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254 Nord Du Burkina Faso Ce Que Cache Le Jihad

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Nord du Burkina Faso : ce que cache le jihad

Rapport Afrique N°254 | 12 octobre 2017

Headquarters
International Crisis Group
Avenue Louise 149 • 1050 Brussels, Belgium
Tel: +32 2 502 90 38 • Fax: +32 2 502 50 38
[email protected]

Preventing War. Shaping Peace.


Table des matières

Synthèse .................................................................................................................................... i

Introduction ..................................................................................................................... 1

Les racines sociales de la crise.......................................................................................... 3


Malam Ibrahim Dicko, de la radio au jihad ............................................................... 3
La contestation d’un ordre social figé et inégalitaire................................................. 5
Un rapport distant à l’Etat ......................................................................................... 7
Une province frontalière du Mali particulièrement vulnérable ................................ 9

Un effort militaire considérable ....................................................................................... 11


Le Sahel burkinabè sous la menace ........................................................................... 11
Un appareil sécuritaire en recomposition ................................................................. 13
La coopération régionale et internationale ............................................................... 14

Apporter une réponse globale et durable ......................................................................... 17

Conclusion ........................................................................................................................ 20

ANNEXES
A. Carte du Burkina Faso ...................................................................................................... 21
B. Carte de la zone frontalière Mali-Burkina Faso ............................................................... 22
C. Chronologie des incidents sécuritaires au Burkina Faso depuis 2015............................. 23
D. A propos de l’International Crisis Group ......................................................................... 25
E. Rapports et briefings sur l’Afrique depuis 2014 .............................................................. 26
F. Conseil d’administration de l’International Crisis Group................................................ 28
International Crisis Group
Rapport Afrique N°254 12 octobre 2017

Synthèse
Longtemps épargné par les groupes armés actifs au Sahel, le Burkina Faso est
confronté à des attaques de plus en plus fréquentes et meurtrières visant la partie
nord du pays. Si l’insécurité résulte en grande partie d’une extension du conflit
malien, la crise au Nord du Burkina révèle une dynamique sociale endogène.
Présenté comme lié aux jihadistes actifs dans le Sahel, le groupe armé Ansarul
Islam, qui semble être l’acteur principal de l’insécurité, est avant tout un mouvement
de contestation de l’ordre social qui prévaut dans la province du Soum, dans la
région burkinabè du Sahel. Malgré une reprise en main de la situation au printemps
2017, la crise est loin d’être terminée. Le Burkina et ses partenaires sont conscients
qu’elle exige une réponse globale, et non uniquement militaire, et que sa résolution
définitive dépend en partie de la situation au Mali. Mais cette réponse doit surtout
tenir compte des dimensions sociales et locales de la crise, qui prévalent sur ses
dimensions religieuses ou sécuritaires.
Ansarul Islam, créé par Malam Ibrahim Dicko, un prêcheur originaire du Soum,
est né de la contestation de l’organisation sociale en vigueur dans la province. Des
années durant, Malam prône l’égalité entre les classes sociales. Il remet en cause la
toute-puissance des chefferies coutumières et le monopole de l’autorité religieuse
détenu par les familles maraboutiques, qu’il accuse de s’enrichir aux dépens des
populations. Cette rhétorique lui vaut un écho considérable, surtout parmi les jeunes
et les cadets sociaux. Même s’il perd une grande partie de ses adeptes lorsqu’il bascule
dans la lutte armée, il parvient à en conserver suffisamment pour mener une guerre
de basse intensité contre les autorités locales et nationales. L’éventualité de sa mort
au cours d’opérations militaires menées au printemps 2017, qui n’a pas été prouvée
ni confirmée, ne mettrait pas fin à la crise.
Produit des réalités sociopolitiques et culturelles locales, Ansarul Islam tient au
moins autant de l’insurrection sociale que du mouvement islamiste. Il n’est pas
tant un groupe critique de la modernité qu’un mouvement qui rejette des traditions
perçues comme archaïques. Il exprime les doléances de la majorité silencieuse de
la population qui ne détient ni le pouvoir politique, ni l’autorité religieuse. L’islam
devient alors un référent de contestation d’une société figée productrice de frustra-
tions. Ansarul Islam n’est pas non plus un groupe de défense des Peul, majoritaires
dans le Sahel burkinabè. La revendication ethnique et identitaire est pour le moment
marginale dans son discours.
Le rapport distant qu’entretiennent les populations avec l’Etat nourrit également
la crise. Le contraste entre le potentiel économique du Nord et le manque de déve-
loppement alimente un sentiment d’abandon des populations. Comme au Mali,
fonctionnaires et forces de sécurité sont plus souvent perçus comme des corps
étrangers cherchant à s’enrichir que comme des agents chargés de fournir des
services. Les habitants du Soum sont réticents à collaborer avec des forces de sécu-
rité venues d’autres provinces et au comportement parfois brutal.
La crise au Nord du Burkina est beaucoup plus que le simple miroir de la situation
au centre du Mali. Certes, le Mali sert de base arrière à Ansarul Islam. Des similarités
existent. Mais la poussée de la violence qui se revendique du jihad conduit à négliger
Nord du Burkina Faso : ce que cache le jihad
Crisis Group Rapport Afrique N°254, 12 octobre 2017 Page ii

la dimension sociale et extrêmement locale des conflits et la capacité des groupes


armés à exploiter les clivages qui traversent certaines sociétés. L’insécurité au
Nord du Burkina ne résulte pas uniquement d’un déficit de développement, d’une
incompréhension entre un Etat central et un territoire lointain ou de l’influence
négative d’un voisin en guerre. Elle est surtout le résultat d’une crise profonde qui
agite les groupes humains qui habitent les terroirs du Nord. C’est sur ces fractures
très locales entre maitres et sujets, dominants et dominés, anciens et modernes
que Malam Dicko a bâti sa popularité.
La résolution définitive de la crise dépendra en partie de la stabilisation du Mali
ainsi que de la mise en place par le gouvernement et ses partenaires de plans efficaces
de développement. Mais elle viendra aussi et surtout de la création de nouveaux
équilibres sociaux et d’un règlement par les populations locales de leurs divisions
actuelles. Partant de ce constat, le gouvernement pourrait mieux prendre en compte
les aspects suivants afin de s’attaquer à la crise :

 Développer des réponses qui tiennent compte des dimensions sociales


et locales de la crise. Tant que l’ordre social local continuera à produire des
frustrations et des conflits, il sera difficile de trouver un règlement définitif de
la crise. L’action de l’Etat est toutefois limitée dans ce domaine, car il n’a pas
vocation à modifier une organisation sociale qui prévaut depuis des siècles. C’est
davantage aux acteurs locaux qu’incombe la tâche de réflexion et de production
de solutions adaptées aux spécificités locales, l’Etat et les partenaires internatio-
naux pouvant au mieux stimuler des initiatives de dialogue entre communautés
ou générations.

 Réduire le fossé entre, d’une part, les forces de sécurité et les autorités
étatiques et, d’autre part, la population. Plusieurs mesures peuvent y
contribuer : améliorer le renseignement humain et mieux protéger les informa-
teurs ; encourager le recrutement de Peul dans les forces de sécurité et la fonction
publique (sans pour autant imposer de quotas) ; renforcer les activités civilo-
militaires ; favoriser l’affectation dans la région du Sahel de fonctionnaires et de
membres des forces de sécurité parlant le fulfuldé (la langue peul) ; et sanctionner
plus sévèrement les comportements abusifs.
 Mettre davantage l’accent, dans le programme d’urgence pour la
région du Sahel – le volet développement de l’action gouvernemen-
tale –, sur la promotion de l’élevage, l’amélioration de la justice et la
lutte contre la corruption. Soutenir l’élevage, s’attaquer aux dysfonction-
nements dont souffre le système judiciaire et au fléau de la corruption dans
l’administration contribuerait à réduire les perceptions négatives de l’Etat en
montrant qu’il peut être utile pour ses habitants.

 Œuvrer, à long terme, au renforcement de la coopération judiciaire


et policière entre le Mali et le Burkina, afin de faciliter la conduite
d’enquêtes qui ont des ramifications dans ces deux pays, la gestion des prisonniers
et des suspects et leur comparution devant la justice.
Ouagadougou/Dakar, 12 octobre 2017
International Crisis Group
Rapport Afrique N°254 12 octobre 2017

Nord du Burkina Faso : ce que cache le jihad

Introduction

En 2015, le Burkina entre dans la catégorie des pays sahéliens victimes des groupes
armés et criminels basés essentiellement au Mali, mais opérant dans plusieurs pays
de la région. Au nord du pays, la région du Sahel, frontalière du Mali et du Niger,
est la zone la plus touchée par les attaques. Pourtant, il faudra l’attaque de Nassoum-
bou, dans la province du Soum, en décembre 2016 pour que les autorités burkinabè
prennent enfin conscience que la crise ne relève pas d’un problème exclusivement
malien, mais également de dynamiques endogènes.1 Ce rapport se focalise sur la
province du Soum, épicentre du conflit et lieu de naissance du groupe Ansarul Islam
dirigé par Malam Ibrahim Dicko, mais il évoque aussi les autres provinces de la
région du Sahel (l’Oudalan, le Séno et le Yagha) ainsi que les autres régions fronta-
lières, qui sont également vulnérables.2
La province du Soum est majoritairement peuplée de Peul, second groupe
ethnique du Burkina. D’après le recensement de 2006, dont les chiffres sont à prendre
avec précaution, 56 pour cent des habitants de la région du Sahel ont pour langue
maternelle le fulfuldé (la langue peul). Plusieurs interlocuteurs estiment que la
proportion de Peul dans la région du Sahel avoisine les 70-75 pour cent.3 Le grand
groupe ethnique peul est subdivisé principalement entre Peul issus des classes
nobles et descendants d’esclaves, appelés Rimaibé. Les Rimaibé sont les descendants
des populations autochtones qui ont été réduites en esclavage par les Peul et assimi-
lées. Aujourd’hui, Peul et Rimaibé sont inclus dans le même grand groupe ethnique
peul : ils partagent la même culture, la même langue et ont souvent des patronymes
identiques. Le clivage reste néanmoins marqué : « chacun connait sa place », comme
le résume un représentant peul.4 Dans la province du Soum, les habitants autochtones,
les Kurumba, aussi appelés Fulsé, sont minoritaires. Des Mossi (l’ethnie majoritaire
au Burkina) et des membres d’autres groupes vivent également dans la province.

1
La localité de Nassoumbou abrite une base d’un bataillon de lutte anti-terroriste de
plusieurs centaines d’hommes.
2
La partie nord du Burkina est composée de deux régions administratives : la région du
Nord et la région du Sahel. Cette dernière est divisée en quatre provinces : le Soum,
l’Oudalan, le Séno et le Yagha. Pour éviter la confusion, les termes « région du Sahel » ou
« Sahel burkinabè » seront employés dans ce rapport pour désigner cette région adminis-
trative, tandis que l’expression « le Sahel » désignera la zone qui s’étend de la Mauritanie
au Soudan. De même, « le Nord » désignera la partie nord du pays, tandis que « la région
du Nord » désignera la région administrative.
3
Entretiens de Crisis Group, habitant du Soum, Ouagadougou, mai 2017 ; autorités
locales, Djibo, mai 2017. « Recensement général de la population et de l’habitation (RGPH)
2006. Analyse des résultats définitifs. Thème 2 : Etat et structure de la population »,
Institut national de la statistique et de la démographie, octobre 2009 (www.bit.ly/2rVIK4D).
4
Entretien de Crisis Group, représentant peul, Ouagadougou, mai 2017.
Nord du Burkina Faso : ce que cache le jihad
Crisis Group Rapport Afrique N°254, 12 octobre 2017 Page 2

L’histoire pré-coloniale de la région du Sahel explique son organisation socio-


politique actuelle.5 Entre les XVème et XVIIIème siècles, l’arrivée des éleveurs peul
originaires du delta intérieur du Niger conduit à l’éviction des agriculteurs séden-
taires du pouvoir et à l’établissement de la domination peul. Cela aboutit à la création
d’une organisation sociale hiérarchisée entre nobles et familles princières, familles
maraboutiques, artisans, forgerons, tisserands, griots, descendants d’esclaves, etc.6
Les Peul ne parviennent jamais à former une entité politique unique, 7 mais ils
utilisent l’islam comme outil d’émancipation par rapport aux peuples sédentaires
animistes. Ceci rappelle la situation actuelle où des groupes majoritairement peul
entrent en lutte armée contre un pouvoir central dominé par les Bambara au Mali
et par les Mossi au Burkina. L’enjeu actuel de la révolte sociale dans la province du
Soum n’est donc pas la restauration d’un Empire du Macina dont ils n’ont jamais fait
partie, ou d’un royaume du Jelgooji qui n’a jamais existé en tant qu’entité politique
unifiée, mais plutôt la poursuite sous d’autres formes des luttes passées et un reflet
des divisions qui ont agité la province à travers l’histoire.
Ce rapport, qui s’inscrit dans la continuité des travaux de Crisis Group sur les
réponses à apporter à la montée de l’extrémisme violent, analyse les causes profondes
d’une crise qui trouve ses racines dans un ordre social figé et inégalitaire. 8 Il
souligne la nécessité d’apporter une réponse qui ne soit pas seulement militaire et
qui s’inscrive dans la durée et tienne compte des dimensions sociales. Il fournit
également une évaluation de la réponse militaire mise en œuvre depuis le début de
l’année 2017. Malgré les opérations militaires et la reprise en main de la situation,
les autorités et leurs partenaires devraient avoir le triomphe modeste : les attaques
continuent, et quand bien même Malam serait mort, les groupes jihadistes savent,
mieux que les armées qui les combattent, s’adapter à une nouvelle donne. Ce travail
repose sur une cinquantaine d’entretiens avec des forces de sécurité, des autorités
locales et nationales, des membres du gouvernement et de l’opposition, des repré-
sentants de la société civile, des chercheurs et des habitants de la province du Soum.
Ces entretiens ont été menés principalement en janvier et en mai 2017 à Ouaga-
dougou et à Djibo.

5
Voir les travaux du Professeur Hamidou Diallo, « Le foyer de Wuro-Saba au Jelgooji (Burkina
Faso) et la quête d’une suprématie islamique (1858-2000) », in Muriel Gomez-Perez, Islam
politique au Sud du Sahara. Identités, discours et enjeux (2009), p. 401 ; et « Naissance et évolution
des pouvoirs peuls au Sahel burkinabè (Jelgooji, Liptaako et Yaaga) du XVIIIe à la fin du XIXè »,
dans Hamidou Diallo, Moussa Willy Bantenga, Le Burkina Faso passé et présent (2015), p. 97-
114. Entretiens de Crisis Group, historien, Ouagadougou, janvier et mai 2017.
6
Il existe des rivalités entre grandes familles maraboutiques. Les Cissé, considérés comme les
détenteurs authentiques et légitimes de l’autorité religieuse, et les Doukouré, des Marka venus
du Mali à l’époque coloniale, appartiennent à deux branches rivales de la confrérie Tijanyia.
Entretiens de Crisis Group, historien, ancien haut fonctionnaire, Ouagadougou, mai 2017. Jean-
Louis Triaud, David Robinson, La Tijâniyya : une confrérie musulmane à la conquête de l’Afrique
(Paris, 2005).
7
La région est divisée entre émirats du Liptako, du Yagha et du Jelgooji. Ce dernier, qui correspond
à la province du Soum, était lui-même divisé entre chefferies de Djibo et de Baraboulé.
8
Pour les travaux précédents de Crisis Group sur le jihadisme, voir notamment le rapport spécial
de Crisis Group N°1, Exploiter le chaos : l’Etat islamique et al-Qaeda, 14 mars 2016.
Nord du Burkina Faso : ce que cache le jihad
Crisis Group Rapport Afrique N°254, 12 octobre 2017 Page 3

Les racines sociales de la crise

Malam Ibrahim Dicko, de la radio au jihad


La crise du Soum s’articule autour d’une figure de la région, fondateur d’Ansarul
Islam, Malam Ibrahim Dicko. De son vrai nom Boureima Dicko, issu d’une famille
de marabouts et originaire de la localité de Soboulé, dans la province du Soum, il
est (ou était) âgé d’une quarantaine d’années. Malam, dont la santé est fragile, étudie
à l’école classique et à l’école coranique au Burkina et au Mali, puis il enseigne au
Niger.9 En 2009, il commence à prêcher dans de nombreux villages du Soum, où il
établit des représentations locales,10 ainsi que dans deux radios très connues, La Voix
du Soum et La radio lutte contre la désertification (LRCD). Il prêche dans une
mosquée du vendredi à Djibo, aujourd’hui fermée.11
En 2012, son association, al-Irchad, est officiellement reconnue par les autorités.12
Malam est écouté dans toute la province, notamment grâce à ses talents d’orateur et
à son discours contestataire (voir section II.B).13 Il finance facilement la diffusion
radiophonique quasi quotidienne de ses prêches, ce qui suppose une aide financière
extérieure.14 Le gouvernement de transition au Burkina bloque les financements
dédiés à la construction de plusieurs mosquées, ce qui alimente la rancœur de
Malam et ses adeptes envers les fils de marabouts et les princes du Soum, accusés de
jouer de leur influence à Ouagadougou pour empêcher la construction de mosquées
liées à al-Irchad.15
Le caractère radical du discours de Malam conduit les autorités locales, coutu-
mières et religieuses à tirer la sonnette d’alarme, mais aucune action préventive n’est
véritablement entreprise.16 Malam aurait un temps été sous la surveillance des
services de sécurité du régime de Blaise Compaoré, mais ils ont pu perdre sa trace
à la suite de la déstabilisation de l’appareil sécuritaire provoquée par la chute du

9
D’après un de ses anciens camarades, Malam est un enfant chétif et désœuvré, incapable d’exécuter
les corvées physiques. Il est également diabétique. « Malam » signifie « marabout » en langue
hausa. Entretiens de Crisis Group, ancien élu, représentant peul, source sécuritaire, Ouagadougou,
mai 2017.
10
Entretien de Crisis Group, ancien élu, Ouagadougou, mai 2017.
11
Entretiens de Crisis Group, acteur humanitaire, source sécuritaire, Ouagadougou, mai 2017.
12
« Comment est né Ansaroul Islam, premier groupe djihadiste de l’Histoire du Burkina Faso »,
Le Monde, 11 avril 2017.
13
Entretiens de Crisis Group, député, ancien élu, acteur humanitaire, représentant peul, Ouaga-
dougou, mai 2017.
14
Entretien de Crisis Group, ancien élu, Ouagadougou, mai 2017. Dans certaines radios commer-
ciales burkinabè, on peut acheter du temps d’antenne.
15
Entretiens de Crisis Group, représentant peul, membre de l’opposition, Ouagadougou, mai 2017.
16
Entretien de Crisis Group, ancien fonctionnaire, Ouagadougou, janvier 2017 ; ancien élu,
Ouagadougou, mai 2017. Un rapport de l’Union européenne publié en septembre 2016 cite un
certain « Malam Ibrahima » comme un prêcheur radical connu dans la province du Soum.
« Facteurs et acteurs de la radicalisation dans les zones frontalières au Burkina Faso », Programme
de l’Union européenne de prévention régionale contre l’extrémisme violent dans le Sahel et le
Maghreb (PPREV-UE).
Nord du Burkina Faso : ce que cache le jihad
Crisis Group Rapport Afrique N°254, 12 octobre 2017 Page 4

régime.17 Il est arrêté en septembre 2013 à Tessalit, dans le Nord du Mali, par
l’opération française Serval, avec une importante somme en euros d’après certaines
sources.18 Après un passage en prison à Bamako, il est relâché courant 2015.19 Il
aurait rencontré au Mali son mentor Hamadoun Koufa, le chef du Front de libération
du Macina, un groupe armé opérant dans le centre du Mali, courant 2015.20
Au début de l’année 2016, l’émir de Djibo et le grand imam, dont Malam a
épousé la fille, le désavouent.21 Il répudie ensuite sa femme et prend le maquis,
perdant alors la plupart de ses adeptes. Seul un cercle restreint de fidèles le suit
pour aller s’entrainer au Mali.22 Il cherche alors à éliminer ses anciens camarades.23
L’action d’Ansarul Islam est fortement imprégnée d’une logique de règlements de
comptes, ce qui fait craindre à un élu local que le « cycle de vengeance » ne s’installe
dans la durée.24 L’attaque du poste militaire de Nassoumbou le 16 décembre 2016,
qui aurait été menée par Ansarul Islam et l’Etat islamique dans le Grand Sahara
(EIGS) et qui a couté la vie à douze soldats burkinabè, permet à Ansarul Islam
d’officialiser son existence.25
En juin 2017, une publication d’une page Facebook non authentifiée se revendi-
quant d’Ansarul Islam affirme que Jafar Dicko, qui serait le frère cadet de Malam,
prend sa succession à la tête du mouvement. Cette information corrobore le sentiment
des sources sécuritaires burkinabè, selon lesquelles Malam aurait été blessé lors des
offensives militaires du printemps et il aurait succombé à ses blessures. En l’absence
de preuve formelle ou d’infirmation ou de confirmation par Ansarul Islam, le doute
subsiste.

17
Entretien de Crisis Group, cadre de l’ancien régime, Ouagadougou, mai 2017. Andrew Mc Gregor,
« Islamist Insurgency in Burkina Faso: A Profile of Malam Ibrahim Dicko », Aberfoyle International
Security, 30 avril 2017.
18
« Qui est l’imam Ibrahim Dicko, la nouvelle terreur du nord du Burkina ? », Jeune Afrique,
9 janvier 2017. Une source sécuritaire évoque la somme de 9 000 euros. Entretiens de Crisis Group,
source sécuritaire, représentant peul, Ouagadougou, mai 2017.
19
Plusieurs hypothèses circulent quant aux raisons de sa libération : la justice malienne aurait
été corrompue ; il aurait été libéré car il était malade ; des responsables politiques influents seraient
intervenus pour sa libération. Entretiens de Crisis Group, ancien fonctionnaire, Ouagadougou,
janvier 2017 ; représentant peul, source sécuritaire, Ouagadougou, mai 2017.
20
Andrew Mc Gregor, op. cit.
21
Entretiens de Crisis Group, représentant peul, acteur humanitaire, source sécuritaire, Ouaga-
dougou, mai 2017.
22
Entretiens de Crisis Group, acteur humanitaire, Ouagadougou, élu local, Djibo, mai 2017. Fin
2016, des rumeurs circulent selon lesquelles le groupe de Malam propose 70 000 francs CFA (107
euros) par semaine pour venir s’entrainer au Mali. Le salaire minimum au Burkina Faso est de
33 000 francs CFA par mois (50 euros). Entretien de Crisis Group, représentant peul, Ouaga-
dougou, mai 2017.
23
Il fait assassiner entre autres son ancien bras droit, Hamadoun Tamboura, alias Hamadoun
Boly. Entretiens de Crisis Group, élu local, représentants de la société civile, Djibo, mai 2017.
24
Entretien de Crisis Group, élu local, Djibo, mai 2017.
25
Officiellement adoubé par l’Etat islamique fin 2016, l’EIGS, opérant essentiellement dans la
zone des trois frontières (Mali, Burkina, Niger) appelée Liptako-Gourma, est dirigé par Adnan Abu
Walid al-Sahraoui, ancien membre dissident d’al-Mourabitoune. Ses liens avec Ansarul Islam ne
sont pas clairs mais des sources sécuritaires burkinabè estiment que les deux groupes ont mené
conjointement l’attaque de Nassoumbou.
Nord du Burkina Faso : ce que cache le jihad
Crisis Group Rapport Afrique N°254, 12 octobre 2017 Page 5

La contestation d’un ordre social figé et inégalitaire


Que Malam soit mort ou vivant, ses idées et son discours de contestation se sont
répandus et installés dans la province. Il dénonce tout d’abord l’enrichissement des
familles maraboutiques, qui utilisent leur statut de seules détentrices de l’autorité
religieuse pour extorquer de l’argent à la population. Cette contestation reflète le
clivage entre les familles maraboutiques traditionnelles, qui ont une légitimité
historique et au sein desquelles l’imamat se transmet de manière héréditaire, et une
nouvelle génération d’érudits musulmans, qui estiment que l’autorité religieuse ne
doit plus être l’apanage d’une minorité. Malam conteste ainsi le fait que seuls les
imams issus de ces familles sont habilités à diriger la prière ou à donner des avis en
matière de religion, d’autant plus qu’ils n’ont pas toujours les connaissances requises.
La maitrise de l’arabe confère à cette nouvelle génération d’érudits une crédibilité
aux yeux de la population. Malam dénonce aussi la toute-puissance des chefferies
coutumières.26
Cette contestation de l’ordre établi entraine la remise en cause de pratiques
traditionnelles qui, d’après Malam, ne sont pas prescrites par l’islam, telles que le
don d’argent aux marabouts lors de cérémonies, la dot ou l’organisation de fêtes
coûteuses pour célébrer mariages et baptêmes. Un mariage peut coûter jusqu’à
500 000 francs CFA (760 euros), soit dix fois plus que le salaire minimum mensuel
en ville.27 Cette rhétorique suscite l’adhésion des plus modestes, car elle leur retire
un fardeau financier. Malam conteste également les rapports hiérarchiques entre
les descendants de maitres, les Peul, et les descendants d’esclaves, les Rimaibé.
Si l’esclavage a été aboli lors de la colonisation, le clivage reste marqué entre ces
deux groupes.
Pour justifier son discours contestataire, Malam affirme que celui-ci est en
adéquation avec un islam pur, non perverti par les traditions. Il dénonce par
exemple les inégalités sociales comme étant contraires à l’islam. L’islam sert alors
à contester un ordre social figé et inégalitaire et des pratiques qui ne sont plus en
adéquation avec les aspirations de la population. Dans cette région, la religion
musulmane est davantage présente en tant que tradition qu’en tant que pratique
religieuse per se. Il n’est pas rare de trouver des princes qui consomment de l’alcool
et il est interdit de se saluer en disant « salam aleikoum » dans la cour des chefs.28
S’il est composé majoritairement de Peul et de Rimaibé, le mouvement de Malam
ne comporte pas une forte dimension ethnique. Son discours mentionne certes la
nécessité pour les Peul de se défendre face aux trop nombreuses vexations qu’ils
ont subies, bien qu’il ne le dise pas ouvertement dans ses prêches. Mais lorsqu’il
prône l’égalité entre Peul et Rimaibé, il cherche à gommer les clivages ethniques.29
De plus, il n’y aurait pas que des Peul et des Rimaibé dans son mouvement.30 La

26
Entretiens de Crisis Group, historien, ancien ministre, habitant du Soum, représentant peul,
ancien élu, Ouagadougou, mai 2017 ; autorités locales, représentants politiques, Djibo, mai 2017.
27
Entretien de Crisis Group, ancien élu, Ouagadougou, mai 2017.
28
Entretiens de Crisis Group, représentant peul, ancien haut fonctionnaire, Ouagadougou, mai 2017.
29
Entretiens de Crisis Group, représentant peul, ancien élu, Ouagadougou, mai 2017.
30
Il y aurait aussi des Songhai, des Mossi et des Fulsé. Un représentant peul raconte que des
assaillants associés à Malam parleraient mooré, langue que peu de Peul du Sahel burkinabè
Nord du Burkina Faso : ce que cache le jihad
Crisis Group Rapport Afrique N°254, 12 octobre 2017 Page 6

plupart de ses adhérents sont Peul et Rimaibé avant tout car ses prêches sont en
fulfuldé et la majorité des habitants du Sahel burkinabè sont issus de ces commu-
nautés, toutes deux fulanophones. Malam affirme également que « nous sommes les
Rimaibé des Blancs », ce qui révèle une dimension anti-occidentale peu surprenante.31
Dès 2009-2010, le discours de Malam rencontre un écho considérable dans toute
la province du Soum. Anecdote révélatrice de son succès, un ancien élu de la province
raconte qu’un militant de son parti suggère un jour de reporter leur réunion, car
« c’est l’heure d’écouter Malam ».32 Malam perd ensuite la plupart de ses adeptes
lorsqu’il bascule dans la violence,33 ce qui suggère que si son discours a du succès,
peu de gens pensent que la solution passe par les armes. Certaines de ses idées sont
désormais bien implantées dans la province du Soum. Depuis peu, il est par exemple
rare de célébrer un mariage en organisant une fête dansante avec flûtes et percussions
comme le veut la tradition peul.34
Son discours séduit particulièrement la jeunesse et les cadets sociaux puisque
Malam se place en « défenseur des pauvres » et en « libérateur » pour alléger le poids
de traditions perçues comme archaïques et contraignantes.35 En toute logique, les
Rimaibé, basse couche de la société peul du Soum, sont très sensibles à son discours
prônant l’égalité.36 Son succès reflète un clivage générationnel entre les anciens,
généralement enclins à préserver la tradition, et les jeunes, prompts à bousculer
le statu quo pour trouver leur place. Le même ancien élu raconte que lors d’une
célébration de la Tabaski, un jeune proche de Malam critique la pratique habituelle
selon laquelle l’imam doit d’abord sacrifier son mouton avant que chacun puisse
en faire de même. Des proches de l’imam lui rétorquent qu’il n’est qu’un « petit »
qui ne peut se permettre de parler ainsi à l’imam.37
Parmi les adeptes de Malam lorsqu’il est à la tête de l’association al-Irchad se
trouvent également des fonctionnaires, notamment des enseignants. Al-Irchad a
aidé certains d’entre eux à solder leurs prêts, car ceux-ci sont contraires à l’islam.38
Par ailleurs, des enseignants seraient impliqués dans la contrebande de produits
illicites, ce qui expliquerait la volonté d’Ansarul Islam de les éliminer pour éviter
qu’ils ne dénoncent leurs anciens camarades.39 Tout ceci nourrit l’impression
qu’Ansarul Islam cible l’école. Or, si quelques écoles ont effectivement été menacées
(sans revendication toutefois), les attaques contre les enseignants semblent obéir
davantage à une logique de représailles contre d’anciens camarades (et potentiels

maitrisent correctement. L’enseignant assassiné en mars 2017, Salif Badini, un Fulsé, était un ancien
du groupe de Malam. Entretiens de Crisis Group, journaliste, diplomates, Ouagadougou, mai 2017.
31
Entretien de Crisis Group, représentant peul, Ouagadougou, mai 2017.
32
Entretien de Crisis Group, ancien élu, Ouagadougou, mai 2017.
33
Entretiens de Crisis Group, autorités locales, représentants politiques, Djibo, ancien élu,
Ouagadougou, mai 2017.
34
Entretiens de Crisis Group, ancien élu, marabout, représentant peul, Ouagadougou, mai 2017.
35
Entretiens de Crisis Group, député, représentant peul, ancien élu, marabout, Ouagadougou,
élu local, Djibo, mai 2017.
36
Entretiens de Crisis Group, autorités locales, élus locaux, Djibo, mai 2017 ; marabouts rimaibé,
Ouagadougou, mai 2017.
37
Entretien de Crisis Group, ancien élu, Ouagadougou, mai 2017.
38
Entretiens de Crisis Group, autorité locale, élu local, fonctionnaires, Djibo, mai 2017.
39
Entretien de Crisis Group, haut fonctionnaire, Ouagadougou, mai 2017.
Nord du Burkina Faso : ce que cache le jihad
Crisis Group Rapport Afrique N°254, 12 octobre 2017 Page 7

informateurs auprès des forces de sécurité) qu’à une volonté délibérée d’attaquer
l’école occidentale.40 L’enseignant assassiné début mars 2017, Salif Badini, était un
ancien membre d’al-Irchad et il serait devenu un informateur des forces de sécurité.41
Le phénomène Ansarul Islam est donc un produit des réalités sociopolitiques et
culturelles de la province du Soum. Il reflète les doléances de la majorité silencieuse
de la population qui ne détient ni le pouvoir politique, ni l’autorité religieuse. Il ne
s’agit donc pas d’une contestation islamiste de la modernité, mais bien d’un rejet
de traditions qui perpétuent une société figée productrice de frustrations. Ce phéno-
mène au fort ancrage local semble ensuite avoir été récupéré par des groupes actifs
au Mali voisin, ce qui lui donne des ramifications régionales.

Un rapport distant à l’Etat


La perception d’un Etat distant, incapable de fournir des services, explique aussi
l’essor du mouvement de Malam. La population a le sentiment que la région du
Sahel est délaissée par l’Etat et que ses potentialités économiques ne sont pas mises
en valeur. Pourtant, en matière de taux de pauvreté individuelle, le Sahel burkinabè
est la deuxième région la moins pauvre du Burkina.42 C’est d’ailleurs l’existence
de richesses agricoles, pastorales et minières qui, par son contraste avec le sous-
développement, crée de la frustration.
Faiblesse des infrastructures, routières en particulier, nombre limité de centres
de santé et d’écoles, manque d’eau et d’électricité : « tous les indicateurs sont au
rouge ».43 La sècheresse et la faible profondeur des nappes phréatiques mettent en
difficulté les principales activités de la région que sont l’agriculture et l’élevage.44
Djibo, le chef-lieu de la province, abrite le plus grand marché à bétail du pays, mais
la ville attend toujours le bitume.45 Le boom minier montre aux populations que les
richesses dont regorge leur sous-sol sont exploitées par des étrangers sans qu’aucun
bénéfice ne leur revienne.46 La demande de plusieurs interlocuteurs à Djibo d’ériger

40
Entretiens de Crisis Group, haut fonctionnaire, Ouagadougou, fonctionnaire, Djibo, mai 2017.
41
Entretiens de Crisis Group, haut fonctionnaire, journaliste, diplomate, Ouagadougou, mai 2017.
42
La région du Sahel a un taux de pauvreté de 21 pour cent, contre 40 pour cent au niveau national.
« Profil de pauvreté et d’inégalités. Enquête multisectorielle continue (EMC) 2014 », Institut
national de la statistique et de la démographie (INSD), novembre 2015, p. 30, http://bit.ly/2qFvrSj.
43
Entretiens de Crisis Group, acteur humanitaire, Ouagadougou, opérateurs économiques, Djibo,
mai 2017. En 2014, la région du Sahel était classée dernière du Burkina en matière d’accès aux
services de base en moins de 30 minutes. Le taux de scolarisation primaire est le plus faible de
tout le pays, avec 32,7 pour cent, contre 73,9 pour cent au niveau national. « La région du Sahel
en chiffres », ministère de l’Economie et des Finances, Direction régionale du Sahel, 2015, www.cns.
bf/IMG/pdf/sahel_en_chiffres_2014.pdf.
44
Beaucoup d’éleveurs sont contraints de migrer, d’autres ont perdu leurs animaux et sont
employés comme gardiens de bétail, ce qui représente une régression sociale qui crée des frustra-
tions. Entretiens de Crisis Group, source sécuritaire, membre de l’opposition, représentant peul,
ancien ministre, Ouagadougou, mai 2017.
45
Le bitume s’arrête à Koungoussi. En raison du mauvais état de la piste, il faut parfois plus de
quatre heures pour parcourir le tronçon Koungoussi-Djibo (95 kilomètres). Les travaux de bitumage
sont en cours et devraient être achevés fin 2018. Les financements du projet de bitumage auraient
précédemment été détournés à plusieurs reprises. Entretien de Crisis Group, autorité locale,
Djibo, mai 2017 ; courriel de Crisis Group, représentant peul, mai 2017.
46
Entretiens de Crisis Group, député, Ouagadougou, juin 2016 ; autorité coutumière, Djibo, mai 2017.
Nord du Burkina Faso : ce que cache le jihad
Crisis Group Rapport Afrique N°254, 12 octobre 2017 Page 8

la province du Soum en région administrative afin de favoriser le désenclavement


est révélatrice de ce sentiment d’abandon par l’Etat.47 Ces difficultés sont aggravées
par la crise humanitaire provoquée par la montée de l’insécurité.
Les populations de la région burkinabè du Sahel ont une vision négative de l’Etat.
Comme le résume un ancien élu, « les gens ont tellement peur des autorités ». Ils
perçoivent l’Etat comme une entité chargée non pas de servir, mais de se servir,
parfois en usant de la force.48 Historiquement réticents à envoyer leurs enfants à
l’école dite française, il est souvent plus difficile pour les Peul de naviguer à travers
un système administratif calqué sur le modèle français, et de connaitre et revendiquer
leurs droits. Peu de fonctionnaires et de forces de sécurité envoyés dans la région
du Sahel maitrisent le fulfuldé (la langue peul). Cette barrière linguistique creuse
le fossé entre l’administration et les administrés. Des habitants du Soum soulignent
la difficulté d’obtenir des documents d’état civil ou l’incapacité des autorités à aider
les bergers victimes de vol de bétail.49 Si les fonctionnaires ont longtemps perçu
leur affectation dans le Sahel burkinabè comme une sanction, beaucoup se sont
enrichis grâce aux trafics, à la corruption et au racket.50
Au-delà de la seule région du Sahel, il existe chez les Peul, présents dans tout
le Burkina, un sentiment de victimisation. Des membres de la communauté se
plaignent d’être sous-représentés parmi l’élite politique et administrative, et déplorent
le fait que, selon eux, les institutions de l’Etat (justice, administration, forces de
sécurité) favorisent les autres communautés en cas de conflit.51
Ce rapport difficile à l’Etat complique la lutte contre Ansarul Islam. Les forces
de sécurité éprouvaient au départ toutes les difficultés à obtenir la collaboration de
la population, soit parce que certains sont des sympathisants du mouvement, soit
parce qu’elle se refuse à dénoncer un fils du terroir, ou enfin parce qu’Ansarul
Islam a instauré un climat de terreur. Le renforcement de la présence militaire a
quelque peu rassuré, et plusieurs interlocuteurs affirment que la collaboration entre
forces de sécurité et population s’améliore tout doucement. Les forces de sécurité se
font par exemple plus discrètes lorsqu’elles entrent en contact avec leurs informa-
teurs.52 La méfiance reste néanmoins de mise, et Ansarul Islam aurait encore des
partisans dans les villages. Les forces de sécurité se plaignent toujours du manque
d’adhésion et de coopération des populations.53
Des craintes existent quant au comportement des forces de sécurité, craintes
qui pourraient se multiplier avec le renforcement de la présence militaire. Des

47
Entretiens de Crisis Group, opérateurs économiques, représentants politiques, Djibo, mai 2017.
48
Entretien de Crisis Group, ancien élu, Ouagadougou, mai 2017.
49
Entretiens de Crisis Group, opérateurs économiques, Djibo, représentant peul, Ouagadougou,
mai 2017.
50
Par exemple, un éleveur qui coupe une simple branche d’arbre dans une forêt protégée peut se
voir infliger une amende de 50 000 francs CFA (76 euros), qui permet généralement d’enrichir les
agents des eaux et forêts Entretiens de Crisis Group, député, membre de l’opposition, Ouagadougou,
représentants de la société civile, Djibo, mai 2017.
51
Entretiens de Crisis Group, source sécuritaire, Ouagadougou, juin 2016 ; représentants peul,
Ouagadougou, octobre 2016 ; membre de l’opposition, Ouagadougou, mai 2017.
52
Entretiens de Crisis Group, autorités locales, Djibo, ancien élu, Ouagadougou, mai 2017.
53
Entretiens de Crisis Group, ancien élu, source sécuritaire, marabout, Ouagadougou, élu local,
Djibo, mai 2017 ; entretien téléphonique, source sécuritaire, juin 2017.
Nord du Burkina Faso : ce que cache le jihad
Crisis Group Rapport Afrique N°254, 12 octobre 2017 Page 9

interlocuteurs déplorent des arrestations arbitraires ou des mauvais traitements,


qui peuvent renforcer le sentiment d’injustice et d’aliénation envers l’Etat.54 Les
forces de sécurité expliquent qu’elles arrêtent parfois tout un groupe pour éviter que
ceux qui ne sont pas arrêtés soient perçus comme des informateurs et deviennent
des cibles d’Ansarul Islam.55 Que cela soit ou non avéré, il n’en demeure pas moins
que les habitants du Soum se sentent stigmatisés et c’est cette perception qui
constitue un réel danger.

Une province frontalière du Mali particulièrement vulnérable


La situation dans la province du Soum rappelle à certains égards ce qui se déroule
dans le centre du Mali, pays avec lequel le Burkina partage une frontière de plus
de 1 000 kilomètres. Le chef islamiste Hamadoun Kouffa et Malam Ibrahim Dicko,
qui se connaissent, ont des trajectoires et des discours similaires. Tous deux ont
prêché dans les villages et à la radio et critiquent l’ordre social, les élites locales et
l’Etat.56 La situation au Burkina est toutefois différente de celle qui prévaut au
Mali. Les groupes radicaux au centre du Mali semblent recruter davantage chez les
pasteurs nomades libres que chez les Rimaibé, et ils cherchent à élargir leur audience
en diffusant des prêches dans d’autres langues que le fulfuldé. La crise dans la
province du Soum est restée, jusqu’à présent, de faible intensité. S’il a instauré un
climat de terreur, Ansarul Islam n’est pas parvenu à faire basculer toute la province
dans la violence généralisée. La propension des Burkinabè du Soum à prendre les
armes semble pour le moment limitée.
Il y a eu plusieurs tentatives d’implantation de cellules terroristes au Burkina.
A l’Ouest, dans la zone où a eu lieu l’attaque de Samorogouan (région des Hauts-
Bassins) en octobre 2015, la Katiba Ansar Dine Sud a essayé, sans succès, de créer
une cellule. A l’Est, des éléments d’al-Mourabitoune, groupe né d’une dissidence
d’al-Qaeda au Maghreb islamique (AQMI) et dirigé par Mokhtar Belmokhtar, auraient
tenté de s’implanter dans la forêt de la Tapoa. Mais parce qu’ils maitrisent moins
bien la forêt que le désert, et parce que la coopération militaire entre le Niger et le
Burkina fonctionne mieux que celle entre le Mali et le Burkina (voir la section III.
C.), ils ont échoué. Leur échec est aussi dû au fait que, contrairement à celles du
Soum, les sociétés qui peuplent l’Est et l’Ouest du Burkina sont plus stables et ne
sont pas prêtes à entrer en guerre.57

54
Entretiens de Crisis Group, ancien fonctionnaire, Ouagadougou, janvier 2017 ; représentant
peul, source sécuritaire, acteur humanitaire, diplomate, Ouagadougou, mai 2017 ; élu local,
religieux, Djibo, mai 2017. Un rapport de Human Rights Watch, qui dénonce des violations des
droits humains commises par les forces de sécurité maliennes et burkinabè dans la lutte contre
le jihadisme, confirme ces craintes. « Mali : Les opérations militaires donnent lieu à des abus »,
Human Rights Watch, 8 septembre 2017.
55
Entretien de Crisis Group, élu local, Djibo, mai 2017.
56
Sur le centre du Mali, voir le rapport Afrique de Crisis Group N°238, Mali central : la fabrique
d’une insurrection, 6 juillet 2016.
57
Entretiens de Crisis Group, sources sécuritaires, Ouagadougou, janvier 2017. Al-Mourabitoune
est né d’une alliance entre la Brigade des Enturbannés, une dissidence d’al-Qaeda au Maghreb
islamique (AQMI) menée par Mokhtar Belmokhtar, et une partie du Mouvement pour l’unicité et
le jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO) en 2013. Fin 2015, al-Mourabitoune rejoint AQMI et en
Nord du Burkina Faso : ce que cache le jihad
Crisis Group Rapport Afrique N°254, 12 octobre 2017 Page 10

Il est faux de percevoir la situation dans le Nord du Burkina comme une extension
du conflit malien, même si celui-ci rend plus disponibles les armes de guerre et offre
une base de repli aux hommes d’Ansarul Islam. La crise dans le Soum n’est pas le
simple miroir de la situation au centre du Mali. Elle relève avant tout d’une forte
dynamique endogène. Plusieurs facteurs de vulnérabilité expliquent pourquoi cette
province est, de loin, la plus affectée du Burkina Faso.
Dans le Soum, les autorités coutumières et religieuses ne se sont pas autant
impliquées dans la lutte contre le radicalisme.58 Contrairement à la province voisine
du Séno, le Soum comprend moins d’intellectuels et d’érudits musulmans capables
de combattre les idées qui encouragent la violence ou l’intolérance.59 L’absence
d’un pouvoir coutumier central, les fortes rivalités entre les trois chefferies (Djibo,
Baraboulé et Tongomayel) et leur politisation compliquent davantage leur rôle.60
L’absence d’un contre-discours et l’affaiblissement des responsables religieux et
coutumiers permettent à la rhétorique de Malam de gagner du terrain.
La province du Soum souffre particulièrement du manque de développement et
d’infrastructures. En comparaison, Dori, capitale de la province du Séno, a reçu plus
d’investissements parce qu’elle est le chef-lieu de la région et que la fête nationale
du 11 Décembre y a été célébrée en 2013. Dori dispose d’un centre hospitalier régional,
alors que l’enlèvement de Ken Elliot, un médecin australo-burkinabè réputé, en
janvier 2016 a réduit l’offre de soins à Djibo.61 Enfin, Djibo est plus proche de la
frontière malienne (environ 60 kilomètres) que ne l’est Dori (environ 160 kilomètres).
Le Soum manque également de figures politiques d’envergure nationale issues de
la province, tandis que le Séno a longtemps rayonné grâce au charisme de l’ancien
maire de Dori, feu Hama Arba Diallo.
Des raisons historiques expliquent également la vulnérabilité de la province du
Soum. Le clivage entre Peul et Rimaibé y étant davantage marqué que dans les
provinces voisines du Séno et du Yagha, la contestation des inégalités sociales y
rencontre logiquement un écho plus important. Les émirats du Séno et du Yagha
étaient plus homogènes que celui du Jelgooji (l’actuel Soum), traversé par des
divisions entre familles et chefferies. Dans ces deux émirats, la pénétration plus
ancienne de l’islam lui permet de mieux résister aux influences extérieures.62 La
géographie compte également : il est plus difficile de se cacher dans les grandes
plaines du Séno et du Yagha que dans la forêt située entre Djibo et la frontière
malienne. Enfin, la prévalence de l’animisme à l’Est et à l’Ouest du Burkina, alors
que la région du Sahel est islamisée à 95 pour cent, peut également expliquer pour-
quoi un discours qui utilise l’islam comme outil de contestation trouve davantage
d’écho dans le Sahel burkinabè.

2017, les deux groupes s’allient à d’autres pour former le Groupe de soutien à l’islam et aux
musulmans (GSIM). Voir Marc Mémier, « AQMI et Al-Mourabitoun, le djihad sahélien réunifié ? »,
Etudes de l’Institut français des relations internationales (Ifri), janvier 2017.
58
Entretiens de Crisis Group, représentants politiques, Djibo, mai 2017.
59
Entretiens de Crisis Group, historien, source sécuritaire, Ouagadougou, mai 2017.
60
Le frère de l’émir de Djibo est le député-maire de la ville, Oumarou Dicko. Entretiens de Crisis
Group, ancien fonctionnaire, historien, acteur humanitaire, Ouagadougou, mai 2017.
61
Entretiens de Crisis Group, autorités locales, Djibo, source sécuritaire, Ouagadougou, mai 2017.
62
Entretien de Crisis Group, historien, Ouagadougou, mai 2017.
Nord du Burkina Faso : ce que cache le jihad
Crisis Group Rapport Afrique N°254, 12 octobre 2017 Page 11

Un effort militaire considérable

Fin 2016 et début 2017, les attaques dans la province du Soum se sont multipliées,
au point que l’Etat semblait en passe de perdre une partie du Nord. Depuis le
printemps 2017, les forces de sécurité ont amorcé une reprise en main, mais la
menace n’a pas été éradiquée, comme le montre la persistance des assassinats ciblés
et la multiplication des attaques (voir la chronologie en annexe C). La lente et difficile
recomposition de l’appareil sécuritaire à la suite de la chute du régime Compaoré
explique les difficultés à fournir une réponse adéquate. Le renforcement de la coopé-
ration régionale est un élément essentiel de cette réponse.

Le Sahel burkinabè sous la menace


Au printemps 2017, le renforcement de la présence militaire au Nord et les opérations
menées avec le Mali et les forces françaises de l’opération Barkhane permettent à
l’armée burkinabè de reprendre l’ascendant et de rassurer quelque peu les popula-
tions.63 Les visites dans la région de plusieurs ministres envoient un signal fort que
l’Etat ne se retire pas. Même l’opposition reconnait des « avancées dans la lutte
contre le terrorisme ».64 Mais il n’est pas évident pour les forces de sécurité de
maintenir la pression et d’inscrire leur présence dans la durée.65 La saison des pluies,
qui entre juillet et octobre rend les routes impraticables et isole les populations,
n’a pas entrainé l’accalmie que certains observateurs attendaient.
Il ne faut pas sous-estimer la capacité des groupes jihadistes à se reconstituer,
à remplacer un chef défunt et à élaborer de nouvelles stratégies et de nouveaux
modes d’action.66 Même si Ansarul Islam est affaibli, il peut encore disposer d’un
vivier de recrutement. Les membres restants pourraient être encore plus déterminés.
La possible mort de leur fondateur pourrait les galvaniser, les rendre plus violents
et moins enclins au compromis. « Il faut faire attention à la façon dont on tue le
monstre », comme le dit une source sécuritaire.67 La peur et la menace demeurent,
comme le montrent la multiplication des assassinats ciblés et des attaques, avec un

63
Le Groupement des forces anti-terroristes (GFAT), devenu le Groupement des forces de sécu-
risation du Nord (GFSN), passe de 500 à 1 600 hommes. Les opérations Panga (Burkina, Mali,
Barkhane) et Bayard (Barkhane) détruisent d’importants dépôts logistiques dans la forêt de
Foulsaré et conduisent à des arrestations. Entretiens de Crisis Group, diplomates, sources sécu-
ritaires, acteur humanitaire, habitant du Soum, Ouagadougou, mai 2017 ; élu local, responsable
religieux, Djibo, mai 2017. L’Opération Barkhane, composée de 4 000 militaires français, succède
à l’opération Serval en juillet 2014. Basée à N’Djamena, au Tchad, elle lutte contre les groupes armés
terroristes dans la bande saharo-sahélienne.
64
Entretien de Crisis Group, membre de l’opposition, Ouagadougou, mai 2017.
65
Une source sécuritaire affirme que « l’on sera dans ce bourbier pendant un bout de temps »,
tandis qu’une autre reconnait que « l’on a beaucoup à faire ». Entretiens de Crisis Group, sources
sécuritaires, Ouagadougou, mai 2017.
66
Entretien de Crisis Group, source sécuritaire, Ouagadougou, mai 2017.
67
Entretien de Crisis Group, source sécuritaire, Ouagadougou, mai 2017.
Nord du Burkina Faso : ce que cache le jihad
Crisis Group Rapport Afrique N°254, 12 octobre 2017 Page 12

mode d’action inédit au Burkina : l’usage d’engins explosifs improvisés, utilisés pour
la première fois en août 2017.68
En outre, les effectifs supplémentaires envoyés dans le Soum sont autant de
soldats en moins pour protéger les autres régions, et les attaques pourraient donc
se déplacer. Les enlèvements de fonctionnaires en mai 2017 dans l’Oudalan et les
attaques contre deux postes de gendarmerie à l’Ouest (Djibasso et Toéni) en
septembre 2017 pourraient indiquer que la menace se déplace, ou que de nouveaux
groupes pourraient profiter du fait que toute l’attention est concentrée sur le Soum
pour frapper ailleurs.69
Ansarul Islam est à la fois un mouvement local et un groupe qui entretient des
liens, certes troubles, avec les jihadistes actifs dans le Sahel. Si Malam est (ou était)
proche d’Hamadoun Kouffa, ses liens avec la nouvelle coalition affiliée à al-Qaeda
et dirigée par Iyad ag Ghali, le Jamaat Nosrat al-Islam wal Muslimin, (Groupe de
soutien à l’islam et aux musulmans, GSIM), ne sont pas clairs. Certaines sources
affirment qu’il aurait désavoué cette alliance, d’autres estiment que le GSIM n’aurait
pas voulu de lui, car il n’était pas assez puissant.70 Il y aurait eu des divergences entre
Kouffa et Malam, parce que le premier aurait été jaloux de la montée en puissance
de son « petit », et qu’il aurait désapprouvé les assassinats d’anciens camarades de
Malam au nom de l’interdiction de tuer des musulmans.71 Une publication par une
page Facebook attribuée à Ansarul Islam le 12 septembre 2017, dans laquelle Ansarul
Islam dénonce la mort de musulmans dans l’attentat de Ouagadougou de mi-août
2017, laisse suggérer de fortes divergences entre Ansarul Islam et le GSIM. Cette
information doit cependant être prise avec précaution, la page Facebook n’ayant pas
été authentifiée.
Au début de l’année 2017, Malam semblait se rapprocher de l’Etat islamique au
Grand Sahara (EIGS), avec lequel il aurait mené l’attaque de Nassoumbou.72 Mais
Ansarul Islam utilise le centre du Mali comme base arrière et doit nécessairement
avoir des liens avec les groupes qui opèrent dans cette région.73 Il est possible
qu’Ansarul Islam évolue entre les deux pôles que sont le GSIM et l’EIGS, sans avoir
fait de choix clair.
Ansarul Islam revendique rarement ses attaques et ne dispose pas d’un canal
officiel de communication. Il est difficile de lui attribuer tous les incidents sécuritaires
dans la région du Sahel. Le groupe n’a pas l’apanage de la violence. Banditisme et
criminalité affectent également la région. L’insécurité est exacerbée par la circulation
d’armes légères provenant de l’Algérie, de la Libye et du Mali, favorisée par les trafics
qui transitent entre autres par Boulikessi, localité malienne proche de la frontière.74

68
Certains des individus assassinés en juillet étaient membres d’Ansarul Islam et recherchés par
les forces de sécurité. « Meurtres dans le nord du Burkina : Ansarul Islam victime d’une guerre
intestine ? », Radio France Internationale (RFI), 26 juillet 2017. « Burkina : Un véhicule de l’armée
saute sur un engin explosif dans le Soum », Burkina 24 (www.burkina24.com), 23 septembre 2017.
69
Le manque d’effectifs sera atténué par le retour du bataillon (environ 850 hommes) envoyé au
Darfour. Entretiens de Crisis Group, diplomates, source sécuritaire, Ouagadougou, mai 2017.
70
Entretien de Crisis Group, source sécuritaire, Ouagadougou, mai 2017.
71
Entretiens de Crisis Group, sources sécuritaires, diplomates, Ouagadougou, mai 2017.
72
Entretiens de Crisis Group, sources sécuritaires, Ouagadougou, janvier et mai 2017.
73
Entretien de Crisis Group, source sécuritaire, Ouagadougou, mai 2017.
74
Entretien de Crisis Group, ancien fonctionnaire, Ouagadougou, mai 2017.
Nord du Burkina Faso : ce que cache le jihad
Crisis Group Rapport Afrique N°254, 12 octobre 2017 Page 13

La somme de 300 000 francs CFA ou deux génisses permettent d’acquérir une
kalachnikov.75
La présence des Koglweogo, groupes d’autodéfense villageois présents dans de
nombreuses localités du pays afin de lutter contre le banditisme, l’insécurité et le
vol de bétail, suscite des craintes. Lorsqu’ils sont composés de natifs des villages où
ils opèrent, leur présence ne semble pas poser de problèmes.76 Mais des Koglweogo
provenant d’autres régions du Burkina ont été chassés de Kerboulé (une localité
qui abrite un site d’orpaillage à 60 kilomètres de Djibo) par des hommes armés
(possiblement liés à Ansarul Islam).77 Des affrontements entre Koglweogo et autres
groupes armés ne sont pas à exclure. L’existence des Ruga, groupes d’éleveurs peul
armés de fusils de chasse chargés de retrouver les troupeaux égarés ou volés,
pourrait complexifier cette équation sécuritaire, même si rien ne permet pour
l’instant de dire qu’ils constituent un risque particulier.78

Un appareil sécuritaire en recomposition

Les troubles politiques qu’a connus le Burkina depuis la chute de Blaise Compaoré
en octobre 2014 ont désorganisé l’appareil sécuritaire. La diplomatie Compaoré
permettait de contenir de nombreux groupes armés hors du territoire burkinabè
en faisant preuve de bienveillance à l’égard de certains d’entre eux. Le système de
renseignement reposait davantage sur des hommes et leurs réseaux que sur des
institutions. Créée en octobre 2015, l’Agence nationale du renseignement (ANR)
est une « grosse machine [qui] n’a pas encore vraiment démarré », même si elle a
commencé à centraliser le renseignement.79 Le démantèlement du Régiment de
sécurité présidentielle (RSP), unité privilégiée de l’armée sous Compaoré, a également
déstabilisé l’appareil sécuritaire.80
A long terme, le principal défi pour les forces de sécurité burkinabè est de
s’adapter aux nouvelles menaces. La guerre asymétrique contre des groupes armés
non étatiques requiert des moyens et des stratégies bien différentes de la guerre
conventionnelle. Les forces de sécurité sont davantage habituées à rester dans les
casernes qu’à aller au combat, le Burkina n’ayant jamais mené de guerre contre un

75
Entretiens de Crisis Group, élus locaux, Djibo, mai 2017.
76
Il s’agit par exemple des localités de Pobe Mengao, Aribinda et Tongomayel. Entretien de Crisis
Group, autorité coutumière, Djibo, mai 2017. Créés dans les années 1990 pour protéger l’environ-
nement, les Koglweogo sont aujourd’hui des groupes d’autodéfense qui luttent contre l’insécurité
et le banditisme. Depuis 2015, ils se sont multipliés et répandus principalement au centre, dans
la région Nord, au Sud et à l’Est du Burkina.
77
Entretiens de Crisis Group, autorités locales, élu local, Djibo, source sécuritaire, Ouagadougou,
mai 2017.
78
D’après une source sécuritaire, des membres des Ruga auraient été arrêtés lors des opérations
menées au printemps 2017. Entretien téléphonique de Crisis Group, source sécuritaire, juin 2017.
79
Entretien de Crisis Group, source sécuritaire, Ouagadougou, mai 2017.
80
Les armes dont le RSP disposait n’ont pas toujours été correctement redistribuées. Une source
sécuritaire raconte que lors de l’attentat de Ouagadougou en janvier 2016, les forces de sécurité
burkinabè n’ont pas pu lancer l’assaut dans l’hôtel Splendid notamment car elles ne disposaient
pas de lunettes de vision nocturne. Celles dont disposait le RSP ont été entreposées au lieu
d’être distribuées aux unités qui en ont besoin. Entretien de Crisis Group, source sécuritaire,
Ouagadougou, janvier 2016.
Nord du Burkina Faso : ce que cache le jihad
Crisis Group Rapport Afrique N°254, 12 octobre 2017 Page 14

autre pays (à part les deux brefs épisodes de conflit armé avec le Mali en 1974 et
1985), ni connu de conflit civil. Favoriser une culture de combat et de sacrifice, aux
antipodes d’une « armée d’apparat », prendra forcément du temps.81 Les soldats
burkinabè ont toutefois l’expérience du combat lors de déploiements en opérations
extérieures dans des terrains parfois difficiles (Darfour, Nord-Mali).
Deux éléments qui font défaut et sont indispensables à la lutte contre les groupes
armés sont les moyens aériens et le renseignement. Les avions de reconnaissance
burkinabè, non armés, peuvent seulement signaler une menace ; dans une zone
reculée, il faudra plusieurs heures de route pour atteindre le lieu donné. Des hélicop-
tères de combat sont également nécessaires. Mais au-delà de l’équipement, c’est
surtout la formation qui est indispensable. Plus simplement, les forces armées
déployées au Nord manquent de motos afin de pouvoir circuler en brousse avec la
même aisance que leurs ennemis. Le renseignement humain, quant à lui, fait encore
défaut. Tant que les forces armées n’infiltrent pas les populations, comme le font les
groupes jihadistes, ces derniers conserveront un avantage.82
En outre, les forces de sécurité burkinabè souffrent de problèmes plus anciens.
Le clivage générationnel nuit à la cohésion : la troupe, jeune et mécontente de ses
conditions matérielles, perçoit la hiérarchie comme ayant été compromise sous
l’ancien régime, peu motivée pour sortir des bureaux climatisés et incapable de
s’adapter aux nouvelles menaces. Les jeunes sous-officiers déplorent la faiblesse
de la communication de l’état-major et son usage limité des nouvelles technologies,
alors que la communication est un élément clé de la lutte contre le terrorisme.83
La gestion des ressources humaines est une autre faiblesse : les officiers d’admi-
nistration ne sont pas assez nombreux, les compétences manquent, créant des
frustrations notamment en matière d’avancement.84 La pyramide des grades est
inversée : l’armée compte trop de colonels-majors et pas assez de sous-officiers.85
Enfin, la rivalité historique entre police et gendarmerie nuit à leur efficacité. Ces
deux corps sont déployés à la fois en milieux urbains et ruraux et leurs tâches se
chevauchent.86 Toutes ces défaillances, qui devront être réglées dans le cadre de la
réforme du secteur de la sécurité, expliquent en partie la difficulté qu’éprouvent les
forces de sécurité burkinabè à lutter efficacement contre Ansarul Islam.

La coopération régionale et internationale


S’adapter aux menaces transfrontalières implique de renforcer la coopération
régionale et internationale. S’ils reconnaissent tous que l’aide de la France est
indispensable, les militaires burkinabè souhaitent « se débrouiller seuls », car

81
Entretien de Crisis Group, diplomate, Ouagadougou, mai 2017.
82
Entretiens de Crisis Group, acteur humanitaire, sources sécuritaires, Ouagadougou, mai 2017.
83
Entretien de Crisis Group, source sécuritaire, Ouagadougou, mai 2017.
84
Entretiens de Crisis Group, source sécuritaire, Ouagadougou, janvier et mai 2017.
85
Entretien de Crisis Group, diplomate, Ouagadougou, mai 2017.
86
Entretiens de Crisis Group, sources sécuritaires, Ouagadougou, janvier 2016, janvier et mai
2017. Les tensions entre policiers et gendarmes au sein du Groupement de sécurité et de protection
républicaine (GSPR), chargé de la sécurité présidentielle, illustrent cette méfiance. « Burkina
Faso : tensions entre policiers et gendarmes de la garde présidentielle », Africanews.fr, 7 août 2017.
Nord du Burkina Faso : ce que cache le jihad
Crisis Group Rapport Afrique N°254, 12 octobre 2017 Page 15

« personne ne va mourir à [leur] place ».87 Une partie de l’opinion publique éprouve
un sentiment de méfiance à l’égard de la France. Certains l’accusent de mener un
double jeu vis-à-vis des groupes armés, notamment les Touareg du Nord-Mali. Il
en résulte une volonté de diversifier les partenariats, en se tournant vers les Etats-
Unis, l’Allemagne, la Russie ou l’Europe de l’Est.
La coopération régionale avec le Mali et le Niger a été renforcée. S’il a enfin été
formalisé, le droit de poursuite peut poser problème en raison d’une communication
parfois défaillante et de risques d’accrochage entre les armées.88 Les pays de la
région, encouragés par la France, tentent surtout de renforcer la coopération
régionale à travers le projet de force conjointe du G5 Sahel (Burkina, Mali, Niger,
Tchad, Mauritanie). Cette force suscite cependant peu d’engouement de la part des
officiers burkinabè. Il s’agit essentiellement de « réunions à n’en plus finir », selon
une source sécuritaire.89 Les Burkinabè estiment que le Tchad et la Mauritanie sont
trop loin pour être concernés par les mêmes menaces.90 En outre, le financement
de la force n’est pas encore sécurisé.91
La dynamique tripartite Burkina-Mali-Niger, qui se dessine avec le projet de
déploiement d’une des trois composantes de la force du G5 dans la zone des trois
frontières, appelée Liptako-Gourma, suscite quant à elle davantage d’optimisme.
Les Burkinabè considèrent qu’il est plus efficace de travailler à trois qu’à cinq. La
force sera déployée dans le Liptako-Gourma mais n’atteindra pas la province du
Soum, qui reste un problème burkinabo-malien.92
Par ailleurs, les militaires burkinabè sont sceptiques quant à l’efficacité de la
mission onusienne au Mali, la Minusma, car ils considèrent que son mandat est ina-
déquat.93 La création de la force conjointe du G5 pose la question de la coordina-
tion avec la Minusma, qui compte déjà plus de 15 000 soldats et policiers et coûte
près d’un milliard de dollars par an. Cela fait courir le risque d’un enchevêtrement

87
Entretiens de Crisis Group, sources sécuritaires, Ouagadougou, janvier et mai 2017.
88
La règle non écrite veut que l’armée voisine ne dépasse pas un rayon de 40 kilomètres au-delà
de la frontière. Entretiens de Crisis Group, sources sécuritaires, Ouagadougou, mai 2017.
89
Entretien de Crisis Group, source sécuritaire, Ouagadougou, mai 2017. Le projet de force
conjointe du G5 Sahel a vu le jour officiellement lors du sommet de Bamako début février 2017.
Elle aura pour objectif de combattre l’insécurité et les groupes terroristes dans le Sahel. Les cinq
pays du G5 fourniront chacun 1 000 hommes, déployés autour de trois zones frontalières : Mali-
Mauritanie, Mali-Burkina-Niger et Tchad-Niger. Le G5, qui existe depuis 2014, vise à fournir une
réponse régionale à un problème régional et à « africaniser » la sécurité.
90
Entretiens de Crisis Group, sources sécuritaires, Ouagadougou, mai 2017.
91
Entretien de Crisis Group, diplomate, Ouagadougou, mai 2017. Le chiffre avancé pour le budget
de la force conjointe est de 423 millions d’euros, mais cette estimation pourrait être revue à la
baisse. Entretien de Crisis Group, source diplomatique, Paris, juillet 2017. L’Union européenne a
promis 50 millions d’euros et les membres du G5 se sont engagés à fournir 10 millions chacun.
En plus d’aide opérationnelle et technique, la France a promis 8 millions d’euros.
92
Entretiens de Crisis Group, sources sécuritaires, Ouagadougou, mai 2017.
93
Entretiens de Crisis Group, sources sécuritaires, Ouagadougou, septembre 2016, janvier et mai
2017. La résolution 2359 (21 juin 2017) du Conseil de sécurité des Nations unies soutenant la
création de la force conjointe du G5 prévoit que celle-ci améliorera l’environnement sécuritaire
afin de permettre à la Minusma de mieux remplir son mandat. La résolution 2364 (29 juin 2017)
prolongeant le mandat de la Minusma prévoit coopération, coordination et partage d’informations
entre la force du G5 et la mission onusienne.
Nord du Burkina Faso : ce que cache le jihad
Crisis Group Rapport Afrique N°254, 12 octobre 2017 Page 16

complexe de forces militaires qui limiterait leur efficacité. En outre, le mandat de la


force conjointe, ciblant « les groupes terroristes » et « d’autres groupes criminels
organisés », reste flou, ce qui lui compliquerait davantage la tâche.
La coopération ne se passe pas aussi bien avec le Mali qu’avec le Niger. Il existe
dans les milieux sécuritaires burkinabè un sentiment d’agacement envers le voisin
malien, qu’ils accusent de ne pas lutter assez efficacement contre les groupes armés
actifs sur son territoire, entrainant des débordements côté burkinabè.94 Une source
sécuritaire déplore la présence de certains groupes armés proches ou soutenus par
Bamako aux frontières du Burkina.95 Les relations difficiles entre le Burkina et le
Mali datent de l’ère Compaoré, lorsque des membres de groupes armés maliens, à
commencer par le chef d’Ansar Dine, le Touareg Iyad ag Ghali, circulaient librement
à Ouagadougou. En outre, les militaires burkinabè voient leurs homologues maliens
comme des « flemmards » qui ont intégré l’armée pour obtenir une rente et non
pour défendre le pays.96 A l’inverse, le Niger est perçu positivement, car il déploie
les moyens nécessaires pour empêcher les groupes armés de proliférer sur son
territoire, et les militaires burkinabè font l’éloge de leurs homologues nigériens
pour leur volontarisme et leur efficacité.97

94
Ibid.
95
Entretien de Crisis Group, source sécuritaire, Ouagadougou, mai 2017.
96
Entretiens de Crisis Group, sources sécuritaires, Ouagadougou, janvier et mai 2017.
97
Entretiens de Crisis Group, sources sécuritaires, Ouagadougou, mai 2017. La bonne entente
entre le Burkina et le Niger repose également sur les liens privilégiés qu’entretenaient le président
nigérien Mahamadou Issoufou et le président de l’Assemblée nationale burkinabè, Salif Diallo,
décédé fin août 2017.
Nord du Burkina Faso : ce que cache le jihad
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Apporter une réponse globale et durable

Après des mois de déni, les autorités burkinabè ont finalement pris conscience,
début 2017, de la nécessité d’aller au-delà de l’action militaire et d’apporter une
réponse globale à la crise. Celle-ci se matérialise notamment par le lancement d’un
programme de développement d’urgence pour la région du Sahel visant à construire
des infrastructures et à réduire la pauvreté. Les efforts de développement ne suffi-
ront toutefois pas à résoudre une crise dont les racines, très locales, sont ancrées
dans l’ordre social propre à la société peul de la province du Soum. Plusieurs
éléments peuvent être mieux pris en compte afin de renforcer cette réponse.
La réponse apportée par le gouvernement doit tenir compte des
dimensions sociales et locales de la crise. L’idéologie d’Ansarul Islam repose
sur la contestation d’une organisation sociale productrice de frustrations et de
conflits. L’Etat n’a cependant pas vocation à s’impliquer dans ces dynamiques
socio-culturelles ou à bouleverser des équilibres sociaux anciens. Il faut peut-être
mobiliser davantage les acteurs locaux pour trouver des solutions adaptées à une
crise profondément enracinée dans des dynamiques locales. L’Etat et les partenaires
internationaux ne trouveront pas les solutions à des questions qui touchent à
l’intimité des sociétés du Nord du Burkina Faso. Ils peuvent au mieux stimuler des
initiatives de dialogue entre communautés et générations afin de permettre à ces
dernières de trouver des solutions à leur propre crise.
Il importe de réduire le fossé entre, d’une part, les forces de sécurité
et les autorités et, d’autre part, la population. Le renforcement de la présence
militaire ne sera pas véritablement efficace tant que les populations ne collaboreront
pas avec les forces de sécurité. A court terme, ces dernières devraient privilégier le
renseignement humain et s’imbriquer au sein de la population, par exemple en
rémunérant davantage d’individus et d’unités équipés de téléphones mobiles pour
qu’ils puissent communiquer des informations, tout en prêtant une attention
particulière à leur protection.98 L’envoi de troupes et de fonctionnaires parlant le
fulfuldé (la langue peul) permettrait également de réduire la barrière linguistique.
A long terme, la méfiance pourrait être atténuée si davantage de Peul étaient
recrutés au sein des forces de sécurité et de la fonction publique. Il ne s’agit pas
d’imposer des quotas ou de mener une politique de discrimination positive, porteuse
des dangers de l’ethnicisme, mais d’encourager l’engagement par exemple en rendant
plus accessibles les concours d’entrée, sans oublier la vocation traditionnellement
limitée des Peul à intégrer les forces de sécurité ou la fonction publique.99
Renforcer les activités civilo-militaires permettrait de mettre à contribution les
forces de sécurité et de réduire un peu la méfiance de la population en montrant
qu’elles peuvent être utiles.100 Enfin, les arrestations doivent respecter les procédures
et les droits, et les comportements abusifs des forces de sécurité et des fonctionnaires

98
Entretiens de Crisis Group, sources sécuritaires, Ouagadougou, janvier et mai 2017.
99
Entretien de Crisis Group, source sécuritaire, Ouagadougou, mai 2017. Un résident du Soum
qui souhaite passer le concours d’entrée de l’armée ou de la gendarmerie devra se rendre respec-
tivement à Dori ou à Kaya, deux villes situées chacune à environ 200 kilomètres de piste de Djibo.
100
Entretien de Crisis Group, source sécuritaire, Ouagadougou, mai 2017.
Nord du Burkina Faso : ce que cache le jihad
Crisis Group Rapport Afrique N°254, 12 octobre 2017 Page 18

– racket, intimidations, arrestations arbitraires, abus physiques – doivent être plus


sévèrement sanctionnés.
Une régulation à minima du discours religieux, dans laquelle les
autorités religieuses et coutumières pourraient jouer un rôle clé, peut
être envisagée afin de lutter contre les propos intolérants et haineux.
Ceci nécessite d’améliorer la connaissance du paysage religieux afin de lutter contre
de tels propos, de soutenir davantage l’enseignement islamique et d’investir dans
la formation des imams et des érudits musulmans afin de leur fournir les outils
pour combattre les idées qui encouragent la violence ou l’intolérance. La légitimité
des religieux et des coutumiers étant parfois contestée, l’enjeu est également de
s’assurer que leur représentativité soit suffisante, qu’ils ne soient pas perçus comme
ayant été compromis ou étant à la solde de l’Etat, et que la jeunesse sente que ses
intérêts y sont défendus. Les autorités étatiques pourraient favoriser l’installation
à Djibo d’une section de l’Union fraternelle des croyants, une association basée à
Dori chargée de promouvoir la tolérance et le dialogue religieux.
Le programme d’urgence pour la région du Sahel devrait mettre
davantage l’accent sur la promotion de l’élevage, l’amélioration de la
justice et la lutte contre la corruption.101 La perception que l’Etat ne fait rien
pour soutenir l’élevage, la principale activité économique de la région, renforce le
sentiment d’aliénation.102 Les éleveurs étant majoritairement peul, ce sentiment
pourrait prendre une connotation ethnique. Il faudrait par exemple accroitre les
zones de pâturage et le nombre de puits et mieux valoriser les pistes à bétail.103 Les
infrastructures doivent également être au cœur des politiques de développement.
Par exemple, la création d’un hôpital régional à Djibo, sur le modèle de celui de
Dori, renforcerait l’offre de soins dans la capitale provinciale. Les défaillances de
la justice et la corruption au sein de l’administration sont des doléances fréquemment
exprimées par la population. Mieux prendre en compte ces deux aspects enverrait
également le signal que l’Etat peut jouer un rôle utile et positif sur la vie quotidienne
des habitants du Sahel burkinabè.
La coopération judiciaire et policière entre le Mali et le Burkina
devrait être renforcée, afin que les autorités de ces pays soient systématiquement
informées lorsque l’un de leurs ressortissants est arrêté dans l’autre pays.104 Il ne
suffit pas d’arrêter les membres des groupes jihadistes, il faut également mener des
enquêtes à travers plusieurs pays puis les faire comparaitre devant la justice. L’enjeu
de cette coopération est de les empêcher d’exploiter le manque de coordination entre
pays pour passer entre les mailles du filet. Si la coopération policière s’est améliorée,
beaucoup de progrès restent à faire en matière judiciaire.105

101
« Programme d’urgence pour le Sahel au Burkina Faso (PUS-BF), 2017-2020 », document
final, juin 2017, copie fournie à Crisis Group.
102
Le sentiment que l’élevage contribue pour beaucoup au PIB mais qu’il est le parent pauvre des
politiques de développement est répandu dans tout le Burkina (et dans d’autres pays voisins
d’ailleurs). Entretiens de Crisis Group, représentants peul, Ouagadougou, octobre 2016.
103
Entretien de Crisis Group, responsable religieux, Djibo, mai 2017.
104
Entretiens de Crisis Group, sources sécuritaires, Ouagadougou, janvier et mai 2017.
105
Entretien de Crisis Group, source sécuritaire, Ouagadougou, mai 2017.
Nord du Burkina Faso : ce que cache le jihad
Crisis Group Rapport Afrique N°254, 12 octobre 2017 Page 19

Par ailleurs, les forces de sécurité déployées au Nord ont urgemment besoin de
motos supplémentaires afin de se déplacer plus aisément en brousse, et de meilleurs
moyens de communication afin de faire circuler l’information. Les forces armées
burkinabè pourraient aussi mieux communiquer auprès de l’opinion publique
nationale sur les progrès accomplis.
Nord du Burkina Faso : ce que cache le jihad
Crisis Group Rapport Afrique N°254, 12 octobre 2017 Page 20

Conclusion

Il est encore trop tôt pour évaluer l’efficacité à long terme de la réponse mise en
œuvre par le gouvernement. Mais, déjà, l’accalmie attendue en raison de la saison
des pluies (de juillet à octobre), qui aurait dû entraver les déplacements et réduire
les attaques, ne s’est pas produite. Plusieurs nouvelles attaques meurtrières se sont
déroulées au Nord du Burkina en juillet, août et septembre. L’affaiblissement de ce
groupe armé ou le décès de son fondateur ne suffiront pas à régler la crise sécuritaire
et sociale du Nord du Burkina. Celle-ci perdurera tant que les causes profondes qui
ont permis son essor existeront, et avec elles la possibilité d’une extension de la crise
à d’autres provinces.

Ouagadougou/Dakar, 12 octobre 2017


Nord du Burkina Faso : ce que cache le jihad
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Annexe A : Carte du Burkina Faso


Nord du Burkina Faso : ce que cache le jihad
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Annexe B : Carte de la zone frontalière Mali-Burkina Faso


Nord du Burkina Faso : ce que cache le jihad
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Annexe C : Chronologie des incidents sécuritaires


au Burkina Faso depuis 2015

4 avril 2015 31 octobre 2016


Cinq assaillants masqués kidnappent un Deux frères d’un employé municipal sont
employé roumain dans la mine de Tambao, assassinés à Ariel, province du Soum.
dans la province de l’Oudalan, région du Sahel.
12 novembre 2016
Un agent de sécurité et un gendarme sont
Un dignitaire religieux est assassiné à Djibo, un
blessés dans l’attaque.
conseiller municipal est assassiné à Petega (30
9 octobre 2015 kilomètres de Djibo) et un autre conseiller
Des individus armés attaquent le poste de municipal échappe à une tentative d’assassinat
gendarmerie de Samorogouan, province du à Soboulé (40 kilomètres de Djibo), province du
Kénédougou, région des Hauts-Bassins. Trois Soum.
gendarmes et un civil sont tués.
16 décembre 2016
27 novembre 2015 Des assaillants armés attaquent le poste
Des individus armés attaquent un fourgon militaire de Nassoumbou, province du Soum,
transportant des fonds de la mine d’or d’Inata, tuant douze soldats. L’attaque est revendiquée
province du Soum, région du Sahel. Un agent par Ansarul Islam à travers une page Facebook
de sécurité est tué. non authentifiée.

15 janvier 2016 Janvier-février 2017


Le poste de gendarmerie de Tin-Akoff, province Des hommes armés investissent des écoles
de l’Oudalan, région du Sahel, est attaqué par dans le Nord du Burkina et menacent les
des individus armés. Un policier et un civil sont enseignants. Des enseignants fuient et des
tués. A Djibo, province du Soum, un couple écoles sont fermées.
d’australiens est enlevé par des individus non
1er janvier 2017
identifiés. Jocelyn Eliott est libérée par ses
Un imam est assassiné par des assaillants non
ravisseurs en février. L’enlèvement est
identifiés à Sibé, province du Soum. Il tentait de
revendiqué par AQMI. Le même jour, la capitale,
convaincre des jeunes de quitter Ansarul Islam.
Ouagadougou, connaît son premier attentat
terroriste : un commando attaque l’hôtel Splendid 4 février 2017
et le café Cappuccino, tuant 30 personnes dont Le conseiller municipal de Nassoumbou est
plusieurs ressortissants étrangers. AQMI et al- assassiné avec son fils de cinq ans dans le
Mourabitoune revendiquent l’attentat. village de Yorsala, province du Loroum, région
du Nord. Il avait fui la ville de Nassoumbou
17 mai 2016
après avoir été menacé.
Des individus armés attaquent la station de
police de Koutougou, province du Soum. Deux 28 février 2017
agents de police sont blessés pendant l’attaque. Des hommes armés attaquent les stations de
police de Baraboulé et de Tongomayel,
31 mai 2016
province du Soum.
Des individus armés attaquent la station de
police d’Intangom, province de l’Oudalan. Trois 3 mars 2017
policiers sont tués dans l’attaque. Salif Badini, enseignant dans la province du
Soum, est assassiné par des individus armés.
1er septembre 2016
Des individus armés attaquent le bureau des 27 mars – 10 avril 2017
douanes de Markoye, province de l’Oudalan. Un Opération transfrontalière Panga regroupant
douanier est tué et trois civils sont blessés. des troupes du Burkina Faso, du Mali et de la
L’attaque est revendiquée par l’Etat islamique France, ayant pour but de débusquer des
dans le Grand Sahara (EIGS). éléments terroristes le long de la frontière
Mali/Burkina, particulièrement dans la forêt de
12 octobre 2016
Foulsaré. Deux individus sont tués par les
Des individus armés lancent une attaque sur un
forces de sécurité, huit sont arrêtés et plusieurs
poste de l’armée burkinabè à Intangom,
suspects sont livrés aux autorités.
province de l’Oudalan. Quatre soldats et trois
civils sont tués, y compris deux civils tués 27 avril 2017
accidentellement par les forces de sécurité. Deux fonctionnaires sont enlevés à Tin-Akoff,
L’attaque est revendiquée par l’Etat islamique dans la province de l’Oudalan. Il sont libérés
dans le Grand Sahara (ISGS). quelques jours plus tard mais les ravisseurs
gardent leur véhicule.
Nord du Burkina Faso : ce que cache le jihad
Crisis Group Rapport Afrique N°254, 12 octobre 2017 Page 24

29-30 avril 2017 31 août 2017


La force Barkhane lance une seconde opération Des individus armés attaquent le poste de
de ratissage dans la forêt de Foulsaré, appelée gendarmerie de Djibasso, région de la Boucle
l’Opération Bayard. Vingt militants sont tués et une du Mouhoun (Ouest), et tuent un douanier.
grande quantité de matériel et d’armement saisis.
3 septembre 2017
13 mai 2017 L’organisation américaine Peace Corps décide
Des hommes armés attaquent le village de d’évacuer l’intégralité de ses volontaires (124
Djahoye, province de l’Oudalan. Un villageois personnes) en raison du climat d’insécurité
est tué et un autre blessé. dans le pays.

27 mai 2017 4 septembre 2017


Des membres d’Ansarul Islam assassinent un Des individus armés attaquent la commune de
ancien officier de police ainsi qu’un autre Kourfadji, province du Soum, et kidnappent
individu à Djibo, province du Soum. deux personnes dans le but de procéder à un
échange de prisonniers.
11 juin 2017
Un agriculteur et un conseiller municipal, 7 septembre 2017
suspectés d’être des informateurs, sont tués Des individus armés attaquent l’hôtel de ville de
dans le village de Basnéré, province du Nayala, Diguel, province du Soum, et kidnappent un agent
région de la Boucle du Mouhoun. municipal. Il est libéré quelques jours plus tard.

21 juin 2017 12 septembre 2017


Le Conseil de sécurité des Nations unies Une page Facebook attribuée à Ansarul Islam
approuve à l’unanimité la résolution 2359 qui mais non authentifiée publie un post dénonçant
prévoit le déploiement de la force conjointe du la mort de musulmans lors de l’attentat de
G5 Sahel afin de lutter contre le terrorisme Ouagadougou mi-août, se désolidarisant de
transnational et le crime organisé dans la l’action du GSIM.
région.
15 septembre 2017
25 juin 2017 Un chef de village, un imam et un troisième
Des individus armés tuent cinq personnes, individu sont assassinés dans les environs de
connues par les autorités pour des liens avec Baraboulé, province du Soum.
Ansarul Islam, dans les villages de Ndidja, Sibé
23 septembre 2017
et Neyba, province du Soum.
Le poste de police du camp de réfugiés de
27 juin 2017 Mentao, dans la province du Soum, est
Une page Facebook attribuée à Ansarul Islam incendié, faisant d’importants dégâts matériels
mais non authentifiée publie un post affirmant mais aucune victime. Un véhicule des forces
que Jafar Dicko reprend les rênes d’Ansarul anti-terroristes est visé par une attaque à
Islam, sous-entendant que Malam Ibrahim l’explosif à proximité du poste de police, faisant
Dicko serait peut-être mort. sept blessés. Un homme est également
assassiné par des individus à moto.
27 juillet 2017
Un conseiller municipal, son frère et son fils 26 septembre 2017
sont tués à Takeo, province du Soum. Les Deux gendarmes burkinabè sont tués dans une
assaillants volent également du bétail. embuscade près de Tongomayel, province du
Soum, après que leur convoi a sauté sur une mine.
13 août 2017
Attentat dans le centre-ville de Ouagadoudou. 28 septembre 2017
Un commando ouvre le feu sur des clients du Des individus armés attaquent la gendarmerie de
Café Aziz Istanbul, tuant dix-neuf personnes, Toéni, région de la Boucle du Mouhoun (Ouest).
dont la moitié sont étrangers. L’attaque n’est A Djibo, province du Soum, un conseiller
pas revendiquée bien que le mode opératoire municipal soupçonné d’être lié aux groupes
pointe vers le GSIM. terroristes est abattu par les forces de sécurité. A
Touronata, province du Soum, quatre individus
17 août 2017 sont tués par des hommes en uniforme.
Un véhicule militaire en patrouille dans la
2 octobre 2017
province du Soum saute sur une mine, tuant
Des individus attaquent la brigade de
trois soldats burkinabè. Premier incident de ce
gendarmerie de Nassoumbou, province du
type au Burkina Faso.
Soum, faisant des dégâts matériels mais
29 août 2017 aucune victime.
Des individus armés tirent en l’air à Damba,
4 octobre 2017
province du Soum, sans faire de victimes. Des
Des individus armés attaquent une caserne de
motos et des téléphones portables sont volés.
gendarmerie à Inata, province du Soum, causant
des dégâts matériels et blessant un gendarme.
Nord du Burkina Faso : ce que cache le jihad
Crisis Group Rapport Afrique N°254, 12 octobre 2017 Page 25

Annexe D : A propos de l’International Crisis Group

L’International Crisis Group est une organisation non gouvernementale indépendante à but non lucratif
qui emploie près de 120 personnes présentes sur les cinq continents. Elles élaborent des analyses de
terrain et font du plaidoyer auprès des dirigeants dans un but de prévention et de résolution des conflits
armés.

La recherche de terrain est au cœur de l’approche de Crisis Group. Elle est menée par des équipes
d’analystes situées dans des pays ou régions à risque ou à proximité de ceux-ci. À partir des informa-
tions recueillies et des évaluations de la situation sur place, Crisis Group rédige des rapports analy-
tiques rigoureux qui s’accompagnent de recommandations pratiques destinées aux dirigeants poli-
tiques internationaux, régionaux et nationaux. Crisis Group publie également CrisisWatch, un bulletin
mensuel d’alerte précoce offrant régulièrement une brève mise à jour de la situation dans plus de 70
situations de conflit (en cours ou potentiel).

Les rapports de Crisis Group sont diffusés à une large audience par courrier électronique. Ils sont
également accessibles au grand public via le site internet de l’organisation : www.crisisgroup.org. Crisis
Group travaille en étroite collaboration avec les gouvernements et ceux qui les influencent, notamment
les médias, afin d’attirer leur attention et de promouvoir ses analyses et recommandations politiques.

Le Conseil d’administration de Crisis Group, qui compte d’éminentes personnalités du monde politique,
diplomatique, des affaires et des médias, s’engage directement à promouvoir les rapports et les re-
commandations auprès des dirigeants politiques du monde entier. Le Conseil d’administration est pré-
sidé par Mark Malloch-Brown, ancien vice-secrétaire général des Nations unies et administrateur du
Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). La vice-présidente du Conseil est Ayo
Obe, juriste, chroniqueuse et présentatrice de télévision au Nigéria.

Le président-directeur général de Crisis Group, Jean-Marie Guéhenno était le secrétaire général adjoint
aux opérations de maintien de la paix des Nations unies de 2000 à 2008, et l’envoyé spécial adjoint
des Nations unies et de la Ligue arabe en Syrie en 2012. Il a quitté ce poste pour présider la commis-
sion de rédaction du livre blanc français de la défense et de la sécurité nationale en 2013.

Le siège d’International Crisis Group est situé à Bruxelles et l’organisation a des bureaux dans dix
autres villes: Bichkek, Bogota, Dakar, Islamabad, Istanbul, Kaboul, Nairobi, Londres, New York et Was-
hington, DC. Elle est également présente dans les villes suivantes : Abuja, Alger, Bangkok, Beyrouth,
Caracas, Gaza, Djouba, Guatemala City, Hong Kong, Jérusalem, Johannesburg, Kaboul, Mexico City,
Rabat, Sanaa, Tbilissi, Toronto, Tripoli, Tunis et Yangon.

Crisis Group reçoit le soutien financier d’un grand nombre de gouvernements, de fondations institution-
nelles et de donateurs privés. Actuellement, Crisis Group entretient des relations avec les agences et
départements gouvernementaux suivants: Affaires mondiales Canada, agence française de dévelop-
pement, le ministère allemand des affaires étrangères, le ministère australian des Affaires étrangères
et du commerce, l’Agence autrichienne pour le développement, l'Instrument contribuant à la stabilité et
à la paix (IcSP) de l'Union européenne, la Principauté du Liechtenstein, le Département fédéral des
affaires étrangères de la Confédération suisse, le ministère danois des Affaires étrangères, le ministère
finlandais des Affaires étrangères, le ministère français des Affaires étrangères, le ministère française
de la Défense, le ministère luxembourgeois des Affaires étrangères, le ministère néerlandais des Af-
faires étrangères, le ministère néo-zélandais des Affaires étrangères et du commerce, le ministère
norvégien des Affaires étrangères, le ministère suédois des Affaires étrangères, et Irish Aid.

Crisis Group entretient aussi des relations avec les fondations suivantes: Carnegie Corporation of New
York, Henry Luce Foundation, Humanity United, John D. and Catherine T. MacArthur Foundation, Oak
Foundation, Open Society Foundations, Ploughshares Fund, Robert Bosch Stiftung, et Wellspring Phil-
anthropic Fund.

Octobre 2017
Nord du Burkina Faso : ce que cache le jihad
Crisis Group Rapport Afrique N°254, 12 octobre 2017 Page 26

Annexe E : Rapports et briefings sur l’Afrique depuis 2014

Rapports Spéciaux Burundi : anatomie du troisième mandat, Rap-


Exploiter le chaos : al-Qaeda et l’Etat islamique, port Afrique N°235, 20 mai 2016 (aussi dispo-
Rapport spécial N°1, 14 mars 2016 (aussi dis- nible en anglais).
ponible en anglais et arabe). Katanga: Tensions in DRC’s Mineral Heartland,
Seizing the Moment: From Early Warning to Rapport Afrique N°239, 3 août 2016.
Early Action, Rapport spécial N°2, 22 juin Union africaine et crise au Burundi : entre ambi-
2016. tion et réalité, Briefing Afrique N°122, 28 sep-
Counter-terrorism Pitfalls: What the U.S. Fight tembre 2016 (aussi disponible en anglais).
against ISIS and al-Qaeda Should Avoid, Rap- Boulevard of Broken Dreams: The “Street” and
port spécial N°3, 22 mars 2017. Politics in DR Congo, Briefing Afrique N°123,
13 octobre 2016.
Afrique australe Cameroun : faire face à Boko Haram, Rapport
Madagascar : une sortie de crise superficielle ? Afrique N°241, 16 novembre 2016 (aussi dis-
Rapport Afrique de Crisis Group N°218, 19 ponible en anglais).
mai 2014 (aussi disponible en anglais). Boko Haram au Tchad : au-delà de la réponse
Zimbabwe: Waiting for the Future, Briefing Af- sécuritaire, Rapport Afrique N°246, 8 mars
rique N°103, 29 septembre 2014. 2017 (aussi disponible en anglais).
Zimbabwe: Stranded in Stasis, Briefing Afrique Burundi : l’armée dans la crise, Rapport Afrique
N°118, 29 février 2016. N°247, 5 avril 2017 (aussi disponible en an-
glais).
Afrique centrale Cameroun : la crise anglophone à la croisée des
Les terres de la discorde (I) : la réforme foncière chemins, Rapport Afrique N°250, 2 août 2017
au Burundi, Rapport Afrique N°213, 12 février (aussi disponible en anglais).
2014. Eviter le pire en République centrafricaine,
Les terres de la discorde (II) : restitution et ré- Rapport Afrique N°253, 28 septembre 2017.
conciliation au Burundi, Rapport Afrique
N°214, 17 février 2014. Afrique de l’Ouest
Afrique centrale : les défis sécuritaires du pasto- Mali : réformer ou rechuter, Rapport Afrique
ralisme, Rapport Afrique N°215, 1er avril 2014 N°210, 10 janvier 2014 (aussi disponible en
(aussi disponible en anglais). anglais).
La crise centrafricaine : de la prédation à la sta- Côte d’Ivoire : le Grand Ouest, clé de la réconci-
bilisation, Rapport Afrique N°219, 17 juin 2014 liation, Rapport Afrique N°212, 28 janvier 2014
(aussi disponible en anglais). (aussi disponible en anglais).
Cameroun : mieux vaut prévenir que guérir, Curbing Violence in Nigeria (II): The Boko Ha-
Briefing Afrique N°101, 4 septembre 2014. ram Insurgency, Rapport Afrique N°216, 3 av-
La face cachée du conflit centrafricain, Briefing ril 2014.
Afrique N°105, 12 décembre 2014 (aussi dis- Guinée-Bissau : les élections, et après ?, Brie-
ponible en anglais). fing Afrique N°98, 8 avril 2014.
Congo: Ending the Status Quo, Briefing Afrique Mali : dernière chance à Alger, Briefing Afrique
N°107, 17 décembre 2014. N°104, 18 novembre 2014 (aussi disponible
Les élections au Burundi : l’épreuve de vérité ou en anglais).
l’épreuve de force ?, Rapport Afrique N°224, Nigeria’s Dangerous 2015 Elections: Limiting the
17 avril 2015 (aussi disponible en anglais). Violence, Rapport Afrique N°220, 21 no-
Congo: Is Democratic Change Possible? Rap- vembre 2014.
port Afrique N°225, 5 mai 2015. L’autre urgence guinéenne : organiser les élec-
Burundi: la paix sacrifiée? Briefing Afrique tions, Briefing Afrique N°106, 15 décembre
N°111, 29 mai 2015 (aussi disponible en an- 2014 (aussi disponible en anglais).
glais). Burkina Faso : neuf mois pour achever la transi-
Cameroun : la menace du radicalisme religieux, tion, Rapport Afrique N°222, 28 janvier 2015.
Rapport Afrique N°229, 3 septembre 2015 La réforme du secteur de la sécurité en Guinée-
(aussi disponible en anglais). Bissau : une occasion à saisir, Briefing Afrique
Centrafrique : les racines de la violence, Rap- N°109, 19 mars 2015.
port Afrique N°230, 21 septembre 2015 (aussi Mali : la paix à marche forcée? Rapport Afrique
disponible en anglais). N°226, 22 mai 2015.
Tchad : entre ambitions et fragilités, Rapport Burkina Faso : cap sur octobre, Briefing Afrique
Afrique N°233, 30 mars 2016 (aussi disponible N°112, 24 juin 2015.
en anglais).
Nord du Burkina Faso : ce que cache le jihad
Crisis Group Rapport Afrique N°254, 12 octobre 2017 Page 27

The Central Sahel: A Perfect Sandstorm, Eritrea: Ending the Exodus?, Briefing Afrique
Rapport Afrique N°227, 25 juin 2015 (aussi N°100, 8 août 2014.
disponible en anglais). Kenya: Al-Shabaab – Closer to Home, Briefing
Curbing Violence in Nigeria (III): Revisiting the Afrique N°102, 25 septembre 2014.
Niger Delta, Rapport Afrique N°231, 29 South Sudan: Jonglei – “We Have Always Been
septembre 2015. at War”, Rapport Afrique N°221, 22 décembre
The Politics Behind the Ebola Crisis, Rapport 2014.
Afrique N°232, 28 octobre 2015. Sudan and South Sudan’s Merging Conflicts,
Mali: Peace from Below?, Briefing Afrique Rapport Afrique N°223, 29 janvier 2015.
N°115, 14 décembre 2015. Sudan: The Prospects for “National Dialogue”,
Burkina Faso : transition acte II, Briefing Afrique Briefing Afrique N°108, 11 mars 2015.
N°116, 7 janvier 2016. The Chaos in Darfur, Briefing Afrique N°110, 22
Mettre en œuvre l’architecture de paix et de sé- avril 2015.
curité (III) : l’Afrique de l’Ouest, Rapport South Sudan: Keeping Faith with the IGAD
Afrique N°234, 14 avril 2016 (aussi disponible Peace Process, Rapport Afrique N°228, 27
en anglais). juillet 2015.
Boko Haram sur la défensive?, Briefing Afrique Somaliland: The Strains of Success, Briefing
N°120, 4 mai 2016 (aussi disponible en an- Afrique N°113, 5 octobre 2015.
glais).
Kenya’s Somali North East: Devolution and
Nigeria: The Challenge of Military Reform, Rap- Security, Briefing Afrique N°114, 17 novembre
port Afrique N°237, 6 juin 2016. 2015.
Mali central : la fabrique d’une insurrection ?, Ethiopia: Governing the Faithful, Briefing Afrique
Rapport Afrique N°238, 6 juillet 2016 (aussi N°117, 22 février 2016.
disponible en anglais). Sudan’s Islamists: From Salvation to Survival,
Burkina Faso : préserver l’équilibre religieux, Briefing Afrique N°119, 21 mars 2016.
Rapport Afrique N°240, 6 septembre 2016
South Sudan’s South: Conflict in the Equatorias,
(aussi disponible en anglais).
Rapport Afrique N°236, 25 mai 2016.
Nigéria : les femmes et Boko Haram, Rapport
Kenya’s Coast: Devolution Disappointed, Brief-
Afrique N°242, 5 décembre 2016 (aussi dispo-
ing Afrique N°121, 13 juillet 2016.
nible en anglais).
South Sudan: Rearranging the Chessboard,
Watchmen of Lake Chad: Vigilante Groups Rapport Afrique N°243, 20 décembre 2016.
Fighting Boko Haram, Rapport Afrique N°244,
Instruments of Pain (II): Conflict and Famine in
23 février 2017.
South Sudan, Briefing Afrique N°124, 26 avril
Le Niger face à Boko Haram : au-delà de la
2017.
contre-insurrection, Rapport Afrique N°245, 27
Instruments of Pain (III): Conflict and Famine in
février 2017 (aussi disponible en anglais).
Somalia, Briefing Afrique N°125, 9 mai 2017.
Islam et politique au Mali : entre réalité et fiction,
Instruments of Pain (IV): The Food Crisis in
Rapport Afrique N°249, 18 juillet 2017.
North East Nigeria, Briefing Afrique N°126, 18
Double-edged Sword: Vigilantes in African mai 2017.
Counter-insurgencies, Rapport Afrique N°251,
Kenya’s Rift Valley: Old Wounds, Devolution’s
7 septembre 2017.
New Anxieties, Rapport Afrique N°248, 30 mai
Herders against Farmers: Nigeria’s Expanding
2017.
Deadly Conflict, Rapport Afrique N°252, 19
Time to Repeal U.S. Sanctions on Sudan?,
septembre 2017.
Briefing Afrique N°127, 22 juin 2017.
Corne de l’Afrique A New Roadmap to Make U.S. Sudan Sanctions
Sudan’s Spreading Conflict (III): The Limits of Relief Work, Briefing Afrique N°128, 29
Darfur’s Peace Process, Rapport Afrique septembre 2017.
N°211, 27 janvier 2014. How to Ensure a Credible, Peaceful Presidential
South Sudan: A Civil War by Any Other Name, Vote in Kenya, Briefing Afrique N°129, 2 octo-
Rapport Afrique N°217, 10 avril 2014. bre 2017.
Somalia: Al-Shabaab – It Will Be a Long War,
Briefing Afrique N°99, 26 juin 2014.
Nord du Burkina Faso : ce que cache le jihad
Crisis Group Rapport Afrique N°254, 12 octobre 2017 Page 28

Annexe F : Conseil d’administration de l’International Crisis Group

PRESIDENT DU CONSEIL Maria Livanos Cattaui Naz Modirzadeh


Ancienne secrétaire générale à la Directeur du Programme sur le droit in-
Lord (Mark) Malloch-Brown Chambre de commerce internationale ternational et les conflits armés de
Ancien vice-secrétaire général des la Faculté de droit de Harvard
Nations unies et administrateur du Wesley Clark
Programme des Nations unies pour le Ancien commandant suprême des Saad Mohseni
développement (PNUD) forces alliées de l’Otan en Europe Président et directeur général de
MOBY Group
Sheila Coronel
PRESIDENT-DIRECTEUR
Professeur « Toni Stabile » de pra- Marty Natalegawa
GENERAL tique de journalisme d’investigation Ancien ministre indonésien des
et directrice du Centre Toni Stabile Affaires étrangères, représentant
Jean-Marie Guéhenno
pour le journalisme d’investigation, permanent auprès de l’ONU et
Ancien Secrétaire général adjoint du
Université de Columbia ambassadeur au Royaume-Uni
Département des opérations de
maintien de la paix des Nations unies Frank Giustra Roza Otunbayeva
Président-directeur général, Fiore Ancienne présidente de la République
VICE-PRESIDENTE Financial Corporation kirghize ; fondatrice de la « Roza
DU CONSEIL Otunbayeva Initiative », fondation in-
Mo Ibrahim ternationale publique
Ayo Obe Fondateur et président, Fondation Mo
Présidente du Conseil, Gorée Institute Ibrahim ; fondateur, Celtel International Thomas R. Pickering
(Sénégal) ; avocate (Nigéria) Ancien sous-secrétaire d’Etat améri-
Wolfgang Ischinger cain ; ambassadeur des Etats-Unis aux
AUTRES MEMBRES Président, Forum de Munich sur les Nations unies, en Russie, en Inde, en
politiques de défense; ancien vice- Israël, au Salvador, au Nigéria et en
DU CONSEIL ministre allemand des Affaires Jordanie
Fola Adeola étrangères et ambassadeur en
Fondateur et président, FATE Grande-Bretagne et aux Etats-Unis Olympia Snowe
Foundation Ancienne sénatrice américaine et
Asma Jahangir membre de la Chambre des
Ancienne présidente de l’Association
Ali al Shihabi représentants
du Barreau de la Cour suprême du
Écrivain; Fondateur et ancien
président, Rasmala Investment bank
Pakistan ; ancienne rapporteur spécial Javier Solana
des Nations unies sur la liberté de Président du Centre pour l’Economie
Celso Amorim religion ou de conviction globale et la Géopolitique ESADE ;
Ancien ministre brésilien des Relations membre émérite, The Brookings
Yoriko Kawaguchi Institution
extérieures; Ancien ministre de la
Ancienne ministre japonaise des
Défense
Affaires étrangères ; ancienne ministre Alexander Soros
Hushang Ansary de l’Environnement Membre, Open Society Foundations
Président, Parman Capital Group LLC;
Wadah Khanfar George Soros
ancien ambassadeur d’Iran aux Etats-
Co-fondateur, Forum Al Sharq ; ancien Président, Open Society Institute ;
Unis et ministre des Finances et des
directeur général du réseau Al Jazeera président du Soros Fund Management
Affaires économiques
Wim Kok Pär Stenbäck
Nahum Barnea
Ancien Premier ministre des Pays-Bas Ancien ministre finlandais des Affaires
Chroniqueur politique, Israël
étrangères et de l’Education ;
Andrey Kortunov
Kim Beazley président du Parlement culturel
Directeur général du Conseil russe européen
Ancien vice-Premier ministre
pour les affaires internationales
d’Australie et ambassadeur aux Etats-
Unis ; ancien ministre de la Défense
Jonas Gahr Støre
Ivan Krastev Chef du Parti travailliste norvégien et
Président du Centre pour les
Carl Bildt du groupe parlementaire du Parti
stratégies libérales (Sofia) ; membre travailliste ; ancien ministre norvégien
Ancien ministre des Affaires
fondateur du conseil d’administration des Affaires étrangères
étrangères de la Suède
du Conseil européen des relations
Emma Bonino internationales Lawrence H. Summers
Ancienne ministre italienne des Ancien directeur du Conseil de la
Ricardo Lagos sécurité économique et secrétaire du
Affaires étrangères ; ancienne
Ancien président du Chili Trésor des Etats-Unis ; président
commissaire européenne pour l’aide
humanitaire Joanne Leedom-Ackerman émérite de l’Université de Harvard
Ancienne secrétaire internationale de Helle Thorning-Schmidt
Lakhdar Brahimi
PEN International ; romancière et Directrice générale de Save the
Membre, The Elders; diplomate des
journaliste, Etats-Unis Children International ; ancienne
Nations unies; ancien ministre algérien
des Affaires étrangères Helge Lund Première ministre du Danemark
Ancien président-directeur général de Wang Jisi
Cheryl Carolus
BG Group Limited et Statoil ASA Membre du comité de conseil en
Ancienne haut-commissaire de
l’Afrique du Sud auprès du Royaume- politique étrangère du ministère des
Shivshankar Menon
Uni et secrétaire générale du Congrès Affaires étrangères chinois ; ancien
Ancien ministre indien des Affaires
national africain (ANC) directeur, Ecole des affaires
étrangères et conseiller à la sécurité
internationales, Université de Pékin
nationale
Nord du Burkina Faso : ce que cache le jihad
Crisis Group Rapport Afrique N°254, 12 octobre 2017 Page 29

CONSEIL PRESIDENTIEL
Groupe éminent de donateurs privés et d’entreprises qui apportent un soutien et une expertise essentiels à Crisis Group.
ENTREPRISES DONATEURS PRIVES
BP (5) Anonyme Herman De Bode
Shearman & Sterling LLP Scott Bessent Alexander Soros
Statoil (U.K.) Ltd. David Brown & Erika Franke Ian R. Taylor
White & Case LLP Stephen & Jennifer Dattels

CONSEIL CONSULTATIF INTERNATIONAL


Donateurs privés et entreprises qui fournissent une contribution essentielle aux activités de prévention des
conflits armés de Crisis Group.

ENTREPRISES DONATEURS PRIVES Geoffrey R. Hoguet &


(2) Anonymous (2) Anonymous Ana Luisa Ponti
APCO Worldwide Inc. Mark Bergman David Jannetti
Atlas Copco AB Stanley Bergman & Edward Faisel Khan
Chevron Bergman Cleopatra Kitti
Edelman UK Elizabeth Bohart Michael & Jackie Lambert
HSBC Holdings plc Eric Christiansen Leslie Lishon
MetLife Sam Englebardt Virginie Maisonneuve
Noble Energy The Edelman Family Dennis Miller
RBC Capital Markets Foundation The Nommontu Foundation
Shell Seth & Jane Ginns Brian Paes-Braga
Ronald Glickman Kerry Propper
David Harding Duco Sickinghe
Rita E. Hauser Nina K. Solarz
Enzo Viscusi
CONSEIL DES AMBASSADEURS
Les étoiles montantes de divers horizons qui, avec leur talent et leur expertise, soutiennent la mission de Crisis Group.

Amy Benziger Lindsay Iversen Nidhi Sinha


Tripp Callan Azim Jamal Chloe Squires
Kivanc Cubukcu Arohi Jain Leeanne Su
Matthew Devlin Christopher Louney Bobbi Thomason
Victoria Ergolavou Matthew Magenheim AJ Twombly
Noa Gafni Madison Malloch-Brown Dillon Twombly
Christina Bache Fidan Megan McGill Annie Verderosa
Lynda Hammes Hamesh Mehta Zachary Watling
Jason Hesse Tara Opalinski Grant Webster
Dalí ten Hove Perfecto Sanchez

CONSEILLERS
Anciens membres du Conseil d’administration qui maintiennent leur collaboration avec Crisis Group et apportent
leurs conseils et soutien (en accord avec toute autre fonction qu’ils peuvent exercer parallèlement).

Martti Ahtisaari Lakhdar Brahimi Carla Hills


Président émérite Kim Campbell Swanee Hunt
George Mitchell Jorge Castañeda Aleksander Kwasniewski
Président émérite Naresh Chandra Todung Mulya Lubis
Gareth Evans Eugene Chien Allan J. MacEachen
Président émérite Joaquim Alberto Chissano Graça Machel
Kenneth Adelman Victor Chu Jessica T. Mathews
Adnan Abu-Odeh Mong Joon Chung Barbara McDougall
HRH Prince Turki al-Faisal Pat Cox Matthew McHugh
Óscar Arias Gianfranco Dell’Alba Miklós Németh
Ersin Arıoğlu Jacques Delors Christine Ockrent
Richard Armitage Alain Destexhe Timothy Ong
Diego Arria Mou-Shih Ding Olara Otunnu
Zainab Bangura Uffe Ellemann-Jensen Lord (Christopher) Patten
Shlomo Ben-Ami Gernot Erler Victor Pinchuk
Christoph Bertram Marika Fahlén Surin Pitsuwan
Alan Blinken Stanley Fischer Fidel V. Ramos

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