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FT-Les Disciplines Spirituelles-Spiritual Disciplines-KT-March2019-EBookStyle

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Les disciplines

spirituelles
Les pratiques essentielles
de la vie chrétienne

Robin Johnston
Karen Myers
— Éditeurs —

Éditions Traducteurs du Roi

Publié en partenariat avec :


Coopérative de littérature française
Cet ouvrage est la traduction française du livre
Spiritual Disciplines : Essential Practices of the Christian Life
de Robin Johnston et Karen Myers, Éditeurs,
Copyright © 2017 de l’édition originale par Word Aflame Press.
Tous droits réservés.
36 Research Park Court, Weldon Spring, Missouri, É.-U. 63304
www.PentecostalPublishing.com

Traduction : Elisabetta Long


Révision : Liane Grant
Mise en page : Jonathan Grant

Copyright © 2019 de l’édition française au Canada


Publié par les Traducteurs du Roi, une filiale de
Mission Montréal
544 Mauricien, Trois-Rivières (Québec) Canada G9B 1S1
www.TraducteursduRoi.com
Sous l’égide de l’Église Pentecôtiste Unie Internationale,
36 Research Park Court, Weldon Spring, Missouri, É.-U. 63304

Sauf indication contraire, les textes bibliques sont tirés de la version


Louis Segond 1910.

ISBN 978-2-924148-58-7
Dépôt légal — Bibliothèque et Archives nationales du Québec,
2019.
Dépôt légal — Bibliothèque et Archives Canada, 2019.

Ce livre est sous la protection des lois sur les droits d’auteurs du
Canada. Il est interdit de reproduire ce livre dans son intégralité
ou en partie pour des fins commerciales sans la permission des
Traducteurs du Roi et de Word Aflame Press.

Nota bene : Dans ce document, le masculin est utilisé pour


alléger le texte, et comprend le féminin.
REMERCIEMENTS
Merci à chaque personne, église et organisation
qui a contribué au projet de traduction des
livres requis pour les licences ministérielles
de l’Église Pentecôtiste Unie Internationale.

SÉRIE DE MANUELS
APOSTOLIQUES

Manuel sur le Pentateuque


Manuel sur les Évangiles
Manuel sur les livres historiques
Manuel sur le livre des Actes
Manuel sur les prophètes
Manuel sur les Épîtres de Paul
Manuel sur les Psaumes et la littérature de Sagesse
Manuel sur les Épîtres générales et le livre de l’Apocalypse

3
PRÉFACE

Recevoir le Saint-Esprit est une expérience merveilleuse.


Les nouveaux convertis peuvent avoir l’impression que leur
recherche de Dieu a abouti, et que le reste de leurs vies ira
comme sur des roulettes. Après tout, Dieu n’est pas seulement
avec eux, mais il est maintenant en eux.
Le baptême du Saint-Esprit marque peut-être la fin de
leur recherche de Dieu, mais il ne représente que le début
de leur marche avec Dieu. Lorsque les nouveaux convertis
commencent à suivre le Seigneur, ils se rendent vite compte
que même si le Saint-Esprit réside en eux, leur volonté
humaine et leur liberté de choix sont encore bel et bien
intactes. Ils sont parfois surpris de se rendre compte que
Dieu ne contrôle pas leurs actions comme un marionnettiste
contrôle une marionnette.
Bien que nous soyons sauvés par la grâce de Dieu et
non par nos œuvres, nous devons faire le choix de suivre la
direction de Dieu ou de poursuivre notre propre chemin.
Un des moyens qui peut aider les croyants à grandir en
Dieu est de se soumettre à ce que l’on appelle des disciplines
spirituelles qui se trouvent dans la Parole de Dieu. Ces
disciplines ne sont toutefois pas seulement pour les nouveaux
convertis, mais pour chaque chrétien. Même si nous servons

4
le Seigneur depuis des années, il y a toujours moyen de faire
mieux. Tant que nous sommes en vie, nous devons croître
« dans la grâce et dans la connaissance de notre Seigneur et
Sauveur Jésus Christ » (II Pierre 3 : 18).
Il est extrêmement important de développer une relation
avec Dieu. Dieu communique avec nous par sa Parole, et
nous lui parlons par la prière. Une relation a peu de chance
de se développer sans communication. C’est pourquoi il est
nécessaire de combiner régulièrement la lecture et l’écoute
de la Parole avec la prière. Mais c’est à nous de prendre le
temps, chaque jour, de nous soumettre à ces disciplines
importantes.
Une autre discipline spirituelle est l’adoration. Bien que
nos circonstances changent, Dieu ne change jamais. Même
quand nous sommes déçus, désabusés ou accablés, et nous
n’avons pas envie d’adorer Dieu, il reste digne de notre
adoration. Dieu continue à nous aimer, à demeurer fidèle, à
garder son regard sur nous et à prendre soin de nous, même
dans les circonstances difficiles. Si nous nous soumettons à
la discipline de l’adoration dans les moments difficiles, nous
montrons que notre confiance est en Dieu et que nous avons
la foi qu’il agira dans nos situations.
La discipline du pardon est possiblement une des
disciplines à laquelle il est le plus difficile de se soumettre.
Les gens qui ont été terriblement blessés ont peut-être
l’impression qu’ils ne seront jamais en mesure de pardonner
à ceux qui les ont offensés. Dans de telles circonstances,
la personne blessée aura peut-être besoin de temps, et
nécessitera certainement l’aide de Dieu, avant de pouvoir
accorder le pardon. Cependant, le pardon est indispensable
pour plusieurs raisons. La rancune peut se transformer en

5
amertume, au détriment de la personne qui a été offensée et
non de celle qui a commis l’offense. Des problèmes physiques
peuvent se développer. La personne peut se sentir comme
prisonnière de l’offense. Mais le pardon libère la personne
offensée, même si l’offenseur ne s’excuse jamais.
Même si cette discipline spirituelle et les autres décrites
dans ce livre requièrent du temps et de l’effort, ceux qui s’y
soumettront croîtront dans la grâce.

6
CHAPITRE 1

LA GRÂCE ET LE DON
GRATUIT DU SALUT

INTRODUCTION
La grâce est l’un des thèmes bibliques les plus importants et
les plus sacrés. Les croyants ont souvent tendance à penser
à la grâce comme étant une dispensation, c’est à dire une
certaine période dans le temps pendant laquelle Dieu traite
avec les humains d’une certaine manière. Cependant, la grâce
est beaucoup plus qu’une certaine époque. La grâce est un
aspect essentiel de la nature et du caractère du Tout-Puissant.
Admettons que nous examinions la Bible en la divisant en
différentes périodes selon les manières utilisées par Dieu pour
gérer l’humanité. Une évaluation honnête nous pousserait à
admettre le rôle crucial de la grâce et de la miséricorde de
Dieu dans chacune de ces époques. Sans la grâce de Dieu, la
rédemption de l’homme n’aurait jamais été possible. La grâce
est l’aspect du caractère de Dieu qui a rendu possible la mise
en place de dispositions pour le salut de l’humanité, même si
cette dernière ne la méritait pas du tout. Nous ne méritions
pas la rédemption, mais la grâce nous a invités à prendre part
au salut.

7
Dans ce livre, nous allons aborder les différents aspects
de la croissance dans la grâce. Mais avant qu’une chose ne
croisse, il faut qu’elle naisse. Avant qu’un croyant puisse
croître dans la grâce, il faut qu’il fasse l’expérience initiale du
don de la grâce — le salut en Jésus-Christ. Pour comprendre
notre besoin de rédemption et l’occasion formidable que
Dieu nous offre de faire l’expérience du salut, nous devons
retourner tout au début de l’histoire de l’humanité : la
Création, Adam et Ève et le jardin d’Éden.

I. LE SALUT EST UN DON DE DIEU


Dans la vie, il y a certaines situations desquelles il est difficile
de se tirer de nos propres forces. Dans certains cas, il est
même impossible de s’en sortir sans l’aide de quelqu’un.
L’état de péché de l’homme est une de ces situations qui
demandent l’intervention du Tout-Puissant.

A. Nous sommes par nature pécheurs


L’expérience humaine a commencé dans le jardin d’Éden.
Dieu a d’abord créé le monde et tout ce qu’il contient. En
six jours, il a tout fait et il a mis de l’ordre dans l’univers.
Il a observé sa magnifique création et il a déclaré que « cela
était bon » (Genèse 1 : 10, 12, 18, 21, 25). Cependant, Dieu
n’avait pas encore terminé son œuvre créative. Bien que son
monde était merveilleusement complexe et inspirant, Dieu
a couronné les six jours de la Création en faisant les êtres
humains à son image et à sa ressemblance (Genèse 1 : 27). Il
a d’abord fait l’homme, Adam, ensuite, à partir d’une de ses
côtes, il a formé pour lui une compagne, Ève.

8
Dieu créa l’homme à son image, il le créa à l’image
de Dieu, il créa l’homme et la femme. (Genèse 1 : 27)

Dieu avait des intentions toutes particulières pour sa


création finale. Dieu avait un monde merveilleux rempli de
créations uniques et stimulantes, et il avait une armée céleste
d’anges qui l’adoraient sans interruption et obéissaient à ses
ordres. Mais Dieu désirait une créature qui, avec intelligence,
imagination créative, et de plein gré, choisirait de l’aimer, de
le servir, et de vivre pour lui. Dieu n’était pas à la recherche
de réactions robotiques de la part d’une créature dépourvue
de choix, mais il désirait des individus qui choisiraient par-
dessus tout de vivre avec un objectif éternel : un objectif au-
delà de la sphère humaine, centré sur le Créateur et consacré
à celui-ci.
Cependant, la seule façon d’avoir des créatures capables
de choisir est de les placer devant un choix. Par conséquent,
Dieu a donné à Adam et à Ève le don de la volonté. Dieu
pourvoyait abondamment à leurs besoins grâce aux multiples
arbres et plantes du jardin, mais il leur a interdit de manger
du fruit d’un seul arbre, « l’arbre de la connaissance du bien
et du mal » (Genèse 2 : 17).
Le serpent s’est approché d’Ève de façon rusée et l’a
convaincue que Dieu les privait de quelque chose de bon.
Lorsqu’elle a mangé du fruit interdit et en a donné à Adam,
tout a changé au sein de leur environnement utopique.
Soudain, ils se sont trouvés confrontés au jugement de Dieu,
à la malédiction du péché, et à l’expulsion du jardin. Ils sont
entrés en contact direct avec la douleur, la souffrance, les
difficultés, et la fatigue qu’ils ne connaissaient pas auparavant.
Ils devaient lutter contre les épines et les chardons pour

9
essayer d’assurer leur subsistance, quand auparavant Dieu
avait tout pourvu pour eux. Ils ressentaient la douleur et la
malédiction du péché. (Voir Genèse 3.)
Comme cela est toujours le cas avec le péché, ils ne sont pas
restés les seules victimes de la malédiction. Le péché n’affecte
jamais seulement celui qui le commet, mais il affecte aussi
les autres. La douleur et les souffrances du péché introduites
dans le monde par Adam et Ève se sont répandues sur toute
l’humanité. Ils ont très vite expérimenté davantage le côté
maléfique du péché au sein même de leur famille quand
Caïn a tué son frère Abel (Genèse 4 : 1-16). La douleur a ainsi
persisté et s’est répandue au cours des âges, des époques et
des générations à mesure que chaque individu voyait le jour
dans ce monde de péché, et que chaque personne héritait de
cette nature humaine déchue et pécheresse.

C’est pourquoi, comme par un seul homme le péché


est entré dans le monde, et par le péché la mort, et
qu’ainsi la mort s’est étendue sur tous les hommes,
parce que tous ont péché... la mort a régné depuis
Adam jusqu’à Moïse... Mais il n’en est pas du don
gratuit comme de l’offense ; car, si par l’offense d’un
seul il en est beaucoup qui sont morts, à plus forte
raison la grâce de Dieu et le don de la grâce venant d’un
seul homme, Jésus Christ, ont-ils été abondamment
répandus sur beaucoup… Si par l’offense d’un seul
la mort a régné par lui seul, à plus forte raison ceux
qui reçoivent l’abondance de la grâce et du don de la
justice régneront-ils dans la vie par Jésus Christ lui
seul… Car, comme par la désobéissance d’un seul
homme beaucoup ont été rendus pécheurs, de même

10
par l’obéissance d’un seul beaucoup seront rendus
justes. (Romains 5 : 12-19)

L’échec de l’humanité n’a pas pris Dieu au dépourvu. Il


savait que la race humaine succomberait à la tentation et à
la désobéissance. Nous pourrions alors nous demander :
« Pourquoi donc Dieu aurait-il pris le risque de créer l’être
humain ? » Dans sa prescience, Dieu avait déjà un plan pour
apporter l’élément manquant — l’aide nécessaire — afin que
les humains puissent choisir de vivre victorieux sur le péché
à travers l’œuvre rédemptrice du Sauveur. Dieu avait déjà
envisagé l’Incarnation, et avait déjà prévu l’Agneau qui, un
jour, ôterait « les péchés du monde » (Jean 1 : 29). Même si
le Calvaire n’aurait lieu que des siècles plus tard, Dieu voyait
déjà l’œuvre rédemptrice et le prix que lui-même paierait
pour les péchés de l’humanité.

Et tous les habitants de la terre l’adoreront, ceux dont


le nom n’a pas été écrit dès la fondation du monde
dans le livre de vie de l’agneau qui a été immolé.
(Apocalypse 13 : 8) (Voir aussi I Pierre 1 : 19-20.)

À travers l’Incarnation, le Fils de Dieu — Dieu manifesté dans


la chair — servirait de sacrifice pour les péchés de l’humanité,
un acte saint et juste que les hommes ne pourraient jamais
accomplir ni mériter.

B. On ne peut rien faire pour mériter le salut


Tout comme quelqu’un se trouvant dans une situation
impossible, on ne peut rien faire pour s’extirper de l’état de
péché dans lequel nous sommes nés. « Car tous ont péché et

11
sont privés de la gloire de Dieu » (Romains 3 : 23). On peut
essayer, tant que l’on veut, d’échapper à la nature pécheresse,
mais on n’y arrivera pas. Nous sommes piégés comme dans
des sables mouvants, et on ne fait que s’enfoncer de plus en plus
profondément dans la mare du péché. Comme nous sommes
tous pécheurs, personne n’est qualifié pour se racheter ou
n’est en mesure de faire le nécessaire pour échapper à l’état
de péché. Nous dépendons complètement d’un Sauveur, de
quelqu’un qui est à la hauteur de nous racheter du péché.
Le seul qui est capable d’accomplir un tel acte de
rédemption est l’Agneau qui a été immolé dès la fondation du
monde (Apocalypse 13 : 8). Dans sa chair, Jésus-Christ était
le seul homme qui ait pu éviter toute souillure du péché. Le
Dieu homme, Dieu en chair humaine, Jésus-Christ était sans
péché et s’est porté volontaire pour offrir le sacrifice éternel
pour les péchés de l’humanité entière.

Car nous n’avons pas un souverain sacrificateur qui


ne puisse compatir à nos faiblesses ; au contraire,
il a été tenté comme nous en toutes choses, sans
commettre de péché. (Hébreux 4 : 15)

À la croix, Christ a payé le prix du péché que nous n’aurions


jamais pu payer ; il a offert le sacrifice que nous n’aurions
jamais pu offrir. Comme nous ne pouvions jamais être à la
hauteur pour offrir ce sacrifice, et comme nous porterions
toujours les marques du péché, nous ne pouvions jamais
mériter le sacrifice offert pour nos péchés. Pour résoudre
ce dilemme insurmontable, nous avions besoin de quelque
chose qui allait au-delà de notre capacité humaine. Notre
sort pitoyable nécessitait la grâce du Dieu tout-puissant.

12
Car c’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le
moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c’est le
don de Dieu. Ce n’est point par les œuvres, afin que
personne ne se glorifie.
(Éphésiens 2 : 8-9)

Nous étions dans une situation désespérée, pris dans


l’étau de notre propre état de péché. Nous ne pouvions pas
nous sauver nous-mêmes ; nous ne pouvions jamais mériter
la rédemption. Mais Dieu nous a quand même fait don de sa
grâce — il nous a sauvés du péché.

C. Dieu nous accorde la grâce


La rédemption ne s’obtient qu’à travers le don de la grâce
de Dieu. Comme Paul l’a écrit aux chrétiens d’Éphèse, nous
étions nous aussi « fils de la rébellion » et « enfants de colère »
(Éphésiens 2 : 2-3).

Mais Dieu, qui est riche en miséricorde, à cause du


grand amour dont il nous a aimés, nous qui étions
morts par nos offenses, nous a rendus à la vie avec
Christ (c’est par grâce que vous êtes sauvés) ; il
nous a ressuscités ensemble, et nous a fait asseoir
ensemble dans les lieux célestes, en Jésus Christ, afin
de montrer dans les siècles à venir l’infinie richesse
de sa grâce par sa bonté envers nous en Jésus Christ.
(Éphésiens 2 : 4-7)

Seule la grâce de Dieu nous permet d’expérimenter le


salut, et le seul moyen d’accéder à sa grâce est par la foi.
Nos capacités et nos richesses ne nous sont d’aucun profit

13
quand il s’agit de la rédemption de nos péchés. Nous ne
pouvons acquérir la rédemption grâce à notre héritage,
notre lignée, ou nos possessions. Notre charisme personnel
et notre personnalité ne peuvent jamais nous rendre plus
favorables aux yeux du Sauveur. Ce n’est que par sa grâce et
sa miséricorde imméritées, par le moyen de la foi, que nous
pouvons expérimenter la main rédemptrice du Tout-Puissant
sur nos vies.

D. Nous avons accès à la grâce de Dieu par la foi

Or sans la foi il est impossible de lui être agréable ;


car il faut que celui qui s’approche de Dieu croie que
Dieu existe, et qu’il est le rémunérateur de ceux qui le
cherchent. (Hébreux 11 : 6)

Toute relation avec Dieu débute avec la foi. Sans celle-ci,


il est impossible de lui plaire (Hébreux 11 : 6). La foi est le
fondement sur lequel se construit toute relation avec Dieu.
Comment pouvons-nous avoir une relation avec quelqu’un
en qui nous n’avons aucune confiance ? Par conséquent, une
relation avec Dieu commence aussi par la confiance, ou la foi
en lui, qui coule le fondement de cette relation.

À qui nous devons d’avoir eu par la foi accès à cette


grâce, dans laquelle nous demeurons fermes, et nous
nous glorifions dans l’espérance de la gloire de Dieu.
(Romains 5 : 2)

Selon le dessein éternel qu’il a mis à exécution par


Jésus Christ notre Seigneur, en qui nous avons, par la

14
foi en lui, la liberté de nous approcher de Dieu avec
confiance. (Éphésiens 3 : 11-12)

Nous avons accès à la grâce de Dieu par la foi, mais ce n’est


que le début d’une relation rédemptrice avec lui. Comment
pouvons-nous croître dans la grâce et la connaissance de
Christ si nous n’acceptons jamais l’offre de son salut, en
réponse à sa grâce ?
La foi et la grâce nous conduisent au salut. Certains
veulent s’arrêter à la foi, mais cela les empêche de même
commencer à expérimenter la grandeur de Dieu. D’autres
veulent s’arrêter à la grâce, mais là encore ils n’ont même pas
commencé à voir les œuvres de Dieu s’accomplir dans leurs
vies ; ils n’ont fait que franchir la porte ouverte par la grâce à
travers la foi. Que trouve-t-on au-delà de cette porte ? Nous
y découvrons tous les aspects associés à la rédemption du
péché que seul Dieu peut pourvoir.
La foi nous donne la force de croire que la grâce de Dieu
nous viendra en aide en dépit de notre condition pécheresse,
et que Dieu nous accordera le don du salut. La foi ouvre la
voie vers une relation avec Dieu dans laquelle nous pouvons
expérimenter son plan de rédemption. Quel est son plan ? La
foule de Juifs qui avaient entendu Pierre prêcher, le jour de
la Pentecôte, voulait savoir quel était le plan de Dieu. Après
avoir entendu le sermon de Pierre et après avoir eu le cœur
vivement touché, ils se sont exclamés : « Hommes frères, que
ferons-nous ? » (Actes 2 : 37). Ils voulaient savoir comment
être sauvés. Pierre a répondu haut et fort à cette question,
traçant ainsi un chemin pour eux et pour nous tous :

15
Pierre leur dit : Repentez-vous, et que chacun de vous
soit baptisé au nom de Jésus Christ, pour le pardon de
vos péchés ; et vous recevrez le don du Saint Esprit.
(Actes 2 : 38)

La foi et la grâce nous mènent à obéir à l’appel de Christ,


celui de nous repentir de nos péchés. Le péché a détruit la
relation entre l’homme et Dieu, mais Jésus-Christ a payé le
prix pour que cette relation soit restaurée. Pour accepter son
plan, il faut d’abord avoir la foi. Ensuite son plan se développe
à travers sa grâce et notre repentance du péché.

Non, je vous le dis. Mais si vous ne vous repentez,


vous périrez tous également. (Luc 13 : 3, 5)

En plus de la repentance, Pierre a expliqué que nous


devons être baptisés d’eau dans le nom de Jésus-Christ pour
le pardon de nos péchés, et que nous recevrons le Saint-
Esprit. (Voir Actes 2 : 38.) Si nous suivons le plan que Dieu
a établi par sa grâce, nous commencerons une relation réelle
et vive avec lui. Cette relation rédemptrice nous encourage
à continuer de croître dans sa grâce à mesure que nos vies
sont radicalement changées et que nous nous rapprochons
toujours plus de lui.

II. PARCE QU’IL NOUS A SAUVÉS, NOUS SOMMES


APPELÉS À VIVRE DIFFÉREMMENT
Nous ne sommes pas sauvés par les œuvres, d’ailleurs tout ce
que nous pourrions faire ne suffirait jamais pour mériter la
grâce de Dieu et le développement spirituel qu’il veut effectuer
en nous. Toutefois, cela n’enlève rien à l’importance de croître

16
dans les « bonnes œuvres » qu’il nous a appelés à accomplir.
Paul a écrit : « Car nous sommes son ouvrage, ayant été créés
en Jésus Christ pour de bonnes œuvres, que Dieu a préparées
d’avance, afin que nous les pratiquions. » (Éphésiens 2 : 10)
Bien que les œuvres ne puissent pas nous sauver, notre salut
devrait nous amener à faire de bonnes œuvres. Elles reflètent
l’œuvre rédemptrice que Jésus-Christ a accomplie en nous.
Le Saint-Esprit est un excellent dirigeant et enseignant. Il
nous éclaire et nous guide dans toute la vérité, et nous pousse
vers un progrès spirituel continu à mesure que nous croissons
dans sa grâce et sa connaissance. « Quand le consolateur
sera venu, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans toute la
vérité ; car il ne parlera pas de lui-même, mais il dira tout ce
qu’il aura entendu, et il vous annoncera les choses à venir. »
(Jean 16 : 13) De plus, la grâce de Dieu nous enseigne à
rechercher la sainteté à travers Jésus-Christ (Tite 2 : 11-12).
Si nous suivons sa direction, nous croîtrons en refusant de
satisfaire les désirs de la chair et les convoitises du monde
comme notre nature humaine aimerait faire.

Car la grâce de Dieu, source de salut pour tous les


hommes, a été manifestée. Elle nous enseigne à
renoncer à l’impiété et aux convoitises mondaines, et
à vivre dans le siècle présent selon la sagesse, la justice
et la piété. (Tite 2 : 11-12)

En renonçant à nos caprices et à nos désirs charnels,


nous devenons de plus en plus semblables à Christ. Grâce à
l’œuvre de l’Esprit en nous, nous devenons petit à petit des
personnes nouvelles, radicalement différentes de ce que nous
étions avant de recevoir le Saint-Esprit.

17
A. Nous sommes de nouvelles créatures
Grâce à la nouvelle naissance, nous devenons de nouvelles
créatures en Jésus-Christ. Nous ne sommes plus les mêmes,
car il nous a changés par sa grâce et par sa puissance dans
nos vies. Paul a écrit ceci aux Corinthiens : « Si quelqu’un
est en Christ, il est une nouvelle créature. Les choses
anciennes sont passées ; voici, toutes choses sont devenues
nouvelles. » (II Corinthiens 5 : 17)
Nos vieilles habitudes et notre ancien mode de vie perdent
leur attrait à nos yeux, et nous sommes plutôt attirés vers
de nouvelles disciplines de vie ainsi que vers de nouvelles
expériences spirituelles en Christ.

B. Nous devrions continuellement désirer de croître dans


la grâce
Même si nous avons expérimenté des changements radicaux
en devenant de nouvelles créatures en Jésus-Christ, nous
ne nous contentons pas de faire du surplace spirituel. Nous
reconnaissons plutôt qu’il y a de la joie à continuellement
progresser et grandir spirituellement en Jésus Christ. Pierre,
dans sa première lettre, encourage les croyants à désirer
le lait spirituel et pur de la Parole afin de croître par lui
(I Pierre 2 : 2).
Notre désir devrait être de « croître » en Christ, ce
qui indique un développement en maturité spirituelle
(Éphésiens 4 : 15). Tout comme les bébés doivent grandir,
nous aussi devons le faire. Nous devons croître « dans la
grâce et dans la connaissance de notre Seigneur et Sauveur
Jésus Christ » (II Pierre 3 : 18). (Voir aussi Colossiens 1 : 10.)

18
C. Nous devrions marcher selon d’Esprit
Afin de grandir spirituellement, nous devons
quotidiennement ancrer nos vies dans l’Esprit, c’est-à-dire
« marcher selon l’Esprit » (Galates 5 : 16, 25). En d’autres
termes, nous devons mener nos vies ici-bas dans l’Esprit
— en progressant et grandissant spirituellement. Paul a
écrit aux chrétiens de Rome : « Il n’y a donc maintenant
aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus
Christ. » (Romains 8 : 1)
Tandis que nous résistons à satisfaire les désirs de notre
chair et marchons « selon l’Esprit », deux choses faciliteront
notre croissance spirituelle.
1. Discerner quel est le bon choix. L’Esprit nous donnera
la puissance de discerner et de prendre les bonnes décisions,
si nous prenons soin de suivre sa direction, et si nous nous
efforçons de vivre en lui. Nous avons tous des moments
d’incertitude concernant le prochain pas à faire. Nous nous
mettons à rationaliser les deux options, et nous devenons
confus tandis que nous essayons d’identifier humainement
la bonne décision à prendre. Dans ces moments-là, le Saint-
Esprit désire nous guider vers le bon choix. Celui-ci peut ne
pas paraître aussi positif que celui que nous examinions selon
la chair, mais l’Esprit voit au-delà de notre discernement
humain. Écoutons l’Esprit et suivons sa direction. Il connaît
la voie à emprunter et il nous aidera à discerner ce qui est
juste.
2. Se soumettre à des disciplines spirituelles. Pour
progresser spirituellement, nous devons aussi nous soumettre
à certaines disciplines spirituelles. Celles-ci vont maîtriser
nos inclinations charnelles et nous donner la puissance
d’obéir aux avertissements subtils de l’Esprit. Celui-ci nous

19
guidera dans toute la vérité incluant les décisions que nous
devons prendre.

APPLICATION PERSONNELLE

Le Dieu de toute grâce, qui vous a appelés en Jésus


Christ à sa gloire éternelle, après que vous aurez
souffert un peu de temps, vous perfectionnera lui-
même, vous affermira, vous fortifiera, vous rendra
inébranlables. (I Pierre 5 : 10)

Quand les Écritures nous parlent de perfection, elles


l’entendent dans le sens de devenir complet. Le mot dans
I Pierre 5 : 10, que la version Louis Segond traduit par « vous
perfectionnera », vient du grec katartizo, « être accompli »,
« réparer » (littéralement ou figurativement) ou « redresser »
(concordance Strong).
Le Saint-Esprit, grâce à son œuvre en nous, nous rend
complets. Non seulement il complète l’expérience de la
nouvelle naissance quand nous recevons son salut, mais
chaque jour, il dirige notre croissance spirituelle en vue de
nos vies futures en lui. Le Saint-Esprit nous dirige et nous
amène à la complétude spirituelle.
Jésus nous a exhortés en ces termes : « Soyez donc parfaits,
comme votre Père céleste est parfait. » (Matthieu 5 : 48) Être
parfait, c’est être complet. Ce processus est une cible en
mouvement constant et continu. Cela ne veut pas dire que
la perfection en Jésus-Christ est impossible à atteindre ;
c’est plutôt dire que progresser vers la perfection, ou la
complétude, est un objectif qui dure toute une vie. Nous
devons rechercher Jésus-Christ tout au long de nos vies —

20
chaque jour sans exception. Nous continuerons à progresser,
croître et mûrir spirituellement, si nous vivons pour lui et
marchons selon l’Esprit.

QUESTIONS DE RÉFLEXION
• Comment notre compréhension de la grâce façonne-t-
elle notre vision de Dieu ?
• Comment le péché est-il entré dans le monde parfait de
Dieu ? Comment cet évènement affecte-t-il encore les
humains aujourd’hui ?
• En quoi « l’agneau immolé dès la fondation du monde »
était-il un plan établi des siècles avant l’évènement en
question ?
• Pouvons-nous faire quoi que soit pour mériter la
rédemption que Dieu nous accorde ?

21
22
CHAPITRE 2

LA DISCIPLINE
DE L’ADORATION

INTRODUCTION
L’adoration n’est pas seulement quelque chose que l’on fait
pour être bénis de Dieu. Elle implique le sacrifice — qui
paraîtra souvent coûteux et insensé. Elle requiert l’obéissance,
ce qui prouve que l’adoration touche à nos vies entières ; elle
affecte chacune de nos actions et de nos pensées. L’adoration
proclame les attributs de Dieu. Elle rend témoignage de sa
grandeur, de sa bonté et de son amour constant.
Abraham a prouvé que l’adoration est un acte de
confiance souvent accompli en obéissance à un appel ou à
des exigences de Dieu apparemment irraisonnables. En dépit
du commandement que Dieu lui a donné de sacrifier son fils
Isaac, Abraham s’est appuyé sur la fidélité et la bénédiction
que Dieu avait démontrées jusque-là. Dans son livre Recalling
the Hope of Glory1, l’auteur Allan Ross écrit : « Abraham a
reçu la vérité de qui Dieu était par la révélation divine de Dieu
lui-même. Jéhovah était le Dieu vivant ; il était souverain ; il
était le juste juge, fidèle et plein de grâce. »

1 N.d.T. Se souvenir de l’espérance de la gloire, traduction libre.

23
En marchant par la foi en obéissance à Dieu, menant nos
vies comme un acte d’adoration, en servant Dieu et les autres,
nous récolterons aussi les promesses écrites dans sa Parole.

I. QU’EST-CE QUE L’ADORATION ?

A. Le sacrifice
Dans l’Antiquité, au temps d’Abraham, les sacrifices étaient
une partie intégrante de l’adoration des dieux païens. Donc,
il était tout naturel pour Abraham de construire un autel et
d’offrir des sacrifices lorsqu’il adorait Jéhovah, le véritable
Dieu vivant. (Voir Genèse 12 : 7-8 ; 13 : 18 ; 22 : 9.) Tandis
que les païens sacrifiaient à leurs dieux par sens de devoir ou
d’obligation ou pour échapper à leur colère et à leur jugement,
Abraham le faisait par désir de plaire à Dieu avec les dons
qu’il lui offrait. Le sacrifice d’Abraham symbolisait son
besoin de Dieu et de sa bonté comme source de vie. Dans ce
sens, ses sacrifices différaient de ceux que les païens offraient
à leurs dieux pour en quelque sorte les apaiser. Allan Ross
écrit dans son livre : « Quand Abraham a construit son autel
à Jéhovah (Genèse 12 : 7), ce n’était pas un acte religieux
superficiel. Non seulement c’était la réaction spontanée d’un
cœur rempli de foi dans une révélation merveilleuse de Dieu,
mais c’était aussi un acte sincère d’adoration qui proclamait
sa reconnaissance envers celui qui l’avait appelé, sa dévotion
envers celui qui était maintenant son Dieu, et sa soumission
au plan de celui qui bénirait le monde. »
La constance d’Abraham de construire un autel et
d’offrir des sacrifices à chaque endroit où il se trouvait est
remarquable. Les dieux de l’Antiquité étaient souvent des
statues ou des objets présents dans la nature, les rendant, de

24
ce fait, confinés à un certain lieu. Leurs adorateurs devaient
donc se rendre à l’endroit où ces dieux avaient été érigés pour
leur offrir des sacrifices.
Le commandement de Dieu, « Tu n’auras pas d’autres
dieux devant ma face », avait un caractère unique dans la
culture antique du Proche-Orient, puisqu’il était présumé
que lorsque quelqu’un se déplaçait, il se trouvait sous
l’autorité du dieu ou des dieux de l’endroit en question. (Voir,
par exemple, I Rois 18 : 33-35.) La décision d’Abraham de
construire, en obéissance à Dieu, un autel à chaque endroit
où il voyageait était symbolique de l’omniprésence de Dieu.
Le fait qu’Abraham adorait Dieu partout où il se rendait, était
une proclamation audacieuse que Jéhovah était le véritable
Dieu vivant dans tout le pays, et qu’il n’était pas limité à un
seul lieu.

B. L’obéissance
Abraham a dû être choqué quand Dieu lui a ordonné d’offrir
son fils Isaac en holocauste. Ce dernier était l’accomplissement
de la promesse que Dieu avait faite à Abraham de lui donner
un fils dans son âge avancé. C’est pourquoi Abraham a
dû paniquer quand Dieu lui a soudainement demandé de
sacrifier son fils bien-aimé. Il a certainement vite repensé
aux promesses que Dieu lui avait faites dans Genèse 17 : 1-2 :
« Lorsque Abram fut âgé de quatre-vingt-dix-neuf ans,
l’Éternel apparut à Abram, et lui dit : Je suis le Dieu tout
puissant. Marche devant ma face, et sois intègre. J’établirai
mon alliance entre moi et toi, et je te multiplierai à l’infini. »
Ensuite, après qu’Abram est tombé sur sa face, Dieu a continué
à lui parler dans les versets 4-6 : « Voici mon alliance, que je
fais avec toi. Tu deviendras père d’une multitude de nations.

25
On ne t’appellera plus Abram ; mais ton nom sera Abraham,
car je te rends père d’une multitude de nations. Je te rendrai
fécond à l’infini, je ferai de toi des nations ; et des rois
sortiront de toi. »
Essayons d’imaginer ce qui aurait pu se produire entre
les versets deux et trois de Genèse 22. Le texte nous indique
que « Abraham se leva de bon matin », ce qui sous-entend
qu’il avait passé une longue nuit à réfléchir à ce que Dieu
lui avait ordonné de faire. Comment allait-il expliquer cela à
Sara ? Qu’est-ce qu’il allait dire à ses amis et à ses voisins qui
savaient qu’Isaac était le don miraculeux que Dieu leur avait
fait à un âge avancé ? Comment allait-il pouvoir sacrifier le
don même qui lui avait apporté tant de joie et d’espoir ?
Plusieurs questions devaient se bousculer dans l’esprit
d’Abraham, toutefois le texte nous indique au verset 3 qu’il
« se leva de bon matin, sella son âne, et prit avec lui deux
serviteurs et son fils Isaac ». Abraham avait développé
ce niveau remarquable de confiance en Dieu sur la base
de la révélation de Dieu qu’il avait reçue. Son obéissance
découlait tout naturellement de cette révélation, et Abraham
la démontrait par ses actes d’adoration constants et ses
sacrifices. Cet acte d’obéissance sans précédent ne demandait
rien de moins qu’un abandon et une soumission absolus à
Dieu. Allan Ross a écrit : « Ce sacrifice symbolisait le fait
que toutes choses dans la vie d’Abraham, y compris Isaac,
appartenaient à Dieu. »
Quand on lit cette histoire, on a l’avantage de déjà en
connaître la fin, qui nous raconte que Dieu a pourvu un
remplacement — un bélier — pour honorer l’obéissance
d’Abraham. Mais ce dernier n’avait aucun moyen de savoir
comment l’histoire allait se terminer. Il a simplement choisi

26
de mettre sa confiance dans la fidélité de Dieu. L’auteur aux
Hébreux a saisi cette tension quand il écrit : « C’est par la
foi qu’Abraham offrit Isaac, lorsqu’il fut mis à l’épreuve, et
qu’il offrit son fils unique, lui qui avait reçu les promesses, et
à qui il avait été dit : En Isaac sera nommée pour toi une
postérité. Il pensait que Dieu est puissant, même pour
ressusciter les morts ; aussi le recouvra-t-il par une sorte de
résurrection. » (Hébreux 11 : 17-19) » Abraham devait être
dans un tel désarroi alors qu’il obéissait au commandement
de Dieu de lui rendre la promesse ! La foi d’Abraham montre
qu’il avait confiance que Dieu accomplirait ses promesses,
même en dépit de la mort d’Isaac. Allan Ross continue en
disant : « Bien qu’Abraham n’ait jamais dû sacrifier Isaac,
son obéissance et sa disposition à le faire — l’offrande de ses
propres désirs et souhaits — est devenu le sacrifice. Le bélier
est devenu l’expression symbolique de l’obéissance et de la
soumission d’Abraham au commandement de Dieu. » (Voir
Psaume 40 : 6-8.)

C. L’action
Cette histoire relatant la disposition d’Abraham d’offrir
Isaac en holocauste montre que pour lui l’adoration
impliquait chaque partie de sa vie. Bien que l’obéissance
d’Abraham découlait de sa foi et de sa disposition de cœur,
ses actions prouvaient aussi que sa vie était entièrement
consacrée à l’adoration de Dieu. Le mot hébreu le plus
souvent utilisé dans l’Ancien Testament pour faire référence
à l’adoration est shâchâh, qui signifie « se prosterner devant
un supérieur ». Bien que dans la plupart des Bibles le mot
est simplement traduit par « adorer », les auteurs de l’Ancien
Testament comprenaient qu’il y avait dans ce mot une

27
notion de physiquement se prosterner devant Dieu. Dans
Genèse 22 : 5, lorsqu’Abraham dit à ses serviteurs : « … moi
et le jeune homme, nous irons jusque-là pour adorer, et nous
reviendrons auprès de vous », il a utilisé le mot shâchâh,
traduit par « adorer » pour indiquer sa prosternation devant
l’Éternel. Comme il était courant à l’époque de s’incliner
devant des dieux païens, ce qu’Abraham avait fait auparavant,
cet acte de prosternation lui était familier et faisait partie
intégrante de son adoration de Jéhovah.
L’Ancien Testament fait souvent référence à des pratiques
d’adoration religieuse telles que la construction d’autels
et autres rites pratiqués par divers groupes. Une autre idée
fortement reliée à ces actions rituelles est celle de « service »,
qui en hébreu, est représentée par le mot abad, qui signifie
« servir ». L’idée derrière ce genre de service est celle d’un
individu qui cherche à promouvoir les intérêts d’un supérieur
en alignant ses actions et sa façon de vivre aux volontés de ce
supérieur.
Nous pouvons voir ici le lien entre l’obéissance sincère
d’Abraham et l’expression de celle-ci dans ses actions pleines
de révérence ; il élève un autel et y place du bois ; il lie son fils
Isaac et le met au-dessus du bois. Sa dernière action consiste
à prendre le couteau pour égorger son fils en obéissance à
Jéhovah. Cependant, lorsque Dieu a vu qu’Abraham avait
réellement l’intention d’égorger Isaac, il est intervenu. Un
ange l’a appelé et lui a dit de ne pas tuer son fils. Quand
Abraham s’est retourné, il a vu un bélier que Dieu avait
pourvu, et il l’a sacrifié à la place d’Isaac.
En consacrant les offrandes sacrificielles et la
prosternation à l’adoration de l’unique vrai Dieu, Abraham
a dirigé son adoration vers son destinataire légitime. La

28
manifestation externe de l’obéissance d’Abraham proclame
sa loyauté à l’adoration de Dieu seul.

II. POURQUOI ADORONS-NOUS ?

A. À cause de qui il est


Abraham a prouvé qu’il adorait en réponse à l’appel de Dieu,
qui lui avait commandé de quitter sa patrie et de se rendre
dans le pays qu’il lui avait promis. À chaque étape du trajet,
Abraham s’assurait de construire un autel et d’adorer Dieu
par le sacrifice et l’obéissance. Comme il avait été appelé
à se séparer de la société païenne au milieu de laquelle
il vivait, Abraham s’est consacré et a suivi Dieu partout
où celui-ci lui commandait d’aller, choisissant de croire
en la promesse de Dieu de pourvoir à ses besoins et de le
bénir. À maintes reprises, chaque fois que Dieu se révélait
à Abraham en entrant en alliance avec lui, ce dernier lui
obéissait en dressant un autel et en lui offrant des sacrifices.
(Voir Genèse 12 : 8 ; 15 : 7-21.) Dieu était un Dieu d’alliance,
qui tenait les promesses apparemment impossibles qu’il
avait faites à Abraham. À mesure que celui-ci adorait Dieu
et lui obéissait, il réalisait que Dieu était un Dieu fidèle à son
alliance ; il était celui qui pourvoyait à ses besoins, qui le
soutenait, qui le délivrait et qui était son ami.
Abraham a connu Dieu en temps réel, n’ayant pas le
trésor des Écritures que nous connaissons et chérissons.
Sa Parole nous révèle un Dieu qui est fidèle. « Sache donc
que c’est l’Éternel, ton Dieu, qui est Dieu. Ce Dieu fidèle
garde son alliance et sa miséricorde jusqu’à la millième
génération envers ceux qui l’aiment et qui observent ses
commandements. » (Deutéronome 7 : 9)

29
Dans le livre de Jérémie, nous lisons : « Ainsi parle
l’Éternel, qui a fait le soleil pour éclairer le jour, Qui a destiné
la lune et les étoiles à éclairer la nuit, Qui soulève la mer et
fait mugir ses flots, Lui dont le nom est l’Éternel des armées :
Si ces lois viennent à cesser devant moi, dit l’Éternel, La race
d’Israël aussi cessera pour toujours d’être une nation devant
moi. » (Jérémie 31 : 35-36) Dieu ne briserait son alliance
avec son peuple que si la lune et les étoiles disparaissaient. Le
Dieu qui a fait ses promesses absolues à Israël est le même
Dieu que nous servons.
Non seulement il est fidèle, mais il est aussi le Roi des
rois et le Seigneur des seigneurs, souverain sur toute la terre.
Son autorité, sa domination et sa puissance suprêmes sont
manifestées sans cesse dans sa Parole. Nous lisons dans
II Chroniques 20 : 6 : « Et il dit : Éternel, Dieu de nos pères,
n’es-tu pas Dieu dans les cieux, et n’est-ce pas toi qui domines
sur tous les royaumes des nations ? N’est-ce pas toi qui as en
main la force et la puissance, et à qui nul ne peut résister ? »
Dans un bel hymne de louange, David rend témoignage à
la grandeur et à l’autorité de Dieu : « L’homme ! ses jours
sont comme l’herbe, Il fleurit comme la fleur des champs.
Lorsqu’un vent passe sur elle, elle n’est plus, Et le lieu qu’elle
occupait ne la reconnaît plus. Mais la bonté de l’Éternel
dure à jamais pour ceux qui le craignent, Et sa miséricorde
pour les enfants de leurs enfants, Pour ceux qui gardent son
alliance, Et se souviennent de ses commandements afin de
les accomplir. L’Éternel a établi son trône dans les cieux, Et
son règne domine sur toutes choses. » (Psaume 103 : 15-19)
Outre sa fidélité et sa souveraineté, un des plus beaux
attributs de Dieu est son amour inconditionnel envers nous,
son peuple. En lisant l’histoire d’Israël, on voit que l’Écriture

30
rend témoignage de la miséricorde infinie de Dieu fondée sur
son amour immense envers son peuple, même si celui-ci a de
nombreuses fois rompu l’alliance. Toutefois, même pendant
leur infidélité et le jugement ultérieur, Dieu leur a promis de
les restaurer et de les faire revenir sur leurs terres et dans
leurs villes, de leur donner des récoltes, des troupeaux, des
enfants en bonne santé et la prospérité.

Quelques instants je t’avais abandonnée, Mais avec


une grande affection je t’accueillerai ; Dans un instant
de colère, je t’avais un moment dérobé ma face, Mais
avec un amour éternel j’aurai compassion de toi,
Dit ton rédempteur, l’Éternel. Quand les montagnes
s’éloigneraient, Quand les collines chancelleraient,
Mon amour ne s’éloignera point de toi, Et mon
alliance de paix ne chancellera point, Dit l’Éternel,
qui a compassion de toi. (Ésaïe 54 : 7-8, 10)

En lisant ces passages, on se rend compte qu’ils ont été


écrits pour le peuple de Dieu à un moment bien précis et
durant des circonstances spécifiques. Cependant, lorsque
nous amenons nos défaillances et nos échecs à Dieu, nous
pouvons lire ces écrits et réaliser que ce Dieu est notre Dieu.
Il nous offre encore aujourd’hui gratuitement sa fidélité, sa
souveraineté et son amour inconditionnel tout comme il
les a offerts à son peuple il y a bien longtemps. Il est et sera
toujours le même.

B. À cause de ce qu’il fait


La fidélité de Dieu envers Israël a conduit à ses actes de
délivrance. À maintes reprises, Dieu a délivré son peuple

31
de ses oppresseurs (Exode 14) ; il a pourvu pour lui de la
nourriture, un abri et des vêtements (Exodes 15-16) ; et il
l’a guidé vers la terre promise. Psaumes 105 et 106 relatent
en chant les périples d’Israël et la fidélité de Dieu qu’il a
démontrée envers eux en les délivrant maintes fois, et en
pourvoyant à leurs besoins. Dans le Psaume 103 : 1-5, David
a saisi les actes fidèles de Dieu :

De David. Mon âme, bénis l’Éternel ! Que tout ce qui


est en moi bénisse son saint nom ! Mon âme, bénis
l’Éternel, Et n’oublie aucun de ses bienfaits ! C’est lui
qui pardonne toutes tes iniquités, Qui guérit toutes
tes maladies ; C’est lui qui délivre ta vie de la fosse,
Qui te couronne de bonté et de miséricorde ; C’est lui
qui rassasie de biens ta vieillesse, Qui te fait rajeunir
comme l’aigle. (Psaume 103 : 1-5)

Dieu ne change pas ; il est toujours le Dieu qui guérit, qui


rachète, qui fait preuve de miséricorde, qui pourvoit à tout
besoin et qui renouvelle.
Dieu est aussi un Dieu de justice, qui se prononce en
faveur des démunis et des opprimés.
« Je sais que l’Éternel fait droit au misérable, Justice aux
indigents. » (Psaume 140 : 13). Dans le livre d’Ésaïe, après
avoir réprimandé Israël de lui rendre un culte et d’offrir des
sacrifices par simple habitude, Dieu leur ordonne de se laver,
de se repentir, de cesser de faire le mal et d’apprendre à faire
le bien, de rechercher la justice, de protéger l’opprimé, de
faire droit à l’orphelin et de défendre la veuve (Ésaïe 1 : 17).
Le fait que Dieu était un Dieu qui prenait soin des
indigents, des opprimés et des faibles était peut-être ce qui le

32
distinguait le plus des dieux païens de l’époque. Au Proche-
Orient antique, l’assistance de ces faux dieux n’était promise
qu’aux membres de la classe supérieure et à ceux qui étaient
assez riches pour leur apporter des offrandes généreuses pour
les apaiser et être dignes de leur bénédiction. Que Jéhovah
soit le Dieu des opprimés, des affligés et des méprisés le
distinguait encore plus des autres déités de l’époque, et le
rendait unique.

III. COMMENT ADORONS-NOUS ?

A. De tout notre être


Nous remarquons à maintes reprises dans la vie du peuple
d’Israël antique que l’adoration faisait partie intégrante de
leur existence. Les rites, la nourriture qu’ils consommaient,
les vêtements qu’ils portaient, et même la disposition de
leurs tentes autour du Tabernacle, se trouvant au milieu
du campement, prouvaient que Dieu était au centre de
leur existence. Deutéronome 6 : 4-5 saisit cet appel à la
consécration : « Écoute, Israël ! l’Éternel, notre Dieu, est le
seul Éternel. Tu aimeras l’Éternel, ton Dieu, de tout ton cœur,
de toute ton âme et de toute ta force. » (Deutéronome 6 : 4-5)
Dans Luc 10 : 27, Jésus répète le commandement donné
dans Deutéronome. « Il répondit : Tu aimeras le Seigneur, ton
Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force,
et de toute ta pensée ; et ton prochain comme toi-même. »
Les paroles de Jésus nous incitent à adorer de tout notre être,
engageant nos corps et nos émotions au service de Dieu et
des autres, et aussi notre intelligence en le servant de mieux
en mieux à mesure que nous étudions sa Parole et croissons
en lui. Plus tard, Paul a repris ce commandement dans

33
Romains 12 : 1, où il invite ses lecteurs à s’offrir eux-mêmes
« comme un sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu », ce qui
serait de leur part « un culte raisonnable ».

B. Avec nos biens


Vivre une existence d’adoration implique, en partie,
d’honorer Dieu avec nos biens. Proverbes 3 : 9 dit ceci :
« Honore l’Éternel avec tes biens, et avec les prémices de tout
ton revenu ». Nous lisons dans les Écritures que tout ce que
nous avons nous vient de Dieu, et nous y trouvons aussi le
commandement d’honorer Dieu en lui rendant une part
de nos biens. Dans Malachie 3 : 8-10, Dieu réprimande son
peuple essentiellement pour l’avoir « trompé » en n’apportant
pas les dîmes et les offrandes « dans sa maison ». Lui donner
nos dîmes et nos offrandes est un geste symbolique de
reconnaissance qui déclare aux autres que nous dépendons
entièrement de Dieu, non seulement pour notre argent et nos
biens, mais pour la faculté de travailler et de prospérer.
Peut-être un des plus grands malentendus est celui
de penser qu’en payant nos dîmes et nos offrandes nous
deviendrons automatiquement riches et nous ne manquerons
de rien. Malachie 3 : 11-12 corrige cette idée fausse quand
Dieu déclare ceci : « Pour vous je menacerai celui qui dévore,
Et il ne vous détruira pas les fruits de la terre, Et la vigne ne
sera pas stérile dans vos campagnes, Dit l’Éternel des armées.
Toutes les nations vous diront heureux, Car vous serez un
pays de délices, Dit l’Éternel des armées. » Bien que nous
devions travailler pour gagner nos vies, Dieu a promis qu’il
pourvoirait à nos besoins, qu’il bénirait nos efforts et qu’il
nous accorderait la faveur de nos supérieurs et de ceux qui
nous entourent.

34
C. Individuellement et collectivement
En tant que chrétiens, nous sommes appelés à adorer
Dieu individuellement et collectivement. Nous trouvons
des exemples d’adoration individuelle partout dans les
Écritures, mais surtout dans de nombreux psaumes qui
sont essentiellement des prières chantées à Dieu. Ces chants
étaient entreposés dans le Temple et étaient fréquemment
utilisés quand les adorateurs apportaient leurs offrandes à
l’Éternel. Qu’ils aient été des chants de louange, de confession,
de lamentation ou de reconnaissance, ces gestes individuels
d’adoration sont des preuves répétées que, peu importent nos
circonstances dans la vie, nous devons honorer Dieu. Ces
moments d’adoration individuelle étaient un prolongement
naturel de leur adoration collective et de l’enseignement
reçu. Quand le peuple se réunissait, il apprenait l’historique
de la fidélité de Dieu et s’engageait à mémoriser les lois et les
préceptes de Dieu pour leurs vies.
L’Ancien et le Nouveau Testament insistent sur l’idée
d’adorer Dieu collectivement. Comme nous le voyons
dans les « psaumes des montées » (Psaumes 120-135), la
communauté chantait en montant à Jérusalem. Le Nouveau
Testament utilise les images du « corps » (Romains 12 : 5) et
de l’« édifice » (Éphésiens 2 : 21) pour donner un sens d’unité
aux différentes parties qui sont réunies dans le seul but
d’adorer le Seigneur et de servir Dieu et les autres. Lorsque
nous nous réunissons pour adorer, nous nous souvenons
que notre mission est d’être, ensemble en tant que corps de
Christ, le sel et la lumière du monde. Nous obéissons aussi
au commandement de Paul de nous soumettre les uns aux
autres, d’être responsables les uns envers les autres et de
soutenir nos frères et sœurs en Christ. (Voir Éphésiens 5 : 21.)

35
APPLICATION PERSONNELLE
Comme nous l’avons vu dans la vie d’Abraham, l’adoration
s’étend à tous les aspects de nos vies. Dieu nous appelle à
une vie d’obéissance, exigeant souvent des sacrifices, alors
que nous centralisons notre existence autour de qui il est
et de ce qu’il fait ou va faire. En investissant nos émotions,
notre force physique, notre intelligence, en somme nos vies,
nous témoignons au monde le grand amour de Dieu et son
sacrifice pour l’humanité. Alors que nous offrons nos vies à
Dieu, nous pouvons nous souvenir de l’amour fidèle de Dieu
envers Israël, et savoir que cet amour et cette fidélité nous
sont aussi promis.
Il se peut qu’en voulant s’offrir comme « un sacrifice
vivant », on soit placé dans des situations difficiles, alors
même que nous obéissons à l’appel de Dieu dans nos vies.
Mais ce Dieu d’amour qui a tenu ses promesses apparemment
impossibles envers Abraham, tiendra aussi ses promesses
envers nous, celles de ne jamais nous délaisser ni de nous
abandonner (Hébreux 13 : 5) et de pourvoir fidèlement à nos
besoins. Continuons à fidèlement suivre Dieu, en l’adorant
de tout notre être et en étant ses témoins, afin qu’un jour,
nous aussi, comme Abraham, puissions être appelés amis de
Dieu.

QUESTIONS DE RÉFLEXION
• Même si Dieu nous demande des choses qui semblent
parfois impossibles, il pourvoira les moyens d’accomplir
la tâche et nous bénira par la même occasion. En avez-
vous fait l’expérience personnellement ?
• Est-ce un choix de faire confiance à Dieu ? Pourquoi ou
pourquoi pas ?

36
• Dans quel sens pourriez-vous dire que faire confiance à
Dieu est un acte d’adoration ?

37
38
CHAPITRE 3

LA DISCIPLINE
DE LA GÉNÉROSITÉ

INTRODUCTION
Donner est, à tout le moins, une discipline. Nous ne naissons
pas avec une prédisposition à donner. Dès notre plus tendre
enfance, nous réclamons. Tout est soumis à nos désirs. Si un
bébé a faim, peu importe combien de gens sont importunés,
il pleure. S’il a mal au ventre, il hurle, même si ses cris
réveillent sa pauvre mère épuisée. Si sa couche a besoin d’être
changée, rien au monde ne pourra le faire taire. Les jeunes
enfants ne pensent quasiment qu’à eux-mêmes. Tout existe
pratiquement pour satisfaire leurs besoins. Quand le bébé
voit la femme qui est sa mère, il ne la voit pas nécessairement
comme sa mère, mais plutôt comme sa source de nourriture ;
quand il voit l’homme qui est son père, il ne le reconnaît pas
nécessairement parce qu’il est son père, mais plutôt parce
qu’il représente celui qui le prend dans ses bras.
C’est en grandissant que l’enfant apprend à diviser le
monde qui l’entoure en différentes entités extérieures à lui-
même. Toutefois, alors que l’enfant avance vers l’âge adulte,
cette perspective infantile, celle de considérer le monde
comme une simple extension de lui-même, a tendance à

39
mourir d’une mort lente et forcée. On peut le constater chez
l’adolescent qui, au grand désarroi de sa mère, pique une
crise gênante au magasin ; ou encore chez la jeune fille qui
semble, du moins aux yeux des gens du dehors, bien habillée,
bien nourrie et comblée de tous côtés d’amour et d’attention,
mais qui, de temps en temps, dirait presque qu’elle est victime
d’un complot parental qui vise à la rendre malheureuse. Ces
vestiges de notre enfance persistent souvent dans nos vies en
tant qu’adultes.
Cependant ce qui pourrait être excusable quand nous
sommes enfants ne l’est plus quand nous devenons adultes.
Des adultes égocentriques continuent à considérer les autres
comme des moyens de parvenir à leurs fins ; la valeur de
chaque personne qu’ils rencontrent est déterminée par ce
que cette personne peut faire pour eux. Ils poussent leurs
enfants à gagner des prix, des distinctions et des récompenses
qu’eux-mêmes, pour une raison ou une autre, n’ont jamais
obtenus. Les personnes égoïstes se rendent à des rencontres
sociales simplement pour développer leur « réseau » ; leurs
amis actuels ne sont qu’un tremplin vers d’autres amis plus
influents. Cette trajectoire égoïste a une fin tragique.
Le personnage M. Scrooge de Charles Dickens2 est la
meilleure façon d’interpréter la fin d’une telle vie : lorsque
l’enfant est jeune, son existence est tout ce qui lui importe ;
il perçoit toute chose et tout le monde, comme nous l’avons
mentionné, comme une extension de lui-même. Mais cet état
d’esprit n’est qu’une illusion. Normalement, à mesure que
l’enfant grandit, il réalise que d’autres personnes font partie
de sa vie. Cependant, si une personne vit continuellement
de façon infantile, de façon égoïste, à la fin de sa vie elle se

2 N.d.T. Référence au roman Un chant de Noël, de Charles Dickens

40
retrouvera seule. Dans le roman classique de Dickens, avant
qu’il n’ait eu la vision de sa vie, la veille de Noël, l’avare
M. Scrooge a failli mourir un homme seul, peu connu, peu
aimé et aucunement regretté.
À un moment de l’adolescence, le jeune commence en
général à sortir de ce cocon d’ignorance. On reconnaît le
signe de la maturité de quelqu’un quand celui-ci est capable
de voir le monde comme un ensemble d’individus qui ont
tout autant le droit d’exister et de rechercher le bonheur que
lui-même.
Mais l’idéal chrétien de la générosité va même plus loin
que notre processus naturel de maturation. Nous sommes
appelés non seulement à reconnaître que nous sommes tous
égaux, mais nous devons préférer les autres à nous-mêmes
(Romains 12 : 10). Nous devons les estimer meilleurs que
nous-mêmes (Philippiens 2 : 3). Notre Sauveur nous a laissé
l’exemple en renonçant à lui-même et en se sacrifiant pour
ses ennemis jurés. Au lieu de voir ce que les autres peuvent
nous apporter — comme si nous méritions plus qu’eux — les
chrétiens doivent, comme signe de maturité en Christ (c’est-
à-dire qu’on est devenu comme Christ), inverser cette vision
infantile de la vie et se voir comme une extension des autres.
Nous prenons de nous-mêmes pour donner aux autres. La
générosité semble être la méthode choisie par Dieu pour
renverser les tendances égoïstes avec lesquelles nous sommes
nés. En étant généreux, nous nous préparons à devenir le
genre de citoyens qui caractérisent le Royaume de Dieu.
L’enfant de Dieu, né de nouveau d’eau et d’Esprit, devient
quelqu’un qui donne. Mais la nouvelle naissance ne nous
transforme pas soudainement en personnes généreuses.

41
Nous devons développer cette discipline, encourager cette
habitude, ce style de vie.

ANALYSONS LES ÉCRITURES

I. LA NATURE DE DIEU
La discipline de la générosité trouve ses débuts dans la nature
et la personnalité de Dieu. On peut dire que la description
fondamentale biblique de la nature de Dieu est celle déclarée
par Jésus-Christ lui-même : « Car Dieu a tant aimé le
monde qu’il a donné… (Jean 3 : 16). La conséquence — la
manifestation — de son amour a été de donner. Dès le début,
il l’a fait.
Quelqu’un qui s’appelle « JE SUIS CELUI QUI SUIS »
(Exode 3 : 14) en dit beaucoup sur son autosuffisance. En
général, une phrase qui commence par « Je suis » se poursuit
par une description de quelque chose qui modifie la nature
de « je ». Par exemple, si quelqu’un nous pose la question :
« Qui êtes-vous ? », nous allons dire : « Je suis M. Dupont » ;
« M. Dupont » modifie le sujet « je » ; l’attribut singularise
l’identité du sujet. Si je dis : « Je suis heureux », j’ajoute ma
disposition, pour le moins au moment où je prononce ces
paroles. Dans le langage humain, « je suis » est toujours suivi
d’un attribut qui, soit exprime notre identité par rapport à
quelqu’un d’autre, soit exprime notre disposition (à court
ou à long terme) qui s’ajoute à notre identité. En d’autres
termes, quand nous prononçons les paroles « je suis », nous
indiquons notre dépendance et notre nature incomplète.
Dieu s’est présenté en disant « JE SUIS CELUI QUI SUIS »,
ce qui indique qu’il est autosuffisant et complètement
indépendant. Tout ce dont il aurait « besoin », il peut se le

42
procurer lui-même. Ce qu’il est à un moment donné, il l’est à
tout moment. Ce qu’il n’est pas dans le présent, il ne sera pas
dans l’avenir.
Mais si c’est vrai que Dieu est autosuffisant et indépendant,
pourquoi aurait-il créé l’univers ? Pourquoi n’aurait-il pas
simplement profité de sa propre compagnie ? Sur le plan
théologique, il n’avait même pas besoin de l’amour de
quelqu’un d’autre. Même s’il avait manqué de quelque chose,
il aurait pu y pourvoir mieux que quiconque. En fait, s’il
devait recevoir quelque chose d’une source extérieure à lui-
même, il recevrait quelque chose de « seconde main ».
D’un point de vue logique, la réponse à la question,
« Pourquoi un Dieu parfait et autosuffisant aurait-il créé un
monde, y compris des êtres autres que lui-même ? », semble
être que Dieu a créé non pas parce qu’il manquait de quelque
chose, mais parce que créer et donner de lui-même faisaient
partie de sa nature fondamentale. Au début du livre de la
Genèse, nous lisons que Dieu crée le monde, donne au ciel
les étoiles, à la mer les poissons, à la terre les animaux ; il crée
l’homme, son propre régent, pour s’occuper de sa création ;
enfin, Dieu donne la femme à l’homme comme une aide
convenable.
Dieu n’a pas créé parce qu’il avait besoin de le faire, mais
parce que sa nature même est de donner. Cependant, le
plus grand don de Dieu n’a pas été offert lors de la Création,
mais lorsqu’il s’est manifesté en chair et est mort pour les
péchés du monde. Au Calvaire, Dieu s’est donné lui-même,
dans la personne de Christ. Christ a renié son droit à la
vie afin de réaffirmer son amour pour nous. Comme Paul
le dit, dans l’Incarnation, Christ « s’est vidé de lui-même »
(Philippiens 2 : 7 Nouvelle Bible Segond, NBS). Ailleurs,

43
Paul écrit que Dieu « n’a point épargné son propre Fils »
(Romains 8 : 32). Au Calvaire, Dieu a donné ce qu’il avait de
plus précieux, son Fils bien-aimé.
C’est ainsi que Dieu a établi le modèle de la générosité. Si
nous donnons, ce n’est pas parce que nous sommes obligés
de le faire. Dieu n’était pas dans l’obligation de garnir les
cieux d’étoiles. Au contraire, c’est en raison de sa générosité
débordante qu’il a décoré nos nuits de milliers de lumières
cristallines. Nous, qui sommes nés de l’Esprit, donnons
parce que nous sommes enfants de Dieu et que la générosité
fait partie intégrante de notre nouvelle nature.

II. LA GÉNÉROSITÉ NOUS REND PARTENAIRES DE


DIEU
La Bible consacre deux chapitres à la Création du monde,
mais elle en consacre plus de six à la construction et aux
fonctionnements du Tabernacle dans le désert (Exode 25‑31).
Comme nous l’apprenons dans le Nouveau Testament,
le Tabernacle était une ombre de la nouvelle création,
l’habitation de l’Esprit de Dieu. Jésus était la Parole faite chair
qui « a habité parmi nous » et, tout comme les enfants d’Israël
ont pu voir la gloire de Dieu reposer sur le Tabernacle, Jésus a
permis à ses disciples de contempler « sa gloire » (Jean 1 : 14).
Mais contrairement à la création du monde, Dieu n’a
pas voulu construire le Tabernacle tout seul. Il a permis à
son peuple de s’associer à lui pour ce projet en apportant
les matériaux nécessaires pour la construction de la tente
et de ses accessoires. Dans un des premiers récits faisant
appel aux offrandes volontaires, Moïse s’est adressé à Israël
en ces termes : « … Voici ce que l’Éternel a ordonné. Prenez
sur ce qui vous appartient une offrande pour l’Éternel. Tout

44
homme dont le cœur est bien disposé apportera en offrande
à l’Éternel : de l’or, de l’argent et de l’airain ; des étoffes teintes
en bleu, en pourpre, en cramoisi, du fin lin et du poil de
chèvre ; des peaux de béliers teintes en rouge et des peaux
de dauphins ; du bois d’acacia ; de l’huile pour le chandelier,
des aromates pour l’huile d’onction et pour le parfum
odoriférant ; des pierres d’onyx et d’autres pierres pour la
garniture de l’éphod et du pectoral. » (Exode 35 : 4-9)
Ces offrandes allaient couvrir tous les besoins du
Tabernacle allant de l’arche de l’alliance aux tuniques sacrées
des sacrificateurs. La structure qu’ils bâtiraient, l’adoration
qu’ils offriraient, les rituels qu’ils pratiqueraient n’allaient
reposer que sur la générosité et sur la reconnaissance du
peuple. En d’autres termes, la construction du Tabernacle
reposerait sur le même fondement que la création de
l’univers : tout comme le monde avait été créé sur la base de
la volonté et de la générosité de Dieu, le Tabernacle allait être
bâti sur la base de la volonté et de la générosité du peuple.
(Voir Exode 35 : 20-22.)
Ces offrandes provenaient d’un désir de créer. Moïse,
inspiré par l’Esprit, a présenté au peuple une vision de
l’habitation de Dieu. Ceux qui ont cru que la vision pouvait
devenir réalité grâce à leur générosité, ont donné libre cours
aux bonnes dispositions de leurs cœurs. Ils sont retournés
dans leur tente et ont passée cette dernière au peigne fin pour
trouver quelque chose à donner.
Ces descendants d’Abraham, autrefois fiers, mais à
présent appauvris, ces gens longtemps esclaves et opprimés
se sont séparés volontiers des seuls objets précieux qu’ils
possédaient : bracelets, boucles d’oreilles, bagues et autres
joyaux que les Égyptiens leur avaient donnés. Ces trésors

45
étaient le seul payement qu’Israël avait reçu pour les travaux
forcés et dégradants que leurs ancêtres avaient accomplis
pour leurs maîtres, pendant plus de dix générations. Mais
quand ils ont songé à un endroit où Dieu pouvait habiter au
milieu d’eux, lorsqu’ils ont réfléchi sur la dignité qu’un tel
endroit conférerait à leurs enfants, ils ont joyeusement fait
fondre leurs métaux précieux, représentant quatre cents ans
de travail, pour la construction d’un lieu où ils adoreraient
Dieu.
Des centaines d’années plus tard, une femme de la tribu
de Lévi a amené son fils au Tabernacle qui était maintenant
devenu très ancien. Elle voulait que son enfant apprenne les
voies de l’Éternel et le serve comme sacrificateur et prophète.
Ce garçon, Samuel fils d’Elkana, descendant éloigné de ces
gens mêmes qui avaient transformé leurs bijoux pour la
construction du Tabernacle, a grandi dans la maison de Dieu.
Quand Samuel tenait l’encensoir, quand il touchait l’autel des
parfums, quand il portait l’éphod, il touchait les pierres et
les métaux mêmes que ses ancêtres avaient gagnés avec peine
et les avaient donnés avec joie afin que lui, Samuel, ait un
endroit pour apprendre à connaître le Seigneur. Samuel a fini
par devenir un des plus grands prophètes d’Israël.
Samuel était celui qui a pris un jeune homme maladroit
et en a fait le premier roi d’Israël. Il a ensuite guidé le peuple
vers son plus grand roi, David. Rien de tout cela n’aurait été
possible si la mère de Samuel n’avait pas eu un endroit où elle
pouvait prier Dieu et parler à un sacrificateur.
Les enfants d’Israël dans le désert devaient savoir qu’ils
construisaient un lieu particulier, mais combien d’entre ceux
qui cherchaient des trésors dans leur tente réalisaient qu’un
jour l’endroit qu’ils bâtissaient deviendrait essentiel pour la

46
nation ? Aucun d’eux n’aurait pu imaginer que, quinze ou
seize siècles plus tard, un de leurs descendants, Jean fils de
Zébédée, penserait au Tabernacle lorsqu’il verrait le rideau
se fermer sur la scène finale de l’histoire, et entendrait une
voix forte venant du trône de Dieu, disant ceci : « Et j’entendis
du trône une forte voix qui disait : Voici le tabernacle de
Dieu avec les hommes ! Il habitera avec eux, et ils seront son
peuple, et Dieu lui-même sera avec eux. » (Apocalypse 21 : 3)
Et si Dieu nous donnait de telles occasions ? Quand un
groupe de gens se mettent ensemble, donnent de leur temps,
de leur argent et de leurs talents pour former une église,
pour construire un sanctuaire, pour financer un ministère
ou pour annoncer l’Évangile dans une certaine ville, ne
profitent-ils pas d’une occasion semblable à celle que Dieu
a donnée à Israël ? C’est une vraie merveille de penser
qu’on peut transformer nos petites offrandes individuelles
apparemment insignifiantes en un trésor d’une valeur infinie.
Dans quel autre système économique pouvons-nous faire un
tel échange ? Où pourrions-nous échanger cent ou cinq cent
dollars contre le don inestimable, celui de voir l’Évangile se
propager ? Quel prix pouvons-nous donner au fait de savoir
que nos enfants et nos petits-enfants auront un endroit pour
adorer le Seigneur ?

A. Le don de notre temps


Notre temps est le vrai trésor qui enrichit nos vies. En fait, le
temps c’est la vie. Pour cette raison, c’est terrible de le gaspiller.
En revanche, si on réalise que notre temps est l’essence même
de la vie, il n’y a rien de plus sacré que de l’offrir.
L’enfant qui passe une grande partie de son temps à
apprendre le piano finira un jour par avoir la capacité unique

47
de composer de belles harmonies. L’étudiant qui apprend un
certain sujet en profondeur finira par susciter l’intérêt d’autres
personnes sur le thème en question. Le peintre qui s’applique
à comprendre les couleurs, les textures, les divers coups de
pinceau et les formes pourra un jour démontrer ce qui peut
ressortir d’une palette de couleurs primaires et d’une toile.
Il en est de même avec notre temps. Plus nous investissons
notre temps dans quelque chose, plus nous maîtriserons
cette chose. La vie nous propose un marché : en échange de
notre temps, nous recevrons la connaissance d’un certain
sujet ou développerons un talent dans un certain domaine.
On ne peut rien donner en échange de notre temps ; la vie
n’offre aucun autre choix. Elle n’accepte qu’une seule devise
en échange de la connaissance : notre temps.
Il en est de même pour ce qui concerne le sujet
majestueux et incomparable de Dieu. Si nous passons du
temps à le connaître, nous le connaîtrons. Mais le temps est
la composante indispensable. Nous ne pouvons pas nous
attendre à connaître ses voies, à comprendre sa volonté pour
nos vies, et à comprendre ses intentions à travers l’histoire
sans passer du temps avec lui.
Le chrétien doit consacrer un certain temps, chaque jour,
à connaître Dieu. Cela comprend le temps que l’on donne à
notre église locale et aux différents ministères locaux. Dieu
ne semble pas « télécharger » sa volonté directement de son
esprit au nôtre. Il veut que nous apprenions à le connaître en
étudiant sa Parole et en servant les autres.

B. Le don de nos talents


Les talents sont ces capacités uniques qui nous viennent
de Dieu. Nous pouvons certainement améliorer ces talents

48
en les cultivant, mais en fin de compte, ce sont des dons de
Dieu. Un talent naturel qui se développe avec le temps finit
par glorifier Dieu.
Quelqu’un qui est talentueux en musique doit quand
même prendre des leçons et consacrer plusieurs heures à
s’exercer pour développer son talent. Quand ce talent musical
affiné sera utilisé à l’église, il glorifiera Dieu.
C’est avec l’expérience qu’un professeur améliorera
son talent d’enseignant. Avec chaque année qu’il passe à
enseigner des élèves, son talent se développe. S’il l’utilise au
sein de l’église, il pourra aider ses étudiants à grandir dans
leur relation avec Dieu.

C. Le don de nos biens


Un proverbe souvent attribué à Benjamin Franklin dit ceci :
« Le temps, c’est de l’argent »3. Ceux qui gagnent de l’argent
(contrairement à ceux qui en héritent ou le volent) ont donné
leur temps et leur talent (travail) en échange d’une devise.
Cette devise peut ensuite être utilisée pour acheter des articles
tels que de la nourriture, des vêtements et un logement. C’est
pourquoi, le temps, c’est de l’argent.
Mais que dire des dons que l’on fait à Dieu et du ministère
qu’il nous a assigné ? Lorsque nous donnons de l’argent à
ceux qui sont au service de l’église, nous leur permettons
d’utiliser les talents que Dieu leur a donnés en échange de
l’argent qui pourvoira à leurs besoins divers. En retour, nous
bénéficions d’un ministère qui est capable de se concentrer
à diriger l’église, à étudier la Parole de Dieu et à l’enseigner.
Il est vrai qu’il semble parfois difficile de se priver
de dix pour cent de notre salaire en plus des offrandes

3 N.d.T. Traduction de l’expression anglaise « Time is money »

49
volontaires. Nous travaillons dur pour gagner notre pain et
chaque centime compte. Cependant, ce que nous recevons
de la part du ministère en échange de ces dîmes et de ces
offrandes est inestimable. Comme Paul l’a enseigné, entre
celui qui donne et celui qui reçoit, c’est toujours celui qui
donne qui a la meilleure part du marché. (Voir Actes 20 : 35 ;
II Corinthiens 9 : 6-14.) On dit que quand on reçoit un
cadeau, le cadeau est la récompense ; mais quand nous
faisons un cadeau, le don continue à se propager au fil du
temps. Donner c’est comme planter une semence qui porte
du fruit continuellement. Quand on donne au ministère de
notre église, nous donnons essentiellement dix à vingt pour
cent de notre temps (en dîmes et en offrandes) non seulement
pour recevoir les soins pastoraux, des conseils et de la
sagesse pour diriger nos propres familles, mais aussi pour
soutenir un ministère évangélique qui arrête net l’ennemi,
fait obstacle à ses plans obscurs pour notre ville, et nourrit et
embellit la vie de nos voisins. Bien qu’il soit difficile d’estimer
la valeur d’une quelconque entité ayant un tel impact, l’Église
ne requiert qu’une petite portion de notre revenu pour être
extrêmement efficace et enrichir de nombreuses vies.

APPLICATION PERSONNELLE
La générosité est une discipline. Elle nous permet de nous
associer à Dieu dans sa nouvelle création ; elle fait avancer
l’Évangile de paix qui nourrit notre âme ; et par-dessus tout,
la générosité nous transforme à l’image de Dieu qui, selon
sa nature, donne. Ainsi, si nous donnons, c’est plus dans le
but de développer notre maturité spirituelle que de subvenir
à des besoins. Tout comme mettre le charbon sous pression
pendant une longue période le transforme en diamants,

50
quand nous donnons de notre temps, celui-ci se transforme
en talent. En offrant notre talent, nous rendons à Dieu du
temps qui a été perfectionné par une bonne gestion. Et en
donnant notre argent au ministère de notre église locale,
nous faisons avancer l’Évangile qui transforme le monde
entier.

QUESTIONS DE RÉFLEXION
• Pourquoi la générosité est-elle considérée une discipline ?
• Avez-vous transformé ou êtes-vous en train de
transformer votre temps, le don de Dieu, en un talent que
vous pourrez lui rendre quand il vous le demandera ?
• Si on pouvait attacher un prix sur un avenir où nos
enfants, nos petits-enfants et notre ville auraient une
église dynamique pour connaître et adorer Dieu, quel
prix seriez-vous prêts à payer pour un tel avenir ?
• Pourquoi est-il mieux de donner que de recevoir ?

51
52
CHAPITRE 4

LA DISCIPLINE DE LA PRIÈRE

INTRODUCTION
Les disciples du Seigneur Jésus-Christ l’ont vu faire des
choses remarquables et sans précédent. Ils étaient présents
quand il a changé l’eau en vin. Ils l’ont vu rendre purs les
lépreux. Ils étaient à Capernaüm, dans cette maison bondée
de gens, quand quatre hommes, incapables d’atteindre la
porte d’entrée à cause de la foule, sont montés sur le toit, et
ont fait une ouverture assez large pour descendre le lit sur
lequel leur ami paralytique était couché, pour qu’il puisse
rencontrer Jésus. Ils ont vu ce même homme, sur l’ordre du
Maître, se lever, prendre son lit et s’en aller chez lui.
Ce même Jésus, qui était si doux et abordable que les
jeunes enfants venaient s’asseoir sur ses genoux pour qu’il
les bénisse, avait aussi la puissance et l’autorité de chasser les
démons et de commander les forces de la nature. Un jour,
Jésus s’est avancé à l’avant du navire qui était ballotté par la
tempête et a menacé le vent et la mer : « … Silence ! tais-toi !
Et le vent cessa, et il y eut un grand calme. » (Marc 4 : 39)
Bien que les disciples aient été témoins de nombreux
miracles, nous ne lisons nulle part qu’ils ont demandé à Jésus
de leur apprendre à faire des miracles. Mais nous pouvons

53
lire, dans le livre de Luc, qu’ils sont venus au Seigneur avec
cette requête :

Jésus priait un jour en un certain lieu. Lorsqu’il eut


achevé, un de ses disciples lui dit : Seigneur, enseigne-
nous à prier, comme Jean l’a enseigné à ses disciples.
(Luc 11 : 1)

La vie de prière de Jésus a eu un tel impact sur les disciples


qu’ils ont intuitivement compris que s’ils apprenaient à prier
comme lui, ils obtiendraient les mêmes résultats étonnants.

I. LE CROYANT

A. Nous devons prier en secret

Mais quand tu pries, entre dans ta chambre, ferme ta


porte, et prie ton Père qui est là dans le lieu secret ;
et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra.
(Matthieu 6 : 6)

La prière n’est pas quelque chose que l’on fait pour se


donner en spectacle, mais elle doit être plutôt perçue comme
une visite personnelle avec notre Père bien-aimé. L’Ancien
Testament contient aussi une préfiguration du principe de la
prière.

Celui qui demeure sous l’abri du Très Haut repose à


l’ombre du Tout Puissant. (Psaume 91 : 1)

54
B. Dieu nous récompensera ouvertement
Les Écritures sont remplies d’exemples de prières qui ont été
faites en secret, et que le Seigneur a exaucées et récompensées.
Les enfants d’Israël ont été sauvés et délivrés de l’esclavage en
Égypte quand le Seigneur « entendit leurs gémissements ».

Longtemps après, le roi d’Égypte mourut, et les


enfants d’Israël gémissaient encore sous la servitude,
et poussaient des cris. Ces cris, que leur arrachait
la servitude, montèrent jusqu’à Dieu. Dieu entendit
leurs gémissements, et se souvint de son alliance avec
Abraham, Isaac et Jacob. Dieu regarda les enfants
d’Israël, et il en eut compassion. (Exode 2 : 23-25)

Peu de gens ont entendu Josué parler au Seigneur alors


que le soleil se couchait dans l’ouest et la bataille n’était pas
encore gagnée. Mais le monde entier a pu contempler le
soleil, arrêté dans le ciel, parce que Dieu a écouté la prière
d’un homme qui a osé lui faire une demande sans précédent.
(Voir Josué 10 : 12-14.)
Jonas a été délivré du ventre du poisson quand il a crié à
l’Éternel. (Voir Jonas 2.)
Dieu a envoyé un prédicateur vers la maison de Corneille
pour lui annoncer la vérité parce que le Seigneur s’est souvenu
des prières et des aumônes de cet homme. La porte de la foi
a été ouverte aux Gentils parce qu’un homme a prié. (Voir
Actes 10.)
Pierre a été délivré de sa prison quand l’Église a prié.
(Voir Actes 12 : 3-17.) Dieu pourvoit encore, guérit encore,
sauve et délivre encore quand son peuple prie.

55
C. Contrairement aux hypocrites

Lorsque vous priez, ne soyez pas comme les


hypocrites, qui aiment à prier debout dans les
synagogues et aux coins des rues, pour être vus des
hommes. Je vous le dis en vérité, ils reçoivent leur
récompense. (Matthieu 6 : 5)

Les prières faites dans l’intention d’être entendues par les


autres, dites pour impressionner les hommes plutôt que pour
plaire à Dieu, sont rarement exaucées. L’unique récompense
qu’une personne priant de la sorte pourrait recevoir est
l’approbation des hommes.

D. Contrairement aux païens

En priant, ne multipliez pas de vaines paroles, comme


les païens, qui s’imaginent qu’à force de paroles ils
seront exaucés. (Matthieu 6 : 7)

Jacques a mis ses lecteurs en garde contre les vaines


répétitions et contre la croyance que plus nous multiplions
nos paroles plus notre prière sera efficace. Attribuer le succès
de notre prière au temps que l’on passe ou à l’énergie que
l’on dépense en prière est insidieusement proche de la fausse
doctrine du salut par les œuvres. Nos prières sont acceptables
devant Dieu par l’attitude de notre cœur, la sincérité de notre
foi, et par notre obéissance à la Parole de Dieu.
Les Écritures nous instruisent que nous devons demander
et faire connaître nos besoins. Mais la Parole nous révèle que

56
le Seigneur connaît nos besoins même avant que nous les lui
présentions.

Considérez comment croissent les lis : ils ne


travaillent ni ne filent ; cependant je vous dis que
Salomon même, dans toute sa gloire, n’a pas été vêtu
comme l’un d’eux. Si Dieu revêt ainsi l’herbe qui est
aujourd’hui dans les champs et qui demain sera jetée
au four, à combien plus forte raison ne vous vêtira-
t-il pas, gens de peu de foi ? Et vous, ne cherchez pas
ce que vous mangerez et ce que vous boirez, et ne
soyez pas inquiets. Car toutes ces choses, ce sont les
païens du monde qui les recherchent. Votre Père sait
que vous en avez besoin. Cherchez plutôt le royaume
de Dieu ; et toutes ces choses vous seront données
par-dessus. Ne crains point, petit troupeau ; car
votre Père a trouvé bon de vous donner le royaume.
(Luc 12 : 27‑32)

II. LE « NOTRE PÈRE » — NOTRE MODÈLE

A. La reconnaissance
Jésus a commencé ses instructions sur la prière avec ces
paroles : « Voici donc comment vous devez prier : Notre Père
qui es aux cieux ! Que ton nom soit sanctifié » (Matthieu 6 : 9).
Jésus a appris à ses disciples de commencer leurs prières
en reconnaissant Dieu comme leur Père. Nous n’approchons
pas le trône de grâce comme des suppliants indignes, mais
plutôt comme des enfants qui s’approchent de leur Père avec
confiance. « Approchons-nous donc avec assurance du trône

57
de la grâce afin d’obtenir miséricorde et de trouver grâce,
pour être secourus dans nos besoins. » (Hébreux 4 : 16)
Nous reconnaissons aussi qu’il habite dans les cieux. Sa
perspective est plus vaste et supérieure à la nôtre. Il est le
Très-Haut qui habite une demeure éternelle. Nous pouvons
lui présenter nos besoins en sachant et en lui faisant confiance
qu’il fait toutes choses bien, et que ses voies sont parfaites.

Car mes pensées ne sont pas vos pensées, Et vos voies


ne sont pas mes voies, Dit l’Éternel. Autant les cieux
sont élevés au-dessus de la terre, Autant mes voies
sont élevées au-dessus de vos voies, Et mes pensées
au-dessus de vos pensées. (Ésaïe 55 : 8-9)

B. La louange
Parce qu’il est élevé et digne, nous venons dans sa présence
avec des louanges, reconnaissant que son nom est « sanctifié »
ou saint. Le psalmiste a exprimé notre approche du Seigneur
en ces termes : « Entrez dans ses portes avec des louanges,
Dans ses parvis avec des cantiques ! Célébrez-le, bénissez son
nom ! » (Psaume 100 : 4)
De la même façon qu’on n’entrerait pas chez un ami sans
frapper à la porte, nous ne devrions pas venir dans la présence
du Seigneur sans « frapper à la porte » avec des louanges. Un
cœur reconnaissant prépare l’atmosphère pour rentrer dans
la présence de Dieu. Dans l’ordre et la structure de la prière
que Jésus nous a donnés, la louange précède la demande.

C. La soumission
Dieu n’est pas notre serviteur, sous nos ordres à n’importe
quel moment. Si nous croyons vraiment qu’il est Dieu, il va

58
de soi que nous nous soumettrons humblement à lui. On ne
peut même pas se repentir et commencer notre marche avec
Dieu si on n’est pas prêts à se soumettre.
Remarquez, dans le verset suivant, ce que dit notre
Seigneur dans ses instructions concernant la prière : « Que
ton règne vienne ; que ta volonté soit faite sur la terre comme
au ciel. » Matthieu 6 : 10)
Avant d’amener nos requêtes et nos besoins au Seigneur,
Jésus nous enseigne que nous devons être soumis à sa
volonté. Notre soumission doit aller au-delà de nos paroles.
Rappelons-nous que Dieu a reproché à la nation d’Israël de
l’honorer avec les lèvres tandis que leurs cœurs étaient loin
de lui :

Le Seigneur dit : Quand ce peuple s’approche de


moi, Il m’honore de la bouche et des lèvres ; Mais
son cœur est éloigné de moi, Et la crainte qu’il a
de moi n’est qu’un précepte de tradition humaine.
C’est pourquoi je frapperai encore ce peuple par des
prodiges et des miracles ; Et la sagesse de ses sages
périra, Et l’intelligence de ses hommes intelligents
disparaîtra. (Ésaïe 29 : 13-14)

Ils n’avaient pas abandonné l’apparence de la prière ; ils


prononçaient toutes les bonnes paroles. Mais si celles-ci ne
viennent pas d’un cœur soumis, elles n’importent pas à Dieu,
aussi éloquentes, poétiques, ou spirituelles que ces paroles
soient.
Le psalmiste nous donne de quoi réfléchir dans ce psaume
au sujet de la prière : « Si j’avais conçu l’iniquité dans mon
cœur, Le Seigneur ne m’aurait pas exaucé. » (Psaume 66 : 18)

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Même si notre iniquité est enfouie au fin fond de notre
cœur, loin de la vue des hommes mortels, elle empêchera le
Seigneur d’entendre nos prières.
Nos prières doivent reconnaître notre soumission à
Dieu, à sa volonté, et à son Royaume. Son règne doit venir. Sa
volonté doit être faite sur la terre comme aux cieux.

D. Les requêtes
Jésus nous a donné un espoir béni en incluant dans son
modèle de prière un temps où nous pouvons lui amener nos
besoins et nos requêtes : « Donne-nous aujourd’hui notre
pain quotidien » (Matthieu 6 : 11).
Le « Notre Père » nous enseigne à prier pour notre pain
quotidien et non notre pain hebdomadaire ou mensuel. Dieu
veut que nous lui fassions confiance jour après jour et que
nous lui amenions nos requêtes quotidiennement. Ceci fait
référence aux quarante ans qu’Israël avait passés dans le
désert, nourri de manière surnaturelle de la manne céleste.
Chaque nouvelle journée amène de nouveaux besoins,
mais Jésus est « le même hier, aujourd’hui et éternellement »
(Hébreux 13 : 8). Nous n’importunons pas Dieu en lui
apportant nos besoins qu’ils soient petits ou grands.

Demandez, et l’on vous donnera ; cherchez, et


vous trouverez ; frappez, et l’on vous ouvrira. Car
quiconque demande reçoit, celui qui cherche trouve,
et l’on ouvre à celui qui frappe. Lequel de vous
donnera une pierre à son fils, s’il lui demande du
pain ? Ou, s’il demande un poisson, lui donnera-t-il
un serpent ? Si donc, méchants comme vous l’êtes,
vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, à

60
combien plus forte raison votre Père qui est dans les
cieux donnera-t-il de bonnes choses à ceux qui les lui
demandent. (Matthieu 7 : 7-11)

Il a promis de donner à ceux qui demandent. Il veut que


nous demandions. Il nous est ordonné de le faire. Jacques
déclare : « vous ne possédez pas, parce que vous ne demandez
pas » (Jacques 4 : 2).

E. Le pardon

Pardonne-nous nos offenses, comme nous aussi


nous pardonnons à ceux qui nous ont offensées.
(Matthieu 6 : 12)

Pour que la prière soit efficace dans nos vies, il faut que
l’on sonde notre cœur pour s’assurer qu’il n’y ait aucune trace
d’amertume ou de rancune. Le ressentiment est une chose
qui peut empêcher nos prières d’être exaucées.
Si nous ne pardonnons pas, même notre adoration est
inacceptable au Seigneur. « Si donc tu présentes ton offrande
à l’autel, et que là tu te souviennes que ton frère a quelque
chose contre toi, laisse là ton offrande devant l’autel, et va
d’abord te réconcilier avec ton frère ; puis, viens présenter
ton offrande. » (Matthieu 5 : 23-24)
Bien que le Seigneur recherche l’adoration, si nous
nous présentons à l’autel, le lieu d’adoration, et nous nous
souvenons d’un conflit non résolu entre nous et un frère ou
une sœur, nous devons d’abord nous réconcilier à notre frère
ou sœur et ensuite retourner offrir notre adoration.

61
La rancune nous empêche aussi de faire une prière de
repentance acceptable. Jésus a été clair là-dessus dans son
enseignement :

Et, lorsque vous êtes debout faisant votre prière, si vous


avez quelque chose contre quelqu’un, pardonnez, afin
que votre Père qui est dans les cieux vous pardonne
aussi vos offenses. Mais si vous ne pardonnez pas,
votre Père qui est dans les cieux ne vous pardonnera
pas non plus vos offenses. (Marc 11 : 25-26)

F. La direction

Ne nous induis pas en tentation, mais délivre-nous


du malin. (Matthieu 6 : 13)

Jésus s’est appelé lui-même le bon berger :

Je suis le bon berger. Le bon berger donne sa vie pour


ses brebis. Mais le mercenaire, qui n’est pas le berger,
et à qui n’appartiennent pas les brebis, voit venir le
loup, abandonne les brebis, et prend la fuite ; et le
loup les ravit et les disperse. Le mercenaire s’enfuit,
parce qu’il est mercenaire, et qu’il ne se met point en
peine des brebis. Je suis le bon berger. Je connais mes
brebis, et elles me connaissent. (Jean 10 : 11-14)

Une des tâches primordiales du berger était de mener le


troupeau, de le diriger et de s’assurer que les brebis étaient
conduites vers des pâturages sans plantes toxiques ou nocives.

62
… L’Éternel est mon berger : je ne manquerai de
rien. Il me fait reposer dans de verts pâturages, Il me
dirige près des eaux paisibles. Il restaure mon âme, Il
me conduit dans les sentiers de la justice, À cause de
son nom. (Psaume 23 : 1-3)

Quand nous prions notre Père, rappelons-nous qu’être


conduits par l’Esprit est une qualité qui définit les enfants de
Dieu. Cependant, pour être conduits, nous devons être prêts
à suivre.

Ainsi donc, frères, nous ne sommes point redevables


à la chair, pour vivre selon la chair. Si vous vivez selon
la chair, vous mourrez ; mais si par l’Esprit vous faites
mourir les actions du corps, vous vivrez, car tous
ceux qui sont conduits par l’Esprit de Dieu sont fils
de Dieu. (Romains 8 : 12-14)

La discipline de la prière nous aide à crucifier notre


propre chair et notre volonté tenace pour que nous puissions
percevoir plus clairement la direction de l’Esprit. La seule
façon d’être guidé par l’Esprit est de passer du temps dans
l’Esprit. En passant du temps dans la prière, nous devenons
plus sensibles et apprenons à reconnaître la voix du berger.

G. L’adoration

Car c’est à toi qu’appartiennent, dans tous les


siècles, le règne, la puissance et la gloire. Amen !
(Matthieu 6 : 13)

63
Remarquez que dans le « Notre Père », nous sommes
appelés à commencer et à terminer nos prières avec des
expressions d’adoration. Nous reconnaissons la prééminence
du Royaume de Dieu, et qu’il lui appartient. Nous admettons
que tout est à lui. Il possède toute la puissance dans les cieux
et sur la terre. Lui seul est digne de gloire et d’honneur. Le
Royaume, la puissance et la gloire sont à lui, non seulement
maintenant, mais à jamais.
La prophétie sur la venue du Messie dans Ésaïe 9 l’exprime
merveilleusement :

Car un enfant nous est né, un fils nous est donné,


Et la domination reposera sur son épaule ; On
l’appellera Admirable, Conseiller, Dieu puissant,
Père éternel, Prince de la paix. Donner à l’empire
de l’accroissement, Et une paix sans fin au trône de
David et à son royaume, L’affermir et le soutenir
par le droit et par la justice, Dès maintenant et à
toujours : Voilà ce que fera le zèle de l’Éternel des
armées. (Ésaïe 9 : 5-6)

Il est important de se rappeler que son Royaume, sa


puissance et sa gloire ne sont pas liés par le temps, mais
ils sont éternels. Notre foi est ancrée dans la connaissance
certaine que Dieu est le souverain d’un royaume qui n’a pas
de fin.
Dieu est véritablement digne de notre adoration.

64
APPLICATION PERSONNELLE
Maintenant que nous avons étudié ce bel exemple de prière
que Jésus nous a laissé, comment l’appliquons-nous à nos
vies et à notre marche avec Dieu ?
La prière est parfois un lieu de refuge, de réconfort ou de
consolation pendant les saisons sombres et douloureuses de
la vie. Quand nous nous sentons dépassés par les évènements
de la vie, nous n’avons pas de problème à trouver le temps et
la motivation pour prier.

O Dieu ! écoute mes cris, Sois attentif à ma prière ! Du


bout de la terre je crie à toi, le cœur abattu ; Conduis-
moi sur le rocher que je ne puis atteindre ! Car tu
es pour moi un refuge, Une tour forte, en face de
l’ennemi. (Psaume 61 : 2-4)

Les moments de crise nous poussent à nous mettre


volontiers à genoux et à prier. Mais si nous ne prions que
durant les moments de crise, nous n’aurons pas une vie de
prière saine et fervente. Il y a des temps et des saisons dans
notre marche avec Dieu où nous devons nous discipliner à
prier. Nous ne pouvons pas prétendre être des disciples de
Jésus si nous refusons d’accepter les disciplines spirituelles,
qui selon lui, doivent faire partie de la vie de chaque croyant.

En priant, ne multipliez pas de vaines paroles, comme


les païens, qui s’imaginent qu’à force de paroles ils
seront exaucés. (Matthieu 6 : 7)

Jésus n’a pas dit « Si vous priez », mais « En priant ». Ce


qui veut dire que Jésus s’attendait à ce que la prière, entre

65
autres, fasse partie de nos vies, si nous prétendons être ses
disciples.
Quand nous examinons les grands personnages de la
Bible, nous nous rendons compte qu’ils étaient des gens de
prière. Abraham, par exemple, qui « fut appelé ami de Dieu »
(Jacques 2 : 23), était un homme qui priait. « Abraham se leva
de bon matin, pour aller au lieu où il s’était tenu en présence
de l’Éternel. » (Genèse 19 : 27) Abraham semble avoir eu
un endroit privilégié où il passait régulièrement du temps à
parler avec le Seigneur.
Quand nous choisissons certains endroits pour
communiquer avec Dieu, ceux-ci deviennent particuliers,
signifiants, et leur atmosphère permet à nos pensées et à
notre esprit d’acquérir plus facilement une attitude de prière.
Il n’est pas absolument nécessaire d’avoir son propre endroit
privé dévoué à la prière, mais il est souvent utile d’en avoir
un. Si la prière devient pour nous une routine, nous facilitons
la discipline de notre nature humaine en la soumettant à la
discipline de la prière. Cela peut être un endroit calme dans
la maison ou un lieu favori dans la nature, mais ce doit être
un emplacement qui nous permet d’être honnêtes et ouverts
envers Dieu.
Établir une heure régulière fixe pour la prière n’est pas
absolument nécessaire et peut parfois être impossible à
respecter parfaitement, mais en avoir une peut être un outil
indispensable pour rester fidèle à la prière.
En raison des diverses circonstances que nous traversons,
il y aura certainement des moments où l’on priera plus, et ces
saisons étendues de prière sont non seulement bénéfiques,
mais essentielles pour notre survie spirituelle. Mais nos vies

66
de prière ne peuvent pas reposer sur ces moments prolongés
de prière.
Avoir une vie de prière régulière et constante est une
des clés essentielles pour avoir une communion forte et
dynamique avec Dieu. Sans la discipline de la prière, nous ne
pouvons pas croître dans la grâce et dans la connaissance de
la vérité, comme le Seigneur le désire. Nous pouvons étudier
le sujet de la prière, lire des livres et assister à des conférences
qui explorent et détaillent toute sa splendeur. Mais en réalité,
peu importe nos connaissances sur la prière, une seule heure
à communiquer avec le Maître nous sera plus profitable que
tous les meilleurs enseignements que nous puissions recevoir.
Quelques minutes de prière quotidienne efficace
produiront plus régulièrement des fruits spirituels que
plusieurs heures cumulées de prière, séparées de longues
périodes sans prière. Nous devons faire l’effort de créer un
engagement solide et fidèle envers la discipline de la prière.

« Pas un grand homme dont l’histoire


Ne soit des pas vers un sommet
Tous ont veillé dans la nuit noire
Tandis qu’autour d’eux l’on dormait. »

- Henry Wadsworth Longfellow,


« L’Échelle de Saint-Augustin »

QUESTIONS DE RÉFLEXION
• Pourquoi pensez-vous que Jésus ait insisté sur
l’importance de la prière privée plutôt que publique ?

67
• De quelles manières votre engagement ou votre manque
d’engagement envers la prière a-t-il eu un effet sur votre
croissance spirituelle ?
• Quels sont certains moyens pratiques d’incorporer la
discipline de la prière dans votre routine quotidienne ?
• Comment le train de vie moderne a-t-il un effet sur
l’emphase générale que met l’Église sur la valeur de la
prière ? Comment pouvons-nous gérer cela ?

68
CHAPITRE 5

LA DISCIPLINE DU JEÛNE

INTRODUCTION
En février 1906, William Seymour est arrivé à Los Angeles
pour prêcher à une mission du Mouvement de sanctification,
située au coin des rues Ninth et Santa Fe. Une de ses membres,
Neely Terry, avait rencontré Seymour à Houston, et avait
joué un rôle important dans sa venue à Los Angeles. Après
quelques services, les dirigeants de la mission ont renvoyé
Seymour parce qu’il prêchait que le parler en langues
accompagnait le baptême du Saint-Esprit. Quand il est arrivé
à Los Angeles, Seymour faisait partie du Mouvement de la
Foi Apostolique de Charles Parham. Ce mouvement avait à
cœur que l’Église retourne aux racines du livre des Actes. La
famille de Edward Lee, membre de la mission de la rue Santa
Fe, a invité Seymour à rester chez eux jusqu’à ce qu’il sache
ce qu’il allait faire.
Jusqu’à ce moment-là, malgré le fait qu’il le prêchait,
Seymour n’avait pas lui-même reçu le baptême du Saint-
Esprit, mais il avait faim de vivre cette expérience. Il n’était
pas le seul : la famille Lee, avec qui il restait, et la famille
Richard Asberry, membres aussi de la mission de Santa
Fe, avaient soif du Saint-Esprit. À cette fin, Seymour et ces
familles se réunissaient fréquemment dans la maison des

69
Asberry sur Bonnie Brae Street. Ils priaient et jeûnaient pour
préparer leurs cœurs au Saint-Esprit.
Le 9 avril 1906, Edward Lee a reçu le Saint-Esprit. Ensuite
un nombre croissant de personnes a vécu l’expérience du
baptême de l’Esprit. Le groupe étant devenu trop grand
pour rester dans la maison des Asberry, ils ont continué à
se réunir dans le bâtiment d’une ancienne église méthodiste
épiscopale africaine sur Azusa Street. De là, le réveil bien
connu de Azusa Street s’est répandu dans le monde entier.
Le jeûne faisait partie des disciplines spirituelles des
pionniers du pentecôtisme. Il reste tout aussi important
aujourd’hui. De nombreuses églises commencent chaque
trimestre de l’année avec une période de jeûne et de prière.
Dans ce chapitre, nous allons étudier la discipline du jeûne.

I. LA SAVEUR DES ALIMENTS


Le premier chapitre de la Genèse progresse en cadences
poétiques : « Dieu dit… Et cela fut ainsi… Dieu vit que cela
était bon. » Dieu a créé le monde, et tout ce qu’il fait est bon.
Il va de soi que la Création est bonne parce qu’elle porte les
empreintes du Créateur. Dieu a placé l’être humain au milieu
de cette belle création. Il a formé Adam de la poussière de la
terre, il a mis son souffle en lui et ce dernier est devenu un
être vivant. Les êtres humains sont formés d’une substance
matérielle (le corps) et d’une substance immatérielle (l’esprit).
Rien ne suggère, dans le récit de la Genèse, que notre corps
est inférieur à notre âme. Les deux portent son empreinte.
Les deux ont besoin de nourriture pour subsister. Chaque
soir, quand Dieu venait voir Adam et Ève, il nourrissait leurs
âmes. Le jardin d’Éden fournissait la nourriture nécessaire
à leur corps. Se nourrir est nécessaire, et parce que Dieu est

70
bon, notre nourriture est souvent agréable. Le fait de manger
n’est certainement pas mal en soi.

A. Une bénédiction du Seigneur


Nous devons, en effet, rendre grâces à Dieu pour notre
nourriture. Parce que les disciples ont demandé à Jésus de leur
apprendre à prier, nous avons maintenant un modèle de prière
que nous appelons le « Notre Père ». Cette prière comprend
la requête de notre pain quotidien. Nous reconnaissons par
cela que la nourriture est une bénédiction de Dieu. Rien
ne suggère dans cette prière que la nourriture est un mal
nécessaire. Au contraire, cette prière nous rappelle que Dieu
non seulement donne la vie, mais il la soutient aussi. En fin
de compte, notre nourriture quotidienne nous vient de lui, et
nous devrions la recevoir comme une bénédiction de sa part.
Un seul miracle nous est rapporté dans les quatre
Évangiles, celui de la multiplication des pains pour les cinq
mille hommes. Bien que ce récit démontre principalement
la puissance miraculeuse de Jésus, il peut aussi nous éclairer
quelque peu sur la position de Dieu vis-à-vis de la nourriture.
Jésus avait eu l’intention de se mettre à l’écart de la foule pour
se reposer. Cependant une multitude de gens l’avait suivi
dans le désert. Au lieu de se reposer, Jésus a passé l’après-
midi à enseigner ceux qui s’étaient assemblés. Alors que la
nuit tombait, il s’est rendu compte que la foule avait faim.
Bien qu’il les ait nourris spirituellement tout l’après-midi, il
était conscient que leur corps avait aussi faim que leur esprit.
Il ne les a pas réprimandés pour leur faim physique. Il ne
leur a pas demandé de jeûner. Il a plutôt multiplié cinq pains
et deux poissons, et la foule a été rassasiée. Jésus n’a pas non
plus dit qu’il devait faire ce miracle parce que la foule était si

71
charnelle qu’elle ne pouvait pas sauter un repas. Il a vu que
les gens avaient faim et il les a nourris. Il a béni la nourriture
et a rendu grâces pour elle.

B. Des jours de fête pour adorer Dieu


Aux temps bibliques, la nourriture jouait souvent un rôle
dans l’adoration. Bien que ce chapitre concerne le jeûne, il est
important de comprendre que Dieu avait aussi établi certains
jours de festivités pendant lesquels la nourriture jouait un rôle
principal dans l’adoration. Le jeûne de nourriture n’est pas le
seul moyen d’approfondir nos vies spirituelles. Dans l’Ancien
Testament, les fêtes religieuses étaient des évènements
spirituels importants dans la vie d’Israël. Ces jours solennels
étaient des moments pour célébrer, commémorer et manger.
Pendant la semaine précédant la Passion, Jésus a pris le
temps de manger avec ses disciples. Lors de ce repas, Jésus a
rompu le pain avec ses plus proches. Bien que sa crucifixion
fût imminente, au lieu de demander à ses disciples de jeûner,
il les a invités à participer à la célébration de la Pâque.
Pendant cette fête qui célébrait la délivrance d’Israël de
l’ange de la mort et ensuite sa sortie de l’esclavage d’Égypte,
Jésus a instauré une nouvelle célébration qui impliquait de la
nourriture : la Sainte Cène. Celle-ci non seulement préfigure
le festin des noces de l’Agneau, mais elle célèbre la fraternité.
Quand on mangeait ensemble, surtout aux temps
bibliques, on partageait en quelque sorte la vie. Comme la
nourriture soutient la vie, le fait de la partager se prête bien
à la consolidation des liens communautaires. Les versets
récapitulatifs du chapitre 2 du livre des Actes mentionnent
qu’une des activités des croyants était de manger ensemble.
(Voir Actes 2 : 44-46.) Il est donc évident que consommer de la

72
nourriture n’a rien de charnel en soi. Manger ensemble peut,
comme c’est souvent le cas, aider à bâtir une communauté
chrétienne authentique.

II. DES RAISONS DE JEÛNER


Il est question dans la Bible de s’abstenir de manger pour
un temps, c’est-à-dire jeûner. En fait, le jeûne ou le fait de se
priver de nourriture est mentionné plus de quatre-vingt fois
dans la Bible. Bien que la plupart des références soient dans
l’Ancien Testament, nous en trouvons vingt dans le Nouveau
Testament. Il ne semble pas y avoir une raison unique
qui poussait les personnages bibliques au jeûne. Certains
jeûnaient, ou du moins se privaient de nourriture, parce qu’ils
étaient accablés par le deuil ou remplis d’émerveillement et,
par conséquent, ils en avaient perdu l’appétit. On constate
plus fréquemment que les personnages bibliques jeûnaient
en signe d’humilité et dans leur recherche de Dieu. Bien
qu’il soit impossible de déterminer une raison unique pour
le jeûne, certains thèmes généraux ressortent des Écritures.
Nous allons en étudier quatre.

A. L’urgence de la prière
Peut-être la raison la plus fréquente pour laquelle les
personnages bibliques jeûnaient était pour exprimer l’urgence
de leurs prières. La prière prend racine dans la tête et le cœur
d’un individu. Mais à un moment donné, la personne doit
exprimer cette prière. Et parfois l’intellect et les paroles
semblent inadéquats pour exprimer la passion intense de la
prière. Il n’est pas inhabituel de voir des gens pleurer quand ils
prient. Le jeûne est une autre façon d’impliquer l’être entier

73
à la prière ; en d’autres termes, c’est un moyen d’intensifier
la prière.
Les prières des personnages bibliques étaient marquées
par l’urgence pour diverses raisons. Une raison récurrente
était la repentance de leurs péchés. Par exemple, Dieu avait
ordonné aux enfants d’Israël de jeûner annuellement au jour
des expiations. Ce jour-là, le souverain sacrificateur entrait
dans le lieu très saint pour offrir à Dieu le sang d’un agneau
sacrificiel comme gage de leur repentance. Tout le peuple
jeûnait eau et nourriture pour faire preuve de repentance et
implorer le pardon de Dieu.
Dans I Samuel 7, le prophète Samuel a rassemblé Israël à
Mitspa pour un temps de repentance collective en raison de
leur adoration idolâtre. « Samuel dit : Assemblez tout Israël à
Mitspa, et je prierai l’Éternel pour vous. Et ils s’assemblèrent
à Mitspa. Ils puisèrent de l’eau et la répandirent devant
l’Éternel, et ils jeûnèrent ce jour-là, en disant : Nous avons
péché contre l’Éternel ! Samuel jugea les enfants d’Israël à
Mitspa. » (I Samuel 7 : 5-6)
Après que Jonas a lancé l’appel cinglant du jugement
de Dieu sur Ninive, les gens de la ville se sont repentis de
leurs péchés et ont imploré la miséricorde de Dieu. Tous les
habitants, et même les animaux domestiques, se sont revêtus
de sacs et ont jeûné pour essayer de démontrer la profondeur
de leur repentance. (Voir Jonas 3 : 4-9.)
Une autre raison, qui marquait d’urgence les prières des
personnages bibliques, était le besoin de guérison physique,
et parfois leurs prières étaient accompagnées du jeûne. Dans
le Psaume 35 : 13-14, il est écrit que David a prié et jeûné
pour la guérison de ses ennemis. Il a aussi prié et jeûné
pour la guérison de son petit garçon. Dans ce dernier cas, le

74
bébé n’a pas été guéri, et il est mort des suites de sa maladie.
(Voir II Samuel 12 : 15-18.) Ce passage devrait nous aider à
comprendre que la prière et le jeûne n’obligent pas Dieu à
répondre selon notre volonté.
Lorsque les gens recherchaient la direction de Dieu pour
leurs vies, ils priaient et jeûnaient. Ezra en est un exemple.
Il a appelé à un jeûne collectif les cinq mille Israélites qui
retournaient avec lui en Judée après des années d’exil à
Babylone. Le jeûne était la preuve de la sincérité de leurs
prières. Ils se préparaient pour un voyage tant espéré, et ils
désiraient désespérément que Dieu les dirige. À l’époque du
Nouveau Testament, les dirigeants de l’église d’Antioche
ont prié et jeûné quand ils se préparaient à envoyer Saul
et Barnabas en mission vers les Gentils. « Pendant qu’ils
servaient le Seigneur dans leur ministère et qu’ils jeûnaient,
le Saint-Esprit dit : Mettez-moi à part Barnabas et Saul pour
l’œuvre à laquelle je les ai appelés. Alors, après avoir jeûné et
prié, ils leur imposèrent les mains, et les laissèrent partir. »
(Actes 13 : 2-3) Le jeûne et la prière les ont aidés à discerner
la direction de Dieu.
Évidemment, les crises de la vie poussaient les
personnages bibliques à des prières urgentes, tout comme
elles nous poussent à le faire aujourd’hui. L’histoire d’Esther
en est un bon exemple. Haman avait habilement manœuvré
l’extermination des captifs juifs en Perse. Mardochée a pressé
Esther, la jeune juive qui était devenue reine à la place de
Vashti, de se rendre auprès du roi Assuérus et d’intercéder en
faveur du peuple juif. Esther savait que, selon les coutumes
perses, si elle approchait le roi sans y être invitée, elle courait
un risque considérable. Elle a donc demandé aux Juifs
de jeûner et de prier pendant trois jours et de rechercher

75
la faveur de Dieu. Ils ont réagi en se revêtant de sacs et de
cendres, et ils ont prié et jeûné.
Esther a eu du succès auprès du roi Assuérus. Les Juifs
ont été épargnés, et le méchant Haman a été paradoxalement
pendu à la potence qu’il avait érigée pour Mardochée. Jusqu’à
ce jour, les Juifs pieux célèbrent cet évènement connu sous le
nom de Purim. Ils jeûnent le jour précédant Purim pour se
préparer à la célébration commémorative.

Les Juifs prirent pour eux, pour leur postérité, et pour


tous ceux qui s’attacheraient à eux, la résolution et
l’engagement irrévocables de célébrer chaque année
ces deux jours, selon le mode prescrit et au temps
fixé. Ces jours devaient être rappelés et célébrés de
génération en génération, dans chaque famille, dans
chaque province et dans chaque ville ; et ces jours
de Purim ne devaient jamais être abolis au milieu
des Juifs, ni le souvenir s’en effacer parmi leurs
descendants. (Esther 9 : 27-28)

B. Le deuil
Il est parfois plus simple de prouver une règle par ses
exceptions. Plus haut dans le chapitre, nous avons fait
référence à David qui avait jeûné pour la guérison du bébé
qu’il avait eu avec Bath Schéba. Ses serviteurs étaient troublés
non seulement par l’intensité de son désespoir avant la mort
de son fils, mais aussi par le fait qu’il n’a pas jeûné lors de la
mort de l’enfant. (Voir II Samuel 12 : 18-23.) Nous pouvons
donc être certains que, pour les Juifs, le jeûne faisait partie
du processus de deuil.

76
Lorsque les hommes de Jabès en Galaad ont ramené les
corps du roi Saül et de ses fils, qui avaient péri au combat, ils
les ont enterrés et ensuite ils ont jeûné pendant sept jours pour
faire le deuil de la mort de leur roi. (Voir I Chroniques 10 : 12.)
Quand la nouvelle de la mort de Saül et de Jonathan est
parvenue à David, lui et les hommes qui étaient avec lui ont
fait le deuil et jeûné. (Voir II Samuel 1 : 1-12.) Parfois, et cela
semble être le cas ici, les personnages bibliques jeûnaient par
manque d’appétit dû à leur deuil intense.

C. L’adoration
Le jeûne — dans ce cas l’abstention de nourriture et d’eau
pendant quarante jours et quarante nuits — est mentionné
pour la première fois dans Exode 34. Ce chapitre relate la
deuxième montée de Moïse au sommet du mont Sinaï. Sa
rencontre avec la gloire de Dieu sur la montagne lui a enlevé
l’appétit. Il est évident que la présence du Seigneur l’a soutenu
parce qu’il est impossible pour tout homme de survivre si
longtemps sans eau. Élie a aussi eu une telle rencontre avec
la gloire de Dieu, qui l’a laissé sans appétit. Lui aussi est
resté quarante jours et quarante nuits sans manger ni boire
(I Rois 19 : 7-8).
Dans le Nouveau Testament, le chapitre 13 du livre des
Actes relate que les prophètes et les docteurs « servaient
le Seigneur dans leur ministère et qu’ils jeûnaient »
(Actes 13 : 2). D’autres versions emploient le mot « adoraient »
au lieu de « servaient dans leur ministère ». C’est pendant
ce temps d’adoration et de jeûne que le Saint-Esprit leur a
parlé et leur a dit de mettre de côté Barnabas et Saul pour
leur mission vers les Gentils. Nous pouvons en conclure
que le jeûne n’est pas toujours poussé par des évènements

77
ou des circonstances, mais qu’il devrait faire partie de la vie
d’adoration de tout croyant. Le récit du chapitre 13 du livre
des Actes nous apprend qu’ils ont, en fait, de nouveau prié et
jeûné avant de laisser partir Barnabas et Saul (Actes 13 : 3).

D. La direction spirituelle
Alors que Saul de Tarse (plus tard appelé Paul) était en
chemin vers Damas, pour persécuter l’Église, il a rencontré
le Christ ressuscité qui a changé sa vie. Cette rencontre a
ouvert ses yeux spirituels, mais l’a physiquement aveuglé. Ses
compagnons de voyage l’ont aidé à se rendre jusqu’à Damas,
et pendant trois jours et trois nuits, Saul n’a ni mangé ni bu.
Dieu a envoyé Ananias vers lui pour compléter sa conversion.
Ananias a prié et Saul a recouvré la vue et a ensuite été baptisé.
Le jeûne a préparé Saul à recevoir le message d’Ananias.
Tout comme les prophètes et les docteurs avaient prié et
jeûné avant d’envoyer Barnabas et Saul vers les Gentils, Paul
et Barnabas ont « prié et jeûné », à leur tour, avant de nommer
des anciens dans chaque église d’Asie Mineure (Actes 14 : 23).
Le jeûne accompagné de la prière devrait éliminer tous
rapports de force ainsi que tout favoritisme dans le choix
de dirigeants. Le jeûne, si pratiqué de la bonne manière,
produit une dépendance salutaire de Dieu. Il prouve que les
dirigeants spirituels reconnaissent qu’ils doivent travailler en
harmonie avec Dieu et sous sa direction.

III. LE JEÛNE INAPPROPRIÉ


La Bible ne nous montre pas seulement la bonne façon de
jeûner, mais elle nous révèle aussi comment le jeûne peut
être utilisé de manière inappropriée. Certaines attitudes et

78
certaines actions rendent le jeûne inacceptable aux yeux de
Dieu.

A. La participation à des rituels vides de sens


Les rituels ne sont pas mauvais en soi. En fait, ils ont la
capacité d’approfondir et de structurer la vie spirituelle
d’un individu. Pensez un peu à la valeur d’avoir un temps
de prière régulier ou de se réunir à l’église chaque semaine.
Mais nous courons toujours le risque de rendre ces rituels
vides de sens — en somme, ils deviennent une fin en soi.
Ils peuvent se détacher de la vérité qui leur donne leur sens.
Rappelez-vous combien de fois Jésus a critiqué les pharisiens
parce qu’ils détachaient du rituel la vérité qui lui donnait du
sens. En raison de cette tendance, la Bible met fréquemment
ces lecteurs en garde contre les rituels. Le jeûne est un de ces
rituels qui peut perdre son efficacité s’il est « désarrimé » de
la vérité.
L’une des discussions les plus approfondies sur le sujet
du jeûne se trouve dans le chapitre 58 du livre d’Ésaïe. Avant
d’étudier ce passage, il est bon de se rappeler qu’Ésaïe est
un des auteurs les plus difficiles à suivre. Fréquemment,
et souvent en succession rapide, le prophète change de
locuteur. Dans un verset, c’est Dieu qui parle, et dans
le suivant, c’est le prophète, et dans le prochain, c’est le
peuple rebelle. Si le lecteur ne fait pas bien attention à ces
changements, il peut manquer le sens du texte. Parfois, le
langage plus complexe d’une certaine version biblique peut
compliquer le problème. Dans le chapitre 58, Dieu rappelle
son peuple à l’ordre pour leur duplicité. Tandis que les gens
semblent être désireux de plaire à Dieu, ils n’observent pas

79
ses commandements. Dieu utilise leur rituel du jeûne pour
illustrer ce point.
« Que nous sert de jeûner, si tu ne le vois pas ? De
mortifier notre âme, si tu n’y as point égard ? -Voici, le jour
de votre jeûne, vous vous livrez à vos penchants, Et vous
traitez durement tous vos mercenaires. Voici, vous jeûnez
pour disputer et vous quereller, Pour frapper méchamment
du poing ; Vous ne jeûnez pas comme le veut ce jour, Pour
que votre voix soit entendue en haut. » (Ésaïe 58 : 3-4) Dieu
leur a ensuite demandé : « Est-ce là le jeûne auquel je prends
plaisir, Un jour où l’homme humilie son âme ? Courber la
tête comme un jonc, Et se coucher sur le sac et la cendre,
Est-ce là ce que tu appelleras un jeûne, Un jour agréable à
l’Éternel ? (Ésaïe 58 : 5) La réponse implicite est un « non »
catégorique !
Ils auraient dû, pendant leur jeûne, avoir de la compassion
pour les malheureux et les étrangers, s’occuper des affamés
et des personnes dans le besoin. Le jeûne est rendu invalide
si ceux qui jeûnent continuent à opprimer les pauvres et les
exclus. Les jeûnes réellement efficaces aident les croyants à
aligner leurs cœurs avec celui de Dieu qui a une place toute
spéciale pour les pauvres. C’est le type de jeûne auquel Dieu
prend plaisir. Ne vous privez pas simplement de nourriture ;
agissez de manière juste.

Voici le jeûne auquel je prends plaisir : Détache les


chaînes de la méchanceté, Dénoue les liens de la
servitude, Renvoie libres les opprimés, Et que l’on
rompe toute espèce de joug ; Partage ton pain avec
celui qui a faim, Et fais entrer dans ta maison les
malheureux sans asile ; Si tu vois un homme nu,

80
couvre-le, Et ne te détourne pas de ton semblable.
Alors ta lumière poindra comme l’aurore, Et ta
guérison germera promptement ; Ta justice marchera
devant toi, Et la gloire de l’Éternel t’accompagnera.
Alors tu appelleras, et l’Éternel répondra ; Tu crieras,
et il dira : Me voici ! Si tu éloignes du milieu de toi le
joug, Les gestes menaçants et les discours injurieux.
(Ésaïe 58 : 6-9)

B. Jeûner pour avoir l’approbation humaine


Comme on l’a mentionné plus haut, Jésus était souvent en
contradiction avec les pharisiens. Une des choses qui le
contrariait était le fait que ces dirigeants religieux voulaient
que tous voient leur consécration. On aurait presque dit
que leur récompense primordiale pour leur dévouement
religieux était l’admiration des autres. En réponse à leur
revendication de l’approbation du public, Jésus a insisté que
leur consécration devrait être cultivée en privé. « Lorsque vous
jeûnez, ne prenez pas un air triste, comme les hypocrites, qui
se rendent le visage tout défait, pour montrer aux hommes
qu’ils jeûnent. Je vous le dis en vérité, ils reçoivent leur
récompense. Mais quand tu jeûnes, parfume ta tête et lave
ton visage, afin de ne pas montrer aux hommes que tu jeûnes,
mais à ton Père qui est là dans le lieu secret ; et ton Père, qui
voit dans le secret, te le rendra. » (Matthieu 6 : 16-18)

IV. LES MÉCANIQUES DU JEÛNE


La Bible fait référence à divers types de jeûnes. Le plus radical
est le jeûne complet dans lequel on se prive de nourriture et
de boissons. Les Israélites observaient le jeûne complet le jour
des expiations. Moïse et Élie n’ont ni mangé ni bu pendant

81
quarante jours. Comme mentionné plus haut, Dieu a dû les
soutenir de manière surnaturelle, car aucun homme ne peut
vivre si longtemps sans boire. Les chrétiens devraient être
prudents lorsqu’ils observent un jeûne complet. Une bonne
règle de base est de ne pas faire un jeûne complet pendant
plus de 24 heures.
Un jeûne plus commun est celui de se priver de nourriture
pour une période prolongée. La plupart des jeûnes bibliques
étaient de ce genre. Jésus a jeûné toute nourriture pendant
quarante jours, avant de commencer son ministère. Parfois
ce type de jeûne était observé du matin au soir. (Voir
Juges 20 : 26, par exemple.)
Certains personnages bibliques se sont privés, pendant
une période déterminée, de certains types de nourriture,
surtout des aliments particulièrement agréables. Le jeûne le
plus connu et en fait le plus observé est le jeûne de Daniel.
Bien que Daniel observait le jeûne courant (Daniel 9 : 3),
il s’est aussi abstenu, au moins une autre fois, de certains
aliments (Daniel 10 : 3). La Bible n’appelle pas cela un jeûne.
Cependant, dans les dernières années, s’abstenir de certains
aliments est connu sous le nom de « jeûne de Daniel ». On
devrait parler d’une abstinence plutôt que d’un jeûne.
Comme dans l’échange mentionné plus tôt entre Jésus
et les pharisiens, les jeûnes peuvent et devraient parfois
se faire de façon individuelle. Tout comme nos prières
individuelles, les jeûnes encouragent la vie de consécration
du croyant. Les jeûnes peuvent aussi être collectifs. Tout le
peuple d’Israël jeûnait le jour des expiations. Les dirigeants
de l’église d’Antioche ont jeûné avant d’envoyer Barnabas et
Saul en mission. Les églises vont souvent appeler leurs fidèles
à observer un temps de jeûne collectif pour se concentrer

82
sur les choses spirituelles et souvent pour renforcer l’unité
spirituelle.
Le plus souvent, le jeûne est accompagné de la prière.
En fait, pour le mettre dans la bonne perspective, on devrait
dire que la prière est accompagnée du jeûne. Sauter des
repas sans passer du temps dans la réflexion spirituelle et la
méditation ne fera que rendre la personne affamée et parfois
même un peu irritable. Jeûner convenablement demande
une grande attention. Il faut que le jeûne soit intentionnel et
non mécanique. Il ne faut pas croire que Dieu aura pitié de
nous quand il verra que nous avons faim durant notre jeûne,
et par conséquent, il nous donnera ce que nous voulons. Le
jeûne montre notre besoin de Dieu. S’il est fait avec la bonne
attitude, il prouve notre humilité, et augmente souvent notre
faim personnelle de Dieu.

APPLICATION PERSONNELLE
Il va de soi que le jeûne est une discipline spirituelle
importante. Cependant, il ne faut pas penser qu’en jeûnant
nous investissons dans une sorte de système bancaire céleste.
Nous pouvons peut-être tracer un parallèle entre jeûner et
donner. Un croyant est souvent béni lorsqu’il donne. Mais
on ne donne pas pour être béni. Si nous donnons simplement
pour recevoir une bénédiction, nous ne sommes pas en
train de donner, mais d’investir. Le jeûne est une question
d’humilité et de dépendance. Quand les gens dans la Bible
jeûnaient, c’était, en général, pour montrer qu’ils étaient
brisés. Il se peut que nous recevions de la force en nous
humiliant, mais nous ne pouvons pas nous humilier pour
obtenir de la force.

83
Ceux d’entre nous qui ne jeûnent pas devraient envisager
de la faire. Si le jeûne est fait avec la bonne attitude, il peut
enrichir nos vies spirituelles.

QUESTIONS DE RÉFLEXION
• Quelles sont les raisons légitimes pour jeûner ? Quelles
sont les raisons inadmissibles ?
• Comment le jeûne pourrait-il mener à l’orgueil plutôt
qu’à l’humilité ?
• Avez-vous l’impression que Dieu vous appelle à jeûner ?

84
CHAPITRE 6

LA DISCIPLINE DU PARDON

INTRODUCTION
Quand John Wesley était aumônier militaire, un officier lui a
avoué : « Je ne pardonne jamais. » Wesley lui aurait répliqué :
« Alors, j’espère, Monsieur, que vous ne péchez jamais. »
Le Seigneur ne pardonne pas ceux qui ne pardonnent pas.
Jésus a dit : « Si vous pardonnez aux hommes leurs offenses,
votre Père céleste vous pardonnera aussi ; mais si vous ne
pardonnez pas aux hommes, votre Père ne vous pardonnera
pas non plus vos offenses. » (Matthieu 6 : 14-15) Si on est prêt
à pardonner, c’est qu’on a compris en quoi consiste notre
propre pardon.
Le pardon est une discipline. C’est ce qu’un croyant décide
de faire avant même que quelqu’un l’offense. Le pardon est
activé par un cœur humble. Les personnes humbles n’ont
pas la sensibilité à fleur de peau. Elles ne cherchent pas à se
venger ou à punir ceux qui s’en prennent à eux.
La colère déclenche la rancune. L’orgueil refuse de
laisser aller une blessure ; il continue à reprocher certains
faits ou à éprouver des sentiments négatifs envers quelqu’un.
L’humilité et l’amour mettent fin à l’amertume. Un cœur
humble déclenche le pardon. L’amour offre un nouveau

85
départ à la personne repentante et il choisit de ne pas laisser
le passé avoir emprise sur le présent.
Quand Dieu a préservé la vie de Caïn, il lui a promis
que « si quelqu’un tuait Caïn, Caïn serait vengé sept fois »
(Genèse 4 : 15). Plus tard, un descendant de Caïn a repris
cette idée, mais l’a tordue et l’a dégradée. Lémec s’est vanté
devant ces deux femmes en disant qu’il se vengerait plus de
fois que Dieu ne l’avait fait pour son ancêtre Caïn. Lémec se
vantait d’avoir tué un homme en représailles des blessures
qu’il avait reçues, en disant que si Caïn avait été vengé sept
fois, lui (Lémec) serait vengé soixante-dix-sept fois.
Tout comme Lémec, plusieurs, de nos jours, sont ivres de
leur propre capacité à rendre le mal. Ils ont du mal à laisser
aller l’ivresse de la colère, de la haine, de la conviction d’avoir
raison. Les croyants ont cependant une force plus puissante
de leur côté, le pardon. Il faut être plus fort de caractère pour
laisser aller un tort que pour mijoter dans son propre jus de
rancœur.
Pierre pensait qu’il était suffisant de pardonner quelque
chose à quelqu’un le même nombre de fois que Dieu avait été
prêt à venger Caïn, s’il avait été tué, c’est-à-dire sept fois. Mais
Jésus lui a dit : « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à
septante fois sept fois. » (Matthieu 18 : 22) Lémec voulait se
venger soixante-dix-sept fois pour une seule blessure. Nous
devrions être prêts à pardonner au moins autant de fois pour
une seule offense.

I. LA RÉALITÉ DE VIVRE DANS UN MONDE DÉCHU


Mary Gordon a raconté dans un article son expérience le jour
où ses nerfs ont craqué en raison des exigences continues des
membres de sa famille. Les automobilistes qui klaxonnaient

86
constamment et les enfants dans la voiture qui exigeaient
qu’elle les amène nager lui ont fait complètement perdre le
nord. Elle est sortie de son véhicule, s’est mise à courir et à
hurler aux oreilles des autres automobilistes ; elle est montée
sur le capot de sa voiture et s’est mise à marteler le pare-brise.
Alors que la colère l’emportait, c’était comme si elle s’était
transformée en une énorme « corneille noire. Mes jambes,
continue-t-elle, sont devenues des tiges endurcies, mes yeux
étaient perçants et vicieux. Un bec meurtrier s’est mis à
pousser. Des plumes noires et huileuses ont remplacé mes
bras. Je me suis mise à battre des ailes à tel point que j’en
cachais la lumière du soleil. » Les membres de sa famille l’ont
fait descendre du capot, mais il lui a quand même fallu un
peu de temps avant de se remettre de sa crise d’hystérie. Les
enfants étaient terrifiés d’avoir vu leur mère dans ce moment
de pure vengeance.4 La rancune a la faculté de déformer
un individu jusqu’au point où celui-ci ne peut même pas se
reconnaître.
Certains ont vécu si longtemps avec de la rancune que
lorsqu’ils laissent aller leur ressentiment, ils ont l’impression
d’être entièrement quelqu’un d’autre. C’est comme si la
rancune reprogramme le cerveau. Par exemple, certains
enfants devenus adultes refusent de pardonner à un parent ses
torts parce que, sans avoir quelqu’un à qui faire des reproches,
ils seraient incapables de fonctionner. Tout comme les gens
regrettent la perte d’un bon ami, ils regrettent aussi la perte
d’un ennemi. Avoir des ennemis a l’effet pratique de donner
à un individu une meilleure allure. Ses amis savent qu’il est
mieux que son ennemi. Mais si cet individu se réconcilie
4 N.d.T. Ce témoignage a été publié dans le magazine mensuel américain
Christianity Today, le 9 février 1998, dans un article intitulé « Why We
Love This Deadly Sin », traduit « Pourquoi aimons-nous ce péché mortel ».

87
avec son ennemi, ses amis pourraient penser qu’il est dans
le mauvais camp.

A. Les injustices auront lieu


Il est garanti que nous aurons des occasions de devoir
accorder le pardon. Jésus nous a promis que des offenses
arriveraient, mais nous ne devrions pas être ceux qui les
causent. Des gens vont nous décevoir par des échecs ou une
visible hostilité ; des bien-aimés décideront peut-être de nous
quitter ; des collègues profiteront de nous ou un membre de
l’église nous trahira. Tout cela nous donne des occasions de,
non seulement, aimer notre prochain, mais aussi d’aimer et
de pardonner à nos ennemis.
Le fait de pardonner un ennemi change l’identité de cet
individu dans nos vies. Aussi étrange que cela paraisse, il est
aussi difficile de perdre un ennemi que de perdre un ami,
surtout si notre identité est établie non pas sur la personne à
qui nous ressemblons, mais plutôt sur la personne à qui nous
ne ressemblons pas. Se définir par rapport à notre opposé
n’est pas la meilleure façon de se voir. Cela peut rendre la
tâche du pardon encore plus difficile.

B. Nous avons un désir inné de justice


Même les enfants savent reconnaître quand un tort a été
commis. Ils se rendent compte que ce n’est pas juste qu’un
enfant ait plus qu’un autre, qu’une des terreurs de la cour de
récréation fasse tomber quelqu’un, ou qu’un jouet soit pris
sans permission. C’est Dieu qui nous donne ce sentiment
d’injustice, et tout humain devrait l’avoir. Si l’on voit que
quelqu’un profite de quelqu’un d’autre, notre indignation

88
devrait être suscitée, à juste titre. Cela dit, on ne devrait pas
réagir de façon erronée lorsqu’on observe des injustices.
Imaginez un peu les répercussions si un employé se
rendait au bureau du PDG de sa compagnie, et s’asseyait
dans son volumineux fauteuil pivotant. Ensuite, en reposant
ses pieds sur le bureau, l’intrus commencerait à agir
comme le PDG et à donner des ordres. Si ce comportement
inapproprié arrivait aux oreilles de la direction, l’employé
serait sévèrement sanctionné ou licencié de la compagnie.
Pourtant, c’est ainsi que les gens se comportent chaque jour
envers le PDG de l’Univers.
Quand nous nous vengeons nous-mêmes, nous essayons
d’accomplir la tâche de Dieu. Il nous dit : « À moi la vengeance,
à moi la rétribution » (Romains 12 : 19). La rancune, la
riposte et la vengeance sont des actions humaines qui
usurpent l’autorité de Dieu. Pour que ceux qui nous font du
mal subissent complètement les conséquences de leurs actes,
nous devons laisser le Seigneur nous venger. Par conséquent,
si notre ennemi a faim, donnons-lui à manger ; s’il a soif,
donnons-lui à boire (Romains 12 : 20).

II. LA PARABOLE DU SERVITEUR QUI REFUSAIT DE


PARDONNER
Jésus a enseigné à Pierre la façon de pardonner un tort en
lui racontant une histoire (Matthieu 18 : 23-35). Dans cette
parabole, un serviteur devait au roi dix mille talents qui
de nos jours représenteraient des millions de dollars. Ce
montant représente l’énormité de l’offense que nous avons
commise envers Dieu par nos péchés. Quand le roi a exigé le
remboursement de cette dette, et il était clair que le serviteur
n’avait pas assez d’argent, le roi s’est mis à énumérer quelles

89
seraient les conséquences. Le serviteur s’est jeté à ses pieds,
lui a fait des éloges et l’a supplié d’être patient envers lui ; il
lui a ensuite promis qu’il rembourserait toute sa dette. C’est
l’image d’un enfant de Dieu qui se détourne de sa vie de
rébellion et se soumet à son Maître. Le roi n’a pas pu résister à
une telle marque d’humilité. Il a eu compassion du serviteur,
lui a pardonné sa dette et l’a laissé partir.
Se réjouissant de ce qui lui était arrivé, il est reparti en
sautillant. Imaginez un peu son soulagement : il était rentré
chez le roi sachant qu’il serait endetté pour le reste de sa vie,
et il en est ressorti libre de rêver et d’investir à nouveau.
C’est une représentation du fardeau qui a été soulevé de nos
épaules quand le Seigneur a pardonné nos péchés. Le pardon
de Dieu fait tellement de bien que les nouveaux convertis
disent souvent avoir un sentiment de légèreté et ressentir de
la joie pour la première fois de leurs vies.
Ensuite ce serviteur a rencontré un de ses compagnons
qui lui devait cent deniers, l’équivalent de quelques milliers
de dollars. Le serviteur à qui le roi avait remis la dette
a attrapé l’autre homme par la gorge et a exigé de lui le
remboursement de sa dette. Cette réaction est représentative
d’un chrétien que le Seigneur a libéré de son péché, et qui au
lieu de pardonner son frère qui l’a offensé lui tient rancune.
Même si son compagnon le suppliait de le pardonner,
le serviteur gracié refusait d’abandonner ses exigences ou
d’être patient envers l’autre homme. Il l’a ensuite fait jeter
en prison jusqu’à ce qu’il ait payé ce qu’il lui devait. Dans
l’Église, beaucoup trop de chrétiens tiennent rancune pour
des choses qu’ils auraient dû pardonner il y a bien longtemps.
Celles-ci sont de grosses dettes — de vraies blessures — qui
ne partent pas facilement. Peut-être est-ce une chrétienne

90
qui a été violée par un soi-disant chrétien, il y a des années
de cela ; ou un homme d’affaires qui a été malhonnête envers
son frère en Christ dans une certaine entente ; ou encore,
un soi-disant chrétien a menti à un autre chrétien, et ce
dernier l’a découvert par l’intermédiaire d’un autre. Dans les
situations mentionnées et dans bien d’autres cas, il est temps
que la personne offensée relâche le coupable. Il est temps de
pardonner.
Quand le roi a été mis au courant de l’hostilité avec
laquelle l’homme pardonné avait traité son compagnon, il lui
a demandé des comptes : « Méchant serviteur, je t’avais remis
en entier ta dette, parce que tu m’en avais supplié ; ne devais-
tu pas aussi avoir pitié de ton compagnon, comme j’ai eu pitié
de toi ? » Dans sa colère, le roi a envoyé le méchant serviteur
aux bourreaux jusqu’à ce qu’il ait payé l’entièreté de sa dette.
Jésus a conclu son histoire en disant : « C’est ainsi que
mon Père céleste vous traitera, si chacun de vous ne pardonne
à son frère de tout son cœur. » (Matthieu 18 : 35) De quels
péchés le Seigneur nous a-t-il pardonnés et quels péchés nous
reprochera-t-il de nouveau si nous ne pardonnons pas à nos
frères leurs offenses ?

III. LE COÛT DE LA RANCUNE

A. Absalom a refusé de pardonner à Amnon


Absalom était furieux envers son demi-frère Amnon pour
avoir violé leur sœur. Personne ne pourrait lui en vouloir pour
cela. Ce qui le mettait encore plus en colère était l’inaction
de son père. Absalom ne pouvait pas arrêter de penser au
péché d’Amnon. Il était irrité de voir que sa sœur se cachait
de tous — elle ne voulait voir personne qui savait ce qui lui

91
était arrivé. Amnon, lui, continuait à vivre sa vie gaiement et
librement, avec peut-être un petit remords de temps à autre.
Absalom a conçu un plan. Il a organisé un festin pour
ses frères, et s’est assuré qu’Amnon serait là. Absalom avait
préparé ses serviteurs et ils étaient prêts à l’action. En pleines
festivités, suivant les ordres d’Absalom, ils ont tué Amnon
qui ne s’était douté de rien.
La panique s’est installée parmi les autres frères. David
était affligé de voir ce qui se passait entre ses enfants. Amnon
n’était pas la seule victime de cette rancune. Absalom lui-
même en a subi les pires conséquences. Ses actions odieuses
l’ont relégué aux marges de la société. Son cœur s’est bien
vite endurci envers son propre père. Il a fini par mourir
prématurément et inutilement lors d’un combat contre
l’armée de son père.
Le refus de pardonner a la puissance de détruire des
relations, et est une force considérable d’autodestruction.
Il va sans dire que des injustices comme celles qu’Amnon
a commises sont difficiles à pardonner. Cependant
l’alternative est bien pire, comme dans le cas d’Absalom. Il
faut comprendre que quand on pardonne à quelqu’un ses
fautes, on n’est pas en train de lui dire : « Ce que tu as fait est
bien. » Mais on lui dit plutôt : « Malgré le mal que tu m’as fait,
je t’aimerai quand même. »

B. Nous restons sous le contrôle de ceux qui nous offensent


Dans un des Contes de l’oncle Rémus, celui-ci raconte
l’histoire de Frère Lapin et d’un leurre, le bébé de goudron.
La colère de Frère Lapin le pousse à frapper le bébé de
goudron et par conséquent, il reste collé à ce dernier. Sa
colère ne fait qu’augmenter et il se retrouve de nouveau collé.

92
Bientôt tous ces appendices adhèrent au bébé de goudron,
et il lui est impossible de s’extirper de cette matière gluante.
Le ressentiment est pareil à ce bébé de goudron dans lequel
on s’emmêle tellement qu’on ne peut plus s’en défaire. Les
personnes que l’on hait nous contrôlent émotionnellement.
Ces personnes contrôlent nos actions parce que nous
faisons tout pour les éviter et pour éviter les choses qu’elles
représentent.
On devient souvent pareil aux personnes que l’on hait.
Qu’il soit négatif ou positif, notre centre d’attention est ce qui
nous forme. Une fille hait sa mère. En dépit de sa haine pour
elle, la fille va adopter les caractéristiques de sa mère. Un
jeune homme ressent du dégoût pour son père alcoolique.
Cette haine, cependant, permet à la personne qu’il hait de
le contrôler. Bientôt, lui-même devient un alcoolique, sans
réaliser qu’il suit les traces de son père. La seule façon de
sortir de l’impasse et de ne pas être contrôlé par les gens qui
nous offensent est de les pardonner.

IV. LE PARDON NOUS LIBÈRE


Imaginez que quelqu’un vole la nouvelle voiture d’un croyant.
Quelques années plus tard, ce croyant reçoit la nouvelle que
ce voleur a accepté le message de l’Évangile. Le croyant, lui,
a voulu voir le malfaiteur puni pendant toutes ces années,
mais maintenant ce dernier est rempli du Saint-Esprit et vit
pour Dieu.
De plus, cet ancien voleur va déménager dans la même
ville que le croyant et va fréquenter la même église. Le véhicule
est depuis longtemps une histoire du passé, et l’homme n’a
pas les moyens de la rembourser. Entretemps, cet homme a
été une grande aide pour l’homme qui l’a amené au Seigneur.

93
Le croyant qui a subi le vol en voudra-t-il au nouveau chrétien
pour ses actions passées ?
C’est d’un scénario semblable dont il est question dans
le livre de Philémon, mais la situation était plus personnelle.
L’histoire de Paul priant Philémon de pardonner à Onésime
ses fautes présente une dynamique intéressante aux niveaux
de la médiation, du pardon et de la réconciliation. Chaque
partie impliquée dans un conflit ou qui a subi un préjudice
personnel peut retenir des leçons du livre de Philémon.
D’abord, Paul aurait pu mentionner toutes ses
compétences, et se présenter en tant qu’apôtre comme il
le faisait dans la plupart de ses lettres. Mais il s’est plutôt
présenté comme un prisonnier. Dans le verset 7, Paul
s’adresse à Philémon en tant que « frère ». On n’arrive pas à la
réconciliation en exerçant sa propre influence ou en exigeant
quoi que ce soit. Pour réconcilier une personne à une autre,
il faut faire preuve d’humilité. Une approche humble a la
capacité de désarmer l’amertume.
Paul continue à complimenter son ami, en mettant en
évidence ses qualités spirituelles (versets 5-7). Le dirigeant
s’attaque ensuite au problème qui se présente à eux. Paul lui
fait remarquer qu’il aurait le droit, en Christ, de lui prescrire
ce qu’il doit faire. Mais l’apôtre préfère demander à Philémon
d’agir par amour et par déférence pour lui, prisonnier de
Jésus-Christ et vieillard (versets 8-9).
La mention du nom du coupable a probablement suscité
une forte émotion dans le destinataire de la lettre. Pour
amortir le choc, Paul fait précéder le nom d’Onésime par la
mention « mon enfant ». Le fait qu’il s’attache personnellement
au coupable est un geste aussi fort que si quelqu’un plaçait

94
son bras autour des épaules d’un ami pour le protéger d’un
agresseur potentiel.
Paul disait en fait : « Ce que tu fais pour lui, tu le fais
pour moi. » Il continue en expliquant que son « enfant » a été
« engendré étant dans les chaînes » (verset 10), signifiant que
Paul l’avait gagné au Seigneur pendant qu’il était prisonnier.
Cela faisait d’Onésime un chrétien au même titre que
Philémon.
Onésime n’avait pas volé une voiture. Il s’était dérobé lui-
même à son maître. Il était un travailleur asservi — ce que
l’on appelait souvent un esclave. Si on compare l’esclavage
de notre époque moderne, fondé sur la race, à celui pratiqué
dans le monde antique méditerranéen, on remarque que les
deux diffèrent sur des aspects importants. À l’époque de Paul,
certains devenaient esclaves à l’issue d’une guerre perdue.
Les vaincus qui étaient capturés devenaient esclaves au lieu
d’être mis à mort. D’autres se rendaient esclaves, pendant
un certain temps, en tant que travailleurs asservis jusqu’à ce
qu’ils aient remboursé leurs dettes. D’une certaine manière,
on pourrait appeler ces gens des travailleurs contractuels.
Ils pouvaient épargner leur argent et acheter leur liberté —
en fait, ils pouvaient payer leur propre contrat. Pour une
quelconque raison, Onésime s’était enfui, privant Philémon
de l’investissement qu’il avait dans cet homme en tant que
travailleur.
Paul n’écrivait pas en défense de l’esclavage. Les lecteurs
d’aujourd’hui souhaiteraient qu’il s’élève contre le fléau de
l’esclavage et exige que des lois soient mises en place pour
empêcher cette pratique. Mais Paul utilisait une meilleure
tactique de changement social. L’humilité était sa méthode,
et l’amour était sa campagne anti-esclavage.

95
Le nom Onésime signifie « utile, profitable ». Pourtant,
Onésime s’était avéré être un serviteur inutile. Mais quand il
s’est tourné vers le même Maître que Paul et Philémon, il est
devenu utile (verset 11). Onésime était utile à Paul en prison.
Ce nouveau converti était devenu les mains et les pieds de
Paul pendant que celui-ci était emprisonné.
Paul écrit à Philémon qu’il lui renvoie Onésime, et
demande à Philémon de le recevoir comme une partie
de Paul lui-même (verset 12, BDS5). Au lieu d’utiliser son
autorité spirituelle pour persuader Philémon, Paul utilise une
force plus puissante, l’amour. Philémon aimait Paul, et Paul
aimait Onésime. Bien que Philémon ait pu avoir des raisons
de haïr cet esclave fugitif, Paul a présenté les choses d’une
telle manière qu’il était impossible pour Philémon de haïr
l’autre homme sans diriger aussi sa fureur vers son supérieur
spirituel, Paul.
On pourrait se demander pourquoi Paul renverrait un
fugitif vers son maître quand cet esclave risquait de se faire
châtier. Même dans la civilisation romaine, les esclaves
pouvaient être battus, voire mis à mort. Celui qui avait été
outragé faisait plus que tirer la tête. Il y avait plus en jeu que
des sentiments froissés. Philémon avait subi de vraies pertes
matérielles, et Onésime aurait réellement pu être en danger.
Paul le renvoyait à son maître par principe. Bien
qu’Onésime aurait été plus utile à Paul, celui-ci ne pouvait
pas continuer à garder le fugitif avec lui sans le consentement
de Philémon.
Tout comme dans l’histoire de Joseph, Dieu était-il en
train de transformer le mal qu’Onésime avec fait en bien ?
Joseph avait dit à ses frères de ne pas s’en vouloir parce que

5 BDS : Bible du semeur

96
Dieu avait profité de leurs mauvaises actions pour sauver
de la faim tout le clan de Jacob (Genèse 45 : 5-7). Philémon
allait-il dire la même chose à Onésime ? En sommes-nous au
point où nous pouvons en dire autant à ceux qui nous ont
maudits, qui ont menti à notre sujet, qui se sont séparés de
nous, qui nous ont amenés en justice, qui ont abusé de nous,
ou qui nous ont abandonnés ? Ce ne sont pas des paroles
faciles à prononcer tant que nous ne voyons pas les choses
comme Dieu les voit.
Paul voulait que Philémon voie Onésime à travers les yeux
de Dieu. Dieu avait peut-être orchestré tout cela pour que
Philémon retrouve pour toujours son esclave perdu depuis
longtemps (verset 15). Cette fois-ci, il n’allait pas l’accueillir
en tant qu’esclave. Paul avait dit à Philémon qu’Onésime ne
serait plus un esclave, mais qu’il serait quelqu’un infiniment
plus précieux, un frère. Maintenant Paul, Philémon, et
Onésime étaient sur le même pied d’égalité (verset 16). Paul
était important aux yeux de Philémon en tant que frère en
Christ. Onésime importait à Paul en tant que frère en Christ.
Allait-il aussi avoir de l’importance pour Philémon en tant
que frère en Christ ?
En toute humilité, Paul exhorte Philémon à recevoir
le fugitif de la même façon qu’il recevrait l’apôtre Paul lui-
même (verset 17). Onésime avait-il aussi volé à Philémon de
l’argent ou des biens ? Que dire de cela ? Philémon allait-il
être remboursé ? Par qui, Paul ? Voici ce que Paul lui dit :
« Et s’il t’a fait quelque tort, ou s’il te doit quelque chose,
mets-le sur mon compte » (verset 18). Pour s’assurer que sa
promesse de repayer la dette d’Onésime ne soit pas mise en
doute, Paul l’écrit et la signe de sa propre main (verset 19).
Il lui rappelle aussi, par la même occasion, la dette que

97
Philémon a aussi envers Paul, c’est-à-dire sa propre personne.
Philémon serait perdu et sans espoir dans ce monde, si Paul
ne l’avait pas trouvé et partagé avec lui l’Évangile du salut.
Bien évidemment, Philémon devait à Paul bien plus qu’il ne
pouvait exiger d’Onésime.
En conclusion, Paul nous fait remarquer la joie qui vient
du pardon — elle rafraîchit le cœur de tous ceux qui y sont
impliqués. Bien que Paul ait été quelque peu intense à certains
endroits dans la lettre, il réaffirme sa confiance en Philémon.
Il est sûr que celui-ci est un homme de Dieu qui fera bien au-
delà de ce que Paul lui a suggéré de faire. Il termine sa lettre
en exprimant son espoir qu’il pourra bientôt venir lui rendre
visite.
Le fait que cette lettre soit dans la Bible indique que
Philémon a reçu les instructions de Paul de façon favorable,
et que les deux hommes étaient des chrétiens bien connus
dans l’Église primitive. En pardonnant à Onésime, Philémon
l’a rendu libre, mais il a été aussi lui-même libéré. On
s’empoisonne spirituellement quand on s’accroche à nos
blessures et à notre rancune année après année. Margaret
Stunt6 l’a dit en ses termes : « Garder rancune c’est comme
boire du poison et espérer que l’autre personne meure. »
La rancune emprisonne ses otages. Cependant, les
incarcérés ne sont pas les seuls dans la prison ; les gardiens y
sont aussi. Quand on pardonne à quelqu’un, on est soi-même
libéré. Le pardon libère deux personnes. Si Philémon n’avait
pas pardonné à Onésime, il serait devenu l’esclave émotionnel
de ce dernier : chaque fois qu’il aurait pensé au coupable,
ses sentiments, ses décisions et sa perspective en auraient
été dominés. Mais en pardonnant, Philémon a libéré deux
6 N.d.T. Oratrice chrétienne contemporaine connue dans le monde
évangélique

98
esclaves. Dans certains documents historiques, il est question
d’un certain Onésime, évêque d’Éphèse. Il est possible qu’il
s’agisse du même homme. Quel merveilleux témoignage de
la puissance d’une relation restaurée : un homme auparavant
esclave d’un autre homme devient esclave de Jésus-Christ,
prêchant et réconciliant bien d’autres personnes au Seigneur.

APPLICATION PERSONNELLE
Nous devons être des gens capables de pardonner. Quand
cette discipline est acquise, on réalise que nous ne pardonnons
pas simplement quand quelqu’un s’excuse auprès de nous.
Nous pardonnons même si l’offenseur ne se repent jamais.
Nous le faisons, ne fût-ce que pour notre propre santé. Nous
libérons les autres de leur passé pour que nous puissions nous
accrocher à quelque chose de meilleur. Un cœur humble est
prêt à pardonner avant même que l’offense ne se produise.
La colère et le ressentiment peuvent nous donner
la sensation de puissance, mais cette énergie est inutile
puisqu’ils ne font que créer davantage d’hostilité. Au lieu
d’être une arme d’agression comme une bombe atomique
incontrôlée, nous pouvons mobiliser une énergie positive à
travers le pardon. Nous, et ceux qui nous entourent, serons
changés pour le mieux de façon durable. On a parfois peur de
penser qu’on peut en avoir terminé avec une vieille querelle.
Nous avons tellement formé notre identité autour de ceux
que nous méprisons, que nous éprouvons de l’insécurité à
nous définir par nos propres qualités. Cependant, une fois
que nous faisons ce choix, nos vies seront beaucoup plus
libres et remplies de sens.
Quand nous nous approchons du Seigneur pour recevoir
le pardon, nos comptes éternels portent la mention « dette

99
réglée ». Une fois qu’un compte est payé, aucune cour ou
agence de recouvrement ne peut de nouveau exiger de
paiements de la part du titulaire du compte. Lorsque nous
pardonnons, nous libérons nos ennemis pour toujours et
nous ne revenons plus sur la « dette » qu’ils nous devaient.
Pour pardonner, il faut qu’on aborde humblement la
personne qui nous a offensés. Ceux qui sont en colère se
sentent autorisés à dominer les autres. Par contre, ceux qui
sont humbles donnent aux offenseurs le choix de changer de
cap. De plus, l’humilité renforce celui qui pardonne et non
les autres. Elle nous place en position stable, pour que nous
ne devenions pas des victimes.

QUESTIONS DE RÉFLEXION
• Comment démontrez-vous le pardon envers votre
prochain de la même manière que le Seigneur l’a fait
pour vous ?
• Quelles sont certaines choses que vous avez dû régler
avant de pouvoir pardonner ?
• Sachant comment le Seigneur vous pardonne, comment
avez-vous appris à pardonner rapidement ?

100
CHAPITRE 7

LA DISCIPLINE
DE L’ALTRUISME

INTRODUCTION
Tout homme désire être reconnu — mener une vie qui aura
compté pour quelque chose. Beaucoup essaient d’atteindre
ce but de façon erronée. Dans leur recherche de grandeur, ils
écartent ou écrasent ceux qui se trouvent sur leur chemin.
Cependant, il est possible de s’épanouir en aidant les autres.
Nous pouvons apprendre une leçon ou deux en observant
la vie d’hommes tels que Samuel Rutherford, Andrew
Carnegie, Edmond Halley, et Bill Gaither. M. Rutherford
était un brillant chimiste dont les connaissances auraient
pu lui faire obtenir plusieurs prix Nobel. Il a préféré pousser
ses étudiants à critiquer et à vérifier ses théories, permettant
ainsi à plusieurs d’entre eux d’obtenir leur propre prix Nobel.
M. Carnegie était un célèbre industriel avec la capacité de
s’entourer de grands esprits. Comme son entourage incluait
les plus brillants cerveaux de son époque, il est vite devenu
un nom très connu ainsi qu’un grand philanthrope.
M. Halley aurait pu devenir un grand scientifique
mondialement connu, mais il a utilisé son brillant esprit pour
propulser Isaac Newton sur la scène mondiale. M. Halley a

101
indiqué à Newton certaines erreurs dans sa logique initiale, l’a
aidé à ajuster ses calculs mathématiques pour que sa théorie
sur l’attraction universelle ainsi que d’autres découvertes
soient reconnues de tous. M. Halley était peu connu de son
vivant à part pour la comète qu’il a découverte.
Bill Gaither ne prétend pas avoir la plus belle voix dans
le monde de la musique gospel. Cependant, il est devenu
une légende parmi ceux qui s’y connaissent. C’est lui qui
a découvert certains des meilleurs chanteurs de ce genre
et les a amenés sur la scène mondiale. Les évènements de
retrouvailles qu’il organise, et qui présentent des groupes de
chanteurs traditionnels et de nouveaux talents l’ont rendu
très célèbre. Il est possible d’atteindre la vraie grandeur non
pas en faisant de l’autopromotion, mais en promouvant
d’abord les autres.
Jean Baptiste était un bon exemple de cette qualité
personnelle. Il a dit : « Il faut qu’il croisse, et que je diminue. »
(Jean 3 : 30) Nous accomplissons cela non seulement par
l’adoration et le partage de l’Évangile, mais nous élevons
Jésus quand nous sommes bons envers les opprimés.
Depuis l’aube des temps, les hommes ont posé la question :
« Suis-je le gardien de mon frère ? » (Genèse 4 : 9) En général,
nous aimons la compagnie des autres quand elle nous est
bénéfique et qu’elle nous convient. Par exemple, quand on
joue au Monopoly, nous avons besoin que les autres louent
nos propriétés et qu’ils contribuent ainsi à notre réussite.
Mais quand on joue pour gagner, on ne contribue pas à la
réussite des autres.
En réalité, il n’y a pas de bénédiction pour ceux qui
gardent tout pour eux-mêmes. Les gens détestent les avares qui
accumulent plus qu’ils n’ont besoin tandis que d’autres n’ont

102
même pas les nécessités de la vie. (Voir Proverbes 11 : 26.) On
ne peut pas être de vrais témoins de Christ si on ne vit que
pour soi-même.
On ne devrait pas être indifférent aux besoins qui nous
entourent. On pourrait avoir l’occasion de s’exprimer et
d’avoir une influence chrétienne dans une situation donnée.
On pourrait se taire et se retenir de faire le bien, et personne
ne le saurait. Mais Dieu le sait ; non seulement il voit que nous
avons évité le bien qu’on aurait pu faire, mais il nous rendra
selon notre avarice. (Voir Proverbes 24 : 11-12.) Par contre,
ceux qui donnent à ceux qui sont dans le besoin seront bénis.
(Voir Proverbes 28 : 27.) Le chemin à suivre est clair : faisons
le bien envers ceux qui sont dans le besoin, et Dieu prendra
soin de nous quand nous serons abattus ; si nous ignorons les
opprimés, nous aurons de nombreuses souffrances.
Paul a dit que les désirs de la chair sont en opposition
à ceux de l’Esprit (Galates 5 : 16). Être cupide et rechercher
notre intérêt personnel font partie des convoitises de la chair ;
tandis qu’être généreux et considérer les autres meilleurs
que nous-mêmes font partie des désirs de l’Esprit. Pour être
véritablement altruistes, nous devons rester soumis aux
volontés de l’Esprit.
Ceci n’est pas pour dire qu’il n’y a pas de gens qui aident
souvent les autres. Des actions altruistes telles que celles
accomplies par les organisations bénévoles au service des
pauvres ou des handicapés semblent être assez courantes.
Cependant, la bienveillance humaine n’est pas toujours sans
arrière-pensées et tout à fait altruiste (tout simplement pour
le bien d’autrui). Certaines personnes se portent bénévoles
ou contribuent à des causes philanthropiques par des dons
parce qu’ils veulent être reconnus. Quelqu’un souhaitant

103
devenir politicien va se proposer pour être à la tête de
plusieurs causes caritatives pour que son CV ait plus de
poids. Certains commerces semblent être bienveillants en
mettant à la disposition des clients des tables à langer ou en
rendant leur bâtiment accessible aux personnes en fauteuil
roulant. Mais ils le font dans le but d’attirer plus de clients.
Certaines personnes font du bien aux autres en raison
de la satisfaction personnelle qu’elles en retirent. Elles ont
un sentiment de fierté et ont l’impression d’avoir fait une
différence dans la vie de quelqu’un d’autre. Aucun de ces
cas n’est un exemple du véritable altruisme, mais plutôt des
formes sournoises d’égoïsme.
La générosité que l’Esprit désire voir est celle qui n’espère
rien en retour. Jésus nous a enseigné que nous devrions
donner à ceux qui ne peuvent pas nous le rendre, que nous
devrions inviter à manger ceux qui ne peuvent pas retourner
l’invitation. Il nous a dit d’être bons envers ceux qui nous
traitent mal ou même qui nous rejettent malgré notre
gentillesse envers eux. Il a lui-même été l’exemple d’un tel
altruisme.
Les chrétiens sont parfois coupables de ne se montrer
amicaux qu’envers d’autres chrétiens. Une famille invite une
autre à manger, et l’autre lui rend la pareille deux semaines
plus tard. Cela démontre de bonnes relations communautaires
qu’il ne faut pas confondre avec la marque d’une force de
caractère. Jésus nous a mis en garde de ne pas simplement
aimer ceux qui nous aiment, parce que même les pécheurs
aiment ceux qui se trouvent dans leur cercle intime. (Voir
Luc 6 : 32-34.) Nous devons plutôt faire du bien à ceux qui
nous font du mal, et prêter à ceux qui ne peuvent pas nous
rembourser. Quand nous faisons du bien à nos ennemis et

104
que nous prêtons sans espoir de remboursement, nous aurons
une grande récompense dans les cieux (Luc 6 : 35). Nous
devons pratiquer le genre d’altruisme que Dieu remarque.
L’altruisme n’est pas simplement une affaire de relations
interpersonnelles. Il s’applique aussi à notre adoration
envers le Seigneur. Celle-ci peut être partiellement fondée
sur l’intérêt personnel. Nous adorons Dieu parce que nous
voulons ressentir sa présence ; nous prions parce que nous
désirons qu’il subvienne à nos besoins ; nous donnons
parce que nous voulons une récompense. Jeûnons-nous
par amour pour le Seigneur ou pour notre propre intérêt ?
Accomplissons-nous les choses que nous faisons pour le
Seigneur ou pour nous-mêmes ? Dieu a puni Israël parce que
quand ils jeûnaient ou faisaient bonne chère, ils le faisaient
pour eux-mêmes.

… Quand vous avez jeûné et pleuré au cinquième et


au septième mois, et cela depuis soixante-dix ans,
est-ce pour moi que vous avez jeûné ? Et quand vous
mangez et buvez, n’est-ce pas vous qui mangez et
vous qui buvez ? (Zacharie 7 : 5-6)

Que dirons-nous des dîmes, des offrandes, des jeûnes,


des chants, des prières, et autres formes d’autodiscipline ?
Faisons-nous tout cela pour nous-mêmes ou pour Jésus ?
Notre attention est-elle entièrement tournée vers le Seigneur ?

I. ÊTRE HUMAIN, C’EST ÊTRE CONFRONTÉ À


L’ÉGOÏSME
Certaines personnes sont aux prises avec la drogue. D’autres
ont un problème avec la pornographie. D’autres encore ont

105
une dépendance au jeu. Cependant, nous avons tous un
problème avec l’égoïsme. Ceux qui ont une dépendance, que
ce soit aux drogues, au jeu ou à d’autres vices, n’ont pas tous
besoin d’un groupe de soutien. Mais nous avons tous besoin
d’aide pour surmonter les problèmes liés à notre ego.
L’égoïsme prend plusieurs formes :
• Il résulte de la pression des pairs. Certains cherchent
à se préserver eux-mêmes en se fondant dans la foule ou en
ajustant leur personnalité pour être conformes aux autres
dans l’espoir d’être acceptés. Leur désir d’être acceptés est si
intense qu’ils sont prêts à se métamorphoser en une personne
que les autres aimeront.
• Il est poussé par la faim d’être apprécié. D’autres font
ou achètent des choses pour que les gens les remarquent. Ils
veulent tellement être appréciés qu’ils sont prêts à donner de
leur temps et de leurs biens pour se faire remarquer.
• Il se révèle par le contrôle de la qualité. Certains
individus préservent leur « moi » en corrigeant et même en
condamnant les autres. C’est leur façon de prouver qu’ils sont
mieux que les autres, dont les valeurs laissent apparemment
à désirer. Il se peut que ce soit un effort mal placé de créer
un monde parfait et inoffensif, et donc ils corrigent et
confrontent tout jusqu’au moment où les choses sont comme
ils les aiment.
• Il est poussé par la ténacité. Une autre caractéristique
de l’égoïsme est l’acharnement. Les gens qui s’acharnent
avancent dans la vie comme des bulldozers pour atteindre
certains buts. Souvent leur intérêt personnel va écarter ou
écraser plusieurs personnes pour atteindre leur objectif.
Nous sommes tous de nature plus ou moins égoïste.

106
A. Ève, dans le jardin
Tomber dans la tentation est un acte d’égoïsme. Quand
Satan a tenté Ève, il a fait appel à son égoïsme. Il lui a dit
qu’elle pouvait être comme Dieu. Quand Ève a vu que l’arbre
interdit « était bon à manger et agréable à la vue, et qu’il était
précieux pour ouvrir l’intelligence ; elle prit de son fruit, et
en mangea ; … » (Genèse 3 : 6 ; comparez à I Jean 2 :16.) En
d’autres mots, elle a saisi ce qui avait l’air bon et qui stimulait
ses sens. Nous sommes tentés par nos désirs égoïstes latents
qui se réveillent et conçoivent le péché (Jacques 1 : 15).
L’égoïsme saisit ce qui offre une satisfaction immédiate.
Quand Abram et Lot se sont séparés, Lot a fait son choix
selon son impulsion égoïste : « Lot leva les yeux, et vit toute la
plaine du Jourdain, qui était entièrement arrosée… Lot choisit
pour lui toute la plaine du Jourdain… » (Genèse 13 : 10-11)
L’égoïsme se saisit du moment présent plutôt que de laisser
un legs. Au lieu de poser la question : « Qu’est-ce qui est
mieux à long terme ? » l’égoïsme se demande : « Qu’est-ce qui
va me satisfaire immédiatement ? »
Jésus n’était pas mené par l’égoïsme. Par son exemple,
nous apprenons à être désintéressés et à considérer aussi
les intérêts des autres : « au lieu de considérer ses propres
intérêts, considère aussi ceux des autres » (Philippiens 2 : 4).
Jésus avait la mentalité de penser d’abord aux autres, et
bien qu’il existait « en forme de Dieu, n’a point regardé
comme une proie à arracher d’être égal avec Dieu… » (Voir
Philippiens 2 : 5-6.) Jésus s’est abaissé pour servir les plus
faibles de l’humanité. (Voir Philippiens 2 : 7.) Parce qu’il s’est
humilié lui-même et a été obéissant jusqu’à la mort, Jésus a
été élevé au-dessus de tout ange ou de toute autre créature
de l’univers. (Voir Philippiens 2 : 8-11.) Tous les chrétiens

107
devraient ressembler à Christ. Cependant, Paul se plaignait
du manque de serviteurs désintéressés dans le Royaume de
Dieu : « Car je n’ai personne ici qui partage mes sentiments,
pour prendre sincèrement à cœur votre situation ; tous, en
effet, cherchent leurs propres intérêts, et non ceux de Jésus
Christ. » (Philippiens 2 : 20-21). Raison de plus d’être sûr de
vivre comme Christ.

B. La nature égoïste de l’enfant


Les êtres humains naissent égoïstes. Dans une certaine
mesure, il est nécessaire de l’être pour survivre. Un enfant
hurle pour attirer l’attention s’il a faim ou froid, s’il est
fatigué, mouillé ou s’il a besoin d’autre chose pour vivre ou
pour être content. Le rôle du parent est d’élever son enfant
de façon à l’aider à penser aux autres aussi et non seulement
à lui-même. Personne n’a envie de faire affaire avec un jeune
de vingt ans qui ne pense qu’à lui-même.
Pour atteindre la maturité, il faut en partie apprendre
à se priver, pendant un temps, même des « nécessités » de
survie. On apprend à jeûner, c’est-à-dire que l’on se prive de
nourriture pendant un ou plusieurs jours, pour privilégier
les besoins des autres (Ésaïe 58 : 6-10). On apprend à donner
de son temps pour aider les autres, tout en gardant aussi du
temps pour soi. Un chrétien sacrifiera peut-être son sommeil
pour aider quelqu’un qui traverse un moment critique. Un
couple décidera d’utiliser peut-être une partie de leur argent
pour aider quelqu’un, au lieu de tout garder pour eux.

C. La tyrannie de l’égoïsme
Chercher à protéger son ego peut nuire au bien-être des autres.
Intimidé par David, le roi Saül a essayé de le tuer. Emporté

108
par la colère, Saül a essayé de frapper le jeune musicien de
sa lance. Certains essaient de se détruire les uns les autres à
cause de leur égoïsme.
On peut ne pas être du même avis que d’autres croyants
qui ont différentes convictions, valeurs, appartenances
politiques, et opinions. Mais nous ne devons pas laisser nos
différences nous diviser. Une personne pense peut-être que
tous devraient être végétariens ; une autre que la viande grillée
est un don de Dieu. « Si donc, à cause d’un aliment, tu fais du
tort à ton frère, tu ne te conduis pas selon l’amour. Ne va
pas, pour un aliment, causer la perte de celui pour qui Christ
est mort. » (Romains 14 : 15, BDS) Les gens désintéressés
n’imposent pas leurs choix personnels aux autres.
Quelqu’un dira peut-être : « Oui, mais certaines
personnes ont bien trop de convictions et de règles dans
leurs vies. » La réponse à cette remarque nous est donnée
dans Romains 15 : 1-3 (BDS) : « Nous qui sommes forts,
nous devons porter les faiblesses de ceux qui ne le sont pas,
sans chercher notre propre satisfaction. Que chacun de nous
recherche la satisfaction de son prochain pour le bien de
celui-ci, en vue de l’aider à grandir dans la foi. Car Christ n’a
pas cherché sa propre satisfaction… »

II. VICTOIRE SUR L’ÉGOÏSME


Jésus a-t-il donné sa vie pour que nous vivions selon nos
propres priorités ? Non. « … il est mort pour tous, afin
que ceux qui vivent ne vivent plus pour eux-mêmes,
mais pour celui qui est mort et ressuscité pour eux ». (II
Corinthiens 5 :15) « Que chacun de vous, au lieu de songer
seulement à lui-même, recherche aussi les intérêts des
autres. » (I Corinthiens 10 : 24, BDS) Cela semble être loin

109
du rêve américain, mais c’est le rêve chrétien. Nous devons
nous investir dans les autres. Ces occasions arrivent de façon
aléatoire, imprévue.

A. Un geste désintéressé change notre opinion négative du


Samaritain
Supposez qu’un homme se fasse agresser dans une rue
de votre ville. Un homme politique passe et voit l’homme
blessé, mais sa position est trop privilégiée pour qu’il se mêle
d’une telle affaire. Un pasteur passe aussi par là, mais il est
trop préoccupé par son calendrier pour s’arrêter et l’aider.
Un enseignant de l’École du dimanche emprunte aussi ce
chemin, mais il a une échéance à respecter et se dépêche de
quitter les lieux. Enfin, un musulman s’arrête pour aider le
blessé.
Un simple geste altruiste a la puissance de mettre en
pièces les opinions préconçues que nous avons sur les gens.
Jésus a raconté une histoire semblable à ses contemporains
qui avaient des préjugés tenaces contre les Samaritains.
Pensez à notre monde antichrétien. Les gens seraient-ils
surpris de nous voir accomplir des gestes altruistes ? Ou au
contraire, confirmons-nous ce qu’ils pensaient déjà de nous ?
Nous voient-ils comme des gens aimables et bienveillants ?
Beaucoup de gens dans ce monde voient les chrétiens comme
des protestataires qui veulent faire imposer leur cause. Nous
pouvons briser les barrières culturelles et même amener
des athées à la conversion, si nous sommes altruistes. Que
se passerait-il si chaque chrétien apostolique commençait
à vivre pour le bien des autres ? Soit on se vante de vouloir
changer le monde, soit on le change en prenant le temps de
se montrer aimable.

110
B. Dans le jardin de Gethsémané, Jésus a lutté contre le
désir humain de protéger sa personne
Il semble que Jésus ne voulait pas mourir parce qu’il a prié :
« … que cette coupe s’éloigne de moi ! » Cependant, il a soumis
son désir de survie à la volonté divine : « Toutefois, non pas
ce que je veux, mais ce que tu veux. » (Matthieu 26 : 39). Cela
doit être notre prière quotidienne. Il ne s’agit pas de satisfaire
nos désirs, mais les siens. Tout comme l’Esprit de Christ a
surmonté sa volonté humaine de survie, l’Esprit en nous
nous aidera à vaincre nos instincts de base.

III. LE TÉMOIGNAGE DE DEUX FEMMES


C’est facile d’être altruiste quand cela nous convient. Mais
c’est plus difficile de donner aux autres quand cela nous
enlève quelque chose. Jésus a fait preuve d’un altruisme
spontané quand Jean Baptiste a été brutalement exécuté.
Jésus s’est mis à l’écart, comme quiconque l’aurait fait,
pour pouvoir faire son deuil sans distractions pendant un
moment. Mais quand les gens ont su où il était, ils sont venus
le trouver en foule. Au lieu de se fâcher pour leur manque
de considération, il a eu compassion d’eux et a donné de
lui-même (Matthieu 14 :13-21). Jésus a montré l’exemple
du principe suivant « par honneur, usez de prévenances
réciproques » (Romains 12 : 10). On a parfois des raisons
légitimes de ne pas donner, mais l’altruisme pur donne
quand même.

A. Une veuve sur le point de mourir de faim (I Rois 17 : 8-15)


Cette femme avait perdu son mari, et la sécheresse l’avait
laissée sans nourriture. Elle et son fils allaient manger leur
dernier repas — et encore, il allait être maigre. Quand le

111
prédicateur itinérant est arrivé au village, elle aurait pu
ignorer ses besoins, et son fils et elle auraient pu manger ce
qu’il leur restait. Au contraire, elle a fait preuve d’altruisme.
C’est incroyable que l’on doive tourner notre attention
vers une veuve qui n’appartenait pas à la nation d’Israël —
une non-croyante pour ainsi dire — pour trouver un exemple
d’altruisme. Lorsqu’elle a tout donné pour aider quelqu’un
d’autre dans le même besoin qu’elle, elle a pu expérimenter
la puissance miraculeuse du Dieu d’Israël. Le Seigneur a
multiplié la nourriture de cette mère et de son fils de façon à
ce qu’ils ne manquent de rien jusqu’à la fin de la sécheresse et
le retour de leurs moyens de subsistance.
De quels miracles nous privons-nous en laissant notre
égoïsme nous diriger ? Les croyants portent les fardeaux les
uns des autres, accomplissant ainsi la loi de Christ de s’aimer
les uns les autres (Galates 6 : 2). Par contre, le monde nous
dit que nous devrions nous aimer nous-mêmes, et aimer le
plaisir plus que Dieu et les autres (II Timothée 3 : 2-4).

B. La femme stérile qui a construit une chambre


(II Rois 4 : 8-37)
Cette femme aurait pu garder tout son espace pour elle et son
mari. Peut-être aimait-elle faire du jardinage et travailler en
plein air. Mais il lui manquait quelque chose : un enfant.
Plutôt que d’être malheureuse à cause de ce qu’elle n’avait
pas, cette femme de foi a tourné son attention vers le besoin
d’autrui. Elle a remarqué que l’homme de Dieu qui passait
souvent par leur village n’avait pas d’endroit où se retirer en
toute sécurité.

112
–– Chéri, dit-elle un jour à son mari, que dirais-tu si on
ajoutait une pièce à la maison pour que l’homme de Dieu
ait toujours un endroit où se reposer ?
- Bonne idée, lui a répondu son mari travailleur.
- On pourrait y mettre un lit, un bureau et une chaise, lui
a-t-elle suggéré. Ce serait chouette, non ?

Bien vite, Élisée avait un endroit calme où se reposer


chaque fois qu’il passait par là. Un jour, Élisée a fait appeler la
femme et lui a promis que Dieu lui donnerait un enfant. Dieu
avait pris compte du désintéressement de la femme qui avait
pensé d’abord aux besoins des autres. Et il l’a récompensée
en lui donnant ce qu’elle désirait par-dessus tout, un fils.
L’altruisme chez les chrétiens se manifeste lorsqu’ils
soutiennent leur pasteur. Les croyants égoïstes diront que ce
n’est pas leur responsabilité de s’assurer que le pasteur ait de
quoi manger ou un endroit pour vivre. Mais une personne
désintéressée donne généreusement pour soutenir ceux qui
dirigent, enseignent et servent dans le Royaume de Dieu.
Les chrétiens généreux voient des miracles que d’autres
n’expérimentent pas.
Vouloir soutenir son dirigeant doit être un désir qui
vient d’une attitude de désintéressement plutôt que d’une
liste d’obligations à remplir. Le roi David avait des sujets
loyaux qui lui étaient si dévoués qu’ils étaient prêts à mourir
à ses côtés, s’il le fallait. Un jour que sa ville natale était
assiégée par les ennemis de Dieu, David a murmuré : « Ô,
que j’aimerais boire de l’eau de la citerne de Bethléhem ! » Ses
trois hommes vaillants se sont dépêchés de franchir le camp
ennemi, ont rempli un contenant de l’eau si désirée et l’ont
ramenée à l’homme qu’ils admiraient tant.

113
Ce geste désintéressé a tellement touché David qu’il a
versé l’eau en offrande à Dieu. Il a refusé de la boire parce
que ces hommes l’avaient obtenue au risque de leurs vies, et
selon lui, ce prix était trop élevé (II Samuel 23 : 15-17). Des
dirigeants désintéressés en inspirent d’autres à l’être aussi.
Paul a pris le temps d’expliquer sa détermination
d’amener, de toute manière possible, des âmes à la vérité
(I Corinthiens 9 : 19-23). Cette mentalité qui dit « de toute
manière » cause parfois des nuits blanches, représente parfois
un fardeau financier, demande qu’on s’habitue à des situations
inconfortables, et bien plus, mais tout cela vaut la peine pour
le salut d’une âme. Mais soyons vigilants, car tout comme le
désintéressement se reproduit, l’égoïsme le fait aussi.

APPLICATION PERSONNELLE
Dans un article intitulé « To Illustrate »7, l’auteur Mark Tidd
raconte l’histoire du jour où sa femme et lui ont rencontré
un homme du voisinage. Quand M. Roth s’est présenté à leur
porte, ils ont été assez décontenancés. Son visage ridé avait
une barbe de quelques jours grise et des yeux cernés. Par
compassion, ils ont acheté certains des légumes qu’il vendait.
Une semaine plus tard, il était de retour avec d’autres produits
de la terre. Il s’est avéré être un personnage intrigant, qui
habitait une maison délabrée au bout de la rue. Il avait l’air
assez joyeux, jouait des chants sur son harmonica et parlait
du Paradis. Ils se sont habitués à voir cet homme aux habits
mal assortis qui portaient deux chaussures droites aux pieds.
Un jour, il s’est présenté à leur porte, fou de joie : « Le
Seigneur est si bon ! Je suis sorti de chez moi ce matin, et
j’ai trouvé devant la porte un sac plein de chaussures et de
7 N.d.T. Traduit « Pour illustrer », article par Mark Tidd qui a paru dans
le magazine Leadership, automne 1990.

114
vêtements. » Ils se sont réjouis avec lui en pensant qu’il avait
bien besoin de renouveler sa garde-robe.
Quand les hourras se sont calmés, l’homme avait une
autre bonne nouvelle à leur partager : « Vous savez ce qui
est encore plus incroyable ? » leur a-t-il demandé. « C’est que
justement hier, j’ai rencontré des gens à qui tout ça sera très
utile. »
L’altruisme est fondamental à l’identité apostolique.
Quand l’Esprit a été versé sur les disciples, beaucoup d’entre
eux ont peut-être perdu leurs emplois, des contrats de travail,
et leur maison à cause de leur conversion de la tradition
juive à Jésus, le Messie. Cependant, les nouveaux convertis
prenaient soin les uns des autres.

Car il n’y avait parmi eux aucun indigent : tous


ceux qui possédaient des champs ou des maisons
les vendaient, apportaient le prix de ce qu’ils avaient
vendu, et le déposaient aux pieds des apôtres ; et l’on
faisait des distributions à chacun selon qu’il en avait
besoin. (Actes 4 : 34-35)

Le monde saura que nous sommes de vrais chrétiens


par notre amour les uns envers les autres. L’amour se soucie
d’abord des autres et puis de soi, donne même quand cela
fait mal, recherche le bénéfice des autres plutôt que le sien. Le
fondement même de l’Évangile est l’altruisme : Jésus a donné
sa vie pour nous. Nous devons aussi donner la nôtre pour les
autres.

115
QUESTIONS DE RÉFLEXION
• Dans quels domaines avez-vous arrêté de vivre pour
obtenir des résultats à court terme et avez-vous commencé
à investir en vue de récompenses à long terme ?
• Quelles sont certaines façons par lesquelles l’Esprit vous
aide à surmonter vos désirs égoïstes ?
• À quel point protégez-vous votre horaire et vos finances ?
Faites-vous preuve d’une entière flexibilité dans l’intérêt
des autres ?

116
CHAPITRE 8

LA DISCIPLINE
DU LAVEMENT DES PIEDS

INTRODUCTION
Chaque dimanche de Pâques, un très grand nombre de
dénominations célèbre la Sainte Cène. Une partie de ces
églises observent aussi le rituel du lavement des pieds.
Toutefois, parmi ces églises, une certaine confusion et
parfois même une aversion continue d’envelopper ce rituel
du lavement des pieds. Certains théologiens modernes ont
déploré le déclin de cette pratique et l’incompréhension de
son importance pour les chrétiens.
Les pentecôtistes font partie de ce groupe de gens qui,
en grande partie, ne défendent pas le rituel du lavement des
pieds, sans doute parce qu’ils ne comprennent pas sa portée.
Selon des documents historiques décrivant les doctrines et
pratiques des organisations pentecôtistes, cette pratique du
lavement des pieds était observée et officiellement reconnue
par les premiers chrétiens et ensuite parmi les premiers
pentecôtistes, mais elle l’est maintenant de moins en moins
dans les églises actuelles. Plusieurs jeunes pentecôtistes n’ont
jamais participé à une telle cérémonie, et diraient que cette
pratique n’est pas courante dans leur église actuelle.

117
Si le lavement des pieds est effectivement un mandat
biblique, pourquoi l’Église pentecôtiste abandonne-t-elle
cette pratique ? Les églises pentecôtistes, consacrées à la
restauration de la doctrine et des pratiques des apôtres,
devraient être parmi les églises qui réinstaurent la beauté de
cette discipline.

I. L’ÉVOLUTION HISTORIQUE DU LAVEMENT DES


PIEDS
Qu’est-ce que le lavement des pieds ? Aussi bien l’Ancien
que le Nouveau Testament, ainsi que certains documents
historiques, nous apportent des preuves que ce rituel était
observé, mais son importance spirituelle a été établie au fil
du temps. Il est clair que dans l’histoire de l’Église, la portée
de cette pratique va au-delà de l’hygiène corporelle. Si cette
pratique de l’Église est presque éteinte, comme le croient
certains théologiens, comment en est-on arrivé là ?

A. Histoire de l’Église
Dans les quelques premiers siècles après Jésus-Christ, la
pratique du lavement des pieds était interprétée de diverses
manières. Ce rituel est confirmé dans des documents écrits
par certains des premiers dirigeants de l’Église y compris
Ambroise de Milan, Chromace d’Aquilée, et Éphrem le
Syrien. On le retrouve aussi dans des canons ecclésiastiques
établissant ainsi que le lavement des pieds avait sa place
dans les premiers quatre cent ans de l’histoire de l’Église.
Cependant, alors que les premiers dirigeants essayaient
d’établir les doctrines de l’Église, les opinions divergeaient
sur la façon de traiter ce rituel.

118
À un certain moment de l’histoire de l’Église, la pratique
du lavement des pieds est devenue un moyen pour les
dirigeants ecclésiastiques de se montrer bienveillants et
humbles en lavant les pieds des pauvres et des faibles lors
d’une cérémonie publique. Pendant la période de la Réforme
protestante, Martin Luther a rejeté la fausse humilité et
l’hypocrisie qu’il ressentait dans ce rituel. Il l’a critiqué et a
exhorté les croyants à concentrer leurs efforts à servir leur
prochain plutôt que d’accomplir un rituel.
Plus tard, certaines communautés protestantes ont
accordé une certaine importance au lavement des pieds, mais
bien vite, cette pratique semble avoir régressé, tandis que
plusieurs dénominations ont cherché à trouver de nouvelles
façons moins intimes de servir les autres et de faire preuve
d’humilité. Depuis lors, le rituel du lavement des pieds est
de moins en moins pratiqué au sein des diverses traditions
religieuses.

B. Les pratiques pentecôtistes


Contrairement à certaines pratiques de l’Église, au sujet
desquelles on ne trouve pas beaucoup d’écrits pentecôtistes
— l’onction de linges de prière ou la formation de files de
prière qui permettent que l’on prie pour les malades en
succession — la pratique du lavement des pieds est un sujet
qui a des précédents pentecôtistes. Le rituel se trouve non
seulement dans le Nouveau Testament, texte principal sur
lequel les pentecôtistes sont ancrés, mais aussi dans les textes
historiques des premiers pentecôtistes nord-américains
et dans les documents fondateurs de ces organisations. Ce
rituel faisait partie du service comme un élément d’adoration
collective. Son inclusion dans les premiers documents

119
pentecôtistes semble indiquer que cette pratique était
signifiante et récurrente dans l’Église.

II. LE LAVEMENT DES PIEDS DANS LES ÉCRITURES


En raison du nombre d’écrits historiques sur le sujet, de
l’accent mis sur cette pratique par les pentecôtistes, et des
objections courantes au rituel du lavement des pieds, l’Église
doit étudier les Écritures pour interpréter correctement
l’exemple que Jésus nous a laissé et les modèles qui ont
suivi afin d’appliquer cette pratique à l’époque actuelle.
Jean 13 relate l’histoire où Jésus lave les pieds de ces disciples
pendant son dernier repas avec eux, ce que nous appelons
aujourd’hui la Sainte Cène. Le Tout-Puissant manifesté dans
la chair s’est agenouillé devant des hommes imparfaits et
s’est occupé d’eux tel un serviteur. Quand il a terminé, il a
dit à ses disciples de se laver les pieds les uns aux autres et
a ajouté : « Car je vous ai donné un exemple, afin que vous
fassiez comme je vous ai fait » (Jean 13 : 15).

A. Le contexte scripturaire et culturel


Il est utile de bien comprendre la place qu’occupait la pratique
du lavement des pieds dans la culture du Proche-Orient. On
la retrouve aussi bien dans l’Ancien que dans le Nouveau
Testament, et elle remplissait diverses fonctions. L’Ancien
Testament semble indiquer que le lavement des pieds était
pratiqué au départ pour des raisons sanitaires (Genèse 18 : 4 ;
19 : 2 ; 24 : 32 ; Juges 19 : 21) ou parfois en signe d’hospitalité
de la part de l’hôte (I Samuel 25 : 41). Le lavement des pieds,
généralement effectué par un serviteur, était une pratique
courante.

120
Cependant, nous ne devrions pas reléguer ce rituel à
un phénomène uniquement culturel, limité simplement
à une époque déterminée. Jean a pris le soin de rapporter
les instructions de Jésus sur le sujet. Tout en sachant que
le lavement des pieds avait des précédents et remplissait
différentes fonctions, le fait que Jésus s’agenouille devant ses
disciples n’avait rien d’une pratique courante. Les douze ne
s’y attendaient pas, comme l’indique la réaction de Pierre
(Jean 13 : 6-8). Après la lecture de ce passage, nos questions
reflètent peut-être celles de Pierre : « Que faisait le Seigneur,
et sommes-nous prêts à y prendre part ? »

B. Un appel à l’humilité
La façon la plus fréquente d’interpréter Jean 13 est d’y voir un
exemple nous incitant à l’humilité. Jésus, notre Roi puissant
et Maître, s’est abaissé devant ses disciples. Il a mis de côté ses
vêtements et s’est ceint d’une serviette de serviteur (verset 4).
L’image de celui qui contrôle l’espace et le temps se courbant
pour servir un autre situe, à juste titre, le lavement des pieds
comme un acte d’humilité.
Cependant, s’humilier pour le simple fait de s’humilier
n’a qu’un effet limité. En tant que disciples de Christ, il est
crucial que nous considérions les autres croyants mieux que
nous-mêmes, ou que nous évitions l’arrogance, parce que
nous mettons en valeur l’humilité qui reflète l’image de Jésus
et son œuvre transformatrice dans nos vies. Nous sommes
humbles, car il était humble. On ne fait pas preuve d’humilité
en participant à la cérémonie annuelle du lavement des pieds,
mais en utilisant cette occasion pour aligner nos vies sur le
modèle de Jésus qui a commandé : « Ne vous faites pas appeler

121
directeurs ; car un seul est votre Directeur, le Christ. Le plus
grand parmi vous sera votre serviteur. » (Matthieu 23 : 10-11)

C. À l’ombre de la croix
Une telle humilité gagne en importance quand on la met
dans le contexte du passage de Jean 13 : Jésus était sur le
point d’accomplir l’œuvre de la croix. Ce contexte coïncide
avec la lecture de ce passage d’un point de vue pentecôtiste
unicitaire qui comprend que l’homme, Jésus-Christ, était
Dieu manifesté dans la chair et était venu sur terre dans le
but de racheter l’humanité, grâce à l’acte ultime d’amour,
la mort au Calvaire. Quand Jésus a ôté ses vêtements
pour revêtir un linge de serviteur et laver les pieds de ses
disciples, il annonçait le sacrifice de sa vie. Dan Tomberlin
s’appuie sur cette reconnaissance du but de l’Incarnation
de Jésus et dit : « L’histoire de Jésus qui lave les pieds de
ses disciples sert d’introduction à l’histoire de sa mort
imminente à la croix, qui est le point culminant de la venue
de la Parole (l’Incarnation). » (Voir Issues in Contemporary
Pentecostalism8.)
Cet acte remarquable de Jésus s’agenouillant devant ses
disciples indiquait l’acte ultime qu’il accomplirait au Calvaire,
et il signifiait bien plus que le simple commandement d’être
bons les uns envers les autres ou d’être humbles. Tout en
sachant que Pierre allait le renier et Judas allait le trahir, Jésus
leur a quand même lavé les pieds. Cela nous révèle aussi un
amour d’une dimension presque inimaginable. Indiquant sa
crucifixion imminente, Jésus s’est abaissé aux pieds de douze
disciples imparfaits et vraisemblablement indignes et leur a
démontré un amour, une amitié et un service inconditionnels.

8 N.d.T. Problèmes du pentecôtisme contemporain, traduction libre.

122
La pratique du lavement des pieds doit rester liée au contexte
du Calvaire, et devrait être observée avec reconnaissance, en
raison de l’expiation de nos péchés.

D. Un acte de service à caractère communautaire


Comprendre le rôle de Jésus, c’est aussi comprendre le
caractère communautaire de son amour. Le lavement des
pieds n’était pas une action à caractère individuel qui pouvait
être autogérée ou sous-traitée ; on partageait cette expérience
d’amour, de service et d’entraide. De plus, Jésus n’a pas conclu
le rituel simplement après avoir servi ses disciples ou après
leur avoir permis de le servir, mais après leur avoir demandé
de se servir les uns les autres : « Si donc je vous ai lavé les
pieds, moi, le Seigneur, vous devez aussi vous laver les pieds
les uns aux autres. » (Jean 13 : 14)
Ingrid R. Kitzberger9 a expliqué en détail la métaphore de
l’amour et du service, les deux étant étroitement liés. Elle a vu
dans l’histoire de Jean 13 le reflet de l’histoire de Marie qui
a oint les pieds de Jésus (Jean 12 : 1-8). Dans ces deux cas, le
lavement des pieds va bien au-delà du signe d’une hospitalité
généreuse ; dans chacun de ces cas, il y a une expression
tangible d’amour et une révélation du sacrifice imminent de
Jésus-Christ. Avec ce contexte à l’esprit, Kitzberger ajoute :
« le refus de Pierre que Jésus lui lave les pieds évoque le
refus de Judas que Marie oigne les pieds de Jésus (Judas, qui
dans ce passage est appelé ‘celui qui devait le livrer’). Mais il
évoque aussi la confession de Pierre que Jésus est le Messie,

9 N.d.T. Dans « Love and Footwashing: John 13:1-20 and Luke 7:36-50
read Intertextually, » Biblical Interpretation, Volume 2.2. (Traduction
libre « L’amour et le lavement des pieds : Jean 13 : 1-20 et Luc 7 : 36-50
à lire de façon intertextuelle », L’Interprétation de la Bible, Volume 2.2.)

123
le Christ, ‘l’Oint’ et son rejet ultérieur de la mort que Jésus
allait endurer (voir Marc 8 : 27-33) ».
Toutes ces couches contenues dans le passage de
Jean 13 imprègnent l’acte du lavement des pieds d’une
signifiance beaucoup plus riche que celle d’être un simple
acte encourageant l’humilité. Le rite du lavement des pieds
reconnaît l’identité de Jésus — aussi bien le but de son
incarnation que son amour infini pour toute l’humanité.
Quand nous participons ensemble à ce rituel, nous
reconnaissons non seulement la seigneurie de Jésus en
obéissant à son commandement, mais nous accomplissons
aussi notre rôle en tant que famille de Dieu. Par cet acte
d’humble service, nous démontrons notre amour les uns
envers les autres, nous bénissons les uns les autres et nous
nous engageons à nous servir mutuellement.
Ceci dit, Jean 13 met-il l’Église dans l’obligation
d’observer la pratique du lavement des pieds ? Poser la
question de cette façon contredit l’esprit même de cet acte.
Nous devrions plutôt nous demander si, par le passage de
Jean 13, nous pouvons appuyer cette pratique du lavement
des pieds. John Christopher Thomas, dans son livre10,
affirme que nous le pouvons : « La lecture de Jean 13 : 1-20,
en tant qu’unité littéraire, révèle que le lavement des pieds
n’est pas une option pour les disciples, mais une nécessité
si nous voulons garder une part dans la destinée de Jésus…
Quand le commandement de se laver les pieds les uns aux
autres (13 : 14-17) est lu à la lumière des versets précédents
(13 : 6-10), Jésus s’attend clairement, comme on le voit ici, à
ce que ses disciples continuent la pratique du lavement des
10 N.d.T. Footwashing in John 13 and the Johannine Community;
traduction libre : Le lavement des pieds dans Jean 13 et la communauté
johannique.

124
pieds et y accorde autant d’importance que Jésus l’a fait. »
Tandis que J. C. Thomas utilise les termes « nécessité » et
« commandement », le plus important est ceci : en lavant les
pieds les uns aux autres, nous créons une occasion d’être unis
à d’autres croyants dans le rôle de serviteurs, tout comme
Christ l’a fait. Peut-être reflétons-nous mieux Christ quand
nous servons les autres et aimons nos frères et sœurs. Cela
dit, ce rituel peut être interprété comme une belle occasion
de marcher sur les traces de Jésus.

III. QU’EN EST-IL AUJOURD’HUI ?


Nous, les pentecôtistes, bénéficions d’un héritage riche
fondé sur les Écritures. Mais, parce que notre foi est de
nature expérientielle, c’est-à-dire que chacun peut entrer en
contact avec Dieu à travers l’Esprit, indépendamment de
toute direction humaine, nous sommes peut-être réticents
d’accepter certains rituels et nous sommes prudents dans
l’utilisation de mots tels que « traditions », « sacrements » et
« ordonnances ». Et à juste raison ; les mots ont un sens. Les
pratiques de l’Église et le langage pour les décrire devraient
être intentionnels. Et pour ces raisons précisément, l’Église
devrait délibérément examiner la pratique du lavement des
pieds, se la réapproprier, et trouver des moyens ainsi que le
bon langage pour garder cette part de notre héritage.

A. La puissance de la mémoire collective


Le mot « sacrement » est lourd de sens et peut évoquer
des abus et des pratiques négatives selon certains érudits
bibliques tels que Bob Brenneman11 : « Dans la mesure où
certaines pratiques de l’Église primitive sont devenues codées

11 N.d.T. Robert Brenneman, pasteur baptiste.

125
et standardisées — devenues des ‘rituels’ — elles ont perdu
la puissance et l’importance qu’elles avaient au départ. »12
Il a continué en avançant qu’après l’empereur Constantin,
les dirigeants ecclésiastiques ont utilisé les rituels comme
des moyens de contrôler l’Église, ce qui fréquemment
pervertissait le sens originel des actes sacramentels.
L’abus des sacrements à ces fins est certainement
regrettable. Cependant, éviter le terme « sacrement » ne
changera pas le fait que certaines pratiques sont nécessaires
et importantes au sein de l’Église. Peu importe le terme que
l’on donne à la pratique du lavement des pieds, il faut qu’il
reflète la nécessité et la valeur de ce rite, tout en permettant
qu’il remplisse son mandat biblique, et que l’objectif pour
lequel le Seigneur l’a institué soit atteint.
Que l’on considère le lavement des pieds un sacrement
ou non, sa valeur n’est pas simplement symbolique, et cette
cérémonie n’est pas vide de sens. Le fait de se rassembler pour
observer ce commandement biblique a une signification
profonde. En sachant que Jésus a institué le lavement des
pieds comme un précurseur de la croix, quand nous incluons
ce rituel dans notre culte contemporain, nous sommes portés
à nous rappeler ensemble le sacrifice de Jésus au Calvaire.
Cet acte nous rapproche les uns des autres d’une façon
particulière propre aux gens qui ont fait l’expérience de la
croix. C’est pour ainsi dire une façon de fortifier les liens qui
existent dans la famille de Dieu.
Brenneman a été jusqu’à préciser le rôle sociologique du
lavement des pieds : « Le lavement des pieds forme et reforme

12 N.d.T. Dans « Embodied Forgiveness: Yoder and the (Body) Politics


of Footwashing, » traduit « Pardon incarné : Yoder et les politiques (du
Corps) du lavement des pieds », article publié dans la revue trimestrielle
mennonite Quarterly Mennonite Review, en janvier 2009.

126
la communauté et le caractère d’une manière dynamique
et puissante… Une communauté qui pratique littéralement
le lavement des pieds se démarque du reste de la chrétienté
qui choisit de limiter l’observance de la Sainte Cène aux
institutions eucharistiques plus hygiéniques qui se trouvent
dans les récits des évangiles synoptiques. »13 Nous observons
la pratique du lavement des pieds parce que notre Seigneur
nous l’a ordonné. Par conséquent, cette pratique devient une
autre façon pour le corps de Christ d’être un peuple appelé,
mis à part des non-croyants.
Souvent la pratique de la Sainte Cène et du lavement
des pieds favorisent l’action puissante de l’Esprit. Quand
on a peur d’observer trop de sacrements ou d’ordonnances,
parce que cela diminuerait soi-disant leur signification
ou leur efficacité, on sous-estime la capacité de l’Esprit
d’agir souverainement, et la capacité des croyants sincères
d’apprécier, à leur juste valeur, non seulement ces sacrements
et ces ordonnances bibliques, mais aussi la souveraineté de la
Parole de Dieu qui est à l’origine de ceux-ci.
Tant que les pentecôtistes dépendent de l’Esprit et
cherchent à ce que celui-ci agisse pendant le rituel du lavement
des pieds, cette institution remarquable peut s’imprégner de
sens et représenter une occasion en or pour la communauté
guidée par l’Esprit. Si, en tant que pentecôtistes, nous nous
réappropriions de cette pratique du lavement de pieds, nous
pourrions témoigner autant aux non-croyants qu’aux gens
d’une autre confession que la puissance du Saint-Esprit
agit quand on se souvient du sacrifice à la croix, quand on
recherche l’humilité, et quand on prend soin les uns des
autres.

13 N.d.T. Voir note 6.

127
Il est important que les pentecôtistes actuels apprennent
et sachent expliquer les bases bibliques des pratiques de
l’Église. Dans notre société de plus en plus postmoderne,
ceux qui ne connaissent pas trop le pentecôtisme sont plus
intrigués par ce que font les pentecôtistes que par ce qu’ils
croient. Nous savons cependant que les deux choses sont
intimement liées. C’est donc à nous de pouvoir expliquer les
racines bibliques de telles pratiques. Il est essentiel de créer
une terminologie qui nous aidera à comprendre le rituel du
lavement des pieds et à l’expliquer aux autres. En pratiquant
ce rite on se rappelle du sacrifice de Jésus et, par conséquent,
qui nous sommes.

B. Mettre en pratique les paroles de Jésus


Si nous croyons que Jésus nous a ordonné d’observer la Sainte
Cène, nous devons aussi suivre ses directives concernant le
lavement des pieds. Beaucoup débattent la question, à savoir
si le récit de Jean 13 sur le lavement des pieds est un modèle
et un mandat pour toutes les églises, ou un commandement
unique et localisé que Jésus aurait donné spécifiquement
aux disciples de l’époque. Brenneman clarifie ce point : « Les
premiers disciples avaient clairement compris que Jésus les
appelait à mettre en pratique le lavement des pieds… non
seulement le placement et la structure du texte, mais aussi les
mots utilisés pour exprimer le commandement, encouragent
l’interprétation appelant à une imitation de l’exemple de
Jésus, comme un « prototype », plutôt qu’à une simple
appréciation cognitive de l’acte en tant que « leçon morale ».14
Le commandement de Jésus « que vous fassiez comme je
vous ai fait » nous appelle à être humbles, à servir les autres
14 N.d.T. Citation tirée du même article sur le lavement des pieds. Voir
note 6.

128
et à prendre soin les uns des autres. Encore une fois, plutôt
que de chercher une raison de souligner que les paroles de
Jésus ne s’appliquent plus à nous, pourquoi ne pas profiter
des bénédictions qui découlent de cette directive ?
Les fruits qui en ressortent valent certainement la peine
d’inclure le lavement des pieds dans l’Église. Il est possible,
qu’à mesure que les croyants deviennent plus riches et
prospères dans la société, qu’ils soient moins prêts à se revêtir
d’humilité, de vulnérabilité et de se servir les uns les autres
à travers la pratique du lavement des pieds. Cependant, là est
la raison même qui souligne la nécessité de l’humilité dans
l’Église.

C. Applications pratiques pour l’Église


Le mandat biblique ainsi que la formation de l’identité des
croyants, qui est encouragée par des pratiques partagées,
sont deux raisons qui nous appellent à nous réapproprier et
à retenir le lavement des pieds chez les pentecôtistes. Plutôt
que de l’abandonner à mesure que l’Église pentecôtiste
grandit, nous avons besoin, aujourd’hui plus que jamais,
du lien communautaire particulier que cette pratique nous
offre. En pratiquant le lavement des pieds, l’Église va recevoir
une révélation de la beauté de cet acte, et ses membres vont
avoir une communion plus intime les uns avec les autres
du fait qu’ils ont partagé ses expériences et ses célébrations
communes.
Cet acte ostensible et physique qu’est le lavement des pieds
représente un moyen de vivre des expériences spirituelles
qui célèbrent le but de l’incarnation de Dieu et nos relations
communes en tant que frères et sœurs et serviteurs. Si on se
base sur les récits historiques pentecôtistes, et principalement

129
sur les directives laissées par Jésus dans Jean 13, les
pentecôtistes doivent se réapproprier et conserver la belle
pratique du lavement des pieds.
Notre identité en tant qu’enfants de Dieu doit surpasser
toute autre marque d’identité ; notre rôle en tant qu’enfants
de Dieu est ce qui nous définit le plus. Lorsque nous nous
assemblons en tant que famille de Dieu, que nous nous
servons les uns les autres avec un amour sincère malgré les
barrières sociales, culturelles et matérielles, Dieu est glorifié
et il nous touche de manières profondes.

APPLICATION PERSONNELLE
L’étude de la pratique du lavement des pieds a un impact
aussi bien sur l’Église en tant que collectivité que sur les
croyants individuellement. En tant qu’Église, le peuple appelé
de Dieu, nous devrions viser l’unité, l’humilité, le service et
la communion fraternelle que cette pratique engendre. La
prière de l’Église doit être que Dieu donne à nos dirigeants la
sagesse alors que nous nous efforçons de préserver la beauté
de ce rite qui porte essentiellement sur l’humilité, l’œuvre
de la croix, et le service unifié au sein d’une communauté de
croyants.
En étudiant Jean 13, on voit qu’au-delà de l’aspect collectif
de ce rite, il appelle chaque chrétien à l’introspection. Le
lavement des pieds était placé dans le contexte de la croix.
Combien de fois ignorons-nous cet aspect élémentaire
et pourtant fondamental de notre foi ? Bien que nous ne
prenions pas part au rite du lavement des pieds tous les jours,
nous devons trouver des moyens de faire du Calvaire le
fondement quotidien de nos vies.

130
La Parole de Dieu nous rappelle également l’importance
du corps de Christ. Il faut plus d’une personne pour accomplir
le rituel du lavement des pieds. Tandis que la culture
nord-américaine a tendance à encourager de plus en plus
l’indépendance, l’individualisme, et même l’isolationnisme,
nous devons nous engager à participer intentionnellement au
corps de Christ par l’adoration collective et la communion
fraternelle.

QUESTIONS DE RÉFLEXION
• Le service du lavement des pieds a précédé le Calvaire et
annonçait celui-ci. En réfléchissant à ce chapitre, penser
au sacrifice de Jésus à la croix. Avez-vous pris le temps
dernièrement de le remercier pour sa miséricorde et son
sacrifice ?
• Prenez en considération l’humilité dont Jésus a fait
preuve quand il a lavé les pieds de ses disciples. Pourquoi
l’humilité est-elle encore une partie si importante de la
vie chrétienne ?
• Pourquoi servir les autres va-t-il à l’encontre de notre
nature humaine, et comment Jésus nous appelle-t-il à
abandonner notre instinct et à nous conformer à son
image ?

131
132
CHAPITRE 9

LA DISCIPLINE
DE LA SOUFFRANCE

INTRODUCTION
Vivre c’est souffrir. Là est une des conséquences de la chute
dans le jardin d’Éden, et elle ne sera pas inversée jusqu’à
ce que nous soyons dans la présence de notre Seigneur. Du
début à la fin, l’histoire biblique présente des femmes et des
hommes pieux qui ont appris à mettre leur confiance en Dieu
au milieu de la souffrance.
Même Hébreux 11, souvent appelé le « hall de la foi »,
fait mention de certains héros de la foi qui ont souffert sans
soulagement dans ce monde, et d’autres qui ont été éprouvés et
ont expérimenté des miracles. Abel a été assassiné ; Noé a été
ridiculisé ; la femme d’Abraham a été kidnappée ; Abraham a
été délaissé par son neveu, Lot. Abraham avait cent ans avant
que naisse l’enfant de la promesse ; et ensuite, Dieu l’a testé
en lui demandant d’offrir Isaac en sacrifice. Moïse a préféré
« être maltraité avec le peuple de Dieu que d’avoir pour un
temps la jouissance du péché » (Hébreux 11 : 25). Une chose
que nous apprenons, à travers Hébreux 11, est que même si
nous avons le genre de foi qui produit des miracles, nous ne
sommes pas exempts de souffrance.

133
Il est normal qu’on veuille à tout prix éliminer toute
douleur. Nous n’aimons pas souffrir, et nous n’aimons pas les
problèmes que nous ne pouvons pas résoudre rapidement.
Cette vision de la vie a donné naissance à une industrie
multimilliardaire de médicaments, de potions et d’élixirs
qui nous promettent d’éliminer toute douleur. De nombreux
livres d’autoassistance nous offrent l’assurance d’une solution
rapide aux problèmes de la vie. Je ne suis pas en train de
suggérer qu’il est mal d’accepter des soins palliatifs quand ils
sont nécessaires, ou qu’il faut rejeter des conseils utiles quand
nous essayons de résoudre une situation compliquée. Mais la
Bible ne nous promet pas une vie complètement exempte des
conséquences du péché qui est entré dans ce monde quand
nos ancêtres, Adam et Ève, se sont rebellés.

C’est pourquoi, comme par un seul homme le péché


est entré dans le monde, et par le péché la mort, et
qu’ainsi la mort s’est étendue sur tous les hommes,
parce que tous ont péché. (Romains 5 : 12)

Quand l’auteur dit : « et par le péché la mort », il fait


référence à l’avertissement que Dieu avait donné à Adam :
« L Éternel Dieu donna cet ordre à l’homme : Tu pourras
manger de tous les arbres du jardin ; mais tu ne mangeras
pas de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, car le
jour où tu en mangeras, tu mourras. » (Genèse 2 : 16-17). La
mort dont il est question ici n’est pas seulement physique,
mais aussi spirituelle ; une rupture dans notre communion
avec Dieu. Paul le dit de cette manière dans Éphésiens 2 : 1 :
« Vous étiez morts par vos offenses et par vos péchés ».
Aux Colossiens, il déclare : « Vous qui étiez morts par vos

134
offenses et par l’incirconcision de votre chair, il vous a
rendus à la vie avec lui, en nous faisant grâce pour toutes nos
offenses. » (Colossiens 2 : 13)

La désobéissance d’Adam a eu des conséquences


spirituelles négatives pour tous, mais elle a aussi causé la
détérioration de nos corps qui éventuellement mène à la
mort. Dieu avait placé dans le jardin d’Éden l’arbre de la vie,
qui leur assurait la vie éternelle et vraisemblablement la santé
éternelle. Mais à cause du péché, Dieu a interdit l’accès à cet
arbre.

L’Éternel Dieu dit : Voici, l’homme est devenu comme


l’un de nous, pour la connaissance du bien et du mal.
Empêchons-le maintenant d’avancer sa main, de
prendre de l’arbre de vie, d’en manger, et de vivre
éternellement. Et l’Éternel Dieu le chassa du jardin
d’Éden, pour qu’il cultivât la terre, d’où il avait été
pris. C’est ainsi qu’il chassa Adam ; et il mit à l’orient
du jardin d’Éden les chérubins qui agitent une épée
flamboyante, pour garder le chemin de l’arbre de vie.
(Genèse 3 : 22-24)

Bien que nous ayons été rachetés grâce à l’œuvre de


Christ à la croix, nous vivons toujours dans un monde déchu
parmi des gens déchus. Ce qui garantit une certaine mesure
de souffrance ; nous ne vivons plus dans le jardin d’Éden. Et
bien que nous ayons la promesse de la guérison en plus du
salut, certaines guérisons devront attendre la résurrection,
car tôt ou tard nous mourrons tous.

135
Et comme il est réservé aux hommes de mourir
une seule fois, après quoi vient le jugement,
(Hébreux 9 : 27)

Ainsi en est-il de la résurrection des morts. Le corps


est semé corruptible ; il ressuscite incorruptible ; il est
semé méprisable, il ressuscite glorieux ; il est semé
infirme, il ressuscite plein de force ; il est semé corps
animal, il ressuscite corps spirituel. S’il y a un corps
animal, il y a aussi un corps spirituel… Car il faut
que ce corps corruptible revête l’incorruptibilité, et
que ce corps mortel revête l’immortalité. Lorsque ce
corps corruptible aura revêtu l’incorruptibilité, et
que ce corps mortel aura revêtu l’immortalité, alors
s’accomplira la parole qui est écrite : La mort a été
engloutie dans la victoire. (I Corinthiens 15 : 42-44,
53-54)

I. UNE OCCASION DE SE RÉJOUIR


Selon la Bible, la souffrance devrait être une occasion de se
réjouir et non une raison de remettre en question le Seigneur
ou de perdre espoir.

Bien plus, nous nous glorifions même des afflictions,


sachant que l’affliction produit la persévérance,
la persévérance la victoire dans l’épreuve, et cette
victoire l’espérance. Or, l’espérance ne trompe
point, parce que l’amour de Dieu est répandu dans
nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné.
(Romains 5 : 3-5)

136
Au milieu du 20e siècle, une femme a demandé à un pasteur
apostolique de prier pour que Dieu lui donne de la patience.
Il a commencé sa prière un peu comme ceci : « Ô Seigneur,
je prie que tu donnes à cette femme des tribulations. » Elle
était choquée et lui a rappelé qu’elle voulait de la patience et
non des tribulations. Le pasteur l’a informée que la patience
s’obtenait à travers les tribulations.
Le mot grec traduit par « tribulations » comprend parmi
ses définitions l’idée de pression. Dans le monde actuel, on
pourrait peut-être étendre son sens au problème courant du
stress. Notre culture connaît de nombreux points de tension,
entre autres les relations familiales, les responsabilités
professionnelles, les crises financières, les soucis de santé,
la violence, etc. Le problème est aggravé par les médias qui
sans cesse nous bombardent de mauvaises nouvelles. Mais la
pression ou le stress seuls ne vont pas produire la patience.
Pour comprendre ce que voulait dire Paul, il faut examiner le
contexte dans lequel ces mots ont été écrits.

Étant donc justifiés par la foi, nous avons la paix


avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ, à qui
nous devons d’avoir eu par la foi accès à cette grâce,
dans laquelle nous demeurons fermes, et nous nous
glorifions dans l’espérance de la gloire de Dieu.
(Romains 5 : 1-2)

La pression produira la patience quand nous réagissons


à cette tension avec foi en Dieu. La paix avec Dieu a pour
résultat la paix intérieure qui permet à une personne de faire
confiance à Dieu malgré les circonstances de la vie. C’est ce
qu’on appelle une foi authentique. Quand nous réagissons

137
avec foi en Dieu face au stress de la vie, on acquiert de la
patience, une vertu inestimable.

N’abandonnez donc pas votre assurance, à laquelle


est attachée une grande rémunération. Car vous avez
besoin de persévérance, afin qu’après avoir accompli
la volonté de Dieu, vous obteniez ce qui vous est
promis. (Hébreux 10 : 35-36)

Paul n’était pas le seul à avoir conscience de la valeur de


la souffrance pour obtenir la patience.

Mes frères, regardez comme un sujet de joie complète


les diverses épreuves auxquelles vous pouvez être
exposés, sachant que l’épreuve de votre foi produit
la patience. Mais il faut que la patience accomplisse
parfaitement son œuvre, afin que vous soyez parfaits
et accomplis, sans faillir en rien. (Jacques 1 : 2-4)

Le mot grec qui est traduit ci-dessus par « épreuves »


est différent de celui traduit par « afflictions », dans
Romains 5 : 3. Le mot utilisé dans ce dernier verset implique
que l’« adversité, [l’] affliction, [le] malheur [sont] envoyés
par Dieu pour éprouver un caractère, la foi, la sainteté15 ».
Dieu ne nous envoie pas des épreuves parce qu’il a besoin
de nous connaître, mais parce que nous avons besoin de savoir
qui nous sommes vraiment. Quand notre foi est éprouvée,
nos faiblesses cachées font surface, nous donnant ainsi des
occasions inattendues de croissance si nous réagissons à ces
épreuves avec foi. Sans la patience, qui s’obtient quand nous

15 N.d.T. http://www.lexique-biblique.com. Les crochets sont ajoutés.

138
réagissons aux épreuves dans la foi, nous ne pouvons pas être
parfaits et complets. Certains aspects de nos vies spirituelles
auront encore des lacunes.

II. NOÉ, DANIEL ET JOB


Les épreuves de Job étaient tellement hors du commun que
même les gens qui ne connaissent pas vraiment la Bible ont
déjà entendu parler de l’expression « la patience de Job ». Il
n’a jamais su la raison de ses souffrances. Le fait que Job ait
réagi à ses épreuves par la foi le place dans un groupe élite de
l’Ancien Testament, les héros de la foi.

Et qu’il y eût au milieu de lui ces trois hommes, Noé,


Daniel et Job, ils sauveraient leur âme par leur justice,
dit le Seigneur, l’Éternel… et qu’il y eût au milieu de
lui ces trois hommes, je suis vivant ! dit le Seigneur,
l’Éternel, ils ne sauveraient ni fils ni filles, eux seuls
seraient sauvés, et le pays deviendrait un désert… et
qu’il y eût au milieu de lui Noé, Daniel et Job, je suis
vivant ! dit le Seigneur, l’Éternel, ils ne sauveraient
ni fils ni filles, mais ils sauveraient leur âme par leur
justice. (Ézéchiel 14 : 14, 16, 20)

Pourquoi Job est-il comparé à Noé et à Daniel ? La


réponse la plus évidente est qu’aucun de ces hommes n’a
souffert parce qu’ils avaient mal agi.

Mais Noé trouva grâce aux yeux de l’Éternel. Voici


la postérité de Noé. Noé était un homme juste et
intègre dans son temps ; Noé marchait avec Dieu.
(Genèse 6 : 8-9)

139
Et Daniel dit au roi : Roi, vis éternellement ? Mon
Dieu a envoyé son ange et fermé la gueule des lions,
qui ne m’ont fait aucun mal, parce que j’ai été trouvé
innocent devant lui ; et devant toi non plus, ô roi, je
n’ai rien fait de mauvais. (Daniel 6 : 21-22)

Il y avait dans le pays d’Uts un homme qui s’appelait


Job. Et cet homme était intègre et droit ; il craignait
Dieu, et se détournait du mal… L’Éternel dit à Satan :
As-tu remarqué mon serviteur Job ? Il n’y a personne
comme lui sur la terre ; c’est un homme intègre et
droit, craignant Dieu, et se détournant du mal.
(Job 1 : 1, 8)

Noé était juste et intègre. Daniel était innocent aux yeux


de Dieu. Job était intègre et droit, il craignait Dieu et se
détournait du mal. Cela ne veut pas dire qu’ils étaient sans
péché. Noé a été découvert ivre par son fils Ham. Daniel a
avoué son péché et l’a confessé à Dieu. (Voir Daniel 9 : 20.)
Dieu a réprimandé Job pour ses paroles, et ce dernier les
a confessées. (Voir Job 38 : 2, 40 :1-5.) Cependant, quand
Jacques, qui écrivait à une audience juive, a voulu distinguer
un homme parmi les prophètes comme un exemple de
patience, c’est Job qui lui est venu à l’esprit.

Prenez, mes frères, pour modèles de souffrance et


de patience les prophètes qui ont parlé au nom du
Seigneur. Voici, nous disons bienheureux ceux qui
ont souffert patiemment. Vous avez entendu parler
de la patience de Job, et vous avez vu la fin que le

140
Seigneur lui accorda, car le Seigneur est plein de
miséricorde et de compassion. (Jacques 5 : 10-11)

Job est un modèle de foi authentique. Sa confiance en Dieu


était telle que même après avoir perdu une fortune immense,
ses dix enfants, le soutien et l’encouragement de sa femme,
et sa santé, il a prononcé ces paroles mémorables : « Quand
même il me tuerait, je compterais sur lui » (Job 13 : 15, BDS)
Satan était convaincu que les gens ne servaient Dieu que
pour les avantages qu’ils pouvaient en tirer. (Voir Job 1 : 9-12.)
Mais après deux tentatives futiles à prouver sa théorie, Satan
n’est plus mentionné dans le livre de Job. Le contexte de
cet échange entre Satan et le Seigneur indique que Dieu a
accepté le défi que Satan lui lançait afin de lui prouver qu’une
personne qui a une foi authentique fera confiance à Dieu
en dépit des circonstances de la vie. Nous devrions aussi
garder à l’esprit que, même si Dieu a récompensé la foi de
Job en lui rendant bien plus qu’il n’avait perdu, aucune de ces
bénédictions ne pouvait effacer la douleur causée par la mort
de ses dix premiers enfants.

III. D’AUTRES CAUSES DE SOUFFRANCE


Bien que certaines souffrances soient permises par Dieu
pour tester notre foi, il existe d’autres sources de souffrance.
Une d’elles est le rejet par ceux qui ne partagent pas notre foi.
Jésus nous a prévenus que cela pouvait arriver.

Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la


terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée.
Car je suis venu mettre la division entre l’homme et
son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille

141
et sa belle-mère ; et l’homme aura pour ennemis les
gens de sa maison. (Matthieu 10 : 34-36)

Bien sûr ce n’était pas ce que Jésus désirait. Il est


fréquemment mentionné dans les lettres du Nouveau
Testament que les croyants devraient vivre en paix les
uns avec les autres. (Voir, par exemple, Éphésiens 4 : 3 ;
I Thessaloniciens 5 : 13 ; Hébreux 12 : 14 ; Jacques 3 : 18 ;
I Pierre 3 : 11.) Quand, dans une même famille, certains
rejettent Jésus, leur rejet cause des divisions entre eux et ceux
qui croient en lui. Jésus lui-même a souffert le rejet de ses
frères, qui ne croyaient pas qu’il était le Messie.

Et ses frères lui dirent : Pars d’ici, et va en Judée, afin


que tes disciples voient aussi les œuvres que tu fais.
Personne n’agit en secret, lorsqu’il désire paraître : si
tu fais ces choses, montre-toi toi-même au monde.
Car ses frères non plus ne croyaient pas en lui.
(Jean 7 : 3-5)

On peut aussi souffrir lorsque ceux que nous aimons nous


déçoivent. La trahison nous fait ressentir un immense sens
de perte. Jésus a prévenu ses disciples que des évènements
pénibles caractériseraient l’avenir.

Alors on vous livrera aux tourments, et l’on


vous fera mourir ; et vous serez haïs de toutes les
nations, à cause de mon nom. Alors aussi plusieurs
succomberont, et ils se trahiront, se haïront les uns
les autres. (Matthieu 24 : 9-10)

142
Au cours de l’histoire du christianisme, ces
comportements ont contribué à des souffrances physiques,
mentales et émotionnelles. De nombreux chrétiens
aujourd’hui pourraient s’identifier à Paul lorsqu’il disait se
sentir seul ou blessé émotionnellement.

Car Démas m’a abandonné, par amour pour le


siècle présent, et il est parti pour Thessalonique ;
Crescens est allé en Galatie, Tite en Dalmatie…
Alexandre, le forgeron, m’a fait beaucoup de mal. Le
Seigneur lui rendra selon ses œuvres. Garde-toi aussi
de lui, car il s’est fortement opposé à nos paroles.
(II Timothée 4 : 10, 14-15)

On souffre aussi parfois parce que Dieu décide de ne pas


nous guérir d’une faiblesse ou d’une maladie. Dans ces cas,
il nous est permis de rechercher une solution médicale pour
soulager le mal, tout en valorisant les bénéfices spirituels
qui peuvent être tirés de la souffrance. Pour clarifier ceci,
nous avons pour exemples les douleurs auxquelles Paul et
Timothée ont fait face.

Ne continue pas à ne boire que de l’eau ; mais fais


usage d’un peu de vin, à cause de ton estomac et de
tes fréquentes indispositions. (I Timothée 5 : 23)

On apprend, par le conseil que Paul donne à Timothée,


que ce dernier souffrait d’une maladie chronique qui
vraisemblablement l’empêchait de bien digérer. Sans doute,
Paul avait prié pour la guérison de Timothée, mais celui-ci
n’a pas été guéri. Au lieu de dire à Timothée de continuer

143
à souffrir sans soulagement, Paul lui a suggéré un remède
possible. On peut probablement même aller jusqu’à dire que
ce conseil venait de Luc, le docteur bien-aimé qui voyageait
avec Paul. (Voir Colossiens 4 : 14.)
De toute vraisemblance, Timothée ne souffrait que
d’une infirmité physique, contrairement à Paul qui souffrait
d’une infirmité qui affectait son bien-être spirituel. Ce mal
ne cédait pas à la prière, et aucun soulagement physique ne
semblait disponible.

Et pour que je ne sois pas enflé d’orgueil, à cause


de l’excellence de ces révélations, il m’a été mis une
écharde dans la chair, un ange de Satan pour me
souffleter et m’empêcher de m’enorgueillir. Trois fois
j’ai prié le Seigneur de l’éloigner de moi, et il m’a dit :
Ma grâce te suffit, car ma puissance s’accomplit dans
la faiblesse. Je me glorifierai donc bien plus volontiers
de mes faiblesses, afin que la puissance de Christ
repose sur moi. C’est pourquoi je me plais dans les
faiblesses, dans les outrages, dans les calamités, dans
les persécutions, dans les détresses, pour Christ ;
car, quand je suis faible, c’est alors que je suis fort.
(II Corinthiens 12 : 7-10)

Paul avait reçu de si grandes révélations qu’il courait le


risque de s’enorgueillir. L’orgueil est un péché si débilitant
que le Seigneur a permis à Satan de faire souffrir Paul,
afin d’éviter qu’il ne devienne arrogant, ce qui aurait été
la mauvaise réaction à avoir vis-à-vis des expériences
spirituelles qu’il avait eues. (Voir II Corinthiens 12 : 1-6.)

144
Nous pourrions émettre des hypothèses sur la nature
de l’écharde que Paul avait dans sa chair, mais peu importe
sa nature, cette écharde était un ange de Satan. Cependant,
Dieu l’a utilisée pour former le caractère de Paul de façon
à l’empêcher de s’enorgueillir, et cette épreuve est devenue
sa plus grande force. Paul s’est engagé à se glorifier de ses
faiblesses, permettant à la puissance de Dieu de s’accomplir
en lui.
Dans ce récit au sujet de l’écharde de Paul, l’idée proposée
n’est pas que nous devrions accepter la faiblesse uniquement
si nous n’avons pas d’autre choix, mais plutôt que la faiblesse
est le seul moyen d’obtenir la véritable puissance spirituelle.
Plus notre faiblesse est grande, plus la puissance de Christ
peut reposer sur nous. Plus nous nous rendons compte de
nos incapacités, plus nous expérimentons les capacités de
Christ.

Nous portons ce trésor dans des vases de terre, afin


que cette grande puissance soit attribuée à Dieu,
et non pas à nous. Nous sommes pressés de toute
manière, mais non réduits à l’extrémité ; dans la
détresse, mais non dans le désespoir ; persécutés, mais
non abandonnés ; abattus, mais non perdus ; portant
toujours avec nous dans notre corps la mort de
Jésus, afin que la vie de Jésus soit aussi manifestée
dans notre corps. Car nous qui vivons, nous sommes
sans cesse livrés à la mort à cause de Jésus, afin que
la vie de Jésus soit aussi manifestée dans notre chair
mortelle. Ainsi la mort agit en nous, et la vie agit en
vous. (II Corinthiens 4 : 7-12)

145
Au premier abord, on pourrait penser que les difficultés, la
perplexité, la persécution et l’exposition continuelle à la mort
auraient certainement pour résultat la détresse, le désespoir,
et un sens d’abandon et de destruction. Mais ce n’était pas le
cas pour Paul. Il avait découvert la grande puissance de Dieu
au milieu des faiblesses humaines. Plus loin dans le texte, il
explique comment cela est possible.

C’est pourquoi nous ne perdons pas courage. Et lors


même que notre homme extérieur se détruit, notre
homme intérieur se renouvelle de jour en jour. Car
nos légères afflictions du moment présent produisent
pour nous, au delà de toute mesure, un poids éternel
de gloire, parce que nous regardons, non point aux
choses visibles, mais à celles qui sont invisibles ; car
les choses visibles sont passagères, et les invisibles
sont éternelles. (II Corinthiens 4 : 16-18)

Pour Paul, la souffrance était une alliée en raison de


sa valeur éternelle. Elle produisait en lui quelque chose de
bien plus significatif que la douleur du moment qui, en
comparaison, semblait « légère ».
La souffrance peut être une amie, car Dieu peut l’utiliser
pour former le caractère de ceux qui, face à elle, réagissent
avec foi en Dieu. Ceci est vrai même quand la souffrance est
la conséquence d’un châtiment.

Il est vrai que tout châtiment semble d’abord un sujet


de tristesse, et non de joie ; mais il produit plus tard
pour ceux qui ont été ainsi exercés un fruit paisible
de justice. (Hébreux 12 : 11)

146
La souffrance peut être notre alliée, car elle nous aide à
cultiver la compassion envers ceux qui traversent les mêmes
circonstances que nous avons vécues.

Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus


Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute
consolation, qui nous console dans toutes nos
afflictions, afin que, par la consolation dont nous
sommes l’objet de la part de Dieu, nous puissions
consoler ceux qui se trouvent dans quelque l’affliction !
(II Corinthiens 1 : 3-4)

La souffrance peut être notre amie, car elle réduit notre


tendance à juger les autres. Elle nous évite d’être tentés de
dire aux autres des choses telles que « Je te l’avais bien dit » ou
« Si j’étais à ta place,… »

Car le jugement est sans miséricorde pour qui n’a


pas fait miséricorde. La miséricorde triomphe du
jugement. (Jacques 2 : 13)

La souffrance peut être notre alliée dans le sens où elle


va nous pousser à demander de l’aide aux autres au lieu de
nous borner à croire qu’on peut résoudre nos problèmes tout
seuls. On est supposé vivre la chrétienté en communauté et
non pas de façon isolée.

Deux valent mieux qu’un, parce qu’ils retirent un bon


salaire de leur travail. Car, s’ils tombent, l’un relève
son compagnon ; mais malheur à celui qui est seul

147
et qui tombe, sans avoir un second pour le relever !
(Ecclésiaste 4 : 9-10)

La souffrance peut être notre amie, car elle peut créer


en nous l’humilité si nous réagissons avec foi. De la même
manière que la générosité ouvre la porte à la bénédiction,
l’humilité est la voie qui mène à la gloire. Cependant, si nous
donnons uniquement pour être bénis, nous ne donnons pas
vraiment, nous investissons. Nous ne pouvons pas rechercher
l’humilité dans le but d’être honorés. Ce serait presque un
paradoxe. La souffrance peut cependant produire l’humilité ;
et Dieu peut véritablement nous élever, en réponse à cette
humilité.

Humiliez-vous devant le Seigneur, et il vous élèvera.


(Jacques 4 : 10)

IV. RÉAGIR À LA SOUFFRANCE DE FAÇON À


HONORER DIEU
Nous avons vu que Dieu est honoré quand nous réagissons
à la souffrance en nous glorifiant de nos faiblesses, en nous
réjouissant même dans la détresse, et en regardant comme
un sujet de joie complète les diverses épreuves auxquelles
nous sommes exposés. Que la raison de notre souffrance soit
une infirmité ou une maladie, une déception vis-à-vis de nos
bien-aimés, la persécution à cause de notre foi, ou une épreuve
permise de Dieu pour tester notre foi, il est toujours juste de
nous confier en Dieu au beau milieu de notre souffrance.
Dans la vie chrétienne, on ne parle pas de la joie en
opposition à la tristesse, mais plutôt de la joie au milieu
de la tristesse. On ne parle pas de la paix en opposition au

148
bouleversement, mais de la paix en plein bouleversement.
On ne parle pas de la satisfaction en opposition au besoin,
mais on parle de trouver la satisfaction dans le besoin. Paul
nous en a laissé un exemple.

Ce n’est pas en vue de mes besoins que je dis cela,


car j’ai appris à être content de l’état où je me trouve.
Je sais vivre dans l’humiliation, et je sais vivre dans
l’abondance. En tout et partout j’ai appris à être
rassasié et à avoir faim, à être dans l’abondance et
à être dans la disette. Je puis tout par celui qui me
fortifie. (Philippiens 4 : 11-13)

APPLICATION PERSONNELLE
Ce qui importe plus qu’une vie sans douleur est que nous
soyons conformes au caractère de Christ et que nous
adoptions les valeurs éternelles. (Voir Romains 8 : 29.) Bien
que nous soyons prêts à reconnaître que la souffrance peut
être disciplinaire, dans le sens où elle nous amène à réorienter
nos concepts sur la spiritualité, nous avons tendance à vouloir
apprendre rapidement notre leçon, oublier la douleur, et
continuer à mener nos vies. Mais il y aura toujours une autre
leçon à apprendre, et la douleur ne disparaîtra pas jusqu’à ce
que notre dernier ennemi — la mort — soit conquis lors de
la résurrection.
C.S. Lewis a dit : « Dieu murmure dans nos moments de
joie, mais tonne dans nos souffrances. La souffrance est son
mégaphone pour réveiller un monde engourdi16. »
Paul considérait la souffrance comme son appel. Quand
Dieu a envoyé Ananias vers Saul, récemment converti, le
16 N.d.T. La citation en anglais commence par « Pain insists upon being
attended to », c’est-à-dire « la souffrance exige qu’on y prête attention ».

149
Seigneur lui a dit : « Et je lui montrerai tout ce qu’il doit
souffrir pour mon nom » (Actes 9 : 16). Dans une certaine
mesure, tous les chrétiens sont appelés à souffrir. Pierre le
dit de cette façon : « Car il vaut mieux souffrir, si telle est
la volonté de Dieu, en faisant le bien qu’en faisant le mal. »
(I Pierre 3 : 17).
Ce que dit Paul, dans Romains 8 : 35-39, indique que
tout chrétien doit s’attendre à faire face à des tribulations,
à l’angoisse, à la persécution, à la faim, à la nudité, au péril
ou à l’épée. Ce sont les conséquences qui attendent ceux qui
vivent par la foi dans un monde de péché. Les croyants dans
certaines parties du monde pensent peut-être que cela est tiré
par les cheveux de dire qu’ils pourraient affronter certains
de ces défis, mais pour d’autres chrétiens dans de nombreux
endroits du monde, ces expériences sont la norme. Peu
importe les circonstances douloureuses auxquelles nous
faisons face, elles ne peuvent pas nous séparer de l’amour
de Dieu. Que notre douleur soit petite ou grande, nous ne
devons pas penser que Dieu ne nous aime pas.

QUESTIONS DE RÉFLEXION
• En pensant aux expériences douloureuses que vous
avez déjà traversées, pouvez-vous penser à un moyen
par lequel votre souffrance peut vous amener à croître
spirituellement ?
• Quelle que soit votre situation douloureuse, pensez-vous
qu’elle soit une conséquence d’un péché personnel, le
résultat des mauvais choix faits par quelqu’un d’autre,
ou un moyen que Dieu utilise pour accroître votre foi ?
Si aucun de ces choix ne s’applique à votre cas, quelle
pourrait être, selon vous, la raison de votre souffrance ?

150
• Quelles étaient les conséquences immédiates du péché
d’Adam et Ève dans le jardin d’Éden ? Comment ces
conséquences ont-elles affecté votre vie ?

151
152
CHAPITRE 10

LA DISCIPLINE DE L’ATTENTE

INTRODUCTION
La patience n’est pas seulement une vertu, mais aussi un
fruit de l’Esprit. Elle n’est pas une fin en soi ; elle est plutôt le
fruit d’un principe spirituel sous-jacent. Nous sommes des
créatures prisonnières du temps, mais nous ne semblons pas
être créés pour vivre dans le temps. À certains égards, nous
sommes étonnamment mal équipés pour faire face au temps.
Notre corps ne semble pas bien résister aux années qui
passent ; une fois que la force et la vigueur de notre jeunesse
robuste s’épuisent, nous succombons rapidement à ce
qu’Abraham Lincoln a un jour appelé « l’artillerie silencieuse
du temps ».

I. LE TEMPS
Vivre dans ce monde semble avoir de telles répercussions
sur notre corps, que pour récupérer temporairement assez
de forces pour faire face à une autre journée, nous devons
dormir en gros huit heures par jour. Ce qui veut dire que
nous passons environ un tiers de nos vies à nous remettre des
assauts du temps.
De plus, notre esprit a du mal à s’ajuster au passage du
temps. Quand on pense à un certain événement du passé, on

153
peut avoir l’impression distincte que ce fait s’est produit juste
la veille et, en même temps, très loin dans le passé. Quand
notre mémoire répertorie les événements passés, elle semble
classer le même fait dans deux classeurs différents : celui du
passé lointain et celui du passé proche.
Le temps est une chose étrange. L’un des aspects qui
le rend étrange à notre esprit est illustré dans le scénario
suivant. Admettons que quelqu’un monte dans un train à
Saint-Louis, au Missouri, en direction de Seattle, dans l’État
de Washington. Le train va d’abord se déplacer vers le nord-
est en direction de Chicago avant de se diriger vers l’ouest
en direction de Seattle. En matière de temps, ce trajet nord-
est vers Chicago est particulièrement étonnant. Tandis que
l’on s’éloigne en distance de notre destination (Seattle), on
se rapproche d’elle en ce qui concerne le temps d’arrivée.
Comment peut-on se rapprocher d’une destination tout en
s’en éloignant ? On a du mal à exprimer le concept du temps
par notre langage et notre expérience.
Une autre particularité du temps est son mouvement.
Autant on peut se déplacer dans l’espace, on peut tourner à
gauche et à droite, monter et descendre, retracer nos pas pour
revenir à l’endroit où on était, autant il est impossible de faire
la même chose dans le temps. Le temps ne se déplace que
dans une direction, il emporte tout sur son passage, car il ne
fait qu’avancer. Une fois que nous quittons le moment présent
et celui-ci devient passé, il serait plus facile d’atteindre, après
un long voyage, les extrémités de l’univers que de revenir au
moment qui vient de passer.
Nous avons été créés pour vivre dans le royaume
céleste de Dieu, et dans ce royaume, comme Jean nous
le dit dans l’Apocalypse, il n’y aura plus de temps. (Voir

154
Apocalypse 10 : 6.) En attendant, le temps est notre partage
ici-bas. Il est en quelque sorte notre malédiction. Mais,
comme on peut s’attendre de la part d’une chose aussi étrange
que le temps, celui-ci est aussi une bénédiction. Le temps est
la matrice dans laquelle Dieu a choisi de nous former et de
nous transformer à son image.
Le temps nous empêche de voir l’avenir. Il nous est donc
profitable dans le sens où il nous force à confier notre avenir
invisible et inconnu dans les mains de celui qui « tient le
futur ». Comme nous sommes enveloppés par les ténèbres du
présent, nous apprenons à avoir la foi, à faire confiance, et
à espérer. À leur tour, cette foi, cette confiance et cet espoir
donnent naissance à la patience. La patience est le fruit d’une
confiance profonde. L’attente révèle si en effet nous avons
acquis la patience. Cette dernière nous permet de nous
déplacer dans les ténèbres du présent. L’insensé considère
l’avenir soit comme un ennemi à craindre soit comme une
toile vierge sur laquelle il peut peindre ce qu’il veut. Mais
l’avenir n’est ni un ennemi ni une forme d’art destinée à
notre libre expression. En fin de compte, Dieu n’a que de
bonnes intentions envers le croyant. Il sait que les humains
sont incapables, la plupart du temps, de se créer un avenir
qui leur convient au mieux.
Le fait que l’on ne connaisse pas l’avenir, nous amène peu
à peu à abandonner l’habitude d’adopter un plan d’action
fondé sur nos sentiments. Par exemple, au jour du jugement
dernier, notre réaction logique sera de tomber à genoux et
d’implorer la clémence. On n’a pas de mal à être humbles,
quand la terreur nous submerge. Mais qui est prêt à se
prosterner dans le temps présent ? Quand ce dernier prend le
dessus sur nous, et Dieu semble très loin, qui va s’humilier et

155
vivre à la lumière d’un jour de jugement à venir ? Seuls ceux
qui, par une discipline constante, relèguent patiemment au
second plan les situations du présent, et préfèrent croire aux
promesses que Dieu va accomplir.
Une personne sage vit à la lumière des promesses
lointaines. Abraham a dû attendre des décennies avant que
la promesse d’un fils se réalise. A-t-il commencé à obéir
et à suivre Dieu seulement après l’accomplissement de la
promesse ? Bien sûr que non. Abraham a décidé de suivre
un Dieu qui « annonce dès le commencement ce qui doit
arriver » (Ésaïe 46 : 10), « qui donne la vie aux morts, et qui
appelle les choses qui ne sont point comme si elles étaient »
(Romains 4 : 17), qui appelle le croyant à aller au-delà de ce
qu’il éprouve, et de vivre dans le présent selon une réalité qui
n’existe pas encore.
Abraham avait tout à fait compris cela. Voici ce que
Paul dit de lui : « Alors que tout portait au contraire, il a eu
confiance, plein d’espérance. Ainsi il est devenu le père d’une
multitude de peuples conformément à ce que Dieu lui avait
dit : Tes descendants seront nombreux. Bien qu’il considéra
son corps, qui était comme mort – il avait presque cent
ans – et celui de Sara, qui ne pouvait plus donner la vie, sa
foi ne faiblit pas. Au contraire : loin de mettre en doute la
promesse et de refuser de croire, il trouva sa force dans la foi,
en reconnaissant la grandeur de Dieu et en étant absolument
persuadé que Dieu est capable d’accomplir ce qu’il a promis.
C’est pourquoi Dieu l’a déclaré juste en portant sa foi à son
crédit. » (Romains 4 : 18-22, BDS).
Le présent de la personne patiente semble être plus
« vaste » que celui de la personne impatiente ; les horizons de
l’individu patient sont plus larges que ceux de l’impatient. Les

156
gens tels qu’Abraham ne vivent pas uniquement maintenant
et ici ; leur présent comprend également l’avenir encore
invisible dans lequel Dieu accomplit ses promesses.

II. UN BON EXEMPLE DE PATIENCE

A. Joseph, le juste
Nous considérons l’histoire de la naissance virginale de
Jésus comme étant si sacrée, et comme étant une partie si
intégrante de notre culture que nous oublions facilement le
scandale que cette naissance représentait pour les gens du
premier siècle. En d’autres termes, l’arbre généalogique de la
chrétienté a atteint des proportions si grandioses, que nous
remarquons à peine les nombreuses nodosités de son tronc.
À cet égard, Matthieu, un des tout premiers Évangélistes, a
trouvé nécessaire, presque certainement en réaction à ceux
qui mettaient en doute la légitimité de la naissance de Christ,
de rappeler à ses fiers critiques juifs, grâce à la généalogie
incluse au début de son Évangile, qu’il y avait déjà, même
parmi les branches les plus nobles du peuple juif, des
naissances aux circonstances contestables.
Ces critiques ont dû se sentir mal à l’aise quand Matthieu
leur a rappelé que si Jésus était discrédité en raison des
étranges circonstances entourant sa mère, Marie, alors
Salomon devait aussi l’être à cause de sa mère, Bath Scéba ;
Isaï, le père de David, était disqualifié en raison de sa mère,
Ruth ; Boaz à cause de sa mère, Rahab ; et Pharès était
discrédité en raison de sa mère, Thamar. Essayons un peu de
nous mettre à la place de Matthieu quand il a à nouveau dû se
défendre contre les dards lancés par ceux qui se moquaient
de Jésus. Mais ce qui est encore plus difficile à faire, c’est de

157
se mettre dans la peau de Joseph, l’homme qui avait conclu
un contrat de mariage avec une jeune femme qui maintenant
était enceinte — mais pas de lui.
Au départ, il semble que Joseph ait présumé Marie
coupable d’adultère. Si, en effet, elle l’était, Joseph avait
quelques options qui se présentaient à lui. Premièrement, il
pouvait choisir de faire punir Marie selon la manière prescrite
par la Torah : « Si un homme commet adultère avec une
femme mariée, s’il commet adultère avec la femme de son
prochain, cet homme adultère et la femme adultère seront
mis à mort. » (Lévitique 20 : 10) Deuxièmement, il pouvait
malgré tout l’épouser. Les Écritures offraient pour ce cas
un précédent : Osée avait épousé une adultère (Osée 1 : 2).
Finalement, Joseph pouvait rompre les fiançailles et s’en aller
avec un minimum de dignité.
Joseph devait se sentir profondément blessé par cette
trahison manifeste. S’il avait été un homme colérique, prêt
à juger, il aurait peut-être choisi la première option. La
deuxième solution était certainement indulgente et même
honorable, mais Marie aurait été à jamais déshonorée aux
yeux de son mari, et leur mariage aurait été caractérisé par
une méfiance constante.
Cependant, Joseph « qui était un homme de bien… ne
voulait pas la diffamer » (Matthieu 1 : 19). Il avait l’intention
de garder l’affaire pour lui-même et rompre secrètement leur
engagement. De cette façon, il sauvegardait la réputation
de Marie et lui permettait à elle de conclure, à l’avenir, un
contrat de mariage avec un autre homme.
Les écrivains de l’Antiquité trouvaient rarement
nécessaire d’inclure, dans leurs histoires, les pensées
des personnages principaux. Comme l’accès au matériel

158
d’écriture était limité et comme peu de gens savaient bien
lire, les écrivains se limitaient, de façon générale, à décrire les
actions du personnage. C’est ce que les lecteurs recherchaient,
et c’est ce que les auteurs leur donnaient. Mais Matthieu a
brisé cette tradition littéraire. À ce point dans la narration,
nous lisons « … il y pensait » (Matthieu 1 : 20).
Cet intervalle, entre le moment où Joseph apprend la
grossesse de Marie et celui où il choisit son plan d’action,
s’est révélé bénéfique. Il faut noter que c’est à ce moment
même et pas une minute plus tôt, que l’ange de Seigneur
est envoyé pour révéler à Joseph la vérité. Matthieu nous
informe d’abord que Joseph, loin d’être impulsif, a attendu.
Cette attente, cette patience en pensées et en actions, a
été richement récompensée avec un message de la part du
Seigneur.
Pourquoi l’ange n’a-t-il pas été envoyé avant que Joseph
ne reçoive la nouvelle choquante de la grossesse de Marie ?
Pourquoi ne pas lui avoir évité toute cette angoisse en lui
expliquant tout à l’avance ? Cette pause troublante pendant
laquelle Joseph considère la situation a été utile à deux niveaux.
Premièrement, Matthieu a pu informer ceux qui remettaient
en question la légitimité de la naissance de Jésus que l’affaire
avait déjà été mise à la plus rude épreuve concevable, et qu’elle
avait été résolue. Qui aurait eu davantage intérêt à connaître
la vérité concernant la conception de Jésus et la pureté de
Marie, si ce n’est Joseph, son fiancé ? Si Joseph, l’homme qui
avait le plus à perdre s’il mariait une femme infidèle, était
prêt à accepter la pureté de Marie et la conception divine de
Jésus, alors les autres ne devraient pas avoir de mal à en faire
autant.

159
Deuxièmement, et de manière plus importante, cette
pause élimine la notion que l’action est toujours la meilleure
façon de procéder. Parfois, il semble que Dieu se révèle à
nous quand nous avons décidé d’attendre de voir plus clair.
Joseph pensait que sa décision de rompre les fiançailles en
secret était la meilleure chose à faire. Mais dans ce cas, ce
que Joseph pensait être « la bonne chose à faire » aurait en
fait été la mauvaise. Le salut de l’humanité, qui se ferait à
travers l’enfant conçu dans le ventre de Marie, dépendait
d’un homme capable d’attendre et de prendre le temps de
réfléchir.
Encore une fois, l’information clé dans cette histoire est
la façon dont Matthieu décrit Joseph : il l’appelle « un homme
de bien17 ». Cette justice sous-jacente a fait naître en lui le
fruit de la patience. La justice de Joseph le prédisposait à
traiter Marie de façon équitable. Cette qualité fondamentale
de vouloir agir justement, de faire confiance à Dieu et à ses
préceptes n’a pas poussé Joseph à l’action, mais à la réflexion.
Il y a sans doute des circonstances qui demandent
des mesures audacieuses. Mais si on considère nos vies
personnelles, on ne peut pas négliger ce que nous apprend
l’expérience : la plupart des plus grandes décisions de la vie
ont été celles qui se sont prises sans action de notre part.
Beaucoup de problèmes se résolvent tout seuls avec le temps,
sans que l’on intervienne.

B. Le trait de famille de Joseph


En fin de compte, nous restons devant le fait impressionnant
que Jésus et ses demi-frères ont été élevés dans un foyer où la
patience était une vertu. Jésus, le fils adoptif de Joseph, savait
17 N.d.T. La version anglaise King James (KJV) de la Bible le décrit
comme « un homme juste ».

160
comment être stratégiquement patient. Ses disciples se sont
souvenus du jour où Jésus a attendu quatre jours avant de
ressusciter un homme des morts. Il semble que la situation
exigeait plutôt qu’il se dépêche. Toutefois, il a fait exprès
d’attendre parce qu’il savait que la résurrection de Lazare
allait être « pour la gloire de Dieu » (Jean 11 : 4).
La patience était un trait de caractère que Joseph a
transmis aux enfants qu’il était responsable d’élever. Jésus
n’était pas le seul à avoir appris de lui. Le frère de Jésus,
Jacques, a dit à ses auditeurs : « Vous savez tout cela, mes
chers frères et sœurs. Mais que chacun de vous soit toujours
prêt à écouter, qu’il ne se hâte pas de parler ni de se mettre en
colère. Car ce n’est pas par la colère qu’un homme accomplit
ce qui est juste aux yeux de Dieu. » (Jacques 1 : 19-20,
BDS). Étant donné que plusieurs hommes dans le Nouveau
Testament se nomment Jacques, pour distinguer le frère de
Jésus, l’histoire du christianisme l’appelle « Jacques, le juste ».
C’est la première description que Matthieu a utilisée pour
qualifier le père de Jacques, Joseph. Il est facile d’imaginer
que Jacques enseigne à son église ce qu’il avait appris de son
père.

III. QUELQUES EXEMPLES NÉGATIFS


La Bible n’est pas simplement un recueil d’histoires de femmes
et d’hommes vertueux. Elle comprend aussi les histoires de
personnes qui ont échoué, et qui ont parfois même échoué
lamentablement.

A. Abraham
On peut parfois avoir l’impression que le récit des héros
bibliques ressemble plutôt à un compte rendu des échecs

161
bibliques ; certains personnages sont à la fois les héros et les
méchants ; ils font parfois preuve d’une confiance et d’une
patience remarquables, mais à d’autres moments, ils font
preuve d’une impatience tout aussi incroyable. Abraham,
qui était de nature très patiente, a dévié un jour de son
comportement habituel. Et cela lui a coûté cher. Comme Sara
était déjà avancée en âge, il a essayé d’accomplir, sans elle,
la promesse de Dieu de lui donner un fils. Ismaël en a été le
fruit.

B. Saül
Le roi Saül connaissait les lois : seuls les sacrificateurs — pas
le roi — pouvaient offrir les sacrifices. Mais un jour, son
impatience a eu des conséquences fatales. Il fallait que le
sacrificateur bénisse le roi et ses troupes, avant qu’ils aillent
au combat ; mais le sacrificateur semblait avoir du retard ce
jour-là. Comme Saül ne voulait pas combattre sans avoir
offert le sacrifice, il s’est dit que la meilleure chose à faire
était de l’offrir lui-même. Sa hâte de passer à l’action s’oppose
à la décision de Joseph d’attendre : l’ange a parlé à Joseph
après que celui-ci ait décidé de méditer sur son plan d’action,
tandis que Samuel a parlé à Saül après que celui-ci ait décidé
de se charger de l’affaire. L’empressement de Saül d’offrir le
sacrifice lui a coûté très cher ; il a conduit à sa perte et à celle
de son fils.

C. Judas
Le nom « Judas » est méprisé dans notre culture. Il rivalise
avec « Hitler » pour le nom le plus détesté du monde
occidental. Mais même après avoir trahi Jésus, qui pourrait
douter que Judas aurait été pardonné par le Christ ressuscité ?

162
Malgré les stigmates associés à Judas, rappelons-nous que ce
dernier s’est rendu auprès des principaux sacrificateurs, après
avoir trahi son maître, et les a suppliés de reprendre les pièces
d’argent et de relâcher Jésus.
D’abord, Judas est allé au temple qui, depuis longtemps,
était l’endroit où se rendait quelqu’un qui avait mauvaise
conscience. Ensuite, devant les sacrificateurs, il a reconnu
avoir livré un homme « innocent », ce qui indique
implicitement qu’il se prononçait lui-même coupable d’avoir
transgressé le neuvième commandement en portant un
faux témoignage contre Jésus. Enfin, ce qui est peut-être
encore plus important, bien que les autres disciples se soient
souvenus de lui comme quelqu’un qui aimait l’argent plus
que toute autre chose, par un geste théâtral, Judas a jeté
l’argent qu’il aimait tant dans le temple, en espérant contre
tout espoir qu’un des principaux sacrificateurs serait pris de
compassion et relâcherait Jésus.
Est-il difficile d’imaginer qu’un homme tel que Judas,
dont les dernières actions montraient parfaitement le
mépris qu’il avait de lui-même, puisse être pardonné ? Jésus
a accordé le pardon à Saul de Tarse, ce meurtrier endurci,
pendant qu’il était en route pour persécuter encore plus
de chrétiens. Comparé à Saul, Judas était un personnage
suscitant davantage la sympathie.
Que dire de Pierre, alors ? Pendant que Pierre niait
même connaître Jésus, Judas était dans le temple en train
de s’opposer à son arrestation. Le premier prétendait ne
pas connaître Jésus, le deuxième avouait non seulement le
connaître, mais il admettait aussi que Jésus était innocent.
Alors pourquoi la grâce n’a-t-elle pas triomphé dans le cas
de Judas ? Pourquoi, dans le livre des Actes, Judas ne se tient-

163
il pas debout avec ses compatriotes le jour de la Pentecôte ?
La triste vérité est simple : Judas n’a pas attendu et n’a jamais
donné à Dieu l’occasion de le pardonner. Judas est sorti et
s’est chargé lui-même de sa culpabilité en allant se pendre.
Que se serait-il passé s’il avait simplement attendu trois jours,
comme Pierre l’a fait ? Sa culpabilité était apparemment trop
forte pour attendre.
Voilà qui nous ramène tout au début. L’horizon de
l’homme patient est plus vaste que celui de l’homme
impatient. Car l’homme patient a confiance que, même
dans les pires circonstances, incluant celles provoquées
par notre propre péché, Dieu, en son temps, transformera
notre défaite en victoire. Retarder tout simplement l’action
— surtout quand on est en colère, confus, blessé ou quand
on a un sentiment de condamnation — peut changer la
façon dont on se souviendra de nous ; entrerons-nous dans
l’histoire comme un « Pierre » ou comme un « Judas » ? Cela
dépend beaucoup de notre patience. La pause que Joseph a
décidé de faire a conduit à l’histoire du Messie. Le refus de
Judas d’attendre pendant sa crise de conscience a dérobé le
Nouveau Testament de ce qui aurait pu être l’histoire de la
démonstration suprême du pardon de Christ.

APPLICATION PERSONNELLE
L’attente n’est jamais une chose agréable. Nous qui avons
grandi dans la culture occidentale accordons beaucoup
d’importance à l’action. On nous apprend à admirer ceux
qui réalisent leurs projets, ceux qui savent saisir l’occasion et
provoquent des changements.
Mais la maturité spirituelle ne peut pas être précipitée.
La patience ne s’obtient pas à petit prix. La discipline de

164
l’attente, non seulement révèle à quel point nous sommes
patients, mais elle nous aide aussi à cultiver la patience.
Dans un monde qui est toujours pressé, apprendre à
attendre n’est pas une perte de temps. L’attente peut, si on le
lui permet, former en nous une patience pieuse.

QUESTIONS DE RÉFLEXION
• Pensez au nombre de fois que vous avez regretté quelque
chose que vous avez dit en hâte. Si vous preniez plus de
temps pour réfléchir avant de parler, auriez-vous moins
de regrets ?
• Une fois que vous croyez avoir le bon plan d’action,
agissez-vous immédiatement, ou pensez-vous que cela
vaut la peine d’attendre avant d’agir, même si vous êtes
sûr que votre décision est la bonne ?
• Le temps est un des « moyens de guérison » que Dieu a
prévus. Est-ce votre devise de ne pas prendre de décision
importante quand vous êtes en colère ou blessé ? Si ce
n’est pas le cas, pourquoi ne pas vous approprier cette
devise ?

165
166
CHAPITRE 11

LA DISCIPLINE
DE LA MÉDITATION

INTRODUCTION
Les Écritures nous encouragent maintes fois à ne pas
simplement lire ou mémoriser la Parole de Dieu, mais à la
méditer. Nos pensées sont en voie de transformation, les
paroles de notre bouche sont en voie de remodelage. La
transformation chrétienne doit être si complète que même
les choses auxquelles on tenait tant doivent être remplacées
par de nouveaux désirs plus saints. Mais ces changements
radicaux et fondamentaux ne peuvent se produire que si l’on
intériorise la Parole.
Le mot « méditation » dont on parle ici ne veut pas dire « se
vider l’esprit » comme le pratiquent les religions orientales. La
méditation dont il est question est plutôt une longue réflexion
systématique et soigneusement considérée d’un certain sujet.
Plus précisément, dans notre contexte, la méditation fait
référence à la connaissance des Écritures, accompagnée de
l’engagement intense de vouloir les appliquer fidèlement à
nos vies et à la vie présente et future de notre communauté.

167
I. UNE CONNAISSANCE APPROFONDIE DES
ÉCRITURES

A. Communion avec les Écritures


Le premier psaume commence de cette façon : « Heureux
l’homme qui ne marche pas selon le conseil des méchants,
Qui ne s’arrête pas sur la voie des pécheurs, Et qui ne
s’assied pas en compagnie des moqueurs, Mais qui trouve
son plaisir dans la loi de l’Éternel, Et qui la médite jour et
nuit ! » (Psaume 1 : 1-2) Le psalmiste était d’avis que la première
chose dont on doit avoir une connaissance approfondie est la
Parole de Dieu.
Contrairement à quelqu’un qui fréquente constamment
des insensés (des méchants, des pécheurs, des moqueurs),
le psalmiste nous dit que l’homme heureux fait de la Parole
de Dieu sa première préoccupation. Au lieu d’avoir des
discussions inutiles avec les impies, l’homme heureux se
réjouit dans les Écritures. Il s’imprègne des échos et des
soupirs des saints prophètes ; il fait de la sagesse des Écritures
ses délices. Les voix des saints hommes du passé lui sont très
familières et lui tiennent compagnie.
Par-dessus tout, sa méditation, ou son étude minutieuse,
des paroles de l’Écriture, est systématique. Il les médite jour
et nuit. En d’autres termes, on ne doit pas méditer la Parole
uniquement pendant la journée, ni seulement après notre
journée de travail. Le psalmiste a essentiellement prononcé
une bénédiction sur quiconque passe sa vie en communion
continue avec les Écritures. Comme un adolescent amoureux
qui ne pense qu’à sa bien-aimée, ou comme un vieil homme,
qui après plusieurs années de silence et de séparation,
revoit et parle à un ami de jeunesse, la personne qui vit en

168
relation constante avec la Parole de Dieu trouvera en elle
une compagne incomparable qui est, à la fois, mystérieuse
et envoûtante tel un premier amour, et familière et naturelle
telle une amie d’enfance.

B. Faire de la Parole de Dieu ses délices


La constance de notre méditation est régie par ce que le
psalmiste appelle notre « plaisir ». L’homme heureux18 est
celui qui prend plaisir dans la Parole. Il est amoureux d’elle ;
aussitôt qu’il a terminé de se concentrer sur la tâche qu’il
devait accomplir, qu’il se remet à penser à la Parole ! Son
esprit gravite autour des Écritures : chaque pensée, tôt ou
tard, est tout naturellement attirée vers la Parole et le Dieu
qui l’a inspirée. Quelqu’un qui est dans un tel état d’esprit ne
pourrait s’empêcher de chérir chaque parole des Écritures,
tout comme un homme amoureux ne pourrait s’empêcher
de mesurer, peser et retourner dans son esprit chaque parole
précieuse de sa bien-aimée. Mais il ne chérit pas simplement
les paroles ; il les examine, il les écoute attentivement pour
découvrir si, derrière leur ton et leur expression subtils, il s’y
cache peut-être un second sens.
Si souvent, nos vies semblent être le contraire de la vie
heureuse. On se retrouve entouré de gens pour qui Dieu est
une pensée après-coup ou pire. Dans le discours public, la
déférence est chose rare, tandis que le dédain est le langage
officiel. Nous sommes appelés à vivre dans ce monde, et nous
ne pouvons pas nous isoler de ceux envers qui nous devons
être le sel et la lumière. Bref, nous n’avons pas le choix de
ce qui se dit autour de nous ; nous pouvons difficilement
contrôler ce que nous entendons. Mais nous avons le choix
18 N.d.T. La version King James (KJV) de la Bible utilise le mot blessed,
signifiant béni.

169
du sujet de notre méditation ; nous pouvons choisir les choses
dans lesquelles nous prenons plaisir.

C. La Parole de Dieu devient notre parole


Les grands poètes du passé se sont souvent accordés à dire
que pour être un grand poète il faut avoir l’habitude de lire,
de vivre, de rêver, de manger et de respirer de la bonne poésie.
Une telle poésie ne consiste pas simplement à avoir de bons
sentiments que l’on traduit ensuite en rimes. Pour être un
bon poète, il faut avoir une extrême sensibilité aux paroles.
Le grand poète choisit ses mots comme un pianiste choisit ses
notes ; une douzaine de mots différents pourraient exprimer
le sens général de sa pensée, mais le bon poète recherche
le mot parfait. Il retourne les mots dans son esprit, pèse et
« goûte » chacun d’entre eux. Un poète n’est pas satisfait de
connaître la définition d’un mot ; il doit en considérer le son :
ses voyelles, ses consonnes, les syllabes et les accents. Il ne
choisit pas simplement le mot ou la phrase exacts en fonction
de ce qu’ils signifient pour lui, mais il perçoit aussi clairement
ce que les autres entendent par ces mots ou par ces phrases.
Donc le jeune poète doit vivre avec la poésie et
continuellement faire le point sur les impressions qu’ont
laissé sur lui les mots des maîtres poètes du passé. Les
rythmes et les images de ces poètes dominent ses rêves. Il
doit se réveiller en entendant de la poésie. Il doit mémoriser
les poèmes célèbres jusqu’à ce qu’il les ait intégrés. Il doit être
si immergé dans la poésie que le langage des grands poètes
commence à déteindre sur son langage habituel, et à changer
sa façon de penser et de parler.
La connaissance minutieuse de l’apprenti poète, qui
l’oblige à explorer les hauteurs et les profondeurs de chaque

170
mot qu’il utilise, est le genre de connaissance qui caractérise
la méditation de la Parole. Lorsque Josué a été appelé à
guider le peuple d’Israël vers la terre promise, il a reçu la
responsabilité d’avoir une connaissance approfondie des
paroles de Moïse : « Que ce livre de la loi ne s’éloigne point de
ta bouche ; médite-le jour et nuit, pour agir fidèlement selon
tout ce qui y est écrit ; car c’est alors que tu auras du succès
dans tes entreprises, c’est alors que tu réussiras. » (Josué 1 : 8)
On pourrait penser que Dieu aurait mieux fait d’ordonner
à Josué de mémoriser des stratégies militaires pour « avoir
du succès ». Après tout, il était le général d’Israël ; il devait
mener une longue campagne militaire pour conquérir le
pays de Canaan, ville par ville. Mais, au contraire, il lui a été
ordonné de méditer la loi pour qu’il puisse y obéir.
La loi n’était pas une liste de tactiques militaires ; elle ne
contenait pas les secrets pour la construction d’armes. Elle
n’incluait pas une liste de techniques d’entraînement. Il n’y
avait même pas de renseignements vitaux sur la configuration
du territoire qu’Israël allait devoir conquérir. Les paroles de
Moïse informaient simplement le lecteur comment avoir
de bons rapports avec les autres, comment gérer sa terre et
ses biens, et comment adorer Dieu. Pourtant le succès de
Josué dépendait entièrement de son obéissance ou de sa
désobéissance à la Parole de Dieu.
Josué devait avoir une connaissance impeccable de la loi
de Moïse au point où celle-ci ne devait pas s’éloigner de sa
bouche, c’est-à-dire que Josué devait parler le langage de la
loi. Les réponses qu’il donnait devaient être tirées de la loi.
Ses louanges et ses remontrances devaient être en accord
avec la loi. Le livre de Josué nous indique que ce dernier

171
s’est minutieusement souvenu de la Parole de Dieu et l’a
soigneusement mise en pratique.
À la fin de sa vie, après des décennies de guerres, de
triomphes et de désastres, les paroles de Josué à Israël sont
étrangement familières : « Appliquez-vous avec force à
observer et à mettre en pratique tout ce qui est écrit dans le
livre de la loi de Moïse, sans vous en détourner ni à droite ni
à gauche. » (Josué 23 : 6) Ces paroles sont presque identiques
aux paroles qu’il avait entendues lui-même quand il était
encore jeune : « Fortifie-toi seulement et aie bon courage, en
agissant fidèlement selon toute la loi que Moïse, mon serviteur,
t’a prescrite ; ne t’en détourne ni à droite ni à gauche, afin de
réussir dans tout ce que tu entreprendras. » (Josué 1 : 7) Il
est, en effet, presque impossible de distinguer les paroles que
Dieu a dites à Josué quand il était encore jeune des paroles
que Josué a lui-même prononcées quand il était vieux.
La méditation des Écritures demande une connaissance
de la Parole si minutieuse que notre langage commence à
changer et à se conformer au langage biblique. Cela ne veut
pas nécessairement dire qu’on va parler en récitant la Parole
mot à mot, en version Louis Segond, mais il faut qu’on puisse
apporter une réponse biblique aux problèmes qui nous
assaillent.

II. UN ENGAGEMENT FERME D’APPLIQUER


FIDÈLEMENT LES ÉCRITURES
Nous avons discuté des caractéristiques principales de
quelqu’un qui médite la Parole de Dieu. Nous allons à présent
examiner comment la méditation des Écritures, à la lumière
de l’Évangile de Christ, peut transformer notre pensée et
nourrir la possibilité de faire des exploits.

172
De nombreuses personnes mémorisent des versets
bibliques, et ceci est recommandable. Mais ce n’est pas
suffisant de mémoriser et de connaître les Écritures. Il faut
s’engager à fidèlement appliquer la connaissance que l’on a
obtenue.
Paul est un exemple à ce niveau-là pour plusieurs raisons,
mais peut-être l’est-il principalement pour son engagement
ferme de méditer les Écritures afin de prouver que Dieu est
fidèle à sa Parole.
Paul a eu du mal à réconcilier les promesses des Écritures
et son appel à évangéliser les Gentils. À un moment dans
sa vie, il voyait ces deux choses comme mutuellement
exclusives. Si la Parole de Dieu (sa loi et ses promesses) était
vraie, alors Israël était exclusivement le peuple de Dieu. Mais
si les Gentils devaient aussi devenir son peuple, alors la Parole
de Dieu n’était pas vraie. Mais lorsqu’il a rencontré le Christ
ressuscité et a reçu son appel, il en est arrivé à la conclusion
que les Gentils devaient, en effet, être inclus dans l’alliance
de Dieu. Alors il a dû se poser la question : « La Parole de
Dieu annoncée à Israël était-elle donc vraie ? » Grâce à la
méditation des Écritures, Paul a fini par faire une découverte
extraordinaire : non seulement Dieu avait réellement accepté
les Gentils, mais il l’avait fait selon sa Parole. Nous allons
suivre cette découverte grâce aux diverses descriptions que
Paul a incluses dans ses lettres.

A. Paul et sa méditation des Écritures


La Bible de Paul. La Bible que possédait Paul ne comprenait
pas les livres et les lettres du Nouveau Testament. Les lettres
de Paul ont été écrites avant que les Évangiles et les autres
documents du Nouveau Testament soient écrits et diffusés.

173
Ce que nous appelons l’Ancien Testament était la Bible
dont Paul disposait. Quand il a écrit que « toute Écriture »
est inspirée de Dieu, il parlait essentiellement des paroles
de l’Ancien Testament. Bien sûr, étant donné que les livres
du Nouveau Testament ont fini par être reconnus comme
Écritures saintes, et leur autorité égale à celle des livres de
l’Ancien Testament, les mots « toute Écriture » désignent
maintenant l’Ancien et le Nouveau Testament. Cependant, il
est important de se rappeler que, lorsque Paul expliquait aux
autres sa rencontre avec le Messie ressuscité, il n’était pas en
possession des Évangiles écrits qu’il pouvait lire et auxquels
il pouvait se référer pour appuyer son témoignage.
Il n’était pas difficile pour Paul d’apporter des preuves
de l’Ancien Testament que Jésus était le Messie. D’autres
prédicateurs chrétiens, notamment Étienne et Philippe,
l’avaient fait avant lui, en disant que la naissance, la crucifixion
et la résurrection de Jésus avaient été prophétisées dans
l’Ancien Testament. De plus, pour attester le fait que Jésus
est Seigneur, Paul disposait non seulement de son propre
témoignage de conversion sur la route de Damas, mais il
avait aussi comme preuve le tombeau toujours vide de Jésus,
à Jérusalem, et plus de cinq cent témoins qui avaient vu le
Christ ressuscité (I Corinthiens 15 : 6).
Voici quelle était la difficulté de Paul : en dépit du fait que
beaucoup disaient que l’Ancien Testament gardait le silence
sur le sujet et même le rejetait catégoriquement, Paul avait
acquis la conviction que les Gentils, grâce au Messie des
Juifs, avaient été réconciliés à Dieu et adoptés dans l’ancienne
alliance abrahamique. Même les apôtres avaient du mal à
saisir les implications de ce nouvel évangile.

174
Paul était le premier à réaliser quelles étaient vraiment
ces implications : il a compris que l’Évangile de Jésus-Christ
a « renversé le mur de séparation » (Éphésiens 2 : 14) entre
les Juifs et les Gentils, et que « les païens sont cohéritiers,
forment un même corps, et participent à la même promesse
en Jésus Christ par l’Évangile » (Éphésiens 3 : 6).
Plusieurs des premiers croyants juifs avaient résisté à cette
notion, et avaient défié Paul de trouver, dans les Écritures, cet
« arrangement » étrange et contre-intuitif. Comme l’a noté
Paul, la plus grande difficulté était que cette « communion »
entre les Juifs et les Gentils dans l’alliance était un « mystère »
qui n’avait « pas été manifesté aux fils des hommes », et qui
avait été « caché de tout temps en Dieu » (Éphésiens 3 : 4-9).
Les compatriotes de Paul craignaient que, si l’Évangile
que celui-ci prêchait était vrai, alors Dieu avait contredit
sa propre Parole en abandonnant les Juifs et en acceptant
les Gentils. Mais Paul était fermement convaincu de deux
choses : premièrement, Dieu restait fidèle à sa Parole, et donc
il restait fidèle au peuple de son alliance, même si celui-ci
lui était infidèle : « Que Dieu, au contraire, soit reconnu
pour vrai, et tout homme pour menteur » (Romains 3 : 4) ;
et deuxièmement, Dieu, par Jésus-Christ, avait eu
l’intention, dès le départ, d’inclure les Gentils dans l’alliance
abrahamique.
Face aux possibilités que soit la Bible avait tort et Dieu était
infidèle à son alliance, soit les interprétations traditionnelles
que lui et ses compatriotes juifs avaient des Écritures étaient
erronées. Paul a choisi d’accepter la deuxième option. Il a
insisté sur le fait que les Écritures ne portaient pas la marque
d’un Dieu qui change d’avis comme le font les hommes, mais
la preuve d’un Dieu à la fidélité immuable.

175
Paul a décidé que si lui et ses compatriotes juifs étaient
incapables de voir, dans les Écritures, une Église formée de
Juifs et de Gentils, c’était parce que la vérité leur était cachée,
tout comme la gloire de Dieu sur le visage de Moïse avait
été cachée aux yeux du peuple par un voile. Les Écritures,
ou ce que nous appelons l’Ancien Testament, devaient rendre
témoignage des intentions de Dieu de former une Église
rassemblant Juifs et Gentils. Pour trouver le plan ultime de
Dieu dans les Écritures, il leur fallait méditer la Parole, et
permettre au Saint-Esprit de leur révéler et leur confirmer le
ministère que Jésus avait confié à Paul.
La lecture révélée des Écritures. C’est exactement ce qui
est arrivé. Paul s’est mis à relire les Écritures d’un autre œil.
De nouveaux types scripturaires ont commencé à ressortir
de passages qu’il connaissait peut-être très bien. Par exemple,
dans l’histoire où Dieu appelle Abraham et conclut avec
lui une alliance (Genèse 12-20), les rabbins considéraient
Abraham comme le père de la nation juive avec qui Dieu
avait exclusivement fait une alliance. Mais Paul comprenait
maintenant que Dieu avait déclaré Abraham juste bien avant
qu’il se soit soumis à la circoncision, que les Juifs orthodoxes
estimaient être le signe de leur élection. Pour Paul, cela ne
voulait dire qu’une chose : Dieu avait orchestré le scénario
de cette histoire d’une main de maître pour jeter les bases
nécessaires à l’inclusion des Gentils dans l’alliance.
Paul avait à présent des « oreilles pour entendre » ce que
l’Esprit disait à travers le placement pertinent de ce passage :
Dieu a déclaré Abraham juste avant qu’il ne soit circoncis
afin qu’il soit le père des fidèles, non seulement des Juifs
circoncis, mais aussi des Gentils incirconcis.

176
Vingt siècles plus tard, il est encore possible de percevoir
l’enthousiasme de Paul lorsqu’il écrivait sur son parchemin
le passage que nous connaissons comme Romains 4 : 11-12 :
« Et il reçut le signe de la circoncision, comme sceau de la
justice qu’il avait obtenue par la foi quand il était incirconcis,
afin d’être le père de tous les incirconcis qui croient, pour que
la justice leur fût aussi imputée, et le père des circoncis, qui
ne sont pas seulement circoncis, mais encore qui marchent
sur les traces de la foi de notre père Abraham quand il était
incirconcis. » Dès le fondement des Écritures juives, à la
genèse même de l’élection d’Israël, se trouve la preuve de la
validité du ministère de Paul auprès des Gentils.
Il a continué à remarquer, tout au long des Écritures,
l’inclusion des Gentils dans l’alliance du salut anticipé. À la fin
de sa lettre aux Romains, Paul cite divers passages stratégiques
de l’Ancien Testament qui mentionnent les nations louant
Dieu. D’abord, dans Romains 15 : 9, Paul cite : « … C’est
pourquoi je te louerai parmi les nations, Et je chanterai à la
gloire de ton nom… » Romains 15 : 9 (Voir II Samuel 22 : 50.)
Dans Romains 15 : 10, il écrit : « Nations, réjouissez-vous
avec son peuple ! » (Voir Deutéronome 32 : 43.) Dans le verset
suivant, il dit : « … Louez le Seigneur, vous toutes les nations,
célébrez-le, vous tous les peuples ! » (Romains 15 : 11) (Voir
Psaume 117 : 1.) Il termine cette série avec Romains 15 : 12 :
« … Il sortira d’Isaï un rejeton, qui se lèvera pour régner sur les
nations ; les nations espéreront en lui. » Romains 15 : 12 (Voir
Ésaïe 11 : 10.)
Dans le passage d’Ésaïe, Paul y a lu quelque chose qui
suggérait que le prophète voyait un moment dans l’avenir
d’Israël où les Gentils accepteraient en premier l’œuvre
souveraine de Dieu. « En ce jour, le rejeton d’Isaï sera là

177
comme une bannière pour les peuples ; Les nations se
tourneront vers lui, Et la gloire sera sa demeure. Dans ce
même temps, le Seigneur étendra une seconde fois sa main,
Pour racheter le reste de son peuple, Dispersé en Assyrie et
en Égypte, à Pathros et en Éthiopie, à Élam, à Schinear et à
Hamath, Et dans les îles de la mer. Il élèvera une bannière
pour les nations, Il rassemblera les exilés d’Israël, Et il
recueillera les dispersés de Juda, Des quatre extrémités de la
terre. » (Ésaïe 11 : 10-12) Encore une fois, pour Paul, l’ordre
des choses est important. D’abord, le « rejeton d’Isaï » viendra
et sera recherché par les nations. Ensuite, le texte mentionne
que Dieu rachètera le reste des justes de son peuple. Puis,
de nouveau, une « bannière » sera élevée pour « les nations »,
terme utilisé en référence aux « Gentils ». Et enfin, il y aura
un rassemblement des « exilés d’Israël ».
Tiraillé, d’un côté, par sa croyance dans la véracité de
la Parole de Dieu, et de l’autre, par son besoin d’expliquer
la raison pour laquelle ces contemporains juifs semblaient,
jusque-là, invalider les Écritures en rejetant leur Messie
tandis qu’une foule de Gentils se tournaient vers lui, Paul
a en fait trouvé dans les écrits des prophètes la description
même de cette situation. Alors qu’il réfléchissait à la terrible
réalité de l’incrédulité de ses compatriotes juifs, il a compris
que les Écritures, si lues de la bonne manière, montraient que
Dieu avait anticipé cet ordre des événements.
L’engagement ferme de Paul l’a mené à méditer davantage
les Écritures. Comme il était tout aussi convaincu que
les promesses de Dieu, envers Israël, étaient intègres, il ne
pouvait pas simplement radier les Juifs et dire que les Gentils
étaient devenus le « nouvel Israël », un substitut pour un
Israël destitué. Le lecteur peut imaginer Paul se concentrer

178
sur la question quand il écrit : « Je dis donc : Dieu a-t-il rejeté
son peuple ? Loin de là ! Car moi aussi je suis Israélite, de la
postérité d’Abraham… Dieu n’a point rejeté son peuple, qu’il
a connu d’avance… » (Romains 11 : 1-2) Paul utilise le terme
« rejeté », ce qui suggère qu’il méditait le Psaume 44 : 9-10,
dans lequel le psalmiste dit : « Nous nous glorifions en Dieu
chaque jour, et nous célébrerons à jamais ton nom. –Pause.
Cependant tu nous repousses, tu nous couvres de honte… »
Paul savait que le sujet de la fidélité de Dieu envers
son peuple avait été abordé auparavant, et il essayait donc
de trouver des réponses dans le passé d’Israël pour l’état
actuel des choses. Paul doit avoir remarqué que le psalmiste,
pendant qu’il se plaignait que Dieu semblait avoir rejeté lui
et son peuple, écrivait aussi : « Notre cœur ne s’est point
détourné… Si nous avions oublié le nom de notre Dieu…
Dieu ne le saurait-il pas … Mais c’est à cause de toi qu’on
nous égorge tous les jours, Qu’on nous regarde comme des
brebis destinées à la boucherie. » (Psaume 44 : 19, 21-23)
Dans ce passage, Paul a certainement remarqué que les
malheurs passés d’Israël pouvaient parfois être attribués non
pas à leur idolâtrie, mais au plan plus vaste de Dieu pour le
salut du monde (« c’est à cause de toi qu’on nous égorge tous
les jours »). Et si cela pouvait expliquer ce qui se passait à
l’époque de Paul ? Dieu était-il en train d’utiliser l’obstination
d’Israël (et non pas leur idolâtrie) de façon constructive ?
Dieu profitait-il de cette occasion pour accomplir son plan
d’inclusion des Gentils dans l’alliance ? En réponse à ces
questions, Paul refuse de croire que l’incrédulité d’Israël soit
le fin mot de l’histoire : « Je dis donc : Est-ce pour tomber
qu’ils ont bronché ? Loin de là ! Mais, par leur chute, le salut

179
est devenu accessible aux païens, afin qu’ils fussent excités à
la jalousie. » (Romains 11 : 11)

B. Le résultat de la méditation de Paul


La méditation de Paul des Écritures a tracé la voie pour un
mouvement sain et prospère. Ces promesses avaient toujours
été dans les Écritures, mais elles étaient voilées. Dieu avait fait,
selon sa Parole, ce qu’il avait dit qu’il ferait : il a appelé Israël à
être une lumière pour les Gentils rebelles, et a utilisé la foi et
la coopération des Gentils comme une occasion de ramener
et de bénir les Juifs rebelles. Si Paul avait continué à lire les
Écritures comme il le faisait avant d’avoir rencontré Christ, et
d’avoir été envoyé vers les Gentils, l’Église serait simplement
restée une branche du judaïsme. Si Paul avait décidé de se
baser uniquement sur le témoignage de sa rencontre avec
Jésus, sans maintenir ses croyances antérieures concernant
la fiabilité des Écritures, le christianisme serait tout juste
devenu une nouvelle religion, un mouvement païen, détaché
de ses racines historiques. Dans un cas comme dans l’autre,
l’Église aurait été dépouillée de son ADN spirituel, et aurait
depuis longtemps disparu dans les oubliettes de l’histoire.

APPLICATION PERSONNELLE
Il ne suffit pas de lire la Bible ; il n’est même pas suffisant de
connaître la Bible. Nos pères dans la foi nous ont enseigné
à méditer la Parole. La méditation de celle-ci purifie notre
esprit, transforme nos pensées, et change la façon dont nous
parlons. La méditation est l’habitude de ceux qui prennent
plaisir à la Parole de Dieu ; elle est la caractéristique de ceux
pour qui toute pensée finit par graviter autour de la Parole.

180
QUESTIONS DE RÉFLEXION
• Autour de quoi vos pensées gravitent-elles ? En d’autres
termes, à quoi pensez-vous quand vous prenez du recul
par rapport à une tâche à effectuer ? Réfléchissez-vous,
dans ces moments, aux Écritures ?
• Si, parmi toutes ses autres tâches importantes, la
responsabilité primordiale de Josué était de méditer
la Parole, par quels moyens pourriez-vous modifier
votre mode de pensée prioritaire pour qu’au milieu des
responsabilités de la vie, la méditation de la Parole soit
considérée comme votre obligation primordiale ?
• Y a-t-il quelque chose qui vous empêche de lire
régulièrement la Bible et de la méditer tout au long de la
journée ?
• Y a-t-il des circonstances dans votre vie qui semblent être
en contradiction directe avec les promesses de Dieu ? Si
oui, êtes-vous déterminé à continuer de croire dans la
fidélité de la Parole de Dieu, et à trouver vos réponses en
elle ?

181
182
CHAPITRE 12

LA DISCIPLINE
DU CONTENTEMENT

INTRODUCTION
On a souvent du mal à s’imaginer qu’un jeune homme de
dix-huit ans peut être satisfait de son sort. Mais Elijah
Goodwin était quelqu’un d’exceptionnel qui, à cet âge-
là, avait découvert la joie du contentement. Tandis que la
plupart des jeunes hommes sont trépidants et ambitieux
quant à leur avenir, Elijah Goodwin avait appris à savourer
chaque instant de la vie tel qu’il se présentait. En 1825, il était
un de ces prédicateurs qui faisait des circuits à cheval dans
l’Ouest américain. Il marchait par la foi quand il voyageait et
prêchait, il sautait pas mal de repas et n’avait pratiquement
rien qui lui appartenait. Prêchant trente-cinq sermons
par mois, à dix-huit endroits différents, répartis sur trois
territoires, E. Goodwin a bien vite remarqué que ses dépenses
dépassaient de loin les dons qu’il recevait.
Un soir, il s’est égaré dans les bois. Incapable de retrouver
son chemin et n’ayant pas l’impression d’être proche d’une
habitation humaine, il s’est résigné à passer la nuit dans
la forêt. Voici ce qu’il a écrit : « J’ai fait un lit de mon tapis
de selle, un oreiller de ma selle, et une couverture de mon

183
manteau. J’ai attaché le cheval à mon bras par sa bride, de
façon à ce que si un ours ou une panthère approchait, mon
cheval s’effraie, tire sur la rêne, et me réveille. La nuit était
assez froide. La première neige de la saison est tombée cette
nuit-là. J’étais près de la (rivière) Patoka ; j’entendais l’eau qui
ruisselait le long de la rive et découlait sur le bois flottant près
de l’endroit où je me trouvais. Alors que j’étais étendu là, je
me suis dit que c’était dommage que toute cette belle musique
soit perdue dans l’air, sans aucune oreille pour l’entendre ou
un cœur humain pour en profiter. »19
L’apôtre Paul l’a dit de cette manière : « j’ai appris â être
content de l’état où je me trouve » (Philippiens 4 : 11). Il est
clair que le jeune Goodwin n’a pas appris le contentement
grâce à d’agréables circonstances. Paul n’a pas appris à être
satisfait sur des terrains de golf ou dans des palais d’ivoire.
Le contentement vient de Dieu et ne dérive pas de nos
circonstances. Certaines personnes qui vivent dans le luxe se
plaignent d’être très malheureuses. Le mécontentement est
un péché. La satisfaction est la marque d’un caractère pieux.
La société occidentale alimente le mécontentement. Les
enfants ne sont pas satisfaits s’ils n’ont pas les tout nouveaux
jouets qu’ils voient sur les annonces publicitaires. L’homme
de la famille n’est pas content de conduire un véhicule
à essence parce que les « vrais hommes » conduisent des
camions diesel. La société rend les femmes mécontentes
et gênées par leur apparence, par la couleur de leurs
cheveux, par leur poids, ou par tout changement naturel qui

19 N.d.T. L’article en anglais a été publié dans le magazine Leadership par


James Berkley, en automne 1988, sous le titre « Contentment for a Poor
Itinerant Preacher » traduit « La satisfaction pour un pauvre prédicateur
itinérant ».

184
se produit dans leur corps. Même les jeunes hommes sont de
plus en plus attentifs aux tendances de la mode.
En fait, la culture américaine est bâtie sur le consumérisme
— la poursuite incessante d’une nouvelle chose. Cela n’a
aucun lien avec l’acquisition de ce qui est meilleur. Dans la
ruée pour le neuf et le chic, les gens finissent souvent par jeter
des choses qui sont encore opérationnelles et remplissent
toujours bien leur fonction. Au lieu de se poser la question
« Cet objet fonctionne-t-il encore ? », on se demande si la
couleur est toujours à la mode. Les hommes échangent leur
véhicule parce que celui qu’ils ont est démodé. Les femmes
se débarrassent de vêtements à peine portés parce qu’elles
veulent qu’on les voie dans des habits dernier cri.
Tout comme un aigle chauve qui construirait son nid
dans un arbre le long de Madison Avenue à New York 20, un
enfant de Dieu qui est satisfait ne passe pas inaperçu. Le
contentement est quelque chose de tellement rare que les gens
le remarquent souvent et y portent attention. Cependant, le
contentement n’est pas uniquement une discipline, mais il
est aussi la preuve que d’autres disciplines sont bien ancrées
dans nos vies.
L’enfant boudait dans son coin, frustré et déçu. Les
cadeaux de Noël qu’il avait reçus étaient bien, mais pas ce à
quoi il s’attendait. Il avait regardé la pile de cadeaux pendant
des semaines, et il avait imaginé recevoir un quadri rotor
avec caméra HD qui transmet les images en direct sur la
télécommande. C’était ce qu’il avait toujours voulu — depuis
qu’il avait reçu le dernier gadget qu’il avait toujours désiré.
Mais au lieu du jouet tant attendu, il avait eu des chaussettes
aux couleurs vibrantes, un modèle réduit de camion à
20 N.d.T. Avenue de Manhattan où l’on retrouve de nombreuses
enseignes de luxe.

185
construire, une lampe de poche avec une trousse de survie
à l’intérieur, et un nouveau manteau. « Nul, nul, nul ! », se
disait-il. Il n’était pas content des belles choses qu’il avait
reçues parce qu’elles étaient loin d’être à la hauteur de ce
qu’il pensait mériter.
Tout le monde désire être content. On veut être heureux
et satisfaits dans la vie — c’est tout naturel. G.K. Chesterton
a dit ceci : « Il y a deux façons de posséder suffisamment de
choses ; soit on continue à les accumuler, soit on en désire
moins. » Jésus avait une simple solution. Il nous a enseigné à
arrêter de penser aux affaires de ce monde. Il nous a ordonné de
ne pas être anxieux ou de ne pas nous inquiéter des questions
telles que « Que mangerons-nous ? Que boirons-nous ? De
quoi serons-nous vêtus ? Matthieu 6 : 31) Même à l’époque
de Jésus, le consumérisme détruisait le contentement. « Car
toutes ces choses, ce sont les païens qui les recherchent », a dit
Jésus. Mais il a fait une promesse au peuple de Dieu : « Votre
Père céleste sait que vous en avez besoin » (Matthieu 6 : 32).
Pour être contents, nous devons d’abord réaliser que celui
qui pourvoit à nos besoins connaît ceux-ci. Nous pouvons
être rassurés que celui qui nous aime prendra soin de
nous ; nous n’avons pas à vivre dans le désespoir. Au lieu
de rechercher la dernière mode ou de nous inquiéter de nos
besoins quotidiens, nous devrions « chercher premièrement
le royaume et la justice de Dieu ; et toutes ces choses [nous]21
seront données par-dessus » (Matthieu 6 : 33).
Arrêtons de nous inquiéter. Là est la caractéristique
principale d’un enfant de Dieu. Nous n’avons plus à craindre
de manquer de quelque chose, et nous ne sommes plus
obligés d’aller à la poursuite inutile de la prochaine grande
21 N.d.t. Les mots entre crochets [ ] ont été adaptés pour une lecture
plus aisée.

186
nouveauté. Jésus enseignait à ses auditeurs à ne pas s’inquiéter
du lendemain. Il leur a dit : « … le lendemain aura soin de
lui-même. À chaque jour suffit sa peine » (Matthieu 6 : 34).
Bien que ce soit un bon conseil, beaucoup ont encore du mal
à le mettre en pratique.
La clé du contentement est la discipline de l’humilité. Les
gens humbles sont satisfaits, peu importe la situation dans
laquelle ils se trouvent. Je ne veux pas dire que les gens humbles
sont fainéants ou qu’ils n’essaient jamais de s’améliorer. Au
lieu d’être habillé à la dernière mode, l’enfant de Dieu devrait
se revêtir « d’humilité ; car Dieu résiste aux orgueilleux, mais
il fait grâce aux humbles » (I Pierre 5 : 5). Après avoir donné
le commandement « humiliez-vous donc sous la puissante
main de Dieu, » l’auteur explique qu’on l’accomplit en nous
déchargeant « sur lui de tous [nos] soucis, car lui-même prend
soin de [nous] » (I Pierre 5 : 6-7). L’humilité n’essaie pas de
garder une certaine image personnelle, car elle se préoccupe
plutôt des autres ; c’est pourquoi l’humilité peut être content
dans toute situation. L’humilité donne tandis que l’orgueil
prend. L’humilité recherche le bien des autres tandis que
l’orgueil recherche son propre bien. Le contentement ne peut
pas coexister avec l’orgueil.

I. LA RECOMMANDATION DE PAUL POUR ARRIVER


AU CONTENTEMENT
Les gens les plus satisfaits sont souvent ceux qui ont fait le
plus de sacrifices. Ils ont appris à se contenter de quasiment
rien. Ce n’est pas parce qu’ils n’aimeraient pas avoir un
certain confort et un peu de superflus, mais parce qu’ils
ont réalisé que le luxe et le plaisir ne sont pas essentiels au
bonheur. C’est un esprit joyeux qui rend la vie somptueuse.

187
Paul était du nombre de ceux qui ont tout abandonné pour
la cause de Christ. On peut apprendre de lui les principes du
contentement.

A. Ne vous inquiétez pas


Paul a dit : « Ne vous inquiétez de rien » (Philippiens 4 : 6).
Une des clés du contentement est de ne pas s’inquiéter. Quand
on s’inquiète, on essaie de se mettre à la place de Dieu sans
en avoir sa puissance. On essaie de voir l’avenir et d’imaginer
tout ce qui pourrait aller de travers, tout en étant impuissants
de changer quoi que ce soit. Au lieu de nous mettre à la place
de Dieu, nous devrions lui amener tous nos besoins « par des
prières et des supplications » (Philippiens 4 : 6).
L’univers est infiniment grand, comprenant des millions
de galaxies et des milliards d’étoiles. Quelque part au milieu
de cette merveilleuse création se trouve une certaine galaxie
appelée la Voie lactée. Au bout d’une des extensions de cette
spirale d’étoiles est suspendu notre petit système solaire.
Dans ce qui semble être un emplacement arbitraire, nous
retrouvons la Terre, logée entre les orbites d’autres planètes
de tailles et de textures variées. Sur notre planète, couverte
en grande partie d’eau, émergent des masses terrestres sur
lesquelles vivent de nombreuses créatures y compris les
humains. Dieu a choisi de concentrer son attention et son
énergie sur les humains qu’il a formés à partir de la terre
même qu’ils occupent.
Si la Terre ou la lune sortaient de leur orbite ne fût-ce
que légèrement, la vie cesserait d’exister. Dieu se soucie non
seulement des humains, mais il tient même compte de chaque
passereau qui meurt. Toutefois, les humains ont tendance à
fixer leur attention sur les choses de cette Terre, de laquelle

188
ils ont été tirés, au lieu de se tourner vers leur Créateur qui
maintient l’ordre des choses.

B. Priez pour les besoins


Vivre sur la planète Terre n’était pas notre idée. Dieu nous
a placés ici et il connaît les plans qu’il a pour nous. Il nous
connaît et s’intéresse à nous. Il se soucie de ce qui nous
préoccupe. C’est pourquoi nous venons à lui par la prière.
Au lieu de prier : « Ô, Seigneur, je ne sais pas d’où viendra
l’argent dont j’ai besoin ! » nous devrions dire : « Seigneur
Jésus, je te remercie parce que tu feras en sorte que cette
facture soit payée. » Ensuite, arrêtons d’y penser jusqu’au
moment de le remercier d’avoir pourvu l’argent nécessaire,
soit par un emploi supplémentaire ou par un don reçu dans
le courrier.
Ou encore, de manière plus pratique, on ne devrait pas
prier : « Seigneur ! J’ai besoin de patience ! Sur le champ ! » On
devrait plutôt dire : « Bon, Seigneur, je ne sais plus quoi faire
dans cette situation. Je te remercie de me donner la patience
dont j’ai besoin. Tu es le Dieu qui pourvoit à tous mes besoins,
et ceci est un besoin. Merci d’y prêter attention. » Ensuite, on
devrait passer du temps à remercier Dieu et à se souvenir
des prières qu’il a déjà exaucées. Racontons-les également à
nos enfants, pour qu’ils en gardent le souvenir. Chantons un
chant d’adoration.
Les prières affolées peuvent nous laisser encore plus
désespérés qu’avant de les avoir prononcées. Remarquez
que le commandement « ne vous inquiétez de rien » précède
celui qui dit « faites connaître vos besoins à Dieu par des
prières ». Nous ne devons pas prier avec anxiété, mais avec
foi. La foi ne dit pas : « Je ne sais pas, Seigneur, ce que je vais

189
faire. J’essaie de mon mieux, mais tout ça est tout simplement
catastrophique. Je ne pense pas m’être jamais senti aussi
bas. C’est terrible ! » La foi dit plutôt : « Seigneur, je me sens
dépassé en ce moment, mais je sais que tu comprends mon
besoin avant même que je le mentionne. Mes problèmes sont
aussi les tiens parce que je suis ton enfant. Je te remercie pour
ton aide dans cette situation. »

C. Priez avec reconnaissance


Cette situation est réellement arrivée à une jeune mère
pendant qu’elle cherchait le Seigneur :

Toc-toc-toc. On frappait à la porte de la chambre.


- Oui ? a demandé la jeune mère en se tournant vers le
son.
- Je peux avoir une pomme ? lui a demandé son enfant
de cinq ans.
- Donne-moi une minute. J’ai presque fini.
Et elle s’est remise à prier. Mais presque aussitôt, elle entend :
Toc-toc-toc.
- Oui ?
- Je peux avoir une pomme ?
Cette fois-ci, la mère a hésité, se demandant si l’enfant ne
l’aurait pas entendue la première fois.
Euh… oui, donne-moi une minute.
- Toc-toc-toc.
- Quoi ?! s’est-elle exclamée, maintenant frustrée.
- Je peux avoir une pomme ? a demandé le petit de sa
voix tout aussi innocente que la première fois.
- Donne-moi juste une minute, s’il te plaît. Je serai là
dans un instant.

190
Elle a rebaissé la tête pour prier les cinq dernières minutes
qu’il lui restait, pour atteindre son quota, quand le Seigneur
lui a parlé : « Tu me supplies pour des choses que je t’ai déjà
promises. Au lieu de continuer à me les demander, apprends
à me remercier avant même qu’elles ne s’accomplissent. » La
vie de prière de cette maman n’a plus jamais été la même. Et
son petit a enfin reçu sa pomme.
Lorsque nous apprenons à tout faire « par des prières et
des supplications, avec des actions de grâces », c’est alors que
nous ferons l’expérience de cette promesse : « Et la paix de
Dieu, qui surpasse toute intelligence, gardera vos cœurs et
vos pensées en Jésus Christ. » (Philippiens 4 : 7) Quand nous
prenons un moment pour appliquer cette promesse biblique,
nous ressentons la paix protectrice de Dieu envelopper nos
cœurs. Il nous suffit de présenter nos soucis du moment à
Dieu, et de le remercier de nous avoir déjà entendus et d’avoir
déjà pourvu une solution. Après avoir fait notre requête
initiale au Seigneur, il nous reste à le remercier, chaque jour,
de pourvoir une solution à notre problème et de se charger
de la situation. Ce qui est déjà accompli dans le domaine
spirituel s’accomplira bientôt dans le naturel.
Cette jeune mère a appris cette leçon lors d’une situation
difficile. Son corps était secoué par des sanglots silencieux
alors que, de la salle d’attente des urgences, elle entendait,
venant des haut-parleurs, une voix qui semblait hurler les
mots : « Code bleu, chambre 22 ! Code bleu, chambre 22 ! »
La maman priait, comme Anne avait prié dans le temple,
avec un tel désarroi qu’aucun son ne sortait de sa bouche.
« Seigneur Jésus, elle est ton enfant. C’était un honneur et
une bénédiction que tu me l’aies confiée ces trois derniers
mois. Je n’aurais pas pu demander un bébé plus précieux

191
qu’elle. Cependant, si tu la veux, elle est à toi. » En dedans
de quelques minutes, le bébé était transporté par avion à
l’hôpital pour enfants malades.
Lorsque les parents sont arrivés sur place, quelque
chose avait changé. La détresse, l’anxiété, et l’extrême peur
semblaient s’être dissipées. La mère pensait que son bébé
était mort ou sur le point de mourir et avait peu de foi dans
les médecins. Pourtant, elle était parfaitement en paix.
Cela ne faisait pas de sens. Comment était-ce possible ?
C’est la pire crainte, le pire cauchemar pour une mère de
perdre un enfant, pourtant elle était calme comme si c’était
tout à fait normal. N’avait-elle pas de cœur ? Ce n’était
pas du tout cela. Quelques années auparavant, quand son
petit lui avait demandé trois fois la permission d’avoir une
pomme, cette maman avait appris à remercier Dieu pour
la réponse, au lieu de le supplier ou d’exiger de lui. Elle ne
s’était jamais imaginé qu’un jour elle se trouverait dans
de graves circonstances, cependant elle vivait, à présent,
personnellement la vérité d’un autre verset.
Quand un croyant prie avec reconnaissance, donnant
à Dieu la gloire qui lui est due malgré les circonstances,
le Seigneur lui donnera une paix qui dépassera tout
entendement. La situation changera-t-elle ? Peut-être, mais
peut-être pas. Les circonstances n’ont pas d’importance.
C’est notre adoration et notre louange qui importent. On
peut faire face à tout quand on a la paix de Dieu. Pensez un
peu aux merveilleuses histoires que nous pouvons raconter
à nos enfants et à nos petits-enfants des grandes choses que
Dieu a faites pour nous et fera aussi pour eux.
Nous faisons tous face à des situations dans la vie où ces
principes sont cruciaux. Nous devons les apprendre si nous

192
voulons profiter de la vie. Mais curieusement, cela ne s’arrête
pas là. Nous avons prié, nous l’avons remercié, et nous avons
reçu sa paix ; que pourrait-il y avoir de plus ?

D. Pensez
La dépression l’enveloppait comme un lourd manteau
trempé de poison. Elle la menaçait de la saigner à blanc. La
peur s’emparait d’elle si vite qu’elle avait à peine la possibilité
de s’accrocher à la réalité. Ce serait si facile de se laisser aller,
de pleurer ou de hurler. Son mari et ses enfants étaient partis
faire un petit voyage. Elle avait envie de supplier Dieu de
sauver la vie de ses enfants parce qu’elle craignait qu’ils ne
soient en danger. Cependant, elle savait que cela ne servirait à
rien ; il n’y avait pas de problèmes avec ses enfants. Son corps
était paniqué et son esprit lui disait que le danger rôdait aux
alentours. Elle pouvait entendre sa fille, en larmes, l’appeler
et lui dire qu’ils avaient été victimes d’un grave accident et
qu’elle « était la seule à en avoir échappé pour lui en apporter
la nouvelle ».
Elle n’a pas pleuré, supplié Dieu ou hurlé. Elle avait
bien appris ses leçons, au fil des années, pour ce moment
précis. Elle ne s’était jamais doutée qu’un jour elle serait aux
prises avec la dépression. Cependant, plutôt que de céder
aux changements chimiques dans son corps, elle a pris ses
pensées en main. Elle a calmement baissé la tête, et elle a
prié : « Seigneur Jésus, je sais que tu maîtrises la situation. Je
suis consciente que les choses sont assez embrouillées dans
mon corps en ce moment, et que j’ai des craintes inutiles. Je
te remercie, Jésus, d’être avec moi. Je te remercie qu’il n’y a
rien de mal ; tout va bien. Rien n’est arrivé à mon mari et à
mes enfants. »

193
Elle a ensuite récité Philippiens 4 : 8 que sa mère lui
avait appris bien des années auparavant : « Au reste, frères,
que tout ce qui est vrai, tout ce qui est honorable, tout ce
qui est juste, tout ce qui est pur, tout ce qui est aimable, tout
ce qui mérite l’approbation, ce qui est vertueux et digne de
louange, soit l’objet de vos pensées. » La Parole de Dieu est
puissante. Après avoir récité ce verset pour la troisième fois,
la dépression s’est dissipée et la crainte s’est effacée.
Le téléphone s’est alors mis à sonner. Le numéro de son
mari apparaissait à l’écran.
La peur a tenté de reprendre le dessus, mais elle lui a
résisté ! Cette femme a refusé d’échanger sa paix contre la
crainte !
« Allô ? »
« Salut, maman ! » C’était son fils qui l’appelait. Il lui a posé
une simple question avant de retourner à ses occupations.
Il n’y avait rien de mal. Pendant tout ce temps, il n’y avait
rien eu à craindre. Le seul remède de cette femme avait été la
Parole vivante et puissante de Dieu.
Nous vivons dans un monde où la peur nous entoure de
partout : les actualités négatives, des membres de la famille
qui sont malades, des problèmes à la maison, la menace de
perdre son emploi, les problèmes politiques, etc. On doit faire
un effort pour penser aux choses qui sont pures, saines, et
édifiantes. Au lieu de parler des choses négatives qui ont lieu
au travail, on parle des choses positives que Dieu fait. Au lieu
de nous plaindre de nos problèmes et de nos inquiétudes,
nous parlons de la vérité et de l’amour. Les diverses formes
de média publient un torrent incessant de tristesse. Même les
stations météorologiques semblent se concentrer sur les effets
mélancoliques du mauvais temps plutôt que sur la beauté du

194
soleil qui brille quelque part dans le monde. Les humains
déchus ont tendance à favoriser le négatif. Mais ceux qui ont
été ressuscités avec Christ devraient être connus pour leurs
conversations édifiantes et constructives.
Quand un enfant de Dieu commence à sentir la pesanteur
de la vie et à avoir des sentiments d’impuissance vis-à-vis de
ce monde qui va à sa perte, il devrait réciter Philippiens 4 : 8.
Ce n’est pas pour dire que la dépression clinique n’est pas
réelle. Toutefois, tout comme nous prions pour la guérison
d’un os fracturé, nous pouvons prier pour la guérison de nos
fonctions cérébrales. Le Seigneur est celui qui nous guérit.

E. Mettez-le en pratique
Bien sûr, non seulement nous prions avec reconnaissance
et remplissons nos pensées des choses d’en haut, mais nous
vivons une vie en harmonie avec les enseignements de notre
Seigneur. Paul a dit à ses lecteurs, « Pratiquez-le ! » (Voir
Philippiens 4 : 9.) Lorsque nous mettons en pratique la vérité
que nous connaissons, nous ressentons la paix. Lorsque nous
obéissons aux commandements bibliques de se montrer
aimables, de prêcher l’Évangile, et d’aimer les autres, nous
obtenons la paix.

II. LES LEÇONS APPRISES DE LA VIE DE PAUL


Dans II Corinthiens 11 : 24-28, Paul raconte certaines
circonstances dans lesquelles il s’est trouvé. Pourtant il a
continué à vivre pour Dieu, sans jamais chanceler, mais en
restant fort. L’homme qui a dit « Suivez donc mon exemple ! »
savait de quoi il parlait. (Voir I Corinthiens 11 : 1.) Il avait
survécu à des tempêtes en mer potentiellement mortelles ;
il avait connu la faim et la soif, il avait été lapidé jusqu’au

195
point de la mort, et il avait été battu plusieurs fois. Les
secrets de Paul, pour rester sain d’esprit, se trouvent dans
Philippiens 4 : 6-8.
Il y aura toujours des problèmes, aussi longtemps qu’il y
aura des gens. Mais le jour où on sera sur notre lit de mort,
on ne se dira pas qu’on aurait dû s’inquiéter ou paniquer
davantage. Tout le contraire. On passera en revue nos vies
et on réalisera que toutes les situations semblent avoir été
réglées d’une manière ou d’une autre. Nous pouvons profiter
de la vie sachant que, non seulement, les choses finissent
par s’arranger d’elles-mêmes, mais aussi que nous avons un
Seigneur qui nous aime et qui fait en sorte que toutes choses
concourent à notre bien.

A. Être dans le besoin


Nous citons volontiers Philippiens 4 : 13 sans savoir ou
comprendre ce qu’il a fallu à Paul pour obtenir cette force.
Paul n’était pas surhumain. Dans notre petit monde idéal,
nous n’aimons pas admettre qu’il n’y a rien de mal à manquer
de quelque chose ; parfois, on doit jeûner par nécessité ; on n’a
pas d’argent supplémentaire à dépenser pour se faire plaisir ;
on doit se contenter de nos vieilles chaussures pendant
encore un moment, même si on a envie de changer de style.
Nous considérons trop de choses comme vitales. Plusieurs
fois, Paul s’est trouvé dans le besoin et il a fini par en sortir.
La joie ne dépend pas des événements. Margaret Lee
Runbeck a dit un jour : « Le bonheur n’est pas une destination
à atteindre, mais une façon de voyager. » Le Seigneur nous
offre la paix et la joie pendant notre trajet ici-bas.

196
B. Être dans l’abondance
En toutes circonstances, nous pouvons être contents.
Le bonheur consiste en partie à réaliser combien nous
sommes bénis. Plutôt que de nous plaindre de ne pas avoir
de chaussures, nous devrions être reconnaissants d’avoir
au moins des pieds. Nous devons parfois traverser des
difficultés dans la vie pour pouvoir réellement apprécier nos
bénédictions.
Il était un jour un fermier qui est allé se plaindre auprès
de son pasteur au sujet de sa vie familiale. Il ne la supportait
plus. Sa femme et ses enfants prenaient toute la place dans la
maison et, en plus, la belle-mère allait venir vivre avec eux.
- Avez-vous un coq ? lui a demandé le pasteur.
- Bien sûr que j’en ai un, lui a répondu le fermier.
- Laissez-le donc vivre avec vous, dans la maison, lui a
suggéré le pasteur.
L’homme a tout bonnement accepté la suggestion de l’homme
de Dieu, et il y a obéi. La semaine suivante, il est retourné
voir le pasteur.
- Révérend, ce coq a fait un gâchis. Avoir cette boîte à
bruit dans la maison n’a rien arrangé !
- Avez-vous des chèvres ? lui tout bonnement demandé
le pasteur.
- Eh bien, oui, j’en ai.
- Laissez-les donc vivre aussi avec vous.
C’est ce qu’a fait le fermier. Une semaine plus tard, il était de
nouveau chez le pasteur.
–– Pasteur, votre idée ne marche pas. C’est horrible de
vivre avec des chèvres. C’était la pire semaine de ma
vie ! Êtes-vous sûr que vous recevez votre sagesse de
Dieu ?

197
- Avez-vous une vache ?
- Bien sûr.
- Faites-la aussi rentrer chez vous, et qu’elle y vive.
Furieux, le fermier est précipitamment sorti pour obéir à
une autre suggestion farfelue du pasteur et le satisfaire. La
semaine d’après, le fermier était bouillant de colère et prêt à
éclater.
- C’est la chose la plus stupide que j’aie jamais faite. Si
le ministère de la Santé apprenait que je garde un coq,
des chèvres et une vache dans ma maison, je serais…
je serais…
- Eh bien, faites-les sortir de votre maison, lui a suggéré
le pasteur.
- C’est tout ? Il faut juste que je les fasse sortir ?
- Exactement.
- Je vais le faire tout de suite.
Une semaine plus tard, le pasteur est passé le voir à la ferme.
- Bonjour, Pasteur, lui a dit le fermier d’une voix gaie.
- Alors, comment va votre vie familiale ? lui a demandé
le pasteur.
- Géniale ; tout simplement géniale. Je ne m’étais
jamais rendu compte de tout l’espace qu’on avait chez
nous jusqu’à ce que je fasse sortir tous les animaux.
Depuis, c’est tellement paisible et calme, et c’est un
tel plaisir de pouvoir tout simplement se retrouver en
famille.

C. Recevoir la force du Seigneur pour les deux extrêmes


La plupart d’entre nous vont expérimenter les deux côtés de
la vie : les hauts et les bas. La clé pour bénéficier d’une vie
joyeuse est d’apprendre à trouver le contentement à la fois

198
sur les sommets de la vie et dans ses vallées. Paul avait appris
à être content en toutes circonstances (Philippiens 4 : 11).
Chaque croyant doit également découvrir comment vivre de
cette façon.

APPLICATION PERSONNELLE
Les gens orgueilleux sont souvent mécontents. Pour être
véritablement contents dans la vie, on doit se préoccuper de
choses plus importantes que notre propre personne. Pour
vaincre le désir continuel d’acquérir plus de biens matériels
ou de meilleures situations, on peut donner. Donnez aux
autres du peu que vous avez et apprenez à apprécier ce qu’il
vous reste.
Lors d’une entrevue, Mère Teresa a déclaré qu’il y avait
une immense liberté de donner tout ce que vous avez aux
autres. Devenir volontairement pauvre est une idée que la
plupart des gens ne peuvent concevoir, mais ceux qui ont tout
sacrifié, comme Paul, découvrent la joie du contentement
qui ne se trouve pas dans les centres commerciaux ou sur
amazon.com.
Le légendaire roi Midas pensait qu’il serait content s’il
pouvait obtenir un peu plus d’or. Cependant, il s’est vite
rendu compte que le don de transformer tout ce qu’il touchait
en or le dérobait de ce qui était le plus précieux : ses amitiés et
sa famille. L’esprit de convoitise ne rend personne heureux.
Désirer sans cesse une vie meilleure ne rend pas la vie plus
belle.
Un homme était assis sur une jetée et pêchait dans
les eaux de l’océan. Un autre homme dans un yacht s’est
approché de l’endroit.

199
- Avez-vous attrapé quelque chose ? lui a-t-il demandé.
L’homme assis sur le quai a soulevé son accroche poissons et
lui en a montré plusieurs d’une grande taille.
- Ouah, vous êtes vraiment un bon pêcheur.
- Merci.
- Vous devriez commencer à vendre votre poisson et
vous acheter un bateau.
- Pourquoi ?
- Pour attraper plus de poissons.
- Et j’en ferais quoi après ?
- Vous pourriez acheter encore plus de bateaux. Vous
pourriez même avoir toute une flotte de bateaux de
pêche.
- Pourquoi ?
- Vous auriez alors plein d’argent, comme moi, lui a
répondu l’homme dans le yacht.
- Vous pourriez vivre une vie de rêves. Vous pourriez
vous relaxer et vous amuser.
- C’est déjà ce que je fais, lui a répondu l’homme en
lançant de nouveau sa ligne de pêche.

La prochaine augmentation de salaire, un déménagement,


ou une meilleure église sont des appâts chimériques qui
nous poussent à penser qu’on trouvera le bonheur. Mais le
contentement se trouve dans le Seigneur tandis que nous
nous efforçons de rendre la vie meilleure aux autres. Si nous
cherchons continuellement notre propre satisfaction, nous ne
serons pas joyeux ; nous allons plutôt remarquer davantage
ce qu’il nous manque. Par contre, quand nous subvenons aux
besoins d’autrui, nous apprenons à apprécier ce que nous
avons, et aussi à être plus prévenants à l’égard des autres.

200
Une vie de contentement commence dans le cœur, à
mesure que nous apprenons à ne nous inquiéter de rien et
à apporter tous nos besoins au Seigneur, par la prière, avec
actions de grâce parce qu’il va s’en charger. Tous les jours,
on se remplit l’esprit de pensées régénératrices plutôt que de
pensées effroyables et négatives. Vivre humblement et garder
nos pensées sur la Parole de Dieu sont les ingrédients parfaits
pour obtenir un cœur satisfait.

QUESTIONS DE RÉFLEXION
• Quelles épreuves avez-vous vécues qui vous ont rendues
reconnaissantes pour d’autres aspects de votre vie ?
• Comment la générosité et la prévenance à l’égard des
autres peuvent-elles rendre quelqu’un plus content ?
• Aujourd’hui, quelle prière pouvez-vous déjà remercier
Dieu d’avoir exaucée ? Comment cela fortifie-t-il votre foi
et vous donne-t-il la paix dans cette situation ?
• Comment avez-vous appris, dans le Seigneur, à vous
accommoder aussi bien dans le besoin que dans
l’abondance ?

201
202
CHAPITRE 13

DES CHRÉTIENS EFFICACES


QUI PORTENT DES FRUITS

INTRODUCTION
En quelque sorte, ce livre a un peu été comme une étude de
mathématiques fondamentales — soustraction, addition,
multiplication et division. Nous avons étudié des disciplines
dans lesquelles il faut soustraire certains comportements
charnels et ajouter des pratiques qui contribuent à notre
développement spirituel. En fin de compte, si les gens mettent
en pratique les diverses disciplines étudiées, on aura pour
résultat la multiplication des fruits spirituels, et on limitera
considérablement les divisions au sein du corps de Christ.
Quel sera le résultat final ? Nous deviendrons certainement
des chrétiens efficaces et nous porterons des fruits en accord
avec la volonté de Dieu.
Avant que quelqu’un puisse produire du fruit spirituel,
il faut qu’il ait expérimenté une naissance et une croissance
spirituelles. Les bébés ne sont pas capables de se reproduire ;
les arbres immatures ne peuvent pas porter du fruit. Les
processus de production et de reproduction de fruits sont
réservés à ceux qui sont matures. Il en est de même au niveau
spirituel ; les gens porteront du fruit spirituel une fois qu’ils

203
auront expérimenté la nouvelle naissance en Christ et qu’ils
chercheront à grandir en lui et au sein de son corps, l’Église.
Ce n’est pas nécessairement une entreprise de longue haleine
pour les chrétiens, mais elle demande une certaine action.
Bien que porter du fruit soit réservé à ceux qui sont
matures, tout croyant en bonne santé spirituelle et qui
grandit normalement devrait porter du fruit. Le fruit est la
preuve que la plante grandit et mûrit. Porter du fruit est un
processus normal et attendu chez un chrétien, comme Jésus
l’a illustré dans cette parabole.

Il dit aussi cette parabole : Un homme avait un figuier


planté dans sa vigne. Il vint pour y chercher du fruit,
et il n’en trouva point. Alors il dit au vigneron : Voilà
trois ans que je viens chercher du fruit à ce figuier,
et je n’en trouve point. Coupe-le : pourquoi occupe-
t-il la terre inutilement ? Le vigneron lui répondit :
Seigneur, laisse-le encore cette année ; je creuserai
tout autour, et j’y mettrai du fumier. Peut-être à
l’avenir donnera-t-il du fruit ; sinon, tu le couperas.
(Luc 13 : 6-9)

En tant que chrétiens, nous avons l’occasion et la


responsabilité d’expérimenter quotidiennement une relation
dynamique et croissante avec Jésus-Christ. C’est le genre de
vie qui aura pour résultat la production de fruit spirituel et
qui sera efficace dans le Royaume de Dieu.

I. DE GRANDES ET PRÉCIEUSES PROMESSES


Pierre a commencé sa deuxième lettre en faisant référence
à l’expérience merveilleuse du salut, commune à tous les

204
croyants (II Pierre 1 : 1-4). Il a fait plusieurs commentaires
subtils, mais précis en rapport avec l’expérience du salut :

1. Nous avons reçu une même foi par la justice de


notre Dieu ;
2. La grâce et la paix nous sont multipliées par la
connaissance de Dieu ;
3. Nous sommes rentrés en contact avec la puissance
divine de Dieu ;
4. Dieu nous donne tout ce qui contribue à la vie et
à la piété ;
5. Dieu nous appelle à la gloire et à la vertu ;
6. Nous avons reçu de grandes et précieuses
promesses ;
7. Nous avons l’occasion de devenir participants de
la nature divine ;
8. Nous avons le moyen de fuir la corruption du
monde.

Ces points se réfèrent à tout ce que nous avons reçu grâce


à l’expérience rédemptrice en Jésus-Christ. Avant de pouvoir
croître dans la grâce de Dieu et porter du fruit, nous devons
faire l’expérience de la nouvelle naissance, qui est un don
merveilleux et précieux de Dieu et qui nous permet d’être
conformes à son caractère.

A. Le salut est un don de Dieu

Car le salaire du péché, c’est la mort ; mais le don


gratuit de Dieu, c’est la vie éternelle en Jésus Christ
notre Seigneur. (Romains 6 : 23)

205
Car c’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le
moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c’est le
don de Dieu. (Éphésiens 2 : 8)

De nombreux versets du Nouveau Testament révèlent


que le salut est un don de Dieu. C’est une faveur divine qu’il
est impossible d’acheter, de gagner ou de mériter ; c’est un
don.
Lors de la Création, Dieu était résolu à ce que les hommes
aient le libre choix de l’aimer et de le servir. Cependant, dans
sa prescience, il savait que les hommes succomberaient à la
tentation et pécheraient. C’est pourquoi il avait déjà prévu
une solution : l’Agneau de Dieu qui enlèverait les péchés de
l’humanité.

Sachant que ce n’est pas par des choses périssables,


par de l’argent ou de l’or, que vous avez été rachetés
de la vaine manière de vivre que vous avez héritée de
vos pères, mais par le sang précieux de Christ, comme
d’un agneau sans défaut et sans tache, prédestiné
avant la fondation du monde, et manifesté à la fin des
temps, à cause de vous. (I Pierre 1 : 18-20)

Jésus-Christ n’a pas été crucifié avant la Création, mais


il faisait déjà partie du plan de rédemption de Dieu. Par
conséquent, quand Ève a mangé du fruit interdit qui se
trouvait dans le jardin, Dieu avait déjà son plan éternel de
rédemption. Genèse 3 : 15 nous donne un premier indice du
salut de l’humanité, lorsqu’il est question d’un talon blessé
et d’une tête écrasée — le jugement que Dieu réservait au
serpent, c’est-à-dire Satan.

206
B. Nous sommes participants de la nature divine
Ce don glorieux de la rédemption est indéniablement une
des plus grandes et précieuses promesses. Le don du salut
permet aux hommes d’être participants de la nature divine.
Participer à la nature divine n’élimine pas notre nature
innée ; nous recevons simplement la puissance de discipliner
nos prédispositions et de contrôler nos penchants humains.
Voici ce que Jésus a promis : « Mais vous recevrez une
puissance, le Saint-Esprit survenant sur vous, et vous serez
mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée, dans la
Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. » (Actes 1 : 8)
L’Esprit donne la puissance aux croyants de faire les bons
choix et la capacité d’être des témoins de Christ.
En vivant fidèlement par la puissance du Saint-Esprit,
les croyants expérimentent la nature divine grâce à laquelle
ils surmonteront les tentations humaines, maîtriseront leurs
faiblesses et recevront la force divine. Il en résultera, dans la
vie de chaque croyant, et par la grâce de Dieu, une croissance
spirituelle continue.

II. CROÎTRE DANS LA GRÂCE


Afin d’atteindre la maturité chrétienne complète, Pierre
mentionne sept éléments spécifiques que les croyants
devraient diligemment ajouter à leur foi.

À cause de cela même, faites tous vos efforts pour


joindre à votre foi la vertu, à la vertu la science, à la
science la tempérance, à la tempérance la patience,
à la patience la piété, à la piété l’amour fraternel, à
l’amour fraternel la charité. (II Pierre 1 : 5-7)

207
Bien que nous ne puissions pas être sauvés par nos
œuvres, la diligence et l’effort humains sont essentiels à une
croissance spirituelle sincère en Christ.

Car c’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le


moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c’est
le don de Dieu. Ce n’est point par les œuvres, afin
que personne ne se glorifie. Car nous sommes son
ouvrage, ayant été créés en Jésus Christ pour de
bonnes œuvres, que Dieu a préparées d’avance, afin
que nous les pratiquions. (Éphésiens 2 : 8-10)

Remarquez la progression des paroles de Paul aux


croyants d’Éphèse : (1) nous sommes sauvés par la grâce de
Dieu, par le moyen de la foi ; (2) ce n’est pas par nos propres
capacités, mais c’est un don de Dieu ; et (3) en tant que
peuple de Dieu racheté par la grâce, nous avons été créés
pour de bonnes œuvres. Ces œuvres dont il est question ne
sont pas capables d’accomplir notre rédemption en Christ,
mais elles sont essentielles et nécessaires. Bien que ce soit
l’œuvre de Dieu qui nous rachète, ce sont nos œuvres qui
nous permettent de coopérer avec le Saint-Esprit pour
maintenir cette relation rédemptrice et nous préparer à une
croissance spirituelle divine, et en fin de compte, à porter
du fruit spirituel. Les sept qualités essentielles que Pierre a
mentionnées n’apparaîtront pas soudainement sans cause ;
elles exigeront un effort de notre part.

208
A. La vertu
Les croyants doivent ajouter à leur foi la vertu. Qu’est-ce la
vertu ? La vertu est liée à la bonté ou à l’excellence morale
démontrée par la modestie et la pureté de quelqu’un.
Au temps de Pierre, la dépravation morale était courante
dans l’ensemble des cultures qui entouraient la Terre sainte.
Par exemple, les cultures romaine et grecque tournaient
autour de la satisfaction personnelle, l’hédonisme et
l’immoralité sexuelle. On le voit clairement quand on étudie
leur histoire ainsi que les découvertes archéologiques. Il n’est
pas surprenant que ces cultures dominantes de l’époque
fussent moralement corrompues, car c’est à ce résultat que
mène la nature humaine incontrôlée. Malheureusement, il
semble que chaque culture, avec le temps, finit par montrer
des signes d’érosion, perd de son importance et succombe à la
détérioration, surtout morale. L’histoire regorge d’exemples
de ce déclin continu de l’humanité.
Seule la puissance du Saint-Esprit peut efficacement
empêcher quelqu’un de suivre ce sentier usuel qui mène au
déclin moral. Cependant, Dieu ne forcera pas son peuple
racheté à vivre de façon morale. Nous sommes encore
des individus dotés du don de libre choix ; nous devons
choisir de suivre la voie de la moralité. La volonté humaine,
l’initiative et la discipline sont nécessaires. Pour les croyants,
cela implique l’ajout de la vertu à notre foi. De plus, Pierre
a reconnu qu’il est essentiel d’être diligent, pour réussir à
ajouter à notre foi cette qualité morale ainsi que les six autres
mentionnées.

209
B. La connaissance
Pierre continue en encourageant ses lecteurs à ajouter à la
vertu la connaissance. L’excellence morale est bonne et
nécessaire, mais sans la connaissance, elle devient simplement
une discipline humaine dépourvue de toute valeur éternelle.
En d’autres termes, être une bonne personne vertueuse
n’enclenchera pas le processus du salut. Certaines personnes
bien respectables seront perdues éternellement parce qu’elles
auront refusé le don divin de la rédemption, et personne ne
peut être sauvé grâce à ses bonnes œuvres ou sur la base de
celles-ci.
La connaissance ajoute la sagesse à la moralité, si bien
que nos vies intègres ne sont plus basées sur l’observation de
codes légalistes, mais sur des efforts sages et intentionnels
pour véritablement plaire à Dieu par nos choix et notre mode
de vie.

C. La tempérance
Quand on étudie la liste des sept éléments nécessaires pour
une croissance spirituelle saine, on voit bientôt clairement le
modèle progressif : chaque élément s’appuie sur le précédent.
Ce n’est pas pour dire que chacune de ces qualités ne peut
exister ou avoir un effet indépendamment des autres ;
mais cela révèle qu’elles agissent ensemble pour fortifier
progressivement notre santé spirituelle.
Pierre a déclaré que nous devrions ajouter à notre
connaissance la tempérance. La connaissance de Dieu et
de sa Parole est essentielle, mais la connaissance seule ne
produira pas le salut ou la croissance spirituelle dans la vie
d’un individu. Il faut que la personne se soumette à la Parole,
accepte ses vérités, et obéisse à ses préceptes.

210
L’idée principale derrière le mot « tempérance » dans
le contexte de II Pierre 1 : 6 est celle de la maîtrise de soi.
Une des définitions du mot grec est « contrôle de soi, vertu
de ceux qui sont maîtres de leurs désirs et de leurs passions,
en particulier des appétits des sens » (concordance Strong).
La progression devient déjà claire : les croyants doivent faire
preuve de vertu (l’excellence morale), ils doivent être guidés
et soutenus par la connaissance (la compréhension biblique),
et renforcés par la tempérance (la maîtrise de soi, surtout des
passions).
Si les trois éléments couverts ci-dessus nous semblent
être lourds et exigeants, nous avons peut-être besoin de la
prochaine qualité mentionnée dans le verset 6 : la patience.

D. La patience
La patience est probablement une des qualités les plus
nécessaires. Le mot grec pour « patience » est « hupomone »,
que la concordance Strong définit comme « constance,
persévérance, endurance. Une patience qui endure, qui est
ferme, persévérante ». La patience, ou le manque de celle-ci,
influence et a un effet sur chaque partie et domaine de la vie
de quelqu’un, même des chrétiens. Après tout, c’est la seule
caractéristique mentionnée par laquelle nous sauverons
nos âmes (Luc 21 :19). En d’autres termes, la patience a la
puissance de stabiliser et d’ancrer notre relation rédemptrice
avec Jésus-Christ, et si nous en manquons, nous risquons nos
vies physiques et spirituelles.

E. La piété
Pierre continue sa chaîne progressive d’éléments à ajouter à
la foi du chrétien : la vertu, la connaissance, la tempérance,

211
la patience et la piété. À mesure que les croyants grandissent
dans leur foi et dans la patience, ils sont prêts à progresser
dans le domaine de la révérence et du respect du Tout-
Puissant. Le mot grec utilisé pour « piété » est « eusebeia », que
la concordance Strong définit comme « révérence, respect ;
piété envers Dieu ». À mesure que le caractère chrétien d’une
personne se développe, sa révérence et son respect pour Dieu
augmentent. Toute son attitude et sa disposition d’esprit
envers Dieu sont impliquées.
Plus nous nous rapprochons de Dieu, plus il se rapproche
de nous (Jacques 4 : 8). À mesure que la distance entre Dieu
et nous diminue, nous devenons complètement émerveillés
par lui, un peu comme Ésaïe l’a été : « Alors je dis : Malheur
à moi ! je suis perdu, car je suis un homme dont les lèvres
sont impures, j’habite au milieu d’un peuple dont les lèvres
sont impures, et mes yeux ont vu le Roi, l’Éternel des
armées. » (Ésaïe 6 : 5) Être pieux, c’est avoir une attitude si
proche de la sainteté de Dieu que cette dernière évoque en
nous de l’émerveillement, de la crainte pieuse, du respect et
de la révérence pour Dieu.

F. L’amour fraternel
Plus on se rapproche de Dieu, plus on ressent et on montre
de l’amour sincère envers les autres. Cette réaction ne
devrait pas nous surprendre étant donné que Dieu est amour
(I Jean 4 : 8), et il n’y a évidemment rien de plus cher à ses
yeux que ses enfants. Il aime énormément chaque personne ;
donc, plus nous lui ressemblons, plus nous aimons les autres.
Comment pouvons-nous aimer Dieu et haïr notre frère
(I Jean 4 : 20) ? Il n’est donc pas étonnant que Jésus ait dit
que l’amour que nous porterions les uns pour les autres

212
serait la preuve que nous sommes ses disciples. « À ceci tous
connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de
l’amour les uns pour les autres. » (Jean 13 : 35)
Les croyants doivent ajouter à leur piété « l’amour
fraternel » (II Pierre 1 : 7). « L’amour fraternel » est la traduction
Louis Segond 1910 pour le mot grec « philadelphia », bien
connu pour exprimer l’amour. La concordance Strong le
définit comme ceci : « amour des frères ou des sœurs, amour
fraternel ».

G. La charité
En ajoutant à l’amour fraternel la charité, nous atteignons
l’apogée de l’exhortation de Pierre pour une progression de
la croissance spirituelle. Il est très à propos que la charité,
ou l’amour (en grec, « agape »), soit placée tout en haut
de cette liste. Le mot grec « agape » exprime le plus haut
niveau d’amour que l’on peut expérimenter. De plus, cette
forme d’amour est si semblable à l’amour de Dieu, qu’il est
évidemment impossible de l’exprimer entièrement sans la
puissance de Dieu. « Agape » est l’amour sacrificiel, l’amour
qui ne pense pas à soi-même, mais seulement au bénéficiaire
de cet amour. Les humains ne peuvent pas d’eux-mêmes
faire preuve d’un tel amour parce qu’ils sont, par nature,
égocentriques, égoïstes et axés sur eux-mêmes. Cependant,
l’amour de Dieu dans le cœur des croyants leur donne la
puissance, par l’Esprit, d’aimer les autres comme il nous a
aimés — de façon sacrificielle et suprême.
Le mot grec « agapao » est la forme verbale d’« agape ». La
version intégrale du Thayer’s Greek-English Lexicon22 donne
plusieurs aspects de ce mot désignant l’amour, et révèle

22 N.d.T. Dictionnaire grec-anglais de Thayer

213
que sa nature est la forme suprême du verbe aimer. Le grec
avait au moins six mots pour exprimer les diverses facettes
et les différentes sortes d’amour, contrairement à l’anglais
ou au français qui n’en ont qu’un seul. En français, on peut
exprimer, avec le même mot, notre amour pour Dieu, pour
notre époux ou épouse, pour notre animal domestique ou
même pour notre plat préféré. « J’aime ta recette de lasagne ! »
Évidemment, toutes ces expressions d’amour ne sont pas
sur le même pied d’égalité. Notre amour pour un plat n’est
certainement pas égal à notre amour pour Dieu.
Les Grecs, de nature philosophique, ont inventé différents
mots pour exprimer les différents types d’amour. Certains
de ces mots n’apparaissent pas dans les Écritures, comme
le mot « eros » (la passion sexuelle), duquel nous tirons le
mot « érotique ». Cependant, on trouve dans les Écritures,
les mots « philos » (amitié, fraternité, tendresse) et « agape »
(amour suprême, qui sacrifie tout, tel l’amour de Christ qui
s’est sacrifié pour l’humanité).
« Agape » est la forme suprême de l’amour désintéressé.
L’amour d’un tel niveau et d’une telle qualité n’est possible
et ne peut être entièrement exprimé que par la présence de
l’Esprit de Dieu dans la vie d’une personne. De plus, c’est
exactement à ce type d’amour auquel Paul fait référence dans
Romains 5 : 5 : « Or, l’espérance ne trompe point, parce que
l’amour [agape] de Dieu est répandu dans nos cœurs par le
Saint-Esprit qui nous a été donné. » On ne peut expérimenter
ou exprimer un tel amour de façon efficace que par la
puissance du Saint-Esprit.

214
III. DEVENIR DES CHRÉTIENS MÛRS
La liste que Pierre a dressée des caractéristiques favorisant
la croissance spirituelle d’un chrétien n’était en aucun cas
supposée être exclusive et exhaustive. En tant que croyants,
nous devrions développer d’autres qualités dans notre
relation croissante avec Jésus-Christ. Cependant, les sept
qualités que Pierre a énumérées nous montrent clairement un
modèle progressif de croissance spirituelle, qui s’accomplit
par une discipline et une application rigoureuses de la part
du croyant qui cherche à croître dans ces sept dimensions.
Et logiquement, ces sept qualités s’appuient progressivement
l’une sur l’autre. Pierre nous exhorte de façon claire et concise
à nous engager individuellement à poursuivre une croissance
spirituelle continue.
Dans sa lettre aux chrétiens d’Éphèse, Paul a abordé le
sujet de la croissance et la maturité spirituelles en Jésus-
Christ.

Et il a donné les uns comme apôtres, les autres comme


prophètes, les autres comme évangélistes, les autres
comme pasteurs et docteurs, pour le perfectionnement
des saints en vue de l’œuvre du ministère et de
l’édification du corps de Christ, jusqu’à ce que
nous soyons tous parvenus à l’unité de la foi et de la
connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’homme fait,
à la mesure de la stature parfaite de Christ, afin que
nous ne soyons plus des enfants, flottants et emportés
à tout vent de doctrine, par la tromperie des hommes,
par leur ruse dans les moyens de séduction, mais que,
professant la vérité dans la charité, nous croissions
à tous égards en celui qui est le chef, Christ. C’est de

215
lui, et grâce à tous les liens de son assistance, que
tout le corps, bien coordonné et formant un solide
assemblage, tire son accroissement selon la force qui
convient à chacune de ses parties, et s’édifie lui-même
dans la charité. (Éphésiens 4 : 11-16)

La croissance spirituelle progressive et continue est


un processus normal pour tout chrétien en bonne santé
spirituelle. Ce processus de croissance spirituelle amène
graduellement le croyant à une maturité spirituelle complète
en Christ. Dieu a fait don à son Église de ministères sous
tous leurs aspects et dans toutes leurs dimensions, afin
de perfectionner ce processus de croissance spirituelle
chez les croyants. Les divers ministères cités sont « pour le
perfectionnement des saints » et « l’édification du corps de
Christ », jusqu’à ce que nous arrivions tous à un état d’unité
et de maturité parfaites à l’image de Jésus-Christ, le chef du
corps, l’Église.
Les Écritures nous exhortent à croître en lui, c’est-à-dire
en Jésus-Christ. La croissance est essentielle pour atteindre
la maturité. De plus, elle implique, d’une part, que l’on
apprenne à accepter notre rôle individuel au sein du corps de
Christ et qu’on le développe et, d’autre part, que l’on collabore
avec tous les autres membres pour le bon fonctionnement
de l’Église. Chaque membre du corps de Christ possède
des fonctions particulières, de même que chaque partie de
notre corps humain fait sa part dans le fonctionnement de
l’ensemble. La maturité consiste à apprendre à remplir notre
rôle fidèlement et efficacement, et à accepter humblement le
rôle des autres membres du corps. C’est sur cette base que
chacun portera efficacement du fruit spirituel.

216
APPLICATION PERSONNELLE
Aucun croyant ne veut être retranché du corps de Christ
parce qu’il est spirituellement infructueux, comme le figuier
dans la parabole de Jésus, qui risquait d’être coupé s’il ne
produisait pas de fruits dans un délai raisonnable. Mais
le secret pour produire du fruit spirituel ne consiste pas à
concentrer notre attention sur la production en tant que telle,
et à nous préoccuper au sujet du moment où apparaîtra le
fruit. Le figuier ne se tracasse pas au sujet de son fruit ; il
grandit tout simplement jusqu’au jour où le fruit commence
à apparaître. Le secret pour porter du fruit spirituel implique
simplement que nous croissions spirituellement. Si nous, en
tant que croyants, grandissons de façon consistante et fidèle,
nous porterons du fruit.
La clé pour comprendre comment on devient des
chrétiens efficaces et portant du fruit est peut-être le concept
de la perfection. « Soyez donc parfaits, comme votre Père
céleste est parfait. » (Matthieu 5 : 48). De nombreux croyants
s’inquiètent à ce sujet. Ils craignent d’être imparfaits, et très
souvent ils désespèrent d’un jour arriver à la perfection.
Cependant, ils ne comprennent pas le concept biblique de la
perfection.
Ce mot « parfait », dans le Nouveau Testament en français,
est la traduction du mot grec « teleios », que la concordance
Strong définit ainsi : « amené à ses fins, accompli ; à qui rien
ne manque pour être complet ; parfaire ; ce qui est parfait :
vertu et intégrité humaine consommée ; chez l’homme : fait,
adulte, d’âge, mûr. » Quand Dieu nous exhorte à aller vers la
perfection, il nous encourage à avancer vers la complétude.
Comme avec tout autre principe scripturaire, nous
sommes témoins de l’amour et de la grâce absolus de Dieu

217
dans le concept de la perfection biblique. Être parfait ne veut
pas dire que nous n’avons pas d’imperfections ou de fautes.
Cela ne signifie pas que nous ne faisons pas d’erreurs. Si
jamais nous tombons en défaillance et péchons contre Dieu,
nous ne sommes pas sans espoir. Le concept de complétude
en Jésus‑Christ est un objectif mobile ; nous sommes
complets si nous continuons à rechercher Dieu, la croissance
spirituelle et la maturité en lui. Tant que nous vivons, nous
devons continuer à croître spirituellement. Tant que nous
continuons à grandir, nous recherchons et possédons la
perfection biblique, ou la complétude en Jésus-Christ. Le
fruit apparaîtra de lui-même.

QUESTIONS DE RÉFLEXION
• En quoi avoir une relation quotidienne croissante avec
Jésus-Christ est-elle à la fois une opportunité et une
responsabilité ?
• Quelles sont plusieurs indications, dans le passage de II
Pierre 1 : 1-4, que l’auteur pensait à l’expérience du salut
commune à tous les croyants ?
• La nature humaine est-elle éliminée lorsque quelqu’un
devient participant de la nature divine ? Pour un chrétien,
que signifie « participer à la nature divine » ?
• Qu’est-ce que la perfection selon la Bible ? Est-ce possible
pour un croyant d’être véritablement parfait ?

218
219
TABLE DES MATIÈRES

PRÉFACE . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4

1. LA GRÂCE ET LE DON GRATUIT DU SALUT . . . . 7

2. LA DISCIPLINE DE L’ADORATION . . . . . . . . . . 23

3. LA DISCIPLINE DE LA GÉNÉROSITÉ . . . . . . . . . 39

4. LA DISCIPLINE DE LA PRIÈRE . . . . . . . . . . . . 53

5. LA DISCIPLINE DU JEÛNE . . . . . . . . . . . . . . . 69

6. LA DISCIPLINE DU PARDON . . . . . . . . . . . . . 85

7. LA DISCIPLINE DE L’ALTRUISME . . . . . . . . . . 101

8. LA DISCIPLINE DU LAVEMENT DES PIEDS . . . 117

9. LA DISCIPLINE DE LA SOUFFRANCE . . . . . . . 133

10. LA DISCIPLINE DE L’ATTENTE . . . . . . . . . . 153

11. LA DISCIPLINE DE LA MÉDITATION . . . . . . . 167

12. LA DISCIPLINE DU CONTENTEMENT . . . . . 183

13. DES CHRÉTIENS EFFICACES


QUI PORTENT DES FRUITS . . . . . . . . . . . . . 203

220

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