « l’action d’appliquer à un litige, un cas dont
est saisi le juge, la règle de droit qui a vocation à régir celui-ci, c'est-à-dire de trancher le litige
qui lui est soumis en vertu de cette règle »311.
Les juges de la Cour interprètent et appliquent différents instruments juridiques : le
traité, les conventions et protocoles, les règlements, les directives.
L’interprétation et l’application sont les activités originelles de la Cour. Dans le
protocole de 1991 établissant la CJCEDEAO, cette dernière n’avait que la compétence
d’interprétation et d’application du traité. Avec le protocole de 2005, on assiste à
l’élargissement des compétences et une augmentation des instruments juridiques pouvant être
interprétés et appliqués.

- Appréciation de la légalité :
Apprécier la légalité d’un acte juridique consiste, pour les juges de la Cour, à vérifier
si cet acte n’entre pas en contradiction avec un autre acte juridique supérieur.

309 CORNU Gérard, vocabulaire juridique, Presses Universitaires Françaises, 8ème édition, 1987,
pp 177
310
Ibid,pp 475-476
311
Ibid, pp 63
164
Les normes dont on peut apprécier la légalité sont : les règlements, les directives et les
décisions.
Cette énumération suppose implicitement, d’une part que le traité, les conventions et
protocoles sont les normes supérieures et d’autre part, les règlements et les directives et
décisions doivent être conformes à ces derniers.

- Examiner :
La mission de la Cour en matière d’examen est double. Il s’agit pour elle d’une part,
de vérifier si les Etats respectent leurs obligations conformément aux textes communautaires,
et d’autre part, de régler les litiges entre la CEDEAO, considérée comme personne morale et
ses agents.

- Actions contre la CEDEAO :


La Cour a la capacité d’agir contre la CEDEAO, pour réparer les fautes de
l’organisation ou celles de ses agents dans l’exercice de leur mission, prononcer sa
responsabilité non contractuelle. Il y a tout de même une condition, la victime doit porter
plainte contre l’organisation ou ses agents, dans un délai de 3 ans à partir de la commission du
dommage, au-delà, les actions sont prescrites.

- Connaissance des violations des droits humains :


La Cour est compétente pour toute violation des droits humains commise dans l’un des
Etats membres.

- Tribunal arbitral :
Enfin la Cour exerce la fonction du tribunal arbitral en attendant l’établissement de
celui-ci.
Ces compétences s’exercent différemment en considération des fonctions de la Cour.

165
Paragraphe 2 : Le Fonctionnement
Le fonctionnement de la Cour varie selon ses fonctions. La Cour a deux fonctions, une
fonction contentieuse (A) et une fonction consultative (B). La procédure dans l’une et l’autre
des fonctions, est gratuite.

A- La fonction contentieuse
Sa particularité repose sur la détermination des acteurs pouvant saisir la Cour, la
procédure avant le délibéré et le délibéré lui-même.

- Les acteurs pouvant utiliser cette procédure :

Ces derniers sont énumérés à l’article 10, en fonction de la nature du litige. Ainsi
pour :

• Les recours en manquement aux obligations des Etats membres : la saisine de


la cour est réservée aux Etats membres et au Président de la Commission ;

• Les recours en appréciation de la légalité d’une action par rapport aux textes
de la Communauté : en cas de litiges, peuvent agir les Etats membres, le Conseil
des Ministres et le Président de la Commission ;

• Les recours en appréciation de la légalité contre tout acte de la Communauté


faisant grief : ceux-ci sont réservés à toute personne physique et morale ;

• Les recours pour les violations des droits de l’homme : il est réservé à toutes les
personnes, les textes n’indiquent pas la nature morale ou physique des
personnes. Pour être recevable, la demande des requérants ne doit pas être
anonyme et ne doit pas être portée devant une autre juridiction internationale ;

• Les litiges entre la CEDEAO et ses agents : les agents de la CEDEAO peuvent
intenter des recours contre l’organisation, ceci permet à la Cour d’être aussi un
tribunal administratif. Cette démarche est soumise à la condition préalable
d’épuiser les recours définis dans le statut et règlement du personnel de la
CEDEAO ;

166
• L’interprétation du Traité, des Protocoles et Règlements : les juridictions
nationales peuvent décider d’elles-mêmes, ou a la demande d’une des parties au
différend, de porter une question devant la Cour pour interprétation.

- la procédure avant le délibéré :


Elle comprend essentiellement 2 phases. D’abord une phase écrite, puis la phase
orale : dans la phase écrite au niveau de la Cour comprend : la requête, la notification de la
requête, le mémoire en défense, le mémoire en réplique, le mémoire en duplique et toutes
autres conclusions ou documents écrits.
La phase écrite est soumise aux conditions de recevabilité formelle de la requête, visée
à l’article 11 du protocole. Ainsi, une requête doit contenir : les noms et domicile du
requérant ; la désignation de la partie contre laquelle la requête est formée ; l’objet du litige et
l’exposé sommaire des moyens invoqués ; les conclusions du requérant ; les offres de preuve
s’il y a lieu.
Si la requête ne respecte pas les critères énumérés, le Greffier donne un délai de 30
jours à la partie en cause pour rectifier la faute. Dès sa réception, le Président confie la requête
à un juge rapporteur. C’est après l’avoir entendue, que la Cour se prononce sur la recevabilité
de la requête. Le requérant est informé de la suite donnée.
Une fois la requête déclarée recevable, le Greffier informe le défendeur, qui doit
présenter un mémoire en défense dans un délai d’un mois, à compter de la date de recevabilité
de la requête.
A la fin de cette étape, le requérant peut introduire une réplique et le défendeur une
duplique.
Ensuite, le juge rapporteur doit présenter à la Cour son rapport préalable. Celui-ci
porte sur les propositions relatives aux suites à donner à l’affaire : mesures d’instruction ou
d’autres mesures préparatoires, ainsi que sur le renvoi éventuel de l’affaire à la Cour. Le
rapport porte aussi sur la nécessité ou non d’inclure une phase orale.
Un mois avant la fin de la phase écrite, la Cour informe les parties. Ils ont la latitude
de présenter une demande de procédure orale. Puis, la Cour décide des mesures d’instruction,
les parties peuvent y assister. Ces mesures d’instruction comprennent : La comparution
personnelle des parties ; la demande de renseignements et la production de documents ; la
preuve par témoins ; l’expertise ; le transport sur les lieux.
167
Durant son déroulement, le greffier rédige le Procès verbal. Une fois accomplie les
mesures d’instruction, le Président fixe le début de la procédure orale, automatiquement ou
après l’expiration du délai de présentation des observations écrites.
Quant à la phase orale, l’ordre est déterminé par la date d’inscription au registre des
requêtes. Cependant, le Président de la Cour peut, en raison de circonstances particulières,
décider de faire juger une affaire par priorité, tout comme il peut la reporter à une date
ultérieure, de son initiative ou à la demande commune des parties.
Les débats sont publics, sauf décision du Président. La Cour pose des questions aux
parties ou leur représentant, lors des débats. Le Président prononce la clôture de la procédure
orale, après les conclusions des parties. La Cour peut ordonner la réouverture de la procédure
orale.
En dehors de ces deux phases, il existe une troisième phase, dite accélérée. Elle
intervient à la demande motivée d’une des parties, ou sur initiative du Président de la Cour,
compte tenu de la nature urgente de l’affaire. L’objectif de la procédure accélérée est de
réduire le temps entre la phase orale et la phase écrite.
La Cour statue, après avoir entendu les parties et elle siège en nombre impair. Les
juges participant au délibéré sont les mêmes qui ont participé à la procédure orale. Les votes
sont effectués dans l’ordre inverse de l’ancienneté des juges à la cour et la décision s’obtient
par la majorité de voix exprimées. Cependant, Chaque juge doit motiver son opinion.
L’arrêt de la Cour est rendu en audience publique et présence des parties, il s’impose à
eux, dès cet instant.

B- La fonction consultative

Pour sa mise en œuvre, il faut au préalable déterminer les conditions de saisine de la


Cour, ces dernières portent d’une part, sur les acteurs pouvant saisir la Cour dans le cadre de
la fonction consultative, il s’agit de la Conférence, le Conseil, les Etats Membres, le Président
de la commission et toute autre institution de la CEDEAO et d’autre part la requête doit
respecter des conditions de forme, ces conditions sont : la nature écrite de la requête ; elle doit
contenir les questions sur lesquelles l’avis est requis, enfin, elle doit être accompagnée de
documents susceptibles d’éclairer la Cour.

168
Sur le plan procédural, la requête relative à l’avis consultatif est adressée au greffier de
la Cour, il revient ensuite au Président de désigner un juge rapporteur et de choisir, entre
d’une part, la tenue d’une audience : dans ce cas il notifie aux Etats membres un délai pour la
présentation de leur déclaration, d’autre part, il peut écarter cette option : dans ce cas, les Etats
présentent leurs observations écrites.
La Cour délibère en chambre de conseil et après avoir pris connaissance des
conclusions du juge rapporteur. L’avis est rendu en audience publique et notifié aux parties. Il
est signé par le Président, les juges ayant participé aux délibérations et le greffier.

169
Paragraphe 3 : Les textes juridiques de référence de la CJCEDEAO :
Ils se divisent en deux : les textes juridiques adoptés par la CEDEAO, elle-même (A) et ceux
auxquels elle se réfère (B)

A- Les Textes juridiques adoptés par la CEDEAO :

En matière de protection des droits humains, les textes essentiels de la CEDEAO sont :
le traité de la CEDEAO et le protocole additionnel sur la démocratie et la bonne gouvernance.

- Le traité de la CEDEAO
Dans le premier traité de 1975, on trouve essentiellement des références à l’objectif
fondamental de l’organisation : l’intégration économique, mais aussi l’institution du Tribunal
de la Communauté à l’article 11.
La mission de cette juridiction est d’: « assurer le respect du droit et des principes
d’équité dans l’interprétation des clauses du présent traité. En outre il est chargé du règlement
des différends dont il est saisi conformément à l’article 56 du traité ».
Cependant, il n’y a aucune indication sur les compétences, la composition et le statut
du tribunal.
Plus tard, les Etats membres ont pris conscience des difficultés d’atteindre les objectifs
économiques, sans remettre en cause, le mode de gouvernance qui prévalait en Afrique dans
les années 1970. À titre indicatif, les seules démocraties de cette période étaient le Sénégal et
la Côte d’Ivoire, sinon la dictature militaire ou le parti unique étaient la règle.
Afin de mettre fin à ce défaut de gouvernance et « redynamiser le processus
d’intégration régionale » les Etats membres de l’organisation ont décidé d’établir la Cour de
Justice en 1991 et de réviser le traité de la Communauté en 1993.
Dans le nouveau traité, les Etats membres de la CEDEAO ont accepté d’intégrer la
protection des droits de l’homme parmi les principes fondamentaux de l’organisation, comme
le stipule l’article 4 (g) : « Les hautes parties contractantes, dans la poursuite des objectifs
énoncés à l’article 3 du présent traité affirment et déclarent solennellement leur adhésion aux
principes fondamentaux suivants :

170
(g) respect, promotion et protection des droits de l’homme et des peuples conformément aux
dispositions de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples ; ».
C’est ce passage qui constitue le fondement principal de la promotion et de la
protection des droits humains par la CEDEAO, dans le traité.
En retraçant cette évolution, on remarque un changement d’appellation des institutions
juridiques. Le traité de 1975 fait référence à un tribunal, contrairement au protocole de 1991
qui porte sur la Cour de Justice de la Communauté.
Ce changement d’appellation suppose t-il un changement de compétences? Il est
difficile de répondre à cette question, car les compétences détaillées du tribunal n’ont jamais
été évoquées.

- Le protocole additionnel sur la démocratie et la bonne gouvernance


Il a été adopté à Dakar au Sénégal, le 21 Décembre 2001. À l’origine de ce texte
juridique se trouve la déclaration des principes politiques de la CEDEAO, dont deux points
essentiels ont été affinés et repris dans le protocole de 2001, il s’agit des points :
4-« Nous nous engageons à promouvoir et à encourager la jouissance pleine et entière
pour toutes nos populations de leur droits fondamentaux, notamment leurs droits
politiques, économiques, sociaux culturels et autres, inhérents à la dignité de la
personne humaine et essentiels à son développement libre et progressif »
6-« croyons en la liberté de l’individu et en son droit inaliénable à participer, grâce au
processus libre et démocratique, à l’édification de la société dans laquelle il vit. Nous
nous efforcerons par conséquent d’encourager et de promouvoir dans chacun de nos
pays, le pluralisme politique et les institutions représentatives et garantes de la sécurité
et de la liberté individuelles dans le respect de la loi, notre patrimoine commun ».
Dans le protocole additionnel sur la démocratie et la bonne gouvernance, on remarque
une démarche en trois temps, d’abord, la CEDEAO dégage les 4 éléments constitutifs de l’état
de droit : une bonne législation conforme aux prescriptions des Droits de la Personne ; une
bonne justice ; une bonne administration publique ; une bonne et saine gestion de l’appareil
d’Etat. Ensuite, la CEDEAO définit sa stratégie de paix qui repose sur la lutte contre la
pauvreté et la promotion du dialogue social ; l’éducation, la culture et la religion ; la bonne
gouvernance, la liberté de la presse ; l’épanouissement des femmes, des enfants et de la

171
jeunesse. Enfin, elle détermine les obligations qui incombent aux Etats et au Président de la
Commission dans la réalisation de l’état de droit.

B- La référence de la Cour de Justice de la CEDEAO à d’autres textes de protection des


droits de l’homme

Comme instruments juridiques de protection des droits humains non adoptés par la
CEDEAO, et auxquels se réfère la CJCEDEAO dans ses jugements, on peut citer la Charte
africaine des Droits de l’Homme et des Peuples et la Déclaration Universelle des Droits de
l’Homme.

- La Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples


La référence à la CADP figure dans le préambule du traité révisé : « ayant à l’esprit la
CADP… ». C’est surtout l’article 4 qui constitue l’appropriation par la CEDEAO de la
CADP.
Adoptée par l’Organisation de l’Unité Africaine en Juin 1981, la CADP est un texte de
68 articles, qui matérialise la volonté des Etats Africains de définir les droits de l’homme par
et pour eux mêmes. Avant son adoption, la majorité des Etats africains voyaient la charte
internationale des droits de l’homme comme une spécificité occidentale. Cette contestation
des normes universelles se justifiait au regard du fait, que la plupart de ces Etats étaient issus
de la colonisation.
L’adoption de la CADP a été obtenue grâce à la mobilisation des juristes africains et
les pressions exercées par les Etats occidentaux pour dénoncer les violations massives des
droits humains, commises par les nouveaux Etats africains contre leur population.
La surprise de la communauté internationale était d’autant plus grande que ces
violations n’avaient jamais été abordées, à fortiori condamné par l’OUA, une organisation qui
pourtant affirmait son intérêt pour les droits humains. L’OUA était plus soucieuse de veiller
au principe de non ingérence dans les affaires intérieures des Etats membres.

172
A titre illustratif, l’une des formes de la pression internationale a été la décision
Président américain Jimmy Carter de conditionner l’aide de son Etat au respect des droits
humains.
Face à ces poussées, le comité des experts de l’OUA s’est réuni à Dakar le 28
Décembre 1979, pour élaborer un projet de Charte avec des recommandations du Secrétaire
Général de l’OUA, qui a demandé de tenir compte des spécificités africaines. L’accent, selon
ce dernier, devrait être mis sur les points suivants :
- le principe de non discrimination- les principes et les objectifs de l’OUA- d’inclure
le droit des peuples à côté de celui des individus- de déterminer les devoirs de
chaque individu envers sa communauté, en particulier sa famille et son Etat- de
démonter que les valeurs morales africaines occupent une place importante dans
les sociétés- de donner aux droits économiques, sociaux et culturels les places
qu’ils méritent.

À la suite de plusieurs travaux, la CADP fût adoptée lors du 18ème sommet de l’OUA
à Nairobi au Kenya, le 27 Juin 1981.
La CADP est divisée en 3 parties, avec un préambule renvoyant aux fondements de la
charte de l’OUA, basée d’une part sur les traditions africaines et d’autre part sur la Charte
internationale des droits de l’homme.
La première partie est divisée en 2 chapitres, le premier définit en 26 articles les droits
de l’individu (1-18) et les droits des peuples (19-26), le second complète la liste des droits
garantis et les devoirs qui incombent à chaque individu (27-29).
Parmi les articles fondamentaux pour la protection des droits de l’homme, nous
pouvons évoquer l’article 17-18 et 27 comme clé d’interprétation, l’article 8 qui garantit la
liberté de conscience et de religion, les articles 10-11-12-13 énumèrent les conditions
renvoyant à la démocratie, sans jamais évoquer expressément ce mot, l’article 13 garantit le
droit de participation politique soit directement ou indirectement à travers les élus, et le droit
d’accès à la propriété publique et les services sans discrimination.
En plus des droits défendus, le reste des dispositions de la charte porte sur la
Commission Africaine des droits de l’homme chargée de promouvoir et d’assurer la
protection de la charte, elle a essentiellement une compétence d’interprétation. La commission

173
a été remplacée en 1998 par la Cour Africaine des droits de l’homme et des peuples, elle est
chargée d’interpréter et d’appliquer la charte.
La prise en compte de la CADP comme texte de référence par la CJCEDEAO est
logique, car tous les Etats de la CEDEAO sont partie individuellement à la CADP.

- La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme


Vue comme l’affirmation internationale de certains droits fondamentaux propres à
tous les êtres humains, la DUDH a été proclamée dans une résolution de l’Assemblée
Générale des Nations Unies le 10 Décembre 1948, à 48 voix pour et 8 abstentions.
La déclaration repose sur la dignité inhérente à tous les humains et l’égalité de droits
entre les hommes et les femmes. Elle contient un ensemble de droits : civil, politique,
économique, social et culturel.
L’adoption de la DUDH est une volonté des Etats de renforcer la protection des droits
humains, qui est peu évoquée par la Charte de l’ONU.

La DUDH contient 30 articles, sans répartition contrairement à la majorité des


conventions internationales. Toutefois, on peut les regrouper en grandes 4 parties :
- Les droits d’ordre personnel312 : le droit à la vie, la prohibition de la torture, la
Présomption d’innocence, l’interdiction des arrestations arbitraires...
- Les droits des individus dans les groupements dont il fait parti : la protection de la
famille, la liberté de circulation à l’intérieur de l’Etat, le droit au mariage, le droit à la
propriété individuel ou collectif313.
- Les droits politiques: la liberté de pensée, la liberté politique, le droit à la participation
à la vie politique314.
- Les droits économiques et sociaux : le droit à un niveau de vie minimal, le droit au
repos et au loisir, le droit à bénéficier du progrès scientifique315.
Le reste des articles concerne des droits relatifs à l’ordre public.

312 Articles 1 à 16
313 Articles 12 à 17
314 Articles 18 à 21
315 Articles 22 à 27

174
Toutefois, aussi riche soit- t- elle, la DUDH n’a pas en principe de valeur juridique
contraignante. Mais, ceci n’est pas le cas pour la majorité des Etats de la CEDEAO.

En effet, on retrouve dans les constitutions nationales des Etats concernés, les formules
suivantes :
- Dans le préambule : Proclame ou souscrit : « son adhésion aux droits et libertés tels
que définis dans la Déclaration universelle des Droits de l'Homme de 1948(…) ».
- « Les règles constitutionnelles et légales relatives aux droits fondamentaux doivent
être interprétées et intégrées conformément à la Déclaration Universelle des Droits de
l'Homme ».

175
Section 2 : L’implication de la CEDEAO dans l’observation électorale

Le Fondement des élections au niveau universel se trouve à l’article 25 du pacte relatif


aux droits civils et politiques de 1966, qui stipule que :
« Tout citoyen a le droit et la possibilité, sans aucune des discriminations visées à l'article 2 et
sans restrictions déraisonnables
a) de prendre part à la direction des affaires publiques, soit directement, soit par
l'intermédiaire de représentants librement élus ;
b) de voter et d'être élu, au cours d'élections périodiques, honnêtes, au suffrage
universel et égal et au scrutin secret assurant l'expression libre de la volonté des
électeurs ;
c) d'accéder dans des conditions générales d'égalité aux fonctions publiques de son
pays. »

L’observation électorale fait suite à la notion d’intervention, en faveur des Etats


n’ayant pas l’expertise nécessaire pour faire face à l’organisation des élections. Ensuite,
l’émergence du phénomène a été facilitée par la nouvelle politique des bailleurs de fonds, qui
conditionnent l’aide au respect des principes de la bonne gouvernance politique et
économique. Les observations électorales constituent ainsi un moyen de crédibiliser une
élection.
L’implication de la CEDEAO dans l’observation électorale constitue la volonté de la
CEDEAO de s’impliquer dans la bonne gouvernance. Il est utile de déterminer les généralités
sur l’observation des élections (paragraphe 1) et de quelle façon, la CEDEAO met en œuvre,
sa stratégie d’observations électorales. (Paragraphe 2)

Paragraphe 1 : Les généralités sur l’observation des élections

L’observation électorale est un élément vital pour la construction d’une démocratie


définie comme un : « régime dans lequel tous les citoyens possèdent à l’égard du pouvoir un
droit de participation (vote) et un droit de contestation (liberté d’opposition) ».316 au-delà, de

316
GUILLIEN Raymond et VINCENT Jean, lexique des termes juridiques, Dalloz, 12ème édition 1999, p 183
176
cette définition, la démocratie repose sur des caractéristiques particulières, parmi celles-ci on
peut citer l’organisation d’élection libre, transparente et équitable : grâce aux élections, les
citoyens expriment leur volonté, en votant, ils ont ainsi l’opportunité de désigner leurs
représentants ou de se prononcer sur un sujet de préoccupation nationale, les deux options de
la démocratie se réalisent par les élections, d’une part la démocratie directe définie comme
une : « forme de démocratie dans laquelle les citoyens exercent eux-mêmes le pouvoir sans
intermédiaire »317 , le référendum symbolise la démocratie directe.
Et d’autre part, la démocratie représentative, définie comme une : « forme de
démocratie dans laquelle les citoyens donnent mandat à certains d’entre eux d’exercer le
pouvoir en leur nom et place »318, les élections au suffrage universel direct des députés ou
sénateurs symbolisent la démocratie représentative

La liberté des élections renvoie à l’opportunité dégagée de toute contrainte de quelque


nature que ce soit, offerte aux citoyens de voter pour son candidat ou d’émettre son opinion
sur une question.

Les élections doivent également être équitables, en ce sens que tous les candidats
doivent être traités de manière égale, sans aucune discrimination.
L’équité nécessite : la non discrimination entre les candidats, la possibilité pour eux de
mener des campagnes en toute liberté et sur toute l’étendue du territoire national et avec un
même accès aux médias, même à l’extérieur du territoire national et enfin un partage des
bureaux de vote, pour que tous les citoyens aient l’opportunité de voter. Elle assure le
caractère compétitif des élections démocratiques, en effet, les citoyens doivent avoir
l’opportunité de choisir entre plusieurs projets politiques. L’un des facteurs garantissant la
compétitivité des élections c’est le traitement égal des partis politiques, en effet, le parti au
pouvoir et les partis de l’opposition doivent avoir les mêmes droits : accès aux médias,
organisation des activités de campagnes électorales, liberté de manifester en tout lieu du
territoire.

317
Ibid, p 184
318
Ibid, p 185
177
L’observation électorale permet d’attester de la transparence des élections
démocratiques. Celles-ci doivent être transparentes durant tout le processus : campagne,
scrutin, proclamation des résultats.

L’observation électorale était effectuée uniquement par des acteurs non africains, de
nos jours de plus en plus d’acteurs africains procèdent à l’observation des élections se
déroulant sur le continent africain. Parmi les acteurs africains effectuant l’observation
électorale, on peut citer l’Union Africaine, la CEDEAO, la SADC. La réappropriation de
l’observation électorale par les Africains, pour des élections africaines, s’inscrit dans la
logique de la gestion des affaires africaines par les africains eux-mêmes.
Le Code de conduite de l’Institut International pour la Démocratie et l’Assistance
Electorale définit l’observation des élections comme : « la collecte volontaire d’informations
relative aux processus électoraux et l’expression de jugements sur ces processus à partir
d’informations recueillies par des personnes n’étant pas autorisées à intervenir dans le
processus et dont l’engagement dans la médiation ne devrait influencer leur responsabilités en
tant qu’observateurs »319.
Le Bureau des Institutions Démocratiques et des Droits de l’Homme cite les
principes320 de l’observation des élections comprennent : Le Respect de la souveraineté du
pays hôte, des lois et du code électoral de ce pays ; La neutralité et l’impartialité ;
L’objectivité ; La transparence ; L’honnêteté et l’exactitude et l’analyse approfondie des faits

Il existe deux types d'observation électorale321 :

- L’observation à long terme :


Elle a pour but d’effectuer le suivi sur une période d’au moins 6 mois. Les
observateurs doivent veiller à l’impartialité des relations avec les acteurs impliqués dans les

319 INTERNATIONAL INSTITUTE FOR DEMOCRACY AND ELECTORAL ASSISTANCE, Code


of conduct, ethical and professional electoral Observation. IDEA, Stockholm, 1998, p. 10
320 ORGANISATION POUR LA SECURITE ET LA COOPERATION EN EUROPE- Bureaux des

Institutions Démocratiques et des Droits de l’Homme, Handbook of observation of the elections.


Varsovie 2005

321 ORGANISATION POUR LA SECURITE ET LA COOPERATION EN EUROPE, Manuel d

‘observations des élections, 5ème édition, p 29.


[http://www.osce.org/fr/odihr/elections/70293] (Consulté le 15 Juin 2010).

178
élections. L’observation à long terme nécessité des personnes expérimentées dans
l’observation électorale.

- L’observation à court terme :


Les observateurs électoraux à cour terme sont déployés deux jours avant le début des
élections. Ceci constitue une faiblesse de l’observation électorale à court terme, qui occulte
les préparatifs des élections. Les observateurs électoraux sont chargés de l’observation du
vote et des modalités de dépouillement des bulletins.
En général, les activités de l’observation électorale à court terme sont les suivantes :
l’ouverture et la fermeture des bureaux de vote; le fonctionnement des bureaux de vote
pendant les heures du scrutin; la tenue des registres de comptabilisation des bulletins; le
début du dépouillement des bulletins; la conciliation des chiffres transmis par les centres de
dépouillement; la transmission et la réception du total des votes de chacun des centres de
dépouillement.
Les observateurs représentent des groupes politiques participant à l'élection ou des
organismes indépendants, leur présence a pour principal objectif de veiller à la crédibilité des
élections par l’ouverture et la transparence des opérations ; d’empêcher les fraudes et de
contribuer à rendre efficient l’organisation des élections, grâce aux rapports élaborés par les
observateurs.
La caractéristique principale des observateurs électoraux est la constance de
l’impartialité. Grâce à cette caractéristique, l’on peut juger de la liberté et de l’équité du
processus électoral.

179
Paragraphe 2 : Les modalités de l’observation électorale par la CEDEAO

La source juridique de l’implication de la CEDEAO dans l’observation électorale se


trouve dans le protocole additionnel relatif à la bonne gouvernance, l’article 12 dudit
protocole stipule que :
« 1. A la demande de tout Etat membre, la CEDEAO peut apporter aide et assistance à
l’organisation et au déroulement de toute élection.
2. Cette aide ou assistance peut s’effectuer sous n’importe quelle forme utile.
3. De même, la CEDEAO peut envoyer dans le pays concerné une mission de
supervision ou d’observation des élections.
4. La décision en la matière est prise par le Secrétaire Exécutif. »

En matière d’administration des élections, la CEDEAO prévoit l’envoi d’une mission


d’exploration322, elle a pour mission d’évaluer les élections. La mission d’exploration a
essentiellement pour objectif de rassembler les textes pertinents pour l’organisation des
élections dans l’Etat concerné.
À l’issue de cette mission d’exploration, la CEDEAO a la possibilité d’envoyer une
mission d’observation électorale323.
La mission d’observation électorale exploite les rapports de la mission d’exploration.
En outre, le Protocole contient des directives relatives à la composition, à la durée, au
rôle et aux procédures de la mission d’observation.
Le Secrétaire Exécutif nomme le chef et les autres membres de la mission au nombre
desquels figurent des femmes. Les membres seront des personnes indépendantes et venant des
Etats membres autres que celui dans lequel se déroulent les élections. Les membres de la
mission sont des personnes indépendantes.
Le protocole stipule que la mission d’observation électorale doit arriver dans le pays
au moins 48 heures avant le début de l’élection. La mission d’observation électorale va du
début des élections jusqu’à la proclamation des résultats. A la fin de la mission, un rapport de

322 Article 13 du protocole additionnel de la CEDEAO sur la bonne gouvernance


323 Les articles 15, 16 et 17 du protocole additionnel de la CEDEAO sur la gouvernance, régissent
l’observation électorale par la CEDEAO
180
mission est adressé au Président de la Commission de la CEDEAO. Ce rapport doit
comprendre324 : Tout ce que la mission a pu constater par elle-même ; Ce qu’elle a recueilli
par témoignage ; Son appréciation sur le déroulement du vote par rapport, d’une part, aux lois
nationales s’appliquant aux élections, d’autre part, aux principes universellement admis en
matière électorale et ses recommandations aux fins d’amélioration des élections à venir et des
missions d’observation.
Grâce aux différents efforts pour améliorer la sincérité des élections, le taux de
participation électorale se développe.325
La CEDEAO contribue à l’observation des élections, de concert avec la société civile
et des composantes de la communauté internationale.
Toutefois, la CEDEAO n’a pas encore adopté une méthodologie unique s’appliquant à
toutes les élections. Ce qui entrave le plus l’organisation, c’est son approche de l’observation
électorale à long terme. En théorie, les observateurs électoraux, long terme sont envoyés dans
l’Etat organisant l’élection, au moins deux mois avant le début des élections. Ce qui leur
permet notamment d’étudier la loi électorale de l’Etat. En effet, la loi électorale porte sur
l’organisation et le fonctionnement des élections dans un Etat, on y retrouve les points
suivants : les commissions et autorités électorales, leur composition et l'accomplissement de
leurs tâches eu égard à l'organisation, l'administration et la conduite des élections ; le
découpage des circonscriptions et la répartition des bureaux de vote ; la désignation des
candidats ; l'inscription sur les listes électorales ; la formation des électeurs ; les systèmes
électoraux, à savoir le scrutin uninominal, la représentation proportionnelle, les mécanismes
de compensation, les exigences en matière de seuils électoraux, la formation de coalitions ; les
procédures et les modalités techniques régissant le déroulement du scrutin, c'est-à-dire
l'aménagement des bureaux de vote, la désignation des responsables des opérations de vote,
l'admission aux bureaux de vote par des observateurs et des contrôleurs des élections, les
procédures de décompte des suffrages, le procès-verbal des résultats. Il faut à juste titre un
temps raisonnable pour se l’approprier. Or, les observateurs électoraux à long terme de la

324Article 16 du protocole additionnel relatif à la bonne gouvernance


325Selon le rapport de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (UNECA) sur
la gouvernance publié en 2005, « la participation électorale depuis 1999 est en moyenne de plus
de 60% -un taux comparable sinon supérieur à ceux que l’on observe dans de nombreuses régions
du monde. »

181
CEDEAO sont envoyés dix jours avant le début du scrutin, ce qui est très insuffisant pour que
les observateurs puissent témoigner de la liberté et de la transparence du scrutin électoral.

Les Etats de la CEDEAO ont compris la nécessité de s’attaquer à l’une des principales
causes de la conflictualité en Afrique de l’Ouest : la mauvaise gouvernance.

Afin de renforcer sa stratégie de prévention des conflits et de promotion d’une paix


durable, les Etats de la CEDEAO ont adopté le Protocole additionnel sur la Démocratie et la
Bonne Gouvernance, il vient appui du protocole relatif au mécanisme de prévention, de
gestion, de règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité. Il s’agit d’un
document juridique ambitieux de la CEDEAO dont objectif est de promouvoir la bonne
gouvernance pour éviter les conflits. Dans le protocole, huit thèmes sont identifiés : Principes
de convergence constitutionnelle, les Élections, l’observation des élections et assistance de la
CEDEAO, le rôle des armées et des forces de sécurité dans la démocratie, la lutte contre la
pauvreté et promotion du dialogue social, l’éducation, culture et religion, l’Etat de droit,
droits de la personne et bonne gouvernance et les Femmes, enfants et jeunesse.
La concrétisation de la bonne gouvernance dans l’espace CEDEAO a nécessité
l’établissement de la Cour de Justice de la CEDEAO. Cette juridiction supra étatique peut
jouer un rôle important pour l’Afrique de l’Ouest. Son renforcement est une nécessité, car ce
n’est qu’au prix du respect des droits humains : « condition nécessaire à une société
paisible »326 que le développement économique peut être réalisé. En Afrique de l’ouest, les
conséquences des violations des droits humains sont importantes, l’une des plus saillantes
reste la faiblesse des investissements directs étrangers, ce qui empêche de réaliser de la
croissance économique. En effet, il existe une relation de causalité entre la violation des droits
humains et l’augmentation du risque pays, ce dernier est un critère fondamental pour les
investisseurs, il désigne : « l’ensemble des éléments de l’incertitude qui se matérialise par
une volatilité spécifique du retour sur l’investissement étranger par rapport à un
investissement domestique. »327.

326
KHAN Irène, la sécurité… pour qui ? Amnesty International, 2003, Editions francophones d’Amnesty
International, Paris, 2003, pp 10 et s
327
BOUJEDRA Faouzi, « Modèle théorique de l’Investissement Direct Etranger avec la prise en compte du
risque pays », document de recherche n°2007-05, Laboratoire d’Economie d’Orléans, pp 2

182
Outre la Cour de Justice de la CEDEAO, l’observation électorale également vise
l’amélioration de la gouvernance. En adoptant une politique d’observation des élections dans
les Etats de l’Afrique de l’Ouest, la CEDEAO a opté pour une démarche pragmatique, dont
l’objectif est d‘éviter le recours aux armes à feu comme moyen de dialogue dans un Etat. Les
élections constituent des éléments importants de la démocratie, elles donnent l’opportunité
aux citoyens de choisir leur candidat en toute liberté, elles permettent également d’accorder la
légitimité aux élus. L’observation électorale par la CEDEAO permet de certifier la crédibilité
d’une élection. Une élection non crédible est une source potentielle de crise politique
susceptible de déboucher sur un conflit interne.
Cependant, il est utile de préciser que la promotion de la bonne gouvernance ne doit
pas être uniquement l’oeuvre des Etats. Les partis politiques, la société civile et les médias ont
une grande responsabilité dans la vulgarisation des principes démocratiques et l’éducation des
citoyens dans la culture de la paix.

183
184
Chapitre 5: La lutte contre la prolifération des armes légères : appui au protocole relatif
au mécanisme de prévention, de gestion, de règlement des conflits, de maintien de la
paix et de la sécurité.

Depuis la fin de la guerre froide, la CEDEAO a déployé d’immenses efforts pour


juguler le fléau de la circulation illicite des armes légères et de petits calibres. La prolifération
des ALPC en Afrique de l’ouest est due à des causes exogènes. En effet, la production des
armes est en général, le fait des grandes puissances occidentales328. Les Etats de la CEDEAO
ont bénéficié de l’appui de ces Etats pour renforcer les capacités nationales ou bâtir des
armées nationales.
La fin de la guerre froide a entrainé un accroissement des ventes d’ALPC, en
provenance des anciens Etats soviétiques, qui se sont subitement retrouvés avec des stocks
d’armes considérables. En effet, ces différents contrats d’armes étaient peu regardant sur le
respect du droit international, des trafiquants d’armes n’hésitant pas à fournir des ALP à des
entités privées violentes. La prolifération des ALPC en Afrique de l’Ouest a été aggravée
également par la multiplication des conflits internes dans la sous-région, on retrouvait les
mêmes armes qui ont servi dans le conflit libérien, dans le conflit de la Sierra Léone. Cette
circulation des armes, de conflits en conflits, cause des difficultés aux programmes de
désarmement, qui sont peu attrayant pour les combattants, préférant offrir leurs services sur
d’autres lieux de combats.
Toutefois, la prolifération des ALPC est provoquée également par des causes
endogènes. On peut évoquer la fabrication artisanale d’ALPC, une filière utilisée surtout par
les chasseurs traditionnels, dans certains Etats africains. A titre d’exemple, la fabrication
locale d'armes au Mali est très développée, de telle sorte que : « ... plus de 50% des armes qui
échappent au contrôle des Etats....sont des armes de fabrication locale. »329. Selon les
estimations, plus de 800 millions d’ALPC circulent en Afrique de l’Ouest, ce qui justifie
l’élaboration d’une stratégie dans la lutte contre la prolifération des ALPC (Section 2) pour
endiguer les conséquences engendrées par la prolifération des armes légères et de petits
calibres (Section 1).

328
Toutefois, le Nigéria possède une industrie de production d’armes
329
Anatole AYISSI ; Ibrahima SALL (édition) : Lutte contre la prolifération des armes légères en
Afrique de l'Ouest, Manuel de formation des forces armées et de sécurité, Nations Unies, 2003,
Page 62
185
Section 1 : Les conséquences de la prolifération des armes légères et de petit calibre

La circulation anarchique des armes légères et de petits calibres constituent un vecteur


d’accroissement de la violence armée (paragraphe 1) et un frein au développement socio-
économique (paragraphe 2)

Paragraphe 1 : Le rôle des ALPC dans l’accroissement de la violence armée

Les principales caractéristiques des ALPC sont les suivantes : la disponibilité, le faible
prix, l’aisance d’utilisation et de transport. En effet, grâce à ces caractéristiques, depuis la fin
de la guerre froide, les ALPC alimentent les conflits intra-étatiques. La présence massive des
ALPC permet d’accroître la violence, en particulier, dans les Etats en proie au sous-
développement ou la mauvaise gouvernance. Il n'y a pas de relation stricte, de cause à effet,
entre le volume d'armes légères dans un Etat et les problèmes politiques, sociaux et
économiques ; mais c'est la combinaison de facteurs internes et externes qui influe sur
l'utilisation abusive des armes légères et l’institutionnalisation de la violence armée
(criminelle ou conflictuelle).
A défaut de déboucher sur des conflits intra-étatiques, la présence massive des ALPC
accentue la criminalité. Dans les deux cas, les principales victimes restent la population civile.
Selon les chiffres avancés par Small Arms Survey, il y a plus de 500.000 morts par an du fait
des armes légères, sur ce total, plus de la moitié sont morts dans des situations d’absence de
conflit330.
Toutefois, il faut préciser que la présence massive d’ALPC dans un Etat, ne signifie
pas systématiquement une montée de la criminalité. L’exemple de l’Australie est édifiant.331
Selon les estimations de 1990, il y avait 3.5 millions d’ALPC, soit une arme pour 4 citoyens.
La principale préoccupation liée aux ALPC est leur usage.

SMALL ARMS SURVEY, Annuaire sur les armes légères/Gros plan sur la problématique,
330

Oxford University Press, 2001, p. 215.

ALPERS Philip, TWYFORD Conor, "Small arms in the Pacific", in Occasional Papers no.8,
331

Small Arms Survey, mars 2003, p. 12.

186
Dans la majorité des situations conflictuelles, en particulier les conflits se déroulant
sur le continent Africain, les ALPC ont servi à contrôler les ressources naturelles. Ce contrôle
a garanti le fonctionnement de l’économie de guerre dans le conflit au Libéria. C’est grâce
aux contrôles du diamant sierra-léonais, que Charles Taylor a pu emporter la décision sur
toutes les autres factions combattantes.
Loin d’être seulement une préoccupation nationale, les effets indésirables de la
disponibilité aisée des armes légères, peuvent se répandre dans les Etats voisins. Ainsi, le
conflit libérien a accru la disponibilité des armes légères en Sierra Léone, qui a aussi connu
un conflit interne. Dans le même ordre d’idée, c’est à cette époque, que la prolifération des
ALPC est devenue une préoccupation de l’ensemble des Etats d’Afrique de l’Ouest. La
prolifération des armes légères en Afrique de l’Ouest, est facilitée par la porosité des
frontières géographiques et entretenue par des réseaux de trafiquants, qui les transportent d’un
conflit à un autre.

187
Paragraphe 2 : L’impact de la prolifération des ALPC sur le développement

La violence armée généralisée, liée à l’utilisation des armes légères dans les conflits
ou dans les Etats confrontés à la grande criminalité, favorise :

- La détérioration et effondrement des services sociaux et des infrastructures de


base :
Lors des conflits internes, les services sociaux de base comme les hôpitaux sont
régulièrement attaqués, en dépit des règles de droit international humanitaire. Certaines
factions rebelles font de la destruction des services sociaux, un objectif stratégique. Comme
l’illustre la politique du Front Révolutionnaire Uni en Sierra Léone. La politique du chaos de
ce mouvement rebelle a entrainé la perte de la moitié des services sociaux de base de
l’ensemble de la Sierra Léone.332
Au-delà de la destruction des infrastructures sociales, l’insécurité suscitée par la
criminalité ou les conflits porte atteinte au bon fonctionnement des services sociaux. Face à
l’insécurité, certains médecins refusent de soigner.
L’impact de la prolifération des ALPC perturbe également le fonctionnement des
écoles, troublant l’accès à l’éducation des enfants. Cette situation entraine un autre impact,
c’est celui de l’enrôlement des enfants par les factions armées.
Au terme d’une étude menée à Djugu, une ville située en République Démocratique du
Congo, il est précisé que depuis 1999, les combats entre factions rebelles ont causé la
destruction de 211 des 228 écoles et que près des 2/3 des 39 000 élèves et des 1771
enseignants ont fui les établissements scolaires333. La même situation a prévalu au
Mozambique où 45 % des écoles primaires ont été détruites durant la guerre civile334. De
même une situation conflictuelle contribue au recul des inscriptions scolaires335.

332CENTRE FOR INTERNATIONAL COOPERATION AND SECURITY, Department of Peace


Studies, The impact of armed violence on poverty and development – Full report to the armed
violence and poverty initiative, Paper commissioned for United Kingdom Department for
International Development, University of Bradford, mars 2005, p. 25.
333SMALL ARMS SURVEY, Small Arms Survey 2003, Oxford University Press, 2003, p. 141.
334BLACK Maggie, Growing up alone: childhood under siege, UNICEF Grande-Bretagne, 2001, p.
19.

335 SMALL ARMS SURVEY, Small Arms Survey 2003, op. cit., p. 141.

188
Par ailleurs, la détérioration ou l'effondrement des services sociaux est, en parallèle,
accentué par la diminution des investissements de l'État dans les services et infrastructures de
base. La violence armée engendre en effet une redéfinition des priorités de dépense du
gouvernement et une réorientation vers les budgets de la Défense et du maintien de l'ordre.
Une réorientation qui se répercute inévitablement sur les investissements dans les services
sociaux en raison des ressources limitées des pays. A titre illustratif, la Sierra Leone durant le
conflit, consacrait 3,6% du PIB aux dépenses militaires et 1% pour les dépenses relatives à
l’éducation nationale336. Le même phénomène est observé pour les dépenses de santé. La
diminution des dépenses de santé est aggravée par une détérioration des soins en direction de
la population et particulièrement les couches pauvres, qui sont les plus vulnérables,
accompagnée par une augmentation des pandémies337.
Il s’en suit du fait de l’insécurité, un accroissement des besoins de santé face à une
tragique diminution des dépenses relatives à la santé.

- Le déclin des activités économiques :


La perturbation de l’activité économique constitue une autre conséquence entrainée
par l’insécurité liée aux ALPC. L’exemple du conflit sierra-léonais constitue un exemple très
probant. En effet, le RUF a profité de la violence armée exercée sur la population pour
s’emparer des mines de diamants338.
Comme exemple de perturbation de l’activité économique, nous pouvons évoquer la
destruction des infrastructures de transport, des usines ou l’impossibilité de transporter des
marchandises du fait de l’action des « coupeurs de routes ».
La perturbation de l’activité économique a des effets négatifs sur le développement
national, même après le conflit, on peut citer :
- Découragement de l’investissement dans les secteurs productifs

336Stockholm International Peace Research Institute, SIPRI Yearbook 2002, Oxford University
Press, 2002, cité in PNUD, Rapport mondial sur le développement humain 2003, Op. Cit. p. 93.
337SMALL ARMS SURVEY, Small arms survey 2003, op. cit., p. 140.
338CENTRE FOR INTERNATIONAL COOPERATION AND SECURITY, Department of Peace
Studies, The impact of armed violence on poverty and development … Op. Cit p. 21.

189
- Disparition des domaines économiques comme l’agro-pastorale, du fait de
l’inutilisation des terres minées et du risque de vol de bétail339, à titre
illustratif, certaines populations du Sud-Soudan ont perdu leur bétail suite au
conflit. Le secteur agro-pastoral est d’autant plus important, que sa
perturbation ne fera qu’accroitre la pauvreté et l’insécurité alimentaire, selon
les estimations, entre 1970 et 1997, les pertes de l’Afrique dans le secteur
agricole se chiffrent à plus de 25 milliards de dollars340
- La diminution de l’investissement direct international, vecteur de croissance
économique, la moitié de l’investissement direct international en Afrique sub-
saharienne a été orientée en direction de 8 pays341, sur l’ensemble du continent,
« seulement 10 % de ces capitaux ont été distribués aux quarante autres
pays »342.

La précarité économique entraine, dans ces conditions, le développement d’une


économie souterraine criminelle, caractérisée par le trafic des armes, le trafic des drogues. Du
fait de la supériorité par les armes, les factions combattantes s’enrichissent au détriment du
reste de la population et procèdent au renforcement de leur capacité de guerre.

- La dislocation de la cohésion sociale :


La cohésion sociale revêt une grande importance dans les Etats du Sud, elle sert de
levier contre la pauvreté grâce à sa vertu d’entraide. La violence armée généralisée entraine
un appauvrissement du plus grand nombre de la population, ce qui a pour conséquence la
dislocation de la cohésion sociale. Les principales victimes de la dislocation de la cohésion
sociale, sont les femmes exposées aux viols et aux abus sexuels, et les enfants utilisés comme
enfants soldats par les factions combattantes.

339 SMALL ARMS SURVEY, Small Arms Survey 2003, Op. Cit., p.143.
340DIOUF Jack , « Africa needs a Marshall Plan », in Le Monde diplomatique, décembre 2004, cité
par Centre for International Cooperation and Security, Department of Peace Studies, The impact
of armed violence on poverty and development, Op. Cit, p 21..
341 La Banque Mondiale souligne que l'insécurité et la violence sont perçues comme un risque

majeur pour les investisseurs. World Development Report 2001, Oxford University Press, 2001.
342 SMALL ARMS SURVEY, Small arms survey 2003, Op. Cit., p.144.

190
- Les Déplacements de populations et migrations forcées :
Du fait des conflits et de l’insécurité, le Haut Commissariat des nations Unies pour les
Réfugiés estime qu’il y a de nos jours, près 43 millions de personnes déplacées à l’intérieur
des pays et 15.2 millions de réfugiés343. A noter, que le déplacement de la population peut
s’inscrire dans la stratégie violente des factions combattantes, comme c’est le cas au Soudan.
Les déplacements des populations du fait de la violence, contribuent à l’augmentation
de la mortalité, du fait des conditions socio-sanitaires déplorables. Selon le PNUD : « la
malnutrition aiguë, les maladies diarrhéiques, la rougeole, les infections respiratoires et la
malaria sont souvent citées comme étant les causes d'un taux de mortalité parmi les réfugiés
plus de 80 fois supérieur aux taux de référence de certaines régions d'Afrique. »344.
En général, une certaine partie des populations déplacées cherchent à s’installer dans
les villes, malheureusement ce choix également entraine des conséquences, on peut évoquer la
montée de la criminalité et l’augmentation de la pauvreté.

- La Disparition des programmes de développement et d'assistance :


La suspension ou la réorientation de l’aide internationale par les Etats du Nord
intervient très rapidement dans une situation conflictuelle. En cas de réorientation, l’aide des
Etats du Nord servira à prendre en charge les programmes d’urgence humanitaire, au
détriment du développement national. De même, le personnel humanitaire est très exposé aux
prises d’otages, aux meurtres dans les situations de conflits armés, ceux-ci se retirent, dans de
tel contexte. En conclusion, une violence armée déstructurée empêche d’atteindre, les
objectifs du millénaire pour le développement, définis par les Nations Unies.

UNITED NATIONS HIGH COMMISSIONER FOR REFUGEES, 2009 Global Refugee Trends:
343

Refugees, Asylum-seekers, Returnees, Internally Displaced and Stateless Persons,


UNHCR, juin 2010, pp 3.

344TOOLE Michael .J et WALDMAN Ronald J., "The public health aspects of complex
emergencies and refugee situations", in Annual Review of Public Health, 18, 1997, pp. 283-312.

191
Section 2 : La stratégie adoptée par la CEDEAO pour lutter contre la prolifération des
armes légères.

La lutte contre la prolifération des armes légères est une priorité de la CEDEAO, cette
préoccupation a été prise en compte dans le protocole relatif au mécanisme de la sécurité.
La première ébauche de la stratégie de lutte contre la prolifération des A.L.P.C de la
CEDEAO se trouve dans le protocole relatif au mécanisme de prévention et de gestion des
conflits, en particulier les articles 50 et 51. L’article 50 s’intitule la lutte contre la prolifération
des armes légères. Dans cet article, la CEDEAO a basé sa stratégie sur : le contrôle de
l’importation, de l’exportation et de la fabrication des A.L.P.C ; l’enregistrement et le
contrôle des armes détenues par les Etats membres, la destruction des armes illicites et des
excédents d’armes. En plus de cette lutte opérationnelle, la CEDEAO accorde une importance
à la prévention dans la lutte contre la prolifération des A.L.P.C, à l’article 51. Les principales
mesures préventives sont : l’éducation à une culture de paix, la formation des forces armées et
de sécurité, la promotion d’un dialogue avec les producteurs et les fournisseurs d’armes. La
mise en place d’une politique de lutte contre la prolifération des A.L.P.C, a nécessité des
efforts importants par la CEDEAO (paragraphe 1) jusqu’à l’aboutissement d’un cadre de
lutte contre les armes légères contraignant (Paragraphe 2).

Paragraphe 1 : L’ancien cadre de lutte contre la prolifération des ALPC.

La lutte contre la prolifération des ALPC dans l’espace CEDEAO a débuté, par
l’établissement d’un moratoire sur l’importation et l’exportation des ALPC.
A l’origine du moratoire, se trouvait le souhait de l’ancien président du Mali, Alpha
Oumar Konaré de lutter contre la prolifération des armes légères au Mali. A cet effet, il a
demandé l’appui de l’ONU, qui a envoyé une première mission de contrôle et de collecte des
armes légères en 1994, au Mali. Cette dernière, compte tenu de l’ampleur du phénomène :
régional et transfrontalier, a effectué d’autres missions dans les Etats voisins du Mali. A
l’issue des consultations, la mission a proposé aux Etats de la CEDEAO de privilégier une
lutte régionale.

192
Fort de ce constat, le Mali a proposé lors de la conférence sur « le désarmement, la
gestion des conflits et le développement en Afrique », l’élaboration d’un moratoire sur
l’importation, l’exportation et la fabrication des armes légères.
Lors d’une session ordinaire de la CEDEAO, le moratoire sur l’importation,
l’exportation et la fabrication des armes légères a été adopté le 31 octobre 1998 à Abuja au
Nigeria, par les chefs d’État et de gouvernement de l’institution.
Sur le plan juridique, le moratoire est une mesure d’établissement de la confiance
couvrant l’importation, l’exportation et la fabrication des armes légères. Il ne s’agit pas d’un
traité ayant force de loi, c’est un acte de foi et une manifestation de la volonté politique
d’observer pendant une période définie une interdiction officielle de transfert et fabrication
d’armes légères dans l’espace CEDEAO. Son adhésion est volontaire et ouverte à tous les
Etats africains345. Aussi, selon l’article 3 du code, l’importation, l’exportation et la fabrication
des pièces de rechange sont soumises à un contrôle strict.
En plus du moratoire, d’autres mesures ont été prises par les Chefs d’Etat et de
Gouvernement de la CEDEAO. Il s’agit d’une part, du registre sous-régional des armes
légères, l’une des activités prioritaires du PCASED a été la création d’une base de données et
d’un registre régional des armes légères en Afrique de l’Ouest. La création d’un registre sous-
régional sur les armes légères a été préconisée par le moratoire, dont l’article 6 du code de
conduite sur l’importation, l’exportation et la fabrication des armes légères en Afrique de
l’Ouest, disposait que « le secrétariat Exécutif, avec l’assistance du PCASED, développera un
registre des armes comme mesure de consolidation de la confiance dans le but ultime de
développer une base de données électronique de tous stocks légitimes d’armes de munitions et
de pièces de rechange couvertes par le moratoire. Les Etats membres fourniront toutes les
informations nécessaires au registre des armes et à la banque de données… »
Aussi, la création de la base de données vise les objectifs suivants : contribuer à la
prévention de l’accumulation excessive des armes et à leur circulation anarchique, faciliter
l’identification des armes et les recherches dans le cadre du système d’alerte précoce, protéger
les armes contre les pertes et les vols éventuels au niveau des structures de stockage, susciter
un régime de transparence dans les achats et ventes, pour mieux contrôler la circulation des
armes, faciliter et identifier les échanges d’information, afin de renforcer la confiance
mutuelle entre les Etats.

345
Article 17 du code de conduite du moratoire.
193
- La mise en œuvre du moratoire :
Elle reposait sur le PCASED et le code conduite pour l’application du moratoire

• Le PCASED :
La création du Programme de Coordination et d’Assistance pour la Sécurité et le
Développement est une volonté des Nations Unies d’apporter un appui technique aux Etats
membres de la CEDEAO dans la mise en œuvre du moratoire. Il a été créé en mars 1999, son
siège est à Bamako.
Le PCASED a élaboré un plan pour atteindre ses objectifs, il a été adopté en Mars
1999, à Bamako, par les Ministres des Affaires étrangères des Etats de la CEDEAO. ce plan
comporte neufs domaines de priorités sont : Le développement d’une culture de la paix ; La
formation des forces armées, de sécurité et de police ; Le renforcement du contrôle des armes
aux postes frontières ; La maîtrise de flux des armes est complexe, à cause de la porosité des
frontières et l’insuffisance des moyens nationaux ; La création d’une base de données et d’un
registre régional sur les armes légères; La collecte et la destruction des excédents d’armes et
celles acquises sans autorisations ; La facilitation du dialogue avec les fabricants d’armes ; La
révision et l’harmonisation des législations et procédures administratives nationales ; La
mobilisation des ressources pour le PCASED et l’élargissement du nombre d’adhérents au
moratoire.

Au titre du bilan du PCASED, nous pouvons évoquer l’amélioration de quelques


objectifs, en particulier la collecte et la destruction des armes légères. Les efforts du PCASED
ont permis la destruction de plus de 35.000 armes légères, collectées au Mali, au Niger et au
Libéria. Le PCASED a également réalisé plusieurs séminaires à l’attention des forces de
sécurité, contribué à l’harmonisation de certaines législations. Toutefois, le programme a
aussi rencontré des difficultés. A titre illustratif, le budget prévu pour le PCASED s’élevait à
13 millions de Dollars, seuls 5 millions de dollars ont été versés. Quant à la réalisation des
objectifs fixés, on peut évoquer les difficultés de fonctionnement des commissions nationales
de lutte contre la prolifération des armes légères pour des raisons financières, le retard dans
l’harmonisation des législations nationales.

194
• Le code de bonne conduite :
Le code de bonne conduite a été adopté par les chefs d’État et de gouvernement de la
CEDEAO, le 10 décembre 1999 à Lomé au Togo. Il s’agit d’un document contenant des
règles de comportements reposant sur la transparence et la concertation. Le code de conduite
vient en appui au moratoire, en lui procurant un aspect contraignant.
Le code de conduite comprend un préambule et 17 articles. Son caractère obligatoire
est affirmé à l’article 1er. Conformément au code de conduite, les Etats ont les obligations
suivantes : Créer des commissions nationales relatives à la lutte contre la prolifération des
armes légères ; Fournir des informations à la commission de la CEDEAO, sur les commandes
d’armes et de munitions, le registre des armes et la banque de données ; Harmoniser la
législation nationale avec celle des autres Etats ; Déclarer les armes destinées aux opérations
de maintien de la paix ; Exiger la déclaration d’importation d’armes par les visiteurs ;
Contribuer à la collecte et à la destruction d’armes désignées par le moratoire ; Contribuer au
dialogue avec les fournisseurs et les producteurs d’armes pour lutter contre la prolifération
des armes légères.

195
Paragraphe 2 : l’actuel cadre de lutte contre la prolifération des ALPC

Actuellement, la lutte contre les ALPC dans l’espace CEDEAO repose sur une
convention de lutte contre les ALPC (A) et la création d’une structure pour coordonner la lutte
contre les ALPC (B).

A- L’adoption de la convention de lutte contre les armes légères et de petit calibre de la


CEDEAO

La Convention relative à la lutte contre les armes légères, fait suite au moratoire sur
l’importation et l’exportation des armes légères. La convention conte la prolifération des
ALPC symbolise la volonté des Chefs d’Etat de la CEDEAO de disposer d’un instrument
contraignant dans la lutte contre la prolifération des armes légères a abouti à l’adoption de la
Convention de la CEDEAO sur les armes légères, élaborée à Abuja, au Nigéria, le 14 Juin
2006. Elle comporte un préambule et 32 articles repartis en 7 chapitres.
Le préambule fait référence: Aux textes juridiques de la CEDEAO, de l’Union
Africaine et de l’Organisation des Nations Unies relatifs, d’une part, au désarmement en
particulier et à la sécurité de façon générale, et d’autre part, aux règles des droits humains et
du droit international humanitaire ; A la nécessité du respect de la souveraineté des Etat et au
principe du non recours à la force par les Etats comme mode de gestion des conflits ; A la
détermination des Etats membres de la CEDEAO de juguler le fléau de la prolifération des
armes légères, du fait de ses effets néfastes sur la sécurité des populations et au renforcement
de la lutte déjà entamée, contre la prolifération des armes légères, dans la CEDEAO.
Le chapitre 1 porte sur les définitions et les objectifs : Il se subdivise en deux sous
parties, la première porte sur les définitions et la seconde sur les objectifs. Dans la première
sous partie, outre les définitions classiques sur les armes légères et les armes de petit calibre,
les munitions, le marquage, le courtage, le transfert, on trouve les innovations suivantes : Une
définition des transferts qui portent sur l’importation et l’exportation d’armes ; La prise en
compte des munitions et des matériels connexes à l’exemple des pièces détachées comme des
armes légères et la soumission des acteurs non étatiques dans le respect des obligations de la
convention.

196
Dans la seconde sous partie, la convention se fixe les objectifs suivants :
l’accentuation de la lutte et de la prévention contre la prolifération des armes légères et de
petit calibre ; le renforcement les résultats obtenus par le moratoire sur les armes légères ;
l’incitation des Etats membres à d’avantage de confiance réciproque ; la mise à disposition de
plus de moyens à la commission de la CEDEAO pour la mise en œuvre de la présente
convention.
Le chapitre 2 est relatif aux transferts des A.L.P.C. Le transfert d’armes légères et de
petit calibre se définit comme : « l’importation, l’exportation, le transit, le transbordement et
le transport ou tout autre mouvement, quel qu’il soit, à partir du ou à travers le territoire d’un
Etat, d’armes légères et de petit calibre, de leurs munitions et autres matériels connexes »346.
Dans le deuxième chapitre consacré aux transferts, l’interdiction des transferts des armes
légères et de petit calibre est consacrée, toutefois, une possibilité d’exemption peut être
accordée à l’Etat qui souhaiterait un transfert.
Les détails sur l’octroi de l’exemption se trouvent aux articles 4, 5 et 6 de la
convention.
C’est à la commission que revient la décision d’octroyer une exemption à un Etat
membre. A ce titre, il donne son avis sur la demande d’exemption d’un Etat membre et
ensuite elle la soumet à l’examen des autres Etats membres. Ces derniers se prononcent sur la
base du consensus. Le cas échéant, le Conseil de médiation et de sécurité se prononce.
Le chapitre 3 fait référence à la fabrication des A.L.P.C
Selon la convention, la fabrication des A.L.P.C est une activité soumise à un contrôle
effectif. Pour cela certaines mesures sont énoncées aux articles 7 et 8, il s’agit entre autres :
la réduction de la production des fabricants d’armes locaux ainsi que leur identification, la
transmission à la CEDEAO des informations relatives aux capacités nationales de production
d’armes légères et de petits calibres et la soumission de toute intention de production d’armes
à une demande adressée à la CEDEAO.

La règlementation de la fabrication d’armes sous la surveillance de l’Etat est une


approche plus réaliste que les précédentes, qui appelaient à une interdiction de l’activité. En
effet, dans certains Etats de la CEDEAO, la fabrication d’armes est une activité qui s’inscrit

346
Article 1 alinéa 9 de la convention
197
dans la tradition, à l’image de la confrérie des chasseurs traditionnels. De ce fait, une
interdiction totale de la fabrication des A.L.P.C allait être une mesure peu suivi d’effets.
Le chapitre 4 traite de la transparence et de l’échange d’information. La transparence
dans les relations internationales est une mesure qui renforce la confiance mutuelle entre les
Etats, ceci permet d’éviter les différends. Sans être exhaustive, la convention préconise, tout
comme le code de bonne conduite et les recommandations du PCASED : la création des
banques de données et des registres d’armes conservés auprès de la Commission de la
CEDEAO et la prise de contact avec les intermédiaires et les fabricants d’armes pour plus de
sensibilisation.
La convention, apporte une autre innovation, c’est celle de la création d’un registre
spécial destiné aux armes utilisées lors d’opérations de maintien de la paix. Il s’agit là d’une
mesure préventive destinée à lutter contre une prolifération d’ALPC particulière. En effet, des
soldats issus d’autres Etats hors de la CEDEAO peuvent participer à des opérations de
maintien de la paix dans l’espace de la CEDEAO, cette participation suppose inéluctablement
une introduction d’armes dans ledit espace. Avec ce nouveau registre, toutes les armes
apportées par les contingents étrangers à la CEDEAO, seront recensées.

Le chapitre 5 règlemente les mesures opérationnelles. Les mécanismes opérationnels


portent sur : La détention, l’usage et le commerce d’armes par les civils. A ce sujet, la
convention fait obligation aux Etats de règlementer l’appropriation des ALPC aux civils par
l’octroi d’autorisations, dont peuvent bénéficier des civils qui en font la demande et qui sont
d’une bonne moralité avec l’âge requis etc., la convention fait obligation aux Etats d’assortir
de sanctions pénales, toute détention illégale d’ALPC ; La soumission des visiteurs, c'est-à-
dire les personnes qui importent temporairement des armes dans l’espace CEDEAO, à des
règles strictes de déclaration ; La gestion et la sécurisation des stocks nationaux d’ALPC ; les
Etats doivent définir des procédures relatives à la sécurisation des stocks d’armes nationaux,
aussi bien pour l’Etat que pour les privés, ceci concerne les conditions d’entreposage ; La
collecte et la destruction des excédents d’armes, des armes saisies, non marquées ou celles
rendues par leur détenteurs ; Le marquage des ALPC est une mesure qui intervient lors de la
fabrication. Il diffère selon les armes. Pour les ALPC précisées dans la convention, il faut un
marquage classique, qui comprend le numéro de série, l’année et l’origine des fabricants, le
marquage de sécurité concerne les armes fabriquées à l’application de la présente convention,

198
il consiste à instaurer les éléments de marquage sur des pièces vitales pour le fonctionnement
de l’arme. Le marquage s’applique aussi aux munitions ; Le traçage des ALPC est une mesure
qui consiste à un échange d’information entre Etats, destiné à surveiller le trafic des ALPC, en
particulier la fabrication, l’importation et l’exportation.
La règlementation du courtage repose sur : L’enregistrement des courtiers, des agents
financiers et des transporteurs d’armes ; L’obtention d’autorisation pour les transactions
individuelles ; L’information sur les points et les routes de transit ainsi que les courtiers et
transporteurs impliqués dans la transaction ; La criminalisation du courtage illicite des ALPC.
Le chapitre 6 renvoie aux arrangements institutionnels et de mise en œuvre.
Ce chapitre oblige les Etats membres à : établir des commissions nationales de lutte
contre la prolifération des armes légères et à les doter de moyens adéquats pour
l’accomplissement de leurs missions ; adopter un plan d’action national pour la lutte contre la
prolifération des armes légères ; renforcer la coopération intra et inter Etat dans le cadre de la
lutte contre la prolifération des armes légères
En plus des Etats, la commission de la CEDEAO doit de son côté, proposer un plan
d’action aux Etats, veiller à la bonne application des dispositions conventionnelles. Pour
assurer le suivi et l’évaluation de la convention, la Commission de la CEDEAO aura pour
charge de désigner un groupe d’experts indépendants.

Enfin, le chapitre 7 traite des dispositions générales et finales.


Ce dernier chapitre désigne les procédures relatives au dépôt de plainte et la
désignation du Conseil de méditation et de sécurité ou la Cour de Justice de la CEDEAO
comme organe pouvant prononcer des sanctions en cas de violation de la convention.

B- L’établissement d’ECOSAP comme structure d’application de la convention


C’est à la suite d’une réunion tripartite d’examen convoquée en juin 2004 pour étudier
les résultats du PCASED, qu’il a été proposé la création de l’ECOSAP. Il a été constaté un
déficit de collaboration entre les différents partenaires dans la mise en œuvre du PCASED
Ils ont toutefois relevé une évolution fondamentale des priorités en matière de sécurité
dans la région, qui nécessite une approche plus globale. Il a donc été décidé que le PNUD
continuerait d’assister la CEDEAO et de faire en sorte que les deux institutions collaborent à
l’élaboration d’un nouveau programme, qui tienne compte des nouveaux besoins en matière
199
de sécurité dans la région et de la nécessité d’une plus grande maîtrise du processus par la
CEDEAO.
Un nouveau programme de la CEDEAO, pour le contrôle des armes légères, financé
par le bureau régional pour l’Afrique du PNUD et d’autres partenaires, a vu le jour, il s’est
dès lors substitué au programme PCASED. Il est le prolongement du PCASED en ce sens
qu’il prend en compte l’ensemble de ses réalisations et s’active à la mise en oeuvre du
Moratoire sur l’importation, l’exportation et la fabrication d’armes légères en Afrique de
l’Ouest et du plan d’action correspondant. L’ECOSAP apporte aux États membres de la
CEDEAO, par l’entremise des commissions nationales, un appui technique et financier
multiforme et renforce les capacités du nouveau groupe des armes légères du secrétariat
exécutif de la CEDEAO.
Il complète les efforts menés par le Secrétariat, pour mieux diligenter les initiatives en
matière de paix et de sécurité en Afrique de l’Ouest.
Le Secrétariat de la CEDEAO pourra ainsi assumer son rôle de direction et de
coordination politique de l’opérationnalité du Moratoire et des mesures connexes. La
CEDEAO se chargera, en outre, de la gestion et de l’exécution du programme à l’issue des
cinq années initiales.
L’ECOSAP relève du domaine d’intervention stratégique appelé « prévention des
conflits, consolidation de la paix et gestion des catastrophes » et du deuxième cadre de
coopération régionale du bureau régional pour l’Afrique du PNUD. Dans ce domaine
d’intervention stratégique, le bureau s’efforce d’aider l’Afrique à relever collectivement le
défi de la paix et de la sécurité, dans un cadre continental et régional. Ce soutien tourne autour
de trois axes stratégiques : Elaboration et mise en oeuvre des stratégies régionales de
prévention des conflits, renforcement au plan régional de la consolidation de la paix et du
relèvement après-conflit, amélioration de la planification préalable et de la gestion en cas de
catastrophe en Afrique. Les objectifs généraux de ce soutien consistent également à réduire la
fréquence de la récurrence des conflits et à améliorer l’appui régional.
L’ECOSAP est donc la consécration d’une approche intégrée et proportionnée de la
sécurité et du développement, qui relie explicitement la sécurité, la stabilité, les droits de
l’homme, le désarmement et le développement.
Le PNUD, principal soutien de la CEDEAO, a toujours abordé la question de la
prolifération des armes légères, dans une perspective de développement humain. L’approche

200
du PNUD repose sur l’idée que la prolifération des armes illicites, en particulier leur
disponibilité, sape la capacité des pays à assurer une paix et une stabilité durables, et constitue
un obstacle de taille au développement humain durable.

Les activités prévues au programme d’ECOSAP sont menées par le Bureau Régional
pour l’Afrique du PNUD et le Groupe d’action sur les armes légères de la CEDEAO qui sert
d’interface entre les États membres, le Secrétariat de la CEDEAO et ECOSAP. Le groupe se
consacre essentiellement à coordonner les aspects stratégiques et opérationnels des initiatives
de réduction des armes légères dans la sous région.
L’ECOSAP est dirigé par un directeur de programme bien imprégné des questions
opérationnelles, secondé par quatre experts techniques spécialisés, deux adjoints de
programme, un fonctionnaire des finances, administration et du personnel d’appui.
Les experts techniques des armes légères et les conseillers techniques d’ECOSAP se
chargent des programmes par groupe de pays membres de la CEDEAO. Les groupes
constitués sont les suivants :
- Groupe de la République de Côte d’Ivoire : Côte d’Ivoire, Burkina Faso, Mali et
Ghana ;
- Groupe de l’Union du fleuve Mano : Guinée, Liberia, Sierra Leone, Côte d’Ivoire ;
- Groupe Sénégambie : Sénégal, Gambie, Guinée-Bissau, Cap-Vert ;

- Groupe du Nigeria : Nigeria, Bénin, Niger, Togo.

Par ailleurs, les commissions nationales constituent le point central de coordination,


pour la mise en oeuvre des activités de soutien au Moratoire sur les armes légères, notamment
en matière de sensibilisation et de promotion, ainsi que la coordination des activités des
agents de l’État et d’autres institutions. Les commissions nationales opérationnelles
bénéficient de l’appui du PNUD, dans le cadre d’ECOSAP. Cette solution a permis de réduire
les doubles emplois, les coûts et les problèmes de communication et de faciliter l’exécution
directe des programmes en vue d’élaborer et de mettre en oeuvre des plans d’action
nationaux. Chaque État membre de la CEDEAO a été doté d’une commission nationale des
armes légères, centralisée et intégrée à ECOSAP. Les commissions nationales sont composées
de personnel national. Le renforcement des capacités des commissions nationales est l’une

201
des priorités d’ECOSAP, mais force est de reconnaître, qu’aujourd’hui, ces commissions ne
se trouvent pas toutes au même niveau de développement ou de capacités. Certaines ont déjà,
dans une large mesure, officialisé leur structure et instauré les liens nécessaires avec les
parties prenantes gouvernementales et de la société civile, alors que d’autres n’existent que
nominalement.
Les ressources et la formation en vue du renforcement des capacités seront orientées
stratégiquement vers les commissions nationales en fonction des besoins de chacune.

En plus des causes relatives à la mauvaise gouvernance, l’intensité et la prolifération


des conflits internes ont été facilitées par la circulation illégale des ALPC. La prolifération
d'armes de petit calibre et d’armes légères constitue une grave menace pour la paix et la
sécurité de la région, elle accentue les conflits internes et la criminalité transfrontalière. En
outre, elle constitue une entrave au développement. Pour prévenir ces menaces, il est logique
de s’attaquer aux vecteurs de la violence, parmi lesquels figurent les ALPC. La CEDEAO a
entrepris une politique visant la lutte contre la prolifération des ALPC. La stratégie de lutte de
la CEDEAO contre la prolifération des ALPC a débuté avec l’adoption du moratoire sur
l’importation, l’exportation et la fabrication des armes légères en 1998, il s’agissait d’un texte
juridique non contraignant. Cependant, depuis l’adoption du moratoire, la CEDEAO a
progressé dans la lutte contre les ALPC. Aujourd’hui, elle figure parmi l’une des rares
organisations internationales ayant adopté une convention sur les armes légères et de petit
calibre en 2006. Il s’agit d’un texte juridique contraignant qui est entré en vigueur le 29
septembre 2009. En 2006, la Commission de la CEDEAO a mis en place un programme de
contrôle des armes légères : ECOSAP, chargé de renforcer la capacité des États membres et
des organisations de la société civile à lutter contre la prolifération des ALPC.
Le nouveau mécanisme de sécurité de la CEDEAO est très exhaustif, en ce sens qu’il
vise à prévenir les menaces militaires contemporaines et les menaces non militaires. De son
entrée en vigueur à nos jours, l’espace CEDEAO est-il pour autant devenu un havre de paix ?

202
Chapitre 6 : Le nouveau mécanisme de sécurité de la CEDEAO à l’épreuve des conflits
internes

L’éclatement d’un conflit interne en Côte d’ivoire (Section 1), puis la résurgence
d’anciens conflits (Section 2), permettront d’évaluer les actions de la CEDEAO face à ces
menaces militaires contemporaines.

Section 1 : La CEDEAO face au conflit ivoirien

Etat d’Afrique de l’Ouest, ouvert sur le golfe de Guinée. La Côte d’Ivoire est limitée
au nord par le Mali et le Burkina, à l’est par le Ghana, à l’ouest par le Liberia et la Guinée et
au sud par l’océan Atlantique. Elle couvre une superficie de 322.500 Km2 et une population
estimée à 18 millions d’habitants347. Le 19 Septembre 2002, la Côte d’Ivoire va sombrer dans
un conflit interne caractérisé par l’éclatement d’une rébellion armée au nord, ayant un
ensemble de causes (Paragraphe 1), et dont la gestion a entrainé l’intervention de plusieurs
acteurs (Paragraphe 2).

Paragraphe 1 : Les causes du conflit ivoirien


Le conflit ivoirien comporte une cause ethnique (A), une cause partisane (B) et une
cause socio-économique (C).

A- La cause ethnique du conflit ivoirien

L’ethnie est définie comme : « une société humaine réputée homogène, fondée sur la
conviction de partager une même origine et sur une communauté effective de langue et de
culture »348.
L’ethnie se caractérise en Côte d’Ivoire par une extrême division territoriale »349
En effet, la population ivoirienne est repartie entre 4 familles ethno-linguistiques :

347
DEPARTEMENT D’ETAT DES ETATS UNIS D’AMERIQUE ; « la Côte d’Ivoire »,
[http://www.state.gov/r/pa/ei/bgn/2846.htm] (Consulté le 22 mars 2010)
348
DICTIONNAIRE LE PETIT LAROUSSE illustré 2006, Larousse 2005, pp 435
349
LUGAN Bernard, « une terre, quatre peuple », in Afrique Réelle, n° 46, hiver 2005, pp 11
203
• dans le quart sud-est, les groupes akan/baoulé (langues kwa), occupant
également la moitié sud du Ghana ;

• dans le quart sud-ouest, le groupe kru (langues krou), présent également dans la
partie sud du Liberia ;

• dans le quart nord-est, les voltaïques, principalement occupants du Burkina Faso


et du nord du Ghana ;

• dans le quart nord-ouest le groupe malinké (langue mandé), présent dans l’Est de
la Guinée, l’ouest du Mali et le nord du Liberia350.

Il s’agit d’un peuple africain d'origine mandingue qui a constitué le noyau de l'empire
du Mali avec les conquêtes de Soundiata Keita dans le haut Niger au XIIIe siècle.
Islamisés au XIVe siècle, les Malinké sont devenus les propagateurs de l'islam,
notamment par l'intermédiaire de leurs commerçants, les Dioulas, et se répandent ensuite dans
l'Ouest africain. Leur langue est devenue la langue véhiculaire de l'Afrique de l'Ouest, parlée
du Sénégal jusqu'à Tombouctou et au Burkina. C'est en s'appuyant sur le réseau dioula que
Samory Touré, lui-même d'origine dioula, a tenté de se constituer un État à la fin du
XIXe siècle. Les Malinké ont activement participé avec les autres peuples à l'histoire de la
région, en s'opposant notamment aux Peul.
Cette composition ethnique ivoirienne est l’œuvre du colonisateur. Afin d’accroître
l’efficacité économique de ses territoires, la France a jugé opportun d’adjoindre la Haute
Volta351 à la Côte d’Ivoire le 5 septembre 1932352, le statu quo ante fût rétabli, le 4 septembre
1947 un décret abrogea cette décision353. La colonie de la Côte d'Ivoire fut établie, mais le
sud-ouest de la Haute-Volta fut partagé parmi les colonies du Niger, du Soudan français
(actuel Mali) et de la Côte d'Ivoire.
Il y a quarante ans Gabriel Rougerie a décrit le regroupement ethnique opéré par le
colonisateur en Côte d’Ivoire, comme suit : « au tournant du siècle, des esprits étrangers ont

350
BOSSARD Laurent ; «Peuplement et migration en Afrique de l’Ouest : une crise régionale en
Côte d’Ivoire», in Afrique contemporaine, n° 206, Eté 2003. pp 159

351 Il s’agit aujourd’hui du Burkina Faso


352 BA Amadou Hampâté, oui mon commandant, Arles, Actes Sud, 1996, p 432
353CROWDER Michael, West Africa: An Introduction to its History, London, Longman. 1977, pp
214.
204
conçu la définition d’un quadrilatère aux bords ouest africain. Ses limites se sont insinuées
parmi les éléments du relief, enserrant au hasard un échantillonnage disparate. Dans ce filet,
de même, se sont trouvés pris des groupes d’hommes : chacun vivant son particularisme,
chacun parvenu à un moment différent de son, de ses migrations, de son évolution »354.
Les représentations simplificatrices et les luttes politiques ont amené la construction
de ces identités ethnico-régionales fortes. Dès lors on assiste à une radicalisation des
différends identitaires355.
La liste des griefs envers les immigrés est longue. On leur reproche notamment de
contrôler certains secteurs économiques (transport, commerce), de priver d’emploi les
Ivoiriens, de pratiquer l’évasion fiscale, la corruption et la criminalité, d’exercer une
domination religieuse et culturelle.
Cette simplicité n’est malheureusement qu’apparente. Dans la réalité a émergé une
suspicion de l’étranger facilitant l’amalgame entre, d’une part les « vrais » étrangers, d’autre
part les Ivoiriens du nord, appartenant aux grands groupes ethniques Voltaïques et Malinkés.
Le langage courant s’est cristallisé autour du terme « Dioula » pour désigner les ressortissants
rangés, plus ou moins arbitrairement, dans cette entité.
En effet, La cohabitation était presque devenue impossible entre population du Nord
(Zone rebelle) et celle du sud (Zone gouvernementale). L’ivoirité, une idéologie d’exclusion
étant devenue « un ferment de division interne »356, chaque ethnie préférant se camper
derrière leurs leaders politiques, ces derniers étaient identifiés d’abord par l’étiquette
ethnique. Gbagbo est bété, le chef des rebelles, Soro, est senoufo, le principal opposant au
régime de Gbagbo est Ouattara. Le Général Gueï était yacouba, Enfin, l’ancien Président
Konan Bédié, qui a fait de l’ivoirité une doctrine de l’Etat ivoirien, est baoulé.
Après l’échec du coup d’état, ayant lui-même consacré le début de la rébellion, les
mutins ont été accueillis comme des héros, par une population totalement en marge des
bienfaits des recettes du cacao. En réponse à ce soutien accordé aux rebelles, le gouvernement
a appliqué une politique de désengagement, L’Etat n’a consenti que des efforts timides, les

354 Rougerie Gabriel, la Côte d’Ivoire, que sais-je ?, Presses Universitaires Françaises, 1964, pp 63
355BRAECKMAN Colette, « la grande fatigue des ivoiriens », in le Monde Diplomatique,
Septembre 2004, pp 7
[www.monde-diplomatique.fr/2004/09/braeckman/11640] (Consulté le 25 Septembre 2010)
356DOZON Jean-Pierre, « La Côte d’Ivoire au péril de l‘ivoirité », in Afrique contemporaine,
n°193, janvier-mars 2000.
205
provinces du nord semblent retenir leur respiration357. Pendant deux ans, les services publics
ont été interrompus, les routes n’étaient plus entretenues, beaucoup d’enseignants qui avaient
fui vers Abidjan n’étaient plus revenus. Il a été signalé à Bouaké, situé en région du nord, une
pénurie d'eau potable358, le gouvernement utilisait cette politique du désengagement comme
un moyen de pression sur les populations du nord. Un rapport hebdomadaire du
coordonnateur humanitaire des Nations Unies, publié en mars 2006, indiquait que : "Depuis le
26 février 2006, des cas de diarrhée suivis de vomissement sont rapportés, notamment dans
l'ouest du pays, dus à une consommation d'eau de mauvaise qualité".
Les leaders politiques du FPI ont prétendu que la rébellion était une tentative de coup
d'État soutenue par des éléments étrangers, ce qui a déclenché un mouvement de harcèlement
assez général contre les étrangers, y compris contre les travailleurs immigrés originaires des
pays voisin et les réfugiés originaires du Libéria et de la Sierra Leone, les habitations de ceux-
ci ont été incendiées par des forces de sécurité, jetant à la rue environ 20.000 personnes. Ces
actes de xénophobie ont conduit le Président sénégalais Abdoulaye Wade à déclarer qu’«Un
Burkinabé subit en Côte-d’Ivoire ce qu’un Noir ne subit pas en Europe. »359.
Ce désengagement du gouvernement dans les régions du nord renforce la rébellion, car
les chefs rebelles recrutaient sans grande difficulté des combattants. Ceux-ci sont de jeunes
nordistes, des marginaux urbains, des migrants refoulés360.
Encourageant la dérive identitaire, le camp présidentiel a utilisé ses Jeunes patriotes :
un mouvement de la jeunesse ivoirienne, nationaliste, ouvertement violents et xénophobes,
recrutés parmi les jeunes désœuvrés des quartiers d'Abidjan. Ils étaient dirigés par Charles Blé
Goudé et soutenaient le chef de l'État le Président Laurent Gbagbo. Ce dernier a misé361
totalement sur la rue, et voyait dans les actions des jeunes patriotes, la naissance d’une
conscience nationale362. Leurs activités consistaient à faire des marches de protestation, des

357 BRAECKMAN Colette, « la grande fatigue… », Op. Cit, pp 3.


358 ZAMBLE Fulgence; « Côte D'Ivoire : La coupure d'eau est-elle un moyen de pression politique
sur la rébellion? », Internet Press Service News Agency
[www.ips.org/.../cote-divoire-la-coupure-deau-est-elle-un-moyen-de-pression-politique-sur-la-
rebellion] (Consulté le 12 Avril 2010)
359Cité par LEYMARIE Philippe ; « rébellion militaire, massacres : la Côte d’Ivoire à la dérive » in
le Monde Diplomatique, Octobre 2002
[http://www.monde-diplomatique.fr/dossiers/derive/] (Consulté le 2 Février 2009)
360 GALY Michel ; « cabri mort n’a pas peur de couteau », in Outre terre, n°11 Eres éditions 2005

pp 226.
361 BRAECKMAN Colette; « la grande fatigue des ivoiriens », Op cit.

362 HUA Bernard ; « poker menteur en côte d’ivoire », in Le Monde Diplomatique

[www.monde-diplomatique.fr/2004/AHUA/10926] (Consulté le 06 octobre 2009).


206
sit-in, à travers la ville d'Abidjan et à semer le désordre. Ils ont été responsables du pillage des
habitations des Français vivant en Côte d'Ivoire.
A l’intérieur du pays, on a assiste à la création de milices xénophobes, pro Gbagbo, Il
s'agit du MILOCI, de l'APWE, du FLGO et de l'UPRGO. Ces milices ont été accusées d’avoir
perpétré des crimes ethniques. L’émergence de blocs ethnico religieux comme par exemple à
Brazzaville363 est un indice d’ascension aux extrêmes. Rien qu’en 2000, la violence politique,
ethnique et religieuse au cours de la période qui a conduit aux élections, a causé la mort364 de
plus de 200 personnes et fait des centaines de blessés.
Human Rights Watch a révélé que des membres des forces de sécurité du
gouvernement continuent de s’en prendre aux civils en extorquant des biens, en volant et en
battant parfois les mêmes personnes qu’elles sont chargées de protéger. Ces abus se
produisaient typiquement sous couvert de contrôle de sécurité de routine, lorsque des policiers
et des gendarmes inspectaient les papiers d’identité des personnes interpellées aux barrages
routiers, sur les marchés ou dans d’autres lieux publics. Les ressortissants des Etats voisins et
les ivoiriens du nord du pays, accusés de soutenir les rebelles, étaient particulièrement soumis
à ces abus. Les personnes issues de l’ethnie dioula étaient aussi victime d’arrestations
arbitraires, d’actes de torture et parfois des meurtres.

B- La cause partisane du conflit ivoirien


La vie politique ivoirienne est organisée essentiellement par l’article 13 de la
constitution de 2000. Il garantit la formation de partis et groupements politiques à condition
qu’ils respectent les lois de la République et les principes de la souveraineté nationale et de la
démocratie. «Sont interdits les partis ou groupements politiques créés sur des bases
régionales, confessionnelles, tribales, ethniques ou raciales». Les articles 34, 35 et 65 de la
Constitution et le Code électoral faisant l’objet de la loi n° 2000-514 du 1er août 2000
déterminent les conditions d’éligibilité aux fonctions de président de la République, de député
à l’Assemblée nationale, de conseiller régional, de conseiller municipal, de conseiller rural
ainsi qu’aux assemblées de toute autre collectivité territoriale, sans distinction fondée sur

363 BAZENGUISSA Rémy, « rester jeune au Congo-Brazzaville, violences politiques et processus


de transition démocratique », in Autrement, n°18, 2001.
364On peut citer à titre d’exemple le charnier de Yopougon, où un escadron de la gendarmerie s’est
livré à un massacre, ayant fait 57 morts.
207
l’appartenance ethnique ou raciale. L’article 33 de la Constitution et l’article 4 du Code
électoral fixent également les modalités de l’exercice du droit de vote dans les mêmes termes.
La vie politique ivoirienne a connu d’importantes évolutions dans les années 1990. En
effet, la crise socio-économique a entraîné l’instauration du multipartisme et la création d’un
poste de Premier Ministre365. Aujourd’hui, il existe 7 partis politiques à l’assemblée nationale
ivoirienne. Un parti politique étant : « une organisation relativement stable, qui mobilise des
soutiens en vue de participer directement à l’exercice du pouvoir politique au niveau central
et /ou local »366 : Le Parti Démocratique de Côte d'Ivoire, le Front Populaire Ivoirien, le Parti
Ivoirien des Travailleurs, le Rassemblement des Républicains, le Mouvement des Forces de
l’Avenir, l’Union pour la Démocratie et pour la Paix en Côte d'Ivoire, l’Union Démocratique
Citoyenne de Côte d’Ivoire.
Toutefois, 3 grands partis politiques ivoiriens ont réellement des liens directs avec le
conflit, il s’agit : du Parti Démocratique de Côte d'Ivoire dirigé par Henry Konan Bédié, du
Front Populaire Ivoirien de Laurent Gbagbo et du Rassemblement des Républicains de
Alassane Dramane Ouattara.
Décrivant la dynamique des partis politiques, Derriennic met l’accent sur la diversité
des desseins, il décrit surtout le caractère éphémère des relations de coopération ou de conflits
qui peuvent être scellées entre des dirigeants politiques, l’objectif final étant la satisfaction
des intérêts. Nous verrons que cette théorie se concrétise dans les différents stades
d’opposition des dirigeants politiques ivoiriens
- Première Phase : l’opposition Henry Konan Bédié et Alassane Dramane
Ouattara.
Avant de décrire le conflit, prenons connaissance avec les acteurs.
Henry Konan Bédié, né le 05 Mai 1934 à Daoukro, le centre du Pays, en pays baoulé,
il fit ses études en Côte d’Ivoire puis à l’université de Poitiers, en France. De 1961 à 1966, il
est nommé ambassadeur aux Etats-Unis d’Amérique, de 1966 à 1977, il devint ministre des
finances.

365CONTE Bernard, « la responsabilité du FMI et de la Banque Mondiale dans le conflit en Côte


d’Ivoire », in Revue Etudes Internationales, Volume XXXVI, n°2, Juin 2005, pp 222

366MOREL Stéphanie, « les partis politiques », in Dictionnaire des Sciences politiques et sociales,
Sirey 2004, pp 250
208
Quant Alassane Dramane Ouattara, il est né le 1er janvier 1942 à Dimbokro près de
Yamoussoukro. Connu comme économiste libéral, il a accompli ses études supérieures aux
Etats-Unis367, Ouattara a occupé d'importantes fonctions au FMI où il a été Directeur du
département Afrique de 1984 à 1988, et conseiller du Directeur Général. En 1988, il a été
nommé gouverneur de la Banque Centrale des Etats d'Afrique de l'Ouest. Le 7 novembre
1990, il a été nommé Premier Ministre de la Côte d’Ivoire, par Houphouët-Boigny.

A la mort de Houphouët Boigny, Bédié étant le Président de l’Assemblée Nationale a


constitutionnellement assuré l’intérim. Mais, dans les faits bien avant la mort de Boigny, le
Premier Ministre Ouattara avait pris l’habitude d’assurer l’intérim lors des déplacements du
« vieux » pour ses soins médicaux à l’extérieur, ce qui constituait déjà un début de tension
entre Bédié et Ouattara, ce dernier avec l’ambition d’être Président de la République, a crée
son propre parti politique : le Rassemblement Des Républicains. Afin d’évincer son
concurrent de toutes chances électorales, Bédié a brandit le concept de l’ivoirité prémisse de
graves dérives entre les différentes ethnies.

Que signifie l’ivoirité ?


En 1996, la Cellule Universitaire de Recherche et de Diffusion des Idées et Actions
Politiques du Président, publie un manifeste intitulé « l’ivoirité ou l’esprit du nouveau contrat
social du Président Bédié ». Le concept d’ivoirité a été présenté comme « l’ensemble des
données socio-historiques, géographiques et linguistiques qui permettent de dire qu’un
individu est citoyen de Côte d’Ivoire ou non ». Dès lors, on comprend que ce concept divise
les ivoiriens.
L’idée de l’ivoirité a été accompagnée d’un nouveau code électoral adopté par
l’Assemblée Nationale le 23 Novembre 1994. Ce code supprime le droit de vote aux résidents
africains non ivoiriens, il est son entrée en vigueur a contredit M. Bédié, qui a affirmé : « […]
nous n’allons pas retirer le droit de vote à des gens qui depuis 1945, votent en Côte d’Ivoire.
[…] »368.
Aggravant l’exclusion, l’article 35 dudit code, stipule qu’il faut : « être né de père et
de mère ivoiriens de naissance, n’avoir jamais renoncé à la nationalité ivoirienne et résider de

367
Il obtint un doctorat en Sciences Economiques
368
BOUQUET Christian, Géopolitique de la Côte d’Ivoire, édition Armand Colin, Avril 2005, pp 23
209
façon continue en Côte d’Ivoire pendant les cinq années précédant la date des élections ». La
réaction de Ouattara ne s’est pas fait attendre, « je condamne une loi électorale qui met
l’accent sur l’identité des parents […] et qui incite la population à penser politique en termes
ethniques ou régionaux »369
Suite à cette manœuvre législative, Ouattara a d’une part, crée avec des opposants, le
Front Républicain et d’autre part, incité à boycotter les élections présidentielles. Sa
manœuvre a laissé la voie libre à Bédié, qui a remporté à 96% des voix, les élections
présidentielles le 22 Octobre 1995, contre Francis Wodié leader du Parti Ivoirien des
Travailleurs. Dans le même temps, le parti au pouvoir le PDCI, devenait majoritaire à
l’Assemblée Nationale.

- Deuxième Phase : coup d’état militaire du Général Robert Gueï


Comme on pouvait s’y attendre l’élection de Bédié à la présidence n’augurait de bon,
il s’en est suivi des manifestations d’abord estudiantines, puis militaires, ces derniers
réclamaient leur salaire, après leur participation à la Mission de Maintien de la Paix en
République Centrafricaine. Le refus de Bédié de verser les indemnités de ces soldats, a
entrainé le premier putsch militaire de la Côte d’Ivoire, à la stupeur générale, le 23 décembre
1999.
Le chef des putschistes était le Général Robert Gueï, ancien de Saint Cyr et ancien
chef d’Etat Major des Armées, il a été écarté par Bédié pour avoir refusé de faire intervenir
l’armée contre des manifestants.
Dès sa première intervention, il a assuré les ivoiriens de la tenue de prochaines
élections présidentielles avant la fin 2000, et de n’avoir l’intention que d’assurer la transition.
À ce sujet il affirmera être venu « Balayer la maison ».
Dans la foulée, il a crée le Comité National de Salut Public, réunissant tous les partis
politiques ivoiriens, l’espoir était permis.

- Troisième phase : Laurent Gbagbo, Président de la Côte d’Ivoire


Le Général Gueï, qui affirmait que : « en ce qui me concerne, sachez que,
contrairement à ce qu’on a vu dans beaucoup de pays de la sous-région, le pouvoir ne

369
Ibid. pp 23
210
m’intéresse pas »370, venait de surprendre en se présentant aux élections présidentielles
d’Octobre 2000 contre Gbagbo. Avant cela, il a prit soin d’écarter certains candidats, dont
Ouattara pour « nationalité douteuse » et Bédié qui n’a pas donné les assurances relatives à
son « état complet de bien être physique et moral »371 .
Cette situation a poussé la communauté internationale à réagir, les Etats-Unis et
l’Union Européenne suspendent leur aide.
Le 22 octobre 2000, c’est en toute confiance que le Général Gueï part aux scrutins
contre, celui que l’on présente comme l’opposant historique de Boigny, Laurent Gbagbo.
Historien de formation, issu du groupe bété dans l’ouest du pays, Laurent Gbagbo se targue
de trente années d’opposition et de militantisme, avec des relations nouées au sein de
l’Internationale socialiste, à laquelle appartient son parti, le Front Populaire Ivoirien.
Le 24 octobre 2000, après avoir contesté le résultat des votes, le Général Gueï a donné
l’ordre aux militaires de tirer sur une foule manipulée méticuleusement par Gbagbo. Cette
liesse populaire ne se calmera qu’avec le départ de Gueï et l’investiture de Gbagbo le 26
octobre 2000, comme Chef de l’Etat ivoirien. Il a été élu avec plus de 60% des voix, un score
qui traduit le soutien de la population au nouveau Président, toutes ethnies confondues, mais
surtout un dégoût des ivoiriens pour la junte militaire, dont le chef n’a recueilli que 37% des
voix.

- Quatrième phase : Gbagbo face à la rébellion


La mandature du nouveau Président a débuté avec des crimes contre les dioulas,
partisans de Ouattara, qui manifestaient pour de nouvelles élections. A titre illustratif, on peut
citer la découverte du charnier de Yopougon qui contenait 57 corps de dioulas alignés. Contre
toute attente, Gbagbo a refusé de laisser Ouattara, dont le crime a été d’avoir du sang
Burkinabé372, de se présenter à toutes formes d’élections, il dira « son refus d’interférer dans
une décision de justice »373.

370 BOUQUET Christian, Géopolitique de la Côte d’Ivoire, Op Cit, pp 41


371 HOFNUNG Thomas, la crise en côte d’ivoire, édition la découverte, Paris, 2005, pp 42
372 CHAIGNEAU Pascal, « L’imbroglio ivoirien », in Défense nationale, n°2, février 2003, pp 46

373 Ibid., pp 46
211
Les agressions perpétrées contre les dioulas, ont entraîné une tentative de coup d’état,
le 19 septembre 2002 pendant que Gbagbo était en visite à Rome. Celle-ci sera le fondement
de la rébellion armée dirigée par des militaires nordistes, qui ont crée le Mouvement
Patriotique de Côte d’Ivoire.
Selon Ahmadou kourouma374 « Ce qui a donné aux rebelles le courage et la volonté de
s’attaquer au pouvoir en 2002, c’est le charnier de Yopougon »375.
Les mutins ont lancé l’offensive dans les villes de Korhogo, chef-lieu du nord du pays
situé à une centaine de kilomètres de la frontière ivoiro-burkinabé, puis de Bouaké, principal
carrefour au centre du pays, et enfin Abidjan, située sur la côte. Le mouvement rebelle était
dirigé par Guillaume Soro, les rebelles ont contrôlé, grâce à 10.000 soldats, 40 % du territoire
ivoirien, la partie nord.
Une autre origine376 du soulèvement de soldats tenait au fait que le Président Gbagbo
comptait démobiliser en décembre, officiellement pour des raisons budgétaires, cinq cents ex-
miliciens engagés par le Général Robert Gueï, qui n’avaient pas été intégrés à la fonction
publique.
Le bilan de l’insurrection a été estimé à plus de 80 morts et 150 blessés dans les rangs
des soldats loyalistes, et plusieurs centaines de victimes civiles. Parmi les victimes, figurent
quelques personnalités éminentes de la vie politique ivoirienne comme le Ministre de
l’Intérieur et de la Décentralisation, Me Emile Boga Doudou et l’ancien chef de la junte
militaire, le Général Robert Gueï, qui ont été tous deux retrouvés assassinés, d’autres
responsables politiques comme Bédié et Ouattara ont été persécutés, c’est le début d’une
guerre contre les rebelles.

C- La cause socio-économique du conflit ivoirien


En Côte d’Ivoire le mécontentement, considéré par Derriennic, comme un vecteur du
conflit socio-économique, était dû à l’avancée de la pauvreté, le taux national de pauvreté est
passé de 10% en 1985 à 36,8% en 1995.Toutefois, cet accroissement de la pauvreté s’est

374Ecrivain ivoirien
375Cité par DJEHOURY Anicet-Maxime, La guerre de Côte d'Ivoire: la dernière expédition
coloniale, L’Harmattan, 2007, P 58

376 LEYMARIE Philippe ; « rébellion militaire, massacres… », in Le Monde Diplomatique, Op. Cit

212
aggravé pour la savane rurale qui représente le Nord de la Côte d’Ivoire, où le taux de
pauvreté est passé de 25,9% en 1985 à 54,6% en 1998377.
Yves Amaizo explique que : « La crise ivoirienne trouve ses racines dans l’application
unilatérale d’une politique économique et sociale qui semble ne profiter qu’à une partie de la
population et a remis en cause l’équilibre et la cohésion interne du pays. »378
La dégradation socio-économique de la Côte d’Ivoire a joué un grand rôle dans le
déclenchement du conflit ivoirien. à la suite de Derriennic, Collier et Hoeffler379 estiment que
la dégradation des conditions socio-économiques accumulées à d’autre maux constitue un
motif sérieux de déclenchement d’une guerre civile. Selon eux la faiblesse des perspectives
économiques seraient liées à la faiblesse des variables suivantes :

G = taux de croissance
Le taux de croissance en 2000, année de déclenchement du conflit, est de – 2,3%

CPI = taux d’inflation


Le taux d’inflation en 2000 est de 4,3%

Yi = distribution des revenus


Dans le cas ivoirien, celle-ci profite prioritairement à l’ethnie au pouvoir.

Ya = distribution des terres

En Côte d’Ivoire cette politique est fondée sur la préférence ethnique, les ethnies du
sud sont en général propriétaire terrien et celles du nord constituent en majorité la main
d’œuvre.

377ARSENE Kouadio Konan, Le Processus de DRSP en Côte d’Ivoire, CIRES, Abidjan, novembre
2002, p. 9

378AMAIZO Yves, « crises et rébellions dans le « pré carré » français : ce qui paralyse le pouvoir
ivoirien ce qui paralyse le pouvoir ivoirien », in Le Monde Diplomatique, Janvier 2003, pp 20

379 COLLIER Paul, HOEFFLER Anke, «Justice-Seeking and Loot-Seeking in Civil War »

[www.worldbank.org/research/conflict/papers/paulnew2.pdf] (Consulté le 27 Août 2010)

213
Les causes de la dégradation peuvent être liées à deux phénomènes :
- La chute du cours du cacao :
La part de l’Afrique dans le commerce international est estimé à 5%, les pays africains
exportent essentiellement des matières premières, celles-ci constituent la majeure partie de
leurs revenus. La Côte d’Ivoire illustre parfaitement cette division internationale du travail.
Une fois l’indépendance acquise en 1960, les autorités ont axé leurs efforts sur la production
du cacao, qui était passée de 1000 tonnes en 1920 à 380.000 tonnes en 1978, faisant de la
Côte d’Ivoire, le premier producteur mondial de cacao. L’hyper spécialisation dans la
production de cacao reste un risque très important. En effet, les cours mondiaux des matières
premières sont très aléatoires. Cependant, dans les années 1980, le cacao qui a été le moteur
de l’économie ivoirienne depuis l’indépendance connaîtra une baisse drastique. Cette baisse
était essentiellement due à l’entrée de nouveaux pays producteurs de cacao, notamment la
Malaisie et l’Indonésie380.
Pour se défendre Houphouët Boigny a entamé à perte, une guerre du cacao, en limitant
ses exportations.
Aujourd’hui encore, la situation ne s’’est pas améliorée, le conflit opposant le
gouvernement aux rebelles a pesé particulièrement sur l'exploitation du cacao.

- La dévaluation du Franc CFA :


La dévaluation implique un changement de parité d’une monnaie consacrant sa perte
de valeur par rapport à un étalon ou à d’autres monnaies381.
La Côte d’Ivoire à l’instar des autres pays de la zone CFA a subi les conséquences
sociales de la dévaluation à 50% du franc CFA par rapport au Franc Français, intervenue le
11 janvier 1994. Elle est l’œuvre du Premier Ministre français Edouard Balladur et des
institutions financières internationales382.
Mise en place par la France, le fondement du franc CFA est de garantir pour les pays
membres un système de change stable et fixe. La stabilité du franc est assurée par la France.

380 HOFNUNG Thomas, la crise en Côte d’Ivoire : dix clés pour comprendre, éditions la découverte,
pp 23.
381ECHAUDEMAISON Claude-Danièle, sciences économiques et sociales, collection Nathan, 1994,
p470

382DEMBELE Demba Moussa, « Mauvais comptes du franc CFA », in Le Monde Diplomatique,


juin 2004, pp19
214
Pourquoi a-t-il été dévalué ?
En effet, l’objectif de la dévaluation était d’accroître la compétitivité des pays
membres du Franc CFA par la diminution des prix des matières premières. Elle aurait ainsi
permis de relancer les industries, d’augmenter les investissements étrangers, et d’assainir les
finances publiques par la combinaison d’une hausse attendue des recettes fiscales et d’un
contrôle accru des dépenses publiques383. Le lien paritaire entre le Franc Français et le Franc
CFA a été établi après la ratification par la France des accords de Bretton Woods créant le
Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale, le 26 décembre 1945. Cette relation
n’a pas connu d’évolution depuis la création du franc CFA jusqu’en 1994. Ainsi le Franc CFA
est toujours resté à l’abri des fluctuations monétaires internationales.
Après des années, il est incontestable que la Côte d'Ivoire a su optimiser le
changement de parité, mais a aggravé le problème de pauvreté urbaine dans une économie
déjà très fortement perturbée où coexistent firmes formelles exportatrices et peu
concurrencées et firmes informelles plus orientées vers le marché intérieur et exposées à la
concurrence.
De plus en plus endetté, et impuissant à honorer le remboursement de sa dette
extérieure et intérieure, l'État ivoirien s'est soumis au Programme d’Ajustement Structurel
préconisé par le Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale, ces programmes
désignent l’ensemble des mesures permettant la croissance d’une économie. Faillites et
fermetures d'entreprises, licenciements et chômage grandissant, précipitent la désorganisation
du tissu social aggravée par la croissance démographique et l'urbanisation sauvage. Les
revenus de l'État diminuent en conséquence.
En dépit de l’ajustement, la Côte d’Ivoire n’est pas encore sortie de ses difficultés
économiques. Si l’austérité pratiquée a pu faciliter certains rééquilibrages, elle n’est pas
forcément synonyme d’efficacité accrue. L’ajustement s’est fait au détriment des catégories
les plus pauvres. A titre illustratif, l’espérance de vie a régressé, de 55 ans en 1980, elle est
passée à 46 ans en 1990, ainsi que l’urbanisation sauvage et une dégradation des conditions
sanitaire et éducatives.
Une fois licenciés, les fonctionnaires, en général, et ceux du sud en particulier, ont
projeté de récupérer leurs terres exploitées par des « étrangers », entraînant un grand conflit

383 Ibid, pp 19
215
foncier. À l’exemple des Krou qui réclament la terre de leurs ancêtres, exploitées par des
populations du Nord depuis très longtemps, en vertu d’un droit coutumier Krou384. Ce type de
tensions ethniques devient ainsi, monnaie courante dans les régions agricoles du centre et du
sud.

384SCHWARTZ Alfred, « le conflit foncier entre Krou et Burkinabé », in Afrique Contemporaine,


n° 193, année 2000, pp 60
216
Paragraphe 2 : La pluralité des acteurs de la gestion du conflit ivoirien

A la lecture du nouveau mécanisme de sécurité de la CEDEAO, l’organisation joue un


rôle exclusif dans le règlement des conflits. La gestion du conflit ivoirien a vu l’intervention
de plusieurs acteurs d’un côté la CEDEAO (A), suivit d’autres Organisations Internationales
(B) et de la France (C)

A- Le rôle de la CEDEAO dans le règlement du conflit ivoirien

La CEDEAO a déployé des efforts pour le règlement du conflit libérien :


- Les actions diplomatiques de la CEDEAO
C’est en toute logique qu’elle s’est impliquée, sans cesse, pour trouver une solution à
la rébellion du 29 septembre 2002. La CEDEAO a commencé par tenir une réunion
extraordinaire au sommet, à Accra, au Ghana, pendant laquelle, elle met en place un groupe
de contact385 dont la mission était de favoriser le dialogue entre les rebelles et le
gouvernement.
Grâce à son effort, elle a réussi à obtenir, le 17 octobre 2002, la signature d’un accord
de cessez le feu entre les deux parties. Ledit accord a permis ultérieurement la signature d’un
accord politique entre le gouvernement et le MPCI, le 31 octobre 2002, il a été signé sous les
auspices de feu Eyadema, ancien Président du Togo.
À travers cet accord, les deux parties ont exprimé :
- leur attachement au cessez le feu – le respect des droits de l’homme – la
préservation de l’intégrité territoriale de la Côte d’Ivoire- le respect des institutions
du pays.
Malheureusement, cet accord a été un échec, lorsque le MPCI a exigé la démission du
Président, l’organisation de nouvelles élections et une révision de la constitution.

385 Il comprend le Ghana, le Mali, la Guinée Bissau, le Niger, le Nigeria le Togo et l’Union
Africaine.

217
L’organisation interviendra de nouveau, pour assurer le respect des accords de
Marcoussis386, grâce à elle, les parties au conflit ont accepté la mise en place d’un Conseil de
Sécurité Intérieure, représentant les Ministères de la Défense et de l’Intérieur.
Le Conseil de Sécurité Intérieure comprend 15 membres : les représentants de chacun
des signataires, l’Armée, la Gendarmerie, la Police, le Président de la République et le
Premier Ministre.
La dernière intervention de la CEDEAO dans le conflit ivoirien a consisté à la
médiation de Blaise Compaoré, Président du Burkina Faso et Président de la CEDEAO, ses
efforts ont aboutit à la signature d’un accord de paix le 04 Mars 2007 à Ouagadougou entre
Laurent Gbagbo et Guillaume Soro, après un mois de négociations. Les principaux points de
cet accord sont :

1. Mise en place du Centre de commandement intégré ; Commence deux (02) semaines


après le jour J.

2. Mise en place du cadre institutionnel d'exécution (Se fait quatre (04) semaines après
la signature de l'Accord).

3. Formation du Gouvernement (Se fait cinq (05) semaines après la signature de


l'Accord).

4. Suppression de la zone de confiance et mise en place des unités mixtes


(Commencent une (01) semaine après la formation du Gouvernement).

5. Démantèlement des milices (Commence deux (02) semaines après la formation du


Gouvernement et dure deux semaines).

6. - Regroupement (rassemblement par unité des ex-combattants dans les sites de


regroupement et stockage des armes sous la supervision des Forces Impartiales) : -
Redéploiement de l'Administration, - Début des audiences foraines (Commencent
deux (02) semaines après la formation du Gouvernement et durent trois (03) mois).

7. Enrôlement en vue de l'inscription sur la liste électorale et de l'identification


(Commence un (01) mois après le début des audiences foraines).

8. Unification des forces en présence et enrôlement pour le Service civique


(Commence quinze jours après le début de l'enrôlement).

386
Ces accords ont été obtenus grâce à la médiation française.
218
9. Etablissement et distribution des nouvelles cartes nationales d'identité et des cartes
d'électeurs à partir de la liste électorale (Commencent à l'adoption officielle de la
liste électorale définitive).

10.Fin du processus DDR et organisation des élections.

Toutefois, les bonnes initiatives de la CEDEAO ont été minées par certaines
difficultés comme des points de vue divergents entre Etats membres. Le ministre sénégalais
des Affaires Etrangères manifestait sa grogne quant à la constitution du groupe de contact :
"Les gens se sont arrangés pour créer un groupe de contact de la CEDEAO sans le Sénégal, là
où normalement le Sénégal, membre statutaire, doit siéger d'office. Ce qui n'est pas
acceptable"387. Le ministre a relève aussi n'avoir constaté de la part du groupe de contact
"aucune reconnaissance des efforts" du Sénégal, en particulier le fait qu'il ait obtenu un
cessez-le-feu entre mutins et loyalistes ivoiriens, le 17 octobre 2002.

- L’intervention armée de la CEDEAO :


Persévérant dans ses efforts, la CEDEAO a décidé de l’envoi d’une force de paix de
3.400 hommes, le 18 décembre 2002. L’ECOFORCE était composée de contingents du
Bénin, du Ghana, du Niger, du Sénégal et du Togo. Elle avait pour missions : de surveiller le
respect du cessez le feu en assurant la sécurité dans les régions sous sa responsabilité et en
gagnant la confiance des parties- de faciliter le libre mouvement des organisations
humanitaires.
L’ECOFORCE a manqué de moyens de communications, de véhicules et à des
difficultés de réapprovisionnement. Sur ce point, le Général Papa Khalil Fall du Sénégal,
comandant de l’ECOFORCE a estimé que le non règlement de ces difficultés « pourrait
enlever à l’ECOFORCE toute son efficacité »388.

En plus des difficultés logistiques, il faut signaler l’absence de planification


opérationnelle et la gestion des opérations de maintien de la paix par la Commission de la
CEDEAO. Le conflit ivoirien a été l’occasion de démontrer le manque de préparation de la
commission. Le Commissaire chargé des affaires politiques, de défense et de sécurité, au
387
Entretien publié le 04 décembre 2002 au journal le soleil « spécial côte d’ivoire »
388 Rapport du Secrétaire Général de l’ONU sur la côte d’ivoire S/2003/374, pp 12
219
moment du déclenchement du conflit en 2002, n’avait que deux personnes dans son staff.
Cette absence de planification opérationnelle a introduit l’improvisation dans le maintien de la
paix, à titre d’exemple, selon le protocole additionnel relatif au mécanisme de prévention, de
gestion, de règlements des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité, le Commandant
des forces : « rend compte au Secrétaire Exécutif par l’intermédiaire du Représentant
Spécial »389, or pendant que le détachement précurseur a été déployé en Côte d’Ivoire, le 17
Novembre 2002, le Commandant des forces, le Général Papa Khalil Fall a été nommé le 18
Décembre 2002, pendant un mois, la force déployée n’avait pas de Commandant en chef .
Pour faire face aux difficultés de la CEDEAO, les Nations Unies en accord avec la
CEDEAO décideront d’intégrer l’ECOFORCE, au sein d’une grande mission de maintien de
la paix : l’ONUCI.

B- L’intervention d’autres Organisations Internationales

Outre la CEDEAO, l’Union Africaine et les Nations Unies ont apporté leur concours
dans le règlement du conflit ivoirien.

- Le Rôle de l’Union Africaine :


L’Union Africaine, après avoir remplacé l’OUA, s’est dotée d’un nouvel organe
chargé des questions relatives à la paix et à la sécurité, le Conseil de Paix et de Sécurité.
La noble ambition de l’UA d’enrayer les conflits en Afrique, affichée lors de la
création de la nouvelle Organisation, n’a pas empêché le retard pris par elle, à s’impliquer
dans le règlement du conflit ivoirien.
L’Union Africaine a commencé par user de ses capacités diplomatiques, comme la
tenue sommet organisé à Addis Abeba en juillet 2004, durant lequel, elle a incité les parties au
conflit à relancer le processus de paix.
Sa position ira crescendo, lors des événements de Novembre 2004, durant lesquels, le
gouvernement ivoirien a bombardé des positions rebelles et une base française, elle a
demandé à l’ONU de prendre des sanctions contre les acteurs qui entravent le processus de
paix390. L’institution n’a pas manqué de manifester son opposition au gouvernement de

389 Article 33, paragraphe 2(d)


390Communiqué final de la 23ème réunion du conseil de paix et de sécurité de l’Union Africaine
220
Gbagbo, en appuyant la résolution 1572 du Conseil de Sécurité des Nations Unies relative à
l’embargo sur les armes.
Le fait d’armes de l’Union Africaine dans la gestion du dossier ivoirien, a été sans
doute la médiation du Président sud africain, Thabo M’béki. En effet, celui-ci a été mandaté
par l’institution en vue de relancer le processus de paix en Côte d’Ivoire.
M’béki jouit d’une grande notoriété en Afrique pour différentes raisons. D’abord il a
été le Président de l’Afrique du Sud, le pays le plus riche du continent, ensuite il s’est
personnellement impliqué dans l’adoption et la mise en œuvre du Nouveau Programme pour
le Développement de l’Afrique, enfin, il a été médiateur dans plusieurs conflits africains :
Burundi, Rwanda et République Démocratique du Congo.
M. M’béki est profondément convaincu que les africains doivent résoudre eux-mêmes
leurs problèmes391 . Après avoir rencontré tous les acteurs de la crise à Abidjan, le 06
décembre 2004, il a élaboré une feuille de route en cinq points : le vote des différentes
réformes législatives prévues dans les cadres des accords de Marcoussis et d’Accra III ; le
démarrage du processus de désarmement, de démobilisation et de réintégration des
combattants rebelles ; la création d’un climat propice à des activités politiques libres ; le
fonctionnement du gouvernement de réconciliation nationale et la restauration des services
sociaux et le redéploiement de l’administration dans le territoire entier
La médiation de M’Béki a abouti à la signature de deux accords392 entre les parties au
conflit, Pretoria I signé le 06 Avril 2005, et Pretoria II signé le 29 juin 2005
Des acquis incontestables ont été obtenus grâce à sa médiation, notamment les textes
de loi conformes aux aspirations de la rébellion : le code de la nationalité ivoirienne ; la
composition plus équitable de la Commission Électorale Indépendante et l’éligibilité de
Alassane Dramane Ouattara aux élections présidentielles.
Contre toute attente, des difficultés d’application des différents accords ont apparu. La
rébellion a rejeté la médiation du Président M’béki, accusé de partialité en faveur du
Gouvernement. En effet, M’Béki a imputé la responsabilité principale du blocage des
négociations à cause du refus des rebelles de désarmer.

391 Discours en juin 2001 lors du forum économique de l’Afrique australe à Durban
392Le premier accord est relatif à l’engagement des parties à mettre fin à la guerre et
l’engagement du gouvernement à adopter les mesures législatives contenues dans les accords de
Marcoussis et d’Accra III. Le second accord intervient après le refus du gouvernement d’œuvrer
pour le respect des accords sus cités.
221
L’action de l’Union Africaine dans la pacification de la Côte d’Ivoire s’est également
traduite par la mise en place d’un Groupe de Travail International393 composé d’acteurs
étatiques et d’institutions financières internationales394. La mise en place de cette structure
remonte au 06 octobre 2005 lors de la 40ème réunion du Conseil de Paix et de Sécurité à
Addis Abeba en Ethiopie. Le Groupe de Travail International était chargé d’assister le
gouvernement dans la mise en œuvre du plan de paix, d’évaluer, de contrôler et de suivre le
processus de paix en Côte d’Ivoire. Il se réunissait une fois par mois et son secrétariat était
assuré par les représentants du Secrétariat Général des Nations Unies, du Secrétaire Exécutif
de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest et du Président de la
Commission de l’Union Africaine.

- Le rôle des Nations Unies :


L’intervention de l’ONU a consisté à déployer une mission de maintien de la paix et à
prendre des sanctions ciblées contre des acteurs politiques ivoiriens :

• Le déploiement d’une mission de maintien de la paix en Côte d’Ivoire.

Le 13 mai 2003, par sa résolution 1479 (2003) le Conseil de Sécurité a décidé de créer,
pour une période initiale de six mois, la Mission des Nations Unies en Côte d’Ivoire, avec
pour mandat de faciliter la mise en œuvre par les parties ivoiriennes de l’Accord de Linas-
Marcoussis et comprenant une composante militaire, en complément des opérations menées
par les forces françaises et celles de la CEDEAO. Toutefois, cette mission a été remplacée par
une force de maintien de la paix plus dynamique, l’ONUCI, créée le 27 février 2004 par la
résolution 1528 du Conseil de Sécurité, elle comprend 7621 personnes dont 6705 soldats, 188
observateurs militaires et 728 policiers.
Les missions de l’ONUCI sont les suivantes : Observation du cessez-le-feu et des
mouvements de groupes armés ; Désarmement, démobilisation, réinsertion, rapatriement et

393 SECK Cheick Yerim ; « Côte d’ivoire : sortie de crise, mode d’emploi », in Jeune Afrique
l’intelligent n° 2350 du 22 au 28 Janvier 2006, pp 12-17.
394Ses membres sont : le Bénin, le Ghana, la Guinée, le Niger, l’Afrique du Sud, la France, le
Royaume Uni, les Etats-Unis, les Nations Unies, l’Union Africaine, la CEDEAO, l’Union
Européenne, l’Organisation Internationale de la Francophonie, la Banque Mondiale, et le Fonds
Monétaire International.

222
réinstallation ; Appui aux opérations humanitaires ; Appui à la mise en œuvre du processus de
paix ; Assistance dans le domaine des droits de l’homme ; Information: Faire comprendre le
processus de paix et le rôle de l’ONUCI aux collectivités locales et aux parties, grâce à un
service d’information efficace et, notamment, le cas échéant, à un service de radiodiffusion
des Nations Unies; Maintien de l’ ordre public ; Contribuer à la sécurité générale de la zone
d’activité des forces internationales; Intervenir, à la demande de l’ONUCI, pour soutenir des
éléments de cette dernière dont la sécurité serait menacée; Intervenir en cas d’éventuelles
actions belligérantes, si les conditions de sécurité l’exigent, en dehors des zones placées sous
le contrôle direct de l’ONUCI; Aider à protéger les civils dans leurs zones de déploiement

• Les sanctions de l’ONU ou l’application du chapitre 7 de la charte des Nations


Unies395.

Après avoir utilisé le chapitre 6 de la charte des Nations Unies relatif au règlement
pacifique des différends. L’ONU a appliqué ensuite le chapitre 7, portant sur les sanctions.
Le 15 novembre 2004, le Conseil de Sécurité des Nations Unies, à la demande de la
France, a pris à l'unanimité la résolution 1572, interdisant le commerce des armes avec l'une
ou l'autre des deux parties belligérantes, rebelles du nord ou forces gouvernementales. Cette
mesure aurait été efficace si elle n’avait pas été vidée de son sens, le 24 janvier 2005, lorsque
l’ONU a autorisé le gouvernement ivoirien à réparer ses aéronefs détruits par les forces
françaises le 06 novembre 2004, en riposte au bombardement de la base française de Bouaké.
Le Conseil de Sécurité a exigé également que les autorités ivoiriennes mettent un
terme à toutes les émissions de radio et de télévision incitant à la haine, à l'intolérance et à la
violence.
La seconde sanction de l’ONU était plus ciblée. Elle a visé des individus accusés
d’entraver le processus de paix. Le Comité de sanctions du Conseil de Sécurité a appelé les
Etats membres à interdire l’entrée ou le transit et à geler immédiatement les avoirs financiers
de personnes qui font peser une menace sur le processus de paix et de réconciliation nationale
en Côte d’Ivoire.
Du côté gouvernemental, il s’agissait de Charles Blé Goudé et Eugene Djué, deux
leaders du Mouvement des Jeunes Patriotes, proche du Président Laurent Gbagbo. Ils avaient

395
Ce chapitre est intitulé : « actions en cas de menace contre la paix, de rupture de la paix et
d’acte d’agression »
223
appelé leurs partisans à descendre dans la rue et à demander le départ des casques bleus de
l’ONU et des soldats français de la force Licorne.
Du côté des rebelles, Martin Kouakou Fofie, un Commandant des Forces Nouvelles a
été sanctionné pour violation des droits de l’homme à Khorogho, une ville de la région nord
de la Côte d’Ivoire sous contrôle des Forces nouvelles.
La décision des Nations Unies d’imposer des sanctions ciblées a été prise à la suite des
émeutes qui ont contraint des centaines de casques bleus à battre en retraite face à des jeunes
manifestants ayant incendié les véhicules et les bureaux de l’ONU.
Dénonçant l’inefficacité de ces mesures, certains observateurs ont reproché à l’ONU
d’avoir « ciblé des lampistes plutôt que des leaders politiques à Abidjan ou à Bouaké ».396

C- L’intervention de la France

Dans le cadre de son intervention, la France a opté pour une interposition entre forces
rebelles et forces gouvernementales, puis, elle a été à la base de la signature des accords de
Marcoussis

- Le déploiement d’une force d’interposition militaire :


Après le déclenchement du conflit ivoirien, la mission initiale des forces françaises en
Côte d'Ivoire était d'assurer la protection des ressortissants de la communauté internationale
dans ce pays, à la demande du Président Laurent Gbagbo.
Depuis le 4 avril 2004 et sur la base de la résolution n°1528 du Conseil de Sécurité, la
force Licorne a eu pour nouvelle mission de contribuer à la sécurité générale en Côte d'Ivoire,
en fournissant une capacité de réaction rapide à l'ONUCI, en cas d'agression.
Le mandat de la force française a évolué. En vertu de la résolution 1584 du Conseil de
Sécurité, la force Licorne a participé à la surveillance du respect des mesures d’embargo de la
résolution 1572.

396
HOFNUNG Thomas et Mauriac Laurent ; « Côte d’Ivoire : L’ONU sanctionne à minima », in Libération du 8
février 2006.
[http://www.liberation.fr/monde/010138098-cote-d-ivoire-l-onu-sanctionne-a-minima] (Consulté le 14
Novembre 2009)
224
L'effectif déployé était d'environ 3600 hommes. Les unités engagées dans l'opération
Licorne proviennent pour l'essentiel du 43ème Bataillon d'Infanterie de Marine stationné à
Port-Boué, et de la 6e Brigade Légère Blindée de Nîmes.
Sur le terrain, le dispositif Licorne était organisé autour d'un PCIAT basé à Port-
Bouët, dans l'enceinte du 43e Bataillon d'Infanterie de Marine. Il est réparti dans 3 GTIA : le
GTIA 1 au centre et au nord-est, le GTIA 2 à l'ouest et le GTIA 3 à Abidjan, au sud de la zone
de confiance. Les hélicoptères de l'Aviation Légère de l’Armée de Terre ont complété les
forces déployées sur le terrain. Ce dispositif a été complété par 2 escadrons de gendarmerie
mobile, formant un sous groupement opérationnel. Il a pour mission d'assister la force Licorne
dans la protection des intérêts français en Côte d'Ivoire, notamment, par la protection de
certaines entreprises françaises et par sa capacité de contrôle de foule qui est mise à
disposition de certains GTIA, en fonction des besoins spécifiques.

Il faut tout de même noter que l’intervention militaire de la France en Côte d’Ivoire, ne
s’est pas faite sans critique, elle a été désavouée en particulier, par les Jeunes Patriotes, qui
ont accusé la France de néo-colonialisme, pour plusieurs raisons :
D’abord, les forces de licorne ont ouvert le feu sur des civils qui manifestaient contre
la destruction d’une partie de l’aviation ivoirienne, faisant une dizaine de morts. Ensuite,
l’assassinat, dans des conditions obscures, d’un ivoirien en Mai 2005, par des soldats de la
force licorne. Cet événement a entraîné la suspension, puis le blâme et la mutation, par le
Ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie, du Général Henri Poncet commandant de la
force licorne et de son adjoint opérations, le Colonel Éric Burgaud, chef de corps du 13e
bataillon de chasseurs alpins et d'un sous-officier de ce régiment.

- Le parrainage des accords de Marcoussis :


Le 3 janvier 2003, lors d’une visite à Abidjan, le Ministre des Affaires Etrangères
français M. De Villepin, a proposé à toutes les parties en conflit de se retrouver en France
pour la signature d’un accord.
Suite à cette invitation, La France a réunit du 15 au 26 janvier 2003, à Linas-
Marcoussis les parties au conflit ivoirien, pour le retour de la paix. Tous les principaux
acteurs étaient présents, de l’ancien Chef de l’Etat Henri Konan Bédié à Alassane Dramane
Ouattara, excepté Gbagbo. Au bout de 9 jours de pourparlers, les accords Kléber, dits Accords
225
de Marcoussis car négociés à Linas-Marcoussis, ont été signés au Centre des Conférences
Internationales sur l’avenue Kléber à Paris. Ils s’articulent autour des huit (8) chapitres
suivants : Nationalité, identité, condition des étrangers ; Régime électoral ; Éligibilité à la
Présidence de la République ; Régime foncier ; Médias; Droits et libertés de la personne
humaine ; Regroupement, désarmement, démobilisation ; Redressement économique et
nécessité de cohésion sociale.
Les principaux points de ces accords sont : Le maintien au pouvoir de Laurent
Gbagbo, le Président élu démocratiquement en 2000 ; La formation d'un gouvernement de
« réconciliation nationale » comprenant 44 membres représentant tous les partis ; Les rebelles
du nord obtiennent les Ministères de la Défense et de l'Intérieur ; Un Premier Ministre est
nommé de manière irrévocable jusqu'aux prochaines élections ; le FPI obtient 10 ministères,
le RDR et le PDCI, 7 chacun ; Une révision de la Constitution, et notamment des critères
d'éligibilité du Président ; Une révision des critères d'admission à la citoyenneté, qui écarte
trop d'Ivoiriens ; une restructuration des forces armées ; La traduction devant la Cour Pénale
Internationale des responsables d'exécutions sommaires.
Grâce à plusieurs efforts conjugués pour assurer le respect et la mise en œuvre desdits
accords, toute la production juridique instruite a été réalisée. Deux points ont fait l’objet de
désaccord, il s’agit du Programme de Désarmement, de Démobilisation, de Réinsertion et de
Réhabilitation Communautaire, ainsi que l’identification de la population en vue des
élections.

226
Section 2 : La résurgence des rébellions armées dans l’espace CEDEAO

Phénomène conflictuel qui avait disparu au moment de la mise en place du nouveau


mécanisme de sécurité, des anciennes rébellions armées ont fait leur réapparition à partir de
2006, dans la bande sahélo-saharienne (paragraphe 1) et dans le delta du niger (paragraphe
2).

Paragraphe 1 : La CEDEAO face aux rébellions touarègues dans la bande sahélo-


saharienne.

La rébellion touarègue se déroulait au Mali et au Niger, deux Etats situés dans la


bande sahélo-saharienne (A), par des acteurs différents par leur nationalité mais appartenant à
une même ethnie : les touarègues. Quelles ont été les actions posées par la CEDEAO dans le
règlement de ces rébellions ? (B).

A- L’état de la rébellion touarègue dans la bande sahélo-saharienne

Ethnie habitant le Sahara central et une partie du Sahel, les touarègues se répartissent
entre 5 Etats : le Mali, le Niger, l’Algérie, la Lybie et le Burkina-Faso397. Ils sont estimés à
3,5 millions dont 85% Mali et au Niger, ce sont ces deux Etats, qui sont confrontés aux
rébellions touarègues. Les touarègues représentent398 environ 10% de la population malienne
et 20% de la population nigérienne. Les mouvements rebelles touarègues s’inscrivent dans
des systèmes asymétriques, il s’agit de la capacité d’entités non étatiques d’utiliser
simultanément des procédés militaires ou non afin d’atteindre un objectif précis. Il en existe
essentiellement 3 types399 : les systèmes de prédation caractérisée par le fait que des entités
non étatiques recherchent le profit par des moyens illégaux, les systèmes de revendication,
dans lesquels les groupes rebelles recherchent une division équitable du pouvoir ou
l’indépendance de leur territoire et enfin, les systèmes de subversion, l’objectif étant de

397 ATTAYOUB Abdoulahi, « la résistance touarègue »


[www.mondeberbere.com /PARImazigh/Parimazigh5/Touregue.htm] (Consulté le 07 Décembre
2010)
398 Ibid.

399 LOUP Francart, livre gris sur la sécurité et la défense, stratégies et doctrines, Economica,
2006, pp 40-44
227
perpétrer des violences politiques, ces groupes ont des exigences non négociables. Il est utile
de déterminer la situation de la rébellion touarègue au Mali et au Niger.

- La rébellion touarègue au Mali :


La rébellion touarègue et sa gestion peuvent être résumées en 3 grandes périodes :

- 1960- 1990 : première période, de l’indépendance à la grande rébellion de 1990 :


durant cette période, les rebelles touarègues n’avaient pas radicalisé la lutte
armée, et ils ne bénéficiaient d’aucun soutien politique extérieur.
- -1990-1996 : la rébellion touarègue s’amplifie essentiellement à cause du retour
des jeunes touarègues, qui s’étaient réfugiés dans des pays voisins et la Libye
durant, la grande sécheresse de 1973. Ils ont appris le maniement des armes dans
ces pays. Le symbole du déclenchement de cette seconde rébellion, est l’attaque
de la Gendarmerie de Ménaka en Juin 1990.
- 2006- à aujourd’hui : le 23 Mai 2006 l’attaque de plusieurs camps militaires
par un groupe armé dirigé par Ag Bahanga, un intégré dans l’armée malienne à
la suite des accords de paix de 1996, marque le début de cette 3ème période.

- La question touarègue au Niger :


Contrairement au Mali, la rébellion touarègue au Niger est très jeune, elle a été
inspirée et encouragée par celle du Mali. Elle peut être repartie sur deux grandes
périodes :
- 1990- 1997 : première période, symbolisée par l’attaque d’une prison
gouvernementale située à Tchin-Tabaraden en Mai 1990, par des touarègues
armés pour libérer un des leurs, s’en suivirent des représailles de l’armée puis
l’engrenage de la violence.

- de 2007- à aujourd’hui : débute en Février 2007. Un groupe touareg armé


attaque des forces armées et de sécurité à Iferouāne, encore une fois, on voit
l’inspiration qui leur vient du Mali.

228
B- Les réactions de la CEDEAO dans la lutte contre les rébellions

Dans le règlement des rébellions touarègues, la CEDEAO a posé deux actions :

- l’éventualité d’une conférence sur le Sahel :


À la demande du Mali et du Nigéria, le Conseil de médiation et de sécurité de la
CEDEAO au Niveau des Ministres des Affaires Étrangères, a décidé d’organiser une
conférence sur l’insécurité au Sahel. La Conférence s’est tenue à Ouagadougou le 15 janvier
2008. Les thèmes de la conférence ont été évoqués, il s’agit de : la lutte contre le trafic de
drogue et des armes légères ainsi que les questions de développement.

- la proposition de médiation du Président Compaoré au président Tandja


La deuxième intervention de la CEDEAO est relative à la proposition faite par le
Président du Burkina Faso, M. Compaoré, qui est aussi le président en exercice de la
CEDEAO. Il a chargé le 17 Juillet 2007, son Ministre des Affaires Étrangères de présenter au
Président Tandja sa disponibilité à jouer le rôle de médiateur.
Ces actions sont évidemment très minimes, étant donné que le règlement des
rebellions fait partie des conditions dans lesquelles le mécanisme de sécurité de la CEDEAO
s’applique.

229
Paragraphe 2 : La rébellion armée du MEND dans le Delta du niger

République Fédérale située en Afrique de l’Ouest, le Nigeria possède une large


ouverture sur le golfe de Guinée. Il est limité au nord par le Niger, à l’est par le Tchad et le
Cameroun, et à l’ouest par le Bénin. Avec une superficie de 923 768 km², le Nigéria est
peuplé d’environ 138 283 240, ce qui fait de lui, l’Etat le plus peuplé d’Afrique. Regorgeant
d’énormes ressources naturelles, le Nigéria est le 6ème pays producteur de pétrole dans le
monde, le pétrole représente 90% des exportations nationales.
Le delta du Niger, région abritant la rébellion armée, est situé au Sud du Nigéria. On y
trouve environ 15 Millions d’habitants et plus de 40 ethnies différentes. Le delta du Niger est
la région la plus humide d’Afrique. Aussi, on y trouve, d’énormes ressources naturelles,
comme le pétrole, le gaz, le bois. A titre illustratif, 95% du revenu total du Nigéria provient
de l’exploitation du pétrole et du gaz400. Il ya 7 Etats fédérés qui constituent la région du delta
du Niger : Akwa-Ibom, Bayelsa, Cross Rivers, Edo, Delta, Rivers et Ondo.
La colère contre le gouvernement fédéral nigérian vient de 3 régions : Bayelsa, Delta
et Rivers, qui concentrent l’essentiel des activités pétrolières du Nigéria. La rébellion du delta
du niger constitue une menace importante pour le Nigéria, il est judicieux de déterminer ses
causes (A) et les impacts sur le Nigéria (B).

A- Les causes de la rébellion dans le delta du niger :

On peut identifier plusieurs causes de la rébellion dans le delta du niger, il s’agit de :


- La marginalisation des populations autochtones :
La région du delta du Niger a une histoire violente, la détérioration de la situation a
conduit à l’émergence de groupes armés revendiquant les retombées du pétrole pour leur
région. La revendication armée pour un meilleur partage des ressources issues du pétrole ne
date pas d’aujourd’hui. En effet, elle remonte à 1966, lorsqu’Isaac Adaka Boro a conduit une
rébellion armée avec des jeunes de la région, contre le gouvernement fédéral nigérian. Le

400BRISIBE Asafo. Adjei “ African Tradition “The Identity of a People: With special Focus on
Globalization & Its Impact in the Niger Delta” C.O.O.L Conference, Boston, U.S.A, March 18,
2001, pp 1

230
mouvement rebelle se nommait : le service des volontaires du delta401. La répression brutale
de la rébellion a entrainé sa disparition. Toutefois, la revendication a eu l’avantage de faire
prendre conscience à la population très hétéroclite du delta du Niger, de sa marginalisation
économique et politique.
A la suite du Service des Volontaires du Delta, un autre mouvement verra le jour, il
s’agit du Mouvement pour l’émancipation du peuple Ogoni, crée en 1992, par Ken Saro-
Wiwa. Le but de sa lutte était de402 : mettre fin à la destruction de l’environnement causée par
l’exploitation du pétrole par Shell et Chevron, puis obtenir des compensations financières
pour les personnes dont les terres ont été expropriées au profit des compagnies pétrolières.
Contrairement à ses prédécesseurs, il a prôné la non violence. Le militantisme actif de
Ken Saro-Wiwa et la promotion de sa lutte à l’échelle internationale, déstabilisent le régime
dictatorial du Général Sanni Abacha. Pour faire taire le mouvement, le gouvernement
nigérian, accuse Ken Saro-Wiwa d’avoir incité ses partisans à assassiner 4 doyens de l’ethnie
Ogoni. Ken Saro-Wiwa et huit de ses partisans ont été condamnés par un tribunal militaire et
seront pendus en Novembre 1995403.
Affichant sa détermination, il a affirmé devant la cour militaire: « I am a man of peace,
of ideas. Appalled by the denigrating poverty of my people who live on a richly endowed
land, distressed by their political marginalization and economic strangulation, angered by the
devastation of their land, their ultimate heritage, anxious to preserve their right to life and to a
decent living »404.

En Anglais : Delta Volunteer Service


401

INVENTORY OF CONFLICT AND ENVIRONMENT, “Ogonis and Conflict; Factsheet on the


402

Ogoni Struggle” [http://www.insular.com/~tmc/politics/africa/ogoni.fact.html] (Consulté le 14


Janvier 2011)
403 Les personnes qui ont été pendues sont :Ken Saro-Wiwa, Baribor Bera, Saturday Doobee,
Nordu Eawo, Daniel Gbokoo, Barinem Kiobel, John Kpuinen, Paul Levura and Felix Nuate
404 Traduction par nos soins : « Je suis un homme de paix, d’idées. Motivé par la pauvreté

dégradante de mon peuple, qui vit sur une terre riche, frustré par leur marginalisation politique,
leur strangulation économique, frustrés par la dévastation de leur terre et de leur héritage,
soucieux de préserver leur droit à la vie et à une vie décente » KenSaro-Wiwa,
[http://www.unitedijawstates.com: Corruption in High Places, 27/06/2007] (Consulté le 14 janvier
2011)

231
En effet, la sentence des leaders Ogoni a permis: « alerted the world to the devastating
impact of the oil industry in the Niger Delta, including how the environmental damage caused
by the oil industry was damaging the health and livelihoods of the Ogoni people »405
Une dizaine d’années plus tard, la revendication des populations du delta du Niger,
s’est durcit, ce qui a donné naissance à plusieurs mouvements rebelles armés, comme406 : le
Mouvement pour l’Emancipation du Delta du Niger, la force des personnes volontaires du
Delta du Niger, le Conseil Révolutionnaire Uni, le Mouvement pour la survie de la nationalité
ethnique Ljaw. Le Nigéria est dominé par 3 principaux groupes ethniques : les Yoruba, les
Igbo et les Haussa-Foulani. La domination de ces groupes ethniques a été favorisée par le
colonisateur britannique, elle a continué après l’indépendance du Nigéria. Les ethnies du delta
du Niger ont de ce fait, été écartées du pouvoir.
Selon le présentateur de « Inside Africa » sur Cable Network News (CNN), le delta du
Niger: « is a region where time seems to have stood still and where people live the most
meager of existences, leaving them bitter and angry from not having benefited from the black
gold that makes Nigeria Africa’s largest producer »407

405 Traduction par nos soins : « A permis d’alerter le monde de l’impact dévastateur de l’industrie
pétrolière dans le delta du Niger, y compris comment le dommage environnemental causé par
l’industrie pétrolière détériorait la santé et la survie du peuple Ogoni »

AMNESTY INTERNATIONAL, Petroleum, pollution and poverty in the Niger Delta, Juin 2009
Index: AFR 44/017/2009, pp 4

406Le nom des mouvements en anglais: The Movement for the Emancipation of the Niger Delta
(MEND), the Niger Delta Peoples Volunteer Force (NDPVF), the Joint Revolutionary Council
(JRC) et le Movement for the Survival of the Ijaw Ethnic Nationality (MOSEIN).

407Traduction par nos soins : « Est une région où le temps semble s’être arrêté et où les gens
vivent une existence précaire, ceux qui les rend frustrés de ne pas bénéficier de l’or noir qui fait
du Nigéria le plus grand producteur africain de pétrole » Tumi Makagbo, CNN, Inside Africa
aired on 2nd October, 2004,[ http://transcripts.cnn.com] (Consulté le 14 janvier 2010)

232
Décrivant amplement l’état du delta du Niger, Mukagbo a affirmé que: « In Niger
Delta, scenes of abject poverty pervades the area, very similar to what you find in a refugee
camp. The region fetches the government oil revenue within the region of $100M a day »408
La région du delta du Niger est sous développée, malgré le fait qu’elle rapporte
l’essentiel de la richesse nationale, selon Whittington409: «there is no real development, no
roads, no electricity, no running water and no telephone ».
Le sous développement est très répandu, les plus vulnérables face à cette situation sont
les jeunes. C’est la raison pour laquelle la plupart d’entre eux militent pour faire connaître
leur situation à l’opinion nationale et internationale. Selon Brisibe410 : «Majority of the youth
from the region are unemployed. They do not benefit from the presence of the Multinational
Corporations operating in their communities. Less than five per cent of the people from the
Niger Delta work in these companies, women from the region in oil companies are less than
one percent. A majority of the beneficiaries are from other parts of Nigeria »

- La destruction de l’environnement :
Le coût environnemental lié à l’exploitation du pétrole est très élevé. On peut évoquer
la destruction de la faune et de la flore, de la biodiversité, de la destruction de terres fertiles
pour l’agriculture, de la pollution de l’air et de l’eau, de la destruction de l’écosystème. Toute
cette panoplie de dégradation environnementale crée des problèmes sanitaires aux populations
vivant dans les régions concernées par l’exploitation du pétrole. Actuellement, le delta du
Niger se trouve dans un désastre écologique411.

408Traduction par nos soins : « Dans le delta du Niger, des scènes de pauvreté extrême
symbolisent la région, très semblable à ce qu’on retrouve dans un camp de réfugiés. La région
rapporte 100 millions de dollars de revenus pétroliers au gouvernement nigérian », Tumi
Makagbo, idem.
409
Traduction par nos soins : « il n’y a pas de réel développement, pas de routes, pas d’électricité, pas d’eau
courante et pas de téléphone »
410Traduction par nos soins : « La majorité des jeunes de la région sont au chômage. Ils ne
profitent pas de la présence des compagnies de pétrole travaillant dans le delta du Niger. Moins
de 5% des personnes travaillant dans les compagnies de pétrole, viennent du delta du Niger, les
femmes du delta du Niger travaillant dans les compagnies de pétrole sont moins d’1%. La plupart
des bénéficiaires viennent d’autres régions du Nigéria » Brisibe, Asefo.Adjei, « African Tradition,
the Identity of a People: With special Focus on Globalization & Its Impact in the Niger Delta »
C.O.O.L Conference, Boston, U.S.A, 2001, pp 1

411 NATIONAL GEOGRAPHIC MAGAZINE, Nigerian Oil, Curse of the Black Gold

233
Les compagnies de pétrole détruisent l’environnement du delta du niger par la fuite du
pétrole, elle constitue un problème crucial pour la région. Les autochtones et l’environnement
souffrent du déversement de pétrole par les compagnies de pétrole et de l’absence de
coordination entre les compagnies de pétrole et le gouvernement fédéral pour nettoyer les
zones polluées. Selon Etim412, la fuite de pétrole des pipelines de Shell, dans la région de
Bayelsa en Juin 2003, a causé des dommages économiques et environnementaux très
importants.
Les effets de la fuite n’ont pas été nettoyés correctement et les populations
autochtones n’ont pas été évacuées par les compagnies de pétrole. De l’autre côté, les
émissions de gaz, produisent de l’hydrogène sulfurique, qui à son tour produit de l’oxyde
sulfurique, lorsque cette dernière se mélange à l’oxygène et l’eau dans l’atmosphère, il
s’ensuit des pluies acides. Ces dernières ont des effets négatifs sur l’homme et sur
l’environnement.
Un rapport413 de la Central Intelligence Agency des Etats-Unis d’Amérique indique
que :
« everyday, eight million cubic feet of natural gas are burned off in flares that light the skies
across the Delta, (…) hunting the fishing and poisoning the agriculture, but contributing to
global warming ».

- La mauvaise gouvernance et la corruption :


La région du delta du Niger est exposée à la mauvaise gouvernance et à la corruption
de la part des autorités locales et de celle des autorités fédérales.
Sous le gouvernement du Docteur Peter Odili414, il s’avérait que le gouvernement local
de l’Etat du Rivers, avait un budget 1.3 milliards de Dollars en 2006. Ce budget comprenait
une dépense de 65.000 dollars par jour, pour les frais de transport du bureau du gouverneur,
10 millions de dollars pour la fourniture de nourriture, les dons et les cadeaux, 38 millions de

[http://www7.nationalgeographic.com ] (Consulté le 14 janvier 2011)

412 INVENTORY OF CONFLICT AND ENVIRONMENT, Ogonis and Conflict, Op. cit, pp 4

413Traduction par nos soins : « Chaque jour, 8 millions de mètres cube de gaz naturel sont émis
dans le delta du Niger, (…) rendant la pêche impossible, empoisonne l’agriculture, et contribuant
au réchauffement climatique mondial » Comet Nigerian Newspaper, March 21, 2001, pp12
414
Il était le 13ème Gouverneur de l’Etat du Rivers, du 29 Mai 1999 au 29 Mai 2007
234
dollars pour l’achet de deux hélicoptères et 22 millions de dollars pour les services de santé,
le responsable de l’Agence Nigériane pour la lutte contre la corruption Nuhu Ribadu a estimé
qu’en 2003, 70 % des revenus pétroliers, soit plus de 14 milliards de dollars ont été volés ou
gaspillées415.
Une utilisation rationnelle des revenus pétroliers affectés aux autorités, pourrait
largement améliorer les conditions de vie des populations du delta du Niger.
Par ailleurs, la violation des droits humains peut être considérée comme l’un des
facteurs explicatifs de la rébellion dans le delta du Niger. En effet, les populations ont une
mauvaise appréhension des compagnies de pétrole. Les droits humains sont constamment
violés par les forces de sécurité à la demande des compagnies de pétrole.
Depuis la rébellion armée d’Isaac Boro en 1966, les forces de sécurité terrorisent les
populations du delta du Niger, pour d’une part, permettre le fonctionnement normal des
compagnies de pétrole et d’autre part dissuader toute nouvelle rébellion armée. A titre
illustratif, en 1987, la communauté Iko dans l’Etat d’Akwa Ibom, a été réprimée par la police
locale, à la demande de Shell416. En 1992, à la demande de Shell, des jeunes ont été
assassinés417 à Bonny, lors d’une protestation pacifique, contre les activités de la compagnie
de pétrole.
En Janvier 2003, 300.000 Ogoni418 ont protesté contre Shell. Cette marche de
protestation pacifique a été violemment réprimée par le gouvernement fédéral. Le 11 Janvier
1999, des femmes de l’ethnie Ijaw, protestant contre les compagnies de pétrole, connaîtront la
même répression.

415
BRISIBE, Asefo. Adjei., African Tradition… Op. Cit, pp.6
416 INVENTORY OF CONFLICT AND ENVIRONMENT, Ogonis and Conflict, op cit. P.5
417 BRISIBE, Asefo. Adjei Op Cit, P.5

418INTERNATIONAL HERALD TRIBUNE, “Oil Companies in Niger Delta Facing Growing List
of Dangers” [//www.iht.com/articles/2007/04/22/news/oil.php] (Consulté le 14 janvier 2011)

235
B- Les impacts de la rébellion

La rébellion du delta du niger a des impacts sur le plan économique et sur le plan
sécuritaire.
- L’impact économique :
Du début de la crise en 2006 à aujourd’hui, la production de pétrole a chuté. La
production actuellement est de 1,8 million de barils par jour, elle était de 2,6 millions de barils
par jour, il y a trois ans, soit en une baisse d’un tiers419. La situation handicape l’ambitieux
projet du gouvernement, qui était d’atteindre 4 millions de barils par jour en 2010. La
rébellion coûte à l’Etat Nigérian 4.4 milliards de dollars par an420.
Si les violences contre les compagnies de pétrole dont les pipelines sont régulièrement
sabotés et le personnel pris en otage, persistent, il n’est pas exclu qu’elles quittent
définitivement le Nigéria. La perturbation du marché international causé par la baisse de la
production de pétrole avec comme corolaire, l’augmentation de son coût rendrait cette
solution somme toute logique. A titre d’exemple, l’attaque d’un navire transportant du pétrole
dans le delta du Niger, par un groupe d’hommes armés, le 8 Juin 2007, a entrainé une
augmentation du prix du pétrole de 1.50 dollars à 63.38 dollars le baril de pétrole.
Un autre impact de la crise dans le Delta du niger, c’est le licenciement de personnel
par les compagnies de pétrole. Ainsi, la compagnie de pétrole anglo/Dutch, prévoit le
licenciement de 3.500 travailleurs avant 2007421. On peut évoquer, la perturbation de la
télécommunication dans la région du delta du Niger, selon le Directeur Général de la société

JEUNE AFRIQUE l’INTELLIGENT, « Les rebelles du Mend revendiquent une attaque à


419

Lagos », publié le 13 Juillet 2009.

[http://www.jeuneafrique.com/Article/DEPAFP20090713T051802Z/petrole-shell-umaru-yar-adua-
henry-okahles-rebelles-du-mend-revendiquent-une-attaque-a-lagos.html] (Consulté le 14 Mars
2010)
420OGBU Ahamefula, “Nigeria: Kidnappers Free Lawmaker's Son”
[http://allafrica.com/stories/200707021007.html] (Consulté le 14 Mars 2010)
421ADEBAYO Sola, “Niger Delta Crisis: Shell To Sack 3,500” Punch news paper, Nigéria, 10 Juin

2007.

[http://www.punchng.com/Articl.aspx?theartic=Art200706101334846] (Consulté le 26 mars 2010)

236
de téléphonie (Mobile Telecommunication Network-MTN) au Nigéria, M.Wale Goodluck a
déclaré que : « la compagnie avait 43 stations, qui ont été détruites par les rebelles »422.

- Les impacts sécuritaires de la crise :


La rébellion a de sérieuses implications pour le Nigéria, sur plusieurs plans :

• La confrontation avec les militaires:


Depuis 2006, il y a régulièrement des accrochages entre l’armée nigériane et les
rebelles du MEND. À plusieurs reprises les rebelles du MEND ont pu résister aux assauts de
l’armée nigériane. Leur résistance s’explique par leur puissance de feu et la qualité de leur
arsenal militaire423.

• Les prises d’otages:


Les prises d’otages sont devenues un mode opératoire des groupes armés dans le delta
du Niger, toute chose qui contribuent à la dégradation de la situation sécuritaire. Les prises
d’otages424 d’employés des compagnies de pétrole par le MEND ont débuté le 11 janvier
2006, dans l’Etat de Bayelsa425, depuis le début de la rébellion, il y a eu plus de 200 personnes
expatriées travaillant pour les compagnies de pétrole qui ont été kidnappées. En général, ils
sont toujours libérés en contre partie de rançons. Selon le Herald tribunes, les compagnies de
pétrole ont elles-mêmes contribué à la dégradation de la situation, notamment en laissant faire
la corruption et en dégradant l’environnement du delta du Niger.426

422IBOMA Jonah, “GSM Calls: Militants Compound Operators’ Woes”, Punch Newspaper, 1er
Juillet 2007

[http://www.punchng.com/Articl.aspx?theartic=Art200707015174245] (Consulté le 14 février


2010)

423WHELAN Theresa, “U.S. Partners With Nigeria on Security for Oil-Rich Delta Region”,
[http://www.defencetalk.com/us-partners-with-nigeria-on-security-for-oil-rich-delta-region-10878/]
(Consulté le 05 Mars 2010)

424AMAIZE Emma, “Niger Delta Commercial Hostage Takers Uncovered”,


[http:www.vanguardngr.com] (consulté le 15 Juillet 2007)

Il s’agissait de 4 personnes de nationalité américaine, britannique, bulgare et hondurienne


425

International Herald Tribune, “Oil Companies in Niger Delta Face Growing List of Dangers”,
426

Op. Cit

237
En plus des expatriés, les rebelles prennent en otages les parents des autorités locales
et les échangent contre de l’argent.

• L’accroissement du « Bunkering »
La rébellion a entrainé l’accroissement du « Bunkering » c'est-à-dire « l’action de vol
de pétrole brut par destruction partielle ou piratage de pipe-line. […] Si différentes techniques
existent, la principale consiste à pirater des oléoducs de gros volume en soudant une
dérivation clandestine sur une de leurs vannes. […] Elles nécessitent la délivrance frauduleuse
de vrais certificats d’exportation, afin que le pétrole volé puisse être vendu sans attirer
l’attention d’acheteurs tenus au respect de normes de traçabilité du brut qu’ils raffinent ? […]
De telles opérations nécessitent à l’évidence de fortes complicités chez les militaires et
politiques »427.
En effet, le vol de pétrole constitue une source de financement de la rébellion. Selon
un rapport de l’International Crisis Group428, le Nigéria perd entre 70.000 et 300.000 barils de
pétrole par jour à cause de la vente clandestine de pétrole.
Dans son rapport d’Août 2006, Shell Nigéria avançait que le vol de pétrole lui a coûté
une perte d’environ 20.000 et 40.000 barils de pétrole par jour. En écoulant le pétrole volé,
les rebelles du MEND ont réussi à accumuler une richesse considérable et se procurer des
armes de guerre très sophistiquée.

Depuis la mise en place de la nouvelle architecture de sécurité, des conflits internes


vont émerger dans l’espace CEDEAO. Ceux-ci peuvent être séparés en deux, d’une part, nous
avons le conflit ivoirien, qui ressemble à plusieurs points au conflit libérien, notamment
l’enchevêtrement des causes identitaires, partisanes et socio-économiques, d’autre part, la
résurgence des rebellions armées touarègues et celles du delta du niger. Dans la perspective
d’une analyse une analyse, l’existence de ces conflits constitue d’abord un échec du nouveau
mécanisme de sécurité. En effet, le nouveau mécanisme de sécurité a accordé une importance

427VERY Philippe et MONNET Bertrand ; « Quand les organisations rencontrent le crime


organisé », in Revue Française de Gestion, n°183/2008, p. 188.

INTERNATIONAL CRISIS GROUP, “Fuelling The Niger Delta Crisis”, Crisis Group Africa
428

Report No. 118, 28 Septembre, 2006, P.8

238
particulière à la prévention des conflits internes, étant donné qu’un conflit née de la non
résolution des crises, il est logique d’observer que la CEDEAO a échoué à désamorcer la crise
ivoirienne. Cependant, l’organisation a déployé un contingent militaire pour s’interposer entre
les forces nouvelles et les forces gouvernementales, à ce niveau également, des ratées
opérationnelles ont été constatées, on peut évoquer le manque de planification stratégique et
le manque de moyens logistique.
S’agissant des rébellions touarègues la situation est encore plus alarmante.
L’intervention de la CEDEAO dans la gestion de la rébellion touarègue s’est limitée à des
propositions de médiation et des appels à des règlements pacifiques. Enfin, s’agissant de la
rébellion dans le delta du niger, la CEDEAO s’est illustrée par son absence, aucun acte n’a
pour le moment été posé par la CEDEAO, à en croire que rien ne se déroule dans cette partie
du Nigéria.
Quant au Mali et au Niger, la résurgence de la rébellion touarègue a montré les risques
de réversibilité liés à la rébellion. Ceci pose la nécessité de bâtir un programme de post-conflit
efficace et sur le long terme

239
Chapitre 7 : Le nouveau mécanisme de sécurité à l’épreuve du terrorisme

Longtemps épargné par le terrorisme, l’Afrique de l’Ouest découvre quasi-


simultanément le terrorisme islamiste, sur deux fronts, dans la bande sahélo-saharienne
(Section 1) et dans le nord du Nigéria (Section 2).

Section 1 : Le terrorisme Salafiste

Les attentats du 11 Septembre 2001 ont accéléré la lutte internationale contre le


terrorisme international. En effet, pour la première fois de son histoire, les Etats-Unis
d’Amérique, la nation la plus puissante du monde, sur le plan économique et militaire, a été la
cible d’attaques terroristes de grande ampleur et sur son territoire. L’attaque contre les Etats
Unis d’Amérique a été menée par des terroristes islamistes, qui étaient mû par la volonté
d’infliger une sanction exemplaire aux Etats-Unis d’Amérique, pour sa politique menée dans
le monde arabe, qualifiée d’humiliante par les terroristes.
Les attentats du 11 Septembre 2001 ont entraîné la destruction :
- Du world Trade center, ces tours jumelles longues de 410 m chacune, constituaient
le symbole de la puissance économique américaine ;
- D’une partie du pentagone, quartier général de l’armée américaine.

Par ailleurs, ils ont entrainé la mort de plus de 3000 personnes, représentant environ
80 nationalités différentes.
Toutefois, il a fallu ces événements pour que les Etats-Unis d’Amérique s’engagent
véritablement dans la lutte anti-terroriste, malgré les alertes qui furent données par les
attentats contre le world trade center en Février 1993, qui a fait 6 morts et les attentats contre
les ambassades américaines à Naïrobi au Kenya et Dar-es Salam en Tanzanie, ainsi que
l’attentat contre l’uss cole au Yémen.
Bien avant son internationalisation, certains Etats ont eu à faire face seul au
terrorisme, à l’instar de l’Algérie. La communauté internationale est restée sourde aux efforts
diplomatiques déployés par l’Algérie pour faire prendre conscience de l’importance de la lutte

241
contre le terrorisme islamiste. Le terrorisme islamiste algérien a toujours été qualifié de
problème interne, jusqu’aux attentas du 11 Septembre 2001.
Des années plus tard, nous assistons au débordement du problème terroriste algérien
en direction d’autres Etats sahélo-sahariens comme le Mali, le Niger et la Mauritanie. Pour
bien comprendre les contours du terrorisme au sahel. Nous verrons successivement, les
acteurs terroristes au sahel (Paragraphe 1), les avantages qu’offrent l’espace sahélo-saharien
pour les terroristes (Paragraphe 2) et l’organisation de la lutte contre le terrorisme au sahel
(Paragraphe 3).

Paragraphe 1 : Du Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat à Al-Qaïda au


Maghreb Islamique : les acteurs terroristes au Sahel

Il est impossible d’effectuer une analyse d’Al-Qaïda au Maghreb Islamique (B), sans
évoquer le GSPC (A), car c’est le développement du GSPC qui a donné naissance à AQMI.

A- L’histoire du GSPC

Le GSPC est né à la suite de l’éclatement du GIA en 1998. Il décriait les méthodes


aveugles du GIA, qui s’attaquait aux forces de l’ordre et à la population civile. Les principaux
responsables du GSPC à sa création étaient: Hassa Hattab, Amari Saïfi alias Abou Haïdara,
Abderrezak El-Para, Abdelaziz Abbi alias Abou Al-Hammam Okacha, alias Okacha El-Para,
proche de Hassan Hattab et « conseiller militaire » de l’organisation. Nabil Sahraoui, alias
Abou Ibrahim Mustapha.
Les objectifs du GSPC, selon leur charte d’établissement, étaient de :
- Découdre avec le régime algérien apostat, qui a renoncé à la charia.
- Ressusciter le devoir du djihâd chez les algériens.
- Ne stopper le djihâd contre les renégats que lorsque la parole de Dieu sera reçue
comme exclusive et première.
- Combattre les dogmes des groupes déviants sur le plan doctrinal, théorique et
pratique.

242
- Jouter les idées et les théories étrangères, telles que la laïcité, la franc-maçonnerie,
la démocratie, le communisme et toute autre forme de pensée qui va à l’encontre
des « salafs ».

L’enlèvement de 32 touristes européens429 au Sahara en Mars 2003, marque le fait


d’armes initial du GSPC. Ce groupe terroriste algérien n’avait pourtant pas sa raison d’être,
car l’élection du Président algérien Abdel Aziz Bouteflika en 1999 s’est déroulée avec pour
objectif d’atteindre « la concorde civile », une politique d’amnistie en faveur des terroristes,
une loi dans ce sens sera adoptée le 20 juillet 1999430.
Sur le plan organisationnel, le GSPC était groupe particulièrement bien structuré431. Il
était composé de 800 soldats, organisés en bataillons (jounds), en sections (Katibats) et en
phalanges (Seriats). Le GSPC était structuré autour d’un « Conseil des chefs » (Medjles al-
A’yân), qui rassemblait les émirs des compagnies (katibas) et les commandants de sections
(seriets). Ceux-ci élisaient un « Emir du groupe » et un « Chef du conseil ».
En cas de défection ou de trépas de l’émir, le chef du conseil prenait immédiatement
les rennes. Le « Conseil des chefs » était assisté par trois comités différents :
- Un comité juridique (Al-ladjna al-char’iyya), qui émet les avis religieux
(fatwas) sur les décisions et les actions du Conseil,
- Un comité militaire (Al-ladjna al-‘askariyya) chargé de la stratégie générale et de
la tactique de la guerre,
- Un comité de l’information (Al-ladjna al-i’lâmiyya) chargé de la communication
extérieure et de la promotion médiatique des actions de l’organisation.

Les chefs de ces trois comités étaient membres de droit du « Conseil des chefs ».
Le GSPC repose sur le salafisme comme le stipule l’article 1er de la charte
l’établissant. Le salafisme est une doctrine fondamentaliste islamiste sunnite revendiquant un

429Il s’agit de seize Allemands, dix Autrichiens, quatre Suisses, un Néerlandais et un Suédois. Ils
seront libérés en deux vagues, une première le 13 Mai 2003 et une autre le 18 Août 2003.
430 Elle prévoit une réduction de peine pour les membres des groupes armés qui se rendront avant
le 13 janvier 2000, pour autant qu’ils n’aient pas commis de crimes de sang ou de viols (lors du
référendum du 16 septembre 2000.
431Equipe de recherche sur le Terrorisme et l’anti-terrorisme, « le GSPC : menace pour l’Europe »

[http://www.erta-tcrg.org/cri6224/2007/gspc2.html] (Consulté le 22 janvier 2010)


243
retour à l’islam des origines. Il est issu de la doctrine wahhabite. Etymologiquement, le
salafisme provient du mot « salaf », qui signifie « prédécesseur » ou « ancêtre » désignant les
compagnons de Mahomet et les deux générations qui leur succédèrent. L’appellation «
salafiste » (ou salafy) recouvre aujourd’hui deux grandes tendances antagonistes, d’une part
les djihadistes qui prêchent le salafisme par la violence et le terrorisme comme le Groupe
Salafiste pour la Prédication et le Combat et d’autre part, les cheikhistes qui sont des
théologiens et prêcheurs salafistes opposés à la violence des djihadistes.
Les salafistes refusent de se voir comme un mouvement de fondation récente, et
considèrent qu’ils représentent la continuation légitime de l’islam des premiers siècles.
Les salafistes ont pour principaux fondements les traits suivants :
 Insister sur le Tawhidi (monothéisme) dont ils distinguent trois branches, ce qui
est une différenciation nette vis-à-vis des autres théologiens musulmans :
 -Tawhidi ur-rububiyyah : l’unicité d’Allah comme créateur, et pourvoyeur aux
besoins de ses créatures.
 Tawhidi ul-ulûhiyyah : le fait de consacrer tous ses actes d’adoration à Allah et à
lui seul. Ils affirment que la première mission de tous les prophètes a été d’appeler
les gens à se conformer à cet aspect du monothéisme
 Tawhidi ul-asma’i was-sifât : le fait d’accepter le sens apparent des attributs et
actes divins qui apparaissent dans le coran et la sunna authentique, sans les
interpréter de façon métaphorique, et sans les assimiler aux attributs humains.
 Revenir à la religion telle que pratiquée par les pieux prédécesseurs et dénoncer
toute innovation dans les préceptes ou dénoncer des choses qui ne sont pas
reconnues comme des innovations par le consensus des sunnites traditionnels.
 Aucune parole ou avis d’aucune personne ne doit primer sur les textes du coran et
de la sunna.

244
B- L’évolution du GSPC en AQMI

Al-Qaïda au Maghreb Islamique a été officiellement crée le 11 Septembre 2006.


L’annonce de la création a été faite par l’égyptien Ayman al-Zawahiri dans une vidéo432, à
travers laquelle, il a apprécie cet : « os dans la gorge des croisés américains et français »433
Le 3 septembre 2006, le GSPC à travers un communiqué a fait la déclaration suivante :
«Nous prêtons allégeance à cheikh Oussama Ben Laden (...). Nous poursuivrons notre djihad
en Algérie. Nos soldats sont à ses ordres pour qu’il frappe par notre entremise qui il voudra et
partout où il voudra. Tout en décidant de rallier Al-Qaïda et de prêter allégeance à Ben Laden,
nous conseillons à nos frères de tous les autres mouvements jihadistes, partout dans le monde,
de ne pas manquer cette union bénie (...) L’Organisation d’Al-Qaïda est la seule habilitée à
regrouper tous les moudjahidine, à représenter la nation islamique et à parler en son nom»434.
Désormais, AQMI est une composante d’Al-Qaida, il contribue au djihad mondial, sa
zone d’intérêt est l’Afrique du Nord et l’Europe. A la question de savoir pourquoi, le GSPC
rejoint Al-Qaida? Droukdel a répondu que: « God ordered us to be united, to be allied, to
cooperate and fight against the idolaters in straight lines. The same way they fight us in
military allies and economic and political mass-groupings. Why shouldn’t we join our
brothers while almost all these nations got united against the Muslims and separated them,
and divided their land, and took away Al Aksa mosque (…)? Then look at the crimes that
happen in Gaza and Iraq and Afghanistan, and Somalia and others places. These crimes are
committed by the Jew-crusader ally »435.

432MEZIANE Selma ; « Que veut Al Qaïda ? » Le Jour d'Algérie du 14 avril 2007

[http://www.algeria-watch.org/fr/article/pol/geopolitique/strategie_gspc.htm.] (Consulté le 04
Juillet 2010)

433 Cité par FILIU Jean-Pierre, les neuf vies d’Al-Qaïda, édition Fayard 2009, pp 185.
434OUKACI Fayçal ; « GSPC – Al-Qaïda : L’alliance qui fait trembler la France », in l’Expression
du 16 Septembre 2006
[http://www.presse-dz.com/revue-de-presse/1093-l-alliance-qui-fait-trembler-la-france.html]
(Consulté le 16 Avril 2010)
435 Traduction “ Dieu nous a ordonné d’être unis, solidaire et de coopérer pour combattre les
impies directement. Dans la même mesure ou, ils nous combattent dans le cadre d’alliance
militaire, de groupe politique et économique. Pourquoi ne rejoignons-nous pas nos frères, pendant
que la plupart de ces Etats s’unissent contre les musulmans, les oppose, morcelle leur territoire et
les chasse de la mosquée d’Al Aksa (…) ? Ensuite, voyez les crimes qui se passent à Gaza, en Iraq
245
Cette transformation du GSPC en AQMI a entrainé 3 conséquences :
- sur le plan doctrinal : il s’ensuit un élargissement de l’ennemi par l’intégration de
l’occident, qui désormais s’ajoute à l’Etat algérien.
- sur le plan opératoire : le GSPC se glorifiait de ne s’en prendre qu’aux symboles
de l’Etat, épargnant ainsi, les populations civiles. La donne a changé avec AQMI,
qui excelle dans les attentats terroristes et les prises d’otages.
- sur le plan stratégique : à l’idée de la création d’un Etat islamique en Algérie
reposant sur la charia, un des objectifs du GSPC, s’est substitué l’établissement
d’un califat islamique qui va regrouper l’ensemble des Etats du Maghreb. L’autre
paramètre stratégique est la mise à disposition pour Al-Qaïda central, des milliers
de combattants expérimentés, au Maghreb et en Europe436.

AQMI est structuré en deux groupes :


Le groupe de la « Katiba Al Moulathamoun »437 : Son chef est l’émir Mokhtar
Belmokhtar. Il a sous ses ordres environ 90 éléments armés de kalachnikovs, de mortiers et de
lances roquettes. Il opère dans la zone comprise entre Tombouctou, Araouane, Boujebeha,
Taoudenni et la frontière mauritano-malienne d’une part, et d’autre part dans la région de
Thessalit et Ain Hallil, vers l’est. En Algérie, elle évolue dans le triangle Bordj Badji
Mokhtar, Omar Driss, Tamanrasset et Djanet.

en Afghanistan et en Somalie (…), ces crimes sont commis par les juifs et leurs alliés », interview
de Droukdel par le New York Times, publié le 1er Juillet 2008,
[http://www.nytimes.com/2008/07/01/world/africa/01transcript-droukdal.html] (Consutlé le 04
Avril 2010)
436MEKHENNET Souad, et autres; “A Threat Renewed : Ragtag Insurgency Gains a Lifeline
From Al Qaeda”, New York Times du 1er Juillet 2008
[http://www.nytimes.com/2008/07/01/world/africa/01algeria.html?_r=2&scp=1&sq=ragtag&st=cse
&oref=slogin,] (Consulté le 16 septembre 2010)
437 Le groupe des enturbannés
246
Le groupe de la « Katiba Al Fatihîn »438 :
Il est dirigé par l’émir Abou Zayd, disposant d’environ 80 éléments équipés de
kalachnikovs, de mortiers et de mitrailleuses montées sur des 4x4. Il évolue dans la zone
située par le mont Thadak, Ait Moulay, In Abog, atteignant parfois la région de Thessalit.
Comme source de financement, AQMI profite des ressources issues du trafic de
drogue, d’armes de cigarettes et surtout la prise d’otages d’occidentaux et leur libération
contre le paiement de rançons énormes.

438
Le groupe des conquérants
247
Paragraphe 2 : L’intérêt des terroristes pour la bande sahélo-saharienne

Le repli des terroristes dans la bande sahélo-saharienne est dû essentiellement à trois


principaux facteurs, qui sont :

A- La porosité des frontières

Le Sahara représente un immense désert, le plus grand de la terre, qui couvre une
superficie de près de 9 millions de Km2, c’est une bande de terre qui traverse les Etats
suivants : le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Libye, l’Égypte, la Mauritanie, le Mali, le
Niger, le Tchad et le Soudan. En référence à cette porosité des frontières, le Président de la
République du Mali, Amadou Toumani Touré remarque que : « La zone est très grande, 650
000 km2. Nous avons 2200 km de frontière avec la Mauritanie, 1800 avec l’Algérie, 600 avec
le Niger. C’est une zone presque vide où la densité est de zéro virgule quelque au km2. C’est
aussi un désert de sable et dans certains endroits un désert de regs, de pierres. Nous avons des
montagnes qui font 80 km de long à la frontière avec l’Algérie. Les conditions de vie y sont
difficiles, avec des températures qui peuvent varier de 1degré en décembre à 50 degrés à
l’ombre en avril.»439
La majorité de la population vivant dans le Sahara mène une vie de nomade à la
recherche incessante de points d’eau, ou s’adonnant à des activités commerciales. En effet, ce
déplacement des populations représente un défi pour les postes frontières chargés de la
sécurité, par ailleurs, ces populations sont souvent détenteurs de plusieurs passeports. A côté
de la mobilité des populations, nous pouvons évoquer la faible présence de l’Etat dans la
bande sahélo-saharienne, ceci est dû à l’immensité de la zone de surveillance, nécessitant des
moyens très onéreux pour des Etats ayant des difficultés économiques. Pour certains
observateurs : « L’incapacité des États à exercer leur fonction régalienne sur l’ensemble de

439TOURE Amadou Toumani ; « la crise en Côte d’Ivoire et nous », in Les Afriques, N° 146 du 27
janvier au 2 février 2011, propos recueillis par SEYE Chérif Elvalide.
[http://www.afribone.com/spip.php?article31364] (Consulté le 22 mars 2011)

248
leur territoire constitue la problématique centrale alimentant les risques de déstabilisation et
de conflits armés. Un État fragile est potentiellement livré à des forces anarchiques »440.

B- Le développement du trafic et de la contrebande :

La porosité des frontières a pour conséquence la contrebande et le trafic illégal de


marchandises. En effet, le commerce illégal dans le Sahara est d’autant plus accentué que les
conditions socio-économiques se sont dégradés depuis la grande sécheresse de 1970.
L’Economie des populations dépendait de l’élevage, la sécheresse a anéanti les perspectives
de développement. Pour pallier à ces difficultés, différentes politiques ont été entreprises : la
décentralisation administrative pour permettre le développement local, le développement du
tourisme et la sédentarisation des populations nomades. Malheureusement, toutes ces mesures
ne connaitront que des effets très limités sur le développement de la région.
N’ayant pas le choix, les populations s’adonnent à la contrebande. Dans le Sahara, il
existe deux axes empruntés par les contrebandiers. D’une part, l’axe Togo-Algérie/Libye par
le Niger, d’autre part, l’axe Mauritanie-Algérie par le Mali. Sur ces deux axes, l’activité
illégale concernée est le trafic de cigarettes. La contrebande de cigarettes est un trafic très
rentable, l’émir Mokhtar Belmokhtar, a construit sa fortune grâce à cette contrebande dans la
région sahélienne441.
Aussi, à partir de l’Algérie vers le Niger et le Mali, il existe la contrebande de produits
de première nécessité pour l’alimentation ou l’hygiène. La contrebande est facilitée par la
maitrise du terrain par les populations, qui sont des autochtones. Ils arrivent à détourner les
barrages des forces de sécurité442. Véritable source d’insécurité économique, la contrebande a
des répercussions sur les différentes économies nationales. Elle déstabilise les Etats, car les
produits concernés par la contrebande, tels que les produits énergétiques et alimentaires, sont
subventionnés par les Etats443. En intégrant le marché national, les produits issus de la

TAJE Mehdi, « vulnérabilités et facteurs d’insécurité au sahel », in enjeux ouest-africaines N°1,


440

Août 2010, Secrétariat du Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest, Paris, pp 03


441GEZE François et Mellah Salima ; « Al-Qaida au Maghreb, ou la très étrange histoire du GSPC
algérien », in Algeria-Watch, 22 septembre 2007, pp 35

442AIT OUARABI Mokrane ; « la traque des contrebandiers et des clandestins », in El watan,


N°4269 du 06 Décembre 2004, Alger, pp06
443
HASNA Yacouba, « rencontre Mafia et contrebande », in la Tribune, du 20 Novembre 2004, Alger, pp 3
249
contrebande, concurrencent les produits issus du commerce légal, par leur faible coût, il
s’ensuit la fermeture des unités industrielles fabricant ce produit. L’exemple de la cigarette est
illustratif, à plus d’un titre.
Aggravant la situation d’insécurité, le Sahara est devenu, ces dernières années, une
plaque tournante du trafic de drogue mondial. Décrivant la situation, Mehdi Taje observe
que : « le Sahel fait désormais partie des circuits prisés des réseaux de drogue (cartels
colombiens) très organisés, traversant les continents. Pour gagner l’Europe, les
narcotrafiquants empruntent des chemins clandestins traversant les pays de l’Afrique de
l’Ouest et le désert sahélien en infiltrant plusieurs pays de la région, notamment la Mauritanie,
le Mali, le Niger et le Tchad. Route de la cocaïne et route de l’héroïne se rejoignent désormais
dans le Sahara, empruntant de nouveaux itinéraires à travers le Tchad, le Mali et le Niger »444.
Selon le rapport mondial sur les drogues de l’ONUDC, la valeur monétaire des saisies
de drogues effectuées en 2007, a atteint 5.416.464 dollars. Elles se décomposent comme suit :
9.020 kg d’Herbe de cannabis saisi, 750 kg de résine de cannabis saisi, 208.2 kg de cocaïne
saisi. Ces chiffres ont montré que le trafic ce drogue est bien une réalité au Mali. Les raisons
de l’accroissement du trafic de drogue reposent sur les facteurs suivants : la facilité de
circulation dont dispose les trafiquants du fait de l’immensité du sahel-sahara ; la proximité
du Mali des régions à forte consommation de drogue (Europe).
Le développement du trafic de drogue dans le sahel-sahara a entrainé un complexe
narcotrafiquant-terroriste445. Dans ce complexe, chaque acteur criminel a un rôle bien
déterminé. Le rôle des terroristes dans le complexe narcotrafiquant-terroriste, consiste à
escorter les convois de drogue des narcotrafiquants. En général, les narcotrafiquants se
reposent sur les terroristes connaissant mieux les voies de contournement des postes de
sécurité, pour pouvoir circuler en toute quiétude dans l’immense désert du sahara avec leur
cargaison de stupéfiant.

444
TAJE Mehdi, « vulnérabilités et facteurs d’insécurité… », Op.Cit, pp 05
445A l’image du complexe militaro-industriel ou « triangle de fer » conceptualisé par le Général
Eisenhower, définit comme un groupe de pression composé des chefs militaires et de diverses
agences gouvernementales, des responsables des industries de l'armement et des parlementaires
des commissions sur la Défense. L'ensemble des interactions façonne l'évolution de l'armée
américaine par l'intermédiaire du passage des contrats de défense. Les relations entre trafiquants
de drogue et terroriste s’assimilent à un complexe narcotrafiquants-terroristes.

250
Quant aux narcotrafiquants, leur rôle dans le complexe consiste au paiement d’argent
aux terroristes, en contre partie du service d’escorte. Les terroristes sont ainsi à l’abri des
difficultés financières. Grâce à cette manne financière, ils arrivent à renforcer leur arsenal
militaire et à entreprendre des actions sociales auprès de la population civile afin d’accroître
la sympathie de la population à leur égard.

C- L’immigration clandestine :

La bande sahélo-saharienne est aussi une plaque tournante de l’immigration


clandestine. En effet, les ressortissants d’Afrique subsaharienne, désireux de rejoindre
illégalement l’Europe, traversent le Sahara, puis la méditerranée, seule frontière naturelle
entre l’Afrique et l’Europe. Ces derniers temps, de nouveaux types d’immigrés sont venus
gonfler le rang des immigrés, ils viennent d’Asie et du Moyen-Orient, comme les Syriens, les
Indiens, les Pakistanais et les Bangladais446. Outre le fait, que la plupart des immigrés errent
dans le Sahara, faute de pouvoir passer les frontières des Etats d’Afrique du Nord, ils
développent dans le Sahara, une économie illégale, symbolisée par le trafic de cigarettes, de
drogue et la prostitution. Par ailleurs, parmi eux, se trouvent de grands criminels, de grands
délinquants ayant fuit leur Etat d’origine447.
La combinaison de ces facteurs ajoutés à la forte pression exercée par l’Armée
algérienne, a poussé le GSPC à se replier dans le Sahara. Le fait saillant de ce repli, fut
l’enlèvement de 32 otages européens par Abdelrazak El-Para.
Prédisant le choix éventuel des terroristes pour le Sahara, en mars 2004, lors d’une
visite en Algérie, le général Charles Wald, commandant en chef adjoint des forces
américaines en Europe (EUCOM), pouvait ainsi affirmer que des membres d’Al-Qaïda
tentaient de s’établir « dans la partie nord de l’Afrique, au Sahel et au Maghreb. Ils cherchent
un sanctuaire comme en Afghanistan, lorsque les Talibans étaient au pouvoir. Ils ont besoin
d’un endroit stable pour s’équiper, s’organiser et recruter de nouveaux membres »448.

446 AÏT OURABI Mokrane, « les filières clandestines passent par l’Algérie », Op. Cit pp 12
447 BARROUHI Ahmed, « Immigration », in Jeune Afrique l’intelligent ; N° 2285 du 24 au 30
Octobre 2004, Paris, pp 45
448 LE TEMPS, « le temps du monde : Al-Qaïda au Maghreb » Le temps, 08 Janvier 2007

[http://www.letemps.com.tn/article-834.html] (Consulté le 27 Novembre 2010)

251
Allant dans le même sens, M. Ramtane Lamamra, Commissaire à la Paix et à la
Sécurité de l’Union Africaine avance que l’attrait des terroristes pour le sahel : « pourrait
s’expliquer par trois raisons principales:(1) la recherche de zones refuges caractérisées par un
faible maillage sécuritaire et une présence insuffisante des organes des États; (2) la quête de
nouvelles sources de financement (3) le besoin de conquérir de nouveaux espaces de
recrutement pour les besoins d’une confrontation planétaire avec autrui. ».449

449LAMAMRA Ramtane, éditorial du African journal for the prevention and combating terrorism,
Centre africain d’Etudes et de Recherche sur le terrorisme Union Africaine, Alger, Juin 2010, pp
14

252
Paragraphe 3 : La lutte contre le terrorisme dans la bande Sahélo-Saharienne.

La répression du terrorisme comporte un aspect judiciaire (A) et un aspect militaro-


sécuritaire (B).

A- La lutte sur le plan judiciaire :


L’objectif visé est d’incriminer sur le plan judicaire le terrorisme et ses crimes
connexes puis de prévoir des sanctions pénales. Dans ce domaine, la CEDEAO a joué un rôle
important de même que les Etats sahélo-sahariens.

- Le rôle de la CEDEAO :
La CEDEAO n’a pas un texte juridique déterminé qui organise la lutte contre le
terrorisme. Elle se réfère d’une part, à la convention de l’OUA sur la répression et la lutte
contre le terrorisme, adoptée le14 juillet 1999 à Alger, et d’autre part, au plan d’action de
l’Union Africaine sur la prévention et la lutte contre le terrorisme, ce dernier a permis de
renforcer la coopération entre les Etats africains dans la lutte contre le terrorisme et de
spécifier le rôle des Etats dans le domaine législatif et règlementaire. Il a également permis
l’établissement du Centre Africain d’Etudes et de Recherche sur le Terrorisme, basé à Alger,
le centre est un organe de l’Union Africaine ayant pour mission de : renforcer la coopération
entre les Etats africains, dans la prévention et lutte contre le terrorisme ; inciter les Etats à
appliquer les conventions des Nations Unies et celles de l’Union Africaine, enfin mettre en
place un système d’alerte pour prévenir le terrorisme.
En outre, l’Union Africaine dans son architecture de lutte contre le terrorisme, confie
des responsabilités aux Organismes régionaux, qui sont chargés de450 :
a) « créer au niveau régional des points de contact sur le terrorisme ;
b) assurer la liaison avec la Commission dans l’élaboration des mesures de prévention
et de lutte contre le terrorisme ;
c) promouvoir la coopération régionale dans la mise en œuvre de tous les aspects du
présent Protocole et de la Convention, conformément à l’article 4 de la Convention ;

450
Article 6 du Protocole à la Convention de l’OUA sur la prévention et la lutte contre le terrorisme
253
d) harmoniser et coordonner les mesures nationales de prévention et de lutte contre le
terrorisme dans leurs régions respectives ;
e) mettre en place les modalités de partage de l’information concernant les activités des
auteurs des actes terroristes et les meilleures pratiques en matière de prévention et de
lutte contre le terrorisme ;
f) aider les Etats membres à mettre en oeuvre les instruments régionaux, continentaux et
internationaux de prévention et de lutte contre le terrorisme ; et
g) faire régulièrement rapport à la Commission sur les mesures de prévention et de lutte
contre le terrorisme prises au niveau régional. ».

Dans la lutte contre le terrorisme, les actions de la CEDEAO se subdivisent en deux.


451
Elle invite les différents Etats à : « renforcer à l’intérieur de leurs territoires respectifs les
structures de prévention et de lutte contre le terrorisme » et elle charge le Commissaire de la
CEDEAO chargé des affaires politiques452 « d’initier des activités communes aux agences
nationales des Etats membres chargées de prévenir et de combattre le terrorisme ».
Malgré ces dispositions juridiques, la CEDEAO ne dispose pas à ce jour, de stratégie,
ni de plan d’action contre le terrorisme.

- Le rôle des Etats sahélo-sahariens :


La création de la plateforme judiciaire régionale regroupant le Burkina Faso, le Mali,
la Mauritanie et le Niger, constitue une illustration parfaite de la volonté de ces Etats de
renforcer leur coopération judiciaire pénale. La plateforme a été mise en place à Bamako, le
24 Juin 2010. Elle a pour objectif de renforcer la coopération judiciaire en matière pénale
entre les Etats cités ci-dessus, conformément à leurs engagements bilatéraux, régionaux et
internationaux. Cette coopération repose essentiellement d’une part sur l’extradition, qui est
définie comme une : « procédure d’entraide répressive internationale par laquelle un Etat,
appelé Etat requis, accepte de livrer un délinquant qui se trouve sur son territoire à un autre

451
Article 24.1 du protocole additionnel, sur la démocratie et la bonne gouvernance.
452
Article 24.2 du protocole additionnel, sur la démocratie et la bonne gouvernance
254
Etat, l’Etat requérant, pour que ce dernier puisse juger cet individu ou, s’il a déjà été
condamné, pour lui faire subir sa peine ».453
L’extradition reflète l’esprit de coopération entre les divers Etats du monde. Elle se
distingue de l’expulsion qui intervient pour des raisons (souvent administratives) internes à
l’Etat qui expulse ; du refoulement qui consiste à refuser à un individu d’entrer à la
frontière ; du rapatriement qui se situe dans un contexte non pénal ; du transfert qui est une
notion issue du statut du tribunal international chargé de juger les personnes présumées
responsables de violations graves du droit international humanitaire, violations commises sur
le territoire de l’ex Yougoslavie depuis 1991 ou autres ; il s’agit de transférer au tribunal une
personne poursuivie initialement par une juridiction nationale, en vertu du principe de la
primauté du tribunal sur les juridictions nationales pour la poursuite des crimes entrant dans
sa compétence etc. L’extradition suppose un acte de poursuite à l’encontre d’un individu ; s’il
est simplement recherché pour être entendu comme témoin, la question doit être réglée par
une commission rogatoire et non par l’extradition. Et d’autre part, l’entraide judiciaire en
matière pénale, elle porte essentiellement sur la recherche de preuves, l'audition de témoins ou
d'experts, le transfèrement de personnes détenues et la communication d'extraits de casier
judiciaire.
La plateforme repose sur des points focaux désignés par le Ministre de la Justice. Le
point focal est un personnel du Ministère de la Justice. Les missions du point focal sont de :
faciliter les procédures d’extradition et d’entraide judiciaire en matière pénale entre les Etats
parties conformément à leurs engagements internes et internationaux ; partager leurs
expériences en matière d’extradition et d’entraide judiciaire en matière pénale, identifier les
besoins en renforcement des capacités et les transmettre à l’ONUDC ; sensibiliser les acteurs
de la chaîne pénale sur le rôle, l’intérêt et le fonctionnement de la plateforme.
La plateforme, pour son fonctionnement, se réunit une fois par an à l’initiative de
l’ONUDC.
Parlant de la plateforme, le Ministre de la Justice du Mali a affirmé : « qu’elle sera un
précieux instrument au service des praticiens de nos Etats, en face de l’ennemi commun
qu’est le crime organisé. (…) la lutte contre la criminalité transnationale ne peut avoir de
résultats tangibles sans la conjugaison des efforts de tous ».

GUILLIEN Raymond et VINCENT Jean, lexique des termes juridiques, éditions Dalloz 12ème,
453
Paris 1999, p 242
255
Le fait d’armes initial de la plateforme, a été l’arrestation de l’un454 des suspects ayant
pris part à l’attentat contre le président mauritanien le 03 Février 2011, il a été arrêté à
Bamako et extradé vers la Mauritanie le samedi 12 Février 2011.
La lutte politico-judiciaire s’intensifie également au plan national. À titre, illustratif, le
Mali a adopté les mesures suivantes :
- La Mise en place du Comité Interministériel de Lutte contre le Terrorisme auprès
du Ministère des Affaires Etrangères et de la Coopération internationale455. Il est
chargé de coordonner la lutte contre le terrorisme au Mali.
- Incrimination du blanchiment d’argent : adoption d’une loi uniforme relative à la
lutte contre le blanchiment des capitaux456.
Par ailleurs, il a été crée au Mali, la Cellule Nationale du Traitement des
Informations Financières, elle a pour mission de recevoir, d’analyser et de traiter
les renseignements propres à établir l’origine des transactions ou la nature des
opérations faisant l’objet de déclarations suspectes auxquelles sont astreintes les
personnes physiques et morales assujetties.
- Incrimination du terrorisme et du financement du terrorisme : adoption d’une loi
relative à la répression du terrorisme au Mali457. A cela s’ajoute la signature et la
ratification par la République du Mali de la majorité des textes internationaux
relatifs à la criminalité internationale et au terrorisme.

B- La lutte sur le plan militaro-sécuritaire :

La lutte sur le plan militaro-sécuritaire vise à neutraliser ou détruire l’acteur terroriste en


engageant le combat. Les Etats riverains de la bande sahélo-saharienne ont crée un cadre de
coopération contre le terrorisme. L’une des mesures phares de la coopération entre les Etats
riverains du Sahel-Sahara est l’introduction du droit de poursuite. Cette mesure exceptionnelle
consiste à permettre à n’importe quel Etat sahélo-saharien parti au cadre de coopération, de
poursuivre jusque sur le territoire d’un autre Etat sahélo-saharien, des criminels. Le droit de

454 Il se nomme Lemine Ould M’Balla, alias aouiya.

455 Ministère des Affaires Etrangères et de la Coopération Internationale du Mali, Décision


N°128/MAECI-SG du 25 Septembre 2008
456 Loi n°06-066 du 29 Septembre 2006
457 Loi n°08-25 du 23 Juillet 2008

256
poursuite à l’avantage d’ignorer les frontières géographique entre les Etats sahélo-sahariens
en matière de lutte contre le terrorisme. Les Etats sahélo-saharien. Renforçant leur
coopération, l’Algérie, du Mali, de la Mauritanie et du Niger ont entériné la mise en place du
structures permanentes composées du Comité d’Etat-Major Opérationnel Conjoint et de
l’Unité de Fusion et de Liaison

• La création d’un Comité d’Etat-Major Opérationnel Conjoint : L’objectif du


CEMOC est de lutter contre le terrorisme et la criminalité transfrontalière en mettant
une force commune aux différents Etats qui composent le CEMOC. Il est basé à
Tamanrasset en Algérie. Dans le cadre du CEMOC, les forces sont appelées à
effecteur des patrouilles communes dans l’espace sahélo-saharien.

• La création de l’Unité de Fusion et de Liaison : elle constitue un cadre de


coopération entre les services de renseignement des Etats du CEMOC. L’objectif de
cette structure de coopération est recueillir dans un premier temps les renseignements
fournis par différents services de renseignement, puis de les mettre à la disposition
des forces armées et de sécurité des différents Etats engagés dans la lutte contre le
terrorisme au sahel-Sahara.

257
Section 2 : Le Boko-Haram

Le Boko-Haram est un groupe terroriste très actif dans le nord du Nigéria, le


mouvement se caractérise par son idéologie extrémiste (Paragraphe 1) et des actes terroristes
sanglants (Paragraphe 2).

Paragraphe 1 : L’idéologie du Boko-Haram

Le nord du Nigeria, pays d'au moins 140 millions d'habitants, est majoritairement
musulman et le sud essentiellement chrétien. Douze Etats septentrionaux du Nord ont instauré
la charia la loi islamique depuis 2000458.
Cette région est le théâtre d’intervention d’une secte islamiste, employant le terrorisme
comme méthode de lutte : le « Boko Haram » ce nom est composé de deux vocables,
« Boko », un mot haoussa, signifiant l’école occidentale et « Haram », qui vient de l’arabe et
signifie interdit. Ainsi « Boko Haram » signifie l’interdiction de l’école occidentale.
Le chef du Boko Haram, Mohamed Youssouf né le 29 janvier 1970 à Girigiri, un
village de l'Etat de Yobe dans le nord-est du Nigeria, frontalier avec le Niger. Il est père de
douze enfants et est marié à quatre femmes459. Mohamed Youssouf a fait ses études
islamiques au Tchad et au Niger, il a ensuite étudié la théologie en Arabie Saoudite. C’est
durant ses études islamiques qu’il adopte une posture fondamentaliste contre son Etat, qu’il
considère comme vassalisé par l’occident. Il retourne au Nigéria et s’installe dans le
Maiduguri, il fonde sa secte qui prit d’abord le nom de Youssoufia en 2001 les partisans de
Youssouf. La secte a attiré plus de 200 personnes en provenance du nord du Nigeria, du Niger

458JEUNE AFRIQUE : « Nigéria : L'armée tue 200 islamistes radicaux dont le numéro 2 des
talibans » du
29/07/2009[http://www.jeuneafrique.com/Article/DEPAFP20090730T091213Z/islamistes-combats-
taliban-boko-haraml-armee-tue-200-islamistes-radicaux-dont-le-numero-2-des-talibans.html]
(Consulté le 06 Août 2010)

459JEUNE AFRIQUE « Nigeria Le chef de la secte "Taliban", un ex-étudiant en théologie »


31/07/2009[http://www.jeuneafrique.com/Article/DEPAFP20090731T115101Z/affrontements-
islamiste-secte-boko-haramle-chef-de-la-secte-taliban-un-ex-etudiant-en-theologie.html] (Consulté
le 06 Août 2010)

258
et du Tchad. L’attrait de la secte sur les jeunes a été très forte, en effet : “460students especially
in tertiary institutions in Borno and Yobe states like the University of Maiduguri, Ramat
Polytechnic Maiduguri, Federal Polytecnic Damaturu and others who constitute their
members withdrew from school, tore their certificates and joined the group for Qur’anic
lessons and preaching”461.
Le souhait de Mohamed Youssouf est de promouvoir l’implantation d’une culture et
d’une éducation basées sur l’islam, sur le plan politique, la charia sera la seule constitution en
vigueur. La destruction des institutions républicaines : police et les structures déconcentrées
de l’Etat nigérian, s’inscrit dans la droite ligne des idéaux « Boko Haram ». Les personnes
qui périront dans la réalisation des objectifs recherchés par la secte, seront accueillies au
paradis. Il confirmera que leur objectif est462 : “establish an Islamic state where orthodox
Islam is practised. (…) for their aim to be achieved, all institutions represented by government
including security agencies like police, military and other uniformed personnel should be
crushed”463

460 Traduction : « Les étudiants des institutions du tertiaire des Etats de Borno et de Yobe,
comme l’université de Maiduguri, le polytechnique Ramat de Maiduguri, le polytechnique fédéral
de Damaturu et autres, constituent leur membres (Boko Haram), ils abandonnent l’école,
déchirent leur diplôme et rejoignent le groupe pour des leçons de Coran et des prêches »
461 Cite par DANJIBO Nathaniel. D. “Islamic Fundamentalism and Sectarian Violence: The
“Maitatsine” and “Boko Haram” Crises in Northern Nigeria” p 7
[http://www.ifra-nigeria.org/IMG/pdf/N-_D-_DANJIBO_
_Islamic_Fundamentalism_and_Sectarian_Violence_The_Maitatsine_and_Boko_Haram_Crises_i
n_Northern_Nigeria.pdf] (Consulté le 14 mars 2010)
462 Traduction « l’établissement d’un Etat islamique, dans lequel l’islam orthodoxe est pratiqué
(…) pour la réalisation de leur objectif, toutes les institutions représentants le gouvernement, y
compris les services de sécurité, comme la police, les militaires et d’autres personnel en uniforme
doivent être écrasés »
463 Cite par DANJIBO Nathaniel. D. “Islamic Fundamentalism and Sectarian Violence: The
“Maitatsine” and “Boko Haram” Crises in Northern Nigeria”, Op.Cit, p 7
259
Paragraphe 2 : les actions terroristes du Boko-Haram

Du 26 au 30 Juillet 2009, des affrontements entre la secte « Boko Haram » et les


forces de sécurité, dans la capitale de l’Etat du Borno, ont fait plus de 700 morts464. Les
combats se sont déroulés dans six Etats du Nord du Nigéria : Borno, Bauchi, Yobe, Gombe,
Kano, and Katsina. Les membres de la secte se sont attaqués aux postes de police, aux églises
aux prisons et tous les autres symboles de l’Etat. A Maiduguri, la capitale de Borno, plus de
1000 personnes ont trouvé la mort, de même des églises, des écoles, le quartier général de la
sécurité routière ainsi que plusieurs véhicules de police ont été brûlé465.
Lors des affrontements, Mohammed Yousouf, 39 ans, leader du « Boko Haram » a été
capturé vivant le 30 juillet 2009, il fût assassiné suite à une tentative de fuite.

Loin d’amputer le mouvement, une attaque spectaculaire de la prison de la ville de


Bauchi, dans le nord du Nigeria, le 08 Septembre 2010, entraine la fuite de 150 prisonniers
membres du « Boko Haram ».
Musa Tanko, au nom du « Boko Haram » affirma que : « Nous allons lancer des
attaques plus importantes que les moujahidines irakiens ou afghans contre nos ennemis à
travers le monde, particulièrement aux Etats-Unis, les Etats-Unis sont une cible à cause de
leur oppression et agression contre les nations musulmanes, particulièrement en Irak et
en Afghanistan et pour leur soutien aveugle à Israël dans les assassinats de nos frères
palestiniens ».466
Le 24 Décembre 2010, une série d’attaques du « Boko Haram » a fait 32 morts. Des
explosifs ont été placés dans un centre commercial dans la ville de Jos, majoritairement
chrétienne. Dans la ville de Maiduguri, des islamistes se sont attaqués à trois églises.

464JEUNE AFRIQUE L’INTELLIGENT, « Nigéria : un taliban made in Afghanistan » 08/09/2009


[http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAJA2539p006-007.xml3/islam-taliban-secte-boko-
haramun-taliban-made-in-afghanistan.html] (Consulté le 06 Août 2010)
465DANJIBO Nathaniel. D. “Islamic Fundamentalism and Sectarian Violence: The “Maitatsine”

and “Boko Haram” Crises in Northern Nigeria”, Op.Cit, p 7, p 10


466 JEUNE AFRIQUE L’INTELLIGENT : « les talibans nigérians menacent les Etats-Unis »
30/03/2010
[http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20100329201227/usa-nigeria-terrorisme-
arabeles-talibans-nigerians-menacent-les-etats-unis.html] (Consulté le 06 Août 2010)
260
Les actions du « Boko Haram » au Nigeria ont été vivement saluées par l’Émir d’Al-
Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), Abdelmalek Droukdel, alias Abou Moussab
Abdelwadoud, il serait prêt à assurer la formation des terroristes nigérians dans ses maquis467

La présence des terroristes dans la région constitue une entrave au développement


économique. Les différentes prises d’otages d’occidentaux par AQMI, a détruit le tourisme468.
Tous les Etats occidentaux déconseillent vivement à leurs ressortissants de visiter le sahel-
sahara. Désormais, le célèbre rallye Paris-Dakar se déroule en Amérique latine et non plus
dans le sahara, du fait de la présence d’AQMI. Le nombre de visiteurs occidentaux se rendant
à Tombouctou, une région située au Nord du Mali, s’élevait à plus 10.000 personnes par an469,
actuellement ce chiffre a dégringolé du fait du terrorisme. Enfin, le projet de gazoduc
transsaharien, qui reliera l’Afrique de l’Ouest à l’Europe d’un coût de 20 milliards de dollars,
est menacé du fait de la présence d’AQMI.
Toutefois, il est à noter que la CEDEAO est pratiquement absente de la lutte militaro-
sécuritaire contre le terrorisme au Sahel-Sahara. Elle est active dans la lutte contre le
financement du terrorisme et le blanchiment de l’argent, eu égard aux activités du GIABA,
qui coordonne et apporte son soutien aux Etats membres de la CEDEAO en matière d’efforts
visant à mettre en place et à appliquer des régimes Lutte contre le Blanchiment des
Capitaux/Financement du Terrorisme.
Ce manque d’implication de la CEDEAO de la lutte militaro-sécuritaire contre le
terrorisme ne saurait se justifier au regard des instruments juridiques pertinents qui donnent
des pouvoirs à l’organisation en matière de lutte contre l’insécurité. La CEDEAO devra donc
s’impliquer dans la lutte militaro-sécuritaire contre le terrorisme. On admet que la lutte contre
le terrorisme dans la zone sahélo-saharienne a une spécificité due au fait que la zone se trouve
à cheval sur deux communautés Economiques Régionales : l’espace CEDEAO, dans lequel
fait partie le Mali et le Niger, et l’espace de l’Union du Maghreb Arabe auquel appartiennent
467
JEUNE AFRIQUE L’INTELLIGENT, « Algérie-Nigéria : solidarité Salafiste »10/02/2010
[http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAJA2561p0008-009.xml3/musulman-aqmi-djihad-abdelmalek-
droukdelalgerie-nigeria-solidarite-salafiste.html] (Consulté le 06 Août 2010)
468
En effet, le sahel-sahara est une région désertique, l’agriculture est pratiquement impossible.
Le tourisme procure aux populations locales des retombées financières très importantes.

469 OKEREKE Nna-Emeka , « Al Qaeda In Islamic Maghreb (AQIM) and the question of security
in west africa », in African Journal for the prevention and combating of terrorism, Juin 2010, pp
72.
261
l’Algérie et la Mauritanie, cette situation est à la base du développement de la coopération
bilatérale ou multilatérale pour lutter contre AQMI.
Concernant l’implication de la CEDEAO dans la lutte contre le terrorisme au Nigéria,
la situation est encore plus critique, jusqu’à présent, la CEDEAO n’a jamais évoqué les
activités terroristes du BOKO-HARAM.
Par ailleurs, la lutte contre le terrorisme islamiste doit être intensifiée, d’autant plus
que l’argument de ces groupes terroristes repose sur la guerre sainte : le Djihad, contre les
intérêts occidentaux. L’usage de la guerre sainte n’est pas étranger à l’Afrique de l’Ouest,
c’est ce qu’indique Lugan470. L’auteur a identifié quatre djihads avec des auteurs différents en
Afrique de l’Ouest, il s’agit de :
- Ousmane dan Fodio :
Il a fondé l’empire islamique de Sokoto en 1804, en lançant une guerre sainte
contre le sultan du Royaume Haoussa. L’empire de Sokoto s’étendait de l’actuel Nigéria
jusqu’au Cameroun ;
- Sékou Amadou :
Il a mené une guerre sainte contre le royaume Bambara de Ségou, dans l’actuel
Mali, en 1818. Il a fondé l’empire musulman du Macina ;
- El-Hadj Oumar Tall :
Il a fondé l’Empire toucouleur en 1852, après avoir mené une guerre sainte contre
les animistes bambaras et les mandingues. L’empire Toucouleur correspond à l’actuel
Mali et le Sénégal.
- Samory Touré :
Il a fondé le royaume islamique de Bissandougou, en 1880, son djihad était lancé
en direction des animistes et des colonisateurs français. Son royaume s’étendait sur les
Etats suivants : la Côte d’Ivoire, la Sierra Léone, la Guinée, le Mali, le Niger.

470
LUGAN Bernard, Histoire de l’Afrique : des origines à nos jours, Ellipses, 2009, p 432.
262
Chapitre 08 : Le nouveau mécanisme à l’épreuve de la gouvernance politique dans
l’espace CEDEAO

Depuis, son entrée en vigueur, le nouveau mécanisme a fait de la promotion de la


bonne gouvernance et de la démocratie l’un de ses principaux créneaux. Cependant, le bilan
relatif à la gouvernance politique reste mitigé, d’un côté, il y a des Etats qui ont porté atteinte
à la démocratie (Section 1), de l’autre, il y a ceux qui sont en voie de démocratisation
(Section 2).

Section 1: Les cas d’atteintes à la démocratie :

Parmi les Etats ayant connu des violations graves des principes démocratiques
contenus dans le nouveau mécanisme de sécurité, on peut citer le Niger (Paragraphe 1), la
Guinée-Bissau (Paragraphe 2) et la Côte d’Ivoire (Paragraphe 3).

Paragraphe 1 : Le Niger

L’histoire du Niger a toujours été marquée par des crises politiques, la dernière crise
politique (A) a donné l’occasion à la CEDEAO de prendre des sanctions contre le Niger (B).

A- La réalité de l’instabilité politique nigérienne

Etat d’Afrique de l’Ouest, le Niger couvre une superficie de 1.267.000 km2, avec une
population d’environ 13 272 679 habitants. Il est limité au nord par l’Algérie et la Libye, au
sud par le Nigeria et le Bénin, à l’ouest par le Burkina et le Mali et à l’est par le Tchad.
Ancienne colonie française, le Niger a recouvré son indépendance le 3 août 1960,
Hamani Diori a été le premier Président de la République. Depuis son accession à
l’indépendance jusqu’à nos jours, la vie politique nigérienne a été régulièrement rythmée par
toute une série d’instabilités politiques, nous pouvons citer à titre d’exemple, le coup d’état
militaire contre le Président Hamani Diori en Avril 1974, le Coup d’état du Colonel Ibrahim
Baré Maïnassara contre le Président Mahamane Ousmane, le 27 Janvier 1996, le Coup d’état

263
du Commandant Daouda Mallam Wanké contre le Général Maïnassara, avec assassinat de ce
dernier, le 9 Avril 1999.
Le 9 Août 1999, une nouvelle constitution a été promulguée. La junte militaire a
organisé l’élection présidentielle qui a été remportée par le colonel à la retraite Mamadou
Tandja. Ce dernier a effectué son second mandat à partir du 7 Décembre 2004, celui-ci devrait
prendre fin en Décembre 2009. En effet, la constitution du Niger limite le mandat présidentiel
à deux. Pour se maintenir au pouvoir, le Président Tandja a élaboré une réforme
constitutionnelle, qui n’a pas eu l’assentiment de l’Assemblée Nationale ni de la Cour
Constitutionnelle, ces deux institutions ont dissoutes en guise de représailles, par le Président
Tandja. Le 04 Août 2009, à la suite d’un référendum constitutionnel, la nouvelle constitution
a été adoptée malgré les protestations de l’opposition et de la communauté internationale.
C’est dans ce contexte qu’est intervenu, un coup d’état militaire contre le Président Tandja, le
18 Février 2010. M. Mamadou Tandja a été placé en résidence surveillée, les putschistes ont
assuré la transition sous la présidence du Général Salou Djibo.

B- Les réactions de la CEDEAO

Avec la crise politique au Niger, la CEDEAO n’a pas pu appliquer les dispositions de
ses instruments juridiques relatifs à la bonne gouvernance, face à la violation de la
constitution nigérienne par le Président Tandja, il a fallu un coup d’état militaire pour mettre
fin à cette violation.
Les actions de la CEDEAO ont porté sur :

• La désignation d’un médiateur :


A l’approche de la fin du mandat du Président Tandja et après avoir pris
connaissance du souhait de ce dernier de briguer un troisième mandat, en violation de la
constitution, la CEDEAO a décidé de nommer un médiateur471, en la personne du Général
Abdoul Salami Aboubacar, ancien Président du Nigéria.

• La suspension du Niger :
Suite à la révision constitutionnelle en violation du protocole de bonne
gouvernance de la CEDEAO et au refus du Président Mamadou Tandja de reporter la

471 Communiqué N°084/2009 du 2 Septembre 2009 de la CEDEAO


264
tenue d’élections législatives, afin de rétablir le dialogue avec l’opposition, qui refuse d’y
participer, la CEDEAO a décidé de suspendre le Niger de toutes les instances de
l’organisation. Selon le communiqué : « La tenue de ces élections s'est faite au mépris
total des chefs d'Etat et de gouvernement de la CEDEAO et témoigne de la volonté
manifeste des autorités nigériennes de poursuivre dans la voie de l'illégalité
constitutionnelle qui prévaut actuellement »472

• La Condamnation du Coup d’état militaire contre le Président Mamadou


Tandja :
Conformément au protocole relatif à la bonne gouvernance, la CEDEAO a
condamné le coup d’état militaire du 18 février 2010 contre le Président Mamadou
Tandja. En effet, selon le communiqué : « La CEDEAO, conformément à son Protocole
sur la Démocratie et la Bonne Gouvernance, rejette tout changement de pouvoir par des
moyens anticonstitutionnels ou la violence. De la même façon la CEDEAO avait
auparavant condamné le changement de constitution et la tenue du Référendum en Août
2009 par le Président Tandja ».473
Après une année de transition, la junte militaire au pouvoir a organisé l’élection
présidentielle qui a été remportée par Mahamadou Issoufou, le 12 mars 2011 avec 57,95
% des voix.

472 Communiqué N° 113/2009 du 21 Octobre 2009 de la CEDEAO


473 Communiqué N° 022/ 2010 du 18 Février 2010 de la CEDEAO
265
Paragraphe 2 : La Guinée Bissau :

La Guinée Bissau a connu une nouvelle crise politique (A) qui ne laissera pas la
CEDEAO indifférente (B).

A- La présentation de l’instabilité politique

La Guinée Bissau a eu son indépendance, à la suite d’une guerre de libération


nationale contre le Portugal. Depuis cette date, elle a connu une guerre civile de 1998-1999,
ayant entrainé l’intervention de la CEDEAO, puis toute une série de coups d’état ou de
violences politiques. La dernière, qui a été sans conteste, la plus spectaculaire est relative à
l’assassinat le 02 Mars 2009 du Président en exercice, M. João Bernardo Vieira, en réplique à
l’assassinat, quelques heurs plutôt, du Chef d’Etat-Major Général des Armées, le général
Tagmé Na Waié.
La situation a encore empiré avec le meurtre d’un candidat à l’élection présidentielle
et ancien ministre de l’administration territoriale, Baciro Dabo qui a été tué à son domicile, le
5 juin 2009.
L’intérim de la présidence a été assuré par le Président de l’Assemblée Nationale
Raimundo Pereira, ce dernier a organisé l’élection présidentielle, remportée, le 26 Juillet 2009
par Malam Bacai Sanhá.
Le 1er avril 2010, il s’est produit une nouvelle action armée, dirigée par le Chef d’état-
major adjoint des armées Antonio Njai et l'ancien contre-amiral Bubo Na Tchute. Ces deux
hommes ont mis en détention le Premier Ministre Carlos Gomes Júnior, le chef d'état-major
de l'armée José Zamora Induta et une quarantaine d'officiers. Suite à des manifestations de
soutien interne et international au Premier Ministre détenu, celui-ci sera relâché le lendemain

266
B- Les réactions de la CEDEAO

A l’assassinat du Président de la République et du Chef d’Etat-Major des Armées, la


CEDEAO est intervenu en plusieurs étapes :

 Le 02 Mars 2009 : le Président Nigérian Alhaji Umaru Musa Yar’Adua a effectué un


communiqué474 en sa qualité de Président en exercice de la CEDEAO. Dans ce
communiqué :
- Il témoigne de sa tristesse face à ces deux assassinats,
- il insiste sur le fait que ces actes doivent être réprimés et sont de nature à bloquer
le processus démocratique en Guinée Bissau. Il invite au respect de la constitution
pour assurer l’intérim et invite aussi l’armée à ne tenter aucune action qui pourrait
menacer la démocratie.
- Il décide de l’envoi en Guinée Bissau le 03 Mars 2009 d’une délégation composée
des Ministres des Affaires Etrangères du Nigéria, du Burkina Faso, du Cap-Vert,
de la Gambie et du Sénégal, du Président de la Commission de la CEDEAO. Cette
délégation aura pour mission de restaurer le dialogue entre les différents acteurs
politiques, la société civile et les forces armées et de sécurité.

 Du 04-07 Mars 2009 : à la suite du Président en exercice de la CEDEAO, les Chefs


d’Etats Major des armées de la CEDEAO, feront une recommandation, lors de la 24ème
réunion de leur comité à Praia Cap-Vert. En effet, ils ont proposé à la CEDEAO de
déployer un groupe multidisciplinaire pour le suivi et la coordination du Programme
de réforme du secteur de la sécurité en Guinée Bissau. Selon eux, ce déploiement est
nécessaire pour restaurer la confiance entre les acteurs politique et militaire après
l’assassinat du Président de la République et du Chef d’Etat-Major des Armées.

 Le 21 Mars 2009 : les Ministres des Affaires Etrangères de la CEDEAO ont


proposé475, lors de leur 26ème rencontre, en Guinée Bissau, le 19 Mars 2009, le

474 Message N°02/2009 du 02 Mars 2009 de la CEDEAO.


475 Message N°029/2009 du 21 Mars 2009
267
déploiement d’une force de protection en Guinée Bissau pour assurer la continuité de
l’Etat et la tenue correcte des élections présidentielles.

 Le 23 Juin 2009 : les Chefs d’Etat et de Gouvernement, lors de leur 36ème sommet à
Abuja au Nigéria ont décidé476 d’allouer au Gouvernement Bissau Guinéen 3.5
Millions de Dollars pour le paiement des arriérés de salaires des forces de l’ordre et
350.000 Dollars pour appui à l’organisation des élections. Ils ont par ailleurs,
condamné les assassinats et demandé à la Commission de la CEDEAO et à l’Union
Africaine, avec l’appui des Nations Unies, de mettre en place une commission
d’enquête internationale.

Nous constatons le manque de cohérence dans les interventions de la CEDEAO. Il


serait alors souhaitable, qu’une seule et unique décision soit prise par une seule entité, aussi,
la demande d’établissement d’une commission d’enquête internationale n’a jusqu’ici pas eu
de suite ni l’envoi d’une force de protection.

476CEDEAO. Message N°039/2009 du 23 Juin 2009


268
Paragraphe 3 : La Côte d’Ivoire

Après plusieurs négociations diplomatiques entre les acteurs politiques ivoiriens,


l’élection présidentielle a pu se tenir. Les issues de l’élection ivoirienne vont déclencher une
crise postélectorale (A) qui obligera la CEDEAO à réagir (B).

A- La présentation de la crise postélectorale ivoirienne de 2010 :

Après des années de conflit ayant divisé le pays en deux, le Président ivoirien Laurent
Gbagbo a accepté d’organiser l’élection présidentielle dont le premier tour a eu lieu le 31
Octobre 2010. Au second tour, Laurent Gbagbo s’est opposé à Alassane Dramane Ouattara. A
l’issue du scrutin, le 28 Novembre 2010, les deux candidats revendiquent la victoire. Sur la
base des résultats proclamés par la Commission Electorale Indépendante et certifiés par
l’ONUCI, Ouattara a été déclaré vainqueur avec 54,1% des voix et Laurent Gbagbo perdant
avec 45,9% des voix. Alors, le Président sortant Laurent Gbagbo s’est référé au Conseil
Constitutionnel, chargé de valider les résultats proclamés par la Commission Electorale
Indépendante, ce dernier a invalidé les résultats proclamés par la CEI et a déclaré Laurent
Gbagbo, vainqueur de l’élection présidentielle avec 51.5% des voix et 48.6% des voix pour
Alassane Dramane Ouattara.
Non remise d’un conflit interne, la Côte d’Ivoire a sombré de nouveau dans une crise
politique qui se résume comme suit : un Etat deux présidents.
Chacun des candidats refusant de reconnaître la victoire de l’autre camp. Tous deux prêtent
serment, et forment leur gouvernement.
La communauté internationale reconnait la victoire de M. Ouattara et somme M.
Gbagbo de quitter le pouvoir, il fera l’objet de plusieurs sanctions : gel de ses avoirs à
l’extérieur, interdiction de visas aux Etats-Unis d’Amérique et dans l’Union Européenne. Les
sanctions de la communauté internationale n’entameront pas la détermination de M. Gbagbo,
qui s’accroche au pouvoir et effectue un blocus sur son rival M. Ouattara, confiné, avec les
membres de son gouvernement, à l’Hôtel du Golfe.

269
L’impasse politique a entrainé un désastre humanitaire477. Les Nations Unies ont fait
état de 173 exécutions extrajudiciaires, 90 cas de torture et de mauvais traitement, 471
arrestations, 24 cas de disparition, entre le 16 et le 21 Décembre 2010. Ces crimes ont été
commis par les forces de sécurité à la solde de Gbagbo contre les partisans de M. Ouattara. 31
autres personnes furent assassinées entre le 21 Décembre 2010 et le 06 janvier 2011.
La Côte d’Ivoire, représente 40% du Produit Intérieur Brut de l’Afrique de l’Ouest, de
ce fait sa paralysie a des conséquences sur l’ensemble de la région. Pour régler le conflit
postélectoral, la diplomatie africaine s’active. Nous nous intéresserons aux réactions de la
CEDEAO.

B- Les réactions de la CEDEAO

Le 07 Décembre 2010, la CEDEAO, à l’instar de l’ONU, de l’Union Européenne, des


Etats-Unis d’Amérique, approuve les résultats de la Commission Electorale Indépendante et
reconnaît M. Ouattara comme Président de la Côte d’Ivoire. La CEDEAO a ordonné à M.
Gbagbo de quitter le pouvoir sans délai478.
Après l’ignorance de la demande de la CEDEAO par M. Gbagbo, les chefs d’Etat et
de Gouvernement de la CEDEAO, lors de la réunion du 24 Décembre 2010, ont réitéré leur
demande à M. Gbagbo de quitter le pouvoir, en contre partie d’assurer sa sécurité. Pour porter
l’ultime message à M. Gbagbo, une délégation composée des Chefs d’Etat du Bénin, du Cap-
Vert et de la Sierra Léone, a été constituée. En cas de nouveau rejet, la CEDEAO va479 : « to
take other measures, including the use of legitimate force, to achieve the goals of the Ivorian
people ».480 M. Gbagbo ignorera les avertissements de la CEDEAO. Pour le moment,

477United .Nations News Service, “Côte d’Ivoire: UN Human Rights Council Strongly Condemns
Post-Electoral Abuses,” 23 Décembre 2010; U.N. Office of High Commissioner for Human Rights
(OHCHR), “Côte d’Ivoire: UN Experts Deeply Concerned with Gross Human Rights Violations
Which May Amount to Crimes Against Humanity,” 31 Décembre 2010; United Nations News
Service, “UN Seeks to Boost Peacekeeping Troops as Côte D’Ivoire Crisis Continues,” 6 Janvier
2011.
478CEDEAO, “Communiqué Final,” ECW/CEG/ABJ/EXT/FR. /Rev. 2,7 Décembre 2010
479Traduction : « Prendre d’autres mesures, y compris l’usage de la force légitime, pour réaliser
les objectifs du peuple ivoirien ».

CEDEAO, « Communiqué Final du Sommet extraordinaire des Chefs d’Etat et de


480

Gouvernement » N°: 192/2010 du 24 Décembre 2010.


270
l’intervention militaire même si elle est d’actualité, ne constitue pas la solution la plus cotée.
C’est le règlement pacifique de la crise postélectorale ivoirienne qui semble être privilégié.
Comme le témoigne la mise en place d’un panel de chefs d’Etat africain. En effet, l’Union
Africaine, à l’issue de son 16e Sommet tenu du 28 au 31 janvier à Addis- Abéba, en Ethiopie,
a mis sur pied, un Panel de cinq Chefs d’Etat481, composé des Présidents tchadien Idriss Deby
Itno, sud-africain Jacob Zuma, tanzanien Jakaya Kikwe, mauritanien Mohamed Ould Abdel
Aziz et burkinabé Blaise Compaoré, avec pou mandat de : « soumettre aux protagonistes
ivoiriens une solution contraignante de sortie de crise ».482
L’échec des différentes négociations et des avertissements au Président Gbagbo, a
précipité la Côte d’ivoire dans un nouveau conflit interne. Les parties belligérantes sont : les
Forces Nouvelles soucieuses d’installer M. Ouattara au Pouvoir et les Forces Républicaines
de Côte d’Ivoire, l’armée ivoirienne restée loyale à M. Gbagbo. Les rebelles ont commencé
leur offensive à partir de l’Ouest de la Côte d’Ivoire en Février 2011. Grâce aux différents
succès opérationnels sur l’armée régulière, les rebelles ont encerclé, la capitale économique
Abidjan, le 31 mars 2011, ils ont rencontré une résistance de l’armée ivoirienne, appuyée par
des mercenaires. Grâce au soutien aérien de l’armée française, les rebelles ont donné l’assaut
sur le palais présidentiel, où s’était réfugié M. Gbagbo et des ses proches, ceux-ci ont tous été
arrêtés le 11 avril 2011 et mis à la disposition de la justice. Les chefs d’accusations retenus
contre M. Gbagbo sont : les violations graves des droits de l’Homme, la concussion et l’appel
à la haine. Cette crise post électorale a entrainé la mort d’environ 3000 personnes483 plus de
700.000 réfugiés ou déplacés484.

481L’Union Africaine a dépêché successivement l’ancien Président sud-africain Thabo Mbeki, puis
une mission conjointe CEDEAO et UA, composée des Présidents Yayi Boni du Bénin, Ernest
Koroma de la Sierre Léone, Pedro Pires du Cap Vert et du Premier ministre kényan, Raila
Odinga, enfin le Président en exercice de l’Union Africaine M. Bingu Wa Mutharika, Président du
Malawi et Président en exercice de l’Union Africaine. Toutes ces interventions diplomatiques
visant à faire démissionner M. Gbagbo, ont été un échec.
482RADIO FRANCE INTERNATIONALE ; « Le panel de l’UA est en Côte d’Ivoire sans Blaise
Compaoré », lundi 21 février 2011[http://www.rfi.fr/afrique/20110221-le-panel-ua-rend-cote-ivoire-
blaise-compaore] (Consulté le 22 mars 2011)
483 Nations Unies/Conseil des droits de l’homme, rapport de la Commission d’enquête
internationale indépendante sur la Côte d’Ivoire, A/HRC/17/48, du 08 juin 2011, p 2
484
Ibid, p 21
271
Section 2: L’avancée de la bonne gouvernance

Certains Etats de la CEDEAO se sont illustrés par leur adhésion aux principes de la
bonne gouvernance et de la démocratie, on peut évoquer l’exemple du Togo (Paragraphe 1)
et celui de la Guinée (Paragraphe 2). Cependant, ces avancées relève décès de Président de la
République.

Paragraphe 1 : Le TOGO

Le Togo a été l’un des derniers Etats de la CEDEAO qui a connu la démocratie
récemment. L’adhésion du Togo aux principes démocratiques (A) a été obtenue grâce aux
pressions diplomatiques exercées par la CEDEAO (B).

A- L’effectivité de la démocratie au Togo

Etat d’Afrique de l’Ouest, bordé au nord par le Burkina, à l’est par le Bénin et à
l’ouest par le Ghana, le Togo couvre une superficie de 56785 km2 avec une population de 5
858 673 d’habitants. Le Togo a acquis son indépendance le 27 Avril 1960, mais il a
longtemps été sous la dictature du Général Gnassingbé Eyadéma, arrivé au pouvoir en Janvier
1967 à la suite d’un coup d’état militaire. Après 38 ans de pouvoir, le Général Eyadéma meurt
le 05 Février 2005. Son décès déclenche une grave crise politique au Togo. A la mort du
Général Eyadema, l’armée a désigné son Faure Gnassingbé, comme Président du Togo, en
violation de la constitution, qui prévoit que l’intérim du pouvoir soit assuré par le Président de
l’Assemblée Nationale qui doit organiser l’élection présidentielle dans un délai de 60 jours.
Le 7 Février 2005, malgré les condamnations internes et internationales, Faure
Gnassingbé a prête serment pour devenir le Président du Togo. Les différents mouvements de
protestation de l’opposition politique togolaise ajoutés aux pressions extérieures ont obligé
Faure Gnassingbé a quitté le pouvoir le 25 Février 2005.
Conformément à la constitution, une élection présidentielle crédible a été organisée en
Avril 2005. Elle sera remportée par Faure Gnassingbé avec 60%¨des suffrages exprimés.

272
B- La fermeté de la CEDEAO dans la crise togolaise

La réaction exemplaire de la CEDEAO dans la crise togolaise a débuté le 09 Février


2005 avec l’organisation d’un sommet de la CEDEAO à Niamey au Niger, par le Président
Mamadou Tandja, Président en exercice de la CEDEAO.
À l’issue du sommet, la CEDEAO a condamné la prise illégalle du pouvoir par Faure
Gnassingbé au détriment du Président de l’Assemblée nationale, Fambaré Ouattara Natchaba,
réfugié à Cotonou. L’organisation a ensuite mis en demeure les autorités togolaises de
retourner à l’ordre constitutionnel sous réserve d’être sanctionné conformément à l’article 45
alinéa 1 et 2 du protocole additionnel sur la démocratie et la bonne gouvernance, qui dispose
que :
1. En cas de rupture de la Démocratie par quelque procédé que ce soit et en cas de
violation massive des Droits de la Personne dans un Etat membre, la CEDEAO peut
prononcer à l’encontre de l’Etat concerné des sanctions.
2. Lesdites sanctions à prendre par la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement
peuvent aller par graduation : «

- Refus de soutenir les candidatures présentées par l’Etat membre concerné à des
postes électifs dans les organisations internationales ;
- Refus de tenir toute réunion de la CEDEAO dans l’Etat membre concerné ;

- Suspension de l’Etat membre concerné de toutes les instances de la CEDEAO ;


pendant la suspension, l’Etat sanctionné continue d’être tenu au paiement des
cotisations de la période de suspension. ».

Devant le refus catégorique des autorités togolaises, de rétablir l’ordre constitutionnel,


la CEDEAO a pris des sanctions à l’encontre du Togo, le 19 Février 2005. Elles portaient
sur : l’interdiction à certaines autorités togolaises de voyager, l’embargo sur les armes, le
rappel de tous les ambassadeurs des différents Etats membres accrédités au Togo et enfin, la
suspension du Togo comme membre de la CEDEAO.

Cette détermination de la CEDEAO a contribué à la démission de Faure Gnassingbé le


25 février 2005 et la désignation de M. Abas Bonfo, vice-président de l’Assemblée nationale,

273
comme Président de la République par intérim. Le 26 Février 2005, la CEDEAO dans un
communiqué a lève les sanctions contre le Togo, après le retour à l’ordre constitutionnel.

274
Paragraphe 2 : La Guinée

La Guinée également a connu tardivement la démocratie (A), la CEDEAO a œuvré


pour instaurer un système démocratique en Guinée (B).

A- L’effectivité de la démocratie en Guinée

Etat d’Afrique de l’Ouest, la Guinée est ouverte sur l’océan atlantique et limitée au
nord-ouest par la Guinée-Bissau, au nord par le Sénégal, à l’est par le Mali, au sud-est par la
Côte d’Ivoire et au sud, par le Liberia et la Sierra Leone. La Guinée couvre une superficie
de245.857 km² avec une population de10 211 437. Indépendante depuis le 02 octobre 1958,
avant la majorité des colonies de la France, la Guinée a connu une vie politique très
mouvementée, marquée par les dictatures de Sékou Touré puis du Général Lansana Konté,
décédé le 22 décembre 2008, à l'âge de 74 ans.
Il laisse son pays dans une situation économique et politique très tendue. A titre
illustratif, sur le plan économique les recettes intérieures ont connu un effondrement « de 438
millions de dollars en 1996, les recettes intérieures ont chuté à 383,14 millions de dollars en
2002, puis à 343 millions selon la loi de finances 2005»485 d’autre part, la masse monétaire est
« passée de 474 milliards en 2004. Ce qui a favorisé l’inflation, dont le taux a augmenté
considérablement, pour atteindre 14% en 2003 et 28% en 2004»486. Les difficultés
économiques ont entrainé une série de grève de l’Union Syndicale des travailleurs de Guinée
et de la Confédération Nationale des Travailleurs de Guinée, le 10 janvier 2007. Celles-ci ont
été réprimées durement par les forces de l’ordre, avec plus de 100 personnes tuées.
La mort du Général Lansana Konté a ouvert un nouveau chapitre de la mauvaise
gouvernance guinéenne. En effet, violant les dispositions constitutionnelles, le 23 Décembre
2008, un groupe de militaires réunis au sein du Conseil National pour la Démocratie et le
Gouvernement, dirigé par le Capitaine Moussa Dadis Camara a prononcé la dissolution du
gouvernement. La présidence de la République est assurée par le Capitaine Moussa Dadis
Camara lui même. Malgré ses déclarations de bonne intention, à savoir : le retour à un ordre

485SECK Cheikh Yérim, « Guinée, la descente aux enfers », in Jeune Afrique l’Intelligent, N°2333
du 25/9 au 1er /10/05 pp 55.
486 Idem pp 55
275
constitutionnel et l’organisation d’élections présidentielles libres et transparentes, le régime
du Capitaine Moussa Dadis Camara a sombré dans la violence, la répression sanglante de
civils, le 28 Septembre 2009, au stade de Conakry en a été une parfaite illustration. Le bilan
sanglant de plus d’une centaine de morts et des viols commis sur des femmes a suscité
l’indignation, l’ONU a diligenté une enquête internationale. Les pressions internationales
pour déterminer les responsabilités du massacre du 28 septembre 2009 a crée des dissensions
au sein du Conseil National pour la Démocratie et le Développement. Le 03 Septembre 2009,
le Capitaine Moussa Dadis Camara a été victime d’une tentative d’assassinat, orchestrée par
son aide de camp, Aboubacar Sidiki Diakité, donné par plusieurs sources comme l’un des
instigateurs de la répression du 28 Septembre 2009. Le Capitaine Camara, blessé à la tête, est
évacué au Maroc. La transition a été assurée par Le Général Sékouba Konaté. Le 7 mars 2010,
celui-ci fixe par décret la date du premier tour de l'élection présidentielle au 27 juin 2010. A la
suite d’un second tour ayant opposé Alpha Condé à Cellou Dalein Diallo, le 02 Décembre
2010, la victoire de Alpha Condé a été confirmée par la cour constitutionnelle. La Guinée
découvre la démocratie.

B- Les réactions de la CEDEAO dans la crise guinéenne

Le 15 janvier 2010, la CEDEAO a obtenu un accord entre Dadis et Sékouba pour que
ce dernier soit reconnu Président de la transition. Cet accord stipule qu'un premier ministre
issu des Forces Vives : Partis d'opposition, syndicats, société civile, soit nommé dans le but de
former un gouvernement d'Union nationale et de conduire le pays vers des élections libres et
transparentes dans un délai de six (6) mois. De plus, aucun membre du gouvernement d'union
nationale, de la junte, du Conseil National de la Transition et des Forces de Défense et de
Sécurité n'aura le droit de se porter candidat aux prochaines échéances électorales. M. Jean-
Marie Doré, doyen de l'opposition a été nommé comme Premier Ministre, Chef du
gouvernement d'Union Nationale chargé d'organiser les futures élections présidentielles.

Depuis la mise en place de la nouvelle architecture de sécurité de la CEDEAO, on


remarquer l’avancée de la bonne gouvernance avance de façon générale. Durant cette
décennie, 2001-2011, sur les 15 Etats de la CEDEAO, seuls le Niger, la Guinée Bissau et la
Côte d’Ivoire ont connu des cas d’atteintes à la démocratie. Deux autres Etats qui n’avaient

276
connu que la dictature, sont devenus démocratiques à la suite des décès de leur chef d’Etat : le
Togo et la Guinée Bissau. Dans les cas étudiés, nous avons relevé que la CEDEAO a pris des
sanctions à minima contre des Etats qui ont porté atteinte à la démocratie. Cependant, la crise
post électorale ivoirienne a démontré l’inefficacité de l’expulsion d’un Etat membre des
instances de la CEDEAO. Conformément au nouveau mécanisme de sécurité de la CEDEAO,
il est prévu qu’en cas de violation constitutionnelle, la CEDEAO peut intervenir militairement
pour rétablir l’état de droit. De tous les cas étudiés, aucun d’eux n’a fait l’objet d’une
intervention militaire de la CEDEAO. Le cas du Niger, de la Côte d’Ivoire, de la Guinée se
sont réglés par des solutions internes violentes. L’intervention de la CEDEAO en Côte
d’Ivoire et en Guinée aurait peut être pu éviter des milliers de victimes.
Le constat de la bonne perspective de la bonne gouvernance en Afrique de l’Ouest est
partagé par Randrianandrasana, selon elle487 : « Les indicateurs objectifs de la gouvernance
prennent en compte la participation des populations aux élections à travers quatre critères : la
tenue des dernières élections, le taux de participation, l’exercice du droit de vote par les
femmes ainsi que le taux de femmes parlementaires. Dans beaucoup de pays, les élections,
périodiquement organisées, n’aboutissent pas nécessairement à un changement de pouvoir.
Dans d’autres pays, le pouvoir change de mains, mais les libertés civiles et politiques,
notamment la liberté de la presse et la liberté d’opinion n’en sont pas mieux respectées. Selon
ces indicateurs, tous les pays de l’Afrique de l’Ouest, à l’exception du Liberia pour lequel les
données ne sont pas disponibles, ne sont pas loin de pratiquer la bonne gouvernance.»

RANDRIANANDRASANA Catherine OKO, « Des critères de bonne gouvernance dans les 15


487

pays d’Afrique de l’Ouest », in Courrier d’Afrique de l’Ouest, n°25, mai-juin 2005, pp 9-10

277
Chapitre 09 : L’avenir de la CEDEAO dans sa quête de la paix et de la sécurité :

Déterminer l’avenir de la CEDEAO dans le maintien de la paix et de la sécurité


régionales revêt une importance capitale, il nous permettra de mettre en exergue les avancées,
les retards et d’identifier les perspectives. Nous effectuerons, d’abord, une analyse structurelle
de l’Afrique de l’Ouest (Section 1) puis nous dégagerons le scénario tendanciel de la
CEDEAO en matière de maintien de la paix et de la sécurité (Section 2)

Section 1 : L’analyse structurelle de l’Afrique de l’Ouest

L’analyse structurelle permet de mettre en évidence la structure d’un système, elle


consiste à identifier les variables clés du système ouest africain, celles-ci peuvent être
regroupées en deux catégories : les variables internes (Paragraphe 1) et les variables externes
(Paragraphe 2). Ces différentes variables constituent des tendances lourdes de l’Afrique de
l’Ouest, c'est-à-dire « qu’elles s’enracinent dans un passé plus ou moins lointain et qui ne
disparaitront probablement pas au cours du prochain quart de siècle »488

Paragraphe 1 : Les variables internes

Les variables internes sont constituées par les facteurs internes influençant le système
ouest africain, il s’agit des variables politiques (A), économiques (B) et socioculturelles (C).

A- Les Variables politiques :


Les facteurs politiques internes déterminant pour l’étude du système ouest africain
sont :

• L’état de la gouvernance : c’est à partir de 1960 que la plupart des Etats ont acquis
leur indépendance. On retrouve 3 anciennes zones coloniales dans l’espace CEDEAO.
 Les anciennes colonies anglaises : le Nigéria, le Ghana, la Gambie

488 SALL Alioune, Afrique 2025 : quels futurs possibles pour l’Afrique au sud du Sahara ?,
Karthala et Futurs Africain 2003, p 34

279
 Les anciennes colonies françaises : le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la
Guinée Conakry, le Mali, le Niger, le Sénégal, le Togo
 Les anciennes colonies portugaises : le Cap-Vert, la Guinée-Bissau.

Parmi tous ces Etats seuls la Guinée Bissau a connu une guerre de libération face au
Portugal. Pour le reste la décolonisation s’est effectuée sans violence majeure.

Les premiers chefs d’Etats de la CEDEAO étaient des civils désireux de bâtir des
nations modèles et prendre la revanche sur le colonisateur. Leur élan fût brisé par des séries
de coup d’état militaire dans les années 1970. Tous les Etats de la CEDEAO ont connu la
prise du pouvoir par des militaires, exception faite du Sénégal.

A partir de la chute du mur du Berlin, consacrant la fin de la guerre froide, les Etats de
la CEDEAO, à l’exception du Sénégal ont commencé à découvrir la démocratie. De 1990 à
aujourd’hui, de façon violente ou pacifique, tous les Etats de la CEDEAO ont adopté un
système démocratique.

Cette évolution de la gouvernance politique a déterminé le rôle de l’Etat. En effet, au


lendemain des indépendances, les pères fondateurs, sans être des dictateurs, ont privilégié la
construction d’un Etat nation, dans cette perspective, toute opposition était vécue comme de
la trahissions nationale. L’Etat était oppresseur, il y avait peu de place pour les libertés
publiques. D’ailleurs c’était ce rôle de l’Etat qui a servi de justification aux putschistes
militaires des années 1970. Ces derniers ne feront pas mieux que leur prédécesseur. L’arrivée
des militaires au pouvoir n’a fait que renforcer le rôle oppresseur de l’Etat. La démocratie
libérale des années 1990, s’est installée de plusieurs manières selon les Etats :
 la révolte des populations contre l’Etat affaibli économiquement par les
programmes d’ajustement structurels des institutions de Bretton Woods : cas du
Mali
 les coups d’Etat à l’issu desquels se sont installés des régimes démocratiques :
cas du Niger ;

280
 La fin de vie des dictateurs qui entraîne la démocratie : cas de la Guinée
Conakry.

En 2011, les Etats de la CEDEAO ont réalisé des efforts très soutenus dans la
protection de leur citoyen et la démocratie libérale. Le système démocratique est un acquis
aujourd’hui, touts les Etats de la CEDEAO ont des lois fondamentales qui consacrent la
supériorité de cette loi, la présence d’une Cour constitutionnelle ou d’une Cour suprême de
justice qui veillent au respect de la constitution et sanctionnent les instruments juridiques ou
les actes des gouvernants contraires à la constitution. Toutes les constitutions reconnaissent
que le pouvoir appartient au peuple qui l’exerce par voie d’élections et de référendum, il est
désormais illégal qu’un individu s’attribue l’exercice du pouvoir, désormais, les coup d’état
ou les changements inconstitutionnels du pouvoir sont condamnés juridiquement. Les
élections sont régulièrement organisées et le multipartisme tant réclamé est bien ancré. Sur ce
dernier point, les Etats de la CEDEAO dans leur grande majorité ont connu des régimes de
parti unique, toutefois, cet acquis du multipartisme doit être relativisé, tout en étant important
dans un système démocratique, il ne garantit pas pour autant la démocratie, c’est ce
qu’indique M. Ben Yahmed489 : « Le multipartisme est à la démocratie ce que le sel est à la
cuisine : un ingrédient nécessaire et dont il est facile d’abuser. Mais le sel ne fait pas un repas
à lui tout seul. Ceux des peuples africains qui se contenteront du multipartisme ne tarderont
pas à s’apercevoir qu’ils sont restés sur leur faim. »

- Le Rôle de la société civile :


La société civile est définie comme : « un lieu où, parce qu’il se situe en dehors de
l’Etat, s’exercent la liberté et la créativité des individus ; un lieu où égaux bien que différents,
ils établissent consciemment des relations entre eux, communiquent, échangent, nouent des
contrats, s’associent de diverses façons ; un lieu où ils s’organisent volontairement pour faire
reconnaître leur droits et participent à l’élaboration du bien commun »490.

489
Cité par GONIDEC Pierre François, « Démocratie et développement en Afrique : perspectives
internationales ou nationales, » in Afrique 2000, n°14, 1993, 57-58.
490
HAUBERT Maxime ; « l’idéologie de la société civile », in Haubert Maxime et Rey Pierre
Philippe, les sociétés civiles face au marché. Le changement social dans le monde post-colonial,
Paris, Karthala, 2000, pp 29

281
L’espace CEDEAO a des organisations de la société civile qui militent activement en
faveur de la paix et de la sécurité. On peut évoquer deux exemples : le FOSCAO et le
WANEP.
Le Forum de la Société Civile de l’Afrique de l’Ouest : cette plateforme sert de relais
entre la CEDEAO et la société civile sur des questions diverses comme la bonne
gouvernance, la paix et la sécurité, la coopération économique, la jeunesse, l’alimentation,
l’agriculture. Les membres du forum participent également à l’observation électorale.
Le WANEP : Le Réseau oust-africain pour la consolidation de la paix a été crée en
1998, comme une réponse aux conflits internes qui ont bouleversé l’Afrique de l’Ouest après
la guerre froide. Le WANEP a pour mission de servir de cadre institutionnel de mobilisation
de la société civile, de renforcement des capacités de la société civile en matière de gestion
des conflits, d’édification de la paix, de bonne gouvernance et de développement durable.
Ses objectifs sont : Renforcer la capacité pacifiste des organisations et praticiens ;
Augmenter la sensibilisation et l’emploi des stratégies non violente ; Promouvoir une
direction opérant avec des principes et une culture de non violence ; Plaider en faveur des
structures sociales et politiques équitables ; Développer des réseaux et mécanismes de
prévention de conflits et Harmoniser les activités d’instauration de paix.
Le WANEP contribuera à : Former aux méthodes de prévention, de gestion et de
transformation des conflits ; Mener des campagnes pour les initiatives de paix ; Assurer la
recherche sur les méthodes traditionnelles de résolution des conflits ; Soutenir les
publications et ouvrages traitant du thème de la paix et Assurer l’éducation civique et
démocratique en faveur des populations.

B- Les Variables économiques :


Les principales variables économiques sont :

• Le Taux de croissance du Produit Intérieur Brut :


Le total du PIB des Etats de la CEDEAO ne dépasse pas 500 milliards de dollars491.
Durant l’année 2010, le taux de croissance des Etats de la CEDEAO étaient de 3.09%. Seuls
deux Etats ont connu des taux de croissance à 0%, il s’agit du Niger et de la Guinée Bissau.

491
Programme des Nations Unies pour le Développement, rapport sur le développement humain de 2010, PNUD
2010, pp 232-233
282
La plus forte croissance a été réalisée par la Gambie avec 4.8%. Malgré la croissance affichée,
les Etats de la CEDEAO n’arrivent pas encore à atteindre la croissance de 7% du PIB. Cette
limite est une prescription pour atteindre l’un des objectifs du Millénaire pour le
développement, à savoir la réduction de l’extrême pauvreté de 50% d’ici 2015. La situation
des Etats de la CEDEAO est d’autant plus critique, que l’Indice du Développement Humain
des ces Etats est l’un des plus faible du monde. A titre illustratif, l’Etat le mieux classé est la
Cap-Vert qui occupe la 118ème place.

• Le degré d’intégration économique :


Il représente les relations commerciales entre les Etats de la CEDEAO. Le degré
d’intégration économique, en particulier l’aspect commercial est dramatiquement faible, en
2002, le commerce intra zone était de 11.4%492. L’une des explications de ce faible échange
intra-zone est la nature profondément hyperspécialisée des économies des Etats de la
CEDEAO. En effet, tous ces Etats ne produisent qu’une ou deux matières premières. Pour se
procurer des produits manufacturés, les Etats de la CEDEAO sont obligés de se tourner vers
les Etats européens ou asiatiques, qui sont spécialisés dans la production de produits
manufacturés.

• L’investissement :
Agrégat vital pour amorcer le développement économique. Les Etats de la CEDEAO
bénéficient surtout d’Investissement Direct Etranger qui reste très faible. La moyenne de
l’investissement national résultant de l’épargne des agents économiques nationaux est de
16,26%493.
L’Investissement Direct Etranger désigne : « un investissement qui implique une
relation durable à long terme, reflétant ainsi un intérêt durable d’une entité résidente d’un
pays d’origine (l’investisseur direct) sur une entité résidente (l’entreprise investie) d’un autre
pays »494. L’investissement direct étranger a ceci de particulier qu’il représente le moteur de la

492
CEDEAO, le commerce dans l’espace CEDEAO, p15
http://www.ecostat.org/en/TradeECOWAS/ECOWAS_TRADE.pdf, (consulté le 13 Mars 2011)
493 Le Libéria ne fait pas partie de ce chiffre par manque d’information sur l’épargne national

brut.
494Fonds Monétaire International, citée par MUCHIELLI Jean-Louis, Multinationales et
mondialisation, ed du seuil, Mai 1998, pp 46
283
croissance économique. En 2010, l’IDE pour toute l’Afrique s’élevait à 5.3% des IDE
mondiaux495. L’espace CEDEAO n’attire que 0,71%496 du total des investissements directs
étrangers mondiaux. La majorité de ce faible IDE est orientée vers le secteur primaire, les
produits du sol et du sous-sol. Le développement de ce secteur ne crée pas suffisamment de
valeur ajoutée.

• La Dépendance alimentaire :
La CEDEAO demeure très dépendante de l’extérieur sur le plan alimentaire, M.
Gazellot dresse le constat suivant : « le déficit alimentaire de la CEDEAO, hors échanges de
produits tropicaux, a été multiplié par 3 de 1995 à 2003, passant de 1,6 à 4,4 milliards de $.
L'excédent agroalimentaire total (produits tropicaux inclus) a fondu entre 1995 et 2000 pour
se transformer en déficit de plus de 1 milliard de $ en 2004. Les principaux déficits en 2004
portent sur les céréales avec -1,96 milliards de $ dont -836 M$ pour le riz blanchi et -649 M$
de froment de blé (semence), les produits laitiers (-551 M$), le sucre (431 M$), les huiles
(314 M$). »497. Il résulte de ce constat que la production alimentaire ne suit pas la croissance
démographique en Afrique de l’Ouest et la situation est d’autant pus difficilement acceptable
que la qualité des terres dans l’espace CEDEAO est bonne dans la majorité des cas, seuls
15,35% des populations vivent sur des terres dégradées498.
Par ailleurs, la dépendance alimentaire porte atteinte à la sécurité alimentaire, qui elle
même existe : « lorsque tous les êtres humains ont, à tout moment, un accès physique et
économique à une nourriture suffisante, saine et nutritive, leur permettant de satisfaire leurs
besoins énergétiques et leurs préférences alimentaires pour mener une vie saine et active »499.

495CNUCED, Rapport sur l’investissement dans le monde 2010.


[Http://www.unctad.org/fr/docs/wir2010overview_fr.pdf ] (consulté le 13 Mars 2011) Pp 7
496MOBDJ Adama ; « Investissements étrangers en Afrique de l’ouest : Les agences de promotion
en quête d’une meilleure attractivité », in Journal le Soleil-Sénégal, 12 janvier 2010
http://www.senegaltribune.com/articles/6605/1/INVESTISSEMENTS-ETRANGERS-EN-
AFRIQUE-DE-LOUEST--Les-agences-de-promotion-en-quete-dune-meilleure-
attractivite/Page1.html (consulté le 14 mars 2011).
497 GALLEZOT Jacques, « pour un développement durable en Afrique de l’Ouest : la sécurité
alimentaire »
498
PROGRAMME DES NATIONS UNIES POUR LE DEVELOPPEMENT, rapport sur le développement
humain de 2010, Op.Cit, pp 194-195
499 Extrait de la déclaration adoptée lors du Sommet mondial de l’alimentation tenu à Rome du 13

au 17 novembre 1996.

284
La sécurité alimentaire comporte quatre dimensions : la disponibilité des vivres, l’accessibilité
des ménages et des individus à l’alimentation, le fonctionnement et la stabilité des marchés, et
l’utilisation des aliments.
En définitive, la dépendance alimentaire entraine une hausse des prix que les
populations de la CEDEAO auront du mal à suivre.

• L’Emploi :
Le taux d’emploi de la population active de la population active de la CEDEAO est
plus de 60%. La caractéristique principale de son taux d’emploi, c’est la part considérable du
secteur informel. L’une des difficultés majeures concerne la faible rémunération de l’emploi.
En effet, plus de 55% des personnes employées vivent avec mois de 1.25$ par jour500.

• Variable budgets de défense et de sécurité


L’ensemble des budgets de la défense501 des Etats de la CEDEAO représente moins de
3 milliards de dollars. Seul le Nigéria dépasse 1500 millions de dollars, suivi du Sénégal qui a
un budget de plus de 200 millions de dollars. Le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Ghana, la
Guinée, le Mali, le Sénégal ont des budgets inférieurs à 150 millions de dollars. Les autres
Etats : le Bénin, le Cap-Vert, la Gambie, la Guinée-Bissau, le Libéria, le Niger, la Sierra-
Léone et le Togo ont des budgets inférieurs à 50 millions de dollars. La part des dépenses
budgétaires en matière de défense reste faible, les Etats de la CEDEAO se répartissent comme
suit502 :
- Les budgets inférieurs à 1% du PIB : Cap-Vert, Gambie, Ghana et Nigéria
- Les budgets entre 1% et 2% du PIB : Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire,
Guinée, Niger, Sénégal, Sierra Léone, Togo.
- Les budgets entre 2% et 3% PIB : Mali

500
PROGRAMME DES NATIONS UNIES POUR LE DEVELOPPEMENT, Rapport sur le développement
humain de 2010, pp 214-215
501 STOCKHOLM INTERNATIONAL PEACE RESEARCH INSTITUTE, Military Expenditure

Database.

[http://milexdata.sipri.org/files/?file=SIPRI+milex+data+1988-2010.xls](Consulté le 10 Avril 2011)

BONIFACE Pascal, L'année stratégique 2007 : Analyse des enjeux internationaux, édition
502

Dalloz 2006

285
- Les Budgets entre 3% et 4% PIB : La Guinée-Bissau

La faiblesse des différents budgets militaires nationaux joue sur la logistique des
troupes de l’ECOMOG en cas de déploiement, la logistique est définie comme : « l’ensemble
des activités qui permettent à une troupe de combattre ou de survivre. Au plan opérationnel,
elle vise à acheminer de manière de manière optimale les biens de soutien nécessaires aux
troupes»503 Elle se subdivise en trois domaines d’activités principales : le soutien, le service
du personnel et le sanitaire. La mise en œuvre de la logistique demande des moyens
financiers, sans une bonne logistique, le succès des opérations militaires risque d’être
compromis. L’insuffisance des moyens financiers engagés lors des interventions de
l’ECOMOG, a poussé certains à dresser un bilan négatif de la CEDEAO en matière de
maintien de la paix et de la sécurité, à ce sujet Berman et Sams tout en admettant l’effort de la
CEDEAO dans la mis en place d’un mécanisme de maintien de la paix et de la sécurité,
affirment504 que : « L’ ECOMOG a exacerbé la guerre civile au Libéria et son intervention
dans ce pays a contribué au déclenchement de la guerre civile en Sierra Leone. Les faiblesses
de la force en Sierra Leone ont aussi entraîné la prolongation du conflit. En Guinée-Bissau,
l’incapacité où s.est trouvé l’ECOMOG de déployer à temps une force suffisante a préparé le
terrain pour un coup d’État. Le manque de ressources financières et humaines fait d’ailleurs
douter que l’Organisation ».

C- Les variables socioculturelles :

Elles sont composées de :

• la Variable démographique
La démographie est définie comme : « l’étude des populations visant à connaître leur
effectif, leur composition par âge, sexe, statut matrimonial, et leur évolution future ».505

503BAUD Jacques F ; « logistique », in Dictionnaire de Stratégie, S.dir De Montbrial Thierry et


Klein Jean, Op.cit., p 332
504
BERMAN Eric et SAMS Katie, « Le maintien de la paix en Afrique : évolution ou extinction ? »
Revue Forum du désarmement, UNIDIR, Genève, mars 2000, p. 26

CLUB DU SAHEL ET DE L’AFRIQUE DE L’OUEST, les dynamiques démographiques,


505
CEDEAO-CSAO/OCDE 2007 – novembre 2007, pp 1
286
Le fait de s’intéresser à la démographie relève du fait qu’elle « est indispensable à la
compréhension de la société et à la définition des politiques dans tous les domaines »506. La
variable démographique est composée de :
- Taux de croissance démographique :
La population507 de la CEDEAO a connu une évolution considérable. Elle est passée
de 79.778.462 d’habitants en 1960 à 304.583.290 millions d’habitants en 2011. Le taux de
croissance est d’environ 2,5%. Il est indiqué508 que la population de la CEDEAO pourrait
atteindre ou dépasser 400 millions d’habitants à l’horizon 2025/2030. La CEDEAO connaît
un peuplement rapide.

- Urbanisation :
L’urbanisation c’est : « le processus selon lequel une proportion croissante de la
population d'un pays vit dans les localités urbaines »509. L’urbanisation des villes d’Afrique de
l’Ouest est une nouveauté.
A l’indépendance des Etats de la CEDEAO, le taux d’urbanisation était de 14%, à
l’exception du Sénégal qui avait 28%510. En 1991 le taux d’urbanisation est passé à 41%,
aujourd’hui il est de 50%511. Au moment des indépendances en 1960, il est de 28% au
Sénégal et 14% pour l’ensemble de la région. En 1980, il passe à 34%, puis 41% en 1991
pour atteindre environ 50% actuellement, le taux d’urbanisation devrait atteindre 60% en
2030512.
Il est utile de déterminer les raisons de l’accroissement de l’urbanisation. En effet,
deux raisons principales peuvent expliquer l’urbanisation en Afrique de l’Ouest : d’une part
l’augmentation de la natalité et d’autre part l’exode rural. Ce second facteur explicatif est lui-

506 CLUB DU SAHEL ET DE L’AFRIQUE DE L’OUEST, les dynamiques démographiques,


CEDEAO-CSAO/OCDE 2007 – novembre 2007, pp 1
507 UNITED STATES CENSUS INTERNATIONAL PROGRAMS

[www.census.gov/ipc/www/idb/region.php] (Consulté le 14 janvier 2010)


508CEDEAO, Atlas régional des transports et des télécommunications dans la CEDEAO, Pp8
509MILHAUD Maurice ; « l’urbanisation : problème posé par le développement économique », in

Tiers-Monde. 1960, tome 1 n°4. pp 540


510 YATTA François Paul, Villes et développement économique en Afrique ; CSAO ; Economica ;
Anthropos. Paris ; 2006. p 59.
511 Idem, pp 60
512 Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest, Atlas de l’intégration régionale en Afrique de l’Ouest

287
même déterminé par l’attrait des jeunes ruraux pour le secteur informel des villes et le
relatif513 développement des structures sanitaires et des conditions de vie dans les villes. Cet
argument est confirmé par Milhaud : « l'afflux des populations rurales vers les villes est un
phénomène qui s'explique par l'attrait qu'exerce sur elles la vie dans les grandes
agglomérations ».514 L’urbanisation incontrôlée entraine une fuite de la main d’œuvre des
campagnes agricoles, il s’ensuit une baisse importante des récoltes agricoles, toute chose qui
peut entrainer une crise alimentaire.

- Structure de la population :
Sur une population de plus de 300 millions d’habitants. La CEDEAO compte515 en
2011, 151.857.433 hommes et 149.436.523 femmes. Les hommes sont légèrement plus
nombreux que les femmes. L’Afrique de l’Ouest a l’une des populations les plus jeunes au
monde, plus de 45% a moins de 15 ans ; 56% moins de 20 ans et 66% moins de 25 ans. En
2050, les jeunes de moins de 15 ans représenteront 28% de la population d’Afrique de
l’Ouest516.

• Les Ethnies :
Une ethnie peut-être définie comme : « un ensemble stable d’êtres humains, constitué
historiquement sur un territoire déterminé, possédant des particularités linguistiques,
culturelles et psychiques communes et relativement stables, ainsi que la conscience de leur
unité et de leur différence des autres formations semblables (conscience de soi), fixée dans
l’auto appellation (ethnonyme) ».517
D’une façon générale, en Afrique, l’ethnicité a joué un rôle important dans le
déclenchement et l’exacerbation des conflits identitaires qui ont émergé après la guerre froide.
Tantôt utilisé comme vecteur pour l’accaparement des richesses nationales, tantôt comme

513 En effet, les conditions d’hygiènes dans les villes sont loin d’être l’idéales par rapport aux
normes internationales, toutefois, ces maigres conditions urbaines sont quasi-inexistantes dans
les campagnes.
514 MILHAUD Maurice, « l’urbanisation… », Op Cit, pp 539

515 UNITED STATES Census International Programs center, op cit


516 CLUB DU SAHEL ET DE L’AFRIQUE DE L’OUEST, Atlas de l’intégration régionale en
Afrique de l’Ouest, CSAO 2006, pp 6
517 Citée par CHRETIEN Jean-Pierre et PRUNIER Gérard, les ethnies ont une histoire, éditions
Karthala, 2003, p132
288
vecteur à des fins politiques, le facteur ethnique est déterminant dans l’analyse politique de
l’Afrique. A ce sujet Bayart précise que : « en Afrique l’ethnicité n’est presque jamais
absente du politique ; (…). Les manifestations de l’ethnicité impliquent inévitablement
d’autres dimensions de la société (…). Et dans le contexte de l’Etat contemporain, son
référentiel privilégié semble avoir trait à l’accumulation, aussi bien économique que
politique »518.

• La situation sanitaire :
La prise en compte de la santé revêt un caractère crucial pour les Etats de la
CEDEAO. En effet, il est impératif de disposer d’une ressource humaine saine. Par ailleurs,
les Etats ont l’obligation de veiller à la sauvegarde de leur population. Il ressort des
enquêtes519 que seuls 27% des citoyens de la CEDEAO estiment avoir une bonne qualité de
soins et les dépenses de citoyens des Etats de la CEDEAO relatives aux soins de santé
s’élèvent en moyenne à 73.8 Dollars520.
L’Afrique de l’Ouest reste une zone où les maux de santé se posent avec acuité. A titre
illustratif, il y a eu plus de 4 millions de morts en 2010 sur une population totale de 300
millions d’habitants521, une moyenne de 31,4% de la population n’ayant pas accès à l’eau et
74% de la population n’ayant pas accès à l’assainissement.
Au-delà de toutes ces préoccupations relatives à la santé, c’est le SIDA qui représente
actuellement le plus grand danger pour les Etats de la CEDEAO « Historiquement, la
pandémie de sida est donc, en chiffres, l'une des pires qu'ait eu à connaître l'humanité »522

• Le Niveau d’éducation :
En 2010, le taux d’alphabétisation des Etats de la CEDEAO était de 49,28%. Il faut
tout de même reconnaitre que des efforts sont déployés pour réduire l’analphabétisme, même
si plus de la moitié des populations de la CEDEAO restent encore analphabètes.

518 BAYART Jean-François, l’Etat en Afrique : la politique du ventre, éditions Fayard, nouvelle
édition, 2006, p 81-82
519
PROGRAMME DES NATIONS UNIES POUR LE DEVELOPPEMENT, rapport sur le développement
humain de 2010, OP. cit, pp 206-207
520
Ibid, pp 223-224
521
UNITED STATES CENSUS INTERNATIONAL PROGRAMS [www.census.gov/ipc/www/idb/region.php]
(Consulté le 14 janvier 2010).
522
ELBE David ; « Sida, un enjeu global de sécurité », in Politique étrangère, N°1 - 2005 - 70e
année, Pp 165
289
A titre d’exemple, en effectuant une addition des sources normatives de la CEDEAO
en matière de protection des droits humains, on trouve 241 articles juridiques, sans évoquer la
connaissance des voies de droit. Face à une population analphabète, l’exécution des
programmes de la CEDEAO restera difficile.

290
Paragraphe 2 : Les variables externes

Les Etats de la CEDEAO sont soumis à des influences externes, produites par d’autres
Etats (A) et par des Organisations Internationales (B) :

A- Le poids d’autres Etats :

• Le Poids de la France :
Etat ayant colonisé la majorité des Etats de la CEDEAO, la France joue un grand rôle
dans les Etats africains. En effet, il existe des relations séculaires entre la France et l’Afrique,
en particulier l’Afrique francophone, « en dépit du processus de décolonisation, l'Afrique
francophone demeurera, pour la France et sa volonté de continuer à exercer un rôle mondial,
un continent essentiel. L'Afrique lui permettait de renforcer sa visibilité internationale par
l'intermédiaire des votes aux Nations unies et comme l'élément central de la
francophonie »523.
Les interventions françaises en Afrique s’effectuent sur 3 plans :

 Sur le plan politique :


Outre le fait que la France a colonisé plus de la moitié des Etats de la CEDEAO,
elle demeure encore présente dans la CEDEAO à travers deux types d’activités, d’une
part, le sommet Afrique-France, qui constitue une messe politique entre la France et les
Etats Africains. Il se tient une fois par an, alternativement, sur le territoire français ou dans
l’un des Etats africains. Ce sommet informel constitue un cadre de coopération entre
l’ensemble des Etats d’Afrique et la France, rappelons que c’est lors du sommet Afrique-
France du 19 au 21 Mai 1990, que l’ancien Président Français, François Mitterrand avait
proclamé un discours devenu célèbre, dit le discours de la Baule. Lors de ce sommet de la
Baule, la France conditionnait son aide publique aux Etats africains, à la promotion de la
démocratie en Afrique. Le discours de la Baule a été considéré : « comme le point de

523LA REDACTION DE LA POLITIQUE ETRANGERE ; « éditorial », In Politique étrangère N°4 -


1996 - 61e année pp. 741-742.

291
départ de la déstabilisation en chaîne des régimes africains »524. Et d’autre part,
l’Organisation Internationale de la Francophonie, contrairement au sommet Afrique-
France, seuls les Etats de la CEDEAO ayant le français comme langue officielle sont
considérés comme francophones. La francophonie désigne « l’ensemble politico-culturel
des peuples qui parlent le français »525. L’Organisation Internationale de la Francophonie
est une organisation internationale créée en 1970 par le traité de Niamey.
Les objectifs526 de l’OIF sont : l’instauration et le développement de la
démocratie ; la prévention, la gestion et le règlement des conflits, et le soutien à l’État de
droit et aux droits de l’Homme ; l’intensification du dialogue des cultures et des
civilisations ; le rapprochement des peuples par leur connaissance mutuelle ; le
renforcement de leur solidarité par des actions de coopération multilatérale en vue de
favoriser l’essor de leurs économies ; la promotion de l’éducation et de la formation.
Elle a pour mission527 de : Promouvoir la langue française et la diversité culturelle
et linguistique ; Promouvoir la paix, la démocratie et les droits de l’Homme ; Appuyer
l’éducation, la formation, l’enseignement supérieur et la recherche ; Développer la
coopération au service du développement durable. Il ne fait aucun doute que cette
Organisation contribue à renforcer le rayonnement de la France dans le monde. La
Francophonie véhicule des valeurs, comme le démontre cette affirmation528 : « (…)
valeurs et une culture nées sur le sol de la langue française, mais qui méritent vraiment
d'être mondialisées : les droits de l 'Homme, la liberté, l’égalité et la fraternité ».

 Sur le plan économique :


La France assure le soutien du Franc Cfa. En effet, l’usage du Franc CFA en
Afrique s’effectue dans une zone géographique délimitée, appelée la zone franc, elle a été

524 GOUTTEBRUNE François, « La France et l'Afrique : le crépuscule d'une ambition stratégique


? », in Politique étrangère N°4 - 2002 - 67e année pp. 1040
525
Définition tirée du dictionnaire Hachette 1980, citée par BALMETTE Corinne et TOURNIER
Maurice ; « Jeux et enjeux de francophonie », in Mots, septembre 1997, N°52. pp. 168

Article 1er de la Charte de la Francophonie, adoptée le 23 Novembre 2005 à Antananarivo.


526

527Cadre stratégique de dix ans adopté par le Sommet des chefs d’Etat et de gouvernement en
2004 à Ouagadougou (Burkina Faso) pour la période 2005 – 2014
528PROVENZANO François, « La francophonie : définitions et usages », Quaderni. N° 62, Hiver
2006-2007. pp. 93-102.

292
crée en 1946, bien avant l’indépendance des Etats africains. En effet, il existe deux zones
utilisant le franc CFA en Afrique, la zone Afrique de l’Ouest et la zone Afrique de l’Est.
Avec l’instauration du Franc CFA, la France crée une coopération monétaire avec ses
anciennes colonies. L’adhésion de la France à une nouvelle union monétaire : l’Euro, n’a
pas changé la donne. En effet, le Franc CFA garde toujours une parité fixe par rapport à la
monnaie européenne, grâce au soutien français. Sylvie Brunel résume parfaitement le lien
Franc Français et Franc CFA « grâce à la zone franc, la France s’assure des débouchés
garantis dans 14 Etats (environ 80 millions de personnes) dont elle détient en moyenne
20% des parts de marché. Mais elle paie chèrement un avantage qui s’amenuise d’année
en année. Qu’est ce que la zone franc en effet ? La possibilité inouïe pour des Etats
pauvres et endettés de disposer d’une monnaie à la parité fixe, le Franc CFA librement
transférable et librement convertible, ainsi que des réserves de change communes avec la
France. Une grande puissance garantit ainsi à toute une partie de l’Afrique, sans rapport
avec le niveau d’activité économique de ces pays, une monnaie internationalement
garantie, qui n’oscille pas au gré des fluctuations de leurs ressources, n’est pas soumise à
l’inflation et peut s’échanger à tout moment contre une monnaie solide, le franc français,
selon un taux connu à l’avance »529.
La France est aussi active en matière d’aide publique au développement. L’aide
publique au développement français passe essentiellement d’une part, par le canal de
l'Agence Française de Développement qui est une institution financière luttant contre la
pauvreté et soutien la promotion économique des Etats. Elle est sous la tutelle des
ministères suivants : Ministère des Affaires étrangères et européennes ; Ministère de
l’Economie, de l'Industrie et de l’Emploi ; Ministère de l'Intérieur, de l'Outre-mer et des
Collectivités territoriales et de l’Immigration. Et d’autre part, la PROPARCO dont la
mission est d’accroître les investissements privés dans les pays émergents.
L’AFD gère les financements d'État à État et la PROPARCO soutient les
entreprises privées.
Durant l’année 2009, la France faisait partie des 10 premiers donneurs d’aide
publique internationale dans 11 Etats de la CEDEAO, elle a accordé à ces derniers plus de
deux milles millions de dollars530.

529 BRUNEL Sylvie, le gaspillage de l’aide publique, éditions du seuil, 1993, p 76


530
Chiffre OCDE, Aide Publique au développement
293
 Sur le plan militaire :
La France s’est illustrée par le programme RECAMP. Il s’agit d’un programme
crée en 1998, lors du sommet franco-africain du Louvre, le RECAMP comme l’indique
son nom signifie : « Renforcement des Capacités Africaines en Matière de Maintien de la
Paix », il a pour objectif d’appuyer les Etats Africains dans la conception et la conduite
531
des opérations de maintien de la paix se déroulant en Afrique. Il s’appuie sur « les
principes suivants : le multilatéralisme, qui le distingue de la coopération militaire
bilatérale classique et qui se traduit par le choix de la sous-région (CEDEAO, CEEAC,
SADC…) comme cadre d’action privilégié ; l’ouverture, tous les pays africains qui le
souhaitent pouvant a priori y participer ; la transparence, les actions conduites dans son
cadre étant connues de tous et accessibles par chacun ».
Le RECAMP a été : « lancé à la suite d'une concertation tripartite avec les Etats-
Unis et la Grande-Bretagne. En adoptant le principe de « la sécurité de l'Afrique aux
Africains ».532 Le RECAMP comporte 3 volets : la Coopération destinée à la création de
mécanismes de prévention et de gestion des crises dans les Organisations sous-régionales
africaines, l’entraînement visant l’interopérabilité des forces africaines, la prise de
décision au niveau stratégique et opératif, enfin l’engagement pour contribuer à la réussite
des résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU prévoyant l’intervention armée. La
CEDEAO en tant qu’institution et les Etats membres de la CEDEAO ont été
régulièrement concernés par le RECAMP.
Au-delà de ses vertus, le RECAMP est considéré comme une preuve du désintérêt
de la France pour l’Afrique, cet avis est partagé par M. TARDY Thierry : « La volonté
française de repli se traduit, en Afrique, par l'élaboration du concept RECAMP
(Renforcement des capacités africaines de maintien de la paix), visant à transférer autant
que possible aux Africains la responsabilité du maintien de la paix sur leur continent.»533

[http://www.oecd.org/document/0,3746,fr_2649_201185_46462787_1_1_1_1,00.html] (Consulté le 15 janvier


2010)

531
BAGAYOKO-PENONE Niagalé, Afrique : les stratégies française et américaine, Op.Cit, p 471.

532 GOUTTEBRUNE François ; « La France et l'Afrique : le crépuscule d'une ambition stratégique


? ». In Politique étrangère N°4 - 2002 -67e année pp. 1043

533TARDY Thierry, «Le bilan de dix années d'opérations de maintien de la paix », In Politique
étrangère N°2 - 2000 - 65e année pp 395.

294
Aujourd’hui, il ne fait aucun doute que la CEDEAO, après les difficultés
rencontrées lors de ses différentes interventions militaires, ait besoin de soutien réel dans
les futures opérations de maintien de la paix, dans ce cadre, le RECAMP constitue une
aubaine.
La France a également construit un réseau des Ecoles Nationales à Vocation
Régionale en Afrique. Ces écoles sont définies comme le : « Fleuron de la coopération
française de sécurité et de défense, le réseau des Écoles Nationales à Vocation Régionale
(ENVR) s’inscrit dans une logique de prévention mais peut également apporter un soutien
à des opérations de stabilisation »534.
Durant l’année 2009, la France a accordé plus de 10 millions d’euros535 en soutien
aux ENVR.
Il existe 15 ENVR sur le Continent africain. L’espace CEDEAO abrite 09 ENVR
sur l’effectif total, il s’agit des Ecoles et Centres suivants : le cours d’Application des
Officiers de Gendarmerie de Ouakam au Sénégal ; de l’Ecole d’Application d’Infanterie
de Thiès au Sénégal, l’Ecole Militaire d’Administration de Koulikoro au Mali ; l’Ecole de
Maintien de la Paix de Bamako au Mali ; l’Ecole Militaire Technique de Ouagadougou au
Burkina Faso ; le Centre de Perfectionnement de la Police Judiciaire de Porto Novo au
Bénin ; le Centre de Perfectionnement aux Actions post-conflictuelles de déminage et de
dépollution de Ouidah au Bénin ; l’Ecole du Personnel Paramédical des armées
nigériennes de Niamey au Niger et l’Ecole du service de santé des armées de Lomé au
Togo.
On peut faire le constat suivant, c’est l’absence d’ENVR dans les Etats
anglophones de la CEDEAO, toutefois, les ressortissants des Etats anglophones de la
CEDEAO participent régulièrement aux stages et formations se déroulant dans la majorité
des ENVR.

534Ministère des Affaires Etrangères et Européennes, Les Ecoles Nationales à Vocation Régionale
en Afrique subsaharienne : Le soutien de la France aux efforts multilatéraux. Direction de la
Coopération sécurité et Défense, Octobre 2009. www.diplomatie.gouv.fr/cooperation-securite-
defense (consulté le 26 Mars 2011).
535
Ministère des Affaires Etrangères et Européennes, Les Ecoles Nationales à Vocation Régionale
en Afrique subsaharienne, Op.cit.
295
• Le Poids des Etats-Unis d’Amérique :

 Sur le plan politico-économique :


Les Etats-Unis d’Amérique n’ont pas à proprement parlé de programme politique
destiné à l’Afrique. Poussant même certains auteurs à affirmer que : « Depuis, la
fondation des Etats-Unis jusqu’à nos jours, l’attitude des Américains vis-à-vis de
l’Afrique a été caractérisée au pie par l’indifférence, au mieux par la négligence »536.
Aujourd’hui, les Etats-Unis d’Amérique demeurent très regardants sur la promotion de la
démocratie, le respect des droits de l’homme. En effet, l’aide américaine est conditionnée
au progrès démocratique d’un Etat. En Afrique de l’Ouest, les Etats-Unis d’Amérique ont
deux programmes économiques : l’USAID et le Millenium Challenge Account.
L’USAID est la principale agence d’aide crée par le Foreign Assistance Act de
1961. L’USAID était initialement destiné aux Etats d’Amérique Latine pour lutter contre
le communisme et les guérillas marxistes.
Quant au MCA, il s’ajoute à l’USAID. Le MCA est un programme d’aide qui
dispose d’un fonds de 5 milliards de dollars par an.
« Le MCA récompensera les nations qui combattent la corruption, respectent les droits de
l’homme et adhèrent à l’État de droit. Les citoyens éduqués et en bonne santé étant des
agents de développement, nous récompenserons les nations qui investissent dans un
meilleur système de santé, d’éducation et une plus large immunisation. […] Les pays qui
respectent ces orientations – gouverner loyalement, investir dans le capital humain et
encourager la liberté économique – recevront davantage d’aide de la part des États-
Unis. »537

Dans le même discours, le Président Bush énumère les différents objectifs


recherché par le MCA, il s’agit de :
- Le renforcement de la lutte contre le SIDA ;

CHRAEDER Peter, United States foreign policy toward Africa: instrumentalism, Crisis and
536

Changes, Cambridge, Cambridge University Press, 1995, pp 3


537 Extrait du discours du Président BUSH tenu à la Banque interaméricaine, le 14 Mars 2002.
296
- L’offre de formation en informatique aux jeunes des Etats en voie de
développement ;
- Le soutien au entreprises africaines pour qu’elles exportent leur produits en
dehors de l’Afrique ;
- Le soutien d’instituts de formation en Afrique ;
- Le renforcement de la lutte contre la sécurité alimentaire.

Le MCA est réservé aux Etats en développement, luttant contre la pauvreté et soucieux
de leur développement économique.
Durant l’année 2009, les Etats-Unis d’Amérique faisaient partie, des 10 premiers
donneurs d’aide publique internationale dans 13 Etats de la CEDEAO, elle a accordé à ces
derniers plus de milles millions de dollars538.
Les Etats-Unis sont aussi, un partenaire commercial très important, pour les Etats de la
CEDEAO
 Sur le plan militaire :
En réaction aux échecs de l’intervention armée en Somalie, les Etats-Unis également
élaborent des programmes de coopération militaire avec les Etats africains, basés sur l’idée du
maintien de la paix en Afrique par des africains. Ils élaborent chronologiquement ; le
programme African Crisis Response Initiative, lancé en 1996, il avait pour but : de renforcer
les capacités des armées des Etats bénéficiaires pour qu’elles soient aisément déployées en cas
de conflit ou de crises humanitaire.

Le programme ACRI fût remplacé par le programme ACOTA, mise en œuvre en 2002. Il
introduit une nouvelle approche basée sur la formation des formateurs, en outre le programme
ACOTA accorde une grande importance aux Communauté Economiques Régionales comme
la CEDEAO, qui a acquise une expérience en matière de maintien de la paix, suite aux actions
de l’ECOMOG. Après les attentats du 11 Septembre 2011 contre les Etats-Unis d’Amérique,
les priorités de la coopération américaine ont changé, en passant du renforcement des
capacités des armées africaines dans le maintien de la paix à la lutte contre le terrorisme
international. Le premier programme anti-terroriste développé par les Etats-Unis d’Amérique,
538
Chiffre OCDE, Aide publique au développement
[http://www.oecd.org/document/0,3746,fr_2649_201185_46462787_1_1_1_1,00.html] (Consulté le 15 janvier
2010)
297
au profit des Etats africains, a été l’initiative Pan Sahel. Selon le Colonel Victor Nelson,
chargé de l’initiative Pan Sahel, le programme était : « un outil important dans la guerre
contre me terrorisme et a beaucoup fait pour renforcer les liens dans une région que nous
avions largement ignorée par le passé notamment entre l’Algérie et le Mali, le Niger et le
Tchad »539. L’Initiative Pan Sahel portait sur l’entrainement des armées riveraines du Sahara,
la navigation terrestre, la conduite des patrouilles et l’apport de soins médicaux.540

En 2005, l’Initiative Pan Sahel a été remplacé par un programme plus ambitieux : le Trans-
Sahara Counter terrorisme Initiative, qui est un programme541 : « Multi-faceted, multi-year
strategy aimed at defeating terrorist organizations by strengthening regional counterterrorism
capabilities, enhancing and institutionalizing cooperation among the region’s security forces,
promoting democratic governance, discrediting terrorist ideology, and reinforcing bilateral
military ties with the United States.»542

Ce programme est conclu entre les Etats-Unis d’Amérique et 9 Etats sahélo-sahariens:


L’Algérie, le Mali, Le Maroc, La Mauritanie, le Niger, le Nigéria, le Tchad543. Le programme
a un budget de 500 millions de dollars544 avec un fonds additionnel de 100 millions de dollars
par an. Il permet un engagement direct en participant aux côtés des Etats Sahélo-sahariens à
la protection de leurs frontières nationales, facilité la lutte et la prévention contre les

539FISHER-THOMSON Jim cité par ABRAMOVICI Pierre, « activismes militaire de Washington


en Afrique » in le Monde Diplomatique, Juillet 2004
[http://www.monde-diplomatique.fr/2004/07/ABRAMOVICI/11376] (Consulté le 04 Août 2010)
AÏT-CHAALAL Mouloud ; « la collaboration de sécurité entre l’Algérie et les pays du Sahel »,
540

Op. Cit, pp 6
U.S. Department of State, Country Reports on Terrorism, Chapter 5 – Country Reports: Africa
541

Overview, 28 April, 2006,[ http://www.state.gov/s/ct/rls/crt/2005/64335.htm] (Consulté le 06 Avril


2010);

542 Traduction : « C’est un programme avec plusieurs paliers, sur plusieurs années, avec comme
objectif de combattre les groupes terroristes, en renforçant les capacités régionales en matière de
contre-terrorisme, en améliorant et en institutionnalisant la coopération entre les forces de
sécurité de la région, la promotion de la bonne gouvernance, en discréditant l’idéologie terroriste,
le renforcement des relations bilatérales avec les Etats-Unis d’Amérique »
543The U.S. European Command Home Page, “Operations and Initiatives”
[http://www.eucom.mil/english/Operations/main.asp] (Consulté le 06 Avril 2010)

544GLOBAL SECURITY, “Trans-Sahara Counterterrorism Initiative [TSCTI],”


[http://www.globalsecurity.org/ military/ops/tscti.htm] (Consulté le 06 Avril 2010)

298
terroristes en fournissant aux Etats sahélo-sahariens une formation de base et des
équipements.

• Le Poids de la Chine :

 Sur le plan politique :


La Chine a entretenu des rapports politiques avec beaucoup d’Etats africains, bien
avant l’indépendance de ceux-ci. En effet, la Chine a milité pour l’indépendance des Etats
africains, dans le cadre du mouvement des non alignés, dont la première conférence dite des
peuples afro-asiatiques s’est tenue à Bandung-Indonésie du 18 au 24 avril 1955. A l’inverse,
les Etats africains nouvellement indépendants, appuieront l’entrée de la Chine au Conseil de
sécurité de l’ONU, comme membre permanent à la place de Taïwan.

 Sur le plan économique :


Les relations entre la Chine et les Etats d’Afrique de l’Ouest ont évolué. Elles sont
passées de l’envoi d’assistants techniques pour la promotion de l’agriculture, de la santé et de
l’éducation à l’assistance financière et à l’importation du Coton et du pétrole ouest-africain, le
Président chinois Hu Jin Tao affirmera que : « La Chine recherche une coopération globale
avec les pays africains, dans les secteurs clefs, le commerce, la construction des
infrastructures, les ressources naturelles, le développement énergétique et l’agriculture »545.
Selon la CNUCED, la Chine importe546 44% de son coton africain à partir de l’Afrique
de l’Ouest, contrairement au pétrole ouest africain dont la part reste faible547 dans les
importations africaines de pétrole en direction de la Chine, soit 5%. La Chine demeure très
présente dans le domaine de l’investissement en Afrique de l’Ouest, en particulier dans le
secteur du pétrole. La Chine est devenue très active sur le plan de l’aide, un forum Chine-
Afrique a même vu le jour en 2000 à l’image du sommet Afrique-France, la Chine a annulé
pour l’Afrique, plus de 10 milliards de dollars de dette, un montant de cette équivalence sera
attribuée pour des prêts. Les relations entre la Chine et l’Afrique ont de beaux jours.

545
RICHER Philippe, l’offensive chinoise en Afrique, Karthala 2008, p 89
546
CNUCED, base de données COMTRADE, 2006.
547
CLUB DU SAHEL ET DE L’AFRIQUE DE L’OUEST, l’Afrique et la Chine, Atlas de l’Intégration
régionale, série économie, Décembre 2006, pp 13.
299
• Le Poids du Royaume Uni :
L’intervient de la Grande Bretagne en Afrique de l’Ouest s’effectue dans le cadre du
programme britannique de soutien à la formation au maintien de la paix. L’approche de ce
programme est essentiellement basée sur la formation des formateurs impliqués dans
l’instruction et l’entrainement. Le programme consiste à envoyer dans les pays cibles des
conseillers militaires qui participeront à l’entrainement des militaires « British Militay
Advisor and Training Team ». Il existe deux BMATT, un au Ghana pour l’Afrique de l’Ouest
et l’autre en Afrique du Sud. Les instructeurs reçoivent ainsi une formation essentiellement
basée sur le maintien de la paix. Le Royaume Uni a également soutenu les troupes de
l’ECOMOG sur le plan financier et matériel, lors des interventions au Libéria et en Sierra
Léone.

B- Le poids des Organisations Internationales


- Le Poids des Organisations Internationales de coopération générale :
Le nombre très important des Organisations Internationales ne permettra pas de les
aborder toutes. Seuls les cas de l’ONU et de l’Union Européenne seront abordés.

• L’Organisation des Nations Unies :


Etant une organisation universelle, elle intervient, à cet effet, dans l’espace CEDEAO,
d’une part, sur le plan politique, elle encourage les Etats de la CEDEAO à respecter des droits
humains et à œuvrer d’avantage dans la pratique de la bonne gouvernance, d’autre part, sur le
plan économique, elle fait le plaidoyer en faveur des Etats pauvres, les Nations Unies incitent
régulièrement les Etats riches à accorder un pourcentage de leur PIB aux Etats pauvres.
S’agissant du maintien de la paix et de la sécurité, depuis les interventions de
l’ECOMOG au Libéria et en Sierra Léone, l’ONU considère la CEDEAO comme un
partenaire très important capable d’appuyer les résolutions du Conseil de Sécurité de l’ONU,
dans le cadre du maintien de la paix et de la sécurité. Toutefois, il faut évoquer que la règle
qui consiste pour les Organisations Régionales à obtenir l’aval de l’ONU avant toute
intervention militaire, n’a pas totalement fonctionné. En effet, l’intervention de l’ECOMOG
au Libéria, n’ont pas a été initialement autorisée par le Conseil de Sécurité de l’ONU. L’ONU
rencontre un problème de financement de ses activités, ceci entraine une baisse continue des

300
effectifs mobilisés pour le maintien de la paix en Afrique, selon un constat effectué par
Berman et Sams « en 1993, on y comptait près de 40 000 soldats de la paix de l’ONU; ils
étaient moins de 1 600 en juin 1999. Entre 1989 et 1993, le Conseil a autorisé dix opérations
de maintien de la paix des Nations Unies en Afrique; il n’en a établi que cinq au cours des
cinq années suivantes. Les opérations de maintien de la paix sur le continent étaient au
nombre de sept en 1993, de trois en juin 1999 »548

• L’Union Africaine :
Organisation panafricaine, l’Union Africaine regroupe tous les Etats africains549, la
coopération entre la L’Union Africaine et la CEDEAO s’effectue à travers le volet
économique et le volet défense.
 Coopération économique : l’Union Africaine a deux liens de coopération
économique avec la CEDEAO, il s’agit de la Communauté Economique Africaine et
du NEPAD.

1- La Communauté Economique Africaine :


Elle a été crée par le traité d’Abuja du 3 Juin 1991, en adoptant ce traité, les Etats
africains se sont donnés pour objectif de créer cette communauté économique en 34 années,
selon les étapes suivantes : La suppression des barrières douanières entre les Etats africains en
8 années ; La création d’une zone de libre échange et l’adoption d’un tarif extérieur commun,
en 10 ans ; La coordination et l’harmonisation des systèmes tarifaires et non tarifaires, en 2
ans ; L’établissement d’un marché commun en 4 ans et Le renforcement du marché commun,
en 5 ans.

Par ailleurs, l’OUA reconnaît 5 communautés économiques régionales550.

548
BERMAN Eric et SAMS Katie, « Le maintien de la paix en Afrique : évolution ou extinction ? »
Op. Cit, p. 24
549
Exception faite du Maroc qui s’est retirée de l’organisation panafricaine et du Soudan du Sud,
dernier Etat à être crée le 09 Juillet 2011.

301
2- Le NEPAD :
Le nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique est un programme de
développement de l’Union Africaine. Le programme a été adopté lors de la 37ème session de
l’Assemblée des Chefs d’Etat et de Gouvernement de l’Union Africaine, du 09 au 11 Juillet
2011 à Lusaka en Zambie. Les secteurs prioritaires du NEPAD sont : l’infrastructure, les
ressources humaines, la santé, les technologies de l’information et de la communication,
l’agriculture et l’accès aux marchés des Etats développés. Le NEPAD dans sa mise en œuvre
accorde une place très importante à l’approche régionale, en particulier la réalisation des
infrastructures par les communautés économiques régionales.

 Coopération en matière de défense :


La création de l’Union Africaine est postérieure à l’établissement de la CEDEAO de
même que l’adoption du protocole relatif au mécanisme de prévention, de gestion et de
règlement des conflits.
En effet, l’acte constitutif de l’Union Africaine fût adopté le 11 Juillet 2000 à Lomé au
Togo. Il est entré en vigueur le 26 Mai 2001. La nouvelle institution remplace l’Organisation
de l’Unité Africaine.
L’une des innovations fondamentales de l’Union Africaine est la création d’un Conseil
de Paix et de la sécurité qui peut décider d’une intervention militaire dans un Etat, même sans
le consentement de dernier, lorsque les circonstances l’exigent. Selon l’article 3 du protocole
relatif à la création du Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union Africaine, adopté à Durban,
le 09 Juillet 2002, les objectifs de l’organe sont :
- « Promouvoir la paix, la sécurité et la stabilité en Afrique, en vue d’assurer la
protection et la préservation de la vie et des biens, le bien être des populations
africaines et de leur environnement, ainsi que la création de conditions propices
à un développement durable ;

550
La Communauté Economique Régionale repose sur cinq Communautés Economiques
Régionales, situées en Afrique du Nord/Union du Maghreb Arabe ; Afrique de
l’Est/Intergovermental Authority on Development Regional, Afrique de l’Ouest/Communauté
Economique des Etats d’Afrique de l’Ouest, Afrique Centrale/Communauté Economique des Etats
d’Afrique Central et l’Afrique Australe/Southern African Development Community.

302
- d’anticiper et de prévenir les conflits. Lorsque des conflits éclatent, le Conseil de
paix et de sécurité aura la responsabilité de rétablir et de consolider la paix en
vue de faciliter le règlement de ces conflits ;
- de promouvoir et de mettre en oeuvre des activités de consolidation de la paix et
de reconstruction après les conflits pour consolider la paix et prévenir la
résurgence de la violence ;
- de coordonner et d’harmoniser les efforts du continent dans la prévention et la
lutte contre le terrorisme international sous tous ses aspects ;
- d’élaborer une politique de défense commune de l’Union, conformément à
l'Article 4(d) de l'Acte constitutif551 ;
- de promouvoir et d’encourager les pratiques démocratiques, la bonne
gouvernance et l'état de droit, la protection des droits de l'homme et des libertés
fondamentales, le respect du caractère sacré de la vie humaine, ainsi que du droit
international humanitaire, dans le cadre des efforts de prévention des conflits ».

Avec la nouvelle architecture de la paix et de la sécurité de l’Union Africaine,


l’ECOMOG est incorporé dans la Force Africaine en Attente de l’Union Africaine. En effet,
dans son plan d’action, l’U.A a décidé de la création d’une force permanente de 5 brigades
régionales : la Force Africaine d’Alerte. Les différentes organisations régionales responsables
des brigades sont : la CEDEAO pour l’Afrique de l’Ouest, la CEEAC pour l’Afrique
Centrale, le SADC pour l’Afrique australe, l’UMA pour l’Afrique du Nord et l’IGAD pour
l’Afrique de l’Est.

La Force africaine en attente doit répondre à six types de missions552 :


 Scénario 1 : aide militaire pour une mission politique.
 Scénario 2 : mission d’observation déployée conjointement avec une mission des
Nations Unies.
 Scénario 3 : mission d’observation sans appui de l’ONU.

551 Cet article fait référence à l’établissement d’une politique de défense commune aux Etats
africains.
Cadre politique pour la création de la Brigade en attente de l’Afrique Orientale, Jinja –
552

Ouganda, du 13 au 16 Février 2004, Secrétariat de l’IGAD Djibouti, pp 11-12


303
 Scénario 4 : déploiement d’une force de maintien de la paix (chapitre VI) et
missions de déploiement préventif.
 Scénario 5 : force de maintien de la paix pour des missions complexes et
multidimensionnelles (humanitaire, désarmement, administration, etc.) avec
présence de groupes hostiles. Le déploiement complet doit être effectué dans les
90 jours suivant le mandat donné par l’Union Africaine. La composante militaire
doit pouvoir se déployer dans les 30 jours.
 Scénario 6 : Intervention d’urgence (dans le cas d’un génocide par exemple)
lorsque la communauté internationale ne réagit pas avec célérité.

L’objectif est ici d’obtenir le déploiement d’une force militaire conséquente dans les
14 jours.
Les missions relatives aux scénarios 1 à 4 peuvent être menées par une seule brigade
régionale. L’objectif est alors d’obtenir un déploiement dans les 30 jours suivant l’adoption de
la résolution de l’Union Africaine lui donnant mandat. Les missions 5 et 6, plus conséquentes,
nécessitent en revanche une intervention au niveau continental.
Le 19 Juin 2004, la création d’une force de 6500 hommes a été approuvée par la
Commission de Défense et de Sécurité de la CEDEAO au cours d’une réunion à Abuja au
Nigéria.
Elle sera composée d’un contingent d’intervention rapide ou force expéditionnaire de
la CEDEAO d’un effectif de 1500 hommes, d’un groupe complémentaire de 3500 hommes et
d’une force de réserve de 1500 hommes. La force ouest-africaine devra être opérationnelle en
90 jours auxquels s’ajoutent un temps d’intervention de 30 jours.
La force de la CEDEAO comprend un : Etat major permanent à Abuja au Nigeria,
sous commandement nigérian ; Bataillon Ouest, sous commandement sénégalais ; Bataillon
Est, sous commandement nigérian et un Bataillon logistique, sous commandement malien.

• L’Union Européenne :
L’Union Européenne est une organisation internationale à vocation économique et
politique regroupant 27 Etats situés sur le continent européen. Elle a pour but
essentiellement : d'établir les conditions d'une union plus étroite entre les peuples européens et

304
de sauvegarder la paix ; d'assurer le progrès économique et social par une politique commune.
L’Union Européenne s’intéresse de plus en plus aux questions de sécurité en Afrique. Sur le
plan politico-économique, l’UE à l’instar de plusieurs institutions conditionne son aide au
progrès réalisé dans la bonne gouvernance, quant au maintien de la paix en Afrique de
l’Ouest, les actions de l’UE sont sporadiques, il y a lieu d’évoquer une rencontre informelle
entre les Ministres des Affaires Etrangères et de la CEDEAO et ceux de l’UE, le 4 Septembre
2004 aux Pays-Bas, sur la coopération internationale en matière de maintien de la paix et de la
sécurité.
L’Union Européenne est surtout dynamique sur le plan de l’aide au développement.
En effet, la coopération européenne, elle-même est antérieure à l’Union Européenne.
Pour l’Afrique cette coopération débute par les accords de Rome de 1957, puis les
Convention de Yaoundé du 2 Juillet 1963 et du 29 Juillet 1969, celles-ci sont relatives à
l’octroi d’une aide financière et commerciale aux anciennes colonies européennes et l’aide
pour le financement des projets. La convention suivante fût celle Lomé, capitale du Togo. Il y
a eu 4 conventions de Lomé : Lomé I (1975-1980) et Lomé II (1980-1985) portaient sur
Lomé III (1985-1990), Lomé IV (1990-2000).
Les conventions de Lomé ont introduit deux mécanismes de stabilisation des
recettes d'exportation- STABEX et le système de préférences commerciales-SYSMIN. Ils
avaient pour but d’amortir au profit des Etats bénéficiaires l'impact des fluctuations des
cours sur les recettes d'exportations de matières premières agricoles et de produits miniers.
L’idée sous-jacente était de parvenir à une diversification des produits d’exportation. Les
accords de Lomé du fait des difficultés liées au financement ou à sa mise en œuvre ont
laissé la place aux accords de Cotonou, signés, le 23 Juin 2000. Ils ont pour objectifs
principaux : la réduction et, à terme, l’éradication de la pauvreté et l'intégration progressive
des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique dans l’économie mondiale, tout en
respectant les objectifs du développement durable et à contribuer à la paix, à la sécurité
ainsi que la promotion d’un environnement politique stable et démocratique.

Les accords de Cotonou reposent sur cinq piliers interdépendants :


- le renforcement de la dimension politique des relations entre les États ACP et
l'UE;

305
- la promotion des approches participatives, l'ouverture à la société civile, au
secteur privé et aux autres acteurs non étatiques ;
- les stratégies de développement et l'objectif de la réduction de la pauvreté;
- l'établissement d'un nouveau cadre de coopération économique et commerciale;
- la réforme de la coopération financière.

L’Union Européenne appuie également la CEDEAO dans les opérations de maintien


de la paix, un dialogue entre les deux institutions a été institué à cet effet depuis 1996.
L’Union Européenne a fait une contribution de 120 millions d’euros à la CEDEAO, au titre
du 9ème Fonds Européen de Développement

• Le poids des Institutions Financières Internationales :


Les institutions financières internationales sont définies comme des Organisations
Internationales regroupant plusieurs Etats qui : « sont devenues d'une manière ou d'une autre
des organisations touchant le domaine financier en général, et les marchés financiers en
particulier »553. Les institutions financières internationales les plus importantes en Afrique de
l’Ouest sont : le Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale. Ces deux institutions
financières internationales ont des missions différentes.
Le Fonds Monétaire International a pour mission de maintenir la stabilité financière
internationale, la stabilité macroéconomique et contribuer à la croissance des États membres.
Quant à la Banque Mondiale, elle a pour priorité la lutte contre la pauvreté. A la lecture des
mandats de ces deux Institutions, nous comprenons aisément que la mauvaise situation socio-
économique de l’Afrique de l’Ouest, fait d’elle une zone d’intervention des institutions
financières internationales.
« Le FMI se concentre sur les aspects macro-économiques (budget, monnaie, politique de
change etc.) alors que la Banque se concentre sur des aspects sectoriels (transports, énergie,
agriculture, commerce etc.) à travers des prêts d'ajustement et des prêts d'investissement. Ce
partage n'est pas aujourd'hui modifié mais il s'inscrit dans une double perspective commune :

553SOREL Jean-Marc ; « L'évolution des institutions financières internationales : entre


redéploiement et fragilité, une restructuration systémique en chantier » in Annuaire Français de
Droit International, volume 52, 2006. Pp 482.

306
la conscience que les problèmes sont structurels, et la volonté d'établir une politique
commune, notamment pour éviter les contradictions (fréquentes dans le passé) entre les
programmes des deux organisations et le phénomène de double conditionnalité. »554.
La différence de mandat ne signifie pas l’existence de ressemblances dans leurs
actions. En effet, elles ont les similitudes suivantes :
- Elles accordent des prêts ou des dons aux Etats de la CEDEAO ;
- Elles appuient les gouvernants à atteindre des objectifs socio-économiques, par des
conseils et des recommandations ;
- Elles incitent les Etats de la CEDEAO à respecter des codes de conduite dans le
cadre de la bonne gouvernance économique et financière ;
- Elles contribuent enfin à la formation des techniciens issus du secteur publique ou
du secteur privé, des Etats de la CEDEAO, pour renforcer la bonne gouvernance
économique et financière.

554SOREL Jean-Marc ; « L'évolution des institutions financières internationales : entre


redéploiement et fragilité, une restructuration systémique en chantier », Op.Cit p 486.

307
Section 2 : L’indispensable renforcement du rôle de la CEDEAO dans sa quête de la
paix et de la sécurité.

Les actes posés par la CEDEAO dans le domaine du maintien de la paix et de la


sécurité comprennent quelques réussites. Cependant, les défis auxquels doivent faire face la
CEDEAO sont énormes, la CEDEAO a des difficultés à appliquer ses textes et atteindre ses
objectifs, ce qui constituent une inefficacité relative de la CEDEAO. Il s’agit, ici du scénario
tendanciel, celui qu’on obtient en extrapolant les facteurs identifiés dans la rétrospective. En
conclusion, le scénario tendanciel est redoutable et non souhaitable pour redoutable pour les
Etats de la CEDEAO. Cependant, il constitue une prévision, à ce sujet, pour M’beki, l’ancien
Président de la République d’Afrique du Sud : « la prévision d’un avenir désastreux ne doit
pas être rejetée parce que celui-ci est désastreux. Un tel avenir ne doit pas non plus être
considéré comme déjà écrit. ».555
Ce scénario est plausible face à l’avancée des menaces non militaires (Paragraphe 1)
et l’inertie de la CEDEAO dans ses actions (Paragraphe 2).

Paragraphe 1 : « le bel avenir »556 des menaces

A l’avenir plusieurs auteurs s’accordent à présager la fin des conflits n’opposant pas
les Etats entre eux557 et l’accroissement d’une part de la violence produite par des entités non
étatiques et d’autre part de la difficulté de l’Etat à faire face à son devoir de faire face aux
besoins de sa population.
Robert D. KAPLAN, dans son ouvrage558, décrit cette situation comme étant
anarchique, il identifie 8 facteurs qui justifieraient l’anarchie : les pandémies, la
surpopulation, la criminalité, la rareté des ressources, les migrations de réfugiés, l'érosion de
la souveraineté étatique, la montée en puissance des armées privées et firmes de sécurité, la
montée en puissance des cartels de drogue internationaux. Nous verrons d’une part, les

555 Mbeki Thabo, cité par Sall Alioune, Afrique 2025 : quels futurs possibles pour l’Afrique au sud
du Sahara OP.Cit, p 6
556 Expression empruntée à Delmas Philippe, Le bel avenir de la guerre, Gallimard, 1995
557 On peut citer : Holsti Kalevi, The State, War and the State of War, Cambridge university
Press 1996, Van Creveld Martin, The Transformation of War, Free Press, Old Tappan, New
Jersey, U.S.A.,1991, Delmas Philippe, Le bel avenir de la guerre, Gallimard 1995
558 Kaplan Robert D, the coming anarchy: Shattering the Dreams of the Post Cold War, Vintage
2001,
308
bonnes perspectives pour le développement des menaces militaires contemporaines (A) et
celles des menaces non militaires (B).

A- Les menaces militaires contemporaines

A l’avenir, le terreau fertile pour l’émergence des menaces non militaires armées, sera
la fragilisation continue de l’Etat ouest africain, celle-ci est caractérisée par :
- La perte du monopole de la violence légitime par l’Etat du fait de la privatisation
de la violence :
L’analyse structurelle des Etats de l’Afrique de l’Ouest a démontré des facteurs de
vulnérabilités qui concluent à la grande fragilité des Etats. En effet, cette fragilité des Etats va
de pair avec l’apparition d’entités criminelles.
D’une façon générale, l’Etat considéré comme puissance régalienne, subit de plus en
plus des difficultés à assurer son rôle de détenteur exclusif de la puissance, cette situation
quasi globale est plus critique en Afrique de l’Ouest. La perte du monopole de la puissance
par l’Etat s’expliquerait par : « la pression de quatre facteurs en partie interconnectés :
- d’abord la privatisation des moyens de sécurité ;
- la multiplication des interventions internationales dans les conflits intra et
interétatiques ;
- la globalisation des échanges et donc des crises ;

- enfin la fragilisation et parfois même l’effondrement de l’état dans son concept


westphalien »559.

Tous les Etats de la CEDEAO connaissent une grande fragilité étatique. Un Etat est dit
fragile « lorsque le gouvernement et les instances étatiques n’ont pas les moyens et/ou la

559
WULF Herbert, «The Future of the Public Monopoly of Force “ ; in “Revisiting the State
Monopoly on the Legitimate Use of Force”, Bailes Alyson, Schneckener Ulrich et Wulf Herbert,
Policy Paper n°24, DCAF, 2007; p 19

309
volonté politique d’assurer la sécurité et la protection des citoyens, de gérer efficacement les
affaires publiques et de lutter contre la pauvreté au sein de la population»560.
L’Organisation Fund for Peace, sur la base de 12 indicateurs, élabore une liste des
Etats par niveau de fragilité, ces indicateurs sont : la corruption généralisée, le comportement
criminel, l’incapacité de l’Etat à percevoir les taxes, la dislocation involontaire à grande
échelle de la population, l’inégalité entre les groupes, la discrimination ou la persécution
institutionnalisée, la grande pression démographique, la fuite des cerveaux, la mauvaise
situation économique.
La classification annuelle des Etats par niveau de fragilité est publiée dans le Failed
State Index561. Dans la version 2011 et sur 177 Etats évalués, les Etats de la CEDEAO sont
classés parmi les plus fragiles : la Côte d’Ivoire occupe la 10ème place et le Nigéria la 15ème
place, ces deux Etats sont considérés comme les locomotives de l’intégration régionale. Les
autres Etats de la CEDEAO, à l’exception du Cap-Vert562, sont classés en dessous de la moitié
des Etats évalués, soit 88.
Plus l’Etat est fragile, plus la violence se privatise, or comme l’indique Max Weber,
l’Etat doit s’accaparer le monopole de la violence légitime563, ce monopole de la violence se
caractérise par le fait que : « (…) la libre disposition des moyens militaires est retirée au
particulier et réservée au pouvoir central, quelle que soit la forme qu'il revêt; la levée des
impôts sur les revenus et les avoirs est également du domaine exclusif du pouvoir social
central. Les moyens financiers qui se déversent ainsi dans les caisses de ce pouvoir central
permettent de maintenir le monopole militaire et policier qui, de son côté, est le garant du
monopole fiscal »564.
En effet, les Etats de la CEDEAO ont un profil particulier, ils sont en général, le fruit
de la décolonisation, ce qui n’a pas permis une extinction des tensions entre les différents
groupes. Selon Elias Norbert, ceci pourrait expliquer la privatisation de la violence en Afrique
de l’Ouest. Continuant son analyse, il indique que : « les constructions historiques sont
toujours issues de lutte entre intérêts opposés, ou plus exactement, ambivalents. Les structures

560
OBSERVATOIRE DE L’AFRIQUE, Les Etats fragiles en Afrique: un paradigme utile pour
l’action ? Rapport de conférence, Didimala Lodge, Afrique du Sud – 12 et 13 mai 2008, pp 3.
561
THE FUND FOR PEACE, failed states index 2011, the fund for peace, New York, 2011.
562
Seul le Cap-Vert occupe la 90ème place.
563
BRAUD Philippe, Sociologie Politique, LGDJ, 8ème édition, p 40.
564
NORBERT Elias, La dynamique de l'Occident, Paris, Calman-Lévy, 1975, p. 25.
310
qui périssent du fait de ces luttes ou qui se fondent dans des structures nouvelles, qu'il s'agisse
des seigneuries absorbées par la royauté ou d'un gouvernement royal emporté par l'Etat
bourgeois (…) Sans les entreprises violentes, sans le stimulant de la libre concurrence, il n'y
aurait pas de monopole de la contrainte physique, et sans ce monopole, personne n'aurait
jamais pu pacifier le territoire, limiter et réglementer l'emploi de la violence »565.
La privatisation de la violence constitue un indicateur de la capacité de l’Etat, selon
566
Barnett « l'existence d'organisations militaires rivales au niveau interne est la preuve
incontestable de l'inhabileté du gouvernement à établir son influence sur la société et peut
donc être interprétée comme l'expression de son manque de capacité et de légitimité ».

- L’hybridation des menaces :


Nous assisterons à des phénomènes criminels hybrides, à titre d’exemple, on peut
évoquer, les connexions entre le terrorisme et le trafic de drogue, ou d’autres activités de la
criminalité organisée. Les saisies de drogue en Afrique de l’Ouest battent des records d’année
en année. Les narcotrafiquants infiltrent des personnalités nationales, à l’exemple d’un des fils
de l’ancien Président de la Guinée, Lassana Conté, arrêté pour trafic de drogue.

Pour le cas particulier du terrorisme, les Etats de la CEDEAO doivent craindre 2


phénomènes :

• La tenaille infernale567 :
Sur le plan géographique, il existe deux grands mouvements terroristes en Afrique, le
premier mouvement situé en Afrique de l’Ouest et composé d’AQMI et du Boko Haram et
d’un second mouvement situé sur la corne de l’Afrique et constitué par les milices Al-shebab,
Al-Qaïda en Afrique de l’Est, Hizbul Al Islam, l’Armée de résistance du seigneur. De plus en
plus, le groupe Al-Shebab exporte son djihad de la Somalie vers d’autres Etats, comme le
démontre cet attentat terroriste en Ouganda, le 11 Juillet 2010, deux bombes ont explosé à
Kampala, lors de la finale de la coupe de monde entre l’Espagne et le Pays-Bas, le groupe a

565 NORBERT Elias, La dynamique de l'Occident, Op. Cit , p 97.


566 BARNETT Michael, Confronting the Cost of War. Military Power, State, and Society in Egypt

and Israel, Princeton, Princeton University Press, 1992, p 29


567 Cf Annexe VII.- séminaire sur la sécurité et le développement à Bruxelles, orrganisé par
l’Observatoire Sahélo-Saharien de Géopolitique et de Stratégie de M. Soumeylou Boubèye Maïga-
l’auteur de la thèse a participé audit séminaire en qualité de secrétaire scientifique.
311
des attaches au Yémen et a des rapports avec les trafiquants d’armes. Dans le cadre de leur
développement, on peut raisonnablement craindre l’établissement d’une coopération entre les
mouvements terroristes à l’ouest de l’Afrique et ceux à l’est de l’Afrique, c’est cette crainte
que symbolise la tenaille infernale, chaque mouvement terroriste constituant un des bras de la
tenaille.

• La jonction fatale568 :
Elle constitue une autre crainte pour l’avenir de l’Afrique de l’Ouest. Nous avons
démontré l’existence de liens entre le Boko Haram et Al-Qaïda au Maghreb Islamique. A
l’avenir les relations criminelles entre les deux groupes terroristes de l’Afrique de l’Ouest
vont s’accroitre et connaitre d’autres formes. Des sources font état de la création de katibats
constitués de noirs, afin de commettre plus facilement des attentats terroristes dans les villes
ouest-africaines. Ce scénario est d’autant plus probable que dans l’imaginaire collectif, les
terroristes sont des arabes ayant une peau blanche. Cette jonction fatale sera rendue possible
par l’attrait des jeunes pour le gain facile, « plus les extrémistes se renforcent et
s’enrichissent, plus ils attirent des recrues parmi les jeunes de la région »569. La richesse d’Al-
Qaïda au Maghreb Islamique ne fait aucun doute, eu égard le commerce d’otages et le trafic
de drogue, qui vient de connaître son épilogue avec l’atterrissage dans le Sahara d’un avion
cargo rempli de cocaïne570
Notre position sur l’accroissement de la puissance des groupes criminels est
partiellement partagée par Martin Van creveld, qui estime qu’ : « à l’avenir, la guerre ne sera
pas le fait des armées mais celui des groupes, aujourd’hui appelés terroristes, guérilleros,
bandits, voleurs de grand chemin (…) Plus charismatiques qu’institutionnelles leurs
organisations s’appuieront davantage sur des fidélités cimentées par le fanatisme et
l’idéologie »571. Pour le cas particulier de l’Afrique de l’Ouest, la part du fanatisme et de
l’idéologie sera minime dans la motivation des acteurs criminels, l’idéologie servira tout de
même une couverture pour la satisfaction des intérêts personnels.

568
Annexe VI.
569
Commandement militaire des Etats-Unis pour l’Afrique ; « des mesures désespérées dans le désert », in
Africa Défense Forum, vol 3, n°4, pp44.
570
C’est en début novembre 2009, qu’un Boeing 727 en provenance du Venezuela et transportant
de la cocaïne et d’autres produits illicites, selon le service des Nations unies de lutte contre le
trafic de drogue, avait atterri dans la région de Gao. L’appareil avait déchargé son contenu puis
avait été incendié par ses utilisateurs après être sorti de la piste sur laquelle il avait atterri.
571
VAN CREVELD Martin, la transformation de la guerre, éditions du rocher, 1998, pp 251
312
B- Les menaces non militaires

Elles connaîtront un développement du fait de l’incapacité de l’Etat à faire face aux


besoins élémentaires des populations. La dégradation de la situation économique des Etats
entrainera le développement de deux menaces : la pauvreté et la santé.
La pauvreté a différentes formes, elle regroupe différents éléments : « plus d’une
personne sur deux vit avec moins d’un dollar par jour (…) les pays de la sous région accusent
également un retard important concernant les autres dimensions du développement humain,
notamment l’éducation, la santé, l’accès à l’eau potable et aux autres infrastructures de base :
transports, énergie, télécommunication et la sécurité… »572.
Il s’avère que la lutte contre l’extrême pauvreté constitue la priorité fondamentale et la
plus urgente à laquelle, il faut faire face. Cette urgence se justifie d’autant plus que plus de
60% de la population de la CEDEAO vit avec moins d’un dollar par jour573.

L’extrême pauvreté est aggravée par une situation sanitaire non enviable, du fait de la
propagation du SIDA. Selon Kofi Annan, l’ancien Secrétaire Générale de l’ONU, le Sida
constitue une : « véritable arme de destruction massive».574 Le taux de prévalence du Sida
dans l’espace CEDEAO est d’environ 2%575.
D’autres observateurs à l’exemple du Programme des Nations Unies pour le
Développement fait le constat suivant576 : « Les principales causes de décès dans les pays en
développement sont les maladies infectieuses et parasitaires. Celles-ci tuent chaque année 17
millions de personnes, dont 6,5 millions par suite d'affections respiratoires aiguës, 4,5
millions de maladies diarrhéiques et 3,5 millions de la tuberculose. Ces décès sont, pour la
plupart, liés à la malnutrition et à un environnement insalubre, notamment à la pollution de

572CEDEAO-UEMOA, Intégration régionale, croissance et réduction de la pauvreté en Afrique de


l’Ouest : Stratégie et Plan d’Action, Décembre 2006, p 34
573 Ibid., p 32

574 Lors d’une interview réalisée par BBC, in Afrique Relance, vol 17, n°4, Janvier 2004, pp 4

575ANNAN Kofi, «VIH/ Sida : un appel a l’a c t i o n », Sommet africain sur le VIH/Sida, la
tuberculose et les autres maladies infectieuses Abuja, Nigéria • 24-27 Avril 2001, Département
de l’information de l’ONU — avril 2001—
DPI/2198[http://www.un.org/french/ga/sida/info_afrique.pdf] (Consulté le 19 Avril 2011)

576 PROGRAMME DES NATIONS UNIES POUR LE DEVELOPPEMENT, Rapport sur le


Développement Humain 2010, Op Cit, pp 29.
313
l'eau, qui contribue fortement au nombre de cas de diarrhée enregistrés chaque année dans le
monde: près d'un milliard.»
La propagation du SIDA entraîne divers impacts :
- Impact social :
Incapacité des personnes malades à contribuer à l’effort de développement, ils seront
plus des charges pour leur famille, qui ont déjà des ressources limitées.
Les conséquences seront d’autant aggravées, si ces personnes malades ont des enfants,
très généralement ceux-ci abandonnent l’école pour travailler et contribuer aux charges
familiales, en cas décès, les enfants sont laissés pour compte à eux-mêmes, renforçant la
délinquance juvénile. Selon les estimations, le nombre d’orphelins pour cause du Sida était 5
fois plus élevé que les enfants qui avaient perdu leurs parents du fait du conflit577.

- Impact sur l’éducation :


Selon des estimations de 1999, au niveau de l’école primaire, 860.000 enfants578
d’Afrique subsaharienne, avaient perdu du fait du SIDA, leur instituteur.
Le SIDA a des Impacts sur l’armée : à titre d’exemple entre 10 % à 20 % des
militaires de l’armée ivoirienne et ceux de l’armée nigériane579 sont porteurs du virus du
SIDA. Cette situation entraine une augmentation des efforts gouvernementaux pour remplacer
le personnel malade : coûts supplémentaires pour la formation, destruction de ressources
humaines qualifiées et expérimentées.

577
DOCKING Timothy, Aids and violent conflict in Africa, United States Institute of Peace,
Octobre 2001

[http://www.usip.org/publications/aids-and-violent-conflict-africa] (Consulté le 17 mars 2011)


578
INTERNATIONAL CRISIS GROUP, HIV/AIDS as a Security Issue, Washington,
DC/Bruxelles,juin 2001

[http://www.crisisgroup.org/en/regions/africa/001-hiv-aids-as-a-security-issue.aspx](Consulté le 14
Mars 2011)
579
NATIONAL INTELLIGENCE COUNCIL, the Global Infectious Disease - Threat and its
Implications for the United States, Washington, DC, janvier 2000.

[National Intelligence Council http://www.fas.org/irp/threat/nie99-17d.htm] (Consulté le 17 mars


2011)

314
Elbe David également, identifie d’autres conséquences du SIDA580 :

• La perturbation de la gouvernance du fait de l’accroissement des ressources affectées à


la santé à l’encontre d’autres secteurs ;

• Le risque élevé de conflits sociaux suite au traitement de faveur dont bénéficieront les
malades du Sida, comme la gratuité des médicaments, contrairement aux autres
malades ;

• La baisse de l’espérance de vie ;

• La perturbation sur les opérations de maintien de la paix : les opérations de maintien de


la paix impliquent le déploiement de soldats sur un théâtre, si leur pays d’origine a un
taux de prévalence élevé, ces militaires pourront être des vecteurs de la propagation du
Sida et vice versa, ils peuvent transporter la maladie du théâtre faisant l’objet de
l’opération de la paix ver leur pays d’origine, à titre d’exemple, sur les 10.000 Nigérians
envoyés en Sierra Leone en 1997, 11 % ont été testés positifs à leur retour581.

Tous ces Impacts entraînent forcement un ralentissement de l’économie nationale, cet


avis est partagé par Kofi Annan582, qui estime, qu’en l’absence de mesures adéquates de lutte
contre le SIDA, certains Etats risqueront de perdre plus du quart de leur croissance
économique.

ELBE David, « Sida, un enjeu global de sécurité » ; in Politique étrangère N°1 - 2005 - 70e
580

année pp 169.

581CARBALLO Manuel, CILLONIZ Jimena, et BRAUNSCHWEIG Scott, “HIV/AIDS and


security”, Geneva International Centre for Migration and Health (ICMH), 2001

[http://www.icmh.ch/WebPDF/2002%20-%20DFID%20%20HIV%20AIDS%20and%20Security.pdf]
(Consulté le 17 Mars 2011)

582ANNAN Kofi, Review of the Problem of HIV/AIDS in All its Aspects, New York, Organisation
des Nations Unies, 16 février 2001, A/55/779.

315
Paragraphe 2 : L’inertie de la CEDEAO dans ses actions

La CEDEAO au-delà de la mauvaise situation économique est fragilisée par son


système de fonctionnement (A) et la présence d’autres Organisations régionales concurrentes
(B).

A- Les failles inhérentes au fonctionnement de la CEDEAO

La politisation de la CEDEAO a de graves conséquences sur son fonctionnement.


Celle-ci se caractérise par :
- Les procédures de prise de décision :
L’article 9 alinéa 2 du traité révisé de la CEDEAO stipule que : « (…) les décisions de
la Conférence sont prises selon les matières à l'unanimité, par consensus, à la majorité des
deux tiers des États membres.» en récapitulatif, la CEDEAO prévoit 3 règles pour les prises
de décisions, il s’agit de l’unanimité, du consensus et de la majorité des deux tiers. Si
l’unanimité, définit583 comme : « l’homogénéité de la décision prise sans objection », ne
soulève pas de difficultés particulières, il n’en est pas de même pour le consensus et la
majorité des deux tiers. En effet, le Consensus suppose584 : « la recherche de l'assentiment le
plus large possible là où les règlements autoriseraient le recours pur et simple à des formules
majoritaires » , il s’agit donc d’ : « (…) une procédure hybride, issue du croisement de
l’unanimité et de la majorité », son objectif est opportuniste, il: « ménage les ressorts de la
prise de décision dans les organisations internationales- limiter les aléas des scrutins qui
pourraient ruiner l’équilibre des intérêts recherché… », Il en va de même pour la majorité des
deux tiers, qui entraine le risque de division des Etats membres et le risque de l’inapplication
des décisions par les Etats minoritaires.

583
LAGRANGE Evelyne, la représentation institutionnelle dans l’ordre international : une
contribution à la théorie de la personnalité morale des organisations internationales, Kluwer law
Intenational, Netherlands, 2002, p 308
584
DE LACHARRIERE Guy. Consensus et Nations Unies. in Annuaire français de droit
international, volume 14, 1968. Pp 11

316
A l’exception de l’unanimité, les autres règles de prise de décisions, laissent entrevoir
des manœuvres entre acteurs étatiques, agissant le plus souvent selon des intérêts nationaux,
or l’objectif recherché par la CEDEAO est une intégration.

- La politisation de la CEDEAO :
Cette politisation se caractérise par la primauté de la Conférence des Chefs d’Etat et de
gouvernement de la CEDEAO, comme le stipule l’article 7 alinéa 1, la conférence des chefs
d’Etat et de Gouvernement : « est l’institution suprême de la communauté ». La suprématie de
la conférence dans le fonctionnement de la CEDEAO se fait au détriment des autres organes,
en particulier la Commission dont la mission principale est l’exécution des décisions de la
Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement.
A titre de comparaison, le processus de prise de décision à l’Union Européenne fait
intervenir 3 organes : le Parlement Européen composé d’eurodéputés élus au suffrage
universel direct, le Conseil de l’Union Européenne composée des Etats membres et la
Commission européenne qui est l'organe exécutif de l'Union européenne. Elle propose et met
en œuvre la législation européenne; elle représente et défend les intérêts de toute l'Europe.
Les travaux du Parlement sont importants car, dans de nombreux domaines d'action, la
législation européenne est adoptée à la fois par le Parlement et le Conseil de l’Union
Européenne. Contrairement au Parlement de la CEDEAO, qui comprend 115 députés le
Parlement de la CEDEAO se compose de 115 députés, élus au suffrage universel national, ils
sont d’abord des élus nationaux, le Parlement de la CEDEAO a essentiellement une fonction
consultative
La suprématie de la conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de la CEDEAO
est d’autant plus dommageable, que la CEDEAO se caractérise par une division entre les
anglophones et les francophones. L’espace CEDEAO comporte trois (03) langues nationales :
le français, l’anglais et le portugais. La présence de ces langues renvoi à l’histoire coloniale
des Etats d’Afrique de l’Ouest, chaque Etat ouest-africain a adopté la langue de pays
colonisateur. Les spécificités linguistiques des Etats de la CEDEAO ont provoqué
l’établissement d’une grande barrière, en particulier entre les Etats de la CEDEAO, qui ont été
colonisés par la France et ceux colonisés par la Grande-Bretagne. Selon M. Kouassi : « Le
particularisme historique de ces pays se manifeste au niveau de l’héritage colonial, des années
de soumission à une culture, des philosophies nationales et des méthodes d’organisation et

317
d’administration distincts ont laissé leur marque sur chacun de ces pays, jusqu’aux attitudes et
aux mentalités des populations. Ces différences peuvent être une cause d’incompatibilité et un
facteur de division »585.
L’auteur affirme de même, qu’ : « en raison des liens politiques et financiers du
colonialisme, aussi bien que de leurs différences linguistiques et culturels, les seize pays
pratiquent des systèmes de relations commerciales entièrement différents avec le monde
industrialisé : ce qui différencie particulièrement du reste de la communauté, les anciennes
colonies françaises liées à la France par un réseau complexe d’accords de coopération
techniques, culturelles financières ; les anciennes dépendances sont restées très attachées et
tributaires de la métropole pour une grande partie de leurs échanges commerciaux »586
Les points de vue de M. Kouassi se sont particulièrement avérés, en effet, les divisions
anglophone-francophone ont été étalées durant de l’Ecomog au Libéria et en Sierra Léone, la
majorité des Etats francophones critiquant l’Ecomog pour la « mainmise du Nigeria…»587,
d’autant plus que l’intervention de l’Ecomog n’avait pas suscité l’engouement de certains
Etats francophones comme la Côte d’ivoire et le Burkina Faso, qui avaient été accusés de
supporter Charles Taylor.
On peut également rappeler que les Etats francophones588 étaient liés entre eux par un
accord de défense : le protocole d’Accord de Non Agression et de Défense, conclu le 9 Juin
1977. Il comportait des dispositions relatives au règlement pacifique des différends et un
déploiement militaire en cas d’agression.
Loin de constituer un phénomène éphémère, les divisions anglophone-francophone,
minent de manière permanente et régulière l’intégration régionale en Afrique de l’Ouest.
Des efforts ont été déployés pour remédier à la grande politisation des instances
communautaires, en janvier 2006, lors du sommet ordinaire de la Communauté économique
des Etats de l’Afrique de l’ouest, à Niamey au Niger. La Conférence des chefs d’Etat et de

585 KOUASSI E. Kwam, les organisations internationales africaines, Berger-Levrault, Paris, 1987,
pp 306
586 Id, pp 306

587 Médecins sans frontières et autres, Conflits en Afrique, éditions GRIP-Complexe, Bruxelles

1997, p168

Les Etats qui étaient concernés par ce protocole étaient : le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le
588

Mali, la Mauritanie, le Niger, le Sénégal et le Togo.

318
Gouvernement a approuvé la transformation de son Secrétariat exécutif en une Commission
de neuf membres.
Les raisons principales de cette transformation : s’adapter à l’environnement
international, jouer un plus grand rôle dans l’intégration économique, une spécialisation plus
poussée des Commissaires, accroitre les pouvoirs de la commission et donner plus de
pouvoirs aux instances communautaires.

B- La prolifération des Organisations Internationales concurrentes à la CEDEAO

De façon générale, en Afrique, le phénomène d’intégration est exacerbé, tous les Etats
appartiennent à plus d’une Organisation Internationale à l’échelle continentale ou sous-
régionale, et ses organisations ont les mêmes objectifs, ce fait est désigné sous le vocable : bol
de spaghettis, qui est : « une métaphore destinée à illustrer les nombreuses adhésions croisées
aux communautés économiques régionales »589.
Nous allons illustrer le phénomène du bol de spaghettis par l’exemple de l’UEMOA et de la
CEN-SAD.
- L’UEMOA590 : concurrente économico-politique de la CEDEAO
L’UEMOA à travers l’article 4 du traité modifié de l’Union Economique et Monétaire
Ouest Africaine du 29 janvier 2003, définit ses objectifs qui sont :
a) renforcer la compétitivité des activités économiques et financières des Etats membres
dans le cadre d'un marché ouvert et concurrentiel et d'un environnement juridique
rationalisé et harmonisé ;
b) assurer la convergence des performances et des politiques économiques des Etats
membres par l'institution d'une procédure de surveillance multilatérale ;

589 Commission Economique pour l’Afrique II, état de l’intégration régionale en Afrique :
rationalisation des communautés économiques régionales, Commission économique pour
l’Afrique, 2006 Addis-Abeba, Ethiopie, pp 56.

Les Etats de l’UEMOA sont : Le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le
590

Mali, le Niger, le Sénégal, et le Togo.

319
c) créer entre les Etats membres un marché commun basé sur la libre circulation des
personnes, des biens, des services, des capitaux et le droit d'établissement des
personnes exerçant une activité indépendante ou salariée, ainsi que sur un tarif
extérieur commun et une politique commerciale commune ;
d) instituer une coordination des politiques sectorielles nationales, par la mise en oeuvre
d'actions communes et éventuellement de politiques communes notamment dans les
domaines suivants : ressources humaines, aménagement du territoire, transports et
télécommunications, environnement, agriculture, énergie, industrie et mines ;
e) harmoniser, dans la mesure nécessaire au bon fonctionnement du marché commun, les
législations des Etats membres et particulièrement le régime de la fiscalité.

Les similitudes entre les objectifs de l’UEMOA et ceux de la CEDEAO se trouvent


dans les dispositions du chapitre IX du traité révisé de la CEDEAO, il est indiqué que la
CEDEAO tend à promouvoir la coopération et l'intégration de l'Afrique de l'Ouest pour établir
une Union économique et monétaire. Toutefois, il est utile de préciser que les Etats d’Afrique
de l’Ouest ont pris conscience du risque réel posé par cette concurrence des institutions, aussi,
ils ont élaboré une stratégie pour parvenir à une seule institution économique, cette stratégie
consiste à regrouper les Etats non membres de l’UEMOA dans une seconde zone monétaire
dans un premier temps : la Zone Monétaire de l’Afrique de l’Ouest (ZMAO), elle réunira la
Gambie, le Ghana, la Guinée, le Nigeria, le Liberia et la Sierra Leone, à l’issue, une fusion
sera effectuée entre l’UEMOA et la ZMAO. Il est tout de même utile de rappeler que la
constitution de la ZMAO est reportée d’années en années depuis l’an 2000.
La concurrence entre la CEDEAO et l’UEMOA vient de connaitre de nouvelles
tournures. Lors du sommet des Chefs d’Etat en mars 2009, les pays membres ont adopté un
acte additionnel au traité de l’UEMOA portant sur la libre circulation des ressortissants des
pays tiers. Ce texte consiste à l’établissement d’un visa unique à l’image du visa Schengen.
Le processus sera mis en oeuvre en deux étapes : d’abord une reconnaissance mutuelle des
visas nationaux, puis l’adoption du visa unique communautaire. L’UEMOA précise que la
libre circulation restera toujours en vigueur pour les ressortissants des Etats non membres de
la CEDEAO.

320
Le 17 mars 2009, à Ouagadougou au Burkina Faso, lors du 13ème sommet des Chefs
d’État et de gouvernement, marquant les quinze ans de l’UEMOA, les chefs d’Etat et de
Gouvernement de l’UEMOA ont décidé de créer un hymne et un drapeau communautaire.
Il est évident que la multiplicité de ce genre d’initiative ne fera qu’entretenir l’effet de
spaghetti, qui mine l’intégration régionale.

- La CEN-SAD : Concurrente sécuritaire de la CEDEAO


La Communauté des Etats Sahélo - Sahariens a été créée le 4 février 1998 à Tripoli-
Libye. La CEN-SAD regroupe vingt cinq (25) pays591 répartis en Afrique de l’Ouest, du
Nord, du Centre et de l’Est, la CEN-SAD et couvre une superficie de 13,94 millions de Km2,
soit 46% de celle de l’Afrique et regroupe 47% de la population africaine soit 419,28
millions d’habitants.
Le traité régissant la CEN-SAD stipule comme objectif principal :
- L’établissement d’une Union Economique globale basée sur une stratégie à
travers un plan de développement complémentaire avec les plans nationaux de
développement des pays concernés, englobant l’investissement dans les
domaines agricole, industriel, énergétique, social et culturel et
- L’accroissement entre les Etats membres des moyens de transport et de
communication terrestre, aérien et maritime par l’exécution de projets
communs.

Pour cela, la CEN-SAD se doit de:


- Définir une politique communautaire globale cohérente sectorielle et en assurer
le suivi de la mise en œuvre;
- Assurer la planification du développement sectoriel, la programmation des
investissements à réaliser et la constitution des dossiers techniques nécessaires
à la mobilisation des financements pour les actions retenues;
- Elaborer une réglementation et une normalisation régionale en matière de
transport, de mines, d’énergie et de télécommunications en assurer une large
diffusion et veiller à leur application;

591
Voir Annexe
321
- Créer et mettre à jour une banque de données statistiques et la rendre
accessible à toutes les administrations et/ou institutions impliquées dans le
secteur des transports et au public en général;

A la lecture de ces objectifs, nous notons les similitudes entre la CEN-SAD et la


CEDEAO. Il est évident que l’établissement d’Organisations Internationales ayant les mêmes
vocations et regroupant les mêmes Etats, constitue une dispersion des efforts et entraine une
absence de visibilité. Le cas de la CEN-SAD est d’autant plus complexe, que l’organisation
dispose même d’une architecture de sécurité, le protocole sur le « mécanisme de prévention,
de gestion et de règlement des conflits », adopté à Bamako-Mali, adopté par les chefs d’Etat
lors de la 6ème session des Chefs d’Etat et de gouvernement de la CEN-SAD, le 15 mai 2004
à Bamako.
La prolifération des Organisations Internationales induit une dispersion des ressources,
qui entraine elle-même une limitation des budgets des Organisations Internationales et un
manque de visibilité induit par le chevauchement d’activités.

En effectuant une synthèse des variables internes et externes, il s’en suit les
observations suivantes :
- L’avancée certaine de la bonne gouvernance dans l’espace CEDEAO
- Une détérioration de la situation économique des Etats
- Un peuplement rapide
- Une détérioration de la situation sociale, une situation sanitaire désastreuse, un
chômage et une pauvreté galopant ; L’accentuation de la dépendance
financière et économique de la CEDEAO vis-à-vis de l’extérieur.

La faiblesse des perspectives économiques fragilise l’Etat. En effet, les défis qui se
posent aux Etats ouest africains concernent la lutte contre les menaces militaires
contemporaines et les menaces non militaires. Les menaces militaires contemporaines sont
produites par des acteurs non étatiques dont l’intérêt est de fragiliser l’Etat, en concurrençant
l’Etat dans la quête de l’exclusivité de la violence légitime, afin de développer leurs activités
criminelles. Dans cette perspective, le contrôle de la population est un enjeu fondamental pour

322
les groupes criminels. Ceux-ci développent un programme social pour avoir les faveurs de la
population et bénéficier de complicités : don d’argent, de médicament. Le cas d’AQMI au
Mali est illustratif, selon Sifaoui ce groupe serait : « devenu le premier employeur au nord du
pays »592.
A terme, la propagation des acteurs criminels entraine inéluctablement une
criminalisation de l’Etat c'est-à-dire : « L'implication de l'État dans les nouvelles menaces
peut aller de la simple complicité à l'organisation à part entière de la menace »593. S’exprimant
sur le risque de la criminalisation de l’Etat malien, M. SY, un ancien ministre malien a
déclaré que : « Le contexte politique et social du pays est très préoccupant. Nous sommes
dans un contexte démocratique où les partis sont très affaiblis. Cela est très dangereux dans un
pays comme le nôtre où la majorité de la population est constituée de jeunes qui ne
s’intéressent pas à la politique. Nous avons un pays qui est inondé par l’argent de la drogue et
les élections seront le lieu de blanchiment de cet argent »594.
Quant aux menaces non militaires, leur lutte nécessite des moyens financiers énormes.
La défaillance de l’Etat d’offrir une sécurité non militaire à sa population, risque de perdre
celle-ci au profit des groupes criminels.

592
Propos recueillis par COURAUD Raymond, le Républicain du 28 Octobre 2010
[http://www.maliweb.net/category.php?NID=66648] (Consulté le 17 mai 2011)
593 MARCHESIN Philippe, les nouvelles menaces, Op Cit, p 132

594 Propos recueillis par KONE Assane, le Républicain du 14 juillet 2011

[http://www.maliweb.net/category.php?NID=78438] (Consulté le 18 juillet 2011)

323
Chapitre 10 : Les mesures correctrices pour un avenir radieux de la CEDEAO

Deux mesures peuvent assurer un avenir meilleur pour l’Afrique de l’Ouest, d’une
part, instaurer une réforme du secteur de la sécurité sur le court terme (Section 1) et adopter le
fédéralisme sous-régional comme stratégie d’intégration politico-économique (Section 2)

Section 1 : La réforme du secteur de la sécurité : mesure à court terme

Sur une période d’environ 5 ans, il est vital que les Etats de la CEDEAO soient soumis
à un programme de réforme du secteur de la sécurité (Paragraphe 1) suivant des modalités
bien définies (Paragraphe 2). La réforme du secteur de la sécurité détermine l’intégration de
l’Afrique de l’Ouest, cet avis est partagé par Philippe Hugon : « l’intégration régionale
présuppose l’intégration nationale, le renforcement de l’Etat et d’une citoyenneté, un Etat fort
s’appuyant sur une société civile forte créant des contre-pouvoirs »595

Paragraphe1 : La centralité de la réforme des systèmes de sécurité pour l’avenir de la


CEDEAO

La conceptualisation de la Réforme des Systèmes de Sécurité a été entreprise par


plusieurs institutions, toutefois, c’est l’Organisation pour la Coopération et le Développement
Economiques, qui a le plus cerner la notion et a élaboré un plan d’action à suivre596. Sa mise
en œuvre est fondamentale pour lutter contre la grande fragilité des Etats.
Avant d’aborder la réforme proprement dite, il est judicieux de déterminer la notion de
système de sécurité, qui a connu un élargissement et un approfondissement, symbolisé par la
sécurité humaine.

595 HUGON Philippe, Géopolitique de l’Afrique, Armand Collin, Paris, 2006, p 97


596La production de l’OCDE en ce qui concerne la Réforme des Systèmes de Sécurité se trouve
principalement dans deux ouvrages : Réforme des Systèmes de Sécurité et Gouvernance :
Principes et Bonnes Pratiques, OCDE 2005 et Réforme des systèmes de sécurité : Soutenir la
sécurité et la justice, OCDE 2007.

325
L’élargissement de la notion de sécurité a entrainé une multiplication des acteurs
impliqués dans les questions de sécurité. Les relations entre ces acteurs différents par nature,
constituent les systèmes de sécurité.

L’OCDE identifie597 4 groupes d’acteurs représentant le système de sécurité :


- Les Acteurs essentiels de la sécurité :
Il s’agit des forces armées, les forces de sécurité et toutes les forces chargées de
réprimer au de veiller à la sécurité comme les agents de douanes ou les agents de
conservation de la nature
- Les Organes de gestion et de surveillance de la sécurité :
Il s’agit des organes gouvernementaux chargés de la sécurité et de la défense, les
organes parlementaires chargés de la sécurité et de la défense, la société civile et les
autorités traditionnelles organes du pouvoir exécutif ;
- Les Institutions judiciaires et organismes chargés de l’exécution de la loi :
Comprennent le Ministère de la Justice et ses démembrements, les autorités
traditionnelles rendant la justice.
- Les Forces de sécurité non officielles :
Sont composées des entités non étatiques violentes, les sociétés de gardiennage, les
sociétés militaires privées.
Une réforme du Secteur de la Sécurité permet de598 : « créer un climat de sécurité
propice au développement, à la lutte contre la pauvreté et à la démocratie. Pour l’atteindre,
il faut que deux conditions fondamentales soient remplies : i) l’État doit être capable de
créer, à travers sa politique et ses programmes de développement, une situation propre à
atténuer l’impact des facteurs de vulnérabilité auxquels la population est exposée; ii)
l’État doit être capable d’employer les instruments d’action à sa disposition pour prévenir
ou prendre en main les phénomènes qui menacent la sécurité et sont préjudiciables au
bien-être de la collectivité. ».

597
Organisation pour la Coopération et le Développement Economiques, Réforme des Systèmes de
Sécurité et Gouvernance : Principes et Bonnes Pratiques, OCDE 2005, pp 26-27
598
Ibid., pp 20
326
En définitif, le secteur de la sécurité : « recouvre l’ensemble des dispositifs et
moyens qui permettent à l’Etat de garantir sa sécurité intérieure et extérieure en exerçant à
cette fin le monopole de l’usage légitime de la force selon la définition de Max Weber »599
La Réforme du Secteur de la Sécurité est préconisée aux Etats connaissant des
situations de fragilité ou ayant connu des conflits. Elle apporte une réponse holistique à 3
défis majeurs :

- La mise en place d’une structure sécuritaire prenant en charge les stratégies de


sécurité et de développement

- Le renforcement des capacités des forces armées et de sécurité


- Le respect des principes démocratiques par les forces armées et de sécurité

La Réforme du Secteur de la Sécurité est un mouvement lent, son utilité ne fait


plus aucun doute. Aujourd’hui, elle est fondamentale pour les Etats en transition post-
autoritaire, post-conflit ou vers le développement600. De même, l’acception de la notion de
la sécurité humaine va de pair avec celle de la réforme du Secteur de la Sécurité, comme
l’affirme l’OCDE : « La réforme des systèmes de sécurité est une composante essentielle
de l’action à engager à l’appui de la « sécurité humaine »601

599
DE COURTIVRON Hugues décembre 2009 Pour une gouvernance Démocratique du secteur de
la sécurité : Consolider la paix en réformant le secteur de la sécurité au niveau des
superstructures de contrôle et de validation (ministérielles, parlementaires, société civile, etc.),
Cahiers de proposition, Forum pour une nouvelle gouvernance mondiale, pp 10

[http://www.worldgovernance.org/IMG/pdf_575_Courtivron_def__Pour_une_gouvernance_democat
ique_du_secteur_de_la_securite.pdf] (Consulté le 14 Mai 2011)
600 HÄNGGI Heiner, TANNER Fred, « Promoting security sector governance in the EU’s
neighbourhood» in Chaillot Paper, n° 80, juillet 2005, p. 18.
601 ORGANISATION POUR LA COOPERATION ET LE DEVELOPPEMENT ECONOMIQUES,

Réforme des Systèmes de Sécurité et Gouvernance : Principes et Bonnes Pratiques, OCDE 2005,
Op. Cit pp 13

327
Paragraphe 2 : Les modalités de la Réforme des Systèmes de la Sécurité

La Réforme des Systèmes de la Sécurité repose sur des principes à respecter par les
pays donateurs (A) et l’identification d’activités pour la réforme du secteur de la sécurité (B).

A- Les principes à respecter par les pays donateurs602 :

Selon l’OCDE, les principes suivants sont à respecter par les pays donateurs, dans le
cadre de la réforme du secteur de la sécurité, ils doivent :
- Veiller à ce que la réforme des systèmes de sécurité soit centrée sur l’être humain,
suscite l’appropriation locale et se fonde sur des normes démocratiques et le respect
des droits de l’homme et de la règle du droit, l’objectif étant de mettre un terme à la
terreur.
- Considérer la réforme des systèmes de sécurité comme un cadre propre à structurer la
réflexion sur les moyens qui s’offrent de régler les divers problèmes de sécurité
auxquels sont confrontés les États et leur population grâce à une intégration plus
étroite des politiques de développement et de sécurité ainsi qu’à un renforcement de la
participation des civils et de leur pouvoir de contrôle.
- Inscrire les activités à l’appui de la réforme des systèmes de sécurité dans des
stratégies plurisectorielles, s’appuyant sur une évaluation approfondie des besoins de
la population et de l’État en matière de sécurité.
- Se conformer, pour la mise au point des réformes à opérer dans les systèmes de
sécurité, aux principes de base auxquels doit obéir toute action de réforme du secteur
public, notamment la transparence et l’obligation de rendre des comptes.
- Appuyer la mise en oeuvre de la réforme des systèmes de sécurité sur des processus et
politiques clairement définis, visant à mettre en place les capacités institutionnelles et
humaines voulues pour que la politique de sécurité donne des résultats efficaces.

602
ORGANISATION POUR LA COOPERATION ET LE DEVELOPPEMENT ECONOMIQUES,
Réforme des Systèmes de Sécurité et Gouvernance : Principes et Bonnes Pratiques, OCDE 2005,
Op. Cit pp 14.
328
Il est important de définir des règles pour les pays donateurs, en effet, l’Afrique a
régulièrement constitué un terrain d’essai pour des programmes conçus sans tenir compte de
la position et des réalités africaines. Ces règles ont l’avantage d’accorder une grand
importance à l’avis du pays bénéficiaire du programme, pour obtenir une adhésion massive au
programme et pour aboutir à la réussite du programme.

B- La détermination des activités de la réforme des systèmes de sécurité :

L’OCDE identifie 9 activités, qui doivent être ciblées dans le cadre de la mise en
œuvre du programme de Renforcement des Systèmes de la Sécurité, il s’agit de :
- Le Dialogue et les initiatives politiques et stratégiques :
- Armée et services de renseignement :
- Justice et dispositifs de sécurité interne :
- Forces de sécurité non rattachées à l’État :
- Mécanismes de surveillance civile
- Organes de gestion civile
- Renforcement des capacités du pouvoir civil
- Initiatives régionales
- Initiatives visant à démilitariser la société

Le Manuel de l’OCDE constitue une bonne approche en ce qui concerne la lutte contre
la fragilisation des Etats, toutefois, pour de meilleurs résultats, deux facteurs doivent pris en
compte :
- La Coordination de l’action des Etats donateurs :
Il y a une multiplicité des Etats prêts à soutenir un programme de la Réforme des
Systèmes de Sécurité dans les Etats fragiles. En général, les Etats donateurs ont des
conceptions différentes de l’architecture sécuritaire, chaque Etat souhaitant défendre son
système de sécurité. Pour plus d’efficacité dans la mise en œuvre des programmes de la
Réforme des Systèmes de Sécurité, il est utile que soit mise en place des commissions ad-hoc
par programme et par pays cibles, afin d’éviter la dispersion des efforts.

329
- L’implication des Etats bénéficiaires
Un bon programme de la Réforme des Systèmes de Sécurité doit impérativement
associer les acteurs locaux dans la conception et la mise en œuvre du programme. A titre
illustratif, la question du genre ne sera pas perçue de la même façon, selon qu’on se situe dans
un Etat occidental ou dans un Etat fragile603.
Afin de pallier la fragilité excessive des Etats de la CEDEAO, il est utile d’envisager
une Réforme du Secteur de la Sécurité, celle-ci :« est désormais au centre des efforts déployés
pour lutter contre la fragilité des États et sortir des conflits ».

603
A ce sujet, au Mali l’incorporation des femmes à la Gendarmerie date de 2003.
330
Section 2 : L’adoption du fédéralisme régional comme nouvelle stratégie d’intégration :

La construction de l’unité africaine a historiquement oscillé entre 3 grandes


tendances :

La réalisation immédiate de l’unité africaine par la mise en place d’un marché


commun africain et d’une citoyenneté africaine : cette approche était défendue par le groupe
de Casablanca dirigée par Kwamé N’kurumah, président du Ghana, le groupe était composée
des Etats suivants : Ghana, Guinée, l’Ethiopie, Mali et Maroc.
Le développement de la coopération entre Etats nations africains : le groupe de
Monrovia soutenait cette approche. Il était dirigé par Félix Houphouët Boigny, premier
Président de la Côte d’Ivoire. Le groupe de Monrovia préconisait la construction des Etats
nations africains qui auront une coopération économique et culturelle entre eux et avec les
anciennes puissances coloniales
La réalisation de l’unité africaine à partir des fédéralismes sous-régionaux : cette
proposition intermédiaire entre les deux premières approches a été proposé par le groupe de
Brazzaville, dont la présidence était assurée par le président Senghor du Sénégal, souhaitait la
création de regroupement régionaux dans les différentes sous-régions africaines, une fois
celle-ci acquise et bien implantée, la réalisation du fédéralisme à l’échelle du continent sera
plus aisée.
Finalement, c’est dernière approche qui aura l’assentiment des autorités africaines, et c’est
également cette approche qui établira des relations entre les différentes sous-régions et
l’organisation continentale.

Le fédéralisme en Afrique de l’Ouest est loin d’être une nouveauté. En effet, au


lendemain de 1960, date des indépendances africaines, des expériences en matière de
fédéralisme se sont déroulées en Afrique de l’Ouest. Il s’agit de la Fédération du Mali et de
l’Union des Etats Africains.
La Fédération du Mali : le 17 janvier 1959, des représentants du Sénégal, du Soudan,
de la Haute-Volta et du Dahomey ont émis le souhait de regrouper leurs Etats dans un
système fédéral : la fédération du Mali, une constitution est adoptée le même jour. Après le
rejet, par référendum de la constitution en Haute Volta, suivi de l’arrivée au pouvoir des anti-
fédéralistes au Niger et au Dahomey, la Fédération du Mali ne comprend désormais que le
331
Soudan et le Sénégal. Des problèmes de leadership entre Modibo Keïta et Léopold Sédar
Senghor auront raison de la Fédération du Mali qui éclate, le 20 août 1960, le Sénégal
proclame son indépendance à cette date et le Soudan, change de nom pour devenir la
République du Mali et proclame son indépendance le 22 Septembre 1960. La Fédération du
Mali aura vécue moins d’un an.
L’Union des Etats Africains : elle regroupait, la République du Mali, la Guinée, le
Ghana, la charte créant ce regroupement a été signée à Accra le 29 avril 1961 par le Président
Modibo Keïta du Mali, Sékou Touré de la Guinée et Kwamé N’Kurumah du Ghana, la charte
est entrée en vigueur le 1er juillet 1961 après approbations des différents parlements
nationaux. Cette fédération également disparaitra à la suite de deux événements : la
reconnaissance du Président Grunitzky par le Ghana, arrivé au pouvoir au Togo après avoir
assassiné le Président Sylvanus Olympio, le 13 janvier 1963. Or, la Guinée rejetait le nouveau
pouvoir togolais.
Le fédéralisme est porteur de vertus (Paragraphe 1) pour les Etats d’Afrique de
l’Ouest. L’adoption d’un système fédéral sera aisée par des vecteurs (Paragraphe 2).

Paragraphe 1 : Les vertus du fédéralisme en Afrique de l’Ouest

Le fédéralisme procurera aux Etats d’Afrique de l’Ouest, des avantages politiques (A)
et des avantages économiques (B).

A- Les avantages politiques :

Loin d’être un système politique en panne, le fédéralisme semble avoir un avenir


radieux. Anderson George, parlant du fédéralisme, fait les constats suivants : « 28 pays, où
réside plus de 40% de la population mondiale, se réclament du fédéralisme ou sont
généralement considérés comme des pays fédéraux. Presque toutes les démocraties réparties
sur de vastes territoires ou ayant des populations très nombreuses se révèlent fédérales (…)
l’Union Européenne présente un certain nombre de caractéristiques fédérales. »604. Continuant
ses propos sur le fédéralisme, l’auteur remarque l’existence de plusieurs types de fédéralisme,
se différenciant selon la nature des Etats ou le degré plus ou moins élevé de l’autonomie des

ANDERSON George, Le Fédéralisme : une introduction, Université d’Ottawa, Septembre 2010,


604
p1
332
entités décentralisées. Il est ici trop prématuré de s’aventurer sur le partage des compétences
entre les entités fédérées et le gouvernement central dans le cas de l’Afrique de l’Ouest,
toujours est-il que le gouvernement central doit disposer de pouvoirs renforcés dans les
domaines stratégiques.
D’une manière générale, le fédéralisme permet plusieurs entités différentes, de se
mettre ensemble et de partager les bénéfices de l’union, c’est un système politique protège les
droits des minorités, le droit des communautés des différentes régions et leur offre la chance
de promouvoir leur spécificité culturelle. Dans un système fédéral, il est difficile de ne pas
respecter la bonne gouvernance, compte tenu de la multiplicité des structures de contrôle du
pouvoir et surtout de l’effet et la diversité des individus qui composent la fédération.

Le fédéralisme permet d’une part, aux différentes régions de s’administrer elles-


mêmes, ceci évite la lourdeur bureaucratique ou la concentration des pouvoirs dans un
système d’Etat unitaire, et d’autre part il permet aux entités fédérées d’élaborer certaines
politiques en matière économique, politique et sociale qui tiennent compte de leur désir sans
toutefois compromettre l’Union. A titre illustratif, un Etat peut décider de la gratuité de
l’école pour inciter les populations à s’instruire contrairement, un autre Etat peut voir dans la
gratuité de l’école une politique non judicieuse pour leur Etat. Dans un système fédéral,
l’autonomie des entités fédérées concernant certains domaines est importante à plus d’un tire,
elle permet aux différents Etats de choisir la politique au tient compte le plus de leur
préoccupations. Toutefois, les entités fédérées ne disposent d’une autonomie totale, certains
domaines relèvent de l’entité fédérale.
Le passage à un système fédéral en Afrique de l’Ouest peut procurer à la sous région
plusieurs avantages politiques.
Le premier avantage c’est un traitement rapide des situations conflictuelles. De toutes
les violations du protocole relatif au mécanisme de prévention des conflits, depuis son
adoption, seul le conflit ivoirien a fait l’objet d’une intervention armée de la CEDEAO, le
reste des cas : le Niger, la Guinée, la crise postélectorale de la Côte d’Ivoire, se sont réglés de
manière violente par des solutions internes. Ceci constitue un résultat maigre.
En effet, les interventions de la CEDEAO suscitent de longues périodes de débats
paralysant l’action de la CEDEAO et lorsqu’elles se déroulent, les difficultés financière et
logistiques empêchent d’atteindre des résultats probants. L’une des solutions pour éviter cette

333
paralysie est d’instaurer un régime fédéral, à travers celui-ci, les interventions s’assimileront à
des opérations de maintien d’ordre et ne seront pas soumises à l’octroi de l’autorisation des
différents Etats membres, qui ne constitueront qu’une seule entité.
La célérité de l’intervention militaire, permettra d’une part, le renforcement de la
bonne gouvernance en Afrique de l’Ouest, les entités fédérées étant sous le contrôle
permanent du gouvernement fédéral composé sur des bases non ethniques, veillera à la stricte
application de la loi fédérale en ce qui concerne le respect des droits humains et la bonne
gestion.
Sur le plan politique, l’instauration d’un régime fédéral en Afrique de l’Ouest peut être
un moyen de taire les différentes velléités sécessionnistes, à titre d’exemple, il serait
irrationnel, de notre point de vue, que des groupes comme le Mouvement pour
l’émancipation du Delta du Niger, ou certains groupes touareg, continuent de réclamer leur
indépendance dans un ensemble fédéral qui comprendrait plus de 300 millions d’habitants,
par ailleurs, les entités auront une large autonomie de gestion en étant dans un ensemble
fédéral.
Aussi, sur le plan de la lutte contre l’insécurité, nous avons démontré la nature
transfrontalière des menaces à la sécurité, qui se posent aux Etats de la CEDEAO, avec le
fédéralisme, une mise en commun des moyens des différentes entités permettra de lutter plus
efficacement contre ces menaces, qu’elles soient militaires ou non militaires.
Le dernier enjeu politique de la fusion des Etats de la CEDEAO à un Etat, est la
constitution d’une puissance politique capable d’influer sur les grandes décisions stratégiques
internationales, cet avis est partagé par Dussouy605 : « la recherche de la puissance serait la
motivation centrale des unités qui se rapprochent dans une fédération ».

B- Les avantages économiques :

Grâce au fédéralisme, l’Afrique de l’Ouest disposera d’un marché de 350 millions de


personnes, sans barrières douanières avec une libre circulation des personnes, des biens et des
capitaux. La constitution d’une économie de marché dynamique est prépondérante dans le

605 DUSSOUY Gérard, Quelle géopolitique au XXIème siècle, complexe, Bruxelles, 2001, p 243

334
fédéralisme, à ce sujet, John Kincaid pense que : « dans sa forme moderne, le fédéralisme est
à peu près contemporain de la notion d’économie de marché. »606.
L’auteur continuant son analyse estime que le fédéralisme vise la création d’un marché
commun, celui apporterai les avantages suivants : « la liberté des échanges commerciaux
entre diverses communautés politiques. En abaissant les barrières commerciales entre ces
communautés, en tempérant l’indépendance et les ambitions égoïstes de leurs politiques
économiques et en utilisant les ressources naturelles et humaines du pays tout entier, un
marché commun peut favoriser la prospérité économique aussi bien que l’intégration
nationale. »607.
En plus des avantages précités, que procurerait la constitution d’un marché commun,
l’auteur identifie 7 avantages qu’apporte le fédéralisme :
1- « fournir et produire avec plus d’efficience des services publics adaptés à la diversité
des préférences individuelles et collectives, notamment pour des modes différents de
production de ces services, qui existent au sein d’une fédération ;
2- mieux aligner les coûts et les avantages du gouvernement pour une population variée,
d’où un supplément d’équité dans la mesure où les citoyens en ont pour leur argent et
paient pour ce qu’ils ont,
3- assurer de meilleurs ajustements des biens publics et de leurs caractéristiques spatiales,
et en particulier les économies d’échelle variables selon les cas qu’ils permettent de
réaliser,
4- stimuler la concurrence, l’expérimentation et l’innovation au sein des administrations
publiques,
5- être plus réceptive aux préférences des citoyens, d’autant plus que les gouvernements
régionaux et locaux ont le pouvoir et les moyens d’y répondre,
6- obliger les décideurs à répondre de leurs choix avec plus de transparence et plus près
du citoyen et

606
KINCAID John, « Avantages et inconvénients du modèle fédéral pour l'action économique », in
Revue internationale des sciences sociales 1/2001, n° 167, pp89.
[www.cairn.info/revue-internationale-des-sciences-sociales-2001-1-page-89.htm.] (Consulté le 14
Mai 2011)
607 Id., pp 90

335
7- être plus sensible aux préoccupations régionales infranationales, notamment parce que
les gouvernements de ses composantes ont le pouvoir de pourvoir eux-mêmes à leurs
besoins »608

Par ailleurs, l’instauration d’un système fédéral en Afrique de l’Ouest obligerait les
gouvernants à adopter des politiques économiques instaurant la spécialisation économique,
qui obligerait les entités fédérées à ne produire que des biens dans lesquels ils ont un avantage
naturel. Grâce à cette spécialisation, les Entités fédérées ne se feront plus la concurrence et la
spécialisation peut entrainer à long terme la transformation en biens industriels de certains
produits agricoles et leurs exportations en dehors de l’Afrique de l’Ouest.
Selon Philippe Jean, le fédéralisme assure l’établissement d’un grand marché, pour
cela, il faut lutter contre les facteurs naturels qui agissent contre l’efficacité de l’économie
régionale, selon Hugon, les facteurs naturels : « tiennent à la faible densité, au poids limité
des villes (…) à l’importance du nombre des petits Etats… »609. Ces différents facteurs
renvoient à l’étroitesse des marchés africains qui explique en partie la faiblesse du commerce
intra-zone. La construction d’un marché intérieur résultante du fédéralisme sous-régional
permet la réalisation des économies d’échelle qui consiste à une « diminution des coûts
unitaires obtenue par l’augmentation de la taille de l’entreprise et de la quantité produite »610.

Enfin, grâce au fédéralisme, une monnaie unique verra le jour. Actuellement,


l’absence de monnaie unique, oblige les citoyens à utiliser la monnaie locale, dans les Etats
hors UEMOA, ou utiliser des devises étrangères comme le Dollar ou l’Euro.

608
KINCAID John, « Avantages et inconvénients du modèle fédéral pour l'action économique » in Revue
internationale des sciences sociales, Op Cit.
609
COUSSY Jean et HUGON Philippe, intégration régionale et ajustement structurel en Afrique
sub-saharienne, Ministère de la Coopération et du Développement, Paris, 1991, p 23
610
DEUBEL Philippe et autres, Dictionnaire de sciences économiques et sociales, Bréal, mars
2008, p 42

336
Paragraphe 2 : Les vecteurs sous tendant la détermination du fédéralisme sous-régional
comme nouvelle stratégie d’intégration de la CEDEAO

Notre choix pour le fédéralisme se justifie par le fait que les Etats de l’espace
CEDEAO ont en commun le panafricanisme (A), mais surtout ils partagent une histoire
commune marquée par les empires. A l’opposé, certaines positions souhaitent la réalisation
d’un fédéralisme à l’échelle du continent, ce que nous ne partageons pas dans l’immédiat, car
il existe des frontières culturelles entre les différentes sous-régions africaines, il faut utiliser
les vecteurs culturels pour réaliser d’abord les fédéralismes sous-régionaux (B), le fédéralisme
à l’échelle continentale pourra se réaliser ainsi plus facilement.

A- Le panafricanisme
Le panafricanisme signifie : « une idéologie qui vise à réaliser l’unité ou l’unification
de tout le continent africain afin de rendre à l’homme noir dignité, considération et
respect »611
Le panafricanisme recherche l’équilibre entre les blancs et les noirs. L’auteur de cette
idéologie est Marcus Garvey. Le panafricanisme émergea en 1919 à Paris, lors du premier
congrès panafricain.
Selon M. Kouassi, le panafricanisme a trois variantes612 :
- Raciale : sous cet angle, il signifie : « un mouvement d’émancipation des noirs, de
revendication de l’égalité entre noirs et blancs »613
- Culturel : le panafricanisme constitue un : « refus : du communisme et de la
colonisation (…) dans la mesure où l’affirmation de la personnalité politique de
l’Afrique est entretenue par la négritude, expression littéraire du panafricanisme, il
constitue un refus : la négritude, par le fait même qu’elle met l’accent sur
l’authenticité du monde négro-africain, se manifeste comme un refus d’accepter
sans discussion les doctrines élaborées à l’extérieur »614.
- Politique : dans cette perspective, le panafricanisme a servi de substrat aux
indépendances des Etats africains et la réalisation de l’unité africaine. En effet, à

611 KOUASSI E. Kwam, les organisations internationales africaines, Op. Cit p 72


612 Ibid, pp 72
613 Ibid, pp 73
614 Ibid, pp 74

337
l’aune des indépendances africaines, le panafricanisme a pris une forme politique
militante avec une revendication à l'unité des futurs États, symbolisée par
l'indépendance du Ghana en 1957 et la création de l'Organisation de l'unité
africaine en 1963.

Le panafricanisme sert de vecteur à la réalisation de l’unité africaine. De façon


générale, l’idée du panafricanisme est partagée par tous les Etats africains, toutefois, les
stratégies pour parvenir à une unité diffèrent en ce sens qu’il : « signifie tantôt une association
à l’échelle continentale, tantôt des regroupements régionaux considérés comme des étapes
préalables à la réalisation de l’unité africaine »615. La position de la République du Mali
intègre cet objectif du panafricanisme, dans sa constitution, en rappelant qu’elle : « peut
conclure avec tout Etat africain des accords d'association ou de communauté comprenant
abandon partiel ou total de souveraineté en vue de réaliser l'unité africaine »616
Par ailleurs, les Etats de la CEDEAO se caractérisent par l’absence d’Etat-nation. La
nation est définie comme : « une forme de communauté politique reposant sur la prise de
conscience, objective ou imaginée, de caractéristiques communes et d’un vouloir-vivre en
commun »617.
Il existe deux conceptions de la nation : une conception objective et une conception
subjective. Dans la première conception, on tient compte des critères objectifs comme la
langue et l’ethnie, dans la seconde conception, le critère déterminant est le désir de vouloir
vivre ensemble. Dans les deux cas, l’Afrique de l’Ouest se caractérise par l’absence d’Etat
nation, toute chose qui facilite et confirme l’idée panafricaniste.
En effet, dans la perspective de la conception objective de la nation, l’espace
CEDEAO constitue un grand bassin ethnolinguistique, dans lequel plus de 1200618 langues
sont parlées.
Les langues les plus importantes sont parlées dans plus d’un Etat. A titre d’exemple,
l’Akan est parlé au Ghana et en Côte d’Ivoire, le Gbe est parlé au Ghana, au Togo et au

615 KOUASSI E. Kwam, les organisations internationales africaines, Op.Cit, pp 78.


616 Article 117 de la Constitution de la République du Mali
617 BRAUD Philippe, sociologie politique, Librairie Générale de Droit et de Jurisprudence-
Montchrestien, 8ème édition, 2006, p 709.
618 CLUB DU SAHEL ET DE L’AFRIQUE DE L’OUEST, Atlas de l’intégration régionale : les
langues, OCDE 2006, Pp 4
338
Bénin, le mandingue est parlé au Mali, en Guinée, au Sénégal et en Gambie, enfin le peul qui
est parlé dans tous les Etats d’Afrique de l’Ouest.
L’usage de ces langues en Afrique de l’Ouest prouve les liens séculaires entre les
peuples de la CEDEAO.
Quant à la perspective de la conception subjective de la nation, aucun Etat de la
CEDEAO n’a été associé à la création d’Etat, celle-ci est le fruit du désir des colonisateurs.
En effet, « La configuration actuelle de l’Afrique est le fruit d’une Europe conflictuelle».619
Dans le cadre d’un éventuel projet fédéral, les langues joueront un rôle capital. Selon
cette affirmation de M. Konaré : « Les langues transfrontalières véhiculaires renforceront les
relations d’échanges entre les populations, au-delà des frontières politiques, qui devraient être
considérées, comme nous l’avons toujours dit, non comme des points de rupture mais plutôt
comme les lignes de suture du tissu socioculturel africain lacéré, déchiré il y a seulement 116
ans, les lignes de suture de ces pays et villages frontières de notre continent en quête
d’unité »620

B- L’héritage des Empires :

L’Afrique de l’Ouest, bien avant la pénétration coloniale, a abrité de grands empires,


dont les principaux étaient les empires du Ghana, du Mali et Songhaï. Ces empires : « centrés
entre le moyen Sénégal et les plateaux du Nigéria occupaient la majeure partie des territoires
des Etats de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).
L’échelle géographique de ces unités politiques met en évidence le caractère artificiel,
arbitraire et fantaisiste des frontières actuelles des Etats africains, héritées de la
colonisation »621.

619KIPRE Pierre, « la crise de l’Etat-nation en Afrique de l’Ouest » in Outre-Terre, 2005/02 n°11,


pp 22
620Extrait du Discours du Président de la République du Mali, Alpha Oumar Konaré, pendant le
lancement des activités de l’Académie Africaine des Langues le 8 septembre 2001.
621 KOUASSI E. Kwam, les organisations internationales africaines, Op. Cit, pp 60

339
- L’empire du Ghana :
Il a été fondé au VIIIème siècle par les Soninké, l’empereur s’appelait Kaya Maghan.
Le XIème siècle a constitué l’apogée de l’empire, à cette date, il comprenait les régions
suivantes : le Ouagadou, l’Aouker, le Do, le Sosso, le Mandé, le Méma, les régions du Niger
et le Tekrour (vallée du Sénégal). L’empire du Ghana était un carrefour commercial
important, qui entretenait des liens commerciaux avec le Maghreb. Sur le plan politique,
l’empire était composé de provinces et de royaumes : le royaume d’Aoudaghost,
correspondant à la Mauritanie, le royaume du Tekrour, le royaume du Manding, le royaume
Songhaï, le royaume Mossi et le royaume de Ouagadou.
Les gouverneurs et les rois représentaient l’empereur dans les différentes localités.
L’activité économique de l’empire reposait sur l’agriculture, l’artisanat, les mines et le
commerce. La société comprenait des clans et des tribus, on retrouvait les couches suivantes :
les nobles, es hommes de caste et les esclaves.
En 1076 l’empire du Ghana va connaitre son déclin. À la suite de l’invasion des
almoravides, Aboubakar prit le contrôle de Koubi-saleh, la capitale de l’empire du Ghana.

- L’empire du Mali :
À la suite du déclin de l’empire du Ghana, l’empire du Mali verra le jour. Sous
l’empire du Ghana, le Mali était un petit royaume situé dans le mandé entre Siguiri et Kita.
Le premier empereur fut Soundiata Keïta. Toutefois, l’empire du Mali a connu son
apogée sous le règne de Kankou Moussa. L’empire s’étendait de l’océan atlantique à la
République du Niger et du désert à la bordure nord de la forêt. Sur le plan politique, l’empire
était composé de provinces et de royaumes. L’activité économique reposait sur l’agriculture,
les mines, l’artisanat, les impôts et le commerce. La stratification sociale était la suivante : les
nobles, les hommes de caste et les esclaves. Après plusieurs invasions, l’empire du Mali
connut son déclin au XVIIème siècle.

- L’empire Songhoy :
Successeur de l’empire du Mali, l’empire Songhoy occupait la boucle du Niger
jusqu’au pays mossi. Le premier empereur a été Sonni Ali-ber, l’empire a connu son apogée
sous le règne de Askia Mohamed qui disposait d’une armée bien organisée et puissante. Sur le

340
plan politique, l’empereur dirigeait sur la base des principes de l’islam. L’empire était divisé
d’une part, en provinces dirigés par des farma, gouverneurs et d’autre part, en pays tributaires,
bénéficiant d’une certaine autonomie et dirigés par des rois locaux. L’économie de l’empire
reposait sur : l’agriculture, la pêche, le commerce, les mines et les impôts. La société était
divisée en aristocrates, hommes libres, hommes de caste et esclaves. Les guerres intestines ont
fragilisé l’empire Songhoy, dont le glas fut sonné le 30 Mai 1951 avec l’invasion des
marocains.

Les difficultés auxquelles fait face la CEDEAO, ne sont pas insurmontables. Nous
avons identifié deux mesures correctrices, à mettre en œuvre pour renforcer la paix et la
sécurité en Afrique de l’Ouest. La première mesure à mettre en ouvre, est la réforme du
secteur de la sécurité dans les Etats de la CEDEAO, afin de rendre à l’Etat « le monopole de
la violence légitime ». Pour l’instant, les Etats qui sont soumis à la réforme du secteur de la
sécurité, sont les Etats qui sont en situation de post conflit comme le Libéria, la Sierra Léone.
Nous ne sommes pas convaincus, que cette réforme doit s’appliquer uniquement, aux Etats
ayant connu des situations de conflits. En effet, lorsque l’Etat ne peut garantir la sécurité
nationale et que les forces armés et de sécurité se trouvent dans une logique hybride : soldat le
jour, criminel la nuit. Il faut adopter une réforme du secteur de la sécurité. La communauté
internationale doit accompagner les Etats de la CEDEAO, dans cette direction en les appuyant
par l’expertise, le conseil et le financement.
Sur le long terme, il est indispensable pour les Etats de la CEDEAO, de modifier leur
stratégie d’intégration. Le salut de l’Afrique de l’Ouest se trouve dans le fédéralisme. En
effet, les sociétés ouest-africaines sont caractérisées, par le fait que: « les membres sont
divisés en catégories ou groupes en fonction de facteurs tels que la langue, la race,
l’appartenance ethnique, la communauté de départ ou d’origine, la religion, les institutions
sociales spécifiques ou la culture »622, le fédéralisme peut être un moyen rationnel de défendre
les différences ethniques tout en étant dans un ensemble fédéral. Cependant, nous estimons
que le fédéralisme devra se réaliser sur la base des entités étatiques existantes.

622
SMITH Michael Garfield, « Pluralisme, violence et l’État moderne : une typologie », L’État au
pluriel, Paris, Economica, 1985, p 207.

341
L’entité fédérale sera le garant de la liberté et de la bonne gouvernance. C’est à ce prix
que nous éviterons les conflits internes ou les atteintes à la bonne gouvernance. Le
fédéralisme va également diminuer la pauvreté, grâce à ses vertus économiques. L’avantage
de ce système c’est la prise en compte des deux facteurs principaux de conflits : l’injustice et
la pauvreté.
Le choix du fédéralisme régional à l’échelle de l’Afrique de l’Ouest, nous paraît plus
réaliste, contrairement au projet de la création des États Unis d'Afrique, qui a été relancé en
2000 par le Colonel Mouammar Kadhafi. La construction du fédéralisme à l’échelle régionale
sera facilitée par les liens culturels qui existent entre les différentes populations. A notre avis,
la réalisation d’un fédéralisme à l’échelle continentale, sera possible, après que les différentes
régions africaines aient tenté le système fédéral à l’échelle régionale.

342
CONCLUSION GENERALE

Le but de la manœuvre était de démontrer dans quelle mesure le fédéralisme à


l’échelle régionale pouvait constituer une réponse, aux défis rencontrés par la CEDEAO pour
maintenir la paix et la sécurité.

À cette fin, nous avons procédé de la manière suivante :

Primo, nous avons présenté le mécanisme initial de sécurité de la CEDEAO. Cette analyse a
permis de connaitre notamment l’objectif recherché par ce mécanisme, à savoir l’éradication
des guerres entre Etat de la CEDEAO. Secundo, nous avons étudié le nouveau mécanisme de
la sécurité de la CEDEAO et la genèse de l’adoption de ce mécanisme, symbolisée par
l’incapacité du mécanisme initial de sécurité, à prévenir et régler le conflit libérien, ce travail
a consisté en une analyse approfondie du nouveau mécanisme de la sécurité de la CEDEAO,
qui a l’avantage d’être exhaustif et gère concomitamment les menaces militaires et les
menaces non militaires. Il s’avère que le nouveau mécanisme de sécurité rencontre des
difficultés d’application, au regard des menaces militaires et non militaires, qui ont émergé,
depuis son adoption. On peut citer le conflit ivoirien, les rébellions touarègues, le terrorisme,
l’accroissement de la pauvreté.

Tertio, nous avons effectué une analyse structurelle de l’Afrique de l’Ouest, ce qui nous a
permis de déduire le risque d’accroissement des menaces militaires et non militaires.

Quarto, en fin d’analyse, nous avons démontré que le fédéralisme en Afrique de l’Ouest, sur
la base des Etats actuels, qui auront réformé leur secteur de la sécurité, est une voie salvatrice.

L’intervention de l’ECOMOG au Libéria, en Sierra Léone et en Guinée-Bissau avait


suscité un espoir, auprès de la communauté internationale : malgré les difficultés
économiques et le manque d’expertise, une association d’Etats pauvres avait prouvé sa
détermination en intervenant militairement, pour maintenir la paix et la sécurité. C’est dans
cet élan, que la CEDEAO a décidé de l’établissement d’un nouveau mécanisme de sécurité, à
partir de 1999. Depuis l’adoption du nouveau mécanisme de sécurité, la CEDEAO a du mal à
appliquer, les dispositions juridiques relatives au maintien de la paix et de la sécurité. Ces
difficultés à lier le discours à la pratique entache la crédibilité de la CEDEAO.
343
Pour notre part, les faibles résultats économiques de l’intégration, constituent l’une des
raisons fondamentales des difficultés rencontrées par la CEDEAO, dans le maintien de la paix
et de la sécurité. Le maintien de la paix et de la sécurité nécessite des capacités financières
pour sa réalisation, eu égard la notion de sécurité humaine, qui consiste à lutter contre les
atteintes politique, économique, sanitaire, environnementales subies par l’individu.
Désormais, le maintien de la paix et de la sécurité est une activité hautement capitalistique.

La lutte contre l’insécurité humaine en Afrique de l’Ouest est d’autant plus complexe, que les
perspectives économiques de la CEDEAO et des ses Etats membres, sont peu reluisantes.

Le fédéralisme ne constitue pas une pierre philosophale des maux de l’Afrique de


l’Ouest. Toutefois, il offre un avantage dual : sur le plan politique, la bonne gouvernance sera
respectée grâce d’une part, au verrou de la non ingérence dans les affaires intérieures d’un
Etat, qui va sauter pour l’Etat auteur d’atteinte contre la démocratie et d’autre part, les
interventions militaires, pour prévenir des conflits, seront décidées plus rapidement et avec
plus de moyens financier et logistique. Sur le plan économique, le fédéralisme permettra de
procurer à la sous-région, des retombées économiques et financières grâce aux économies
d’échelle.

Au regard de tout ce qui précède, il ressort que la CEDEAO a du mal à appliquer ses
programmes politiques et économiques. Par ailleurs, l’Union Européenne constitue l’exemple
le plus abouti en matière d’intégration basée sur la pratique du « Spill-over effect ».
Actuellement, cette Organisation Internationale connait des difficultés, compte tenu du refus
de certains Etats de tendre vers plus de solidarité. Le cas de la crise grecque est illustrative de
la division des Etats européens, entre ceux qui sont pour un secours total à la Grèce et ceux
qui sont réticent à l’aide de la Grèce. Sur le plan de la Défense, l’application du « Spill-Over
effect » soulève des blocages, car les Etats, quelque soient, le degré d’intégration sont
naturellement réticents à partager, au nom de la solidarité, leur acquis en matière de défense.

344
Aussi, le fédéralisme en Afrique de l’Ouest peut constituer une mesure de relève par
soi. Les Etats de la CEDEAO doivent promouvoir leurs propres capacités et moins compter
sur l’aide. A titre indicatif623 : « depuis la fin des années 1970, l’aide est en recul constant
pour l’aide publique au développement comme pour les IDE (…) en 2003, l’APD ne
représente que 0,23% du PIB des cinq principaux bailleurs de fonds (USA, Japon, France,
Allemagne et Royaume Uni), dont les concours ont diminué en valeur réelle ; et les promesses
de porter les concours à 0,7% restent un engagement à long terme ». Dans le même sens,
Mouhoubi fait le constat624 de la lassitude des bailleurs de fonds.

Les Etats contribuant au développement des Etats africains sont, pour la plupart dans
une mauvaise posture socio-économique. Actuellement, les Etats-Unis sont à plus 1400
milliards de dollars, soit 9 950 milliards d'euros, presque 100 % du produit intérieur brut625 et
l’Europe accumule une dette de plus de 1 646,1 Milliards d’euros soit environ 84,5 % du PIB
européen626. En plus de la dette abyssale, les Etats occidentaux connaissent une situation
sociale peu reluisante, le taux de chômage aux Etats-Unis s’élevait à environ 9% de la
population active627, quant à la zone euro, il était de 9,9%628. Désormais, il est établi que :
« le Nord a son propre Sud »629, les Etats de la CEDEAO doivent de moins en moins compter
sur l’aide et promouvoir une stratégie autocentré.

Par ailleurs, l’introduction du fédéralisme à l’échelle régionale, ne constituerait qu’un


retour naturel aux sources. En effet, l’Afrique de l’Ouest a toujours vécu dans une logique
fédérale, depuis le temps des royaumes. La balkanisation et la création des Etats unitaires
datent de 1960. Mise à part les royaumes, le colonisateur également avait compris l’intérêt

623
KIPRE Pierre, « la perspective africaine », in l’aide au tiers-monde à quoi bon ? Sylvie BRUNEL et al
(s.dir), les éditions ouvrières, Paris, 2005, p 66.
624 MOUHOUBI Salah, le NEPAD : une chance pour l’Afrique ?, Office des Publications
Universitaires, Alger, 2005, p 11
625IMBERT Louis, « comprendre la crise de la dette américaine », Le monde.fr. 26 juillet 2011

[http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2011/07/26/comprendre-la-crise-de-la-dette-
americaine_1552828_3222.html] (Consulté le 15 août 2011)
626Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques

[http://www.insee.fr/fr/themes/info-rapide.asp?id=40] (Consulté le 14 juillet 2011)


627OCDE, « taux de chômage harmonisés de l’OCDE »

[http://www.oecd.org/document/12/0,3746,fr_2649_34251_48378252_1_1_1_1,00.html] (Consulté le
15 juillet 2011)
628EUROSTAT,
"[http://europa.eu/rapid/pressReleasesAction.do?reference=STAT/11/31&format=HTML&aged=0&
language=FR&guiLanguage=en]
629 Expression de Mme BOUZIDI Nachida, Maitre de conférences à l’Ecole Nationale
d’Administration d’Alger. Elle fait allusion à la division internationale du travail, qui divisait le
monde en Nord, industrialisé et riche et un sud pauvre.
345
résultant du partage de l’Afrique en grands ensembles régionaux. La France avait crée d’une
part, l’Afrique Occidentale Française, qui était une fédération des colonies françaises situées
en Afrique de l'Ouest. L’A.O.F comprenait les Etats suivants : la Côte d'Ivoire, la Guinée
française630, le Dahomey631, la Haute-Volta632, la Mauritanie, du Niger et du Sénégal et le
Soudan633, la capitale administrative était à Dakar au Sénégal. Et d’autre part, l’Afrique
Equatoriale Française, qui réunissait les colonies suivantes : le Congo, Gabon, l'Oubangui-
Chari634 et le Tchad, la capitale administrative était située à Brazzaville au Congo.

Le cas français était loin d’être isolé, les Britanniques également avaient regroupés leurs
colonies en un seul ensemble, British West Africa, qui regroupait : la Gambie, la Sierra
Léone, le Nigéria et le British Goald Coast635. Le but de nos propos, n’est certainement pas
de raviver la controverse sur le rôle positif ou négatif de la colonisation, cependant, il faut
« séparer le bon grain de l’ivraie ». Si le colonisateur avait fait le choix de regrouper ces
colonies, sur une assise géographique, c’est parce qu’il tirait des avantages. Grâce à cette
technique, il était aisé de spécialiser les différentes colonisés, dans la production d’une ou de
deux matières premières en fonction de leurs avantages naturels.

En tout état de cause, l’Afrique de l’Ouest sera fédérale ou elle ne le sera pas !

630 Actuel Guinée Conakry


631 Actuel Bénin
632 Actuel Burkina Faso

633 Actuel Mali

634 Actuel République Centrafricaine


635
Actuel Ghana.
346
TABLE DES ANNEXES

I- Traité de la CEDEAO

II- Carte géographique de la CEDEAO

III- Classement des Etats de la CEDEAO en fonction de l’Indice du Développement


Humain

IV- Protocole relatif au mécanisme de prévention, de gestion, de règlement des conflits, de


maintien de la paix et de la sécurité

V- Tableau des actes terroristes d’AQMI

VI- Scénario de la jonction fatale

VII- Scénario de la tenaille infernale

347
ANNEXE I : Traité révisé établissant la CEDEAO

PREAMBULE
Nous, Chefs d'Etats et de Gouvernement des Etats Membres de la Communauté Economique
des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO):
Président de la République du BENIN
Président du BURKINA FASO
Premier Ministre de la République du CAP VERT
Président de la République de COTE D'IVOIRE
Président de la République de GAMBIE
Président de la République du GHANA
Président de la République de GUINEE
Président de la République de GUINEE BISSAU
Président du Gouvernement Intérimaire d'Unité Nationale de la République du LIBERIA
Président de la République du MALI
Président de la République Islamique de MAURITANIE
Président de la République du NIGER
Président de la République Fédérale du NIGERIA
Président de la République du SENEGAL
Chef de l'Etat et Président du Conseil National Provisoire de la République de SIERRA
LEONE
Président de la République TOGOLAISE

Réaffirmant le Traité de la Communauté Economique des Etats de l'Afrique de l'Ouest


(CEDEAO) signé à Lagos le 28 mai 1975 et considérant ses acquis;
Conscients de la nécessité impérieuse d'encourager, de stimuler et d'accélérer le progrès
économique et social de nos Etats dans le but d'améliorer le niveau de vie de nos peuples;
Convaincus que la promotion du développement économique harmonieux de nos Etats
requiert une coopération et une intégration économiques efficaces qui passent essentiellement
par une politique résolue et concertée d'autosuffisance;
Ayant à l’esprit la Charte Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples et la Déclaration de
Principes politiques de la Communauté Economique des Etats de l'Afrique de l'Ouest adoptée
par la Quatorzième Session ordinaire de la Conférence des Chefs d'Etat et de Gouvernement
le 6 juillet 1991 à Abuja;
Convaincus que l'intégration des Etats Membres en une Communauté régionale viable peut
requérir la mise en commun partielle et progressive de leur souveraineté nationale au profit de
la Communauté dans le cadre d'une volonté politique collective;
Reconnaissant de ce fait la nécessité de créer des Institutions communautaires auxquelles
seraient conférées des pouvoirs conséquents;
348
Notant que les formes actuelles de coopération économique bilatérale et multilatérale dans la
région permettent d'espérer une coopération plus étendue ;
Reconnaissant la nécessité de relever ensemble les défis politiques, économiques et
socioculturels actuels et futurs et de mettre en commun les ressources de nos peuples dans le
respect de leur diversité en vue d'une expansion rapide et optimale de la capacité de
production de la région ;
Ayant également à l’esprit le Plan d'Action et l'Acte Final de Lagos d'Avril 1980 prévoyant la
création à l'horizon de l'an 2000 d'une Communauté Economique Africaine basée sur les
communautés économiques régionales existantes et futures.
Vu le Traité instituant la Communauté Economique Africaine signé à Abuja le 3 juin 1991;
Conscients que notre objectif final est le développement économique accéléré et soutenu des
Etats Membres, aboutissant à l'Union économique des pays de l'Afrique de l'Ouest;
Ayant à l’esprit notre Décision A/DEC./10/5/90 du 30 Mai 1990 relative à la mise sur pied
d'un Comité d'Eminentes Personnalités chargé de nous soumettre des propositions en vue de
la révision du Traité ;
Conscients de ce que la révision du Traité répond entre autres objectifs à la nécessité de
s'adapter aux changements qui s'opèrent sur la scène internationale afin d'en tirer un meilleur
profit ;
Considérant également la nécessité pour la Communauté de modifier ses stratégies en vue
d'accélérer le processus d'intégration économique de la Région ;
Décidons de réviser le Traité du 28 Mai 1975 portant création de la Communauté
Economique des Etats de l'Afrique de l'Ouest et CONVENONS en conséquence des
dispositions qui suivent:

CHAPITRE PREMIER. DEFINITIONS


Article 1
Aux fins du présent Traité on entend par :
"Tribunal Arbitral", le Tribunal arbitral de la Communauté créé aux termes de l'Article 16 du
présent Traité;
"Conférence", la Conférence des Chefs d'Etat et de Gouvernement de la Communauté créée
par l'Article 7 du présent Traité;
"Président de la Conférence", le Président en exercice de la Conférence des Chefs d'Etat et de
Gouvernement de la Communauté élu conformément aux dispositions de l'Article 8 (2) du
présent Traité;
"Conseil", le Conseil des Ministres de la Communauté créé par l'Article 10 du présent Traité;

"Commission", les Commissions Techniques Spécialisées créées par l'Article 22 du présent


Traité;
"Communauté", la Communauté Economique des Etats de l'Afrique de l'Ouest viséeà l'Article
2 du présent Traité;
"Citoyen ou citoyens de la Communauté" tout(s) ressortissant(s) d'un Etat Membre
remplissant les conditions fixées par le Protocole portant définition de la citoyenneté de la
349
Communauté; "Cour de Justice", la Cour de Justice de la Communauté créée aux termes de
l'Article 15 du présent Traité;
"Droits à l'importation", les droits de douane et les taxes d'effet équivalent perçus sur les
marchandises à l'importation; "Secrétaire Exécutif, le Secrétaire Exécutif nommé
conformément aux dispositions de l’Article 18 du présent Traité;
"Conseil Economique et Social", le Conseil Economique et social créé par l'Article 14 du
présent Traité;
"Secrétariat Exécutif". le Secrétariat Exécutif créé par l'Article 17 du présent Traité;
"Droits à l'exportation", l'ensemble des droits de douane et taxes d'effet équivalent perçus sur
les marchandises à l'exportation;
"Fonds", le Fonds de Coopération, de Compensation et de Développement créé par l'Article
21 du présent Traité;
"Etat Membre" ou "Etats Membres", un Etat Membre ou des Etats Membres de la
Communauté tels que défini(s) à l'article 2 paragraphe 2; "Barrières non tarifaires", entraves
aux échanges commerciaux constituées par des obstacles autres que les obstacles tarifaires;
"Parlement de la Communauté", le parlement créé par l'Article 13 du présent Traité;
"Protocole", instrument d'application du Traité ayant la même force juridique que ce dernier;
"Région", zone géographique correspondant à l'Afrique de l'Ouest suivant la définition déjà
adoptée dans la Résolution CM/RES.464 (XXVI) du Conseil des Ministres de l'OUA;
"Fonctionnaires Statutaires", le Secrétaire Exécutif, les Secrétaires Exécutifs Adjoints, le
Directeur Général du Fonds, le Directeur Général Adjoint du Fonds, le Contrôleur Financier
et tout autre haut fonctionnaire de la Communauté désigné comme tel par la Conférence ou le
Conseil;
"Pays Tiers" tout Etat autre qu'un Etat Membre;
"Traité", le présent Traité.

CHAPITRE II. CREATION, COMPOSITION, BUTS ET OBJECTIFS, PRINCIPES


FONDAMENTAUX DE LA COMMUNAUTE
Article 2 .Création et composition
1. Par le présent Traité, les Hautes Parties Contractantes réaffirment la création de la
Communauté Economique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) et décident qu'elle
sera à terme la seule Communauté Economique de la Région aux fins de l'intégration
économique et de la réalisation des objectifs de la Communauté Economique Africaine.
2. Les membres de la Communauté, ci-après dénommés "les Etats Membres" sont les Etats
qui ratifient le présent Traité.

Article 3. Buts et objectifs


1. La Communauté vise à promouvoir la coopération et F intégration dans la perspective d'une
Union économique de l'Afrique de l'Ouest en vue d'élever le niveau de vie de ses peuples, de
maintenir et d'accroître la stabilité économique, de renforcer les relations entre les Etats
Membres et de contribuer au progrès et au développement du continent africain.
2. Afin de réaliser les buts énoncés au paragraphe ci-dessus, et conformément aux
dispositions pertinentes du présent Traité, l'action de la Communauté portera par étapes sur:
350
(a) l'harmonisation et la coordination des politiques nationales et la promotion de
programmes, de projets et d'activités, notamment dans les domaines de l'agriculture et des
ressources naturelles, de l'industrie, des transports et communications, de l'énergie, du
commerce, de la monnaie et des finances, de la fiscalité, des réformes économiques, des
ressources humaines, de l'éducation, de l'information, de la culture, de la science, de la
technologie, des services, de la santé, du tourisme, de la justice;
(b) l'harmonisation et la coordination des politiques en vue de la protection de
l'environnement;
(c) la promotion de la création d'entreprises conjointes de production;
(d) la création d'un marché commun à travers :
(i) la libéralisation des échanges par l'élimination entre les Etats Membres, des droits de
douane à l'importation et à l’exportation des marchandises et 1 'abolition entre les Etats
Membres, des barrières non tarifaires en vue de la création d'une zone de libre échange au
niveau de la Communauté;
(ii) l'établissement d'un tarif extérieur commun et d'une politique commerciale commune à
l'égard des pays tiers;
(iii) la suppression entre les Etats Membres des obstacles à la libre circulation des personnes,
des biens, des services et des capitaux ainsi qu'aux droits de résidence et d'établissement;
(e) la création d'une Union économique par l'adoption de politiques communes dans les
domaines de l'économie, des finances, des affaires sociales et culturelles et la création d'une
Union monétaire;
(f) la promotion d'entreprises communes par les organisations du secteur privé et les autres
opérateurs économiques notamment avec la conclusion d'un accord régional sur les
investissements transfrontaliers;
(g) l'adoption de mesures visant à promouvoir l'intégration du secteur privé, notamment la
création d'un environnement propre à promouvoir les petites et moyennes entreprises;
(h) l'instauration d un environnement juridique propice;
(i) l'harmonisation des codes nationaux des investissements aboutissant à l'adoption d'un code
communautaire unique des investissements;
(j) l'harmonisation des normes et mesures;
(k) la promotion d'un développement équilibré de la région en accordant une attention aux
problèmes spécifiques de chaque Etat Membre, notamment à ceux des Etats membres sans
littoral et des Etats Membres insulaires;
(1) la promotion et le renforcement des relations et de la circulation de l'information en
particulier entre les populations rurales, les organisations de femmes et déjeunes, les
organisations socioprofessionnelles telles que les associations des médias, d'hommes et
femmes d'affaires, de travailleurs, déjeunes et de syndicats;
(m) l'adoption d'une politique communautaire en matière de population qui prenne en compte
la nécessité d'établir un équilibre entre les facteurs démographiques et le développement
socio-économique;
(n) la création d'un Fonds de coopération, de compensation et de développement;
(o) toutes autres activités que les Etats Membres peuvent décider d'entreprendre
conjointement à tout moment en vue d'atteindre les objectifs de la Communauté.
351
Article 4. Principes fondamentaux
Les hautes parties contractantes, dans la poursuite des objectifs énoncés à l'Article 3 du
présent Traité affirment et déclarent solennellement leur adhésion aux principes
fondamentaux suivants :
(a) égalité et interdépendance des Etats membres;
(b) solidarité et autosuffisance collective;
(c) coopération inter-Etats, harmonisation des politiques et intégration des programmes;
(d) non-agression entre les Etats Membres;
(e) maintien de la paix, de la sécurité et de la stabilité régionales par la promotion et le
renforcement des relations de bon voisinage;
(f) règlement pacifique des différends entre les Etats Membres, coopération active entre pays
voisins et promotion d'un environnement pacifique comme préalable au développement
économique;
(g) respect, promotion et protection des droits de l'homme et des peuples conformément aux
dispositions de la Charte Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples;
(h) transparence, justice économique et sociale et participation populaire au développement;
(i) reconnaissance et respect des règles et principes juridiques de la Communauté;
(j) promotion et consolidation d'un système démocratique de gouvernement dans chaque
Etat Membre tel que prévu par la Déclaration de Principes Politiques adoptée le 6 juillet 1991
à Abuja.
(k) répartition juste et équitable des coûts et des avantages de la coopération et de l'intégration
économiques.
Article 5. Engagement Général
1. Les Etats Membres s'engagent à créer les conditions favorables à la réalisation des objectifs
de la Communauté; en particulier à prendre toutes mesures requises pour harmoniser leurs
stratégies et politiques et à s'abstenir d'entreprendre toute action susceptible d'en
compromettre la réalisation.
2. Chaque Etat Membre s'engage à prendre toutes mesures appropriées, conformément à ses
procédures constitutionnelles, pour assurer la promulgation et la diffusion des textes
législatifs et réglementaires nécessaires à l'application des dispositions du présent Traité.
3. Chaque Etat Membre s'engage à honorer ses obligations aux termes du présent Traité et à
respecter les décisions et les règlements de la Communauté:
CHAPITRE III. INSTITUTIONS DE LA COMMUNAUTE: CREATION, COMPOSITION
ET
FONCTIONNEMENT
Article 6. Institutions
1. Les institutions de la Communauté sont les suivantes:
(a) La Conférence des Chefs d'Etat et de Gouvernement;
(b) Le Conseil des Ministres;
(c) Le Parlement de la Communauté;
(d) La Conseil Economique et Social de la Communauté;
(e) La Cour de Justice de la Communauté;
(f) Le Secrétariat Exécutif;
352
(g) Le Fonds de Coopération, de Compensation et de Développement;
(h) Les Commissions Techniques Spécialisées;
(i) Toutes autres institutions qui peuvent être créées par la Conférence.
2. Les Institutions de la Communauté exercent leurs fonctions et agissent dans les limites des
pouvoirs qui leur sont conférés par le présent Traité et par les Protocoles y afférents.
Article 7. Conférence des chefs d'Etat et de gouvernement - création, composition et fonctions
1. Il est créé la Conférence des Chefs d'Etat et de Gouvernement des Etats Membres qui est
l'Institution Suprême de la Communauté et qui est composée des (Chefs d'Etat et/ou de
Gouvernement des Etats Membres.
2. La Conférence est chargée d'assurer la direction et le contrôle général de la Communauté et
de prendre toutes mesures nécessaires en vue du développement progressif de celle-ci et de la
réalisation de ses objectifs.
3. Conformément aux dispositions du paragraphe 2 du présent article, la Conférence est
chargée de :
(a) déterminer la politique générale et les principales orientations de la Communauté, donner
des directives, harmoniser et coordonner les politiques économiques, scientifiques,
techniques, culturelles et sociales des Etats Membres;
(b) assurer le contrôle du fonctionnement des Institutions de la Communauté, ainsi que le
suivi de la réalisation des objectifs de celles ci;
(d) nommer le Secrétaire Exécutif conformément aux dispositions de l'article 17 du présent
Traité;
(e) nommer, sur recommandation du Conseil, les Commissaires aux Comptes;
(f) déléguer, le cas échéant, au Conseil le pouvoir de prendre les décisions visées à l'article 9
du présent Traité;
(g) saisir, en cas de besoin, la Cour de Justice de la Communauté lorsqu'elle constate qu'un
Etat Membre n'a pas honoré l'une de ses obligations ou qu'une Institution de la
Communauté a agi en dehors des limites de sa compétence ou a excédé les pouvoirs qui lui
sont conférés par les dispositions du présent Traité, par une décision de la Conférence ou par
un règlement du Conseil;
(h) demander au besoin à la Cour de Justice de la Communauté des avis consultatifs] sur toute
question juridique;
(i ) exercer tout autre pouvoir que lui confère le présent Traité.
Article 8. Sessions
1. La Conférence se réunit en session ordinaire au moins une (1) fois par an. Elle peut être
convoquée en session extraordinaire à l'initiative de son Président ou à la demande d'un Etat
Membre, sous réserve de l'approbation de cette demande par la majorité simple des Etats
Membres.
2. La présidence de la Conférence est assurée chaque année par un Etat Membre élu par la
Conférence.
Article 9. Décisions
1. Les actes de la Conférence sont dénommés décisions.
2. Sauf dispositions contraires du présent Traité ou d'un protocole, les décisions de la

353
Conférence sont prises selon les matières à l'unanimité, par consensus, à la majorité des deux
tiers des Etats Membres.
3. Les matières visées au paragraphe ci-dessus sont définies dans un Protocole. Les décisions
de la Conférence sont adoptées par consensus jusqu'à l'entrée en vigueur dudit protocole.
4. Les décisions de la Conférence ont force obligatoire à l'égard des Etats Membres et des
Institutions de la Communauté, sous réserve des dispositions du paragraphe (3) de l'Article 15
du présent Traité.
5. Le Secrétariat Exécutif est tenu de procéder à la publication des décisions trente (30) jours
après la date de leur signature par le Président de la Conférence.
6. Ces décisions sont exécutoires de plein droit soixante (60) jours après la date de leur
publication dans le Journal Officiel de la Communauté.
7. Chaque Etat membre publie les mêmes décisions dans son Journal Officiel dans les délais
prévus au paragraphe 5.

Article 10. Conseil des Ministres Création, Composition et Fonctions


1. Il est crée un Conseil des Ministres de la Communauté.
2. Le Conseil est formé par le Ministre chargé des Affaires de la CEDEA0 et de tout autre
Ministre de chacun des Etats membres.
3. Le Conseil est chargé d'assurer le bon fonctionnement et le développement de la
Communauté. A cet effet, le Conseil, sauf dispositions contraires du Traité ou d’un protocole:
(a) formule des recommandations à l'intention de la Conférence sur toute action visant la
réalisation des objectifs de la Communauté;
(b) nomme tous les fonctionnaires statutaires autres que le Secrétaire Exécutif;
(c) donne, sur délégation de pouvoir de la Conférence, des directives clans les domaines de
l'harmonisation et de la coordination des politiques d'intégration économique;
(d) fait des recommandations à la Conférence concernant la nomination des Commissaires
aux Comptes;
(e) établit et adopte son règlement intérieur;
(f) approuve l'organigramme et adopte le Statut et le Règlement du personnel de toutes les
Institutions de la Communauté;
(g) approuve les programmes de travail et le budget de la Communauté et de ses Institutions;
(h) demande, en cas de besoin, à la Cour de Justice de la Communauté des consultatifs sur
toute question juridique;
(i) remplit toute autre fonction qui lui est confiée aux termes du présent Traité et exerce tout
pouvoir que lui délègue la Conférence.
Article 11. Réunion
1. Le Conseil se réunit au moins deux fois par an en session ordinaire. L'une de ses sessions
précède immédiatement la session ordinaire de la Conférence. Il peut être convoqué en
session extraordinaire à l'initiative de son Président ou à la demande d'un Etat Membre, sous
réserve de l'approbation de cette demande par la majorité simple des Etats Membres.
2. La présidence du Conseil est assurée par le Ministre chargé des Affaires de la CEDEAO de
l’Etat membre élu président de la Conférence.
Article 12. Règlements
354
1. Les actes du Conseil sont dénommé règlements.
2. Sauf dispositions contraire du présent Traité, les règlements du Conseil sont adoptés selon
les matières, à l’unanimité, par consensus ou à la majorité des deux tiers des Etats
Membres conformément au protocole visé à l’article 9 paragraphe 3 du présent Traité. Les
règlements du Conseil sont adoptés par consensus jusqu’à l’entrée en vigueur dudit Protocole.
3. Les règlements du Conseil ont, de plein droit, force obligatoire à l’égard des Institutions
relevant de son autorité. Ils sont obligatoires à l’égard des Etats Membres après leur
approbation par la conférence. Toutefois, les règlements ont d’office force obligatoire en cas
de délégation de pouvoirs, conformément aux dispositions du paragraphe 3 (f) de l’Article 7
du présent Traité.
4. Ces règlements entrent en vigueur et sont publiés dans les mêmes conditions et délais
stipulés aux paragraphes 5, 6 et 7 de l’Article 9 du présent Traité.
Article 13. Le Parlement de la Communauté
1. Il est créé un Parlement de la Communauté.
2. Le mode d’élection des membres du Parlement de la Communauté, sa composition et ses
attributions, ses pouvoirs et son organisation sont définis dans un Protocole y afférent.
Article 14. Le Conseil Économique et Social
1. Il est crée un Conseil Économique et Social. Ce Conseil a un rôle consultatif et est composé
des représentants des différentes catégories d’activités économiques et sociales.
2. La composition, les attributions et l’organisation du Conseil Economique et Social sont
définies dans un protocole y afférent.
Article 15. La Cour de Justice - Création et Compétence
1. Il est créé une Cour de Justice de la Communauté.
2. Le statut, la composition, les compétences, la procédure et les autres questions concernant
la Cour de Justice sont définis dans le Protocole y afférent.
3. Dans l'exercice de ses fonctions, la Cour de Justice est indépendante des Etats Membres et
des Institutions de la Communauté.
4. Les arrêts de la Cour de Justice ont force obligatoire à l'égard des Etats Membres, des
Institutions de la Communauté, et des personnes physiques et morales.
Article 16. Tribunal Arbitral - Création et Fonctions
1. Il est créé un Tribunal d'arbitrage de la Communauté.
2. Le statut, la composition, les pouvoirs, les régies de procédure et les autres questions
relatives au Tribunal d'arbitrage sont énoncés dans un Protocole y afférent.
Article 17. Le Secrétariat Exécutif - Création et composition
1. Il est créé un Secrétariat Exécutif de la Communauté.
2. Le Secrétariat est dirigé par un Secrétaire Exécutif assisté de Secrétaires Exécutifs
Adjoints ainsi que du personnel nécessaire au bon fonctionnement de la Communauté.
Article 18. Nomination
1. Le Secrétaire Exécutif est nommé par la Conférence pour une période de quatre (4) ans
renouvelable une seule fois pour une autre période de quatre (4) ans. Il ne peut être relevé de
ses fonctions que par la Conférence, sur sa propre initiative ou sur recommandation du
Conseil des Ministres.

355
2. Un Comité de sélection et d'évaluation du rendement des fonctionnaires statutaires procède
à une évaluation parmi les ressortissants des Etats membres auxquels sont attribués les postes
statutaires et propose, dans un ordre de préférence, trois (3) candidats à la Conférence pour
une sélection définitive.
3. Le Secrétaire Exécutif doit être une personne intègre de compétence avérée ayant une
vision globale des problèmes politiques et économiques et d'intégration régionale.
4. (a) Les Secrétaires Exécutifs Adjoints et les autres fonctionnaires statutaires sont nommés
par le Conseil des Ministres sur proposition du Comité ministériel de sélection et d'évaluation
au terme d'une évaluation parmi les trois (3) candidats présentés par les Etats membres
respectifs auxquels les postes sont attribués. Ils sont nommés pour une période de quatre (4)
ans renouvelable une seule fois pour une autre période de quatre (4) ans.
(b) Les vacances de postes sont publiées dans tous les Etats Membres auxquels sont attribués
les postes statutaires.
5. Lors de la nomination du personnel professionnel de la Communauté, il sera dûment tenu
compte en plus des conditions d'efficacité et de compétence technique, d'une répartition
géographique équitable des postes entre les ressortissants de tous les Etats Membres.
Article 19. Attributions
1. Sauf dispositions contraires du présent Traité et des protocoles annexés, le Secrétaire
Exécutif est le principal fonctionnaire exécutif de la Communauté et de toutes ses Institutions.
2. Le Secrétaire Exécutif dirige les activités du Secrétariat Exécutif et est, sauf dispositions
contraires d'un protocole, le représentant légal de l'ensemble des Institutions de la
Communauté.
3. Sans préjudice de l'étendue générale de ses responsabilités, le Secrétaire Exécutif est chargé
de:
(a) l'exécution des décisions de la Conférence et l'application des règlements du Conseil;
(b) la promotion des programmes et projets de développement communautaires ainsi que des
entreprises multinationales de la Région;
(c) la convocation, en cas de besoin, de réunions de Ministres sectoriels pour examiner les
questions sectorielles qui contribuent à la réalisation des objectifs de la Communauté;
(d) l’élaboration des projets de programmes d'activités et de budget de la Communauté et de
la supervision de leur exécution après leur approbation par le Conseil;
(e) la présentation d'un rapport sur les activités de la Communauté à toutes les réunions de la
Conférence et du Conseil;
(f) la préparation des réunions de la Conférence et du Conseil et la fourniture des services
techniques nécessaires ainsi que des réunions des experts et des Commissions techniques;
(g) le recrutement du personnel de la Communauté et la nomination aux postes autres que
ceux des fonctionnaires statutaires conformément au Statut et Règlement du Personnel;
(h) la soumission de propositions et l'élaboration d'études qui peuvent aider au bon
fonctionnement et au développement harmonieux et efficace de la Communauté;
(i) l'élaboration de projets de textes à soumettre à la Conférence ou au Conseil pour
approbation.
Article 20. Rapports entre le personnel de la communauté et les états membres
1. Dans l'accomplissement de leurs fonctions, le Secrétaire Exécutif, les Secrétaires
356
Exécutifs Adjoints et les autres membres du Personnel de la Communauté doivent entière
loyauté à la Communauté et ne rendent compte qu'à elle. A cet égard, ils ne sollicitent ni
n'acceptent d'instructions d'aucun Gouvernement ni d'aucune autorité nationale ou
internationale extérieure à la Communauté. Ils s'abstiennent de toute conduite ou activité
incompatibles avec leur statut de fonctionnaire international.
2. Chaque Etat Membre s'engage à respecter le caractère international du statut du
Secrétaire Exécutif, des Secrétaires Exécutifs adjoints et des autres fonctionnaires de la
Communauté et s'engage à ne pas chercher à les influencer dans l'accomplissement de leurs
fonctions.
3. Les Etats Membres s'engagent à coopérer avec le Secrétariat Exécutif et les autres
Institutions de la Communauté et à les aider dans l'accomplissement des fonctions qui leur
sont dévolues en vertu du présent Traité.
Article 21. Fonds de Coopération, de Compensation et de Développement - Statut et
Attributions
1. II est créé un Fonds de Coopération, de Compensation et de Développement de la
Communauté.
2. Le statut, les objectifs et les attributions du Fonds sont définis dans le protocole y afférent.
Article 22. Les commissions techniques création et composition
1. Sont créées les Commissions Techniques suivantes :
(a) Alimentation et Agriculture;
(b) Industrie, Science et Technologie, et Energie;
(c) Environnement et Ressources Naturelles;
(d) Transports, Communications et Tourisme;
(e) Commerce, Douanes, Fiscalité, Statistique, Monnaie et Paiements;
(f) Affaires Politiques, Judiciaire et juridique, Sécurité régionale et Immigration;
(g) Ressources Humaines, Information, Affaires Sociales et Culturelles,
(h) Administration et Finances.
2. La Conférence peut, si elle le juge nécessaire, restructurer les Commissions existantes ou
en créer de nouvelles.
3. Chaque Commission comprend des représentants de chacun des Etats Membres.
4. Chaque Commission peut, si elle le juge nécessaire, créer pour l'aider dans
l'accomplissement de ses fonctions, des Sous-commissions dont elle détermine la

Article 23. Attributions


Dans son domaine de compétence, chaque Commission a pour mandat :
(a) de préparer des projets et programmes communautaires, et de les soumettre à l'approbation
du Conseil par l'intermédiaire du Secrétariat Exécutif, soit sur sa propre initiative, soit à la
demande du Conseil ou du Secrétaire Exécutif;
(b) d'assurer l'harmonisation et la coordination des projets et programmes communautaires;
(c) de suivre et faciliter l'application des dispositions du présent Traité et des protocoles
relevant de son domaine de compétence;
(d) d'accomplir toute autre tâche qui pourrait lui être confiée en application des dispositions
du présent Traité.
357
Article 24. Réunions
Sous réserve des directives qui peuvent être données par le Conseil, chaque Commission se
réunit aussi souvent que nécessaire. Elle établit son Règlement Intérieur qu'elle soumet au
Conseil pour approbation.
CHAPITRE IV. COOPERATION EN MATIERE D'ALIMENTATION ET
D'AGRICULTURE
Article 25. Développement agricole et sécurité alimentaire
1. Les Etats Membres conviennent de coopérer en vue de développer l'agriculture, la
sylviculture, l'élevage et la pêche, dans le but d'assurer :
(a) la sécurité alimentaire;
(b) l'accroissement de la production et de la productivité de l'agriculture, de l'élevage, de la
pêche et des ressources forestières ainsi que l'amélioration des conditions de travail et la
création d'emplois dans les zones rurales;
(c) la valorisation des productions agricoles par la transformation sur place des produits
d'origines végétale et animale; et
(d) la protection du cours des produits d'exportation sur le marché international.
2. A cet effet, et en vue de promouvoir l'intégration des structures de production, les Etats
Membres s'engagent à coopérer dans les domaines suivants :
(a) la production des intrants agricoles : engrais, pesticides, semences sélectionnées, machines
et équipements agricoles et produits vétérinaires;
(b) la mise en valeur des bassins fluviaux et lacustres;
(c) le développement et la protection des ressources marines et halieutiques;
(d) a protection des espèces végétales et animales;
(e) l'harmonisation des stratégies et des politiques de développement agricole notamment les
politiques de fixation et de soutien de prix en ce qui concerne la production et la
commercialisation des produits agricoles essentiels et des intrants;

(f) l'harmonisation des politiques de sécurité alimentaire en accordant une attention


particulière:
(i) à la réduction des pertes dans la production alimentaire;
(ii) au renforcement des institutions existantes en matière de gestion des calamités naturelles
et de lutte contre les maladies des animaux et des plantes;
(iii) à la conclusion d'accords au niveau régional en matière de sécurité alimentaire;
(iv) à la fourniture d'assistance alimentaire aux Etats Membres en cas de pénurie grave;
(g) à l'établissement d'un système d'alerte précoce communautaire;
(h) à l'adoption d'une politique agricole commune notamment dans les domaines de la
recherche, de la formation, de la production, de la conservation, de la transformation et de la
commercialisation des produits de l'agriculture, de la sylviculture, de l'élevage et de la pêche.
CHAPITRE V. COOPERATION EN MATIERE D'INDUSTRIE, DE SCIENCE ET
TECHNOLOGIE, ET D'ENERGIE
Article 26. Industrie
1. Les Etats membres conviennent d'harmoniser leurs politiques d'industrialisation en vue de
la promotion du développement industriel régional et de l'intégration de leurs économies.
358
2. A cet effet, ils s'engagent à :
(a) renforcer la base industrielle de la Communauté, moderniser les secteurs prioritaires,
favoriser la réalisation d'un développement auto-entretenu et auto suffisant;
(b) promouvoir des projets industriels conjoints ainsi que la création d'entreprises
multinationales dans les sous-secteurs industriels prioritaires susceptibles de contribuer au
développement de l'agriculture, des transports et communications, des ressources naturelles et
de l'énergie.
3. Afin de créer une base solide pour l’industrialisation et de promouvoir l'autonomie
collective, les Etats Membres s'engagent à :
(a) assurer d'une part le développement des industries essentielles pour l'autonomie collective
et d'autre part la modernisation des secteurs économiques prioritaires notamment:
(i) industries alimentaires et agro-industries;
(ii) industries du bâtiment et de la construction;
(iii) industries métallurgiques;
(iv) industries mécaniques;
(v) industries électriques, électroniques et informatiques;
(vi) industries pharmaceutiques, chimiques et pétrochimiques;
(vii) industries forestières;
(viii) industries énergétiques;
(ix) industries textiles et du cuir;
(x) industries des transports et des communications;

(xi) industries biotechnologiques.


(xii) industries touristiques et culturelles.
(b) accorder la priorité et encourager la création et le renforcement de projets industriels
publics et privés à caractère multinational et intégrateur;
(c) assurer le développement des petites et moyennes industries en vue notamment de
promouvoir la création d'emplois dans les Etats membres;
(d) promouvoir les industries intermédiaires qui ont des liens importants avec l'économie, en
vue d'accroître les composantes locales du rendement industriel au sein de la Communauté;
(e) élaborer des plans directeurs régionaux pour la création d'industries en l'occurrence celles
dont le coût de réalisation et le volume de production dépassent les seules capacités nationales
de financement et d'absorption;
(f) encourager la création d'institutions spécialisées pour le financement de projets industriels
multinationaux ouest africains;
(g) faciliter la mise en place d'entreprises multinationales ouest africaines et encourager les
entrepreneurs ouest africains dans le processus d'industrialisation régionale;
(h) stimuler le commerce et la consommation des produits industriels stratégiques
manufacturés dans les Etats Membres;
(i) promouvoir la coopération technique et les échanges d'expériences dans le domaine de la
technologie industrielle et entreprendre des programmes de formation technique dans les Etats
Membres;

359
(j) établir une banque de données et d'informations statistiques pour soutenir le
développement industriel aux niveaux régional et continental;
(k) promouvoir une spécialisation industrielle en tenant compte des richesses en ressources
naturelles en vue d'accroître la complémentarité entre les économies des Etats Membres et
d'élargir la base des échanges intracommunautaires;
(1) adopter des normes communes et des systèmes de contrôle de qualité adéquats.
Article 27. Science et technologie
1. Les Etats Membres conviennent de :
(a) renforcer les capacités scientifiques et technologiques afin de réaliser la transformation
socio-économique nécessaire à l'amélioration de la qualité de vie de leurs populations,
particulièrement celles des zones rurales;
(b) assurer une application appropriée de la science et de la technologie au développement de
l' agriculture, des transports et des communications, de l' industrie, de la santé et de l'hygiène,
de l'énergie, de l'éducation et des ressources humaines ainsi qu'à la préservation de
l'environnement;
(c) réduire leur dépendance et promouvoir leur autonomie individuelle et collective dans le
domaine de la technologie;
(d) coopérer en matières de développement, d'acquisition et de vulgarisation de technologies
appropriées;
(e) renforcer les institutions de recherche scientifique existantes et prendre toutes mesures
requises pour élaborer et mettre en oeuvre des programmes conjoints de recherche
scientifiques et de développement technologique.
2. Dans le cadre de cette coopération, les Etats Membres s'engagent à:
(a) harmoniser au niveau communautaire leurs politiques nationales relatives à la recherche
scientifique et technologique en vue de faciliter leur intégration dans les plans nationaux de
développement économique et social;
(b) coordonner leurs programmes dans les domaines de la recherche appliquée, de la
recherche o développement et des services scientifiques et technologiques;
(c) harmoniser d'une part, leurs plans nationaux de développement technologique en mettant
un accent particulier sur les technologies endogènes et adaptées et, d'autre part, leurs
réglementations en matière de priorité industrielle et de transfert de technologie;
(d) coordonner leurs positions sur les questions scientifiques et techniques faisant l'objet de
négociations internationales;
(e) procéder à un échange d'informations et de documentation et créer des réseaux et des
banques de données communautaires;
(f) élaborer des programmes communs de formation de cadres scientifiques et techniques, y
compris la formation et le perfectionnement de la main-d’œuvre qualifiée;
(g) promouvoir les échanges de chercheurs et de spécialistes entre les Etats Membres en vue
d'utiliser pleinement les compétences techniques disponibles dans la Communauté;
(h) harmoniser les systèmes éducatifs en vue de mieux adapter les programmes
d'enseignement et de formation scientifiques et techniques aux besoins de développement
spécifiques à l'environnement ouest africain.
Article 28. Energie
360
1. Les Etats Membres conviennent de coordonner et d'harmoniser leurs politiques et
programmes dans les domaines de l'énergie.
2. A cet effet, ils s'engagent à :
(a) mettre effectivement en valeur les ressources énergétiques de la région;
(b) mettre en place des mécanismes de coopération appropriées en vue de garantir leur
approvisionnement régulier en hydrocarbures;
(c) promouvoir le développement des énergies nouvelles et renouvelables notamment
l'énergie solaire dans le cadre de la politique de diversification des sources d'énergie;
(d) harmoniser leurs plans nationaux de développement énergétique en recherchant
notamment l'interconnexion des réseaux de distribution d'électricité;
(e) concevoir une politique énergétique commune, particulièrement en matière de recherche,
d'exploitation, de production et de distribution;
(f) créer un mécanisme de concertation et de coordination permettant de résoudre en commun
les problèmes que pose le développement énergétique au sein de la Communauté, notamment
ceux relatifs au transport de l'énergie, à l'insuffisance de cadres et techniciens qualifiés ainsi
qu'à la pénurie de moyens financiers pour la réalisation de leurs projets énergétiques.
CHAPITRE VI. COOPERATION EN MATIERE D'ENVIRONNEMENT ET DE
RESSOURCES NATURELLES
Article 29. Environnement
1. Les Etats Membres s'engagent à protéger, préserver et améliorer l'environnement naturel de
la Région et coopérer en cas de désastre naturel.
2. A cet effet, ils adoptent aux plans nationaux et régionaux, des politiques, stratégies et
programmes et créent des institutions appropriées pour protéger et assainir l'environnement,
lutter contre l'érosion, la déforestation, la désertification, les périls acridiens et les autres
fléaux.
Article 30. Déchets toxiques et nocifs
1. Les Etats Membres s'engagent individuellement et collectivement à prendre toutes les
mesures nécessaires pour interdire l'importation, le transit, le dépôt et l'enfouissement de
déchets toxiques et nocifs sur leurs territoires respectifs.
2. Ils s'engagent en outre à adopter toutes les mesures requises en vue de la création d'un
système régional de surveillance pour empêcher l'importation, le transit, le dépôt et
l'enfouissement de déchets toxiques et nocifs dans la région.
Article 31. Ressources naturelles
1. Les Etats Membres conviennent d'harmoniser et de coordonner leurs politiques et
programmes dans le domaine des ressources naturelles.
2. A cet effet, ils s'engagent à :
(a) chercher à approfondir les connaissances et entreprendre une évaluation de leurs
potentialités en ressources naturelles;
(b) améliorer les méthodes de fixation des prix et de commercialisation des matières
premières par une politique concertée;
(c) échanger des informations sur la prospection, l'établissement de cartes, la production et la
transformation des ressources minérales ainsi que la prospection, l'exploitation et la
distribution des ressources en eau;
361
(d) coordonner leurs programmes de développement et d'utilisation des ressources minérales
et Halieutiques;
(e) promouvoir des relations inter-industrielles verticales et horizontales susceptibles d'être
tissées entre les industries des Etats Membres au cours de l'exploitation de ces ressources;
(f) promouvoir la formation continue de la main d'oeuvre qualifiée; élaborer et mettre en
oeuvre des programmes conjoints de formation et de perfectionnement à l'intention des cadres
afin de développer les ressources humaines et les capacités technologiques appropriées
requises pour l'exploration, l'exploitation et la transformation des ressources minérales et
halieutiques;
(g) coordonner leurs positions dans toutes négociations internationales sur les matières
premières;
(h) mettre au point un système de transfert des connaissances et d'échanges de données
scientifiques, techniques et économiques en matière de télédétection entre les Etats Membres.

CHAPITRE VII. COOPERATION DANS LES DOMAINES DES TRANSPORTS, DES


COMMUNICATIONS ET
DU TOURISME
Article 32. Transports et communications
1. En vue d'assurer l'intégration harmonieuse de leurs infrastructures physiques et
d'encourager et de faciliter les mouvements de personnes, de biens et de services au sein de la
Communauté, les Etats Membres s'engagent à :
(a) élaborer une politique commune en matière de transports et de communications ainsi que
des lois et règlements y afférents;
(b) développer au sein de la Communauté un vaste réseau de routes praticables en toutes
saisons tout en accordant la priorité aux routes inter-Etats;
(c) élaborer des plans visant à améliorer et à assurer l'intégration des réseaux ferroviaires et
routiers de la Région;
(d) élaborer des programmes en vue de l'amélioration des services de cabotage et des voies
navigables inter-Etats ainsi que de l'harmonisation des politiques en matière de transports et
de desserte maritimes;
(e) coordonner leurs points de vue dans les négociations internationales en matière de
transports maritimes;
(f) encourager la coopération en ce qui concerne la programmation des vols, la location des
avions, l'octroi et l'exploitation en commun de la cinquième liberté aux compagnies aériennes
de la région.
(g) promouvoir le développement des services régionaux de transports aériens et encourager
la fusion des compagnies aériennes nationales afin de renforcer leur efficacité et leur
rentabilité;
(h) faciliter la mise en valeur des ressources humaines grâce à l'harmonisation et à la
coordination de leurs politiques et programmes nationaux de formation dans le domaine des
transports en général et dans le domaine des transports aériens en particulier;

362
(i) œuvrer en vue de la normalisation des équipements utilisés au niveau des transports et des
communications et pour la mise en place d'infrastructures communes de production, de
maintenance et de réparation.
2. Les Etats Membres s'engagent également à encourager la création et la promotion
d'entreprises conjointes communautaires dans les domaines des transports et des
communications.
Article 33. Postes et télécommunications,
1. Dans le domaine des services postaux, les Etats Membres s'engagent à:
(a) promouvoir une collaboration plus étroite entre leurs administrations postales;
(b) assurer au sein de la Communauté des services postaux efficaces, plus rapides et plus
fréquents;
(c) harmoniser l'acheminement du courrier;
2. Dans le domaine des Télécommunications, les Etats Membres s'engagent à:
(a) développer, moderniser, coordonner et normaliser les réseaux nationaux de
télécommunications en vue de permettre une interconnexion fiable entre les Etats Membres;
(b) réaliser rapidement la partie Ouest-Africaine du réseau panafricain de
télécommunications;
(c) coordonner les efforts pour assurer le fonctionnement et la maintenance de la partie
ouest-africaine du réseau panafricain de télécommunications et mobiliser les ressources
financières aux niveaux national et international.
3. Afin d'atteindre les objectifs énoncés au présent article, les Etats Membres s'engagent
également à encourager la participation du secteur privé dans la prestation des services
postaux et de télécommunications.
Article 34. Tourisme
1. En vue d'assurer un développement harmonieux et viable du tourisme au sein de la
Communauté, les Etats Membres s'engagent à:
(a) renforcer la coopération régionale en matière de tourisme notamment par:
(i) la promotion du tourisme intracommunautaire en facilitant la circulation des voyageurs et
des touristes;
(ii) l'harmonisation et la coordination des politiques, plans et programmes de développement
touristique;
(iii) l'harmonisation des réglementations applicables aux activités touristiques ci hôtelières;
(iv) l'établissement d'un cadre de référence communautaire pour les statistiques du tourisme;
(v) la promotion conjointe de produits touristiques représentatifs des valeurs socioculturelles
et naturelles de la Région.
(b) encourager la création d'entreprises touristiques efficaces qui répondent aux besoins des
populations de la région et des touristes étrangers par:
(i) l'adoption de mesures visant à susciter des investissements dans le domaine touristique et
hôtelier;
(ii) l'adoption de mesures destinées à encourager la création dans les Etats membres
d'associations professionnelles du tourisme et de l'hôtellerie;
(iii) la mise en valeur des ressources humaines au service du tourisme dans la région:

363
(iv) le renforcement ou la création au besoin d'institutions de formation touristique à vocation
régionale.
(c) éliminer toutes mesures ou pratiques discriminatoires à l'égard des ressortissants de la
Communauté en matière de prestations touristiques et hôtelières.

CHAPITRE VIII. COOPERATION DANS LES DOMAINES DU COMMERCE DES


DOUANES, DE LA
FISCALITE, DES STATISTIQUES, DE LA MONNAIE ET DES PAIEMENTS
Article 35. Libéralisation des échanges commerciaux
A partir du 1er janvier 1990 tel que prévu à l'Article 54 du présent Traité, il est
progressivement établi au cours d'une période de dix (10) ans, une Union douanière entre les
Etats Membres. Au sein de cette Union, les droits de douane et les autres taxes d'effet
équivalent, frappant les importations de produits originaires de la Communauté sont éliminés.
Les restrictions quantitatives ou similaires et les interdictions de nature contingentaire ainsi
que les obstacles administratifs au commerce entre les Etats Membres sont également
éliminés.
En outre, il est instauré et mis régulièrement à jour un tarif extérieur commun en ce qui
concerne tous les produits importés dans les Etats Membres et en provenance des pays tiers.
Article 36. Droits de douanes
1. A l'exception des droits et taxes prévus à l'article 39, les Etats Membres réduisent et
finalement éliminent les droits et les autres taxes d'effet équivalent perçus à l'importation de
produits admis au bénéfice du régime tarifaire de la Communauté prévu à l'article 38 du
présent Traité. Ces droits et autres taxes sont ci après dénommés "droits à l'importation".
2. Les produits du cru et de l'artisanat traditionnel originaires des Etats Membres de la
Communauté ne sont soumis à aucun droit à l'importation ci à aucune restriction quantitative
au sein de la région. L'importation de ces produits à l'intérieur de la Communauté ne fait pas
l'objet d'une compensation pour perle de recettes.
3. Les Etats Membres s'engagent à éliminer les droits à l'importation sur les produits
industriels admis au bénéfice du régime tarifaire préférentiel conformément aux décisions de
la Conférence et au Conseil relatives à la libéralisation des échanges intra-communautaires
des produits industriels.
4. La Conférence peut, à tout moment, sur recommandation du Conseil, décider que tout droit
à l'importation soit réduit plus rapidement ou supprimé plus tôt que prévu aux termes de
décisions ou instruments adoptés antérieurement. Toutefois, au moins un (1) an avant la date à
laquelle cette réduction ou suppression entre en vigueur, le Conseil examine la question de
savoir si cette réduction ou suppression doit s'appliquer à une partie ou à la totalité des
produits et à certains ou à tous les Etats Membres. Le Conseil présente le résultat de cet
examen à la Conférence pour décision.
Article 37. Tarif extérieur commun
1. Les Etats Membres conviennent de l'établissement progressif d'un tarif extérieur commun
en ce qui concerne tous les produits importés dans les Etats Membres et en provenance de
pays tiers, conformément au calendrier proposé par la Commission Commerce, Douanes,
Fiscalité, Statistiques, Monnaie et Paiements.
364
2. Les Etats Membres s'engagent à supprimer, conformément à un programme devant être
recommandé par la Commission Commerce, Douanes, Statistiques, Fiscalité, Monnaie et
paiements, les différences qui existent entre leurs tarifs douaniers extérieurs.
3. Les Etats Membres s'engagent à appliquer la nomenclature douanière et statistique
commune adoptée par le Conseil.
Article 38. Régime tarifaire de la communauté
1. Conformément aux dispositions du présent Traité, sont admises au bénéfice du régime
tarifaire de la Communauté les marchandises qui sont expédiées du territoire d'un Etat
Membre vers le territoire de l'Etat Membre importateur et qui sont originaires de la
Communauté.
2. Les règles régissant les produits originaires de la Communauté sont celles contenues dans
les Protocoles et Décisions adoptés par la communauté en la matière.
3. La Commission Commerce, Douanes, Statistiques, Fiscalité, Monnaie et Paiements
examine périodiquement les amendements qui peuvent être apportés aux règles visées au
paragraphe 2 du présent article pour les rendre plus simples et plus libérales. Pour assurer
l'application satisfaisante et équitable de ces règles, le Conseil peut les amender en cas de
besoin.
Article 39. Déséquilibre du commerce
1. Conformément aux dispositions du présent article, le commerce est déséquilibré lorsque:
(a) les importations d'un produit particulier par un Etat Membre en provenance d'un autre
Etat Membre augmentent:
(i) en raison de la réduction ou de la suppression des droits et taxes sur ce produit;
(ii) parce que les droits et taxes imposes par l'Etat Membre exportateur sur les importations de
matières premières utilisées pour la fabrication du produit concerné sont plus bas que les
droits et taxes correspondants imposés par l'Etat Membre importateur;
(b) cette augmentation des importations cause ou risque de causer un préjudice grave à la
fabrication de ce produit par l'Etat Membre importateur.
2. Le Conseil examine la question du déséquilibre commercial et de ses causes. Il prend les
décisions nécessaires en vue d'agir sur les causes de ce déséquilibre.
3. En cas de déséquilibre du commerce au détriment d'un Etat Membre résultant d’une
réduction ou suppression abusives des droits et taxes opérées par un autre Etat Membre, le
Conseil se saisit de la question et l'examine en vue d'une solution équitable.
Article 40. Droits fiscaux d'entrée et imposition intérieure
1. Les Etats Membres s'engagent à ne pas appliquer directement ou indirectement aux
marchandises importées de tout Etat Membre des charges fiscales supérieures à celles qui
frappent des marchandises nationales similaires ou à percevoir ces charges de façon à assurer
une protection effective aux produits locaux.
2. Les Etats Membres éliminent au plus tard quatre (4) ans après le démarrage du schéma de
libéralisation des échanges visé à l'article 54 du présent. Traité tous les droits et taxes internes
en vigueur qui sont destinés à protéger les produits nationaux. Dans le cas où, en raison des
obligations d'un accord conclu par un Etat Membre celui-ci se trouve dans l'impossibilité de
se conformer aux dispositions du présent article, cet Etat Membre notifie ce fait au Conseil et
s'engage à ne pas proroger ni renouveler cet accord à son expiration.
365
3. Les Etats Membres éliminent progressivement tous droits fiscaux d'entrée destinés à la
protection des produits locaux au plus tard à la fin de la période pour l'application du schéma
de libéralisation des échanges visée à l'article 54 du présent Traité.
4. Les Etats Membres s'engagent à être liés par les droits d'entrée consolidés reproduits dans
le Tarif Douanier de la CEDEAO en vue de la libéralisation des échanges au sein de la
Communauté.
5. Les Etats membres s'engagent à éviter la double imposition des citoyens de la
Communauté et à se prêter mutuellement assistance pour lutter contre la fraude fiscale
internationale.
Article 41. Restrictions quantitatives sur les produits originaires de la communauté
1. A l'exception des dispositions qui peuvent être prévues ou autorisées par le présent
Traité, chaque Etat Membre s'engage à assouplir progressivement et à éliminer totalement
dans un délai maximum de quatre (4) ans après le démarrage du schéma visé à l'article 54,
toutes restrictions ou interdictions de nature contingentai, quantitative et assimilée qui
s'appliquent à l'importation dans cet Etat de marchandises originaires d'autres Etats Membres
et à ne pas imposer plus tard d'autres restrictions ou interdictions.
Dans le cas où, en raison des obligations d’un accord conclu par un Etat membre, celui-ci se
trouve dans l'impossibilité de se conformer aux dispositions du présent article, cet Etat
membre notifie ce l'ait au Conseil et s'engage à ne pas proroger ni renouveler cet accord à son
expiration.
2. La Conférence peut à tout moment, sur recommandation du Conseil, décider que toutes
restrictions ou interdictions de nature contingentaire, quantitative et assimilée seront
assouplies plus rapidement ou supprimées plus tôt que prévu au paragraphe 1 du présent
article.
3. Un Etat membre peut, après notification aux Etats Membres et au Secrétariat Exécutif de
son intention d'agir ainsi, introduire, maintenir ou appliquer des restrictions ou interdictions
concernant:
(a) l'application des lois et règlements sur la sécurité;
(b) le contrôle des armes, des munitions et de tous autres équipements militaires et matériels
de guerre;
(c) la protection de la santé ou de la vie des hommes, des animaux ou des plantes ou la
protection de la moralité publique;
(d) le transfert de l'or, de l'argent et des pierres précieuses cl semi-précieuses;
(e) la protection des patrimoines artistiques et culturels;
(f) le contrôle des stupéfiants, des déchets toxiques et nocifs, des matériaux nucléaires des
produits radioactifs ou de tous autres matériaux utilisés dans le développement ou
l'exploitation de l'énergie nucléaire:
4. Les Etats Membres n'exercent pas le droit d'introduire ou de continuer de maintenir des
restrictions c: interdictions reconnues par le paragraphe (3) du présent Article, de façon à faire
obstacle à la libre circulation des marchandises envisagées au paragraphe 1 du présent article.
Article 42. Dumping
1. Les Etats Membres s'engagent à empêcher la pratique du dumping de marchandises au sein
de la Communauté.
366
2. Conformément au présent article, "dumping" signifie le transfert de marchandises
originaires d'un Etat Membre dans un autre Etat Membre pour la vente:
(a) à un prix inférieur au prix comparable pratiqué pour des marchandises similaires dans
l'Etat Membre d'où proviennent ces marchandises (toute considération étant faite des
différences de conditions de vente et de taxation ou de tout autre facteur affectant la
comparaison des prix); et
(b) dans des conditions susceptibles de porter atteinte à la production de marchandises
similaires dans cet Etat Membre.
3. En cas de présomption de dumping, 1' Etat Membre importateur saisit le conseil pour
arbitrage.
4. Le Conseil examine la question et prend les décisions appropriées en vue d'agir sur les
causes du dumping.
Article 43. Traitement de la nation la plus favorisée
1. Les Etats Membres s'accordent, dans le cadre des échanges commerciaux mutuels, le
traitement de la nation la plus favorisée. En aucun cas les concessions tarifaires consenties à
un pays tiers par un Etat Membre ne peuvent être plus favorables que celles qui sont
appliquées en vertu du présent Traité.
2. Aucun accord conclu entre un Etat Membre et un pays tiers prévoyant l'octroi de
concessions tarifaires ne doit porter atteinte aux obligations qui incombent à cet Etat membre
en vertu du présent Traité.
3. Le texte des accords visés au paragraphe 2 du présent article est communiqué au Secrétariat
Exécutif par les Etats Membres qui y sont parties.
Article 44. Législation interne
Les Etats Membres s'engagent à ne pas adopter des textes législatifs et réglementaires qui
impliquent une discrimination directe ou indirecte à l'égard de produits identiques ou
similaires des autres Etats Membres.
Article 45. Réexportation de marchandises et facilites de transit
1. Lorsque des droits de douane ont été imposés et perçus sur des marchandises importées
d'un pays tiers par un Etat Membre, la réexportation de ces marchandises vers un autre Etat
Membre, est réglementée par les dispositions du protocole relatif à la réexportation des
marchandises au sein de la Communauté.
2. Chaque Etat membre, conformément aux régies internationales et à la convention de la
CEDEAO sur le Transit Routier Inter-Etats de marchandises, accorde la liberté totale de
transit sur son territoire aux marchandises en provenance ou à destination d'un pays tiers et ce
transit n'est soumis à aucune discrimination, restriction quantitative, droit ou autre frappant le
transit.

3. Nonobstant les dispositions du paragraphe 2 du présent article:


(a) les marchandises en transit sont soumises à la réglementation douanière;
(b) il est appliqué aux marchandises en transit les charges habituellement perçues au titre du
transport et des services rendus à condition que ces charges ne soient pas discriminatoires et
qu'elles soient conformes aux règles internationales de transit.

367
4. Lorsque des marchandises sont importées dans un Etat Membre en provenance d'un pays
tiers, tout autre Etat Membre est libre de réglementer le transfert sur son territoire de ces
marchandises soit par un régime de licence soit par le contrôle des importations ou par tout
autre moyen.
5. Les dispositions du paragraphe 4 du présent article s'appliquent aux marchandises qui,
conformément aux dispositions de l'article 38 du présent Traité, ne sont pas considérées
comme originaires d'un Etat Membre.
Article 46. Réglementation et coopération douanières
Les Etats Membres, sur avis de la Commission Commerce Douanes, Statistiques, Fiscalité,
Monnaie et Paiements et conformément aux dispositions de la Convention d'Assistance
mutuelle Administrative en matière de Douane, prennent toutes mesures utiles en vue
d'harmoniser leurs règlements et formalités de douane pour assurer l'application effective des
dispositions du présent chapitre et pour faciliter la circulation des biens et des services
franchissant leurs frontières.
Article 47. Drawback
1. L'admission au bénéfice du régime tarifaire de la Communauté des marchandises faisant
l'objet d'une demande de ristourne des droits de douane ou qui ont bénéfice d'une telle
ristourne lors de leur exportation de l'Etat où elles ont subi la dernière étape de production,
fera l'objet d'un protocole annexe.
2. Conformément au présent article:
(a) on entend par "drawback", toute disposition y compris l'admission temporaire en
franchise, en vue du remboursement total ou partiel des droits de douane applicables aux
matières premières importées, à la condition que cette disposition permette effectivement un
tel remboursement ou une telle ristourne, lorsque les marchandises sont exportées mais non si
elles sont destinées à la consommation interne;
(b) "Ristourne" comprend l'exemption des droits accordés aux marchandises importées dans
des ports francs, zones franches ou autres lieux qui jouissent de privilèges douaniers
similaires;
(c) "Droit" signifie droits de douane et toutes autres taxes d'effet équivalent grevant les
marchandises importées, à l'exception de l'élément non protecteur contenu dans ces droits ou
taxes.
Article 48. Compensation pour perte de recettes
1. Le Conseil, sur rapport du Secrétaire Exécutif et sur recommandation de la Commission,
Commerce, Douanes, Statistiques, Fiscalité, Monnaie et Paiements décide des compensations
à accorder à un Etat membre qui a subi une perte de recettes à l'importation par suite de
l'application du présent chapitre.
2. Outre les compensations à verser aux Etats membres qui subissent des pertes de recettes en
raison de l'application du présent chapitre, le Conseil recommande des mesures visant à
promouvoir les capacités de production et d'exportation de ces pays afin de mieux lire
avantage de la libéralisation des échanges.
3. Le mode d'évaluation des pertes de recettes ainsi que la procédure de compensation sont
tels que fixés dans le protocole relatif à l'évaluation des pertes de recettes.
Article 49. Clauses de sauvegarde et d'exception
368
1. Dans le cas où des perturbations sérieuses se produisent dans l'économie d'un Etat
Membre par suite de l'application des dispositions du présent chapitre, l'Etat Membre
concerné peut après en avoir informé le Secrétaire Exécutif et les Etats Membres, prendre des
mesures de sauvegarde appropriées en attendant que le Conseil statue.
2. Ces mesures ne peuvent demeurer en vigueur que pendant un délai maximum d'un (1) an.
Elles ne peuvent être prorogées au delà de ce délai que sur décision du Conseil.
3. Tant que ces mesures sont en vigueur, le conseil examine la façon dont elles sont
appliquées.
Article 50. Promotion des échanges commerciaux
1. Les Etats Membres s'engagent à entreprendre, à travers leurs secteurs publics et privés, la
promotion des échanges commerciaux par des actions telles que:
(a) encourager l'utilisation des matières premières, des biens et des facteurs de production
ainsi que des produits finis en provenance de la Communauté;
(b) participer périodiquement aux foires commerciales sectorielles, aux foires commerciales
régionales ainsi qu'aux autres activités similaires.
2. Au niveau régional, la Communauté s'engage à promouvoir les échanges commerciaux par
:
(a) l'organisation sur une base régulière d'une foire commerciale régionale de la
CEDEAO;
(b) l'harmonisation de la programmation des foires nationales et des manifestations similaires;
(c) la mise en place d'un réseau intra-communautaire d'informations commerciales;
(d) l'étude des tendances de l'offre et de la demande dans les Etats Membres et la diffusion des
résultats de cette étude au sein de la Communauté;
(c) la promotion de la diversification des marchés de l'Afrique de l'Ouest et la
commercialisation des produits de la Communauté;
(f) la prise de mesures favorables à l'amélioration des termes de l'échange pour les produits
ouest africains et une plus grande facilité d'accès des marchés internationaux pour les produits
de la Communauté;
(g) la participation, le cas échéant, en tant que groupe à des négociations internationales
organisées dans le cadre du GATT, de la CNUCED ou de toute autre instance de négociation
commerciale.
Article 51. Monnaies, finances et paiements
En vue de promouvoir l'intégration monétaire et financière, de favoriser les échanges intra-
communautaires des biens et services et d'assurer la réalisation de l'objectif visé par la
Communauté à savoir la création d'une Union Monétaire, les Etats Membres s'engagent à:
(a) étudier l'évolution de la situation monétaire et financière dans la région;
(b) harmoniser leurs politiques dans les domaines monétaire, financier et des paiements;
(c) faciliter la libéralisation des paiements des transactions intra-régionales et, comme mesure
intérimaire, assurer la convertibilité limitée des monnaies;
(d) promouvoir le rôle des banques commerciales dans le financement des échanges intra-
communautaires;
(e) renforcer le système multilatéral de compensation des paiements entre les Etats Membres
et assurer l'établissement d'un mécanisme de crédit et de garantie;
369
(f) Prendre les mesures nécessaires pour promouvoir l'action de 1 ' Agence Monétaire de
l'Afrique de l'Ouest (AMAO) en vue d'assurer la convertibilité des monnaies et de créer une
zone monétaire unique;
(g) créer une Banque Centrale Communautaire et une monnaie commune;
Article 52. Comité des banques centrales de l'Afrique de l'ouest
1. Il est créé un Comité des Banques Centrales de l'Afrique de l'Ouest, composé des
Gouverneurs des Banques Centrales des Etats Membres. Ce Comité, conformément aux
dispositions du présent Traité, établit son règlement intérieur.
2. Le Comité des Banques Centrales de l'Afrique de l'Ouest présente périodiquement au
Conseil des recommandations sur le fonctionnement du système de compensation des
paiements et d'autres questions monétaires dans la Communauté.
Article 53. Mouvements des capitaux et comité des questions relatives aux capitaux
1. Afin d'assurer le libre mouvement des capitaux entre les Etals Membres, conformément aux
objectifs du présent Traité, il est créé un Comité des Questions Relatives aux Capitaux qui
comprend un représentant de chacun des Etats Membres. Le Comité établit son règlement
intérieur conformément aux dispositions du présent Traité.
2. Les Etats Membres, en nommant leurs représentants visés au paragraphe 1 du présent art:
désignent des personnes ayant une expérience et des qualifications dans les domaines
financier, commercial ou bancaire.
3. Dans l'accomplissement des tâches qui lui sont assignées, le Comité des Questions
Relatives aux Capitaux:
(a) assure la libre circulation des capitaux à l'intérieur de la Communauté en:
(i) éliminant les restrictions au transfert des capitaux entre les Etats Membres selon un
calendrier déterminé par le Conseil;
(ii) encourageant la création de bourses des valeurs nationales et régionales;
(iii) établissant des relations étroites entre les marchés des capitaux et les bourses des valeurs.
(b) veille à ce que les ressortissants d'un Etat Membre aient la possibilité d'acquérir des titres,
des actions et d'autres valeurs ou d'investir dans des entreprises établies sur le territoire
d'autres Etats Membres;
(c) met en place un mécanisme permettant une large diffusion dans les Etats Membres des
cotations en bourse de chaque Etat Membre;
(d) met en place un mécanisme approprié pour la réglementation des questions relatives aux
marchés des capitaux afin d'assurer ainsi leur bon fonctionnement et la protection des
investissements.
CHAPITRE IX. CREATION ET REALISATION D'UNE UNION ECONOMIQUE ET
MONETAIRE
Article 54. Création d'une Union économique
1. Les Etats Membres s'engagent à réaliser une Union Economique dans un délai maximum
de quinze (15) ans à partir du démarrage du schéma de libéralisation des échanges adopté par
la Conférence aux termes de sa décision A/DEC.1/5/83 du 30 mai 1983 et dont le lancement
est intervenu le 1er janvier 1990.
2. Dans le processus d'intégration économique régionale, les Etats Membres mettront l'accent
sur le rôle du secteur privé et des entreprises conjointes et multinationales régionales.
370
Article 55. Réalisation d'une union économique et monétaire
1. Les Etats Membres s'engagent à établir dans un délai de cinq (5) ans après la création d'une
Union Douanière; une Union Economique et Monétaire à travers:
(i) l'adoption d'une politique commune dans tous les domaines d'activités socio-économiques,
notamment l'agriculture, l'industrie, les transports, les communications, l'énergie et la
recherche scientifique;
(ii) la suppression totale de tous les obstacles à la libre circulation des personnes, des biens,
des capitaux et des services ainsi qu'au droit de résidence et d'établissement;
(iii) l'harmonisation des politiques monétaires, financières et fiscales, la création d'une
Union Monétaire de l'Afrique de l'Ouest, l'établissement d'une Banque Centrale Régionale
Unique et la création d'une monnaie unique pour l'Afrique de l'Ouest.
2. Sur recommandation du Conseil, la Conférence peut, à tout moment, décider de mettre en
oeuvre plus rapidement que prévu dans le présent Traité toute étape du processus
d'intégration.

CHAPITRE X. COOPERATION DANS LES DOMAINES DES AFFAIRES POLITIQUES,


JUDICIAIRES ET
JURIDIQUES, DE LA SECURITE REGIONALE ET DE L'IMMIGRATION
Article 56. Affaires politiques
1. En vue de la réalisation des objectifs d'intégration de la Communauté, les Etats Membres
s'engagent à coopérer dans le domaine des affaires politiques notamment en prenant les
mesures appropriées aux fins de l'application effective des dispositions du présent Traité.
2. Les Etats Membres signataires du Protocole de Non-agression, du Protocole d'Assistance
mutuelle en matière de Défense, de la Déclaration de Principes politiques de la Communauté
et de la Charte Africaine des Droits de l'homme et des peuples conviennent de coopérer en
vue d'assurer la réalisation des objectifs desdits Accords.
Article 57. Coopération judiciaire et juridique
1. Les Etats Membres s'engagent à promouvoir la coopération judiciaire en vue d'harmoniser
les systèmes judiciaires et juridiques.
2. Les modalités de cette coopération sont déterminées dans un protocole.
Article 58. Sécurité régionale
1. Les Etats Membres s'engagent à œuvrer à la préservation et au renforcement des relations
propices au maintien de la paix, de la stabilité et de la sécurité dans la Région.
2. A ces fins, les Etats membres s'engagent à coopérer avec la Communauté en vue de créer et
de renforcer les mécanismes appropriés pour assurer la prévention et la résolution à temps des
conflits inter et intra-Etats en mettant particulièrement l'accent sur la nécessité:
(a) d'entreprendre des consultations périodiques et régulières entre les autorités
administratives nationales chargées des frontières;
(b) de mettre en place des commissions conjointes locales ou nationales chargées d'examiner
les problèmes affectant les relations entre les Etats voisins;
(c) d'encourager les échanges et la coopération entre les communautés et les régions
administratives;

371
(d) d'organiser des rencontres entre les ministères sectoriels appropriés sur différents aspects
des relations inter-Etats;
(e) de recourir, en cas de besoin, à des procédures de conciliation, de médiation et autres
modes de règlement pacifique des différends;
(f) de mettre en place un Observatoire régional de paix et de sécurité et le cas échéant des
Forces de Maintien de la paix.
(g) de fournir, si nécessaire et à leur demande, une assistance aux Etats Membres en vue
d'observer le processus des élections démocratiques.
3. Les autres dispositions régissant la coopération politique, la paix et la stabilité régionales
sont définies dans les Protocoles y afférents.
Article 59. Immigration
1. Les citoyens de la Communauté ont le droit d'entrée, de résidence et d'établissement et les
Etats Membres s'engagent à reconnaître ces droits aux citoyens de la Communauté sur leurs
territoires respectifs, conformément aux dispositions des protocoles y afférents.
2. Les Etats Membres s'engagent à prendre toutes les mesures appropriées en vue d'assurer
aux citoyens de la Communauté, la pleine jouissance des droits visés au paragraphe 1 du
présent article.
3. Les Etats Membres s'engagent à prendre, au niveau national, les dispositions nécessaires
pour assurer l'application effective des dispositions du présent article.

CHAPITRE XI. COOPERATION DANS LES DOMAINES DES RESSOURCES


HUMAINES, DE
L’INFORMATION, DES AFFAIRES SOCIALES ET CULTURELLES
Article 60. Ressources humaines
1. Les Etats Membres s'engagent à coopérer en vue d'assurer la mise en valeur effective de
leurs ressources humaines.
2. A cet effet, ils prennent des dispositions en vue:
(a) de renforcer leur coopération en matière d'éducation, de formation et d'emploi,
d'harmoniser et de coordonner leurs politiques et programmes dans ces domaines,
(b) de renforcer les institutions de formation existantes, de redynamiser l'efficacité de leurs
systèmes éducatifs, d'encourager les échanges scolaires et universitaires, d'établir
l'équivalence des diplômes, de formation professionnelle et technique, d'encourager la
littérature, de promouvoir l'enseignement et la pratique des langues officielles de la
Communauté et de créer des centres d'excellence régionaux dans différentes disciplines;
(c) d'encourager les échanges de main-d’œuvre spécialisée entre les Etats Membres.
Article 61. Affaires sociales
1. Les Etats Membres s'engagent à coopérer en vue de la mobilisation des différentes couches
de la population, de leur intégration et de leur participation effectives dans le cadre du
développement social de la Région.
2. Aux fins du paragraphe 1 du présent article, les Etats Membres s'engagent à;
(a) promouvoir les échanges d'expériences et d'informations relatives à l'alphabétisation, à la
formation professionnelle et à l'emploi;
(b) harmoniser leurs législations du travail et leurs régimes de sécurité;
372
(c) promouvoir les organisations de femmes et déjeunes, ainsi que les associations
professionnelles afin d'assurer la participation populaire aux activités de la Communauté.
(d) promouvoir et renforcer leur coopération dans le domaine de la santé;
(e) promouvoir et développer la pratique des sports, en vue de rapprocher les jeunes de la
Région et d’assurer leur développement équilibré;

Article 62. Affaires culturelles


1. Les Etats Membres s'engagent à promouvoir les objectifs de l'Accord Culturel
Cadre de la Communauté.
2. A cette fin, les Etats Membres s'engagent notamment à:
(a) favoriser la promotion, par tous les moyens et sous toutes les formes, des échanges
culturels;
(b) promouvoir, développer et au besoin améliorer les structures et mécanismes de
production, de diffusion et d'exploitation des industries culturelles;
(c) promouvoir l'enseignement et la diffusion d'une langue ouest-africaine en tant que facteur
d'intégration communautaire.
Articles 63. Femmes et développement
1. Les Etats Membres s'engagent à élaborer, harmoniser, coordonner et définir des politiques
et des mécanismes appropriés pour améliorer les conditions économiques sociales et
culturelles des femmes.
2. A cette fin, les Etats Membres prennent toutes les mesures nécessaires pour:
(a) identifier et examiner les contraintes empêchant les femmes d'apporter une contribution
plus grande aux efforts de développement régional;
(b) fournir un cadre dans lequel ces contraintes seront abordées .et qui permettrait de prendre
en compte les préoccupations et les besoins des femmes.
3. Au niveau Communautaire, les Etats Membres s'engagent à :
(a) encourager entre eux le dialogue sur les projets et programmes bénéficiant du soutien de la
Communauté et visant l'intégration des femmes au processus du développement;
(b) mettre en place un mécanisme de coopération avec les organisations bilatérales,
multilatérales et non gouvernementales.
(c) promouvoir et mettre au point un mécanisme visant à encourager entre les Etats
Membres un échange d'informations et d'expériences.
Article 64. Population et développement
1. Les Etats Membres s'engagent à adopter individuellement et collectivement des politiques
et des mécanismes nationaux en matière de population et à prendre les mesures nécessaires en
vue d'établir l'équilibre entre la variable démographique et le développement socio-
économique.
2. A cette fin, les Etats Membres conviennent de ce qui suit:
(a) considérer les questions relatives à la population comme des composantes d'importance
capitale dans la formulation et la mise en oeuvre des politiques et programmes nationaux
visant à assurer un développement socio-économique équilibré et accéléré;
(b) élaborer des politiques nationales en matière de population et créer des institutions
nationales spécialisées dans les questions de population;
373
(c) entreprendre des activités de sensibilisation des populations, notamment des
groupes-cibles, sur les questions à caractère démographique; et
(d) collecter, analyser et échanger des informations et des données relatives aux questions de
population.
Article 65. Information - Radiodiffusion et télévision
Les Etats Membres s'engagent à :
(a) coordonner leurs efforts et mettre en commun leurs ressources pour promouvoir l'échange
de programmes de radio et de télévision aux niveaux bilatéral et régional;
(b) encourager la création au niveau régional de centres d'échanges de programmes ou le
renforcement de centres existants;
(c) utiliser leurs systèmes de radio et de télévision pour promouvoir la réalisation des objectifs
de la Communauté.
Article 66. Presse
1. En vue d'associer étroitement les citoyens de la Communauté au processus d'intégration
régionale, les Etats Membres conviennent de coopérer dans le domaine de l'information.
2. A cet effet, ils s'engagent à:
(a) assurer en leur sein et entre eux la liberté d'accès des professionnels de la communication
aux sources d'information;
(b) faciliter les échanges d'information entre leurs organes de presse; promouvoir et
encourager la diffusion efficace de l'information au sein de la Communauté;
(c) respecter les droits du journaliste;
(d) prendre des mesures incitatives à l'investissement de capitaux publics et privés dans les
entreprises de communication des Etats Membres;
(e) moderniser les organes de presse par la mise en place de structures de formations aux
nouvelles techniques de l'information;
(f) promouvoir et encourager la diffusion des informations dans les langues nationales;
renforcer la coopération entre les agences nationales de presse et développer les liens entre
elles.
CHAPITRE XII. COOPERATION DANS LES AUTRES DOMAINES
Article 67. Harmonisation des politiques dans les autres domaines
Sous réserve des dispositions du présent Traité les Etats Membres s'engagent à se concerter à
travers les institutions communautaires compétentes afin d'assurer l'harmonisation et la
coordination de leurs politiques respectives dans tous les autres domaines qui ne sont pas
spécifiquement couverts par le présent Traité, en vue du bon fonctionnement et du
développement effectif de la Communauté ainsi que la mise en oeuvre des dispositions du
présent Traité.

CHAPITRE XIII
Article 68. Etats membres insulaires et sans littoral
1. Les Etats Membres, tenant compte des difficultés économiques et sociales que pourraient
connaître certains Etats Membres et particulièrement les Etats Membres insulaires et sans
littoral, conviennent d'accorder, au besoin, à ces Etats un traitement spécial en ce qui concerne

374
l'application de certaines dispositions du présent Traité et de leur apporter toute autre
assistance nécessaire.
CHAPITRE XIV. DISPOSITIONS FINANCIERES
Article 69. Budget de la communauté
1. Il est établi un budget de la Communauté et le cas échéant un budget pour une institution
déterminée de la Communauté.
2. Toutes les recettes et les dépenses de la Communauté et de ses institutions sont approuvées
pour chaque exercice budgétaire par le Conseil ou par d'autres organes compétents et
imputées au budget de la Communauté ou des Institutions concernées.
3. Pour chaque exercice budgétaire, un projet de budget est proposé par le Secrétaire
Exécutif ou le responsable de l'Institution concernée. Le projet de budget est approuvé par le
Conseil ou par tout autre organe compétent, sur recommandation de la Commission de
l'Administration et des Finances.
4. La Commission de l’Administration et des Finances étudie le projet de budget ainsi que
toutes les questions à incidence financière des Institutions de la Communauté. Elle examine
toutes les questions relatives notamment à l'organisation administrative et à la gestion du
personnel des Institutions de la communauté.
Article 70. Budgets ordinaires de la Communauté
1. Les budgets ordinaires de la Communauté et de ses Institutions sont alimentés par un
prélèvement communautaire et de toutes autres sources qui peuvent être déterminées par le
Conseil.
2. En attendant l'entrée en vigueur du prélèvement communautaire, les budgets de la
Communauté et de ses Institutions sont alimentés par les contributions annuelles des Etats
membres.
Article 71. Budgets spéciaux de la communauté
Des budgets spéciaux sont établis, en cas de besoin, pour subvenir aux dépenses
extrabudgétaires de la Communauté. La Conférence, sur recommandation du Conseil,
détermine les modalités de financement de ces budgets spéciaux de la Communauté.
Article 72. Prélèvement communautaire
1. Il est institué un Prélèvement communautaire destiné à générer des ressources pour financer
les activités de la Communauté.
2. Le Prélèvement communautaire représente un pourcentage de la valeur imposable des
marchandises importées dans la Communauté en provenance de pays tiers.
3. Le niveau réel du Prélèvement communautaire est déterminé par le Conseil.
4. Les conditions d'application du Prélèvement communautaire, les modalités de transfert des
recettes à la Communauté ainsi que l'utilisation des ressources seront définies dans un
protocole y afférent.
5. Les Etats Membres s'engagent à faciliter l'application des dispositions du présent Article.
Article 73. Contributions des Etats membres
1. Le mode de calcul des contributions des Etats Membres et les monnaies de leur paiement
sont déterminés par le Conseil.
2. Les Etats Membres s'engagent à effectuer promptement le virement de leurs quote parts de
contributions à la Communauté.
375
Article 74. Règlement financier
Le Règlement Financier et Manuel de procédures Comptables des institutions de la
Communauté régit l'application des dispositions du présent chapitre.
Article 75. Commissaires aux comptes
1. Les Commissaires aux Comptes de la Communauté sont nommés pour une période de deux
ans renouvelables deux fois seulement pour deux autres périodes de deux ans. Ils ne peuvent
être relevés de leurs fonctions que par la Conférence sur recommandation du Conseil.
2. Sous réserve des dispositions du paragraphe précédent, le Conseil établit les règles
régissant la procédure de sélection et détermine les responsabilités des Commissaires aux
Comptes.
CHAPITRE XV. DIFFERENDS
Article 76. Règlement des différends
1. Sans préjudice des dispositions du présent Traité et des protocoles y afférents, tout
différend au sujet de leur interprétation ou de leur application est réglé à l'amiable par un
accord direct entre les parties.
2. A défaut, le différend est porté par l'une des parties, par tout Etat Membre ou par la
Conférence, devant la cour de Justice de la Communauté dont la décision est exécutoire et
sans appel.

CHAPITRE XVI. SANCTIONS


Article 77. Sanctions applicables en cas de non respect des obligations
1. Sans préjudice des dispositions du présent Traité et des protocoles y afférents, lorsqu'un
Etat Membre n'honore pas ses obligations vis-à-vis de la Communauté, la Conférence peut
adopter des sanctions à rencontre de cet Etat Membre.
2. Ces sanctions peuvent comprendre:
(i) la suspension de l'octroi de tout nouveau prêt ou de toute nouvelle assistance par la
Communauté;
(ii) la suspension de décaissement pour tous les prêts, pour tous les projets ou les programmes
d'assistance communautaires en cours;
(iii) le rejet de la présentation de candidature aux postes statutaires et professionnels
(iv) la suspension du droit de vote; et
(v) la suspension de la participation aux activités de la Communauté
3. Nonobstant les dispositions du paragraphe 1 du présent Article, la Conférence peut
suspendre l'application desdites dispositions, sur la base d'un rapport motivé et circonstancié
établi par un organe indépendant et présenté par le Secrétaire Exécutif qui spécifie que le non-
respect des obligations est dû à des circonstances indépendantes de la volonté de cet Etat.
4. La Conférence détermine les modalités d'application des dispositions du présent article.
CHAPITRE XVII. RELATIONS ENTRE LA COMMUNAUTE ET LA COMMUNAUTE
ECONOMIQUE
AFRICAINE
Article 78. La Communauté et la communauté économique africaine

376
L'intégration de la Région constitue une composante essentielle de l'intégration du continent
africain. A cette fin, les Etats Membres s'engagent à faciliter l'harmonisation et la
coordination des politiques et programmes de la Communauté avec ceux de la Communauté
Economique Africaine.
CHAPITRE XVIII. RELATIONS ENTRE LA COMMUNAUTE ET LES AUTRES
COMMUNAUTES
ECONOMIQUES REGIONALES
Article 79 La communauté et les autres communautés économiques régionales
1. En vue de la réalisation des objectifs d'intégration régionale, la Communauté peut conclure
des accords de coopération avec d'autres Communautés régionales.
2. Les accords de coopération ainsi conclus conformément aux dispositions du paragraphe
1du présent article sont préalablement soumis à l'approbation du Conseil, sur proposition du
Secrétaire Exécutif.

CHAPITRE XIX. RELATIONS ENTRE LE SECRETARIAT EXECUTIF ET LES


INSTITUTIONS SPECIALISEES
DE LA COMMUNAUTE
Article 80. Le Secrétariat Exécutif et les institutions spécialisées
1. La Communauté détermine les politiques et stratégies globales d'intégration à adopter et
définit les objectifs et programmes d'intégration de toutes les Institutions de la Communauté.
2. Le Secrétariat Exécutif est chargé de l'harmonisation et de la coordination de tous les
programmes et activités des institutions de la Communauté dans le cadre de l'intégration
régionale.
Article 81. Relations entre la communauté et les organisations non gouvernementales
régionales
1. La Communauté, dans le cadre de la mobilisation des ressources humaines et matérielles de
la Région en vue de l'intégration économique, coopère avec des Organisations Non
Gouvernementales et des Organisations de Volontaires pour le Développement dans le but
d'encourager la participation des populations régionales au processus d'intégration
économique et de mobiliser leur soutien technique, matériel et financier.
2. A cette fin, la Communauté établit un mécanisme de consultation avec ces Organisations et
Associations socio-économiques.
Article 82. Relations entre la communauté et les organisations et associations socio-
économiques régionales
1. La Communauté, dans le cadre de la mobilisation des différents acteurs de la vie
économique et sociale en vue de I ' intégration régionale, coopère avec les Organisations et
Associations socio-économiques notamment celles des producteurs, des transporteurs, des
travailleurs, des employeurs, des jeunes, des femmes, des artisans et autres organisations et
associations professionnelles dans le but d'assurer leur participation au processus d'intégration
de la Région.
2. A cette fin, la Communauté établit un mécanisme de consultation avec ces Organisations et
Associations socio-économiques.

377
CHAPITRE XX. RELATIONS ENTRE LA COMMUNAUTE ET LES PAYS TIERS ET
LES ORGANISATIONS
INTERNATIONALES
Article 83. Accords de coopération
1. La Communauté peut conclure des accords de coopération avec des pays tiers.
2. Dans le cadre de la réalisation de ses objectifs, la Communauté coopère également avec
l'Organisation de l'Unité Africaine, le système des Nations Unies, ainsi qu'avec toute autre
organisation internationale.

3. Les accords de coopération à conclure conformément aux dispositions des paragraphes 1 et


2 du présent article sont soumis à l'approbation du Conseil par le Secrétaire Exécutif.
CHAPITRE XXI. RELATION DES ETATS MEMBRES AVEC LES ETATS TIERS, LES
ORGANISATIONS
REGIONALES ET LES ORGANISATIONS INTERNATIONALES
Article 84. Accords conclus par les états membres
1. Les Etais membres peuvent conclure des accords à caractère économique, technique ou
culturel avec un ou plusieurs Etats Membres, avec des Etats Tiers, des organisations
régionales ou toute autre organisation internationale à condition que ces accords ne soient pas
incompatibles avec les dispositions du présent Traité. A la requête du Secrétaire Exécutif, ils
lui communiquent copies desdits accords économiques, à charge pour lui d'en informer le
Conseil.
2. Lorsque des accords conclus avant l'entrée en vigueur du présent Traité entre des Etats
Membres ou entre des Etats Membres et des Etats tiers, des organisations régionales ou toute
autre organisation internationale sont incompatibles avec les dispositions du présent Traité, le
ou les Etats Membres concernés prendront toutes les mesures nécessaires pour éliminer les
incompatibilités constatées. Le cas échéant, les Etats Membres se prêteront assistance à cette
fin, et adopteront une attitude commune.
Article 85. Négociations internationales
1. En vue de promouvoir et de sauvegarder les intérêts de la Région, les Etats Membres
s'engagent à formuler et à adopter des positions communes au sein de la Communauté sur les
questions relatives aux négociations internationales avec les parties tierces.
2. A cette fin, la Communauté prépare des Etudes et des Rapports permettant au Etats
membres de mieux harmoniser leurs positions sur lesdites questions.
CHAPITRE XXII. DISPOSITIONS GENERALES ET FINALES
Article 86. Siège de la communauté
Le siège de la Communauté est fixé dans la capitale de la République Fédérale du Nigéria.
Article 87. Langues officielles et langues de travail
1. Les langues officielles de la Communauté sont toutes langues ouest-africaines déclarées
officielles par la Conférence, ainsi que le français l'anglais et le portugais.
2. Les langues de travail de la Communauté sont l'anglais, le français et le portugais.
Article 88. Statut, privilèges et immunités
1. La Communauté a la personnalité juridique internationale.
2. La Communauté possède sur le territoire de chacun des Etats Membres:
378
(a) la capacité juridique nécessaire à l'exercice de ses fonctions prévues par le présent
Traité;
(b) la capacité de conclure des contrats et d'acquérir des biens mobiliers et immobiliers, d'en
jouir ou de les aliéner.
3. Dans l'exercice de sa personnalité juridique définie dans le présent article, la
Communauté est représentée par le Secrétaire Exécutif.
4. Les privilèges et immunités qui sont reconnus et accordés par les Etats membres aux
fonctionnaires de la Communauté, à ses institutions et à leurs siège respectifs, sont ceux
prévus dans la convention générale sur les privilèges et immunités de la Communauté et dans
les accords de siège.
Article 89. Entrée en vigueur, ratification
Le présent Traité et les protocoles qui en feront partie intégrante, entreront respectivement en
vigueur dès leur ratification par au moins neuf (9) Etats signataires conformément aux règles
constitutionnelles de chaque Etat signataire.
Article 90. Amendements et révisions
1. Tout Etat membre peut soumettre des propositions en vue de l'amendement ou de la
révision du présent Traité.
2. Toutes les propositions sont soumises au Secrétaire Exécutif qui les communique aux
Etats membres, trente (30) jours au plus tard après leur réception. La Conférence examinera
les propositions d'amendements ou de révisions à l'expiration d'un délai de trois mois accordé
aux
Etats membres.
3. Les amendements ou révisions sont adoptés par la Conférence conformément aux
dispositions de l'Article 9 du présent Traité et soumis à tous les Etats Membres pour
ratification selon leurs procédures constitutionnelles respectives. Ils entreront en vigueur
conformément aux dispositions de l'article 9 du présent Traité.
Article 91. Retrait
1. Tout Etat Membre désireux de se retirer de la Communauté notifie par écrit, dans un délai
d'un (1) an, sa décision au Secrétaire Exécutif qui en informe les Etats Membres. A
l'expiration de ce délai, si sa notification n'est pas retirée, cet Etat cesse d'être membre de la
Communauté.
2. Au cours de la période d'un (1) an visée au paragraphe précédent, cet Etat membre continue
de se conformer aux dispositions du présent Traité et reste tenu de s'acquitter des obligations
qui lui incombent en vertu du présent Traité.
Article 92. Dispositions transitoires et clause de sauvegarde
1. Dès l'entrée en vigueur du présent Traité révisé, conformément aux dispositions de l’article
89, les dispositions de la Convention des Nations Unies de Vienne sur le Droit des Traités
Internationaux adoptée le 23 Mai 1969 s'appliquent à la définition des droits et obligations des
Etats Membres aux termes du Traité de la CEDEAO de 1975 et du présent Traité révisé.
2. Le Traité de 1975 de la CEDEAO cesse d'être en vigueur lorsque le Secrétariat Exécutif
aura reçu de tous les Etats membres les instruments de ratification du présent Traité révisé. Le
Secrétaire Exécutif en informe par écrit les Etats Membres.

379
3. Nonobstant les dispositions du paragraphe 2 du présent Article, toutes les Conventions,
Protocoles, Décisions et Résolutions de la Communauté adoptés depuis 1975 demeurent
valides et applicables en leurs dispositions non contraires au présent Traité.
Article 93. Autorité dépositaire
Le présent Traité révisé et tous les instruments de ratification seront déposés auprès du
Secrétariat Exécutif qui remettra des copies certifiées conformes du présent Traité a tous les
Etats Membres, leur notifiera les dates de dépôt des instruments de ratification et d'adhésion
et enregistrera le présent Traité auprès de l'Organisation de 1' Unité Africaine, de
l'Organisation des Nations unies et auprès de toutes organisations que le Conseil peut
déterminer.
En foi de quoi, nous, chefs d'état et de gouvernement de La communauté économique des
états de l'Afrique de l'ouest, avons signé le présent traité.
Fait à Cotonou, le 24 juillet 1993 en un seul original en français, en anglais et en portugais,
les trois textes faisant également foi.

380
ANNEXE II : Cartes géographiques de la CEDEAO

381
ANNEXE III : Classement des Etats de la CEDEAO en fonction de l’Indice du
Développement Humain636

Etats Classement Indice du Développement Humain

Bénin 134ème

Burkina Faso 161ème

Cap Vert 118ème

Côte d'Ivoire 149ème

Gambie 151ème

Ghana 130ème

Guinée 156ème

Guinée- 164ème
Bissau

Libéria 162ème

Mali 160ème

Niger 167ème

Nigeria 142ème

Sénégal 144ème

Sierra Leone 158ème

Togo 139ème

636
Programme des Nations Unies pour le Développement, Rapport sur le développement humain
2010. Classement effectué sur 169 Etats
382
ANNEXE IV : Protocole relatif au mécanisme de Prévention, de Gestion, de Règlement des
conflits, de Maintien de la paix et de la Sécurité.

Préambule

Définitions
CHAPITRE I : Création, Principes et Objectifs du Mécanisme
CHAPITRE II : Institutions du Mécanisme
CHAPITRE III : Organes d’appui aux institutions du Mécanisme
CHAPITRE IV : Système d’observation de la paix et de La Sécurité Sous-régionales (pré-
alerte)
CHAPITRE V : Mise en oeuvre du Mécanisme
CHAPITRE VI : Gestion des Conflits
CHAPITRE VII : Financement du Mécanisme
CHAPITRE VIII : Assistance Humanitaire
CHAPITRE IX : Consolidation de La paix
CHAPITRE X : Sécurité Sous-régionale
CHAPITRE XI : Relations avec L’Organisation de l’Unité Africaine, les Nations Unies et les
autres Organisations Internationales
CHAPITRE XII : Dispositions Spéciales
CHAPITRE XIII : Dispositions générales et finales

383
PRÉAMBULE

NOUS, CHEFS D’ETAT ET DE GOUVERNEMENT DES ETATS MEMBRES DE LA


COMMUNAUTE ECONOMIQUE DES ETATS DE L’AFRIQUE DE L’OUEST

(CEDEAO)

VU le Traité révisé de la CEDEAO signé a Cotonou le 23 juillet 1993, notamment en son


Article 58;

VU les dispositions pertinentes de la Charte de I’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) ;

VU les dispositions de la Charte des Nations Unies, notamment en ses chapitres VI, VII et
VIII ;

AYANT A L’ESPRIT les dispositions des Protocoles A/P 1/5/79, A/SP2/7/85,

A/SPI/7/86, A/SP1/6/88, A/SP2/5/90 relatifs á la libre circulation des personnes, le drojt de


résidence et d’établissement;

RAPPELANT le Protocole de Non-agression signé a Lagos le 22 avril 1978 et le Protocole


d’Assistance mutuelle en matière de Défense signé a Freetown le 29 mai 1981, notamment
notre détermination á nous apporter mutuellement aide et assistance en matière de défense
dans les cas d’agression armée ou de menace contre un Etat membre;

PRENANT EN COMPTE l’Accord cadre de Non-agression et d’Assistance en Matière de


Défense (ANAD) signé à Abidjan le 9 juin 1977;

PRENANT EGALEMENT EN COMPTE le Protocole d’application de l’Accord cadre ci-


dessous visé, signé á Dakar le 14 décembre 1981, ainsi que les Protocoles subséquents;

384
REAFFIRMANT notre attachement á la Déclaration des Principes Politiques de la CEDEAO
adoptée á Abuja le 6 juillet 1991 sur la liberté, les droits des peuples et la démocratisation ;

RAPPELANT les dispositions pertinentes des Conventions de la CEDEAO sur l’Entraide


judicaire en matière pénale et sur l’Extradition, respectivement signées á Dakar le 29 juillet
1992 et le 6 août 1994;

RAPPELANT EGALEMENT la Déclaration sur le Mécanisme de Prévention, de Gestion


Règlement des Conflits en Afrique adopté au Caire le 29 juin 1993 par la 29ème session de la
Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de l’OUA;

PREOCCUPES par la multiplication des conflits qui constitue une menace á la paix et á la
sécurité du continent africain, et compromet nos efforts visant á relever le niveau de vie de
nos populations ;

CONVAINCUS de la nécessité de développer des actions efficaces visant á alléger les


souffrances des populations civiles, notamment celles des femmes et des enfants, et á
restaurer le cours normal de la vie en cas de conflits, ou de catastrophes naturelles, et désireux
de renforcer davantage les efforts dans Ie domaine humanitaire;

CONSCIENTS du fait que la bonne gestion des affaires publiques, le respect de l’Etat de droit
et le développement durable, sont indispensables pour la paix et la prévention des conflits;

RAPPELANT la Déclaration de Moratoire sur l’Importation, I’Exportation et la Fabrication


des armes légères adoptée par la vingt-et-unième session de la Conférence des Chefs d’Etat et
de Gouvernement tenue á Abuja les 30 et 31 octobre 1998;

RAPPELA.NT EGALEMENT les conclusions de la Réunion des Ministres des Affaires


étrangères sur la mise en place effective du Programme de Coordination et d’Assistance pour
la Sécurité et le Développement(PCASED),tenue à Bamako le 24 mars 1999;

385
CONVAINCUS que la criminalité trans-frontalière, Ta prolifération des armes légères et
toutes formes de trafic illicites contribuent au développement de l’insécurité et de l’instabilité
et compromettent le développement social et économique de la sous région;

CONSCIENTS que ces phénomènes constituent un problème social et économique grave, qui
ne peut être résolu que dans le cadre d’un renforcement de la coordination des efforts dans ce
domaine;

RECONNAISSANT la nécessité de rendre mieux adaptés, plus efficaces et pragmatiques les


traités et protocoles pertinents actuellement en vigueur;

DESIREUX de consolider nos acquis dans le domaine du règlement des conflits a travers le
Groupe de Contrôle du Cessez-le-feu de la CEDEAO (ECOMOG);

RAPPELANT notre Décision A/DEC. 11/10/98 adoptée le 31 octobre 1998 á Abuja relative
au Mécanisme de Prévention, de Gestion, de Règlement des Conflits et de Maintien de la Paix
et de la Sécurité;

DESIREUX de mettre en place une structure opérationnelle pour la mise en oeuvre de ladite
décision.

CONVENONS DE CE QUI SUIT:

DÉFINITIONS

Aux fins du Présent Protocole, on entend par:

“Traité”: le Traité révisé de la Communauté Economique des Etats de I’Afrique de l’Ouest


(CEDEAO) signé a Cotonou le 24 juillet 1993;

“Communauté”: la Communauté Economique des Etats de 1’Afrique de 1’Ouest visée á


l’Article 2.du Traité;

386
“Conférence”: la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de la Communauté
Economique des Etats de 1’Afrique de l’Ouest créée á l’Article 7 du Traité;

“Conseil de Médiation et de Sécurité” : le Conseil de Médiation et de Sécurité défini á


l’Article 8 du présent Protocole;

“Commission de Défense et de Sécurité” : la Commission de Défense et de Sécurité définie á


l’article 18 du présent Protocole;

“Secrétaire Exécutif’: le Secrétaire Exécutif de la CEDEAO nommé conformément á l’Article


18 du Traité;

“Conseil des Sages” : le Conseil des Sages défini á l’article 20 du présent Protocole;

“Réunion des Ambassadeurs” : la réunion des Ambassadeurs définie a I’Article 14 du présent


Protoco1e;

“Représentant Spécial” : le Représentant Spécial défini a I’Article 32 du présent Protocole;

“Secrétaire Exécutif adjoint” : le Secrétaire Exécutif adjoint chargé des Affaires politiques,
deDéfense et de Sécurité, prévu a l’article 16 du présent Protocole;

“Institution”: la structure prévue á l’article 4 du présent Protocole; “Organe”: la structure


prévue a l’article 17 du présent Protocole;
“Centre d’observation et de suivi” : l’Observatoire régional de la paix et de la Sécurité prévu a
l’article 58 du Traité et prévu a l’article 23 du présent Protocole;
“ECOMOG”: le Groupe de contrôle du Cessez-le-feu de la CEDEAO s’occupant des activités
d’intervention de la Communauté et prévu a I’article 21 du présent Protocole;

“Commandant de la Force”: le Commandant de la Force nommé conformément aux


dispositions de l’Article 33 du présent Protocole;

“Criminalité trans-frontalière”: tous les actes criminels projetés ou commis par des individus,
des organisations, ou des réseaux de criminels locaux et/ou étrangers opérant á travers les
frontières nationales des Etats membres ou agissant en complicité avec des personnes basées
dans un ou plusieurs Etats voisins du pays sur le territoire duquel sont perpétrés les actes
criminels, ou ayant un quelconque lien de rattachement avec l’un quelconque des Etats
membres;

“Etat membre en crise”: un Etat membre confronté á un conflit armé, mais aussi tout Etat
membre se heurtant á des problèmes graves et persistants, ou se trouvant plongé dans une
situation de tension extrême pouvant entraîner des risques importants de désastre humanitaire
ou des menaces á la paix et á la sécurité dans la sous région, ou tout Etat membre dans lequel
interviendrait un renversement ou une tentative de renversement d’un régime
démocratiquement élu.

387
CHAPITRE I

CRÉATION, PRINCIPES ET OBJECTIFS

DU MÉCANISME

Article 1er : Création

Il est créé au sein de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest


(CEDEAO) un mécanisme destiné á assurer la sécurité et la paix collectives et dénommé
“Mécanisme de Prévention, de Gestion, de Règlement des Conflits, de Maintien de la Paix et
de la Sécurité”.

Article 2 : Principes

Les Etats membres, réaffirment leur attachement aux principes contenus dans les Chartes de
l’Organisation des Nations Unies (ONU) et de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA),
dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, ainsi que dans la Charte Africaine
des Droits de l’Homme et des Peuples, notamment les principes fondamentaux suivants:

(a) le développement économique et social et la sécurité des peuples et des Etats sont
intimement liés;

(b) la promotion et le renforcement de la libre circulation des personnes, le droit de résidence


et d’établissement, qui contribuent au renforcement des liens de bon voisinage;

(c) la promotion et la consolidation d’un gouvernement et d’institutions démocratiques dans


chaque Etat membre;

(d) la protection des droits humains fondamentaux, des libertés et des règles du droit
international humanitaire;

(e) l’égalité des Etats souverains;

(f) l’intégrité territoriale et l’indépendance politique des Etats membres.

Article 3 : Objectifs du Mécanisme

Les objectifs visés par le Mécanisme sont les suivants:

(a) la prévention, la gestion et le règlement des conflits internes dans les conditions prévues
au paragraphe 46 du cadre du Mécanisme entériné par la Décision A/DEC.11/10/98 du 31
octobre 1998, ainsi que des conflits inter-Etats;

388
(b) la mise en oeuvre des dispositions pertinentes de l’article 58 du Traité Révisé;

(c) l’application des dispositions pertinentes des protocoles relatifs á la non-agression, á


l’assistance mutuelle en matière de défense, á la libre circulation des personnes, au droit de
résidence et d’établissement;

(d) le renforcement de la coopération dans les domaines de la prévention des conflits, de


l’alerte précoce, des opérations de maintien de la paix, de la lutte contre la criminalité trans-
frontalière, le terrorisme international, la prolifération des armes légères, et les mines anti-
personnelles;

(e) le maintien et la consolidation de la paix, de la sécurité et de la stabilité au sein de a


Communauté;

(f) La création d’institutions et la mise en oeuvre de politiques appropriées pouvant permettre


la coordination des missions humanitaires et de sauvetage;

(g) la promotion d’une coopération étroite entre les Etats membres dans les domaines de la
diplomatie préventive et du maintien de la paix;

(h) la constitution et le déploiement, chaque fois que de besoin, d’une force civile et militaire
pour maintenir ou rétablir La paix dans la sous région;

(i) la création d’un cadre approprie pour Ia gestion rationnelle et équitable des ressources
naturelles appartenant en commun á des Etats membres partageant des frontières communes,
et qui pourraient constituer des causes de conflits inter-Etatiques fréquents;

(j) la protection de l’environnement et l’adoption de mesures visant á restaurer


l’environnement dégradé;

(k) la sauvegarde du patrimoine culturel des Etats membres;

(l) la formulation et la mise en oeuvre de politiques de lutte contre la corruption, le


blanchiment d’argent et la circulation illégale des armes légères.

CHAPITRE II

INSTITUTTONS DU MÉCANISME

Les institutions du Mécanisme sont les suivantes :

(a) La Conférence

(b) Le Conseil de Médiation et de Sécurité;

(c) Le Secrétariat Exécutif

389
(d) Toute autre institution créée par la Conférence.

Article 5 : Composition et sessions de la Conférence

1. La Conférence se compose des Chefs d’Etat et de Gouvernement des Etats membres,


comme stipulé par l’Article 7, paragraphe 1 du Traité Révisé.

2. La Conférence se réunit aussi souvent que nécessaire.

Article 6 : Fonctions

1. La Conférence est la plus haute instance de décision du Mécanisme.

2. Elle est habilitée á prendre toute décision dans le cadre des questions se rapportant á la
prévention, á la gestion et au règlement des conflits, au maintien de la paix et de la sécurité, á
l’assistance humanitaire, á la consolidation de la paix, á la lutte contre la criminalité
transfrontalière et la prolifération des armes légères, ainsi que toutes les autres questions
couvertes par les dispositions du Mécanisme.

Article 7 : Délégations de pouvoirs

Sans préjudice des pouvoirs étendus que lui confèrent l’Article 9 du Traité et l’Article 6 ci-
dessus, la Conférence délègue au Conseil de Médiation et de Sécurité le pouvoir de prendre
en son nom des décisions pour la mise en oeuvre appropriée des dispositions du Mécanisme.

Article 8 : Composition et mandat du Conseil de Médiation et de Sécurité

1. Le Conseil de Médiation et de Sécurité se compose de neuf (9) Etats membres dont sept(7)
sont élus par la Conférence. Les deux (2) autres membres que sont la Présidence de La
Conférence et la Présidence immédiatement précédente sont automatiquement membres de
droit du Conseil de Médiation et de Sécurité.

2. Les membres du Conseil de Médiation et de Sécurité sont élus pour deux (2) ans
renouvelables.

Article 9 : Quorum et décisions

1. Le Conseil de Médiation et de Sécurité ne délibère valablement que si au moins les deux


tiers de ses membres sont présents.

2. Les décisions du Conseil et Médiation et de sécurité sont prises á la majorité des deux tiers.

Article 10 : Fonctions

1. Le Conseil de Médiation et de Sécurité prend, au nom de la Conférence, des décisions sur


des questions liées á la paix et á la sécurité de la région. II assure également la mise oeuvre de
toutes les dispositions du présent Protocole.
390
2. Conformément aux dispositions de 1’Article 7 du présent Protocole et du paragraphe 1 ci-
dessus, le Conseil de Médiation et de Sécurité:

(a) Décide de toutes questions relatives a la paix et a la sécurité;

(b) Décide et met en oeuvre les politiques de prévention, de gestion, de règlement des conflits,
de maintien de la paix et de la sécurité;

(c) Autorise toutes les formes d’intervention et décide notamment du déploiement des
missions politiques et militaires;

(d) Approuve les mandats et les termes de référence de ces missions;

(e) Révise périodiquement ces mandats et termes de référence en fonction de l’évolution de la


situation;

(f) Sur recommandation du Secrétaire Exécutif nomme le Représentant Spécial du Secrétaire


Exécutif et le Commandant de la Force.

Article 11 Réunions du Conseil de Médiation et de Sécurité

1. Les travaux du Conseil de Médiation et de Sécurité se déroulent a trois (3) niveaux chefs
d’Etat et de Gouvernement, Ministres et Ambassadeurs.

2. Toutes les réunions du Conseil de Médiation et de Sécurité sont présidées par l’Etat
membre élu á la présidence en exercice de la Conférence.

Article 12 : Réunions au niveau des Chefs d’Etat et de Gouvernement

1. Les Chefs d’Etat et de Gouvernement du Conseil de Médiation et de Sécurité se réunissent


au moins deux (2) fois par an, en session ordinaire. Le Président en exercice peut, en cas de
besoin ou à la requête de la majorité simple des membres du Conseil, convoquer les sessions
extraordinaires.

2. Les Chefs d’Etat et de Gouvernement du Conseil de Médiation et de Sécurité prennent les


décisions finales sur toutes les questions relevant de leurs compétences, y compris les
missions sur le terrain dont us approuvent les termes de référence.

Article 13 : Réunions au niveau ministériel

1. Les Ministres des Affaires étrangères, de la Défense, de l’intérieur et de la Sécurité du


Conseil de Médiation et de Sécurité se réunissent au moins une fois tous les trois (3) mois
pour examiner la situation politique générale et la sécurité de a sous région. ils peuvent se
réunir aussi fréquemment que la situation l’exige.

2. Les recommandations issues des travaux de ces réunions ministérielles sont soumises aux
Chefs d’Etat et de Gouvernement siégeant au sein du Conseil de Médiation et de Sécurité.

Article 14 Réunions au niveau des Ambassadeurs


391
1. Les Etats membres de la CEDEAO accréditent des ambassadeurs représentants permanents
auprès du Secrétariat Exécutif de la CEDEAO. Ceux-ci peuvent également être ambassadeurs
nommés auprès de la République Fédérale du Nigeria.

2. Les Ambassadeurs des Etats membres du Conseil de Médiation et de Sécurité se réunissent


une fois par mois afin de procéder á un examen des questions relatives á la paix et á la
sécurité de la sous région. En cas de besoin, ils se réunissent plus fréquemment.

3. Les rapports et recommandations issus de leurs travaux sont transmis par le Secrétaire
Exécutif á tous les Etats membres du Conseil de Médiation et de Sécurité et aux Etats
concernés. Ces rapports sont également soumis á l’examen de la réunion des Ministres du
Conseil de Médiation et de Sécurité.

Article 15 : Rôle et fonctions du Secrétaire Exécutif

Le Secrétaire Exécutif est habilité a prendre des mesures visant la prévention, la gestion, le
règlement des conflits, Ie maintien de la paix et la sécurité dans la sous-région. Ces mesures
peuvent prendre la forme de missions d’enquête, de médiation, de facilitation, de négociation
et de réconciliation des parties en conflit.

2. Le rôle du Secrétaire Exécutif sera notamment:

(a) de recommander la nomination du Représentant Spécial et du Commandant de la Force au


Conseil de Médiation et de Sécurité;

(b) de nommer les membres du Conseil des Sages;

(c) de superviser les activités politiques, administratives, opérationnelles, et d’assure la


logistique des missions;

(d) d’élaborer a l’intention du Conseil de Médiation et de Sécurité et des Etats membres des
rapports périodiques sur les activités du Mécanisme;

(e) d’envoyer sur le terrain, sur la base de son évaluation de la situation, des missions
d’enquête et de médiation;

(f) de convoquer, en consultation, avec le Président de la Conférence, toutes les réunions du


Conseil de Médiation et de Sécurité, du Conseil des Sages et de la Commission de Défense et
de Sécurité;

(g) de mettre en oeuvre toutes les décisions du Conseil de Médiation et de Sécurité.

3. Le Secrétariat Exécutif de la CEDEAO fournira les services d’appui au Conseil de


Médiation et de Sécurité et a la Commission de Défense et de Sécurité.

4. Dans la mise en oeuvre des dispositions du présent Mécanisme, le Secrétaire Exécutif est
assisté du Secrétaire Exécutif Adjoint chargé des Affaires politiques, de défense et de sécurité.

392
Article 16 Secrétaire Exécutif Adjoint

Sous la responsabilité du Secrétaire Exécutif, le Secrétaire Exécutif Adjoint chargé des


Affaires politiques, de défense et de sécurité initie et entreprend toutes les activités relatives à
la mise en oeuvre du Mécanisme.

2. Le poste de Secrétaire Exécutif Adjoint chargé des Affaires politiques, de défense et de


sécurité est dirige par un fonctionnaire statutaire nommé conformément au paragraphe

4(a) de l’Article 18 du Traité. Ce poste comporte des départements qui peuvent se subdiviser
en cas de besoin en divisions, et en sections. Ces départements sont:

(a) le Département des Affaires politiques;

(b) le Département des Affaires humanitaires;

(c) le Département des Affaires de défense et de sécurité ;

(d) Le centre d’observation et de suivi ;

(e) tous autres départements que pourrait créer le Conseil des Ministres, sur recommandation
du Conseil de Médiation et de Sécurité.

CHAPITRE III

ORGANES D’APPU1AUX INSTITUTIONS DU MÉCANISME

Pour L’accomplissement de leur mission, les institutions visées a l’article 4 s’appuieront sur
les organes prévus á I’article 17 du présent Protocole.

Article 17 : Les organes

Sont créés aux fins d’assister et d’appuyer le Conseil de Médiation et de Sécurité, les organes
suivants :

(a) La Commission de Défense et de Sécurité;

(b) Le Conseil des Sages;

(c) Le Groupe de Contrôle du Cessez-le-feu de la CEDEAO (ECOMOG)

Article 18 : Composition de la Commission de Défense et de Sécurité

Les Etats membres sont représentés a Ia Commission de Défense et de Sécurité par:

(a) Les Chefs d’Etat-major général des Armées ou leurs équivalents;

(b) les responsables des Ministères de l’intérieur et de la Sécurité;

393
(c) les experts du ministère des Affaires étrangères de chaque Etat membre;

(d) Selon les matières inscrites a 1’ordre du jour, les responsables des services suivants:

(i) Immigration,

(ii) Douanes,

(iii)Lutte contre la drogue et les stupéfiants,

(iv) Sécurité des frontières

(v) Protection civile

Article 19 : Fonctions

1. La Commission de la Défense et de la Sécurité étudie les aspects techniques administratifs


et détermine les besoins en logistique dans le cadre des opérations maintien de la paix. Elle
assiste le Conseil de Médiation et de Sécurité dans le cadre de :

(a) la formulation du mandat de la force de maintien de la paix;

(b) l ‘élaboration des termes de référence de la Force;

(c) la nomination du Commandant de la Force;

(d) la détermination de la composition des contingents.

2. La Commission se réunit une (1) fois par trimestre et chaque fois que de besoin. Elle
examine les rapports produits par le centre d’observation et de suivi, et fait des
recommandations au Conseil de Médiation et de Sécurité.

Article 20 : Composition et mandat du Conseil des Sages

1. Le Secrétaire Exécutif dresse tous les ans, une liste d’éminentes personnalités qui peuvent,
au nom de la CEDEAO, user de leurs bons offices et de leurs compétences pour jouer le rôle
de médiateur, de conciliateur, et d’arbitre. La liste comprend des personnalités éminentes
provenant de diverses couches sociales y compris les femmes, les responsables politiques, les
chefs traditionnels et religieux. Cette liste est approuvée par le Conseil de Médiation et de
Sécurité au niveau des Chefs d’Etat et de Gouvernement.

2. Ces personnalités sont sollicitées chaque fois que de besoin par le Secrétaire Exécutif ou
par le Conseil de Médiation et de Sécurité pour traiter d’une situation de conflit donnée.

3. Lorsque les circonstances le requièrent, le Secrétaire Exécutif a recours á l’ensemble des


éminentes personnalités, dont les noms figurent sur la liste approuvée, et qui constituent alors
le Conseil des Sages.

394
4. La composition et le mandat du Conseil des Sages sont définis par le Secrétaire Exécutif en
fonction de la mission a accomplir.

5. Le Conseil des Sages désigné pour traiter d’une situation donnée rend compte au Secrétaire
Exécutif

6. Le Secrétaire Exécutif rend compte au Conseil de Médiation et de Sécurité des initiatives


qu’il prend conformément aux dispositions des paragraphes 2 et 3 du présent article.

7. Les membres du Conseil des Sages, sont neutres, impartiaux et objectifs, dans
l’accomplissement de leur mission.

Article 21 : Composition de l’ECOMOG

Le Groupe de Contrôle du Cessez-le-feu de la CEDEAO (ECOMOG) est une structure


composée de plusieurs modules polyvalents (civils et militaires) en attente dans leurs pays
d’origine et prêts a être déployés dans les meilleurs délais.

Article 22: Missions de 1’ECOMOG

L’ECOMOG est chargé entre autres, des opérations suivantes:

(a) mission d’observation et de suivi de la paix;

(b) maintien et rétablissement de la paix;

(c) action et appui aux actions humanitaires;

(d) application de sanctions y compris l’embargo;

(e) déploiement préventif;

(f) opérations de consolidation de la paix, de désarmement et de démobilisation;

(g) activités de police, notamment, la lutte contre la fraude et le crime organisé;

(h) toutes autres opérations qui peuvent être ordonnées par le Conseil de Médiation et de
Sécurité.

CHAPITRE IV

SYSTÈME D’OBSERVATION DE LA PAIX ET DE LA SÉCURITÉ

SOUS-RÉGIONALES (PRE-ALERTE)

Dans le cadre de la prévention effective des conflits, et conformément a l’Article 58 du Traité


Révisé, il est créé un système d’observation de la paix et de la sécurité sous régionale appelé
pré alerte ou “le Système”. Le système comporte:
395
(a) un Centre d’observation et de suivi base au siège du Secrétariat;

(b) des zones d’observation et de suivi dans la sous région.

Article 23 : Centre d’observation et de suivi

1. Le centre d’observation et de suivi est chargé de la collecte des informations, de leur


traitement, et de l’élaboration des rapports qu’il adresse au Secrétaire Exécutif.

2. Le Centre d’observation et de suivi établira des liens de coopération avec l’Organisation


des Nations Unies, l’Organisation de l’Unité Africaine, les centres de recherche, et toutes
autres organisations internationales, régionales et sous régionales pertinentes.

Article 24 : Zones d’observation et de suivi

1. Les Etats membres sont répartis en zones sur la base de la proximité, de la facilité de
communication et de l ‘efficacité. Chaque zone est identifiée par un numéro et a un siège de
zone. Les quatre (4) zones d’observation et de suivi créées sont:

Zone N° Pays Capitale de la Zone

1. Cap Vert Banjul


La Gambie
Guinée-Bissau
Mauritanie
Sénégal

2. Burkina Faso Ouagadougou


Côte d’Ivoire
Mali
Niger.

3. Ghana Monrovia
Guinée
Liberia
Sierra Leone.

4. Bénin Cotonou
Nigeria
Togo

2. Les zones tels que prévues au paragraphe 1 ci-dessus peuvent être modifiées en cas de
nécessité par la Conférence.

3. Chaque siège de zone est dote d’un bureau et est place sous l’autorité du Secrétaire
Exécutif à travers le Secrétaire Exécutif adjoint.

396
4. Les Etats membres s’engagent a garantir la liberté de fonctionnement des bureaux de zones
et a leur accorder les privilèges, immunités et la sécurité de leurs biens, des patrimoines et du
personnel, des bureaux, tels que prévus par la Convention générale sur les privilèges et
immunités et l’Accord de siège de la CEDEAO.

5. Las bureaux de zone entretiennent des relations de travail avec le pays hôte et les
institutions locales et internationales.

6. Las bureaux de zones rassemblent les données collectées dans chaque Etat, et au jour le
jour, sur la base d’indicateurs susceptibles d’affecter la paix et la sécurité de la zone et de la
sous région.

7. Las bureaux de zones rassemblent les données collectées et élaborent un rapport qu’ils
communiquent au centre d’observation et de suivi. A cette fin, chaque bureau de zone est
directement relié par moyens appropriés au centre d’observation et de suivi

CHAP1TRE V

MISE EN OEUVRE DU MÉCANISME

Article 25 : Conditions de mise en œuvre

Le Mécanisme est mis en oeuvre dans l’une des conditions ci-après:

(a) En cas d’agression ou de conflit armé intervenu dans un Etat membre, ou de menace d’un
tel conflit;

(b) En cas de conflit entre deux ou plusieurs Etats membres;

(c) En cas de conflit interne qui;

(i) menace de déclencher un désastre humanitaire;

(ii) constitue une menace grave a la paix et a la sécurité dans la sous région;

(d) En cas de violations graves et massives des droits de l’Homme ou de remise en cause de
l’Etat de droit;

(e) En cas de renversement ou de tentative de renversement d’un Gouvernement


démocratiquement élu;

(f) Toute autre situation que détermine le Conseil de Médiation et de Sécurité.

Article 26 : Pouvoir d’initiative

Le Mécanisme est mise en oeuvre:

(a) Sur décision de la Conférence;


397
(b) Sur décision du Conseil de Médiation et de Sécurité;

(c) A la demande d’un Etat membre;

(d) A l’initiative du Secrétaire Exécutif;

(e) A la demande de L’OUA ou des Nations Unies.

Article 27 : Procédure

Le Mécanisme est mis en oeuvre suivant l’une ou l’autre des procédures ci-après:

(a) Le Secrétaire Exécutif informe les Etats membres du Conseil de Médiation et de Sécurité
et en concertation avec le Président en exercice, prend toutes mesures d’urgence.

(b) Le Conseil de Médiation et de Sécurit envisage plusieurs options, et décide de celle la plus
appropriée en matière d’intervention. Ces options peuvent porter sur le recours au Conseil des
Sages, sur l’envoi de mission d’enquête, de missions politiques et de médiation ou sur
l’intervention de l’ECOMOG.

(c) Le Conseil de Médiation et de Sécurité délivre tin mandat autorisant le Secrétaire Exécutif
a mettre sur pied la mission, et définit les termes de référence de celle-ci.

(d) Le Conseil de Mé4iation et de Sécurité nomme en cas de besoin les principaux


responsables, a savoir le Représentant Spécial du Secrétaire Exécutif et le Commandant de la
Force de l’ECOMOG.

(e) Le Président du Conseil de Médiation et de Sécurité adresse á l’OUA et aux Nations unies,
un rapport sur la situation.

(f) Le Secrétariat Exécutif mobilise les ressources nécessaires aux opérations.

CHAPITRE VI

GESTION DES CONFLITS

Article 28 : Modules de force en attente

1. Les Etats membres conviennent de mettre a la disposition de L’ECOMOG des unités


dotées de moyens adéquats, des armées de terre et de l’air, de la marine, de la gendarmerie, de
la police, ou de toutes autres formations militaires, paramilitaires, ou civiles pour
l’accomplissement des missions assignées.

2. Chaque Etat membre fournit á 1’ECOMOG une unité dont la taille est déterminée en
concertation avec les autorités de la CEDEAO.

398
3. Les effectifs de ces unités sont révisables en fonction de la situation sur le terrain.

Article 29 : Mandat de la force et missions des unités déployées

Lorsque In force est déployée, ses effectifs, son mandat et les missions de ses unités évoluent
en fonction des facteurs nouveaux sur le terrain.

Article 30 : Formation et préparation des Modules de force en attente

Le Secrétariat Exécutif, par ’intermédiaire des départements concernés, et en concertation


avec les Etats membres, contribue á la formation des personnels civils et militaires
susceptibles de faire partie des unités en attente dans les différents domaines, notamment en
droit international humanitaire, et en droit de l’Homme.

2. A cet effet

(a) II aide a L’élaboration des programmes et manuels communs d’instruction et de formation


destinés aux écoles et centres nationaux;

(b) II prend des dispositions pour assurer la formation et le perfectionnement du personnel des
unités dans les centres régionaux de Côte d’Ivoire et du Ghana;

(c) II oeuvre a l’intégration de ces centres en centres sons régionaux pour la mise en oeuvre
du présent Mécanisme;

(d) II prend les mesures nécessaires pour l’organisation périodique d’exercices de cadres,
d’Etat-major, et de manœuvres conjointes

Article 31 : Missions d’observation

1. Le personnel civil et militaire non armé fourni par les Etats membres peut être déployé
Séparément du personnel armé ou conjointement avec lui. II est chargé, entre autres de la
supervision et du contrôle des cessez-1e-feu, du désarmement, de la démobilisation des
élections, du respect des droits humains et des activités humanitaires. II examine plaintes qui
lui sont soumises et entreprend toutes autres activités conformément termes de référence
déterminés par le Conseil de Médiation et de Sécurité.

2 Les missions d’observation doivent faire rapport de leurs activités et investigations


Secrétaire Exécutif.

Article 32 Nomination et attributions du Représentant Spécial

1. Sur recommandation du Secrétaire Exécutif, le Conseil de Médiation et de Sécurité


nommera un Représentant Spécial pour chaque opération entreprise par l’ECOMOG.

2. Les attributions et fonctions du Représentant Spécial sont essentiellement les suivantes

(a) En tant que Chef de Mission, il est chargé de l’orientation politique de la mission

399
(b) Il dirige les activités de maintien de la paix et prend l’initiative des négociation politiques
et diplomatiques a engager entre les parties, les Etats voisins et les autres Gouvernements
impliqués dans le règlement du conflit.

(c) Il informe les Etats fournisseurs de troupes et les autres Etats membres, chaque fois que de
besoin, de l’évolution des activités de Ia mission.

(d) Il coordonne l’action des organisations sous-régionales et internationales, y compris les


ONG engagées dans les activités de secours, d’assistance humanitaire et de consolidation de
la paix dans la zone de la mission. En cas de besoin, ii peut être assisté d’un adjoint chargé
des affaires humanitaires spécialement.

(e) Il entretient des contacts permanents avec le Secrétaire Exécutif et lui adresse des rapports
réguliers.

Article 33 : Nomination et attributions du Commandant de La force ECOMOG

1. Sur recommandation du Secrétaire Exécutif, et en consultation avec la Commission de


Défense et de Sécurité, on Commandant de la force ECOMOG sera nommé par le Conseil de
Médiation et de Sécurité, pour chaque opération.

2. Les rôles et attributions du Commandant de la Force sont essentiellement les suivants:

(a) Il est responsable auprès du Secrétaire Exécutif de l’efficacité de la mission sur le plan
opérationnel, administratif et logistique.

(b) II donne des instructions aux commandants des contingents pour la mise en oeuvre des
activités opérationnelles.

(c) II assure la sécurité du personnel et des matériels des organisations humanitaires dans la
zone de la mission.

(d) II rend compte au Secrétaire Exécutif par l’intermédiaire du Représentant Spécial.

Article 34 : Rapport hiérarchique

1. Le Représentant Spécial rend compte directement au Secrétaire Exécutif.

2. Le Commandant de la Force rend compte au Secrétaire Exécutif par le biais du


Représentant spécial.

3. Tous les commandants de contingents rendent compte directement au Commandant de la


Force.

4. Toutes les unités civiles rendent compte directement au Représentant Spécial.


400
Article 35 Responsabilités des Etats membres

Outre les autres responsabilités prévues par le Traité et le présent Protocole:

(a) Chaque Etat membre est tenu de libérer immédiatement sur demande, les modules de force
en attente avec les équipements et le matériel nécessaires;

(b) Les Etats membres s’engagent a fournir une coopération pleine et entière á la CEDEAO
dans la mise en oeuvre des mandats du présent Protocole y compris toute l’assistance et le
soutien nécessaires au Mécanisme particulièrement en ce qui concerne la libre circulation de
l’ECOMOG sur leur territoire.

CHAPITRE VII

FINANCEMENT DU MÉCANISME

Article 36 : Financement

Le Secrétariat Exécutif prévoit au niveau de son budget annuel, des fonds pour financer les
activités du Mécanisme. Des l’entrée en vigueur du Protocole régissant les conditions
d’application du Prélèvement communautaire, un pourcentage dudit prélèvement est consacré
á ces activités.

2. Une demande de financement spéciale sera adressée á 1’ONU et a d’autres agences


internationales.

3. Le financement des opérations peut également provenir de l’OUA, de contributions


volontaires, de subventions, ainsi que de la coopération bilatérale et multilatérale.

Article 37 : Pre-Financement

1. Les Etats qui fournissent des unités peuvent être invites à prendre en charge le coût des
opérations, au cours des trois (3) premiers mois.

2. La CEDEAO rembourse les frais engages par ces Etats dans un délai maximum de six (6)
mois, et assure la suite du financement des opérations.

Article 38 : Appui logistique

L’organisation de la logistique y compris le transport des troupes est mise au point par le
Secrétariat Exécutif, le pays hôte et les Etats qui fournissent les unités.

Article 39 Rémunération et conditions de service

Les rémunérations et les conditions de service du personnel sont déterminées par le Conseil
des Ministres, sur recommandation du Conseil de Médiation et de Sécurité.

401
CHAPITRE VIII

ASSISTANCE HUMANITAIRE

La CEDEAO prend une part active dans la coordination et la conduite de l’assistance


humanitaire.

Article 40 : Responsabilités de la CEDEAO

1. La CEDEAO intervient pour soulager les populations et restaurer le cours normal de la vie
dans des situations de crise, de conflit et de catastrophe.

2. A cet égard, la CEDEAO développe ses propres capacités en vue d’entreprendre


efficacement des actions humanitaires tant par mesure de prévention que pour la gestion des
conflits.

3. Dans le cas où l’environnement d’un Etat membre est sérieusement dégradé, des mesures
appropriées sont prises pour le réhabiliter.

4. La CEDEAO reconnaît, encourage et appui le rôle des femmes dans ses initiatives de
prévention, de gestion, de règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité.

Article 41 : Coopération avec les autres organisations

La CEDEAO coopère avec les institutions et organisations suivantes:

(a) les ONG nationales, régionales et les organisations religieuses;

(b) l’OUA, l’ONU et ses agences;

(c) toutes organisations internationales intervenant dans le domaine humanitaire.

2. Les unités de l’ECOMOG doivent être bien équipées pour entreprendre des actions
humanitaires dans leurs zones d’opération sous l’autorité du Représentant Spécial du
Secrétaire Exécutif.

3. L’ECOMOG apporte son assistance a toutes les actions humanitaires des agences
nationales, régionales et internationales, notamment en ce qui concerne les questions de
Sécurité.

4. En cas de besoin, elle coordonne les activités des agences humanitaires présentes sur le
terrain.

CHAPITRE IX

CONSOLIDATION DE LA PAIX

La Communauté adopte une stratégie graduée en trois (3) phases pour la consolidation de la
paix, qui est appliquée dans le cadre d’un processus continu.

402
Article 42 : Capacité institutionnelle de ta CEDEAO pour la consolidation de la paix

1. Pour prévenir a temps les troubles sociaux et politiques, la CEDEAO doit s’impliquer dans
la préparation, l’organisation et la supervision des élections programmées dans les Etats
membres. La CEDEAO doit également suivre et s’impliquer activement dans le soutien á la
mise en place d’institutions démocratiques dans les Etats membres.

2. La CEDEAO mettra en oeuvre pour aider les Etats membres sortant de situation de conflits
à augmenter leurs capacités de reconstruction sociale, économique et culturelle.

3. A cet égard, toutes les institutions financières de la CEDEAO mettront au point des
politiques pour faciliter le financement des programmes de réintégration et de reconstruction.

Article 43 : Consolidation de la paix durant les conflits

Dans les zones de conflit où règne une paix relative, la priorité doit être accordée á la mise en
oeuvre d’une politique visant à réduire toute dégradation des conditions sociales et
économiques.

Article 44 Consolidation de la paix á la fin des hostilités

Pour aider les Etats membres qui ont été affectés par les conflits violents, la CEDEAO
entreprend les activités suivantes:

(a) consolidation de la paix qui a été négociée;

(b) création de conditions favorables á la reconstruction politique, sociale et économique de la


société ainsi que des institutions gouvernementales;

(c) mise en oeuvre de programmes de désarmement, de démobilisation et de réintégration,


notamment pour les enfants soldats;

(d) rétablissement et réintégration des réfugiés et des personnes déplacées a l’intérieur;

(e) aide aux groupes sociaux vulnérables comme les enfants, les personnes âgées, les femmes,
et les groupes traumatisés de la société.

Article 45 : Restauration de l’autorité politique

Dans le cas où l’ autorité du gouvernement est inexistante ou est gravement érodée, la


CEDEAO apporte son assistance pour restaurer cette autorité. Dans le cadre de cette
assistance, elle peut procéder à la préparation, l’organisation, le suivi, la gestion des processus
électoraux avec la collaboration des organisations régionales et internationales compétentes.
La restauration de I’ autorité politique est entreprise en même temps que la promotion du
respect des droits de l’homme et le renforcement de l’Etat de droit et des institutions
judiciaires.

403
CHAPITRE X

SÉCURITÉ SOUS RÉGIONALE

Article 46 : Lutte contre la criminalité transfrontalière

1. Pour faciliter la lutte contre la criminalité transfrontalière, la CEDEAO œuvrera a une


étroite collaboration entre les services de sécurité des Etats membres.

2. Les services de sécurité des Etats membres s’entraideront mutuellement et assureront une
bonne coordination en ce qui concerne l’arrestation des criminels.

3. Les Etats membres créeront au sein de leurs ministères charges de la Justice, de la défense
et de la Sécurité des services spécialisés dotés de personnel qualifié et d’équipements de
communication pour assurer la coordination et la centralisation des questions de coopération,
notamment l’assistance mutuelle en matière pénal et les demandes d’extradition.

4. Les Etats membres feront parvenir au Secrétariat Exécutif les documents des procédures
pénales de leurs pays. Les informations fournies par les Etats membres comprendront un
résumé du déroulement de la procédure pénale du début á la fin et des conditions requises par
chaque Etat pour agréer une demande d’assistance, une extradition ou la restitution des objets
volés. Les Etats membres se communiqueront les caractéristiques de leurs unités nationales, et
échangeront entre eux des informations relatives aux autorités compétentes, ainsi qu’à la liste
actualisée des unités. Ces informations seront traduites et envoyées par le Secrétariat de la
CEDEAO á toutes les unités spécialisées (autorités centrales) habilitées à traiter des demandes
et autres questions qui peuvent se poser ni cours de la mise en oeuvre.

5. Les Etats membres rendront plus fonctionnelles et plus efficaces leurs législations
nationales en les harmonisant avec les conventions de la CEDEAO relatives á l’entraide
judiciaire en matière pénale et a l’extradition. Les Etats membres s’engagent á adopter une
Convention incriminant et réprimant les principales infractions affectant la sous région.

6. Les Etats membres tiendront des statistiques notamment sur le nombre de demandes
d’entraide judiciaire et d’extradition reçues et envoyées ainsi que les résultats obtenus. Des
réunions périodiques des services spécialisés des ministres de la Justice. De la Défense et de
la Sécurité et des bureaux nationaux d’ Interpol seront également organisés en vue d’échanger
des informations sur les affaires passés ou en cours et da prendre des mesures pour renforcer
la coopération.

7. Les Etats membres mettront au point des procédures de restitution simplifiées concernant
les véhicules et les autres objets saisis par l’Etat requis.

8. Les autorités judiciaires et policières des Etats membres de la CEDEAO considéreront les
avis rouges publiés par l’Interpol à la demande d’un Etat comme des requêtes valides
d’arrestation provisoire dans le cadre de 1’ Article 22 de la Convention d’ Extradition de la
CEDEAO.

404
9. Les Etats membres devront créer un fonds spécial pour les produits provenant de crimes
commis. Ce fonds sera utilisé comme moyen préventif ou comme moyen pour la justice
criminelle do combattre, entre autres, la criminalité trans-frontalière et le trafic de la drogue.
Les Etats membres créeront si nécessaire des bureaux de gestion des biens confisqués.

10. La législation sur la restitution des objets volés dans un Etat membre s’appliquera á tous
les crimes.

11. La CEDEAO mettra en place un Centre de Prévention et de Justice Criminelle (CPJC) qui
servira de point focal pour l’entraide judiciaire. Le Centre fera partie du Département chargé
des Affaires juridiques de la CEDEAO. Le CPJC servira en matière d’entraide judiciaire de
lien entre les Etats membres de la CEDEAO et les Etats non membres. II jouera également le
rôle de superviseur qui veillera a ce que Les Etats mettent en oeuvre les conventions qu’ils
signent.

Article 47 Coordination et mise en oeuvre des politiques

Le Secrétaire Exécutif est responsable de la coordination et de la mise en oeuvre de toutes les


décisions relatives à la sécurité régionale.

Article 48 Lutte contre la corruption

Pour éradiquer la corruption a l’intérieur de leurs territoires et dans la sous région, la


CEDEAO et les Etats membres s’engagent a promouvoir la transparence, la responsabilité et
la bonne gouvernance.

Article 49 Lutte contre le blanchiment d’argent

Le Secrétariat Exécutif de la CEDEAO et les Etats membres adoptent des stratégies pour
combattre le blanchiment d’argent en élargissant la définition de ce crime. Ils aident á
confisquer les produits du blanchiment et les fonds illicites, et á atténuer la rigueur des lois
sur le secret bancaire, au sein et á l’extérieur de la sous région.

Article 50 : Lutte contre la prolifération des armes légères

Tout en tenant compte des besoins légitimes de défense nationale, et de sécurité ainsi que des
opérations internationales de maintien de la paix, la CEDEAO prend les mesures efficaces
pour:

(a) contrôler l’importation, l’exportation, et la fabrication des armes légères et enrayer la


circulation illégale des armes;

(b) enregistrer et contrôler la circulation et l’utilisation du stock des armes légitimes;

(c) détecter, collecter et détruire toutes les armes illicites;

(d) encourager les Etats membres à collecter et à détruire les excédants d’armes.

405
Article 51 : Mesures préventives contre la circulation illégale des armes légères

La CEDEAO prendra toutes les mesures nécessaires pour combattre le trafic illicite et la
circulation des armes légères. Ces mesures comprennent:

(a) le développement d’une culture de paix;

(b) la formation des militaires, des forces de sécurité et de la police;

(c) le renforcement des contrôles d’armes aux postes frontières;

(d) la création d’une base de donnés et d’un registre régional d’armes;

(e) la collecte et la destruction des armes illégales

(f) la facilitation du dialogue avec les producteurs et les fournisseurs;

(g) la revue et l’harmonisation des législations nationales et des procédures administratives;

(h) la mobilisation des ressources.

2. La CEDEAO procédera au renforcement de ses capacités institutionnelles et


opérationnelles et celles de ses Etats membres afin de mettre en oeuvre les mesures ci-dessus
mentionnées.

3. Les Départements des Affaires politiques, de la Défense et de la Sécurité coordonnent et


suivent la mise en oeuvre de tous les programmes et activités et procèdent a l’analyse des
informations provenant des capitales de zones.

4. Les Etats membres, conformément aux directives adoptées par la CEDEAO mettront en
place des commissions nationales composés des autorités compétentes et de la société civile,
pour promouvoir et assurer la coordination des mesures prises au niveau national.

5. Toutes les armes légères et munitions utilisées, dans le cadre d’une opération de maintien
de la paix de l’ECOMOG, sont déclarées au Secrétariat Exécutif au début de ladite opération,
afin de permettre leur contrôle efficace, ainsi que leur enlèvement á la fin de celles-ci.

6. Toutes les armes collectées au cours de toute opération de désarmement sont détruites.

406
CHAPITRE XI

RELATIONS AVEC L’ORGANISATION DE L’UNlTÉ AFRICAINE, LES

NATIONS UNI ET LES AUTRES ORGANISATIONS INTERNATIONALES

Article 52 : Coopération

1. Dans le cadre de la poursuite de ses objectifs, la CEDEAO coopérera avec l’Organisation


de l’Unité Africaine (OUA), l’Organisation des Nations Unies (ONU), et toute autre
organisation internationale pertinente.

2. Dans la mise en oeuvre du présent Mécanisme, la CEDEAO coopérera pleinement avec le


Mécanisme de I ‘OUA pour la Prévention, la Gestion, et le Règlement des Conflits.

3. Conformément aux dispositions des chapitres VII et VIII de la Charte des Nations Unies, la
CEDEAO informera les Nations Unies de toute intervention militaire effectuée dans le cadre
des objectifs du présent Mécanisme.

CHAPITRE XII

DISPOSITIONS SPÉCIALES

Article 53 Abrogation

1. Les dispositions du présent Protocole remplacent toutes celles du Protocole du 29 mai 1981
relatif á I’ Assistance mutuelle en matière de Défense, qui lui sont contraires.

2. Les dispositions du Protocole de Non-agression du 22 avril 1978, qui sont incompatible


avec celles du présent Protocole sont nulles et sans effet,

3. Les engagements découlant des dispositions du présent Protocole ne seront pas interprétés
comme étant en contradiction avec l’esprit des Conventions ou Accords liant un Etat membre
á un autre Etat tiers á condition, sous peine de nullité, que ces Convention et Accords ne
soient pas en contradiction avec le présent Protocole.

Article 54 : Rationalisation des institutions sous régionales

1. La CEDEAO prendra les mesures nécessaires en vue de la rationalisation de tous le


Mécanismes, Institutions et organes de la sous région, ayant des objectifs similaires.

2. A cet égard, l’ANAD pourrait être transformé en Institution spécialisée de la CEDEAO

CHAP1TRE XIII

DISPOSITIONS GÉNÉRALES ET FINALES

Article 55 : Amendements
407
1. Tout Etat membre peut soumettre des propositions pour amender ou réviser le présent
Protocole.

2. Ces propositions doivent être soumises au Secrétaire Exécutif qui en informe les Etats
membres au plus tard trente (30) jours après leur réception. Les amendements ou révisions ne
seront examines par la Conférence que si les Etats membres en ont été informés un (1) mois
auparavant.

3. Les amendements ou révisions sont adoptés par la Conférence.

Article 56 : Retrait

1. Tout Etat membre souhaitant se retirer du Protocole doit, un (1) an au préalable faire
parvenir un avis au Secrétaire Exécutif qui en informe les Etats membres. A la fin de cette
période d’une année, si cet avis n’est pas retire, l’Etat en question cesse d’être partie prenante
au Protocole.

2. Toutefois, au cours de cette période d’un (1) an, l’Etat membre continue d’observer les
dispositions du présent Protocole et d’honorer ses obligations.

Article 57 Entrée en vigueur

1. Le présent Protocole entre en vigueur a titre provisoire des sa signature par les Chefs d’Etat
et de Gouvernement. En conséquence, les Etats membres signataires et la CEDEAO
s’engagent a commencer la mise en oeuvre des dispositions du présent Mécanisme des sa
signature.

2. Le présent Protocole entrera définitivement en vigueur des sa ratification par au moins neuf
(9) Etats signataires, conformément aux règles constitutionnelles de chaque Etat membre.

Article 58 Autorité dépositaire

Le présent Protocole, ainsi que tous les instruments de ratification seront déposés au
Secrétariat exécutif, qui en transmettra des copies certifiées conformes a tous les Etats
membres, leur notifiera les dates de dépôt des instruments, et le fera enregistrer auprès de
l’Organisation de l’Unité africaine (OUA), et l’Organisation des Nations unies (ONU) et
auprès de toutes autres organisations désignées des par le Conseil.

408
ANNEXE VI : Tableau des principaux actes terroristes d’AQMI

Période Faits Bilan

Février 2003 Enlèvement de 32 Libération


touristes européens dans
le sud algérien

4 Juin 2005 Attaque contre une 15 soldats tués


patrouille mobile de
l’armée mauritanienne

11 Avril 2007 Attentat contre le palais 33 morts et 57


du gouvernement et un blessés
commissariat de police à
Alger

11 Décembre 2007 Attentat contre le siège 72 morts et plus de


des Nations Unies à Alger 200 blessés

24 décembre 2007 Attentat contre 4 4 touristes français


touristes français à Aleg morts
en Mauritanie

22 février 2008 Enlèvement de deux Libération


touristes autrichiens au
Mali

14 septembre 2008 Attaque contre une 11 soldats tués et un


patrouille de l’armée guide touristique
mauritanienne à Tourine décapité

14 Décembre 2008 Enlèvement de deux Libération


diplomates canadiens et
de leur chauffeur au Niger

22 janvier 2009 Enlèvement de quatre 3 ont été libérés et 1


touristes européens à la exécuté
frontière entre le Mali et
le Niger

23 juin 2009 Attentat contre un Mort de la cible.


américain à Nouakchott
en Mauritanie

409
8 août 2009 Attentat contre Mort de deux
l’ambassade de France en gendarmes français
Mauritanie

26 novembre 2009 Enlèvement d’un Libération


humanitaire français au
Mali

29 novembre 2009 Enlèvement de 3 Libération


espagnols en Mauritanie

18 décembre 2009 Enlèvement d’un couple Libération


italo-burkinabé en
Mauritanie

20 avril 2010 Enlèvement d’un français Assassiné


au Niger

30 juin 2010 Attaque contre les forces 11 personnes tuées


de sécurité en Algérie

16 septembre 2010 Enlèvement de 7 salariés En cours


d’Areva et Satom au Niger

7 janvier 2011 Enlèvement de deux Assassinés


français à Niamey

410
ANNEXE VI : Scénario de la Jonction fatale

411
ANNEXE VII : Scénario de la tenaille infernale

412
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421
422
TABLE DES MATIERES

UNITE DE RECHERCHE ...................................................................................................................... 5

DIRECTEUR DE RECHERCHE ........................................................................................................... 5

A MON PERE ET MA MERE................................................................................................................ 7

REMERCIEMENTS ............................................................................................................................... 9

RESUME EN FRANÇAIS .................................................................................................................... 13

RESUME EN ANGLAIS ...................................................................................................................... 15

MOTS CLES ......................................................................................................................................... 17

SIGLES ET ABREVIATIONS ............................................................................................................. 21

INTRODUCTION GENERALE ........................................................................................................... 25

Vue d’ensemble ..................................................................................................................................... 25

Intérêt du sujet ....................................................................................................................................... 45

Problématique ....................................................................................................................................... 48

Méthodologie ......................................................................................................................................... 51

Les limites.............................................................................................................................................. 53

Les promesses ........................................................................................................................................ 54

Chapitre 1 : Le fondement du mécanisme initial de sécurité de la CEDEAO....................................... 55

Section 1 : L’architecture du mécanisme initial de sécurité de la CEDEAO .................................... 55

Paragraphe 1 : Les composantes juridiques du mécanisme initial de sécurité de la CEDEAO 56

A- Le protocole de non agression ........................................................................................... 56

B- Le Protocole d’Assistance Mutuelle en matière de Défense. ............................................ 57

Paragraphe 2 : La détermination de la nature du mécanisme initial de sécurité de la CEDEAO


61

Section 2 : L’avènement du conflit libérien ...................................................................................... 64

Paragraphe 1 : La primauté de la cause identitaire du conflit libérien par rapport à la cause


partisane ................................................................................................................................... 67

423
A- La cause identitaire du conflit libérien : ............................................................................ 68

B- La cause partisane du conflit libérien : .............................................................................. 70

Paragraphe 2 : L’affaiblissement de la cause identitaire au profit de la cause partisane.......... 74

A- Les factions combattantes : ............................................................................................... 74

B- La détermination de la motivation des factions armées : .................................................. 75

Paragraphe 3 : Les causes socio-économiques du conflit libérien ........................................... 77

A- La dégradation des conditions économiques avant 1989 .................................................. 77

B- La crise de la jeunesse libérienne ...................................................................................... 78

C- Le rôle de l’Avaritia dans le conflit libérien...................................................................... 79

Chapitre 2 : L’intervention de la CEDEAO dans le conflit libérien ..................................................... 83

Section 1 : La gestion improvisée du conflit libérien ........................................................................ 83

Paragraphe 1 : Les caractéristiques de l’improvisation ............................................................ 83

A- L’implication des comités ad hoc dans le règlement du conflit libérien ........................... 84

B- La création de l’ECOMOG ............................................................................................... 86

Paragraphe 2 : les causes de l’improvisation de la gestion du conflit libérien par la CEDEAO.


88

A- La crainte des Etats de la CEDEAO face au risque de la régionalisation du conflit libérien


88

B- L’incapacité de l’OUA dans le règlement du conflit libérien............................................ 91

C- L’intervention tardive de certains acteurs clés .................................................................. 93

Section 2 : Le bilan mitigé de l’intervention de l’ECOMOG dans le conflit libérien ...................... 97

Paragraphe 1 : Les échecs ........................................................................................................ 97

A- L’ambiguïté du mandat de l’ECOMOG ............................................................................ 97

B- L’Ecomog et son rôle dans les atteintes aux droits inhérents à la personne humaine. .... 102

C- L’avènement du conflit en Sierra Léone ......................................................................... 105

424
Paragraphe 2 : Les succès de l’intervention de l’Ecomog ...................................................... 109

A- Les missions de protection .............................................................................................. 109

B- Le désarmement .............................................................................................................. 111

Chapitre 3 : Le nouveau mécanisme de sécurité de la CEDEAO ....................................................... 115

Section 1 : Le protocole relatif au mécanisme de prévention, de gestion, de règlement des conflits,


de maintien de la paix et de la sécurité : source principale du nouveau mécanisme ....................... 116

Paragraphe 1 : La réalisation de la sécurité humaine ............................................................. 116

A- La définition de la sécurité humaine : ............................................................................. 117

B- Les sources théoriques de la sécurité humaine et les controverses doctrinales relatives à la


sécurité humaine :.................................................................................................................... 120

Paragraphe 2 : Les composantes sécuritaires du nouveau mécanisme de sécurité de la


CEDEAO................................................................................................................................ 125

A- La lutte contre les menaces non militaires contemporaines : .......................................... 125

B- La lutte contre les menaces non militaires : .................................................................... 133

Section 2 : L’application du nouveau mécanisme de sécurité ......................................................... 143

Paragraphe 1 : L’organisation du nouveau mécanisme de sécurité de la CEDEAO .............. 143

A- Les organes principaux .................................................................................................... 143

B- Les organes d’appui : ...................................................................................................... 145

Paragraphe 2 : Le fonctionnement du mécanisme de la sécurité........................................... 148

A- Les conditions d’application du mécanisme de sécurité ................................................. 148

B- Les décisions résultantes de l’application du mécanisme de sécurité ............................. 150

Chapitre 4 : L’amélioration de la gouvernance : appui au protocole relatif au mécanisme de


prévention, de gestion, de règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité ................ 159

Section 1 : L’établissement de la Cour de Justice de la CEDEAO : ............................................... 162

Paragraphe 1 : L’organisation de la Cour ............................................................................... 162

A- La Composition de la Cour de Justice de la CEDEAO ................................................... 162

425
B- Les compétences de la Cour de Justice de la CEDEAO.................................................. 164

Paragraphe 2 : Le Fonctionnement ......................................................................................... 166

A- La fonction contentieuse.................................................................................................. 166

B- La fonction consultative .................................................................................................. 168

Paragraphe 3 : Les textes juridiques de référence de la CJCEDEAO .................................... 170

A- Les Textes juridiques adoptés par la CEDEAO : ............................................................ 170

B- La référence de la Cour de Justice de la CEDEAO à d’autres textes de protection des


droits de l’homme .................................................................................................................... 172

Section 2 : L’implication de la CEDEAO dans l’observation électorale ........................................ 176

Paragraphe 1 : Les généralités sur l’observation des élections .............................................. 176

Paragraphe 2 : Les modalités de l’observation électorale par la CEDEAO .......................... 180

Chapitre 5: La lutte contre la prolifération des armes légères : appui au protocole relatif au mécanisme
de prévention, de gestion, de règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité. ........... 185

Section 1 : Les conséquences de la prolifération des armes légères et de petit calibre ................... 186

Paragraphe 1 : Le rôle des ALPC dans l’accroissement de la violence armée ....................... 186

Paragraphe 2 : L’impact de la prolifération des ALPC sur le développement ....................... 188

Section 2 : La stratégie adoptée par la CEDEAO pour lutter contre la prolifération des armes
légères.............................................................................................................................................. 192

Paragraphe 1 : L’ancien cadre de lutte contre la prolifération des ALPC. ............................. 192

- La mise en œuvre du moratoire : ..................................................................................... 194

Paragraphe 2 : l’actuel cadre de lutte contre la prolifération des ALPC ................................ 196

A- L’adoption de la convention de lutte contre les armes légères et de petit calibre de la


CEDEAO ................................................................................................................................. 196

B- L’établissement d’ECOSAP comme structure d’application de la convention ............... 199

Chapitre 6 : Le nouveau mécanisme de sécurité de la CEDEAO à l’épreuve des conflits internes .... 203

Section 1 : La CEDEAO face au conflit ivoirien ............................................................................ 203

Paragraphe 1 : Les causes du conflit ivoirien ......................................................................... 203

426
A- La cause ethnique du conflit ivoirien .............................................................................. 203

B- La cause partisane du conflit ivoirien .............................................................................. 207

C- La cause socio-économique du conflit ivoirien ............................................................... 212

Paragraphe 2 : La pluralité des acteurs de la gestion du conflit ivoirien ................................ 217

A- Le rôle de la CEDEAO dans le règlement du conflit ivoirien ......................................... 217

B- L’intervention d’autres Organisations Internationales .................................................... 220

- Le Rôle de l’Union Africaine .......................................................................................... 220

C- L’intervention de la France ............................................................................................. 224

- Le déploiement d’une force d’interposition militaire ...................................................... 224

- Le parrainage des accords de Marcoussis........................................................................ 225

Section 2 : La résurgence des rébellions armées dans l’espace CEDEAO...................................... 227

Paragraphe 1 : La CEDEAO face aux rébellions touarègues dans la bande sahélo-saharienne.


227

A- L’état de la rébellion touarègue dans la bande sahélo-saharienne .................................. 227

- La rébellion touarègue au Mali........................................................................................ 228

- La question touarègue au Niger ....................................................................................... 228

B- Les réactions de la CEDEAO dans la lutte contre les rébellions..................................... 229

Paragraphe 2 : La rébellion armée du MEND dans le Delta du niger .................................... 230

A- Les causes de la rébellion dans le delta du niger : ........................................................... 230

B- Les impacts de la rébellion .............................................................................................. 236

- L’impact économique ...................................................................................................... 236

- Les impacts sécuritaires de la crise ................................................................................. 237

Chapitre 7 : Le nouveau mécanisme de sécurité à l’épreuve du terrorisme ........................................ 241

Section 1 : Le terrorisme Salafiste .................................................................................................. 241

427
Paragraphe 1 : Du Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat à Al-Qaïda au Maghreb
Islamique : les acteurs terroristes au Sahel ............................................................................. 242

A- L’histoire du GSPC ......................................................................................................... 242

B- L’évolution du GSPC en AQMI ...................................................................................... 245

Paragraphe 2 : L’intérêt des terroristes pour la bande sahélo-saharienne .............................. 248

A- La porosité des frontières ................................................................................................ 248

B- Le développement du trafic et de la contrebande : .......................................................... 249

C- L’immigration clandestine............................................................................................... 251

A- La lutte sur le plan judiciaire : ......................................................................................... 253

B- La lutte sur le plan militaro-sécuritaire : ......................................................................... 256

Section 2 : Le Boko-Haram ............................................................................................................. 258

Paragraphe 1 : L’idéologie du Boko-Haram .......................................................................... 258

Paragraphe 2 : les actions terroristes du Boko-Haram ........................................................... 260

Chapitre 08 : Le nouveau mécanisme à l’épreuve de la gouvernance politique dans l’espace CEDEAO


............................................................................................................................................................. 263

Section 1: Les cas d’atteintes à la démocratie : ............................................................................... 263

Paragraphe 1 : Le Niger ......................................................................................................... 263

A- La réalité de l’instabilité politique nigérienne ................................................................. 263

B- Les réactions de la CEDEAO .......................................................................................... 264

Paragraphe 2 : La Guinée Bissau ........................................................................................... 266

A- La présentation de l’instabilité politique ......................................................................... 266

B- Les réactions de la CEDEAO .......................................................................................... 267

Paragraphe 3 : La Côte d’Ivoire ............................................................................................. 269

A- La présentation de la crise postélectorale ivoirienne de 2010 : ....................................... 269

B- Les réactions de la CEDEAO .......................................................................................... 270

428
Section 2: L’avancée de la bonne gouvernance .............................................................................. 272

Paragraphe 1 : Le TOGO ....................................................................................................... 272

A- L’effectivité de la démocratie au Togo ........................................................................... 272

B- La fermeté de la CEDEAO dans la crise togolaise.......................................................... 273

Paragraphe 2 : La Guinée ....................................................................................................... 275

A- L’effectivité de la démocratie en Guinée ........................................................................ 275

B- Les réactions de la CEDEAO dans la crise guinéenne .................................................... 276

Chapitre 09 : L’avenir de la CEDEAO dans sa quête de la paix et de la sécurité : ............................. 279

Section 1 : L’analyse structurelle de l’Afrique de l’Ouest .............................................................. 279

Paragraphe 1 : Les variables internes ..................................................................................... 279

A- Les Variables politiques : ................................................................................................ 279

B- Les Variables économiques : ........................................................................................... 282

C- Les variables socioculturelles :........................................................................................ 286

Paragraphe 2 : Les variables externes .................................................................................... 291

A- Le poids d’autres Etats : .................................................................................................. 291

B- Le poids des Organisations Internationales ..................................................................... 300

Section 2 : L’indispensable renforcement du rôle de la CEDEAO dans sa quête de la paix et de la


sécurité. ............................................................................................................................................... 308

Paragraphe 1 : « le bel avenir » des menaces......................................................................... 308

A- Les menaces militaires contemporaines .......................................................................... 309

B- Les menaces non militaires ............................................................................................. 313

Paragraphe 2 : L’inertie de la CEDEAO dans ses actions...................................................... 316

A- Les failles inhérentes au fonctionnement de la CEDEAO .............................................. 316

B- La prolifération des Organisations Internationales concurrentes à la CEDEAO............. 319

Chapitre 10 : Les mesures correctrices pour un avenir radieux de la CEDEAO................................. 325

429
Section 1 : La réforme du secteur de la sécurité : mesure à court terme ......................................... 325

Paragraphe1 : La centralité de la réforme des systèmes de sécurité pour l’avenir de la


CEDEAO................................................................................................................................ 325

Paragraphe 2 : Les modalités de la Réforme des Systèmes de la Sécurité ............................. 328

A- Les principes à respecter par les pays donateurs : ........................................................... 328

B- La détermination des activités de la réforme des systèmes de sécurité ........................... 329

Section 2 : L’adoption du fédéralisme régional comme nouvelle stratégie d’intégration ............... 331

Paragraphe 1 : Les vertus du fédéralisme en Afrique de l’Ouest ........................................... 332

A- Les avantages politiques : ................................................................................................ 332

B- Les avantages économiques : .......................................................................................... 334

Paragraphe 2 : Les vecteurs sous tendant la détermination du fédéralisme sous-régional


comme nouvelle stratégie d’intégration de la CEDEAO ....................................................... 337

A- Le panafricanisme ........................................................................................................... 337

B- L’héritage des Empires :.................................................................................................. 339

CONCLUSION GENERALE ............................................................................................................. 343

TABLE DES ANNEXES .................................................................................................................... 347

TABLE DES MATIERES................................................................................................................... 423

430

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