0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
160 vues25 pages

Haiti La Securite Humaine en Danger

Transféré par

dourasonsonc
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
160 vues25 pages

Haiti La Securite Humaine en Danger

Transféré par

dourasonsonc
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
Vous êtes sur la page 1/ 25

Haïti : la sécurité humaine en

danger
Fédération internationale des droits de l’Homme1

I. VULNÉRABILITÉ ET PRÉCARITÉ ACCRUES POUR LES VICTIMES DU SÉISME

Il convient, tout d’abord, de rappeler l’ampleur du drame causé par le tremble-


ment de terre du 12 janvier 2010 : entre 250 000 et 300 000 morts et disparus2,
300 000 blessés dont un grand nombre restent handicapés, près de 2 millions de
personnes déplacées, dont 1,3 million hébergées dans des camps d’urgence3 immé-
diatement après le séisme.

A. DANS LES CAMPS, DES CONDITIONS DE VIE INDIGNES ET QUI SE DÉGRADENT

Deux ans et demi après le séisme, au mois de juin 2012, il restait encore 390 276
personnes hébergées dans 575 camps selon les chiffres de l’Organisation Internatio-
nale pour les Migrations (OIM)4, soit une réduction de 75 % par rapport à début
2010. 60 % d’entre elles se trouvaient regroupées sur 40 grands sites situés dans la
zone métropolitaine.

Plus de la moitié des personnes concernées sont des femmes (52 %) et 70 % ont
moins de 29 ans. La majorité (78 %) de ceux qui se trouvent toujours dans les camps
étaient locataires de leurs logements détruits par le séisme et ne disposent pas de
terrain où construire un abri provisoire. Quant à ceux qui étaient propriétaires, ils
déclarent ne pas avoir les moyens de réparer leurs maisons pour la plupart classées
« rouges » par les architectes5, c’est-à-dire devant être détruites.

1 Extraits du rapport d’octobre 2012/n°597f.


2 Selon les chiffres officiels de la Protection Civile Haïtienne 222 517 personnes auraient péri, mais beaucoup de per-
sonnes estiment que le nombre réel de décès et de disparus se situerait entre 250 000 et 300 000, car des familles ont
enterré leurs morts elles mêmes ou leur décès n’a pas été déclaré.
3 Bureau des Nations unies de la Coordination des Affaires Humanitaires (OCHA), Inter-Agency Time Evaluation of
the Humanitarian response to the earthquake in Haiti, 20 months after, janvier 2012, <ochanet.unocha.org/p/Documents/
IA %20RTE %20Haiti_phase %202 %20final %20report.pdf>.
4 Organisation Internationale pour les Migrations (OIM), Rapport sur la situation des expulsions dans les camps des
personnes déplacées internes, juin 2012, <www.eshelter-cccmhaiti.info/jl/images/pdf/evictionreportfrenchjune2012.
pdf>.
5 Haïti E-Shelter/CCCM Cluster, Final DTM V2 report, juin 2012.
186 Fédération internationale des droits de l’Homme

La délégation de la Fédération internationale des droits de l’Homme (FIDH) s’est


rendue dans sept de ces camps, dont quatre dans la zone métropolitaine et trois à
Jacmel, dans le département du Sud-Est. Le constat, corroboré par les informations
recueillies auprès des partenaires et des différents interlocuteurs rencontrés, est ac-
cablant.

Des abris de plus en plus dégradés alors qu’est arrivée la troisième saison des
pluies et de cyclones, les tentes ou les bâches en plastique sont endommagées et en
partie déchirées, exposant leurs habitants aux intempéries.

Abandonnés et laissés à eux-mêmes dans les camps visités, certaines ONG


humanitaires internationales qui avaient assuré les responsabilités de gestion et d’en-
tretien des installations sanitaires, l’approvisionnement en eau potable ainsi que la
mise en place d’équipements médicaux ou éducatifs sont parties des camps, ou se
trouvent sur le point de partir, laissant les habitants des camps dans l’abandon puis-
que aucun relais local ou national n’assure ces fonctions. Les bailleurs de fonds,
d’ailleurs, répondent moins bien aux appels des organisations humanitaires depuis
20116, avec toutes les conséquences négatives que cela implique pour les populations
déplacées, comme par exemple la réduction du nettoyage des toilettes, ou la fin du
transport gratuit de l’eau.

Dans le camp Sainte-Thérèse, situé sur un ancien terrain de sport à Pétion-Ville,


il restait, le 19 mai 2012, jour de la visite de la délégation de la FIDH, 474 familles,
soit 2 446 personnes. L’ONG qui s’était occupée de ce camp pendant deux ans était
partie depuis le mois de mars. Il n’y avait plus de douches et le financement de la
vidange des toilettes installées par cette ONG devait prendre fin en juin.

6 Oxfam, Haïti, une reconstruction au ralenti, 10 janvier 2012.


Haïti : la sécurité humaine en danger 187

Source : FIDH. Camp Sainte-Therese à Petion-Ville

Selon les membres du comité du camp, et comme prévu par le programme 16/6 7,
la mairie de Pétion-Ville aurait promis de verser 20 000 gourdes (environ 500 dollars
US) par famille pour qu’ils quittent les lieux, cependant que depuis trois mois les
habitants restaient sans nouvelles quant à cette initiative. Quinze jours avant la visite
de la mission, un cas de choléra avait été détecté au petit matin dans le camp. Les
habitants sont allés chercher du secours et ce n’est que dans la soirée qu’une équipe
médicale spécialisée dans le traitement du choléra s’est rendue sur place. Par ailleurs,
le camp ne bénéficie plus des services du centre de réhydratation installé par l’ONG
en charge de celui-ci.

Le second camp visité par la mission à Pétion-Ville, situé dans la cour de l’école
Guatemala face au camp Sainte-Thérèse, n’était plus approvisionné en eau depuis
deux mois, suite au départ de l’ONG internationale qui intervenait sur les lieux.

Dans le camp de Delmas 42, situé sur un ancien terrain de golf, le centre de
traitement du choléra (CTC) a enregistré une augmentation du nombre de cas de

7 Cf. infra.
188 Fédération internationale des droits de l’Homme

personnes infectées (cinq à six par jour depuis la mi-mars) en raison de la mauvaise
qualité de l’eau et des conditions sanitaires déplorables.

Promiscuité et violences dans cet environnement dégradé et dégradant, la pro-


miscuité et l’absence de perspectives engendrent des comportements violents. Les
femmes et les filles en sont les premières victimes. Les membres des comités des
camps s’emploient à pacifier les relations, mais ils se trouvent débordés par la dé-
gradation des comportements et de l’état d’esprit provoquée par la souffrance et
l’angoisse de devoir continuer à vivre dans ces conditions inhumaines et dégradan-
tes, sans perspectives claires d’en sortir un jour. Dans certains camps, en particulier
à Delmas 42, l’équipe de sécurité du camp a fait état d’affrontements entre bandes.
Des informations récentes8 ont également rapporté une série d’incidents violents
qui ont touché plusieurs camps à Delmas et dans Port-au-Prince, où des incendies
d’origine indéterminée ont consumé plusieurs tentes.

L’extrême vulnérabilité des femmes et des filles aux violences sexuelles dans ces
abris de toile et de bâches qui n’assurent aucune protection est reconnue par tous.
La majorité des camps ne bénéficient d’aucune couverture spéciale de la Police Na-
tionale Haïtienne (PNH) ou de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en
Haïti (Minustah)9. Malgré les mesures conservatoires édictées le 22 décembre 2010
par la Commission interaméricaine des droits de l’Homme (CIDH) en faveur des
femmes et des filles déplacées dans 22 camps de la capitale10, les mesures de protec-
tion et de prévention sont insuffisantes, voire inexistantes, et les violences sexuelles
faites aux femmes déplacées continuent.

Depuis 2011, le Haut Commissariat des Nations unies pour les Réfugiés (UN-
HCR) développe un programme spécifique pour la prévention des violences faites
aux femmes dans les camps : plus de 600 cas de viols ont été recensés dans les camps
depuis 2010. Avec l’association de la Commission des Femmes Victimes en faveur
des Victimes (Komisyon Fanm Viktim pou Viktim – KOFAVIV), le HCR aide les
femmes victimes à sortir des camps. Pendant trois mois elles sont « mises à l’abri »,
puis des solutions de relogement plus sûres leur sont proposées. Le nombre de fem-
mes contraintes de se prostituer dans les camps pour survivre constitue aussi un
problème majeur.

Une attente et une angoisse de plus en plus insoutenables pour ceux qui se
trouvent encore dans des camps, l’attente de solutions et la crainte des expulsions
8 « Une semaine en Haïti », bulletin du Collectif Haïti de France, n°1055, 4 juin 2012.
9 International Crisis Group, Garantir la sécurité en Haïti : réformer la police, Briefing Amérique latine/Caraïbes n°26, 8
septembre 2011, p.6.
10 Commission interaméricaine des droits de l’Homme, MC 340/10, 22 décembre 2010, <www.oas.org/es/cidh/deci-
siones/cautelares.asp>.
Haïti : la sécurité humaine en danger 189

forcées sont insoutenables. Les personnes rencontrées par la délégation de la FIDH


n’avaient qu’un souhait : partir, retrouver des conditions de vie dignes dans des abris
temporaires ou bénéficier d’un maigre pécule de départ, comme prévu dans le cadre
du programme 16/6.

Face à cette situation, le 31 mai 2012 des dizaines d’habitants de camps de la zone
métropolitaine ont organisé une manifestation à Port-au-Prince pour exiger du nou-
veau gouvernement de Laurent Lamothe la mise en œuvre d’un plan de logement,
au nom du droit à un logement décent, ainsi qu’une prise de position publique
contre les expulsions forcées. Par ailleurs, le 2 juillet 2012 des organisations natio-
nales et internationales, dont le Collectif des organisations pour la défense du droit
au logement, ont lancé une campagne internationale intitulée « Sous les tentes »,
exigeant du gouvernement haïtien de mettre un terme immédiat aux expulsions
forcées, ainsi que la mise en place de solutions permanentes de logement pour les
personnes qui vivent toujours dans des camps11.

B. LES EXPULSIONS FORCÉES

Parmi la population déplacée, plus d’une personne sur cinq est menacée d’ex-
pulsion forcée des camps. En effet, 95 % d’entre elles se trouvent sur des terrains
privés12. Ces expulsions sont organisées par les propriétaires terriens, quelquefois
appuyés par les autorités municipales, sous le prétexte que l’existence des camps
favoriserait la délinquance.

Telle que définie par l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM),
dans le contexte haïtien, une expulsion forcée est une expulsion permanente, contre
leur volonté, de personnes, de familles ou de communautés des terres qu’elles occu-
pent sans qu’une forme de moyens de protection (juridique ou autre) n’ait été mise
à leur disposition (alternative de relogement, etc.)13.

Face aux risques qui s’aggravent de jour en jour, à mesure que l’impatience des
propriétaires privés croît, le gouvernement haïtien est dans l’obligation de ne pas
cautionner, tolérer ou procéder à des expulsions forcées qui constituent une viola-
tion caractérisée des droits de l’Homme. Selon les Principes de bases et directives
des Nations Unies concernant les expulsions et les déplacements liés au développe-
ment, les expulsions forcées constituent en effet « des violations flagrantes de droits

11 <www.alterpresse.org/spip.php?article13088>.
12 Organisation Internationale pour les Migrations, Situation des expulsions dans les camps hébergeant des personnes
déplacées internes (PDI), juin 2012, p. 18.
13 Ibid., p. 2.
190 Fédération internationale des droits de l’Homme

de l’Homme internationalement reconnus très divers, y compris le droit à un logement


convenable, à l’alimentation, à l’eau, à la santé, à l’éducation, au travail, à la sécurité
de la personne et à la sécurité du domicile, le droit de ne pas être soumis à un traitement
cruel, inhumain ou dégradant et la liberté de circulation. Les expulsions ne doivent être
pratiquées que dans des circonstances exceptionnelles, conformément à la loi et dans le
plein respect des dispositions pertinentes du droit international des droits de l’Homme et
du droit international humanitaire »14.

En vertu du cadre juridique international, les expulsions doivent être des mesures
de dernier recours, les personnes affectées par les expulsions doivent être consultées
et avoir accès au processus d’expulsion et de relocalisation, les réinstallations ou
relocalisations doivent être menées avec la participation et le consentement des per-
sonnes concernées, et aucune personne ne doit se retrouver sans abri, vulnérable ni
exposée à toute autre violation des droits de l’Homme du fait d’une expulsion15.

Le cadre légal haïtien prévoit également que les expulsions ne peuvent avoir lieu
que sur décision de justice, une fois les voies de recours épuisées. Or, ces expulsions
forcées ont lieu dans le courant de la journée, sans préavis, causant la perte des effets
personnels des habitants absents à ce moment-là, et comme le signalent les Procé-
dures opérationnelles standardisées pour une réponse coordonnée aux expulsions
forcées16 : « Au lieu de suivre les étapes prescrites par la loi interne et les standards
internationaux, on observe l’application de différentes formes de menaces, souvent
violentes, et usage de force physique, par les prétendus propriétaires ».

Face à l’ampleur de ce phénomène, dès novembre 2010 la Commission interamé-


ricaine des droits de l’Homme (CIDH) a édicté des mesures conservatoires en faveur
de cinq camps de déplacés internes, demandant à l’État haïtien de : (1) adopter un
moratoire sur les expulsions des camps de déplacés internes jusqu’à ce que le nouveau
gouvernement entre en fonction ; (2) assurer que les personnes qui ont été illégalement
expulsées des camps soient relogées dans des endroits remplissant un standard minimum
de salubrité et de sécurité ; (3) garantir l’accès des déplacés internes à un recours effectif
devant les tribunaux et autres autorités compétentes ; (4) mettre en œuvre des mesures
de sécurité effectives afin de sauvegarder l’intégrité physique des habitants des camps,
garantissant une protection spéciale aux femmes et enfants ; (5) former le personnel de
maintien de l’ordre aux droits des personnes déplacées, en particulier au droit à ne pas

14 Principes de bases et directives des Nations Unies concernant les expulsions et les déplacements liés au développe-
ment, A/HCR/4/18, <www2.ohchr.org/english/issues/housing/docs/guidelines_fr.pdf>.
15 Onu Habitat, Groupe de Travail Logement-Foncier-Propriété, Procédures opérationnelles standardisées pour une
réponse coordonnée aux expulsions forcées, 7 septembre 2011, <www.onuhabitat.org/index.php?option=com_conten
t&view=article&id=430:procedures-operationnelles-standardisees-pour-une-reponse-coordonnee-aux-expulsions-forcees
&catid=221:noticias&Itemid=294>.
16 Ibid.
Haïti : la sécurité humaine en danger 191

être expulsé par la force ; et (6) assurer l’accès des agences de coopération internationale
aux camps de déplacés internes17.

Cependant, l’État haïtien n’a pas respecté ces mesures et les expulsions forcées
ont continué. Depuis juillet 2010, selon l’OIM, 420 sites dans douze communes
ont été confrontés à des menaces d’expulsions. 65 462 personnes ont été expulsées
de 155 sites, et 80 751 personnes, logées dans 153 camps, se trouvent sous menace
d’expulsion, soit 21 % de la population des personnes déplacées en Haïti18.

L’OIM indique également que sur ces 420 cas de menaces d’expulsion, la situa-
tion a été résolue dans 132 camps, et que dans 105 autres camps, environ 58 565
personnes ont reçu une assistance au retour du Groupe de travail sur la gestion des
camps (CCCM) et/ou de ses partenaires.

Comme l’a signalé le Bureau des Avocats Internationaux, jusqu’en 2011 aucun
suivi systématique par le gouvernement haïtien ou la communauté internationale
n’avait été mis en place afin de déterminer où les déplacés internes allaient après
avoir quitté les camps19. En 2011, une étude de l’OIM a révélé que sur un échan-
tillon aléatoire de 1 033 déplacés internes ayant quitté les camps, près de la moitié
ont continué à vivre dans des conditions de déplacement, comme dans des tentes
près de leurs anciennes maisons, avec des familles d’accueil, ou dans d’autres dispo-
sitions temporaires, y compris des logements insalubres20, et ce sans aucune mesure
d’accompagnement, ni proposition alternative.

C. DES SOLUTIONS PRÉCAIRES QUI DÉPLACENT LES PROBLÈMES SANS LES RÉSOUDRE

Si la situation des personnes qui vivent encore dans des camps et qui appartien-
nent aux catégories les plus vulnérables reste la plus alarmante, le sort de ceux qui
en sont sortis, évincés par la force ou bénéficiaires de solutions provisoires, est aussi
très préoccupant. On estime en effet qu’alors qu’il y avait initialement environ 1,5
million de personnes dans les camps, 390 000 y étaient encore en juin 2012. La
situation des plus d’un million de sinistrés sortis des camps reste précaire.

Selon l’OIM21 6 500 maisons endommagées ont été réparées grâce aux efforts
fournis essentiellement par les communautés haïtiennes, 4 500 maisons nouvelles

17 Commission interaméricaine des droits de l’Homme, MC 367-10.


18 OIM, op.cit., pp. 2-4.
19 Bureau des Avocats Internationaux, Information pour la Commission interaméricaine des droits de l’Homme sur les
expulsions forcées, 16 juin 2011. En ligne : <ijdh.org/archives/19302>.
20 OIM, Displacement Tracking Matrix V2.0 Update 10, 16 mars 2011, <www.cccmhaiti.info/pdf/DTM_V2_Report_15_
Mar_English %20_FINAL3.pdf>.
21 « Deux ans après le séisme, l’OIM aide Haïti à faire face à une multitude de défis », <www.iomhaiti.net>.
192 Fédération internationale des droits de l’Homme

ont été reconstruites et plus de 100 000 abris temporaires ont été fournis (à ceux qui
étaient propriétaires d’un terrain). Or, rappelons que les estimations les plus souvent
citées parlent de 250 000 logements détruits par le séisme22.

Au total, on constate que très peu de solutions durables ont été apportées et les
informations recueillies au cours de la mission permettent d’avancer les hypothèses
suivantes pour les milliers de personnes qui sont sorties des camps de leur pro-
pre initiative : beaucoup sont repartis dans leurs logements, réparés ou pas lorsqu’il
n’étaient que partiellement endommagés, d’autres en ont construit de nouveaux,
contribuant au phénomène de « bidonvillisation » des zones périurbaines, et de
nombreuses familles sont allées s’installer dans les campements de Canaan au Nord
de la capitale (cf. infra). Quelles que soient les « solutions » choisies, il ne semble pas
exagéré de penser que l’immense majorité se trouve aujourd’hui dans une situation
de précarité pire que celle connue avant le séisme.

L’inaction du gouvernement haïtien en matière de logement pendant près de


deux ans après le tremblement de terre (fin de la présidence de René Préval et pre-
miers mois de la présidence de Michel Martelly sans gouvernement fonctionnel) a
entraîné un retard considérable dans le processus de reconstruction. Pendant toute
cette période, l’absence d’orientation stratégique claire du gouvernement et le man-
que de coordination effective d’un plan de construction ou de réhabilitation de lo-
gements par les autorités haïtiennes ont fait que les bailleurs de fonds institutionnels
n’auraient déboursé, à la fin 2011, que moins de la moitié des 97 millions de dollars
US promis pour la reconstruction en 2010-201123.

Ce n’est que depuis le début de l’année 2012 que l’administration Martelly dé-
veloppe une stratégie de relogement des victimes du séisme pilotée par l’Unité de
Reconstruction de Logements et de Bâtiments Publics, initiative conjointe de la
Présidence et de la Primature.

A l’occasion du lancement d’un nouvel Appel Global pour aider les populations
les plus vulnérables en Haïti, le Bureau des Nations unies pour la Coordination des
Affaires Humanitaires a publié une revue à mi-parcours 201224 où il est indiqué
que « les programmes de soutien au retour mis en œuvre par le gouvernement haï-
tien avec le soutien des acteurs humanitaires, comme par exemple l’initiative 16x6 »,
ont bénéficié à 500 000 personnes (déplacés et résidents des quartiers) sous la forme
« d’abris transitoires, de subvention à la location de logement et d’autres types d’as-
sistance dans le cadre des programmes de retour et de relocalisation ».
22 Oxfam, Haïti, op. cit.
23 Ibid.
24 Appel Global Haïti : revue à mi-parcours 2012, 24 juillet 2012, <www.unocha.org>.
Haïti : la sécurité humaine en danger 193

De l’avis des acteurs de terrain, organisations haïtiennes rencontrées par la mission


et experts indépendants25, le bilan à ce jour des mesures prises au cours de ces deux
ans et demi pour le relogement des victimes du séisme, avec l’aide de financements
internationaux, est dans l’ensemble négatif et très problématique. Non seulement
les réalisations sont très insuffisantes par rapport aux besoins, mais les solutions ap-
portées sont provisoires et précaires et elles repoussent les problèmes dans l’espace et
dans le temps plutôt que d’apporter des réponses durables.

Les mesures prises jusqu’à présent pour le relogement des sinistrés se concentrent
essentiellement autour de trois types de réalisations.

LES ABRIS PROVISOIRES

Les acteurs humanitaires ont livré à ce jour 110 000 shelters, abris transitoires en
bois sans infrastructure sanitaire dans les zones affectées par le séisme. Selon l’archi-
tecte, universitaire et consultant Ian Davis qui a mené plusieurs analyses et recher-
ches sur l’hébergement d’urgence et le logement dans une trentaine de situations
de relèvement au lendemain de catastrophes, les résultats sont globalement négatifs
pour les raisons suivantes :
– un coût très élevé : environ 500 millions de dollars, destinés à un nombre pro-
portionnellement réduit de bénéficiaires par rapport aux besoins, qui auraient été
mieux utilisés à la construction de logements permanents, légèrement plus chers,
mais plus durables,
– des installations qui occupent des terrains et bloquent la construction de loge-
ments permanents,
– des constructions de qualité médiocre qui offrent de meilleures conditions que
les tentes et les bâches, mais qui ne sont pas conçues pour résister longtemps aux
violences des saisons des pluies haïtiennes et qui sont non transformables en habi-
tations permanentes décentes. Comme il est à craindre qu’elles vont quand même
se pérenniser comme lieux d’habitation, c’est vers la multiplication d’habitats
précaires qui vont se dégrader au fil des années que l’on se dirige,
– des opérations de construction qui n’ont pas permis de créer les emplois espérés
au niveau local26.

25 Cf. Ian Davis, « Quelle vision de l’avenir pour l’hébergement en abris et en logements en Haïti ? », Document de
synthèse, <www.onuhabitat.org/haiti> et Ian Davis, « Quelle vision de l’avenir pour l’hébergement en abris et le logement
en Haïti ? Brèves observations sur l’état d’avancement de la reconstruction en Haïti après le tremblement de terre du
12 janvier 2010 », document de synthèse, mai 2012, <reliefweb.int/sites/reliefweb.int/files/resources/Vision_Avenir_He-
bergement_Abris_Logement_Haiti %5B1 %5D.pdf>.
26 Ibid.
194 Fédération internationale des droits de l’Homme

LES CAMPS DE « RELOCALISATION »

L’opération de relocalisation des familles dans « le camp Corail », unique camp


« officiel » d’aide humanitaire situé sur un terrain déclaré d’utilité publique par le
gouvernement, est considérée comme une mauvaise décision par la plupart des ob-
servateurs indépendants, et par les occupants du camp eux-mêmes. La délégation a
visité les lieux et ne peut que confirmer cette appréciation, tant s’agissant du choix
du lieu que du type d’organisation mis en place.
Sur un terrain désertique et caillouteux « au milieu de nulle part », à une vingtaine
de kilomètres au nord de Port-au-Prince, s’alignent de petites maisons en préfabri-
qué, divisées en deux zones : Corail 3 et Corail 4. Le site est extrêmement exposé au
vent et à la chaleur, au pied des mornes27. Il n’y a pas un arbre et l’aspect est désolant.
Seuls quelques plants de maïs ou de légumes commencent à pousser devant les mai-
sons, suite à une distribution de semences et de compost par la Food and Agriculture
Organization of the United Nations (FAO).

Source : FIDH. Camp de relocalisation Corail

Construit il y a un an, ce camp hébergeait le jour de la visite environ 10 000 per-


sonnes, transférées dans leur grande majorité du camp surpeuplé de Delmas 42. Les
maisons, construites pour abriter des familles sinistrées du séisme pendant 3 ans, se
résument à une pièce, sans toilettes (des latrines de trois toilettes sont prévues pour
dix abris), et sans eau courante (l’approvisionnement en eau dans des citernes est
assuré par des ONG et coûte cinq gourdes par gallon). Les habitants n’ont aucune
idée de ce qu’ils vont devenir après la période de trois ans pour laquelle les shelters
ont été attribués.

27 Un morne, dans les Caraïbes, est une petite montagne.


Haïti : la sécurité humaine en danger 195

Non loin du camp de relocalisation de Corail s’étend un immense camp, celui de


Canaan, fait de tentes et d’abris précaires construits de bric et de broc où sont venus
se relocaliser spontanément quelque 120 000 sinistrés, sortis des camps pour la plu-
part, en occupant le terrain libre dans cette zone désolée. Certains ont commencé à
se bâtir des petites maisonnettes, parpaing par parpaing, sur des terrains qui ne leur
appartiennent pas. Un début de vie sociale s’organise en ce lieu où l’eau est achetée à
des camions qui viennent sur place, et les soins de base sont assurés par une clinique
mobile qui vient une fois par semaine.
Il existe une dizaine d’autres camps de relocalisation des familles, plus petits, dans
le même type d’abris T-shelters en préfabriqué, dans différents sites de la zone mé-
tropolitaine, ainsi qu’à Léogâne et à Jacmel28. La délégation a visité le camp de re-
localisation de Jacmel, hébergeant 336 familles, où l’environnement était beaucoup
plus agréable mais où les services d’approvisionnement en eau et l’assainissement
dépendaient d’ONG internationales. Certaines familles sinistrées de Jacmel étaient
là depuis 2 ans, mais, là encore, les habitants ont dit ne posséder aucun titre de loca-
tion ou de propriété et n’avoir aucune information sur leur avenir.

LE PROGRAMME « 16X6 » : INITIATIVE PHARE DU PRÉSIDENT MARTELLY

Approuvé par la Commission intérimaire pour la reconstruction d’Haïti (CIRH)


le 16 août 2011 et lancé officiellement le 17 août 2011 par le président, le program-
me 16/6, mis en œuvre par le gouvernement, l’OIM, le Programme des Nations
Unies pour le Développement (PNUD), l’Organisation Internationale du Travail
(OIT) et le Bureau des Nations unies pour les services d’appui aux Projets (UNOPS)
visait dans sa conception à réhabiliter seize quartiers pauvres de Port-au-Prince et de
ses environs en y relocalisant les personnes vivant dans six grands camps ciblés de la
capitale. Le programme acc orde 20 000 gourdes (environ 500 dollars US) à chaque
famille qui n’est pas propriétaire pour lui permettre – théoriquement – de louer un
logement pendant un an, et une aide allant de 1 500 dollars US à 3 500 dollars US
pour reconstruire les logements endommagés.
Le choix des six camps a été fait sur des critères de visibilité plutôt qu’en fonction
du niveau de précarité et de vulnérabilité, puisqu’il s’agissait de camps situés sur des
espaces publics visibles, comme le Champ de Mars, les environs de l’aéroport ou les
places publiques de Pétion-Ville. Au total, en août 2012, ce programme avait permis
la fermeture de 22 camps29, et environ 30 000 personnes avaient été concernées.

28 Ces 12 sites sont: Radio Commerce (Cité Soleil), Santo 17 (Croix-des-Bouquets), Corail Secteur 3 (Croix-des-Bou-
quets), Corail Secteur 4 (Croix-des-Bouquets), Union Centre d’Hébergement de Lilavois 42 (Croix-des-Bouquets), Mayard
(Jacmel), La voix des sans voix (Léogâne), Belle Alliance (Léogâne), Camp Rico (Léogâne), Centre d’Hébergement de Gal-
ette Greffin (Pétion-Ville), Tabarre Isa (Pétion-Ville), Village Eden (Tabarre). Ces sites sont en majorité constitués de T-abris
(T-shelters). Au total, ils hébergent 4 165 ménages ou 18 445 individus. Cf.: Haïti E-Shelter/CCCM Cluster, op. cit.
29 Conseil de Sécurité, Rapport du Secrétaire général sur la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti,
S/2012/678, 31 août 2012, paragraphe 14.
196 Fédération internationale des droits de l’Homme

D’un coût total de 78 millions de dollars US, cette initiative est financée à hauteur
de 30 millions par le Fonds pour la reconstruction d’Haïti (FRH)30.

La délégation a entendu de très nombreuses critiques sur ce programme :


– la prime au départ de 500 dollars US n’est en aucune façon une réponse au droit
à un logement décent et sûr : avec l’explosion du prix des loyers dans la zone
métropolitaine (du fait d’une diminution des habitations disponibles après les
destructions et de l’augmentation de la demande) il est impossible de trouver
même une pièce à louer à ce prix. Conséquence : les sinistrés se sont déplacés
vers les bidonvilles de la périphérie ou sont allés s’installer sur des terrains non
constructibles accrochés aux flancs des mornes ;
– Si elle a résolu le problème de la mauvaise image des places publiques occupées
par des tentes de sinistrés, cette mesure n’a fait que déplacer le problème plus
loin, avec le risque d’agrandir les bidonvilles et de créer de nouvelles zones à
haut risque avec des habitations encore plus précaires et moins sécurisées qui se
construisent dans des environnements déjà très fragiles ;
– Cette mesure, dont les effets pervers déjà palpables aujourd’hui risquent de s’ag-
graver dans le futur, n’est qu’une solution provisoire. Elle risque en outre d’engen-
drer encore plus de précarité, de vulnérabilité pour des personnes déjà traumati-
sées par le séisme, ainsi que plus de ségrégation spatiale.

Les interlocuteurs rencontrés s’accordent à dire qu’il est urgent d’aller au-delà de
cette initiative du programme 16x6 et de l’attribution d’aides individuelles, mesures
conjoncturelles qui ne permettent pas de garantir le droit à un « retour » vers un
logement décent.
Les défis pour garantir durablement les droits au logement, au travail et à des
conditions de vie décentes pour les populations les plus fragilisées par le désastre du
12 janvier 2010 sont considérables.
La première priorité doit être de définir une « stratégie globale de sortie des
camps » de façon planifiée, coordonnée et structurelle. Pour ce faire, une approche
multisectorielle rassemblant à la fois les responsables de différents ministères haï-
tiens et les agences des Nations unies engagées dans plusieurs clusters thématiques
est indispensable. Il conviendra de classifier les camps en fonction de leur degré de
vulnérabilité vis-à-vis des risques d’expulsion sur les terrains privés, de la situation
sanitaire et de l’exposition aux désastres naturels.
Des solutions diversifiées devront être proposées aux habitants des camps dans le
cadre du programme plus large de redressement économique du pays. Il convient
d’engager enfin un programme national de reconstruction et de construction de loge-
ments sociaux. Des mesures d’encouragement et d’encadrement à/de l’auto-construc-

30 <www.onu-haiti.org/wp-content/uploads/2011/12/UNDG-HRF-8-Rapport-Trimestriel-16-6-Mars-2012.pdf>.
Haïti : la sécurité humaine en danger 197

tion, l’utilisation des matériaux produits en Haïti et l’emploi des ouvriers locaux, l’ins-
tauration de facilités de micro-crédit pour relancer l’économie au niveau des quartiers
sont indispensables afin de garantir aux victimes du séisme des moyens d’existence
durables qui leur permettront de prendre en main leur propre relèvement.
De plus, comme l’ont maintes fois rappelé les organisations de la société civile :
« Haïti ne se résume pas à des camps ! » : la situation dans de nombreux quartiers
urbains et périurbains défavorisés doit aussi faire l’objet d’une attention prioritai-
re car il s’agit de zones où vivent des populations de plus en plus précarisées et
vulnérables, et potentiellement explosives. Pour ces populations sinistrées elles aussi,
même si elles n’ont pas vécu dans les camps, il est indispensable de prendre des
mesures qui leur permettent de sortir de la misère et de l’insécurité dans lesquelles
elles se trouvent.
Une approche fondée sur les droits humains se doit de placer au cœur des priorités
les populations qui sont le plus privées de la jouissance de ces droits, et qui représen-
tent un capital de courage et de créativité qui n’attend qu’à être reconnu et valorisé.

Selon les données statistiques du Rapport 2011 du Programme des


Nations unies pour le Développement (PNUD)31:

– Haïti se trouve au 158e rang parmi les 187 nations classées selon
l’indice de développement humain (rétrogradé de deux rangs depuis
2006), c’est le pays le pauvre de la région des Amériques.
– Près de 55 % de la population dispose de moins de 1,25 dollars US par
jour et 56,4 % souffrent de pauvreté multidimensionnelle.
– La population du pays, évaluée selon les estimations de l’Institut Haïtien
des Statistiques à 10,1 millions d’habitants en 2010, a connu un taux
de croissance annuel de près de 2,2 %, supérieur au taux de croissance
de la richesse nationale, ce qui s’est traduit par une dégradation de la
situation socioéconomique de la majorité de la population, d’autant
plus que la répartition des richesses est scandaleusement inégale entre
riches et pauvres (4 % de la population détient 66 % des richesses
nationales) et entre les zones urbaines et les zones rurales. L’indice
de Gini d’Haïti (0,592) le place parmi les pays les plus inégaux au
monde32.
– La production du secteur agricole et du secteur industriel n’a cessé de
décliner : près de la moitié de la population souffre de malnutrition
chronique et plus de 60 % de la nourriture consommée est importée.

31 PNUD, Rapport sur le Développement Humain 2011, <hdr.undp.org/rdh2011>.


32 <www.statistiques-mondiales.com/gini.htm>.
198 Fédération internationale des droits de l’Homme

II. LA MINUSTAH À LA CROISÉE DES CHEMINS

L’intervention de la Minustah en Haïti se trouve aujourd’hui à la croisée des che-


mins dans un contexte qui nécessite qu’elle se réoriente différemment. D’un côté, les
bailleurs et contributeurs semblent las de ne pas voir d’impact suffisant de l’action de
la Minustah au regard de son coût. De l’autre, le sentiment de rejet de la population
haïtienne vis-à-vis de cette force étrangère a été exacerbé par le scandale du choléra et
le traitement des abus, notamment sexuels, commis par des membres du contingent
militaire de la Minustah.

Dans ce contexte, le 12 octobre 2012, le Conseil de sécurité des Nations unies


a prolongé le mandat de la Minustah jusqu’au 15 octobre 2013. Si la réduction
des effectifs militaires et policiers prévue représente une avancée vers une meilleu-
re adéquation entre le mandat de la Minustah et la réalité haïtienne, la FIDH
déplore qu’aucune mention ne soit faite de la responsabilité de la Minustah dans
l’apparition de l’épidémie de choléra. Ceci étant dit, la demande formulée aux pays
d’origine des soldats de la Minustah de veiller à ce que leurs ressortissants respon-
sables de violations de droits de l’Homme soient jugés et condamnés constitue une
mention notable.

A. LA MINUSTAH POUR QUOI FAIRE ?

Depuis sa mise en place en 2004 les objectifs principaux du mandat de la


Minustah sont la réduction de l’insécurité, le rétablissement de la stabilité (un envi-
ronnement stable et sécurisé) et le renforcement du jeu démocratique33.

Fin 2009, à la veille du tremblement de terre, les résultats des opérations de la


Minustah étaient mitigés. En effet, si certaines avancées avaient été enregistrées
dans la lutte contre la criminalité organisée et dans la tenue d’élections en 2006 et
2009, en 5 ans le renforcement de la Police nationale d’Haïti (PNH) (formation,
efficacité, vetting34) n’avait guère progressé35. En outre, la mise en place des différen-
tes institutions démocratiques et judiciaires restait insatisfaisante, tant elles étaient
inexistantes ou balbutiantes.

33 Résolutions 1542 du Conseil de sécurité, S/RES /1542 (2004), 30 avril 2004, puis 1576 (2004), 1601, 1608 (2005),
1658,1702 (2006), 1743 , 1780 (2007), 1840 (2008), 1892 (2009), 1908, 1927, 1944 (2010), 2012 (2011).
34 Le « vetting » consiste essentiellement en une évaluation de la moralité et de l’intégrité de chaque agent à travers
une série d’enquêtes menées conformément au droit haïtien et au code de discipline de la PNH surtout centrées sur les
antécédents judiciaires ou disciplinaires et le comportement dans la vie sociale. Les enquêtes sont diligentées par une
équipe mixte PNH/UNPol.
35 « Maintenir la Paix en Haïti ? Une Évaluation de la Mission de Stabilisation des Nations Unies en Haïti, utilisant son
mandat comme baromètre de son succès », Harvard Clinical Advocacy Project et Centro de Justicia Global, mars 2005 ;
« Haïti : la voix des acteurs, working paper 52 », Fundación para las Relaciones Internacionales y el Diálogo Exterior, 15
février 2008 ; « Haiti 2009: Stability at Risk », International Crisis Group, mars 2009. <www.crisisgroup.org/~/media/Files/
latinamerica/haiti/b19_haiti_2009___stability_at_risk.pdf>.
Haïti : la sécurité humaine en danger 199

Lors du tremblement de terre de janvier 2010, la Minustah, comme l’ensemble


des organisations onusiennes présentes, a perdu une partie importante de ses mem-
bres36 et il faut rendre hommage aux survivants qui ont fait l’impossible pour contri-
buer aux sauvetages et aux recherches des rescapés dans les semaines qui ont suivi
le tremblement de terre. En revanche, par la suite la Minustah n’a pas su apprécier
la gravité des violations de droits humains qui se commettaient dans les camps et a
dans un premier temps refusé de contribuer au travail de sécurisation de ces lieux,
considérant que ce n’était pas dans son mandat. Ce n’est qu’après le vote d’une mo-
dification du mandat en juin 2010 que cette situation a changé37.

Agents de la Minustah, mai 2012

Entre le 1er juillet 2011 et le 7 juin 2012, la Minustah était en termes budgé-
taires la troisième des treize missions de maintien de la paix en activité, avec 7 272
militaires et 2 807 policiers38. La force militaire a toujours compté autour de 6 000
personnes, soit la très grande majorité des effectifs. Cette présence représente un
coût faramineux.39

36 La MINUSTAH a perdu 102 des siens, y compris la quasi-totalité de ses cadres dirigeants.
37 Paragraphe 4 de la résolution 1927 des Nations unies.
38 L’effectif autorisé par le mandat d’octobre 2011 est de respectivement 7 340 et 3 241, voir annexe 1 et 2 du rapport
du Secrétaire général sur la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti 31 août 2012S/2012/678 et <www.
un.org/news/press/docs/sc10411.doc.htm>.
39 Le budget annuel de la MINUSTAH est de 793 517 100 dollars pour la période allant du 1er juillet 2011 au 30 juin 2012,
soit 66 126 425 dollars par mois.
200 Fédération internationale des droits de l’Homme

Si dès 2004, la présence majoritaire des militaires s’expliquait difficilement, elle a


aujourd’hui encore moins de fondement. En effet, si certains ont pu en 2004 parler
de conflit armé interne, la violence n’est plus que très rarement politique et l’insécu-
rité provient essentiellement de bandes criminelles, comme le confirme le constat du
Secrétaire général des Nations unies40. Dans ce contexte, Haïti a besoin d’une chaîne
pénale efficace (et notamment de policiers suffisamment nombreux et compétents)
qui puisse lutter contre le crime organisé, et non d’une présence militaire.

En outre, la présence des militaires de la Minustah s’est avérée d’autant moins


utile qu’ils ne parlent dans leur très grande majorité ni français ni créole et ne béné-
ficient pas suffisamment de soutien d’interprètes ou de formation interculturelle. En
effet, au 15 octobre 2012, sur les 19 pays qui fournissaient le contingent militaire
de la Minustah, seuls deux étaient francophones41 et ils ne représentaient que 8
personnes sur un effectif de 7 272 militaires. Ainsi, la grande majorité des soldats
étrangers présents en Haïti42 n’ont-ils qu’une fonction de patrouille – tout au plus
peuvent-ils se tenir en renfort symbolique de la police. Par ailleurs, la présence de
tanks et de militaires armés renforce l’impression d’occupation du territoire, et en
conséquence un sentiment d’hostilité vis-à-vis de la Minustah.

À partir de 2011, le Conseil de sécurité a réduit progressivement le contin-


gent déployé. En octobre 2011, le Conseil de sécurité a décidé de diminuer de 1
600 militaires et de 1 150 policiers le contingent de cette force. Les renforts de la
Minustah envoyés après le séisme se sont donc retirés. Dans son dernier rapport
d’août 2012, le Secrétaire général des Nations unies a recommandé au Conseil de
Sécurité un nouveau retrait, et le 12 octobre 2012 le Conseil de sécurité a voté une
nouvelle réduction des effectifs militaires de la Minustah de 1 070 soldats et la
réduction des effectifs de police de 3 241 à 1 601 membres.

Par ailleurs, le renforcement tant qualitatif que quantitatif de la police nationale


haïtienne et de la justice constitue une étape essentielle au relèvement d’Haïti. Cette
question est présente depuis 2006 dans les mandats successifs de la Minustah.

Ces derniers mois, la Minustah contribue à la réforme de la police notamment au


moyen de la formulation conjointe avec la PNH du plan quinquennal de développe-
ment (2012-2016) et à la réforme de la justice, entre autres par la mise au point avec
le ministère de la Justice et le PNUD d’une feuille de route concernant l’État de droit,
l’exécution de projets à effet rapide de construction et rénovation de tribunaux, ainsi

40 Rapport du Secrétaire général sur la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti, S/2012/678, août 2012,
notamment les paragraphes 10-12.
41 La France et la Canada.
42 Il y a 7 154 soldats et 118 officiers militaires.
Haïti : la sécurité humaine en danger 201

que l’organisation de formations à des magistrats, fonctionnaires de police et agents


pénitentiaires43. En outre, la Minustah fournit, tous les six mois, un rapport du Haut
commissariat aux droits de l’Homme sur les avancées dans le pays.

Le travail d’accompagnement et de consolidation des forces de polices est un


pilier essentiel de l’action de la Minustah qui nécessite d’être poursuivi et renforcé.
Jusqu’au 15 octobre 2012, 2 807 policiers de la Minustah (1 127 de la police des
Nations unies et 1 680 des effectifs des unités de police constitués au sein de la
Minustah)44 étaient présents en Haïti.

Cette intervention se déploie non sans difficultés. Nombre des interlocuteurs de


la FIDH au cours de la mission ont souligné la mauvaise coordination entre la police
de la Minustah et la police nationale haïtienne face à la situation d’insécurité crois-
sante et la recrudescence des assassinats, en particulier dans la zone métropolitaine.

En outre, l’adoption du projet de développement de la PNH a été freinée par des


blocages politiques, notamment du fait du retard dans la nomination du Premier
ministre et de l’inspecteur général en chef de la police nationale.

Après son adoption, le plan quinquennal conclu avec entre la PNH et mission
police civile des Nations unies (UNpol) devra mettre la priorité sur le recrutement
dans la police nationale, notamment au travers du renforcement des capacités des
officiers de rang intermédiaire et supérieur pour que les nouvelles recrues puissent
être convenablement formées et supervisées. De plus, la certification (vetting), en
cours depuis 2006, qui n’a que très peu avancé, devra être poursuivie de manière
prioritaire.

Pour répondre à ces différentes priorités et rendre la police nationale efficace et


suffisamment nombreuse, la meilleure solution serait de faire évoluer à court terme
l’axe UNpol de la Minustah vers un statut d’organe mixte composé à la fois de
policiers haïtiens et de policiers de la Minustah sur le modèle de la Commission
internationale de lutte contre l’impunité au Guatemala (CICIG) centré non seule-
ment sur les activités d’enquête comme la CICIG mais aussi sur celle de maintien
de l’ordre. Cela permettrait d’avoir rapidement plus d’officiers de rang intermédiaire
et supérieur pouvant contribuer à la formation. Et renforcerait également la coordi-
nation entre ces deux entités puisqu’elles travailleraient nécessairement de manière
conjointe.

43 Conseil de Sécurité, Rapport du Secrétaire général sur la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti,
S/2012/678, 31 août 2012, paragraphes 20, 30, 31.
44 Voir une description du mandat de UNpol, <MINUSTAH.org/?page_id=21344>.
202 Fédération internationale des droits de l’Homme

B. IMPUNITÉ DES NÉGLIGENCES ET VIOLATIONS DES DROITS HUMAINS COMMIS PAR


DES MEMBRES DE LA MINUSTAH

1. LA GRAVE QUESTION DU CHOLÉRA : DÉDOMMAGER LES VICTIMES

Neuf mois après le séisme, une épidémie de choléra s’est déclarée, tout d’abord
dans la région de l’Artibonite. L’épidémie s’est ensuite rapidement étendue. Selon
les derniers chiffres d’avril 2012, 7 050 personnes en sont mortes et 530 000 ont
contracté la maladie45.

Il est maintenant clairement démontré que cette épidémie a été causée par l’ab-
sence d’infrastructures sanitaires sur la base de la Minustah de Mirebelais ; cette
situation ayant conduit à ce que les excréments des soldats népalais porteurs de cette
maladie se répandent dans la rivière de l’Artibonite46, une des sources d’eau pour les
Haïtiens de la région.

En novembre 2010, de nombreuses manifestations ont eu lieu contre la Minustah


qui continuait de nier avoir un quelconque rôle dans l’apparition de cette épidémie.
Au Cap-Haïtien, 3 personnes ont été tuées pendant une manifestation et il y a eu
16 blessés47. Le 15 décembre 2010, le Secrétaire général des Nations unies Ban Ki-
moon a annoncé l’établissement d’un panel d’experts pour enquêter sur les causes de
cette épidémie48. Le 4 mai 2011, le panel d’experts des Nations unies a conclu que
« la souche du choléra introduit par un facteur humain dans la Rivière de l’Artibo-
nite avait une origine asiatique ».

La Minustah devrait officiellement reconnaître sa responsabilité par négligence


dans l’épidémie de choléra. Plusieurs ONG ont d’ailleurs introduit des plaintes
auprès de l’unité en charge des réclamations. En effet, la Minustah comme les Na-
tions unies bénéficie d’une immunité et selon son statut l’unité des réclamations gère
les plaintes et en principe, dans un cas comme celui-ci, une commission permanente
des réclamations doit être créée pour examiner la responsabilité de la Minustah.
Cette commission aurait la compétence de décider de la réparation par les Nations
unies à accorder aux victimes de l’épidémie de choléra.

45 <www.ijdh.org/projects/cholera-litigation>.
46 Dès novembre 2010 Renaud Piarroux, un épidémiologiste français, a évoqué cette thèse ensuite confirmée par une
étude scientifique publiée en août 2011, cf. Rene S. Hendriksen et al., «Population Genetics of Vibrio cholerae from Nepal
in 2010 : Evidence on the origin of the Haitian Outbreak », mBio 2(4) 2011 .
47 Voir « In response to protests, MINUSTAH disregards legitimate grievances », CEPR, 16 novembre 2010, <www.cepr.
net/index.php/blogs/relief-and-reconstruction-watch/in-response-to-protests-MINUSTAH-disregards-legitimate-grievances>
et <www.haitilibre.com/article-1674-haiti-social-emeute-a-cap-haitien-16-blesses-2-morts.html>. Selon ces deux articles,
les soldats de la MINUSTAH serait à l’origine de ces morts.
48 « UN calls for probe into Origin of Haiti Cholera », Washington Times, 15 décembre 2010.
Haïti : la sécurité humaine en danger 203

2. L’IMPUNITÉ DES VIOLATIONS DE DROITS DE L’HOMME COMMISES PAR


LES MEMBRES DE LA MINUSTAH

Le rapport du Secrétaire général sur la situation de la Minustah en 2012 rappelle


que la Minustah a dû faire face à plusieurs allégations graves de mauvaise conduite
visant des membres de son personnel : viol présumé d’un mineur à Port-Salut, viol
présumé d’un mineur à Gonaïves et relations sexuelles présumées avec trois mineurs
à Port-au-Prince. Parmi les scandales, notamment d’abus sexuels, qui ont émaillé
la réputation de la Minustah ces dernières années, seulement trois cas font l’objet
d’un suivi judiciaire. Il s’agit des cas de viols perpétrés sur deux jeunes hommes et
du réseau de proxénétisme.

Il convient de noter que ces suivis n’ont pas été spontanés.

Les autorités judiciaires uruguayennes ont été saisies suite à la dénonciation pu-
blique faite autour du cas de viol de Jonny Jean (Port-salut, Sud), par des organisa-
tions de droits humains du pays.

Le cas relatif au viol de Roody Jean, (Gonaïves, Artibonite) a été initié, suite à une
résolution votée à l’unanimité au Parlement haïtien qui demandait la révocation de
l’immunité des deux soldats ayant violé le mineur à Gonaïves.

Dans ce même rapport de 2012, le Secrétaire général rappelle la politique de


tolérance zéro de l’Onu en ce qui concerne les écarts de son personnel. S’il est vrai
que dans la plupart des cas les militaires ont été renvoyés chez eux, la situation
d’impunité dans laquelle ces militaires semblent se trouver préoccupe énormément.
La résolution votée le 12 octobre par le Conseil du sécurité, demandant aux pays
fournisseurs de troupes de veiller à ce que les violations de droits de l’Homme com-
mises par leurs ressortissants fassent l’objet d’enquêtes et que les responsables soient
condamnés, envoie un signal fort aux États afin qu’ils mettent un terme à cette
situation. Néanmoins, elle ne demande pas à la Minustah de reconnaître sa respon-
sabilité dans les abus perpétrés.

Jusqu’alors, le procès des violeurs de Jonny Jean devant une juridiction de droit
commun a constitué une exception puisque dans la plupart des cas, s’il y a des procé-
dures, elles ont lieu devant les juridictions militaires. En réalité ce genre de cas abou-
tit souvent tout au plus à des sanctions disciplinaires. Confrontée à ces situations,
la Minustah ne communique pas ; les militaires concernés sont renvoyés dans leur
pays d’origine, ce qui rend difficile la possibilité pour les victimes de connaître les
suites des procédures. Elle refuse toute responsabilité et tout contact avec les victimes
au prétexte que les faits sont à la fois de la responsabilité des personnes individuel-
204 Fédération internationale des droits de l’Homme

les et des États responsables de leurs contingents nationaux. Ainsi, les victimes de
ces violences se trouvent souvent plus démunies que d’autres victimes de violences
sexuelles, par exemple celles des camps qui elles bénéficient d’une structure de sou-
tien, souvent d’ailleurs diligentée par des entités onusiennes. En effet, non seulement
les premières n’ont pas d’information quant au sort des violeurs mais en plus elles
ne bénéficient d’aucune reconnaissance de leurs souffrances, ni d’aucun soutien,
notamment psychologique.
La FIDH a suivi de près la situation de Jonny Jean qui avait dû, suite à son viol et
à sa retransmission sur Internet, fuir son village et se trouvait dans une grave situa-
tion de fragilité psychologique et financière. La Minustah a refusé de lui accorder
un soutien, même psychologique.

III. RECOMMANDATIONS AUX AUTORITÉS HAÏTIENNES :

FACE À LA SITUATION DANS LES CAMPS :


– Étendre, conjointement avec les autorités haïtiennes, le programme 16/6 aux
camps situés sur des terrains publics qui n’ont pas été concernés, ainsi qu’à ceux
situés sur des terrains privés, en garantissant des conditions dignes de relogement
et un accompagnement des bénéficiaires sur la durée.
– Respecter et mettre en œuvre les mesures conservatoires édictées par la Com-
mission interaméricaine des droits de l’Homme le 16 novembre 2010 contre les
expulsions forcées, en particulier »:

– adopter un moratoire sur les expulsions des camps de déplacés internes ;


– assurer que les personnes qui ont été illégalement expulsées des camps soient relogées
dans des endroits remplissant un standard minimum de salubrité et de sécurité;
– garantir l’accès des déplacés internes à un recours effectif devant les tribunaux et
autres autorités compétentes ;
– implémenter des mesures de sécurité effectives afin de sauvegarder l’intégrité phy-
sique des habitants des camps, garantissant une protection spéciale aux femmes et
enfants ;
– former le personnel de maintien de l’ordre aux droits des personnes déplacées, en
particulier au droit à ne pas être expulsé par la force ;
– assurer l’accès des agences de coopération internationale aux camps de déplacés
internes.

– Respecter et mettre en œuvre les mesures conservatoires édictées par la Commis-


sion interaméricaine des droits de l’Homme le 22 novembre 2010 en faveur des
femmes et des filles déplacées :
Haïti : la sécurité humaine en danger 205

– assurer la disponibilité de services médicaux et psychologiques adéquats pour les


victimes de violences sexuelles, en des lieux accessibles pour celles-ci ;
– prévoir des mesures de sécurité adéquates dans les camps, notamment au moyen
de l’éclairage public, de patrouilles adéquates autour et à l’intérieur des camps, de
l’augmentation des effectifs de femmes dans ces patrouilles et au sein des postes de
police alentours ;
– assurer que les agents chargés de répondre aux cas de violences sexuelles bénéficient
d’une formation leur permettant de fournir une réponse opportune aux plaintes
relatives à des violences de caractère sexuel ainsi que de garantir la sécurité néces-
saire dans les camps ;
– promouvoir la création d’unités spéciales au sein de la police judiciaire et du
ministère public afin d’enquêter sur les cas de viols et autres formes de violences
sexuelles ;
– assurer la participation des femmes et des filles dans la planification et la réalisa-
tion des politiques visant à combattre et à prévenir les violences sexuelles dans les
camps.

– Lutter contre l’impunité des violences sexuelles en poursuivant et condamnant


leurs auteurs.
– Adopter une législation spécifique visant à prévenir et à punir la discrimination
et la violence contre les femmes, y compris une définition précise et sans ambi-
guïté du crime de viol.
– Mettre en œuvre une campagne de prévention contre les violences faites aux
femmes, y compris le viol.

FACE À LA SITUATION CARCÉRALE ET LA DÉTENTION PRÉVENTIVE PROLONGÉE :

– Prendre toutes les mesures nécessaires pour lutter contre la surpopulation carcé-
rale ;
– Mettre une assistance juridique commise d’office à disposition de chaque per-
sonne prévenue ;
– Juger les personnes en détention préventive prolongée, prioritairement les per-
sonnes en détention préventive prolongée depuis plusieurs années, et appliquer
la Loi de Lespinasse, qui prévoit une réduction de la peine en fonction du temps
passé en détention préventive ;
– Juger les mineurs détenus dans les plus brefs délais et veiller à ce qu’ils ne soient
placés en détention qu’en ultime recours, et de manière exceptionnelle49;

49 La Résolution 2002/92 de la Commission des droits de l’Homme engage les États à « prendre les mesures qui
s’imposent pour assurer le respect du principe selon lequel il ne faut recourir qu’en dernier ressort à la privation de liberté
des enfants et pour une durée aussi limitée que possible, en particulier avant le procès».
206 Fédération internationale des droits de l’Homme

– Signifier aux parties concernées les dispositifs de jugement, dans le but de remet-
tre en liberté les détenus qui ont purgé leur peine ;
– Séparer les prévenus des condamnés ;
– S’assurer que nul n’est placé en détention pour dettes et le cas échéant, procéder
à la libération immédiate des personnes concernées ;
– Assurer la distribution d’eau potable et de nourriture en quantité et qualité suffi-
santes, ainsi que des produits d’hygiène de base ;
– Nommer au moins un médecin dans chaque prison ;
– Fournir un traitement adapté aux détenus malades et garantir leur accès aux
soins ;
– Réaliser une étude comparative sur la détention préventive prolongée dans chacu-
ne des juridictions, comme le demande l’Expert Indépendant des Nations unies
sur la situation des droits de l’Homme en Haïti ;
– Construire de nouveaux établissements pénitentiaires, dans le respect des normes
internationales en la matière ;
– Respecter les obligations internationales et ratifier la Convention des Nations
unies contre la torture, recommandé lors de l’Examen Périodique Universel (EPU,
passage en revue des réalisations de l’ensemble des États membres de l’Onu dans
le domaine des droits de l’Homme).

EN MATIÈRE DE RÉFORME DE LA POLICE :


– Mener à bien le système d’épuration, en statuant sur les dossiers à l’examen et
en excluant de la PNH les éléments ne répondant pas aux exigences d’une police
démocratique ;
– Respecter les objectifs du plan quinquennal de développement 2012-2016 de la
PNH en formant le nombre de policiers prévu, c’est-à-dire 5 000 ;
– Allouer un budget suffisant à la Police pour garantir une infrastructure adéquate,
ainsi que les moyens matériels et humains nécessaires ;
– Développer une police de proximité ;
– Prendre toutes les mesures pour lutter contre l’insécurité, en particulier dans la
zone métropolitaine, principale affectée ;
– Enquêter de manière diligente sur les violences policières, de manière à juger et
condamner leurs responsables.

EN MATIÈRE DE RÉFORME DE LA JUSTICE :


– Achever la rédaction et faire voter la révision du Code Pénal et du Code d’ins-
truction criminelle, de manière à ce que ceux-ci soient en adéquation avec les
normes internationales, et réaliser des investissements conséquents en ressources
humaines, matérielles et financières, pour assurer leur mise en œuvre effective ;
Haïti : la sécurité humaine en danger 207

– Doter le Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ) de ressources humaines


compétentes et de moyens financiers lui permettant de fonctionner en toute in-
dépendance ;
– Revoir la loi sur le CSPJ, qui lui confie la responsabilité sur le service de l’ins-
pection judiciaire pour les magistrats du siège, alors que les greffes et les parquets
restent sous la responsabilité hiérarchique du ministre de la Justice ;
– Améliorer l’accès à la justice pour tous, en mettant en place un système d’assis-
tance légale à l’échelle nationale, ainsi que davantage de services de justice mobile,
en garantissant l’éducation juridique et civique de la population ;
– Assurer une meilleure formation des opérateurs judiciaires, qu’il s’agisse des ma-
gistrats comme des juges de paix.

POUR LA LUTTE CONTRE L’IMPUNITÉ :

– Étudier la possibilité d’établir une institution mixte chargée de lutter contre l’im-
punité et de promouvoir l’État de droit, en suivant l’exemple de la Commission
internationale de lutte contre l’impunité au Guatemala (CICIG)
– Juger et condamner Jean Claude Duvalier en appel pour les crimes contre l’Hu-
manité perpétrés sous son régime ;
– Mettre en œuvre un travail de mémoire en l’honneur des victimes de la dicta-
ture.

AU CONSEIL DE SÉCURITÉ DES NATIONS UNIES :

RENFORCER LA LUTTE CONTRE L’INSÉCURITÉ ET L’IMPUNITÉ AU MOYEN D’UNE FORCE DE


POLICE DE LA MINUSTAH CONSOLIDÉE ET MIEUX COORDONNÉE AVEC LA PNH :

– Poursuivre la réduction des effectifs militaires ;


– Prioriser le renforcement des capacités de la PNH, en particulier en matière de
recrutement et de formation des agents, ainsi que le renforcement des capacités
des officiers de moyen et haut rang ;
– Définir des instruments et mécanismes spécifiques afin d’appliquer le processus
de vetting commencé en 2006 ;
– Mettre en place une institution mixte chargée de promouvoir l’État de droit, en
suivant l’exemple de la CICIG.
208 Fédération internationale des droits de l’Homme

LUTTER CONTRE L’IMPUNITÉ POUR LES VIOLATIONS DES DROITS DE L’HOMME COMMISES
PAR LES MEMBRES DE LA MINUSTAH, PAR VIOLATION OU OMISSION :

Au sujet du choléra :

– Appeler la Minustah à reconnaître sa responsabilité dans le déclenchement de


l’épidémie de choléra et à établir une commission permanente des réclamations ;
– Demander au Bureau du Secrétaire général des Nations unies de prendre des
mesures en faveur de réparations collectives et individuelles, ainsi qu’en faveur
d’investissements en infrastructures de traitement des eaux en Haïti50.

Au sujet de l’impunité des violations de droits de l’Homme qui auraient été commises
par des membres de la MINUSTAH :

– Exiger de la Minustah qu’elle communique publiquement sur le suivi des procé-


dures impliquant les soldats rapatriés et les procès initiés à leur encontre, en vertu
de la politique de tolérance-zéro ;
– Recommander l’amendement du Status of Forces Agreement entre les Nations unies
et le gouvernement haïtien de manière à contraindre les soldats de la Minustah
responsables de violations de droits de l’Homme à être soumis à des poursuites
devant un tribunal de droit commun de leur pays d’origine, avec pour objectif de
développer de tels mécanismes de responsabilité pénale dans le cadre de toutes les
opérations de maintien de la paix des Nations unies ;
– Améliorer l’état des relations de la Minustah avec l’ensemble de la population,
en particulier en renforçant les liens de coopération et moyens d’information avec
la société civile haïtienne.

À LA COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE

– Lutter contre la corruption tout en veillant au renforcement des institutions dé-


mocratiques ;
– Soutenir l’effort de reconstruction et de développement socioéconomique engagé
par les Nations unies en Haïti et contribuer à ce qu’Haïti devienne économique-
ment indépendant ;
– Assurer une plus grande coordination des projets de reconstruction et de dévelop-
pement, pensée à moyen et long terme ;
– Mener ces projets en concertation et partenariat avec la société civile haïtienne ;

50 Les Nations unies ont annoncé l’initiative “une équipe contre le choléra” dans le but d’éradiquer le choléra au moyen
d’investissements en eau et assainissement.
Haïti : la sécurité humaine en danger 209

– Étendre, conjointement avec les autorités haïtiennes, le programme 16/6 aux


camps situés sur des terrains publics qui n’ont pas été concernés, ainsi qu’à ceux
situés sur des terrains privés, en garantissant des conditions dignes de relogement
et un accompagnement des bénéficiaires sur la durée ;
– Assurer l’accès des habitants des sites de relocalisation aux services de base, en par-
ticulier à l’eau, à l’assainissement, à la santé, à l’alimentation et à une éducation
de qualité.

Vous aimerez peut-être aussi