254 Nord Du Burkina Faso Ce Que Cache Le Jihad
254 Nord Du Burkina Faso Ce Que Cache Le Jihad
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Synthèse .................................................................................................................................... i
Introduction ..................................................................................................................... 1
Conclusion ........................................................................................................................ 20
ANNEXES
A. Carte du Burkina Faso ...................................................................................................... 21
B. Carte de la zone frontalière Mali-Burkina Faso ............................................................... 22
C. Chronologie des incidents sécuritaires au Burkina Faso depuis 2015............................. 23
D. A propos de l’International Crisis Group ......................................................................... 25
E. Rapports et briefings sur l’Afrique depuis 2014 .............................................................. 26
F. Conseil d’administration de l’International Crisis Group................................................ 28
International Crisis Group
Rapport Afrique N°254 12 octobre 2017
Synthèse
Longtemps épargné par les groupes armés actifs au Sahel, le Burkina Faso est
confronté à des attaques de plus en plus fréquentes et meurtrières visant la partie
nord du pays. Si l’insécurité résulte en grande partie d’une extension du conflit
malien, la crise au Nord du Burkina révèle une dynamique sociale endogène.
Présenté comme lié aux jihadistes actifs dans le Sahel, le groupe armé Ansarul
Islam, qui semble être l’acteur principal de l’insécurité, est avant tout un mouvement
de contestation de l’ordre social qui prévaut dans la province du Soum, dans la
région burkinabè du Sahel. Malgré une reprise en main de la situation au printemps
2017, la crise est loin d’être terminée. Le Burkina et ses partenaires sont conscients
qu’elle exige une réponse globale, et non uniquement militaire, et que sa résolution
définitive dépend en partie de la situation au Mali. Mais cette réponse doit surtout
tenir compte des dimensions sociales et locales de la crise, qui prévalent sur ses
dimensions religieuses ou sécuritaires.
Ansarul Islam, créé par Malam Ibrahim Dicko, un prêcheur originaire du Soum,
est né de la contestation de l’organisation sociale en vigueur dans la province. Des
années durant, Malam prône l’égalité entre les classes sociales. Il remet en cause la
toute-puissance des chefferies coutumières et le monopole de l’autorité religieuse
détenu par les familles maraboutiques, qu’il accuse de s’enrichir aux dépens des
populations. Cette rhétorique lui vaut un écho considérable, surtout parmi les jeunes
et les cadets sociaux. Même s’il perd une grande partie de ses adeptes lorsqu’il bascule
dans la lutte armée, il parvient à en conserver suffisamment pour mener une guerre
de basse intensité contre les autorités locales et nationales. L’éventualité de sa mort
au cours d’opérations militaires menées au printemps 2017, qui n’a pas été prouvée
ni confirmée, ne mettrait pas fin à la crise.
Produit des réalités sociopolitiques et culturelles locales, Ansarul Islam tient au
moins autant de l’insurrection sociale que du mouvement islamiste. Il n’est pas
tant un groupe critique de la modernité qu’un mouvement qui rejette des traditions
perçues comme archaïques. Il exprime les doléances de la majorité silencieuse de
la population qui ne détient ni le pouvoir politique, ni l’autorité religieuse. L’islam
devient alors un référent de contestation d’une société figée productrice de frustra-
tions. Ansarul Islam n’est pas non plus un groupe de défense des Peul, majoritaires
dans le Sahel burkinabè. La revendication ethnique et identitaire est pour le moment
marginale dans son discours.
Le rapport distant qu’entretiennent les populations avec l’Etat nourrit également
la crise. Le contraste entre le potentiel économique du Nord et le manque de déve-
loppement alimente un sentiment d’abandon des populations. Comme au Mali,
fonctionnaires et forces de sécurité sont plus souvent perçus comme des corps
étrangers cherchant à s’enrichir que comme des agents chargés de fournir des
services. Les habitants du Soum sont réticents à collaborer avec des forces de sécu-
rité venues d’autres provinces et au comportement parfois brutal.
La crise au Nord du Burkina est beaucoup plus que le simple miroir de la situation
au centre du Mali. Certes, le Mali sert de base arrière à Ansarul Islam. Des similarités
existent. Mais la poussée de la violence qui se revendique du jihad conduit à négliger
Nord du Burkina Faso : ce que cache le jihad
Crisis Group Rapport Afrique N°254, 12 octobre 2017 Page ii
Réduire le fossé entre, d’une part, les forces de sécurité et les autorités
étatiques et, d’autre part, la population. Plusieurs mesures peuvent y
contribuer : améliorer le renseignement humain et mieux protéger les informa-
teurs ; encourager le recrutement de Peul dans les forces de sécurité et la fonction
publique (sans pour autant imposer de quotas) ; renforcer les activités civilo-
militaires ; favoriser l’affectation dans la région du Sahel de fonctionnaires et de
membres des forces de sécurité parlant le fulfuldé (la langue peul) ; et sanctionner
plus sévèrement les comportements abusifs.
Mettre davantage l’accent, dans le programme d’urgence pour la
région du Sahel – le volet développement de l’action gouvernemen-
tale –, sur la promotion de l’élevage, l’amélioration de la justice et la
lutte contre la corruption. Soutenir l’élevage, s’attaquer aux dysfonction-
nements dont souffre le système judiciaire et au fléau de la corruption dans
l’administration contribuerait à réduire les perceptions négatives de l’Etat en
montrant qu’il peut être utile pour ses habitants.
Introduction
En 2015, le Burkina entre dans la catégorie des pays sahéliens victimes des groupes
armés et criminels basés essentiellement au Mali, mais opérant dans plusieurs pays
de la région. Au nord du pays, la région du Sahel, frontalière du Mali et du Niger,
est la zone la plus touchée par les attaques. Pourtant, il faudra l’attaque de Nassoum-
bou, dans la province du Soum, en décembre 2016 pour que les autorités burkinabè
prennent enfin conscience que la crise ne relève pas d’un problème exclusivement
malien, mais également de dynamiques endogènes.1 Ce rapport se focalise sur la
province du Soum, épicentre du conflit et lieu de naissance du groupe Ansarul Islam
dirigé par Malam Ibrahim Dicko, mais il évoque aussi les autres provinces de la
région du Sahel (l’Oudalan, le Séno et le Yagha) ainsi que les autres régions fronta-
lières, qui sont également vulnérables.2
La province du Soum est majoritairement peuplée de Peul, second groupe
ethnique du Burkina. D’après le recensement de 2006, dont les chiffres sont à prendre
avec précaution, 56 pour cent des habitants de la région du Sahel ont pour langue
maternelle le fulfuldé (la langue peul). Plusieurs interlocuteurs estiment que la
proportion de Peul dans la région du Sahel avoisine les 70-75 pour cent.3 Le grand
groupe ethnique peul est subdivisé principalement entre Peul issus des classes
nobles et descendants d’esclaves, appelés Rimaibé. Les Rimaibé sont les descendants
des populations autochtones qui ont été réduites en esclavage par les Peul et assimi-
lées. Aujourd’hui, Peul et Rimaibé sont inclus dans le même grand groupe ethnique
peul : ils partagent la même culture, la même langue et ont souvent des patronymes
identiques. Le clivage reste néanmoins marqué : « chacun connait sa place », comme
le résume un représentant peul.4 Dans la province du Soum, les habitants autochtones,
les Kurumba, aussi appelés Fulsé, sont minoritaires. Des Mossi (l’ethnie majoritaire
au Burkina) et des membres d’autres groupes vivent également dans la province.
1
La localité de Nassoumbou abrite une base d’un bataillon de lutte anti-terroriste de
plusieurs centaines d’hommes.
2
La partie nord du Burkina est composée de deux régions administratives : la région du
Nord et la région du Sahel. Cette dernière est divisée en quatre provinces : le Soum,
l’Oudalan, le Séno et le Yagha. Pour éviter la confusion, les termes « région du Sahel » ou
« Sahel burkinabè » seront employés dans ce rapport pour désigner cette région adminis-
trative, tandis que l’expression « le Sahel » désignera la zone qui s’étend de la Mauritanie
au Soudan. De même, « le Nord » désignera la partie nord du pays, tandis que « la région
du Nord » désignera la région administrative.
3
Entretiens de Crisis Group, habitant du Soum, Ouagadougou, mai 2017 ; autorités
locales, Djibo, mai 2017. « Recensement général de la population et de l’habitation (RGPH)
2006. Analyse des résultats définitifs. Thème 2 : Etat et structure de la population »,
Institut national de la statistique et de la démographie, octobre 2009 (www.bit.ly/2rVIK4D).
4
Entretien de Crisis Group, représentant peul, Ouagadougou, mai 2017.
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5
Voir les travaux du Professeur Hamidou Diallo, « Le foyer de Wuro-Saba au Jelgooji (Burkina
Faso) et la quête d’une suprématie islamique (1858-2000) », in Muriel Gomez-Perez, Islam
politique au Sud du Sahara. Identités, discours et enjeux (2009), p. 401 ; et « Naissance et évolution
des pouvoirs peuls au Sahel burkinabè (Jelgooji, Liptaako et Yaaga) du XVIIIe à la fin du XIXè »,
dans Hamidou Diallo, Moussa Willy Bantenga, Le Burkina Faso passé et présent (2015), p. 97-
114. Entretiens de Crisis Group, historien, Ouagadougou, janvier et mai 2017.
6
Il existe des rivalités entre grandes familles maraboutiques. Les Cissé, considérés comme les
détenteurs authentiques et légitimes de l’autorité religieuse, et les Doukouré, des Marka venus
du Mali à l’époque coloniale, appartiennent à deux branches rivales de la confrérie Tijanyia.
Entretiens de Crisis Group, historien, ancien haut fonctionnaire, Ouagadougou, mai 2017. Jean-
Louis Triaud, David Robinson, La Tijâniyya : une confrérie musulmane à la conquête de l’Afrique
(Paris, 2005).
7
La région est divisée entre émirats du Liptako, du Yagha et du Jelgooji. Ce dernier, qui correspond
à la province du Soum, était lui-même divisé entre chefferies de Djibo et de Baraboulé.
8
Pour les travaux précédents de Crisis Group sur le jihadisme, voir notamment le rapport spécial
de Crisis Group N°1, Exploiter le chaos : l’Etat islamique et al-Qaeda, 14 mars 2016.
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9
D’après un de ses anciens camarades, Malam est un enfant chétif et désœuvré, incapable d’exécuter
les corvées physiques. Il est également diabétique. « Malam » signifie « marabout » en langue
hausa. Entretiens de Crisis Group, ancien élu, représentant peul, source sécuritaire, Ouagadougou,
mai 2017.
10
Entretien de Crisis Group, ancien élu, Ouagadougou, mai 2017.
11
Entretiens de Crisis Group, acteur humanitaire, source sécuritaire, Ouagadougou, mai 2017.
12
« Comment est né Ansaroul Islam, premier groupe djihadiste de l’Histoire du Burkina Faso »,
Le Monde, 11 avril 2017.
13
Entretiens de Crisis Group, député, ancien élu, acteur humanitaire, représentant peul, Ouaga-
dougou, mai 2017.
14
Entretien de Crisis Group, ancien élu, Ouagadougou, mai 2017. Dans certaines radios commer-
ciales burkinabè, on peut acheter du temps d’antenne.
15
Entretiens de Crisis Group, représentant peul, membre de l’opposition, Ouagadougou, mai 2017.
16
Entretien de Crisis Group, ancien fonctionnaire, Ouagadougou, janvier 2017 ; ancien élu,
Ouagadougou, mai 2017. Un rapport de l’Union européenne publié en septembre 2016 cite un
certain « Malam Ibrahima » comme un prêcheur radical connu dans la province du Soum.
« Facteurs et acteurs de la radicalisation dans les zones frontalières au Burkina Faso », Programme
de l’Union européenne de prévention régionale contre l’extrémisme violent dans le Sahel et le
Maghreb (PPREV-UE).
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régime.17 Il est arrêté en septembre 2013 à Tessalit, dans le Nord du Mali, par
l’opération française Serval, avec une importante somme en euros d’après certaines
sources.18 Après un passage en prison à Bamako, il est relâché courant 2015.19 Il
aurait rencontré au Mali son mentor Hamadoun Koufa, le chef du Front de libération
du Macina, un groupe armé opérant dans le centre du Mali, courant 2015.20
Au début de l’année 2016, l’émir de Djibo et le grand imam, dont Malam a
épousé la fille, le désavouent.21 Il répudie ensuite sa femme et prend le maquis,
perdant alors la plupart de ses adeptes. Seul un cercle restreint de fidèles le suit
pour aller s’entrainer au Mali.22 Il cherche alors à éliminer ses anciens camarades.23
L’action d’Ansarul Islam est fortement imprégnée d’une logique de règlements de
comptes, ce qui fait craindre à un élu local que le « cycle de vengeance » ne s’installe
dans la durée.24 L’attaque du poste militaire de Nassoumbou le 16 décembre 2016,
qui aurait été menée par Ansarul Islam et l’Etat islamique dans le Grand Sahara
(EIGS) et qui a couté la vie à douze soldats burkinabè, permet à Ansarul Islam
d’officialiser son existence.25
En juin 2017, une publication d’une page Facebook non authentifiée se revendi-
quant d’Ansarul Islam affirme que Jafar Dicko, qui serait le frère cadet de Malam,
prend sa succession à la tête du mouvement. Cette information corrobore le sentiment
des sources sécuritaires burkinabè, selon lesquelles Malam aurait été blessé lors des
offensives militaires du printemps et il aurait succombé à ses blessures. En l’absence
de preuve formelle ou d’infirmation ou de confirmation par Ansarul Islam, le doute
subsiste.
17
Entretien de Crisis Group, cadre de l’ancien régime, Ouagadougou, mai 2017. Andrew Mc Gregor,
« Islamist Insurgency in Burkina Faso: A Profile of Malam Ibrahim Dicko », Aberfoyle International
Security, 30 avril 2017.
18
« Qui est l’imam Ibrahim Dicko, la nouvelle terreur du nord du Burkina ? », Jeune Afrique,
9 janvier 2017. Une source sécuritaire évoque la somme de 9 000 euros. Entretiens de Crisis Group,
source sécuritaire, représentant peul, Ouagadougou, mai 2017.
19
Plusieurs hypothèses circulent quant aux raisons de sa libération : la justice malienne aurait
été corrompue ; il aurait été libéré car il était malade ; des responsables politiques influents seraient
intervenus pour sa libération. Entretiens de Crisis Group, ancien fonctionnaire, Ouagadougou,
janvier 2017 ; représentant peul, source sécuritaire, Ouagadougou, mai 2017.
20
Andrew Mc Gregor, op. cit.
21
Entretiens de Crisis Group, représentant peul, acteur humanitaire, source sécuritaire, Ouaga-
dougou, mai 2017.
22
Entretiens de Crisis Group, acteur humanitaire, Ouagadougou, élu local, Djibo, mai 2017. Fin
2016, des rumeurs circulent selon lesquelles le groupe de Malam propose 70 000 francs CFA (107
euros) par semaine pour venir s’entrainer au Mali. Le salaire minimum au Burkina Faso est de
33 000 francs CFA par mois (50 euros). Entretien de Crisis Group, représentant peul, Ouaga-
dougou, mai 2017.
23
Il fait assassiner entre autres son ancien bras droit, Hamadoun Tamboura, alias Hamadoun
Boly. Entretiens de Crisis Group, élu local, représentants de la société civile, Djibo, mai 2017.
24
Entretien de Crisis Group, élu local, Djibo, mai 2017.
25
Officiellement adoubé par l’Etat islamique fin 2016, l’EIGS, opérant essentiellement dans la
zone des trois frontières (Mali, Burkina, Niger) appelée Liptako-Gourma, est dirigé par Adnan Abu
Walid al-Sahraoui, ancien membre dissident d’al-Mourabitoune. Ses liens avec Ansarul Islam ne
sont pas clairs mais des sources sécuritaires burkinabè estiment que les deux groupes ont mené
conjointement l’attaque de Nassoumbou.
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26
Entretiens de Crisis Group, historien, ancien ministre, habitant du Soum, représentant peul,
ancien élu, Ouagadougou, mai 2017 ; autorités locales, représentants politiques, Djibo, mai 2017.
27
Entretien de Crisis Group, ancien élu, Ouagadougou, mai 2017.
28
Entretiens de Crisis Group, représentant peul, ancien haut fonctionnaire, Ouagadougou, mai 2017.
29
Entretiens de Crisis Group, représentant peul, ancien élu, Ouagadougou, mai 2017.
30
Il y aurait aussi des Songhai, des Mossi et des Fulsé. Un représentant peul raconte que des
assaillants associés à Malam parleraient mooré, langue que peu de Peul du Sahel burkinabè
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plupart de ses adhérents sont Peul et Rimaibé avant tout car ses prêches sont en
fulfuldé et la majorité des habitants du Sahel burkinabè sont issus de ces commu-
nautés, toutes deux fulanophones. Malam affirme également que « nous sommes les
Rimaibé des Blancs », ce qui révèle une dimension anti-occidentale peu surprenante.31
Dès 2009-2010, le discours de Malam rencontre un écho considérable dans toute
la province du Soum. Anecdote révélatrice de son succès, un ancien élu de la province
raconte qu’un militant de son parti suggère un jour de reporter leur réunion, car
« c’est l’heure d’écouter Malam ».32 Malam perd ensuite la plupart de ses adeptes
lorsqu’il bascule dans la violence,33 ce qui suggère que si son discours a du succès,
peu de gens pensent que la solution passe par les armes. Certaines de ses idées sont
désormais bien implantées dans la province du Soum. Depuis peu, il est par exemple
rare de célébrer un mariage en organisant une fête dansante avec flûtes et percussions
comme le veut la tradition peul.34
Son discours séduit particulièrement la jeunesse et les cadets sociaux puisque
Malam se place en « défenseur des pauvres » et en « libérateur » pour alléger le poids
de traditions perçues comme archaïques et contraignantes.35 En toute logique, les
Rimaibé, basse couche de la société peul du Soum, sont très sensibles à son discours
prônant l’égalité.36 Son succès reflète un clivage générationnel entre les anciens,
généralement enclins à préserver la tradition, et les jeunes, prompts à bousculer
le statu quo pour trouver leur place. Le même ancien élu raconte que lors d’une
célébration de la Tabaski, un jeune proche de Malam critique la pratique habituelle
selon laquelle l’imam doit d’abord sacrifier son mouton avant que chacun puisse
en faire de même. Des proches de l’imam lui rétorquent qu’il n’est qu’un « petit »
qui ne peut se permettre de parler ainsi à l’imam.37
Parmi les adeptes de Malam lorsqu’il est à la tête de l’association al-Irchad se
trouvent également des fonctionnaires, notamment des enseignants. Al-Irchad a
aidé certains d’entre eux à solder leurs prêts, car ceux-ci sont contraires à l’islam.38
Par ailleurs, des enseignants seraient impliqués dans la contrebande de produits
illicites, ce qui expliquerait la volonté d’Ansarul Islam de les éliminer pour éviter
qu’ils ne dénoncent leurs anciens camarades.39 Tout ceci nourrit l’impression
qu’Ansarul Islam cible l’école. Or, si quelques écoles ont effectivement été menacées
(sans revendication toutefois), les attaques contre les enseignants semblent obéir
davantage à une logique de représailles contre d’anciens camarades (et potentiels
maitrisent correctement. L’enseignant assassiné en mars 2017, Salif Badini, un Fulsé, était un ancien
du groupe de Malam. Entretiens de Crisis Group, journaliste, diplomates, Ouagadougou, mai 2017.
31
Entretien de Crisis Group, représentant peul, Ouagadougou, mai 2017.
32
Entretien de Crisis Group, ancien élu, Ouagadougou, mai 2017.
33
Entretiens de Crisis Group, autorités locales, représentants politiques, Djibo, ancien élu,
Ouagadougou, mai 2017.
34
Entretiens de Crisis Group, ancien élu, marabout, représentant peul, Ouagadougou, mai 2017.
35
Entretiens de Crisis Group, député, représentant peul, ancien élu, marabout, Ouagadougou,
élu local, Djibo, mai 2017.
36
Entretiens de Crisis Group, autorités locales, élus locaux, Djibo, mai 2017 ; marabouts rimaibé,
Ouagadougou, mai 2017.
37
Entretien de Crisis Group, ancien élu, Ouagadougou, mai 2017.
38
Entretiens de Crisis Group, autorité locale, élu local, fonctionnaires, Djibo, mai 2017.
39
Entretien de Crisis Group, haut fonctionnaire, Ouagadougou, mai 2017.
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Crisis Group Rapport Afrique N°254, 12 octobre 2017 Page 7
informateurs auprès des forces de sécurité) qu’à une volonté délibérée d’attaquer
l’école occidentale.40 L’enseignant assassiné début mars 2017, Salif Badini, était un
ancien membre d’al-Irchad et il serait devenu un informateur des forces de sécurité.41
Le phénomène Ansarul Islam est donc un produit des réalités sociopolitiques et
culturelles de la province du Soum. Il reflète les doléances de la majorité silencieuse
de la population qui ne détient ni le pouvoir politique, ni l’autorité religieuse. Il ne
s’agit donc pas d’une contestation islamiste de la modernité, mais bien d’un rejet
de traditions qui perpétuent une société figée productrice de frustrations. Ce phéno-
mène au fort ancrage local semble ensuite avoir été récupéré par des groupes actifs
au Mali voisin, ce qui lui donne des ramifications régionales.
40
Entretiens de Crisis Group, haut fonctionnaire, Ouagadougou, fonctionnaire, Djibo, mai 2017.
41
Entretiens de Crisis Group, haut fonctionnaire, journaliste, diplomate, Ouagadougou, mai 2017.
42
La région du Sahel a un taux de pauvreté de 21 pour cent, contre 40 pour cent au niveau national.
« Profil de pauvreté et d’inégalités. Enquête multisectorielle continue (EMC) 2014 », Institut
national de la statistique et de la démographie (INSD), novembre 2015, p. 30, http://bit.ly/2qFvrSj.
43
Entretiens de Crisis Group, acteur humanitaire, Ouagadougou, opérateurs économiques, Djibo,
mai 2017. En 2014, la région du Sahel était classée dernière du Burkina en matière d’accès aux
services de base en moins de 30 minutes. Le taux de scolarisation primaire est le plus faible de
tout le pays, avec 32,7 pour cent, contre 73,9 pour cent au niveau national. « La région du Sahel
en chiffres », ministère de l’Economie et des Finances, Direction régionale du Sahel, 2015, www.cns.
bf/IMG/pdf/sahel_en_chiffres_2014.pdf.
44
Beaucoup d’éleveurs sont contraints de migrer, d’autres ont perdu leurs animaux et sont
employés comme gardiens de bétail, ce qui représente une régression sociale qui crée des frustra-
tions. Entretiens de Crisis Group, source sécuritaire, membre de l’opposition, représentant peul,
ancien ministre, Ouagadougou, mai 2017.
45
Le bitume s’arrête à Koungoussi. En raison du mauvais état de la piste, il faut parfois plus de
quatre heures pour parcourir le tronçon Koungoussi-Djibo (95 kilomètres). Les travaux de bitumage
sont en cours et devraient être achevés fin 2018. Les financements du projet de bitumage auraient
précédemment été détournés à plusieurs reprises. Entretien de Crisis Group, autorité locale,
Djibo, mai 2017 ; courriel de Crisis Group, représentant peul, mai 2017.
46
Entretiens de Crisis Group, député, Ouagadougou, juin 2016 ; autorité coutumière, Djibo, mai 2017.
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47
Entretiens de Crisis Group, opérateurs économiques, représentants politiques, Djibo, mai 2017.
48
Entretien de Crisis Group, ancien élu, Ouagadougou, mai 2017.
49
Entretiens de Crisis Group, opérateurs économiques, Djibo, représentant peul, Ouagadougou,
mai 2017.
50
Par exemple, un éleveur qui coupe une simple branche d’arbre dans une forêt protégée peut se
voir infliger une amende de 50 000 francs CFA (76 euros), qui permet généralement d’enrichir les
agents des eaux et forêts Entretiens de Crisis Group, député, membre de l’opposition, Ouagadougou,
représentants de la société civile, Djibo, mai 2017.
51
Entretiens de Crisis Group, source sécuritaire, Ouagadougou, juin 2016 ; représentants peul,
Ouagadougou, octobre 2016 ; membre de l’opposition, Ouagadougou, mai 2017.
52
Entretiens de Crisis Group, autorités locales, Djibo, ancien élu, Ouagadougou, mai 2017.
53
Entretiens de Crisis Group, ancien élu, source sécuritaire, marabout, Ouagadougou, élu local,
Djibo, mai 2017 ; entretien téléphonique, source sécuritaire, juin 2017.
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Crisis Group Rapport Afrique N°254, 12 octobre 2017 Page 9
54
Entretiens de Crisis Group, ancien fonctionnaire, Ouagadougou, janvier 2017 ; représentant
peul, source sécuritaire, acteur humanitaire, diplomate, Ouagadougou, mai 2017 ; élu local,
religieux, Djibo, mai 2017. Un rapport de Human Rights Watch, qui dénonce des violations des
droits humains commises par les forces de sécurité maliennes et burkinabè dans la lutte contre
le jihadisme, confirme ces craintes. « Mali : Les opérations militaires donnent lieu à des abus »,
Human Rights Watch, 8 septembre 2017.
55
Entretien de Crisis Group, élu local, Djibo, mai 2017.
56
Sur le centre du Mali, voir le rapport Afrique de Crisis Group N°238, Mali central : la fabrique
d’une insurrection, 6 juillet 2016.
57
Entretiens de Crisis Group, sources sécuritaires, Ouagadougou, janvier 2017. Al-Mourabitoune
est né d’une alliance entre la Brigade des Enturbannés, une dissidence d’al-Qaeda au Maghreb
islamique (AQMI) menée par Mokhtar Belmokhtar, et une partie du Mouvement pour l’unicité et
le jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO) en 2013. Fin 2015, al-Mourabitoune rejoint AQMI et en
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Crisis Group Rapport Afrique N°254, 12 octobre 2017 Page 10
Il est faux de percevoir la situation dans le Nord du Burkina comme une extension
du conflit malien, même si celui-ci rend plus disponibles les armes de guerre et offre
une base de repli aux hommes d’Ansarul Islam. La crise dans le Soum n’est pas le
simple miroir de la situation au centre du Mali. Elle relève avant tout d’une forte
dynamique endogène. Plusieurs facteurs de vulnérabilité expliquent pourquoi cette
province est, de loin, la plus affectée du Burkina Faso.
Dans le Soum, les autorités coutumières et religieuses ne se sont pas autant
impliquées dans la lutte contre le radicalisme.58 Contrairement à la province voisine
du Séno, le Soum comprend moins d’intellectuels et d’érudits musulmans capables
de combattre les idées qui encouragent la violence ou l’intolérance.59 L’absence
d’un pouvoir coutumier central, les fortes rivalités entre les trois chefferies (Djibo,
Baraboulé et Tongomayel) et leur politisation compliquent davantage leur rôle.60
L’absence d’un contre-discours et l’affaiblissement des responsables religieux et
coutumiers permettent à la rhétorique de Malam de gagner du terrain.
La province du Soum souffre particulièrement du manque de développement et
d’infrastructures. En comparaison, Dori, capitale de la province du Séno, a reçu plus
d’investissements parce qu’elle est le chef-lieu de la région et que la fête nationale
du 11 Décembre y a été célébrée en 2013. Dori dispose d’un centre hospitalier régional,
alors que l’enlèvement de Ken Elliot, un médecin australo-burkinabè réputé, en
janvier 2016 a réduit l’offre de soins à Djibo.61 Enfin, Djibo est plus proche de la
frontière malienne (environ 60 kilomètres) que ne l’est Dori (environ 160 kilomètres).
Le Soum manque également de figures politiques d’envergure nationale issues de
la province, tandis que le Séno a longtemps rayonné grâce au charisme de l’ancien
maire de Dori, feu Hama Arba Diallo.
Des raisons historiques expliquent également la vulnérabilité de la province du
Soum. Le clivage entre Peul et Rimaibé y étant davantage marqué que dans les
provinces voisines du Séno et du Yagha, la contestation des inégalités sociales y
rencontre logiquement un écho plus important. Les émirats du Séno et du Yagha
étaient plus homogènes que celui du Jelgooji (l’actuel Soum), traversé par des
divisions entre familles et chefferies. Dans ces deux émirats, la pénétration plus
ancienne de l’islam lui permet de mieux résister aux influences extérieures.62 La
géographie compte également : il est plus difficile de se cacher dans les grandes
plaines du Séno et du Yagha que dans la forêt située entre Djibo et la frontière
malienne. Enfin, la prévalence de l’animisme à l’Est et à l’Ouest du Burkina, alors
que la région du Sahel est islamisée à 95 pour cent, peut également expliquer pour-
quoi un discours qui utilise l’islam comme outil de contestation trouve davantage
d’écho dans le Sahel burkinabè.
2017, les deux groupes s’allient à d’autres pour former le Groupe de soutien à l’islam et aux
musulmans (GSIM). Voir Marc Mémier, « AQMI et Al-Mourabitoun, le djihad sahélien réunifié ? »,
Etudes de l’Institut français des relations internationales (Ifri), janvier 2017.
58
Entretiens de Crisis Group, représentants politiques, Djibo, mai 2017.
59
Entretiens de Crisis Group, historien, source sécuritaire, Ouagadougou, mai 2017.
60
Le frère de l’émir de Djibo est le député-maire de la ville, Oumarou Dicko. Entretiens de Crisis
Group, ancien fonctionnaire, historien, acteur humanitaire, Ouagadougou, mai 2017.
61
Entretiens de Crisis Group, autorités locales, Djibo, source sécuritaire, Ouagadougou, mai 2017.
62
Entretien de Crisis Group, historien, Ouagadougou, mai 2017.
Nord du Burkina Faso : ce que cache le jihad
Crisis Group Rapport Afrique N°254, 12 octobre 2017 Page 11
Fin 2016 et début 2017, les attaques dans la province du Soum se sont multipliées,
au point que l’Etat semblait en passe de perdre une partie du Nord. Depuis le
printemps 2017, les forces de sécurité ont amorcé une reprise en main, mais la
menace n’a pas été éradiquée, comme le montre la persistance des assassinats ciblés
et la multiplication des attaques (voir la chronologie en annexe C). La lente et difficile
recomposition de l’appareil sécuritaire à la suite de la chute du régime Compaoré
explique les difficultés à fournir une réponse adéquate. Le renforcement de la coopé-
ration régionale est un élément essentiel de cette réponse.
63
Le Groupement des forces anti-terroristes (GFAT), devenu le Groupement des forces de sécu-
risation du Nord (GFSN), passe de 500 à 1 600 hommes. Les opérations Panga (Burkina, Mali,
Barkhane) et Bayard (Barkhane) détruisent d’importants dépôts logistiques dans la forêt de
Foulsaré et conduisent à des arrestations. Entretiens de Crisis Group, diplomates, sources sécu-
ritaires, acteur humanitaire, habitant du Soum, Ouagadougou, mai 2017 ; élu local, responsable
religieux, Djibo, mai 2017. L’Opération Barkhane, composée de 4 000 militaires français, succède
à l’opération Serval en juillet 2014. Basée à N’Djamena, au Tchad, elle lutte contre les groupes armés
terroristes dans la bande saharo-sahélienne.
64
Entretien de Crisis Group, membre de l’opposition, Ouagadougou, mai 2017.
65
Une source sécuritaire affirme que « l’on sera dans ce bourbier pendant un bout de temps »,
tandis qu’une autre reconnait que « l’on a beaucoup à faire ». Entretiens de Crisis Group, sources
sécuritaires, Ouagadougou, mai 2017.
66
Entretien de Crisis Group, source sécuritaire, Ouagadougou, mai 2017.
67
Entretien de Crisis Group, source sécuritaire, Ouagadougou, mai 2017.
Nord du Burkina Faso : ce que cache le jihad
Crisis Group Rapport Afrique N°254, 12 octobre 2017 Page 12
mode d’action inédit au Burkina : l’usage d’engins explosifs improvisés, utilisés pour
la première fois en août 2017.68
En outre, les effectifs supplémentaires envoyés dans le Soum sont autant de
soldats en moins pour protéger les autres régions, et les attaques pourraient donc
se déplacer. Les enlèvements de fonctionnaires en mai 2017 dans l’Oudalan et les
attaques contre deux postes de gendarmerie à l’Ouest (Djibasso et Toéni) en
septembre 2017 pourraient indiquer que la menace se déplace, ou que de nouveaux
groupes pourraient profiter du fait que toute l’attention est concentrée sur le Soum
pour frapper ailleurs.69
Ansarul Islam est à la fois un mouvement local et un groupe qui entretient des
liens, certes troubles, avec les jihadistes actifs dans le Sahel. Si Malam est (ou était)
proche d’Hamadoun Kouffa, ses liens avec la nouvelle coalition affiliée à al-Qaeda
et dirigée par Iyad ag Ghali, le Jamaat Nosrat al-Islam wal Muslimin, (Groupe de
soutien à l’islam et aux musulmans, GSIM), ne sont pas clairs. Certaines sources
affirment qu’il aurait désavoué cette alliance, d’autres estiment que le GSIM n’aurait
pas voulu de lui, car il n’était pas assez puissant.70 Il y aurait eu des divergences entre
Kouffa et Malam, parce que le premier aurait été jaloux de la montée en puissance
de son « petit », et qu’il aurait désapprouvé les assassinats d’anciens camarades de
Malam au nom de l’interdiction de tuer des musulmans.71 Une publication par une
page Facebook attribuée à Ansarul Islam le 12 septembre 2017, dans laquelle Ansarul
Islam dénonce la mort de musulmans dans l’attentat de Ouagadougou de mi-août
2017, laisse suggérer de fortes divergences entre Ansarul Islam et le GSIM. Cette
information doit cependant être prise avec précaution, la page Facebook n’ayant pas
été authentifiée.
Au début de l’année 2017, Malam semblait se rapprocher de l’Etat islamique au
Grand Sahara (EIGS), avec lequel il aurait mené l’attaque de Nassoumbou.72 Mais
Ansarul Islam utilise le centre du Mali comme base arrière et doit nécessairement
avoir des liens avec les groupes qui opèrent dans cette région.73 Il est possible
qu’Ansarul Islam évolue entre les deux pôles que sont le GSIM et l’EIGS, sans avoir
fait de choix clair.
Ansarul Islam revendique rarement ses attaques et ne dispose pas d’un canal
officiel de communication. Il est difficile de lui attribuer tous les incidents sécuritaires
dans la région du Sahel. Le groupe n’a pas l’apanage de la violence. Banditisme et
criminalité affectent également la région. L’insécurité est exacerbée par la circulation
d’armes légères provenant de l’Algérie, de la Libye et du Mali, favorisée par les trafics
qui transitent entre autres par Boulikessi, localité malienne proche de la frontière.74
68
Certains des individus assassinés en juillet étaient membres d’Ansarul Islam et recherchés par
les forces de sécurité. « Meurtres dans le nord du Burkina : Ansarul Islam victime d’une guerre
intestine ? », Radio France Internationale (RFI), 26 juillet 2017. « Burkina : Un véhicule de l’armée
saute sur un engin explosif dans le Soum », Burkina 24 (www.burkina24.com), 23 septembre 2017.
69
Le manque d’effectifs sera atténué par le retour du bataillon (environ 850 hommes) envoyé au
Darfour. Entretiens de Crisis Group, diplomates, source sécuritaire, Ouagadougou, mai 2017.
70
Entretien de Crisis Group, source sécuritaire, Ouagadougou, mai 2017.
71
Entretiens de Crisis Group, sources sécuritaires, diplomates, Ouagadougou, mai 2017.
72
Entretiens de Crisis Group, sources sécuritaires, Ouagadougou, janvier et mai 2017.
73
Entretien de Crisis Group, source sécuritaire, Ouagadougou, mai 2017.
74
Entretien de Crisis Group, ancien fonctionnaire, Ouagadougou, mai 2017.
Nord du Burkina Faso : ce que cache le jihad
Crisis Group Rapport Afrique N°254, 12 octobre 2017 Page 13
La somme de 300 000 francs CFA ou deux génisses permettent d’acquérir une
kalachnikov.75
La présence des Koglweogo, groupes d’autodéfense villageois présents dans de
nombreuses localités du pays afin de lutter contre le banditisme, l’insécurité et le
vol de bétail, suscite des craintes. Lorsqu’ils sont composés de natifs des villages où
ils opèrent, leur présence ne semble pas poser de problèmes.76 Mais des Koglweogo
provenant d’autres régions du Burkina ont été chassés de Kerboulé (une localité
qui abrite un site d’orpaillage à 60 kilomètres de Djibo) par des hommes armés
(possiblement liés à Ansarul Islam).77 Des affrontements entre Koglweogo et autres
groupes armés ne sont pas à exclure. L’existence des Ruga, groupes d’éleveurs peul
armés de fusils de chasse chargés de retrouver les troupeaux égarés ou volés,
pourrait complexifier cette équation sécuritaire, même si rien ne permet pour
l’instant de dire qu’ils constituent un risque particulier.78
Les troubles politiques qu’a connus le Burkina depuis la chute de Blaise Compaoré
en octobre 2014 ont désorganisé l’appareil sécuritaire. La diplomatie Compaoré
permettait de contenir de nombreux groupes armés hors du territoire burkinabè
en faisant preuve de bienveillance à l’égard de certains d’entre eux. Le système de
renseignement reposait davantage sur des hommes et leurs réseaux que sur des
institutions. Créée en octobre 2015, l’Agence nationale du renseignement (ANR)
est une « grosse machine [qui] n’a pas encore vraiment démarré », même si elle a
commencé à centraliser le renseignement.79 Le démantèlement du Régiment de
sécurité présidentielle (RSP), unité privilégiée de l’armée sous Compaoré, a également
déstabilisé l’appareil sécuritaire.80
A long terme, le principal défi pour les forces de sécurité burkinabè est de
s’adapter aux nouvelles menaces. La guerre asymétrique contre des groupes armés
non étatiques requiert des moyens et des stratégies bien différentes de la guerre
conventionnelle. Les forces de sécurité sont davantage habituées à rester dans les
casernes qu’à aller au combat, le Burkina n’ayant jamais mené de guerre contre un
75
Entretiens de Crisis Group, élus locaux, Djibo, mai 2017.
76
Il s’agit par exemple des localités de Pobe Mengao, Aribinda et Tongomayel. Entretien de Crisis
Group, autorité coutumière, Djibo, mai 2017. Créés dans les années 1990 pour protéger l’environ-
nement, les Koglweogo sont aujourd’hui des groupes d’autodéfense qui luttent contre l’insécurité
et le banditisme. Depuis 2015, ils se sont multipliés et répandus principalement au centre, dans
la région Nord, au Sud et à l’Est du Burkina.
77
Entretiens de Crisis Group, autorités locales, élu local, Djibo, source sécuritaire, Ouagadougou,
mai 2017.
78
D’après une source sécuritaire, des membres des Ruga auraient été arrêtés lors des opérations
menées au printemps 2017. Entretien téléphonique de Crisis Group, source sécuritaire, juin 2017.
79
Entretien de Crisis Group, source sécuritaire, Ouagadougou, mai 2017.
80
Les armes dont le RSP disposait n’ont pas toujours été correctement redistribuées. Une source
sécuritaire raconte que lors de l’attentat de Ouagadougou en janvier 2016, les forces de sécurité
burkinabè n’ont pas pu lancer l’assaut dans l’hôtel Splendid notamment car elles ne disposaient
pas de lunettes de vision nocturne. Celles dont disposait le RSP ont été entreposées au lieu
d’être distribuées aux unités qui en ont besoin. Entretien de Crisis Group, source sécuritaire,
Ouagadougou, janvier 2016.
Nord du Burkina Faso : ce que cache le jihad
Crisis Group Rapport Afrique N°254, 12 octobre 2017 Page 14
autre pays (à part les deux brefs épisodes de conflit armé avec le Mali en 1974 et
1985), ni connu de conflit civil. Favoriser une culture de combat et de sacrifice, aux
antipodes d’une « armée d’apparat », prendra forcément du temps.81 Les soldats
burkinabè ont toutefois l’expérience du combat lors de déploiements en opérations
extérieures dans des terrains parfois difficiles (Darfour, Nord-Mali).
Deux éléments qui font défaut et sont indispensables à la lutte contre les groupes
armés sont les moyens aériens et le renseignement. Les avions de reconnaissance
burkinabè, non armés, peuvent seulement signaler une menace ; dans une zone
reculée, il faudra plusieurs heures de route pour atteindre le lieu donné. Des hélicop-
tères de combat sont également nécessaires. Mais au-delà de l’équipement, c’est
surtout la formation qui est indispensable. Plus simplement, les forces armées
déployées au Nord manquent de motos afin de pouvoir circuler en brousse avec la
même aisance que leurs ennemis. Le renseignement humain, quant à lui, fait encore
défaut. Tant que les forces armées n’infiltrent pas les populations, comme le font les
groupes jihadistes, ces derniers conserveront un avantage.82
En outre, les forces de sécurité burkinabè souffrent de problèmes plus anciens.
Le clivage générationnel nuit à la cohésion : la troupe, jeune et mécontente de ses
conditions matérielles, perçoit la hiérarchie comme ayant été compromise sous
l’ancien régime, peu motivée pour sortir des bureaux climatisés et incapable de
s’adapter aux nouvelles menaces. Les jeunes sous-officiers déplorent la faiblesse
de la communication de l’état-major et son usage limité des nouvelles technologies,
alors que la communication est un élément clé de la lutte contre le terrorisme.83
La gestion des ressources humaines est une autre faiblesse : les officiers d’admi-
nistration ne sont pas assez nombreux, les compétences manquent, créant des
frustrations notamment en matière d’avancement.84 La pyramide des grades est
inversée : l’armée compte trop de colonels-majors et pas assez de sous-officiers.85
Enfin, la rivalité historique entre police et gendarmerie nuit à leur efficacité. Ces
deux corps sont déployés à la fois en milieux urbains et ruraux et leurs tâches se
chevauchent.86 Toutes ces défaillances, qui devront être réglées dans le cadre de la
réforme du secteur de la sécurité, expliquent en partie la difficulté qu’éprouvent les
forces de sécurité burkinabè à lutter efficacement contre Ansarul Islam.
81
Entretien de Crisis Group, diplomate, Ouagadougou, mai 2017.
82
Entretiens de Crisis Group, acteur humanitaire, sources sécuritaires, Ouagadougou, mai 2017.
83
Entretien de Crisis Group, source sécuritaire, Ouagadougou, mai 2017.
84
Entretiens de Crisis Group, source sécuritaire, Ouagadougou, janvier et mai 2017.
85
Entretien de Crisis Group, diplomate, Ouagadougou, mai 2017.
86
Entretiens de Crisis Group, sources sécuritaires, Ouagadougou, janvier 2016, janvier et mai
2017. Les tensions entre policiers et gendarmes au sein du Groupement de sécurité et de protection
républicaine (GSPR), chargé de la sécurité présidentielle, illustrent cette méfiance. « Burkina
Faso : tensions entre policiers et gendarmes de la garde présidentielle », Africanews.fr, 7 août 2017.
Nord du Burkina Faso : ce que cache le jihad
Crisis Group Rapport Afrique N°254, 12 octobre 2017 Page 15
« personne ne va mourir à [leur] place ».87 Une partie de l’opinion publique éprouve
un sentiment de méfiance à l’égard de la France. Certains l’accusent de mener un
double jeu vis-à-vis des groupes armés, notamment les Touareg du Nord-Mali. Il
en résulte une volonté de diversifier les partenariats, en se tournant vers les Etats-
Unis, l’Allemagne, la Russie ou l’Europe de l’Est.
La coopération régionale avec le Mali et le Niger a été renforcée. S’il a enfin été
formalisé, le droit de poursuite peut poser problème en raison d’une communication
parfois défaillante et de risques d’accrochage entre les armées.88 Les pays de la
région, encouragés par la France, tentent surtout de renforcer la coopération
régionale à travers le projet de force conjointe du G5 Sahel (Burkina, Mali, Niger,
Tchad, Mauritanie). Cette force suscite cependant peu d’engouement de la part des
officiers burkinabè. Il s’agit essentiellement de « réunions à n’en plus finir », selon
une source sécuritaire.89 Les Burkinabè estiment que le Tchad et la Mauritanie sont
trop loin pour être concernés par les mêmes menaces.90 En outre, le financement
de la force n’est pas encore sécurisé.91
La dynamique tripartite Burkina-Mali-Niger, qui se dessine avec le projet de
déploiement d’une des trois composantes de la force du G5 dans la zone des trois
frontières, appelée Liptako-Gourma, suscite quant à elle davantage d’optimisme.
Les Burkinabè considèrent qu’il est plus efficace de travailler à trois qu’à cinq. La
force sera déployée dans le Liptako-Gourma mais n’atteindra pas la province du
Soum, qui reste un problème burkinabo-malien.92
Par ailleurs, les militaires burkinabè sont sceptiques quant à l’efficacité de la
mission onusienne au Mali, la Minusma, car ils considèrent que son mandat est ina-
déquat.93 La création de la force conjointe du G5 pose la question de la coordina-
tion avec la Minusma, qui compte déjà plus de 15 000 soldats et policiers et coûte
près d’un milliard de dollars par an. Cela fait courir le risque d’un enchevêtrement
87
Entretiens de Crisis Group, sources sécuritaires, Ouagadougou, janvier et mai 2017.
88
La règle non écrite veut que l’armée voisine ne dépasse pas un rayon de 40 kilomètres au-delà
de la frontière. Entretiens de Crisis Group, sources sécuritaires, Ouagadougou, mai 2017.
89
Entretien de Crisis Group, source sécuritaire, Ouagadougou, mai 2017. Le projet de force
conjointe du G5 Sahel a vu le jour officiellement lors du sommet de Bamako début février 2017.
Elle aura pour objectif de combattre l’insécurité et les groupes terroristes dans le Sahel. Les cinq
pays du G5 fourniront chacun 1 000 hommes, déployés autour de trois zones frontalières : Mali-
Mauritanie, Mali-Burkina-Niger et Tchad-Niger. Le G5, qui existe depuis 2014, vise à fournir une
réponse régionale à un problème régional et à « africaniser » la sécurité.
90
Entretiens de Crisis Group, sources sécuritaires, Ouagadougou, mai 2017.
91
Entretien de Crisis Group, diplomate, Ouagadougou, mai 2017. Le chiffre avancé pour le budget
de la force conjointe est de 423 millions d’euros, mais cette estimation pourrait être revue à la
baisse. Entretien de Crisis Group, source diplomatique, Paris, juillet 2017. L’Union européenne a
promis 50 millions d’euros et les membres du G5 se sont engagés à fournir 10 millions chacun.
En plus d’aide opérationnelle et technique, la France a promis 8 millions d’euros.
92
Entretiens de Crisis Group, sources sécuritaires, Ouagadougou, mai 2017.
93
Entretiens de Crisis Group, sources sécuritaires, Ouagadougou, septembre 2016, janvier et mai
2017. La résolution 2359 (21 juin 2017) du Conseil de sécurité des Nations unies soutenant la
création de la force conjointe du G5 prévoit que celle-ci améliorera l’environnement sécuritaire
afin de permettre à la Minusma de mieux remplir son mandat. La résolution 2364 (29 juin 2017)
prolongeant le mandat de la Minusma prévoit coopération, coordination et partage d’informations
entre la force du G5 et la mission onusienne.
Nord du Burkina Faso : ce que cache le jihad
Crisis Group Rapport Afrique N°254, 12 octobre 2017 Page 16
94
Ibid.
95
Entretien de Crisis Group, source sécuritaire, Ouagadougou, mai 2017.
96
Entretiens de Crisis Group, sources sécuritaires, Ouagadougou, janvier et mai 2017.
97
Entretiens de Crisis Group, sources sécuritaires, Ouagadougou, mai 2017. La bonne entente
entre le Burkina et le Niger repose également sur les liens privilégiés qu’entretenaient le président
nigérien Mahamadou Issoufou et le président de l’Assemblée nationale burkinabè, Salif Diallo,
décédé fin août 2017.
Nord du Burkina Faso : ce que cache le jihad
Crisis Group Rapport Afrique N°254, 12 octobre 2017 Page 17
Après des mois de déni, les autorités burkinabè ont finalement pris conscience,
début 2017, de la nécessité d’aller au-delà de l’action militaire et d’apporter une
réponse globale à la crise. Celle-ci se matérialise notamment par le lancement d’un
programme de développement d’urgence pour la région du Sahel visant à construire
des infrastructures et à réduire la pauvreté. Les efforts de développement ne suffi-
ront toutefois pas à résoudre une crise dont les racines, très locales, sont ancrées
dans l’ordre social propre à la société peul de la province du Soum. Plusieurs
éléments peuvent être mieux pris en compte afin de renforcer cette réponse.
La réponse apportée par le gouvernement doit tenir compte des
dimensions sociales et locales de la crise. L’idéologie d’Ansarul Islam repose
sur la contestation d’une organisation sociale productrice de frustrations et de
conflits. L’Etat n’a cependant pas vocation à s’impliquer dans ces dynamiques
socio-culturelles ou à bouleverser des équilibres sociaux anciens. Il faut peut-être
mobiliser davantage les acteurs locaux pour trouver des solutions adaptées à une
crise profondément enracinée dans des dynamiques locales. L’Etat et les partenaires
internationaux ne trouveront pas les solutions à des questions qui touchent à
l’intimité des sociétés du Nord du Burkina Faso. Ils peuvent au mieux stimuler des
initiatives de dialogue entre communautés et générations afin de permettre à ces
dernières de trouver des solutions à leur propre crise.
Il importe de réduire le fossé entre, d’une part, les forces de sécurité
et les autorités et, d’autre part, la population. Le renforcement de la présence
militaire ne sera pas véritablement efficace tant que les populations ne collaboreront
pas avec les forces de sécurité. A court terme, ces dernières devraient privilégier le
renseignement humain et s’imbriquer au sein de la population, par exemple en
rémunérant davantage d’individus et d’unités équipés de téléphones mobiles pour
qu’ils puissent communiquer des informations, tout en prêtant une attention
particulière à leur protection.98 L’envoi de troupes et de fonctionnaires parlant le
fulfuldé (la langue peul) permettrait également de réduire la barrière linguistique.
A long terme, la méfiance pourrait être atténuée si davantage de Peul étaient
recrutés au sein des forces de sécurité et de la fonction publique. Il ne s’agit pas
d’imposer des quotas ou de mener une politique de discrimination positive, porteuse
des dangers de l’ethnicisme, mais d’encourager l’engagement par exemple en rendant
plus accessibles les concours d’entrée, sans oublier la vocation traditionnellement
limitée des Peul à intégrer les forces de sécurité ou la fonction publique.99
Renforcer les activités civilo-militaires permettrait de mettre à contribution les
forces de sécurité et de réduire un peu la méfiance de la population en montrant
qu’elles peuvent être utiles.100 Enfin, les arrestations doivent respecter les procédures
et les droits, et les comportements abusifs des forces de sécurité et des fonctionnaires
98
Entretiens de Crisis Group, sources sécuritaires, Ouagadougou, janvier et mai 2017.
99
Entretien de Crisis Group, source sécuritaire, Ouagadougou, mai 2017. Un résident du Soum
qui souhaite passer le concours d’entrée de l’armée ou de la gendarmerie devra se rendre respec-
tivement à Dori ou à Kaya, deux villes situées chacune à environ 200 kilomètres de piste de Djibo.
100
Entretien de Crisis Group, source sécuritaire, Ouagadougou, mai 2017.
Nord du Burkina Faso : ce que cache le jihad
Crisis Group Rapport Afrique N°254, 12 octobre 2017 Page 18
101
« Programme d’urgence pour le Sahel au Burkina Faso (PUS-BF), 2017-2020 », document
final, juin 2017, copie fournie à Crisis Group.
102
Le sentiment que l’élevage contribue pour beaucoup au PIB mais qu’il est le parent pauvre des
politiques de développement est répandu dans tout le Burkina (et dans d’autres pays voisins
d’ailleurs). Entretiens de Crisis Group, représentants peul, Ouagadougou, octobre 2016.
103
Entretien de Crisis Group, responsable religieux, Djibo, mai 2017.
104
Entretiens de Crisis Group, sources sécuritaires, Ouagadougou, janvier et mai 2017.
105
Entretien de Crisis Group, source sécuritaire, Ouagadougou, mai 2017.
Nord du Burkina Faso : ce que cache le jihad
Crisis Group Rapport Afrique N°254, 12 octobre 2017 Page 19
Par ailleurs, les forces de sécurité déployées au Nord ont urgemment besoin de
motos supplémentaires afin de se déplacer plus aisément en brousse, et de meilleurs
moyens de communication afin de faire circuler l’information. Les forces armées
burkinabè pourraient aussi mieux communiquer auprès de l’opinion publique
nationale sur les progrès accomplis.
Nord du Burkina Faso : ce que cache le jihad
Crisis Group Rapport Afrique N°254, 12 octobre 2017 Page 20
Conclusion
Il est encore trop tôt pour évaluer l’efficacité à long terme de la réponse mise en
œuvre par le gouvernement. Mais, déjà, l’accalmie attendue en raison de la saison
des pluies (de juillet à octobre), qui aurait dû entraver les déplacements et réduire
les attaques, ne s’est pas produite. Plusieurs nouvelles attaques meurtrières se sont
déroulées au Nord du Burkina en juillet, août et septembre. L’affaiblissement de ce
groupe armé ou le décès de son fondateur ne suffiront pas à régler la crise sécuritaire
et sociale du Nord du Burkina. Celle-ci perdurera tant que les causes profondes qui
ont permis son essor existeront, et avec elles la possibilité d’une extension de la crise
à d’autres provinces.
L’International Crisis Group est une organisation non gouvernementale indépendante à but non lucratif
qui emploie près de 120 personnes présentes sur les cinq continents. Elles élaborent des analyses de
terrain et font du plaidoyer auprès des dirigeants dans un but de prévention et de résolution des conflits
armés.
La recherche de terrain est au cœur de l’approche de Crisis Group. Elle est menée par des équipes
d’analystes situées dans des pays ou régions à risque ou à proximité de ceux-ci. À partir des informa-
tions recueillies et des évaluations de la situation sur place, Crisis Group rédige des rapports analy-
tiques rigoureux qui s’accompagnent de recommandations pratiques destinées aux dirigeants poli-
tiques internationaux, régionaux et nationaux. Crisis Group publie également CrisisWatch, un bulletin
mensuel d’alerte précoce offrant régulièrement une brève mise à jour de la situation dans plus de 70
situations de conflit (en cours ou potentiel).
Les rapports de Crisis Group sont diffusés à une large audience par courrier électronique. Ils sont
également accessibles au grand public via le site internet de l’organisation : www.crisisgroup.org. Crisis
Group travaille en étroite collaboration avec les gouvernements et ceux qui les influencent, notamment
les médias, afin d’attirer leur attention et de promouvoir ses analyses et recommandations politiques.
Le Conseil d’administration de Crisis Group, qui compte d’éminentes personnalités du monde politique,
diplomatique, des affaires et des médias, s’engage directement à promouvoir les rapports et les re-
commandations auprès des dirigeants politiques du monde entier. Le Conseil d’administration est pré-
sidé par Mark Malloch-Brown, ancien vice-secrétaire général des Nations unies et administrateur du
Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). La vice-présidente du Conseil est Ayo
Obe, juriste, chroniqueuse et présentatrice de télévision au Nigéria.
Le président-directeur général de Crisis Group, Jean-Marie Guéhenno était le secrétaire général adjoint
aux opérations de maintien de la paix des Nations unies de 2000 à 2008, et l’envoyé spécial adjoint
des Nations unies et de la Ligue arabe en Syrie en 2012. Il a quitté ce poste pour présider la commis-
sion de rédaction du livre blanc français de la défense et de la sécurité nationale en 2013.
Le siège d’International Crisis Group est situé à Bruxelles et l’organisation a des bureaux dans dix
autres villes: Bichkek, Bogota, Dakar, Islamabad, Istanbul, Kaboul, Nairobi, Londres, New York et Was-
hington, DC. Elle est également présente dans les villes suivantes : Abuja, Alger, Bangkok, Beyrouth,
Caracas, Gaza, Djouba, Guatemala City, Hong Kong, Jérusalem, Johannesburg, Kaboul, Mexico City,
Rabat, Sanaa, Tbilissi, Toronto, Tripoli, Tunis et Yangon.
Crisis Group reçoit le soutien financier d’un grand nombre de gouvernements, de fondations institution-
nelles et de donateurs privés. Actuellement, Crisis Group entretient des relations avec les agences et
départements gouvernementaux suivants: Affaires mondiales Canada, agence française de dévelop-
pement, le ministère allemand des affaires étrangères, le ministère australian des Affaires étrangères
et du commerce, l’Agence autrichienne pour le développement, l'Instrument contribuant à la stabilité et
à la paix (IcSP) de l'Union européenne, la Principauté du Liechtenstein, le Département fédéral des
affaires étrangères de la Confédération suisse, le ministère danois des Affaires étrangères, le ministère
finlandais des Affaires étrangères, le ministère français des Affaires étrangères, le ministère française
de la Défense, le ministère luxembourgeois des Affaires étrangères, le ministère néerlandais des Af-
faires étrangères, le ministère néo-zélandais des Affaires étrangères et du commerce, le ministère
norvégien des Affaires étrangères, le ministère suédois des Affaires étrangères, et Irish Aid.
Crisis Group entretient aussi des relations avec les fondations suivantes: Carnegie Corporation of New
York, Henry Luce Foundation, Humanity United, John D. and Catherine T. MacArthur Foundation, Oak
Foundation, Open Society Foundations, Ploughshares Fund, Robert Bosch Stiftung, et Wellspring Phil-
anthropic Fund.
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Nord du Burkina Faso : ce que cache le jihad
Crisis Group Rapport Afrique N°254, 12 octobre 2017 Page 26
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