L'entreprise Publique, Structure D'intervention Emblématique Du Secteur Public
L'entreprise Publique, Structure D'intervention Emblématique Du Secteur Public
De nombreuses lois démontrent que l’action publique prend des formes renouvelées dans la
matière économique. La tendance est à la « sociétisation de l’action publique » (doctrine)
Usage décomplexé du droit des sociétés par les acteurs publics. Toutes les réformes récentes
démontrent que les personnes publiques instrumentalisent le droit commun de l’entreprise
pour intervenir plus efficacement dans l’économie.
La notion d’entreprise publique dans son sens contemporain apparait après 1945 dans le
contexte des nationalisations au moment de la libération. Il y a eu deux types de
nationalisations avec des sources d’inspiration différentes :
Libération : Nationalisations réalisées par le gouvernement provisoire de juin 1944 à
décembre 1945 Tendance étatiste, centralisatrice. On a nationalisé les usines
Renault, compagnies de transport aériens…
Sur la problématique du statut de l’EPIC, le Con con a botté en touche. Il a pris une position
assez critiquable. QPC à propos de la Caisse centrale de réassurance. C’est une SA détenue
intégralement par l’Etat et qui conduit à un monopole de fait sur un marché particulier de la
réassurance des catastrophes naturelles. Plusieurs personnes étaient assurées. Elles ont une
inondation et ont ensuite le plus grand mal à se réassurer. La Caisse permet donc de se
réassurer. L’opérateur public détient plus de 90% du marché français de réassurance des
catastrophes naturelles. La société requérante qui a saisi le juge est la Société SCOR qui
souhaitait entrer dans ce marché et a demandé à Bercy à bénéficier de la même garantie
illimitée que la Caisse centrale de réassurance. Face au silence, elle demande à Bercy de
mettre fin à la convention conclue entre l’Etat et la Caisse centrale de réassurance. En absence
de réponse, elle introduit un REP contre la décision de rejet devant le TA de Paris. Elle a
assorti son recours d’une QPC. Était en cause la LE et le principe d’égalité entre les
entreprises. Le Con con a considéré que la garantie apportée par l’Etat à la Caisse ne violait ni
le principe d’égalité, ni la LE car cette garantie a été mise en place dans un souci de solidarité
nationale. Il s’en tient là MDR. Décision 2013-344 QPC du 27 septembre 2012, Société
SCOR SE. Le Con con a émis des doutes sur le dispositif législatif vis-à-vis des
conséquences concurrentielles. Le Con con s’en fout du droit de la concurrence xD
B. La formule de la société publique nationale verticalement intégrée
C’est devenu le nouveau modèle de l’entreprise publique en France quand celle-ci agit sur un
marché. La formule s’est développée à partir des années 2000. On avait essentiellement des
EPIC avec des activités exploitées en réseaux couvrant la totalité du territoire français. On
avait un opérateur public monopolistique en situation de position dominante. Il a fallu ouvrir à
la concurrence tous ces réseaux en démantelant ces monopoles historiques. Dans le cadre de
la libéralisation des réseaux, engagée à partir des années 90, on accorde des droits d’accès à
de nouveaux opérateurs privés. Tous ces opérateurs vont pouvoir accéder aux infrastructures
essentielles moyennant le paiement de redevances non discriminatoires.
Les trois principales fonctions de l’Etat vis-à-vis du secteur économique concerné vont être
séparées.
Rôle d’opérateur public monopolistique
Rôle de l’Etat régulateur
Rôle de l’Etat auteur de la réglementation applicable à l’activité économique
Toutes les directives européennes prévoient que le gestionnaire de l’infrastructure doit être
séparé de l’opérateur qui exploite les services à partir de cette infrastructure. Cette séparation
entre le gestionnaire et l’exploitant (en aval) est au moins comptable. L’intégration verticale
des entreprises publiques va être remise en cause. Distinction entre la SNCF et la RFF (réseau
ferré de France), distinction EDF / ERDF (était gestionnaire de l’infrastructure) devenu
Enedis. Le gestionnaire ne peut pas appartenir à l’entreprise publique verticalement intégrée.
La Commission n’a pas imposé son modèle idéal de la séparation patrimoniale entre
l’entreprise qui gère et tous les opérateurs qui exploitent l’infrastructure. Ça serait très
compliqué (exemple d’EDF). On a donc trouvé des systèmes intermédiaires. Pour le transport,
la France a obtenu que le réseau de transport et son gestionnaire soient maintenu au sein de
l’entreprise verticalement intégrée (Modèle ITO). Mais il s’agit là d’une dérogation que la
France a arrachée. Il faut cependant s’assurer que le gestionnaire du réseau dispose d’une
5
indépendance très forte vis-à-vis des activités de fourniture. Le régulateur s’assure du respect
du droit de la concurrence (par exemple quand le gestionnaire conclut un accord commercial
avec l’entreprise verticalement intégrée : Quand par exemple Enedis conclut un accord avec
EDF). C’est très compliqué.
Le droit de l’Union ne reconnait pas le SP à la française accompli souvent par les grandes
entreprises. Le droit de l’Union préfère l’expression d’obligations de SP (OSP). Les directives
européennes sectorielles isolent un service de base pour chaque secteur. Le service est confié
à un opérateur (en pratique un opérateur public) bénéficiant de certains avantages en
contrepartie d’obligations à l’égard des usagers. On parle en général du service universel. Les
directives aménagent un périmètre réduit du service universel (exemple : service Telecom
dans les directives. On parle encore uniquement du téléphone fixe). Pour financer ces OSP,
plusieurs mécanismes ont été prévus dans les textes européens :
- Soit on crée un fonds de service universel alimenté par tous les opérateurs intervenant
sur le marché (option peu utilisée).
- Soit on peut appliquer les conditions de la JP Altmark qui autorise une stricte
compensation des obligations de SP permettant d’échapper à la qualification d’aide
d’Etat (On s’oriente plus vers cette option).
gouvernement a annoncé des mesures politiques pour limiter la hausse des factures. Elles
consistent à augmenter le volume de l’électricité produite avec l’accès régulé et d’imposer à
EDF d’augmenter les tarifs imposés par le groupe. Aujourd’hui, EDF ne peut pas appliquer
les tarifs de marché concernant la fourniture d’électricité. Depuis juin 2023, l’Etat est
redevenu propriétaire à 100% d’EDF (et donc de la dette colossale de 64 milliards d’euros). A
quoi sert cette renationalisation d’EDF ? Le gouvernement cherche à dégager des moyens
nouveaux pour financer les 14 réacteurs nucléaires EPR. Si ces activités nucléaires d’EDF
reviennent dans les mains de l’Etat, les coûts de financement devraient s’en trouver réduits.
Le contrôle total de l’Etat devrait diminuer les coûts d’emprunt à EDF pour construire ces
réacteurs. L’Etat a acquis les 15.9% du capital d’EDF en lançant une OPA (offre publique
d’achat simplifiée) déposée en septembre 2022 auprès de l’AMF. Il fallait que les crédits (10
milliards d’euros) soient approuvés par le Parlement dans le cadre de la loi de finance.
II- L’actionnariat public, puissant levier d’influence sur l’économie
Le statut de droit privé des SPP les conduit à relever du code du commerce mais le caractère
public de leur actionnaire altère sensiblement le régime juridique qui s’applique à ces
sociétés. Le problème c’est que les règles spécifiques qui s’appliquent à ces SPP restent
éclatées dans tout un ensemble de lois, textes d’application très disparates. On a donc
voulu adopter une ordonnance clarifiant le régime juridique. On a fait le choix de privilégier
l’expression SPP, ce qui n’empêche pas la référence à la notion d’entreprise publique.
L’ordonnance de 2014 reprend le critère capitalistique pour définir les SPP.
A. Le rapprochement du cadre juridique de la société à participation publique de
celui de droit commun
Ordonnance n°2014-948 du 20 août 2014 relative à la gouvernance et aux opérations sur
le capital des sociétés à participation publique : On rapproche le cadre juridique de la SPP
du cadre juridique de droit commun. Le législateur a fait le choix de doter l’Etat actionnaire
d’outils lui permettant d’agir en se rapprochant des modalités d’action des actionnaires de
droit commun. On affirme clairement la soumission de ces sociétés au droit commercial. Dès
l’article 1 de l’ordonnance, il est indiqué que ces SPP dans lesquels l’Etat détient une
participation au capital sont soumises aux dispositions du coco dans la mesure où ces
dispositions ne sont pas contraires aux mesures de la présente ordonnance.
Le titre 2 de l’ordonnance est consacré aux règles de gouvernance de ces sociétés. On a prévu
des règles simplifiées pour toutes les opérations sur le capital de ces sociétés. Tout est
organisé par l’ordonnance. On va mieux répartir la compétence entre le pouvoir réglementaire
et le pouvoir législatif quand il s’agit de faire des opérations sur le capital d’une SPP. Au
niveau du régime des opérations de cession de parts dans le capital d’une SPP, l’article 22 de
l’ordonnance maintient l’autorisation du législateur dans deux cas de figure :
- Il faut l’autorisation du législateur pour céder les parts pour les opérations emportant
privatisation (même s’il ne s’agit que 5% par exemple). Cela concerne les sociétés
nationalisées comme EDF, la SNCF, la RATP,
d’ordre budgétaire. La loi de 1948 disposait que le ministre de l’Economie était le seul
ordonnateur habilité à souscrire, acquérir ou aliéner les participations de l’Etat. Désormais,
l’article 24 de l’ordonnance de 2014 prévoit que les opérations pour lesquelles l’Etat se porte
acquéreur d’une participation sont décidées par décret si ces opérations entrainent le
transfert de la majorité du capital de la SPP au secteur public. Les autres opérations
seront décidées par le ministre de l’Economie.
Par ailleurs, en l’absence de dispositions particulières, le fonctionnement du conseil de la
société est assuré par les règles du droit commercial. Cela veut dire que le représentant de
l’Etat qui siège au sein du conseil d’administration de la SPP voit son statut aligner sur celui
des autres membres. Il ne dispose plus de prérogatives exorbitantes.
B. Des instruments exorbitants du droit privé à la disposition de la puissance
publique
Bien souvent, l’Etat va disposer d’instruments spécifiques. L’inventaire ci-contre n’est pas
exhaustif.
1) Le mécanisme du vote double
Le mécanisme a été prévu par la Loi du 20 mars 2014 visant à reconquérir l’économie réelle
(loi Florange). La loi pose le principe suivant Dans les sociétés cotées sur un marché
réglementé, un droit de vote double est attribué de droit à toutes les actions inscrites au
nominatif depuis au moins deux ans. Les entreprises peuvent renoncer toutefois à se
soumettre à ce mécanisme du vote double. Dans leurs statuts, nombreuses sont les entreprises
ayant introduit une clause contraire.
Inspiration du rapport Gallois : On reprend un mécanisme qui existe dans de nombreux pays
européens (Italie par exemple) parce qu’il est censé décourager les spéculateurs et les
actionnaires qui seraient plus intéressés par des plus-values de court terme que par le
développement à moyen terme de ces entreprises publiques et favoriser l’émergence d’un
groupe stable d’actionnaires. Ce mécanisme concerne justement l’Etat qui en était pleinement
bénéficiaire.
Le mécanisme a été débattu à l’AN parce qu’il vient heurter le principe classique « une action
= une voix » (droit des sociétés). L’AMF a pensé que ça allait ternir la place financière de
Paris qui était connue pour faire des entorses à la démocratie actionnariale. Dans différentes
entreprises, il a fallu effectivement voter au sein des conseils d’administration si on acceptait
ce mécanisme de vote double ou si on conservait les droits de vote simples. Exemple : Air
France où les débats ont été extrêmement animés.
L’Etat ne peut pas descendre en dessous d’un certain seuil dans la détention du capital. Ex la
Poste : Le capital de ce groupe ne peut être détenu que par des personnes morales de droit
public dont l’Etat qui est actionnaire majoritaire. Ces seuils sont à l’origine d’une rigidité très
forte dans le capital de ces sociétés. La loi a fixé comme seuil minimum de détention publique
50% dans le cas d'ADP, 70 % dans le cas d'EDF, ou encore 33,3 % dans le cas de GDF Suez
devenu Engie. La Cour des comptes estime que pour maintenir l’influence de l’Etat dans les
SPP, il faut que ce dernier soit autour de 20% du capital de l’entreprise.
L’ordonnance de 2014 représente une banalisation du droit des SPP. Il y a quand même des
ambiguïtés. L’ordonnance contient des articles qui dotent l’Etat actionnaire d’outils exorbitant
10
du droit privé lui garantissant d’exercer un contrôle alors même que l’Etat est actionnaire
minoritaire. Pour les représentants désignés par l’Etat dans le CA de la société, l’Etat va
désigner un représentant dans les organes délibérants de la SPP dont il détient plus de la
moitié du capital. Ce qui est moins normal c’est que l’Etat va désigner lui-même son
représentant alors qu’il détient seulement une participation minoritaire dans la société. C’est
une règle dérogatoire. En principe, qui devrait statuer sur cette nomination ? il incombe à
l’AG des actionnaires de statuer sur la nomination.
Composition tripartite des conseils : Avec l’ordonnance de 2014, cela va concerner toutes les
sociétés dans lesquelles l’Etat ou ses EP détiennent une participation au capital. On va avoir
des représentants des salariés, de l’Etat et des membres désignés par l’organe compétent de la
société.
Les sièges réservés à l’Etat sont proportionnels à l’importance de sa participation. Mais dès
que le nombre des administrateurs est supérieur à 10, l’Etat dispose automatiquement de deux
sièges au CA même si sa participation n’est que de 10% dans le capital de la SPP.
Dans les SPP où l’Etat détient 10 à 50% du capital, si un administrateur désigné par l’AG sur
proposition de l’Etat est refusé, l’Etat peut nommer par simple lettre adressée à la société un
ou plusieurs membres pour exercer à titre provisoire les fonctions d’administrateur.
En outre, dans les conseils de société où l’Etat est présent, il va pouvoir désigner un
commissaire du gouvernement. C’est pour l’OCDE une forme d’archaïsme. C’est une figure
qui représentait l’autorité de tutelle. Mais aujourd’hui, nous n’avons plus d’autorité de tutelle.
Ce commissaire est là pour exposer la politique du gouvernement dans le secteur d’activité
concerné. Il n’a pas d’autres prérogatives. Néanmoins, la présence de ce commissaire peut
susciter une inquiétude de la part des investisseurs quant à une saine gestion de l’entreprise.
2) L’action spécifique (golden share)
Ce mécanisme a été prévu par la Loi du 6 août 1986 relative aux modalités des privatisations
(gouvernement Chirac). Il a été réaffirmé dans l’ordonnance de 2014.
Il est possible pour l’Etat, lorsque la préservation des intérêts nationaux l’exige, de
transformer une action ordinaire de l’Etat en action spécifique pouvant être assortie de tout ou
partie de prérogatives.
Il peut s’agir de l’agrément préalable de Bercy pour le franchissement de certains
seuils calculés en capital social de l’entreprise ou en droits de vote (latitude pour fixer
les seuils).
Ce mécanisme crée une société de 3 ème type entre la société de droit commun et l’Etat. Cela
maintient les bases d’une économie mixte. Le fait d’instituer une action spécifique doit être
bien pesé par Bercy. L’existence d’une action spécifique va peser sur la vie de la SPP et son
avenir. Cela lui fait perdre une partie de son attrait et de sa valeur sur le marché financier. Le
recours à cette action spécifiques doit rester exceptionnel. On considère qu’il ne faut pas
maintenir une action spécifique au-delà d’une période de 10 ans. Or, en vertu de la loi
applicable (1986), rien n’empêche de prévoir une durée illimitée pour une action spécifique.
Ce dispositif a été régulièrement utilisé notamment dans le cadre des privatisations : Exemple
Elf Aquitaine en 1993. Aujourd’hui Thales, la compagnie d’armement Nexter Systems, GDF
(le contrôle de l’Etat sur les actifs stratégiques de l’entreprise). Si le ministre de l’Economie
considère qu’une décision d’ENGIE est contraire aux intérêts essentiels de la France (en
matière d’énergie), il peut s’y opposer par simple arrêté (PS : l’Etat ne détient que 23% du
capital social d’ENGIE).
C’est une pratique moins utilisée par l’Etat d’autant plus qu’elle est dérogatoire au droit
commun des sociétés. Par ailleurs, les règles du droit de l’Union rendent moins aisé ce jeu
stratégique. La Cour a précisé les conditions dans lesquelles le régime de l’action spécifique
dans les entreprises privatisées est compatible avec la liberté de circulation.
CJCE 4 juin 2002, Commission c. République française, C-483/99 (Elf Aquitaine) :
Action spécifique dans le cadre d’un arrêt en manquement. Le droit de veto de Bercy pour
franchir certains seuils n’était soumis à aucune condition particulière. Il y avait une référence
assez vague à la protection des intérêts de la nation. Pour la Cour, ce pouvoir discrétionnaire
du ministre de l’Economie est défini de manière beaucoup trop large. Finalement, il contribue
à une atteinte grave à la libre circulation des capitaux. L’Etat a dû modifier
significativement sa manière de rédiger les actions spécifiques. Par exemple, en 2005, quand
on a institué une action spécifique pour la compagnie Nexter Systems, le décret a été
beaucoup plus précis sur la motivation que les autres décrets instituant des actions
spécifiques. Le décret expliquant qu’il s’agissait de garantir la sécurité de son
approvisionnement concernant certains produits stratégiques (munitions de moyen calibre et
de gros calibre). Tous les types d’actifs concernés par un veto de Bercy sont énumérés en
annexe du décret. On trouve aussi le pouvoir de préemption du ministre de l’Economie sur
certaines opérations. La France utilise l’expression d’intérêt essentiel de la France pour mieux
refléter la proportionnalité de ces golden share. Avant l’arrêt Elf Aquitaine, la France se
référait à l’intérêt stratégique de la France.
3) Des outils dédiés à la protection des intérêts essentiels de la Nation
Règlement n°2019/452 du Parlement européen et du Conseil du 19 mars 2019 établissant un
cadre pour le filtrage des investissements directs étrangers dans l’Union européenne : Ces
préoccupations de protéger les entreprises jugées stratégiques d’une prise de contrôle non
sollicitée d’investisseurs étrangers existe depuis longtemps en France.
Cette préoccupation s’est matérialisée par un décret de 2005. En 2014, on a eu un deuxième
décret concernant les investissements directs et étrangers soumis à autorisation préalable. Ce
décret a été très médiatisée (décret Valls Montebourg). Le ministre de l’Economie va pouvoir
autoriser des investissements de la part de groupes étrangers en France dans des domaines
jugés stratégiques pour l’Etat. Le décret 2014 a étendu la liste des domaines soumis à
12
France. L’atteinte aux droits fondamentaux n’est pas excessive. Bercy peut désigner un
mandataire qui peut être chargé de veiller aux intérêts nationaux. Ce mandataire est mandaté à
agir au nom de Bercy et peut faire obstacle à toute décision des organes sociaux de la société
qui serait de nature à porter atteinte aux intérêts essentiels de la nation.
IV- La gouvernance perfectible des entreprises publiques
commissaire du gouvernement sont très diverses d’une entreprise publique à une autre. En
France, ce commissaire n’est pas une figure en voie de disparition. Il peut avoir des pouvoirs
importants. Il peut avoir le pouvoir de demander une seconde délibération du CA si la
première ne satisfait pas le ministère de tutelle.
En matière de gouvernance, l’OCDE indique que la France doit accorder à toutes les
entreprises publiques une complète autonomie sur le plan opérationnel. La France est loin de
respecter ces recommandations de l’OCDE. La raison principale en est que l’exercice par
l’Etat de son rôle d’actionnaire reste compliqué par la pluralité des missions qu’il exerce. Pour
l’Etat, il y a en permanence des conflits d’intérêts insurmontables dans la gouvernance des
grandes entreprises publiques. Par exemple, dans le domaine aéroportuaire, l’Etat est
confronté à un conflit d’intérêt qui parait insurmontable. L’Etat est actionnaire majoritaire
d’ADP. Il est actionnaire de référence du groupe Air France KLM, principal client d’ADP.
Actionnaire minoritaire d’Airbus or Airbus fournit les avions de Air France KLM. L’Etat est
régulateur du trafic aérien, notamment les SLOT (créneaux permettant de décoller et
d’atterrir). L’Etat est responsable de la fixation extrêmement sensible des redevances
aéroportuaires qui constituent l’essentiel des ressources des aéroports. Il résulte de cette
situation une série de contradictions dont l’Etat peut difficilement s’extraire. Que doit l’Etat
français privilégier comme objectif ? La question est insoluble. Est-ce que l’Etat doit
privilégier l’objectif de compétitivité de Roissy Charles de Gaulle ? Dans ce cas, il doit
réduire les redevances payées par les compagnies aériennes. Mais est-ce l’objectif premier de
l’Etat ? Ne doit-il pas privilégier sa position d’actionnaire principal d’ADP et donc augmenter
les redevances payées par les compagnies aériennes ?
La détention de parts de capital, minoritaires ou majoritaires dans la plupart des acteurs de
l’aéroportuaire crée pour la puissance publique des conflits d’objectifs insurmontables.
2) Illustration dans le secteur de l’énergie avec la fin programmée ou l’adaptation
des tarifs réglementés
L’Etat actionnaire majoritaire dans le capital d’EDF a été piégé par des objectifs
contradictoires qu’il entendait poursuivre en même temps. Fallait-il privilégier la politique de
la protection de l’environnement et faire évoluer le mix énergétique de la France en réduisant
la part de l’énergie nucléaire ? Fallait-il privilégier la politique industrielle de la France en
renforçant l’énergie nucléaire ? Fallait-il privilégier les consommateurs en promeuvent
l’énergie nucléaire avec une politique tarifaire favorable au détriment de l’équilibre financier
d’EDF ?
Pendant de longues années, les pouvoirs publics se sont écartés des recommandations de tarifs
venant de la CRE (à la hausse). Ces recommandations ont été écartées. On a eu de la part du
gouvernement des gels ou des plafonnements des tarifs de l’électricité qui ont tous donné lieu
à des avis défavorables de la CRE. Ensuite, toutes ces mesures ont donné lieu à l’annulation
par le CE de tous les arrêtés ministériels qui avaient fixé ces gels / plafonnement des tarifs.
Du point de vue de la qualification juridique en droit de la concurrence, on garde à l’esprit la
question des prix prédateurs. On n’a jamais pu prouver cette notion de prix prédateurs mais il
est évident qu’on a bénéficié de tarifs de gaz et d’électricité avec des niveaux insuffisamment
élevés pendant des années (10 – 15 ans). EDF et GDF étaient en situation de pratiquer
automatiquement des prix prédateurs. Ces prix étaient fixés par l’Etat. La notion de prix
prédateurs a été posé par la CJCE, 1991, AKZO. La Cour proposait une méthode de
15
comparaison des prix par rapport au coût moyen que subissait l’entreprise pour produire sa
marchandise ou son service. L’autorité française de la concurrence a relativisé cette méthode
de comparaison et cette théorie des prix prédateurs. Elle avait considéré que les ressources
qu’un opérateur public emploie pour produire une prestation liée à des missions de SP
peuvent le placer dans une situation plus défavorable que ses concurrents. L’ADLC avait
estimé, à propos de la Poste, qu’une perte même sur une longue période ne révèle pas
forcément une PAC puisque cela peut refléter la spécificité de l’entreprise publique. En
revanche, la méthode de comparaison des prix par rapport aux coûts réellement encourus par
l’entreprise publique qui a été écartée par l’ADLC a été reprise par le JA dans l’avis Jean
Louis Bernard Consultant : Le CE souligne que l’opérateur public doit proposer, dans le
cadre d’un appel d’offres, un prix déterminé en prenant en compte l’ensemble des coûts
directs ou indirects qu’il supporte effectivement. Le problème c’est que le CE n’a pas précisé
ce que sont les coûts indirects ni dans l’avis de 2000, ni ultérieurement. Dans différentes
affaires, le CE a écarté la qualification de prix prédateurs parce que de son point de vue, les
tarifs proposés par EDF/GDF ne sont pas manifestement inférieurs aux coûts totaux supportés
par les entreprises. L’ADLC était parvenue à la même conclusion avec une analyse différente.
Elle a rejeté la qualification de prix prédateurs dès lors que pour l’ADLC, GDF ne pouvait pas
mettre en œuvre une stratégie d’éviction de ses concurrents (intention d’évincer) faute
d’autonomie dans la détermination de ses tarifs. L’approche du CE et l’approche de l’ADLC
n’ont jamais été les mêmes concernant la notion de tarifs réglementés. Le CE a eu une
approche autonome par rapport à celle de l’autorité de la concurrence. Que ce soit pour le gaz
ou pour l’électricité, les tarifs réglementés existaient depuis 1946. L’Etat fixait ces tarifs après
avis de la CRE. Cette approche a été maintenue malgré l’ouverture du marché des particuliers
à la concurrence. Malgré ça, on a préservé les tarifs réglementés pour les ménages et les
petites entreprises (loi 2010 nouvelle organisation du marché de l’électricité). On a eu une
contestation par des fournisseurs d’énergie concurrents. De longue date, la Commission avait
mis en doute la persistance de ces tarifs de fourniture réglementée pour les clients éligibles, en
particulier les particuliers. Elle estimait que le système bloquait les nouveaux opérateurs et
empêchait le libre choix du fournisseur. La Commission critiquait un mode étatique de
fixation des prix ayant un caractère de « généralité, de permanence et de rigidité ». Elle
ajoutait que ce mode étatique était « dénué de transparence dans son mode de fixation des
prix. » On a donc eu de nombreux recours introduits devant le CE et la CJUE. Le CE a
toujours donné satisfaction à la société ANODE : Tarifs insuffisamment élevés. Le CE
annulait les arrêtés fixés. Les consommateurs subissaient les conséquences de l’annulation
rétroactive. Les coûts se répercutaient sur les factures suivantes. Cette situation devenait
intenable et assez kafkaïenne.
CE, 19 juillet 2017, Association nationale des opérateurs détaillants en énergie
(ANODE) : Dans cet arrêt, le CE signe l’extinction programmée des tarifs réglementés du
gaz. Le CE a jugé clairement que l’entrave à la réalisation d’un marché de gaz naturel
concurrentiel que constitue la réglementation tarifaire contestée ne poursuit aucun objectif
d’intérêt général dès lors que les dispositions du code de l’énergie sont jugées incompatibles
avec les objectifs poursuivis par la directive de 2009/73. Le CE avait une marge de manœuvre
plus que réduite puisque la CJUE avait rendu un arrêt préjudiciel CJUE 7 septembre
2016, ANODE, aff. C-121/15 : Le CE a interrogé la Cour. C’était habile. Il avait la flemme
de trancher une question éminemment politique. Les tarifs réglementés qui concernaient 5.4
millions de personnes ont donc été jugés par le CE # droit de l’UE. L’arrêt de 2017 annonce
16
l’issue attendue du secteur de l’électricité. Cela dit, la situation est différente s’agissant de
l’électricité. La question s’est posée. CE, 18 mai 2018, Engie et Association nationale
des opérateurs détaillants en énergie : La différence entre le gaz et l’électricité c’est que de
notre point de vue en France, l’électricité contrairement au gaz est considéré comme un
produit de première nécessité. C’est indiqué partout dans la législation. Les tarifs réglementés
profitent à 27 millions de consommateurs (impact beaucoup plus important que les 5.4
millions pour le gaz). Le rapporteur public avait préconisé l’annulation de l’acte du
gouvernement qui faisait l’objet du recours. Le CE n’a pas suivi l’avis du rapporteur public. Il
insiste sur la spécificité de l’électricité, énergie non substituable (alors qu’il estime que le gaz
est une énergie substituable). Le CE va ensuite appliquer la grille d’analyse dégagée par la
Cour de justice dans son arrêt ANODE de 2016. La fixation de ces tarifs réglementés de vente
est une entrave à la réalisation d’un marché de l’électricité concurrentiel. Ce marché est prévu
à l’époque par la directive 2009/72. Dans un deuxième temps, il va juger que la conformité de
cette réglementation française aux objectifs de la directive est subordonnée au respect de 3
conditions :
- La réglementation française doit répondre à un objectif d’intérêt économique général.
Le CE estime que la réglementation française n’a pas pour objectif de garantir des prix
raisonnables aux consommateurs (prix prédateurs + droit des aides d’Etat) mais
qu’elle a pour objectif de garantir au consommateur un prix plus stable qu’un prix de
marché.
- La réglementation française ne doit porter atteinte à la libre fixation des prix que dans
la mesure nécessaire à la réalisation de cet objectif et ce, pendant une période limitée
dans le temps. Le respect du principe de proportionnalité est mis à mal parce que la
réglementation ne respecte pas l’objectif de la directive 2009/72 (caractère permanent
ne respectant pas le principe de proportionnalité). C’est sur ce point que la décision
attaquée a été annulée par le CE. Toutefois, la suppression des tarifs réglementés
risque d’entrainer une augmentation de la volatilité des prix, le CE juge qu’une
réglementation générale du prix de vente au détail de l’électricité doit être regardée
comme proportionnée à l’objectif de stabilité des prix sous réserve que cette
réglementation prévoie un examen périodique de la nécessité de l’intervention étatique
sur les prix de vente au détail.
Nous sommes isolés sur la scène européenne s’agissant de cette question. Directive
2019/944/UE du Parlement européen et du Conseil du 5 juin 2019 concernant les règles
17
la loi n’assignait pas de délai pour réaliser ces nouvelles privatisations. Le mouvement de
privatisation s’est poursuivi. Depuis la fin des années 2000, le gouvernement n’a procédé qu’à
un nombre limité de privatisations d’entreprises publiques de premier rang. On pense à
plusieurs aéroports importants : Toulouse Blagnac en 2015, aéroports de Nice et de Lyon en
2013.
Loi PACTE a prévu la privatisation d’entreprises publiques de premier rang : Privatisation de
la FDJ où l’Etat détenait 72% du capital + privatisation d’ADP (majorité du capital détenu par
l’Etat).
La rareté de ces opérations de privatisation de premier rang ne doit pas masquer des
opérations de privatisation « souterraines » : Transfert régulier au secteur privé de filiales
d’entreprises publiques + Cessions de participations publiques minoritaires détenues par
l’Etat.
La loi PACTE a été très discutée. Un effet inattendu de la crise Covid 19 a impliqué la
suspension de la privatisation d’ADP prévue par la loi. En effet dès le 11 mars 2020, le
gouvernement a annoncé cette suspension en raison de conditions de marché non favorables.
L’action d’ADP a chuté de 30% (effondrement du transport aérien). La vente du capital public
de l’Etat a été reportée. Mais le principe de cette vente n’a pas été officiellement remis en
question. Aujourd’hui, la participation de l’Etat se situe à hauteur de 50,63 % (participation
majoritaire). Cela représentait, au moment de l’annonce, 10 milliards d’euros d’actifs. Cela
dit, la capitalisation boursière d’ADP a beaucoup souffert et a été considérablement réduite.
Le gouvernement veut choisir le moment le plus intéressant financièrement pour vendre ces
actions + plusieurs autres considérations stratégiques. C’est un « one shot » pour le
gouvernement xD
FDJ : 1.9 milliards d’euros Plus importante introduction en bourse depuis 2005 ! L’Etat a
fait le choix de conserver 21.11% du capital de FDJ (avant 100%). L’Etat a gardé un pouvoir
d’agrément des dirigeants de la FDJ pour tout actionnaire qui prendrait plus de 10% du capital
de l’entreprise. C’était aussi un one shot. Cela a été salué mais l’Etat ne touchera plus de
dividende. En plus, selon la prof 1.9 milliards c’est bof xD L’Etat aurait peu faire mieux.
Une négociation est intervenue entre l’Etat français et la FDJ : La FDJ a des droits exclusifs
pour exploiter les loteries et les paris sportifs pendant 25 ans contre une rémunération de 380
millions d’euros due par la FDJ à l’Etat français. Selon la prof c’est un beau cadeau. Ce n’est
pas élevé par rapport aux recettes brutes tirées par la FDJ des jeux de hasard. La Commission
grince des dents. Elle remarque que le périmètre des droits exclusifs accordés à la FDJ peut
être amené à évoluer. La Commission n’exclut pas que la FDJ ait bénéficié d’un avantage.
Elle demande à l’Etat de s’expliquer sur le mode de calcul de la rémunération. Cela va être un
peu tendu pour le gouvernement français.
Loi n°2019-486 du 22 mai 2019 relative à la croissance et la transformation des entreprises (loi PACTE)
Décision 2019-1 RIP du 9 mai 2019, Proposition de loi visant à affirmer le caractère de service public national
de l’exploitation des aérodromes de Paris.
manque de précisions dans les textes. La situation reste assez problématique parce que
l’ordonnance de 2014 sur les SPP ne fixe aucune procédure particulière applicable aux
cessions de gré à gré. Deux procédures existent pour les cessions de gré à gré : Soit un cahier
des charges est établi (précisant les modalités de la cession). On va indiquer quelles
conditions doivent remplir les candidats à l’achat. Soit un accord de coopération industrielle
et commerciale qui prévoit la cession des participations de l’Etat. La mise en concurrence des
acquéreurs potentiels est seulement une hypothèse si l’Etat utilise un accord de coopération
industrielle et commerciale, rien ne l’oblige à mettre en concurrence les acquéreurs potentiels.
Aucune obligation ne pèse sur l’acteur public. Il y a donc un flou juridique malgré l’adoption
de l’ordonnance de 2014.
La loi PACTE de 2019 a mis en place un dispositif original qui s’apparente finalement à une
concession en mettant fin à l’exploitation illimitée dans le temps des aérodromes parisiens au
profit d’ADP. Les biens qui sont attribués à ADP le sont pour une période limitée, période
d’exploitation de 70 ans. A l’issue de cette période, l’Etat pourrait remettre en concurrence
l’exploitation des aérodromes conformément aux règles de la commande publique. + Le
législateur impose en définitive l’application des régimes des biens en retour afin que dans 70
ans l’Etat puisse disposer à la fin de cette exploitation de l’ensemble des biens nécessaires à
l’exploitation des aérodromes parisiens. Ce transfert n’est pas gratuit. ADP devra être
indemnisé. Ce mécanisme est tout à fait nouveau dans la loi PACTE. C’est une manière
d’assurer des droits de propriété publique sur des actifs essentiels à la nation et à son
développement économique. Il s’agit de ne pas privatiser des droits perpétuels d’exploitation
des aérodromes parisiens au profit d’ADP. C’est assez original. Jamais le législateur n’avait
fait de telle chose.
2) L’introduction d’un processus concurrentiel dans les privatisations récentes
Loi n°2019-486 du 22 mai 2019 relative à la croissance et la transformation des entreprises
(loi PACTE)
• La mise en concurrence sur l’exploitation de l’activité privatisée
• Le choix de l’actionnaire ou des actionnaires
3) Des contrôles accrus de l’Etat pesant sur l’activité privatisée