Université Tunis El Manar Mme O.
Soukri Cherif
Institut Supérieur des Sciences Humaines [email protected]
Département de psychologie
Psychologie économique
Année Universitaire 2023-2024
Chapitre 2 :
Comportement Humain Irrationnel
en Psychologie Économique
Objectifs du Cours
- Comprendre les biais cognitifs et émotionnels qui influencent les décisions économiques.
- Explorer des théories clés en psychologie économique liées au comportement humain
irrationnel.
- Analyser des exemples concrets de comportements économiques irrationnels.
I : Introduc+on au concept de comportement humain irra+onnel
Les comportements humains irrationnels en psychologie économique sont des décisions ou des
actions qui vont à l'encontre de la rationalité économique, telle que définie par l'économie
classique. Voici quelques exemples de comportements humains irrationnels :
1. Aversion au risque sélective :
Les gens peuvent être prudents avec leur argent dans certaines situations, mais prendre des
risques excessifs dans d'autres. Par exemple, ils peuvent être réticents à investir en actions, mais
dépenser impulsivement dans des jeux de hasard.
2. Effet de dotation :
Les individus ont tendance à attribuer une valeur plus élevée à ce qu'ils possèdent déjà. Par
exemple, ils peuvent surévaluer un bien qu'ils possèdent déjà lorsqu'ils décident de le vendre.
3. Biais de confirmation :
Les gens ont tendance à rechercher et à interpréter l'information de manière à confirmer leurs
croyances préexistantes. Cela peut les amener à ignorer des données contraires lors de la prise
de décision économique.
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4. Effet de statu quo :
Les individus ont souvent une préférence pour le statu quo et sont réticents à apporter des
changements, même lorsque cela serait économiquement avantageux. Par exemple, ils peuvent
rester fidèles à un fournisseur de services coûteux plutôt que de rechercher une meilleure offre.
5. Aversion aux pertes :
Les gens ont tendance à être plus sensibles aux pertes qu'aux gains équivalents. Cela peut les
amener à éviter des risques rationnels par peur de perdre de l'argent.
6. Effet d'ancrage :
Les individus ont tendance à s'appuyer sur des informations initiales (l'« ancrage ») pour
prendre des décisions, même lorsque ces informations sont peu pertinentes. Par exemple, le prix
initial affiché d'un produit peut influencer leur perception de la valeur.
7. Excès de confiance :
Les gens ont souvent une estimation trop optimiste de leurs compétences et de leurs
connaissances. Cela peut les conduire à prendre des risques excessifs dans leurs investissements
financiers ou à surestimer leurs capacités de négociation.
8. Comportement grégaire :
Les individus ont tendance à suivre la foule ou à imiter les actions des autres sans
nécessairement évaluer rationnellement les conséquences. Cela peut conduire à des bulles
spéculatives ou à des paniques sur les marchés financiers.
9. Surconsommation :
Les gens peuvent dépenser plus qu'ils ne peuvent se permettre en raison de la pression sociale
ou du désir de gratification instantanée, même si cela compromet leur sécurité financière à long
terme.
10. Défaut de planification à long terme :
Les individus ont souvent du mal à planifier à long terme et à épargner pour leur retraite,
préférant dépenser leur argent dans le présent.
Il est important de noter que ces comportements ne sont pas nécessairement irrationnels dans
tous les contextes, et certaines décisions peuvent être le résultat de préférences personnelles ou
de considérations non monétaires. Cependant, ces comportements peuvent souvent être
contraires aux principes de maximisation de l'utilité et de rationalité économique, ce qui les
rend dignes d'étude en psychologie économique.
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II. Ra&onalité en Économie
Le modèle de l'homme économique rationnel, également appelé "homme économique" ou
"agent économique rationnel", est un concept fondamental en économie néoclassique. Il repose
sur l'idée que les individus prennent des décisions économiques de manière logique et
rationnelle, en cherchant à maximiser leur utilité (satisfaction) ou leur profit, tout en tenant
compte des contraintes budgétaires auxquelles ils sont confrontés. Voici les principales
caractéristiques du modèle de l'homme économique rationnel :
1. Utilité Maximale :
L'homme économique rationnel cherche à maximiser sa satisfaction personnelle ou son utilité.
Cela signifie qu'il prendra des décisions visant à obtenir le meilleur résultat possible compte
tenu de ses préférences personnelles.
2. Rationalité :
Les individus sont supposés être des penseurs rationnels qui évaluent toutes les options
disponibles de manière objective et choisissent celle qui maximise leur utilité. Ils ne sont pas
influencés par des émotions, des biais cognitifs ou des considérations irrationnelles.
3. Consistance :
L'homme économique rationnel prend des décisions cohérentes au fil du temps. Cela signifie
qu'il respecte les principes de transisitivité et de cohérence dans ses choix.
4. Information Parfaite :
Dans le modèle de l'homme économique rationnel, les individus sont supposés avoir une
connaissance parfaite de toutes les informations pertinentes pour prendre leurs décisions. Ils
sont capables d'évaluer pleinement les avantages et les inconvénients de chaque option.
5. Objectivité :
Les préférences de l'homme économique rationnel sont objectives et stables. Elles ne sont pas
influencées par des facteurs externes, des émotions ou des changements de contexte.
6. Optimisation :
L'homme économique rationnel choisit l'option qui maximise son utilité ou son profit, compte
tenu des contraintes budgétaires. Il n'acceptera pas délibérément une option qui lui rapporte
moins.
7. Indépendance :
Les décisions de l'homme économique rationnel ne dépendent que des caractéristiques
intrinsèques des biens ou des services qu'il évalue. Elles ne sont pas influencées par des facteurs
externes tels que la publicité, la pression sociale ou les normes culturelles.
8. Préférences Transposables :
Les préférences de l'homme économique rationnel sont transposables, ce qui signifie que s'il
préfère A à B et B à C, alors il préférera toujours A à C.
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Il est important de noter que le modèle de l'homme économique rationnel est une simplification
théorique de la réalité économique. Dans la pratique, les individus peuvent ne pas toujours se
comporter de manière strictement rationnelle, car ils sont influencés par des biais cognitifs, des
émotions, des informations limitées et des contraintes de temps. Cependant, ce modèle reste un
outil précieux pour comprendre les comportements économiques et analyser comment les
individus pourraient réagir dans des situations idéales où la rationalité prédomine.
III- Biais Cogni&fs
Les biais cognitifs sont des erreurs systématiques et prévisibles dans le traitement de
l'information, qui peuvent entraîner des jugements incorrects, des décisions irrationnelles ou
des interprétations biaisées de la réalité. Ces biais sont dus aux limites de notre capacité
cognitive et à la manière dont notre cerveau traite et simplifie l'information. Les biais cognitifs
sont fréquemment étudiés en psychologie cognitive, en économie comportementale et dans
d'autres domaines connexes. Voici quelques exemples courants de biais cognitifs :
1. Biais de confirmation :
Les individus ont tendance à rechercher, interpréter et se souvenir de l'information de manière
à confirmer leurs croyances préexistantes. Ils ont du mal à prendre en compte des informations
contraires.
2. Biais de disponibilité :
Les gens ont tendance à accorder plus de poids à l'information qui leur est facilement accessible
ou qui leur vient à l'esprit rapidement. Cela peut conduire à une surestimation de la probabilité
d'événements rares ou dramatiques.
3. Biais d'ancrage :
Les individus ont tendance à s'appuyer sur une information initiale (l'« ancrage ») pour prendre
des décisions, même lorsque cette information n'est pas pertinente. Par exemple, une première
offre lors d'une négociation peut influencer le résultat final.
4. Biais de surconfiance :
Les gens ont tendance à surestimer leurs compétences, leurs connaissances ou leurs prévisions,
ce qui peut les amener à prendre des risques excessifs.
5. Effet de récence :
Les individus ont tendance à donner plus de poids aux informations ou aux événements les plus
récents dans leur mémoire, négligeant parfois des informations plus anciennes ou plus
pertinentes.
6. Biais de conformité sociale :
Les individus ont tendance à se conformer aux normes ou aux opinions sociales, même si cela
va à l'encontre de leurs croyances ou de leur jugement personnel.
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7. Biais de projection :
Les gens ont tendance à projeter leurs propres croyances, émotions ou préférences sur les autres,
en supposant que les autres pensent et ressentent de la même manière qu'eux.
8. Biais d'attribution fondamentale :
Les individus ont tendance à sous-estimer l'impact des facteurs externes (comme la situation)
sur le comportement des autres, attribuant plutôt le comportement à des caractéristiques internes
(comme la personnalité).
9. Biais de confirmation de l'illusion de contrôle :
Les gens ont tendance à croire qu'ils ont plus de contrôle sur les événements ou les résultats
qu'ils ne le font réellement.
10. Effet de consensus :
Les individus ont tendance à supposer que la plupart des autres partagent leurs croyances ou
leurs comportements, ce qui peut conduire à une surprise lorsque cela n'est pas le cas.
Il est important de noter que les biais cognitifs ne sont pas nécessairement négatifs en soi, mais
ils peuvent entraîner des décisions et des jugements irrationnels. En comprenant ces biais, les
individus peuvent être plus conscients de leurs propres processus de pensée et prendre des
décisions plus éclairées. De plus, la connaissance des biais cognitifs est essentielle en économie
comportementale pour comprendre comment les individus prennent des décisions économiques
dans des situations réelles.