Col. Abdoulaye MAIGA - Thèse - Doctorat - Science Po
Col. Abdoulaye MAIGA - Thèse - Doctorat - Science Po
ABDOULAYE MAIGA
JURY
DIRECTEUR DE THESE :
CO-RAPPORTEURS :
SUFFRAGANTS :
- Le Général de Brigade Samballa Illo DIALLO
Directeur du Centre d’Etudes Stratégiques/ Ministère des Affaires Etrangères du Mali.
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DOCTORAT DE SCIENCE POLITIQUE
ABDOULAYE MAIGA
JURY
DIRECTEUR DE THESE :
CO-RAPPORTEURS :
SUFFRAGANTS :
- Le Général de Brigade Samballa Illo DIALLO
Directeur du Centre d’Etudes Stratégiques/ Ministère des Affaires Etrangères du Mali.
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UNITE DE RECHERCHE
CLESID
Centre Lyonnais d’Etudes de Sécurité Internationale et de Défense/ Université Lyon III, Jean
Moulin
15 Quai Claude Bernard/ BP 0638/ 69239 Lyon Cedex 02
Tel : +(33) 04 78 78 70 59
Fax : + (33) 04 78 78 75 25
Mail : clesid@iniv-lyon3.
DIRECTEUR DE RECHERCHE
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A MON PERE ET MA MERE :
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REMERCIEMENTS
Nos vifs remerciements sont adressés au Professeur Jean Paul Joubert, qui a
accepté de diriger cette thèse et n’a ménagé aucun effort pour nous apporter
son soutien constant et indéfectible, tout au long de mes études en France.
Nous remercions également les membres du jury, qui ont bien voulu, nous
honorer de leur présence et émettre des observations éclairées sur la présente
thèse.
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« Un enseignant demande un jour à ses étudiants : « quand peut-on dire que la nuit s’achève et
que le jour se lève ?
La nuit s’achève lorsqu’on a diplômes, métier, argent, et surtout santé, amitié, amour,
La nuit s’achève lorsque les enfants du monde, souffrent moins et lorsque toutes les personnes
seront réunies un jour au paradis, s’il existe.
Après un silence une petite voix se risque : je crois que la nuit s’achève et que le jour se lève
lorsqu’on distingue un être humain d’un arbre, un arbre d’un canon, un canon d’une charrue,
une charrue d’un morceau de pain.
Le jour se lève quand on ne distingue plus l’arbre malade de celui qui va bien puisque tous
respirent,
Le jour se lève quand on ne distingue plus un canon d’une charrue puisque tous les canons ont
été transformés en charrues,
Le jour se lève quand on ne distingue plus les pauvres des riches puisque tous ont assez de
pain,
Le jour se lève quand on ne distingue plus ceux qui sont commandés de ceux qui commandent
puisque tous décident.
Ainsi, dit l’enseignant, se connaitre, être, avoir, aimer, moins souffrir, construire et vivre un
monde durable, pacifique, équitable, démocratique… tout cela- et bien de choses encore-fait
que la nuit s’achève et que le jour se lève. Peut-être pourrait-on simplement ajouter que la nuit
s’achève et que le jour se lève lorsqu’on peut voir dans le visage de chaque être humain celui
d’un frère ou d’une sœur. Alors la nuit s’achève, l’aube apparaît, une aube d’humanité »
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RESUME EN FRANÇAIS
Après plus de 30 ans d’expériences dans le processus d’intégration, n’est t-il pas désormais
évident que la réussite de l’organisation dans le maintien de la paix et de la sécurité est
intimement liée au progrès accompli dans l’intégration économique ? La faiblesse des
perspectives économiques des Etats de la CEDEAO n’appelle-t-elle pas à modifier la stratégie
d’intégration de la CEDEAO ? L’adoption du fédéralisme à l’échelle ouest-africaine ne peut-
elle pas constituer une voie salvatrice pour la CEDEAO ?
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RESUME EN ANGLAIS
The Economic Community of West Africa is an international organization that was involved
very early in the peacekeeping and security. It undertook military intervention in some West
African states, like Liberia, Sierra Leone, and Guinea Bissau. In 1999, ECOWAS has made a
strategic shift in security. This was manifested by the adoption of a new security mechanism
to place the human at the heart of security concerns. The new objective of ECOWAS is to
achieve human security for the citizens of West Africa. It turns out that the realization of
human security requires economic and financial means, or the West African states are among
the poorest in the world. Also, since the adoption of the new security mechanism, ECOWAS
meeting more and more difficult to achieve the noble principles and recommendations
contained in its legal system, in a context of increased of contemporary military and non
military threats.
After over 30 years of experience in the integration process, is there not now clear that the
success of the organization in peacekeeping and security is closely linked to progress in the
economic integration? The weak economic outlook states of ECOWAS calls does not change
the strategy of integration of ECOWAS? The adoptions of federalism across West Africa
cannot it be a way of salvation for ECOWAS?
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MOTS CLES
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MOTS CLES
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SIGLES ET ABREVIATIONS
INFP : Independent National Patriotic Front/ Front Patriotique pour l’Indépendance Nationale
LURD : Liberian United for reconciliation and Development/ Libériens unis pour la
réconciliation et la démocratie
MILOCI : Mouvement Ivoirien pour la Libération de l’Ouest de la Côte d’Ivoire
MPCI : Mouvement patriotique de la Côte d’Ivoire
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M.P.J : Mouvement pour la Paix et la Justice
REMERCIEMENTS ............................................................................................................................... 9
Problématique ....................................................................................................................................... 48
Méthodologie ......................................................................................................................................... 51
Les limites.............................................................................................................................................. 53
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Chapitre 4 : L’amélioration de la gouvernance : appui au protocole relatif au mécanisme de
prévention, de gestion, de règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité ................ 159
Chapitre 5: La lutte contre la prolifération des armes légères : appui au protocole relatif au mécanisme
de prévention, de gestion, de règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité. ........... 185
Section 1 : Les conséquences de la prolifération des armes légères et de petit calibre ................... 186
Section 2 : La stratégie adoptée par la CEDEAO pour lutter contre la prolifération des armes
légères.............................................................................................................................................. 192
Chapitre 6 : Le nouveau mécanisme de sécurité de la CEDEAO à l’épreuve des conflits internes .... 203
Section 2 : L’adoption du fédéralisme régional comme nouvelle stratégie d’intégration ............... 331
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INTRODUCTION GENERALE
Vue d’ensemble :
De l’expulsion d’Adam et d’Eve du jardin d’Eden comme source d’insécurité terrestre :
« (…) tu as mangé de l'arbre au sujet duquel je t'avais donné cet ordre : Tu n'en mangeras
point ! Le sol sera maudit à cause de toi (…) Et l'Éternel Dieu le chassa du jardin d'Éden… »1.
A la lecture de ces deux passages de la bible, il ressort le désespoir pour l’humanité. En effet,
la colère divine suite à la désobéissance d’Adam et d’Eve peut légitimement être considérée
comme le début du malheur humain. La malédiction du sol ne se traduit-elle pas par la guerre,
la famine, les maladies, l’insécurité d’une façon générale.
De la non-acceptation des conséquences de l’expulsion d’Adam et d’Eve du jardin d’Eden :
fondement des stratégies de paix :
Toutefois, les sanctions infligées à la descendance d’Adam et d’Eve par dieu, n’ont
pas empêché cette dernière à réfléchir à différents moyens, pour que son séjour sur terre, en
attendant le repos éternel, puisse être moins douloureux et moins pénible. Il s’agit là, pour
l’humanité de refuser la fatalité. Parmi les entreprises les plus célèbres imaginées par
l’Homme, pour apaiser sa souffrance terrestre, figurent les stratégies de paix visant à mettre
fin aux conflits opposant les humains entre eux, les conflits eux-mêmes étant une preuve de la
malédiction divine.
En effet, il est impossible de déterminer avec exactitude la date à laquelle, les
Hommes ont tenté de mettre fin à leur querelle, de la même façon qu’il est impossible de
déterminer la date du déclenchement des conflits entre les humains, la guerre et la paix sont
inhérentes à la nature humaine.
Ces deux passages de la bible justifient que l’homme soit condamné à la quête
perpétuelle de la paix et la sécurité, sans jamais réussir à l’obtenir, car faisant l’objet de la
sanction divine. A défaut de concrétiser la paix et la sécurité, des mécanismes ont été
imaginés pour tendre vers plus de paix et plus de sécurité : stratégie de paix.
1
Genèse 3. 17 et 3.23 du nouveau testament, la même version se trouve dans le coran, « sourate
de la vache, versets 34 », toutefois, c’est la version biblique qui se prête le plus à l’objectif de cette
thèse, à savoir l’évocation de la malédiction sol.
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L’institutionnalisation des mécanismes de paix :
Cependant, en faisant abstraction des initiatives individuelles de règlement des
conflits, trop nombreuses pour être étudiées, il est à noter, que les mécanismes conçus pour
quêter la paix et la sécurité, ont commencé à être institutionnalisés avec la création de la
Société Des Nations, en 1920. La SDN a été crée à la suite de la première guerre mondiale.
Pendant ce conflit, les Hommes se sont entre-tués à hauteur de 23 millions de morts, du 28
juillet 1914 au 11 novembre 1918. Ce conflit s’est singularisé de tous ceux qui l’ont précédé,
par sa durée, son extension géographique, le nombre de belligérants qu’il a opposés, le
nombre des victimes et l’ampleur des destructions qu’il a engendrées. Par ailleurs, la pression
des opinions publiques, résumée par l’expression « Plus jamais ça » accrédite l’idée que la
sécurité des Etats, organisation politique regroupant des humains, doit être garantie dans un
cadre collectif permettant d’instaurer un ordre international, pour mettre fin aux velléités
bellicistes des États. Déjà en 1918, le Président américain Wilson, dans sa déclaration en
quatorze points2 a proposé des solutions pour éviter d’autres guerres mondiales.
L’idée de la sécurité collective, c'est-à-dire que : « la paix doit être assurée par tous,
pour tous, contre tous et avec tous […] quand l’un d’entre eux portent atteinte au pacte
(notamment par une agression), les autres se ligueront pour les sanctionner et les ramener
2
C’est le nom donné à un discours du président américain Woodrow Wilson prononcé le 8 janvier
1918 et énumérant 14 points pour éviter le déclenchement d’une autre guerre mondiale, il s’agit
des points suivants :
La disparition de la diplomatie secrète et des accords de paix ouvertement négociés ; La liberté
absolue de la navigation sur mer ; La suppression des barrières économiques et l’établissement de
conditions commerciales égales pour toutes les nations ; La réduction des armements ; L’étude
des revendications coloniales conformément aux intérêts des populations ; La réorganisation de la
Russie sous un Gouvernement librement choisi par le peuple ; L’évacuation, la restauration,
l’indépendance absolue de la Belgique ; L’évacuation du territoire français ; la réparation du tort
fait à la France par la Prusse en 1871 par la prise de l’Alsace-Lorraine ; Le réajustement des
frontières italiennes suivant une ligne des nationalités clairement reconnaissable ; Le
développement autonome des peuples d’Autriche-Hongrie ; L’évacuation de la Roumanie, de la
Serbie, du Monténégro ; l’accès de la Serbie à la mer ; L’autonomie des peuples non turcs de
l’Empire ottoman ; La constitution d’une Pologne indépendante avec des territoires habités par
une population incontestablement polonaise et ayant accès à la mer ; La formation d’une Ligue
des Nations qui devra fournir une garantie réciproque d’indépendance politique et territoriale à
tous les petits États.
26
dans le droit chemin »3 ou que : « Tous doivent être concernés par les problèmes de sécurité
de chacun»4, constitue la genèse de la Société des Nations.
L’institutionnalisation du mécanisme de quête de la paix et de la sécurité, symbolisée
par la Société Des Nations a impliqué, outre une pérennité, plusieurs considérations juridiques
et politiques. La Société Des Nations a été créée par une charte qui lui confère une
organisation et un fonctionnement.
Le pacte comportait 26 articles. L’administration de la Société des Nations était
constituée par une Assemblée, un Conseil et un Secrétariat. L’Assemblée se réunissait
annuellement à Genève, elle était constituée de trois représentants par État membre, lesquels
possédaient chacun une voix. Le Conseil se composait de cinq membres permanents : la
France, le Royaume-Uni, l’Italie, le Japon, la Chine ; et de membres non permanents, élus par
l’Assemblée pour trois ans. Le Conseil se réunissait au moins trois fois par an, afin de
débattre de la réduction des armements et des problèmes politiques. Les décisions étaient
prises à l’unanimité. Le Secrétariat, dirigé par un Secrétaire Général, traitait des tâches
administratives.
Le mécanisme de la sécurité collective au sein de la SDN était basé, essentiellement
sur les articles 10 et 16 du pacte de la SDN. Deux articles consacrant le principe de solidarité
en cas d’agression.
Article10 : « les membres de la société s’engagent à respecter et à maintenir contre toute
agression extérieure l’intégrité territoriale et l’indépendance politique présentes de tous les
membres de la société. En cas d’agression, le conseil avise aux moyens d’assurer l’exécution
de cette obligation ».
Article 16 : « Si un Membre de la Société recourt à la guerre, contrairement aux engagements
pris […] il est ipso facto considéré comme ayant commis un acte de guerre contre tous les
autres Membres de la Société. Ceux-ci s'engagent à rompre immédiatement avec lui toutes
relations commerciales ou financières, à interdire tous rapports entre leurs nationaux et ceux
de l'Etat en rupture de pacte et à faire cesser toutes les communications financières,
commerciales ou personnelles entre nationaux de cet Etat et ceux de tout autre Etat, Membre
ou non de la Société.
La SDN assista impuissante à la montée des périls qui vont déboucher sur la seconde
guerre mondiale, aux conséquences plus graves que la première, eu égard les pertes en vies
humaines, qui ont atteint plus 40 millions de morts, et les dépenses financières chiffrées à des
centaines de milliards de dollars.
Avant même la fin de la seconde guerre mondiale, les alliés ont pris conscience de la
nécessité de mettre en place une structure mondiale capable de maintenir la paix et la sécurité
internationales, la première étape dans cette initiative a été la signature de la charte de
l’atlantique en 1941, par le Président Roosevelt des Etats-Unis et le Premier Ministre
britannique Churchill, celle-ci permettra ensuite, la signature de la charte des Nations Unies,
28
le 26 juin 1945, à San Francisco, par les représentants de 50 Etats. La charte comporte 16
chapitres et 111 articles, elle énumère un ensemble de règles de conduite destinées à assurer la
sécurité internationale et la paix. La Charte de l’ONU a également été construite à partir du
concept de sécurité collective5.
La nouvelle organisation, basée à New York, comprend 6 organes principaux :
l’Assemblée Générale, le Conseil de Sécurité, le Secrétariat Général, le Conseil Economique
et Social, le Conseil de Tutelle, la Cour Internationale de Justice et plusieurs institutions
spécialisées. Celles-ci sont chargées de la coopération intergouvernementale, en dehors du
domaine politique. A la différence de la SDN6, l’ONU a introduit une nouveauté, qui consiste
à coopérer avec les Organisations Régionales dans le maintien de la paix et de la sécurité,
cette nouveauté est désignée par l’expression : régionalisation de la sécurité.
Le développement de la régionalisation de la sécurité :
La reconnaissance du rôle des Organisations Régionales dans le maintien de la paix et
de la sécurité internationales a suscité des controverses, depuis la création de la SDN. Le
Président Wilson, qui était attaché à la Société Des Nations, était contre tout projet qui
s’inscrirait en dehors d’un cadre universel, la SDN était considérée comme : « expression de
son grand dessein d’universalité, qui bannissait à tout jamais les alliances »7.
Entre les vœux et la réalité, il y a tout un fossé, devant l’opposition du Président
français Georges Clemenceau, qui tenait aux systèmes d’alliances8 et la pression de
politiciens américains, soucieux de préserver la doctrine Monroe, la conception absolue de
l’universalisme été mitigée. L’article 21 du pacte de la SDN précisait que : «Les engagements
internationaux, tels que les traites d'arbitrage et les ententes régionales, comme la doctrine de
5SUR Serge « la sécurité collective : une problématique », colloque les Nations Unies en 2005,
Sénat, Salle Monnerville, 6 juin 2005 pp 1
6 Le phénomène d’existence d’accords entre des Etats en dehors d’une Organisation
Internationale, existait à l’époque de la SDN, il s’agissait des ententes régionales, basées sur des
alliances entre des Etats. Le phénomène d’entente régionale a joué un grand rôle dans le
déclenchement de la seconde guerre mondiale, du fait de l’alliance entre l’Allemagne, l’Italie e le
Japon, qui ont signé entre eux le pacte antikomminterne, le 06 Novembre 1937, puis le pacte
germano-italien du 22 mai 1939, la responsabilité de ces Etats sera prouvée dans l’éclatement de
la seconde guerre mondiale.
7 SABA Hanna, « Les accords régionaux dans la Charte de l’ONU », Recueil des Cours de
l’Académie de Droit International 1952- I, tome 80, p.649 ;
8KAMTO Maurice, « Le rôle des “accords et organismes régionaux” en matière de maintien de la
paix et de la sécurité internationales à la lumière de la Charte des Nations Unies et de la
pratique internationale », in Revue Générale de Droit International Public 2007, vol.111, n°4, pp
774.
29
Monroe, qui assurent le maintien de la paix, ne sont considérés comme incompatibles avec
aucune des dispositions du présent Pacte. »
Au moment de la création de l’ONU, la même controverse entre d’une part, les Etats
opposés au régionalisme, il s’agissait essentiellement des Etats vainqueurs de la guerre et
d’autre part, les Etats adeptes du régional, dans ce groupe on retrouvait essentiellement des
Etats arabes réunis dans la ligue arabe et des Etats de l’Organisation des Etats Américains.
Finalement, une part belle sera réservée aux accords régionaux, à travers le chapitre 8
de la charte des Nations Unies qui est intitulé : Accords Régionaux. Les Nations Unies
retiennent comme principe fondamental, que les accords ou organismes régionaux aient des
activités compatibles avec les buts et les principes des Nations Unies, ensuite les accords ou
organismes régionaux sont subordonnés aux Nations Unies, en particulier s’il s’agit du
déclenchement d’une action coercitive, ils doivent demander l’autorisation du Conseil de
Sécurité à cet effet. Aussi, dans certains cas, le Conseil de Sécurité pourra s’appuyer sur des
accords ou organismes régionaux pour faire appliquer des actions coercitives.
Toutefois, la charte nourrit un mutisme très profond sur la notion d’accords ou
d’organismes régionaux, qui n’a pas été définis. Selon la doctrine, la différence entre accords
et organismes régionaux est liée à : « une différence de degré d’institutionnalisation »9.
Comme son nom l’indique, les organismes régionaux sont plus institutionnalisés que les
accords régionaux, le premier possède la personnalité juridique internationale, contrairement
au second. Il existe deux types de conception relative à la notion d’accords ou d’organismes
régionaux : une conception restrictive et une conception large.
La conception restrictive est celle qui est initiale. Dès la signature de la charte de San
Francisco jusqu’en 1990, la qualification d’organismes régionaux n’a été accordée qu’à
quelques rares organismes : l’Organisation des Etats Américains, l’Organisation de l’Unité
Africaine et la Ligue Arabe10. A l’opposé, la qualité d’organisme régional selon le chapitre
VIII, a été refusée à la commission du bassin du Lac Tchad, que la Cour Internationale de
11
Cour Internationale de Justice, Exceptions préliminaires, 11 juin 1998, Cameroun/Nigéria, Recueil 1998, p
307, alinéa 67.
12
13
LAVIELLE Jean Marc, Relations internationales, ellipses 2003, p 94
14
A sa création, la CEDEAO comptait 16 Etats, le retrait de la Mauritanie en 2001, pour rejoindre l’Union du
Maghreb Arabe a réduit le nombre à 15 Etats
31
- Les origines de la CEDEAO :
L’établissement de la CEDEAO ne s’est pas fait ex-nihilo. En effet, la création des
Organisations internationales en Afrique, remonte aux années d’indépendance, en particulier
la décennie 1950-1960. Une fois, l’indépendance acquise, les Etats africains ont pris
conscience d’une part, de leur balkanisation et d’autre part, de la nécessité de s’unir pour faire
face au monde industrialisé.
En Afrique de l’Ouest, la première Organisation Internationale à vocation
économique, qui a vu le jour en 1959, a été l’Union Douanière des Etats d’Afrique de
l’Ouest. Cette organisation fut suivie par d’autres, comme l’Organisation pour la Mise en
Valeur du Fleuve Sénégal, l’Union Monétaire Ouest Africaine, l’Association pour le
Développement de la Riziculture en Afrique de l’Ouest. La dynamique de la coopération en
Afrique de l’Ouest, symbolisée par le nombre d’organisations de coopération, traduisait en
réalité une division profonde des Etats ouest africains. En effet, ces différentes organisations
étaient basées sur la solidarité linguistique, elles réunissaient essentiellement des Etats
d’Afrique de l’Ouest francophones15, les Etats anglophones et lusophones n’étaient pas
membres, l’autre aspect négatif de ces différentes organisations, était la ressemblance entre
leurs objectifs, celle-ci démontrant une dispersion des forces, le maintien d’une seule
Organisation Internationale, au détriment des autres, aurait été plus judicieux. Cependant, une
analyse approfondie de la création des organisations internationales, à cette époque, permet
d’identifier un déterminant de taille, ces organisations se caractérisaient par le maintien des
relations coloniales, qui n’avaient pas disparues avec l’indépendance des Etats d’Afrique de
l’Ouest. Les Etats francophones avaient des relations privilégiées avec leur ancien
colonisateur : la France, c’était le même cas, s’agissant des Etats anglophones d’Afrique de
l’Ouest, le Nigeria, le Ghana, la Gambie et la Sierra Léone, par rapport à la Grande Bretagne.
L’idée de créer une Organisation Internationale en Afrique de l’Ouest, qui aurait pour
objectif de transcender les différences linguistiques liées à la colonisation, a germé en 1967,
avec la signature des clauses d’association de la communauté économique ouest-africaine.
Cependant, cette association qui regroupait tous les Etats d’Afrique de l’Ouest n’a pas vécu
longtemps, du fait de la tentation de regroupement sur des solidarités linguistique et coloniale,
15
Les Etats membres de l’Union Douanière des Etats d’Afrique de l’Ouest étaient : la Côte d'Ivoire, le Dahomey
(actuel Bénin), la Haute volta (actuel Burkina Faso), la Mauritanie, le Niger et la Fédération du Mali
(République du mali et le Sénégal).
32
symbolisée par la création de la Communauté Economique d’Afrique de l’Ouest16, dont le
traité a été signé, le 17 Avril 1973, il est entré en vigueur le 1er Janvier 1974. La
Communauté Economique d’Afrique de l’Ouest a été l’héritière de l’Union Douanière des
Etats d’Afrique de l’Ouest. La nouvelle organisation n’était composée, comme son
prédécesseur, que par des Etats d’Afrique de l’Ouest francophones. Cette fois-ci, le Togo, un
Etat francophone a refusé d’adhérer à cette organisation. C’est d’ailleurs, ce dernier qui sera à
l’origine du rapprochement entre le bloc francophone d’Afrique de l’Ouest et le Bloc
anglophone d’Afrique de l’Ouest. Le 1er Mai 1972, le Togo, dirigé par le Général Eyadema, a
décidé de nouer des relations bilatérales avec le Nigeria, dirigé par le Général Gowon. Les
deux Etats ont crée une communauté économique, en invitant expressément le Ghana et le
Bénin à rejoindre la nouvelle organisation. Une fois l’adhésion de ces deux Etats acquise, le
Togo et le Nigeria ont mené une diplomatie active, en dépêchant des délégations auprès de
tous les autres Etats d’Afrique de l’Ouest, sans distinction de langue ni de culture. Le 14
décembre 1973, tous les Etats d’Afrique de l’Ouest, au cours d’une réunion ministérielle ont
adhéré au projet de création d’une nouvelle organisation internationale, qui regrouperait les
Etats d’Afrique de l’Ouest francophone, anglophone et lusophone. À l’issue de plusieurs
consultations, entre les Etats et des travaux d’experts, un projet de traité a vu le jour. Celui-ci
a été accepté, lors de la réunion ministérielle des Etats d’Afrique de l’Ouest à Monrovia, du
27 au 30 janvier 1974. Le sommet des chefs d’Etat et de Gouvernement qui s’est tenu à Lagos
au Nigeria, a décidé de signer le traité établissant la Communauté Economique des Etats
d’Afrique de l’Ouest, le 28 mai 1975. La ratification du traité de Lagos, par plus de 7 Etats, a
consacré son entrée vigueur en 1976.
La création de la CEDEAO s’est révélée très novatrice, en ce sens qu’elle a été la
première organisation régionale d’Afrique de l’Ouest, qui a regroupé des Etats hétérogènes du
point de vue de la colonisation. Pour la première fois, des Etats ayant été colonisés par la
France, la Grande-Bretagne et le Portugal vont se retrouver dans une seule Organisation
Internationale.
- Evolution de la CEDEAO :
Comme indiqué supra, la CEDEAO a été instituée par le traité de Lagos, signé le 28
mai 1975. L’objectif de la CEDEAO, à travers ce traité, était exclusivement économique. En
16
Les Etats membres de la Communauté Economique d’Afrique de l’Ouest sont : la Côte d'Ivoire, la Haute
Volta, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Sénégal
33
effet, conformément à l’article de 2 du Traité de 1975, la CEDEAO a pour but « de
promouvoir la coopération et le développement dans tous les domaines de l'activité
économique ». Sur le plan matériel, le traité d’Abuja de 1975, comprenait 14 chapitres et 64
articles, les principaux domaines de coopération portait sur l’industrie, le commerce et la
culture. Il est utile de préciser que, le traité d’Abuja a été signé dans un contexte international
marqué par la guerre froide, caractérisé par une confrontation idéologique et politique entre
les Etats-Unis d’Amérique et l’Ex-Union des Républiques Socialistes Soviétiques. La fin de
cette guerre a eu un impact fondamental sur l’Afrique de l’Ouest. En effet, elle a entraîné une
multiplication de conflits internes, on peut évoquer essentiellement le conflit du Libéria en
1989, le conflit de la Sierra Léone en 1991. Ceux-ci ont entraîné des effets néfastes sur
l’ensemble des Etats d’Afrique de l’Ouest, par leurs conséquences déstabilisantes, comme
l’épuration ethnique, une violation massive des droits humains, l’explosion du flux de
réfugiés et la prolifération des armes légères et de petits calibres. Ces conséquences, de facto,
constituent des facteurs de blocage du développement économique. Les Chefs d’Etat et de
Gouvernement de la CEDEAO ont pris conscience de l’importance de prévenir, toutes les
situations conflictuelles capable de menacer la paix et la sécurité sous régionales. Dès le 6
juillet 1991, ils adoptent la déclaration des principes politiques à Abuja. Dans cette
déclaration, les Chefs d’Etat et de Gouvernement de la CEDEAO s’engagent dans la quête de
la paix et de la sécurité en Afrique de l’Ouest, reposant sur l’établissement de relations
pacifiques entre les Etats membres et la satisfaction des besoins sécuritaires des citoyens.
La seconde œuvre que la CEDEAO a posé pour faire face aux défis de l’après guerre
froide, a été de réviser le traité de la CEDEAO, pour tenir compte essentiellement des
questions de paix et de sécurité.
Le traité de la CEDEAO a été révisé à Cotonou, au Bénin, le 24 juillet 1993, par les
Chefs d’Etat et de Gouvernement de la CEDEAO. La CEDEAO mentionne expressément sa
priorité à faire face aux questions de paix et de sécurité. Sur le plan matériel, le traité est
composé de 24 chapitres et de 93 articles. L’organisation affiche toujours sa détermination à
atteindre les objectifs économiques, l’article 3.1 du traité révisé, stipule que la CEDEAO : «
vise à promouvoir la coopération et l’intégration dans la perspective d’une Union économique
de l'Afrique de l’ouest en vue d'élever le niveau de vie de ses peuples, de maintenir et
d'accroître la stabilité économique, de renforcer les relations entre les Etats Membres et de
contribuer au progrès et au développement du continent africain. »
34
Conformément à l’article 4, les principes de la coopération entre les Etats de la
CEDEAO sont « :
a- égalité et interdépendance des Etats membres ;
b- solidarité et autosuffisance collective ;
c- coopération inter-Etats, harmonisation des politiques et intégration des programmes ;
d- non-agression entre les Etats Membres ;
e- maintien de la paix, de la sécurité et de la stabilité régionales par la promotion et le
renforcement des relations de bon voisinage ;
f- règlement pacifique des différends entre les Etats Membres, coopération active entre
pays voisins et promotion d’un environnement pacifique comme préalable au
développement économique ;
g- respect, promotion et protection des droits de l’homme et des peuples conformément
aux dispositions de la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples ;
h- transparence, justice économique et sociale et participation populaire au
développement ;
i- reconnaissance et respect des règles et principes juridiques de la Communauté ;
j- promotion et consolidation d’un système démocratique de gouvernement dans chaque
Etat Membre tel que prévu par la Déclaration de Principes Politiques adoptée le 6
juillet 1991 à Abuja ;
k- Répartition juste et équitable des coûts et des avantages de la coopération et de
l’intégration économiques. »
A l’article 56, un chapitre est consacré exclusivement aux questions politiques, dont la
gestion des conflits.
A partir du traité révisé, la CEDEAO a entrepris des démarches, pour juguler les
questions de paix et de sécurité, notamment dans la lutte contre la prolifération des armes
légères et de petits calibres et l’adoption, le 10 Décembre 1998, d’un mécanisme de
prévention de Gestion, de Règlement des Conflits, de Maintien de la Paix et de Sécurité.
Sur le plan théorique, la nouvelle orientation de la CEDEAO en matière de paix et de
sécurité, consiste à accorder une importance fondamentale à la sécurité, avec l’émergence du
35
concept de « security first »17 qui fait référence à la réciprocité des liens entre le
développement et la sécurité.
Selon le Département pour le développement international, un organisme britannique
chargé de coordonner l’aide britannique pour les Etats pauvres : “Security and development
are linked. Insecurity, lawlessness, crime and violent conflict are among the biggest obstacles
to achievement of the Millennium Development Goals; they also destroy development.
Poverty, underdevelopment and fragile states create fertile conditions for conflict and the
emergence of new security threats, including international crime and terrorism.”18
Les hypothèses de ce paradigme sont les suivantes :
- Le conflit a des effets sur le développement : le conflit aggrave la pauvreté par ses
effets sur la détérioration de l’économie et celle des conditions de vie (flux de réfugiés
et de déplacés), les conflits augmentent les chances de mise en place d’une économie
de guerre, qui empêche le développement d’une économie normale.
- Le Sous-développement constitue un terreau fertile pour le conflit : Le sous-
développement de part ses effets sur la condition humaine, crée des fossés sociaux et
des inégalités, qui à son tour produit de la conflictualité. A ce sujet, pour Moulaye : «
la pauvreté conduit inexorablement à la misère, la misère à la marginalisation, la
marginalisation à l’exclusion, l’exclusion à l’injustice sociale, l’injustice sociale à la
violence, la violence à l’insécurité… »19 .
Pourquoi les Etats s’intègrent t-ils ? À cette question, Barréa répond que l’intégration
se présente : « comme une stratégie de paix internationale : la paix par l’unification politique
des Etats est la paix par la loi ou le pouvoir politique »24.
Le choix d’une stratégie de paix, basée sur l’intégration politique internationale, est
loin de faire l’unanimité, sur le plan doctrinal. En effet, les réalistes en se basant sur
l’exemple de l’intégration politique européenne, estime que la raison principale de cette
unification était la volonté de constituer un bloc face à l’URSS. C’est ce qu’indique
25
Mearsheimer : «…la guerre froide a été l’occasion principale qui explique
21
KAMARA Laï, « Intégration fonctionnelle et développement accéléré en Afrique », Revue Tiers
Monde, n° 48, octobre-décembre 1971, pp. 729
22KAMARA Laï, « Intégration fonctionnelle et développement accéléré en Afrique », Op. Cite. pp.
729
23 BARREA Jean, Théorie des relations internationales, 3ème édition, Artel, 1994, pp 289
24 Ibid.
25
Cité par BATTISTELA Dario, Théorie des relations internationales, Presses de Sciences po, p
335
37
l’épanouissement des relations à l’intérieur de la communauté européenne » et que : « (…)
sans menace soviétique commune, et sans gardien américain, les Etats d’Europe occidentale
commenceront à se regarder de nouveau en chiens de faïence… »
En conclusion, les relations internationales reposeraient toujours sur les seuls rapports
de force.
Dans le cas de la CEDEAO, l’intégration politique a émergé, lorsque les menaces à la
sécurité ont commencé à représenter un danger, pour la réalisation des objectifs économiques.
Le passage à l’intégration politique a été d’autant nécessaire, que les menaces qui se posaient
aux Etats, étaient transfrontalières, du fait de la porosité des frontières nationales et la
présence des groupes ethniques sur plusieurs Etats.
Sur le plan théorique, il serait opportun de déterminer la source théorique du modèle
d’intégration de la CEDEAO. La doctrine a élaboré essentiellement 4 grandes théories de
l’intégration :
• Le fonctionnalisme :
Cette théorie est représentée essentiellement par David Mitrany. Le fonctionnalisme
constitue une stratégie d’intégration politique dont : « le principe essentiel est que les activités
sont choisies sur une base spécifique et organisées séparément, chacune selon sa nature, en
fonction des conditions dans lesquelles elles auront à se pratiquer et des besoins du
moment »26. Le fonctionnalisme repose sur les principes suivants : la non territorialité de
l’autorité, qui est choisie en fonction de la matière ; la séparation entre les fonctions politiques
et les fonctions socio-économiques. Selon les fonctionnalistes, les succès enregistrés dans la
coopération et l’organisation fonctionnelle, permettent le passage à l’intégration politique, ce
que les fonctionnalistes nomment : effet d’engrangement ou le « Spill-over effect ». Les
acteurs principaux de cette coopération sont les organisations internationales.
• Le néo-fonctionnalisme :
Les principaux auteurs néo-fonctionnalistes sont : Ernst Haas et Léon Lindberg. Selon
Haas, l’intégration internationale est un : « processus par lequel les acteurs politiques des
différentes communautés nationales sont déterminés à réorienter leur allégeance, leurs
aspirations et leurs activités politiques, vers un nouveau centre dont les institutions possèdent
26MITRANY David, A working peace system, Londres, Royal institute of International Affairs,
1943, p 33.
38
ou demandent la juridiction sur les Etats nationaux préexistants »27. Le néo-fonctionnalisme
vise la création, à terme d’un nouvel Etat régional, qui regroupera tous les autres Etats.
Contrairement au fonctionnalisme, cette approche accorde une importance à la dimension
politique. Les acteurs de l’intégration sont les Etats. Grâce à l’intégration trois types de
processus seront déclenchés :
- Le Spill-over : une extension progressive allant des aspects économiques de la
coopération à la réalisation d’une unité politique.
- -La politisation : est un moyen permettant d’atteindre des résultats communs,
en cas d’échecs des activités techniques.
- -L’Externalisation : elle induit l’adoption d’une position commune vis-à-vis de
l’extérieur, elle constitue une étape décisive dans la réalisation de l’intégration
politique.
• Le transactionnalisme :
Cette théorie de l’intégration politique a été développée par Karl Deutsch. Il part du
postulat que l’intégration politique est suscitée par le besoin en sécurité. Il préconise la
création de communauté de sécurité, définie comme : « une communauté dont on est sûr que
les membres ne se battront pas, mais résoudront leurs différends par d’autres moyens »28.
Deutsch s’est évertué à définir les conditions, pour parvenir à une communauté de sécurité.
L’auteur a identifié le développement des transactions comme vecteur d’intégration. Les
transactions sont les moyens de communications téléphoniques, le développement des
infrastructures routières, navales et aériennes, pour créer des liens entre les peuples européens.
C’est grâce au développement de ces liens, que la communauté de sécurité se réalisera. Selon
Karl Deutsch, il existe deux types de communautés de sécurité : les communautés de sécurité
amalgamées ayant « un pouvoir central »29, leur réalisation nécessite un abandon de
souveraineté de la part des entités composantes. Et les communautés de sécurité pluralistes,
27 HAAS Ernst, The uniting of Europe, Londres, Steven and sons, 1958, p 16.
28DEUTSCH Karl, Political Community at the international level, garden City, New York, Anchor
Books, Doubleday, 1954, p 34.
29 BARREA Jean, Théorie des relations internationales, Op Cit pp 294
39
qui sont : « privées d’institution politique centrale »30. Elles visent le renforcement de la paix
entre des Etats qui conserveront leur souveraineté.
• L’Intergouvernementalisme :
L’auteur représentant l’intergouvernementalisme est Andrew Moravscik31. Il considère
l’Etat comme acteur principal de l’intégration. Il partage une partie de la théorie réaliste, en
acceptant la défense des intérêts nationaux comme l’un des objectifs de l’intégration. Ainsi,
les fonctionnaires internationaux ont un rôle d’appui et de conseil, au profit de leurs
gouvernements. L’intergouvernementalisme requiert un long processus pour la prise de
décision, du fait du marchandage qu’il suscite.
• Le fédéralisme :
Le fédéralisme est un système politique, qui préconise la réunion de plusieurs entités
en une seule. Il s’en suit, un partage des rôles entre l’entité fédérale et les entités fédérées.
Amitaï Etzioni est la figure de proue de l’approche fédérale. Parmi les défenseurs du
fédéralisme en Europe, on peut citer Coudenhove-Kalergi32 et Altiero Spinelli33. Selon le
premier, compte tenu du fait que les nations européennes ont vécu la guerre, alors elles
devraient constituer un ensemble fédéral, sur la base de ce vécu. Quant au second, l’incapacité
des nations européennes à réaliser les objectifs politique et économique, doit servir de vecteur
à un rassemblement sur une base fédérale.
La CEDEAO dans son développement a été marquée par les théories fonctionnaliste et
néo-fonctionnaliste, en particulier, le concept de « Spill-over effect » commun à ces deux
théories. Le premier traité de la CEDEAO ne contenait aucune indication relative aux
30DEUTSCH Karl et al., Political community and The North Atlantic Area, International
Organization in the Light of Historical Experience, Princeton, Princeton University Press, 1957, p
5
31 MORAVSCIK Andrew, The Choice for Europe: Social Purpose and State Power from Messina to
Maastricht, Ithaca, Cornell University Press, 1998. 514 P
32 COUDENHOVE-KALERGI Richard N., Pan-Europe, New York, Knopf, 1926
33 SPINELLI Altiero, "The Growth of the European Movement since the Second World War", in
40
questions de paix et de sécurité, l’objectif recherché était exclusivement économique34 : «
Promouvoir la coopération et l’intégration afin d’aboutir à l’établissement d’une union
économique en Afrique de l’Ouest pouvant contribuer au niveau de vie des populations,
maintenir et améliorer la stabilité économique, consolider les relations entre les Etats
membres et contribuer au progrès et au développement à l’échelle continentale.»35. Le succès
du modèle européen, basé sur l’effet d’engrenage, a connu un développement en Afrique, cet
avis est partagé Yadi, pour qui c’est le modèle européen qui a servi d’exemple à la
CEDEAO36.
34L’intérêt de l’institution pour les questions de sécurité interviendra avec l’adoption du protocole
du non agression.
35Art. 3 du Traité pour une Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest, signé à
Lagos le 28 mai 1975.
36YADI Melchiade, « La communauté économique des Pays des Grands Lacs », in Studia
Diplomatica, 1981, Vol. 34, N°6, pp. 709-752
41
Les travailleurs migrants respectueux du droit d’établissement jouissent des mêmes droits
que les nationaux dans les domaines suivants : sécurité de l’emploi, l’accès aux centres
sociaux, culturels et sanitaires, l’accès de leurs enfants à des établissements
d’enseignement général et des centres de formation professionnel.
37
CONFERENCE DES NATIONS UNIES POUR LE COMMERCE ET LE DEVELOPPEMENT,
les pays les moins avancés, Rapport 2009 : l’Etat et la gouvernance du développement, Nations
Unies 2009, p 3.
44
Avancés38. Ceci a des implications pour la région, car les Pays les Moins Avancés sont
ceux qui ont : des revenus faibles, un capital humain faible et une grande vulnérabilité
économique. L’Afrique de l’Ouest constitue dans le même temps, l’une des régions du
monde ayant d’énormes défis sécuritaires.
Intérêt du sujet :
La détermination de la crédibilité de la CEDEAO, dans sa quête de la paix et de la
sécurité, est loin d’être innocente. Avant de démontrer l’intérêt du sujet proprement dit, il est
judicieux de préciser les contours de la notion de crédibilité. La crédibilité vient de l’adjectif
crédible, qui signifie ce : « qui est digne de confiance, mérite d’être cru »39, dans le mot
crédibilité, on retrouve également la racine crédit signifiant : «confiance qu’inspire quelqu’un
ou quelque chose/ confiance dans la solvabilité de quelqu’un»40.
De ces définitions, nous remarquons une relation qui s’établit entre le croyable et le
crédible. Sur la base de cette relation, pouvons-nous affirmer que ce qui est croyable est
crédible et vice versa ? La réponse est négative, en effet, quelque chose peut être croyable et
non crédible et réciproquement. Dans notre cas d’espèce, la crédibilité s’entend en termes de
confiance à accorder à la CEDEAO, dans sa quête de la paix et de la sécurité.
Dans une seconde phase de notre analyse, il est judicieux de déterminer les acteurs
pouvant accorder la confiance à la CEDEAO. Il s’agit d’abord des bénéficiaires, ceux pour
qui la CEDEAO cherche la paix et la sécurité, parmi ceux-ci, on retrouve d’une part, les
citoyens de la CEDEAO, les personnes vivant dans les limites géographiques de la CEDEAO
et d’autre part, l’humanité entière, car un effondrement de la situation sécuritaire dans l’un
des Etats de la CEDEAO produira forcément, par l’effet de domino, des conséquences à des
38
Il s’agit des Etats suivants : Bénin, Burkina Faso, Gambie, Guinée, Guinée-Bissau, Libéria,
Mali, Niger, Sénégal, Sierra Leone, Togo.
39
Dictionnaire le nouveau Petit Robert de la langue française 2009, p 579
40
Idem, p 579
45
degrés variables sur d’autres Etats. Ainsi, un Etat voisin de la CEDEAO sera plus touché par
les mouvements de réfugiés, suite à un conflit dans l’espace CEDEAO, contrairement à un
autre Etat en dehors du contient africain.
Peut-on mesurer la confiance ? La réponse est positive, la manière la plus directe est
de demander les avis des différents acteurs, sur leur degré de confiance en la CEDEAO. La
méthode la mieux indiquée est certainement le sondage d’opinion. Dans le cadre de cette
thèse modeste, le sondage d’opinion s’avère évidemment impossible, pour des raisons
technique et financière, le fait pour nous de sonder des populations, relève de la quadrature du
cercle.
Déterminer s’il faut oui ou non faire confiance à la CEDEAO dans sa quête de la paix
et de la sécurité est très important. Nous n’avons pas la prétention de débuter la réflexion sur
la CEDEAO, toutefois, nous tenterons une interrogation approfondie sur l’Afrique de l’Ouest,
avec une esquisse de solution face aux défis de la région.
Dans le champ des relations internationales, l’intérêt de ce sujet est multiple, poser la
question de savoir dans quelle mesure on peut accorder une confiance à la CEDEAO, dans le
domaine du maintien de paix et de la sécurité, revient à s’intéresser à la thématique de la
sécurité régionale.
En Relations Internationales, la région : « se décline de manière duale : d’une part, le
volet « sub étatique » et d’autre part le versant « supra étatique ». Le premier désigne les
régions internes à l’unité de base des relations internationales : l’Etat (…) le préfixe « supra »
indique (…) : l’agrégation, formelle ou non d’entités étatiques autour d’intérêts et d’identités
communs ». Le niveau « sub » ne s’internationalise, par ailleurs, que lorsqu’il prend corps au
sein d’une institution supranationale »41
Quant à la sécurité régionale, elle dérive de la sécurité universelle dont la dynamique
est symbolisée par l’action des Nations Unies. La sécurité régionale possède 3 contours :
« l’interaction des acteurs, la géographie et l’ontologie relationnelle, c'est-à-dire la nature
sédimentée des rapports- ami, ennemi, ou rival »42. La sécurité régionale peut être définie
comme l’établissement de relations entre des Etats, situés dans une limite géographique, en
vue de faire face à des menaces communes. Pour atteindre cet objectif, ces Etats créent des
41
BALZACQ Thierry, « Construire le voisin. Pratiques européennes » in Cultures & Conflits, n°66
juin 2007, pp 33-34
42
Ibid., p 34
46
structures supra étatiques, chargées de mettre en œuvre des politiques communes relatives au
maintien de la paix et de la sécurité.
La réflexion sur la sécurité régionale a été développée par Barry Buzan, un auteur néo-
réaliste des relations internationales, à travers le concept de complexe de sécurité. Le
complexe de sécurité établi un système de sécurité, c'est-à-dire lorsqu’ : « un ensemble
d’Etats dont les principaux problèmes de sécurité et les préoccupations sont tellement
interdépendantes que leur problèmes de sécurité nationale ne peuvent pas être
raisonnablement analysés ou résolus indépendamment les uns des autres. Les dynamiques de
transformation et la structure d’un complexe de sécurité sont générés par les Etats à l’intérieur
du complexe par leurs perceptions mutuelles de sécurité et par leurs interactions »43. Le
complexe de sécurité en Afrique de l’Ouest a des particularités, liées au fait que les Etats ne
sont pratiquement pas à la base de la production de la menace, celle-ci est plutôt l’œuvre
d’acteurs non étatiques violents, qui s’attaquent à l’Etat. Aussi, l’élargissement de la notion de
menace, pour prendre en compte les périls subis par les individus, occupe une place de choix,
dans l’approche de la CEDEAO.
L’évolution du concept de sécurité a été prise en compte par David Lake et Patrick
Morgan, ces auteurs ont fait référence au concept de complexe régional de sécurité qui
désigne : « un ensemble d’Etats continuellement affectés par une ou plusieurs externalités
sécuritaires émanant d’une aire géographique donnée »44. L’externalité désigne les menaces
militaires classiques, comme les guerres entre Etats, les menaces militaires contemporaines à
l’image des conflits internes et les menaces non militaires comme les maladies, la famine.
43
BUZAN Barry et al, A new Framework for analysis, Boulder et London, Lynne Rienner
Publishers, 1998, p 12
44
KOUNGOU Léon, Défense et sécurité nationale en mouvement : Dynamiques des réformes,
mutations institutionnelles en Afrique subsaharienne, l’Harmattan, p 25
47
et de toutes les menaces de conflits dans le monde. Les organisations régionales ou sous-
régionales ont parfois un avantage comparatif qui leur permet de jouer un rôle directeur dans
la prévention et le règlement de différends et d’aider l’ONU à les circonscrire. »
« Dans le cadre de la mission première de l’ONU, qui est d’assurer la paix et la sécurité
internationales, il est nécessaire et souhaitable de soutenir les initiatives prises aux niveaux
régional et sous-régional en Afrique. C’est nécessaire parce que l’Organisation n’a ni les
moyens ni les compétences requises pour régler tous les problèmes pouvant surgir sur ce
continent. C’est souhaitable parce que la communauté internationale doit essayer, chaque fois
que possible, d’accompagner les efforts faits par l’Afrique pour résoudre ses problèmes,
plutôt que de se substituer à elle. ».
A travers ces deux passages, il est désormais évident que les « solutions régionales »45
de maintien de la paix et de la sécurité ont de beaux jours devant elles.
L’autre intérêt de la réflexion sur le régional se rattache au fait, qu’une telle démarche
interrogera, le niveau national et le niveau international. Au niveau national, nous nous
intéresserons aux facteurs politiques et socio-économique des Etats, ceux-ci ont une influence
sur le régional, en ce sens qu’ils déterminent l’acteur de base des relations internationales :
l’Etat.
Sur le plan international, la CEDEAO entretien des relations avec la sphère
international, l’Afrique de l’Ouest est soumise à des influences externes diverses, produites
généralement par des Etats et des Organisations Internationales.
Problématique :
Nous partons de l’hypothèse suivante : A la fin de la guerre froide, l’émergence de
nouvelles menaces, a poussé les gouvernants à modifier leur stratégie, qui était basée sur la
lutte contre les dimensions militaires des menaces, en particulier la préparation face au
scénario d’une agression armée par un autre Etat. Cette logique politique était liée à la
conception réaliste de la sécurité qui repose sur 3 principes : « tout d’abord, les questions de
sécurité découlent essentiellement des activités des autres Etats, particulièrement en matière
militaire ; ensuite, les intérêts de sécurité des individus sont identifiables à ceux de l’Etat ;
45
Expression de N’DIAYE Mame Gnilane, les solutions régionales aux conflits en Afrique de
l’Ouest, sous la Direction du Professeur Jean-Paul Joubert, soutenue en 2007
48
enfin, les moyens de faire face aux menaces découlent des capacités militaires et doivent être
gérés sur une base nationale, que ce soit de manière unilatérale ou éventuellement grâce à des
alliances intergouvernementales, y compris dans un cadre multilatéral »46.
Les nouvelles stratégies en matière de sécurité tiennent compte des causes ignorées
d’insécurité et d’instabilité, comme la pauvreté. Il s’agit d’un élargissement des stratégies de
lutte contre les menaces, qui va de la lutte contre les dimensions militaires des menaces aux
dimensions non militaires, incluant les aspects politiques, économiques, sociaux, culturels et
personnels de la sécurité. C’est Barry Buzan qui fût le premier a préconisé un élargissement et
un approfondissement du concept de sécurité, selon lui : « la sécurité ne pouvait pas être
envisagée d’un point de vue strictement militaire et politique. A ces deux premiers critères, il
ajouta une dimension économique (la sécurité énergétique, la défense d’entreprises nationales,
la préservation d’emplois…), des aspects environnementaux affectant la vie des populations
(pollutions transnationales) et enfin des considérations d’ordre culturel (la défense des droits
de l’homme) »47, par cette nouvelle donne, la CEDEAO à l’instar des autres acteurs étatiques
a modifié son approche, dans la lutte contre l’insécurité et a considéré l’individu comme un
référent de la sécurité, au même titre que l’Etat.
La lutte contre l’insécurité globale nécessite des moyens économiques et financiers
énormes. Pour les acquérir, la CEDEAO a opté pour une stratégie d’intégration basée sur le
« Spill-over effect ». La stratégie appliquée par Jean Monnet en Europe : le fait de partir de la
Communauté Economique du Charbon et de l’Acier vers une intégration globale, constitue
une application quasi-parfaite du Spill-over. La construction européenne constitue, un bel
exemple de réussite du processus d’intégration politique. Toutefois, les questions relatives à
une politique de défense européenne, font toujours l’objet de dissensions entre les Etats
européens.
46
BAGAYOKO-PENONE Niagalé, Afrique : les stratégies française et américaine, l’Harmattan
2003, p 13
47
DAVID Charles-Philippe et ROCHE Jean-Jacques, théories de la sécurité, Editions
Montchrestien, 2002, p 11
49
escomptés. En effet, la région constitue l’une des plus pauvres du monde, selon les Nations
Unies48, sur les 15 Etats de la CEDEAO, 11 Etats sont considérés comme faisant partie des
Pays les Moins Avancés49. Ceci a des implications pour la région, car les Pays les Moins
Avancés sont ceux qui ont : des revenus faibles, un capital humain faible et une grande
vulnérabilité économique. L’Afrique de l’Ouest constitue dans le même temps, l’une des
régions du monde ayant d’énormes défis sécuritaires.
L’une des raisons du retard économique de la CEDEAO serait due aux difficultés
soulevées par la stratégie d’intégration de la CEDEAO. L’intégration économique, selon les
approches fonctionnaliste et néo-fonctionnaliste, permet : « de relier en un ensemble
homogène des économies antérieurement distinctes »50. La distinction des économies est
indispensable, car elle permet, par exemple, l’échange entre un Etat industrialisé et un autre
Etat spécialisé dans l’exploitation des matières premières, cette idée repose sur la théorie des
avantages comparatifs, développée par David Ricardo. Haas pose comme condition
d’application du fonctionnalisme, un degré d’industrialisation élevé des économies nationales
et l’insertion très poussée des économies nationales dans l’économie internationale. Or, les
économies ouest africaines sont hyperspécialisées dans la production de matières premières,
l’industrialisation est quasi-inexistante, ce qui démontre une absence de solidarité. Par
ailleurs, un autre inconvénient du « Spill-over effect » est le temps d’attente. Il est impossible
de déterminer, même approximativement, le temps qu’il faut pour passer d’un secteur à un
autre, sans oublier que les secteurs politiques, comme la défense ou la politique étrangère sont
difficilement engrenés, du fait du verrou de la souveraineté.
Au regard de tout ce qui précède, on peut se demander si l’optimisation des politiques
de sécurité et de maintien de la paix de la CEDEAO, ne dépend-t-elle pas fondamentalement
de l’efficience du modèle d’intégration ?
Un système d’intégration basée sur le fédéralisme, à l’échelle des Etats d’Afrique de
l’Ouest, peut constituer une réponse idoine au double défi qui se pose à ces Etats, en matière
48
CONFERENCE DES NATIONS UNIES POUR LE COMMERCE ET LE DEVELOPPEMENT,
les pays les moins avancés, Rapport 2009 : l’Etat et la gouvernance du développement, Nations
Unies 2009, p 3.
49
Il s’agit des Etats suivants : Bénin, Burkina Faso, Gambie, Guinée, Guinée-Bissau, Libéria,
Mali, Niger, Sénégal, Sierra Leone, Togo.
50
de sécurité et de maintien de la paix d’une part, et d’autre part, dans le domaine économique.
Les vertus du fédéralisme sont vantées par Amitaï Etzioni, pour qui une communauté
politique basée sur le fédéralisme a 3 capacités : « a) elle dispose d’un contrôle effectif sur le
recours aux moyens de violence (…) ; b) elle dispose d’un centre de décision capable
d’affecter de manière significative la distribution des ressources et des bénéfices dans la
communauté ; c) elle constitue le principal foyer d’indentification politique pour la grande
majorité des citoyens politiquement sensibilisées »51.
Méthodologie :
La méthodologie repose sur : « des procédés techniques dont la finalité est d’obtenir
des réponses aux questions posées. Dans un tel cadre, éloigné de tout formalisme excessif, il
est conseillé de combiner plusieurs méthodes dont l’argumentaire est susceptible de valider
les explications avancées. La finalité de cet exercice est la confirmation ou l’invalidation des
hypothèses formulées initialement»52.
L’approche prospective sera la méthodologie utilisée, elle permet la détermination de
l’avenir des communautés humaines53.Les ouvrages français traitant de la prospective sont
généralement :
- Bertrand de Jouvenel, l’art de la conjoncture, éditions du rocher, Paris, 1954
- Gaston Berger, les étapes de la prospective, PUF, Paris, 1967
- Reconquérir le futur, manuel d’études prospectives à l’usage des planificateurs
africains
- Fabrice Hatem, la prospective, pratiques et méthodes, éditions economica, Paris 1993
- Michel Godet, la boite à outils de prospective stratégiques, Conservatoire National des
Arts et Métiers, Paris, 3eme édition, mise à jour en 1999.
51
Cité par BARREA Jean, Théorie des relations internationales, Op. Cite, p 299
52 LABERE Nelly et autres, Méthodologie de la thèse et du mémoire, Jeune Editions, 2ème édition,
2005, p 79
53 FUTURS AFRICAINS, Un guide pour les réflexions prospectives en Afrique, Paris, Karthala,
2001, p 18
51
Notre démarche s’effectuera de la façon suivante :
- Faire une rétrospective de la CEDEAO : elle consiste à : « dresser un état des lieux (du
système environnement), puis à dresser les processus qui ont conduit à cet état »54. Il
s’agit de faire une revue des efforts déployés par l’institution, pour maintenir la paix et
la sécurité ;
- Faire une analyse prospective : Le mot « prospective » est pris au sens général : « pour
caractériser l’activité de l’esprit humain qui s’efforce de dire ce que sera l’avenir, ce
qu’il pourrait être ou ce qu’il devrait être »55. L’analyse prospective est une projection
dans l’avenir, donc l’analyse va de la situation présente vers le futur.
- Faire des propositions stratégiques : A partir des résultats de la prospective, il s’agit de
faire des propositions concrètes aux décideurs pour corriger les mauvaises trajectoires
issues de l’analyse prospective de la CEDEAO.
54
FUTURS AFRICAINS, Un guide pour les réflexions prospectives en Afrique, Op. Cit, p 49.
55 CAZES Bernard, Histoire des futurs. Les figures de l’avenir de Saint Augustin au XXIe siècle,
Paris, Seghers, 1986 p. 10.
56YAO Joseph, méthodes d’études et de recherche en sciences économiques et sociales : avec
application au contexte de l’Afrique noire, l’Harmattan, 2005, p 36.
DE COURSON Jacques, l’appétit du futur : voyage au cœur de la prospective, Charles Léopold
57
52
Les limites :
Limite dans le temps :
La réflexion sur la CEDEAO débutera généralement à partir de 1960, une date
charnière à la quelle la majorité des Etats de la CEDEAO ont recouvert leur indépendance, il
est utile de partir de cette date, car la création de la CEDEAO représente elle-même, le
produit d’une solidarité africaine née dans les 1960, cette limite n’est pas absolue quelques
références à l’histoire antérieure à la colonisation, seront effectuées. Les limites incluront
aussi l’avenir, autrement dit, quelle est la validité de nos modèles : la limite que nous
déterminons est le long terme, soit 5 ans59.
Limite méthodologique :
Le choix des variables dans la présente thèse est subjectif, il est pratiquement
impossible d’identifier et d’analyser toutes les variables, qui influent sur un système aussi
complexe que la CEDEAO, comme l’indique Futurs Africains : « Le monde étant ce qu’il est,
l’avenir ne saurait être déterminé par un seul facteur, mais qu’il est le produit de l’interaction
de nombreux facteurs, certains étant intérieurs au système, d’autres étant extérieurs (...) les
facteurs qui interviennent dans la construction de l’avenir étant nombreux, il n’est pas
possible à l’esprit humain de les appréhender tous et il lui est encore moins possible de
prendre en compte toutes les interactions (...) »60
59
DE COURSON Jacques, l’appétit du futur : voyage au cœur de la prospective, Op. Cite, p 32
60 FUTURS AFRICAINS, Un guide pour les réflexions prospectives en Afrique, Karthala 2001, Op.
Cit p18
53
Les promesses :
Afin de traiter notre sujet, la présente thèse comportera 10 chapitres comportant les
grandes idées suivantes :
- Une approche rétrospective : qui portera sur l’évolution des mécanismes de sécurité de
la CEDEAO, de l’ancien au nouveau mécanisme de sécurité.
- Une approche prospective : qui portera sur une évaluation du mécanisme de sécurité à
l’épreuve des menaces, qui ont émergées, depuis l’entrée en vigueur du nouveau
mécanisme de sécurité.
- Une approche normative : elle consistera à établir un modèle souhaité pour la
CEDEAO, sur la base du diagnostic de l’Afrique de l’Ouest et d’une projection des
tendances lourdes.
54
Chapitre 1 : Le fondement du mécanisme initial de sécurité de la CEDEAO
L’architecture du mécanisme initial de sécurité repose sur des éléments juridiques qui
la matérialise (Paragraphe 1) et sur des éléments théoriques qui véhiculent la stratégie
adoptée par la CEDEAO, ces éléments théoriques fournissement également des indications
sur l’identité sécuritaire du mécanisme (paragraphe 2).
55
Paragraphe 1 : Les composantes juridiques du mécanisme initial de sécurité de la
CEDEAO
Le mécanisme initial de sécurité de la CEDEAO repose sur deux actes juridiques
conclus entre les Etats de la CEDEAO : le Protocole de Non Agression (A) et le Protocole
d’Assistance Mutuelle en matière de Défense (B).
Ne faisant pas l’objet de consensus, quant à sa définition, l’agression dans son sens
stricte désigne61 : « au moins les actes impliquant l’usage de la force armée par un Etat contre
la souveraineté, l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique d’un autre Etat ».
L’objectif du Protocole de Non Agression était d’instaurer un climat de paix entre les
Etats de la CEDEAO. En effet, face à la guerre froide, il était indispensable pour les Etats,
61
BOUCHET-SAULNIER Françoise, dictionnaire pratique du droit humanitaire, 3ème édition,
Paris, la découverte, 2006, p 214
56
sous réserve de servir les intérêts de l’un ou de l’autre des blocs, de ne pas porter atteinte à la
souveraineté d’un autre Etat.
- L’agression extérieure :
En cas d’agression d’un Etat membre de la CEDEAO par un autre Etat non membre de
la CEDEAO, le protocole prévoit une alliance défensive classique.62
Allant plus loin dans la logique de l’alliance, les Etats membres de la CEDEAO ont
adopté, le principe de supériorité de l’alliance dans le cadre du protocole, sur les autres
alliances liant individuellement quelques Etats membres. Il est même demandé aux Etats
ayant des accords de défense avec des puissances étrangères et abritant des bases militaires
étrangères, de procéder à leur démantèlement.
62 Articles 2 et 3 du protocole.
57
- Le conflit interne soutenu et entretenu activement de l’extérieur :
Il s’agit de conflits armés qui se déroulent à l’intérieur d’un Etat membre de la
CEDEAO et qui opposent les forces gouvernementales à un ou plusieurs groupes armés.
Toutefois, le protocole ne définit pas les expressions suivantes : « soutenu » et « entretenu ».
Cependant, le soutien peut être défini comme l’ : « Ensemble des activités
administratives et logistiques qui permettent aux forces engagées et aux formations du socle,
d'assurer leurs missions en temps de paix, de crise ou de guerre »63. L’expression « entretenir
un conflit », peut s’entendre comme la combinaison d’activités destinée à ce qu’un conflit
perdure.
Après les conditions conflictuelles auxquelles il s’applique, le protocole repose sur des
organes compétents pour sa mise en œuvre. Il s’agit de :
63Centre de Doctrine d’emploi des forces, manuel des termes, sigles et symboles conventionnels
militaires-TTA 106, Cédérom, tome 1 et 2, Juillet 2004.
58
Conformément à l’article 16 du protocole, la Conférence est saisie à la demande de
l’Etat ayant besoin d’assistance : la forme de la demande est écrite et doit être adressée au
Président en exercice de la Conférence.
- Le Conseil de défense :
Il est composé des Ministres des Affaires Etrangères et des Ministres de la Défense
des Etats membres de la CEDEAO.
En cas de crise, le Conseil de Défense émet des propositions relatives à la gestion
de ladite crise à la Conférence. Il supervise les actions du Commandant en chef des Forces
Armées Alliées de la Communauté et fait un compte rendu à la Conférence.
- La Commission de Défense :
C’est le collège des Chefs d’Etat major des armées des Etats membres. Son activité
se limite essentiellement aux études techniques sur la défense et l’emploi opérationnel des
forces. Elle assiste le Conseil de Défense.
- L’administration du protocole :
Pour assurer le bon fonctionnement du protocole, il est nommé un Secrétaire
exécutif adjoint, chargé des questions militaires. Ce dernier est un officier supérieur ou
général, il assure le suivi de l’exécution des décisions de la Conférence et s’occupe, en
outre, des aspects tactiques liés à d’éventuelles interventions militaires ainsi que du
budget.
Le protocole prévoit deux règles relatives à l’emploi des Forces Armées Alliées de la
Communauté, qui sont :
59
En effet, la signature du Protocole d’Assistance Mutuelle en matière de Défense
conduit à l’adhésion automatique au Protocole de Non Agression.
60
Paragraphe 2 : La détermination de la nature du mécanisme initial de sécurité de la
CEDEAO
64
SUR Serge, « la sécurité internationale et l’évolution de la sécurité collective », in Trimestre du
Monde, n°20, 4ème trimestre, 1992, pp 121-134.
70
En plus de l’équilibre, les réalistes estiment qu’il existe deux autres facteurs expliquant la
formation d’une alliance militaire, il s’agit d’une part, du souhait des petits Etats de nouer des
relations stratégiques avec une puissance hégémonique : le « bandwagoning » et d’autre part, la
nécessité qu’auraient les Etats à repartir entre plusieurs Etats ayant les mêmes préoccupations
en terme de sécurité, les coûts liés à la formation de l’alliance militaire : le « burden-sharing ».
63
Section 2 : L’avènement du conflit libérien
Etat d’Afrique de l’Ouest devenu indépendant le 26 Juillet 1847, le Libéria couvre une
superficie de 111.370 km2, il est limité au Nord par la Guinée, à l’Est par la Côte d’Ivoire et à
l’Ouest par la Sierra Léone.
Il est l’un des rares Etats africains, à n’avoir pas été colonisé par une puissance
occidentale. En effet, la création du Libéria fait suite à l’initiative du gouvernement fédéral
américain de faciliter, le retour des anciens esclaves désireux de s’installer en Afrique, leur
continent d’origine. La conduite de ce projet fût confiée à l’American Colonization Society,
en 1816. Les premiers esclaves s’installèrent au Libéria en 1822.
Loin d’être idéal, le projet philanthropique américain a tourné au drame. Les anciens
esclaves affranchis : les américano-libériens représentant 5% de la population libérienne, ont
instauré un système discriminatoire contre les natives : « autochtones d’une vingtaine
d’ethnies différentes, considérés comme des sauvages auxquels il fallait apporter - sans excès
de précipitation - les lumières de la civilisation »71, ils représentent 95% de la population.
- Le plan politique :
Le système politique libérien était caractérisé par l’existence d’un seul parti politique :
le « true whig party »72, animé par les afro-américains, en opposition aux natives, considérés
comme des mécréants. Les Afro-américains étaient citoyens d’office, ce qui leur donnait le
privilège de participer à la vie politique, contrairement aux autochtones. Un autochtone
désireux d’accéder à la citoyenneté devrait s’acquitter d’une cotisation annuelle de 1000
dollars73. Les autochtones n’avaient droit qu’à un représentant par ethnie à l’assemblée
parlementaire.
- Le plan socio-économique :
Cette domination se caractérisait essentiellement par le travail forcé imposé, par les
Afro-américains aux natives. On peut évoquer, l’une des clauses secrètes du contrat
71 MARGUERAT Yves, « Harbel, Yekepa, Kakata, Buchanan et les autres… : Histoire sociale, vie
politique et urbanisation au Libéria » in Politique Africaine, n°17, Mars 1985, pp 122
72
Traduction par nos soins : « le parti de ceux qui croient réellement »
73 BOILEY Georges, Liberia the rise and fall of the first Republic, London, Macmillan publishers,
1984, p107
64
d’exploitation de caoutchouc signé, le 16 Septembre 1925, entre M. Harvey Firestone et le
gouvernement libérien. Ce dernier avait l’obligation de fournir 50.000 travailleurs par an à
l’entreprise.74 M. Firestone ne tarira pas d’éloge sur le Libéria, qui selon lui : « offered the
best natural advantage »75 ainsi que sur la main d’œuvre : « practically inexhaustible »76.
L’armée et les chefs traditionnels ont été mis à contribution, pour honorer l’obligation
du gouvernement de fournir les travailleurs. Les chefs traditionnels réfractaires étaient
sanctionnés.
Mobilisés sur la base de fausses promesses salariales, ces travailleurs vivaient dans des
conditions inhumaines, comme le témoigne en 1949, le Capitaine Henrigue Galvo,
fonctionnaire portugais au Libéria : « in some ways the situation is worse than slavery, after
all, the native is bought as an animal ; his owner prefers him to remain as fit as a horse… »77.
74 NASS Innocent , A study in internal conflict: the Liberian crisis and the west African peace
initiative, Fourth dimension publishers, 2000, pp 12
75 BOILEY Georges, Liberia the rise and fall of the first Republic, Op. Cit, p 39, Traduction par
78 GUANNU Joseph Saye, the first Liberian Republic, Florida, Exposition Press, 1985, Op Cit p
125
79 AZUBIKE Nass Innocent, A study in internal conflict: the Liberian crisis and the west African
peace initiative. Op Cit, p 37
80 GUANNU Joseph Saye, the first Liberian Republic, Op.Cit p 134.
81BARRY Mamadou Aliou, la prévention des conflits en Afrique de l’Ouest, Mythes ou réalités ?
Paris, Karthala 1997, p 43
66
dans son ouvrage, les guerres civiles82. Il distingue 3 types de guerres civiles : partisane,
identitaire et socio-économique.
Le conflit libérien est loin d’être l’apanage d’une seule cause, son déclenchement était
dû à plusieurs facteurs, et ceux-ci ont évolué de manières différentes. Nous verrons
successivement : la primauté de la cause identitaire par rapport à la cause partisane
(paragraphe 1), l’affaiblissement ultérieur de la cause identitaire au profit de la cause
partisane (paragraphe 2), les causes socio-économiques du conflit libérien (paragraphe 3).
Derriennic a défini les guerres civiles identitaires comme celles qui : « opposent des
groupes auxquels on appartient de naissance et dont il est impossible ou très difficile de
changer »83.
Dans le cas précis du conflit libérien, l’ethnie représentait : « ces groupes auxquels on
appartient de naissance ». Le conflit libérien a été une opposition entre deux catégories
d’ethnies : les ethnies oppresseures et les ethnies oppressées.
Toutefois, dans le conflit libérien, le fait ethnique a été instrumentalisé par les
belligérants, pour alimenter le conflit. C’est ce qu’indique Ghebaly, l’ethnicité d’un conflit :
« est cependant souvent moins une cause « causante » qu’une réaction naturelle à une
situation persistante de domination, d’oppression et de discrimination »84. Cette primauté de
la dimension identitaire sur l’aspect partisan correspondait au début du conflit. Pour
démontrer les rapports entre ces deux causes du conflit, nous verrons d’un côté la cause
identitaire du conflit libérien (A) et de l’autre la cause partisane (B).
82 Edité aux presses de Sciences Po, Paris 2001, 281 pages, il comprend sept chapitres : les
guerres partisanes, les guerres socio-économiques, les guerres identitaires, les déterminants
sociaux de la violence, les forces armées dans les guerres civiles, les institutions politiques et le
maintien de la paix civile, la société internationale et le contrôle des guerres civiles.
83 DERRIENNIC Jean Pierre, les guerres civiles, Paris, Presses de sciences po, 2001, p 71
84GHEBALY Victor-Yves, « les guerres civiles de la post-bipolarité : nouveaux acteurs et
nouveaux objectifs », in Relations internationales, n°105, printemps 2001, pp 41.
67
A- La cause identitaire du conflit libérien :
L’opposition ethnique était caractérisée par le rôle des ethnies oppresseures sur celles
oppressées.
68
nationale du Libéria en 198585 au grand dam du reste de la population, qui les
considérait comme des étrangers, qui constituent une communauté hermétique et
motivée par la volonté d’islamiser le Libéria86.
85OQUAYE Mike, « The Liberian crisis: lessons for intra-state conflict management and
prevention in Africa», in Working paper n°19, Juin 2001, Institute for Conflict analysis and
resolution, George Mason University, p 4.
86Cette islamisation du Libéria était garantie par le modèle matrimonial des malinkés. En effet,
un homme malinké pouvait marier une femme malinké ou celle issue d’une autre ethnie,
contrairement aux femmes malinkés. Ainsi, résidait là l’assurance que l’enfant née adopterait la
religion de son père.
87Le Nimba est une ville libérienne frontalière d’avec la Côte d’Ivoire, c’est une région de l’ethnie
des Gio-Mano.
69
Ces représailles ont fait des milliers de civils tués et autant d’exilés
essentiellement en Sierra Léone et en Côte d’Ivoire. La répression avait été qualifiée
de génocide88.
Selon Derriennic, les guerres civiles partisanes : « sont celles ou s’opposent des
groupes auxquels il est possible d’adhérer par une décision individuelle. On y participe en
prenant parti, d’où leur nom (…) »89 .
Toutefois, notons que le fait partisan dans le conflit libérien était très complexe. Il
existait bien des groupes qui s’affrontaient, cependant, la décision de l’individu de faire parti
de l’un ou l’autre des groupes, n’était pas libre.
• L’AFL :
Il paraît a priori, surprenant d’inclure une armée gouvernementale dans la liste des
factions belligérantes et notre position est loin d’être marginale90.
Dans une République, la mission de l’armée s’effectue en principe sans considération
ethnique. Malheureusement, cette vertu faisait défaut à l’armée libérienne.
D’une façon générale, l’armée libérienne ne fonctionnait pas selon les normes
classiques d’une armée moderne, comme l’illustre cette promotion spectaculaire des membres
du Comité de Rédemption, auteurs du coup d’état de 1980 et sous-officiers, qui sont devenus
90 BARRY Mamadou Aliou, Guerres et trafics d'armes en Afrique : approche géostratégique, Paris,
l’Harmattan, 2006, p 299.
70
colonels ou Généraux en moins d’un an. Certains auteurs évoquent également la nature :
« indisciplinée et ethnicisée »91 de l’armée libérienne.
Le critère ethnique de l’armée libérienne justifie notre choix de l’inclure dans la liste
des factions belligérantes. En effet, après la répression des Gio-Mano, suite à la tentative de
coup d’état du Général Quiwonkpa, Samuel Doe a verrouillé le recrutement de l’armée au
profit des Krahns. Lors du déclenchement du conflit en 1989, l’armée libérienne, comptait
7000 soldats repartis en 6 bataillons d’infanterie et des compagnies d’appui et de soutien92.
L’armée était composée en majorité par des Krahns, c’est ce qui pousse ironiquement
certains auteurs à le nommer : « l’armée de Doe »93.
La progression rapide des autres factions combattantes a révélé la faiblesse de cette
armée, qui finalement n’aura que le contrôle de l’ «executive mansion »94.
• Le NPFL :
Les participants au coup d’état manqué de 1985 dirigé par Quiwonkpa, ont crée le
NPFL, très rapidement, il était devenu la faction rebelle la plus importante, en s’accaparant
90% du territoire national95. Le NPFL est dirigé par Charles Taylor.
• L’INFP :
Cette faction belligérante est née, suite à la dissension entre Charles Taylor et Prince
Johnson, qui a décidé de créer l’INPF. Prince Johnson était l’aide de camp du Général
Quiwonkpa.
• L’ ULIMO :
L’ULIMO a été créé en Sierra Léone en 1991, par des réfugiés Mandingues et Krahns,
les privilégiés du régime de Doe, qui connaîtront l’exil à leur tour, avec l’arrivée au pouvoir
de Taylor. La majorité des membres de l’ULIMO était des anciens militaires de l’AFL.
91
AZUBIKE Nass Innocent, A study in internal conflict… Op. Cit.,p 56
92
ECOWAS, The peace maker, Ecomog Magazine, Vol 2, No 1 Sept 1992- Sept 1993, p 13.
93
AZUBIKE Nass Innocent, A study in internal conflict… Op. Cit.,p 61
94 Il s’agit du palais présidentiel, dans lequel Doe s’était retranché. Sa sécurité était en outre
assurée par une garde personnelle de 500 soldats spécialement formés en Israël.
95 AZUBIKE Nass Innocent, A study in internal conflict… Op.Cit., p 61
71
Le but de l’ULIMO était d’empêcher la prise du pouvoir par Taylor, puis d’assurer la
protection des intérêts Krahns et Mandingues.
L’ULIMO connaîtra une dissidence. Il s’est séparé en deux branches : l’ULIMO-J,
dirigé par Roosevelt Johnson représentant les Krahns, et l’ULIMO-K dirigé par Alhaji
Kromah, représentant les mandingues.
• Le LPC :
Il s’agissait d’une force appuyée par l’Ecomog et l’AFL, pour protéger les intérêts
Krahns et certains mandingues frustrés par l’ULIMO. Son but était de lutter contre le NPFL
dans le grand Gedeh, la ville symbole des Krahns.
- L’adhésion partisane
L’adhésion à un parti a des limites. Selon Derriennic, l’adhésion à un parti s’effectue
de deux manières, soit par consentement soit par la force ou la peur, dans ce cas l’adhésion
« n’est pas (…) libre »96.
En effet, les adhésions libres étaient presque inexistantes au Libéria, compte tenu de la
nature profondément ethnique des factions armées. Les adhésions étaient motivées par la
force et la nécessité, l’individu n’avait pas le choix.
La conséquence néfaste de la construction partisane à partir de l’appartenance
ethnique, a été l’accentuation de la violence. A partir de ce modèle, un individu de l’ethnie
Gio-Mano, même neutre ou pacifique, sera finalement obligé de recourir à la lutte armée, car
96
DERRIENNIC Jean-Pierre, les guerres civiles, Op. Cit., p 23.
72
il sera toujours considéré par les Krahns comme un ennemi, comme l’illustre le massacre de
600 personnes de l’ethnie Gio-Mano, par l’AFL. Ces personnes s’étaient réfugiées dans une
église à Monrovia.
73
Paragraphe 2 : L’affaiblissement de la cause identitaire au profit de la cause partisane
74
- Le MODEL
Le MODEL était la seconde faction armée opposée à Charles Taylor. Il a été crée en
Mars 2003, en Côte d’Ivoire. Les combattants du MODEL étaient essentiellement des
libériens réfugiés sur le territoire ivoirien.
L’importance de ce mouvement armé venait du contrôle du port de Buchanan, situé à
l’est de Monrovia, à environ une centaine de Kilomètre de Monrovia. Ce port servait au
ravitaillement en armement, des combattants de Charles Taylor.
Il paraît difficile de trouver une véritable idéologie de guerre civile, dans les deux
phases du conflit libérien. Dans la première phase du conflit (de 1989-1997), l’objectif des
factions armées, dont la composition reposait sur l’ethnie, était la conquête du pouvoir et le
75
renversement de Samuel Doe. A ce titre, Prince Johnson a affirmé : « (…) nous avons pris les
armes uniquement pour nous débarrasser de Samuel Doe. Doe était la cause de la guerre»104.
De même, la deuxième phase du conflit libérien n’avait pas d’idéologie de guerre
civile. L’objectif des autres factions armées était le renversement de Taylor.
Après la prise de pouvoir par Taylor, la situation n’a guère évolué, la principale
faction armée le LURD, opposée à Taylor, n’avait « pas de programme politique clair au-delà
du renversement de Charles Taylor »105.
− ils peuvent adopter une stratégie de solidarité avec ceux qui sont dans la même
situation ;
C’est la stratégie de solidarité qui a caractérisé le conflit libérien. En effet, au-delà des
considérations ethniques et partisanes, les facteurs économiques ont joué un rôle non
négligeable dans l’exacerbation de la violence, au Libéria, Derriennic avance le fait qu’ : « on
trouve donc toujours des facteurs économiques qui jouent un rôle dans l’explication d’un
conflit social, même quand ils n’en sont pas la cause principale »107. Dans le cas d’espèce, les
frustrations économiques se sont greffées aux frustrations politiques,
En quoi le conflit libérien constitue-t-il une expression de la crise socio-économique ?
Pour répondre à cette question, il serait utile de connaître la situation socio-économique avant
le début du conflit armé, en Décembre 1989. Les causes socio-économiques ayant contribué à
exacerber le conflit libérien sont : l’impact de la mauvaise situation économique avant le
déclenchement du conflit (A), une crise sociale marquée par la marginalisation de la jeunesse
(B) et enfin le goût des combattants pour la prédation (C).
108 GUANNU Joseph Saye, First Liberian Republic, Op Cit, pp 103 ; 117
109 SAWYER Amos, effective immediately -Dictatorship in Liberia 1980-1986, Rijksweg, African
Centre, 1988, p 19
110 Ibid, p 8
112 KRIJN Peter et RICHARDS Paul, « youth in Sierra Leone: why we fight », in Africa Journal of
the international, African Institute, n° 68 (2), 1998, p.183-210.
78
cause du conflit, il voyait celui-ci comme une opportunité pour déclencher un conflit. Il est à
noter qu’avant l’attaque de Taylor contre Doe, il existait beaucoup de cas de violences
commises par les jeunes. Les chefs rebelles ont exploité ce phénomène criminel pour armer
les jeunes. Les armes provenaient de l’ex-URSS, en particulier l’AK-47.
Du point de vue de la crise de la jeunesse, on peut affirmer en premier lieu, que les
groupes dissidents au Libéria, dirigés par Taylor, étaient mélangés. Ce qui suppose que
l’appartenance ethnique n’était pas une condition importante pour le recrutement, en
particulier durant la deuxième phase du conflit libérien. Le fait de rejoindre une faction
armée « constitue une alternative acceptable, à défaut d’être idéale, pour gagner de quoi vivre
(…) »113.
79
profit économique constitue un objectif exclusif, entraînant l’accaparement et le contrôle des
richesses nationales d’une part, et d’autre part, la mise en place d’un système d’exploitation
favorable à tous les protagonistes, rendant ainsi la fin de la guerre très complexe. Ce système
économique alternatif est criminalisé de deux façons : la vente à faible coût des richesses
nationales à des entreprises multinationales, désireuses de faire du profit d’une part, et d’autre
part, le trafic de stupéfiants. L’analyse de l’auteur loin d’être erronée, résume parfaitement le
conflit libérien, selon des enquêteurs de l’ONU : « au moins douze districts miniers ont été
occupés par les rebelles du LURD, et plusieurs témoins oculaires ont dit avoir été contraints
de laver du gravier brut pour en tirer des diamants pour les rebelles… Un commandant du
Lurd interrogé par le Comité d’experts a aussi avoué que les soldats rebelles s’emparaient des
diamants pendant leurs opérations et qu’ils les avaient vendus à des acheteurs en Guinée »117.
L’Avaritia dans le conflit libérien offrait deux avantages aux factions armées :
- un moyen de soutien de l’effort de guerre :
Tout affrontement armé nécessite un financement, il s’agit d’un moyen de soutenir
l’effort de guerre et le conflit libérien n’échappe pas à ce principe.
Au Libéria la différence de puissance des factions armées reposait sur la capacité de
contrôle des richesses naturelles. En effet, plus une faction contrôlait les richesses, plus elle
était puissante. Suivant ce raisonnement, Taylor était le chef rebelle le plus puissant « parce
qu’il était capable d’exploiter les diamants, et d’autres ressources commerciales»118. Selon
des estimations, le conflit lui a procuré plus de 400 millions de dollars119, les montants
récoltés lui ont permis d’acquérir des armes et de prendre ainsi, le dessus sur les autres
factions armées, grâce à sa puissance de feu.
Mamadou Aliou Barry décrit parfaitement le système de financement de l’effort de
guerre mis en place par Taylor : « ses partenaires sont des commerçants contrebandiers grecs
et libanais. Des cargos débarquent des armes et embarquent du bois précieux et des
conteneurs dans lesquels sont dissimulées d’importantes quantités de drogues et d’armes ».120
117 CONSEIL DE SÉCURITÉ DES NATIONS UNIES, Report of the Panel of Experts Appointed
Pursuant to Security Council Resolution 1395, United Nations Security Council, New York, 11
Avril 2002, paragraphe 110.
118 RENO William “ la sale petite guerre du Libéria”, Op. Cit, pp 64
119 BERDAL Mats et MALONE David, «Introduction», in Berdal Mats et Malone David, Greed
and Grievance. Economic Agendas in Civil Wars, Boulder, Co., Lynne Rienner, 2000, pp5.
120 BARRY Mamadou Aliou, Guerres et Trafics d’armes en Afrique : Approche Géostratégique, Op.
Cit, pp 293-294
80
- Un tremplin pour la conquête du pouvoir politique :
La seconde raison justifiant l’attrait des factions armées pour l’acquisition du
maximum de richesses, est la conquête du pouvoir politique. Cette affirmation s’est confirmée
avec l’élection démocratique de Taylor à la présidence du Libéria, le 19 Juillet 1997, avec un
taux de 70% des voix face à Ellen Johnson Sirleaf.
Il est évident que le choix des électeurs, pour un ancien chef de guerre reconverti à la
politique, n’était pas dû à l’intérêt qu’ils avaient pour son programme politique.
Leur choix s’expliquait par un calcul rationnel : pour avoir la paix, il faut élire le chef
de la faction armée la plus puissante. Les partisans de Taylor eux-mêmes avaient un slogan en
ce sens : « Taylor a tué mon père et ma mère, mais je vote pour lui ». En effet, élire un autre
candidat que Taylor à la présidence du Libéria, reviendrait à favoriser l’enlisement du conflit
libérien, la ligne politique de Taylor était fondée sur « la menace qu’il faisait planer d’un
retour à la guerre s’il n’entrait pas au palais présidentiel »121
En résumé, les mauvaises conditions socio-économiques, ajoutée à la richesse du
Libéria et à l’absence de perspectives des jeunes, ont constitué un des fondements du conflit
libérien. Collier accorde une importance fondamentale aux rôles des facteurs économiques
dans le déclenchement d’un conflit : « Les données sur les causes de conflit indiquent que les
facteurs économiques en sont les principaux moteurs. La combinaison d’importantes
exportations de matières premières, d’un bas niveau d’enseignement, d’un pourcentage élevé
d’hommes jeunes et d’un déclin économique augmentent énormément les risques »122.
Avec le conflit libérien, les Etats de la CEDEAO ont découvert la complexité des
confits internes, caractérisés par un enchevêtrement de causes ethnique, économique et
partisane. Le mécanisme initial de sécurité ne constituait pas un cadre pertinent capable de
résoudre ce type de conflit. En effet, il avait une nature utopique : il n’existait pas d’ennemi
commun aux Etats de la CEDEAO et on constate que l’objectif implicite des Etats de la
CEDEAO était de se protéger des affrontements idéologiques Est-Ouest. L’alliance défensive
des Etats de la CEDEAO était dirigée contre les puissances occidentales, cet avis est partagé
123 Traduction par nos soins : « les efforts pour mettre en place une capacité défensive de la
CEDEAO, reposaient sur une perception de la menace qui viendrait de l’extérieur de la CEDEAO,
ceci incluait les néo-colonialistes… »
124 Cité par MAGYAR Karl Paul, « ECOMOG’s Operations : Lessons for peacekeeping » ; in
Morgan Earl-Conteh et Magyar Karl P, peacekeeping in Africa : Ecomog in Liberia, Op. Cit, pp 55
125 Ces bases militaires françaises ont été installées en vertu d’accords de défense signés entre la
France et la Côte d’Ivoire en 1961 puis le Sénégal en 1974.
82
Chapitre 2 : L’intervention de la CEDEAO dans le conflit libérien
83
A- L’implication des comités ad hoc dans le règlement du conflit libérien
La stratégie adoptée par la CEDEAO, afin de régler le conflit libérien, a été la création
des différents comités ad hoc, il s’agissait des comités suivants :
- Le Comité Permanent de Médiation :
Il a été crée par la décision A/DEC. Du 30 mai 1990, lors de la 13ème session ordinaire
de la conférence des chefs d’Etat de la CEDEAO, à Banjul en Gambie.
Il comprenait : le Ghana, le Mali, le Nigeria, le Togo et la Gambie. Le comité
permanent de médiation est un mécanisme non prévu, ni par le traité de la CEDEAO, ni par
les protocoles relatifs à la sécurité de la CEDEAO.
La première session du Comité Permanent de Médiation s’est tenue, le 7 août 1990 à
Banjul. Cette réunion a marqué le début de l’engagement du comité dans le conflit libérien,
au regard des mesures adoptées :
- Appel au cessez le feu ;
- Mise en place et envoi au Libéria d’un groupe de surveillance du cessez le feu,
l’ECOMOG.
84
- Le comité des Cinq :
Il a succédé au comité des 5. Le comité des neufs, a été le fruit du rapprochement entre
le Comité Permanent de Médiation et le Comité des 5. C’est lors de la 15ème session ordinaire
de la conférence des chefs d’Etat et de gouvernement le 29 Juillet 1992, qu’a débuté la
coopération entre les deux comités. Dans la décision A/DEC.8/7/1992 du 29 juillet 1992
relative aux sanctions contre Charles Taylor et le Front National Patriotique du Libéria,
l’article 5 dudit document dispose que « le comité des cinq en consultation avec le Comité
Permanent de Médiation, demandera l’assistance du Conseil de sécurité des Nations Unies
afin de rendre obligatoire pour tous les Etats membres de la communauté internationale (…)
toutes sanctions prises ».
A la suite de cette conférence, le 20 octobre 1992, il s’est tenue à Cotonou au Bénin, la
première réunion conjointe du Comité Permanent de Médiation et du Comité des 5.
Le communiqué final128 de cette réunion conjointe contenait les dispositions relatives
à l’embargo général sur les zones contrôlées par le NPFL, le cessez-le-feu entre le NPFL et
l’ULIMO et surtout l’institution d’un nouveau comité dit des neuf. Ce dernier comprend : le
Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’ivoire, la Gambie, le Ghana, la Guinée, le Nigeria, le
Sénégal et le Togo.
A l’instar du comité des 5, le comité des neuf a pour objectif principal l’application
des accords de Yamoussoukro.
128
Communiqué final de la première réunion conjointe du Comité Permanent de Médiation et du Comité des
cinq, rendu public le 20 Octobre 1992.
85
B- La création de l’ECOMOG :
87
Paragraphe 2 : les causes de l’improvisation de la gestion du conflit libérien par la
CEDEAO.
Décider d’une intervention militaire dans un Etat en conflit, est loin d’être un acte
banal. L’intervention militaire de l’ECOMOG dans le conflit libérien a été motivée par
plusieurs raisons, d’abord le risque de voir le conflit libérien se développer au-delà des
frontières nationales du Libéria (A), ensuite l’incapacité de l’OUA a joué un rôle déterminent
dans le règlement du conflit (B) et enfin le mutisme de certains acteurs clés (C).
131
Communiqué final de la première session du Comité Permanent de Médiation, Banjul, 6-7 août 1990.
88
A titre illustratif, il y avait plus de 7.000 nigérians au Libéria132. Ceux-ci sont devenus
la cible des rebelles, suite au soutien dont bénéficiait le régime de Doe de la part du Nigeria,
comme l’a constaté M. Emeka Nwokedi133 : « le Nigeria, sans jamais manifester le moindre
mécontentement public devant les violations des droits de l’homme, a pratiqué une politique
de soutien active au régime de Samuel Doe ».
L’attaque des ressortissants nigérians par les rebelles du NPFL a atteint son comble, le
8 août 1990, suite à la tuerie de plus de 1000 civils nigérians, qui étaient sous la protection de
l’Ambassade du Nigeria134. Confirmant les violences subies par les nigérians, un rescapé
raconte le massacre de professeurs d’université du Libéria, dont le crime avait été d’être des
nigérians135.
L’autre inquiétude était celle du flux de libériens réfugiés dans les Etats limitrophes du
Libéria, en particulier la Guinée Conakry et la Sierra Léone. En Juillet 1990, la Guinée
Conakry a accueilli plus de 10.000 réfugiés libériens sur son territoire136. Plus tard, le nombre
de réfugiés avait atteint 450.000 en Guinée; 195.000 en Côte d'Ivoire; 7.600 en Sierra Léone;
10.000 au Ghana et 1.600 au Nigeria137.
En effet, l’accueil de réfugiés a posé d’énormes difficultés aux Etats d’accueil. Dans la
plupart des cas, en Afrique, les Etats accueillant les réfugiés connaissent des difficultés
économiques, donc accueillir d’autres populations ne fait qu’accroître leurs difficultés. Aussi,
l’accueil des réfugiés se transforme en obstacle pour les Etats accueillants. Les conséquences
sont de deux ordres, sur le court terme, on peut évoquer le détournement des ressources vers
le traitement de la situation d’urgence : accueil des réfugiés, l’augmentation de l’insécurité du
132MAYS Terry, « Nigerian Foreign Policy and Its Participation in ECOMOG. », in Peacekeeping
in Africa: ECOMOG in Liberia. Eds. Karl P. Magyar and Earl Conteh-Morgan New York: St.
Martin's Press, Inc. 1998, pp 108-109
133 EMEKA Nwokedi, « le mythe d’un leadership nigérian dans les relations interafricaines » in
Etudes internationales, vol 22, n°2, 1991, pp 363.
134 MAYS Terry; “Nigeria foreign policy….” Op.Cit, pp 108
135 BREHUN Leonard, Liberia: the war of horror, Accra, Adwing Publications (GH), Ltd, 1991, p
102.
136WIPPMAN David, «Enforcing the Peace: ECOWAS and the Liberian Civil War », in Enforcing
Restraint: Collective Intervention in Internal Conflicts. Ed. Lori Fisler Damrosch, New York:
council on foreign relations, 1993, pp 158
137
UNITED STATES COMMITTEE FOR REFUGEES, « Liberia», in World Refugee Report 1993,
Washington, D.C.: American Council for Nationalities Service, 1992, p 65
89
fait des conflits entre les populations autochtones et les réfugiés sur le moyen et le long terme,
on peut craindre l’impact causé sur l’environnement, comme l’accroissement de la
consommation d’énergie, nécessitant la coupe de bois.
Il était donc indispensable de réagir, pour mettre impérativement fin à la dégradation
de la situation humanitaire au Libéria, c’est ce qui a poussé les Etats membres du Comité
Permanent de Médiation à : « assumer leur responsabilité fondamentale de maintien de la paix
et de la stabilité dans la sous région et sur le continent africain dans son ensemble »138.
138 Communiqué final de la première session du Comité Permanent de médiation, Banjul, 6-7 août
1990.
139MAYS TERRY, “ Nigeria Foreign Policy…”Op. Cit, pp 114
140 Ibid, pp 113
90
B- L’incapacité de l’OUA dans le règlement du conflit libérien
L'OUA a été créée le 25 mai 1963 à Addis-Abeba en Ethiopie. Elle repose sur les
principes suivants : l'égalité souveraine de tous les États membres ; Le principe de la non-
ingérence dans les affaires intérieures des Etats ; Le respect de la souveraineté et de l'intégrité
territoriale de chaque État ; Le règlement pacifique des différends.
En plus de la promotion de la coopération entre les Etats africains, le règlement des
conflits deviendra une autre priorité de l’OUA. A cet effet, la Commission de médiation, de
conciliation et d'arbitrage de l’OUA a été créée pour « le règlement pacifique des différends
par voies de négociation, de médiation, de conciliation et d'arbitrage »141.
La fin de la guerre froide ayant accentué l’émergence des conflits intra-étatiques et les
difficultés économiques, ont entravé le fonctionnement de la Commission de médiation, de
conciliation et d'arbitrage de l’OUA. C’est ce qui a poussé les chefs d'Etat et de
gouvernement, lors d’une réunion au Caire, en Egypte, du 28 au 30 juin 1993, à mettre en
place un Mécanisme pour la prévention, la gestion et le règlement des conflits. Celui-ci a été
renforcé par la création en 1996, d'un centre de gestion des conflits au siège de l'OUA, il était
doté d'un bureau d'alerte rapide et d'une salle de suivi des opérations.
L’OUA avait un droit de regard et un devoir de participer au règlement du conflit
libérien, le Libéria est un Etat membre de l’OUA.
L’OUA a été alertée par la situation humanitaire désastreuse du Libéria en 1990,
toutefois, elle est restée silencieuse, du fait du manque de volonté politique des Etats membres
et de l’incapacité matérielle de l’OUA, d’intervenir dans le conflit libérien, selon Bangoura,
l’OUA : « se montre très passive dans la résolution du conflit libérien. Prise de court devant
un conflit interne de cette ampleur, devancée par la CEDEAO, dépassée par les faits, elle
affiche son inefficacité, se cantonnant à prodiguer des encouragements à l’Ecomog »142.
La participation de l’OUA dans le règlement du conflit libérien s’effectuera
tardivement, celle-ci a été obtenue grâce aux pressions exercées par le groupe Afrique de
l’Ouest à l’OUA.
141
Article 7 de la charte de l’OUA
142BANGOURA Dominique, « la régionalisation des conflits internes : cas de l’Afrique de l’Ouest »
in Des conflits en mutation ? De la guerre froide aux nouveaux conflits, s.dir de Danielle
Domergue-Cloarec et Antoine Coppolani, Éditions Complexe, 2004, p 234.
91
Ce groupe est constitué des ambassadeurs des Etats ouest africains basés à Addis-
Abeba.
Lors d’une de leur réunion, le 20 juillet 1990, les ambassadeurs ont tenu à attirer
l’attention du Secrétaire Général de l’OUA, sur la situation au Libéria et ils l’ont invité à
s’impliquer dans le règlement du conflit.
La première intervention de l’OUA a consisté à appuyer les efforts de la CEDEAO,
par :
- La participation du Secrétaire Général de l’OUA à la première réunion du Comité
Permanent de Médiation en Août 1990, comme observateur ;
- L’adoption d’une déclaration de soutien aux efforts de la CEDEAO, le 08
septembre 1990, lors d’une réunion du comité ad hoc des chefs d’Etat et de
gouvernement de l’OUA sur l’Afrique australe143 ;
- L’incitation de l’Ouganda et de la Tanzanie à envoyer des contingents aux côtés de
l’ECOMOG.
Durant toute la durée du conflit libérien, l’OUA n’a pas cessé de supporter
l’ECOMOG ; allant plus loin, M. Ouhoumoudou Mahamadou souligne que « toutes les
résolutions de l’OUA sur le Libéria ont loué et apprécié le rôle positif et les efforts déployés
par la CEDEAO, pour restaurer la paix, la stabilité et la sécurité dans ce pays »144.
L’œuvre la plus marquante de l’OUA fût l’envoi d’une personnalité éminente pour le
Libéria. La demande a été faite le 7 Novembre 1992 à Abuja, par les chefs d’Etat et de
gouvernement de la CEDEAO, suite à cela, le Secrétaire Général de l’OUA a nommé le 24
décembre 1992, le révérend Canaan Banana ancien Président du Zimbabwe, comme éminente
personnalité de l’OUA, pour le Libéria. Son rôle a consisté à collaborer avec la CEDEAO
pour l’application des accords de paix. On lui doit aussi la participation de l’Ouganda et de
la Tanzanie aux côtés de l’ECOMOG145.
143« Le comité ad hoc a pris acte des efforts déployés par la CEDEAO afin de mettre un terme au
conflit notamment grâce au déploiement de la force de la paix de la CEDEAO (ECOMOG) ».
Ouhoumoudou Mahamadou, « l’initiative de paix de la CEDEAO : une chronologie » in, le
144
146 Préambule de la charte des Nations Unies, signée à San Francisco, le 26 Juin 1945.
147 BANGOURA Dominique, « la régionalisation des conflits internes … », Op. Cit., pp 234
148 CONTEH-MORGAN Earl , « Ecowas : peace-makingg or meddling in Liberia », in Africa
Insight, vol 23, n°1,1993, pp 36
149 Traduction « 24 août 1990, (…) la communauté internationale était préoccupée par l’invasion
du Koweït par l’Irak… »
150 WIPPMAN David, «Enforcing the Peace: ECOWAS and the Liberian Civil War », Op. Cit., pp
158
93
souhaitant pas l’intervention de l’Onu, il s’agissait de la Côte d’Ivoire151, du Zaïre et de
l’Ethiopie152.
L’intervention de l’ONU dans le conflit libérien a débuté par l’adoption de la
résolution 788153. Celle-ci est importante à plus d’un titre, elle porte sur : Le soutien politique
et l’encouragement à la CEDEAO dans ses efforts de règlement du conflit libérien ; Les
condamnations des violations de l’accord de cessez le feu par les parties au conflit, conclu le
28 Novembre 1990 à Bamako ; L’adoption de mesures d’embargo sur les armes et tout autre
matériel militaire à l’encontre de toutes les parties au conflit ; La nomination d’un
représentant spécial du Secrétaire Général de l’ONU au Libéria.
Pour appuyer la résolution788, le Conseil de Sécurité adoptera une autre résolution
significative, la résolution 866 du 22 Septembre 1993, qui crée la Mission d’Observation des
Nations Unies au Libéria, chargée essentiellement de : Recevoir les informations relatives aux
violations du cessez le feu, enquêter sur celles-ci et informer le comité des violations ;
Veiller : au respect de l’accord de paix, à la bonne tenue du processus électoral ; Prendre part
aux missions d’assistance humanitaire.
Concrètement les activités de la MONUL ont connu quelques obstacles, à cause de la
reprise des hostilités en Septembre 1994, entre l’ULIMO-K, l’ULIMO-J et le NPFL, puis les
difficultés rencontrées par l’ECOMOG pour assurer la protection de la MONUL.
En définitive, cette collaboration entre la MONUL et l’ECOMOG a représenté une
belle illustration de l’application du chapitre 8 de la charte des Nations Unies relatif aux
accords régionaux.
Une autre résolution importante du Conseil de Sécurité de l’ONU, était la résolution
985, adoptée le 13 Avril 1995. Elle fait suite au non respect, après plusieurs rappels, de
l’embargo sur les armes, par les parties au conflit libérien. Avec cette nouvelle résolution, un
comité des sanctions a été institué. Il était chargé de veiller au respect de l’embargo et
recueillait les cas de violations de l’embargo.
Le Conseil de Sécurité de l’ONU n’a cessé d’adopter des résolutions, depuis le début
de son intervention en 1993.
94
- Les Etats-Unis d’Amérique :
Le choix des Etats-Unis d’Amérique n’est pas fortuit. En effet, le Libéria constitue le
seul Etat africain qui a des liens historiques privilégiés avec les Etats-Unis d’Amérique, « Les
Américains en firent leur tête de pont en Afrique de l’Ouest »154.
Comme spécificité des liens entre les Etats-Unis et le Libéria, nous pouvons citer entre
autres, les faits suivants :
• La constitution et le code pénal du Libéria ont été élaborés par des juristes
américains à l’image de la constitution et du code pénal des Etats-Unis
d’Amérique ;
• Le Libéria était le seul Etat africain qui utilisait la devise des Etats-Unis
d’Amérique : le dollar.
Entre 1980 et 1988, l’aide américaine pour le Libéria s’élevait à 500 millions de
dollar.
Après 1988, les relations entre les deux Etats se sont fortement détériorées. Les Etats-
Unis d’Amérique ne supportaient plus la mauvaise gouvernance de Samuel Doe. La non-
154
MARGUERAT Yves, « Harbel, Yekepa, Kakata, Buchanan et les autres… », Op.cit., pp 126.
95
intervention américaine dans le conflit libérien a été perçue par les libériens comme une
véritable tragédie, tant les espoirs fondés sur les Etats-Unis étaient grands. La désillusion des
libériens s’est aggravée, lorsque les troupes américaines présentes au Libéria se sont limitées
à l’évacuation des seuls citoyens américains et occidentaux présents au Libéria.
Justifiant leur non-intervention, les différentes administrations américaines, sous Bush
et Clinton, ont toujours soutenu que le conflit libérien était interne. A l’opposé, des personnes
éminentes comme Jesse Jackson, Herman Cohen et l’ancien Président américain Jimmy
Carter, n’ont ménagé aucun effort pour le règlement du conflit libérien.
L’intervention des Etats-Unis d’Amérique dans le règlement du conflit libérien a
débuté par un soutien financier à l’ECOMOG155 . Les Etats-Unis d’Amérique ont distribué156
également 400 millions de dollar, repartis entre les Nations Unies et les Organisations Non
Gouvernementales Internationales, intervenant au Libéria et 75 millions de dollar pour la
reconstruction du Libéria.
Au début du conflit libérien, le comité de coordination politique pour l’Afrique du
Département d’ Etat des Etats-Unis d’ Amérique a émis les recommandations suivantes157 :
- Les Etats-Unis ne doivent pas rester passifs face à la situation libérienne, compte
tenu des liens historiques et du désastre humanitaire qu’il faudrait éviter ;
- Les Etats-Unis doivent se désolidariser de la répression militaire en cours au
Libéria ;
- Les Etats-Unis doivent protéger les installations américaines au Libéria ;
- Les Etats-Unis doivent préparer un plan d’évacuation des citoyens américains
présents au Libéria.
155 10 millions de dollars par an, puis 30 millions de dollars additionnel en 1996.
156 BAGAYOKO-PENONE Niagalé, Afrique : les stratégies française et américaine, Op. Cit, p 13.
157 United States Department of State, Minutes of the Liberia PCC, 6 April 1990, In State
Department archives, cited In Herman J. Cohen, Intervening in Africa: Superpower Peacemaking
in a Troubled Continent, New York and London: St. Martin's Press and Macmillan, 2000, p. 135
96
Section 2 : Le bilan mitigé de l’intervention de l’ECOMOG dans le conflit libérien
158
GUILLIEN Raymond et VINCENT Jean (s.dir), Lexique des termes juridiques, 14 éd, Paris Dalloz, Paris
2003.p, 75
97
Les Opérations de maintien de la paix constituent une pratique des Nations Unies, ce
qui signifie qu’elles ne sont pas expressément prévues par la charte des Nations Unies, en
effet, « la charte ne mentionne nulle part, ni a fortiori ne définit ces opérations »159.
Elles sont d’ailleurs appelées chapitre 6 et demi160. Car les Opérations de Maintien de
la Paix sont à cheval sur le chapitre 6 de la charte (règlement pacifique des différends » et le
chapitre 7 « action en cas de menace contre la paix, de rupture de la paix et d’acte
d’agression ».
Il existe deux générations d’Opération de Maintien de la Paix : celles de la première
génération et celles de la deuxième génération. Les opérations déployées avec le
consentement des parties au conflit, ou qui n’ont d’autre but que de séparer des belligérants,
sont celles de la première génération.
Pour Serge Sur, le fait qu’il y ait plusieurs générations d’Opération de Maintien de la Paix
implique « un perfectionnement génétique »161 il estime que chaque opération est : « au fond
un cas particulier »162.
M. Sur insiste163 sur le caractère consensuel des Opérations de Maintien de la Paix, il
cite 3 caractéristiques pour le déploiement d’une Opération de Maintien de la Paix :
• Le cessez-le-feu entre les belligérants ;
• L’accord des belligérants pour le déploiement de l’opération ;
• L’accord des Etats volontaires relatif à la mise à la disposition de contingents
militaires pour l’opération.
A sa suite, Michel Voelckel estime que les caractéristiques des Opérations de Maintien
de la Paix sont :
• « Opération internationale : elles sont menées sous l’égide de l’ONU, qui précise ses
missions, plus précisément le Conseil de sécurité et l’Assemblée générale, sur la base
de leurs pouvoirs au regard des articles 7 ; 22 ; et 29 de la charte, d’établir des organes
subsidiaires.
161 SUR Serge, Relations Internationales, LGDJ 2004, Montchrestien 3ème édition, p 449
98
• Opération non coercitive : elle ne vise pas à sanctionner un Etat qui porterait atteinte à
la paix et la sécurité internationales
• Opération de consensus : elles sont déployées avec le consentement préalable de tous
les Etats concernés (Etats belligérants, Etat dont le territoire est concerné par
l’intervention, Etats fournisseurs de contingents).
• Opération impartiale : les parties au conflit, doivent être traitées de manière égale par
l’opération, en excluant toute préférence pour l’une ou l’autre des parties au conflit.
L’une des mesures pour garantir cette impartialité, est l’exclusion de l’opération, de
tout Etat membre du Conseil de sécurité, qui aurait un intérêt dans le conflit.
• Opération pacifique : l’usage de la force par les troupes de maintien de la paix, est
autorisé uniquement en cas de légitime défense. »164
Le mandat de l’ECOMOG précisait, que la force ouest africaine avait pour mission de
surveiller le cessez le feu, et de créer les conditions nécessaires pour la tenue d’élections
libres et transparentes. Aussi nécessaire que pouvait être l’envoi de l’ECOMOG, le 24 Août
1990, il n’y avait pas d’accord de cessez le feu au Libéria. Comment surveiller un cessez le
feu, qui n’existe pas ?
Aussi, les opérations de maintien de la paix « soutiennent un processus de paix amorcé
pour permettre de le mener à son terme »165, le Libéria n’avait pas encore entamé un tel
processus.
Ensuite, l’ECOMOG n’avait pas obtenu le consentement de toutes les parties au
conflit libérien, ce qui constitue un préalable pour le déploiement de l’opération. En effet,
Charles Taylor a expressément exprimé son opposition à l’intervention de l’ECOMOG dans
le conflit libérien.
Enfin, la force de maintien de la paix ne doit faire usage de la force qu’en cas de
légitime défense. Il s’est avéré que plusieurs fois, les troupes de l’ECOMOG ont adopté une
posture offensive pour mener leur mission.
Enfin, l’ECOMOG a été constamment qualifié de force partiale par Charles Taylor,
qui a exigé, comme le dispose l’accord de Yamoussoukro 3 « la nécessité de remodeler (…)
l’ECOMOG ». De même, lors de la première réunion du comité des neufs, le 7 novembre
164
VOELCKEl Michel, « Opérations de maintien de la paix et d’imposition de la paix », Op.cit. pp 383.
165
Ibid,pp 382.
99
1992, les chefs d’Etat et de Gouvernement « sont convenus que tous les Etats membres de la
CEDEAO, notamment ceux en qui le NPFL fait confiance envoient des troupes à l’ECOMOG
afin de renforcer sa capacité à accomplir sa mission (…) et la confiance entre toutes les
factions belligérantes ». Le manque d’impartialité de l’ECOMOG a rendu complexe le
règlement du conflit166.
166
WEISSMAN Fabrice, « Libéria, derrière le chaos, crise et interventions internationales », in
Relations Internationales et Stratégiques, n°24, Paris, IRIS, 1996. Pp 96.
167
LETOURNEAU Charles, « imposition de la paix »
169
Résolution 169 du 24 Novembre 1961, Conseil de Sécurité
100
En se référant à cette définition, nous pouvons affirmer que l’ECOMOG a été une
force d’imposition de la paix. Eu égard la nature des opérations militaires contre les factions
armées.
L’usage de la force par les troupes de l’ECOMOG était-elle autorisée par son mandat?
Le mandat de l’ECOMOG précise, qu’il a pour mission : « de restaurer l’ordre et
d’assurer le respect du cessez le feu ».
L’interprétation de cette disposition peut signifier un usage de la force. En effet, la
restauration de l’ordre va au-delà du maintien de la paix. Elle implique nécessairement un
usage important de la force. Plus tard, grâce à l’accord de Cotonou, l’ECOMOG a été
reconnu comme une force d’imposition de la paix.
Les principales caractéristiques des opérations d’imposition de la paix sont :
• Les parties impliquées n’ont pas à être exclusivement des États reconnus par
l’ONU. Ceci laisse donc place aux déploiements à l’intérieur des États comme
c’est le cas dans le cadre de guerres civiles ou de révolutions ;
• Le consentement des parties impliquées n’est plus un pré requis pour autoriser une
opération ;
• Les militaires ont davantage le mandat de créer des conditions de paix plutôt que
de maintenir une paix fragile encadrée par un accord de cessez-le-feu ;
Allant plus loin dans leur analyse, certains auteurs ont estimé que l’intervention de
l’ECOMOG a même muté en : « (…) occupation »171. Aussi, une observation attentionnée des
événements, fait ressortir une évolution du mandat de l’ECOMOG.
170
LETOURNEAU Charles, « imposition de la paix » Op. Cit.
171
TSHITENGUE Lubabu ; « CEDEAO : les partis pris de l’Ecomog », in L’Autre Afrique du 10 au
17 février 1999, pp 22
101
B- L’Ecomog et son rôle dans les atteintes aux droits inhérents à la personne humaine.
• L’inaliénabilité : elle signifie que les droits de l’homme sont inhérents à la nature
humaine. Toutefois, ce principe n’est pas absolu, ainsi notre liberté d’aller et de
venir peut être entravée en cas de condamnation pénale.
• L’indissociabilité : il existe des liens étroits entre les différents droits de l’homme.
En effet, il y a 3 grandes catégories de droits de l’homme : les droits civils et
politiques qui ont pour but de se prémunir contre les atteintes provenant de l’Etat
et surtout à préserver sa liberté, les droits économiques, sociaux et culturels
permettent à l’individu de bénéficier de la richesse sociale, enfin les droits
collectifs regroupent le droit à l’autodétermination des peuples, le droit au
développement. Même étant indissociables, certains droits de l’homme comme : le
doit à la vie, l’interdiction de la torture et traitements cruels, inhumains,
dégradants, l’interdiction de l’esclavage et la non-rétroactivité des lois pénales,
sont considérés comme « le noyau dur des droits de l’homme »173
• L’universalité : tout être humain, quelle que soit son origine géographique doit
jouir des droits de l’homme, selon le principe de l’universalité tous les hommes
sont libres et égaux.
172LOCHAK Danièle, les droits de l’homme, la Découverte, collection Repères, n°333, Paris, 2002,
p 4.
173AMNESTY INTERNATIONAL- Section Française, Protéger les droits humains : outils et
mécanismes juridiques internationaux, Editions du Juris-Classeur, 2003, p 233.
102
L’obligation de respecter les droits humains incombe aux troupes de maintien de la
paix, dont l’ECOMOG, la réponse est sans équivoque. En effet, compte tenu de l’article 30 de
la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, l’article 5 du pacte relatif aux droits civils
et politiques et du fait que les soldats de l’ECOMOG sont tous ressortissants d’Etats ayant
ratifiés les textes universels pertinents relatifs au respect des droits humains, les troupes de
l’ECOMOG avaient l’obligation de respecter ces droits.
Cependant, durant toute la durée de leur mandat, il y a eu plusieurs témoignages
relatifs aux violations des droits humains par les troupes de l’ECOMOG.
174
BOUCHET-SAULNIER Françoise, Dictionnaire pratique du droit humanitaire, Op. Cit p 214.
103
D’abord les règles du Droit international humanitaire sont considérées comme faisant
partie de la coutume internationale, à ce titre, les sujets de droit international ont l’obligation
de les respecter.
Ensuite, tous les Etats ont l’obligation de former leurs forces armées dans le respect du
Droit international humanitaire.
Enfin, le règlement de l’ECOMOG précise expressément: «shall observe the principles
and spirit of the general international conventions applicable to the conduct of military
personnel»175
Au titre des violations du droit international humanitaire, des organisations d’aide
humanitaire, qui opéraient sur le territoire de Charles Taylor, ont affirmé que l’Ecomog
conduisait des attaques aériennes aveuglément. Elles ont confirmé que des secteurs non
stratégiques ont été attaqués, citant l'attaque sur Kakata en décembre 1992, quand les avions
de l’ECOMOG ont volontairement bombardé la principale rue commerciale en plein jour176.
Selon Human Rights Watch, des journalistes et des travailleurs humanitaires ont
rapporté que les attaques aériennes ont eu l'effet de tourner les populations civiles contre
l’ECOMOG et de renforcer leur soutien au NPFL, plutôt que d’annihiler la volonté du NPFL
de combattre.
Les principales attaques aériennes de l’ECOMOG qui ont atteint la population civile
ou des établissements civils sont :
• L’attaque à Harbel de l’hôpital Firestone en novembre 1992 ;
• La destruction par l’Ecomog d’un entrepôt de vivres appartenant à l’ONG Catholic
Relief services, le 16 novembre 1992;
• L’attaque du village de Gbinta en Côte d'Ivoire à la frontière libérienne le 27 février
1993, ayant blessé 5 soldats et un douanier ivoirien ;
• L’attaque d’un camion du Catholic Relief Services acheminant des vivres, le 2 mars
1993 ;
175 Règlement de l’ECOMOG, art 45.Traduction par nos soins: “ devrait respecter les principes et
les règles des conventions internationales relatives au comportement du personnel militaire »
176HUMAN RIGHTS WATCH, Rapport sur le Libéria, [ http://www.hrw.org/reports/1993/liberia/]
(Page consultée le 26 Mai 2010)
104
• L’attaque du marché à Gbarnga et Kollila en mars 1993, ayant fait quatre morts et 26
blessés.
• L'attaque de l'hôpital de Phebe, le 10 mars 1993 ;
• Le bombardement de Greenville, le 18 mars 1993, ayant fait 15 morts ;
• L’attaque d’un convoi de Médecins Sans Frontières acheminant des médicaments et
des vaccins, le 18 avril 1993 ;
177ABDULLAH Ibrahim, « Bush path to destruction: the origin and character of the
Revolutionary United Front/Sierra Leone », in The Journal of Modern African Studies, Vol.32,
n°2, 1998, pp. 220-21.
178RILEY Stephen P., « Liberia and Sierra Leone: Anarchy or Peace in West Africa », in Conflict
Studies, n°287, London, Research Institute for the Study of Conflict and Terrorism, February
1996, pp 7.
105
maillon faible de l’Ecomog, décide de porter la guerre dans ce pays voisin en ouvrant un
second front à partir du Libéria »179.
Le front révolutionnaire uni regroupait des combattants libériens, burkinabés et sierra-
léonais, dans les zones diamantifères proches de la frontière libérienne. Le but fondamental du
RUF était de contrôler les gisements diamantifères de la sierra Léone et s’accaparer « du
diamant devient une fin en soi ; la guerre sert d’écran de fumée au commerce illicite et très
profitable du diamant »180, ceci a permis le financement des rebellions de Charles Taylor au
Libéria et du RUF lui-même.
179 BANGOURA Dominique, « la régionalisation des conflits internes… », Op. Cit, pp 233.
180MONDI Yannick et Deschêne Dany, « le conflit en Sierra Léone : les diamants du sang », in le
bulletin du maintien de la paix, n°52, Avril 2001, Institut Québécois des Hautes Etudes
Internationales, Université de Laval, pp 2
181
BANGOURA Dominique, « la régionalisation des conflits internes… », Op Cit, pp 235
182
Ibid.
106
RUF. Cet accord garantissait une amnistie générale pour tous les rebelles du RUF et prévoyait
la transformation du RUF en parti politique. Toutefois, cet accord sera un échec. Entre-temps
Foday Sankoh a été arrêté au Nigéria, pendant une visite. Le 25 Mai 1997, le conseil
révolutionnaire des Forces armées, dirigé par Johny Paul Koromah a évincé le Président
Kabbah du pouvoir.
Foday Sankoh a décidé de soutenir le chef du conseil révolutionnaire des forces
armées, le Major Johny Paul Koromah. Une alliance entre les deux protagonistes a vu le jour.
Le RUF a accepté de participer à un gouvernement d’union nationale.
Le défi de la communauté internationale était de rétablir l’autorité d’un président élu
démocratiquement : Ahmed Tejan Kabbah.
Le déclenchement du conflit en Sierra Léone était dû à la situation politique, qui se
caractérisait par des tensions ethniques entre d’une part, les Crios, les descendants d’esclaves
américains affranchis, et d’autre part les autochtones. Parallèlement, la Sierra Léone connaît
des coups d’état à répétition. Par ailleurs, la mauvaise gouvernance politique et économique,
ajoutée à la faiblesse de l’armée sierra-léonaise « désorganisée et indisciplinée, se montre tout
aussi inapte à éradiquer la rébellion»183 a facilité l’implantation du RUF dans le pays.
183
BANGOURA Dominique, « la régionalisation des conflits internes… » Op. Cit., pp 235
184BALENCIE Jean Marc et De la Grange Arnaud, Mondes rebelles : Dictionnaire des mondes
rebelles, Editions Michalon, Paris, 1999, pp 284
185 BANGOURA Dominique, « la régionalisation des conflits internes… », Op. Cit, pp 238.
107
Sur le plan interne, la population civile, victime principale du conflit, a été tuée,
mutilée et violée.
La recherche du diamant, qui était l’objectif officieux des rebelles, a entrainé une
dilapidation des ressources naturelles.
Les conséquences du conflit se sont étendues aux Etats voisins, avec son cortège de
réfugiés et les incursions fréquentes des rebelles dans les Etats voisins, augmentant le risque
d’accroitre la régionalisation du conflit. La phobie d’être touchée par la guerre civile, a poussé
la Guinée Conakry à bombarder les positions des rebelles du RUF, le 22 Janvier 2001.
108
Paragraphe 2 : Les succès de l’intervention de l’Ecomog
- La protection de Monrovia :
Capitale du Libéria, Monrovia symbolisait le pouvoir politique et économique du
Libéria. C’est à Monrovia que se trouvent toutes les institutions de la République. La prise de
la capitale était un objectif stratégique pour toutes les factions belligérantes du Libéria.
Grâce à l’ECOMOG, Charles Taylor n’a jamais réussit à s’emparer militairement de la
Capitale. En effet, sa détermination à prendre à Monrovia a été symbolisée par l’opération
Octopus, lors de cette opération, le NPFL a attaqué Monrovia, le 15 octobre 1992 à 02h 30
Mn, les rebelles ont ouvert simultanément 4 fronts, d’où le nom de l’opération Octopus,
signifiant la pieuvre186. Les différents fronts étaient : white pain ; caldwell ; Mount Barclay et
omega towers.
Les cibles du NPFL étaient les positions de l’armée libérienne et celles de
l’ECOMOG, le port de Monrovia, l’aéroport et le palais présidentiel. Selon les estimations de
Taylor, il devrait s’emparer de Monrovia à 17 heures et effectuer une déclaration de victoire à
19 heures187.
La détermination des rebelles du NPFL a causé d’importants dommages à l’ECOMOG
et a permis au NPFL de s’emparer de plusieurs points névralgiques.
En riposte, l’ECOMOG a lancé une contre-offensive contre les rebelles du NPFL, afin
de reprendre le contrôle de la ville de Monrovia, dégager les rebelles et contraindre Charles
Taylor à négocier. L’opération de reconquête de l’ECOMOG a été lancée à la mi-novembre
1992, elle a entraîné l’usage des forces terrestre, aérienne et navale. Grâce à la contre
186
Un animal mythique avec plusieurs tentacules
187
CEDEAO, The peace maker, Ecomog Magazine, vol 1992, septembre 1993, pp 16
109
offensive, l’ECOMOG a reconquis Monrovia avant la fin du mois de Décembre 1992. Le
maintien de Monrovia comme « zone de sécurité »188 était l’œuvre de l’ECOMOG.
• Sauvé la vie à des milliers de libériens qui s’y sont réfugiés, certains auteurs
font le même constat « L’ECOMOG a tout d’abord réussi à protéger pendant
toute la durée du conflit la capitale, Monrovia, où s’était réfugiée prés de la
moitié de la population du pays »189 ;
• Permis la signature des accords de paix de Cotonou par le NPFL, qui venait
d’être mis en difficulté par le contre offensive de l’ECOMOG191.
188ONU, Résolution 1059 adoptée par le Conseil de Sécurité à sa 3671e séance, le 31 mai 1996
PRKIC François et JOANNIDIS Marie, « Gestion régionale des conflits : l’Afrique de l’Ouest
189
montre la voie », in Relations Internationales et Stratégiques n° 33, printemps 1999, pp. 176-177.
- La protection de la MONUL :
La Mission des Nations Unies pour le Libéria était essentiellement composée
d’observateurs. La mission n’avait pas de capacité militaire à proprement parler. Pour lui
permettre d’assurer sa mission, les Nations Unies ont de connivence avec la CEDEAO,
désigné l’ECOMOG pour assurer la sécurité de la MONUL, c’est ce qu’indique la résolution
S/RES/1059 adoptée par le Conseil de Sécurité de l’ONU le 31 mai 1996, elle précise que :
« Soulignant que la présence de la MONUL au Libéria est subordonnée à celle de l'ECOMOG
et suppose que celui-ci s'engage à assurer la sécurité des observateurs militaires et du
personnel civil de la Mission». C’est grâce à l’ECOMOG que la MONUL restera au Libéria.
B- Le désarmement
192
AZUBIKE Nass Innocent, A study in internal conflict…, Op. Cit pp 69.
193 Traduction par nos soins : “ le Gouvernement Intérimaire d’Union Nationale était légitimé »
111
nationale. Au Libéria, le programme DDR a été mis en oeuvre par la Commission nationale
sur le désarmement, la démobilisation, la réhabilitation et la réinsertion en coordination avec
la MINUL et l’UNICEF. Ladite commission regroupait les représentants des différentes
factions rebelles et ceux de la CEDEAO.
La commission nationale sur le désarmement a obtenu au Libéria des résultats très
probants194 : Le désarmement et la démobilisation de 101.495 combattants et l’inscription de
22.000 personnes au cours d’enseignement conventionnel.
Les Etats de la CEDEAO étaient contraints d’intervenir dans le règlement des conflits
internes du Libéria et de la Sierra Léone, afin d’éviter un effet de contagion aux autres Etats
de la sous-région. Cette gestion improvisée du conflit libérien par la CEDEAO a une
explication juridique liée au fait que la gestion des conflits internes, à l’image de celle du
Libéria, n’était pas prévue dans le mécanisme initial de sécurité de la CEDEAO.
En effet, pour certains auteurs, conformément à l’article 4.b du protocole d’assistance
mutuelle, la CEDEAO avait le pouvoir légal de décider d’une intervention militaire « en cas
de conflit armé à un Etat membre soutenu et entretenu activement de l’extérieur susceptible
de mettre en danger la sécurité et la paix dans l’ensemble de la communauté ». A la lecture du
présent article, il ressort qu’il faut deux conditions préalables pour l’envoie d’une force
d’intervention militaire :
La nature armée du conflit : un conflit armé est une situation de belligérance opposant
deux parties avec usage d’armes.
Le conflit armé doit être : « soutenu et entretenu activement de l’extérieur ». La
signification de cette expression demeure complexe et obscure, selon Antoine Didier
prolifération des armes en Afrique de l’ouest », in Lutte contre la prolifération des armes légères en
Afrique de l’Ouest : Manuel de formation des forces armées et de sécurité, S. Dir Ayissi Anatole et
Sall Ibrahima UNIDIR Institut des Nations Unies pour la recherche sur le désarmement Genève,
UNIDIR/2003/13, p 35
113
le contrôle des ports libériens après le contre offensive contre Charles Taylor, de nombreux
soldats de l’ECOMOG se transforment en hommes d’affaires, certains ramenant toutes sortes
d’articles mobiles dans leur Etat d’origine, d’où l’appellation moqueuse de la population
libérienne, qui défini l’ECOMOG comme : « Every Car or Moving Object Gone »198
« emporte tout véhicule et tout meuble ».
Aussi, les échecs ne doivent pas occulter les succès et la détermination affichée par les
Etats de la région, qui ont combiné leurs efforts pour composer et déployer une force militaire
au Libéria et en Sierra Léone. A la suite de ces deux Etats, la CEDEAO a décidé de l’envoi de
l’ECOMOG en Guinée-Bissau, lors du 21ème sommet des Chefs d’Etat et de Gouvernement de
l’organisation, qui s’est tenu à Abuja-Nigéria le 02 Novembre 1998. Le conflit en Guinée-
Bissau s’est déclenché à la suite d’un un coup d’état militaire du Général Ansumane Mané
contre le Président de la République Joao Bernardo Viera. En effet, ayant été accusé de
fournir des armes aux rebelles de la Casamance pour lutter contre le Sénégal, le Général Mané
faisait l’objet d’une enquête parlementaire. Sans attendre les conclusions de l’enquête le
Président révoque son chef d’Etat Major, qui effectuera un coup d’état contre Viera, le 7 Juin
1998.
Malgré sa bonne volonté, les Ministres des Affaires Etrangères de la CEDEAO ont
exprimé, le 25 mai 1999, leur souhait de mettre fin à la mission de l’ECOMOG en Guinée
Bissau, pour des raisons d’insuffisance de ressources financières199. Leur position fût
partagée par l’autorité des chefs d’Etat et de Gouvernement, qui décida de surseoir à la
mission de l’ECOMOG en Guinée-Bissau.
Les expériences vécues dans la gestion improvisée des conflits internes du Libéria, de
la Sierra Léone et de la Guinée Bissau ont fait prendre conscience aux Etats de la CEDEAO,
de la nécessité impérieuse de construire une nouvelle architecture de sécurité.
198
Fernanda Faria, « la gestion des crises en Afrique subsaharienne : le rôle de l’Union Européenne », in
Occasional Paper n° 55 Novembre 2004, Institut d’Etudes de Sécurité de l’Union Européenne, pp 19.
199 Communiqué final de la réunion des Ministres des Affaires Etrangères de la CEDEAO, tenue à
114
Chapitre 3 : Le nouveau mécanisme de sécurité de la CEDEAO
200CEDEAO, le cadre de prévention des conflits, adopté par le Règlement msc/reg du 1er Janvier
2008.
115
de l’Ouest (Section 1), le protocole relatif à la sécurité institutionnalise le maintien de la paix
et de la sécurité (Section 2).
116
A- La définition de la sécurité humaine :
Les origines de la sécurité humaine remontent « à la publication d’un programme pour
la paix, du Secrétaire Général des Nations Unies, Boutros Boutros-Ghali, en 1992. Ce
document suggérait que les menaces pesant sur la sécurité mondiale n’étaient pas seulement
militaires, mais qu’elles incluaient les causes et les conséquences des conflits »201. La
théorisation effective du concept de sécurité humaine a été l’œuvre du Programme des
Nations Unies pour le Développement, dans son rapport sur le développement humain de
1994.
La sécurité humaine c’est : « d'une part, la protection contre les menaces chroniques,
telles que la famine, la maladie et la répression et, d'autre part, la protection contre tout
événement brutal susceptible de perturber la vie quotidienne ou de porter préjudice à son
organisation dans les foyers, sur le lieu de travail ou au sein de la communauté. Ce type de
menace existe indépendamment du niveau de revenu et de développement d'un pays. »202.
« La sécurité humaine signifie la protection des individus contre les menaces, qu'elles
s'accompagnent ou non de violence. Il s'agit d'une situation, ou d'un état, se caractérisant par
l'absence d'atteintes aux droits fondamentaux des personnes, à leur sécurité, voire à leur vie.
Du point de vue de la politique étrangère, la sécurité humaine peut être perçue comme un
changement de perspective. Il s'agit en fait d'une vision différente du monde qui, loin de
privilégier exclusivement la sécurité du territoire ou des gouvernements, établit l'individu
comme point de référence. Comme pour toutes les autres formes de sécurité nationale,
économique, alimentaire - il s'agit de protection. La sécurité humaine implique des mesures
préventives pour diminuer la vulnérabilité et réduire les risques au minimum et aussi, lorsque
les mesures préventives ne suffisent pas, de prendre des mesures pour remédier à la
situation»203.
201 FRANCART Loup, livre gris sur la sécurité et la défense, Paris, ed economica, pp 91-92.
202 PROGRAMME DES NATIONS UNIES POUR LE DEVELOPPEMENT, rapport sur le
développement humain de 1994, Ed. Economica 1994, p 24
203 AXWORTHY Lloyd, « La sécurité humaine : la sécurité des individus dans un monde en
118
citoyens ou par des acteurs privés, lorsque des individus agressent d’autres
individus.
- sécurité de la communauté210 : elle concerne la lutte d’une part, contre les
menaces produites par certains groupes ethnique, religieux, culturels à l’encontre
de ses membres, comme la pratique de l’excision par certains groupes ethniques
en Afrique et d’autre part contre les menaces subies par certains groupes
ethniques, religieux, culturels, on peut évoquer l’exemple de la discrimination et
de la marginalisation politico-économique, conduisant à des conflits internes.
- sécurité politique : elle permet à l’individu de vivre dans un environnement
démocratique et soucieux de préserver l’état de droit.211
212
AXWORTHY Lloyd, « la sécurité humaine… », Op.cit., pp 333-334.
213
Ibid, pp 335.
120
sécurité, ces principes humanistes furent plus tard introduits dans la charte des Nations Unies,
la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et les conventions de Genève.
Avant même la publication du rapport du PNUD, consacrant le concept de sécurité
humaine, le Conseil de Sécurité, lors du conflit dans les Balkans, a établi une référence au
droit international humanitaire, corpus juridique ayant repris les principes faisant de
l’individu, un référent de la sécurité, selon Axworthy. En effet, le Conseil de Sécurité
s’inquiétait expressément pour la défense d’une minorité ethnique214.
Désormais, la sécurité humaine fait l’objet d’un consensus et définitivement intégré
dans l’ordonnancement juridique international, selon un rapport du Secrétaire Général de
l’ONU, produit à l’occasion de la 55ème assemblée générale de l’Organisation, on reconnaît
qu’il n’est « désormais plus possible de définir simplement la sécurité collective comme une
absence de conflits armés, qu’il s’agisse de conflits internationaux ou de conflits internes. Les
violations flagrantes des droits de l’homme, les déplacements massifs de population, le
terrorisme international, la pandémie du sida, le trafic de la drogue et des armes et les
catastrophes écologiques portent directement atteinte à la sécurité commune, nous forçant à
adopter une approche beaucoup plus coordonnée à l’égard de toute une gamme de questions
»215.
- La détermination de la théorie des relations internationales sous-tendant l’idée de
sécurité humaine.
Avec la fin de la guerre froide, les différentes théories des relations internationales ont
connu des revirements face à cette surprise internationale : la fin de la guerre des blocs.
Certains auteurs216 supposent qu’il y a eu 5 grandes contestations du concept de
sécurité étato-centrique au profit de la sécurité humaine, il s’agit des contestations de :
- John Galtung : il fait la distinction entre une approche réaliste de la paix par la
négation, qui doit être abandonnée pour une approche positive de la paix, reposant sur
214
CONSEIL DE SECURITE de l’ONU, Résolution 1244, adoptée à sa 4011ème séance, le 10 Juin 1999.
215
ORGANISATION DES NATIONS UNIES, Rapport du Secrétaire général sur l’activité de
l’Organisation des Nations Unies, documents officiels de la 55ème session de l’Assemblée générale,
Supplément n°1 (A/55/1), 30 août 2000.
121
la justice sociale, les différents facteurs de coopération et d’intégration entre groupes
humains.
- John Burton : il offre un cadre explicatif des conflits, selon lui la pauvreté est à la base
de l’éclatement de beaucoup de conflits, le monde devrait reposer sur : la paix, la
justice et le bien être.
- Lester Brown et Richard Ullmann : ces deux auteurs s’inscrivent dans l’approche
libérale, ils définissent la sécurité en référence aux facteurs perturbateurs de la qualité
de vie des habitants, comme les facteurs économiques, environnementaux, politiques.
- Les constructivistes voient en la sécurité deux paramètres : une reconstruction des
normes et un changement de comportements, ces deux paramètres doivent s’opérer
dans le système international. C’est à cette condition que les Etats agiront en faveur de
l’intérêt des individus au détriment de l’intérêt national et de la souveraineté.
- Enfin « la contestation, plus vive, provient des écoles critiques de sécurité »217. En
effet, l’approche critique des relations internationales constituent le cadre doctrinal le
plus approprié pour expliquer la sécurité humaine. Les tenants de cette approche
estiment qu’il faut replacer l’individu au centre des préoccupations de l’Etat, l’homme
doit être le principal objet de sécurité, changer les discours qui jusqu’ici ont permis de
donner la primauté à la sécurité de l’Etat. Les principaux auteurs de l’approche
critique sont : Ken Booth, Anne Tickner. Les principaux postulats de l’approche
critique servant de cadre théorique à la sécurité humaine sont les suivants :
outils? », In Etudes Raoul Dandurand n°10, Chaire Raoul Dandurand en Etudes stratégiques et
diplomatiques, novembre 2005, pp.9-11.
220KRAUSE Keith, « une approche critique de la sécurité humaine », in la sécurité humaine : une
nouvelle conception des relations internationales. S.dir Jean-François Rioux, Harmattan, 2001, pp
76.
221 ABDELHAMID Hassan et al, Sécurité humaine et responsabilité de protéger: L'ordre
humanitaire international en question, Archives contemporaines, Collection 2009, pp 22
222 Ibid, pp 76-77 ;
223
Ibid. Pp 76-77.
123
dans des sociétés dans lesquelles ils opèrent : ils ne constituent pas la question principale à la
quelle tout se rapporte »224.
Quant à Roland Paris225, il considère que la panoplie des menaces infinies que couvre
la sécurité humaine, n’est pas facile à analyser, ce qui fait de la sécurité humaine un concept
holistique.
La sécurité humaine est jugée trop occidentale. Selon Amitav Acharya226, la vision que
le Sud a du concept de la sécurité humaine, est son ancrage occidental, ainsi, la sécurité
humaine serait un énième moyen pour l’occident d’imposer ses visions au Sud, l’auteur
estime que les valeurs véhiculées par la sécurité humaine ne peuvent s’appliquer aux sociétés
du Sud. Il est réconforté dans son analyse par Roland Paris qui voit dans la sécurité humaine
un outil politique au service de ses concepteurs.227 Pour cet auteur, le flou qui entoure la
notion de sécurité humaine sert les intérêts de ses promoteurs en soudant des acteurs très
différents autour d’objectifs qui le sont tout autant. La sécurité humaine apparaît alors
essentiellement comme un outil politique.
La dernière controverse autour de la sécurité humaine est relative à l’intervention des
différents acteurs : Etats, Institutions internationales, ONG, dans la mise en œuvre de la
sécurité humaine. La doctrine est divisée quant aux choix des intervenants228. Fen Osler
identifie les approches suivantes :
- L’approche libérale de la sécurité considère les institutions internationales, comme les
intervenants les plus efficaces pour l’application de la sécurité humaine ;
- Les critiques accordent leur confiance à la société civile ;
- Enfin, les réalistes estiment que l’Etat est le mieux placé pour concrétiser la sécurité
humaine.
224BUZAN Barry, « A Reductionist, Idealistic Notion that Adds Little Analytical Value »,in
Security Dialogue, Volume 35, n°3 , 2004, pp 369-370.
225
ROLAND Paris, « Still an Inscrutable Concept », in Security Dialogue, Volume 35, n°3, 2004,
pp 370.
226
ACHARYA Amitav, « Human Security: East versus West », in International Journal, volume
56, n°3, 2001, pp 442-460.
227
ROLAND Paris, « Human Security: Paradigm Shift or Hot Air? », in International Security,
volume 26, n° 2, 2001, pp 87-102.
228 HAMPSON Fen Osler et al, Madness in the multitude: Human security and world disorder,
Oxford, Oxford University press, 2002, pp 50-61
124
Paragraphe 2 : Les composantes sécuritaires du nouveau mécanisme de sécurité de la
CEDEAO
229
Pour des raisons d’actualité nous avons écarté d’étudier les guerres interétatiques, pour la
simple raison que leur nombre ne cesse de diminuer, dans l’espace CEDEAO, il n’y pas de conflit
armé entre Etats, ceci ne signifie nullement qu’elles aient disparu, Axworthy fait le même constat
: « Bien que leur fréquence diminue, les guerres entre États constituent toujours une menace, et il
convient de ne pas sous-estimer leurs conséquences éventuelles. En raison des progrès
technologiques et de la prolifération des armes, les futures guerres entre États feront un nombre
effarant de victimes parmi les civils». À travers le protocole relatif au mécanisme de prévention et
de gestion des conflits, la CEDEAO retient un scénario unique, capable de déclencher à l’avenir
des guerres : la gestion irrationnelle et inéquitable des ressources naturelles appartenant à des
Etats membres partagent des frontières communes.
230 BALANCIE Jean-Marc, « la défense face aux défis et menaces non militaires stratégiques » in
les cahiers du Centre des Hautes Etudes de l’Armement, n°36, printemps 1997, p98
231 Article 3 (a) du protocole relatif au mécanisme de prévention et de gestion des conflits.
232 AXWORTHY Lloyd, « la sécurité humaine… », Op. Cit, pp 334.
125
l’Afrique de l’Ouest a été le théâtre de conflits internes violents avec des répercussions sur
plusieurs Etats de la CEDEAO233.
Les différents travaux234 de la CEDEAO menés par sa Direction de l’Alerte Précoce,
dans le cadre de la prévention et de la gestion des conflits, ont identifié quatre (04) systèmes
de conflits235 :
- Système sahélo-saharien
la criminalité transfrontalière237 :
La criminalité transfrontalière désigne un faisceau d’actes réprimés pénalement, dont
les auteurs et les conséquences de ces actes dépassent les frontières nationales et impliquent
au moins deux Etats. La Convention des Nations Unies contre la criminalité transnationale
233 Conflits internes identifiés dans les Etats suivants : Libéria, Sierra Léone, Guinée-Bissau,
Sénégal, Mali, Niger, Côte d’Ivoire, Nigéria.
234 CEDEAO, Rapport de l’atelier sur l’opérationnalisation de la problématique des systèmes de
126
organisée du 15 Novembre 2000, définie238 le groupe criminel organisé comme : « un groupe
structuré de trois personnes ou plus existant depuis un certain temps et agissant de concert
dans le but de commettre une ou plusieurs infractions graves ou infractions établies
conformément à la présente Convention, pour en tirer, directement ou indirectement, un
avantage financier ou un autre avantage », sans déterminer ces infractions, la convention
considère comme infraction grave239 : « un acte constituant une infraction passible d’une
peine privative de liberté dont le maximum ne doit pas être inférieur à quatre ans ou d’une
peine plus lourde ».
L’imprécision de la convention sur la nature exacte des infractions graves, est due
certainement à la nature protéiforme des infractions constitutives de la criminalité
transnationale. Les infractions diffèrent en fonction de l’emplacement géographique des Etats.
Dans l’espace CEDEAO, les infractions objet de la criminalité transfrontalière sont240 :
le vol à main armée, le trafic de véhicules volés, la contrebande de cigarette, ou d’alcool, le
trafic de drogue, le trafic illicite des armes, la traite humaine, le trafic illicite de diamant, la
corruption, la délinquance financière, la cybercriminalité, la piraterie et le terrorisme.
Dressant l’état de la criminalité transfrontalière en Afrique de l’Ouest, l’atelier
observa241 que : «cette forme de criminalité s’est particulièrement développée à partir de 1990
avec l’éclatement ou l’exacerbation à l’intérieur de certains pays de crises politiques, de
foyers de tensions, de conflits communautaires souvent liés à la gestion des ressources
naturelles, de rébellions et même de guerres civiles. Cette situation a gangrené certains
rapports de voisinage, aggravé la pauvreté et ouvert des avenues aux organisations criminelles
qui ont tissé des réseaux transfrontaliers, voire transnationaux. La criminalité transfrontalière
est le plus souvent l’oeuvre de groupes de trafiquants organisés en réseaux qui bénéficient
parfois de couvertures locales et de ramifications bien structurées dans les pays.
L’interconnexion entre ces trafiquants en tout genre et les groupes terroristes qui écument la
bande sahélo-saharienne est une illustration supplémentaire des dangers que court la sous-
région sur le plan sécuritaire. »
le terrorisme international243 :
Le terrorisme est une notion très usitée mais n’ayant pas de définition juridique qui
fait l’unanimité, comme le souligne Francart244 « l’ONU n’a pas encore réussi à officialiser
une définition claire du terrorisme permettant d’identifier un terroriste à travers ses activités et
de le traduire en justice selon le droit international ». Les lacunes liées à l’adoption d’une
définition du terrorisme sont dues à la pression de certains Etats qui militent d’une part, pour
l’introduction du terrorisme d’Etat, pour dénoncer les pressions militaires israéliennes contre
la Palestine et d’autre part pour la prise en compte des guerres de libération nationale ou pour
l’autodétermination des peuples.
Face à ce blocage, le consensus qui s’est dégagé concerne la définition de l’acte
terroriste. Il existe plusieurs définitions de l’acte terroriste, dans le cadre de notre thèse nous
donnerons la définition de l’ONU et celle de l’Union Africaine.
Les Nations Unies, dans la convention pour la répression du financement du
terrorisme, adoptée par l’Assemblée Générale, le 9 Décembre 1999, définissent à l’article 2
l’acte terroriste comme :
« a) Un acte qui constitue une infraction au regard et selon la définition de l'un des
traités énumérés en annexe245 ;
242 Article 46.1 du protocole relatif au mécanisme de prévention et de gestion des conflits
243 Article 3 (d) du protocole relatif au mécanisme de prévention et de gestion des conflits
244 FRANCART Loup, le livre gris sur la sécurité et défense, Op. Cit., pp 148.
« a/ tout acte ou menace d’acte en violation des lois pénales de l’Etat Partie
susceptible de mettre en danger la vie, l’intégrité physique, les libertés d’une personne
ou d’un groupe de personnes, qui occasionne ou peut occasionner des dommages aux
biens privés ou publics, aux ressources naturelles, à l’environnement ou au patrimoine
culturel, et commis dans l’intention :
I. d’intimider, provoquer une situation de terreur, forcer, exercer des pressions ou
amener tout gouvernement, organisme, institution, population ou groupe de
celle-ci, d’engager toute initiative ou de s’en abstenir, d’adopter, de renoncer à
une position particulière ou d’agir selon Certains principes ; ou
II. de perturber le fonctionnement normal des services publics, la prestation de
services essentiels aux populations ou de créer une situation de crise au sein des
populations ;
dirigés contre la sécurité de l'aviation civile (Montréal, 23 septembre 1971) ; Convention sur la
prévention et la répression des infractions contre les personnes jouissant d'une protection
internationale, y compris les agents diplomatiques, adoptée par l'assemblée générale des Nations
unies le 14 décembre 1973 ;Convention internationale contre la prise d'otages, adoptée par
l'assemblée générale des Nations unies le 17 décembre 1979 ;Convention internationale sur la
protection physique des matières nucléaires (Vienne, 3 mars 1980) ; Protocole pour la répression
d'actes illicites de violence dans les aéroports servant à l'aviation civile internationale,
complémentaire à la convention pour la répression d'actes illicites dirigés contre la sécurité de
l'aviation civile (Montréal, 24 février 1988) ; Convention pour la répression d'actes illicites contre
la sécurité de la navigation maritime (Rome, 10 mars 1988) ; Protocole pour la répression d'actes
illicites contre la sécurité des plates-formes fixes situées sur le plateau continental (Rome, 10
mars 1988) ; Convention internationale pour la répression des attentats terroristes à l'explosif,
adoptée par l'assemblée générale des Nations unies le 15 décembre 1997.
129
III. de créer une insurrection générale dans un Etat Partie ;
Selon l’ONU :
Les armes légères sont247 : « au sens large du terme, les armes destinées à l'usage de deux ou
trois personnes travaillant en équipe, même si certaines peuvent être transportées et utilisées
par une seule personne. Elles comprennent, entre autres, les mitrailleuses lourdes, les lance-
grenades portables, amovibles et sur affût, les canons antiaériens portatifs, les canons
antichars portatifs, les fusils sans recul, les lance-missiles et lance-roquettes antichars
portatifs, les lance-missiles antiaériens portatifs et les mortiers de calibre inférieur à 100
millimètres.»
Les armes de petit calibre sont248 : « au sens large du terme, des armes destinées a l'usage
individuel. Elles comprennent, entre autres, des revolvers et pistolets à chargement
automatique, des fusils et des carabines, des mitraillettes, des fusils d'assaut et des
mitrailleuses légères ».
246 Article 3 (d) du protocole relatif au mécanisme de prévention et de gestion des conflits
247
L’instrument international relatif à l'identification et au traçage rapide et fiable des armes
légères et de petit calibre (A/60/88), adopté par l'Assemblée générale des Nations Unies le 8
Décembre 2005.
248
Ibid
130
Les armes légères et de petit calibre sont des instruments de violence, qui servent à
exacerbent les conflits internes. La lutte contre la prolifération des armes légères est une
mesure, qui se justifie par le fait que : « Les armes légères sont devenues les armes de
prédilection et huit victimes sur dix sont des non-combattants.».249
Nous illustrerons les effets dévastateurs de la prolifération des armes légères, par ces
propos de l’ancien Secrétaire Général des Nations Unies, M. Koffi Annan. Ce dernier affirme
qu’elles sont250: « abondantes et aisées à manier, les armes de petit calibre et les armes légères
ont été le principal, voire l'unique moyen de combat utilisé dans la majorité des conflits les
plus récents dont s'occupe l'Organisation des Nations Unies. Aux mains de troupes
irrégulières peu soucieuses du droit international humanitaire, ces armes ont fait un très grand
nombre de victimes, dont 80 % de femmes et d'enfants. Ainsi, le rapport requis par
l'Assemblée générale dans sa résolution 50/70 B sur le phénomène des armes légères et de
petit calibre était-il particulièrement opportun; il importait grandement, en effet, de se pencher
sur un aspect prioritaire de la lutte engagée pour libérer le monde du fléau de la guerre et du
fardeau des armements.
Bien que les armes légères et de petit calibre ne soient pas en elles-mêmes la cause des
conflits, leur prolifération accroit l'intensité et la durée de ceux-ci et encourage une solution
par la force plutôt qu'un règlement pacifique. Le plus déplorable est de constater l'existence
d'un cercle vicieux où l'insécurité engendre une augmentation de la demande en armes, qui
produit à son tour une intensification de l'insécurité.
A l'heure actuelle, les conflits armés les plus tenaces dans le monde sont caractérisés
par les flambées récurrentes de violence et par l'érosion de la légitimité politique et de la
viabilité économique, autant de facteurs qui privent un Etat du pouvoir de faire face aux
causes et aux conséquences de l'accumulation, de la prolifération et de l'usage excessif des
armes légères et de petit calibre. L'adoption de mesures efficaces touchant ces armes
permettrait de s'attaquer aux deux aspects du problème.».
249
AXWORTHY Lloyd, « La sécurité humaine… », Op. Cit, pp 334
250NATIONS UNIES, Rapport du groupe d’experts gouvernementaux sur les armes de petit
calibre A/52/298 du 5 Novembre 1997, pp 2.
[http://www.un.org/french/Depts/dda/CAB/smallarms/docs/rep52298f.pdf] (Consulté le 30 Mai
2010)
131
Il était logique que la CEDEAO fasse de la lutte contre la prolifération des armes
légères une priorité, car l’Afrique de l’ouest a été le théâtre de plusieurs conflits internes après
la chute du mur de Berlin, l’un des éléments catalyseurs de ces conflits internes, étaient la
disponibilité des armes légères.
Les menaces non militaires ont des influences sur la survie de l’Etat et de la
population, toutefois, elles ne sont pas produites directement par un Etat contre un autre Etat,
ni par un acteur privé contre un Etat et elles n’utilisent pas la violence armée. Elles sont
également appelées : « phénomène de nature sociale et économique »256. Les différentes
menaces non militaires évoquées par le nouveau mécanisme de sécurité sont :
L’insécurité environnementale257 :
Elle provient soit des menaces ou des risques naturels. La différence entre la menace
et le risque est exposée par Serge Sur comme suit : « La menace suppose une intention
hostile, identifiable dans son auteur, ses mobiles, ses objectifs, son objet, son intensité, son
destinataire. Le risque est plus diffus sur ces différents plans. Il relève de l’instabilité, de
l’absence de maîtrise, de l’imprévisibilité des évolutions extérieures, sans qu’elles soient
nécessairement associées à des intentions hostiles ».258
257 Article 3 (j) du protocole relatif au mécanisme de prévention et de gestion des conflits
258 SUR Serge, Relations Internationales, Op Cit. pp 410.
133
L’insécurité environnementale désigne « les phénomènes naturels répétitifs à caractère
plus ou moins catastrophique qui ont de tout temps frappé de terreur les hommes par les
destructions qu’ils produisent et par l’aspect quasi diabolique de leur apparition ».259
259 BESSON Liliane, « les risques naturels », in Revue de Géographie Alpine, volume 73, numéro
3, 1985, pp 322.
260 PROGRAMME DES NATIONS UNIES POUR LE DEVELOPPEMENT, Rapport mondial sur
le développement humain de 1994, Op. Cit, p 30
261THOURET Jean.-Claude ET D’ERCOLE Robert, « Vulnérabilité aux risques naturels en
milieu urbain : effets, facteurs et réponses sociales », in Cahiers des Sciences Humaines, vol. 96,
no 2 1996, pp.407-422.
134
Les facteurs externes sont : la croissance urbaine dans les villes des pays en
développement ; le déséquilibre des facteurs de développement socioéconomique et les choix
politiques dans l’aménagement du territoire: concentration excessive des villes et des pôles
industriels, faiblesse des infrastructures urbaines.
Elle a aussi crée un Comité Technique chargé de la Gestion des Catastrophes. La mise
en place de ce comité est à la solde du Conseil des Ministres de la CEDEAO, lors de sa
51ème session tenue en décembre 2003 à Accra, au Ghana. Il est chargé entre autres
d’engager une réflexion sur les voies et moyens de rendre opérationnel un dispositif de
prévention et d’atténuation des catastrophes.
264 Article 3 (j) du protocole relatif au mécanisme de prévention et de gestion des conflits.
136
grottes et groupes d’éléments, qui ont une valeur universelle exceptionnelle du
point de vue de l’histoire, de l’art ou de la science,
- Les ensembles : groupes de constructions isolées ou réunies, qui, en raison de leur
architecture, de leur unité, ou de leur intégration dans le paysage, ont une valeur
universelle exceptionnelle du point de vue de l’histoire, de l’art ou de la science,
- Les sites : œuvres de l’homme ou œuvres conjuguées de l’homme et de la nature,
ainsi que les zones y compris les sites archéologiques qui ont une valeur
universelle exceptionnelle du point de vue historique, esthétique, ethnologique ou
anthropologique. »
Aussi louable que cela paraisse, il n’est pas sans importance de se demander quels sont
les risques qui se posent au patrimoine culturel ? La réponse est donnée par la section
française du Comité International du Bouclier Bleu. Le Comité International du Bouclier Bleu
a été créé en juin 1996 afin de protéger et de sauvegarder le patrimoine culturel, comme le
stipule la Convention de La Haye (1954) pour la protection des biens culturels en cas de
conflits armés. Ce comité a été créé par des organisations non gouvernementales
patrimoniales265.
Il identifie quatre types de risques266 pouvant affecter le patrimoine culturel, il s’agit :
- Des risques liés aux conflits armés : il s’agit de la guerre et des autres
confrontations armées, les acteurs susceptibles de porter atteinte au patrimoine
culturel sont : les militaires, les milices, les terroristes et la population civile.
- Des risques naturels : ce sont des événements catastrophiques d’origine naturelle
comme les inondations, les mouvements de terrain. Ces risques naturels entrainent
des dommages irréversibles sur le patrimoine culturel.
- Des risques technologiques : ces risques sont d’origine industrielle, nucléaire, et
biologique. Ces risquent provoquent des explosions ou d’autres phénomènes
naturels. Ils ont des effets dégradants sur le patrimoine culturel.
137
adéquats. Comme les autres risques, la survenance des risques de la vie
quotidienne contribue à détruire le patrimoine culturel.
267Citée par CEYHAN Ayse, « analyser la sécurité : Dillon, Waever, William et les autres », in
Sécurité et Immigration, S.Dir Didier Bigo, l’Harmattan, 1998, pp 47.
268 Ibid, pp 47.
269 Article 3 (l) du protocole relatif au mécanisme de prévention et de gestion des conflits
138
Le blanchiment des capitaux se justifie par 3 raisons : l’envoi illégal des capitaux dans
un autre pays différent du pays d’envoi ; la volonté de ne pas soumettre les capitaux à
l’imposition et l’existence de capitaux provenant des activités criminelles.
Selon M. Hotte, le blanchiment de capitaux repose sur trois phases : « le placement,
l’empilement et l’intégration »270.
- Le placement :
Dans cette phase, par l’usage de plusieurs méthodes comme le fractionnement des
espèces en petite quantité, l’auteur du blanchiment introduit ses capitaux illégaux dans le
système financier.
- L’empilement :
L’objectif du blanchisseur est de créer un fossé entre les capitaux et leur source, il
procède à des transferts de fonds vers d’autres comptes bancaires, afin de les disperser, il peut
également investir dans l’achat de biens.
- L’intégration :
C’est la dernière phase, le but est de réintroduire les capitaux dans l’économie légale.
La lutte contre le blanchiment des capitaux se justifie, par le fait qu’il introduit une
concurrence déloyale dans l’économie nationale entre les divers secteurs, il peut provoquer
des crises économiques du fait de l’accroissement incontrôlé de la liquidité, de plus en plus, le
blanchiment sert à financer le trafic de drogue, la criminalité et le terrorisme international.
Cette activité criminelle 271«sape les fondements du développement durable à travers l’érosion
du capital humain, en affectant la stabilité sociale et politique, et en occasionnant une inflation
artificielle des facteurs de production qui décourage les investisseurs ».
272 Ibid.
273 Article 6.1 du protocole de la CEDEAO sur la lutte contre la corruption du 21 Décembre 2001
140
une autre personne, en contrepartie de l’accomplissement ou de l’omission d’un
acte dans l’exercice de ses fonctions ;
- Le fait d’accorder, soit directement ou indirectement, à un agent public, un objet
ayant une valeur pécuniaire tel qu’un cadeau, une faveur ou un avantage de
quelque nature, soit pour lui-même ou pour un tiers, en échange d’un acte ou d’une
omission dans l’exercice de ses fonctions ;
- Le fait de permettre, d’offrir directement ou indirectement tout avantage indu à
toute personne qui déclare ou confirme qu’elle peut exercer une certaine influence
sur des décisions ou actions des personnes occupant dans le secteur public ou
privé, que cette influence ait été exercé ou non, ou que l’influence supposée ait
abouti ou non au résultat recherché ;
- Le fait pour toute personne qui déclare ou confirme qu’elle peut exercer une
certaine influence sur des décisions ou actions de personnes occupant des postes
dans le secteur public ou privé, que cette influence soit exercée ou non et qu’elle
aboutisse ou non au résultat recherché, de demander ou d’accepter directement ou
indirectement tout avantage indu de la part de quiconque ;
- Le détournement par un agent public, de son objet initial, pour son propre compte
ou le compte d’un tiers, de tous biens meubles ou immeubles, titres et valeurs
appartenant à l’Etat, à une agence indépendante ou à un individu, que cet agent
public a reçus en vertu de sa position et pour les besoins de l’Administration, pour
leur conservation ou pour d’autres raisons ».
274
Transparency International France, rapport moral 2010, section française de Transparency International, p 7
[http://www.transparence-france.org/e_upload/pdf/ti_france_rapport_moral_2010.pdf] (Consulté le 14 Mai
2011)
141
La complexité administrative favorise la corruption, d’une part elle met en relation le
corrupteur, la personne soucieuse de gagner du temps et d’accélérer la procédure
administrative, d’autre part le corrompu qui monnaye le désir du corrupteur, la personne ayant
un pouvoir d’accélérer la procédure en faveur du corrupteur, le caractère occulte de
l’imposition, dans beaucoup d’Etat, la fiscalité constitue une crainte pour les citoyens et les
entreprises, dans certains cas, il est possible de bénéficier d’exonération, ce qui donne un
pouvoir discrétionnaire à certains agents de la fonctions de la publique, un système de
corruption peut d’établir entre ces agents et les personnes soucieuses de payer moins
d’impôts. La tentation de la corruption est d’autant plus grande, que les salaires de la fonction
publique sont bas.
142
Section 2 : L’application du nouveau mécanisme de sécurité
Le mécanisme de sécurité nécessite une exécution pour atteindre les objectifs que se
sont fixés les Etats de la CEDEAO. L’architecture de la paix et de la sécurité, repose sur une
organisation (Paragraphe 1) et un fonctionnement (Paragraphe 2).
143
- Le Conseil de Médiation et de Sécurité :
Il remplit les mêmes fonctions que la conférence sur autorisation de celle-ci.
Les sessions du conseil diffèrent selon les acteurs. On distingue 3 acteurs, soit 3 type
de sessions :
Les Chefs d’Etat : Ils se réunissent en session ordinaire au moins deux fois par an,
et en session extraordinaire sur décision du président en exercice, ou à la demande
de la majorité des membres du conseil. L’issue finale des décisions leur appartient.
Les Ministres : Sont concernés, les ministres des AE, de la défense, de l’intérieur
et de la sécurité des Etats membres du Conseil. Ils se rencontrent une fois tous les
trimestres, les résultats de leurs sessions sont transmis aux chefs d’Etat du Conseil
Les Ambassadeurs : Les Etats de la CEDEAO sont représentés auprès de
l’institution soit par un ambassadeur permanent ou l’ambassadeur auprès du
Nigéria. Les ambassadeurs des Etats membres du conseil se réunissent une fois
tous les mois, les conclusions de leurs travaux sont présentés à tous les Etats
membres du conseil, et soumis à l’étude de la réunion des ministres
- Le Secrétariat Exécutif :
Il a compétence de prendre les mesures suivantes relatives au maintien de la paix et de
la sécurité : missions d’enquête, de médiation, de facilitation, de négociation et de
réconciliation des parties en conflit.
Ses missions sont : faire des propositions au Conseil, pour la nomination de son
représentant spécial et du commandant de la force ; nommer les membres du comité des
sages.
Le rôle du Secrétaire Exécutif sera notamment:
Il est assisté d’un adjoint, chargé des affaires politiques, de défense et de sécurité.
Celui-ci a sous son autorité les départements des Affaires politiques; des Affaires
humanitaires; des Affaires de défense et de sécurité ; Le centre d’observation et de suivi ;
145
Le conseil des sages est soumis au Secrétaire Exécutif. Les membres sont sensés tenir le rôle
de médiateurs, de conciliateurs et d'arbitres. Ils rendent compte au Secrétaire Exécutif.
- L’ECOMOG :
Il a été créé en 1990, pour intervenir dans le conflit libérien. L’envoi de l’ECOMOG
au Libéria relevait de l’improvisation et constituait un acte illégal. Avec l’adoption du
protocole relatif au mécanisme de sécurité, l'ECOMOG a trouvé une existence juridique,
selon l'article 21 du protocole, il « est une structure du mécanisme composé de plusieurs
modules polyvalents, incluant des civils et des militaires, en attente dans leurs pays d'origine
et prêts à être déployés dans les meilleurs délais ».
Il est chargé, entre autres missions, des opérations d'observation et de suivi de la paix,
du maintien, du rétablissement et de consolidation de la paix, des actions et appui aux actions
humanitaires, l'ECOMOG assure l'application des sanctions y compris l'embargo ; le
déploiement préventif, les activités de police, notamment la lutte contre la fraude et le crime
organisé ; les opérations de désarmement et de démobilisation.
147
Paragraphe 2 : Le fonctionnement du mécanisme de la sécurité
275 HOLZGREFE Jeff; “The Humanitarian Intervention Debate” in Jeff Holzgrefe and Robert O.
Keohane eds., Humanitarian Intervention: Ethical, Legal, and Political Dilemmas, Cambridge
University Press, New York, 2003, p.18. Traduction par nos soins : « la menace ou l’usage de la
force à travers les frontières d’un Etat par un autre Etat ou groupe d’Etats motive par l’action de
148
widespread and grave violations of the fundamental human rights of individuals (…), without
the permission of the state within whose territory force is applied» .
La CEDEAO s’accorde le droit d’intervenir dans un Etat membre de l’organisation.
La position de la CEDEAO marque la fin de la controverse276 entre les partisans de
l’ingérence humanitaire et ceux qui sont contre au nom du principe de la souveraineté des
Etats, défendu par l’article 2.paragraphe 4 de la charte des Nations Unies. Elle partage la
position de la Commission Internationale sur l’Ingérence et la Souveraineté Etatique277 :
« State sovereignty implies responsibility, and the primary responsibility for the protection of
its people lies with the state itself’, de ce fait, ‘where a population is suffering serious harm,
as a result of internal war, insurgency, repression or state failure, and the state in question is
unwilling or unable to halt or avert it, the principle of non-intervention yields to the
international responsibility to protect”.
Par ailleurs, la mise en œuvre du mécanisme repose sur quelques acteurs, on distingue
d’une part, les acteurs pouvant décider de la mise en œuvre du mécanisme, il s’agit de la
Conférence, du Conseil de Médiation et de Sécurité et du secrétaire exécutif; et d’autre part,
prévenir ou de mettre fin à une large et grave violation des droits humains fondamentaux des
individus, sans le consentement de l’Etat dans lequel la force est employée »
276 Pour les partisans de l’ingérence humanitaire, l’article 2.4 de la charte des Nations Unies qui
dispose que : « uhi », ne peut pas constituer un argument qui empêchera l’ingérence humanitaire,
ils considèrent que le principe de la souveraineté peut être évoqué lorsque l’usage de la force vise
directement l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique des Etats.
277 International Commission on Intervention and State Sovereignty Report, p11.
[http://www.iciss-ciise.gc.ca/pdf/Commission-Report.pdf] [Consulté le 25 mai 2010]
Traduction par nos soins : « La souveraineté étatique implique une responsabilité, et la
responsabilité basique pour la protection de sa population est liée à l’Etat lui-même » ainsi
« lorsque la population souffre d’un mal profond, résultant d’un conflit interne, une insurrection,
une répression ou une faillite de l’Etat, et que l’Etat en question n’a pas la volonté ou ne peut pas
mettre fin ou prévenir cela, le principe de non ingérence s’efface devant la responsabilité
internationale de protéger »
149
les acteurs pouvant demander la mise en œuvre du mécanisme, il s’agit d’un Etat membre de
la CEDEAO, de l’Union Africaine et de l’ONU.
278
Cadre de prévention des conflits de la CEDEAO, point 18, op.cit.
279
Ibid., Point 19
280ORGANISATION POUR LA COOPERATION ET LE DEVELOPPEMENT ECONOMIQUES,
Prévenir la violence, la guerre et l’effondrement des États : l’avenir des systèmes d’alerte précoce et
de réponse rapide, OCDE 2009, pp 24-25.
150
L’alerte précoce a pour but de préserver la vie humaine. Aujourd’hui, il existe
plusieurs systèmes d’alerte précoce élaboré par : des organismes gouvernementaux ; des
organisations internationales et des organisations non gouvernementales.
La décennie 1970-1980 symbolise, le début des recherches théoriques sur l’alerte
précoce relative aux conflits violents. Il existe 2 groupes d’auteurs à la base de cette
orientation théorique :
D’une part, David Singer et Wallace281, qui ont tenté d’effectuer des prévisions sur la
guerre, et d’autre part, Israël Charney282, qui s’est penché sur la possibilité de prévenir les
génocides.
Le souhait de créer un système d’alerte précoce a été matérialisé par les Nations
Unies, qui ont créé, en 1987, le Bureau pour la recherche et la collecte d’informations. Avec
la fin de la guerre froide et l’apparition de plusieurs conflits armés internes, il était
indispensable de mettre en place d’un système d’alerte précoce. En effet, l’ancien Secrétaire
Général des Nations Unies, Boutros-Boutros Ghali dans son rapport, présent é en juin 1992 au
Conseil de Sécurité, fixait parmi les objectifs des Nations Unies, la mission283 d’ « essayer de
déceler aussitôt que possible les situations porteuses de conflit et de parer au danger, par la
voie diplomatique, avant que la violence ne se déclare » et toujours, selon, lui « Les mesures
préventives exigent que les faits soient connus rapidement et avec exactitude. Elles supposent
aussi une bonne compréhension des événements et des tendances mondiales, fondée sur des
solides analyses. En outre, la volonté de mener une action appropriée est essentielle. »284.
Quant à la CEDEAO, l’effectivité de son système d’alerte précoce repose sur le
système d’observation de la paix et de la sécurité sous-régionales. Celui-ci comprend, d’une
part, le centre d’observation et de suivi, qui a pour but de recueillir les informations relatives
aux Etats membres, notamment celles relatives aux questions politiques et économiques. Il
travaille en relation avec les organisations africaines ou sous-régionales, et d’autre part, les
zones d’observation et de suivi. Conformément à l’article 24 alinéa 6 du protocole, les zones
SINGER James D. et WALLACE Melanie .D, To Augur Well : Early Warning Indicators in
281
World Politics, Sage Focus Editions, Sage Publications 1979, pages 305.
CHARNEY Israel , « How Can We Commit the Unthinkable ? » in Genocide – The Human
282
Les Bureaux zonaux d’Alerte Précoce ont pour mission d’ « adopter une approche
régionale participative dans la collecte des données en établissant et en renforçant la
coopération avec les Etats membres et la société civile, incluant mais non limitée aux ONG,
groupes traditionnels, groupes d’intérêts divers, organisations féminines et des jeunes. »285
En effet, les bureaux de zones dans leur fonctionnement se réfèrent au renseignement
ouvert, notamment la presse. Ils évitent les sources de renseignement fermé, telle que
l’espionnage, afin de ne pas porter atteinte à la souveraineté des Etats membres. Les bureaux
travaillent en étroite collaboration avec leurs points focaux et les membres de la société civile.
Les différents points focaux nationaux font l’état des risques de leur Etat, toutes les semaines.
C’est sur la base des rapports des points focaux, que les chefs de bureau élaborent à leur tour
un rapport à l’intention du Département de l’Alerte Précoce de la CEDEAO.
• La diplomatie préventive :
Cette diplomatie : « s'entend de toutes mesures prises pour éviter que des différends
ne surgissent entre les parties, d'empêcher qu'un différend existant ne se transforme en conflit
285 Article 45.d Cadre de prévention des conflits de la CEDEAO règlement msc/reg du 1er Janvier
2008
152
ouvert et, si le conflit éclate, de faire en sorte qu'il s'étende le moins possible »286. Ainsi, elle
« doit apaiser les tensions et assurer la résolution pacifique des conflits au sein et entre les
Etats membres(…) »287.
Selon Victor-Yves Ghebaly, la réunion des mots diplomatie et prévention, est un
« pléonasme »288, toutefois, ce fait n’entache en rien la diplomatie préventive, dont l’utilité est
d’éviter un conflit ouvert, sa caractéristique principale est l’usage de mesures non coercitives.
Selon le protocole relatif à la sécurité, la mise en œuvre de la diplomatie préventive
relève concomitamment du Secrétaire Exécutif289 et du Conseil de Médiation et de
Sécurité290.
Les différentes mesures291 que ces organes peuvent mettre en œuvre sont :
- Les bons offices : « consistent en une intervention modeste et limitée d’un tiers,
visant à proposer des bases de négociations »292
- La médiation : l’intervention d’une tierce partie qui doit trouver les conditions
d’un accord293
286GHALI Boutros Boutros, Agenda pour la paix : diplomatie préventive, rétablissement de la paix
et maintien de la paix, Nations Unies. New York, 1992, P.12
Conformément au protocole, le conseil des sages joue un rôle très important dans la
diplomatie préventive. Cet organe symbolise la particularité de l’Afrique. En effet, les
africains en général, accordent une grande importance aux démarches des leaders religieux,
des hommes politiques, des leaders d’opinion, ayant fait preuve d’une rectitude morale au
cours de leur carrière. Pour mener à bien leur mission, le protocole sur la sécurité exige que
les membres du conseil des sages aient certaines qualités298 , à savoir : neutralité, impartialité
et objectivité.
294 PROST Mario et FOURET Julien, « Du rôle de la Cour Internationale de Justice… », Op. Cit
pp 207
295DEPARTEMENT FEDERAL DES AFFAIRES ETRANGERES DE LA CONFEDERATION
SUISSE, « ABC de la diplomatie »
[http://www.swissembassy.co.il/eda/fr/home/doc/publi/abcs/abcdp/abctxt.html#ContentPar_026]
(Consulté le 13 Avril 2010)
296 DAILLIER Patrick et PELLET Alain, Droit International Public, 7e édition, LGDJ, Paris 2003,
pp 828
297 PROST Mario et FOURET Julien, « Du rôle de la Cour Internationale de Justice… », Op. Cit, p
207
298 Article 20.7 du protocole de la CEDEAO relatif au mécanisme de prévention, de gestion et de
règlement des conflits
154
Enfin, le cadre de prévention des conflits de la CEDEAO précise les activités à
effectuer, les indicateurs et les mesures à réaliser en matière de diplomatie préventive299 : Les
émissaires du Président de la commission de la CEDEAO, les membres du Conseil des sages
ont l’obligation de l’informer sur les situations de troubles et les plans de sortie de crise ; Le
Conseil de médiation et de sécurité choisit des personnalités pour la diplomatie préventive, il
décide aussi du déploiement des Forces armées de la Communauté ; La Commission de la
CEDEAO doit créer une liste de médiateurs en privilégiant les anciens chefs d’Etat, tous les
Etats membres ont l’obligation d’aider les médiateurs dans l’accomplissement de leur mission
et doivent coopérer avec les différents organismes de la CEDEAO. Pour la mise en œuvre de
la diplomatie préventive, il faut d’une part rendre opérationnel les organismes chargés de la
diplomatie préventive au sein de la commission et accroitre la collaboration entre les
organismes chargés de la diplomatie préventive au niveau national et au niveau
communautaire. Et d’autre part, recruter de personnes qualifiées, déployer de moyens pour la
diplomatie préventive et renforcer le travail des personnes intervenant dans la médiation par
les séminaires et des visites.
- L’intervention armée :
156
Leur définition a pour but de faciliter la mise en place d’un centre de coordination
civilo-militaire, d’un centre des opérations tactiques, d’un service de communication.
157
stratégie de lutte contre l’insécurité, la CEDEAO se conforme d’une part, aux prescriptions
mondiales consistant à placer l’individu au cœur des actions étatiques et d’autre part,
s’attaque aux causes profondes des conflits internes exacerbées par la détérioration de la
condition humaine sur le plan politique et sur le plan socio-économique. Dans le souci de
démontrer leur engagement en faveur de la sécurité humaine, les Etats de la CEDEAO
prendront des mesures pour améliorer leur gouvernance.
158
Chapitre 4 : L’amélioration de la gouvernance : appui au protocole relatif au
mécanisme de prévention, de gestion, de règlement des conflits, de maintien de la paix et
de la sécurité
Pour parfaire la conduite étatique, différentes notions ont joué un rôle important. On
peut citer la gouvernance. Le Programme des Nations Unies pour le Développement définit la
gouvernance comme : « l'exercice d’une autorité politique, économique et administrative aux
fins de gérer les affaires d’un pays. Elle repose sur des mécanismes, des processus et des
institutions qui permettent aux citoyens et groupes d’exprimer des intérêts, de régler des
litiges et d’avoir des droits et des obligations »300.
Bien qu’étant fondamentalement politique, la gouvernance ne saurait être une notion qui s’est
forgée ex-nihilo, ses racines juridiques se trouvent dans le pacte relatif aux droits civils et
politiques et le pacte relatif aux droits économiques, sociaux et culturels de l’ONU, adoptés
en 1966. Il existe des liens entre la gouvernance et ces deux pactes.
L’intérêt des pactes vient de leur précision et de leur valeur juridique obligatoire pour
les Etats. L’analyse de la définition de la gouvernance selon le PNUD permet de dégager les
composantes de la notion : la gouvernance politique et la gouvernance économique. Ces deux
composantes correspondent juridiquement à l’un et l’autre des pactes.
300
DIOUBATE Badara, Bonne gouvernance et problématique de la dette en Afrique: Le cas de la
Guinée, L'Harmattan, Paris, janvier 2011, p 67
159
détenue ou arrêtée, le respect de la procédure, le droit d’introduire un recours, la
célérité du procès, le droit à la réparation en cas d’erreur judiciaire301
- Toute propagande en faveur de la guerre est interdite par la loi ; Tout appel à la haine
nationale, raciale ou religieuse qui constitue une incitation à la discrimination, à
l'hostilité ou à la violence est interdit par la loi ; L’interdiction de la discrimination
fondée sur la race, le sexe, la langue, la religion, l’opinion politique et de toute autre
opinion, l'origine nationale ou sociale, la fortune, la naissance ou de toute autre
situation302.
301
Article 3,9, 14 et 25
302
Article 20 et 26
303
Article 6.2 ; 7 et 11
160
Bien qu’étant élu, le pouvoir du Président Kabbah se caractérise par un partage inégal
des richesses nationales, en particulier le diamant. La rébellion dirigée par Foday Sankoh fait
de la lutte contre la corruption sa revendication principale.
La guerre civile du Libéria a pris fin en Juillet 1997 en ayant fait plus de 150.000
morts et celle de la Sierra Léone en Novembre 2000 avec plus de 100.000 morts et 4000
mutilés304.
Dans les deux cas, la cause du conflit est liée à la mauvaise gouvernance.
Dans le conflit libérien, on dénote une politique dictatoriale se caractérisant par
l’absence d’élections et donc une violation des droits civiques et politiques. On remarque
sensiblement la même situation au Sierra Léone, bien qu’étant démocratique, l’exclusion
d’une partie de la population, des retombées de la rente diamantifère constitue une violation
des droits humains.
A travers ces deux exemples, nous remarquons aisément comment la violation
flagrante de certains droits fondamentaux peut constituer des revendications légitimes pour
des groupes rebelles. Etant donné le fait que305 : « the centrality of the protection of human
rights to conflict prevention and post-conflict peacebuilding is largely undisputed and
uncontroversial ».306 La CJCEDEAO doit être renforcée pour veiller au respect des droits
humains.
Pour promouvoir la bonne gouvernance dans son espace, la CEDEAO a mis en place
la Cour de Justice de la CEDEAO (Section 1) et s’implique dans l’observation des élections
nationales (Section 2).
304 Les mutilations se situent en général au niveau des bras. L’intention des rebelles étaient
d’empêcher la population civile de voter.
305 Traduction par nos soins : l’importance de la protection des droits humains pour la prévention
161
Section 1 : L’établissement de la Cour de Justice de la CEDEAO :
- les juges
La CJCEDEAO est composée de 7 juges indépendants. Leur élection fait intervenir 3
organes de la CEDEAO : la Conférence, le Conseil et le Président de la Commission, elle se
déroule en deux temps :
1er temps : les Etats membres proposent leurs candidats. Il ne peut y avoir plus de deux
candidats ressortissants du même Etat, ensuite cette liste est envoyée par le Président de la
Commission au Conseil.
2ème temps : le Conseil propose à la Conférence une liste de 14 candidats présélectionnés, à
charge pour celle-ci de les nommer. C’est aussi à la Conférence que revient la compétence de
relever de ses fonctions un juge, en cas de mauvais comportements ou d’incapacité physique.
Pour être éligible, tous les candidats aux fonctions de juge doivent répondre à 4
critères principaux : Être de haute valeur morale ; Avoir les compétences indispensables liées
162
à l’activité judiciaire dans leur Etat ; Etre nommé par la Conférence ; Avoir au moins 40 ans
et au plus 60 ans.
Les juges sont élus pour une période de 5 ans, renouvelable une fois. Après être élu et
avant de prendre fonction, chacun des juges a l’obligation de prêter serment, en ces termes :
« Je…jure (ou déclare) solennellement d’exercer mes fonctions et mes pouvoirs de membre
de la Cour de façon honorable et loyale en toute impartialité et en toute conscience »307 .
Pour veiller à l’indépendance et l’impartialité des juges, les autorités de la CEDEAO
ont adopté les mesures suivantes : D’abord, ils sont privés d’activités politique,
professionnelle et des fonctions administratives. Ensuite, ils bénéficient de privilèges et
immunités qui impliquent qu’ils ne peuvent être inquiétés pour les faits relatifs à leur mission.
Enfin, la faculté de démissionner à n’importe quel moment leur est ouverte.
Les juges à leur tour élisent eux-mêmes, un Président et un Vice Président pour 3
années. L’administration de la Cour est gérée par le Président, il est remplacé en cas de besoin
par le Vice-président.
- le greffe :
Il est composé d’un greffier en chef et des greffiers :
Le greffier en chef est nommé par le Président de la Cour pour une période de 6 ans
renouvelable une fois. Tout comme les juges, il prête serment et s’occupe des activités
administratives de la Cour. Il a sous sa responsabilité la direction des services de la
juridiction : affectation des personnels dans les services ; élaboration des budgets ; gestion des
moyens matériels, des locaux et équipements dont il a la charge.
Il est également dépositaire des minutes308 et archives de la juridiction dont il assure la
conservation – c’est en quelque sorte la « mémoire » du tribunal.
Le greffier a pour fonction principale l'assistance du Juge et l'authentification des actes
juridictionnels. À ce titre, il est le technicien de la procédure : il est responsable de son respect
et de son authenticité tout au long de son déroulement : enregistrement des affaires,
information des parties et accueil du public, réalisation des procès-verbaux. Il assiste le juge à
l'audience. Son rôle est essentiel, puisque toute formalité ou acte accompli en son absence
- Appréciation de la légalité :
Apprécier la légalité d’un acte juridique consiste, pour les juges de la Cour, à vérifier
si cet acte n’entre pas en contradiction avec un autre acte juridique supérieur.
309 CORNU Gérard, vocabulaire juridique, Presses Universitaires Françaises, 8ème édition, 1987,
pp 177
310
Ibid,pp 475-476
311
Ibid, pp 63
164
Les normes dont on peut apprécier la légalité sont : les règlements, les directives et les
décisions.
Cette énumération suppose implicitement, d’une part que le traité, les conventions et
protocoles sont les normes supérieures et d’autre part, les règlements et les directives et
décisions doivent être conformes à ces derniers.
- Examiner :
La mission de la Cour en matière d’examen est double. Il s’agit pour elle d’une part,
de vérifier si les Etats respectent leurs obligations conformément aux textes communautaires,
et d’autre part, de régler les litiges entre la CEDEAO, considérée comme personne morale et
ses agents.
- Tribunal arbitral :
Enfin la Cour exerce la fonction du tribunal arbitral en attendant l’établissement de
celui-ci.
Ces compétences s’exercent différemment en considération des fonctions de la Cour.
165
Paragraphe 2 : Le Fonctionnement
Le fonctionnement de la Cour varie selon ses fonctions. La Cour a deux fonctions, une
fonction contentieuse (A) et une fonction consultative (B). La procédure dans l’une et l’autre
des fonctions, est gratuite.
A- La fonction contentieuse
Sa particularité repose sur la détermination des acteurs pouvant saisir la Cour, la
procédure avant le délibéré et le délibéré lui-même.
Ces derniers sont énumérés à l’article 10, en fonction de la nature du litige. Ainsi
pour :
• Les recours en appréciation de la légalité d’une action par rapport aux textes
de la Communauté : en cas de litiges, peuvent agir les Etats membres, le Conseil
des Ministres et le Président de la Commission ;
• Les recours pour les violations des droits de l’homme : il est réservé à toutes les
personnes, les textes n’indiquent pas la nature morale ou physique des
personnes. Pour être recevable, la demande des requérants ne doit pas être
anonyme et ne doit pas être portée devant une autre juridiction internationale ;
• Les litiges entre la CEDEAO et ses agents : les agents de la CEDEAO peuvent
intenter des recours contre l’organisation, ceci permet à la Cour d’être aussi un
tribunal administratif. Cette démarche est soumise à la condition préalable
d’épuiser les recours définis dans le statut et règlement du personnel de la
CEDEAO ;
166
• L’interprétation du Traité, des Protocoles et Règlements : les juridictions
nationales peuvent décider d’elles-mêmes, ou a la demande d’une des parties au
différend, de porter une question devant la Cour pour interprétation.
B- La fonction consultative
168
Sur le plan procédural, la requête relative à l’avis consultatif est adressée au greffier de
la Cour, il revient ensuite au Président de désigner un juge rapporteur et de choisir, entre
d’une part, la tenue d’une audience : dans ce cas il notifie aux Etats membres un délai pour la
présentation de leur déclaration, d’autre part, il peut écarter cette option : dans ce cas, les Etats
présentent leurs observations écrites.
La Cour délibère en chambre de conseil et après avoir pris connaissance des
conclusions du juge rapporteur. L’avis est rendu en audience publique et notifié aux parties. Il
est signé par le Président, les juges ayant participé aux délibérations et le greffier.
169
Paragraphe 3 : Les textes juridiques de référence de la CJCEDEAO :
Ils se divisent en deux : les textes juridiques adoptés par la CEDEAO, elle-même (A) et ceux
auxquels elle se réfère (B)
En matière de protection des droits humains, les textes essentiels de la CEDEAO sont :
le traité de la CEDEAO et le protocole additionnel sur la démocratie et la bonne gouvernance.
- Le traité de la CEDEAO
Dans le premier traité de 1975, on trouve essentiellement des références à l’objectif
fondamental de l’organisation : l’intégration économique, mais aussi l’institution du Tribunal
de la Communauté à l’article 11.
La mission de cette juridiction est d’: « assurer le respect du droit et des principes
d’équité dans l’interprétation des clauses du présent traité. En outre il est chargé du règlement
des différends dont il est saisi conformément à l’article 56 du traité ».
Cependant, il n’y a aucune indication sur les compétences, la composition et le statut
du tribunal.
Plus tard, les Etats membres ont pris conscience des difficultés d’atteindre les objectifs
économiques, sans remettre en cause, le mode de gouvernance qui prévalait en Afrique dans
les années 1970. À titre indicatif, les seules démocraties de cette période étaient le Sénégal et
la Côte d’Ivoire, sinon la dictature militaire ou le parti unique étaient la règle.
Afin de mettre fin à ce défaut de gouvernance et « redynamiser le processus
d’intégration régionale » les Etats membres de l’organisation ont décidé d’établir la Cour de
Justice en 1991 et de réviser le traité de la Communauté en 1993.
Dans le nouveau traité, les Etats membres de la CEDEAO ont accepté d’intégrer la
protection des droits de l’homme parmi les principes fondamentaux de l’organisation, comme
le stipule l’article 4 (g) : « Les hautes parties contractantes, dans la poursuite des objectifs
énoncés à l’article 3 du présent traité affirment et déclarent solennellement leur adhésion aux
principes fondamentaux suivants :
170
(g) respect, promotion et protection des droits de l’homme et des peuples conformément aux
dispositions de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples ; ».
C’est ce passage qui constitue le fondement principal de la promotion et de la
protection des droits humains par la CEDEAO, dans le traité.
En retraçant cette évolution, on remarque un changement d’appellation des institutions
juridiques. Le traité de 1975 fait référence à un tribunal, contrairement au protocole de 1991
qui porte sur la Cour de Justice de la Communauté.
Ce changement d’appellation suppose t-il un changement de compétences? Il est
difficile de répondre à cette question, car les compétences détaillées du tribunal n’ont jamais
été évoquées.
171
jeunesse. Enfin, elle détermine les obligations qui incombent aux Etats et au Président de la
Commission dans la réalisation de l’état de droit.
Comme instruments juridiques de protection des droits humains non adoptés par la
CEDEAO, et auxquels se réfère la CJCEDEAO dans ses jugements, on peut citer la Charte
africaine des Droits de l’Homme et des Peuples et la Déclaration Universelle des Droits de
l’Homme.
172
A titre illustratif, l’une des formes de la pression internationale a été la décision
Président américain Jimmy Carter de conditionner l’aide de son Etat au respect des droits
humains.
Face à ces poussées, le comité des experts de l’OUA s’est réuni à Dakar le 28
Décembre 1979, pour élaborer un projet de Charte avec des recommandations du Secrétaire
Général de l’OUA, qui a demandé de tenir compte des spécificités africaines. L’accent, selon
ce dernier, devrait être mis sur les points suivants :
- le principe de non discrimination- les principes et les objectifs de l’OUA- d’inclure
le droit des peuples à côté de celui des individus- de déterminer les devoirs de
chaque individu envers sa communauté, en particulier sa famille et son Etat- de
démonter que les valeurs morales africaines occupent une place importante dans
les sociétés- de donner aux droits économiques, sociaux et culturels les places
qu’ils méritent.
À la suite de plusieurs travaux, la CADP fût adoptée lors du 18ème sommet de l’OUA
à Nairobi au Kenya, le 27 Juin 1981.
La CADP est divisée en 3 parties, avec un préambule renvoyant aux fondements de la
charte de l’OUA, basée d’une part sur les traditions africaines et d’autre part sur la Charte
internationale des droits de l’homme.
La première partie est divisée en 2 chapitres, le premier définit en 26 articles les droits
de l’individu (1-18) et les droits des peuples (19-26), le second complète la liste des droits
garantis et les devoirs qui incombent à chaque individu (27-29).
Parmi les articles fondamentaux pour la protection des droits de l’homme, nous
pouvons évoquer l’article 17-18 et 27 comme clé d’interprétation, l’article 8 qui garantit la
liberté de conscience et de religion, les articles 10-11-12-13 énumèrent les conditions
renvoyant à la démocratie, sans jamais évoquer expressément ce mot, l’article 13 garantit le
droit de participation politique soit directement ou indirectement à travers les élus, et le droit
d’accès à la propriété publique et les services sans discrimination.
En plus des droits défendus, le reste des dispositions de la charte porte sur la
Commission Africaine des droits de l’homme chargée de promouvoir et d’assurer la
protection de la charte, elle a essentiellement une compétence d’interprétation. La commission
173
a été remplacée en 1998 par la Cour Africaine des droits de l’homme et des peuples, elle est
chargée d’interpréter et d’appliquer la charte.
La prise en compte de la CADP comme texte de référence par la CJCEDEAO est
logique, car tous les Etats de la CEDEAO sont partie individuellement à la CADP.
312 Articles 1 à 16
313 Articles 12 à 17
314 Articles 18 à 21
315 Articles 22 à 27
174
Toutefois, aussi riche soit- t- elle, la DUDH n’a pas en principe de valeur juridique
contraignante. Mais, ceci n’est pas le cas pour la majorité des Etats de la CEDEAO.
En effet, on retrouve dans les constitutions nationales des Etats concernés, les formules
suivantes :
- Dans le préambule : Proclame ou souscrit : « son adhésion aux droits et libertés tels
que définis dans la Déclaration universelle des Droits de l'Homme de 1948(…) ».
- « Les règles constitutionnelles et légales relatives aux droits fondamentaux doivent
être interprétées et intégrées conformément à la Déclaration Universelle des Droits de
l'Homme ».
175
Section 2 : L’implication de la CEDEAO dans l’observation électorale
316
GUILLIEN Raymond et VINCENT Jean, lexique des termes juridiques, Dalloz, 12ème édition 1999, p 183
176
cette définition, la démocratie repose sur des caractéristiques particulières, parmi celles-ci on
peut citer l’organisation d’élection libre, transparente et équitable : grâce aux élections, les
citoyens expriment leur volonté, en votant, ils ont ainsi l’opportunité de désigner leurs
représentants ou de se prononcer sur un sujet de préoccupation nationale, les deux options de
la démocratie se réalisent par les élections, d’une part la démocratie directe définie comme
une : « forme de démocratie dans laquelle les citoyens exercent eux-mêmes le pouvoir sans
intermédiaire »317 , le référendum symbolise la démocratie directe.
Et d’autre part, la démocratie représentative, définie comme une : « forme de
démocratie dans laquelle les citoyens donnent mandat à certains d’entre eux d’exercer le
pouvoir en leur nom et place »318, les élections au suffrage universel direct des députés ou
sénateurs symbolisent la démocratie représentative
Les élections doivent également être équitables, en ce sens que tous les candidats
doivent être traités de manière égale, sans aucune discrimination.
L’équité nécessite : la non discrimination entre les candidats, la possibilité pour eux de
mener des campagnes en toute liberté et sur toute l’étendue du territoire national et avec un
même accès aux médias, même à l’extérieur du territoire national et enfin un partage des
bureaux de vote, pour que tous les citoyens aient l’opportunité de voter. Elle assure le
caractère compétitif des élections démocratiques, en effet, les citoyens doivent avoir
l’opportunité de choisir entre plusieurs projets politiques. L’un des facteurs garantissant la
compétitivité des élections c’est le traitement égal des partis politiques, en effet, le parti au
pouvoir et les partis de l’opposition doivent avoir les mêmes droits : accès aux médias,
organisation des activités de campagnes électorales, liberté de manifester en tout lieu du
territoire.
317
Ibid, p 184
318
Ibid, p 185
177
L’observation électorale permet d’attester de la transparence des élections
démocratiques. Celles-ci doivent être transparentes durant tout le processus : campagne,
scrutin, proclamation des résultats.
L’observation électorale était effectuée uniquement par des acteurs non africains, de
nos jours de plus en plus d’acteurs africains procèdent à l’observation des élections se
déroulant sur le continent africain. Parmi les acteurs africains effectuant l’observation
électorale, on peut citer l’Union Africaine, la CEDEAO, la SADC. La réappropriation de
l’observation électorale par les Africains, pour des élections africaines, s’inscrit dans la
logique de la gestion des affaires africaines par les africains eux-mêmes.
Le Code de conduite de l’Institut International pour la Démocratie et l’Assistance
Electorale définit l’observation des élections comme : « la collecte volontaire d’informations
relative aux processus électoraux et l’expression de jugements sur ces processus à partir
d’informations recueillies par des personnes n’étant pas autorisées à intervenir dans le
processus et dont l’engagement dans la médiation ne devrait influencer leur responsabilités en
tant qu’observateurs »319.
Le Bureau des Institutions Démocratiques et des Droits de l’Homme cite les
principes320 de l’observation des élections comprennent : Le Respect de la souveraineté du
pays hôte, des lois et du code électoral de ce pays ; La neutralité et l’impartialité ;
L’objectivité ; La transparence ; L’honnêteté et l’exactitude et l’analyse approfondie des faits
178
élections. L’observation à long terme nécessité des personnes expérimentées dans
l’observation électorale.
179
Paragraphe 2 : Les modalités de l’observation électorale par la CEDEAO
181
CEDEAO sont envoyés dix jours avant le début du scrutin, ce qui est très insuffisant pour que
les observateurs puissent témoigner de la liberté et de la transparence du scrutin électoral.
Les Etats de la CEDEAO ont compris la nécessité de s’attaquer à l’une des principales
causes de la conflictualité en Afrique de l’Ouest : la mauvaise gouvernance.
326
KHAN Irène, la sécurité… pour qui ? Amnesty International, 2003, Editions francophones d’Amnesty
International, Paris, 2003, pp 10 et s
327
BOUJEDRA Faouzi, « Modèle théorique de l’Investissement Direct Etranger avec la prise en compte du
risque pays », document de recherche n°2007-05, Laboratoire d’Economie d’Orléans, pp 2
182
Outre la Cour de Justice de la CEDEAO, l’observation électorale également vise
l’amélioration de la gouvernance. En adoptant une politique d’observation des élections dans
les Etats de l’Afrique de l’Ouest, la CEDEAO a opté pour une démarche pragmatique, dont
l’objectif est d‘éviter le recours aux armes à feu comme moyen de dialogue dans un Etat. Les
élections constituent des éléments importants de la démocratie, elles donnent l’opportunité
aux citoyens de choisir leur candidat en toute liberté, elles permettent également d’accorder la
légitimité aux élus. L’observation électorale par la CEDEAO permet de certifier la crédibilité
d’une élection. Une élection non crédible est une source potentielle de crise politique
susceptible de déboucher sur un conflit interne.
Cependant, il est utile de préciser que la promotion de la bonne gouvernance ne doit
pas être uniquement l’oeuvre des Etats. Les partis politiques, la société civile et les médias ont
une grande responsabilité dans la vulgarisation des principes démocratiques et l’éducation des
citoyens dans la culture de la paix.
183
184
Chapitre 5: La lutte contre la prolifération des armes légères : appui au protocole relatif
au mécanisme de prévention, de gestion, de règlement des conflits, de maintien de la
paix et de la sécurité.
328
Toutefois, le Nigéria possède une industrie de production d’armes
329
Anatole AYISSI ; Ibrahima SALL (édition) : Lutte contre la prolifération des armes légères en
Afrique de l'Ouest, Manuel de formation des forces armées et de sécurité, Nations Unies, 2003,
Page 62
185
Section 1 : Les conséquences de la prolifération des armes légères et de petit calibre
Les principales caractéristiques des ALPC sont les suivantes : la disponibilité, le faible
prix, l’aisance d’utilisation et de transport. En effet, grâce à ces caractéristiques, depuis la fin
de la guerre froide, les ALPC alimentent les conflits intra-étatiques. La présence massive des
ALPC permet d’accroître la violence, en particulier, dans les Etats en proie au sous-
développement ou la mauvaise gouvernance. Il n'y a pas de relation stricte, de cause à effet,
entre le volume d'armes légères dans un Etat et les problèmes politiques, sociaux et
économiques ; mais c'est la combinaison de facteurs internes et externes qui influe sur
l'utilisation abusive des armes légères et l’institutionnalisation de la violence armée
(criminelle ou conflictuelle).
A défaut de déboucher sur des conflits intra-étatiques, la présence massive des ALPC
accentue la criminalité. Dans les deux cas, les principales victimes restent la population civile.
Selon les chiffres avancés par Small Arms Survey, il y a plus de 500.000 morts par an du fait
des armes légères, sur ce total, plus de la moitié sont morts dans des situations d’absence de
conflit330.
Toutefois, il faut préciser que la présence massive d’ALPC dans un Etat, ne signifie
pas systématiquement une montée de la criminalité. L’exemple de l’Australie est édifiant.331
Selon les estimations de 1990, il y avait 3.5 millions d’ALPC, soit une arme pour 4 citoyens.
La principale préoccupation liée aux ALPC est leur usage.
SMALL ARMS SURVEY, Annuaire sur les armes légères/Gros plan sur la problématique,
330
ALPERS Philip, TWYFORD Conor, "Small arms in the Pacific", in Occasional Papers no.8,
331
186
Dans la majorité des situations conflictuelles, en particulier les conflits se déroulant
sur le continent Africain, les ALPC ont servi à contrôler les ressources naturelles. Ce contrôle
a garanti le fonctionnement de l’économie de guerre dans le conflit au Libéria. C’est grâce
aux contrôles du diamant sierra-léonais, que Charles Taylor a pu emporter la décision sur
toutes les autres factions combattantes.
Loin d’être seulement une préoccupation nationale, les effets indésirables de la
disponibilité aisée des armes légères, peuvent se répandre dans les Etats voisins. Ainsi, le
conflit libérien a accru la disponibilité des armes légères en Sierra Léone, qui a aussi connu
un conflit interne. Dans le même ordre d’idée, c’est à cette époque, que la prolifération des
ALPC est devenue une préoccupation de l’ensemble des Etats d’Afrique de l’Ouest. La
prolifération des armes légères en Afrique de l’Ouest, est facilitée par la porosité des
frontières géographiques et entretenue par des réseaux de trafiquants, qui les transportent d’un
conflit à un autre.
187
Paragraphe 2 : L’impact de la prolifération des ALPC sur le développement
La violence armée généralisée, liée à l’utilisation des armes légères dans les conflits
ou dans les Etats confrontés à la grande criminalité, favorise :
335 SMALL ARMS SURVEY, Small Arms Survey 2003, op. cit., p. 141.
188
Par ailleurs, la détérioration ou l'effondrement des services sociaux est, en parallèle,
accentué par la diminution des investissements de l'État dans les services et infrastructures de
base. La violence armée engendre en effet une redéfinition des priorités de dépense du
gouvernement et une réorientation vers les budgets de la Défense et du maintien de l'ordre.
Une réorientation qui se répercute inévitablement sur les investissements dans les services
sociaux en raison des ressources limitées des pays. A titre illustratif, la Sierra Leone durant le
conflit, consacrait 3,6% du PIB aux dépenses militaires et 1% pour les dépenses relatives à
l’éducation nationale336. Le même phénomène est observé pour les dépenses de santé. La
diminution des dépenses de santé est aggravée par une détérioration des soins en direction de
la population et particulièrement les couches pauvres, qui sont les plus vulnérables,
accompagnée par une augmentation des pandémies337.
Il s’en suit du fait de l’insécurité, un accroissement des besoins de santé face à une
tragique diminution des dépenses relatives à la santé.
336Stockholm International Peace Research Institute, SIPRI Yearbook 2002, Oxford University
Press, 2002, cité in PNUD, Rapport mondial sur le développement humain 2003, Op. Cit. p. 93.
337SMALL ARMS SURVEY, Small arms survey 2003, op. cit., p. 140.
338CENTRE FOR INTERNATIONAL COOPERATION AND SECURITY, Department of Peace
Studies, The impact of armed violence on poverty and development … Op. Cit p. 21.
189
- Disparition des domaines économiques comme l’agro-pastorale, du fait de
l’inutilisation des terres minées et du risque de vol de bétail339, à titre
illustratif, certaines populations du Sud-Soudan ont perdu leur bétail suite au
conflit. Le secteur agro-pastoral est d’autant plus important, que sa
perturbation ne fera qu’accroitre la pauvreté et l’insécurité alimentaire, selon
les estimations, entre 1970 et 1997, les pertes de l’Afrique dans le secteur
agricole se chiffrent à plus de 25 milliards de dollars340
- La diminution de l’investissement direct international, vecteur de croissance
économique, la moitié de l’investissement direct international en Afrique sub-
saharienne a été orientée en direction de 8 pays341, sur l’ensemble du continent,
« seulement 10 % de ces capitaux ont été distribués aux quarante autres
pays »342.
339 SMALL ARMS SURVEY, Small Arms Survey 2003, Op. Cit., p.143.
340DIOUF Jack , « Africa needs a Marshall Plan », in Le Monde diplomatique, décembre 2004, cité
par Centre for International Cooperation and Security, Department of Peace Studies, The impact
of armed violence on poverty and development, Op. Cit, p 21..
341 La Banque Mondiale souligne que l'insécurité et la violence sont perçues comme un risque
majeur pour les investisseurs. World Development Report 2001, Oxford University Press, 2001.
342 SMALL ARMS SURVEY, Small arms survey 2003, Op. Cit., p.144.
190
- Les Déplacements de populations et migrations forcées :
Du fait des conflits et de l’insécurité, le Haut Commissariat des nations Unies pour les
Réfugiés estime qu’il y a de nos jours, près 43 millions de personnes déplacées à l’intérieur
des pays et 15.2 millions de réfugiés343. A noter, que le déplacement de la population peut
s’inscrire dans la stratégie violente des factions combattantes, comme c’est le cas au Soudan.
Les déplacements des populations du fait de la violence, contribuent à l’augmentation
de la mortalité, du fait des conditions socio-sanitaires déplorables. Selon le PNUD : « la
malnutrition aiguë, les maladies diarrhéiques, la rougeole, les infections respiratoires et la
malaria sont souvent citées comme étant les causes d'un taux de mortalité parmi les réfugiés
plus de 80 fois supérieur aux taux de référence de certaines régions d'Afrique. »344.
En général, une certaine partie des populations déplacées cherchent à s’installer dans
les villes, malheureusement ce choix également entraine des conséquences, on peut évoquer la
montée de la criminalité et l’augmentation de la pauvreté.
UNITED NATIONS HIGH COMMISSIONER FOR REFUGEES, 2009 Global Refugee Trends:
343
344TOOLE Michael .J et WALDMAN Ronald J., "The public health aspects of complex
emergencies and refugee situations", in Annual Review of Public Health, 18, 1997, pp. 283-312.
191
Section 2 : La stratégie adoptée par la CEDEAO pour lutter contre la prolifération des
armes légères.
La lutte contre la prolifération des armes légères est une priorité de la CEDEAO, cette
préoccupation a été prise en compte dans le protocole relatif au mécanisme de la sécurité.
La première ébauche de la stratégie de lutte contre la prolifération des A.L.P.C de la
CEDEAO se trouve dans le protocole relatif au mécanisme de prévention et de gestion des
conflits, en particulier les articles 50 et 51. L’article 50 s’intitule la lutte contre la prolifération
des armes légères. Dans cet article, la CEDEAO a basé sa stratégie sur : le contrôle de
l’importation, de l’exportation et de la fabrication des A.L.P.C ; l’enregistrement et le
contrôle des armes détenues par les Etats membres, la destruction des armes illicites et des
excédents d’armes. En plus de cette lutte opérationnelle, la CEDEAO accorde une importance
à la prévention dans la lutte contre la prolifération des A.L.P.C, à l’article 51. Les principales
mesures préventives sont : l’éducation à une culture de paix, la formation des forces armées et
de sécurité, la promotion d’un dialogue avec les producteurs et les fournisseurs d’armes. La
mise en place d’une politique de lutte contre la prolifération des A.L.P.C, a nécessité des
efforts importants par la CEDEAO (paragraphe 1) jusqu’à l’aboutissement d’un cadre de
lutte contre les armes légères contraignant (Paragraphe 2).
La lutte contre la prolifération des ALPC dans l’espace CEDEAO a débuté, par
l’établissement d’un moratoire sur l’importation et l’exportation des ALPC.
A l’origine du moratoire, se trouvait le souhait de l’ancien président du Mali, Alpha
Oumar Konaré de lutter contre la prolifération des armes légères au Mali. A cet effet, il a
demandé l’appui de l’ONU, qui a envoyé une première mission de contrôle et de collecte des
armes légères en 1994, au Mali. Cette dernière, compte tenu de l’ampleur du phénomène :
régional et transfrontalier, a effectué d’autres missions dans les Etats voisins du Mali. A
l’issue des consultations, la mission a proposé aux Etats de la CEDEAO de privilégier une
lutte régionale.
192
Fort de ce constat, le Mali a proposé lors de la conférence sur « le désarmement, la
gestion des conflits et le développement en Afrique », l’élaboration d’un moratoire sur
l’importation, l’exportation et la fabrication des armes légères.
Lors d’une session ordinaire de la CEDEAO, le moratoire sur l’importation,
l’exportation et la fabrication des armes légères a été adopté le 31 octobre 1998 à Abuja au
Nigeria, par les chefs d’État et de gouvernement de l’institution.
Sur le plan juridique, le moratoire est une mesure d’établissement de la confiance
couvrant l’importation, l’exportation et la fabrication des armes légères. Il ne s’agit pas d’un
traité ayant force de loi, c’est un acte de foi et une manifestation de la volonté politique
d’observer pendant une période définie une interdiction officielle de transfert et fabrication
d’armes légères dans l’espace CEDEAO. Son adhésion est volontaire et ouverte à tous les
Etats africains345. Aussi, selon l’article 3 du code, l’importation, l’exportation et la fabrication
des pièces de rechange sont soumises à un contrôle strict.
En plus du moratoire, d’autres mesures ont été prises par les Chefs d’Etat et de
Gouvernement de la CEDEAO. Il s’agit d’une part, du registre sous-régional des armes
légères, l’une des activités prioritaires du PCASED a été la création d’une base de données et
d’un registre régional des armes légères en Afrique de l’Ouest. La création d’un registre sous-
régional sur les armes légères a été préconisée par le moratoire, dont l’article 6 du code de
conduite sur l’importation, l’exportation et la fabrication des armes légères en Afrique de
l’Ouest, disposait que « le secrétariat Exécutif, avec l’assistance du PCASED, développera un
registre des armes comme mesure de consolidation de la confiance dans le but ultime de
développer une base de données électronique de tous stocks légitimes d’armes de munitions et
de pièces de rechange couvertes par le moratoire. Les Etats membres fourniront toutes les
informations nécessaires au registre des armes et à la banque de données… »
Aussi, la création de la base de données vise les objectifs suivants : contribuer à la
prévention de l’accumulation excessive des armes et à leur circulation anarchique, faciliter
l’identification des armes et les recherches dans le cadre du système d’alerte précoce, protéger
les armes contre les pertes et les vols éventuels au niveau des structures de stockage, susciter
un régime de transparence dans les achats et ventes, pour mieux contrôler la circulation des
armes, faciliter et identifier les échanges d’information, afin de renforcer la confiance
mutuelle entre les Etats.
345
Article 17 du code de conduite du moratoire.
193
- La mise en œuvre du moratoire :
Elle reposait sur le PCASED et le code conduite pour l’application du moratoire
• Le PCASED :
La création du Programme de Coordination et d’Assistance pour la Sécurité et le
Développement est une volonté des Nations Unies d’apporter un appui technique aux Etats
membres de la CEDEAO dans la mise en œuvre du moratoire. Il a été créé en mars 1999, son
siège est à Bamako.
Le PCASED a élaboré un plan pour atteindre ses objectifs, il a été adopté en Mars
1999, à Bamako, par les Ministres des Affaires étrangères des Etats de la CEDEAO. ce plan
comporte neufs domaines de priorités sont : Le développement d’une culture de la paix ; La
formation des forces armées, de sécurité et de police ; Le renforcement du contrôle des armes
aux postes frontières ; La maîtrise de flux des armes est complexe, à cause de la porosité des
frontières et l’insuffisance des moyens nationaux ; La création d’une base de données et d’un
registre régional sur les armes légères; La collecte et la destruction des excédents d’armes et
celles acquises sans autorisations ; La facilitation du dialogue avec les fabricants d’armes ; La
révision et l’harmonisation des législations et procédures administratives nationales ; La
mobilisation des ressources pour le PCASED et l’élargissement du nombre d’adhérents au
moratoire.
194
• Le code de bonne conduite :
Le code de bonne conduite a été adopté par les chefs d’État et de gouvernement de la
CEDEAO, le 10 décembre 1999 à Lomé au Togo. Il s’agit d’un document contenant des
règles de comportements reposant sur la transparence et la concertation. Le code de conduite
vient en appui au moratoire, en lui procurant un aspect contraignant.
Le code de conduite comprend un préambule et 17 articles. Son caractère obligatoire
est affirmé à l’article 1er. Conformément au code de conduite, les Etats ont les obligations
suivantes : Créer des commissions nationales relatives à la lutte contre la prolifération des
armes légères ; Fournir des informations à la commission de la CEDEAO, sur les commandes
d’armes et de munitions, le registre des armes et la banque de données ; Harmoniser la
législation nationale avec celle des autres Etats ; Déclarer les armes destinées aux opérations
de maintien de la paix ; Exiger la déclaration d’importation d’armes par les visiteurs ;
Contribuer à la collecte et à la destruction d’armes désignées par le moratoire ; Contribuer au
dialogue avec les fournisseurs et les producteurs d’armes pour lutter contre la prolifération
des armes légères.
195
Paragraphe 2 : l’actuel cadre de lutte contre la prolifération des ALPC
Actuellement, la lutte contre les ALPC dans l’espace CEDEAO repose sur une
convention de lutte contre les ALPC (A) et la création d’une structure pour coordonner la lutte
contre les ALPC (B).
La Convention relative à la lutte contre les armes légères, fait suite au moratoire sur
l’importation et l’exportation des armes légères. La convention conte la prolifération des
ALPC symbolise la volonté des Chefs d’Etat de la CEDEAO de disposer d’un instrument
contraignant dans la lutte contre la prolifération des armes légères a abouti à l’adoption de la
Convention de la CEDEAO sur les armes légères, élaborée à Abuja, au Nigéria, le 14 Juin
2006. Elle comporte un préambule et 32 articles repartis en 7 chapitres.
Le préambule fait référence: Aux textes juridiques de la CEDEAO, de l’Union
Africaine et de l’Organisation des Nations Unies relatifs, d’une part, au désarmement en
particulier et à la sécurité de façon générale, et d’autre part, aux règles des droits humains et
du droit international humanitaire ; A la nécessité du respect de la souveraineté des Etat et au
principe du non recours à la force par les Etats comme mode de gestion des conflits ; A la
détermination des Etats membres de la CEDEAO de juguler le fléau de la prolifération des
armes légères, du fait de ses effets néfastes sur la sécurité des populations et au renforcement
de la lutte déjà entamée, contre la prolifération des armes légères, dans la CEDEAO.
Le chapitre 1 porte sur les définitions et les objectifs : Il se subdivise en deux sous
parties, la première porte sur les définitions et la seconde sur les objectifs. Dans la première
sous partie, outre les définitions classiques sur les armes légères et les armes de petit calibre,
les munitions, le marquage, le courtage, le transfert, on trouve les innovations suivantes : Une
définition des transferts qui portent sur l’importation et l’exportation d’armes ; La prise en
compte des munitions et des matériels connexes à l’exemple des pièces détachées comme des
armes légères et la soumission des acteurs non étatiques dans le respect des obligations de la
convention.
196
Dans la seconde sous partie, la convention se fixe les objectifs suivants :
l’accentuation de la lutte et de la prévention contre la prolifération des armes légères et de
petit calibre ; le renforcement les résultats obtenus par le moratoire sur les armes légères ;
l’incitation des Etats membres à d’avantage de confiance réciproque ; la mise à disposition de
plus de moyens à la commission de la CEDEAO pour la mise en œuvre de la présente
convention.
Le chapitre 2 est relatif aux transferts des A.L.P.C. Le transfert d’armes légères et de
petit calibre se définit comme : « l’importation, l’exportation, le transit, le transbordement et
le transport ou tout autre mouvement, quel qu’il soit, à partir du ou à travers le territoire d’un
Etat, d’armes légères et de petit calibre, de leurs munitions et autres matériels connexes »346.
Dans le deuxième chapitre consacré aux transferts, l’interdiction des transferts des armes
légères et de petit calibre est consacrée, toutefois, une possibilité d’exemption peut être
accordée à l’Etat qui souhaiterait un transfert.
Les détails sur l’octroi de l’exemption se trouvent aux articles 4, 5 et 6 de la
convention.
C’est à la commission que revient la décision d’octroyer une exemption à un Etat
membre. A ce titre, il donne son avis sur la demande d’exemption d’un Etat membre et
ensuite elle la soumet à l’examen des autres Etats membres. Ces derniers se prononcent sur la
base du consensus. Le cas échéant, le Conseil de médiation et de sécurité se prononce.
Le chapitre 3 fait référence à la fabrication des A.L.P.C
Selon la convention, la fabrication des A.L.P.C est une activité soumise à un contrôle
effectif. Pour cela certaines mesures sont énoncées aux articles 7 et 8, il s’agit entre autres :
la réduction de la production des fabricants d’armes locaux ainsi que leur identification, la
transmission à la CEDEAO des informations relatives aux capacités nationales de production
d’armes légères et de petits calibres et la soumission de toute intention de production d’armes
à une demande adressée à la CEDEAO.
346
Article 1 alinéa 9 de la convention
197
dans la tradition, à l’image de la confrérie des chasseurs traditionnels. De ce fait, une
interdiction totale de la fabrication des A.L.P.C allait être une mesure peu suivi d’effets.
Le chapitre 4 traite de la transparence et de l’échange d’information. La transparence
dans les relations internationales est une mesure qui renforce la confiance mutuelle entre les
Etats, ceci permet d’éviter les différends. Sans être exhaustive, la convention préconise, tout
comme le code de bonne conduite et les recommandations du PCASED : la création des
banques de données et des registres d’armes conservés auprès de la Commission de la
CEDEAO et la prise de contact avec les intermédiaires et les fabricants d’armes pour plus de
sensibilisation.
La convention, apporte une autre innovation, c’est celle de la création d’un registre
spécial destiné aux armes utilisées lors d’opérations de maintien de la paix. Il s’agit là d’une
mesure préventive destinée à lutter contre une prolifération d’ALPC particulière. En effet, des
soldats issus d’autres Etats hors de la CEDEAO peuvent participer à des opérations de
maintien de la paix dans l’espace de la CEDEAO, cette participation suppose inéluctablement
une introduction d’armes dans ledit espace. Avec ce nouveau registre, toutes les armes
apportées par les contingents étrangers à la CEDEAO, seront recensées.
198
il consiste à instaurer les éléments de marquage sur des pièces vitales pour le fonctionnement
de l’arme. Le marquage s’applique aussi aux munitions ; Le traçage des ALPC est une mesure
qui consiste à un échange d’information entre Etats, destiné à surveiller le trafic des ALPC, en
particulier la fabrication, l’importation et l’exportation.
La règlementation du courtage repose sur : L’enregistrement des courtiers, des agents
financiers et des transporteurs d’armes ; L’obtention d’autorisation pour les transactions
individuelles ; L’information sur les points et les routes de transit ainsi que les courtiers et
transporteurs impliqués dans la transaction ; La criminalisation du courtage illicite des ALPC.
Le chapitre 6 renvoie aux arrangements institutionnels et de mise en œuvre.
Ce chapitre oblige les Etats membres à : établir des commissions nationales de lutte
contre la prolifération des armes légères et à les doter de moyens adéquats pour
l’accomplissement de leurs missions ; adopter un plan d’action national pour la lutte contre la
prolifération des armes légères ; renforcer la coopération intra et inter Etat dans le cadre de la
lutte contre la prolifération des armes légères
En plus des Etats, la commission de la CEDEAO doit de son côté, proposer un plan
d’action aux Etats, veiller à la bonne application des dispositions conventionnelles. Pour
assurer le suivi et l’évaluation de la convention, la Commission de la CEDEAO aura pour
charge de désigner un groupe d’experts indépendants.
200
du PNUD repose sur l’idée que la prolifération des armes illicites, en particulier leur
disponibilité, sape la capacité des pays à assurer une paix et une stabilité durables, et constitue
un obstacle de taille au développement humain durable.
Les activités prévues au programme d’ECOSAP sont menées par le Bureau Régional
pour l’Afrique du PNUD et le Groupe d’action sur les armes légères de la CEDEAO qui sert
d’interface entre les États membres, le Secrétariat de la CEDEAO et ECOSAP. Le groupe se
consacre essentiellement à coordonner les aspects stratégiques et opérationnels des initiatives
de réduction des armes légères dans la sous région.
L’ECOSAP est dirigé par un directeur de programme bien imprégné des questions
opérationnelles, secondé par quatre experts techniques spécialisés, deux adjoints de
programme, un fonctionnaire des finances, administration et du personnel d’appui.
Les experts techniques des armes légères et les conseillers techniques d’ECOSAP se
chargent des programmes par groupe de pays membres de la CEDEAO. Les groupes
constitués sont les suivants :
- Groupe de la République de Côte d’Ivoire : Côte d’Ivoire, Burkina Faso, Mali et
Ghana ;
- Groupe de l’Union du fleuve Mano : Guinée, Liberia, Sierra Leone, Côte d’Ivoire ;
- Groupe Sénégambie : Sénégal, Gambie, Guinée-Bissau, Cap-Vert ;
201
des priorités d’ECOSAP, mais force est de reconnaître, qu’aujourd’hui, ces commissions ne
se trouvent pas toutes au même niveau de développement ou de capacités. Certaines ont déjà,
dans une large mesure, officialisé leur structure et instauré les liens nécessaires avec les
parties prenantes gouvernementales et de la société civile, alors que d’autres n’existent que
nominalement.
Les ressources et la formation en vue du renforcement des capacités seront orientées
stratégiquement vers les commissions nationales en fonction des besoins de chacune.
202
Chapitre 6 : Le nouveau mécanisme de sécurité de la CEDEAO à l’épreuve des conflits
internes
L’éclatement d’un conflit interne en Côte d’ivoire (Section 1), puis la résurgence
d’anciens conflits (Section 2), permettront d’évaluer les actions de la CEDEAO face à ces
menaces militaires contemporaines.
Etat d’Afrique de l’Ouest, ouvert sur le golfe de Guinée. La Côte d’Ivoire est limitée
au nord par le Mali et le Burkina, à l’est par le Ghana, à l’ouest par le Liberia et la Guinée et
au sud par l’océan Atlantique. Elle couvre une superficie de 322.500 Km2 et une population
estimée à 18 millions d’habitants347. Le 19 Septembre 2002, la Côte d’Ivoire va sombrer dans
un conflit interne caractérisé par l’éclatement d’une rébellion armée au nord, ayant un
ensemble de causes (Paragraphe 1), et dont la gestion a entrainé l’intervention de plusieurs
acteurs (Paragraphe 2).
L’ethnie est définie comme : « une société humaine réputée homogène, fondée sur la
conviction de partager une même origine et sur une communauté effective de langue et de
culture »348.
L’ethnie se caractérise en Côte d’Ivoire par une extrême division territoriale »349
En effet, la population ivoirienne est repartie entre 4 familles ethno-linguistiques :
347
DEPARTEMENT D’ETAT DES ETATS UNIS D’AMERIQUE ; « la Côte d’Ivoire »,
[http://www.state.gov/r/pa/ei/bgn/2846.htm] (Consulté le 22 mars 2010)
348
DICTIONNAIRE LE PETIT LAROUSSE illustré 2006, Larousse 2005, pp 435
349
LUGAN Bernard, « une terre, quatre peuple », in Afrique Réelle, n° 46, hiver 2005, pp 11
203
• dans le quart sud-est, les groupes akan/baoulé (langues kwa), occupant
également la moitié sud du Ghana ;
• dans le quart sud-ouest, le groupe kru (langues krou), présent également dans la
partie sud du Liberia ;
• dans le quart nord-ouest le groupe malinké (langue mandé), présent dans l’Est de
la Guinée, l’ouest du Mali et le nord du Liberia350.
Il s’agit d’un peuple africain d'origine mandingue qui a constitué le noyau de l'empire
du Mali avec les conquêtes de Soundiata Keita dans le haut Niger au XIIIe siècle.
Islamisés au XIVe siècle, les Malinké sont devenus les propagateurs de l'islam,
notamment par l'intermédiaire de leurs commerçants, les Dioulas, et se répandent ensuite dans
l'Ouest africain. Leur langue est devenue la langue véhiculaire de l'Afrique de l'Ouest, parlée
du Sénégal jusqu'à Tombouctou et au Burkina. C'est en s'appuyant sur le réseau dioula que
Samory Touré, lui-même d'origine dioula, a tenté de se constituer un État à la fin du
XIXe siècle. Les Malinké ont activement participé avec les autres peuples à l'histoire de la
région, en s'opposant notamment aux Peul.
Cette composition ethnique ivoirienne est l’œuvre du colonisateur. Afin d’accroître
l’efficacité économique de ses territoires, la France a jugé opportun d’adjoindre la Haute
Volta351 à la Côte d’Ivoire le 5 septembre 1932352, le statu quo ante fût rétabli, le 4 septembre
1947 un décret abrogea cette décision353. La colonie de la Côte d'Ivoire fut établie, mais le
sud-ouest de la Haute-Volta fut partagé parmi les colonies du Niger, du Soudan français
(actuel Mali) et de la Côte d'Ivoire.
Il y a quarante ans Gabriel Rougerie a décrit le regroupement ethnique opéré par le
colonisateur en Côte d’Ivoire, comme suit : « au tournant du siècle, des esprits étrangers ont
350
BOSSARD Laurent ; «Peuplement et migration en Afrique de l’Ouest : une crise régionale en
Côte d’Ivoire», in Afrique contemporaine, n° 206, Eté 2003. pp 159
354 Rougerie Gabriel, la Côte d’Ivoire, que sais-je ?, Presses Universitaires Françaises, 1964, pp 63
355BRAECKMAN Colette, « la grande fatigue des ivoiriens », in le Monde Diplomatique,
Septembre 2004, pp 7
[www.monde-diplomatique.fr/2004/09/braeckman/11640] (Consulté le 25 Septembre 2010)
356DOZON Jean-Pierre, « La Côte d’Ivoire au péril de l‘ivoirité », in Afrique contemporaine,
n°193, janvier-mars 2000.
205
provinces du nord semblent retenir leur respiration357. Pendant deux ans, les services publics
ont été interrompus, les routes n’étaient plus entretenues, beaucoup d’enseignants qui avaient
fui vers Abidjan n’étaient plus revenus. Il a été signalé à Bouaké, situé en région du nord, une
pénurie d'eau potable358, le gouvernement utilisait cette politique du désengagement comme
un moyen de pression sur les populations du nord. Un rapport hebdomadaire du
coordonnateur humanitaire des Nations Unies, publié en mars 2006, indiquait que : "Depuis le
26 février 2006, des cas de diarrhée suivis de vomissement sont rapportés, notamment dans
l'ouest du pays, dus à une consommation d'eau de mauvaise qualité".
Les leaders politiques du FPI ont prétendu que la rébellion était une tentative de coup
d'État soutenue par des éléments étrangers, ce qui a déclenché un mouvement de harcèlement
assez général contre les étrangers, y compris contre les travailleurs immigrés originaires des
pays voisin et les réfugiés originaires du Libéria et de la Sierra Leone, les habitations de ceux-
ci ont été incendiées par des forces de sécurité, jetant à la rue environ 20.000 personnes. Ces
actes de xénophobie ont conduit le Président sénégalais Abdoulaye Wade à déclarer qu’«Un
Burkinabé subit en Côte-d’Ivoire ce qu’un Noir ne subit pas en Europe. »359.
Ce désengagement du gouvernement dans les régions du nord renforce la rébellion, car
les chefs rebelles recrutaient sans grande difficulté des combattants. Ceux-ci sont de jeunes
nordistes, des marginaux urbains, des migrants refoulés360.
Encourageant la dérive identitaire, le camp présidentiel a utilisé ses Jeunes patriotes :
un mouvement de la jeunesse ivoirienne, nationaliste, ouvertement violents et xénophobes,
recrutés parmi les jeunes désœuvrés des quartiers d'Abidjan. Ils étaient dirigés par Charles Blé
Goudé et soutenaient le chef de l'État le Président Laurent Gbagbo. Ce dernier a misé361
totalement sur la rue, et voyait dans les actions des jeunes patriotes, la naissance d’une
conscience nationale362. Leurs activités consistaient à faire des marches de protestation, des
pp 226.
361 BRAECKMAN Colette; « la grande fatigue des ivoiriens », Op cit.
366MOREL Stéphanie, « les partis politiques », in Dictionnaire des Sciences politiques et sociales,
Sirey 2004, pp 250
208
Quant Alassane Dramane Ouattara, il est né le 1er janvier 1942 à Dimbokro près de
Yamoussoukro. Connu comme économiste libéral, il a accompli ses études supérieures aux
Etats-Unis367, Ouattara a occupé d'importantes fonctions au FMI où il a été Directeur du
département Afrique de 1984 à 1988, et conseiller du Directeur Général. En 1988, il a été
nommé gouverneur de la Banque Centrale des Etats d'Afrique de l'Ouest. Le 7 novembre
1990, il a été nommé Premier Ministre de la Côte d’Ivoire, par Houphouët-Boigny.
367
Il obtint un doctorat en Sciences Economiques
368
BOUQUET Christian, Géopolitique de la Côte d’Ivoire, édition Armand Colin, Avril 2005, pp 23
209
façon continue en Côte d’Ivoire pendant les cinq années précédant la date des élections ». La
réaction de Ouattara ne s’est pas fait attendre, « je condamne une loi électorale qui met
l’accent sur l’identité des parents […] et qui incite la population à penser politique en termes
ethniques ou régionaux »369
Suite à cette manœuvre législative, Ouattara a d’une part, crée avec des opposants, le
Front Républicain et d’autre part, incité à boycotter les élections présidentielles. Sa
manœuvre a laissé la voie libre à Bédié, qui a remporté à 96% des voix, les élections
présidentielles le 22 Octobre 1995, contre Francis Wodié leader du Parti Ivoirien des
Travailleurs. Dans le même temps, le parti au pouvoir le PDCI, devenait majoritaire à
l’Assemblée Nationale.
369
Ibid. pp 23
210
m’intéresse pas »370, venait de surprendre en se présentant aux élections présidentielles
d’Octobre 2000 contre Gbagbo. Avant cela, il a prit soin d’écarter certains candidats, dont
Ouattara pour « nationalité douteuse » et Bédié qui n’a pas donné les assurances relatives à
son « état complet de bien être physique et moral »371 .
Cette situation a poussé la communauté internationale à réagir, les Etats-Unis et
l’Union Européenne suspendent leur aide.
Le 22 octobre 2000, c’est en toute confiance que le Général Gueï part aux scrutins
contre, celui que l’on présente comme l’opposant historique de Boigny, Laurent Gbagbo.
Historien de formation, issu du groupe bété dans l’ouest du pays, Laurent Gbagbo se targue
de trente années d’opposition et de militantisme, avec des relations nouées au sein de
l’Internationale socialiste, à laquelle appartient son parti, le Front Populaire Ivoirien.
Le 24 octobre 2000, après avoir contesté le résultat des votes, le Général Gueï a donné
l’ordre aux militaires de tirer sur une foule manipulée méticuleusement par Gbagbo. Cette
liesse populaire ne se calmera qu’avec le départ de Gueï et l’investiture de Gbagbo le 26
octobre 2000, comme Chef de l’Etat ivoirien. Il a été élu avec plus de 60% des voix, un score
qui traduit le soutien de la population au nouveau Président, toutes ethnies confondues, mais
surtout un dégoût des ivoiriens pour la junte militaire, dont le chef n’a recueilli que 37% des
voix.
373 Ibid., pp 46
211
Les agressions perpétrées contre les dioulas, ont entraîné une tentative de coup d’état,
le 19 septembre 2002 pendant que Gbagbo était en visite à Rome. Celle-ci sera le fondement
de la rébellion armée dirigée par des militaires nordistes, qui ont crée le Mouvement
Patriotique de Côte d’Ivoire.
Selon Ahmadou kourouma374 « Ce qui a donné aux rebelles le courage et la volonté de
s’attaquer au pouvoir en 2002, c’est le charnier de Yopougon »375.
Les mutins ont lancé l’offensive dans les villes de Korhogo, chef-lieu du nord du pays
situé à une centaine de kilomètres de la frontière ivoiro-burkinabé, puis de Bouaké, principal
carrefour au centre du pays, et enfin Abidjan, située sur la côte. Le mouvement rebelle était
dirigé par Guillaume Soro, les rebelles ont contrôlé, grâce à 10.000 soldats, 40 % du territoire
ivoirien, la partie nord.
Une autre origine376 du soulèvement de soldats tenait au fait que le Président Gbagbo
comptait démobiliser en décembre, officiellement pour des raisons budgétaires, cinq cents ex-
miliciens engagés par le Général Robert Gueï, qui n’avaient pas été intégrés à la fonction
publique.
Le bilan de l’insurrection a été estimé à plus de 80 morts et 150 blessés dans les rangs
des soldats loyalistes, et plusieurs centaines de victimes civiles. Parmi les victimes, figurent
quelques personnalités éminentes de la vie politique ivoirienne comme le Ministre de
l’Intérieur et de la Décentralisation, Me Emile Boga Doudou et l’ancien chef de la junte
militaire, le Général Robert Gueï, qui ont été tous deux retrouvés assassinés, d’autres
responsables politiques comme Bédié et Ouattara ont été persécutés, c’est le début d’une
guerre contre les rebelles.
374Ecrivain ivoirien
375Cité par DJEHOURY Anicet-Maxime, La guerre de Côte d'Ivoire: la dernière expédition
coloniale, L’Harmattan, 2007, P 58
376 LEYMARIE Philippe ; « rébellion militaire, massacres… », in Le Monde Diplomatique, Op. Cit
212
aggravé pour la savane rurale qui représente le Nord de la Côte d’Ivoire, où le taux de
pauvreté est passé de 25,9% en 1985 à 54,6% en 1998377.
Yves Amaizo explique que : « La crise ivoirienne trouve ses racines dans l’application
unilatérale d’une politique économique et sociale qui semble ne profiter qu’à une partie de la
population et a remis en cause l’équilibre et la cohésion interne du pays. »378
La dégradation socio-économique de la Côte d’Ivoire a joué un grand rôle dans le
déclenchement du conflit ivoirien. à la suite de Derriennic, Collier et Hoeffler379 estiment que
la dégradation des conditions socio-économiques accumulées à d’autre maux constitue un
motif sérieux de déclenchement d’une guerre civile. Selon eux la faiblesse des perspectives
économiques seraient liées à la faiblesse des variables suivantes :
G = taux de croissance
Le taux de croissance en 2000, année de déclenchement du conflit, est de – 2,3%
En Côte d’Ivoire cette politique est fondée sur la préférence ethnique, les ethnies du
sud sont en général propriétaire terrien et celles du nord constituent en majorité la main
d’œuvre.
377ARSENE Kouadio Konan, Le Processus de DRSP en Côte d’Ivoire, CIRES, Abidjan, novembre
2002, p. 9
378AMAIZO Yves, « crises et rébellions dans le « pré carré » français : ce qui paralyse le pouvoir
ivoirien ce qui paralyse le pouvoir ivoirien », in Le Monde Diplomatique, Janvier 2003, pp 20
379 COLLIER Paul, HOEFFLER Anke, «Justice-Seeking and Loot-Seeking in Civil War »
213
Les causes de la dégradation peuvent être liées à deux phénomènes :
- La chute du cours du cacao :
La part de l’Afrique dans le commerce international est estimé à 5%, les pays africains
exportent essentiellement des matières premières, celles-ci constituent la majeure partie de
leurs revenus. La Côte d’Ivoire illustre parfaitement cette division internationale du travail.
Une fois l’indépendance acquise en 1960, les autorités ont axé leurs efforts sur la production
du cacao, qui était passée de 1000 tonnes en 1920 à 380.000 tonnes en 1978, faisant de la
Côte d’Ivoire, le premier producteur mondial de cacao. L’hyper spécialisation dans la
production de cacao reste un risque très important. En effet, les cours mondiaux des matières
premières sont très aléatoires. Cependant, dans les années 1980, le cacao qui a été le moteur
de l’économie ivoirienne depuis l’indépendance connaîtra une baisse drastique. Cette baisse
était essentiellement due à l’entrée de nouveaux pays producteurs de cacao, notamment la
Malaisie et l’Indonésie380.
Pour se défendre Houphouët Boigny a entamé à perte, une guerre du cacao, en limitant
ses exportations.
Aujourd’hui encore, la situation ne s’’est pas améliorée, le conflit opposant le
gouvernement aux rebelles a pesé particulièrement sur l'exploitation du cacao.
380 HOFNUNG Thomas, la crise en Côte d’Ivoire : dix clés pour comprendre, éditions la découverte,
pp 23.
381ECHAUDEMAISON Claude-Danièle, sciences économiques et sociales, collection Nathan, 1994,
p470
383 Ibid, pp 19
215
foncier. À l’exemple des Krou qui réclament la terre de leurs ancêtres, exploitées par des
populations du Nord depuis très longtemps, en vertu d’un droit coutumier Krou384. Ce type de
tensions ethniques devient ainsi, monnaie courante dans les régions agricoles du centre et du
sud.
385 Il comprend le Ghana, le Mali, la Guinée Bissau, le Niger, le Nigeria le Togo et l’Union
Africaine.
217
L’organisation interviendra de nouveau, pour assurer le respect des accords de
Marcoussis386, grâce à elle, les parties au conflit ont accepté la mise en place d’un Conseil de
Sécurité Intérieure, représentant les Ministères de la Défense et de l’Intérieur.
Le Conseil de Sécurité Intérieure comprend 15 membres : les représentants de chacun
des signataires, l’Armée, la Gendarmerie, la Police, le Président de la République et le
Premier Ministre.
La dernière intervention de la CEDEAO dans le conflit ivoirien a consisté à la
médiation de Blaise Compaoré, Président du Burkina Faso et Président de la CEDEAO, ses
efforts ont aboutit à la signature d’un accord de paix le 04 Mars 2007 à Ouagadougou entre
Laurent Gbagbo et Guillaume Soro, après un mois de négociations. Les principaux points de
cet accord sont :
2. Mise en place du cadre institutionnel d'exécution (Se fait quatre (04) semaines après
la signature de l'Accord).
386
Ces accords ont été obtenus grâce à la médiation française.
218
9. Etablissement et distribution des nouvelles cartes nationales d'identité et des cartes
d'électeurs à partir de la liste électorale (Commencent à l'adoption officielle de la
liste électorale définitive).
Toutefois, les bonnes initiatives de la CEDEAO ont été minées par certaines
difficultés comme des points de vue divergents entre Etats membres. Le ministre sénégalais
des Affaires Etrangères manifestait sa grogne quant à la constitution du groupe de contact :
"Les gens se sont arrangés pour créer un groupe de contact de la CEDEAO sans le Sénégal, là
où normalement le Sénégal, membre statutaire, doit siéger d'office. Ce qui n'est pas
acceptable"387. Le ministre a relève aussi n'avoir constaté de la part du groupe de contact
"aucune reconnaissance des efforts" du Sénégal, en particulier le fait qu'il ait obtenu un
cessez-le-feu entre mutins et loyalistes ivoiriens, le 17 octobre 2002.
Outre la CEDEAO, l’Union Africaine et les Nations Unies ont apporté leur concours
dans le règlement du conflit ivoirien.
391 Discours en juin 2001 lors du forum économique de l’Afrique australe à Durban
392Le premier accord est relatif à l’engagement des parties à mettre fin à la guerre et
l’engagement du gouvernement à adopter les mesures législatives contenues dans les accords de
Marcoussis et d’Accra III. Le second accord intervient après le refus du gouvernement d’œuvrer
pour le respect des accords sus cités.
221
L’action de l’Union Africaine dans la pacification de la Côte d’Ivoire s’est également
traduite par la mise en place d’un Groupe de Travail International393 composé d’acteurs
étatiques et d’institutions financières internationales394. La mise en place de cette structure
remonte au 06 octobre 2005 lors de la 40ème réunion du Conseil de Paix et de Sécurité à
Addis Abeba en Ethiopie. Le Groupe de Travail International était chargé d’assister le
gouvernement dans la mise en œuvre du plan de paix, d’évaluer, de contrôler et de suivre le
processus de paix en Côte d’Ivoire. Il se réunissait une fois par mois et son secrétariat était
assuré par les représentants du Secrétariat Général des Nations Unies, du Secrétaire Exécutif
de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest et du Président de la
Commission de l’Union Africaine.
Le 13 mai 2003, par sa résolution 1479 (2003) le Conseil de Sécurité a décidé de créer,
pour une période initiale de six mois, la Mission des Nations Unies en Côte d’Ivoire, avec
pour mandat de faciliter la mise en œuvre par les parties ivoiriennes de l’Accord de Linas-
Marcoussis et comprenant une composante militaire, en complément des opérations menées
par les forces françaises et celles de la CEDEAO. Toutefois, cette mission a été remplacée par
une force de maintien de la paix plus dynamique, l’ONUCI, créée le 27 février 2004 par la
résolution 1528 du Conseil de Sécurité, elle comprend 7621 personnes dont 6705 soldats, 188
observateurs militaires et 728 policiers.
Les missions de l’ONUCI sont les suivantes : Observation du cessez-le-feu et des
mouvements de groupes armés ; Désarmement, démobilisation, réinsertion, rapatriement et
393 SECK Cheick Yerim ; « Côte d’ivoire : sortie de crise, mode d’emploi », in Jeune Afrique
l’intelligent n° 2350 du 22 au 28 Janvier 2006, pp 12-17.
394Ses membres sont : le Bénin, le Ghana, la Guinée, le Niger, l’Afrique du Sud, la France, le
Royaume Uni, les Etats-Unis, les Nations Unies, l’Union Africaine, la CEDEAO, l’Union
Européenne, l’Organisation Internationale de la Francophonie, la Banque Mondiale, et le Fonds
Monétaire International.
222
réinstallation ; Appui aux opérations humanitaires ; Appui à la mise en œuvre du processus de
paix ; Assistance dans le domaine des droits de l’homme ; Information: Faire comprendre le
processus de paix et le rôle de l’ONUCI aux collectivités locales et aux parties, grâce à un
service d’information efficace et, notamment, le cas échéant, à un service de radiodiffusion
des Nations Unies; Maintien de l’ ordre public ; Contribuer à la sécurité générale de la zone
d’activité des forces internationales; Intervenir, à la demande de l’ONUCI, pour soutenir des
éléments de cette dernière dont la sécurité serait menacée; Intervenir en cas d’éventuelles
actions belligérantes, si les conditions de sécurité l’exigent, en dehors des zones placées sous
le contrôle direct de l’ONUCI; Aider à protéger les civils dans leurs zones de déploiement
Après avoir utilisé le chapitre 6 de la charte des Nations Unies relatif au règlement
pacifique des différends. L’ONU a appliqué ensuite le chapitre 7, portant sur les sanctions.
Le 15 novembre 2004, le Conseil de Sécurité des Nations Unies, à la demande de la
France, a pris à l'unanimité la résolution 1572, interdisant le commerce des armes avec l'une
ou l'autre des deux parties belligérantes, rebelles du nord ou forces gouvernementales. Cette
mesure aurait été efficace si elle n’avait pas été vidée de son sens, le 24 janvier 2005, lorsque
l’ONU a autorisé le gouvernement ivoirien à réparer ses aéronefs détruits par les forces
françaises le 06 novembre 2004, en riposte au bombardement de la base française de Bouaké.
Le Conseil de Sécurité a exigé également que les autorités ivoiriennes mettent un
terme à toutes les émissions de radio et de télévision incitant à la haine, à l'intolérance et à la
violence.
La seconde sanction de l’ONU était plus ciblée. Elle a visé des individus accusés
d’entraver le processus de paix. Le Comité de sanctions du Conseil de Sécurité a appelé les
Etats membres à interdire l’entrée ou le transit et à geler immédiatement les avoirs financiers
de personnes qui font peser une menace sur le processus de paix et de réconciliation nationale
en Côte d’Ivoire.
Du côté gouvernemental, il s’agissait de Charles Blé Goudé et Eugene Djué, deux
leaders du Mouvement des Jeunes Patriotes, proche du Président Laurent Gbagbo. Ils avaient
395
Ce chapitre est intitulé : « actions en cas de menace contre la paix, de rupture de la paix et
d’acte d’agression »
223
appelé leurs partisans à descendre dans la rue et à demander le départ des casques bleus de
l’ONU et des soldats français de la force Licorne.
Du côté des rebelles, Martin Kouakou Fofie, un Commandant des Forces Nouvelles a
été sanctionné pour violation des droits de l’homme à Khorogho, une ville de la région nord
de la Côte d’Ivoire sous contrôle des Forces nouvelles.
La décision des Nations Unies d’imposer des sanctions ciblées a été prise à la suite des
émeutes qui ont contraint des centaines de casques bleus à battre en retraite face à des jeunes
manifestants ayant incendié les véhicules et les bureaux de l’ONU.
Dénonçant l’inefficacité de ces mesures, certains observateurs ont reproché à l’ONU
d’avoir « ciblé des lampistes plutôt que des leaders politiques à Abidjan ou à Bouaké ».396
C- L’intervention de la France
Dans le cadre de son intervention, la France a opté pour une interposition entre forces
rebelles et forces gouvernementales, puis, elle a été à la base de la signature des accords de
Marcoussis
396
HOFNUNG Thomas et Mauriac Laurent ; « Côte d’Ivoire : L’ONU sanctionne à minima », in Libération du 8
février 2006.
[http://www.liberation.fr/monde/010138098-cote-d-ivoire-l-onu-sanctionne-a-minima] (Consulté le 14
Novembre 2009)
224
L'effectif déployé était d'environ 3600 hommes. Les unités engagées dans l'opération
Licorne proviennent pour l'essentiel du 43ème Bataillon d'Infanterie de Marine stationné à
Port-Boué, et de la 6e Brigade Légère Blindée de Nîmes.
Sur le terrain, le dispositif Licorne était organisé autour d'un PCIAT basé à Port-
Bouët, dans l'enceinte du 43e Bataillon d'Infanterie de Marine. Il est réparti dans 3 GTIA : le
GTIA 1 au centre et au nord-est, le GTIA 2 à l'ouest et le GTIA 3 à Abidjan, au sud de la zone
de confiance. Les hélicoptères de l'Aviation Légère de l’Armée de Terre ont complété les
forces déployées sur le terrain. Ce dispositif a été complété par 2 escadrons de gendarmerie
mobile, formant un sous groupement opérationnel. Il a pour mission d'assister la force Licorne
dans la protection des intérêts français en Côte d'Ivoire, notamment, par la protection de
certaines entreprises françaises et par sa capacité de contrôle de foule qui est mise à
disposition de certains GTIA, en fonction des besoins spécifiques.
Il faut tout de même noter que l’intervention militaire de la France en Côte d’Ivoire, ne
s’est pas faite sans critique, elle a été désavouée en particulier, par les Jeunes Patriotes, qui
ont accusé la France de néo-colonialisme, pour plusieurs raisons :
D’abord, les forces de licorne ont ouvert le feu sur des civils qui manifestaient contre
la destruction d’une partie de l’aviation ivoirienne, faisant une dizaine de morts. Ensuite,
l’assassinat, dans des conditions obscures, d’un ivoirien en Mai 2005, par des soldats de la
force licorne. Cet événement a entraîné la suspension, puis le blâme et la mutation, par le
Ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie, du Général Henri Poncet commandant de la
force licorne et de son adjoint opérations, le Colonel Éric Burgaud, chef de corps du 13e
bataillon de chasseurs alpins et d'un sous-officier de ce régiment.
226
Section 2 : La résurgence des rébellions armées dans l’espace CEDEAO
Ethnie habitant le Sahara central et une partie du Sahel, les touarègues se répartissent
entre 5 Etats : le Mali, le Niger, l’Algérie, la Lybie et le Burkina-Faso397. Ils sont estimés à
3,5 millions dont 85% Mali et au Niger, ce sont ces deux Etats, qui sont confrontés aux
rébellions touarègues. Les touarègues représentent398 environ 10% de la population malienne
et 20% de la population nigérienne. Les mouvements rebelles touarègues s’inscrivent dans
des systèmes asymétriques, il s’agit de la capacité d’entités non étatiques d’utiliser
simultanément des procédés militaires ou non afin d’atteindre un objectif précis. Il en existe
essentiellement 3 types399 : les systèmes de prédation caractérisée par le fait que des entités
non étatiques recherchent le profit par des moyens illégaux, les systèmes de revendication,
dans lesquels les groupes rebelles recherchent une division équitable du pouvoir ou
l’indépendance de leur territoire et enfin, les systèmes de subversion, l’objectif étant de
399 LOUP Francart, livre gris sur la sécurité et la défense, stratégies et doctrines, Economica,
2006, pp 40-44
227
perpétrer des violences politiques, ces groupes ont des exigences non négociables. Il est utile
de déterminer la situation de la rébellion touarègue au Mali et au Niger.
228
B- Les réactions de la CEDEAO dans la lutte contre les rébellions
229
Paragraphe 2 : La rébellion armée du MEND dans le Delta du niger
400BRISIBE Asafo. Adjei “ African Tradition “The Identity of a People: With special Focus on
Globalization & Its Impact in the Niger Delta” C.O.O.L Conference, Boston, U.S.A, March 18,
2001, pp 1
230
mouvement rebelle se nommait : le service des volontaires du delta401. La répression brutale
de la rébellion a entrainé sa disparition. Toutefois, la revendication a eu l’avantage de faire
prendre conscience à la population très hétéroclite du delta du Niger, de sa marginalisation
économique et politique.
A la suite du Service des Volontaires du Delta, un autre mouvement verra le jour, il
s’agit du Mouvement pour l’émancipation du peuple Ogoni, crée en 1992, par Ken Saro-
Wiwa. Le but de sa lutte était de402 : mettre fin à la destruction de l’environnement causée par
l’exploitation du pétrole par Shell et Chevron, puis obtenir des compensations financières
pour les personnes dont les terres ont été expropriées au profit des compagnies pétrolières.
Contrairement à ses prédécesseurs, il a prôné la non violence. Le militantisme actif de
Ken Saro-Wiwa et la promotion de sa lutte à l’échelle internationale, déstabilisent le régime
dictatorial du Général Sanni Abacha. Pour faire taire le mouvement, le gouvernement
nigérian, accuse Ken Saro-Wiwa d’avoir incité ses partisans à assassiner 4 doyens de l’ethnie
Ogoni. Ken Saro-Wiwa et huit de ses partisans ont été condamnés par un tribunal militaire et
seront pendus en Novembre 1995403.
Affichant sa détermination, il a affirmé devant la cour militaire: « I am a man of peace,
of ideas. Appalled by the denigrating poverty of my people who live on a richly endowed
land, distressed by their political marginalization and economic strangulation, angered by the
devastation of their land, their ultimate heritage, anxious to preserve their right to life and to a
decent living »404.
dégradante de mon peuple, qui vit sur une terre riche, frustré par leur marginalisation politique,
leur strangulation économique, frustrés par la dévastation de leur terre et de leur héritage,
soucieux de préserver leur droit à la vie et à une vie décente » KenSaro-Wiwa,
[http://www.unitedijawstates.com: Corruption in High Places, 27/06/2007] (Consulté le 14 janvier
2011)
231
En effet, la sentence des leaders Ogoni a permis: « alerted the world to the devastating
impact of the oil industry in the Niger Delta, including how the environmental damage caused
by the oil industry was damaging the health and livelihoods of the Ogoni people »405
Une dizaine d’années plus tard, la revendication des populations du delta du Niger,
s’est durcit, ce qui a donné naissance à plusieurs mouvements rebelles armés, comme406 : le
Mouvement pour l’Emancipation du Delta du Niger, la force des personnes volontaires du
Delta du Niger, le Conseil Révolutionnaire Uni, le Mouvement pour la survie de la nationalité
ethnique Ljaw. Le Nigéria est dominé par 3 principaux groupes ethniques : les Yoruba, les
Igbo et les Haussa-Foulani. La domination de ces groupes ethniques a été favorisée par le
colonisateur britannique, elle a continué après l’indépendance du Nigéria. Les ethnies du delta
du Niger ont de ce fait, été écartées du pouvoir.
Selon le présentateur de « Inside Africa » sur Cable Network News (CNN), le delta du
Niger: « is a region where time seems to have stood still and where people live the most
meager of existences, leaving them bitter and angry from not having benefited from the black
gold that makes Nigeria Africa’s largest producer »407
405 Traduction par nos soins : « A permis d’alerter le monde de l’impact dévastateur de l’industrie
pétrolière dans le delta du Niger, y compris comment le dommage environnemental causé par
l’industrie pétrolière détériorait la santé et la survie du peuple Ogoni »
AMNESTY INTERNATIONAL, Petroleum, pollution and poverty in the Niger Delta, Juin 2009
Index: AFR 44/017/2009, pp 4
406Le nom des mouvements en anglais: The Movement for the Emancipation of the Niger Delta
(MEND), the Niger Delta Peoples Volunteer Force (NDPVF), the Joint Revolutionary Council
(JRC) et le Movement for the Survival of the Ijaw Ethnic Nationality (MOSEIN).
407Traduction par nos soins : « Est une région où le temps semble s’être arrêté et où les gens
vivent une existence précaire, ceux qui les rend frustrés de ne pas bénéficier de l’or noir qui fait
du Nigéria le plus grand producteur africain de pétrole » Tumi Makagbo, CNN, Inside Africa
aired on 2nd October, 2004,[ http://transcripts.cnn.com] (Consulté le 14 janvier 2010)
232
Décrivant amplement l’état du delta du Niger, Mukagbo a affirmé que: « In Niger
Delta, scenes of abject poverty pervades the area, very similar to what you find in a refugee
camp. The region fetches the government oil revenue within the region of $100M a day »408
La région du delta du Niger est sous développée, malgré le fait qu’elle rapporte
l’essentiel de la richesse nationale, selon Whittington409: «there is no real development, no
roads, no electricity, no running water and no telephone ».
Le sous développement est très répandu, les plus vulnérables face à cette situation sont
les jeunes. C’est la raison pour laquelle la plupart d’entre eux militent pour faire connaître
leur situation à l’opinion nationale et internationale. Selon Brisibe410 : «Majority of the youth
from the region are unemployed. They do not benefit from the presence of the Multinational
Corporations operating in their communities. Less than five per cent of the people from the
Niger Delta work in these companies, women from the region in oil companies are less than
one percent. A majority of the beneficiaries are from other parts of Nigeria »
- La destruction de l’environnement :
Le coût environnemental lié à l’exploitation du pétrole est très élevé. On peut évoquer
la destruction de la faune et de la flore, de la biodiversité, de la destruction de terres fertiles
pour l’agriculture, de la pollution de l’air et de l’eau, de la destruction de l’écosystème. Toute
cette panoplie de dégradation environnementale crée des problèmes sanitaires aux populations
vivant dans les régions concernées par l’exploitation du pétrole. Actuellement, le delta du
Niger se trouve dans un désastre écologique411.
408Traduction par nos soins : « Dans le delta du Niger, des scènes de pauvreté extrême
symbolisent la région, très semblable à ce qu’on retrouve dans un camp de réfugiés. La région
rapporte 100 millions de dollars de revenus pétroliers au gouvernement nigérian », Tumi
Makagbo, idem.
409
Traduction par nos soins : « il n’y a pas de réel développement, pas de routes, pas d’électricité, pas d’eau
courante et pas de téléphone »
410Traduction par nos soins : « La majorité des jeunes de la région sont au chômage. Ils ne
profitent pas de la présence des compagnies de pétrole travaillant dans le delta du Niger. Moins
de 5% des personnes travaillant dans les compagnies de pétrole, viennent du delta du Niger, les
femmes du delta du Niger travaillant dans les compagnies de pétrole sont moins d’1%. La plupart
des bénéficiaires viennent d’autres régions du Nigéria » Brisibe, Asefo.Adjei, « African Tradition,
the Identity of a People: With special Focus on Globalization & Its Impact in the Niger Delta »
C.O.O.L Conference, Boston, U.S.A, 2001, pp 1
411 NATIONAL GEOGRAPHIC MAGAZINE, Nigerian Oil, Curse of the Black Gold
233
Les compagnies de pétrole détruisent l’environnement du delta du niger par la fuite du
pétrole, elle constitue un problème crucial pour la région. Les autochtones et l’environnement
souffrent du déversement de pétrole par les compagnies de pétrole et de l’absence de
coordination entre les compagnies de pétrole et le gouvernement fédéral pour nettoyer les
zones polluées. Selon Etim412, la fuite de pétrole des pipelines de Shell, dans la région de
Bayelsa en Juin 2003, a causé des dommages économiques et environnementaux très
importants.
Les effets de la fuite n’ont pas été nettoyés correctement et les populations
autochtones n’ont pas été évacuées par les compagnies de pétrole. De l’autre côté, les
émissions de gaz, produisent de l’hydrogène sulfurique, qui à son tour produit de l’oxyde
sulfurique, lorsque cette dernière se mélange à l’oxygène et l’eau dans l’atmosphère, il
s’ensuit des pluies acides. Ces dernières ont des effets négatifs sur l’homme et sur
l’environnement.
Un rapport413 de la Central Intelligence Agency des Etats-Unis d’Amérique indique
que :
« everyday, eight million cubic feet of natural gas are burned off in flares that light the skies
across the Delta, (…) hunting the fishing and poisoning the agriculture, but contributing to
global warming ».
412 INVENTORY OF CONFLICT AND ENVIRONMENT, Ogonis and Conflict, Op. cit, pp 4
413Traduction par nos soins : « Chaque jour, 8 millions de mètres cube de gaz naturel sont émis
dans le delta du Niger, (…) rendant la pêche impossible, empoisonne l’agriculture, et contribuant
au réchauffement climatique mondial » Comet Nigerian Newspaper, March 21, 2001, pp12
414
Il était le 13ème Gouverneur de l’Etat du Rivers, du 29 Mai 1999 au 29 Mai 2007
234
dollars pour l’achet de deux hélicoptères et 22 millions de dollars pour les services de santé,
le responsable de l’Agence Nigériane pour la lutte contre la corruption Nuhu Ribadu a estimé
qu’en 2003, 70 % des revenus pétroliers, soit plus de 14 milliards de dollars ont été volés ou
gaspillées415.
Une utilisation rationnelle des revenus pétroliers affectés aux autorités, pourrait
largement améliorer les conditions de vie des populations du delta du Niger.
Par ailleurs, la violation des droits humains peut être considérée comme l’un des
facteurs explicatifs de la rébellion dans le delta du Niger. En effet, les populations ont une
mauvaise appréhension des compagnies de pétrole. Les droits humains sont constamment
violés par les forces de sécurité à la demande des compagnies de pétrole.
Depuis la rébellion armée d’Isaac Boro en 1966, les forces de sécurité terrorisent les
populations du delta du Niger, pour d’une part, permettre le fonctionnement normal des
compagnies de pétrole et d’autre part dissuader toute nouvelle rébellion armée. A titre
illustratif, en 1987, la communauté Iko dans l’Etat d’Akwa Ibom, a été réprimée par la police
locale, à la demande de Shell416. En 1992, à la demande de Shell, des jeunes ont été
assassinés417 à Bonny, lors d’une protestation pacifique, contre les activités de la compagnie
de pétrole.
En Janvier 2003, 300.000 Ogoni418 ont protesté contre Shell. Cette marche de
protestation pacifique a été violemment réprimée par le gouvernement fédéral. Le 11 Janvier
1999, des femmes de l’ethnie Ijaw, protestant contre les compagnies de pétrole, connaîtront la
même répression.
415
BRISIBE, Asefo. Adjei., African Tradition… Op. Cit, pp.6
416 INVENTORY OF CONFLICT AND ENVIRONMENT, Ogonis and Conflict, op cit. P.5
417 BRISIBE, Asefo. Adjei Op Cit, P.5
418INTERNATIONAL HERALD TRIBUNE, “Oil Companies in Niger Delta Facing Growing List
of Dangers” [//www.iht.com/articles/2007/04/22/news/oil.php] (Consulté le 14 janvier 2011)
235
B- Les impacts de la rébellion
La rébellion du delta du niger a des impacts sur le plan économique et sur le plan
sécuritaire.
- L’impact économique :
Du début de la crise en 2006 à aujourd’hui, la production de pétrole a chuté. La
production actuellement est de 1,8 million de barils par jour, elle était de 2,6 millions de barils
par jour, il y a trois ans, soit en une baisse d’un tiers419. La situation handicape l’ambitieux
projet du gouvernement, qui était d’atteindre 4 millions de barils par jour en 2010. La
rébellion coûte à l’Etat Nigérian 4.4 milliards de dollars par an420.
Si les violences contre les compagnies de pétrole dont les pipelines sont régulièrement
sabotés et le personnel pris en otage, persistent, il n’est pas exclu qu’elles quittent
définitivement le Nigéria. La perturbation du marché international causé par la baisse de la
production de pétrole avec comme corolaire, l’augmentation de son coût rendrait cette
solution somme toute logique. A titre d’exemple, l’attaque d’un navire transportant du pétrole
dans le delta du Niger, par un groupe d’hommes armés, le 8 Juin 2007, a entrainé une
augmentation du prix du pétrole de 1.50 dollars à 63.38 dollars le baril de pétrole.
Un autre impact de la crise dans le Delta du niger, c’est le licenciement de personnel
par les compagnies de pétrole. Ainsi, la compagnie de pétrole anglo/Dutch, prévoit le
licenciement de 3.500 travailleurs avant 2007421. On peut évoquer, la perturbation de la
télécommunication dans la région du delta du Niger, selon le Directeur Général de la société
[http://www.jeuneafrique.com/Article/DEPAFP20090713T051802Z/petrole-shell-umaru-yar-adua-
henry-okahles-rebelles-du-mend-revendiquent-une-attaque-a-lagos.html] (Consulté le 14 Mars
2010)
420OGBU Ahamefula, “Nigeria: Kidnappers Free Lawmaker's Son”
[http://allafrica.com/stories/200707021007.html] (Consulté le 14 Mars 2010)
421ADEBAYO Sola, “Niger Delta Crisis: Shell To Sack 3,500” Punch news paper, Nigéria, 10 Juin
2007.
236
de téléphonie (Mobile Telecommunication Network-MTN) au Nigéria, M.Wale Goodluck a
déclaré que : « la compagnie avait 43 stations, qui ont été détruites par les rebelles »422.
422IBOMA Jonah, “GSM Calls: Militants Compound Operators’ Woes”, Punch Newspaper, 1er
Juillet 2007
423WHELAN Theresa, “U.S. Partners With Nigeria on Security for Oil-Rich Delta Region”,
[http://www.defencetalk.com/us-partners-with-nigeria-on-security-for-oil-rich-delta-region-10878/]
(Consulté le 05 Mars 2010)
International Herald Tribune, “Oil Companies in Niger Delta Face Growing List of Dangers”,
426
Op. Cit
237
En plus des expatriés, les rebelles prennent en otages les parents des autorités locales
et les échangent contre de l’argent.
• L’accroissement du « Bunkering »
La rébellion a entrainé l’accroissement du « Bunkering » c'est-à-dire « l’action de vol
de pétrole brut par destruction partielle ou piratage de pipe-line. […] Si différentes techniques
existent, la principale consiste à pirater des oléoducs de gros volume en soudant une
dérivation clandestine sur une de leurs vannes. […] Elles nécessitent la délivrance frauduleuse
de vrais certificats d’exportation, afin que le pétrole volé puisse être vendu sans attirer
l’attention d’acheteurs tenus au respect de normes de traçabilité du brut qu’ils raffinent ? […]
De telles opérations nécessitent à l’évidence de fortes complicités chez les militaires et
politiques »427.
En effet, le vol de pétrole constitue une source de financement de la rébellion. Selon
un rapport de l’International Crisis Group428, le Nigéria perd entre 70.000 et 300.000 barils de
pétrole par jour à cause de la vente clandestine de pétrole.
Dans son rapport d’Août 2006, Shell Nigéria avançait que le vol de pétrole lui a coûté
une perte d’environ 20.000 et 40.000 barils de pétrole par jour. En écoulant le pétrole volé,
les rebelles du MEND ont réussi à accumuler une richesse considérable et se procurer des
armes de guerre très sophistiquée.
INTERNATIONAL CRISIS GROUP, “Fuelling The Niger Delta Crisis”, Crisis Group Africa
428
238
particulière à la prévention des conflits internes, étant donné qu’un conflit née de la non
résolution des crises, il est logique d’observer que la CEDEAO a échoué à désamorcer la crise
ivoirienne. Cependant, l’organisation a déployé un contingent militaire pour s’interposer entre
les forces nouvelles et les forces gouvernementales, à ce niveau également, des ratées
opérationnelles ont été constatées, on peut évoquer le manque de planification stratégique et
le manque de moyens logistique.
S’agissant des rébellions touarègues la situation est encore plus alarmante.
L’intervention de la CEDEAO dans la gestion de la rébellion touarègue s’est limitée à des
propositions de médiation et des appels à des règlements pacifiques. Enfin, s’agissant de la
rébellion dans le delta du niger, la CEDEAO s’est illustrée par son absence, aucun acte n’a
pour le moment été posé par la CEDEAO, à en croire que rien ne se déroule dans cette partie
du Nigéria.
Quant au Mali et au Niger, la résurgence de la rébellion touarègue a montré les risques
de réversibilité liés à la rébellion. Ceci pose la nécessité de bâtir un programme de post-conflit
efficace et sur le long terme
239
Chapitre 7 : Le nouveau mécanisme de sécurité à l’épreuve du terrorisme
Par ailleurs, ils ont entrainé la mort de plus de 3000 personnes, représentant environ
80 nationalités différentes.
Toutefois, il a fallu ces événements pour que les Etats-Unis d’Amérique s’engagent
véritablement dans la lutte anti-terroriste, malgré les alertes qui furent données par les
attentats contre le world trade center en Février 1993, qui a fait 6 morts et les attentats contre
les ambassades américaines à Naïrobi au Kenya et Dar-es Salam en Tanzanie, ainsi que
l’attentat contre l’uss cole au Yémen.
Bien avant son internationalisation, certains Etats ont eu à faire face seul au
terrorisme, à l’instar de l’Algérie. La communauté internationale est restée sourde aux efforts
diplomatiques déployés par l’Algérie pour faire prendre conscience de l’importance de la lutte
241
contre le terrorisme islamiste. Le terrorisme islamiste algérien a toujours été qualifié de
problème interne, jusqu’aux attentas du 11 Septembre 2001.
Des années plus tard, nous assistons au débordement du problème terroriste algérien
en direction d’autres Etats sahélo-sahariens comme le Mali, le Niger et la Mauritanie. Pour
bien comprendre les contours du terrorisme au sahel. Nous verrons successivement, les
acteurs terroristes au sahel (Paragraphe 1), les avantages qu’offrent l’espace sahélo-saharien
pour les terroristes (Paragraphe 2) et l’organisation de la lutte contre le terrorisme au sahel
(Paragraphe 3).
Il est impossible d’effectuer une analyse d’Al-Qaïda au Maghreb Islamique (B), sans
évoquer le GSPC (A), car c’est le développement du GSPC qui a donné naissance à AQMI.
A- L’histoire du GSPC
242
- Jouter les idées et les théories étrangères, telles que la laïcité, la franc-maçonnerie,
la démocratie, le communisme et toute autre forme de pensée qui va à l’encontre
des « salafs ».
Les chefs de ces trois comités étaient membres de droit du « Conseil des chefs ».
Le GSPC repose sur le salafisme comme le stipule l’article 1er de la charte
l’établissant. Le salafisme est une doctrine fondamentaliste islamiste sunnite revendiquant un
429Il s’agit de seize Allemands, dix Autrichiens, quatre Suisses, un Néerlandais et un Suédois. Ils
seront libérés en deux vagues, une première le 13 Mai 2003 et une autre le 18 Août 2003.
430 Elle prévoit une réduction de peine pour les membres des groupes armés qui se rendront avant
le 13 janvier 2000, pour autant qu’ils n’aient pas commis de crimes de sang ou de viols (lors du
référendum du 16 septembre 2000.
431Equipe de recherche sur le Terrorisme et l’anti-terrorisme, « le GSPC : menace pour l’Europe »
244
B- L’évolution du GSPC en AQMI
[http://www.algeria-watch.org/fr/article/pol/geopolitique/strategie_gspc.htm.] (Consulté le 04
Juillet 2010)
433 Cité par FILIU Jean-Pierre, les neuf vies d’Al-Qaïda, édition Fayard 2009, pp 185.
434OUKACI Fayçal ; « GSPC – Al-Qaïda : L’alliance qui fait trembler la France », in l’Expression
du 16 Septembre 2006
[http://www.presse-dz.com/revue-de-presse/1093-l-alliance-qui-fait-trembler-la-france.html]
(Consulté le 16 Avril 2010)
435 Traduction “ Dieu nous a ordonné d’être unis, solidaire et de coopérer pour combattre les
impies directement. Dans la même mesure ou, ils nous combattent dans le cadre d’alliance
militaire, de groupe politique et économique. Pourquoi ne rejoignons-nous pas nos frères, pendant
que la plupart de ces Etats s’unissent contre les musulmans, les oppose, morcelle leur territoire et
les chasse de la mosquée d’Al Aksa (…) ? Ensuite, voyez les crimes qui se passent à Gaza, en Iraq
245
Cette transformation du GSPC en AQMI a entrainé 3 conséquences :
- sur le plan doctrinal : il s’ensuit un élargissement de l’ennemi par l’intégration de
l’occident, qui désormais s’ajoute à l’Etat algérien.
- sur le plan opératoire : le GSPC se glorifiait de ne s’en prendre qu’aux symboles
de l’Etat, épargnant ainsi, les populations civiles. La donne a changé avec AQMI,
qui excelle dans les attentats terroristes et les prises d’otages.
- sur le plan stratégique : à l’idée de la création d’un Etat islamique en Algérie
reposant sur la charia, un des objectifs du GSPC, s’est substitué l’établissement
d’un califat islamique qui va regrouper l’ensemble des Etats du Maghreb. L’autre
paramètre stratégique est la mise à disposition pour Al-Qaïda central, des milliers
de combattants expérimentés, au Maghreb et en Europe436.
en Afghanistan et en Somalie (…), ces crimes sont commis par les juifs et leurs alliés », interview
de Droukdel par le New York Times, publié le 1er Juillet 2008,
[http://www.nytimes.com/2008/07/01/world/africa/01transcript-droukdal.html] (Consutlé le 04
Avril 2010)
436MEKHENNET Souad, et autres; “A Threat Renewed : Ragtag Insurgency Gains a Lifeline
From Al Qaeda”, New York Times du 1er Juillet 2008
[http://www.nytimes.com/2008/07/01/world/africa/01algeria.html?_r=2&scp=1&sq=ragtag&st=cse
&oref=slogin,] (Consulté le 16 septembre 2010)
437 Le groupe des enturbannés
246
Le groupe de la « Katiba Al Fatihîn »438 :
Il est dirigé par l’émir Abou Zayd, disposant d’environ 80 éléments équipés de
kalachnikovs, de mortiers et de mitrailleuses montées sur des 4x4. Il évolue dans la zone
située par le mont Thadak, Ait Moulay, In Abog, atteignant parfois la région de Thessalit.
Comme source de financement, AQMI profite des ressources issues du trafic de
drogue, d’armes de cigarettes et surtout la prise d’otages d’occidentaux et leur libération
contre le paiement de rançons énormes.
438
Le groupe des conquérants
247
Paragraphe 2 : L’intérêt des terroristes pour la bande sahélo-saharienne
Le Sahara représente un immense désert, le plus grand de la terre, qui couvre une
superficie de près de 9 millions de Km2, c’est une bande de terre qui traverse les Etats
suivants : le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Libye, l’Égypte, la Mauritanie, le Mali, le
Niger, le Tchad et le Soudan. En référence à cette porosité des frontières, le Président de la
République du Mali, Amadou Toumani Touré remarque que : « La zone est très grande, 650
000 km2. Nous avons 2200 km de frontière avec la Mauritanie, 1800 avec l’Algérie, 600 avec
le Niger. C’est une zone presque vide où la densité est de zéro virgule quelque au km2. C’est
aussi un désert de sable et dans certains endroits un désert de regs, de pierres. Nous avons des
montagnes qui font 80 km de long à la frontière avec l’Algérie. Les conditions de vie y sont
difficiles, avec des températures qui peuvent varier de 1degré en décembre à 50 degrés à
l’ombre en avril.»439
La majorité de la population vivant dans le Sahara mène une vie de nomade à la
recherche incessante de points d’eau, ou s’adonnant à des activités commerciales. En effet, ce
déplacement des populations représente un défi pour les postes frontières chargés de la
sécurité, par ailleurs, ces populations sont souvent détenteurs de plusieurs passeports. A côté
de la mobilité des populations, nous pouvons évoquer la faible présence de l’Etat dans la
bande sahélo-saharienne, ceci est dû à l’immensité de la zone de surveillance, nécessitant des
moyens très onéreux pour des Etats ayant des difficultés économiques. Pour certains
observateurs : « L’incapacité des États à exercer leur fonction régalienne sur l’ensemble de
439TOURE Amadou Toumani ; « la crise en Côte d’Ivoire et nous », in Les Afriques, N° 146 du 27
janvier au 2 février 2011, propos recueillis par SEYE Chérif Elvalide.
[http://www.afribone.com/spip.php?article31364] (Consulté le 22 mars 2011)
248
leur territoire constitue la problématique centrale alimentant les risques de déstabilisation et
de conflits armés. Un État fragile est potentiellement livré à des forces anarchiques »440.
444
TAJE Mehdi, « vulnérabilités et facteurs d’insécurité… », Op.Cit, pp 05
445A l’image du complexe militaro-industriel ou « triangle de fer » conceptualisé par le Général
Eisenhower, définit comme un groupe de pression composé des chefs militaires et de diverses
agences gouvernementales, des responsables des industries de l'armement et des parlementaires
des commissions sur la Défense. L'ensemble des interactions façonne l'évolution de l'armée
américaine par l'intermédiaire du passage des contrats de défense. Les relations entre trafiquants
de drogue et terroriste s’assimilent à un complexe narcotrafiquants-terroristes.
250
Quant aux narcotrafiquants, leur rôle dans le complexe consiste au paiement d’argent
aux terroristes, en contre partie du service d’escorte. Les terroristes sont ainsi à l’abri des
difficultés financières. Grâce à cette manne financière, ils arrivent à renforcer leur arsenal
militaire et à entreprendre des actions sociales auprès de la population civile afin d’accroître
la sympathie de la population à leur égard.
C- L’immigration clandestine :
446 AÏT OURABI Mokrane, « les filières clandestines passent par l’Algérie », Op. Cit pp 12
447 BARROUHI Ahmed, « Immigration », in Jeune Afrique l’intelligent ; N° 2285 du 24 au 30
Octobre 2004, Paris, pp 45
448 LE TEMPS, « le temps du monde : Al-Qaïda au Maghreb » Le temps, 08 Janvier 2007
251
Allant dans le même sens, M. Ramtane Lamamra, Commissaire à la Paix et à la
Sécurité de l’Union Africaine avance que l’attrait des terroristes pour le sahel : « pourrait
s’expliquer par trois raisons principales:(1) la recherche de zones refuges caractérisées par un
faible maillage sécuritaire et une présence insuffisante des organes des États; (2) la quête de
nouvelles sources de financement (3) le besoin de conquérir de nouveaux espaces de
recrutement pour les besoins d’une confrontation planétaire avec autrui. ».449
449LAMAMRA Ramtane, éditorial du African journal for the prevention and combating terrorism,
Centre africain d’Etudes et de Recherche sur le terrorisme Union Africaine, Alger, Juin 2010, pp
14
252
Paragraphe 3 : La lutte contre le terrorisme dans la bande Sahélo-Saharienne.
- Le rôle de la CEDEAO :
La CEDEAO n’a pas un texte juridique déterminé qui organise la lutte contre le
terrorisme. Elle se réfère d’une part, à la convention de l’OUA sur la répression et la lutte
contre le terrorisme, adoptée le14 juillet 1999 à Alger, et d’autre part, au plan d’action de
l’Union Africaine sur la prévention et la lutte contre le terrorisme, ce dernier a permis de
renforcer la coopération entre les Etats africains dans la lutte contre le terrorisme et de
spécifier le rôle des Etats dans le domaine législatif et règlementaire. Il a également permis
l’établissement du Centre Africain d’Etudes et de Recherche sur le Terrorisme, basé à Alger,
le centre est un organe de l’Union Africaine ayant pour mission de : renforcer la coopération
entre les Etats africains, dans la prévention et lutte contre le terrorisme ; inciter les Etats à
appliquer les conventions des Nations Unies et celles de l’Union Africaine, enfin mettre en
place un système d’alerte pour prévenir le terrorisme.
En outre, l’Union Africaine dans son architecture de lutte contre le terrorisme, confie
des responsabilités aux Organismes régionaux, qui sont chargés de450 :
a) « créer au niveau régional des points de contact sur le terrorisme ;
b) assurer la liaison avec la Commission dans l’élaboration des mesures de prévention
et de lutte contre le terrorisme ;
c) promouvoir la coopération régionale dans la mise en œuvre de tous les aspects du
présent Protocole et de la Convention, conformément à l’article 4 de la Convention ;
450
Article 6 du Protocole à la Convention de l’OUA sur la prévention et la lutte contre le terrorisme
253
d) harmoniser et coordonner les mesures nationales de prévention et de lutte contre le
terrorisme dans leurs régions respectives ;
e) mettre en place les modalités de partage de l’information concernant les activités des
auteurs des actes terroristes et les meilleures pratiques en matière de prévention et de
lutte contre le terrorisme ;
f) aider les Etats membres à mettre en oeuvre les instruments régionaux, continentaux et
internationaux de prévention et de lutte contre le terrorisme ; et
g) faire régulièrement rapport à la Commission sur les mesures de prévention et de lutte
contre le terrorisme prises au niveau régional. ».
451
Article 24.1 du protocole additionnel, sur la démocratie et la bonne gouvernance.
452
Article 24.2 du protocole additionnel, sur la démocratie et la bonne gouvernance
254
Etat, l’Etat requérant, pour que ce dernier puisse juger cet individu ou, s’il a déjà été
condamné, pour lui faire subir sa peine ».453
L’extradition reflète l’esprit de coopération entre les divers Etats du monde. Elle se
distingue de l’expulsion qui intervient pour des raisons (souvent administratives) internes à
l’Etat qui expulse ; du refoulement qui consiste à refuser à un individu d’entrer à la
frontière ; du rapatriement qui se situe dans un contexte non pénal ; du transfert qui est une
notion issue du statut du tribunal international chargé de juger les personnes présumées
responsables de violations graves du droit international humanitaire, violations commises sur
le territoire de l’ex Yougoslavie depuis 1991 ou autres ; il s’agit de transférer au tribunal une
personne poursuivie initialement par une juridiction nationale, en vertu du principe de la
primauté du tribunal sur les juridictions nationales pour la poursuite des crimes entrant dans
sa compétence etc. L’extradition suppose un acte de poursuite à l’encontre d’un individu ; s’il
est simplement recherché pour être entendu comme témoin, la question doit être réglée par
une commission rogatoire et non par l’extradition. Et d’autre part, l’entraide judiciaire en
matière pénale, elle porte essentiellement sur la recherche de preuves, l'audition de témoins ou
d'experts, le transfèrement de personnes détenues et la communication d'extraits de casier
judiciaire.
La plateforme repose sur des points focaux désignés par le Ministre de la Justice. Le
point focal est un personnel du Ministère de la Justice. Les missions du point focal sont de :
faciliter les procédures d’extradition et d’entraide judiciaire en matière pénale entre les Etats
parties conformément à leurs engagements internes et internationaux ; partager leurs
expériences en matière d’extradition et d’entraide judiciaire en matière pénale, identifier les
besoins en renforcement des capacités et les transmettre à l’ONUDC ; sensibiliser les acteurs
de la chaîne pénale sur le rôle, l’intérêt et le fonctionnement de la plateforme.
La plateforme, pour son fonctionnement, se réunit une fois par an à l’initiative de
l’ONUDC.
Parlant de la plateforme, le Ministre de la Justice du Mali a affirmé : « qu’elle sera un
précieux instrument au service des praticiens de nos Etats, en face de l’ennemi commun
qu’est le crime organisé. (…) la lutte contre la criminalité transnationale ne peut avoir de
résultats tangibles sans la conjugaison des efforts de tous ».
GUILLIEN Raymond et VINCENT Jean, lexique des termes juridiques, éditions Dalloz 12ème,
453
Paris 1999, p 242
255
Le fait d’armes initial de la plateforme, a été l’arrestation de l’un454 des suspects ayant
pris part à l’attentat contre le président mauritanien le 03 Février 2011, il a été arrêté à
Bamako et extradé vers la Mauritanie le samedi 12 Février 2011.
La lutte politico-judiciaire s’intensifie également au plan national. À titre, illustratif, le
Mali a adopté les mesures suivantes :
- La Mise en place du Comité Interministériel de Lutte contre le Terrorisme auprès
du Ministère des Affaires Etrangères et de la Coopération internationale455. Il est
chargé de coordonner la lutte contre le terrorisme au Mali.
- Incrimination du blanchiment d’argent : adoption d’une loi uniforme relative à la
lutte contre le blanchiment des capitaux456.
Par ailleurs, il a été crée au Mali, la Cellule Nationale du Traitement des
Informations Financières, elle a pour mission de recevoir, d’analyser et de traiter
les renseignements propres à établir l’origine des transactions ou la nature des
opérations faisant l’objet de déclarations suspectes auxquelles sont astreintes les
personnes physiques et morales assujetties.
- Incrimination du terrorisme et du financement du terrorisme : adoption d’une loi
relative à la répression du terrorisme au Mali457. A cela s’ajoute la signature et la
ratification par la République du Mali de la majorité des textes internationaux
relatifs à la criminalité internationale et au terrorisme.
256
poursuite à l’avantage d’ignorer les frontières géographique entre les Etats sahélo-sahariens
en matière de lutte contre le terrorisme. Les Etats sahélo-saharien. Renforçant leur
coopération, l’Algérie, du Mali, de la Mauritanie et du Niger ont entériné la mise en place du
structures permanentes composées du Comité d’Etat-Major Opérationnel Conjoint et de
l’Unité de Fusion et de Liaison
257
Section 2 : Le Boko-Haram
Le nord du Nigeria, pays d'au moins 140 millions d'habitants, est majoritairement
musulman et le sud essentiellement chrétien. Douze Etats septentrionaux du Nord ont instauré
la charia la loi islamique depuis 2000458.
Cette région est le théâtre d’intervention d’une secte islamiste, employant le terrorisme
comme méthode de lutte : le « Boko Haram » ce nom est composé de deux vocables,
« Boko », un mot haoussa, signifiant l’école occidentale et « Haram », qui vient de l’arabe et
signifie interdit. Ainsi « Boko Haram » signifie l’interdiction de l’école occidentale.
Le chef du Boko Haram, Mohamed Youssouf né le 29 janvier 1970 à Girigiri, un
village de l'Etat de Yobe dans le nord-est du Nigeria, frontalier avec le Niger. Il est père de
douze enfants et est marié à quatre femmes459. Mohamed Youssouf a fait ses études
islamiques au Tchad et au Niger, il a ensuite étudié la théologie en Arabie Saoudite. C’est
durant ses études islamiques qu’il adopte une posture fondamentaliste contre son Etat, qu’il
considère comme vassalisé par l’occident. Il retourne au Nigéria et s’installe dans le
Maiduguri, il fonde sa secte qui prit d’abord le nom de Youssoufia en 2001 les partisans de
Youssouf. La secte a attiré plus de 200 personnes en provenance du nord du Nigeria, du Niger
458JEUNE AFRIQUE : « Nigéria : L'armée tue 200 islamistes radicaux dont le numéro 2 des
talibans » du
29/07/2009[http://www.jeuneafrique.com/Article/DEPAFP20090730T091213Z/islamistes-combats-
taliban-boko-haraml-armee-tue-200-islamistes-radicaux-dont-le-numero-2-des-talibans.html]
(Consulté le 06 Août 2010)
258
et du Tchad. L’attrait de la secte sur les jeunes a été très forte, en effet : “460students especially
in tertiary institutions in Borno and Yobe states like the University of Maiduguri, Ramat
Polytechnic Maiduguri, Federal Polytecnic Damaturu and others who constitute their
members withdrew from school, tore their certificates and joined the group for Qur’anic
lessons and preaching”461.
Le souhait de Mohamed Youssouf est de promouvoir l’implantation d’une culture et
d’une éducation basées sur l’islam, sur le plan politique, la charia sera la seule constitution en
vigueur. La destruction des institutions républicaines : police et les structures déconcentrées
de l’Etat nigérian, s’inscrit dans la droite ligne des idéaux « Boko Haram ». Les personnes
qui périront dans la réalisation des objectifs recherchés par la secte, seront accueillies au
paradis. Il confirmera que leur objectif est462 : “establish an Islamic state where orthodox
Islam is practised. (…) for their aim to be achieved, all institutions represented by government
including security agencies like police, military and other uniformed personnel should be
crushed”463
460 Traduction : « Les étudiants des institutions du tertiaire des Etats de Borno et de Yobe,
comme l’université de Maiduguri, le polytechnique Ramat de Maiduguri, le polytechnique fédéral
de Damaturu et autres, constituent leur membres (Boko Haram), ils abandonnent l’école,
déchirent leur diplôme et rejoignent le groupe pour des leçons de Coran et des prêches »
461 Cite par DANJIBO Nathaniel. D. “Islamic Fundamentalism and Sectarian Violence: The
“Maitatsine” and “Boko Haram” Crises in Northern Nigeria” p 7
[http://www.ifra-nigeria.org/IMG/pdf/N-_D-_DANJIBO_
_Islamic_Fundamentalism_and_Sectarian_Violence_The_Maitatsine_and_Boko_Haram_Crises_i
n_Northern_Nigeria.pdf] (Consulté le 14 mars 2010)
462 Traduction « l’établissement d’un Etat islamique, dans lequel l’islam orthodoxe est pratiqué
(…) pour la réalisation de leur objectif, toutes les institutions représentants le gouvernement, y
compris les services de sécurité, comme la police, les militaires et d’autres personnel en uniforme
doivent être écrasés »
463 Cite par DANJIBO Nathaniel. D. “Islamic Fundamentalism and Sectarian Violence: The
“Maitatsine” and “Boko Haram” Crises in Northern Nigeria”, Op.Cit, p 7
259
Paragraphe 2 : les actions terroristes du Boko-Haram
469 OKEREKE Nna-Emeka , « Al Qaeda In Islamic Maghreb (AQIM) and the question of security
in west africa », in African Journal for the prevention and combating of terrorism, Juin 2010, pp
72.
261
l’Algérie et la Mauritanie, cette situation est à la base du développement de la coopération
bilatérale ou multilatérale pour lutter contre AQMI.
Concernant l’implication de la CEDEAO dans la lutte contre le terrorisme au Nigéria,
la situation est encore plus critique, jusqu’à présent, la CEDEAO n’a jamais évoqué les
activités terroristes du BOKO-HARAM.
Par ailleurs, la lutte contre le terrorisme islamiste doit être intensifiée, d’autant plus
que l’argument de ces groupes terroristes repose sur la guerre sainte : le Djihad, contre les
intérêts occidentaux. L’usage de la guerre sainte n’est pas étranger à l’Afrique de l’Ouest,
c’est ce qu’indique Lugan470. L’auteur a identifié quatre djihads avec des auteurs différents en
Afrique de l’Ouest, il s’agit de :
- Ousmane dan Fodio :
Il a fondé l’empire islamique de Sokoto en 1804, en lançant une guerre sainte
contre le sultan du Royaume Haoussa. L’empire de Sokoto s’étendait de l’actuel Nigéria
jusqu’au Cameroun ;
- Sékou Amadou :
Il a mené une guerre sainte contre le royaume Bambara de Ségou, dans l’actuel
Mali, en 1818. Il a fondé l’empire musulman du Macina ;
- El-Hadj Oumar Tall :
Il a fondé l’Empire toucouleur en 1852, après avoir mené une guerre sainte contre
les animistes bambaras et les mandingues. L’empire Toucouleur correspond à l’actuel
Mali et le Sénégal.
- Samory Touré :
Il a fondé le royaume islamique de Bissandougou, en 1880, son djihad était lancé
en direction des animistes et des colonisateurs français. Son royaume s’étendait sur les
Etats suivants : la Côte d’Ivoire, la Sierra Léone, la Guinée, le Mali, le Niger.
470
LUGAN Bernard, Histoire de l’Afrique : des origines à nos jours, Ellipses, 2009, p 432.
262
Chapitre 08 : Le nouveau mécanisme à l’épreuve de la gouvernance politique dans
l’espace CEDEAO
Parmi les Etats ayant connu des violations graves des principes démocratiques
contenus dans le nouveau mécanisme de sécurité, on peut citer le Niger (Paragraphe 1), la
Guinée-Bissau (Paragraphe 2) et la Côte d’Ivoire (Paragraphe 3).
Paragraphe 1 : Le Niger
L’histoire du Niger a toujours été marquée par des crises politiques, la dernière crise
politique (A) a donné l’occasion à la CEDEAO de prendre des sanctions contre le Niger (B).
Etat d’Afrique de l’Ouest, le Niger couvre une superficie de 1.267.000 km2, avec une
population d’environ 13 272 679 habitants. Il est limité au nord par l’Algérie et la Libye, au
sud par le Nigeria et le Bénin, à l’ouest par le Burkina et le Mali et à l’est par le Tchad.
Ancienne colonie française, le Niger a recouvré son indépendance le 3 août 1960,
Hamani Diori a été le premier Président de la République. Depuis son accession à
l’indépendance jusqu’à nos jours, la vie politique nigérienne a été régulièrement rythmée par
toute une série d’instabilités politiques, nous pouvons citer à titre d’exemple, le coup d’état
militaire contre le Président Hamani Diori en Avril 1974, le Coup d’état du Colonel Ibrahim
Baré Maïnassara contre le Président Mahamane Ousmane, le 27 Janvier 1996, le Coup d’état
263
du Commandant Daouda Mallam Wanké contre le Général Maïnassara, avec assassinat de ce
dernier, le 9 Avril 1999.
Le 9 Août 1999, une nouvelle constitution a été promulguée. La junte militaire a
organisé l’élection présidentielle qui a été remportée par le colonel à la retraite Mamadou
Tandja. Ce dernier a effectué son second mandat à partir du 7 Décembre 2004, celui-ci devrait
prendre fin en Décembre 2009. En effet, la constitution du Niger limite le mandat présidentiel
à deux. Pour se maintenir au pouvoir, le Président Tandja a élaboré une réforme
constitutionnelle, qui n’a pas eu l’assentiment de l’Assemblée Nationale ni de la Cour
Constitutionnelle, ces deux institutions ont dissoutes en guise de représailles, par le Président
Tandja. Le 04 Août 2009, à la suite d’un référendum constitutionnel, la nouvelle constitution
a été adoptée malgré les protestations de l’opposition et de la communauté internationale.
C’est dans ce contexte qu’est intervenu, un coup d’état militaire contre le Président Tandja, le
18 Février 2010. M. Mamadou Tandja a été placé en résidence surveillée, les putschistes ont
assuré la transition sous la présidence du Général Salou Djibo.
Avec la crise politique au Niger, la CEDEAO n’a pas pu appliquer les dispositions de
ses instruments juridiques relatifs à la bonne gouvernance, face à la violation de la
constitution nigérienne par le Président Tandja, il a fallu un coup d’état militaire pour mettre
fin à cette violation.
Les actions de la CEDEAO ont porté sur :
• La suspension du Niger :
Suite à la révision constitutionnelle en violation du protocole de bonne
gouvernance de la CEDEAO et au refus du Président Mamadou Tandja de reporter la
La Guinée Bissau a connu une nouvelle crise politique (A) qui ne laissera pas la
CEDEAO indifférente (B).
266
B- Les réactions de la CEDEAO
Le 23 Juin 2009 : les Chefs d’Etat et de Gouvernement, lors de leur 36ème sommet à
Abuja au Nigéria ont décidé476 d’allouer au Gouvernement Bissau Guinéen 3.5
Millions de Dollars pour le paiement des arriérés de salaires des forces de l’ordre et
350.000 Dollars pour appui à l’organisation des élections. Ils ont par ailleurs,
condamné les assassinats et demandé à la Commission de la CEDEAO et à l’Union
Africaine, avec l’appui des Nations Unies, de mettre en place une commission
d’enquête internationale.
Après des années de conflit ayant divisé le pays en deux, le Président ivoirien Laurent
Gbagbo a accepté d’organiser l’élection présidentielle dont le premier tour a eu lieu le 31
Octobre 2010. Au second tour, Laurent Gbagbo s’est opposé à Alassane Dramane Ouattara. A
l’issue du scrutin, le 28 Novembre 2010, les deux candidats revendiquent la victoire. Sur la
base des résultats proclamés par la Commission Electorale Indépendante et certifiés par
l’ONUCI, Ouattara a été déclaré vainqueur avec 54,1% des voix et Laurent Gbagbo perdant
avec 45,9% des voix. Alors, le Président sortant Laurent Gbagbo s’est référé au Conseil
Constitutionnel, chargé de valider les résultats proclamés par la Commission Electorale
Indépendante, ce dernier a invalidé les résultats proclamés par la CEI et a déclaré Laurent
Gbagbo, vainqueur de l’élection présidentielle avec 51.5% des voix et 48.6% des voix pour
Alassane Dramane Ouattara.
Non remise d’un conflit interne, la Côte d’Ivoire a sombré de nouveau dans une crise
politique qui se résume comme suit : un Etat deux présidents.
Chacun des candidats refusant de reconnaître la victoire de l’autre camp. Tous deux prêtent
serment, et forment leur gouvernement.
La communauté internationale reconnait la victoire de M. Ouattara et somme M.
Gbagbo de quitter le pouvoir, il fera l’objet de plusieurs sanctions : gel de ses avoirs à
l’extérieur, interdiction de visas aux Etats-Unis d’Amérique et dans l’Union Européenne. Les
sanctions de la communauté internationale n’entameront pas la détermination de M. Gbagbo,
qui s’accroche au pouvoir et effectue un blocus sur son rival M. Ouattara, confiné, avec les
membres de son gouvernement, à l’Hôtel du Golfe.
269
L’impasse politique a entrainé un désastre humanitaire477. Les Nations Unies ont fait
état de 173 exécutions extrajudiciaires, 90 cas de torture et de mauvais traitement, 471
arrestations, 24 cas de disparition, entre le 16 et le 21 Décembre 2010. Ces crimes ont été
commis par les forces de sécurité à la solde de Gbagbo contre les partisans de M. Ouattara. 31
autres personnes furent assassinées entre le 21 Décembre 2010 et le 06 janvier 2011.
La Côte d’Ivoire, représente 40% du Produit Intérieur Brut de l’Afrique de l’Ouest, de
ce fait sa paralysie a des conséquences sur l’ensemble de la région. Pour régler le conflit
postélectoral, la diplomatie africaine s’active. Nous nous intéresserons aux réactions de la
CEDEAO.
477United .Nations News Service, “Côte d’Ivoire: UN Human Rights Council Strongly Condemns
Post-Electoral Abuses,” 23 Décembre 2010; U.N. Office of High Commissioner for Human Rights
(OHCHR), “Côte d’Ivoire: UN Experts Deeply Concerned with Gross Human Rights Violations
Which May Amount to Crimes Against Humanity,” 31 Décembre 2010; United Nations News
Service, “UN Seeks to Boost Peacekeeping Troops as Côte D’Ivoire Crisis Continues,” 6 Janvier
2011.
478CEDEAO, “Communiqué Final,” ECW/CEG/ABJ/EXT/FR. /Rev. 2,7 Décembre 2010
479Traduction : « Prendre d’autres mesures, y compris l’usage de la force légitime, pour réaliser
les objectifs du peuple ivoirien ».
481L’Union Africaine a dépêché successivement l’ancien Président sud-africain Thabo Mbeki, puis
une mission conjointe CEDEAO et UA, composée des Présidents Yayi Boni du Bénin, Ernest
Koroma de la Sierre Léone, Pedro Pires du Cap Vert et du Premier ministre kényan, Raila
Odinga, enfin le Président en exercice de l’Union Africaine M. Bingu Wa Mutharika, Président du
Malawi et Président en exercice de l’Union Africaine. Toutes ces interventions diplomatiques
visant à faire démissionner M. Gbagbo, ont été un échec.
482RADIO FRANCE INTERNATIONALE ; « Le panel de l’UA est en Côte d’Ivoire sans Blaise
Compaoré », lundi 21 février 2011[http://www.rfi.fr/afrique/20110221-le-panel-ua-rend-cote-ivoire-
blaise-compaore] (Consulté le 22 mars 2011)
483 Nations Unies/Conseil des droits de l’homme, rapport de la Commission d’enquête
internationale indépendante sur la Côte d’Ivoire, A/HRC/17/48, du 08 juin 2011, p 2
484
Ibid, p 21
271
Section 2: L’avancée de la bonne gouvernance
Certains Etats de la CEDEAO se sont illustrés par leur adhésion aux principes de la
bonne gouvernance et de la démocratie, on peut évoquer l’exemple du Togo (Paragraphe 1)
et celui de la Guinée (Paragraphe 2). Cependant, ces avancées relève décès de Président de la
République.
Paragraphe 1 : Le TOGO
Le Togo a été l’un des derniers Etats de la CEDEAO qui a connu la démocratie
récemment. L’adhésion du Togo aux principes démocratiques (A) a été obtenue grâce aux
pressions diplomatiques exercées par la CEDEAO (B).
Etat d’Afrique de l’Ouest, bordé au nord par le Burkina, à l’est par le Bénin et à
l’ouest par le Ghana, le Togo couvre une superficie de 56785 km2 avec une population de 5
858 673 d’habitants. Le Togo a acquis son indépendance le 27 Avril 1960, mais il a
longtemps été sous la dictature du Général Gnassingbé Eyadéma, arrivé au pouvoir en Janvier
1967 à la suite d’un coup d’état militaire. Après 38 ans de pouvoir, le Général Eyadéma meurt
le 05 Février 2005. Son décès déclenche une grave crise politique au Togo. A la mort du
Général Eyadema, l’armée a désigné son Faure Gnassingbé, comme Président du Togo, en
violation de la constitution, qui prévoit que l’intérim du pouvoir soit assuré par le Président de
l’Assemblée Nationale qui doit organiser l’élection présidentielle dans un délai de 60 jours.
Le 7 Février 2005, malgré les condamnations internes et internationales, Faure
Gnassingbé a prête serment pour devenir le Président du Togo. Les différents mouvements de
protestation de l’opposition politique togolaise ajoutés aux pressions extérieures ont obligé
Faure Gnassingbé a quitté le pouvoir le 25 Février 2005.
Conformément à la constitution, une élection présidentielle crédible a été organisée en
Avril 2005. Elle sera remportée par Faure Gnassingbé avec 60%¨des suffrages exprimés.
272
B- La fermeté de la CEDEAO dans la crise togolaise
- Refus de soutenir les candidatures présentées par l’Etat membre concerné à des
postes électifs dans les organisations internationales ;
- Refus de tenir toute réunion de la CEDEAO dans l’Etat membre concerné ;
273
comme Président de la République par intérim. Le 26 Février 2005, la CEDEAO dans un
communiqué a lève les sanctions contre le Togo, après le retour à l’ordre constitutionnel.
274
Paragraphe 2 : La Guinée
Etat d’Afrique de l’Ouest, la Guinée est ouverte sur l’océan atlantique et limitée au
nord-ouest par la Guinée-Bissau, au nord par le Sénégal, à l’est par le Mali, au sud-est par la
Côte d’Ivoire et au sud, par le Liberia et la Sierra Leone. La Guinée couvre une superficie
de245.857 km² avec une population de10 211 437. Indépendante depuis le 02 octobre 1958,
avant la majorité des colonies de la France, la Guinée a connu une vie politique très
mouvementée, marquée par les dictatures de Sékou Touré puis du Général Lansana Konté,
décédé le 22 décembre 2008, à l'âge de 74 ans.
Il laisse son pays dans une situation économique et politique très tendue. A titre
illustratif, sur le plan économique les recettes intérieures ont connu un effondrement « de 438
millions de dollars en 1996, les recettes intérieures ont chuté à 383,14 millions de dollars en
2002, puis à 343 millions selon la loi de finances 2005»485 d’autre part, la masse monétaire est
« passée de 474 milliards en 2004. Ce qui a favorisé l’inflation, dont le taux a augmenté
considérablement, pour atteindre 14% en 2003 et 28% en 2004»486. Les difficultés
économiques ont entrainé une série de grève de l’Union Syndicale des travailleurs de Guinée
et de la Confédération Nationale des Travailleurs de Guinée, le 10 janvier 2007. Celles-ci ont
été réprimées durement par les forces de l’ordre, avec plus de 100 personnes tuées.
La mort du Général Lansana Konté a ouvert un nouveau chapitre de la mauvaise
gouvernance guinéenne. En effet, violant les dispositions constitutionnelles, le 23 Décembre
2008, un groupe de militaires réunis au sein du Conseil National pour la Démocratie et le
Gouvernement, dirigé par le Capitaine Moussa Dadis Camara a prononcé la dissolution du
gouvernement. La présidence de la République est assurée par le Capitaine Moussa Dadis
Camara lui même. Malgré ses déclarations de bonne intention, à savoir : le retour à un ordre
485SECK Cheikh Yérim, « Guinée, la descente aux enfers », in Jeune Afrique l’Intelligent, N°2333
du 25/9 au 1er /10/05 pp 55.
486 Idem pp 55
275
constitutionnel et l’organisation d’élections présidentielles libres et transparentes, le régime
du Capitaine Moussa Dadis Camara a sombré dans la violence, la répression sanglante de
civils, le 28 Septembre 2009, au stade de Conakry en a été une parfaite illustration. Le bilan
sanglant de plus d’une centaine de morts et des viols commis sur des femmes a suscité
l’indignation, l’ONU a diligenté une enquête internationale. Les pressions internationales
pour déterminer les responsabilités du massacre du 28 septembre 2009 a crée des dissensions
au sein du Conseil National pour la Démocratie et le Développement. Le 03 Septembre 2009,
le Capitaine Moussa Dadis Camara a été victime d’une tentative d’assassinat, orchestrée par
son aide de camp, Aboubacar Sidiki Diakité, donné par plusieurs sources comme l’un des
instigateurs de la répression du 28 Septembre 2009. Le Capitaine Camara, blessé à la tête, est
évacué au Maroc. La transition a été assurée par Le Général Sékouba Konaté. Le 7 mars 2010,
celui-ci fixe par décret la date du premier tour de l'élection présidentielle au 27 juin 2010. A la
suite d’un second tour ayant opposé Alpha Condé à Cellou Dalein Diallo, le 02 Décembre
2010, la victoire de Alpha Condé a été confirmée par la cour constitutionnelle. La Guinée
découvre la démocratie.
Le 15 janvier 2010, la CEDEAO a obtenu un accord entre Dadis et Sékouba pour que
ce dernier soit reconnu Président de la transition. Cet accord stipule qu'un premier ministre
issu des Forces Vives : Partis d'opposition, syndicats, société civile, soit nommé dans le but de
former un gouvernement d'Union nationale et de conduire le pays vers des élections libres et
transparentes dans un délai de six (6) mois. De plus, aucun membre du gouvernement d'union
nationale, de la junte, du Conseil National de la Transition et des Forces de Défense et de
Sécurité n'aura le droit de se porter candidat aux prochaines échéances électorales. M. Jean-
Marie Doré, doyen de l'opposition a été nommé comme Premier Ministre, Chef du
gouvernement d'Union Nationale chargé d'organiser les futures élections présidentielles.
276
connu que la dictature, sont devenus démocratiques à la suite des décès de leur chef d’Etat : le
Togo et la Guinée Bissau. Dans les cas étudiés, nous avons relevé que la CEDEAO a pris des
sanctions à minima contre des Etats qui ont porté atteinte à la démocratie. Cependant, la crise
post électorale ivoirienne a démontré l’inefficacité de l’expulsion d’un Etat membre des
instances de la CEDEAO. Conformément au nouveau mécanisme de sécurité de la CEDEAO,
il est prévu qu’en cas de violation constitutionnelle, la CEDEAO peut intervenir militairement
pour rétablir l’état de droit. De tous les cas étudiés, aucun d’eux n’a fait l’objet d’une
intervention militaire de la CEDEAO. Le cas du Niger, de la Côte d’Ivoire, de la Guinée se
sont réglés par des solutions internes violentes. L’intervention de la CEDEAO en Côte
d’Ivoire et en Guinée aurait peut être pu éviter des milliers de victimes.
Le constat de la bonne perspective de la bonne gouvernance en Afrique de l’Ouest est
partagé par Randrianandrasana, selon elle487 : « Les indicateurs objectifs de la gouvernance
prennent en compte la participation des populations aux élections à travers quatre critères : la
tenue des dernières élections, le taux de participation, l’exercice du droit de vote par les
femmes ainsi que le taux de femmes parlementaires. Dans beaucoup de pays, les élections,
périodiquement organisées, n’aboutissent pas nécessairement à un changement de pouvoir.
Dans d’autres pays, le pouvoir change de mains, mais les libertés civiles et politiques,
notamment la liberté de la presse et la liberté d’opinion n’en sont pas mieux respectées. Selon
ces indicateurs, tous les pays de l’Afrique de l’Ouest, à l’exception du Liberia pour lequel les
données ne sont pas disponibles, ne sont pas loin de pratiquer la bonne gouvernance.»
pays d’Afrique de l’Ouest », in Courrier d’Afrique de l’Ouest, n°25, mai-juin 2005, pp 9-10
277
Chapitre 09 : L’avenir de la CEDEAO dans sa quête de la paix et de la sécurité :
Les variables internes sont constituées par les facteurs internes influençant le système
ouest africain, il s’agit des variables politiques (A), économiques (B) et socioculturelles (C).
• L’état de la gouvernance : c’est à partir de 1960 que la plupart des Etats ont acquis
leur indépendance. On retrouve 3 anciennes zones coloniales dans l’espace CEDEAO.
Les anciennes colonies anglaises : le Nigéria, le Ghana, la Gambie
488 SALL Alioune, Afrique 2025 : quels futurs possibles pour l’Afrique au sud du Sahara ?,
Karthala et Futurs Africain 2003, p 34
279
Les anciennes colonies françaises : le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la
Guinée Conakry, le Mali, le Niger, le Sénégal, le Togo
Les anciennes colonies portugaises : le Cap-Vert, la Guinée-Bissau.
Parmi tous ces Etats seuls la Guinée Bissau a connu une guerre de libération face au
Portugal. Pour le reste la décolonisation s’est effectuée sans violence majeure.
Les premiers chefs d’Etats de la CEDEAO étaient des civils désireux de bâtir des
nations modèles et prendre la revanche sur le colonisateur. Leur élan fût brisé par des séries
de coup d’état militaire dans les années 1970. Tous les Etats de la CEDEAO ont connu la
prise du pouvoir par des militaires, exception faite du Sénégal.
A partir de la chute du mur du Berlin, consacrant la fin de la guerre froide, les Etats de
la CEDEAO, à l’exception du Sénégal ont commencé à découvrir la démocratie. De 1990 à
aujourd’hui, de façon violente ou pacifique, tous les Etats de la CEDEAO ont adopté un
système démocratique.
280
La fin de vie des dictateurs qui entraîne la démocratie : cas de la Guinée
Conakry.
En 2011, les Etats de la CEDEAO ont réalisé des efforts très soutenus dans la
protection de leur citoyen et la démocratie libérale. Le système démocratique est un acquis
aujourd’hui, touts les Etats de la CEDEAO ont des lois fondamentales qui consacrent la
supériorité de cette loi, la présence d’une Cour constitutionnelle ou d’une Cour suprême de
justice qui veillent au respect de la constitution et sanctionnent les instruments juridiques ou
les actes des gouvernants contraires à la constitution. Toutes les constitutions reconnaissent
que le pouvoir appartient au peuple qui l’exerce par voie d’élections et de référendum, il est
désormais illégal qu’un individu s’attribue l’exercice du pouvoir, désormais, les coup d’état
ou les changements inconstitutionnels du pouvoir sont condamnés juridiquement. Les
élections sont régulièrement organisées et le multipartisme tant réclamé est bien ancré. Sur ce
dernier point, les Etats de la CEDEAO dans leur grande majorité ont connu des régimes de
parti unique, toutefois, cet acquis du multipartisme doit être relativisé, tout en étant important
dans un système démocratique, il ne garantit pas pour autant la démocratie, c’est ce
qu’indique M. Ben Yahmed489 : « Le multipartisme est à la démocratie ce que le sel est à la
cuisine : un ingrédient nécessaire et dont il est facile d’abuser. Mais le sel ne fait pas un repas
à lui tout seul. Ceux des peuples africains qui se contenteront du multipartisme ne tarderont
pas à s’apercevoir qu’ils sont restés sur leur faim. »
489
Cité par GONIDEC Pierre François, « Démocratie et développement en Afrique : perspectives
internationales ou nationales, » in Afrique 2000, n°14, 1993, 57-58.
490
HAUBERT Maxime ; « l’idéologie de la société civile », in Haubert Maxime et Rey Pierre
Philippe, les sociétés civiles face au marché. Le changement social dans le monde post-colonial,
Paris, Karthala, 2000, pp 29
281
L’espace CEDEAO a des organisations de la société civile qui militent activement en
faveur de la paix et de la sécurité. On peut évoquer deux exemples : le FOSCAO et le
WANEP.
Le Forum de la Société Civile de l’Afrique de l’Ouest : cette plateforme sert de relais
entre la CEDEAO et la société civile sur des questions diverses comme la bonne
gouvernance, la paix et la sécurité, la coopération économique, la jeunesse, l’alimentation,
l’agriculture. Les membres du forum participent également à l’observation électorale.
Le WANEP : Le Réseau oust-africain pour la consolidation de la paix a été crée en
1998, comme une réponse aux conflits internes qui ont bouleversé l’Afrique de l’Ouest après
la guerre froide. Le WANEP a pour mission de servir de cadre institutionnel de mobilisation
de la société civile, de renforcement des capacités de la société civile en matière de gestion
des conflits, d’édification de la paix, de bonne gouvernance et de développement durable.
Ses objectifs sont : Renforcer la capacité pacifiste des organisations et praticiens ;
Augmenter la sensibilisation et l’emploi des stratégies non violente ; Promouvoir une
direction opérant avec des principes et une culture de non violence ; Plaider en faveur des
structures sociales et politiques équitables ; Développer des réseaux et mécanismes de
prévention de conflits et Harmoniser les activités d’instauration de paix.
Le WANEP contribuera à : Former aux méthodes de prévention, de gestion et de
transformation des conflits ; Mener des campagnes pour les initiatives de paix ; Assurer la
recherche sur les méthodes traditionnelles de résolution des conflits ; Soutenir les
publications et ouvrages traitant du thème de la paix et Assurer l’éducation civique et
démocratique en faveur des populations.
491
Programme des Nations Unies pour le Développement, rapport sur le développement humain de 2010, PNUD
2010, pp 232-233
282
La plus forte croissance a été réalisée par la Gambie avec 4.8%. Malgré la croissance affichée,
les Etats de la CEDEAO n’arrivent pas encore à atteindre la croissance de 7% du PIB. Cette
limite est une prescription pour atteindre l’un des objectifs du Millénaire pour le
développement, à savoir la réduction de l’extrême pauvreté de 50% d’ici 2015. La situation
des Etats de la CEDEAO est d’autant plus critique, que l’Indice du Développement Humain
des ces Etats est l’un des plus faible du monde. A titre illustratif, l’Etat le mieux classé est la
Cap-Vert qui occupe la 118ème place.
• L’investissement :
Agrégat vital pour amorcer le développement économique. Les Etats de la CEDEAO
bénéficient surtout d’Investissement Direct Etranger qui reste très faible. La moyenne de
l’investissement national résultant de l’épargne des agents économiques nationaux est de
16,26%493.
L’Investissement Direct Etranger désigne : « un investissement qui implique une
relation durable à long terme, reflétant ainsi un intérêt durable d’une entité résidente d’un
pays d’origine (l’investisseur direct) sur une entité résidente (l’entreprise investie) d’un autre
pays »494. L’investissement direct étranger a ceci de particulier qu’il représente le moteur de la
492
CEDEAO, le commerce dans l’espace CEDEAO, p15
http://www.ecostat.org/en/TradeECOWAS/ECOWAS_TRADE.pdf, (consulté le 13 Mars 2011)
493 Le Libéria ne fait pas partie de ce chiffre par manque d’information sur l’épargne national
brut.
494Fonds Monétaire International, citée par MUCHIELLI Jean-Louis, Multinationales et
mondialisation, ed du seuil, Mai 1998, pp 46
283
croissance économique. En 2010, l’IDE pour toute l’Afrique s’élevait à 5.3% des IDE
mondiaux495. L’espace CEDEAO n’attire que 0,71%496 du total des investissements directs
étrangers mondiaux. La majorité de ce faible IDE est orientée vers le secteur primaire, les
produits du sol et du sous-sol. Le développement de ce secteur ne crée pas suffisamment de
valeur ajoutée.
• La Dépendance alimentaire :
La CEDEAO demeure très dépendante de l’extérieur sur le plan alimentaire, M.
Gazellot dresse le constat suivant : « le déficit alimentaire de la CEDEAO, hors échanges de
produits tropicaux, a été multiplié par 3 de 1995 à 2003, passant de 1,6 à 4,4 milliards de $.
L'excédent agroalimentaire total (produits tropicaux inclus) a fondu entre 1995 et 2000 pour
se transformer en déficit de plus de 1 milliard de $ en 2004. Les principaux déficits en 2004
portent sur les céréales avec -1,96 milliards de $ dont -836 M$ pour le riz blanchi et -649 M$
de froment de blé (semence), les produits laitiers (-551 M$), le sucre (431 M$), les huiles
(314 M$). »497. Il résulte de ce constat que la production alimentaire ne suit pas la croissance
démographique en Afrique de l’Ouest et la situation est d’autant pus difficilement acceptable
que la qualité des terres dans l’espace CEDEAO est bonne dans la majorité des cas, seuls
15,35% des populations vivent sur des terres dégradées498.
Par ailleurs, la dépendance alimentaire porte atteinte à la sécurité alimentaire, qui elle
même existe : « lorsque tous les êtres humains ont, à tout moment, un accès physique et
économique à une nourriture suffisante, saine et nutritive, leur permettant de satisfaire leurs
besoins énergétiques et leurs préférences alimentaires pour mener une vie saine et active »499.
au 17 novembre 1996.
284
La sécurité alimentaire comporte quatre dimensions : la disponibilité des vivres, l’accessibilité
des ménages et des individus à l’alimentation, le fonctionnement et la stabilité des marchés, et
l’utilisation des aliments.
En définitive, la dépendance alimentaire entraine une hausse des prix que les
populations de la CEDEAO auront du mal à suivre.
• L’Emploi :
Le taux d’emploi de la population active de la population active de la CEDEAO est
plus de 60%. La caractéristique principale de son taux d’emploi, c’est la part considérable du
secteur informel. L’une des difficultés majeures concerne la faible rémunération de l’emploi.
En effet, plus de 55% des personnes employées vivent avec mois de 1.25$ par jour500.
500
PROGRAMME DES NATIONS UNIES POUR LE DEVELOPPEMENT, Rapport sur le développement
humain de 2010, pp 214-215
501 STOCKHOLM INTERNATIONAL PEACE RESEARCH INSTITUTE, Military Expenditure
Database.
BONIFACE Pascal, L'année stratégique 2007 : Analyse des enjeux internationaux, édition
502
Dalloz 2006
285
- Les Budgets entre 3% et 4% PIB : La Guinée-Bissau
La faiblesse des différents budgets militaires nationaux joue sur la logistique des
troupes de l’ECOMOG en cas de déploiement, la logistique est définie comme : « l’ensemble
des activités qui permettent à une troupe de combattre ou de survivre. Au plan opérationnel,
elle vise à acheminer de manière de manière optimale les biens de soutien nécessaires aux
troupes»503 Elle se subdivise en trois domaines d’activités principales : le soutien, le service
du personnel et le sanitaire. La mise en œuvre de la logistique demande des moyens
financiers, sans une bonne logistique, le succès des opérations militaires risque d’être
compromis. L’insuffisance des moyens financiers engagés lors des interventions de
l’ECOMOG, a poussé certains à dresser un bilan négatif de la CEDEAO en matière de
maintien de la paix et de la sécurité, à ce sujet Berman et Sams tout en admettant l’effort de la
CEDEAO dans la mis en place d’un mécanisme de maintien de la paix et de la sécurité,
affirment504 que : « L’ ECOMOG a exacerbé la guerre civile au Libéria et son intervention
dans ce pays a contribué au déclenchement de la guerre civile en Sierra Leone. Les faiblesses
de la force en Sierra Leone ont aussi entraîné la prolongation du conflit. En Guinée-Bissau,
l’incapacité où s.est trouvé l’ECOMOG de déployer à temps une force suffisante a préparé le
terrain pour un coup d’État. Le manque de ressources financières et humaines fait d’ailleurs
douter que l’Organisation ».
• la Variable démographique
La démographie est définie comme : « l’étude des populations visant à connaître leur
effectif, leur composition par âge, sexe, statut matrimonial, et leur évolution future ».505
- Urbanisation :
L’urbanisation c’est : « le processus selon lequel une proportion croissante de la
population d'un pays vit dans les localités urbaines »509. L’urbanisation des villes d’Afrique de
l’Ouest est une nouveauté.
A l’indépendance des Etats de la CEDEAO, le taux d’urbanisation était de 14%, à
l’exception du Sénégal qui avait 28%510. En 1991 le taux d’urbanisation est passé à 41%,
aujourd’hui il est de 50%511. Au moment des indépendances en 1960, il est de 28% au
Sénégal et 14% pour l’ensemble de la région. En 1980, il passe à 34%, puis 41% en 1991
pour atteindre environ 50% actuellement, le taux d’urbanisation devrait atteindre 60% en
2030512.
Il est utile de déterminer les raisons de l’accroissement de l’urbanisation. En effet,
deux raisons principales peuvent expliquer l’urbanisation en Afrique de l’Ouest : d’une part
l’augmentation de la natalité et d’autre part l’exode rural. Ce second facteur explicatif est lui-
287
même déterminé par l’attrait des jeunes ruraux pour le secteur informel des villes et le
relatif513 développement des structures sanitaires et des conditions de vie dans les villes. Cet
argument est confirmé par Milhaud : « l'afflux des populations rurales vers les villes est un
phénomène qui s'explique par l'attrait qu'exerce sur elles la vie dans les grandes
agglomérations ».514 L’urbanisation incontrôlée entraine une fuite de la main d’œuvre des
campagnes agricoles, il s’ensuit une baisse importante des récoltes agricoles, toute chose qui
peut entrainer une crise alimentaire.
- Structure de la population :
Sur une population de plus de 300 millions d’habitants. La CEDEAO compte515 en
2011, 151.857.433 hommes et 149.436.523 femmes. Les hommes sont légèrement plus
nombreux que les femmes. L’Afrique de l’Ouest a l’une des populations les plus jeunes au
monde, plus de 45% a moins de 15 ans ; 56% moins de 20 ans et 66% moins de 25 ans. En
2050, les jeunes de moins de 15 ans représenteront 28% de la population d’Afrique de
l’Ouest516.
• Les Ethnies :
Une ethnie peut-être définie comme : « un ensemble stable d’êtres humains, constitué
historiquement sur un territoire déterminé, possédant des particularités linguistiques,
culturelles et psychiques communes et relativement stables, ainsi que la conscience de leur
unité et de leur différence des autres formations semblables (conscience de soi), fixée dans
l’auto appellation (ethnonyme) ».517
D’une façon générale, en Afrique, l’ethnicité a joué un rôle important dans le
déclenchement et l’exacerbation des conflits identitaires qui ont émergé après la guerre froide.
Tantôt utilisé comme vecteur pour l’accaparement des richesses nationales, tantôt comme
513 En effet, les conditions d’hygiènes dans les villes sont loin d’être l’idéales par rapport aux
normes internationales, toutefois, ces maigres conditions urbaines sont quasi-inexistantes dans
les campagnes.
514 MILHAUD Maurice, « l’urbanisation… », Op Cit, pp 539
• La situation sanitaire :
La prise en compte de la santé revêt un caractère crucial pour les Etats de la
CEDEAO. En effet, il est impératif de disposer d’une ressource humaine saine. Par ailleurs,
les Etats ont l’obligation de veiller à la sauvegarde de leur population. Il ressort des
enquêtes519 que seuls 27% des citoyens de la CEDEAO estiment avoir une bonne qualité de
soins et les dépenses de citoyens des Etats de la CEDEAO relatives aux soins de santé
s’élèvent en moyenne à 73.8 Dollars520.
L’Afrique de l’Ouest reste une zone où les maux de santé se posent avec acuité. A titre
illustratif, il y a eu plus de 4 millions de morts en 2010 sur une population totale de 300
millions d’habitants521, une moyenne de 31,4% de la population n’ayant pas accès à l’eau et
74% de la population n’ayant pas accès à l’assainissement.
Au-delà de toutes ces préoccupations relatives à la santé, c’est le SIDA qui représente
actuellement le plus grand danger pour les Etats de la CEDEAO « Historiquement, la
pandémie de sida est donc, en chiffres, l'une des pires qu'ait eu à connaître l'humanité »522
• Le Niveau d’éducation :
En 2010, le taux d’alphabétisation des Etats de la CEDEAO était de 49,28%. Il faut
tout de même reconnaitre que des efforts sont déployés pour réduire l’analphabétisme, même
si plus de la moitié des populations de la CEDEAO restent encore analphabètes.
518 BAYART Jean-François, l’Etat en Afrique : la politique du ventre, éditions Fayard, nouvelle
édition, 2006, p 81-82
519
PROGRAMME DES NATIONS UNIES POUR LE DEVELOPPEMENT, rapport sur le développement
humain de 2010, OP. cit, pp 206-207
520
Ibid, pp 223-224
521
UNITED STATES CENSUS INTERNATIONAL PROGRAMS [www.census.gov/ipc/www/idb/region.php]
(Consulté le 14 janvier 2010).
522
ELBE David ; « Sida, un enjeu global de sécurité », in Politique étrangère, N°1 - 2005 - 70e
année, Pp 165
289
A titre d’exemple, en effectuant une addition des sources normatives de la CEDEAO
en matière de protection des droits humains, on trouve 241 articles juridiques, sans évoquer la
connaissance des voies de droit. Face à une population analphabète, l’exécution des
programmes de la CEDEAO restera difficile.
290
Paragraphe 2 : Les variables externes
Les Etats de la CEDEAO sont soumis à des influences externes, produites par d’autres
Etats (A) et par des Organisations Internationales (B) :
• Le Poids de la France :
Etat ayant colonisé la majorité des Etats de la CEDEAO, la France joue un grand rôle
dans les Etats africains. En effet, il existe des relations séculaires entre la France et l’Afrique,
en particulier l’Afrique francophone, « en dépit du processus de décolonisation, l'Afrique
francophone demeurera, pour la France et sa volonté de continuer à exercer un rôle mondial,
un continent essentiel. L'Afrique lui permettait de renforcer sa visibilité internationale par
l'intermédiaire des votes aux Nations unies et comme l'élément central de la
francophonie »523.
Les interventions françaises en Afrique s’effectuent sur 3 plans :
291
départ de la déstabilisation en chaîne des régimes africains »524. Et d’autre part,
l’Organisation Internationale de la Francophonie, contrairement au sommet Afrique-
France, seuls les Etats de la CEDEAO ayant le français comme langue officielle sont
considérés comme francophones. La francophonie désigne « l’ensemble politico-culturel
des peuples qui parlent le français »525. L’Organisation Internationale de la Francophonie
est une organisation internationale créée en 1970 par le traité de Niamey.
Les objectifs526 de l’OIF sont : l’instauration et le développement de la
démocratie ; la prévention, la gestion et le règlement des conflits, et le soutien à l’État de
droit et aux droits de l’Homme ; l’intensification du dialogue des cultures et des
civilisations ; le rapprochement des peuples par leur connaissance mutuelle ; le
renforcement de leur solidarité par des actions de coopération multilatérale en vue de
favoriser l’essor de leurs économies ; la promotion de l’éducation et de la formation.
Elle a pour mission527 de : Promouvoir la langue française et la diversité culturelle
et linguistique ; Promouvoir la paix, la démocratie et les droits de l’Homme ; Appuyer
l’éducation, la formation, l’enseignement supérieur et la recherche ; Développer la
coopération au service du développement durable. Il ne fait aucun doute que cette
Organisation contribue à renforcer le rayonnement de la France dans le monde. La
Francophonie véhicule des valeurs, comme le démontre cette affirmation528 : « (…)
valeurs et une culture nées sur le sol de la langue française, mais qui méritent vraiment
d'être mondialisées : les droits de l 'Homme, la liberté, l’égalité et la fraternité ».
527Cadre stratégique de dix ans adopté par le Sommet des chefs d’Etat et de gouvernement en
2004 à Ouagadougou (Burkina Faso) pour la période 2005 – 2014
528PROVENZANO François, « La francophonie : définitions et usages », Quaderni. N° 62, Hiver
2006-2007. pp. 93-102.
292
crée en 1946, bien avant l’indépendance des Etats africains. En effet, il existe deux zones
utilisant le franc CFA en Afrique, la zone Afrique de l’Ouest et la zone Afrique de l’Est.
Avec l’instauration du Franc CFA, la France crée une coopération monétaire avec ses
anciennes colonies. L’adhésion de la France à une nouvelle union monétaire : l’Euro, n’a
pas changé la donne. En effet, le Franc CFA garde toujours une parité fixe par rapport à la
monnaie européenne, grâce au soutien français. Sylvie Brunel résume parfaitement le lien
Franc Français et Franc CFA « grâce à la zone franc, la France s’assure des débouchés
garantis dans 14 Etats (environ 80 millions de personnes) dont elle détient en moyenne
20% des parts de marché. Mais elle paie chèrement un avantage qui s’amenuise d’année
en année. Qu’est ce que la zone franc en effet ? La possibilité inouïe pour des Etats
pauvres et endettés de disposer d’une monnaie à la parité fixe, le Franc CFA librement
transférable et librement convertible, ainsi que des réserves de change communes avec la
France. Une grande puissance garantit ainsi à toute une partie de l’Afrique, sans rapport
avec le niveau d’activité économique de ces pays, une monnaie internationalement
garantie, qui n’oscille pas au gré des fluctuations de leurs ressources, n’est pas soumise à
l’inflation et peut s’échanger à tout moment contre une monnaie solide, le franc français,
selon un taux connu à l’avance »529.
La France est aussi active en matière d’aide publique au développement. L’aide
publique au développement français passe essentiellement d’une part, par le canal de
l'Agence Française de Développement qui est une institution financière luttant contre la
pauvreté et soutien la promotion économique des Etats. Elle est sous la tutelle des
ministères suivants : Ministère des Affaires étrangères et européennes ; Ministère de
l’Economie, de l'Industrie et de l’Emploi ; Ministère de l'Intérieur, de l'Outre-mer et des
Collectivités territoriales et de l’Immigration. Et d’autre part, la PROPARCO dont la
mission est d’accroître les investissements privés dans les pays émergents.
L’AFD gère les financements d'État à État et la PROPARCO soutient les
entreprises privées.
Durant l’année 2009, la France faisait partie des 10 premiers donneurs d’aide
publique internationale dans 11 Etats de la CEDEAO, elle a accordé à ces derniers plus de
deux milles millions de dollars530.
531
BAGAYOKO-PENONE Niagalé, Afrique : les stratégies française et américaine, Op.Cit, p 471.
533TARDY Thierry, «Le bilan de dix années d'opérations de maintien de la paix », In Politique
étrangère N°2 - 2000 - 65e année pp 395.
294
Aujourd’hui, il ne fait aucun doute que la CEDEAO, après les difficultés
rencontrées lors de ses différentes interventions militaires, ait besoin de soutien réel dans
les futures opérations de maintien de la paix, dans ce cadre, le RECAMP constitue une
aubaine.
La France a également construit un réseau des Ecoles Nationales à Vocation
Régionale en Afrique. Ces écoles sont définies comme le : « Fleuron de la coopération
française de sécurité et de défense, le réseau des Écoles Nationales à Vocation Régionale
(ENVR) s’inscrit dans une logique de prévention mais peut également apporter un soutien
à des opérations de stabilisation »534.
Durant l’année 2009, la France a accordé plus de 10 millions d’euros535 en soutien
aux ENVR.
Il existe 15 ENVR sur le Continent africain. L’espace CEDEAO abrite 09 ENVR
sur l’effectif total, il s’agit des Ecoles et Centres suivants : le cours d’Application des
Officiers de Gendarmerie de Ouakam au Sénégal ; de l’Ecole d’Application d’Infanterie
de Thiès au Sénégal, l’Ecole Militaire d’Administration de Koulikoro au Mali ; l’Ecole de
Maintien de la Paix de Bamako au Mali ; l’Ecole Militaire Technique de Ouagadougou au
Burkina Faso ; le Centre de Perfectionnement de la Police Judiciaire de Porto Novo au
Bénin ; le Centre de Perfectionnement aux Actions post-conflictuelles de déminage et de
dépollution de Ouidah au Bénin ; l’Ecole du Personnel Paramédical des armées
nigériennes de Niamey au Niger et l’Ecole du service de santé des armées de Lomé au
Togo.
On peut faire le constat suivant, c’est l’absence d’ENVR dans les Etats
anglophones de la CEDEAO, toutefois, les ressortissants des Etats anglophones de la
CEDEAO participent régulièrement aux stages et formations se déroulant dans la majorité
des ENVR.
534Ministère des Affaires Etrangères et Européennes, Les Ecoles Nationales à Vocation Régionale
en Afrique subsaharienne : Le soutien de la France aux efforts multilatéraux. Direction de la
Coopération sécurité et Défense, Octobre 2009. www.diplomatie.gouv.fr/cooperation-securite-
defense (consulté le 26 Mars 2011).
535
Ministère des Affaires Etrangères et Européennes, Les Ecoles Nationales à Vocation Régionale
en Afrique subsaharienne, Op.cit.
295
• Le Poids des Etats-Unis d’Amérique :
CHRAEDER Peter, United States foreign policy toward Africa: instrumentalism, Crisis and
536
Le MCA est réservé aux Etats en développement, luttant contre la pauvreté et soucieux
de leur développement économique.
Durant l’année 2009, les Etats-Unis d’Amérique faisaient partie, des 10 premiers
donneurs d’aide publique internationale dans 13 Etats de la CEDEAO, elle a accordé à ces
derniers plus de milles millions de dollars538.
Les Etats-Unis sont aussi, un partenaire commercial très important, pour les Etats de la
CEDEAO
Sur le plan militaire :
En réaction aux échecs de l’intervention armée en Somalie, les Etats-Unis également
élaborent des programmes de coopération militaire avec les Etats africains, basés sur l’idée du
maintien de la paix en Afrique par des africains. Ils élaborent chronologiquement ; le
programme African Crisis Response Initiative, lancé en 1996, il avait pour but : de renforcer
les capacités des armées des Etats bénéficiaires pour qu’elles soient aisément déployées en cas
de conflit ou de crises humanitaire.
Le programme ACRI fût remplacé par le programme ACOTA, mise en œuvre en 2002. Il
introduit une nouvelle approche basée sur la formation des formateurs, en outre le programme
ACOTA accorde une grande importance aux Communauté Economiques Régionales comme
la CEDEAO, qui a acquise une expérience en matière de maintien de la paix, suite aux actions
de l’ECOMOG. Après les attentats du 11 Septembre 2011 contre les Etats-Unis d’Amérique,
les priorités de la coopération américaine ont changé, en passant du renforcement des
capacités des armées africaines dans le maintien de la paix à la lutte contre le terrorisme
international. Le premier programme anti-terroriste développé par les Etats-Unis d’Amérique,
538
Chiffre OCDE, Aide publique au développement
[http://www.oecd.org/document/0,3746,fr_2649_201185_46462787_1_1_1_1,00.html] (Consulté le 15 janvier
2010)
297
au profit des Etats africains, a été l’initiative Pan Sahel. Selon le Colonel Victor Nelson,
chargé de l’initiative Pan Sahel, le programme était : « un outil important dans la guerre
contre me terrorisme et a beaucoup fait pour renforcer les liens dans une région que nous
avions largement ignorée par le passé notamment entre l’Algérie et le Mali, le Niger et le
Tchad »539. L’Initiative Pan Sahel portait sur l’entrainement des armées riveraines du Sahara,
la navigation terrestre, la conduite des patrouilles et l’apport de soins médicaux.540
En 2005, l’Initiative Pan Sahel a été remplacé par un programme plus ambitieux : le Trans-
Sahara Counter terrorisme Initiative, qui est un programme541 : « Multi-faceted, multi-year
strategy aimed at defeating terrorist organizations by strengthening regional counterterrorism
capabilities, enhancing and institutionalizing cooperation among the region’s security forces,
promoting democratic governance, discrediting terrorist ideology, and reinforcing bilateral
military ties with the United States.»542
Op. Cit, pp 6
U.S. Department of State, Country Reports on Terrorism, Chapter 5 – Country Reports: Africa
541
542 Traduction : « C’est un programme avec plusieurs paliers, sur plusieurs années, avec comme
objectif de combattre les groupes terroristes, en renforçant les capacités régionales en matière de
contre-terrorisme, en améliorant et en institutionnalisant la coopération entre les forces de
sécurité de la région, la promotion de la bonne gouvernance, en discréditant l’idéologie terroriste,
le renforcement des relations bilatérales avec les Etats-Unis d’Amérique »
543The U.S. European Command Home Page, “Operations and Initiatives”
[http://www.eucom.mil/english/Operations/main.asp] (Consulté le 06 Avril 2010)
298
terroristes en fournissant aux Etats sahélo-sahariens une formation de base et des
équipements.
• Le Poids de la Chine :
545
RICHER Philippe, l’offensive chinoise en Afrique, Karthala 2008, p 89
546
CNUCED, base de données COMTRADE, 2006.
547
CLUB DU SAHEL ET DE L’AFRIQUE DE L’OUEST, l’Afrique et la Chine, Atlas de l’Intégration
régionale, série économie, Décembre 2006, pp 13.
299
• Le Poids du Royaume Uni :
L’intervient de la Grande Bretagne en Afrique de l’Ouest s’effectue dans le cadre du
programme britannique de soutien à la formation au maintien de la paix. L’approche de ce
programme est essentiellement basée sur la formation des formateurs impliqués dans
l’instruction et l’entrainement. Le programme consiste à envoyer dans les pays cibles des
conseillers militaires qui participeront à l’entrainement des militaires « British Militay
Advisor and Training Team ». Il existe deux BMATT, un au Ghana pour l’Afrique de l’Ouest
et l’autre en Afrique du Sud. Les instructeurs reçoivent ainsi une formation essentiellement
basée sur le maintien de la paix. Le Royaume Uni a également soutenu les troupes de
l’ECOMOG sur le plan financier et matériel, lors des interventions au Libéria et en Sierra
Léone.
300
effectifs mobilisés pour le maintien de la paix en Afrique, selon un constat effectué par
Berman et Sams « en 1993, on y comptait près de 40 000 soldats de la paix de l’ONU; ils
étaient moins de 1 600 en juin 1999. Entre 1989 et 1993, le Conseil a autorisé dix opérations
de maintien de la paix des Nations Unies en Afrique; il n’en a établi que cinq au cours des
cinq années suivantes. Les opérations de maintien de la paix sur le continent étaient au
nombre de sept en 1993, de trois en juin 1999 »548
• L’Union Africaine :
Organisation panafricaine, l’Union Africaine regroupe tous les Etats africains549, la
coopération entre la L’Union Africaine et la CEDEAO s’effectue à travers le volet
économique et le volet défense.
Coopération économique : l’Union Africaine a deux liens de coopération
économique avec la CEDEAO, il s’agit de la Communauté Economique Africaine et
du NEPAD.
548
BERMAN Eric et SAMS Katie, « Le maintien de la paix en Afrique : évolution ou extinction ? »
Op. Cit, p. 24
549
Exception faite du Maroc qui s’est retirée de l’organisation panafricaine et du Soudan du Sud,
dernier Etat à être crée le 09 Juillet 2011.
301
2- Le NEPAD :
Le nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique est un programme de
développement de l’Union Africaine. Le programme a été adopté lors de la 37ème session de
l’Assemblée des Chefs d’Etat et de Gouvernement de l’Union Africaine, du 09 au 11 Juillet
2011 à Lusaka en Zambie. Les secteurs prioritaires du NEPAD sont : l’infrastructure, les
ressources humaines, la santé, les technologies de l’information et de la communication,
l’agriculture et l’accès aux marchés des Etats développés. Le NEPAD dans sa mise en œuvre
accorde une place très importante à l’approche régionale, en particulier la réalisation des
infrastructures par les communautés économiques régionales.
550
La Communauté Economique Régionale repose sur cinq Communautés Economiques
Régionales, situées en Afrique du Nord/Union du Maghreb Arabe ; Afrique de
l’Est/Intergovermental Authority on Development Regional, Afrique de l’Ouest/Communauté
Economique des Etats d’Afrique de l’Ouest, Afrique Centrale/Communauté Economique des Etats
d’Afrique Central et l’Afrique Australe/Southern African Development Community.
302
- d’anticiper et de prévenir les conflits. Lorsque des conflits éclatent, le Conseil de
paix et de sécurité aura la responsabilité de rétablir et de consolider la paix en
vue de faciliter le règlement de ces conflits ;
- de promouvoir et de mettre en oeuvre des activités de consolidation de la paix et
de reconstruction après les conflits pour consolider la paix et prévenir la
résurgence de la violence ;
- de coordonner et d’harmoniser les efforts du continent dans la prévention et la
lutte contre le terrorisme international sous tous ses aspects ;
- d’élaborer une politique de défense commune de l’Union, conformément à
l'Article 4(d) de l'Acte constitutif551 ;
- de promouvoir et d’encourager les pratiques démocratiques, la bonne
gouvernance et l'état de droit, la protection des droits de l'homme et des libertés
fondamentales, le respect du caractère sacré de la vie humaine, ainsi que du droit
international humanitaire, dans le cadre des efforts de prévention des conflits ».
551 Cet article fait référence à l’établissement d’une politique de défense commune aux Etats
africains.
Cadre politique pour la création de la Brigade en attente de l’Afrique Orientale, Jinja –
552
L’objectif est ici d’obtenir le déploiement d’une force militaire conséquente dans les
14 jours.
Les missions relatives aux scénarios 1 à 4 peuvent être menées par une seule brigade
régionale. L’objectif est alors d’obtenir un déploiement dans les 30 jours suivant l’adoption de
la résolution de l’Union Africaine lui donnant mandat. Les missions 5 et 6, plus conséquentes,
nécessitent en revanche une intervention au niveau continental.
Le 19 Juin 2004, la création d’une force de 6500 hommes a été approuvée par la
Commission de Défense et de Sécurité de la CEDEAO au cours d’une réunion à Abuja au
Nigéria.
Elle sera composée d’un contingent d’intervention rapide ou force expéditionnaire de
la CEDEAO d’un effectif de 1500 hommes, d’un groupe complémentaire de 3500 hommes et
d’une force de réserve de 1500 hommes. La force ouest-africaine devra être opérationnelle en
90 jours auxquels s’ajoutent un temps d’intervention de 30 jours.
La force de la CEDEAO comprend un : Etat major permanent à Abuja au Nigeria,
sous commandement nigérian ; Bataillon Ouest, sous commandement sénégalais ; Bataillon
Est, sous commandement nigérian et un Bataillon logistique, sous commandement malien.
• L’Union Européenne :
L’Union Européenne est une organisation internationale à vocation économique et
politique regroupant 27 Etats situés sur le continent européen. Elle a pour but
essentiellement : d'établir les conditions d'une union plus étroite entre les peuples européens et
304
de sauvegarder la paix ; d'assurer le progrès économique et social par une politique commune.
L’Union Européenne s’intéresse de plus en plus aux questions de sécurité en Afrique. Sur le
plan politico-économique, l’UE à l’instar de plusieurs institutions conditionne son aide au
progrès réalisé dans la bonne gouvernance, quant au maintien de la paix en Afrique de
l’Ouest, les actions de l’UE sont sporadiques, il y a lieu d’évoquer une rencontre informelle
entre les Ministres des Affaires Etrangères et de la CEDEAO et ceux de l’UE, le 4 Septembre
2004 aux Pays-Bas, sur la coopération internationale en matière de maintien de la paix et de la
sécurité.
L’Union Européenne est surtout dynamique sur le plan de l’aide au développement.
En effet, la coopération européenne, elle-même est antérieure à l’Union Européenne.
Pour l’Afrique cette coopération débute par les accords de Rome de 1957, puis les
Convention de Yaoundé du 2 Juillet 1963 et du 29 Juillet 1969, celles-ci sont relatives à
l’octroi d’une aide financière et commerciale aux anciennes colonies européennes et l’aide
pour le financement des projets. La convention suivante fût celle Lomé, capitale du Togo. Il y
a eu 4 conventions de Lomé : Lomé I (1975-1980) et Lomé II (1980-1985) portaient sur
Lomé III (1985-1990), Lomé IV (1990-2000).
Les conventions de Lomé ont introduit deux mécanismes de stabilisation des
recettes d'exportation- STABEX et le système de préférences commerciales-SYSMIN. Ils
avaient pour but d’amortir au profit des Etats bénéficiaires l'impact des fluctuations des
cours sur les recettes d'exportations de matières premières agricoles et de produits miniers.
L’idée sous-jacente était de parvenir à une diversification des produits d’exportation. Les
accords de Lomé du fait des difficultés liées au financement ou à sa mise en œuvre ont
laissé la place aux accords de Cotonou, signés, le 23 Juin 2000. Ils ont pour objectifs
principaux : la réduction et, à terme, l’éradication de la pauvreté et l'intégration progressive
des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique dans l’économie mondiale, tout en
respectant les objectifs du développement durable et à contribuer à la paix, à la sécurité
ainsi que la promotion d’un environnement politique stable et démocratique.
305
- la promotion des approches participatives, l'ouverture à la société civile, au
secteur privé et aux autres acteurs non étatiques ;
- les stratégies de développement et l'objectif de la réduction de la pauvreté;
- l'établissement d'un nouveau cadre de coopération économique et commerciale;
- la réforme de la coopération financière.
306
la conscience que les problèmes sont structurels, et la volonté d'établir une politique
commune, notamment pour éviter les contradictions (fréquentes dans le passé) entre les
programmes des deux organisations et le phénomène de double conditionnalité. »554.
La différence de mandat ne signifie pas l’existence de ressemblances dans leurs
actions. En effet, elles ont les similitudes suivantes :
- Elles accordent des prêts ou des dons aux Etats de la CEDEAO ;
- Elles appuient les gouvernants à atteindre des objectifs socio-économiques, par des
conseils et des recommandations ;
- Elles incitent les Etats de la CEDEAO à respecter des codes de conduite dans le
cadre de la bonne gouvernance économique et financière ;
- Elles contribuent enfin à la formation des techniciens issus du secteur publique ou
du secteur privé, des Etats de la CEDEAO, pour renforcer la bonne gouvernance
économique et financière.
307
Section 2 : L’indispensable renforcement du rôle de la CEDEAO dans sa quête de la
paix et de la sécurité.
A l’avenir plusieurs auteurs s’accordent à présager la fin des conflits n’opposant pas
les Etats entre eux557 et l’accroissement d’une part de la violence produite par des entités non
étatiques et d’autre part de la difficulté de l’Etat à faire face à son devoir de faire face aux
besoins de sa population.
Robert D. KAPLAN, dans son ouvrage558, décrit cette situation comme étant
anarchique, il identifie 8 facteurs qui justifieraient l’anarchie : les pandémies, la
surpopulation, la criminalité, la rareté des ressources, les migrations de réfugiés, l'érosion de
la souveraineté étatique, la montée en puissance des armées privées et firmes de sécurité, la
montée en puissance des cartels de drogue internationaux. Nous verrons d’une part, les
555 Mbeki Thabo, cité par Sall Alioune, Afrique 2025 : quels futurs possibles pour l’Afrique au sud
du Sahara OP.Cit, p 6
556 Expression empruntée à Delmas Philippe, Le bel avenir de la guerre, Gallimard, 1995
557 On peut citer : Holsti Kalevi, The State, War and the State of War, Cambridge university
Press 1996, Van Creveld Martin, The Transformation of War, Free Press, Old Tappan, New
Jersey, U.S.A.,1991, Delmas Philippe, Le bel avenir de la guerre, Gallimard 1995
558 Kaplan Robert D, the coming anarchy: Shattering the Dreams of the Post Cold War, Vintage
2001,
308
bonnes perspectives pour le développement des menaces militaires contemporaines (A) et
celles des menaces non militaires (B).
A l’avenir, le terreau fertile pour l’émergence des menaces non militaires armées, sera
la fragilisation continue de l’Etat ouest africain, celle-ci est caractérisée par :
- La perte du monopole de la violence légitime par l’Etat du fait de la privatisation
de la violence :
L’analyse structurelle des Etats de l’Afrique de l’Ouest a démontré des facteurs de
vulnérabilités qui concluent à la grande fragilité des Etats. En effet, cette fragilité des Etats va
de pair avec l’apparition d’entités criminelles.
D’une façon générale, l’Etat considéré comme puissance régalienne, subit de plus en
plus des difficultés à assurer son rôle de détenteur exclusif de la puissance, cette situation
quasi globale est plus critique en Afrique de l’Ouest. La perte du monopole de la puissance
par l’Etat s’expliquerait par : « la pression de quatre facteurs en partie interconnectés :
- d’abord la privatisation des moyens de sécurité ;
- la multiplication des interventions internationales dans les conflits intra et
interétatiques ;
- la globalisation des échanges et donc des crises ;
Tous les Etats de la CEDEAO connaissent une grande fragilité étatique. Un Etat est dit
fragile « lorsque le gouvernement et les instances étatiques n’ont pas les moyens et/ou la
559
WULF Herbert, «The Future of the Public Monopoly of Force “ ; in “Revisiting the State
Monopoly on the Legitimate Use of Force”, Bailes Alyson, Schneckener Ulrich et Wulf Herbert,
Policy Paper n°24, DCAF, 2007; p 19
309
volonté politique d’assurer la sécurité et la protection des citoyens, de gérer efficacement les
affaires publiques et de lutter contre la pauvreté au sein de la population»560.
L’Organisation Fund for Peace, sur la base de 12 indicateurs, élabore une liste des
Etats par niveau de fragilité, ces indicateurs sont : la corruption généralisée, le comportement
criminel, l’incapacité de l’Etat à percevoir les taxes, la dislocation involontaire à grande
échelle de la population, l’inégalité entre les groupes, la discrimination ou la persécution
institutionnalisée, la grande pression démographique, la fuite des cerveaux, la mauvaise
situation économique.
La classification annuelle des Etats par niveau de fragilité est publiée dans le Failed
State Index561. Dans la version 2011 et sur 177 Etats évalués, les Etats de la CEDEAO sont
classés parmi les plus fragiles : la Côte d’Ivoire occupe la 10ème place et le Nigéria la 15ème
place, ces deux Etats sont considérés comme les locomotives de l’intégration régionale. Les
autres Etats de la CEDEAO, à l’exception du Cap-Vert562, sont classés en dessous de la moitié
des Etats évalués, soit 88.
Plus l’Etat est fragile, plus la violence se privatise, or comme l’indique Max Weber,
l’Etat doit s’accaparer le monopole de la violence légitime563, ce monopole de la violence se
caractérise par le fait que : « (…) la libre disposition des moyens militaires est retirée au
particulier et réservée au pouvoir central, quelle que soit la forme qu'il revêt; la levée des
impôts sur les revenus et les avoirs est également du domaine exclusif du pouvoir social
central. Les moyens financiers qui se déversent ainsi dans les caisses de ce pouvoir central
permettent de maintenir le monopole militaire et policier qui, de son côté, est le garant du
monopole fiscal »564.
En effet, les Etats de la CEDEAO ont un profil particulier, ils sont en général, le fruit
de la décolonisation, ce qui n’a pas permis une extinction des tensions entre les différents
groupes. Selon Elias Norbert, ceci pourrait expliquer la privatisation de la violence en Afrique
de l’Ouest. Continuant son analyse, il indique que : « les constructions historiques sont
toujours issues de lutte entre intérêts opposés, ou plus exactement, ambivalents. Les structures
560
OBSERVATOIRE DE L’AFRIQUE, Les Etats fragiles en Afrique: un paradigme utile pour
l’action ? Rapport de conférence, Didimala Lodge, Afrique du Sud – 12 et 13 mai 2008, pp 3.
561
THE FUND FOR PEACE, failed states index 2011, the fund for peace, New York, 2011.
562
Seul le Cap-Vert occupe la 90ème place.
563
BRAUD Philippe, Sociologie Politique, LGDJ, 8ème édition, p 40.
564
NORBERT Elias, La dynamique de l'Occident, Paris, Calman-Lévy, 1975, p. 25.
310
qui périssent du fait de ces luttes ou qui se fondent dans des structures nouvelles, qu'il s'agisse
des seigneuries absorbées par la royauté ou d'un gouvernement royal emporté par l'Etat
bourgeois (…) Sans les entreprises violentes, sans le stimulant de la libre concurrence, il n'y
aurait pas de monopole de la contrainte physique, et sans ce monopole, personne n'aurait
jamais pu pacifier le territoire, limiter et réglementer l'emploi de la violence »565.
La privatisation de la violence constitue un indicateur de la capacité de l’Etat, selon
566
Barnett « l'existence d'organisations militaires rivales au niveau interne est la preuve
incontestable de l'inhabileté du gouvernement à établir son influence sur la société et peut
donc être interprétée comme l'expression de son manque de capacité et de légitimité ».
• La tenaille infernale567 :
Sur le plan géographique, il existe deux grands mouvements terroristes en Afrique, le
premier mouvement situé en Afrique de l’Ouest et composé d’AQMI et du Boko Haram et
d’un second mouvement situé sur la corne de l’Afrique et constitué par les milices Al-shebab,
Al-Qaïda en Afrique de l’Est, Hizbul Al Islam, l’Armée de résistance du seigneur. De plus en
plus, le groupe Al-Shebab exporte son djihad de la Somalie vers d’autres Etats, comme le
démontre cet attentat terroriste en Ouganda, le 11 Juillet 2010, deux bombes ont explosé à
Kampala, lors de la finale de la coupe de monde entre l’Espagne et le Pays-Bas, le groupe a
• La jonction fatale568 :
Elle constitue une autre crainte pour l’avenir de l’Afrique de l’Ouest. Nous avons
démontré l’existence de liens entre le Boko Haram et Al-Qaïda au Maghreb Islamique. A
l’avenir les relations criminelles entre les deux groupes terroristes de l’Afrique de l’Ouest
vont s’accroitre et connaitre d’autres formes. Des sources font état de la création de katibats
constitués de noirs, afin de commettre plus facilement des attentats terroristes dans les villes
ouest-africaines. Ce scénario est d’autant plus probable que dans l’imaginaire collectif, les
terroristes sont des arabes ayant une peau blanche. Cette jonction fatale sera rendue possible
par l’attrait des jeunes pour le gain facile, « plus les extrémistes se renforcent et
s’enrichissent, plus ils attirent des recrues parmi les jeunes de la région »569. La richesse d’Al-
Qaïda au Maghreb Islamique ne fait aucun doute, eu égard le commerce d’otages et le trafic
de drogue, qui vient de connaître son épilogue avec l’atterrissage dans le Sahara d’un avion
cargo rempli de cocaïne570
Notre position sur l’accroissement de la puissance des groupes criminels est
partiellement partagée par Martin Van creveld, qui estime qu’ : « à l’avenir, la guerre ne sera
pas le fait des armées mais celui des groupes, aujourd’hui appelés terroristes, guérilleros,
bandits, voleurs de grand chemin (…) Plus charismatiques qu’institutionnelles leurs
organisations s’appuieront davantage sur des fidélités cimentées par le fanatisme et
l’idéologie »571. Pour le cas particulier de l’Afrique de l’Ouest, la part du fanatisme et de
l’idéologie sera minime dans la motivation des acteurs criminels, l’idéologie servira tout de
même une couverture pour la satisfaction des intérêts personnels.
568
Annexe VI.
569
Commandement militaire des Etats-Unis pour l’Afrique ; « des mesures désespérées dans le désert », in
Africa Défense Forum, vol 3, n°4, pp44.
570
C’est en début novembre 2009, qu’un Boeing 727 en provenance du Venezuela et transportant
de la cocaïne et d’autres produits illicites, selon le service des Nations unies de lutte contre le
trafic de drogue, avait atterri dans la région de Gao. L’appareil avait déchargé son contenu puis
avait été incendié par ses utilisateurs après être sorti de la piste sur laquelle il avait atterri.
571
VAN CREVELD Martin, la transformation de la guerre, éditions du rocher, 1998, pp 251
312
B- Les menaces non militaires
L’extrême pauvreté est aggravée par une situation sanitaire non enviable, du fait de la
propagation du SIDA. Selon Kofi Annan, l’ancien Secrétaire Générale de l’ONU, le Sida
constitue une : « véritable arme de destruction massive».574 Le taux de prévalence du Sida
dans l’espace CEDEAO est d’environ 2%575.
D’autres observateurs à l’exemple du Programme des Nations Unies pour le
Développement fait le constat suivant576 : « Les principales causes de décès dans les pays en
développement sont les maladies infectieuses et parasitaires. Celles-ci tuent chaque année 17
millions de personnes, dont 6,5 millions par suite d'affections respiratoires aiguës, 4,5
millions de maladies diarrhéiques et 3,5 millions de la tuberculose. Ces décès sont, pour la
plupart, liés à la malnutrition et à un environnement insalubre, notamment à la pollution de
574 Lors d’une interview réalisée par BBC, in Afrique Relance, vol 17, n°4, Janvier 2004, pp 4
575ANNAN Kofi, «VIH/ Sida : un appel a l’a c t i o n », Sommet africain sur le VIH/Sida, la
tuberculose et les autres maladies infectieuses Abuja, Nigéria • 24-27 Avril 2001, Département
de l’information de l’ONU — avril 2001—
DPI/2198[http://www.un.org/french/ga/sida/info_afrique.pdf] (Consulté le 19 Avril 2011)
577
DOCKING Timothy, Aids and violent conflict in Africa, United States Institute of Peace,
Octobre 2001
[http://www.crisisgroup.org/en/regions/africa/001-hiv-aids-as-a-security-issue.aspx](Consulté le 14
Mars 2011)
579
NATIONAL INTELLIGENCE COUNCIL, the Global Infectious Disease - Threat and its
Implications for the United States, Washington, DC, janvier 2000.
314
Elbe David également, identifie d’autres conséquences du SIDA580 :
• Le risque élevé de conflits sociaux suite au traitement de faveur dont bénéficieront les
malades du Sida, comme la gratuité des médicaments, contrairement aux autres
malades ;
ELBE David, « Sida, un enjeu global de sécurité » ; in Politique étrangère N°1 - 2005 - 70e
580
année pp 169.
[http://www.icmh.ch/WebPDF/2002%20-%20DFID%20%20HIV%20AIDS%20and%20Security.pdf]
(Consulté le 17 Mars 2011)
582ANNAN Kofi, Review of the Problem of HIV/AIDS in All its Aspects, New York, Organisation
des Nations Unies, 16 février 2001, A/55/779.
315
Paragraphe 2 : L’inertie de la CEDEAO dans ses actions
583
LAGRANGE Evelyne, la représentation institutionnelle dans l’ordre international : une
contribution à la théorie de la personnalité morale des organisations internationales, Kluwer law
Intenational, Netherlands, 2002, p 308
584
DE LACHARRIERE Guy. Consensus et Nations Unies. in Annuaire français de droit
international, volume 14, 1968. Pp 11
316
A l’exception de l’unanimité, les autres règles de prise de décisions, laissent entrevoir
des manœuvres entre acteurs étatiques, agissant le plus souvent selon des intérêts nationaux,
or l’objectif recherché par la CEDEAO est une intégration.
- La politisation de la CEDEAO :
Cette politisation se caractérise par la primauté de la Conférence des Chefs d’Etat et de
gouvernement de la CEDEAO, comme le stipule l’article 7 alinéa 1, la conférence des chefs
d’Etat et de Gouvernement : « est l’institution suprême de la communauté ». La suprématie de
la conférence dans le fonctionnement de la CEDEAO se fait au détriment des autres organes,
en particulier la Commission dont la mission principale est l’exécution des décisions de la
Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement.
A titre de comparaison, le processus de prise de décision à l’Union Européenne fait
intervenir 3 organes : le Parlement Européen composé d’eurodéputés élus au suffrage
universel direct, le Conseil de l’Union Européenne composée des Etats membres et la
Commission européenne qui est l'organe exécutif de l'Union européenne. Elle propose et met
en œuvre la législation européenne; elle représente et défend les intérêts de toute l'Europe.
Les travaux du Parlement sont importants car, dans de nombreux domaines d'action, la
législation européenne est adoptée à la fois par le Parlement et le Conseil de l’Union
Européenne. Contrairement au Parlement de la CEDEAO, qui comprend 115 députés le
Parlement de la CEDEAO se compose de 115 députés, élus au suffrage universel national, ils
sont d’abord des élus nationaux, le Parlement de la CEDEAO a essentiellement une fonction
consultative
La suprématie de la conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de la CEDEAO
est d’autant plus dommageable, que la CEDEAO se caractérise par une division entre les
anglophones et les francophones. L’espace CEDEAO comporte trois (03) langues nationales :
le français, l’anglais et le portugais. La présence de ces langues renvoi à l’histoire coloniale
des Etats d’Afrique de l’Ouest, chaque Etat ouest-africain a adopté la langue de pays
colonisateur. Les spécificités linguistiques des Etats de la CEDEAO ont provoqué
l’établissement d’une grande barrière, en particulier entre les Etats de la CEDEAO, qui ont été
colonisés par la France et ceux colonisés par la Grande-Bretagne. Selon M. Kouassi : « Le
particularisme historique de ces pays se manifeste au niveau de l’héritage colonial, des années
de soumission à une culture, des philosophies nationales et des méthodes d’organisation et
317
d’administration distincts ont laissé leur marque sur chacun de ces pays, jusqu’aux attitudes et
aux mentalités des populations. Ces différences peuvent être une cause d’incompatibilité et un
facteur de division »585.
L’auteur affirme de même, qu’ : « en raison des liens politiques et financiers du
colonialisme, aussi bien que de leurs différences linguistiques et culturels, les seize pays
pratiquent des systèmes de relations commerciales entièrement différents avec le monde
industrialisé : ce qui différencie particulièrement du reste de la communauté, les anciennes
colonies françaises liées à la France par un réseau complexe d’accords de coopération
techniques, culturelles financières ; les anciennes dépendances sont restées très attachées et
tributaires de la métropole pour une grande partie de leurs échanges commerciaux »586
Les points de vue de M. Kouassi se sont particulièrement avérés, en effet, les divisions
anglophone-francophone ont été étalées durant de l’Ecomog au Libéria et en Sierra Léone, la
majorité des Etats francophones critiquant l’Ecomog pour la « mainmise du Nigeria…»587,
d’autant plus que l’intervention de l’Ecomog n’avait pas suscité l’engouement de certains
Etats francophones comme la Côte d’ivoire et le Burkina Faso, qui avaient été accusés de
supporter Charles Taylor.
On peut également rappeler que les Etats francophones588 étaient liés entre eux par un
accord de défense : le protocole d’Accord de Non Agression et de Défense, conclu le 9 Juin
1977. Il comportait des dispositions relatives au règlement pacifique des différends et un
déploiement militaire en cas d’agression.
Loin de constituer un phénomène éphémère, les divisions anglophone-francophone,
minent de manière permanente et régulière l’intégration régionale en Afrique de l’Ouest.
Des efforts ont été déployés pour remédier à la grande politisation des instances
communautaires, en janvier 2006, lors du sommet ordinaire de la Communauté économique
des Etats de l’Afrique de l’ouest, à Niamey au Niger. La Conférence des chefs d’Etat et de
585 KOUASSI E. Kwam, les organisations internationales africaines, Berger-Levrault, Paris, 1987,
pp 306
586 Id, pp 306
587 Médecins sans frontières et autres, Conflits en Afrique, éditions GRIP-Complexe, Bruxelles
1997, p168
Les Etats qui étaient concernés par ce protocole étaient : le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le
588
318
Gouvernement a approuvé la transformation de son Secrétariat exécutif en une Commission
de neuf membres.
Les raisons principales de cette transformation : s’adapter à l’environnement
international, jouer un plus grand rôle dans l’intégration économique, une spécialisation plus
poussée des Commissaires, accroitre les pouvoirs de la commission et donner plus de
pouvoirs aux instances communautaires.
De façon générale, en Afrique, le phénomène d’intégration est exacerbé, tous les Etats
appartiennent à plus d’une Organisation Internationale à l’échelle continentale ou sous-
régionale, et ses organisations ont les mêmes objectifs, ce fait est désigné sous le vocable : bol
de spaghettis, qui est : « une métaphore destinée à illustrer les nombreuses adhésions croisées
aux communautés économiques régionales »589.
Nous allons illustrer le phénomène du bol de spaghettis par l’exemple de l’UEMOA et de la
CEN-SAD.
- L’UEMOA590 : concurrente économico-politique de la CEDEAO
L’UEMOA à travers l’article 4 du traité modifié de l’Union Economique et Monétaire
Ouest Africaine du 29 janvier 2003, définit ses objectifs qui sont :
a) renforcer la compétitivité des activités économiques et financières des Etats membres
dans le cadre d'un marché ouvert et concurrentiel et d'un environnement juridique
rationalisé et harmonisé ;
b) assurer la convergence des performances et des politiques économiques des Etats
membres par l'institution d'une procédure de surveillance multilatérale ;
589 Commission Economique pour l’Afrique II, état de l’intégration régionale en Afrique :
rationalisation des communautés économiques régionales, Commission économique pour
l’Afrique, 2006 Addis-Abeba, Ethiopie, pp 56.
Les Etats de l’UEMOA sont : Le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le
590
319
c) créer entre les Etats membres un marché commun basé sur la libre circulation des
personnes, des biens, des services, des capitaux et le droit d'établissement des
personnes exerçant une activité indépendante ou salariée, ainsi que sur un tarif
extérieur commun et une politique commerciale commune ;
d) instituer une coordination des politiques sectorielles nationales, par la mise en oeuvre
d'actions communes et éventuellement de politiques communes notamment dans les
domaines suivants : ressources humaines, aménagement du territoire, transports et
télécommunications, environnement, agriculture, énergie, industrie et mines ;
e) harmoniser, dans la mesure nécessaire au bon fonctionnement du marché commun, les
législations des Etats membres et particulièrement le régime de la fiscalité.
320
Le 17 mars 2009, à Ouagadougou au Burkina Faso, lors du 13ème sommet des Chefs
d’État et de gouvernement, marquant les quinze ans de l’UEMOA, les chefs d’Etat et de
Gouvernement de l’UEMOA ont décidé de créer un hymne et un drapeau communautaire.
Il est évident que la multiplicité de ce genre d’initiative ne fera qu’entretenir l’effet de
spaghetti, qui mine l’intégration régionale.
591
Voir Annexe
321
- Créer et mettre à jour une banque de données statistiques et la rendre
accessible à toutes les administrations et/ou institutions impliquées dans le
secteur des transports et au public en général;
En effectuant une synthèse des variables internes et externes, il s’en suit les
observations suivantes :
- L’avancée certaine de la bonne gouvernance dans l’espace CEDEAO
- Une détérioration de la situation économique des Etats
- Un peuplement rapide
- Une détérioration de la situation sociale, une situation sanitaire désastreuse, un
chômage et une pauvreté galopant ; L’accentuation de la dépendance
financière et économique de la CEDEAO vis-à-vis de l’extérieur.
La faiblesse des perspectives économiques fragilise l’Etat. En effet, les défis qui se
posent aux Etats ouest africains concernent la lutte contre les menaces militaires
contemporaines et les menaces non militaires. Les menaces militaires contemporaines sont
produites par des acteurs non étatiques dont l’intérêt est de fragiliser l’Etat, en concurrençant
l’Etat dans la quête de l’exclusivité de la violence légitime, afin de développer leurs activités
criminelles. Dans cette perspective, le contrôle de la population est un enjeu fondamental pour
322
les groupes criminels. Ceux-ci développent un programme social pour avoir les faveurs de la
population et bénéficier de complicités : don d’argent, de médicament. Le cas d’AQMI au
Mali est illustratif, selon Sifaoui ce groupe serait : « devenu le premier employeur au nord du
pays »592.
A terme, la propagation des acteurs criminels entraine inéluctablement une
criminalisation de l’Etat c'est-à-dire : « L'implication de l'État dans les nouvelles menaces
peut aller de la simple complicité à l'organisation à part entière de la menace »593. S’exprimant
sur le risque de la criminalisation de l’Etat malien, M. SY, un ancien ministre malien a
déclaré que : « Le contexte politique et social du pays est très préoccupant. Nous sommes
dans un contexte démocratique où les partis sont très affaiblis. Cela est très dangereux dans un
pays comme le nôtre où la majorité de la population est constituée de jeunes qui ne
s’intéressent pas à la politique. Nous avons un pays qui est inondé par l’argent de la drogue et
les élections seront le lieu de blanchiment de cet argent »594.
Quant aux menaces non militaires, leur lutte nécessite des moyens financiers énormes.
La défaillance de l’Etat d’offrir une sécurité non militaire à sa population, risque de perdre
celle-ci au profit des groupes criminels.
592
Propos recueillis par COURAUD Raymond, le Républicain du 28 Octobre 2010
[http://www.maliweb.net/category.php?NID=66648] (Consulté le 17 mai 2011)
593 MARCHESIN Philippe, les nouvelles menaces, Op Cit, p 132
323
Chapitre 10 : Les mesures correctrices pour un avenir radieux de la CEDEAO
Deux mesures peuvent assurer un avenir meilleur pour l’Afrique de l’Ouest, d’une
part, instaurer une réforme du secteur de la sécurité sur le court terme (Section 1) et adopter le
fédéralisme sous-régional comme stratégie d’intégration politico-économique (Section 2)
Sur une période d’environ 5 ans, il est vital que les Etats de la CEDEAO soient soumis
à un programme de réforme du secteur de la sécurité (Paragraphe 1) suivant des modalités
bien définies (Paragraphe 2). La réforme du secteur de la sécurité détermine l’intégration de
l’Afrique de l’Ouest, cet avis est partagé par Philippe Hugon : « l’intégration régionale
présuppose l’intégration nationale, le renforcement de l’Etat et d’une citoyenneté, un Etat fort
s’appuyant sur une société civile forte créant des contre-pouvoirs »595
325
L’élargissement de la notion de sécurité a entrainé une multiplication des acteurs
impliqués dans les questions de sécurité. Les relations entre ces acteurs différents par nature,
constituent les systèmes de sécurité.
597
Organisation pour la Coopération et le Développement Economiques, Réforme des Systèmes de
Sécurité et Gouvernance : Principes et Bonnes Pratiques, OCDE 2005, pp 26-27
598
Ibid., pp 20
326
En définitif, le secteur de la sécurité : « recouvre l’ensemble des dispositifs et
moyens qui permettent à l’Etat de garantir sa sécurité intérieure et extérieure en exerçant à
cette fin le monopole de l’usage légitime de la force selon la définition de Max Weber »599
La Réforme du Secteur de la Sécurité est préconisée aux Etats connaissant des
situations de fragilité ou ayant connu des conflits. Elle apporte une réponse holistique à 3
défis majeurs :
599
DE COURTIVRON Hugues décembre 2009 Pour une gouvernance Démocratique du secteur de
la sécurité : Consolider la paix en réformant le secteur de la sécurité au niveau des
superstructures de contrôle et de validation (ministérielles, parlementaires, société civile, etc.),
Cahiers de proposition, Forum pour une nouvelle gouvernance mondiale, pp 10
[http://www.worldgovernance.org/IMG/pdf_575_Courtivron_def__Pour_une_gouvernance_democat
ique_du_secteur_de_la_securite.pdf] (Consulté le 14 Mai 2011)
600 HÄNGGI Heiner, TANNER Fred, « Promoting security sector governance in the EU’s
neighbourhood» in Chaillot Paper, n° 80, juillet 2005, p. 18.
601 ORGANISATION POUR LA COOPERATION ET LE DEVELOPPEMENT ECONOMIQUES,
Réforme des Systèmes de Sécurité et Gouvernance : Principes et Bonnes Pratiques, OCDE 2005,
Op. Cit pp 13
327
Paragraphe 2 : Les modalités de la Réforme des Systèmes de la Sécurité
La Réforme des Systèmes de la Sécurité repose sur des principes à respecter par les
pays donateurs (A) et l’identification d’activités pour la réforme du secteur de la sécurité (B).
Selon l’OCDE, les principes suivants sont à respecter par les pays donateurs, dans le
cadre de la réforme du secteur de la sécurité, ils doivent :
- Veiller à ce que la réforme des systèmes de sécurité soit centrée sur l’être humain,
suscite l’appropriation locale et se fonde sur des normes démocratiques et le respect
des droits de l’homme et de la règle du droit, l’objectif étant de mettre un terme à la
terreur.
- Considérer la réforme des systèmes de sécurité comme un cadre propre à structurer la
réflexion sur les moyens qui s’offrent de régler les divers problèmes de sécurité
auxquels sont confrontés les États et leur population grâce à une intégration plus
étroite des politiques de développement et de sécurité ainsi qu’à un renforcement de la
participation des civils et de leur pouvoir de contrôle.
- Inscrire les activités à l’appui de la réforme des systèmes de sécurité dans des
stratégies plurisectorielles, s’appuyant sur une évaluation approfondie des besoins de
la population et de l’État en matière de sécurité.
- Se conformer, pour la mise au point des réformes à opérer dans les systèmes de
sécurité, aux principes de base auxquels doit obéir toute action de réforme du secteur
public, notamment la transparence et l’obligation de rendre des comptes.
- Appuyer la mise en oeuvre de la réforme des systèmes de sécurité sur des processus et
politiques clairement définis, visant à mettre en place les capacités institutionnelles et
humaines voulues pour que la politique de sécurité donne des résultats efficaces.
602
ORGANISATION POUR LA COOPERATION ET LE DEVELOPPEMENT ECONOMIQUES,
Réforme des Systèmes de Sécurité et Gouvernance : Principes et Bonnes Pratiques, OCDE 2005,
Op. Cit pp 14.
328
Il est important de définir des règles pour les pays donateurs, en effet, l’Afrique a
régulièrement constitué un terrain d’essai pour des programmes conçus sans tenir compte de
la position et des réalités africaines. Ces règles ont l’avantage d’accorder une grand
importance à l’avis du pays bénéficiaire du programme, pour obtenir une adhésion massive au
programme et pour aboutir à la réussite du programme.
L’OCDE identifie 9 activités, qui doivent être ciblées dans le cadre de la mise en
œuvre du programme de Renforcement des Systèmes de la Sécurité, il s’agit de :
- Le Dialogue et les initiatives politiques et stratégiques :
- Armée et services de renseignement :
- Justice et dispositifs de sécurité interne :
- Forces de sécurité non rattachées à l’État :
- Mécanismes de surveillance civile
- Organes de gestion civile
- Renforcement des capacités du pouvoir civil
- Initiatives régionales
- Initiatives visant à démilitariser la société
Le Manuel de l’OCDE constitue une bonne approche en ce qui concerne la lutte contre
la fragilisation des Etats, toutefois, pour de meilleurs résultats, deux facteurs doivent pris en
compte :
- La Coordination de l’action des Etats donateurs :
Il y a une multiplicité des Etats prêts à soutenir un programme de la Réforme des
Systèmes de Sécurité dans les Etats fragiles. En général, les Etats donateurs ont des
conceptions différentes de l’architecture sécuritaire, chaque Etat souhaitant défendre son
système de sécurité. Pour plus d’efficacité dans la mise en œuvre des programmes de la
Réforme des Systèmes de Sécurité, il est utile que soit mise en place des commissions ad-hoc
par programme et par pays cibles, afin d’éviter la dispersion des efforts.
329
- L’implication des Etats bénéficiaires
Un bon programme de la Réforme des Systèmes de Sécurité doit impérativement
associer les acteurs locaux dans la conception et la mise en œuvre du programme. A titre
illustratif, la question du genre ne sera pas perçue de la même façon, selon qu’on se situe dans
un Etat occidental ou dans un Etat fragile603.
Afin de pallier la fragilité excessive des Etats de la CEDEAO, il est utile d’envisager
une Réforme du Secteur de la Sécurité, celle-ci :« est désormais au centre des efforts déployés
pour lutter contre la fragilité des États et sortir des conflits ».
603
A ce sujet, au Mali l’incorporation des femmes à la Gendarmerie date de 2003.
330
Section 2 : L’adoption du fédéralisme régional comme nouvelle stratégie d’intégration :
Le fédéralisme procurera aux Etats d’Afrique de l’Ouest, des avantages politiques (A)
et des avantages économiques (B).
333
paralysie est d’instaurer un régime fédéral, à travers celui-ci, les interventions s’assimileront à
des opérations de maintien d’ordre et ne seront pas soumises à l’octroi de l’autorisation des
différents Etats membres, qui ne constitueront qu’une seule entité.
La célérité de l’intervention militaire, permettra d’une part, le renforcement de la
bonne gouvernance en Afrique de l’Ouest, les entités fédérées étant sous le contrôle
permanent du gouvernement fédéral composé sur des bases non ethniques, veillera à la stricte
application de la loi fédérale en ce qui concerne le respect des droits humains et la bonne
gestion.
Sur le plan politique, l’instauration d’un régime fédéral en Afrique de l’Ouest peut être
un moyen de taire les différentes velléités sécessionnistes, à titre d’exemple, il serait
irrationnel, de notre point de vue, que des groupes comme le Mouvement pour
l’émancipation du Delta du Niger, ou certains groupes touareg, continuent de réclamer leur
indépendance dans un ensemble fédéral qui comprendrait plus de 300 millions d’habitants,
par ailleurs, les entités auront une large autonomie de gestion en étant dans un ensemble
fédéral.
Aussi, sur le plan de la lutte contre l’insécurité, nous avons démontré la nature
transfrontalière des menaces à la sécurité, qui se posent aux Etats de la CEDEAO, avec le
fédéralisme, une mise en commun des moyens des différentes entités permettra de lutter plus
efficacement contre ces menaces, qu’elles soient militaires ou non militaires.
Le dernier enjeu politique de la fusion des Etats de la CEDEAO à un Etat, est la
constitution d’une puissance politique capable d’influer sur les grandes décisions stratégiques
internationales, cet avis est partagé par Dussouy605 : « la recherche de la puissance serait la
motivation centrale des unités qui se rapprochent dans une fédération ».
605 DUSSOUY Gérard, Quelle géopolitique au XXIème siècle, complexe, Bruxelles, 2001, p 243
334
fédéralisme, à ce sujet, John Kincaid pense que : « dans sa forme moderne, le fédéralisme est
à peu près contemporain de la notion d’économie de marché. »606.
L’auteur continuant son analyse estime que le fédéralisme vise la création d’un marché
commun, celui apporterai les avantages suivants : « la liberté des échanges commerciaux
entre diverses communautés politiques. En abaissant les barrières commerciales entre ces
communautés, en tempérant l’indépendance et les ambitions égoïstes de leurs politiques
économiques et en utilisant les ressources naturelles et humaines du pays tout entier, un
marché commun peut favoriser la prospérité économique aussi bien que l’intégration
nationale. »607.
En plus des avantages précités, que procurerait la constitution d’un marché commun,
l’auteur identifie 7 avantages qu’apporte le fédéralisme :
1- « fournir et produire avec plus d’efficience des services publics adaptés à la diversité
des préférences individuelles et collectives, notamment pour des modes différents de
production de ces services, qui existent au sein d’une fédération ;
2- mieux aligner les coûts et les avantages du gouvernement pour une population variée,
d’où un supplément d’équité dans la mesure où les citoyens en ont pour leur argent et
paient pour ce qu’ils ont,
3- assurer de meilleurs ajustements des biens publics et de leurs caractéristiques spatiales,
et en particulier les économies d’échelle variables selon les cas qu’ils permettent de
réaliser,
4- stimuler la concurrence, l’expérimentation et l’innovation au sein des administrations
publiques,
5- être plus réceptive aux préférences des citoyens, d’autant plus que les gouvernements
régionaux et locaux ont le pouvoir et les moyens d’y répondre,
6- obliger les décideurs à répondre de leurs choix avec plus de transparence et plus près
du citoyen et
606
KINCAID John, « Avantages et inconvénients du modèle fédéral pour l'action économique », in
Revue internationale des sciences sociales 1/2001, n° 167, pp89.
[www.cairn.info/revue-internationale-des-sciences-sociales-2001-1-page-89.htm.] (Consulté le 14
Mai 2011)
607 Id., pp 90
335
7- être plus sensible aux préoccupations régionales infranationales, notamment parce que
les gouvernements de ses composantes ont le pouvoir de pourvoir eux-mêmes à leurs
besoins »608
Par ailleurs, l’instauration d’un système fédéral en Afrique de l’Ouest obligerait les
gouvernants à adopter des politiques économiques instaurant la spécialisation économique,
qui obligerait les entités fédérées à ne produire que des biens dans lesquels ils ont un avantage
naturel. Grâce à cette spécialisation, les Entités fédérées ne se feront plus la concurrence et la
spécialisation peut entrainer à long terme la transformation en biens industriels de certains
produits agricoles et leurs exportations en dehors de l’Afrique de l’Ouest.
Selon Philippe Jean, le fédéralisme assure l’établissement d’un grand marché, pour
cela, il faut lutter contre les facteurs naturels qui agissent contre l’efficacité de l’économie
régionale, selon Hugon, les facteurs naturels : « tiennent à la faible densité, au poids limité
des villes (…) à l’importance du nombre des petits Etats… »609. Ces différents facteurs
renvoient à l’étroitesse des marchés africains qui explique en partie la faiblesse du commerce
intra-zone. La construction d’un marché intérieur résultante du fédéralisme sous-régional
permet la réalisation des économies d’échelle qui consiste à une « diminution des coûts
unitaires obtenue par l’augmentation de la taille de l’entreprise et de la quantité produite »610.
608
KINCAID John, « Avantages et inconvénients du modèle fédéral pour l'action économique » in Revue
internationale des sciences sociales, Op Cit.
609
COUSSY Jean et HUGON Philippe, intégration régionale et ajustement structurel en Afrique
sub-saharienne, Ministère de la Coopération et du Développement, Paris, 1991, p 23
610
DEUBEL Philippe et autres, Dictionnaire de sciences économiques et sociales, Bréal, mars
2008, p 42
336
Paragraphe 2 : Les vecteurs sous tendant la détermination du fédéralisme sous-régional
comme nouvelle stratégie d’intégration de la CEDEAO
Notre choix pour le fédéralisme se justifie par le fait que les Etats de l’espace
CEDEAO ont en commun le panafricanisme (A), mais surtout ils partagent une histoire
commune marquée par les empires. A l’opposé, certaines positions souhaitent la réalisation
d’un fédéralisme à l’échelle du continent, ce que nous ne partageons pas dans l’immédiat, car
il existe des frontières culturelles entre les différentes sous-régions africaines, il faut utiliser
les vecteurs culturels pour réaliser d’abord les fédéralismes sous-régionaux (B), le fédéralisme
à l’échelle continentale pourra se réaliser ainsi plus facilement.
A- Le panafricanisme
Le panafricanisme signifie : « une idéologie qui vise à réaliser l’unité ou l’unification
de tout le continent africain afin de rendre à l’homme noir dignité, considération et
respect »611
Le panafricanisme recherche l’équilibre entre les blancs et les noirs. L’auteur de cette
idéologie est Marcus Garvey. Le panafricanisme émergea en 1919 à Paris, lors du premier
congrès panafricain.
Selon M. Kouassi, le panafricanisme a trois variantes612 :
- Raciale : sous cet angle, il signifie : « un mouvement d’émancipation des noirs, de
revendication de l’égalité entre noirs et blancs »613
- Culturel : le panafricanisme constitue un : « refus : du communisme et de la
colonisation (…) dans la mesure où l’affirmation de la personnalité politique de
l’Afrique est entretenue par la négritude, expression littéraire du panafricanisme, il
constitue un refus : la négritude, par le fait même qu’elle met l’accent sur
l’authenticité du monde négro-africain, se manifeste comme un refus d’accepter
sans discussion les doctrines élaborées à l’extérieur »614.
- Politique : dans cette perspective, le panafricanisme a servi de substrat aux
indépendances des Etats africains et la réalisation de l’unité africaine. En effet, à
337
l’aune des indépendances africaines, le panafricanisme a pris une forme politique
militante avec une revendication à l'unité des futurs États, symbolisée par
l'indépendance du Ghana en 1957 et la création de l'Organisation de l'unité
africaine en 1963.
339
- L’empire du Ghana :
Il a été fondé au VIIIème siècle par les Soninké, l’empereur s’appelait Kaya Maghan.
Le XIème siècle a constitué l’apogée de l’empire, à cette date, il comprenait les régions
suivantes : le Ouagadou, l’Aouker, le Do, le Sosso, le Mandé, le Méma, les régions du Niger
et le Tekrour (vallée du Sénégal). L’empire du Ghana était un carrefour commercial
important, qui entretenait des liens commerciaux avec le Maghreb. Sur le plan politique,
l’empire était composé de provinces et de royaumes : le royaume d’Aoudaghost,
correspondant à la Mauritanie, le royaume du Tekrour, le royaume du Manding, le royaume
Songhaï, le royaume Mossi et le royaume de Ouagadou.
Les gouverneurs et les rois représentaient l’empereur dans les différentes localités.
L’activité économique de l’empire reposait sur l’agriculture, l’artisanat, les mines et le
commerce. La société comprenait des clans et des tribus, on retrouvait les couches suivantes :
les nobles, es hommes de caste et les esclaves.
En 1076 l’empire du Ghana va connaitre son déclin. À la suite de l’invasion des
almoravides, Aboubakar prit le contrôle de Koubi-saleh, la capitale de l’empire du Ghana.
- L’empire du Mali :
À la suite du déclin de l’empire du Ghana, l’empire du Mali verra le jour. Sous
l’empire du Ghana, le Mali était un petit royaume situé dans le mandé entre Siguiri et Kita.
Le premier empereur fut Soundiata Keïta. Toutefois, l’empire du Mali a connu son
apogée sous le règne de Kankou Moussa. L’empire s’étendait de l’océan atlantique à la
République du Niger et du désert à la bordure nord de la forêt. Sur le plan politique, l’empire
était composé de provinces et de royaumes. L’activité économique reposait sur l’agriculture,
les mines, l’artisanat, les impôts et le commerce. La stratification sociale était la suivante : les
nobles, les hommes de caste et les esclaves. Après plusieurs invasions, l’empire du Mali
connut son déclin au XVIIème siècle.
- L’empire Songhoy :
Successeur de l’empire du Mali, l’empire Songhoy occupait la boucle du Niger
jusqu’au pays mossi. Le premier empereur a été Sonni Ali-ber, l’empire a connu son apogée
sous le règne de Askia Mohamed qui disposait d’une armée bien organisée et puissante. Sur le
340
plan politique, l’empereur dirigeait sur la base des principes de l’islam. L’empire était divisé
d’une part, en provinces dirigés par des farma, gouverneurs et d’autre part, en pays tributaires,
bénéficiant d’une certaine autonomie et dirigés par des rois locaux. L’économie de l’empire
reposait sur : l’agriculture, la pêche, le commerce, les mines et les impôts. La société était
divisée en aristocrates, hommes libres, hommes de caste et esclaves. Les guerres intestines ont
fragilisé l’empire Songhoy, dont le glas fut sonné le 30 Mai 1951 avec l’invasion des
marocains.
Les difficultés auxquelles fait face la CEDEAO, ne sont pas insurmontables. Nous
avons identifié deux mesures correctrices, à mettre en œuvre pour renforcer la paix et la
sécurité en Afrique de l’Ouest. La première mesure à mettre en ouvre, est la réforme du
secteur de la sécurité dans les Etats de la CEDEAO, afin de rendre à l’Etat « le monopole de
la violence légitime ». Pour l’instant, les Etats qui sont soumis à la réforme du secteur de la
sécurité, sont les Etats qui sont en situation de post conflit comme le Libéria, la Sierra Léone.
Nous ne sommes pas convaincus, que cette réforme doit s’appliquer uniquement, aux Etats
ayant connu des situations de conflits. En effet, lorsque l’Etat ne peut garantir la sécurité
nationale et que les forces armés et de sécurité se trouvent dans une logique hybride : soldat le
jour, criminel la nuit. Il faut adopter une réforme du secteur de la sécurité. La communauté
internationale doit accompagner les Etats de la CEDEAO, dans cette direction en les appuyant
par l’expertise, le conseil et le financement.
Sur le long terme, il est indispensable pour les Etats de la CEDEAO, de modifier leur
stratégie d’intégration. Le salut de l’Afrique de l’Ouest se trouve dans le fédéralisme. En
effet, les sociétés ouest-africaines sont caractérisées, par le fait que: « les membres sont
divisés en catégories ou groupes en fonction de facteurs tels que la langue, la race,
l’appartenance ethnique, la communauté de départ ou d’origine, la religion, les institutions
sociales spécifiques ou la culture »622, le fédéralisme peut être un moyen rationnel de défendre
les différences ethniques tout en étant dans un ensemble fédéral. Cependant, nous estimons
que le fédéralisme devra se réaliser sur la base des entités étatiques existantes.
622
SMITH Michael Garfield, « Pluralisme, violence et l’État moderne : une typologie », L’État au
pluriel, Paris, Economica, 1985, p 207.
341
L’entité fédérale sera le garant de la liberté et de la bonne gouvernance. C’est à ce prix
que nous éviterons les conflits internes ou les atteintes à la bonne gouvernance. Le
fédéralisme va également diminuer la pauvreté, grâce à ses vertus économiques. L’avantage
de ce système c’est la prise en compte des deux facteurs principaux de conflits : l’injustice et
la pauvreté.
Le choix du fédéralisme régional à l’échelle de l’Afrique de l’Ouest, nous paraît plus
réaliste, contrairement au projet de la création des États Unis d'Afrique, qui a été relancé en
2000 par le Colonel Mouammar Kadhafi. La construction du fédéralisme à l’échelle régionale
sera facilitée par les liens culturels qui existent entre les différentes populations. A notre avis,
la réalisation d’un fédéralisme à l’échelle continentale, sera possible, après que les différentes
régions africaines aient tenté le système fédéral à l’échelle régionale.
342
CONCLUSION GENERALE
Primo, nous avons présenté le mécanisme initial de sécurité de la CEDEAO. Cette analyse a
permis de connaitre notamment l’objectif recherché par ce mécanisme, à savoir l’éradication
des guerres entre Etat de la CEDEAO. Secundo, nous avons étudié le nouveau mécanisme de
la sécurité de la CEDEAO et la genèse de l’adoption de ce mécanisme, symbolisée par
l’incapacité du mécanisme initial de sécurité, à prévenir et régler le conflit libérien, ce travail
a consisté en une analyse approfondie du nouveau mécanisme de la sécurité de la CEDEAO,
qui a l’avantage d’être exhaustif et gère concomitamment les menaces militaires et les
menaces non militaires. Il s’avère que le nouveau mécanisme de sécurité rencontre des
difficultés d’application, au regard des menaces militaires et non militaires, qui ont émergé,
depuis son adoption. On peut citer le conflit ivoirien, les rébellions touarègues, le terrorisme,
l’accroissement de la pauvreté.
Tertio, nous avons effectué une analyse structurelle de l’Afrique de l’Ouest, ce qui nous a
permis de déduire le risque d’accroissement des menaces militaires et non militaires.
Quarto, en fin d’analyse, nous avons démontré que le fédéralisme en Afrique de l’Ouest, sur
la base des Etats actuels, qui auront réformé leur secteur de la sécurité, est une voie salvatrice.
La lutte contre l’insécurité humaine en Afrique de l’Ouest est d’autant plus complexe, que les
perspectives économiques de la CEDEAO et des ses Etats membres, sont peu reluisantes.
Au regard de tout ce qui précède, il ressort que la CEDEAO a du mal à appliquer ses
programmes politiques et économiques. Par ailleurs, l’Union Européenne constitue l’exemple
le plus abouti en matière d’intégration basée sur la pratique du « Spill-over effect ».
Actuellement, cette Organisation Internationale connait des difficultés, compte tenu du refus
de certains Etats de tendre vers plus de solidarité. Le cas de la crise grecque est illustrative de
la division des Etats européens, entre ceux qui sont pour un secours total à la Grèce et ceux
qui sont réticent à l’aide de la Grèce. Sur le plan de la Défense, l’application du « Spill-Over
effect » soulève des blocages, car les Etats, quelque soient, le degré d’intégration sont
naturellement réticents à partager, au nom de la solidarité, leur acquis en matière de défense.
344
Aussi, le fédéralisme en Afrique de l’Ouest peut constituer une mesure de relève par
soi. Les Etats de la CEDEAO doivent promouvoir leurs propres capacités et moins compter
sur l’aide. A titre indicatif623 : « depuis la fin des années 1970, l’aide est en recul constant
pour l’aide publique au développement comme pour les IDE (…) en 2003, l’APD ne
représente que 0,23% du PIB des cinq principaux bailleurs de fonds (USA, Japon, France,
Allemagne et Royaume Uni), dont les concours ont diminué en valeur réelle ; et les promesses
de porter les concours à 0,7% restent un engagement à long terme ». Dans le même sens,
Mouhoubi fait le constat624 de la lassitude des bailleurs de fonds.
Les Etats contribuant au développement des Etats africains sont, pour la plupart dans
une mauvaise posture socio-économique. Actuellement, les Etats-Unis sont à plus 1400
milliards de dollars, soit 9 950 milliards d'euros, presque 100 % du produit intérieur brut625 et
l’Europe accumule une dette de plus de 1 646,1 Milliards d’euros soit environ 84,5 % du PIB
européen626. En plus de la dette abyssale, les Etats occidentaux connaissent une situation
sociale peu reluisante, le taux de chômage aux Etats-Unis s’élevait à environ 9% de la
population active627, quant à la zone euro, il était de 9,9%628. Désormais, il est établi que :
« le Nord a son propre Sud »629, les Etats de la CEDEAO doivent de moins en moins compter
sur l’aide et promouvoir une stratégie autocentré.
623
KIPRE Pierre, « la perspective africaine », in l’aide au tiers-monde à quoi bon ? Sylvie BRUNEL et al
(s.dir), les éditions ouvrières, Paris, 2005, p 66.
624 MOUHOUBI Salah, le NEPAD : une chance pour l’Afrique ?, Office des Publications
Universitaires, Alger, 2005, p 11
625IMBERT Louis, « comprendre la crise de la dette américaine », Le monde.fr. 26 juillet 2011
[http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2011/07/26/comprendre-la-crise-de-la-dette-
americaine_1552828_3222.html] (Consulté le 15 août 2011)
626Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques
[http://www.oecd.org/document/12/0,3746,fr_2649_34251_48378252_1_1_1_1,00.html] (Consulté le
15 juillet 2011)
628EUROSTAT,
"[http://europa.eu/rapid/pressReleasesAction.do?reference=STAT/11/31&format=HTML&aged=0&
language=FR&guiLanguage=en]
629 Expression de Mme BOUZIDI Nachida, Maitre de conférences à l’Ecole Nationale
d’Administration d’Alger. Elle fait allusion à la division internationale du travail, qui divisait le
monde en Nord, industrialisé et riche et un sud pauvre.
345
résultant du partage de l’Afrique en grands ensembles régionaux. La France avait crée d’une
part, l’Afrique Occidentale Française, qui était une fédération des colonies françaises situées
en Afrique de l'Ouest. L’A.O.F comprenait les Etats suivants : la Côte d'Ivoire, la Guinée
française630, le Dahomey631, la Haute-Volta632, la Mauritanie, du Niger et du Sénégal et le
Soudan633, la capitale administrative était à Dakar au Sénégal. Et d’autre part, l’Afrique
Equatoriale Française, qui réunissait les colonies suivantes : le Congo, Gabon, l'Oubangui-
Chari634 et le Tchad, la capitale administrative était située à Brazzaville au Congo.
Le cas français était loin d’être isolé, les Britanniques également avaient regroupés leurs
colonies en un seul ensemble, British West Africa, qui regroupait : la Gambie, la Sierra
Léone, le Nigéria et le British Goald Coast635. Le but de nos propos, n’est certainement pas
de raviver la controverse sur le rôle positif ou négatif de la colonisation, cependant, il faut
« séparer le bon grain de l’ivraie ». Si le colonisateur avait fait le choix de regrouper ces
colonies, sur une assise géographique, c’est parce qu’il tirait des avantages. Grâce à cette
technique, il était aisé de spécialiser les différentes colonisés, dans la production d’une ou de
deux matières premières en fonction de leurs avantages naturels.
En tout état de cause, l’Afrique de l’Ouest sera fédérale ou elle ne le sera pas !
I- Traité de la CEDEAO
347
ANNEXE I : Traité révisé établissant la CEDEAO
PREAMBULE
Nous, Chefs d'Etats et de Gouvernement des Etats Membres de la Communauté Economique
des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO):
Président de la République du BENIN
Président du BURKINA FASO
Premier Ministre de la République du CAP VERT
Président de la République de COTE D'IVOIRE
Président de la République de GAMBIE
Président de la République du GHANA
Président de la République de GUINEE
Président de la République de GUINEE BISSAU
Président du Gouvernement Intérimaire d'Unité Nationale de la République du LIBERIA
Président de la République du MALI
Président de la République Islamique de MAURITANIE
Président de la République du NIGER
Président de la République Fédérale du NIGERIA
Président de la République du SENEGAL
Chef de l'Etat et Président du Conseil National Provisoire de la République de SIERRA
LEONE
Président de la République TOGOLAISE
353
Conférence sont prises selon les matières à l'unanimité, par consensus, à la majorité des deux
tiers des Etats Membres.
3. Les matières visées au paragraphe ci-dessus sont définies dans un Protocole. Les décisions
de la Conférence sont adoptées par consensus jusqu'à l'entrée en vigueur dudit protocole.
4. Les décisions de la Conférence ont force obligatoire à l'égard des Etats Membres et des
Institutions de la Communauté, sous réserve des dispositions du paragraphe (3) de l'Article 15
du présent Traité.
5. Le Secrétariat Exécutif est tenu de procéder à la publication des décisions trente (30) jours
après la date de leur signature par le Président de la Conférence.
6. Ces décisions sont exécutoires de plein droit soixante (60) jours après la date de leur
publication dans le Journal Officiel de la Communauté.
7. Chaque Etat membre publie les mêmes décisions dans son Journal Officiel dans les délais
prévus au paragraphe 5.
355
2. Un Comité de sélection et d'évaluation du rendement des fonctionnaires statutaires procède
à une évaluation parmi les ressortissants des Etats membres auxquels sont attribués les postes
statutaires et propose, dans un ordre de préférence, trois (3) candidats à la Conférence pour
une sélection définitive.
3. Le Secrétaire Exécutif doit être une personne intègre de compétence avérée ayant une
vision globale des problèmes politiques et économiques et d'intégration régionale.
4. (a) Les Secrétaires Exécutifs Adjoints et les autres fonctionnaires statutaires sont nommés
par le Conseil des Ministres sur proposition du Comité ministériel de sélection et d'évaluation
au terme d'une évaluation parmi les trois (3) candidats présentés par les Etats membres
respectifs auxquels les postes sont attribués. Ils sont nommés pour une période de quatre (4)
ans renouvelable une seule fois pour une autre période de quatre (4) ans.
(b) Les vacances de postes sont publiées dans tous les Etats Membres auxquels sont attribués
les postes statutaires.
5. Lors de la nomination du personnel professionnel de la Communauté, il sera dûment tenu
compte en plus des conditions d'efficacité et de compétence technique, d'une répartition
géographique équitable des postes entre les ressortissants de tous les Etats Membres.
Article 19. Attributions
1. Sauf dispositions contraires du présent Traité et des protocoles annexés, le Secrétaire
Exécutif est le principal fonctionnaire exécutif de la Communauté et de toutes ses Institutions.
2. Le Secrétaire Exécutif dirige les activités du Secrétariat Exécutif et est, sauf dispositions
contraires d'un protocole, le représentant légal de l'ensemble des Institutions de la
Communauté.
3. Sans préjudice de l'étendue générale de ses responsabilités, le Secrétaire Exécutif est chargé
de:
(a) l'exécution des décisions de la Conférence et l'application des règlements du Conseil;
(b) la promotion des programmes et projets de développement communautaires ainsi que des
entreprises multinationales de la Région;
(c) la convocation, en cas de besoin, de réunions de Ministres sectoriels pour examiner les
questions sectorielles qui contribuent à la réalisation des objectifs de la Communauté;
(d) l’élaboration des projets de programmes d'activités et de budget de la Communauté et de
la supervision de leur exécution après leur approbation par le Conseil;
(e) la présentation d'un rapport sur les activités de la Communauté à toutes les réunions de la
Conférence et du Conseil;
(f) la préparation des réunions de la Conférence et du Conseil et la fourniture des services
techniques nécessaires ainsi que des réunions des experts et des Commissions techniques;
(g) le recrutement du personnel de la Communauté et la nomination aux postes autres que
ceux des fonctionnaires statutaires conformément au Statut et Règlement du Personnel;
(h) la soumission de propositions et l'élaboration d'études qui peuvent aider au bon
fonctionnement et au développement harmonieux et efficace de la Communauté;
(i) l'élaboration de projets de textes à soumettre à la Conférence ou au Conseil pour
approbation.
Article 20. Rapports entre le personnel de la communauté et les états membres
1. Dans l'accomplissement de leurs fonctions, le Secrétaire Exécutif, les Secrétaires
356
Exécutifs Adjoints et les autres membres du Personnel de la Communauté doivent entière
loyauté à la Communauté et ne rendent compte qu'à elle. A cet égard, ils ne sollicitent ni
n'acceptent d'instructions d'aucun Gouvernement ni d'aucune autorité nationale ou
internationale extérieure à la Communauté. Ils s'abstiennent de toute conduite ou activité
incompatibles avec leur statut de fonctionnaire international.
2. Chaque Etat Membre s'engage à respecter le caractère international du statut du
Secrétaire Exécutif, des Secrétaires Exécutifs adjoints et des autres fonctionnaires de la
Communauté et s'engage à ne pas chercher à les influencer dans l'accomplissement de leurs
fonctions.
3. Les Etats Membres s'engagent à coopérer avec le Secrétariat Exécutif et les autres
Institutions de la Communauté et à les aider dans l'accomplissement des fonctions qui leur
sont dévolues en vertu du présent Traité.
Article 21. Fonds de Coopération, de Compensation et de Développement - Statut et
Attributions
1. II est créé un Fonds de Coopération, de Compensation et de Développement de la
Communauté.
2. Le statut, les objectifs et les attributions du Fonds sont définis dans le protocole y afférent.
Article 22. Les commissions techniques création et composition
1. Sont créées les Commissions Techniques suivantes :
(a) Alimentation et Agriculture;
(b) Industrie, Science et Technologie, et Energie;
(c) Environnement et Ressources Naturelles;
(d) Transports, Communications et Tourisme;
(e) Commerce, Douanes, Fiscalité, Statistique, Monnaie et Paiements;
(f) Affaires Politiques, Judiciaire et juridique, Sécurité régionale et Immigration;
(g) Ressources Humaines, Information, Affaires Sociales et Culturelles,
(h) Administration et Finances.
2. La Conférence peut, si elle le juge nécessaire, restructurer les Commissions existantes ou
en créer de nouvelles.
3. Chaque Commission comprend des représentants de chacun des Etats Membres.
4. Chaque Commission peut, si elle le juge nécessaire, créer pour l'aider dans
l'accomplissement de ses fonctions, des Sous-commissions dont elle détermine la
359
(j) établir une banque de données et d'informations statistiques pour soutenir le
développement industriel aux niveaux régional et continental;
(k) promouvoir une spécialisation industrielle en tenant compte des richesses en ressources
naturelles en vue d'accroître la complémentarité entre les économies des Etats Membres et
d'élargir la base des échanges intracommunautaires;
(1) adopter des normes communes et des systèmes de contrôle de qualité adéquats.
Article 27. Science et technologie
1. Les Etats Membres conviennent de :
(a) renforcer les capacités scientifiques et technologiques afin de réaliser la transformation
socio-économique nécessaire à l'amélioration de la qualité de vie de leurs populations,
particulièrement celles des zones rurales;
(b) assurer une application appropriée de la science et de la technologie au développement de
l' agriculture, des transports et des communications, de l' industrie, de la santé et de l'hygiène,
de l'énergie, de l'éducation et des ressources humaines ainsi qu'à la préservation de
l'environnement;
(c) réduire leur dépendance et promouvoir leur autonomie individuelle et collective dans le
domaine de la technologie;
(d) coopérer en matières de développement, d'acquisition et de vulgarisation de technologies
appropriées;
(e) renforcer les institutions de recherche scientifique existantes et prendre toutes mesures
requises pour élaborer et mettre en oeuvre des programmes conjoints de recherche
scientifiques et de développement technologique.
2. Dans le cadre de cette coopération, les Etats Membres s'engagent à:
(a) harmoniser au niveau communautaire leurs politiques nationales relatives à la recherche
scientifique et technologique en vue de faciliter leur intégration dans les plans nationaux de
développement économique et social;
(b) coordonner leurs programmes dans les domaines de la recherche appliquée, de la
recherche o développement et des services scientifiques et technologiques;
(c) harmoniser d'une part, leurs plans nationaux de développement technologique en mettant
un accent particulier sur les technologies endogènes et adaptées et, d'autre part, leurs
réglementations en matière de priorité industrielle et de transfert de technologie;
(d) coordonner leurs positions sur les questions scientifiques et techniques faisant l'objet de
négociations internationales;
(e) procéder à un échange d'informations et de documentation et créer des réseaux et des
banques de données communautaires;
(f) élaborer des programmes communs de formation de cadres scientifiques et techniques, y
compris la formation et le perfectionnement de la main-d’œuvre qualifiée;
(g) promouvoir les échanges de chercheurs et de spécialistes entre les Etats Membres en vue
d'utiliser pleinement les compétences techniques disponibles dans la Communauté;
(h) harmoniser les systèmes éducatifs en vue de mieux adapter les programmes
d'enseignement et de formation scientifiques et techniques aux besoins de développement
spécifiques à l'environnement ouest africain.
Article 28. Energie
360
1. Les Etats Membres conviennent de coordonner et d'harmoniser leurs politiques et
programmes dans les domaines de l'énergie.
2. A cet effet, ils s'engagent à :
(a) mettre effectivement en valeur les ressources énergétiques de la région;
(b) mettre en place des mécanismes de coopération appropriées en vue de garantir leur
approvisionnement régulier en hydrocarbures;
(c) promouvoir le développement des énergies nouvelles et renouvelables notamment
l'énergie solaire dans le cadre de la politique de diversification des sources d'énergie;
(d) harmoniser leurs plans nationaux de développement énergétique en recherchant
notamment l'interconnexion des réseaux de distribution d'électricité;
(e) concevoir une politique énergétique commune, particulièrement en matière de recherche,
d'exploitation, de production et de distribution;
(f) créer un mécanisme de concertation et de coordination permettant de résoudre en commun
les problèmes que pose le développement énergétique au sein de la Communauté, notamment
ceux relatifs au transport de l'énergie, à l'insuffisance de cadres et techniciens qualifiés ainsi
qu'à la pénurie de moyens financiers pour la réalisation de leurs projets énergétiques.
CHAPITRE VI. COOPERATION EN MATIERE D'ENVIRONNEMENT ET DE
RESSOURCES NATURELLES
Article 29. Environnement
1. Les Etats Membres s'engagent à protéger, préserver et améliorer l'environnement naturel de
la Région et coopérer en cas de désastre naturel.
2. A cet effet, ils adoptent aux plans nationaux et régionaux, des politiques, stratégies et
programmes et créent des institutions appropriées pour protéger et assainir l'environnement,
lutter contre l'érosion, la déforestation, la désertification, les périls acridiens et les autres
fléaux.
Article 30. Déchets toxiques et nocifs
1. Les Etats Membres s'engagent individuellement et collectivement à prendre toutes les
mesures nécessaires pour interdire l'importation, le transit, le dépôt et l'enfouissement de
déchets toxiques et nocifs sur leurs territoires respectifs.
2. Ils s'engagent en outre à adopter toutes les mesures requises en vue de la création d'un
système régional de surveillance pour empêcher l'importation, le transit, le dépôt et
l'enfouissement de déchets toxiques et nocifs dans la région.
Article 31. Ressources naturelles
1. Les Etats Membres conviennent d'harmoniser et de coordonner leurs politiques et
programmes dans le domaine des ressources naturelles.
2. A cet effet, ils s'engagent à :
(a) chercher à approfondir les connaissances et entreprendre une évaluation de leurs
potentialités en ressources naturelles;
(b) améliorer les méthodes de fixation des prix et de commercialisation des matières
premières par une politique concertée;
(c) échanger des informations sur la prospection, l'établissement de cartes, la production et la
transformation des ressources minérales ainsi que la prospection, l'exploitation et la
distribution des ressources en eau;
361
(d) coordonner leurs programmes de développement et d'utilisation des ressources minérales
et Halieutiques;
(e) promouvoir des relations inter-industrielles verticales et horizontales susceptibles d'être
tissées entre les industries des Etats Membres au cours de l'exploitation de ces ressources;
(f) promouvoir la formation continue de la main d'oeuvre qualifiée; élaborer et mettre en
oeuvre des programmes conjoints de formation et de perfectionnement à l'intention des cadres
afin de développer les ressources humaines et les capacités technologiques appropriées
requises pour l'exploration, l'exploitation et la transformation des ressources minérales et
halieutiques;
(g) coordonner leurs positions dans toutes négociations internationales sur les matières
premières;
(h) mettre au point un système de transfert des connaissances et d'échanges de données
scientifiques, techniques et économiques en matière de télédétection entre les Etats Membres.
362
(i) œuvrer en vue de la normalisation des équipements utilisés au niveau des transports et des
communications et pour la mise en place d'infrastructures communes de production, de
maintenance et de réparation.
2. Les Etats Membres s'engagent également à encourager la création et la promotion
d'entreprises conjointes communautaires dans les domaines des transports et des
communications.
Article 33. Postes et télécommunications,
1. Dans le domaine des services postaux, les Etats Membres s'engagent à:
(a) promouvoir une collaboration plus étroite entre leurs administrations postales;
(b) assurer au sein de la Communauté des services postaux efficaces, plus rapides et plus
fréquents;
(c) harmoniser l'acheminement du courrier;
2. Dans le domaine des Télécommunications, les Etats Membres s'engagent à:
(a) développer, moderniser, coordonner et normaliser les réseaux nationaux de
télécommunications en vue de permettre une interconnexion fiable entre les Etats Membres;
(b) réaliser rapidement la partie Ouest-Africaine du réseau panafricain de
télécommunications;
(c) coordonner les efforts pour assurer le fonctionnement et la maintenance de la partie
ouest-africaine du réseau panafricain de télécommunications et mobiliser les ressources
financières aux niveaux national et international.
3. Afin d'atteindre les objectifs énoncés au présent article, les Etats Membres s'engagent
également à encourager la participation du secteur privé dans la prestation des services
postaux et de télécommunications.
Article 34. Tourisme
1. En vue d'assurer un développement harmonieux et viable du tourisme au sein de la
Communauté, les Etats Membres s'engagent à:
(a) renforcer la coopération régionale en matière de tourisme notamment par:
(i) la promotion du tourisme intracommunautaire en facilitant la circulation des voyageurs et
des touristes;
(ii) l'harmonisation et la coordination des politiques, plans et programmes de développement
touristique;
(iii) l'harmonisation des réglementations applicables aux activités touristiques ci hôtelières;
(iv) l'établissement d'un cadre de référence communautaire pour les statistiques du tourisme;
(v) la promotion conjointe de produits touristiques représentatifs des valeurs socioculturelles
et naturelles de la Région.
(b) encourager la création d'entreprises touristiques efficaces qui répondent aux besoins des
populations de la région et des touristes étrangers par:
(i) l'adoption de mesures visant à susciter des investissements dans le domaine touristique et
hôtelier;
(ii) l'adoption de mesures destinées à encourager la création dans les Etats membres
d'associations professionnelles du tourisme et de l'hôtellerie;
(iii) la mise en valeur des ressources humaines au service du tourisme dans la région:
363
(iv) le renforcement ou la création au besoin d'institutions de formation touristique à vocation
régionale.
(c) éliminer toutes mesures ou pratiques discriminatoires à l'égard des ressortissants de la
Communauté en matière de prestations touristiques et hôtelières.
367
4. Lorsque des marchandises sont importées dans un Etat Membre en provenance d'un pays
tiers, tout autre Etat Membre est libre de réglementer le transfert sur son territoire de ces
marchandises soit par un régime de licence soit par le contrôle des importations ou par tout
autre moyen.
5. Les dispositions du paragraphe 4 du présent article s'appliquent aux marchandises qui,
conformément aux dispositions de l'article 38 du présent Traité, ne sont pas considérées
comme originaires d'un Etat Membre.
Article 46. Réglementation et coopération douanières
Les Etats Membres, sur avis de la Commission Commerce Douanes, Statistiques, Fiscalité,
Monnaie et Paiements et conformément aux dispositions de la Convention d'Assistance
mutuelle Administrative en matière de Douane, prennent toutes mesures utiles en vue
d'harmoniser leurs règlements et formalités de douane pour assurer l'application effective des
dispositions du présent chapitre et pour faciliter la circulation des biens et des services
franchissant leurs frontières.
Article 47. Drawback
1. L'admission au bénéfice du régime tarifaire de la Communauté des marchandises faisant
l'objet d'une demande de ristourne des droits de douane ou qui ont bénéfice d'une telle
ristourne lors de leur exportation de l'Etat où elles ont subi la dernière étape de production,
fera l'objet d'un protocole annexe.
2. Conformément au présent article:
(a) on entend par "drawback", toute disposition y compris l'admission temporaire en
franchise, en vue du remboursement total ou partiel des droits de douane applicables aux
matières premières importées, à la condition que cette disposition permette effectivement un
tel remboursement ou une telle ristourne, lorsque les marchandises sont exportées mais non si
elles sont destinées à la consommation interne;
(b) "Ristourne" comprend l'exemption des droits accordés aux marchandises importées dans
des ports francs, zones franches ou autres lieux qui jouissent de privilèges douaniers
similaires;
(c) "Droit" signifie droits de douane et toutes autres taxes d'effet équivalent grevant les
marchandises importées, à l'exception de l'élément non protecteur contenu dans ces droits ou
taxes.
Article 48. Compensation pour perte de recettes
1. Le Conseil, sur rapport du Secrétaire Exécutif et sur recommandation de la Commission,
Commerce, Douanes, Statistiques, Fiscalité, Monnaie et Paiements décide des compensations
à accorder à un Etat membre qui a subi une perte de recettes à l'importation par suite de
l'application du présent chapitre.
2. Outre les compensations à verser aux Etats membres qui subissent des pertes de recettes en
raison de l'application du présent chapitre, le Conseil recommande des mesures visant à
promouvoir les capacités de production et d'exportation de ces pays afin de mieux lire
avantage de la libéralisation des échanges.
3. Le mode d'évaluation des pertes de recettes ainsi que la procédure de compensation sont
tels que fixés dans le protocole relatif à l'évaluation des pertes de recettes.
Article 49. Clauses de sauvegarde et d'exception
368
1. Dans le cas où des perturbations sérieuses se produisent dans l'économie d'un Etat
Membre par suite de l'application des dispositions du présent chapitre, l'Etat Membre
concerné peut après en avoir informé le Secrétaire Exécutif et les Etats Membres, prendre des
mesures de sauvegarde appropriées en attendant que le Conseil statue.
2. Ces mesures ne peuvent demeurer en vigueur que pendant un délai maximum d'un (1) an.
Elles ne peuvent être prorogées au delà de ce délai que sur décision du Conseil.
3. Tant que ces mesures sont en vigueur, le conseil examine la façon dont elles sont
appliquées.
Article 50. Promotion des échanges commerciaux
1. Les Etats Membres s'engagent à entreprendre, à travers leurs secteurs publics et privés, la
promotion des échanges commerciaux par des actions telles que:
(a) encourager l'utilisation des matières premières, des biens et des facteurs de production
ainsi que des produits finis en provenance de la Communauté;
(b) participer périodiquement aux foires commerciales sectorielles, aux foires commerciales
régionales ainsi qu'aux autres activités similaires.
2. Au niveau régional, la Communauté s'engage à promouvoir les échanges commerciaux par
:
(a) l'organisation sur une base régulière d'une foire commerciale régionale de la
CEDEAO;
(b) l'harmonisation de la programmation des foires nationales et des manifestations similaires;
(c) la mise en place d'un réseau intra-communautaire d'informations commerciales;
(d) l'étude des tendances de l'offre et de la demande dans les Etats Membres et la diffusion des
résultats de cette étude au sein de la Communauté;
(c) la promotion de la diversification des marchés de l'Afrique de l'Ouest et la
commercialisation des produits de la Communauté;
(f) la prise de mesures favorables à l'amélioration des termes de l'échange pour les produits
ouest africains et une plus grande facilité d'accès des marchés internationaux pour les produits
de la Communauté;
(g) la participation, le cas échéant, en tant que groupe à des négociations internationales
organisées dans le cadre du GATT, de la CNUCED ou de toute autre instance de négociation
commerciale.
Article 51. Monnaies, finances et paiements
En vue de promouvoir l'intégration monétaire et financière, de favoriser les échanges intra-
communautaires des biens et services et d'assurer la réalisation de l'objectif visé par la
Communauté à savoir la création d'une Union Monétaire, les Etats Membres s'engagent à:
(a) étudier l'évolution de la situation monétaire et financière dans la région;
(b) harmoniser leurs politiques dans les domaines monétaire, financier et des paiements;
(c) faciliter la libéralisation des paiements des transactions intra-régionales et, comme mesure
intérimaire, assurer la convertibilité limitée des monnaies;
(d) promouvoir le rôle des banques commerciales dans le financement des échanges intra-
communautaires;
(e) renforcer le système multilatéral de compensation des paiements entre les Etats Membres
et assurer l'établissement d'un mécanisme de crédit et de garantie;
369
(f) Prendre les mesures nécessaires pour promouvoir l'action de 1 ' Agence Monétaire de
l'Afrique de l'Ouest (AMAO) en vue d'assurer la convertibilité des monnaies et de créer une
zone monétaire unique;
(g) créer une Banque Centrale Communautaire et une monnaie commune;
Article 52. Comité des banques centrales de l'Afrique de l'ouest
1. Il est créé un Comité des Banques Centrales de l'Afrique de l'Ouest, composé des
Gouverneurs des Banques Centrales des Etats Membres. Ce Comité, conformément aux
dispositions du présent Traité, établit son règlement intérieur.
2. Le Comité des Banques Centrales de l'Afrique de l'Ouest présente périodiquement au
Conseil des recommandations sur le fonctionnement du système de compensation des
paiements et d'autres questions monétaires dans la Communauté.
Article 53. Mouvements des capitaux et comité des questions relatives aux capitaux
1. Afin d'assurer le libre mouvement des capitaux entre les Etals Membres, conformément aux
objectifs du présent Traité, il est créé un Comité des Questions Relatives aux Capitaux qui
comprend un représentant de chacun des Etats Membres. Le Comité établit son règlement
intérieur conformément aux dispositions du présent Traité.
2. Les Etats Membres, en nommant leurs représentants visés au paragraphe 1 du présent art:
désignent des personnes ayant une expérience et des qualifications dans les domaines
financier, commercial ou bancaire.
3. Dans l'accomplissement des tâches qui lui sont assignées, le Comité des Questions
Relatives aux Capitaux:
(a) assure la libre circulation des capitaux à l'intérieur de la Communauté en:
(i) éliminant les restrictions au transfert des capitaux entre les Etats Membres selon un
calendrier déterminé par le Conseil;
(ii) encourageant la création de bourses des valeurs nationales et régionales;
(iii) établissant des relations étroites entre les marchés des capitaux et les bourses des valeurs.
(b) veille à ce que les ressortissants d'un Etat Membre aient la possibilité d'acquérir des titres,
des actions et d'autres valeurs ou d'investir dans des entreprises établies sur le territoire
d'autres Etats Membres;
(c) met en place un mécanisme permettant une large diffusion dans les Etats Membres des
cotations en bourse de chaque Etat Membre;
(d) met en place un mécanisme approprié pour la réglementation des questions relatives aux
marchés des capitaux afin d'assurer ainsi leur bon fonctionnement et la protection des
investissements.
CHAPITRE IX. CREATION ET REALISATION D'UNE UNION ECONOMIQUE ET
MONETAIRE
Article 54. Création d'une Union économique
1. Les Etats Membres s'engagent à réaliser une Union Economique dans un délai maximum
de quinze (15) ans à partir du démarrage du schéma de libéralisation des échanges adopté par
la Conférence aux termes de sa décision A/DEC.1/5/83 du 30 mai 1983 et dont le lancement
est intervenu le 1er janvier 1990.
2. Dans le processus d'intégration économique régionale, les Etats Membres mettront l'accent
sur le rôle du secteur privé et des entreprises conjointes et multinationales régionales.
370
Article 55. Réalisation d'une union économique et monétaire
1. Les Etats Membres s'engagent à établir dans un délai de cinq (5) ans après la création d'une
Union Douanière; une Union Economique et Monétaire à travers:
(i) l'adoption d'une politique commune dans tous les domaines d'activités socio-économiques,
notamment l'agriculture, l'industrie, les transports, les communications, l'énergie et la
recherche scientifique;
(ii) la suppression totale de tous les obstacles à la libre circulation des personnes, des biens,
des capitaux et des services ainsi qu'au droit de résidence et d'établissement;
(iii) l'harmonisation des politiques monétaires, financières et fiscales, la création d'une
Union Monétaire de l'Afrique de l'Ouest, l'établissement d'une Banque Centrale Régionale
Unique et la création d'une monnaie unique pour l'Afrique de l'Ouest.
2. Sur recommandation du Conseil, la Conférence peut, à tout moment, décider de mettre en
oeuvre plus rapidement que prévu dans le présent Traité toute étape du processus
d'intégration.
371
(d) d'organiser des rencontres entre les ministères sectoriels appropriés sur différents aspects
des relations inter-Etats;
(e) de recourir, en cas de besoin, à des procédures de conciliation, de médiation et autres
modes de règlement pacifique des différends;
(f) de mettre en place un Observatoire régional de paix et de sécurité et le cas échéant des
Forces de Maintien de la paix.
(g) de fournir, si nécessaire et à leur demande, une assistance aux Etats Membres en vue
d'observer le processus des élections démocratiques.
3. Les autres dispositions régissant la coopération politique, la paix et la stabilité régionales
sont définies dans les Protocoles y afférents.
Article 59. Immigration
1. Les citoyens de la Communauté ont le droit d'entrée, de résidence et d'établissement et les
Etats Membres s'engagent à reconnaître ces droits aux citoyens de la Communauté sur leurs
territoires respectifs, conformément aux dispositions des protocoles y afférents.
2. Les Etats Membres s'engagent à prendre toutes les mesures appropriées en vue d'assurer
aux citoyens de la Communauté, la pleine jouissance des droits visés au paragraphe 1 du
présent article.
3. Les Etats Membres s'engagent à prendre, au niveau national, les dispositions nécessaires
pour assurer l'application effective des dispositions du présent article.
CHAPITRE XIII
Article 68. Etats membres insulaires et sans littoral
1. Les Etats Membres, tenant compte des difficultés économiques et sociales que pourraient
connaître certains Etats Membres et particulièrement les Etats Membres insulaires et sans
littoral, conviennent d'accorder, au besoin, à ces Etats un traitement spécial en ce qui concerne
374
l'application de certaines dispositions du présent Traité et de leur apporter toute autre
assistance nécessaire.
CHAPITRE XIV. DISPOSITIONS FINANCIERES
Article 69. Budget de la communauté
1. Il est établi un budget de la Communauté et le cas échéant un budget pour une institution
déterminée de la Communauté.
2. Toutes les recettes et les dépenses de la Communauté et de ses institutions sont approuvées
pour chaque exercice budgétaire par le Conseil ou par d'autres organes compétents et
imputées au budget de la Communauté ou des Institutions concernées.
3. Pour chaque exercice budgétaire, un projet de budget est proposé par le Secrétaire
Exécutif ou le responsable de l'Institution concernée. Le projet de budget est approuvé par le
Conseil ou par tout autre organe compétent, sur recommandation de la Commission de
l'Administration et des Finances.
4. La Commission de l’Administration et des Finances étudie le projet de budget ainsi que
toutes les questions à incidence financière des Institutions de la Communauté. Elle examine
toutes les questions relatives notamment à l'organisation administrative et à la gestion du
personnel des Institutions de la communauté.
Article 70. Budgets ordinaires de la Communauté
1. Les budgets ordinaires de la Communauté et de ses Institutions sont alimentés par un
prélèvement communautaire et de toutes autres sources qui peuvent être déterminées par le
Conseil.
2. En attendant l'entrée en vigueur du prélèvement communautaire, les budgets de la
Communauté et de ses Institutions sont alimentés par les contributions annuelles des Etats
membres.
Article 71. Budgets spéciaux de la communauté
Des budgets spéciaux sont établis, en cas de besoin, pour subvenir aux dépenses
extrabudgétaires de la Communauté. La Conférence, sur recommandation du Conseil,
détermine les modalités de financement de ces budgets spéciaux de la Communauté.
Article 72. Prélèvement communautaire
1. Il est institué un Prélèvement communautaire destiné à générer des ressources pour financer
les activités de la Communauté.
2. Le Prélèvement communautaire représente un pourcentage de la valeur imposable des
marchandises importées dans la Communauté en provenance de pays tiers.
3. Le niveau réel du Prélèvement communautaire est déterminé par le Conseil.
4. Les conditions d'application du Prélèvement communautaire, les modalités de transfert des
recettes à la Communauté ainsi que l'utilisation des ressources seront définies dans un
protocole y afférent.
5. Les Etats Membres s'engagent à faciliter l'application des dispositions du présent Article.
Article 73. Contributions des Etats membres
1. Le mode de calcul des contributions des Etats Membres et les monnaies de leur paiement
sont déterminés par le Conseil.
2. Les Etats Membres s'engagent à effectuer promptement le virement de leurs quote parts de
contributions à la Communauté.
375
Article 74. Règlement financier
Le Règlement Financier et Manuel de procédures Comptables des institutions de la
Communauté régit l'application des dispositions du présent chapitre.
Article 75. Commissaires aux comptes
1. Les Commissaires aux Comptes de la Communauté sont nommés pour une période de deux
ans renouvelables deux fois seulement pour deux autres périodes de deux ans. Ils ne peuvent
être relevés de leurs fonctions que par la Conférence sur recommandation du Conseil.
2. Sous réserve des dispositions du paragraphe précédent, le Conseil établit les règles
régissant la procédure de sélection et détermine les responsabilités des Commissaires aux
Comptes.
CHAPITRE XV. DIFFERENDS
Article 76. Règlement des différends
1. Sans préjudice des dispositions du présent Traité et des protocoles y afférents, tout
différend au sujet de leur interprétation ou de leur application est réglé à l'amiable par un
accord direct entre les parties.
2. A défaut, le différend est porté par l'une des parties, par tout Etat Membre ou par la
Conférence, devant la cour de Justice de la Communauté dont la décision est exécutoire et
sans appel.
376
L'intégration de la Région constitue une composante essentielle de l'intégration du continent
africain. A cette fin, les Etats Membres s'engagent à faciliter l'harmonisation et la
coordination des politiques et programmes de la Communauté avec ceux de la Communauté
Economique Africaine.
CHAPITRE XVIII. RELATIONS ENTRE LA COMMUNAUTE ET LES AUTRES
COMMUNAUTES
ECONOMIQUES REGIONALES
Article 79 La communauté et les autres communautés économiques régionales
1. En vue de la réalisation des objectifs d'intégration régionale, la Communauté peut conclure
des accords de coopération avec d'autres Communautés régionales.
2. Les accords de coopération ainsi conclus conformément aux dispositions du paragraphe
1du présent article sont préalablement soumis à l'approbation du Conseil, sur proposition du
Secrétaire Exécutif.
377
CHAPITRE XX. RELATIONS ENTRE LA COMMUNAUTE ET LES PAYS TIERS ET
LES ORGANISATIONS
INTERNATIONALES
Article 83. Accords de coopération
1. La Communauté peut conclure des accords de coopération avec des pays tiers.
2. Dans le cadre de la réalisation de ses objectifs, la Communauté coopère également avec
l'Organisation de l'Unité Africaine, le système des Nations Unies, ainsi qu'avec toute autre
organisation internationale.
379
3. Nonobstant les dispositions du paragraphe 2 du présent Article, toutes les Conventions,
Protocoles, Décisions et Résolutions de la Communauté adoptés depuis 1975 demeurent
valides et applicables en leurs dispositions non contraires au présent Traité.
Article 93. Autorité dépositaire
Le présent Traité révisé et tous les instruments de ratification seront déposés auprès du
Secrétariat Exécutif qui remettra des copies certifiées conformes du présent Traité a tous les
Etats Membres, leur notifiera les dates de dépôt des instruments de ratification et d'adhésion
et enregistrera le présent Traité auprès de l'Organisation de 1' Unité Africaine, de
l'Organisation des Nations unies et auprès de toutes organisations que le Conseil peut
déterminer.
En foi de quoi, nous, chefs d'état et de gouvernement de La communauté économique des
états de l'Afrique de l'ouest, avons signé le présent traité.
Fait à Cotonou, le 24 juillet 1993 en un seul original en français, en anglais et en portugais,
les trois textes faisant également foi.
380
ANNEXE II : Cartes géographiques de la CEDEAO
381
ANNEXE III : Classement des Etats de la CEDEAO en fonction de l’Indice du
Développement Humain636
Bénin 134ème
Gambie 151ème
Ghana 130ème
Guinée 156ème
Guinée- 164ème
Bissau
Libéria 162ème
Mali 160ème
Niger 167ème
Nigeria 142ème
Sénégal 144ème
Togo 139ème
636
Programme des Nations Unies pour le Développement, Rapport sur le développement humain
2010. Classement effectué sur 169 Etats
382
ANNEXE IV : Protocole relatif au mécanisme de Prévention, de Gestion, de Règlement des
conflits, de Maintien de la paix et de la Sécurité.
Préambule
Définitions
CHAPITRE I : Création, Principes et Objectifs du Mécanisme
CHAPITRE II : Institutions du Mécanisme
CHAPITRE III : Organes d’appui aux institutions du Mécanisme
CHAPITRE IV : Système d’observation de la paix et de La Sécurité Sous-régionales (pré-
alerte)
CHAPITRE V : Mise en oeuvre du Mécanisme
CHAPITRE VI : Gestion des Conflits
CHAPITRE VII : Financement du Mécanisme
CHAPITRE VIII : Assistance Humanitaire
CHAPITRE IX : Consolidation de La paix
CHAPITRE X : Sécurité Sous-régionale
CHAPITRE XI : Relations avec L’Organisation de l’Unité Africaine, les Nations Unies et les
autres Organisations Internationales
CHAPITRE XII : Dispositions Spéciales
CHAPITRE XIII : Dispositions générales et finales
383
PRÉAMBULE
(CEDEAO)
VU les dispositions de la Charte des Nations Unies, notamment en ses chapitres VI, VII et
VIII ;
384
REAFFIRMANT notre attachement á la Déclaration des Principes Politiques de la CEDEAO
adoptée á Abuja le 6 juillet 1991 sur la liberté, les droits des peuples et la démocratisation ;
PREOCCUPES par la multiplication des conflits qui constitue une menace á la paix et á la
sécurité du continent africain, et compromet nos efforts visant á relever le niveau de vie de
nos populations ;
CONSCIENTS du fait que la bonne gestion des affaires publiques, le respect de l’Etat de droit
et le développement durable, sont indispensables pour la paix et la prévention des conflits;
385
CONVAINCUS que la criminalité trans-frontalière, Ta prolifération des armes légères et
toutes formes de trafic illicites contribuent au développement de l’insécurité et de l’instabilité
et compromettent le développement social et économique de la sous région;
CONSCIENTS que ces phénomènes constituent un problème social et économique grave, qui
ne peut être résolu que dans le cadre d’un renforcement de la coordination des efforts dans ce
domaine;
DESIREUX de consolider nos acquis dans le domaine du règlement des conflits a travers le
Groupe de Contrôle du Cessez-le-feu de la CEDEAO (ECOMOG);
RAPPELANT notre Décision A/DEC. 11/10/98 adoptée le 31 octobre 1998 á Abuja relative
au Mécanisme de Prévention, de Gestion, de Règlement des Conflits et de Maintien de la Paix
et de la Sécurité;
DESIREUX de mettre en place une structure opérationnelle pour la mise en oeuvre de ladite
décision.
DÉFINITIONS
386
“Conférence”: la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de la Communauté
Economique des Etats de 1’Afrique de l’Ouest créée á l’Article 7 du Traité;
“Conseil des Sages” : le Conseil des Sages défini á l’article 20 du présent Protocole;
“Secrétaire Exécutif adjoint” : le Secrétaire Exécutif adjoint chargé des Affaires politiques,
deDéfense et de Sécurité, prévu a l’article 16 du présent Protocole;
“Criminalité trans-frontalière”: tous les actes criminels projetés ou commis par des individus,
des organisations, ou des réseaux de criminels locaux et/ou étrangers opérant á travers les
frontières nationales des Etats membres ou agissant en complicité avec des personnes basées
dans un ou plusieurs Etats voisins du pays sur le territoire duquel sont perpétrés les actes
criminels, ou ayant un quelconque lien de rattachement avec l’un quelconque des Etats
membres;
“Etat membre en crise”: un Etat membre confronté á un conflit armé, mais aussi tout Etat
membre se heurtant á des problèmes graves et persistants, ou se trouvant plongé dans une
situation de tension extrême pouvant entraîner des risques importants de désastre humanitaire
ou des menaces á la paix et á la sécurité dans la sous région, ou tout Etat membre dans lequel
interviendrait un renversement ou une tentative de renversement d’un régime
démocratiquement élu.
387
CHAPITRE I
DU MÉCANISME
Article 2 : Principes
Les Etats membres, réaffirment leur attachement aux principes contenus dans les Chartes de
l’Organisation des Nations Unies (ONU) et de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA),
dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, ainsi que dans la Charte Africaine
des Droits de l’Homme et des Peuples, notamment les principes fondamentaux suivants:
(a) le développement économique et social et la sécurité des peuples et des Etats sont
intimement liés;
(d) la protection des droits humains fondamentaux, des libertés et des règles du droit
international humanitaire;
(a) la prévention, la gestion et le règlement des conflits internes dans les conditions prévues
au paragraphe 46 du cadre du Mécanisme entériné par la Décision A/DEC.11/10/98 du 31
octobre 1998, ainsi que des conflits inter-Etats;
388
(b) la mise en oeuvre des dispositions pertinentes de l’article 58 du Traité Révisé;
(g) la promotion d’une coopération étroite entre les Etats membres dans les domaines de la
diplomatie préventive et du maintien de la paix;
(h) la constitution et le déploiement, chaque fois que de besoin, d’une force civile et militaire
pour maintenir ou rétablir La paix dans la sous région;
(i) la création d’un cadre approprie pour Ia gestion rationnelle et équitable des ressources
naturelles appartenant en commun á des Etats membres partageant des frontières communes,
et qui pourraient constituer des causes de conflits inter-Etatiques fréquents;
CHAPITRE II
INSTITUTTONS DU MÉCANISME
(a) La Conférence
389
(d) Toute autre institution créée par la Conférence.
Article 6 : Fonctions
2. Elle est habilitée á prendre toute décision dans le cadre des questions se rapportant á la
prévention, á la gestion et au règlement des conflits, au maintien de la paix et de la sécurité, á
l’assistance humanitaire, á la consolidation de la paix, á la lutte contre la criminalité
transfrontalière et la prolifération des armes légères, ainsi que toutes les autres questions
couvertes par les dispositions du Mécanisme.
Sans préjudice des pouvoirs étendus que lui confèrent l’Article 9 du Traité et l’Article 6 ci-
dessus, la Conférence délègue au Conseil de Médiation et de Sécurité le pouvoir de prendre
en son nom des décisions pour la mise en oeuvre appropriée des dispositions du Mécanisme.
1. Le Conseil de Médiation et de Sécurité se compose de neuf (9) Etats membres dont sept(7)
sont élus par la Conférence. Les deux (2) autres membres que sont la Présidence de La
Conférence et la Présidence immédiatement précédente sont automatiquement membres de
droit du Conseil de Médiation et de Sécurité.
2. Les membres du Conseil de Médiation et de Sécurité sont élus pour deux (2) ans
renouvelables.
2. Les décisions du Conseil et Médiation et de sécurité sont prises á la majorité des deux tiers.
Article 10 : Fonctions
(b) Décide et met en oeuvre les politiques de prévention, de gestion, de règlement des conflits,
de maintien de la paix et de la sécurité;
(c) Autorise toutes les formes d’intervention et décide notamment du déploiement des
missions politiques et militaires;
1. Les travaux du Conseil de Médiation et de Sécurité se déroulent a trois (3) niveaux chefs
d’Etat et de Gouvernement, Ministres et Ambassadeurs.
2. Toutes les réunions du Conseil de Médiation et de Sécurité sont présidées par l’Etat
membre élu á la présidence en exercice de la Conférence.
2. Les recommandations issues des travaux de ces réunions ministérielles sont soumises aux
Chefs d’Etat et de Gouvernement siégeant au sein du Conseil de Médiation et de Sécurité.
3. Les rapports et recommandations issus de leurs travaux sont transmis par le Secrétaire
Exécutif á tous les Etats membres du Conseil de Médiation et de Sécurité et aux Etats
concernés. Ces rapports sont également soumis á l’examen de la réunion des Ministres du
Conseil de Médiation et de Sécurité.
Le Secrétaire Exécutif est habilité a prendre des mesures visant la prévention, la gestion, le
règlement des conflits, Ie maintien de la paix et la sécurité dans la sous-région. Ces mesures
peuvent prendre la forme de missions d’enquête, de médiation, de facilitation, de négociation
et de réconciliation des parties en conflit.
(d) d’élaborer a l’intention du Conseil de Médiation et de Sécurité et des Etats membres des
rapports périodiques sur les activités du Mécanisme;
(e) d’envoyer sur le terrain, sur la base de son évaluation de la situation, des missions
d’enquête et de médiation;
4. Dans la mise en oeuvre des dispositions du présent Mécanisme, le Secrétaire Exécutif est
assisté du Secrétaire Exécutif Adjoint chargé des Affaires politiques, de défense et de sécurité.
392
Article 16 Secrétaire Exécutif Adjoint
4(a) de l’Article 18 du Traité. Ce poste comporte des départements qui peuvent se subdiviser
en cas de besoin en divisions, et en sections. Ces départements sont:
(e) tous autres départements que pourrait créer le Conseil des Ministres, sur recommandation
du Conseil de Médiation et de Sécurité.
CHAPITRE III
Pour L’accomplissement de leur mission, les institutions visées a l’article 4 s’appuieront sur
les organes prévus á I’article 17 du présent Protocole.
Sont créés aux fins d’assister et d’appuyer le Conseil de Médiation et de Sécurité, les organes
suivants :
393
(c) les experts du ministère des Affaires étrangères de chaque Etat membre;
(d) Selon les matières inscrites a 1’ordre du jour, les responsables des services suivants:
(i) Immigration,
(ii) Douanes,
Article 19 : Fonctions
2. La Commission se réunit une (1) fois par trimestre et chaque fois que de besoin. Elle
examine les rapports produits par le centre d’observation et de suivi, et fait des
recommandations au Conseil de Médiation et de Sécurité.
1. Le Secrétaire Exécutif dresse tous les ans, une liste d’éminentes personnalités qui peuvent,
au nom de la CEDEAO, user de leurs bons offices et de leurs compétences pour jouer le rôle
de médiateur, de conciliateur, et d’arbitre. La liste comprend des personnalités éminentes
provenant de diverses couches sociales y compris les femmes, les responsables politiques, les
chefs traditionnels et religieux. Cette liste est approuvée par le Conseil de Médiation et de
Sécurité au niveau des Chefs d’Etat et de Gouvernement.
2. Ces personnalités sont sollicitées chaque fois que de besoin par le Secrétaire Exécutif ou
par le Conseil de Médiation et de Sécurité pour traiter d’une situation de conflit donnée.
394
4. La composition et le mandat du Conseil des Sages sont définis par le Secrétaire Exécutif en
fonction de la mission a accomplir.
5. Le Conseil des Sages désigné pour traiter d’une situation donnée rend compte au Secrétaire
Exécutif
7. Les membres du Conseil des Sages, sont neutres, impartiaux et objectifs, dans
l’accomplissement de leur mission.
(h) toutes autres opérations qui peuvent être ordonnées par le Conseil de Médiation et de
Sécurité.
CHAPITRE IV
SOUS-RÉGIONALES (PRE-ALERTE)
1. Les Etats membres sont répartis en zones sur la base de la proximité, de la facilité de
communication et de l ‘efficacité. Chaque zone est identifiée par un numéro et a un siège de
zone. Les quatre (4) zones d’observation et de suivi créées sont:
3. Ghana Monrovia
Guinée
Liberia
Sierra Leone.
4. Bénin Cotonou
Nigeria
Togo
2. Les zones tels que prévues au paragraphe 1 ci-dessus peuvent être modifiées en cas de
nécessité par la Conférence.
3. Chaque siège de zone est dote d’un bureau et est place sous l’autorité du Secrétaire
Exécutif à travers le Secrétaire Exécutif adjoint.
396
4. Les Etats membres s’engagent a garantir la liberté de fonctionnement des bureaux de zones
et a leur accorder les privilèges, immunités et la sécurité de leurs biens, des patrimoines et du
personnel, des bureaux, tels que prévus par la Convention générale sur les privilèges et
immunités et l’Accord de siège de la CEDEAO.
5. Las bureaux de zone entretiennent des relations de travail avec le pays hôte et les
institutions locales et internationales.
6. Las bureaux de zones rassemblent les données collectées dans chaque Etat, et au jour le
jour, sur la base d’indicateurs susceptibles d’affecter la paix et la sécurité de la zone et de la
sous région.
7. Las bureaux de zones rassemblent les données collectées et élaborent un rapport qu’ils
communiquent au centre d’observation et de suivi. A cette fin, chaque bureau de zone est
directement relié par moyens appropriés au centre d’observation et de suivi
CHAP1TRE V
(a) En cas d’agression ou de conflit armé intervenu dans un Etat membre, ou de menace d’un
tel conflit;
(ii) constitue une menace grave a la paix et a la sécurité dans la sous région;
(d) En cas de violations graves et massives des droits de l’Homme ou de remise en cause de
l’Etat de droit;
Article 27 : Procédure
Le Mécanisme est mis en oeuvre suivant l’une ou l’autre des procédures ci-après:
(a) Le Secrétaire Exécutif informe les Etats membres du Conseil de Médiation et de Sécurité
et en concertation avec le Président en exercice, prend toutes mesures d’urgence.
(b) Le Conseil de Médiation et de Sécurit envisage plusieurs options, et décide de celle la plus
appropriée en matière d’intervention. Ces options peuvent porter sur le recours au Conseil des
Sages, sur l’envoi de mission d’enquête, de missions politiques et de médiation ou sur
l’intervention de l’ECOMOG.
(c) Le Conseil de Médiation et de Sécurité délivre tin mandat autorisant le Secrétaire Exécutif
a mettre sur pied la mission, et définit les termes de référence de celle-ci.
(e) Le Président du Conseil de Médiation et de Sécurité adresse á l’OUA et aux Nations unies,
un rapport sur la situation.
CHAPITRE VI
2. Chaque Etat membre fournit á 1’ECOMOG une unité dont la taille est déterminée en
concertation avec les autorités de la CEDEAO.
398
3. Les effectifs de ces unités sont révisables en fonction de la situation sur le terrain.
Lorsque In force est déployée, ses effectifs, son mandat et les missions de ses unités évoluent
en fonction des facteurs nouveaux sur le terrain.
2. A cet effet
(b) II prend des dispositions pour assurer la formation et le perfectionnement du personnel des
unités dans les centres régionaux de Côte d’Ivoire et du Ghana;
(c) II oeuvre a l’intégration de ces centres en centres sons régionaux pour la mise en oeuvre
du présent Mécanisme;
(d) II prend les mesures nécessaires pour l’organisation périodique d’exercices de cadres,
d’Etat-major, et de manœuvres conjointes
1. Le personnel civil et militaire non armé fourni par les Etats membres peut être déployé
Séparément du personnel armé ou conjointement avec lui. II est chargé, entre autres de la
supervision et du contrôle des cessez-1e-feu, du désarmement, de la démobilisation des
élections, du respect des droits humains et des activités humanitaires. II examine plaintes qui
lui sont soumises et entreprend toutes autres activités conformément termes de référence
déterminés par le Conseil de Médiation et de Sécurité.
(a) En tant que Chef de Mission, il est chargé de l’orientation politique de la mission
399
(b) Il dirige les activités de maintien de la paix et prend l’initiative des négociation politiques
et diplomatiques a engager entre les parties, les Etats voisins et les autres Gouvernements
impliqués dans le règlement du conflit.
(c) Il informe les Etats fournisseurs de troupes et les autres Etats membres, chaque fois que de
besoin, de l’évolution des activités de Ia mission.
(e) Il entretient des contacts permanents avec le Secrétaire Exécutif et lui adresse des rapports
réguliers.
(a) Il est responsable auprès du Secrétaire Exécutif de l’efficacité de la mission sur le plan
opérationnel, administratif et logistique.
(b) II donne des instructions aux commandants des contingents pour la mise en oeuvre des
activités opérationnelles.
(c) II assure la sécurité du personnel et des matériels des organisations humanitaires dans la
zone de la mission.
(a) Chaque Etat membre est tenu de libérer immédiatement sur demande, les modules de force
en attente avec les équipements et le matériel nécessaires;
(b) Les Etats membres s’engagent a fournir une coopération pleine et entière á la CEDEAO
dans la mise en oeuvre des mandats du présent Protocole y compris toute l’assistance et le
soutien nécessaires au Mécanisme particulièrement en ce qui concerne la libre circulation de
l’ECOMOG sur leur territoire.
CHAPITRE VII
FINANCEMENT DU MÉCANISME
Article 36 : Financement
Le Secrétariat Exécutif prévoit au niveau de son budget annuel, des fonds pour financer les
activités du Mécanisme. Des l’entrée en vigueur du Protocole régissant les conditions
d’application du Prélèvement communautaire, un pourcentage dudit prélèvement est consacré
á ces activités.
Article 37 : Pre-Financement
1. Les Etats qui fournissent des unités peuvent être invites à prendre en charge le coût des
opérations, au cours des trois (3) premiers mois.
2. La CEDEAO rembourse les frais engages par ces Etats dans un délai maximum de six (6)
mois, et assure la suite du financement des opérations.
L’organisation de la logistique y compris le transport des troupes est mise au point par le
Secrétariat Exécutif, le pays hôte et les Etats qui fournissent les unités.
Les rémunérations et les conditions de service du personnel sont déterminées par le Conseil
des Ministres, sur recommandation du Conseil de Médiation et de Sécurité.
401
CHAPITRE VIII
ASSISTANCE HUMANITAIRE
1. La CEDEAO intervient pour soulager les populations et restaurer le cours normal de la vie
dans des situations de crise, de conflit et de catastrophe.
3. Dans le cas où l’environnement d’un Etat membre est sérieusement dégradé, des mesures
appropriées sont prises pour le réhabiliter.
4. La CEDEAO reconnaît, encourage et appui le rôle des femmes dans ses initiatives de
prévention, de gestion, de règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité.
2. Les unités de l’ECOMOG doivent être bien équipées pour entreprendre des actions
humanitaires dans leurs zones d’opération sous l’autorité du Représentant Spécial du
Secrétaire Exécutif.
3. L’ECOMOG apporte son assistance a toutes les actions humanitaires des agences
nationales, régionales et internationales, notamment en ce qui concerne les questions de
Sécurité.
4. En cas de besoin, elle coordonne les activités des agences humanitaires présentes sur le
terrain.
CHAPITRE IX
CONSOLIDATION DE LA PAIX
La Communauté adopte une stratégie graduée en trois (3) phases pour la consolidation de la
paix, qui est appliquée dans le cadre d’un processus continu.
402
Article 42 : Capacité institutionnelle de ta CEDEAO pour la consolidation de la paix
1. Pour prévenir a temps les troubles sociaux et politiques, la CEDEAO doit s’impliquer dans
la préparation, l’organisation et la supervision des élections programmées dans les Etats
membres. La CEDEAO doit également suivre et s’impliquer activement dans le soutien á la
mise en place d’institutions démocratiques dans les Etats membres.
2. La CEDEAO mettra en oeuvre pour aider les Etats membres sortant de situation de conflits
à augmenter leurs capacités de reconstruction sociale, économique et culturelle.
3. A cet égard, toutes les institutions financières de la CEDEAO mettront au point des
politiques pour faciliter le financement des programmes de réintégration et de reconstruction.
Dans les zones de conflit où règne une paix relative, la priorité doit être accordée á la mise en
oeuvre d’une politique visant à réduire toute dégradation des conditions sociales et
économiques.
Pour aider les Etats membres qui ont été affectés par les conflits violents, la CEDEAO
entreprend les activités suivantes:
(e) aide aux groupes sociaux vulnérables comme les enfants, les personnes âgées, les femmes,
et les groupes traumatisés de la société.
403
CHAPITRE X
2. Les services de sécurité des Etats membres s’entraideront mutuellement et assureront une
bonne coordination en ce qui concerne l’arrestation des criminels.
3. Les Etats membres créeront au sein de leurs ministères charges de la Justice, de la défense
et de la Sécurité des services spécialisés dotés de personnel qualifié et d’équipements de
communication pour assurer la coordination et la centralisation des questions de coopération,
notamment l’assistance mutuelle en matière pénal et les demandes d’extradition.
4. Les Etats membres feront parvenir au Secrétariat Exécutif les documents des procédures
pénales de leurs pays. Les informations fournies par les Etats membres comprendront un
résumé du déroulement de la procédure pénale du début á la fin et des conditions requises par
chaque Etat pour agréer une demande d’assistance, une extradition ou la restitution des objets
volés. Les Etats membres se communiqueront les caractéristiques de leurs unités nationales, et
échangeront entre eux des informations relatives aux autorités compétentes, ainsi qu’à la liste
actualisée des unités. Ces informations seront traduites et envoyées par le Secrétariat de la
CEDEAO á toutes les unités spécialisées (autorités centrales) habilitées à traiter des demandes
et autres questions qui peuvent se poser ni cours de la mise en oeuvre.
5. Les Etats membres rendront plus fonctionnelles et plus efficaces leurs législations
nationales en les harmonisant avec les conventions de la CEDEAO relatives á l’entraide
judiciaire en matière pénale et a l’extradition. Les Etats membres s’engagent á adopter une
Convention incriminant et réprimant les principales infractions affectant la sous région.
6. Les Etats membres tiendront des statistiques notamment sur le nombre de demandes
d’entraide judiciaire et d’extradition reçues et envoyées ainsi que les résultats obtenus. Des
réunions périodiques des services spécialisés des ministres de la Justice. De la Défense et de
la Sécurité et des bureaux nationaux d’ Interpol seront également organisés en vue d’échanger
des informations sur les affaires passés ou en cours et da prendre des mesures pour renforcer
la coopération.
7. Les Etats membres mettront au point des procédures de restitution simplifiées concernant
les véhicules et les autres objets saisis par l’Etat requis.
8. Les autorités judiciaires et policières des Etats membres de la CEDEAO considéreront les
avis rouges publiés par l’Interpol à la demande d’un Etat comme des requêtes valides
d’arrestation provisoire dans le cadre de 1’ Article 22 de la Convention d’ Extradition de la
CEDEAO.
404
9. Les Etats membres devront créer un fonds spécial pour les produits provenant de crimes
commis. Ce fonds sera utilisé comme moyen préventif ou comme moyen pour la justice
criminelle do combattre, entre autres, la criminalité trans-frontalière et le trafic de la drogue.
Les Etats membres créeront si nécessaire des bureaux de gestion des biens confisqués.
10. La législation sur la restitution des objets volés dans un Etat membre s’appliquera á tous
les crimes.
11. La CEDEAO mettra en place un Centre de Prévention et de Justice Criminelle (CPJC) qui
servira de point focal pour l’entraide judiciaire. Le Centre fera partie du Département chargé
des Affaires juridiques de la CEDEAO. Le CPJC servira en matière d’entraide judiciaire de
lien entre les Etats membres de la CEDEAO et les Etats non membres. II jouera également le
rôle de superviseur qui veillera a ce que Les Etats mettent en oeuvre les conventions qu’ils
signent.
Le Secrétariat Exécutif de la CEDEAO et les Etats membres adoptent des stratégies pour
combattre le blanchiment d’argent en élargissant la définition de ce crime. Ils aident á
confisquer les produits du blanchiment et les fonds illicites, et á atténuer la rigueur des lois
sur le secret bancaire, au sein et á l’extérieur de la sous région.
Tout en tenant compte des besoins légitimes de défense nationale, et de sécurité ainsi que des
opérations internationales de maintien de la paix, la CEDEAO prend les mesures efficaces
pour:
(d) encourager les Etats membres à collecter et à détruire les excédants d’armes.
405
Article 51 : Mesures préventives contre la circulation illégale des armes légères
La CEDEAO prendra toutes les mesures nécessaires pour combattre le trafic illicite et la
circulation des armes légères. Ces mesures comprennent:
4. Les Etats membres, conformément aux directives adoptées par la CEDEAO mettront en
place des commissions nationales composés des autorités compétentes et de la société civile,
pour promouvoir et assurer la coordination des mesures prises au niveau national.
5. Toutes les armes légères et munitions utilisées, dans le cadre d’une opération de maintien
de la paix de l’ECOMOG, sont déclarées au Secrétariat Exécutif au début de ladite opération,
afin de permettre leur contrôle efficace, ainsi que leur enlèvement á la fin de celles-ci.
6. Toutes les armes collectées au cours de toute opération de désarmement sont détruites.
406
CHAPITRE XI
Article 52 : Coopération
3. Conformément aux dispositions des chapitres VII et VIII de la Charte des Nations Unies, la
CEDEAO informera les Nations Unies de toute intervention militaire effectuée dans le cadre
des objectifs du présent Mécanisme.
CHAPITRE XII
DISPOSITIONS SPÉCIALES
Article 53 Abrogation
1. Les dispositions du présent Protocole remplacent toutes celles du Protocole du 29 mai 1981
relatif á I’ Assistance mutuelle en matière de Défense, qui lui sont contraires.
3. Les engagements découlant des dispositions du présent Protocole ne seront pas interprétés
comme étant en contradiction avec l’esprit des Conventions ou Accords liant un Etat membre
á un autre Etat tiers á condition, sous peine de nullité, que ces Convention et Accords ne
soient pas en contradiction avec le présent Protocole.
CHAP1TRE XIII
Article 55 : Amendements
407
1. Tout Etat membre peut soumettre des propositions pour amender ou réviser le présent
Protocole.
2. Ces propositions doivent être soumises au Secrétaire Exécutif qui en informe les Etats
membres au plus tard trente (30) jours après leur réception. Les amendements ou révisions ne
seront examines par la Conférence que si les Etats membres en ont été informés un (1) mois
auparavant.
Article 56 : Retrait
1. Tout Etat membre souhaitant se retirer du Protocole doit, un (1) an au préalable faire
parvenir un avis au Secrétaire Exécutif qui en informe les Etats membres. A la fin de cette
période d’une année, si cet avis n’est pas retire, l’Etat en question cesse d’être partie prenante
au Protocole.
2. Toutefois, au cours de cette période d’un (1) an, l’Etat membre continue d’observer les
dispositions du présent Protocole et d’honorer ses obligations.
1. Le présent Protocole entre en vigueur a titre provisoire des sa signature par les Chefs d’Etat
et de Gouvernement. En conséquence, les Etats membres signataires et la CEDEAO
s’engagent a commencer la mise en oeuvre des dispositions du présent Mécanisme des sa
signature.
2. Le présent Protocole entrera définitivement en vigueur des sa ratification par au moins neuf
(9) Etats signataires, conformément aux règles constitutionnelles de chaque Etat membre.
Le présent Protocole, ainsi que tous les instruments de ratification seront déposés au
Secrétariat exécutif, qui en transmettra des copies certifiées conformes a tous les Etats
membres, leur notifiera les dates de dépôt des instruments, et le fera enregistrer auprès de
l’Organisation de l’Unité africaine (OUA), et l’Organisation des Nations unies (ONU) et
auprès de toutes autres organisations désignées des par le Conseil.
408
ANNEXE VI : Tableau des principaux actes terroristes d’AQMI
409
8 août 2009 Attentat contre Mort de deux
l’ambassade de France en gendarmes français
Mauritanie
410
ANNEXE VI : Scénario de la Jonction fatale
411
ANNEXE VII : Scénario de la tenaille infernale
412
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420
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http:/www.persee.fr
www.operationspaix.net
Union Africaine
www.africa-union.org/root/ua/index/index.htm
www.undp.org
Banque Mondiale
www.worldbank.org
www.OCDE.org
421
422
TABLE DES MATIERES
REMERCIEMENTS ............................................................................................................................... 9
Problématique ....................................................................................................................................... 48
Méthodologie ......................................................................................................................................... 51
Les limites.............................................................................................................................................. 53
423
A- La cause identitaire du conflit libérien : ............................................................................ 68
B- L’Ecomog et son rôle dans les atteintes aux droits inhérents à la personne humaine. .... 102
424
Paragraphe 2 : Les succès de l’intervention de l’Ecomog ...................................................... 109
425
B- Les compétences de la Cour de Justice de la CEDEAO.................................................. 164
Chapitre 5: La lutte contre la prolifération des armes légères : appui au protocole relatif au mécanisme
de prévention, de gestion, de règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité. ........... 185
Section 1 : Les conséquences de la prolifération des armes légères et de petit calibre ................... 186
Paragraphe 1 : Le rôle des ALPC dans l’accroissement de la violence armée ....................... 186
Section 2 : La stratégie adoptée par la CEDEAO pour lutter contre la prolifération des armes
légères.............................................................................................................................................. 192
Paragraphe 1 : L’ancien cadre de lutte contre la prolifération des ALPC. ............................. 192
Paragraphe 2 : l’actuel cadre de lutte contre la prolifération des ALPC ................................ 196
Chapitre 6 : Le nouveau mécanisme de sécurité de la CEDEAO à l’épreuve des conflits internes .... 203
426
A- La cause ethnique du conflit ivoirien .............................................................................. 203
427
Paragraphe 1 : Du Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat à Al-Qaïda au Maghreb
Islamique : les acteurs terroristes au Sahel ............................................................................. 242
428
Section 2: L’avancée de la bonne gouvernance .............................................................................. 272
429
Section 1 : La réforme du secteur de la sécurité : mesure à court terme ......................................... 325
Section 2 : L’adoption du fédéralisme régional comme nouvelle stratégie d’intégration ............... 331
430