Haiti La Securite Humaine en Danger
Haiti La Securite Humaine en Danger
danger
Fédération internationale des droits de l’Homme1
Deux ans et demi après le séisme, au mois de juin 2012, il restait encore 390 276
personnes hébergées dans 575 camps selon les chiffres de l’Organisation Internatio-
nale pour les Migrations (OIM)4, soit une réduction de 75 % par rapport à début
2010. 60 % d’entre elles se trouvaient regroupées sur 40 grands sites situés dans la
zone métropolitaine.
Plus de la moitié des personnes concernées sont des femmes (52 %) et 70 % ont
moins de 29 ans. La majorité (78 %) de ceux qui se trouvent toujours dans les camps
étaient locataires de leurs logements détruits par le séisme et ne disposent pas de
terrain où construire un abri provisoire. Quant à ceux qui étaient propriétaires, ils
déclarent ne pas avoir les moyens de réparer leurs maisons pour la plupart classées
« rouges » par les architectes5, c’est-à-dire devant être détruites.
Des abris de plus en plus dégradés alors qu’est arrivée la troisième saison des
pluies et de cyclones, les tentes ou les bâches en plastique sont endommagées et en
partie déchirées, exposant leurs habitants aux intempéries.
Selon les membres du comité du camp, et comme prévu par le programme 16/6 7,
la mairie de Pétion-Ville aurait promis de verser 20 000 gourdes (environ 500 dollars
US) par famille pour qu’ils quittent les lieux, cependant que depuis trois mois les
habitants restaient sans nouvelles quant à cette initiative. Quinze jours avant la visite
de la mission, un cas de choléra avait été détecté au petit matin dans le camp. Les
habitants sont allés chercher du secours et ce n’est que dans la soirée qu’une équipe
médicale spécialisée dans le traitement du choléra s’est rendue sur place. Par ailleurs,
le camp ne bénéficie plus des services du centre de réhydratation installé par l’ONG
en charge de celui-ci.
Le second camp visité par la mission à Pétion-Ville, situé dans la cour de l’école
Guatemala face au camp Sainte-Thérèse, n’était plus approvisionné en eau depuis
deux mois, suite au départ de l’ONG internationale qui intervenait sur les lieux.
Dans le camp de Delmas 42, situé sur un ancien terrain de golf, le centre de
traitement du choléra (CTC) a enregistré une augmentation du nombre de cas de
7 Cf. infra.
188 Fédération internationale des droits de l’Homme
personnes infectées (cinq à six par jour depuis la mi-mars) en raison de la mauvaise
qualité de l’eau et des conditions sanitaires déplorables.
L’extrême vulnérabilité des femmes et des filles aux violences sexuelles dans ces
abris de toile et de bâches qui n’assurent aucune protection est reconnue par tous.
La majorité des camps ne bénéficient d’aucune couverture spéciale de la Police Na-
tionale Haïtienne (PNH) ou de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en
Haïti (Minustah)9. Malgré les mesures conservatoires édictées le 22 décembre 2010
par la Commission interaméricaine des droits de l’Homme (CIDH) en faveur des
femmes et des filles déplacées dans 22 camps de la capitale10, les mesures de protec-
tion et de prévention sont insuffisantes, voire inexistantes, et les violences sexuelles
faites aux femmes déplacées continuent.
Depuis 2011, le Haut Commissariat des Nations unies pour les Réfugiés (UN-
HCR) développe un programme spécifique pour la prévention des violences faites
aux femmes dans les camps : plus de 600 cas de viols ont été recensés dans les camps
depuis 2010. Avec l’association de la Commission des Femmes Victimes en faveur
des Victimes (Komisyon Fanm Viktim pou Viktim – KOFAVIV), le HCR aide les
femmes victimes à sortir des camps. Pendant trois mois elles sont « mises à l’abri »,
puis des solutions de relogement plus sûres leur sont proposées. Le nombre de fem-
mes contraintes de se prostituer dans les camps pour survivre constitue aussi un
problème majeur.
Une attente et une angoisse de plus en plus insoutenables pour ceux qui se
trouvent encore dans des camps, l’attente de solutions et la crainte des expulsions
8 « Une semaine en Haïti », bulletin du Collectif Haïti de France, n°1055, 4 juin 2012.
9 International Crisis Group, Garantir la sécurité en Haïti : réformer la police, Briefing Amérique latine/Caraïbes n°26, 8
septembre 2011, p.6.
10 Commission interaméricaine des droits de l’Homme, MC 340/10, 22 décembre 2010, <www.oas.org/es/cidh/deci-
siones/cautelares.asp>.
Haïti : la sécurité humaine en danger 189
Face à cette situation, le 31 mai 2012 des dizaines d’habitants de camps de la zone
métropolitaine ont organisé une manifestation à Port-au-Prince pour exiger du nou-
veau gouvernement de Laurent Lamothe la mise en œuvre d’un plan de logement,
au nom du droit à un logement décent, ainsi qu’une prise de position publique
contre les expulsions forcées. Par ailleurs, le 2 juillet 2012 des organisations natio-
nales et internationales, dont le Collectif des organisations pour la défense du droit
au logement, ont lancé une campagne internationale intitulée « Sous les tentes »,
exigeant du gouvernement haïtien de mettre un terme immédiat aux expulsions
forcées, ainsi que la mise en place de solutions permanentes de logement pour les
personnes qui vivent toujours dans des camps11.
Parmi la population déplacée, plus d’une personne sur cinq est menacée d’ex-
pulsion forcée des camps. En effet, 95 % d’entre elles se trouvent sur des terrains
privés12. Ces expulsions sont organisées par les propriétaires terriens, quelquefois
appuyés par les autorités municipales, sous le prétexte que l’existence des camps
favoriserait la délinquance.
Telle que définie par l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM),
dans le contexte haïtien, une expulsion forcée est une expulsion permanente, contre
leur volonté, de personnes, de familles ou de communautés des terres qu’elles occu-
pent sans qu’une forme de moyens de protection (juridique ou autre) n’ait été mise
à leur disposition (alternative de relogement, etc.)13.
Face aux risques qui s’aggravent de jour en jour, à mesure que l’impatience des
propriétaires privés croît, le gouvernement haïtien est dans l’obligation de ne pas
cautionner, tolérer ou procéder à des expulsions forcées qui constituent une viola-
tion caractérisée des droits de l’Homme. Selon les Principes de bases et directives
des Nations Unies concernant les expulsions et les déplacements liés au développe-
ment, les expulsions forcées constituent en effet « des violations flagrantes de droits
11 <www.alterpresse.org/spip.php?article13088>.
12 Organisation Internationale pour les Migrations, Situation des expulsions dans les camps hébergeant des personnes
déplacées internes (PDI), juin 2012, p. 18.
13 Ibid., p. 2.
190 Fédération internationale des droits de l’Homme
En vertu du cadre juridique international, les expulsions doivent être des mesures
de dernier recours, les personnes affectées par les expulsions doivent être consultées
et avoir accès au processus d’expulsion et de relocalisation, les réinstallations ou
relocalisations doivent être menées avec la participation et le consentement des per-
sonnes concernées, et aucune personne ne doit se retrouver sans abri, vulnérable ni
exposée à toute autre violation des droits de l’Homme du fait d’une expulsion15.
Le cadre légal haïtien prévoit également que les expulsions ne peuvent avoir lieu
que sur décision de justice, une fois les voies de recours épuisées. Or, ces expulsions
forcées ont lieu dans le courant de la journée, sans préavis, causant la perte des effets
personnels des habitants absents à ce moment-là, et comme le signalent les Procé-
dures opérationnelles standardisées pour une réponse coordonnée aux expulsions
forcées16 : « Au lieu de suivre les étapes prescrites par la loi interne et les standards
internationaux, on observe l’application de différentes formes de menaces, souvent
violentes, et usage de force physique, par les prétendus propriétaires ».
14 Principes de bases et directives des Nations Unies concernant les expulsions et les déplacements liés au développe-
ment, A/HCR/4/18, <www2.ohchr.org/english/issues/housing/docs/guidelines_fr.pdf>.
15 Onu Habitat, Groupe de Travail Logement-Foncier-Propriété, Procédures opérationnelles standardisées pour une
réponse coordonnée aux expulsions forcées, 7 septembre 2011, <www.onuhabitat.org/index.php?option=com_conten
t&view=article&id=430:procedures-operationnelles-standardisees-pour-une-reponse-coordonnee-aux-expulsions-forcees
&catid=221:noticias&Itemid=294>.
16 Ibid.
Haïti : la sécurité humaine en danger 191
être expulsé par la force ; et (6) assurer l’accès des agences de coopération internationale
aux camps de déplacés internes17.
Cependant, l’État haïtien n’a pas respecté ces mesures et les expulsions forcées
ont continué. Depuis juillet 2010, selon l’OIM, 420 sites dans douze communes
ont été confrontés à des menaces d’expulsions. 65 462 personnes ont été expulsées
de 155 sites, et 80 751 personnes, logées dans 153 camps, se trouvent sous menace
d’expulsion, soit 21 % de la population des personnes déplacées en Haïti18.
L’OIM indique également que sur ces 420 cas de menaces d’expulsion, la situa-
tion a été résolue dans 132 camps, et que dans 105 autres camps, environ 58 565
personnes ont reçu une assistance au retour du Groupe de travail sur la gestion des
camps (CCCM) et/ou de ses partenaires.
Comme l’a signalé le Bureau des Avocats Internationaux, jusqu’en 2011 aucun
suivi systématique par le gouvernement haïtien ou la communauté internationale
n’avait été mis en place afin de déterminer où les déplacés internes allaient après
avoir quitté les camps19. En 2011, une étude de l’OIM a révélé que sur un échan-
tillon aléatoire de 1 033 déplacés internes ayant quitté les camps, près de la moitié
ont continué à vivre dans des conditions de déplacement, comme dans des tentes
près de leurs anciennes maisons, avec des familles d’accueil, ou dans d’autres dispo-
sitions temporaires, y compris des logements insalubres20, et ce sans aucune mesure
d’accompagnement, ni proposition alternative.
C. DES SOLUTIONS PRÉCAIRES QUI DÉPLACENT LES PROBLÈMES SANS LES RÉSOUDRE
Si la situation des personnes qui vivent encore dans des camps et qui appartien-
nent aux catégories les plus vulnérables reste la plus alarmante, le sort de ceux qui
en sont sortis, évincés par la force ou bénéficiaires de solutions provisoires, est aussi
très préoccupant. On estime en effet qu’alors qu’il y avait initialement environ 1,5
million de personnes dans les camps, 390 000 y étaient encore en juin 2012. La
situation des plus d’un million de sinistrés sortis des camps reste précaire.
Selon l’OIM21 6 500 maisons endommagées ont été réparées grâce aux efforts
fournis essentiellement par les communautés haïtiennes, 4 500 maisons nouvelles
ont été reconstruites et plus de 100 000 abris temporaires ont été fournis (à ceux qui
étaient propriétaires d’un terrain). Or, rappelons que les estimations les plus souvent
citées parlent de 250 000 logements détruits par le séisme22.
Au total, on constate que très peu de solutions durables ont été apportées et les
informations recueillies au cours de la mission permettent d’avancer les hypothèses
suivantes pour les milliers de personnes qui sont sorties des camps de leur pro-
pre initiative : beaucoup sont repartis dans leurs logements, réparés ou pas lorsqu’il
n’étaient que partiellement endommagés, d’autres en ont construit de nouveaux,
contribuant au phénomène de « bidonvillisation » des zones périurbaines, et de
nombreuses familles sont allées s’installer dans les campements de Canaan au Nord
de la capitale (cf. infra). Quelles que soient les « solutions » choisies, il ne semble pas
exagéré de penser que l’immense majorité se trouve aujourd’hui dans une situation
de précarité pire que celle connue avant le séisme.
Ce n’est que depuis le début de l’année 2012 que l’administration Martelly dé-
veloppe une stratégie de relogement des victimes du séisme pilotée par l’Unité de
Reconstruction de Logements et de Bâtiments Publics, initiative conjointe de la
Présidence et de la Primature.
A l’occasion du lancement d’un nouvel Appel Global pour aider les populations
les plus vulnérables en Haïti, le Bureau des Nations unies pour la Coordination des
Affaires Humanitaires a publié une revue à mi-parcours 201224 où il est indiqué
que « les programmes de soutien au retour mis en œuvre par le gouvernement haï-
tien avec le soutien des acteurs humanitaires, comme par exemple l’initiative 16x6 »,
ont bénéficié à 500 000 personnes (déplacés et résidents des quartiers) sous la forme
« d’abris transitoires, de subvention à la location de logement et d’autres types d’as-
sistance dans le cadre des programmes de retour et de relocalisation ».
22 Oxfam, Haïti, op. cit.
23 Ibid.
24 Appel Global Haïti : revue à mi-parcours 2012, 24 juillet 2012, <www.unocha.org>.
Haïti : la sécurité humaine en danger 193
Les mesures prises jusqu’à présent pour le relogement des sinistrés se concentrent
essentiellement autour de trois types de réalisations.
Les acteurs humanitaires ont livré à ce jour 110 000 shelters, abris transitoires en
bois sans infrastructure sanitaire dans les zones affectées par le séisme. Selon l’archi-
tecte, universitaire et consultant Ian Davis qui a mené plusieurs analyses et recher-
ches sur l’hébergement d’urgence et le logement dans une trentaine de situations
de relèvement au lendemain de catastrophes, les résultats sont globalement négatifs
pour les raisons suivantes :
– un coût très élevé : environ 500 millions de dollars, destinés à un nombre pro-
portionnellement réduit de bénéficiaires par rapport aux besoins, qui auraient été
mieux utilisés à la construction de logements permanents, légèrement plus chers,
mais plus durables,
– des installations qui occupent des terrains et bloquent la construction de loge-
ments permanents,
– des constructions de qualité médiocre qui offrent de meilleures conditions que
les tentes et les bâches, mais qui ne sont pas conçues pour résister longtemps aux
violences des saisons des pluies haïtiennes et qui sont non transformables en habi-
tations permanentes décentes. Comme il est à craindre qu’elles vont quand même
se pérenniser comme lieux d’habitation, c’est vers la multiplication d’habitats
précaires qui vont se dégrader au fil des années que l’on se dirige,
– des opérations de construction qui n’ont pas permis de créer les emplois espérés
au niveau local26.
25 Cf. Ian Davis, « Quelle vision de l’avenir pour l’hébergement en abris et en logements en Haïti ? », Document de
synthèse, <www.onuhabitat.org/haiti> et Ian Davis, « Quelle vision de l’avenir pour l’hébergement en abris et le logement
en Haïti ? Brèves observations sur l’état d’avancement de la reconstruction en Haïti après le tremblement de terre du
12 janvier 2010 », document de synthèse, mai 2012, <reliefweb.int/sites/reliefweb.int/files/resources/Vision_Avenir_He-
bergement_Abris_Logement_Haiti %5B1 %5D.pdf>.
26 Ibid.
194 Fédération internationale des droits de l’Homme
28 Ces 12 sites sont: Radio Commerce (Cité Soleil), Santo 17 (Croix-des-Bouquets), Corail Secteur 3 (Croix-des-Bou-
quets), Corail Secteur 4 (Croix-des-Bouquets), Union Centre d’Hébergement de Lilavois 42 (Croix-des-Bouquets), Mayard
(Jacmel), La voix des sans voix (Léogâne), Belle Alliance (Léogâne), Camp Rico (Léogâne), Centre d’Hébergement de Gal-
ette Greffin (Pétion-Ville), Tabarre Isa (Pétion-Ville), Village Eden (Tabarre). Ces sites sont en majorité constitués de T-abris
(T-shelters). Au total, ils hébergent 4 165 ménages ou 18 445 individus. Cf.: Haïti E-Shelter/CCCM Cluster, op. cit.
29 Conseil de Sécurité, Rapport du Secrétaire général sur la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti,
S/2012/678, 31 août 2012, paragraphe 14.
196 Fédération internationale des droits de l’Homme
D’un coût total de 78 millions de dollars US, cette initiative est financée à hauteur
de 30 millions par le Fonds pour la reconstruction d’Haïti (FRH)30.
Les interlocuteurs rencontrés s’accordent à dire qu’il est urgent d’aller au-delà de
cette initiative du programme 16x6 et de l’attribution d’aides individuelles, mesures
conjoncturelles qui ne permettent pas de garantir le droit à un « retour » vers un
logement décent.
Les défis pour garantir durablement les droits au logement, au travail et à des
conditions de vie décentes pour les populations les plus fragilisées par le désastre du
12 janvier 2010 sont considérables.
La première priorité doit être de définir une « stratégie globale de sortie des
camps » de façon planifiée, coordonnée et structurelle. Pour ce faire, une approche
multisectorielle rassemblant à la fois les responsables de différents ministères haï-
tiens et les agences des Nations unies engagées dans plusieurs clusters thématiques
est indispensable. Il conviendra de classifier les camps en fonction de leur degré de
vulnérabilité vis-à-vis des risques d’expulsion sur les terrains privés, de la situation
sanitaire et de l’exposition aux désastres naturels.
Des solutions diversifiées devront être proposées aux habitants des camps dans le
cadre du programme plus large de redressement économique du pays. Il convient
d’engager enfin un programme national de reconstruction et de construction de loge-
ments sociaux. Des mesures d’encouragement et d’encadrement à/de l’auto-construc-
30 <www.onu-haiti.org/wp-content/uploads/2011/12/UNDG-HRF-8-Rapport-Trimestriel-16-6-Mars-2012.pdf>.
Haïti : la sécurité humaine en danger 197
tion, l’utilisation des matériaux produits en Haïti et l’emploi des ouvriers locaux, l’ins-
tauration de facilités de micro-crédit pour relancer l’économie au niveau des quartiers
sont indispensables afin de garantir aux victimes du séisme des moyens d’existence
durables qui leur permettront de prendre en main leur propre relèvement.
De plus, comme l’ont maintes fois rappelé les organisations de la société civile :
« Haïti ne se résume pas à des camps ! » : la situation dans de nombreux quartiers
urbains et périurbains défavorisés doit aussi faire l’objet d’une attention prioritai-
re car il s’agit de zones où vivent des populations de plus en plus précarisées et
vulnérables, et potentiellement explosives. Pour ces populations sinistrées elles aussi,
même si elles n’ont pas vécu dans les camps, il est indispensable de prendre des
mesures qui leur permettent de sortir de la misère et de l’insécurité dans lesquelles
elles se trouvent.
Une approche fondée sur les droits humains se doit de placer au cœur des priorités
les populations qui sont le plus privées de la jouissance de ces droits, et qui représen-
tent un capital de courage et de créativité qui n’attend qu’à être reconnu et valorisé.
– Haïti se trouve au 158e rang parmi les 187 nations classées selon
l’indice de développement humain (rétrogradé de deux rangs depuis
2006), c’est le pays le pauvre de la région des Amériques.
– Près de 55 % de la population dispose de moins de 1,25 dollars US par
jour et 56,4 % souffrent de pauvreté multidimensionnelle.
– La population du pays, évaluée selon les estimations de l’Institut Haïtien
des Statistiques à 10,1 millions d’habitants en 2010, a connu un taux
de croissance annuel de près de 2,2 %, supérieur au taux de croissance
de la richesse nationale, ce qui s’est traduit par une dégradation de la
situation socioéconomique de la majorité de la population, d’autant
plus que la répartition des richesses est scandaleusement inégale entre
riches et pauvres (4 % de la population détient 66 % des richesses
nationales) et entre les zones urbaines et les zones rurales. L’indice
de Gini d’Haïti (0,592) le place parmi les pays les plus inégaux au
monde32.
– La production du secteur agricole et du secteur industriel n’a cessé de
décliner : près de la moitié de la population souffre de malnutrition
chronique et plus de 60 % de la nourriture consommée est importée.
33 Résolutions 1542 du Conseil de sécurité, S/RES /1542 (2004), 30 avril 2004, puis 1576 (2004), 1601, 1608 (2005),
1658,1702 (2006), 1743 , 1780 (2007), 1840 (2008), 1892 (2009), 1908, 1927, 1944 (2010), 2012 (2011).
34 Le « vetting » consiste essentiellement en une évaluation de la moralité et de l’intégrité de chaque agent à travers
une série d’enquêtes menées conformément au droit haïtien et au code de discipline de la PNH surtout centrées sur les
antécédents judiciaires ou disciplinaires et le comportement dans la vie sociale. Les enquêtes sont diligentées par une
équipe mixte PNH/UNPol.
35 « Maintenir la Paix en Haïti ? Une Évaluation de la Mission de Stabilisation des Nations Unies en Haïti, utilisant son
mandat comme baromètre de son succès », Harvard Clinical Advocacy Project et Centro de Justicia Global, mars 2005 ;
« Haïti : la voix des acteurs, working paper 52 », Fundación para las Relaciones Internacionales y el Diálogo Exterior, 15
février 2008 ; « Haiti 2009: Stability at Risk », International Crisis Group, mars 2009. <www.crisisgroup.org/~/media/Files/
latinamerica/haiti/b19_haiti_2009___stability_at_risk.pdf>.
Haïti : la sécurité humaine en danger 199
Entre le 1er juillet 2011 et le 7 juin 2012, la Minustah était en termes budgé-
taires la troisième des treize missions de maintien de la paix en activité, avec 7 272
militaires et 2 807 policiers38. La force militaire a toujours compté autour de 6 000
personnes, soit la très grande majorité des effectifs. Cette présence représente un
coût faramineux.39
36 La MINUSTAH a perdu 102 des siens, y compris la quasi-totalité de ses cadres dirigeants.
37 Paragraphe 4 de la résolution 1927 des Nations unies.
38 L’effectif autorisé par le mandat d’octobre 2011 est de respectivement 7 340 et 3 241, voir annexe 1 et 2 du rapport
du Secrétaire général sur la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti 31 août 2012S/2012/678 et <www.
un.org/news/press/docs/sc10411.doc.htm>.
39 Le budget annuel de la MINUSTAH est de 793 517 100 dollars pour la période allant du 1er juillet 2011 au 30 juin 2012,
soit 66 126 425 dollars par mois.
200 Fédération internationale des droits de l’Homme
40 Rapport du Secrétaire général sur la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti, S/2012/678, août 2012,
notamment les paragraphes 10-12.
41 La France et la Canada.
42 Il y a 7 154 soldats et 118 officiers militaires.
Haïti : la sécurité humaine en danger 201
Après son adoption, le plan quinquennal conclu avec entre la PNH et mission
police civile des Nations unies (UNpol) devra mettre la priorité sur le recrutement
dans la police nationale, notamment au travers du renforcement des capacités des
officiers de rang intermédiaire et supérieur pour que les nouvelles recrues puissent
être convenablement formées et supervisées. De plus, la certification (vetting), en
cours depuis 2006, qui n’a que très peu avancé, devra être poursuivie de manière
prioritaire.
43 Conseil de Sécurité, Rapport du Secrétaire général sur la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti,
S/2012/678, 31 août 2012, paragraphes 20, 30, 31.
44 Voir une description du mandat de UNpol, <MINUSTAH.org/?page_id=21344>.
202 Fédération internationale des droits de l’Homme
Neuf mois après le séisme, une épidémie de choléra s’est déclarée, tout d’abord
dans la région de l’Artibonite. L’épidémie s’est ensuite rapidement étendue. Selon
les derniers chiffres d’avril 2012, 7 050 personnes en sont mortes et 530 000 ont
contracté la maladie45.
Il est maintenant clairement démontré que cette épidémie a été causée par l’ab-
sence d’infrastructures sanitaires sur la base de la Minustah de Mirebelais ; cette
situation ayant conduit à ce que les excréments des soldats népalais porteurs de cette
maladie se répandent dans la rivière de l’Artibonite46, une des sources d’eau pour les
Haïtiens de la région.
45 <www.ijdh.org/projects/cholera-litigation>.
46 Dès novembre 2010 Renaud Piarroux, un épidémiologiste français, a évoqué cette thèse ensuite confirmée par une
étude scientifique publiée en août 2011, cf. Rene S. Hendriksen et al., «Population Genetics of Vibrio cholerae from Nepal
in 2010 : Evidence on the origin of the Haitian Outbreak », mBio 2(4) 2011 .
47 Voir « In response to protests, MINUSTAH disregards legitimate grievances », CEPR, 16 novembre 2010, <www.cepr.
net/index.php/blogs/relief-and-reconstruction-watch/in-response-to-protests-MINUSTAH-disregards-legitimate-grievances>
et <www.haitilibre.com/article-1674-haiti-social-emeute-a-cap-haitien-16-blesses-2-morts.html>. Selon ces deux articles,
les soldats de la MINUSTAH serait à l’origine de ces morts.
48 « UN calls for probe into Origin of Haiti Cholera », Washington Times, 15 décembre 2010.
Haïti : la sécurité humaine en danger 203
Les autorités judiciaires uruguayennes ont été saisies suite à la dénonciation pu-
blique faite autour du cas de viol de Jonny Jean (Port-salut, Sud), par des organisa-
tions de droits humains du pays.
Le cas relatif au viol de Roody Jean, (Gonaïves, Artibonite) a été initié, suite à une
résolution votée à l’unanimité au Parlement haïtien qui demandait la révocation de
l’immunité des deux soldats ayant violé le mineur à Gonaïves.
Jusqu’alors, le procès des violeurs de Jonny Jean devant une juridiction de droit
commun a constitué une exception puisque dans la plupart des cas, s’il y a des procé-
dures, elles ont lieu devant les juridictions militaires. En réalité ce genre de cas abou-
tit souvent tout au plus à des sanctions disciplinaires. Confrontée à ces situations,
la Minustah ne communique pas ; les militaires concernés sont renvoyés dans leur
pays d’origine, ce qui rend difficile la possibilité pour les victimes de connaître les
suites des procédures. Elle refuse toute responsabilité et tout contact avec les victimes
au prétexte que les faits sont à la fois de la responsabilité des personnes individuel-
204 Fédération internationale des droits de l’Homme
les et des États responsables de leurs contingents nationaux. Ainsi, les victimes de
ces violences se trouvent souvent plus démunies que d’autres victimes de violences
sexuelles, par exemple celles des camps qui elles bénéficient d’une structure de sou-
tien, souvent d’ailleurs diligentée par des entités onusiennes. En effet, non seulement
les premières n’ont pas d’information quant au sort des violeurs mais en plus elles
ne bénéficient d’aucune reconnaissance de leurs souffrances, ni d’aucun soutien,
notamment psychologique.
La FIDH a suivi de près la situation de Jonny Jean qui avait dû, suite à son viol et
à sa retransmission sur Internet, fuir son village et se trouvait dans une grave situa-
tion de fragilité psychologique et financière. La Minustah a refusé de lui accorder
un soutien, même psychologique.
– Prendre toutes les mesures nécessaires pour lutter contre la surpopulation carcé-
rale ;
– Mettre une assistance juridique commise d’office à disposition de chaque per-
sonne prévenue ;
– Juger les personnes en détention préventive prolongée, prioritairement les per-
sonnes en détention préventive prolongée depuis plusieurs années, et appliquer
la Loi de Lespinasse, qui prévoit une réduction de la peine en fonction du temps
passé en détention préventive ;
– Juger les mineurs détenus dans les plus brefs délais et veiller à ce qu’ils ne soient
placés en détention qu’en ultime recours, et de manière exceptionnelle49;
49 La Résolution 2002/92 de la Commission des droits de l’Homme engage les États à « prendre les mesures qui
s’imposent pour assurer le respect du principe selon lequel il ne faut recourir qu’en dernier ressort à la privation de liberté
des enfants et pour une durée aussi limitée que possible, en particulier avant le procès».
206 Fédération internationale des droits de l’Homme
– Signifier aux parties concernées les dispositifs de jugement, dans le but de remet-
tre en liberté les détenus qui ont purgé leur peine ;
– Séparer les prévenus des condamnés ;
– S’assurer que nul n’est placé en détention pour dettes et le cas échéant, procéder
à la libération immédiate des personnes concernées ;
– Assurer la distribution d’eau potable et de nourriture en quantité et qualité suffi-
santes, ainsi que des produits d’hygiène de base ;
– Nommer au moins un médecin dans chaque prison ;
– Fournir un traitement adapté aux détenus malades et garantir leur accès aux
soins ;
– Réaliser une étude comparative sur la détention préventive prolongée dans chacu-
ne des juridictions, comme le demande l’Expert Indépendant des Nations unies
sur la situation des droits de l’Homme en Haïti ;
– Construire de nouveaux établissements pénitentiaires, dans le respect des normes
internationales en la matière ;
– Respecter les obligations internationales et ratifier la Convention des Nations
unies contre la torture, recommandé lors de l’Examen Périodique Universel (EPU,
passage en revue des réalisations de l’ensemble des États membres de l’Onu dans
le domaine des droits de l’Homme).
– Étudier la possibilité d’établir une institution mixte chargée de lutter contre l’im-
punité et de promouvoir l’État de droit, en suivant l’exemple de la Commission
internationale de lutte contre l’impunité au Guatemala (CICIG)
– Juger et condamner Jean Claude Duvalier en appel pour les crimes contre l’Hu-
manité perpétrés sous son régime ;
– Mettre en œuvre un travail de mémoire en l’honneur des victimes de la dicta-
ture.
LUTTER CONTRE L’IMPUNITÉ POUR LES VIOLATIONS DES DROITS DE L’HOMME COMMISES
PAR LES MEMBRES DE LA MINUSTAH, PAR VIOLATION OU OMISSION :
Au sujet du choléra :
Au sujet de l’impunité des violations de droits de l’Homme qui auraient été commises
par des membres de la MINUSTAH :
À LA COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE
50 Les Nations unies ont annoncé l’initiative “une équipe contre le choléra” dans le but d’éradiquer le choléra au moyen
d’investissements en eau et assainissement.
Haïti : la sécurité humaine en danger 209