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L'administration de La Preuve de L'infraction de Viol en Droit Penal Congolais-1-1

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L'administration de La Preuve de L'infraction de Viol en Droit Penal Congolais-1-1

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i

MOISE ILOKO KITUMBAMOYO

L’ADMINISTRATION DE LA
PREUVE DE L’INFRACTION
DE VIOL
EN DROIT PENAL CONGOLAIS

Editions Universitaires Européennes


Octobre 2023
ii
iii

NOTA BENE

Nous implorons l’indulgence du lecteur pour les failles


inhérentes à notre nature humaine qu’il pourrait déceler à travers
cet ouvrage. L’œuvre des hommes, imparfaite par essence mais
susceptible de perfection, cet ouvrage portant sur l’administration
de la preuve de l’infraction de viol en droit pénal congolais est
soumis à vos critiques constrictives.
iv

Tous droits réservés pour tous pays.

Il est interdit, sauf accord préalable et écrit de l’auteur, de


reproduire (notamment par photocopie) partiellement ou
totalement le présent ouvrage, de le stocker dans une banque de
données ou de le communiquer au public, sous quelque forme et de
quelque manière que ce soit.

Copyright © Octobre 2023


Moïse ILOKO KITUMBAMOYO
[email protected]
+243 977 697 992
i

« L’objectif principal poursuivi par le droit de la preuve demeure la


recherche de la vérité, et plus précisément l’établissement d’une
vérité... acceptable par tous; ce qui suppose une preuve fiable et
crédible ».

Ch. AYELA1

« L’impact de la violence sexuelle est ressenti par les individus mais


également par les familles et les communautés, et peut avoir des
répercussions sur plusieurs générations ».

Principe 92

« Le magistrat est serviteur de Dieu pour ton bien. Mais si tu fais le


mal, crains ; car ce n’est pas en vain qu’il porte l’épée, étant
serviteur de Dieu pour exercer la vengeance et punir celui qui fait le
mal ».

Romains : 13 :4

1Ch., AYELA, « Le droit de la preuve en France », Gaz. Pal. 14 février 2012, p.15.
2Les Principes de LA HAYE sur la violence sexuelle, Déclaration de la société
civile sur la violence sexuelle, Lignes directrices en droit pénal international sur
la violence sexuelle, Principes-clés pour les décideurs politiques en matière de
violence sexuelle, p. 112.
i

PRINCIPALES ABREVIATIONS

ADN : Acide désoxyribonucléique

AL : Alinéa

AM : Arrêté Ministériel

ART : Article

B.A : Bulletin des arrêts

B.O: Bulletin official

Bull: Bulletin

CP : Code Pénal

CPL I : Code Pénal Livre premier

CPLII : Code Pénal Livre second

D.L : Décret - loi

Ed : Edition

JORDC : Journal Officiel de la République Démocratique du Congo

LGDJ : Librairie Générale de Droit et de Jurisprudence

LPE: Loi portant Protection de l'Enfant

MP : Ministère Public

N° : Numéro

OMP : Officier du Ministère Public

Op.cit. : Œuvre citée

OPJ : Officier de Police Judiciaire


ii

ORD : Ordonnance

ORD L : Ordonnance loi

P : Page

PUC : Presse universitaire du Congo

PV: Procès-verbal

R.D.C : République Démocratique du Congo


iii

PREFACE

Ecrire un livre n’a pas pour but de remplir des pages à l’aide d’histoires,
mais c’est tout d’abord une question de fardeau et de message à
transmettre.

Le viol est un problème largement répandu à travers le monde. Chaque


jour un nombre incalculable de personnes est victime de viol chez eux,
au travail, dans les familles, dans les couples, etc. Cependant pour
qu’une personne soit condamnée, il faut que le juge ait procédé à la
reconstitution des faits, et ait établi une cohérence entre ces faits et la
définition légale d’une infraction. Mais pour parvenir à cette vérité, à
cette certitude judiciaire, l’accusation et la défense auront chacune
exprimé leurs prétentions; de sorte que l’une apportera la preuve à
défaut de laquelle, le doute s’installera et profitera à l’autre.

Malheureusement, l'administration de la matérialité de l'infraction de


viol relève d'un véritable parcours de combattant en RDC car les
moyens de preuve en matière de viol sont difficiles à obtenir. Il s’agit
donc d’un casse-tête non seulement pour les officiers de police judiciaire,
Ministère Public et Juges mais également pour les avocats qui
défendent les clients.

Les difficultés à se rendre sur les lieux du crime afin de procéder aux
investigations suite à l'inaccessibilité géographique à certains territoires
et districts en raisons des distances, l'insécurité croissante, de l'absence
d'infrastructure routière ou de moyens de déplacement, une technologie
d'enquête moins avancée3, l'absence quasi totale des médecins légistes

3 C’est d’ailleurs le rôle de la criminalistique la recherche des infractions et des


coupables par des voies scientifiques. Elle comprend trois branches distinctes, en
l’occurrence: La médecine légale consiste dans un examen du corps humain qui va
permettre de déterminer les causes d’un décès, ou le type d’arme utilisé. Pratiquées sur
iv

sur l'étendue de la RDC, des certificats médicaux incomplets ne donnant


pas tous les éléments dont le juge pourra bien asseoir sa conviction,
induisent parfois les juges à mal dire le droit, en prononçant une
condamnation à un innocent ou un acquittement à un coupable.

Cette problématique, pousse l’auteur de cet ouvrage a arboré sur la


question de « l'administration de l'infraction de viol en droit pénal
congolais ».

I., RACHIDI MUPEPA Valérien (+)

une personne vivante, elle permettra de déterminer les dommages ; La toxicologie,


science des poisons, va renseigner sur les effets qui sont produits par certaines
substances. Par exemple, déterminer le caractère mortifère ou non d’un produit qui a
été administré à une personne. La police scientifique a pour objet l’identification des
circonstances de l’infraction, grâce à un examen des traces laissées par le délinquant
(les empreintes digitales, l’ADN, la balistique, etc.
1

REMERCIEMNTS

Cet ouvrage s'adresse aux magistrats, avocats, personnels judiciaires, et en


général à tous ceux qui désirent augmenter et préciser leurs connaissances
en matière de l'administration de la preuve en droit pénal.

L'auteur se fait un devoir et une joie d'adresser quelques remerciements.


Tout d'abord, les magistrats Bienvenu MALIYABWANA, Daniel KIMPULU
ainsi que le magistrat Claver BAMUKIRA.

Nous remercions également tous nos collègues et amis juristes notamment:


Maître Koko RUKENGEZA, Maître François MIKEBA KAPIPA, Maître
Guelord BAGAYA, Maître Assumani KANGETA, Maître Rakim KIMPUTU,
Maître Bruno BWANGA, Maître Valentin YANGI, Maître Christian
TSHITERA, Maître Ghislain BARHAHIGA KABAMBA, Maître Mbuyu
KIBUNGU, Maître Christian FIKIRI ASANI, Maître Jean RUVUBIKA,
Maître Moïse ABALE ABDALLAH, Ruffin ASANI, Maître Michaël
MUGISHO, par leurs conseils amicaux et judicieux, nous a permis de ne
pas nous écarter du but de cette thématique

Tous nos remerciements vont aussi à l'Edition Universitaires Européennes


(UE) pour les amendements, la mise en forme et la publication de cette
œuvre.

Enfin, nous remercions chaleureusement tous ceux qui vont nous adresser
des remarques relatives à cette première édition de cet ouvrage.

Moïse ILOKO KITUMBAMOYO


2

INTRODUCTION

L’administration de la preuve apparait ainsi comme une étape cruciale du


procès pénal. Mais, avant d’administrer la preuve, il faut en toute logique
l’avoir préalablement recueillie c’est-à-dire, en avoir rassemblé les
éléments. Exercice pas toujours aisé dans la mesure ou les délinquants
agissent généralement dans le secret et il n’est pas rare de les voir recourir
à des artifices pour égarer la justice ou supprimer les éléments matériels
de leur forfait.

En matière de viol, la recherche de ces éléments s’avère encore plus ardue


à cause de l’attitude de la victime qui, pour des raisons plutôt
compréhensibles peur du rejet ou de la stigmatisation par la communauté,
peur de représailles, sentiment de honte et d’humiliation a tendance à
s’abriter derrière un silence faussement protecteur. Dans ces conditions, il
est particulièrement difficile d’établir l’existence de crime4.

La question de la preuve revêt une importance particulière dans le procès


pénal et civil à plusieurs égards 5 . Tout d’abord, les conditions dans
lesquelles les preuves peuvent être recherchées, produites, discutées et
appréciées peuvent mettre en jeu les droits et libertés fondamentaux: la vie
privée, liberté d’information, dignité de la personne en respectant la
norme juridique, présomption d’innocence est, plus généralement, règles
du procès équitable 6 . Ensuite, l’objet même du procès pénal est de

4 T., NGOY WA NSENGA, Le droit de la preuve dans l’avant procès en procédure pénal
Congolaise, Mémoire de DES, faculté de Droit, Université de Kinshasa, 2003-2005,p70.
5 P., MUNZENZE TSHOMBE, La réflexion technique et critique de l’administration de la

preuve dans la pratique judiciaire congolaise « cas de la répression du viol », Université


Simon Kimbangu (USK), document disponible sur:
https://www.google.com/url?q=https://congovirtuelle.com
6 F., DESPORTES LAURENCE, Traite de procédure pénale, 3è éd., paris, ECONOMICA,

2013, p.137
3

rechercher la vérité et donc de rassembler des preuves qui permettront de


déterminer si la personne est coupable ou non coupable.

Le problème de la preuve s’est trouvé toujours au centre du procès pénal.


Mais avant tout même que se pose la question finale de la culpabilité, les
éléments de preuve réunis, qualifiés selon le cas d’indices, de charges ou de
prévues, déterminent à tous ces stades de la procédure le statut de la
personne concernée, ses droit et les mesures pouvant être pris à son
encontre. En effet, avant d’être déclarée coupable ou d’être mise hors de
cause, une personne connait divers statuts procéduraux ou au moins
certaines d’entre eux: suspect, témoin assisté, personne ne mise en examen,
prévenu ou accusé, etc.

Toutes les violences sexuelles, quel que soit leur forme, constituent des
atteintes à la dignité et à l’intégrité corporelle de la victime. Le viol, c'est
vrai, est un crime intolérable, sa répression mais aussi sa prévention sont
devenues une nouvelle exigence de civilisation7.

En République Démocratique du Congo, la violence sexuelle, à l’égard des


femmes et même chez les hommes et à tout âge est devenu un réel
problème. Depuis les décennies quatre-vingt-dix à nos jours, les cours et
tribunaux congolais jugent, dans leurs répertoires pénaux 30 à 40% de
procès lieu aux actes de violences sexuelles dont en 1ere position le viol.
néanmoins la qualité, pour la plupart lamentable ou déficitaire des
motivations de divers jugements et arrêts quant à l’administration et a
l’établissement de la preuves a conviction , pour de décisions doublement
scandaleux : soit qu’ils acquittent si facilement ou qu’ils condamnent
carrément à des forte peines sans motivation adéquates quant à la
certitude ou non des faits et du droit applicable, celle et l’étendue des
preuves ou de la responsabilité , ce qui rend ainsi l’étude sur la réflexion

7 G., HALIMI, Viol, le procès d'Aix-en-Provence. Paris : l'Harmattan. 21 septembre 2012.


4

technique et critique de l’administration de la preuve dans la pratique


judicaire congolais cas de la répression du viol , d’un intérêt certain8.

Par ailleurs, l’envoyée spéciale des Nations Unies sur les violences faites
aux femmes et aux enfants dans les conflits armés, Mme MARGOT
WALLSTRÖM, en est arrivée, en 2010, à qualifier la RDC de « capitale
mondiale du viol » et à appeler le Conseil de sécurité à agir pour mettre un
terme à ces violences9.

Le 20 juillet 2006, la RDC a adopté deux lois contre les violences sexuelles,
modifiant la définition de viol et d’autres formes de violence basées sur le
genre ainsi que la procédure pénale. La loi 06/018 a modifié et complété le
code pénal congolais par « l’intégration des règles du droit international
humanitaire relatives aux infractions de violences sexuelles ». Elle inclut
de nouvelles définitions du viol, de la prostitution forcée, du proxénétisme,
a ajouté douze nouvelles infractions de violences sexuelles et a augmenté
l’échelle des peines applicables.
La loi 06/019 a renforcé la répression des infractions de violences
sexuelles en introduisant des nouvelles normes sur la célérité de la
répression, la sauvegarde de la sécurité, du bien-être physique et
psychologique et de la dignité de la victime, et la garantie d’une assistance
judiciaire aux victimes. Elle a introduit d’autres éléments importants: les
infractions relatives aux violences sexuelles sont assimilées à des
infractions flagrantes pour lesquelles l’arrestation du présumé coupable

8 Rapport du ministre de la justice, Kin., 2011, p.15 à 25. LUZOLO BAMBI LESSA, Manuel
de procédure, P.UC., Kin., 2011, p.27.
9 Lire, le PV de la 6302ème séance de la réunion du Conseil de sécurité des Nations Unies,

Doc. ONU S/PV.6302, 27 avril 2010, p. 4., cité par Jacques B., MBOKANI, La
jurisprudence congolaise en matière de crimes de droit international. Une analyse des
décisions des juridictions militaires congolaises en application du Statut de Rome. Une
étude de l’Open Society Initiative for Southern Africa (OSISA), 2016,
www.africanminds.org.za
5

n’est pas subordonnée à l’information préalable de l’autorité hiérarchique;


l’amende transactionnelle est interdite en matière de violences sexuelles.

Pour qu’une personne soit condamnée, il faut que le juge ait procédé à la
reconstitution des faits, et ait établi une cohérence entre ces faits et la
définition légale d’une infraction. Mais pour parvenir à cette vérité, à cette
certitude judiciaire, l’accusation et la défense auront chacune exprimé
leurs prétentions ; de sorte que l’une apportera la preuve à défaut de
laquelle, le doute s’installera et profitera à l’autre. Car l’exactitude et le
prestige de la justice ainsi que l’autorité qui s’attache à la chose jugée en
matière pénale sont à ce prix10. La qualification des faits est une démarche
tendant à trouver l’appellation correspondant à l’activité criminelle11.

Ainsi, pour tirer son intime conviction de l’ensemble du dossier soumis à


sa connaissance, le Tribunal de céans, a réservé une place privilégiée aux
aveux si bien qu’il est de doctrine constante que l’aveu n’est pas une source
sûre de conviction dans la mesure où il peut être le résultat de l’erreur, de
la crainte, du désespoir, du désir de sauver le véritable coupable, voire de
la volonté de se mettre en valeur, etc.

La loi, n°06/018 du 20 juillet 2006 relative aux violences sexuelles,


actuellement en vigueur contrairement à la loi abrogée apporte des
innovations. Le viol n’est plus limité à la seule pénétration sexuelle. Il
s’étend désormais aussi à la pénétration anale, buccale ou de tout orifice
par un organe sexuel, par toute autre partie du corps ou par un objet
quelconque. La pénétration sexuelle, anale ou buccale ne doit pas être à
tout prix complet. Il suffit qu’elle soit même superficielle, pour être
infractionnelle. N’est plus seule victime du viol la personne du sexe

10 ASF., Recueil en matière de crimes internationaux, Décembre 2013, p. 110.


Www.asf.be
11 L., BOLONGO, Droit pénal spécial zaïrois, LGDJ, Paris 1985, p. 18.
6

féminin : la femme, la fille ou la fillette. Désormais toute personne


vulnérable sans considération de sexe notamment les femmes, les enfants
et les hommes peuvent être victimes de l’infraction de viol.

Tout aussi importante est la question relative à l’administration de la


preuve de violences sexuelles. Les preuves permettent de déterminer le
coupable d’une infraction ou peuvent au contraire, confirmer l’innocence
d’une personne. Le doctrinaire Jean SALMON fait observer que, dans le
domaine du droit, la preuve se contente « d’atteindre une représentation
de la vérité, de la réalité, ou du moins d’en convaincre celui auquel on la
présente12».

L'article 17 de la constitution de 2006 dispose que toute personne accusée


d'une infraction pénale est présumée innocente jusqu'à ce que sa
culpabilité soit établie par un jugement définitif. Cette disposition
constitutionnelle prévoit la présomption d'innocence qui consacre
implicitement l'obligation pour le Ministère Public et/ou la partie
plaignante ou civile d'apporter la preuve de tous les éléments constitutifs
de l'infraction et de ceux qui permettent d'engager la responsabilité du
prévenu.

Une tâche qui s'avère difficile pour la victime et quelquefois pour le


ministère public dans la mesure où les violences sexuelles peuvent n'avoir
pas été suivies de sévices et de mutilations, sans attestation médicale
témoignant de l'existence des violences sexuelles ; parfois aussi, un temps
trop long s'est écoulé depuis la commission de l'infraction et ne permet
plus de trouver des preuves.

12 J., SALMON, « Le fait dans l’application du droit international » R.C.A.D.I., t.175,


1982-II, p.304.
7

SOMMAIRE

Chapitre premier: Norme juridique de répression de l'infraction de


violences sexuelles;
Chapitre deuxième: L'infraction de viol en droit pénal congolais;
Chapitre troisième: L'administration de la preuve de l'infraction de viol;
Chapitre quatrième: L’administration de la preuve: viol sur mineur ;
Chapitre cinquième: Les causes de non imputabilité.
8

CHAPITRE 1.
LE NORME JURIDIQUE DE RÉPRESSION DE
L'INFRACTION DE VIOLENCE SEXUELLE

Depuis la seconde moitié du siècle passé, il s’est développé à travers le


monde une nouvelle forme de criminalité à grande échelle, justifiée le plus
souvent par des intérêts d’ordre économique, social et politique. Il s’agit
particulièrement des violences sexuelles13.

SECTION 1.
NORME JURIDIQUE INTERNATIONAL

La RDC est partie aux Conventions de Genève du 12 août 1949 et à ses


deux protocoles additionnels ainsi qu'à plusieurs instruments
internationaux relatifs aux droits humains et s'appliquant aux problèmes
de violence sexuelle.

Se reconnaissant comme Etat moniste, la constitution du 18 février 2006


de la RDC proclame en son article 215 que « les traités et accords
internationaux régulièrement conclus ont, dès leur publication, une
autorité supérieure à celle des lois, sous réserve pour chaque traité ou
accord, de son application par l'autre partie ». Ceci implique que ces
derniers doivent s'appliquer immédiatement dans la législation interne,
sans attendre la loi d'application.

Signalons qu'il ressort de la Déclaration et du Programme d'action de


Vienne que : « Les violations des droits fondamentaux des femmes dans
les situations de conflit armé contreviennent aux principes fondateurs des
droits de la personne humaine et du droit humanitaire internationalement

13Exposé des motifs, loi nº06/018 du 20 juillet 2006 Modifiant et complétant le décret du
30 janvier 1940 portant Code pénal congolais.
9

reconnus. Toutes les violations de cette nature, y compris et en particulier


le meurtre, le viol systématique, l'esclavage sexuel et la grossesse forcée,
exigent des mesures particulièrement efficace14».

A. Le Droit International Humanitaire

Les conflits successifs qu’a connus la RDC de 1996 à nos jours ont revêtu à
la fois un caractère interne et international. En effet, pour rappel, les
acteurs de cette guerre étaient non seulement des insurgés congolais mais
également des troupes étrangères (Rwanda, Burundi). D'où l'application
de différents régimes de droit aux actes de violences sexuelles commis en
RDC.

1. Le régime de droit portant sur les conflits armés


internationaux

Le régime de droit portant sur les conflits armés internationaux a pour


base les Conventions de Genève du 12 août 1949 ainsi que le Premier
protocole additionnel aux Conventions de Genève du 12 août 1949 relatif à
la protection des victimes des conflits internationaux armés (Protocole I).
Ces instruments condamnent implicitement et explicitement le viol et les
autres formes de violence sexuelle considérés comme autant de violations
graves du droit humanitaire15.

La RDC est partie à ces instruments juridiques qu'elle a ratifiés


respectivement en 1961 pour les Conventions de Genève du 12 août 1949 et
en 1982 pour le Protocole I.

14 Nations Unies, Assemblée Générale, Conférence Mondiale sur les droits de l'homme,
Déclaration et Programme d'action de Vienne, Section 3, § 38, 14-25 juin 1993, <
http://daccessdds.un.org/doc/UNDOC/GEN/G93/142/34/PDF/
G9314234.pdf?OpenElement>
15 Human Rights Watch, « En quête de justice : Poursuivre les auteurs de violences

sexuelles commises pendant la guerre au Congo», Rapport, mars 2005 Vol. 17, No. 1(A),
p.25.
10

La quatrième Convention de Genève relative à la protection des personnes


civiles en temps de guerre requiert toute notre attention car elle comporte
des dispositions spécifiques sur les violences sexuelles. Elle dispose que «
les femmes seront spécialement protégées contre toute atteinte à leur
honneur et notamment contre le viol, la contrainte à la prostitution et tout
attentat à leur pudeur »16.

L'article 147 ajoute que « la torture ou les traitements inhumains » et « le


fait de causer intentionnellement de grandes souffrances ou de porter des
atteintes graves à l'intégrité physique ou à la santé » sont autant
d'infractions graves aux Conventions.

Les actes de violences sexuelles sont également interdits par le Premier


protocole additionnel aux Conventions de Genève du 12 août 1949 relatif à
la protection des victimes des conflits internationaux armés du 8 juin 1977
(Protocole I).

L'Article 76(1) stipule que « les femmes doivent faire l'objet d'un respect
particulier et seront protégées, notamment contre le viol, la contrainte à la
prostitution et toute autre forme d'attentat à la pudeur ».

L'Article 3 commun aux quatre Conventions de Genève du 12 août 1949


qui s'applique non seulement aux groupes armés non gouvernementaux
mais aussi aux forces gouvernementales interdit les attaques contre ceux
qui ne prennent pas une part active aux hostilités, notamment les civils.
Aussi les actes tels que les atteintes portées à la vie et à l'intégrité
corporelle comme le meurtre sous toutes ses formes, les mutilations, les
traitements cruels, tortures et supplices ; les prises d'otages ; les atteintes à
la dignité des personnes (traitements humiliants et dégradants) sont- ils

16Quatrième Convention de Genève du 12 août 1949 relative à la protection des personnes


civiles en temps de guerre, Article 27
11

prohibés 17 . Le viol tel qu'il a été pratiqué à l'Est de la RDC avec une
brutalité inouïe par les armées gouvernementales rwandaises, burundaises,
les groupes armés Mai-Mai, hutu Rwandais et burundais ainsi que le
Rassemblement Congolais pour la Démocratie tombe sous le coup de cette
définition puisqu'il peut être qualifié de traitement cruel, de torture et
d'atteinte à la dignité de la personne18.

Quant au Protocole II aux Conventions de Genève du 12 août 1949, ratifié


par la RDC depuis le 12 décembre 2002, il interdit expressément « les
atteintes portées à la vie, à la santé et au bien-être physique ou mental des
personnes, en particulier le meurtre, de même que les traitements cruels
tels que la torture, les mutilations ou toute forme de peine corporelle » ; «
les atteintes à la dignité de la personne, notamment les traitements
humiliants, dégradants, le viol, la contrainte à la prostitution et tout
attentat à la pudeur » et « l'esclavage et la traite des esclaves sous toutes
leurs formes »19.

Selon le Commentaire du CICR, cet article « réaffirme et complète »


l'Article 3 commun parce qu'il « s'est avéré nécessaire de renforcer ... la
protection des femmes... qui peuvent aussi être victimes de viol, de
contrainte à la prostitution ou d'autres attentats à la pudeur »20.

De ce qui précède, il est certain que le crime de viol est défini comme une
grave violation des Conventions de Genève, en tant que tel il devient un
crime de guerre. Lorsque ce dernier est commis à une échelle visiblement

17 Conventions de Genève de 1949, Article 3.


18 Human Rights Watch, « En quête de justice : Poursuivre les auteurs de violences
sexuelles commises pendant la guerre au Congo», Rapport, mars 2005 Vol. 17, No. 1(A),
p.26.
19 Protocole II, Article 4 (2) (a), (e) et (f).

20 Commentaire du CICR sur les Protocoles additionnels de juin 1977 aux Conventions de

Genève du 12 août 1949 (Genève: Martinus Nijhoff, 1987), p. 1375, para. 4539 cité par
Human Rights Watch, « En quête de justice : Poursuivre les auteurs de violences sexuelles
commises pendant la guerre au Congo», Rapport, mars 2005 Vol. 17, No. 1(A), p.26.
12

vaste ou qu'il soit associé à une politique délibérée, il est traité de crime
contre l'humanité.

B. Le Droit International des Droits Humains

La RDC est partie à plusieurs instruments internationaux relatifs aux


droits humains et garantissant également les droits des femmes. Parmi ces
instruments figurent le Pacte international relatif aux droits civils et
politiques (PIDCP)21; la Convention contre la torture et autres peines ou
traitements cruels, inhumains ou dégradants (CCT)22; la Convention sur
l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des Femmes
(CEDEF)23, la Convention relative aux Droits de l'Enfant (CDE)24.

Au niveau régional, la RDC est partie à la Charte africaine des droits de


l'homme et des peuples25qui prône également l'élimination de toutes les
formes de discrimination à l'égard des femmes. Ces instruments protègent
les femmes et les filles en temps de paix comme en période de conflit armé.

Il est certain que « les violations des droits humains des femmes dans des
situations de conflit armé sont des violations des principes fondamentaux
du droit international en matière de droits humains et du droit
humanitaire. Toutes les violations de cette nature, y compris en particulier,
le meurtre, le viol systématique, l'esclavage sexuel et les grossesses
contraintes exigent une réponse particulièrement efficace ».
Malheureusement, à l'Est de la RDC, ces crimes sont restés impunis pour
la plupart et ce, malgré le fait que la RDC a toujours constitutionnellement
reconnu la primauté du droit international sur le droit interne.

21 La RDC a ratifié le Pacte le 1er novembre 1976.


22 La RDC a ratifié la Convention le 18 mars 1996.
23 La RDC a ratifié la Convention le 17 octobre 1986.

24 La RDC a ratifié la Convention le 20 mars 1990.

25 La RDC a ratifié la Charte le 20 juillet 1987.


13

1. le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et la


Convention contre la torture

Le PIDCP et la Convention contre la torture et autres peines ou


traitements cruels, inhumains ou dégradants interdisent la torture et tout
autre traitement cruel, inhumain ou dégradant commis par des
fonctionnaires ou toute autre personne agissant à titre officiel26.

La torture doit s'entendre comme tout acte par lequel une douleur ou des
souffrances aiguës, physiques ou mentales, sont intentionnellement
infligées à une personne (...) lorsqu'une telle douleur ou de telles
souffrances sont infligées par un agent de la fonction publique ou toute
autre personne agissant à titre officiel ou à son instigation ou avec son
consentement exprès ou tacite.

Le viol peut être constitutif de torture. Le Rapporteur spécial des Nations


Unies pour la torture partage cet avis lorsqu'il reconnaît que « [L]e viol est
une forme de torture traumatisante pour la victime »27.

Le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) et le Tribunal


pénal international pour le Rwanda (TPIR) ont opté pour la même position
dans leur jurisprudence. Dans l'affaire Furundzija, le TPIY a déclaré que «
[D]ans certaines circonstances (...) le viol peut s'apparenter à une forme de
torture et est donc considéré par les instances judiciaires internationales
comme constitutif d'une violation de la norme interdisant la torture »28.
Tandis que le TPIR a établi dans l'affaire Akayesu que : « Comme la torture,
le viol est utilisé à des fins telles que l'intimidation, la dégradation,

26 Assemblée Générale des Nations Unies, Déclaration sur l'élimination de la violence à


l'égard des femmes, A/RES/48/104, 23 février 1994.
27 Nations Unies, Report of the U.N. Special Reporter on Torture, Mr. Nigel S. Rodley,

submitted pursuant to the Commission on Human Rights, Resolution 1992/32,


E/CN.4/1995/34, Paragr. 19, January, 12, 1995.
28 Procureur contre Anto Furundúija, Arrêt, IT-95-17/1-T, 10 décembre 1998, paragr. 171.
14

l'humiliation, la discrimination, le châtiment, le contrôle ou la destruction


d'une personne.

Tout comme la torture, le viol est une atteinte à la dignité personnelle et


constitue en fait une forme de torture lorsqu'il est infligé par, à
l'instigation de, avec le consentement ou l'accord d'un fonctionnaire public
ou de toute autre personne agissant à titre officiel »29.

2. La Convention sur l'élimination de toutes les formes de


discrimination à l'égard des femmes

La violence à l'égard des femmes et des jeunes filles constitue non


seulement une violation de leurs droits fondamentaux et un obstacle au
plein exercice de tous leurs droits mais aussi une forme de discrimination
sexiste que tous les États sont appelés à éliminer.

Par discrimination, la Convention sur l'élimination de toutes les formes de


discrimination à l'égard des femmes entend « toute distinction, exclusion
ou restriction fondée sur le sexe qui a pour effet ou pour but de
compromettre ou de détruire la reconnaissance, la jouissance ou l'exercice
par les femmes (...) sur la base de l'égalité de l'homme et de la femme, des
droits de l'homme et des libertés fondamentales ». Certes, l'article 1er de la
Convention ne parle pas expressément des violences faites aux femmes,
cependant elle inclut cette dernière.

En effet, la Recommandation générale n° 19, adoptée par le Comité pour


l'élimination de la discrimination à l'égard des femmes en 1992 éclaircit cet
article lorsqu'elle affirme que « (...) la violence sexiste, constitue une
discrimination, au sens de l'article premier de la Convention ».

29Procureur contre Jean-Paul Akayesu, Arrêt, ICTR-96-4-T, 2 septembre 1998, paragr.


687.
15

Par violence sexiste, il convient d'entendre une « violence exercée contre


une femme parce qu'elle est une femme ou qui touche spécialement la
femme. Elle englobe les actes qui infligent des tourments ou des
souffrances d'ordre physique, mental ou sexuel, la menace de tels actes, la
contrainte ou autres privations de liberté ».

L'article 2 de la Déclaration sur l'élimination de la violence à l'égard des


femmes est encore plus explicite. Pour elle, cette violence s'entend comme
englobant, notamment la violence physique, sexuelle et psychologique
exercée au sein de la collectivité, y compris le viol, les sévices sexuels.

Les Etats sont donc appelés à mettre un terme aux violences sexuelles.
Pour les aider dans leur tâche, le Comité pour l'élimination de la
discrimination à l'égard des femmes a dressé un large éventail
d'obligations visant à mettre un terme aux violences sexuelles. Il s'agit
notamment de s'assurer que le système judiciaire traite les victimes de
façon appropriée et fournir des services de guidage et d'assistance ainsi
qu'une aide médicale et psychologique aux victimes.

Dans ses observations finales sur la RDC, en 2006, le Comité pour


l'élimination de la discrimination à l'égard des femmes, exprimait son
inquiétude quant à l'Etat de délabrement du système judiciaire en
République Démocratique du Congo. En outre, il a noté avec
préoccupation que, bien que l'accès des femmes à la justice ait été prévue
par la loi, la possibilité qu'elles ont dans la pratique d'exercer ce droit et de
saisir les tribunaux est limitée par des facteurs tels que l'analphabétisme,
les frais de justice, le manque d'informations sur leurs droits et l'absence
de toute aide pour faire valoir leurs droits30.

30 Comité pour l'élimination de la discrimination à l'égard des femmes, op.citatum, p.65.


16

3. La Convention relative aux droits de l'enfant

En vertu de l'article 19 de la Convention relative aux droits de l'enfant, la


RDC a pour obligation de protéger les enfants « contre toute forme de
violence, d'atteinte ou de brutalités physiques ou mentales, d'abandon ou
de négligence, de mauvais traitements ou d'exploitation, y compris la
violence sexuelle ».

L'article 34 renchérit en protégeant l'enfant contre toutes les formes


d'exploitation sexuelle et de violence sexuelle. La CDE énonce la liberté à
l'égard de la torture ou tout autre traitement ou châtiment cruel, inhumain
ou dégradant ainsi que la liberté et la sécurité de la personne (article 37).
La discrimination liée au sexe y est également traitée.

En effet, la Convention prévoit la liberté contre les discriminations liées au


sexe (article 2) et le droit de jouir du meilleur état de santé possible (article
24). Elle donne comme obligation aux Etats de prendre toutes les mesures
opportunes pour « faciliter la réadaptation physique et psychologique et la
réinsertion sociale de tout enfant victime de toute forme de négligence,
d'exploitation ou de sévices, de torture ou de toute autre forme de peines
ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, ou de conflit armé »
(article 39).

Par ailleurs, elle demande aux états d'offrir une protection et une
assistance spéciales aux enfants « privés temporairement ou
définitivement de leur environnement familial » (article 20).

4. La Charte africaine des droits des hommes et des peuples

Au niveau régional, la RDC est partie à la Charte africaine des droits des
hommes et des peuples qu'elle a signés en tant que membre de
l'Organisation de l'Unité Africaine en 1981à Nairobi au Kenya. La Charte
17

garantit en son article 3 « l'élimination de toute discrimination contre les


femmes (...) et la protection des droits de la femme et de l'enfant ».

Les articles 4 et 5 garantissent le droit à l'intégrité de la personne, le droit


d'être libre « de toute forme d'exploitation et d'avilissement de l'homme
notamment l'esclavage, la traite des personnes, la torture physique ou
morale, et les peines ou les traitements cruels inhumains ou dégradants. »

SECTION 2.
LE CADRE JURIDIQUE NATIONAL

En RDC, le viol constitue une infraction poursuivie devant la justice


militaire et la justice civile. Jadis, ce crime ne figurait pas dans l'ancien
code pénal militaire de 1972. Comme palliatif, le Code pénal ordinaire était
appliqué aux militaires, auteurs de crime de viol. Le législateur voulant
combler cette lacune, introduit cette infraction dans le nouveau code
militaire datant de 2002.

Tout comme le Code pénal militaire, le Décret du 30 juin 1940 portant


Code pénal Congolais accusait également des lacunes en matière
d'infraction de viol. Ces lacunes se sont révélées devant la difficulté de
qualifier et de poursuivre les crimes de violences sexuelles et
particulièrement le viol commis avec brutalité au moyen d'objets autres
que l'organe masculin ainsi que celui commis sur des victimes de sexe
masculin.

La législation pénale congolaise se présentait ainsi comme inopérante,


inefficace, insuffisante et dépassée devant ces crimes de viol. Il devenait
impérieux pour le législateur congolais d'adopter une définition du viol qui
18

reflétait les principes internationaux les plus avancés et notamment


certains des aspects les plus progressistes de la jurisprudence récente31.

A. La Justice militaire

1. le Code de justice militaire de 1972

En RDC, les crimes commis par les membres des forces armées
congolaises étaient qualifiés et punis selon la loi n° 72/060 du 25
septembre 1972 portant code de justice militaire jusqu'à la fin de l'année
2002. Les mouvements rebelles œuvrant à l'Est du pays tels que le RCD -
Goma et le RCD - ML ont également soumis leurs troupes au code de 1972
durant les conflits armés.

Cependant, à notre grande surprise, il y a lieu de relever qu'il n'existait pas


dans le Code de justice militaire de 1972 de disposition traitant des
violences sexuelles. Lors des poursuites, cette lacune était comblée par
l'article 1er dudit Code qui disposait que le Décret du 30 juin 1940 portant
Code pénal Congolais est également applicable aux membres des forces
armées.

Selon les Conventions de Genève de 1949 et le Statut du Tribunal pénal


International auxquels la RDC a adhéré, le gouvernement congolais a
l'obligation de s'assurer que ses codes pénaux punissent les auteurs de
crimes de guerre et de crimes contre l'humanité, dont le viol et les
violences sexuelles, conformément aux dispositions des traités 32. Quoique
les autorités aient adopté en novembre 2002 un nouveau code de justice
militaire et un code pénal militaire très peu de poursuites ont été engagées

31 Amnesty International, « République Démocratique du Congo. Violences sexuelles : un


urgent besoin de réponses adéquates », 26 octobre 2004, p. 17.
32 Human Rights Watch, « En quête de justice : Poursuivre les auteurs de violences

sexuelles commises pendant la guerre au Congo», Rapport, mars 2005 Vol. 17, No. 1(A),
p.30.
19

contre les forces armées régulières ou les groupes rebelles pour crimes de
violence sexuelle.

2. le Code de justice militaire de 2002

Pour rappel, le viol ne figurait pas comme infraction dans la loi n° 72/060
du 25 septembre 1972 portant code de justice militaire. Il a fallu attendre
l'adoption d'une nouveau Code pour voir apparaître l'infraction. En effet,
la loi n° 24/2002 du 18 novembre 2002 portant Code pénal militaire en
son article 169, paragraphe 7 dispose que « le viol, l'esclavage sexuel, la
prostitution forcée, la grossesse forcée, la stérilisation forcée et tout autre
acte de violence sexuelle de comparable gravité sont considérés comme des
crimes contre l'humanité passibles de la peine de mort ».

Bien que l'article 169, paragraphe 7 constitue un grand pas en avant vers la
lutte contre le viol commis par les militaires, il ne vise cependant que les
actes perpétrés dans le cadre d'une attaque générale ou systématique
contre la République Congolaise ou la population civile. Les cas de viols
individuels ne sont malheureusement pas visés par ce texte de loi mais
ceux - ci pourront être poursuivis conformément au Code pénal ordinaire.
Toutefois, les dispositions sur « les violences ou sévices graves » en temps
de guerre ou d'état d'urgence (punis de la peine de mort)33 et sur « les
actes arbitraires ou attentatoires aux droits et libertés » (punis jusqu'à
quatre ans de prison) pourraient servir de point de départ aux poursuites
contre les militaires, auteurs de violences sexuelles.

En conclusion, le nouveau code pénal militaire demeure lacunaire en


matière de viol et de violences sexuelles car n'intégrant pas toutes les
dispositions des Conventions de Genève de 1949 et du Statut du Tribunal
Pénal International y relatives. Pour pallier à cette lacune, la RDC a mis en

33 Loi n° 24/2002 du 18 novembre 2002 portant Code pénal militaire, Articles 103.
20

chantier un projet de loi de mise en œuvre du Statut du Tribunal Pénal


International pour assurer la conformité du droit congolais avec ces
instruments internationaux.

a. La loi n°06/018 du 20 juillet 2006 modifiant et complétant le


Décret du 30 janvier 1940 portant Code pénal congolais

La loi n°06/018 du 20 juillet 2006 modifiant et complétant le Décret du


30 janvier 1940 portant Code pénal congolais est une tentative de solution
au contexte général de crise créé par les conflits successifs en RDC depuis
1996.

En effet, par ses différentes innovations elle constitue un pas important


vers la lutte contre l'impunité dans le domaine des infractions de violences
sexuelles de plus en plus fréquentes dans nos sociétés. Tout en intégrant
de nouvelles infractions empruntées au Droit International Humanitaire,
la loi n° 06/018 du 20 juillet 2006 a porté des modifications au niveau des
infractions de viol et d'attentat à la pudeur. Elle a pour vocation de
contribuer au redressement de la moralité publique, de l'ordre public et de
la sécurité dans le pays.

En ce qui concerne l'infraction de viol, les modifications apportées à cette


dernière concernent l'élément matériel, le moyen utilisé pour commettre le
viol, le sexe de la victime, le viol « réputé avec violence » et les peines
applicables. Du reste, ces différentes modifications apportées par la loi
n°06/018 du 20 juillet 2006 modifiant et complétant le Décret du 30
janvier 1940 portant Code pénal congolais ont pour mérite de prendre
largement en compte la protection des personnes les plus vulnérables
notamment les femmes, les enfants et les hommes victimes des infractions
de violences sexuelles.
21

De prime abord, il convient de souligner que le viol n'exige plus comme


élément matériel la pénétration pour sa réalisation. Celle - ci peut - être
superficielle pour être constitutif de viol. Le nouvel article 170 b) du Code
pénal congolais reconnaît que les contacts par l'anus, la bouche ou tout
autre orifice peuvent désormais être constitutif de viol34.

Quant au moyen utilisé pour commettre le viol, la nouvelle loi ne retient


plus uniquement la pénétration du pénis dans le vagin. Elle innove en
retenant également la pénétration même superficielle de tout autre partie
du corps par n'importe quel objet35 (les doigts, une arme à feu, un couteau,
un bâton, un morceau de fer, un débris de verre, une bouteille, etc.) et cela
pour se conformer aux types de viol commis durant la guerre.

Nous ne pouvons passer sous silence le fait que la nouvelle loi a élargi le
cercle des auteurs et des victimes du viol. En effet, le législateur ayant le
souci de se conformer à la réalité du terrain, a reconnu que le viol est le fait
de l'homme ou de la femme, et que l'un et l'autre peuvent en être victime.

La nouvelle loi a également innové en matière de « viol réputé avec


violence ». Contrairement au Code de la Famille qui fixe l'âge du mariage à
15 ans, la nouvelle loi s'en démarque en considérant que « (...) toute
relation sexuelle avec une fille âgée de moins de 18 ans est un viol réputé
avec violence, peu importe le consentement de celle - ci ».

Pour éviter que des personnes haut placées profitent de leur titre pour
commettre des actes de viol et se cacher derrière leur qualité officielle pour
éviter de rendre compte à la justice, le législateur a décidé à l'article 42 (bis)
que la qualité officielle de l'auteur d'une infraction relative aux violences
34 T., NGANZI NDONI, « La législation sur les violences sexuelles et la lutte contre
l'impunité en République Démocratique du Congo » in Paroles de Justice. Revue de
doctrine 2006. Lutte contre les violences sexuelles. RCN Justice et Démocratie, p.39.
35 Loi n°06/018 du 20 juillet 2006 modifiant et complétant le Décret du 30 janvier 1940

portant Code pénal congolais, Article 170 b) c) d).


22

sexuelles ne peut en aucun cas l'exonérer de la « responsabilité pénale ni


constituer une cause de diminution de la peine. Il en est de même pour
ceux qui ont reçu un ordre hiérarchique ou un commandement d'une
Autorité « légitime civile ou militaire. Ils ne seront nullement exonérés de
leur responsabilité36.

Que dire des circonstances aggravantes du viol ? Signalons que la liste a été
allongée. Aussi, le législateur y-a-t-il inclut les faits où l'infraction est
commise sur des personnes captives par leur gardien, sur des personnes
vivant avec handicap, lorsqu'il a été commis en public ou lorsque l'auteur
l'a commis avec usage ou menace d'une arme.

Par rapport aux peines prévues, des peines d'amende ainsi que la
déchéance de l'autorité parentale ou tutélaire seront prononcée à
l'encontre des parents ou tuteurs qui en sont les auteurs à côté des peines
de prison prévues par le Code pénal congolais.

Dans le cas ou le viol est suivi de la mort de la victime, la servitude pénale


à perpétuité a été retenue comme peine suite logique de l'option levée par
la RDC dans sa constitution d'abolir la peine de mort.

b. La loi n°06/019 modifiant et complétant le décret du 6 août


1959 portant Code de procédure pénale congolais.

La loi n°06/019 du 20 juillet 2006 modifiant et complétant le décret du 6


août 1959 portant Code de procédure pénale a été adoptée pour plusieurs
raisons.

En effet, les innovations introduites par le législateur avaient pour objectif


d'assurer la célérité de l'instruction des infractions de violences sexuelles
pour corriger la lenteur qui la caractérisait, de sauvegarder la dignité de la

36 Idem, Article 42 ter.


23

victime, de lui garantir une assistance judiciaire et de renforcer la


répression des infractions de violences sexuelles.

Pour assurer la célérité des affaires relatives aux violences sexuelles, la loi
n°06/019 du 20 juillet a introduit une innovation au niveau des délais à
observer pour l'instruction et le prononcé du jugement.

En effet, l'enquête préliminaire en matière de violence sexuelle se fait dans


un délai d'un mois maximum à partir de la saisine de l'autorité judiciaire.
L'instruction et le prononcé du jugement quant à eux se font dans un délai
de trois mois maximum à partir de la saisine de l'autorité judiciaire.

Toutefois, l'officier de police judiciaire saisi d'une infraction relative aux


violences sexuelles en avise dans les 24 heures l'officier du Ministère
Public dont il relève. Ces délais sont de stricte application. Le non-respect
de ces délais par le magistrat est constitutif d'une faute disciplinaire dont il
peut être amené à répondre devant le Conseil Supérieur de la Magistrature.

En outre, la loi consacre le droit des victimes à être assisté d'un Conseil
durant toutes les phases de la procédure. Dans le cas où la victime se
trouve dans l'incapacité de faire appel aux services d'un avocat ou d'un
défenseur judiciaire, le tribunal peut lui en commettre un.

La possibilité du paiement d'une amende transactionnelle en phase pré


juridictionnelle pour faire éteindre l'action publique a été supprimée. Ceci
marque le souci du législateur de renforcer la répression des infractions de
violences sexuelles et de privilégier la peine de servitude pénale principale.

Pour apporter à la victime les soins de santé dont elle a besoin mais aussi
pour faciliter la réunion des éléments de preuve et faciliter l'indemnisation
des victimes, la loi enjoint aux magistrats de commettre un médecin et un
psychologue. Ils ont pour tâche d'apprécier l'Etat de la victime des
24

violences sexuelles et de déterminer les soins appropriés ainsi que


d'évaluer l'importance du préjudice subi par elle et son aggravation
ultérieure.
25

CHAPITRE 2.
L'INFRACTION DE VIOL EN DROIT PÉNAL
CONGOLAIS

Le droit pénal est au cœur de la société humaine dans laquelle il est en


vigueur. Il est la protection des valeurs fondamentales partagées par le
plus grand nombre dans la société considérée et impose les sanctions à
ceux qui, par leur faute, viendraient à les violer ou y porter atteinte. Le
droit pénal est sans conteste la branche du droit dont l'existence est la plus
connue du grand public.

Ainsi, le législateur congolais de 1940 dans l’intérêt de la communauté a


été contraint d’intervenir pour limiter les champs d’application de son
exercice, restreignait par conséquent la portée réelle du principe de la
liberté sexuelle. Ainsi avait-il institué dans le code pénal congolais de 1940,
le viol comme infraction. Prévue et punie par l’article 170 du code pénal
congolais.

Cependant, puisque les mœurs évoluaient avec la société du jour au jour et


cette loi sur le viol a connu plusieurs modifications. Elle a d’abord été
modifié par le décret du 27 juillet 1960 ensuite par l’ordonnance-loi N°
078/015 du 30 Juillet 1978. Et enfin, le législateur de 2006 a révisé
certains articles du code pénal. Raison pour laquelle sous la nouvelle loi,
l’article relatif au viol a été complété et modifié alors d’après l’article 170
du code pénal congolais tel que complété et modifié par la loi N°06/018 du
20 juillet 2006.
26

SECTION 1.
L’INFRACTION EN DROIT PÉNAL

A. Définition du droit pénal

La définition du droit pénal est à la fois difficile et multiple. Cela s'explique


par le fait que le droit pénal comporte de nombreux aspects qu'il n'est pas
toujours facile de ramasser dans une définition. Néanmoins, nous pouvons
toutefois retenir quelques définitions :

1. Desportes et Le Guhenec : ...« règles applicables à l'ensemble des


infractions ou une partie d'entre elles, comme, par exemple, celles
fixant le champ d'application de la loi pénale dans le temps et dans
l'espace ou celles déterminant les causes d'irresponsabilité pénale ou
encore les règles précisant la nature des peines et leurs modalités
d'application37.

2. Nyabirungu mwene Songa : ...« branche du droit public qui traite


des infractions et des peines, et dont l'objet essentiel est de déterminer
les faits punissables et de fixer les sanctions qui doivent leur être
appliquées, compte tenu de la situation personnelle du délinquant et de
la gravité objective de l'acte, en vue de faire régner dans les relations
sociales, à l'instar des autres disciplines juridiques, mais avec plus de
puissance et de contrainte, l'autorité et la liberté38 ».

3. Levasseur et Chavanne « Le droit pénal, ou droit criminel, entendu


au sens large, est une branche du droit positif ayant pour objet l’étude
de la répression par l’Etat des agissements de nature à créer un trouble
dans la société. C’est une branche du droit positif, ce qui signifie qu’il

37 F., DESPORTES et F., LE GUNEHEC, Droit pénal général, 16e édition, Economica,
2009, p. 6.
38 NYABIRUNGU mwene Songa, Traité de droit pénal général congolais, 2ème édition,

Collection Droit et Société, Editions Universitaires Africaines, 2007, p. 22.


27

ne s’agit pas de droit idéal, d’un droit naturel, mais de règles de droit
positif, c’est-à-dire auxquelles sont attachées des sanctions, qui sont
même particulièrement énergiques (ce sont surtout les peines, d’où le
nom de « droit pénal »; le nom de « droit criminel » vient de ce que les
agissements les plus graves incriminés par ce droit s’appellent des
crimes) 39».

4. Aux définitions ci-hauts, nous proposons aussi celle-ci: «Le droit pénal
est la contrainte que l’Etat exerce dans une société pour faire face à la
violation d’un élément axiologique, c’est à dire, une valeur protégée ».

En accord avec le doctrinaire NGOTO Ngoie NGALINGI, signalons que le


droit pénal connaît deux grandes divisions: « D’une part, il appréhende
certains faits précis en infractions qu’il réglemente et soumet à un régime
précis, constituant ce qu’il convient d’appeler, le droit pénal de fond qui se
subdivise en droit pénal général et droit pénal spécial. D’autre part, il
organise la façon dont il faut poursuivre les auteurs des infractions, fixe
des conditions et impartit des délais spécifiques, constituant ce qu’il
convient d’appeler le droit pénal de forme (caractérisant la procédure
pénale), connu sous le nom de procédure pénale »40.

39 G., LEVASSEUR et A., CHAVANNE, Droit Pénal et Procédure Pénal, Sirey, Paris, 1963,
p. 1.
40 NGOTO Ngoie NGALINGI, L’essentiel du Droit pénal congolais, Ed., Presses

Universitaires du Congo, 2018, p. 1.


28

SECTION 2.
L’INFRACTION DE VIOL EN DROIT PENAL CONGOLAIS

A. Définition du viol41

Jadis, le décret du 30 juin 1940 portant Code pénal Congolais, réprimé


l'infraction de viol aux les articles 170, 171 et 171, bis. Rentrant dans la
catégorie des infractions contre les mœurs, qui n'était malheureusement
défini par le Code Pénal Congolais. Ce dernier ne prévoyait que la
répression et les circonstances aggravantes relatives à l'infraction de Viol.

En effet, l'article 170 du Code Pénal Congolais illustre bien ce propos


lorsqu'il dispose que : « est puni de servitude pénale de 5 à 20 ans celui qui
aura commis un viol, soit à l'aide de violences ou menaces graves, soit par
ruse, soit en abusant d'une personne qui, par l'effet d'une maladie, par
l'altération de ses facultés ou par toute autre cause accidentelle, aurait
perdu l'usage de ses sens ou en aurait été privé par quelques artifices ».

41Signalons que la RDC a adopté une loi qui limite la définition du viol à la pénétration,
«même superficielle», et fournit une explication détaillée sur la pénétration à des fins de
viol. Or la jurisprudence des tribunaux pénaux internationaux, en particulier celle du
Tribunal pénal international pour le Rwanda dans l’affaire AKAYESU a adopté une
définition plus large selon laquelle le viol peut être commis même en l’absence de
pénétration et comprend les actes de nature sexuelle qui sont commis avec violence.
Néamoins, dans certains procès, certains juges congolais se sont démarqués. C’est ainsi
notamment que les juges du Tribunal militaire de garnison de Mbandaka dans l’affaire
Songo Mboyo et du Tribunal militaire de Katanga, dans l’affaire Gédéon, ont adopté une
définition plus large du viol qui inclut les actes inhumains à connotation spécifiquement
sexuelle, et pas uniquement limités à la pénétration, en se référant à la jurisprudence du
Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) et aux éléments des crimes du Statut
de la CPI . Lire à ce titre: FIDH., RDC : Les victimes de crimes sexuels obtiennent
rarement justice et jamais réparation, Octobre 1015, p. 45. www.fidh.org
Mais d’autres applications jurisprudentielles ont parfois restreint le sens de la loi. D’où
certaines décisions ont conduit à un acquittement du fait du consentement présumé de la
victime. Dans d’autres cas, les examens médicaux sont devenus un moyen de preuve
nécessaire du viol, avec des conditions de forme spécifiques .Lire à ce titre: ASF, la Justice
Face à la Banalisation du Viol en République Démocratique du Congo, mai 2012, pp.35-
36.
29

Devant cette lacune du Code Pénal Congolais, les hommes de droit ont fait
recours à la jurisprudence et à la doctrine congolaise pour y puiser la
définition du viol.

D'après Merlin DE DOUAi, le viol est la « violence faite à une fille ou à une
femme, qu'on prend par force42». D'après LIKULIA BOLONGO « … le viol
consistait dans la conjonction sexuelle que l'homme peut imposer à la
femme par la violence. Autrement dit, l'acte par lequel une personne du
sexe masculin a des relations sexuelles avec une personne de sexe féminin
contre le gré de celle-ci, soit que le défaut de consentement résulte de la
violence physique ou morale, soit qu'il résulte de tout autre moyen de
contrainte ou de surprise43».

L'analyse de la définition supra, démontre à suffisance que la conception


du viol en droit congolais était limitée à l'introduction de l'organe génital
de l'homme dans les parties génitales de la femme. Tout autre acte sexuel
qui n'aboutissait pas à la conjonction sexuelle ne pouvait être qualifié de
viol44. On parlait plutôt d'infraction d'attentat à la pudeur.

Des actes comme l'introduction dans le vagin d'une femme, malgré sa


résistance, d'un doigt, d'un bâton, ou de tout autre objet ou encore le fait
de déflorer une vierge par d'autres moyens que l'introduction du membre
viril, pouvaient être poursuivis soit comme outrage public, soit comme
attentat à la pudeur. Il en est de même pour des actes d'introduction, sans

42M., DE DOUAI, Répertoire universel et raisonné de jurisprudence, éditions successives


1777, 1784,1812 et 1815

43 G., LIKULIA BOLONGO, Droit pénal spécial zaïrois, Tome 1, 2ème édition, Librairie
générale de droit et de jurisprudence, Paris, 1985, p. 328.
44 D., BALUME, « État des lieux de la situation socio - juridique des viols et violences

sexuelles faites aux femmes et aux filles mineures du Nord-Kivu : cas de Goma et ses
environs », in Actes de la Journée de réflexion sur « L'accompagnement judiciaire des
femmes et filles victimes de violences sexuelles », Goma, 28 Novembre 2005, p. 24.
30

consentement, par l'homme du pénis dans l'anus ou dans la bouche de la


femme45.

En outre, la victime du viol ne pouvait être qu'une femme. D'où l'exclusion


du champ du viol de tout acte d'homosexualité et de relations sexuelles
imposées à un homme par une femme.

En accord avec le doctrinaire BONNY CIZUNGU 46 , « le viol peut être


défini comme le fait, par violences ou menaces graves, ou par contrainte,
soit par surprise, par pression psychologique, soit à l’occasion d’un
environnement coercitif, soit en abusant du fait de la maladie, de
l’altération des facultés ou par perte de l’usage de sens, ou par privation de
sens par quelques artifices :

1. d’introduire son organe sexuel, même superficiellement dans celui


d’une femme ou pour la femme d’obliger un homme à introduire
même superficiellement son organe sexuel dans le sien ;

2. de pénétrer même superficiellement l’anus, la bouche ou un orifice


du corps d’une femme ou d’un homme par un organe sexuel, par
une partie du corps ou par un objet quelconque ;

3. d’introduire même superficiellement une partie du corps ou un


objet quelconque dans le vagin ;

4. d’obliger un homme ou une femme à pénétrer, même


superficiellement son anus, sa bouche ou un orifice de son corps par
un organe sexuel, par une autre partie du corps ou par un objet
quelconque ».

45 LIKULIA BOLONGO, op.cit., p. 328.


46 Lire, Bony CIZUNGU, Les infractions de A à Z, Kinshasa, Éditions NYANGEZI, 2011.
31

B. Les éléments constitutifs du viol


Nous verrons ici, l’élément légal (1), l’élément matériel (2) l’élément moral
(3), et l’élément axiologique ou évaluant (4).

1. L’élément légal
En vertu du principe de la légalité criminelle les infractions sont listées
d’avance. Il n’y a pas d’infraction sans texte. L’infraction pénale est un fait
puni par la loi et pouvant être imputé (c’est-à-dire reproché) à son auteur47.

C'est ainsi que dans l'affaire Amisi Tubila C/ Ali Luhembwe, il a été jugé
que « viole le principe de la légalité des délits, un jugement portant
condamnation pénale d’un prévenu sans toutefois indiquer la loi
réprimant les faits comme infractionnels ni la coutume qui les aurait
prévus »48.

L’élément légal d’une infraction est une expression du principe directeur


de la légalité pénale, il est reflété par le texte d’incrimination lui-même. Un
comportement ne saurait être appréhendé par le droit pénal s’il n’a pas été
préalablement défini et réprimé par un texte.

En droit pénal congolais, le viol est réprimé aux articles 170, 171 et 172 bis
du code pénal livre II. Il s'agit là du siège de la matière.

2. L’élément matériel

Contrairement à la morale, qui suscite les consciences et sanctionné les


mauvaises pensées et les intentions coupables, le droit pénal qui protège la

47JC., SOHIER, op. cit ., no 58.


48C.S.J., R.C. 263, 28 décembre 1979, Affaire Amisi Tubila C/ Ali Luhembwe, Bulletin des
arrêts de la Cour suprême de justice, année 1979, Kinshasa, année d’édition 1984,pp. 357-
360.
32

Société ne réprime pas les simples idées et intentions criminelles car elles
ne troublent pas l’ordre social49.

La loi n° 06/018 du 20 juillet 2006 modifiant et complétant le Décret du


30 janvier 1940 portant Code pénal congolais a porté des modifications au
niveau des infractions de viol et d'attentat à la pudeur. En ce qui concerne
l'infraction de viol, les modifications apportées à cette dernière concernent
l'élément matériel, le moyen utilisé pour commettre le viol, le sexe de la
victime, le viol « réputé avec violence » et les peines applicables.

Du reste, ces différentes modifications apportées par la loi n°06/018 du 20


juillet 2006 ont pour mérite de prendre largement en compte la protection
des personnes les plus vulnérables notamment les femmes, les enfants et
les hommes victimes des infractions de violences sexuelles.

Il convient de souligner que le viol n'exige plus comme élément matériel la


pénétration pour sa réalisation. Celle-ci peut-être superficielle pour être
constitutif de viol. Le nouvel article 170 b) du Code pénal congolais
reconnaît que les contacts par l'anus, la bouche ou tout autre orifice
peuvent désormais être constitutif de viol50.

Quant au moyen utilisé pour commettre le viol, la loi n°06/018 du 20


juillet 2006 ne retient plus uniquement la pénétration du pénis dans le
vagin. Elle innove en retenant également la pénétration même superficielle
de tout autre partie du corps par n'importe quel objet51 (les doigts, une
arme à feu, un couteau, un bâton, un morceau de fer, un débris de verre,
une bouteille, etc).

49NGOTO Ngoie NGALINGI., Op. Cit., 2018, p.40.


50 T., NGANZI NDONI, « La législation sur les violences sexuelles et la lutte contre
l'impunité en République Démocratique du Congo » in Paroles de Justice. Revue de
doctrine 2006. Lutte contre les violences sexuelles. RCN Justice et Démocratie, p.39.
51 Loi n°06/018 du 20 juillet 2006 modifiant et complétant le Décret du 30 janvier 1940

portant Code pénal congolais, Article 170 b) c) d).


33

C. L’élément moral

Pour que l’infraction de viol existe juridiquement, il ne suffit pas d’un acte
matériel (élément matériel). Encore faut-il que ce dernier ait été l’œuvre de
la volonté de son auteur52. C’est à dire que l’infraction n’est punissable que
lorsque l’auteur a eu la volonté ou la conscience de la violation de la loi.

L’élément moral (psychologique ou intellectuel) connait des degrés


multiples, allant de la recherche du résultat, de la conscience de
transgresser la norme pénale à la faute non intentionnelle simple ou
caractérisée53.

L’élément moral est l’intention d’imposer à la victime des rapports sexuels.


L’absence de consentement de la victime doit apparaître au travers des
moyens utilisés: emploi d’un des moyens prévus par la loi. Le
consentement est vicié, et partant inexistant, lorsque l’auteur du Viol
exerce une autorité quelconque sur sa victime. Cette autorité peut résulter
des liens familiaux ou d’un lien de subordination54.

 Quid, de l’absence du consentement ?

Pour qu’il y ait viol, la victime ne doit avoir pas donné son consentement.
L’élément essentiel de la liberté sexuelle réside dans la notion de
consentement. Celle-ci a été mise en exergue par la Cour européenne des
droits de l’homme, par l’application du concept d’autonomie personnelle à

52NGOTO Ngoie NGALINGI,. Op. Cit., p. 41.


53 Lire, Bony CIZUNGU, Ibidem.
54 C.S.J., R.P. 012/CR, 28 septembre 2012, Affaire Ministère public C/ Onosumba Yemba,

Les analyses juridiques, n°29, pp 71-76.


34

la liberté sexuelle55. Le consentement, corollaire de la liberté sexuelle, est


au centre de l’infraction d’agression sexuelle.

La loi dispose en effet que le consentement de la victime ne peut en aucun


cas être inféré de ses paroles ou de sa conduite lorsque sa faculté à donner
librement un consentement valable a été altérée par l’emploi de la force, de
la ruse, de stupéfiant, de la menace ou de la contrainte ou à la faveur d’un
environnement coercitif56.

De même, le consentement de la victime ne peut en aucun cas être inféré


du silence qu’elle aura manifesté ou de son manque de résistance aux
violences sexuelles57. Sa crédibilité, son honorabilité ou sa disponibilité
sexuelle ne peut en aucun cas être inféré de son comportement sexuel
antérieur58, lequel ne peut en aucun cas exonérer la personne accusée de sa
responsabilité pénale59.

En outre, le consentement ne doit pas être considéré comme étant


volontaire dans une situation de vulnérabilité. Une personne peut être
incapable de donner ce consentement si elle présente une incapacité
naturelle, provoquée, ou liée à son âge. D’autres facteurs peuvent affecter
la capacité d’une personne à donner un consentement authentique comme
l’alphabétisation, l’accès à l’information et les capacités linguistiques,
éducatives et économiques de cette personne.

Le défaut de consentement peut résulter des moyens employés par


l'agresseur pour imposer sa volonté. Cette absence peut résulter d’après

55 CEDH, 17 février 2005, K.A. et A.D. c/ Belgique, requêtes n°42758/98 et n°45558/99 ;


JCP G 2005, I, 159, chron. Sudre, §12 ; D. 2005, jurispr., p.2973, note Fabre-Magnan ;
RTD civ. 2005, p.341, note Marguénaud.
56 Art. 14ter.1, code de procédure pénale.
57 Art. 14ter.2, code de procédure pénale.
58 Art. 14ter.3, code de procédure pénale.
59 Art. 14ter.4, code de procédure pénale.
35

l’article 170 du code pénal soit de la violence, soit de menace grave, soit
d’une contrainte, soit à l’occasion d’un environnement coercitif. Soit en
abusant à une personne.

 Quid, le consentement de la victime peut-il être considéré


comme une cause de justification?

Le droit congolais ne reconnaît pas le consentement de la victime comme


une cause de justification de l’infraction commise par l’agent sur la victime.
La maxime latine « volenti non fit injuria » (point d’injustice à celui qui
consent) n’a pas d’application en droit pénal congolais.

Cependant, comme le renseigne NYABIRUNGU mwene SONGA, « le


défaut de consentement de la victime est un élément constitutif de
certaines infractions tel que le viol... dès lors que la personne concernée est
consentante, on ne sait parler de viol... Ainsi on ne retiendra pas le... viol
sur une femme consentante60».

 Quid, la violence?

La violence désigne les pressions physiques exercées sur la victime pour


obtenir d'elle le comportement sexuel qu'on souhaite. D'après le
dictionnaire médical, il s'agit d'une force brutale exercée pour soumettre
quelqu'un61.

G. CORNU 62 renseigne que consentement de la victime est l'adhésion


donnée d'avance par une personne à une infraction portant atteinte à ses

60 NYABIRUNGU mwene SONGA,. Cité par NGOTO Ngoie NGALINGI, L’essentiel du


Droit pénal congolais, Ed., Presses Universitaires du Congo, 2018, p.61.
61 Bernard et Genevière Pierre, (Sous dir) J.,COURTEJOIE, Dictionnaire médical pour les

régions tropicales., Ed, Bureau d'Etudes et de Recherche pour la Promotion de la Santé


(BERPS), République du Zaïre, 1989, p. 808

62 G., CORNU, Vocabulaire juridique, 6ème éd., Paris, P.U.F, 1996, p. 196.
36

droits. Il ne supprime pas légalement l'infraction sauf si celle-ci exige pour


sa constitution une fraude ou une violence.

La violence peut être directe et physique ou violence morale sur la victime.


Par violence physique, nous sous-entendons qu'il y a utilisation de la force
pour obtenir le consentement de la victime. L'agresseur exerce des
pressions corporelles pour obtenir ce qu'il désire.

Selon LIKULIA BOLONGO, le défaut de consentement s'établit aisément


lorsque la femme n'a cédé qu'à la force. Il n'est même pas requis qu'elle ait
conservé sur son corps les traces de brutalités de l'assaut dont elle a été
victime ou qu'elle ait crié au secours. Il en est ainsi évidemment de la
femme à qui un agresseur impose la conjonction sexuelle après une lutte et
qui n'a cessé de résister qu'à cause de la supériorité musculaire de
l'homme63.

 Quid, des menaces?

La menace supprime le consentement et caractérise l'agression. La


violence morale résulte des menaces reçues par la femme pouvant inspirer
à celle-ci la crainte sérieuse et immédiate d'exposer sa personne ou celle de
ses proches à un péril considérable et imminent64.

La menace est en effet toute forme d'expression morale. Elle se confond


avec la contrainte morale par le fait que tous les deux consistent à menacer
quelqu'un de lui faire du mal à lui ou à ses proches, voire de causer du tort
à ses biens.

63 L., BOLONGO, Droit pénal spécial Zaïrois, Paris, Librairie de droit et de jurisprudence,
1985, p. 332.
64 M.L., RASSAT, op. cit. , 2001, p. 481
37

Ainsi, LIKULIA BOLONGO, constituent un viol à l'aide de menaces65:

Le fait de se livrer à un patron sous menace de licenciement,


Le fait de céder à la suite d'une menace d'arrestation de la part d'un
gendarme,
Le fait pour une femme mariée surprise en flagrant délit d'adultère de se
livrer à un témoin qui la menacerait de la dénoncer à son mari.

 Quid, la contrainte ?

La contrainte peut, elle aussi, être faiblement marquée et résulter


seulement d’une situation 66 ou de la passivité de la victime, due
notamment à un état de faiblesse ou à une ivresse (provoquée par l’alcool,
les médicaments ou des stupéfiants) 67, qui n’induit pas nécessairement
consentement à l’acte sexuel68.

Selon la jurisprudence, la menace, si elle doit disposer d’un caractère


sérieux69, peut revêtir différentes formes : pression exercée sur la victime à
l’aide d’une arme70, intimidation verbale71 ou chantage72.

65 L., BOLONGO, Ibidem, p.333.


66 Crim., 19 avril 2000, pourvoi n°99-83973. Contra : Crim., 15 janvier 2003, pourvoi
n°02-84179.
67 Crim., 18 décembre 1991, pourvoi n°91-85607. Contra : Crim., 1er février 2006,
pourvoi n°05-82221.
68 Crim., 11 février 1992, RSC 1993, p.331, obs. Levasseur. Crim., 8 novembre 1993,
pourvoi n°92-86037. Crim., 29 juin 1994, pourvoi n°94-82056. Crim., 3 juillet 1997,
pourvoi n°97-82200. Crim., 27 avril 2000, pourvoi n°00-80827. Crim., 9 octobre 2002,
pourvoi n°02-85358. Crim., 17 mars 2004, pourvoi n°03-82226. Crim., 16 janvier 2008,
pourvoi n°07-87621. En ce sens, voir J.-F. CHASSAING, « Le consentement. Réflexions
historiques sur une incertitude du droit pénal », in D. BORRILLO, D. LOCHAK (dir.), La
liberté sexuelle, PUF, 2005, p.80.
69 Crim., 5 juillet 1995, pourvoi n°94-84774.
70 Crim., 19 janvier 2005, pourvoi n°04-86303. Crim., 13 juin 2007, pourvoi n°07-82499.
71 Crim., 7 août 1990, pourvoi n°90-83055. Crim., 18 mars 1998 : pourvoi n°97-86700.
Crim., 28 mars 2001, pourvoi n°00-87119. Crim., 23 octobre 2002, pourvoi n°02-85715.
38

Enfin, la surprise, qui consiste à tromper le consentement de la victime 73,


ne pouvant de ce fait opposer de résistance à l’acte sexuel, se trouve
employée dans des hypothèses variées : déficience de la victime 74 ,
stratagème employé par l’auteur (hypnose, stupéfiants…) 75 , notamment
envers des mineurs (cadeaux, visionnage d’un film pornographique…)76.

 Quid, les circonstances aggravantes du viol ?

Elles sont des éléments prévus par la loi qui, ajoutés à l’infraction simple,
en aggravent la peine. Autrement dit, les circonstances aggravantes sont
des événements ou des qualités limitativement énumérés par la loi et dont
la constatation entraîne l'application d'une peine plus lourde que celle
normalement applicable.

72 Crim., 29 avril 1960, Bull. crim. n°225. Crim., 4 août 1988, pourvoi n°88-83080. Crim.,
11 mars 1998, Gaz. Pal. 1998, Chron. crim., p.113. Crim., 8 septembre 1999, pourvoi n°98-
86406. Crim., 19 avril 2000, pourvoi n°99-83341. Crim., 23 janvier 2001, pourvoi n°00-
87327. Crim., 19 septembre 2001, pourvoi n°01-84557.
73 Il s’agit d’un stratagème (Crim., 22 janvier 1997, Bull. crim. n°22, RSC 1998, p.325, obs.
Mayaud) et non de l’expression d’un sentiment d’étonnement (Crim., 25 avril 2001, Bull.
crim. n°99 ; JCP G 2003, II, 10001, note Prothais ; RSC 2001, p.808, obs. Mayaud).
74 Civ., 6 novembre 1961, D. 1961, p.733, note Holleaux ; Gaz. Pal. 1962, 1, p.195.
75 Crim., 18 octobre 2006, pourvoi n°06-85924. Crim., 21 février 2007, pourvoi n°06-
88791. Crim., 7 mars 2007, pourvoi n°06-89230. Crim., 4 avril 2007, pourvoi n°07-
80253. Crim., 12 mars 2008, pourvoi n°07-86233. Crim., 27 mars 2008, Bull. crim. n°81.
Crim., 10 décembre 2008, pourvoi n°08-86558. Pour un médecin profitant de son statut
de manière à pratiquer un acte de nature sexuelle non justifié médicalement (Ass. plén.,
14 février 2003, Bull. crim. n°1 ; RSC 2003, p.557, obs. Mayaud. Crim., 1er juillet 1959,
Gaz. Pal. 1959, 2, p.228. Crim., 25 octobre 1994, pourvoi n°94-83726. Crim., 12 mars
2003, pourvoi n°02-85120. Crim., 17 mars 2004, pourvoi n°03-85515. Crim., 27 octobre
2004, pourvoi n°04-81237. Crim., 16 mars 2005, pourvoi n°04-83975. Crim., 11 mai 2006,
pourvoi n°05-86110. Crim., 19 septembre 2006, pourvoi n°05-81309. Crim., 4 avril 2007,
pourvoi n°07-80253. Crim., 25 juillet 2007, pourvoi n°07-83546. Crim., 4 juin 2008,
pourvoi n°07-88096. Crim., 30 septembre 2008, pourvoi n°08-85037).
76 Crim., 22 janvier 1997, Bull. crim. n°22 ; RSC 1998, p.325, obs. Mayaud. Crim., 9 avril
1997, pourvoi n°96-84331. Crim., 1er mars 2006, pourvoi n°05-83896.
39

En cas de viol, les circonstances aggravantes tenant la qualité de l’auteur le


minimum des peines par l’article 170 du code pénal sera double si le viol a
été commis par les personnes suivantes :

1. Les ascendants ou descendants de la victime. Par ascendant ou


descendants, il faut entendre les parents légitimes les parents dits
naturels, les parents adultérins.

2. Ceux qui ont autorité sur la victime77. Sont considérés comme


ayant autorité :

- Le tuteur par rapport à la victime ;

- Le concubin de la mère de l’enfant, victime du viol et qui vivait avec le


coupable ;

- Les parents adoptifs ;

- Le second mari par rapport aux enfants mineurs non émancipés que sa
femme a eu d’un mariage ;

- Les maitres sur leurs domestiques ;

- Les patrons chefs d’entreprises, contre maitres par rapports à leurs


ouvriers ;

L’autorité coutumière qu’un homme peut avoir sur sa belle-sœur a été


également retenue.

3. Enseignants ou serviteurs d’engagé. Sont considérés comme


enseignant au sens de la loi:

- Les instituteurs diplômés ou non diplômé ;

77Par l’expression « ceux qui ont autorité » il faut entendre non seulement l’autorité
de droit qui prend sa source dans la loi elle-même c’est-à-dire résultat d’une qualité qu’il
suffit de constater, mais aussi l’autorité de fait qui dérive des circonstances et de la
position des personnes.
C'est ainsi que le consentement est vicié, et partant inexistant, lorsque l’auteur du viol
exerce une autorité quelconque sur sa victime. Cette autorité peut résulter des liens
familiaux ou d’un lien de subordination. Cfr, L’afaire Ministère public C/ Onosumba
Yemba ).
40

- Un professeur attaché à un établissement ;


- Un maitre ;
- Quant aux serviteurs, on retient aussi bien les domestiques que d’autres
personnes au service des ascendants et ceux qui ont autorité sur la victime.
4. Fonctionnaire publique, ministre de culte, médecin,
chirurgiens, assistants sociaux.

L’article 171 aggrave la situation des auteurs de viol ci-haut cité que
lorsqu’ils ont abusés de leur position.

5. Les coupables de viol aidé par une ou plusieurs personnes. Le complice


doit avoir directement et matériellement coopéré à la consommation
du crime.

Cette aggravation s’applique aussi bien à l’auteur du viol qu’à ceux qui ont
ou à ceux qui l’ont aidé à obtenir la consommation de l’acte.

D. L’élément axiologique ou évaluant78

Le mot axiologique vient des mots grecs “axia”, valeur et “logos”, discours.
Signifie : qui se rapporte aux valeurs. C’est donc l’étude ou la théorie des
valeurs79.

78 Il faut en effet bien admettre que le droit pénal en particulier le droit pénal spécial “qui
détermine quelles sont les conduites punissables et les sanctions applicables à chacune
d’elles repose sur un système de valeurs et les valeurs relèvent du domaine de l’idéologie .
Chaque société, possède son idéologie, c’est-à-dire “un système de valeurs et de principes
d’action plus ou moins inconscients qui inspirent les individus qui composent cette
société dans leurs attitudes et leur comportement”. Il s’ensuit que “les incriminations du
droit pénal spécial reflètent généralement les valeurs et les besoins fondamentaux de
chaque société; le droit pénal spécial est donc constitué de règles qui puisent leur
inspiration dans le système de valeurs de la société et dans la conception que celle-ci se
fait de son organisation politique, économique, sociale et culturelle”. Lire à ce tire:
STEFANI, LEVASSEUR et B., BOULOC, “Droit pénal général”, 13ème édition, 1987, n° 38,
cité par R., GASSIN, “Criminologie”, 3ème édition, Dalloz, 1994, p. 16, note 4.J., COMBES
Joseph, “Valeur et liberté”, Initiation philosophique, PUF, Paris, 1960, p. 5. lire:
BOUDON-BOURRICAUD, “Dictionnaire critique de la sociologie”, v° Idéologies, 275-281,
cité par R., GASSIN op. cit., n° 412, p. 322, note 3.
41

La répression des atteintes de la moralité sexuelle en RD Congo remonte


dans le temps le plus reculé. On peut affirmer qu’elle est aussi ancienne
que toute communauté humaine que, à l’origine observation
essentiellement le tabou relevant de la moralité sexuelle. En effet tous les
actes immoraux qui blessent la pudeur étaient sévèrement sanctionnés.

Le Code pénal congolais protège la liberté sexuelle des personnes de


différentes manières. Il protège aussi bien la liberté du consentement à
l’acte sexuel lui-même que celle du consentement à être exposé à un acte
sexuel.

Le viol est une contre-valeur. C'est une violation d'une valeur protégée par
le législateur. Chaque infraction apparaît donc comme l’expression d’une
valeur et d’une contre-valeur. Autrement dit, l'élément axiologique qui
indique la valeur, l’intérêt juridique protégé spécialement par cette
incrimination.

En prohibant le viol ainsi que certaines abstentions, le droit pénal crée


ainsi des devoirs positifs correspondants qu’il entend promouvoir pour le
bien général80 .

80R., MERLE et A., VITU, Traité de droit criminel, Problèmes généraux de la législation
criminelle, droit pénal général, procédure pénale, Cujas, Paris, 1967 n° 122, pp. 134-135
42

CHAPITRE 3.
L’ADMINISTRATION DE LA PREUVE DE
L’INFRACTION DE VIOL

Le problème de la preuve s’est trouvé toujours au centre du procès pénal. Il


fut même le facteur d’évolution ou de révolution de celui-ci. Avant de voir
successivement les moyens de preuve de l’infraction de viol.

SECTION 1.
LA PREUVE, LA CHARGE DE LA PREUVE
ET LA LIBERTE DE LA PREUVE

A. La preuve

La preuve est tout moyen permettant d’affirmer l’existence d’une


infraction ou son absence, la culpabilité ou l’innocence du prévenu 81 …
dans les formes admises par la loi82.

D’après MERLE et VITU, « la preuve est tout moyen permettant à établir


l'existence d'un fait donné, ou encore l'exactitude ou la fausseté d'une
présomption 83 ».Tout problème de preuve quel que soit le cadre
juridictionnel dans lequel il se situe pose inévitablement trois questions :
Qui doit prouver ? Comment doit-on prouver ? Jusqu'où doit-on apporter
la preuve de ce qu'on affirme ?84.

Ce qui doit être prouvé en justice, ce sont les faits matériels ou juridiques
qui servent de base à la prétention dont on veut établir le fondement.

81 PUNGWE NEMBA, Guide pratique des magistrats du parquet, éd SDEMJ, Kin,


2006,p62.
82G., CORNU, Vocabulaire juridique, 6e éd, Paris, P.U.F, 1996. p.693.

83B. MERLE et A., VITU , traité de loi criminel T.II, procédure pénale, 4è éd. Paris ,Cujas,

1989, p 151
84M.L., RASSAT, Procédure pénale, 2ème éd., Paris, P.U.F, 1995, p.299
43

La preuve de la culpabilité incombe à l'accusateur (Actori incumbit


probation) c'est-à-dire au Ministère public et, le cas échéant, à la partie
citante lors d'une procédure déclenchée par citation directe. Si la preuve de
la culpabilité n'est pas apportée, le doute doit profiter à l'accusé (in dubio
pro reo).

B. La charge de la preuve
D’après GRIERE DE L'ISLE et COGNIART, « représentant de la société, le
ministère public n'agit pas dans un esprit de vengeance privée ; il est guidé
moins pas le souci exclusif d'obtenir une condamnation que par la
recherche de la vérité ; il dispose de puissants moyens d'investigation sans
commune mesure avec ceux des particuliers ; il sera dès lors amené et c'est
son devoir à chercher aussi bien les preuves qui étayent ses poursuites que
celles qu'invoque le poursuivi du soutien de ses allégations85».

La partie civile remplissant conjointement avec l'officier du parquet, ce


rôle de demandeur doit pour justifier les condamnations qu'elle postule,
non seulement administrer la preuve de culpabilité du prévenu mais en
outre établir l'existence et le montant du préjudice matériel ou moral
qu'elle prétend avoir éprouvé. En cas de doute elle ne peut obtenir de
réparation86.

Le principe de présomption d'innocence a comme première conséquence


le fait de régler la question de la charge de la preuve comme nous venons
de le voir plus haut. La personne poursuivie n'a pas à faire la preuve de son
innocence. Elle n'a pas non plus à répondre aux charges qui pèsent sur
elle87.

85 G.,GRIERE DE L'ISLE, et P., COGNIART, Procédure pénal, tome II, Paris, Armand
colin, 1972, p.11.
86 G., BRAAS, précis de procédure pénale,T.III, 3ème éd.,Bruxelles, Bruyant,1951, p. 554.

87 G.,GRIERE DE L'ISLE, et P., COGNIART, op. cit., p.15


44

En effet, la personne poursuivie a le droit de se borner à un rôle purement


passif et de contester en sa qualité de défendeur le soutènement de la
partie poursuivante. Elle a aussi si elle le juge utile, la faculté d'indiquer les
faits et circonstances qui militent en faveur de son innocence ou atténuent
sa responsabilité.

La deuxième conséquence de la présomption d'innocence est un élément


de décision. Elle impose de faire bénéficier la personne poursuivie du
doute sur la balance des preuves pénales selon la règle « in dubio pro reo ».
De part cette règle, le doute qui demeure équivaut à une preuve positive de
non culpabilité. Quand l'accusation ne peut établir l'infraction dans ses
éléments et prouver la culpabilité, l'accusé doit être acquitté88.

Le problème du fardeau de la preuve est donc gouverné en droit pénal par


trois principes généraux comme le démontre MERLE et VITU89 :

Tout d'abord, c'est aux demandeurs au procès pénal qu'il appartient


d'établir le corps du délit et la participation de la personne poursuivie
selon l'adage « actori incumbit probatio ». En d'autres termes, à celui qui
dénonce un manquement à la loi et en demande la sanction, l'obligation
d'en prouver la réalité. La charge de la preuve pèse sur le demandeur.

En second lieu, il appartient à l'inculpé qui invoque un moyen de défense


d'en établir la réalité. C'est ce que signifie la formule latine « reus in
excipiendo fit actor » qui fait du défendeur alléguant une cause de
justification, d'excuse ou d'irresponsabilité, un demandeur tenu de
prouver ce qu'il soutient.

Le troisième principe est exprimé par l'adage « in dubio pro reo » c'est qui
veut dire que le doute profite à l'accusé. La personne poursuivie est

88Idem, p.15.
89B., MERLE , et A., VITU traité de loi criminel T.II, procédure pénale, 4è éd. Paris ,Cujas,
1989, p 151.
45

présumée innocente jusqu'à ce qu'on ait pleinement rapporté contre elle


les preuves décisives de sa culpabilité.

Il appartient à l'accusation d'apporter la preuve qu'un coït a eu lieu et qu'il


a été imposé par un homme, usant de violence, à une fille ou à une femme.
Dès 1765, les encyclopédistes relevaient « que la déclaration d'une femme
qui se plaint d'avoir été violée ne fait pas preuve suffisante, il faut [...] qu'il
soit resté quelques traces de violences sur sa personne, comme des
contusions ou des blessures » étayant cette résistance90.

Selon le professeur de médecine légale FODERE, une accusation de viol «


ne peut être accueillie qu'autant qu'elle est appuyée de la preuve des quatre
faits suivants91:

1° qu'il y a eu une résistance constante et toujours égale de la personne


prétendue violée ;

2° qu'il y ait eu une inégalité évidente de ses forces avec celle du prétendu
violateur ;

3° qu'elle ait poussé des cris ;

4° qu'il soit resté sur elle des traces de la violence qui lui aurait été faite».

On perçoit dès lors les logiques qui guident les enquêtes. En ce qui
concerne tous ces points, les agressions sur des enfants posent moins de
problème à l'instruction que les agressions sur des adultes. Ainsi, le procès
sollicite toute une série d'indices et de preuves rationnelles à partir des
déclarations des deux parties, des rapports de médecins légistes, des

90M., De Douai, Répertoire universel et raisonné de jurisprudence, 1815, cité par Laurent
Ferron., «Prouver le crime de viol au xixe siècle» in La preuve en justice. De l' antiquité à
nos jours, (sous dir) Bruno Lemesle, Presses universitaires de Rennes (PUR), p. 211-219.

91 FODERE, Traité de médecine légale, Paris, 1813, p. 327


46

témoignages directs et indirects, des pièces à conviction. L'auteur des faits


soit nie en bloc, soit minore ce qui s'est passé, soit s'attaque à la moralité
de la victime, évoquant un consentement qui annule le crime. Il peut
reconnaître toute une série de faits : avoir été présent à tel endroit à telle
heure, avoir rencontré la victime, lui avoir parlé, l'avoir accompagné, avoir
tenté de la séduire, mais quasiment jamais il ne reconnaît le viol. Des
aveux complets sont extrêmement rares.

En matière de viol, la reine des preuves semble être non pas l'aveu mais les
traces d'une défloration récente relevée par les médecins légistes, associés
à des hématomes et des contusions, aux avants bras, au cou et à l'intérieur
des cuisses ou alors associé à une très jeune victime (des meurtrissures aux
bras, une contusion à la hanche, des rougeurs sur le dos. Il trouve l'hymen
déchiré, des rougeurs et noirceurs aux parties sexuelles et conclue « qu'on
a tenté à effleurer cette jeune).

Le récit des parents, les cris et les plaintes de l'enfant suffiraient, mais ils
sont bien souvent corroborés par des témoignages d'autres enfants ayant
assistés au crime ou une voisine ayant aperçu des allées et venues
suspectes. La rapidité de la démarche, la multiplicité des témoins et le
certificat médical signalant une défloration récente sont autant d'éléments
soutenant la plainte. En revanche, une femme anciennement déflorée
pourra difficilement faire entendre sa plainte, car, chez les femmes ou filles
déflorées depuis longtemps, il ne peut y avoir aucune lésion du côté des
organes génitaux 92 . L'indice déterminant qui réside en une défloration
récente manque ici. Selon Fodéré, on pourrait difficilement accepter les
plaintes des filles ou des femmes « déjà accoutumées aux jouissances93».

92 LACASSAGNE, Précis de médecine judiciaire, Paris, 1878, p. 470.

93 FONDERE, Traité de médecine légale, op. cit., p. 333 et p. 361


47

 Quid, la charge de la preuve peut-elle incomber au


prévenu ?

La jurisprudence française estime que la charge de la preuve repose sur le


ministère public qui doit prouver que tel élément n’a pas disparu par
prescription ou par amnistie ; afin concernant les faits justificatifs, la
jurisprudence parait en imposer la preuve au prévenu94.

Rubbens dit qu’ il faut admettre qu’ en certains cas le prévenu a la charge
de la preuve d’un fait ou d’une circonstance, par l’allégation duquel il
prétend renverser une présomption ou écarter la qualification ou le
caractère infractionnel de faits établis ; mais l’auteur a fait remarquer
auparavant que les exceptions ne se présument pas et qu’ il appartient au
prévenu de les « invoquer » si non de les prouver95.

La charge de la preuve incombe sans équivoque au prévenu dans deux cas :

1. Lorsqu’il conteste la teneur de certains procès-verbaux auxquels la


loi ou la jurisprudence attachent la force probante particulière ;
2. Lorsqu’ il invoque la faute de la victime de l’infraction qui a pour
conséquence juridique essentielle le partage de la responsabilité
civile.

En autre logique il revient au prévenu de démontrer l’existence d’une


cause de non imputabilité qui a véhiculé la volonté de son libre arbitre,
compte tenu de ce que par principe chaque être humain, accessible à une
peine, est présumé sain d’esprit.

94G., Stefani et G. Levasseur, Droit pénal général et procédure pénale, T II, Procédure Pénale, 4ème
éd. 1570, p.23.

95A. Rubbens, Le droit judiciaire zaïrois, Tome II, l’instruction criminelle et la procédure pénale,
p.135
48

C. La liberté de la preuve

A la différence de la procédure civile, plus formaliste et qui exclut du


champ du débat certains modes de preuve, la procédure pénale admet le
principe dit de la liberté de preuve. L'infraction de viol peut être prouvée
par tous les moyens de droit. La partie poursuivante établie par toutes les
voies de droit l'existence de cette infraction dont elle poursuit la répression.
Toute preuve est en principe admise et le juge recherche sur quels
éléments ou modes de preuve il est autorisé à étayer sa conviction.

Néanmoins, ce principe trouve sa justification dans trois éléments


principaux96:

1. Il sert d'abord le ministère public et par conséquent les intérêts de la


société car les délinquants agissent ordinairement dans le secret et
n'hésitent pas à recourir à des artifices pour égarer la justice et à
supprimer des preuves existantes dès l'accomplissent de leur forfait.

2. Il est utile ensuite pour la personne poursuivie qui peut ainsi organiser
sa défense à l'aide de tous moyens de preuve.

3. Il s'explique enfin par le fait qu'en matière pénale il s'agit de prouver


des données matérielles et non des actes juridiques comme dans le
procès civil où la preuve peut être préconstituée.

 Quid, les limites de la liberté de preuves ?

Si la loi pénale permet d'utiliser tous les modes de preuves, elle ne laisse
pas une liberté absolue quant à l'administration de ceux-ci. La liberté de la

96J., PRADEL, procédure pénale, 11ème éd., Paris, Cujas, 2002, p.338.
49

preuve est limitée par l'application de certains principes généraux qui


interdisent de rechercher la vérité par n'importe quel procédé.

 Quid, de l'intime conviction du juge ?

A la question de savoir jusqu'où doit-on apporter la preuve, la procédure


pénale répond par le principe de l'intime conviction du juge. Il n'y a ni
reine des preuves ni preuve absolue, les magistrats se déterminent en
fonction de l'effet qu'a produit, sur leur intime conviction la balance des
preuves.

Le principe de l'intime conviction a en réalité un double rôle97 :

C'est d'une part un principe d'appréciation des preuves. En effet, les juges
sont libres de tenir compte ou non des éléments de preuve qui leur sont
soumis. Ils peuvent condamner quelqu'un qui nie avoir participé aux faits
qu'on lui reproche. Ils peuvent relaxer ou acquitter quelqu'un qui a avoué
avoir commis l'infraction de viol si cet aveu leur paraît suspect. Ils sont
libres d'accorder ou non du crédit aux différents témoignages. Bien
entendu ils tiennent compte des rapports d'expertises dans la mesure où
ils le veulent. Naturellement ils sont enfin, libres de combiner entre elles
les différentes preuves produites pour conforter par l'une les insuffisances
de l'autre ou inversement. Ils n'ont pas à s'expliquer sur les preuves qu'ils
ont retenues.

D'autre part, c'est un principe de décision. Les juges doivent prendre une
décision en vertu de leur conviction. Ils doivent s'interroger dans le silence
et le recueillement et chercher dans la sincérité de leur conscience, quelle
impression ont fait sur leur raison les preuves rapportées contre l'accusé et
les moyens de sa défense.

97J., PRADEL, op. cit., p.391.


50

Ainsi, les décisions doivent être motivées en fait comme en droit 98. La
motivation des décisions joue plusieurs rôles dans le procès pénal et en
particulier en matière d'infraction de viol. Elle constitue non seulement le
simple prolongement du contradictoire, mais encore et surtout
l’extériorisation de l’impartialité et une garantie à part entière des abus de
l’intime conviction des juges. La motivation est donc une forme de garantie
du procès équitable99.

Il faut distinguer la motivation en fait et la motivation en droit:

Primo, dans la motivation en fait, le jugement doit justifier pourquoi il


considère les faits comme établis ou indiquer, le cas échéant les
circonstances aggravantes qui accompagnent les faits. Lorsque la
motivation prête à confusion, la juridiction peut développer le
raisonnement logique ayant conduit le tribunal à sa décision. Le jugement
doit indiquer les circonstances atténuantes qu’il entend invoquer soit pour
justifier sa compétence soit pour descendre en dessous du minimum légal
de la peine comminée par la loi100. Même si les juges sont souverains dans
l’appréciation des faits, ils doivent, sous peine de cassation, appuyer leurs
décisions sur des éléments qui apportent à la motivation une conclusion
cohérente, rigoureuse ou logique101.

Secundo, dans la motivation en droit le jugement doit justifier que les faits
tels que libellés dans la prévention rentrent ou non dans l’hypothèse légale.
C’est à dire qu’il doit démontrer que les éléments constitutifs de
l’infraction se trouvent réunis ou pas. Le jugement se doit de rencontrer les

98 Code de procédure pénale, article 87 al. 2. Constitution, article 21 al. 1er.


99 T., GARE et C., GINESTET, droit pénal-procédure pénale, Dalloz, 9ème édition, 2016.,
n°596
100E.,LUZOLO Bambi Lessa et BAYONA Ba Meya N.A, op. cit.., p. 434.

101 C.S.J, R.P. 40, 7 février 1973, Affaire Zola C/ Ministère public et Ngwete, Bulletin des

arrêts de la Cour Suprême de Justice année 1973, Année d’édition 1974, pp 38-43.
51

prétentions de droit qui lui sont soumises par les réquisitions du Ministère
public, les conclusions ou exceptions des parties102.

SECTION 2.

LES MODES DE PREUVES DE L’INFRACTION DE VIOL103

La procédure pénale est caractérisée par la liberté d'appréciation de peuves.


Comme nous l’avions renseigné supra, la preuve c'est tout moyen
permettant d’affirmer l’existence ou l’inexistence d’un fait donné ou encore
l’exactitude ou la fausseté d’une proposition. Pour asseoir la conviction du
juge afin d’arracher la condamnation de l’auteur de l’infraction de viol, les
parties au procès notamment la partie victime doit prouver la véracité des
faits allégués.

Il ressort de la jurisprudence que pour démontrer l’existence d’une


agression sexuelle, les juges se fondent sur un faisceau d’indices qui
comprend différents éléments probatoires : aveu, témoignage, preuve
matérielle ou faits similaires mis en exergue par l’enquête, expertise
médico-légale ; surtout, en matière d’infraction sexuelle, une attention
particulière est portée aux protagonistes, leur comportement, leurs
déclarations, aux expertises mentales opérées ou encore au portrait qu’en
dresse l’entourage. De l’ensemble de ces éléments probatoires, il est
possible de distinguer les preuves objectives (expertises, indices) des
preuves subjectives (témoignage, aveu)104.

102Ibem.
103Signalons d’ores et déjà que nous n’allons pas donner une liste exhostive de moyens de
preuves de l’infraction de viol.
104O., BACHELET, « La hiérarchie des preuves », in G., GIUDICELLI-DELAGE (dir.),
Les transformations de l’administration de la preuve pénale. Perspectives comparées,
Société de législation comparée, coll. UMR de Droit comparé de Paris, vol. 12, 2006, p.74.
52

Cette distinction est purement doctrinale car il n’existe pas de hiérarchie


au sein des modes de preuve du fait du principe de l’intime conviction.

Signalons que la Cour européenne des droits de l’homme insiste sur la


nécessité de mener une enquête en matière d’infraction sexuelle, et ce
même en l’absence d’élément matériel permettant d’étayer les dires de la
victime105.

Le discours de la victime peut être complété par les déclarations de son


entourage susceptible d’apporter des indications sur la crédibilité de celle-
ci 106 , mais surtout de présenter sa réaction suite à l’infraction 107

(comportement après les agissements incriminés 108 , état physique et


psychique de la victime suite à l’acte 109 , circonstances du recueil des
premières confidences110…).

105 Dans un arrêt M.C. contre Bulgarie en date du 4 décembre 2003 , la Cour européenne
affirme que « les États ont l’obligation positive, inhérente aux articles 3 et 8 de la
Convention, d’adopter des dispositions en matière pénale qui sanctionnent effectivement
le viol et de les appliquer en pratique au travers d’une enquête et de poursuites effectives
» ; les États doivent assurer « la criminalisation et la répression effective de tout acte
sexuel non consensuel, y compris lorsque la victime n’a pas opposé de résistance physique
». Si l’enquête doit prêter attention aux preuves directes d’une infraction sexuelle, elle ne
peut pour autant délaisser les autres circonstances, parmi lesquelles les déclarations de la
victime.
106 Crim., 21 août 1995, pourvoi n°94-85814 (irrecevabilité du pourvoi formé par une

partie civile contre une décision de non-lieu en se fondant notamment sur les déclarations
d’un proche affirmant que la victime avait des tendances à la mythomanie). Crim., 4
février 2004, pourvoi n°03-80440 (irrecevabilité d’un pourvoi formé contre une décision
de non lieu se fondant notamment sur les déclarations de l’entourage qualifiant la victime
de manipulatrice).
107 V., LE GOAZIOU, Le viol, aspects sociologiques d’un crime, op. cit., p.180-181 et son

article infra.
108 Crim., 13 juin 2007, pourvoi n°07-82499 (pour une victime qui a jailli à demi nue

devant un véhicule). Crim., 12 octobre 2011, pourvoi n°11-85474 (pour une victime qui a,
dès après l’acte, prévenu un proche, consulté un médecin et déposé plainte).
109 Crim., 6 avril 1993, pourvoi n°93-80185 (état de choc de la victime attesté par son

entourage). Crim., 27 novembre 1996, pourvoi n°96-83954 (changement de


comportement de la victime suite à l’acte attesté par un proche). Crim., 28 mars 2001,
pourvoi n°00-87119 (changement de comportement de la victime suite à l’acte attesté par
53

A. Les enquêtes

La recherche des preuves de l’infraction rentre dans le cadre de la


procédure d’enquête. Dans son sens étymologique, le mot « enquête » est
un substantif qui vient du verbe « enquérir (s’)»111. Ce verbe pronominal
vient du latin « inquirere » qui signifie rechercher ou chercher à savoir112.
Ses synonymes les plus proches sont « rechercher », « s’informer », « se
renseigner » ou « aller aux renseignements », « demander »… le verbe «
s’enquérir » trouverait certainement son antonyme dans celui « se
désintéresser de »113.

À partir de cette étymologie, nous pouvons définir l’enquête comme étant


une mesure d’instruction qui permet aux officiers de police judiciaire ou
aux officiers du ministère public de recevoir des tiers des déclarations de
nature à les éclairer sur les faits litigieux dont ils ont personnellement
connaissance. Gardons à l’esprit qu’à l’origine l’enquête n’était autrement
définie que comme la procédure par laquelle est administrée la preuve par
témoins114. La preuve, c’est le but de l’enquête; l’audition des témoins, c’est
l’acte d’enquête.

Les actes nécessités par l’enquête préliminaire peuvent être accomplis


d’office par la Police judiciaire. Ils peuvent être sollicités par le Parquet,

l’entourage). Crim., 17 mars 2004, pourvoi n°03-85515 (état de stress de la victime attesté
par des proches). Crim., 16 janvier 2008, pourvoi n°07-87621 (changement de
comportement de la victime suite à l’acte attesté par des proches).
110 Crim., 14 novembre 2001, Bull. crim. n°239. Crim., 18 janvier 2006, pourvoi n°05-

83944. Crim., 27 mars 2008, Bull. crim. n°81. Crim., 27 mars 2008, pourvoi n°07-86661.
Crim., 4 juin 2008, pourvoi n°07-88096.
111B-H., Du CHAZAUD, Dictionnaire de synonymes et contraires, Paris, Le Robert, 2000,
p. 291.
112 J., DUBOIS, H., MITTERAND et A., DAUZAT, Dictionnaire étymologique, Paris,
Larousse, 2007, p. 275.
113R., BOUSSINOT, Synonymes, analogies et antonymes, Paris, éd. Bordas, 2007, p. 354
114 S., GUINCHARD et T., DEBARD (dir.), op. cit., p. 336 ; G., CORNU (dir.), Vocabulaire
juridique, Paris, 8ème éd., P.U.F., 2008, p. 359.
54

soit parce que celui-ci a reçu le premier la plainte ou la dénonciation, soit


parce qu’il a été informé de certains éléments par la Police judiciaire et
qu’il demande un complément par le biais d’un ordre écrit appelé «
réquisition d’information ».

B. Le procès-verbal de constat

Les agressions sexuelles se déroulent le plus souvent en l’absence de


témoin. Cela ne s’explique pas uniquement par la crainte d’être vu ou
dénoncé, mais par le risque d’une intervention extérieure. Le moment du
viol place paradoxalement son auteur en état de vulnérabilité vis-à-vis d’un
éventuel secours. En dehors des viols collectifs, la menace, l’isolement, la
terreur sont indispensables au violeur pour commettre son forfait115.

Ainsi, dans le cadre de ses activités d’enquête, l’officier de police judiciaire


ou le l’officier du ministère public est habilité à recueillir des éléments de
preuve et à mener des investigations sur le lieu où l’infraction de viol a été
commise. Il procède ainsi aux constatations matérielles en se projetant
directement au contact de l’infraction, à ses conséquences ainsi qu’au lieu
de sa commission. Il établit un procès-verbal qui dresse l’état des lieux ou
l’état des actes matériels ou des conséquences matérielles de l’infraction
alléguée.

Le but des constatations matérielles est d’appréhender les faits ou d’en


relever les indices ou les pièces à conviction116. Globalement, il s’agit de
tout élément découvert sur le lieu de l’infraction ou sur tout lieu par lequel
sont passés les enquêteurs 117 . Les constatations matérielles permettent

115F., VIRGILI, Viol ( Histoire du). Michela Marzano. Dictionnaire de la violence, PUF,
2011.,p.6.
116 Art. 47, Ordonnance du 3 juillet 1978 relative à l’exercice des attributions d’officiers et
agents de police judiciaire près les juridictions de droit commun.
117 H., BOSLY et D., VANDERMEERSCH, Droit de la Procédure Pénale, Brugge, La
Charte, 1999, p. 395.
55

aussi d’identifier les témoins importants, de réunir des informations et


preuves documentaires ou de procéder à la reconstitution des faits.
Les constatations matérielles ne peuvent être réalisées qu’à la suite d’un
transport sur les lieux118 ou d’une perquisition119, permettant l’exploration
des scènes de l’infraction de viol.

L’objectif d’un transport sur les lieux est de permettre à l’enquêteur


d’observer, de prendre connaissance et de juger par lui-même la
topographie du lieu de l’infraction de viol. Ainsi, un procès-verbal établi
dans ces circonstances réelles des faits en fait preuve légale 120 et force
fiabilité et objectivité. Il décrit le temps et le lieu du constat, les
circonstances, preuves et indices recueillis à propos de l’infraction en cause.
Il est signé par l’enquêteur présent sur les lieux des investigations.

C. Le procès-verbal d’interrogatoire

L’interrogatoire est un acte qui s’adapte mieux à la personne mise en cause


devant une autorité judiciaire. C’est une occasion est accordée à la
personne accusée de s’expliquer, de se justifier, de se défendre et de
recueillir toutes autres informations pertinentes sur les accusations

118 HELIE Faustin, Pratique criminelle des cours et tribunaux, Première partie, Code
d’instruction criminelle, Paris, 3ème éd., Imprimerie et Librairie Générale de
Jurisprudence, 1920, p. 112-113.
119 La perquisition se définit comme étant une mesure coercitive par laquelle une autorité
judiciaire compétente -généralement le magistrat- pénètre dans un endroit bénéficiant de
la protection liée à l’inviolabilité du domicile en vue d’y rechercher des preuves et d’y
saisir des pièces à conviction d’un crime ou d’un délit (BOSLY Henri et
VANDERMEERSCH Damien, loc. cit.) ; BOULOC Bernard, op. cit., p. 115 . Strictement
réglementée, la recherche judiciaire des éléments de preuve d’une infraction peut être
réalisée au domicile de toute personne ou en tout autre lieu où pourraient se trouver des
objets, documents ou données informatiques, dont la découverte serait utile à la
manifestation de la vérité [GUINCHARD Serge et DEBARD Thierry (dir.), op. cit., p. 596].
Ainsi, toute perquisition implique la recherche, à l’intérieur d’un lieu normalement clos,
notamment au domicile d’un
120 Cass. française, 20 janvier 1893, Droit Pénal, 1894-I-55.
56

portées à sa charge. Il répond aux questions de l’enquêteur, dont l’objectif


est de se faire une idée exacte de l’affaire dont il a la responsabilité.

Le procès-verbal d’interrogatoire est obligatoire et essentiel au cours de la


procédure d’enquête. La loi en fait un préalable obligatoire avant toute
mise en état de détention préventive121.

Le procès-verbal d’interrogatoire permet à l’enquêteur, sur fond des aveux


ou non, d’obtenir l’implication ou non de l’accusé dans la commission de
l’infraction de viol. Il s’étend à tous les faits et éléments de preuve et tend à
obtenir un récit cohérent et exact sur les accusations qui pèsent sur
l’accusé. Ce faisant, l’interrogatoire doit se faire à charge et à décharge.

Une partie au procès peut se référer des aveux du prévenu dans qui se
trouve dans le procès-verbal d’interrogatoire.

Néanmoins, il est bon de faire remarquer que la cour a considéré que les
aveux obtenus par tortures sont inopérants lorsqu’ils ne sont pas
corroborés par d’autres modes de preuve122 . Tout comme, le tribunal peut
retenir l’aveu spontané du prévenu et le fait de l’absence d’antécédent
judiciaire.

La jurisprudence pose à cet égard principe que « … dans l’application de la


peine, des larges circonstances atténuantes existent, telles que l’absence
d’antécédent connu, la bonne foi manifestée par la franchise de
démarches…123»

121 L’Officier du Ministère public peut placer un inculpé sous le lien du mandat d’arrêt
provisoire lorsqu’il est convaincu de la réunion des conditions de la mise en état de
détention préventive595. Pour placer l’inculpé sous mandat d’arrêt provisoire, le
magistrat instructeur doit préalablement l’interroger. Lire, ode de procédure pénale,
article 28 alinéa 2.
122 Cour de sûreté de l’Etat, Arrêt RP 2463, 16 août 2002, inédit.

123 CSJ.,RP 2, 17, C.R.05 avril 1978, Bull. Arrêt 1979, p.57.
57

D. Le procès-verbal d’audition

Parfois, la justice se trouve face aux dires de la plaignante pour évaluer ce


qui a pu se produire dans une ruelle sombre, un chemin écarté, une
maison vide de ses habitants. Se pose alors la question de la crédibilité du
témoignage des femmes 124 . Au récit de la plaignante s'opposent les
dénégations de l'accusé : évoquer le consentement de la femme, l'ivresse, la
perte de mémoire des faits et transformer en de banals gestes de
marivaudage les faits sont des techniques couramment employées par les
accusés. En dehors des indications médico-légales, la justice a aussi
recours à l'audition des témoins.

Aux fins de ses enquêtes, l’officier de police judiciaire ou l’officier du


ministère public peut faire citer devant lui toute personne dont il estime
l’audition nécessaire125.

Au sens large le terme « audition » désigne le fait d’entendre une personne


quel que soit le cadre de son intervention dans une procédure: plaignant,
suspect, témoins etc. Mais au sens strict les faits d’entendre un intervenant
dans une procédure varient selon le cadre de son intervention.
Contrairement à l’interrogatoire, l’audition se rapporte techniquement aux
personnes qui ont assisté à la commission d’une infraction ou entendu
quelque chose s’y rapportant 126 . Il s’agit de témoins, c’est-à-dire des
personnes qui, extérieures aux faits, objet de la poursuite, sont capables de

124L., FERRON, Le témoignage des femmes victimes de viol au xixe siècle. Colloque
International de l'HIRES, Angers du 17 au 19 mai 2001, Justice et différence des sexes, p.
129-139, dans C. Bard, F. Chauvaud, M. Perrot et J. G. Petit (dir.), « Femmes et justice
pénale : xixe –xxe siècles », PUR, 2002

125 Art. 16, al. 1er, code de procédure pénale.


126 B., BOULOC, Procédure pénale, Paris, 22ème éd., Dalloz, 2010, pp. 625-626.
58

fournir à l’autorité judiciaire des renseignements utiles à la manifestation


de la vérité127.

Les témoins déposent sur les faits dont ils ont eu connaissance et qui sont
susceptibles de s’insérer dans la démonstration recherchée. Ils courent
parfois le risque de se transformer en victimes de leurs interventions. De
même, loin de rester simplement créancière des droits nés de la
commission d’une infraction, la victime 128 peut disposer, sous certaines
conditions, d’un double statut qui lui permet de jouer à la fois le rôle de
dénonciateur de l’infraction dont elle a subi préjudice et celui de témoin
premier de sa propre cause129. Il conviendrait qu’un cadre juridique soit
érigé en vue d’adopter des mesures destinées à assurer la protection de ces
deux acteurs pendant l’enquête.

Il ressort de l’article 16 du code de procédure pénale que l’officier du


ministère public peut faire citer devant lui toute personne dont il estime
l’audition nécessaire. A cette fin, il peut rechercher des renseignements
auprès de toute personne digne de foi qu’il juge appropriée et recueillir des
dépositions écrites ou orales des témoins130.
La déposition d’un témoin se déroule dans une large mesure à huis clos.

127 S., GUINCHARD et J., BUISSON Jacques, Procédure pénale, Paris, 5ème éd., Litec,
2009, p. 950.
128 La Déclaration des principes fondamentaux de justice relatifs aux victimes de la
criminalité et aux victimes d’abus de pouvoir adoptée par l’Assemblée générale des
Nations unies définit les victimes de crimes comme des personnes qui, individuellement
ou collectivement, ont subi un préjudice, notamment une atteinte à leur intégrité
physique ou mentale, une souffrance morale, une perte matérielle, ou une atteinte grave à
leurs droits fondamentaux du fait de la violation des lois pénales en vigueur dans un Etat
Membre, y compris celles qui proscrivent les abus criminels de pouvoir (Assemblée
générale des Nations Unies, 40ème session, 29 novembre 1985, Doc. N.U. A/RES40/34).
129 En droit de procédure pénale, tant que la victime ne s’est pas encore constituée partie
civile, elle est considérée juridiquement comme un témoin dont elle emprunte le statut
(GUINCHARD Serge et BUISSON Jacques, loc. cit.).
130 Art. 37 et 41, Ordonnance du 3 juillet 1978 relative à l’exercice des attributions
d’officiers et agents de police judiciaire près les juridictions de droit commun.
59

L’officier de police judiciaire ou l’officier du ministère public est tenu au


secret professionnel sur l’identité de tout témoin qui réclame le bénéfice de
l’anonymat, pourvu que lui-même n’ait commis aucune faute131.

Par exemple, les témoins qui ont vus le violeur en train de fuir après avoir
commis son forfait ; les témoins qui ont écoutés des cris, des coups,
pleures ou encore des paroles du violeur lors du déroulement de l’acte de
viol, etc. jouent un grand rôle dans l’administration de la preuve de
l’infraction de viol.

E. Le procès-verbal de saisie

La saisie est une opération pratiquée par une autorité judiciaire


compétente sur un bien, un avoir ou un objet quelconque qui atteste de la
matérialité d’une infraction ou qui est susceptible de servir à la
manifestation de la vérité132. Il s’agit dans ce cas de la mise sous-main de
justice des pièces à conviction, le plus souvent obtenues dans le cadre
d’une visite domiciliaire ou d’une perquisition133.

Ces pièces à conviction constituent des éléments de preuve matériels


relatifs aux chefs d’accusation ou à l’enquête. Elles sont composées des
objets ayant servi ou ayant été destinées à la commission des infractions
retenues ou en ayant constitué le fruit ou le produit, et dont la saisie peut
servir à la manifestation de la vérité134.

131 Art. 38, al. 1er, ordonnance du 3 juillet 1978 relative à l’exerce des attributions
d’officiers et agents de police judiciaire près les juridictions de droit commun.
132 Art. 47, ordonnance du 3 juillet 1978 relative à l’exercice des attributions d’officiers et
agents de police judiciaire près les juridictions de droit commun.
133 Art. 52-53, ordonnance du 3 juillet 1978 relative à l’exercice des attributions
d’officiers et agents de police judiciaire près les juridictions de droit commun ; S.,
GUINCHARD et J., BUISSON, op. cit., pp. 483, 549.
134 Art. 49, al. 2, ordonnance du 3 juillet 1978 relative à l’exercice des attributions
d’officiers et agents de police judiciaire près les juridictions de droit commun
60

Dans le cas de l’infraction de viol, le PV de saisie permet d’identifier les


objets que le violeur a utilisé pour contraindre la victime peut être une
arme à feu ou une arme blanche. De même, les vêtements, montre,
bracelet…de la victime qui sont détenus par le violeur.

F. Les visites domiciliaires et perquisitions

Sans pour autant traduire un même sens, les visites domiciliaires et


perquisitions sont soumises au même régime juridique135. au sens strict,
une visite domiciliaire désigne l’entrée dans un lieu privé aux fins de
constat ou de vérification136; pendant que la perquisition consiste en un
transport sur les lieux, pour y dresser les procès-verbaux nécessaires à
l’effet de constater le corps du délit, son état, l’état des lieux, et pour
recevoir les déclarations des personnes qui auraient été présentes ou qui
auraient des renseignements à donner ou à fournir à l’autorité judiciaire137.

Strictement réglementée, la perquisition peut être réalisée au domicile de


toute personne ou en tout autre lieu où pourraient se trouver les pièces à
conviction dans le cadre de l’infraction de viol.

Il peut s’agir: les lettres de menaces, plans cartographiques des personnes


violées ou à violer, communications, journaux personnels ou intimes de
l’accusé de viol ainsi que tous enregistrements ou cassettes audio ou vidéo
des ébats sexuel entre la personne poursuivit pour viol et la victime,
photographies de la victime nu ou avec le violeur, etc. ; Bref, et toutes les
pièces en rapport avec l’infraction de viol.

135 Art. 22, al. 1er, code de procédure pénale ; art. 52, ordonnance du 3 juillet 1978
relative à l’exercice des attributions d’oficiers et agents de police judiciaire près les
juridictions de droit commun.
136 S., GUINCHARD et T., DEBARD (dir.), op. cit., p. 891
137 Lire, J-M., TASOKI MANZELE, Procédure pénale congolaise, Ed. L'Harmattan, 2016,
http://www.editions-harmattan.fr
61

Au regard de la loi, et à moins que le président du tribunal de grande


instance l’y autorise, les visites domiciliaires et perquisitions ne peuvent
commencer avant 5 heures du matin ni après 21 heures138.

Dans le même sens, la jurisprudence interdit toute pratique de visites


domiciliaires pendant la nuit 139 . En procédant à une perquisition hors
l’article 22, alinéa 3 du code de procédure pénale, l’officier de police
judiciaire commet une illégalité et que cette action illégale ne peut avoir ni
directement ni indirectement aucune conséquence légale.

Dans le même sens, les aveux du prévenu en suite d’interrogatoire sur


données d’une perquisition illégale, ne peuvent servir de base à une
condamnation répressive140.

Signalons que la personne chez qui la perquisition a lieu ainsi que le


suspect s’il y a lieu, assistent à toutes les opérations. La loi elle-même aussi
apporte un tempérament à cette disposition. S’ils ne peuvent ou ne veulent
pas y assister, l’officier de police judiciaire requiert deux témoins choisis
parmi les personnes autres que celles qui sont sous ses ordres.

Les témoins ainsi requis assistent à toute l’opération et signent avec lui le
procès-verbal de perquisition141. de la même façon, la jurisprudence estime
toutefois que s’il est vrai qu’aux termes de l’article 23 du code de procédure
pénale, aucune visite domiciliaire ne peut être effectuée sans que la
personne présumée coupable d’une infraction soit présente à son domicile,
cette exigence légale doit néanmoins s’analyser sous le double principe du
respect des droits de la défense et de l’efficacité de l’instruction

138 Art. 22, al. 3, code de procédure pénale.


139 Elis., 19 avril 1952, R.J.C.B., 1952, p. 147.
140 Trib., parquet du Kibali-Ituri, rév., 20 mars 1951, R.J.C.B., 1952, p. 271.
141 Art. 23, code de procédure pénale ; art. 52, ordonnance du 3 juillet 1978 relative à
l’exercice des attributions d’officiers et agents de police judiciaire près les juridictions de
droit commun.
62

préparatoire en telle sorte qu’il n’y a pas lieu de rejeter des débats un
document qui aurait été décelé au cours de cette perquisition même
effectuée en l’absence du prévenu142.

G. Le témoignage

Le témoignage étant le récit fait par une personne a l’occasion d’un procès,
de ce quelle prêtent avoir vu ou entendu à propos d’une infraction, il est
difficile pour le magistrat juger sans de témoins qui sont pour lui les yeux
et les oreilles de la justice.

Mais dans ce cas, le rôle du témoin est seulement d’exposer ce qu’il a vue,
entendu ou appris mais pas s’exprimer sa propos opinion ou son jugement
de valeur, sur la gravite des faits ou sur la responsabilité de leur auteur.

En effet, en cas de viol, l’infraction qui se commet en cachette, les témoins


oculaires du crime sont très rares. On trouve surtout dans ce cas des
témoins auriculaires. Ils ont entendu parler d’un viol commis dans le
quartier par monsieur x sur mademoiselle Y. mieux, ils sont ouïs des cris
d’une femme appelant secours.

Bien que très fréquemment employée, cette preuve par témoins est loin
d’être sure car elle est souvent entachée d’erreurs volontaire ou surtout
involontaires.

De nombreuses études jurisprudentielles indiquent que très peu d’aveux


sont recueillis en matière de viol ; l’aveu se passe beaucoup plus souvent
devant l’OPJ que devant le magistrat ; de nombreux aveux passés devant
l’OPJ, se décident par des rétractations devant le magistrat.

142 C.S.J., R.P.A. 13, App., matière répressive, le ministère public c/Ntikala Muludiki
André-William, Arrêt, 07 juillet 1972, Bulletin des Arrêts de la cour suprême de justice
(1972), pp. 125-126.
63

Cet état de choses justifierait la tentation pour l’accusation de recourir


fréquemment à des méthodes scientifiques en vue d’arracher cout que cout
les aveux du prévenu. La fiabilité de celle-ci n’est pas un acquis pour
autant. La plus grande prudence est donc requise lorsqu’ on décide d’y
recourir.

H. La preuve biologique

Les OPJ, magistrats ou encore les parties au procès peuvent, recourir à la


preuve biologique. C’est les spécialistes ou experts, dont les
psychologues143 médecins (ou infirmiers) qui ont pour but d’éclairer les
juridictions répressives sur des données techniques ou scientifiques, en
raison de leurs qualifications techniques « dans des domaines qui ne sont
pas directement de la compétence des magistrats».

Mais, malgré l’éventail de renseignements que le juge de fond peut


recueillir de l’expertise médico-légale, il ne peut s’empêcher de les
confronter aux autres éléments du dossier ; tant il est vrai que cette
expertise émane d’une personne humaine, donc faillible et capable de
transiger avec son honneur et sa conscience, en dépit du serment qu’il
prête généralement sans témoin, et à même d’altérer la vérité dans son
rapport établi loin du regard pesant du magistrat.

La preuve biologique ou l’analyse génétique (ADN) est devenue une arme


quasi infaillible. Considérée désormais comme la nouvelle reine des
preuves, l’analyse génétique est capable de réveiller les preuves endormies.
L’on estime en effet, que tout individu, a l’occasion de ses actions
criminelles en un lieu donné, dépose et emporte à son insu des traces et
143Dans le cadre des violences sexuelles, le psychologue qui nous semble utile d’être
requis est celui dit clinicien. En effet, le psychologue clinicien est un praticien qui étudie
le fonctionnement psychique sain ou pathologique, pour en donner une définition en
termes de capacités, de caractéristiques cognitives ou affectives, ou encore de diagnostic
(dans ce dernier cas, il est assimilé à un psycho pathologiste, le cas du psychologue
clinicien).
64

des indices : sueur, sang, poussier, fibres, sperme, salive, poils, squames,
terre. Qu’ils soient de nature physique, chimique ou biologique, ces indices,
une fois passés au crible d’examens de plus en plus sophistiques, parlent et
livrent le récit du crime avant de permettre au lecteur-enquêteur de
chiffrer la signature de l’autre coupable144.

En matière d’agression sexuelle, les preuves scientifiques sont soit


inexistantes (ce qui est fréquent lorsque les faits sont anciens), soit
présentes, mais susceptibles alors d’être observées comme des preuves
idéales145. Or, tel n’est pas le cas ; à titre d’illustration, dans le cadre d’une
infraction sexuelle, la preuve scientifique peut consister en une expertise
génétique permettant de démontrer que les deux protagonistes ont été en
présence l’un de l’autre, qu’il y a eu un contact entre leurs deux corps ou
encore rapport sexuel146 ; cependant, outre qu’elle ne peut être avancée
que pour des faits récents, cette preuve scientifique n’établit pas l’atteinte
au consentement nécessaire à la caractérisation de l’agression sexuelle.
Une analyse comparative d’ADN n’apporte que la certitude d’un élément
biologique et non d’une culpabilité ou d’une innocence147.

144Y., PADOVA, a la recherche de la preuve absolue. Réflexions sur l’utilisation de l’ADN


en procédure pénale et sur le développement des fichiers d’empreintes génétique,
archives de politique criminelle, 2004/, n°26, p.72.
145 A., BLANC, « L’audience » in dossier, « Les violences sexuelles », AJ pénal 2004, p.15.
146 En ce sens, voir F., BELLIVIER, « Infractions sexuelles et empreintes génétiques »,
RTD civ. 2000, p.651.
147 A., MOUSTIERS, « Preuve et biotechnologies : l’utilisation des empreintes génétiques
à des fins judiciaires », in O., DE FROUVILLE (dir.), La preuve pénale.
Internationalisation et nouvelles technologies, La documentation française, coll.
Perspectives de la justice, 2007, p.199. Pour des illustrations, voir H. ANCEL, « La preuve
biologique », in G., GIUDICELLI-DELAGE (dir.), Les transformations de l’administration
de la preuve pénale. Perspectives comparées, op. cit., p.202-203 ; E. DAOUD, C.,
GHRENASSIA, « L’expertise à l’épreuve de la contradiction : errare expertum est », AJ
pénal 2011, p.560 ; P. MULLER, « Les preuves médico-légales peuvent-elles être la base
de la conviction intime du magistrat ? », in Conviction intime & abus sexuel, Les cahiers
de la SFPL, n°3, 1998, p.24.
65

C’est pourquoi, la preuve par Adn, et plus généralement la preuve


scientifique, ne peut être considérée comme la « reine des preuves »,
particulièrement en matière d’infraction sexuelle ; elle ne peut être utilisée
à titre exclusif et ne constitue qu’un acte d’investigation parmi d’autres148.

Ainsi, les enquêteurs et le juge ne doivent pas tomber dans l’écueil de


l’attrait de la certitude scientifique. À ce titre, il peut être regretté qu’en
pratique ce mode de preuve puisse avoir une très grande influence lors de
l’enquête : interrogatoires et témoignages construits à partir des
conclusions scientifiques, tentation d’obtenir des aveux de la personne
mise en cause par l’expertise, abandon de certaines pistes initialement
envisagées…149.

L’expert l’éclaire donc sur des problèmes spécifiques d’ordre technique,


requérant des connaissances particulières dans un domaine déterminé. Il
lui donne des indications pertinentes sur des questions bien précises en
rapport avec la recherche de la preuve de l’infraction reprochée à l’accusé.
Ces indications seront prises en compte par l’autorité judiciaire dans
l’établissement et la détermination de la responsabilité pénale de l’accusé.
Encore faut-il que ces indications démontrent leur utilité dans l’examen
des arguments des parties en cause.

En principe, il est recouru à l’expertise lorsque se pose « une question


d’ordre technique » et l’on peut dire à coup sûr que l’examen mental est
une expertise, tout comme l’examen médical ou médico-psychologique.

En revanche, dans d’autres cas, l’hésitation est permise et la question de la


qualification de l’acte d’investigation est posée. Ne constituent pas des

148 F., BELLIVIER, « Infractions sexuelles et empreintes génétiques », RTD civ. 2000,
p.652.
149 E., DAOUD, C. GHRENASSIA, « L’expertise à l’épreuve de la contradiction : errare
expertum est », AJ pénal 2011, p.560.
66

expertises, la mission de photographier la victime d’un assassinat, la pesée


d’un projectile, l’analyse de sang pour déterminer le groupe de son porteur
ou la recherche du taux d’alcoolémie.

Il en est de même de la mesure tendant à la vérification de certains


éléments de fait ou même l’enquête de personnalité, qui peut être conduite
par le juge lui-même. Les « constatations » et « examens techniques ou
scientifiques » que le parquet ou sur son autorisation, les officiers de police
judiciaire peuvent ordonner dans le cadre de l’enquête préliminaire font
évidemment partie de ces investigations qui ne sont pas non plus des
expertises. Et pourtant ces « constatations » et « examens » peuvent être
faits par des experts. Sont au contraire des expertises, les opérations de
prélèvements en matière de stupéfiants et l’examen de projectiles quant à
leur calibre et à l’identification de l’arme qui les a tirés. On peut aussi
considérer que la preuve par l’ADN doit emprunter la voie de l’expertise150.

Au cours d’une enquête ou d’une instruction, il peut être demandé à un


spécialiste de fournir des renseignements sur l’état psychiatrique ou
psychologique d’une personne placée en garde à vue pour agression
sexuelle151, à un psychologue de procéder à un examen des victimes de
viols 152 ou à l’accomplissement d’un examen (observation attentive,
recherche, investigation, étude, analyse) médical (permettant d’établir des
traces de violences ou de sperme venant étayer les déclarations de la
victime) 153 , gynécologique de la victime d’un viol (permettant de
déterminer l’existence d’une défloration, d’une pénétration éventuellement

150 J., PRADEL et A., VARINARD, « Expertise-Notion », Dalloz, 2003, Chr., p. 225.
151 Crim., 2 décembre 1997, pourvoi n°97-84972.
152 Crim., 18 mars 1997, pourvoi n°96-82989. CA Rouen, Ch. corr., 18 mai 2005,
JurisData n°2005-307341.
153 Crim., 12 octobre 2011, pourvoi n°11-85474.
67

forcée) 154 ou d’ordre toxicologique en vue de d’établir une éventuelle


absorption d’un produit ayant pour effet de réduire la vigilance ou de
causer une amnésie155, l’examen peut enfin porter sur les vêtements, en
vue notamment d’y retrouver des traces de sperme156.

Les examens ou expertises pratiqués concernent principalement la victime


de l’infraction sexuelle car c’est sur son corps que d’éventuelles traces
peuvent être retrouvées ; un examen médical de la personne mise en cause
n’a d’intérêt que si, par exemple, la victime dénonce les faits rapidement et
affirme avoir commis un acte de violence envers son agresseur,
manifestant son refus de l’acte sexuel157.

I. Le rapport de l’expert

Le rapport de l’expert est donc la réponse afin d’éclairer la « religion » du


ministère public ou du juge. Le fait pour l’expert de ne pas prêter son
ministère constitue l’infraction de refus d’obtempérer à la réquisition158.

Il convient de signaler que le rapport doit être rédigé et comporter les


mentions relatives à la date de la désignation, à l’autorité judiciaire
commettante, au rappel des questions posées, à la relation des faits
examinés et aux conclusions des opérations effectuées. Ainsi, dit KILALA,
« le rapport doit être écrit puisque l’enquête est menée dans une phase

154 Dans le cadre d’une enquête policière : Crim., 6 avril 1993, pourvoi n°93-80185. Crim.,
18 octobre 2006, pourvoi n°06-85924. CA Caen, Ch. acc., 27 mai 1992, JurisData n°1992-
048269. CA Montpellier, Ch. corr., 1er juillet 2009, dossier n°09/00574. Dans le cadre
d’une instruction : CA Douai, 27 janvier 2009, Ch. spé. min., dossiers n°08/02117 et
03/2009. CA Montpellier, Ch. corr., 1er juillet 2009, dossier n°09/00574. CA Caen, Ch
corr., 21 mars 2011, dossiers n°10/01065 et 11/00274.
155 CA Lyon, Ch. corr., 10 novembre 2009, dossiers n°09/01630 et 09/00543.
156 CA Lyon, Ch. corr., 10 novembre 2009, dossiers n°09/01630 et 09/00543. CA
Montpellier, 1er décembre 2009, dossier n°08/02235. CA Caen, Ch. corr., 17 décembre
2010, dossiers n°10/00928 et 2010/971.
157 M., BORDEAUX, B., HAZO, S., LORVELLEC, Qualifié viol, op. cit., p.189.
158 Lire, art 52 du Code de procédure pénale
68

inquisitoriale où tous les actes y afférents doivent revêtir un caractère


écrit»159.

Mais le médecin comme l’expert n’est pas seulement requis à la phase


préparatoire disons-nous ; il peut l’être aussi lors de l’instruction
juridictionnelle par le juge. Dans ce cas, le rapport sera-t-il toujours écrit ?
Comme les questions pour lesquelles ils sont requis demandent un travail
de laboratoire, à notre avis, il n’est pas important qu’ils viennent faire le
rapport oralement à l’audience. C’est ainsi qu’un rapport écrit paraît
important.
Toutefois, le tribunal peut l’inviter à venir expliciter certains éléments du
rapport qui lui restent incompréhensibles du fait de leur caractère
technique. Enfin, les conclusions de l’expert sont aussi très fondamentales,
car c’est ici où se situe le résumé de la décision technique de l’expert requis
sur les points indiqués par l’autorité requérante.

Dans la rédaction du rapport, la même exigence de rigueur et de précision


s’impose également au médecin et au psychologue qui ne doivent pas se
contenter de termes vagues, imprécis et finalement équivoques.
RANGEON a d’ailleurs souligné que « le choix des mots par l’expert est
parfois même déterminant : si le rapport d’expertise psychiatrique conclut
à ‘’l’altération du jugement’’ du prévenu au moment des faits, celui-ci
pourra être déclaré responsable et jugé, ce qui n’est pas le cas si le rapport
conclut à ‘’l’abolition de son discernement’’160».

159 I., KAKENKE RADO, (2015), « la portée de l’article 14 bis du code de procédure pénale
congolais tel que modifié et complété par la loi n° 06/019 du 20 juillet 2006 », in
ILUNGA KAKENKE RADO, la complexité du droit judiciaire congolais, editions du
centre de recherche universitaire du kivu, bukavu, p.5.
160 F., RANGEON, « Sociologie des experts judiciaires : Nouveaux éclairages sur un milieu

mal connu », 2007, in Edwige Rude-Antoine (dir), Le procès, enjeu de droit, enjeu de
vérité, Paris, Presses Universitaire de France., cité par I., KAKENKE RADO, Op.cit., p.5.
69

 Quid, un infirmier peut-il requérir en matière de violence


sexuelle ?

Comme le renseigne Ilunga KAKENKE , «… à certains endroits du pays, il y a


absence des médecins auxquels on peut s’adresser en cas des violences
sexuelles… si nous restons dans le strict sens d’interprétation de l’article
14 bis, un infirmier ne peut être requis en matière de violences sexuelles.
Aussi dans l’ensemble du Code procédure pénale pour tout ministère qui
nécessite une expertise médicale, la loi ne cite explicitement que le
médecin. C’est donc le médecin qui a acquis une grande formation et a
une qualification adaptée et une compétence basée sur sa formation pour
pouvoir répondre aux questions médicales qui doivent éclairer la
justice161».

Ilunga KAKENKE va renchérir que « … les connaissances médicales qu’il a


acquises lui permettent d’affiner l’appréciation des faits. Cependant,
quand nous nous situons dans le but social initialement poursuivi par le
législateur en légiférant sur l’article 14 bis, il n’y a aucun problème de
requérir un infirmier en cas des violences sexuelles. En exigeant aux
professionnels de la justice de requérir d’office le médecin et le
psychologue en cas des violences sexuelles, le législateur voulait que la
victime soit prise en charge médicalement et psychologiquement afin
d’éviter selon le cas, la contamination ou la propagation des infections
sexuellement transmissibles et la dépression de la victime162».

L’infirmier étant capable de recevoir une plainte d’un patient et


d’administrer les soins primaires, le professionnel de la justice ainsi saisi
d’un cas des violences sexuelles peut le requérir dans un premier temps. Le
but de recourir au professionnel de la santé ressort dans l’article 14 bis ;

161 I., KAKENKE RADO, Op.cit. p.7.


162 Cité par I., KAKENKE RADO, Op.cit., p.7
70

lorsque le législateur dit « (…) afin d’apprécier l’état de la victime des


violences sexuelles et de déterminer les soins appropriés (…) ». L’infirmier
pourra ainsi être requis dans le but d’apprécier l’état de la victime et
d’apporter les soins appropriés. La période de l’élaboration de cette loi sur
les violences sexuelles, correspond par ailleurs à la période à laquelle notre
pays s’engageait activement dans la lutte contre le Sida. Le but social de
cette disposition est donc la prise en charge médicale et psychologique de
la victime des violences sexuelles163.

Ainsi, le rapport médico-légal établi par l’infirmier à la suite d’une


réquisition lui adressée par un professionnel de la justice doit être pris en
compte dans le débat judiciaire. Il ne doit pas être rejeté au motif d’avoir
été établi par une personne qui n’est pas médecin ou qui n’a pas qualité.
C’est un élément important qui constitue un commencement de preuve des
violences sexuelles.

Cependant, BOSLY, dans son étude sur la régularité de la preuve en


matière pénale 164 , relève les limites au principe de la liberté
d’administration de la preuve. L’auteur envisage que les preuves doivent
avoir été obtenues légalement et régulièrement. Par ailleurs, Michiels et
Falque, se fondant sur l’article 32 du Code de procédure pénale belge,
envisagent que la nullité d’un élément de preuve obtenu irrégulièrement
n’est décidée que si le respect des conditions formelles concernées est
prescrit à peine de nullité, ou ; l’irrégularité commise a entaché la fiabilité
de la preuve, ou ; l’usage de la preuve est contraire au droit à un procès
équitable165.

163 Idem., p.7


164 BOSLY, « La régularité de la preuve en matière pénale », J.T., 1992, pp. 121-128.
165 O., MICHIELS, et G., FALQUE, (2013-2014) Procédure pénale, 2è édition, Notes

sommaires, Faculté de droit, Université de Liège. cité par I., KAKENKE RADO, Op.cit.
p.8.
71

 Quid, les difficultés liées à la preuve médicale ?

En matière d’agression sexuelle, ces preuves scientifiques sont soit


inexistantes ce qui est fréquent lorsque les faits sont anciens, soit
présentes, mais susceptibles alors d’être observée comme des preuves
idéales or , tel n’est pas le cas ; à tire d’illustration, dans le cadre d’une
infraction sexuelle, la preuve scientifique peut consister en une expertise
génétique permettant de démontrer que les deux protagonistes ont été en
présence l’un de l’autre , qu’Ilya eu un contact entre leurs deux corps ou
encore rapport sexuel cependant, outre qu’elle ne peut être avancée que
pour des faits récents.

Lorsqu’un l’infraction de viol se commet et que la victime porte plainte


devant l’OPJ qui a pour mission de recevoir les dénonciations, plaintes et
rapports relatifs aux infractions, celui-ci l’écoute et rédige un procès-verbal
d’audition qui constitue le dépôt de plainte. Mais avec l’évolution des
technologies, sont apparus des modes de preuve plus moderne issus des
techniques de reproduction ou de communication.

Le problème de l’emploi de technique scientifique de la révélation de la


vérité reste discuté. L’on peut affirmer que le rejet a priori de ces moyens
techniques ne peut se justifier, car le dosage d’alcool dans le sang, la
détermination du groupe sanguin, l’enregistrement d’un discours public,
sont des procèdes valables des preuves objectives à condition d’en faire un
usage loyal. L’emploi des méthodes de narco – analyse penthol ou sérum
de vérité ou du polygraphe comme détecteur de mensonge tant pour le
témoin que pour le prévenu, est admis par certains et rejeté par l’autre166.

166A., NZITONDA, Problématique d’administration de la preuve de l’infraction de viol en


droit burundais, travail de fin cycle, Faculté de Droit, Université Lumière de
Bujumbura,2007, p.34.
72

 Quid, de l’intime conviction du juge ?

L’intime conviction du juge ne signifie pas que celui-ci peut se livrer à des
décisions arbitraires ou fantaisistes. Sa conviction doit être raisonnable. Et
les cours de cassation se permettent de sanctionner les raisonnements du
juge répressif entachés d’un vice radical ou de contradiction.

Cela dit, la liberté d’appréciation reste grande et a maintes fois été affirmée
dans la jurisprudence :
1. il appartient aux juges du fond d’apprécier souverainement la valeur
des éléments de preuve régulièrement produits aux débats et sur
lesquels se fonde leur conviction167 ;
2. les tribunaux évaluent librement la valeur probante de l’aveu et celle de
sa rétractation168 ;
3. ils peuvent même écarter cet aveu s’il leur paraît suspect ou contredit
par les autres éléments du procès169 ;
4. ils ne sont nullement liés par un rapport d’expertise qui constitue
seulement un élément de leur conviction170 ;
5. ils jugent souverainement la force probante des témoignages produits
devant eux171 ;
6. ils peuvent tenir compte des déclarations des co-prévenus, du moins
lorsqu’elles sont renforcées par des indices concordants172.

Révélons qu’il ressort, en effet, de plusieurs jugements sur des


dénonciations de viol … qu'il manque les preuves médicales pour que les

167 Crim. 3 mars 1959, B. 142 ; 21 octobre 1959, B.87


168 Crim. 31 mai 1949, B.193 ; 5 février 1959, B.87
169 Crim. 3 juillet 1920, Gaz. Pal. 2. 468.
170 Crim.12 juin 1958, B. 459 ; 29 juin et 7 décembre 1960, B.345 et 57
171 Crim.27 mars 1931, B. 93 ; 13 janvier 1960, B.19
172 Crim. 15 décembre 1923, D.1924. 1. 187 ; 9 février 1955, D.274. Toutes cette
jurisprudence est citée par MERLE et VITU, cités par le professeur Nyabirungu :
NYABIRUNGU mwene SONGA,op-cit, pp 381 - 382
73

juges déclarent fondées les plaintes des victimes. Certaines victimes ou


familles qui portent plainte ignorent souvent qu'il faut s'adresser dans les
72 heures à l'hôpital pour faire constater l'agression sexuelle subie173.

Le Magistrat Jean-Laurent NZUZI renseigne: « de tous les éléments de


preuve, les éléments médicaux légaux apparaissent comme les plus fiables
et leur étude est indispensable. C'est pour cela qu'il est conseillé à la
victime de conserver les vêtements portés au moment de l'agression, et que
ni elle ni les vêtements ne soient lavés avant l'examen médico-légal174».

Le Docteur Ilunga KALENGA indique aussi que « les éléments de preuve


sont puisés dans deux sources principales : soit sur le corps de la victime,
soit sur celui du prévenu violeur175 ».

Dans le corps de la victime, on peut trouver du sperme, du liquide séminal


ou des traces de sang. Chez l'agresseur, la sueur, la salive, des poils des
cheveux. Ainsi, pour être le plus complet possible, les prélèvements
doivent être faits dans un délai maximum de 72 heures après l'agression
pour la constatation des lésions cliniques récentes avant cicatrisation, afin
d'identifier génétiquement l'auteur des violences176.

In fine, d'après le magistrat Bin MUTOKA, « En général, les violences


sexuelles se commettent dans des endroits isolés, obscurs, inaccessibles du
public de sorte que, faute de témoins, c'est la parole de la victime qui est en

173 La loi et vous. Justice et droits au quotidien. Recueil des articles publiés dans le cadre
du projet Contribuer à la liberté d'expression en RDC de 2011 à 2013., Médiaspaul,
Kinshasa, 2013, pp. 120-121.
174 Idem, pp. 120-121.

175 Idem, pp. 120-121.

176 La loi et vous. Justice et droits au quotidien. Recueil des articles publiés dans le cadre

du projet Contribuer à la liberté d'expression en RDC de 2011 à 2013., Op., cit., pp. 120-
121.
74

balance avec celle de l'accusé. Elle reste donc le premier témoin de


l'infraction, et son témoignage peut emporter la conviction du juge177».

J. Les écoutes téléphoniques


Les écoutes téléphoniques existent dans le fait d’accéder à des
conversations privées, non seulement en utilisant une dérivation, mais
encore en employant tout procède comme le fait d’approcher un
radiocassette de l’écouteur.

Il s’agit de l’interception, l’enregistrement et la transcription de


correspondances émises par la voie des télécommunications. Cependant,
ne constitue pas une interception le simple compte rendu de propos
entendus par des policiers au cours d’une conversation téléphonique qui
s’est déroulée en leur présence, sans artifice ni stratagème. Il en est de
même de la simple lecture et transcription par les policiers, sans artifices
ni stratagème, de messages parvenus sur la bande d’un récepteur de
messagerie unilatérale178.

Le procède technique des conversations échangées par téléphone soulevé


des difficultés sur sa fiabilité et l’atteinte aux droits de la défense.

Cette question a été prononce positivement sur la jurisprudence Française.


En droit français la licéité des écoutes fut proclamée pour la première fois
par des juridictions du fond. La cour de cassation emboita timidement le
pas aux juridictions du fond, en décident que les actes utilisent à la
recherche de la vérité ne doivent souffrir en principe d’aucune restriction
sinon celle du respect des droits de la défense. Mais dans l’affaire tourne,
la cour de cassation se montre beaucoup plus décisive et nette en statuant
expressément sur la validité des écoutes et en les validant.

177 Idem., pp. 120-121.


178 A.,NZITONDA, Op, cit., p.56.
75

En espèce, un juge d’instruction avait que soit placée sous écoute la ligne
téléphonique d’un inculpé qu’il venait remettre en question de la vérité179.

 Quid de la fiabilité des techniques modernes de preuve ?

Signalons qu’avec l’exploitation des connaissances en matière scientifique,


la tentation est forte chez les pénalistes, juge procureurs et policiers
d’utiliser ces connaissances pour détecter et confondre les malfaiteurs.
Mais, des obstacles à un usage généralisé se présentent cependant à l’esprit,
dont il faut mesurer la valeur.

La question qui mérite d’être posée est celle de savoir si tous les procèdent
modernes sont susceptibles d’avoir une égale et totale confiance ?

D’après PRADEL, la réponse est certainement non. Il explique en disant


que la narco-interrogatoire qui tend à l’obtention d’aveux est d’une
efficacité réduit ; aveux ne peut être obtenu avec certitude et celui qui est
obtenu n’est pas forcement vrai si l’on songe à l’existence d’un phénomène
d’auto-accusation.

Le détecteur de mensonge ou polygraphe par contre peut tout au plus


donner des indications pour orienter l’enquête. De son côté, le nécro-
diagnostic qui vise à détecter une simulation ou des troubles psychiques
peut s’avérer faible. Et ce procède plus moderne qu’est le prélèvement de
cellules aux fins de détermination de l’empreinte génétique d’un individu
(ADN) est indéniablement d’une grande fiabilité des lors que les
conditions de recueil des échantillons et leur degré de pureté sont au-
dessus de tout soupçon. Il conclut en disant que l’argument de la non
fiabilité ou d’un doute sur la fiabilité n’est donc dans l’ensemble pas très
solide, sauf en ce qui concerne le sérum de vérité.

179 M., BENILLOUCHE, leçon de Droit pénal spécial, Paris, édition ellipses,2017, p.62.
76

Aussi délicat est le second obstacle, tire du respect des droits de l’homme.il
s’agit plus précisément de l’inviolabilité du corps à propos des
prélèvements, de l’intimité de la personne à propos notamment des
écoutes téléphoniques et des droits de la défense, spécialement dans leur
aspect concernant le droit au silence.

Face à cet obstacle, LAVSSEUR s’exprime en disant que la véritable raison


permettant de faire appel aux procèdes scientifique et de balayer en
conséquence l’argument des droits de l’homme est celle-ci ; la justice
pénale sanctionne les graves atteints à l’intérêt général contrairement à la
justice civile, et pour défendre cet intérêt général, la justice doit disposer
de moyens particulièrement efficaces.

LAVASSEUR continue en expliquant que par exemple, l’appel à L’ADN,


doit être possible pour la preuve de toute infraction grave car la
détermination du coupable va dans le sens de l’intérêt général en
permettant à la fois d’éviter de la part de celui-ci la commission d’autres
infractions et la condamnation d’un innocent contre lequel il y aurait eu
des indices à charge.

 IL A ETE JUGÉ :

 … le condamné qui après avoir vainement tenté de faire la cour à la


victime avec une somme d’argent de 200 francs congolais est parvenu à
l’aide de violences, menaces graves, à imposer à cette dernière une
conjonction sexuelle, c’est-à-dire l’introduction de son organe sexuel
dans celui de sa victime180.

180Cour militaire du Sud-Kivu audience foraine d’Uvira, Aff. MPC/Ayale Ndelo , RPA
n°094, 24 novembre 2008
77

 … L’introduction d’une partie du corps ou d’un quelconque objet dans


le vagin d’une enfant constitue le viol. Le prévenu qui a introduit son
doigt majeur de la main droite dans le vagin d’une enfant âgée de sept
ans a commis le viol181.

 … tombe sous le coup de la loi du chef de viol, le prévenu qui a commis


un acte matériel caractérisé dans le cas d’espèce par la conjonction
sexuelle qui s’entend de l’intromission du membre viril dans les parties
génitales de la femme ou mieux coït182.

 … à défaut d’administrer la preuve de la conjonction sexuelle, à défaut


d’expertise médicale, la seule déclaration de la victime ne saurait suffire
pour confirmer l’existence des rapports sexuels183.

 … Concernant le viol commis par l’anus et par la bouche, le tribunal de


grande instance de Bukavu a condamné sieur Shumbe alias Willy,
pasteur de son état en date du 28 novembre 2008 pour viol de
plusieurs garçons mineurs184.

 … a été reconnu coupable de viol, le prévenu qui a commis l’acte


matériel consistant dans la pénétration même superficielle de l’anus
d’une mineure de onze ans185.

Tribunal militaire de garnison de Mbuji-Mayi., RP 053/2006, Aff. MP c/ Tshibaka


181

Kalala, 15 décembre 2006, inédit

Tribunal militaire de garnison de Beni-Butembo, Aff. MP c/Sabwe Tshibanda, RP n°


182

083/08, 29 août 2008

183 Tribunal de Grande Instance de Kinshasa- Kalamu., R.P 7660, 05 juillet 1999

184Tribunal de grande instance de Bukavu., Aff. MP c/ Shumbe Otshinga alis Willy, RP


1950, 28 novembre 2008

Tribunal militaire de garnison de Bukavu. , Aff. MP c /Vidi Phanzu, RP 204/07, 06 mai


185

2008
78

 … devant l’absence de preuve du défaut de consentement et à défaut


d’indices précis et concordants révélateurs, le juge doit conclure à
l’acquittement186.

 … le tribunal a condamné à six ans de servitude pénale un prévenu qui


procédait à des rapprochements charnels de sexes avec la victime âgée
de douze ans187.

 … avoir commis le viol à l’aide de menaces, le prévenu qui, reçu dans


une maison en l’absence du mari, fait irruption dans la chambre à
coucher où se trouve la femme obtient d’elle des rapports sexuels, après
l’avoir menacée de faire usage de l’arme de guerre qu’il détenait188.

 … est un viol par contrainte, le fait d’enfermer la victime durant trois


jours dans une maison hermétiquement fermée à clef pour l’astreindre
aux relations sexuelle189.

 … le prévenu a été condamné à huit ans de servitude pénale principale,


pour s’être introduit nuitamment par effraction de la porte dans la
chambre de sa victime, alors qu’elle était profondément endormie, lui a
ôtée à son insu vêtements et sous-vêtement , puis a introduit le pénis
dans le vagin et a enfin éjaculé, au moment où réveillée en sursaut par
le liquide séminal la victime a surgi de son sommeil et crié au secours190.

186 Cour d’appel de Kananga, Arrêt RPA 1333, 07 avril 2005

187 Tribunal de Grande Instance de Kinshasa- Kalamu., jugement R.P. 7627, 16 juin 1999

Tribunal militaire de garnison de Butembo, RP n° 066/07, Aff. MP c/Dakolabwira, 16


188

août 2008

Tribunal militaire de garnison de Bukavu, RP n° 204/07, Aff. MP c/Vidi Mpanzu, 16


189

mai 2008

190 Tribunal de grande instance de Kinshasa/Gombe, RP 18667, 17 juillet 2009


79

 … la seule accusation de la victime dénonçant à plusieurs reprises des


auteurs différents de viol ainsi que deux certificats contradictoires et
imprécis ne peuvent établir avec certitude la culpabilité du viol191.

 … le fait pour une fille âgée de dix-neuf de passer toute la nuit dans la
chambre du prévenu, avec la bénédiction de sa grande sœur et d’y
consommer des relations sexuelles avec le prévenu sans administrer la
preuve d’avoir subi des violences ou d’avoir été forcée n’est pas
constitutive d’infraction192.

 … le fait d’entretenir des relations de copinage, d’avoir fait une


promesse de mariage à une fille âgée de moins de dix-huit ans ne
constitue pas une cause d’exonération de l’infraction de viol en cas de
consommation des relations sexuelles193.

 … le prévenu qui a introduit son doigt majeur de la main droite dans le


vagin d’une enfant âgée de sept ans a commis le viol194.

 … a été condamné pour viol et au double du minimum de la peine


prévue par la loi sans circonstances atténuantes alors qu’il n’avait
pas d’antécédents judiciaires connus et était de mentalité fruste le
prévenu qui était au moment des faits serviteur des parents de la
victime, car ce faisant il avait l’obligation de veiller sur elle195.

191 Tribunal de grande instance du Nord-Kivu à Goma, R.P 18.988, 5 août 2008

192 Tribunal de grande instance du Nord-Kivu à Goma, R.P 18.988, 5 août 2008

Tribunal de Grande Instance de Kisangani, R.P 11.343, 15 novembre 2007, Ministère


193

public et partie civile contre le prévenu Kirongozi Fataki

Tribunal militaire de garnison de Mbuji-Mayi., RP 053/2006, Aff. MP c/ Tshibaka


194

Kalala, 15 décembre 2006

195Tribunal de grande instance de Bukavu, RP 11810, Aff. MP c/Zigabe Katuruba , 09


juillet 2008
80

 … ont été condamnés l’individu qui a séquestré une mineure de


onze ans durant trois jours pour la soumettre aux relations
physiques par l’anus196.

Tribunal militaire de garnison de Bukavu, RP. 204/07, Aff. MP c/ VIDI PANZU, 06


196

mai 2008
81

CHAPITRE 4.
ADMINISTRATION DE LA PREUVE:
VIOL SUR MINEUR

Le viol sur mineur est une forme de maltraitance qui a des conséquences
désastreuses sur la vie des victimes. L'enfant victime de viol court souvent
le risque d'une psychopathologie grave qui peut perturber son évolution
psychologique, affective et sexuelle197.

De plus, les enfants sont les principales victimes de violences sexuelles, les
filles bien plus que les garçons. Comme le renseigne le Docteur Muriel
SALMONA, dans son ouvrage publié en 2018, « près d’une fille sur 5 a subi
des violences sexuelles au moins une fois dans sa vie. Plus de la moitié des
viols sont commis sur des mineurs,...81 % des violences sexuelles débutent
avant 18 ans, 51 % avant 11 ans, 21 % avant 6 ans...» 198.

En RDC, la constitution du 18 février 2006 en son article 123, point 16,


consacre une place importante aux personnes vulnérables, notamment aux
enfants entant que renouvellement de l’être et de la vie, en s’engageant
dans la voie de faire de leur protection son cheval de bataille.

En dépit du fait que le viol soit une infraction qui se commette en cachette
et que sa preuve soit très difficile à apporter, souvent quand les victimes se
proposent de porter l’affaire en justice, généralement elles le font en retard
pendant que les preuves deviennent difficiles à reconstituer ou à apporter.

197 L., DELGATIA, La réparation des abus sexuels envers les enfants, Montréal, 1993,
p.459
198 M., SALMONA, Le livre noir des violences sexuelles, 2e édition, Dunod, 2018, p. 3.
82

SECTION 1.

L'INFRACTION DE VIOL D'ENFANT199

A. Définition du viol d'enfant

Article 171 de la loi no 09/001 du 10 janvier 2009 portant protection de


l’enfant est ainsi libellé : « Commet un viol d'enfant, soit à l'aide de
violences ou menaces graves ou par contrainte à l'encontre d'un enfant,
directement ou par l'intermédiaire d'un tiers, soit par surprise, pression
psychologique, soit à l'occasion d'un environnement coercitif, soit en
abusant d'un enfant qui, par le fait d'une maladie, par l'altération de ses
facultés ou par toute autre cause accidentelle a perdu l'usage de ses sens ou
en a été privé par quelques artifices :

a) tout homme qui introduit son organe sexuel, même superficiellement


dans celui d'une enfant ou toute femme qui oblige url enfant à
introduire même superficiellement son organe sexuel dans le sien ;

b) tout homme qui pénètre, même superficiellement l'anus, la bouche ou


tout autre orifice du corps d'un enfant par un organe sexuel, par toute
autre partie du corps ou par un objet quelconque ou toute femme qui
oblige un enfant à exposer son organe sexuel à des attouchements par
une partie de son corps ou par un objet quelconque ;

c) toute personne qui introduit, même superficiellement, toute autre


partie du corps ou un objet quelconque dans le vagin d'une enfant ;

199 D'après la convention relative aux droits de l’enfant stipule en son article 1 que « Un
enfant s'entend de tout être humain âgé de moins de moins dix-huit ans», à l’instar de
l’article 2 de la charte Africaine sur les droits et le bien-être de l’enfant. L’article 41 alinéa
premier de la constitution de la RDC precise à son tour : « l’enfant mineure est toute
personne, sans distinction de sexe, qui n’a pas encore atteint 18 ans révolus ». Enfin,
l’article 2.1 de la loi n°09/001 du 10 janvier 2009 portant protection de l’enfant. De ce qui
précède l’enfant est donc toute personne âgée de moins de 18 ans.
83

d) toute personne qui oblige un enfant à pénétrer, même


superficiellement son anus, sa bouche ou tout orifice de son corps par
un organe sexuel, par toute autre partie du corps ou par un objet
quelconque ».

B. Les éléments constitutifs du viol d'enfant

L’analyse de l’article 171, donne ouverture a trois éléments substantiels


pour être poursuivie du viol d’enfants: l’élément légal (a), l’élément
Matériel (b); et l’élément moral(c).

a) L'élément légal
Comme nous l’avions signalé dans les chapitres précédents, il n’y a pas
d’infraction sans texte. L’infraction pénale est un fait puni par la loi et
pouvant être imputé (c’est-à-dire reproché) à son auteur200. C'est ainsi que
dans l'affaire Amisi Tubila C/ Ali Luhembwe, il a été jugé que « viole le
principe de la légalité des délits, un jugement portant condamnation
pénale d’un prévenu sans toutefois indiquer la loi réprimant les faits
comme infractionnels ni la coutume qui les aurait prévus »201.

L’élément légal, c’est la base légale, le siège légal de l’infraction. Sans


élément légal, il n’existe pas d’infraction. Un comportement ne saurait être
appréhendé par le droit pénal s’il n’a pas été préalablement défini202 et
réprimé par un texte203.

200 JC., SOHIER, op. cit ., no 58.


201 C.S.J., R.C. 263, 28 décembre 1979, Affaire Amisi Tubila C/ Ali Luhembwe, Bulletin
des arrêts de la Cour suprême de justice, année 1979, Kinshasa, année d’édition 1984,pp.
357-360.
202 Article 1er du CPL I, « Nulle infraction ne peut être punie des peines qui n'étaient par

portées par la loi avant que l'infraction fût commise».


203 Le principe de la légalité criminelle est sans doute le principe le plus important du

droit pénal, car celle-ci est la « règle cardinale, la clé de voûte du droit criminel ». Seuls
peuvent faire l'objet d'une condamnation pénale les faits déjà définis et sanctionnés par le
84

L’infraction de viol d’un enfant est définie et sanctionné par les articles 170
et 171 du code pénal tel que modifié et complété par la loi n° 09/011 du 10
janvier 2009 portant protection de l’enfant.

Jadis, le Décret du 30 juin 1940 portant Code pénal Congolais qualifiait de


viol à l'aide de violence le seul fait du rapprochement charnel des sexes
commis sur toute personne âgée de moins de 14 ans204. Ceci impliquait que
les mineurs victimes de viol dont la tranche d'âge était de 14 à 18 ans
n'étaient pas suffisamment protégées contre les abus sexuels par la
législation congolaise205. Le Décret du 30 juin 1940 portant Code pénal
Congolais était en contradiction avec non seulement l'article 1er de la
Convention sur les droits de l’enfant en vigueur en RDC depuis le 2
septembre 1990 mais également l'article 26 du statut de la Cour Pénale
Internationale et l'article 114 du Code judiciaire militaire qui fixent l'âge
d'un enfant mineur à 18 ans.

b) L’élément matériel
C’est l’élément qui spécifie l’acte, le comportement, l’abstention prohibée.
Cependant, avant d’aborder l’élément matériel de l’infraction de viol
d’enfant, il est judicieux de signaler qu’il existe une condition préalable.

 Condition préalable: La minorité d’âge


Au regard de l’art.2.1 de la loi précitée est considéré comme enfant, toute
personne âgée de moins de 18 ans. Ainsi, pour qu’il y ait viol d’enfant, la
victime doit être préalablement âgée de moins de 18 ans.

législateur au moment où l'accusé a commis son acte, et seules peuvent leur être
appliquées les peines édictées à ce moment déjà par le législateur. «Nullum crimen, nulla
poena sine lege ».
204 Décret du 30 janvier 1940 portant Code pénal congolais, Article 170, al.2.

205 D., BALUME, Désiré, Op.cit, p. 24.


85

Le législateur congolais a prévu plusieurs modes de commission de viol.


Signalons cependant, que ces modes de commission de viol ne sont pas
cumulatifs, c'est-à-dire, un seul mode suffit pour le viol soit établi.

i. Conjonction sexuelle
Pour que cette infraction de viol soit établie, la loi exige qu'il y ait
conjonction sexuelle, c’est-à-dire, pénétration de l’organe de l’homme dans
le vagin de la femme. Il y a conjonction sexuelle peu importe qu’il y ait eu
atteinte de l’orgasme ou non, que l’agresseur sexuel ait été satisfait ou pas,
qu’il ait causé des lésions corporelles à la victime ou pas.

Il sied de signaler qu'à défaut de d’administrer la preuve de la conjonction


sexuelle, à défaut d’expertise médicale, la seule déclaration de la victime ne
saurait suffire pour confirmer l’existence des rapports sexuels.

La conjonction sexuelle peut être soit l’œuvre de l’homme comme c’est


souvent les cas, soit de la femme. Il y a viol lorsque l’homme introduit
complètement ou superficiellement son pénis dans le vagin d’une enfant. Il
y a également viol lorsqu’une femme oblige un enfant, à introduire même
superficiellement son organe sexuel dans son vagin. Peu importe le moyen
utilisé.

Comme nous l'avons signalé dans les pages précédentes, la victime du viol
peut être aussi bien du sexe masculin que féminin206.

206Contrairement à l’ancienne législation qui prévoyait que pour qu’il y ait viol il fallait
nécessairement qu’il y ait intromission de la verge de l’auteur dans le vagin de la femme,
la loi n° 09/001 du 10 janvier 2009 portant protection de l’enfant ne fait pas de la
pénétration du pénis dans le vagin de la femme une condition indispensable, car même
sans pénétration du pénis dans le vagin, le viol peut se commettre.
86

ii. Intromission d’un organe sexuel dans l’anus, dans la


bouche ou dans tout autre orifice du corps
Le législateur congolais retient le viol lorsqu’il y a intromission même
superficielle de l’organe sexuel dans l’anus, dans la bouche ou dans tout
autre orifice du corps d’une femme ou d’un homme par un organe sexuel,
par toute autre partie du corps ou par un objet quelconque.

iii. d’autre partie du corps ou d’un objet dans le vagin


Toute personne qui aura introduit, même superficiellement, toute autre
partie du corps ou un objet quelconque dans le vagin de la victime,
commet le viol.

iv. Exposition de l’organe sexuel à des attouchements


Commet également le viol toute femme qui oblige un enfant à exposer son
organe sexuel à des attouchements par une partie de son corps ou par un
objet quelconque. C’est le cas d’une femme qui, pour exciter un enfant, se
met à caresser son pénis. Par attouchement, il faut entendre : caresses
sexuelles sans consentement de la victime, ou action de toucher
légèrement avec la main. Le viol ici concerne les caresses sexuelles qui ne
sont pas des actes de pénétration mais qui portent atteinte à la vie de
l’enfant.

v. Obligation d’une personne à pénétrer l’anus, la bouche ou


tout autre orifice du corps par un organe sexuel, par toute
autre partie du corps ou par un objet quelconque.
Toute personne qui oblige un homme, dans le cas sous examen, un enfant
à pénétrer même superficiellement son anus, sa bouche, ou tout autre
orifice de son corps par un organe sexuel, par toute autre partie du corps
ou par un objet quelconque, commet le viol.
87

 Quid, du consentement de l’enfant victime de viol ?

Dans la mesure où les mineurs sont incapables de par la volonté de loi, le


consentement de l’enfant est inopérant. Autrement dit, la loi présume
qu'un enfant de moins de 18 ans ne peut pas donner un consentement
légalement valable. Ce qui fait que l’ l’auteur de l’infraction de viol d’enfant
ne saura pas se disculpé sous prétexte qu’il ignorait l’âge de la victime.

En outre, il est à noter que l’élément déclencheur de l’infraction de viol


d’enfant est l’âge de la victime. Qu’elle soit consentante ou pas, qu’il y ait
violence ou ruse, des lors que la victime a moins de dix-huit ans, il y a viol
et le défaut de consentement est acquis.

c) L’élément moral

C’est l’élément intentionnel, la volonté, la tension, la pulsion


psychologique qui détermine l’auteur de l’infraction.

Le viol d’enfant étant une infraction intentionnelle, la seule volonté de


l’agresseur d’imposer, de consommer des relations sexuelles ou de
pénétrer par un organe sexuel le vagin, l’anus ou tout autre orifice de la
victime par un objet ou toute autre partie du corps, à l’aide de violences ou
menaces graves, ou par contrainte, par surprise, par pression
psychologique, soit à l’occasion d’un environnement coercitif, soit en
abusant d’une personne malade, altérée mentale ou victime de toute autre
cause accidentelle ou privée de ses sens par quelques artifices, suffit pour
que l’élément moral soit constitué.

 Quid, le régime répressif ?

Les peines en matière de viol d’enfant sont prévues et punies par les
articles 171 du code pénal livre II tel que modifié et complété par la loi n°
88

06/018/ du 20 juillet 2006 et les articles 171 et 170 de la loi n°09/001 du


10 janvier 2009 portant protection de l’enfant.

L’article 171 du code pénal livre II tel que modifié et complété par la loi
n°06/018 du 20 juillet 2006 dispose « si le viol ou l’attentat à la pudeur a
causé la mort de la personne sur la quelle il a été commis, le coupable sera
puni de la servitude pénale à perpétuité.»

L’article 170 de la loi n°09/001 du 10 janvier 2009 portant protection de


l’enfant dispose que « le viol d’enfant est puni de sept à vingt ans de
servitude pénale principale et d’une amande de huit cent mille à un million
de francs congolais. Le minimum de la peine est doublé si le viol est le fait :

- Des ascendants de l’enfant sur lequel ou avec l’aide du quel le viol a été
commis ;
- Des personnes qui ont autorité sur l’enfant ;
- De ses enseignants ou de ses serviteurs à gage ou les serviteurs des
personnes ci-dessus ;
- des agents publics, des ministres de culte qui ont abusé de leur position
pour le commettre, du personnel médical ou des assistants sociaux ; des
tradipraticiens envers les enfants confiés à leurs soins ;
- des gardiens sur les enfants placés sous leur surveillance ; le minimum de
la peine est également doublé ;
- S’il est commis avec l’aide d’une ou plusieurs personnes ;
- S’il est commis en public ;
- S’il a causé à la victime, une altération grave de la santé et/ou laisse de
séquelles physiques et/ou psychologiques graves ;
- S’il est commis sur un enfant vivant avec handicap ;
- S’il a été commis avec usage ou menace d’une arme.

Il sied de rappeler que si certaines circonstances font doublées la peine, en


cas de viol d’enfant, seule la mort de la victime aggrave la peine car dans
89

pareil cas, la peine à perpétuité est prévue. De ce qui précède, nous


estimons que la loi n°09/001 du 10 janvier 2009 ne réprime pas le viol
ayant entraîné la mort de la victime. C’est ainsi que dans la pratique on
doit se référer à l’article 171 du code pénal livre II; lequel du reste est
dépassé en ce sens que certains actes jadis constitutifs d’attentat à la
pudeur, constituent aujourd’hui le viol d’enfant étant donné que la
conjonction sexuelle n’est plus la condition indispensable de l’infraction de
viol d’enfant.

SECTION 2.

LA PREUVE DE L'INFRACTION DE VIOL :


CAS DE VIOL SUR MINEUR

Il y a un principe constitutionnel consacré à l'article 17 alinéa 9 de la


Constitution selon lequel : « Toute personne accusée d'une infraction est
présumée innocente jusqu'à ce que sa culpabilité ait été établie par un
jugement définitif».

En cas des violences sexuelles l’Officier du Ministère Public ou le juge


requiert d’office un médecin et un psychologue afin d’apprécier l’état de la
victime de violence sexuelles et de déterminer les soins appropriés ainsi
que évaluer l’importance du préjudice subi par celle-ci et son aggravation
ultérieure207.

A. Les actes de l’état civil


Il faut entendre par acte de l’état civil un écrit établi par un officier de l’état
civil et constatant un des événements affectant l’existence ou
l’identification juridique d’une personne. Il peut s’agir d’un acte de
naissance, de mariage ou décès. Ou encore les actes authentiques qui

207 Article 14 bis, Loi n°06/019 du 20 Juillet 2006,.


90

constatent les principaux faits ou actes juridiques relatifs à l’état d’une


personne.

Dans le cas sous examen l’acte qui nous intéresse est l’acte de naissance
parce qu’étant le premier acte de l’état civil d’une personne auquel le
législateur accorde beaucoup de soins.

L'article 16 de la loi n° 09/001 du 10 janvier 2009 portant protection de


l’enfant qui fixe le délai de la déclaration de la naissance à 90 jours. Passé
ce délai, l’acte de l’état civil n’a que la valeur probante de simples
renseignements toute fois; il en sera autrement s’ils sont inscrits au
registre en vertu d’un jugement déclaratif ou supplétif tel que stipulé par
l’article 98 du code de la famille.

Aux termes de l’article 119 du code de la famille; il est fait obligation par le
législateur aux hôpitaux, maternités ou formations médicales public ou
privés de tenir un registre spécial sur lequel sont immédiatement inscrites,
par ordre de date, les naissances qui y surviennent. Si dans les milieux
ruraux de la République Démocratique du Congo certains organes de l’Etat
peuvent faire défaut, ce n’est pas le cas des autorités faisant fonction de
l’officier de l’état civil qui sont toujours présentes dans ces milieux.

 Quid, la preuve de la minorité ?

La détermination de l’âge se révèle parfois compliquée en RDC, à cause


notamment du faible taux d’enregistrement des naissances et d’un système
d’état civil défaillant qui peine, par ailleurs, à répondre efficacement aux
demandes de remplacement d’actes de naissance endommagés ou perdus.

Dans un procès de viol d’enfant, l’âge de la victime n’est pas l’unique


élément à prouver, il faut aussi apporter la preuve matérielle de l’infraction
et le magistrat n’étant pas savant dans tous les domaines il lui est parfois
91

recommandé de faire appel à des experts, notamment au médecin et le


psychologue pour être élucidé.

Dans la pratique, le juge pour enfants se fie à l’âge annoncé par l’enfant ou
à celui communiqué par l’OPJ qui saisit le juge par requête en vertu de
l’article 103 de la loi de 2009. Le juge applique l’article 110 alinéa 4 de la
LPE qui prévoit la « présomption de minorité » qui répond à l’adage latin
« in dubio pro reo ». Dès qu’il y a un doute sur l’âge de l’enfant, il profite à
l’enfant208.

En d’autres termes, l’enfant est censé dire la vérité sur son âge jusqu’à ce
qu’une preuve contraire tangible et concordante vienne la contredire. Au
cas où la partie adverse conteste l’âge donné par l’enfant, il lui appartient
d’apporter la preuve contraire car, à ce moment, la charge de la preuve
pèse sur elle. Il est ainsi arrivé que des victimes prouvent l’âge réel de
l’enfant par divers moyens, notamment par les témoignages de voisins, le
carnet de baptême, la carte d’élève ou le bulletin scolaire sur lequel est
mentionnée la date de naissance de l’enfant. En outre, le juge pour enfants
peut également descendre sur le terrain pour procéder à des vérifications.
En matière pénale, il y a la liberté de la preuve209.

Néanmoins, la preuve par excellence reste certes l’acte de naissance, mais


à défaut, la liberté de la preuve prévaut. En cas de preuves tangibles, la
personne de plus de 18 ans est renvoyée devant les tribunaux ordinaires
compétents.

208 Yao AGBETSE, Recueil sur la justice pour enfants en République démocratique du
Congo, Analyse et commentaires de la législation applicable aux enfants en conflit avec la
loi et victimes, Bureau International Catholique de l’Enfance (BICE), 2ème édition,
Genève-Kinshasa, juillet 2018., p. 51.
209 Yao AGBETSE, Op. cit., p. 51.
92

Au regard de l’article 41 alinéa premier de la constitution de la RDC :


l’enfant mineure est toute personne, sans distinction de sexe, qui n’a pas
encore atteint 18 ans révolus.

Issu d’un mariage ou pas, tout enfant congolais a le droit d’être enregistré
au registre de l’Etat civil. Par cette procédure, il reçoit ainsi son certificat
de naissance, un document très important. Mais en République
démocratique du Congo, cette procédure d’identification est méconnue et
mal comprise par la population.

La loi n° 09/001 du 10 janvier 2009 portant protection de l’enfant en son


article 16 dispose que : « Tout enfant a le droit d’être enregistré à l’État
civil dans les quatre-vingt-dix jours qui suivent sa naissance,
conformément à la loi. L’enregistrement s’effectue sans frais. » Ce délai
dépassé, il faut un jugement supplétif rendu par le tribunal pour obtenir
l’acte de naissance.

Pour que soit établit l’infraction de viol d’enfant, il faut que soit démontré
la minorité d’âge de la victime. L’âge de la majorité civile est de 18 ans en
République Démocratique du Congo. Parfois, des attestations de naissance
sont disponibles pour prouver la minorité. Or, Pour combler le manque
d’enregistrement de naissances et donc de certificats de naissance dans
beaucoup de régions en RDC, le législateur a prévu un autre moyen de
preuve. Le nouvel article 167. Alinéa 2 in fine du Code Pénal dispose que «
L’âge de l’enfant pourra être déterminé par examen médical, à défaut
d’état civil ». Plusieurs décisions se basent sur de tels certificats comme
preuve de la minorité de la victime210.

Néanmoins, cette nouvelle disposition prête à confusion : certaines


juridictions l’interprètent à juste titre, comme un moyen facultatif ou

210E., KISAMBA, Viol sur mineure en droit congolais : Elements constitutifs et mode de
preuve, https://www.legavox.fr/
93

additionnel de preuve, se basant sur l’usage du mot « pourra ». Par contre,


d’autres déduisent de cette disposition que les certificats médicaux et les
actes de naissance sont les seuls moyens de preuve acceptables. Ainsi, la
Cour d’Appel de Bukavu (sous RPA 2435 du 16/avril 2009) déclare non
prouver l’âge de la victime, en absence de certificat médical ou
d’attestation de naissance, en motivant que l’article 167 alinéa 2 in fine du
Code Pénal est d’interprétation stricte.

Le TGI de Bukavu a déclaré l'âge de la victime non prouvé sur base d'un
certificat médical de l'hôpital de panais, au motif que celui-ci a été rédigé
pour constater les violences sexuelles et non pour déterminer l'âge, bien
que la date de la naissance de la fille soit mentionnée211. Il est clair que les
médecins aussi manquent parfois des moyens nécessaires pour faire des
constats exacts de l'âge de la victime, et parfois le certificat médical est
rejeté par le tribunal suite à des déclarations ou autres pièces
contradictoires212.

Une analyse de la jurisprudence montre que, parfois, certains tribunaux


pour enfants procèdent à l’instruction jusqu’à la décision, sans avoir
précisé ou mentionné la date de naissance ou encore déterminé au
préalable l’âge de l’enfant. C’est le cas des décisions RECL 040/I du 1er
novembre 2011, RECL 132/I du 11 septembre 2012 ou encore RECL 103/1
du 12 octobre 2012 du tribunal pour enfants de Bunia213. C’est également le
cas de la décision RECL 026/III du 7 novembre 2013 du tribunal pour
enfants de Kinshasa/Matete214, ou encore de certaines décisions rendues
en 2011 215, 2012 216 et 2013 217 par le tribunal pour enfants de MBANDAKA.

211 TGI Bukavu, RP.11.642, 23 juillet 2008


212 CM Equateur, RPA 023/2008, 21 Mai 2008 ; TGI Mbandaka, RP. 8589, Avril 2008.
213 Recueil de la jurisprudence annotée 2014, justice pour enfants, Kinshasa, 2014, pp. 31,

39 et 44.
214 Recueil de la jurisprudence annotée 2014, justice pour enfants, Op., cit. p. 241.

215 Recueil de la jurisprudence annotée 2014, justice pour enfants, Op., cit. p. 241.
94

 Quid, de l’Affaire MANIRAGUHA Jean Bosco alias KAZUNGU et


crts

Dans cette affaire, le Tribunal Militaire de Garnison de Bukavu, a fait


observer qu’à l’audience du lundi 08 août 2011, le prévenu a prétendu
avoir 22 ans d’âge. Il s’ensuit qu’au moment des faits lui incriminés, il
aurait 15 ans d’âge au plus. Dès lors, le Tribunal Militaire de Garnison de
Bukavu ne serait compétent pour connaître de cette affaire et ce,
conformément aux prescrits de l’article 114 du code judiciaire militaire
congolais, aux termes duquel : « les juridictions militaires sont
incompétentes à l’égard des personnes âgées de moins de dix-huit ans. »
Cependant, le Tribunal relève que cette allégation est contraire aux
espèces de la cause. Il est, en effet, versé au dossier deux pièces
importantes : une réquisition à médecin sa réponse (cote 23)
ainsi que un procès-verbal d’audition du Ministère Public (cote
75), pièces sur lesquelles se fondera le juge pour ressortir l’âge
exact du pré qualifié.

En effet, le Tribunal de céans note que la « cote 93 », réquisition à expert


du Ministère Public adressée au médecin ; ce dernier y a, certes, réservé
une suite mais de manière légère : pour avoir couché son rapport au
verso de cette cote mais aussi il n’a pas de numéro référence. Néanmoins,
son rapport conserve toute sa pertinence non seulement parce qu’il a
prêté le serment de l’article 49 du code de procédure pénale mais aussi et
surtout il n’a jamais été contesté par les parties au procès,
particulièrement la défense... Il sied, en l’occurrence, de relever que
l’expertise médicale a estimé que le prévenu MANIRAGUHA aurait, deux

216 Recueil de la jurisprudence annotée 2014, justice pour enfants, Op., cit. pp. 342 à 344.
217Recueil de la jurisprudence annotée 2014, justice pour enfants, Op., cit. pp. 336 à 339
et 334-336.
95

mois plus tard après son arrestation soit le 29 mars 2007, un âge situé
entre dix neuf à vingt quatre ans.

Le Tribunal constate que l’examen médical dans le cas sous examen n’a
pas porté sur des faits hypothétiques mais sur un cas réel, sur une
personne bien déterminée, en l’espèce, le prévenu MANIRAGUHA, et que
l’examen médical a bel et bien eu lieu.

Le Tribunal note aussi que même si l’art médical est limité,


incapable de donner l’âge exact mais l’avis de l’expert ou mieux,
en l’espèce, du médecin, lorsqu’il est corroboré par d’autres
pièces du dossier ou par les allégations vérifiées des parties au
procès, fait foi. Il est sorti de la bouche du prévenu MANIRAGUHA à
«la cote 75 PV du Ministère Public » que le prévenu est parti du Rwanda
pour la RDC à l’âge de six ans soit après la disparition tragique du
président rwandais HABYARIMANA, a-t-il ajouté lui-même.

Le Tribunal dénote que ce fut en 1994. Le même prévenu, à la question lui


posée sur la même côte de savoir combien de temps a-t-il vécu en RDC, et
lui de répondre qu’il venait avant son arrestation, de faire douze à treize
ans. Et s’il existe des raisons de croire aux allégations du prévenu, il en
existe aussi de croire à la force probante du procès-verbal surtout lorsque
celui-ci est l’œuvre du Ministère Public, encore que dans le cas d’espèce, il
n’est pas le fruit d’une quelconque torture ou de tout autre acte de nature
inhumaine ou dégradante à l’endroit du prévenu. Le Tribunal fait
observer enfin que le cortège des victimes qui a défilé par devers lui pour
déposer et faire valoir ses prétentions a, en grande majorité, indiqué que
les faits remontaient de juillet 2006 et que le prévenu fut arrêté au mois
de janvier 2007 au village KABISO par un groupe de trois à huit jeunes
gens audacieux. De tout ce qui précède, le Tribunal en déduit que
non seulement le prévenu ignorait son âge, mais aussi il en
96

résulte par opération arithmétique qu’il pouvait avoir au


moment des faits incriminés, un âge estimé à dix-huit ans. Cette
assertion corrobore à quelque millimètre près l’expertise médicale sus
vantée, dénote encore le Tribunal de céans. Le Tribunal en tire conviction
que le prévenu MANIRAGUHA était adulte au moment où avec ses
acolytes criminels perpétraient leurs forfaits, que le juge militaire est
compétent pour en connaître le fond à son égard.

B. La preuve médicale
Quant on parle de la preuve médicale, on sous-entend directement la
preuve physique qui démontre effectivement qu'il y a eu viol. Mais il est
rare qu'une preuve physique absolue puisse être apportée. Cela a pour
conséquence que la preuve de viol sera administrée par un faisceau
d'indices tirés des motifs de l'examen clinique et du récit de l'enfant ainsi
que des examens du laboratoire. Dans tous ces cas, à chacune de ces étapes
le médecin se heurte à beaucoup d’obstacles rendant particulièrement
délicats l'élaboration du diagnostic.

Les juridictions se basent souvent sur des certificats médicaux. Depuis la


Loi sur les violences sexuelles de 2006, l’article 14bis du Code de
Procédure Pénal dispose que le Ministère Public ou le juge doivent d’office
requérir un médecin et un psychologue « afin d’apprécier l’état de la
victime des violences sexuelles et de déterminer les soins appropriés ainsi
que d’évaluer l’importance du préjudice subi par celle-ci et son aggravation
ultérieure ».

L'expertise médico-légale est très importante. Elle est une première


constatation de l'infraction de viol.

Le but de cette expertise médicale est de :

- confirmer un contact sexuel récent ;


97

- constater par des preuves visuelles qu'il y a eu emploi de la force ou de


moyens de coercition ;
- confirmer le récit de la victime ;
- récolter si possible, les informations qui pourraient contribuer à
identifier l'agresseur.

Tout médecin agréé est apte à être expert et peut établir un certificat
médico-légal sous serment. Mais il appartient au juge et au ministère
public de désigner l'expert. Il est donc important que la victime se fasse
examiner par un médecin expert qui aura été désigné par le ministère
public.

Le plus souvent, les certificats médicaux sont utilisés comme moyen de


preuve de deux éléments constitutifs: d'une part de l'acte sexuel à travers
le constat de la défloration de la victime (déchirure de l'hymen, récente ou
moins récente) ou d'autres blessures au niveau du sexe féminin (souvent
sans précisions , parfois avec précision d'autres lésions, par exemple, des
microlésions au niveau des grandes lèvres qui montrent l'usage de
violences218) et d'autre part, de l'âge de la victime.

D'après quelques décisions analysées par MSF 219 , on peut déduire du


contenu du certificat que l'examen a eu lieu rapidement après les faits. Par
exemples: constat de sang qui coule du vagin d'une fille de 6 ans220, ou de
spermes présentes dans le vagin 221 , ou de rougeur autour de l'hymen
déchiré 222 , etc. Dans d'autres cas, le médecin ou l'infirmier ne peut
constater qu'une lésion déjà cicatrisée, l'hymen perforé depuis longtemps
ou ne trouve plus aucune trace.

218 CM Bukavu, RPA.091, 24 novembre 2008


219 ASF., La justice face à la banalisation du viol en République Démocratique du Congo,
étude de jurisprudence en matière des violences de droit commun, Mai 2012, www.asf.be
220 TGI Uvira, RP.1786, 17 Mars 2009

221 CM Mbandaka, RPA 06/010, 21 Octobre 2010

222 CM Bukavu, RP.252/08, 21 Avril 2009


98

C'est ainsi que le TMG de Bukavu, suite au rapport médical qui constaté «
l'absence de l'hymen depuis longtemps », note: « il est normal pour une
femme ou une fille habituée aux assauts masculins, qui a déjà perdu sa
virginité, que les lésions traumatiques ne soient pas constatées dans son
vagin223». Notons qu'il s'agit ici d'une fille de 10 ans que le voisin avait
l'habitude de violer. L'auteur sera condamné à une peine de 10 ans sur
base de plusieurs témoignages.

Pour autant qu'un médecin soit requit par le Ministère public ou par le
juge de procéder à une expertise médicale, il doit remplir les conditions
posées par l'article 49 du CCP (prêter serment). Or, certains tribunaux ne
semblent accepter que le rapport ms médicaux établis sous cette forme
pour les considérer comme preuve valable, bien que la loi n'exige pas que
la preuve soit fournie sous une forme spécifique. Ainsi, le TGI d'Uvira
acquitté le prévenu faute de preuve, malgré la présence dans le dossier
d'un rapport de consultation médicale établi par un infirmier qui a
constaté que la fille « secrétait au niveau de son organe sexuel un liquide
purulent vaginal post viol», en « absence d'un autre rapport médical
concurrent sur la preuve du viol224».

Dans un autre cas, le rapport d'un infirmier qui constate la violence sur
base de la défloration et la déchirure de l'hymen n'est pas retenu par le
tribunal, car il n'est ni cacheté, ni authentifié et ne contient pas
d'informations détaillées, tandis que le tribunal estimé qu'il faut un
rapport médical d'un médecin de l'Etat ou d'un médecin légiste établi225.

Dans une autre affaire devant le TGI d’ Uvira, l'expertise médicale qui
constate «l'écoulement du sang dans l'appareil sexuel de la victime de six
ans» n'est pas considérée comme une preuve suffisante, suite à des

223 TMG Bukavu, RP.252/08, 21 Avril 2009


224 TGI Uvira, RP.1658, 08 Octobre 2008
225 TGI Uvira, RP.1607, 12 Janvier 2008
99

contradictions entre les déclarations des victimes (de 7 à 6 ans) et celles de


l'OPJ sur les bonbons et l'argent reçus du prévenu, et entre celles des filles
et de l'infirmier sur l'écoulement de sang. D'autres juridictions, par contre,
à juste titre retiennent les certificats médicaux élaborés par un infirmier
comme preuve valable226.

Signalons aussi qu'en absence d'un certificat médical, le juge peut se baser
sur d'autres modes de preuve telle qu'un règlement à la minable signé par
le prévenu227.

 Quid, de la preuve physique ?

La preuve physique consiste à trouver lors de l'examen médical des lésions


ou blessures, d'abcès ou d'inflammation sur les organes génitaux de
l'enfant. Mais il est tout à fait fréquent que l'on ne puisse rien détecter à
l'examen gynécologique et anal de l'enfant. Il faut donc se garder de tirer
des conclusions hâtives, voire négatives de cet état de faits228.

Selon MARIELLE et CHOULOT, la preuve physique irréfutable n'est ni


fréquente ni forcément nécessaire. L'absence de lésion ou blessures ne
permet pas donc d'affirmer qu'il n'y a pas eu d'abus. Cela ne devrait même
pas être un élément de doute puisque les blessures ou lésions ne
constituent pas d'éléments constitutifs de l'infraction mais « seulement »
des circonstances aggravantes229.

Le droit nous apprend que le juge n'est pas esclave de la conclusion du


médecin et que l'expertise ne lui apporte que quelques précisions
scientifiques qu'il ne maîtrise pas et qui l'aideraient à orienter sa recherche

226 TGI Mbandaka, RED. 02,18 Octobre


227 TGI Kindu, RP.7044, 24 novembre 2006
228 C., DELMORE, Les victimes des violences sexuelles, saint Etienne, imprimerie

raynaud-42000, 1992.
229 MARIELLE, B. et CHOULOT, J.J., le mineur et le droit pénal, Paris, l'harmattan, 1997,

p.67
100

de preuve. C'est pour cela que dans certains cas de viol, le prévenu est
reconnu coupable alors que l'examen gynécologique ne présente rien
d'anormal.

L'expertise, bien qu'elle ne désigne point l'auteur de la relation sexuelle,


permet d'établir au moins la matérialité de l'acte commis sur la victime. Et
même si elle ne lie pas le juge dans ces décisions, il est très difficile de
trancher qu'il y a eu viol en l'absence de signes cliniques de viol.

Au Burundi par exemple, dans une affaire de viol sur mineur, en date du
09/01/1991, la Cour d'appel de Ngozi a condamné Monsieur Léon K. pour
un double viol sur la personne de deux fillettes de 10 ans et 11 ans. Celui-ci
étant leur instituteur, il les a enfermés dans une classe avec lui sous
prétexte qu'elles avaient eu un échec en calcul. Il leur a ordonné de faire
des exercices physiques toutes nues sur des pupitres, lesquels consistaient
à élever les jambes jusqu'à ce que lui aussi se déshabille et les viole.
L'expertise médicale faite sur l'ordre de l'officiel de police judiciaire à
l'endroit des deux fillettes a été très déterminante parce qu'elle prouvait
que les fillettes avaient réellement été violées et que même l'une d'elle avait
développé une maladie et que ses organes avaient été sérieusement
endommagés230.

C. L'aveu

En matière de viol, les avouants ne sont pas nombreux. On appelle aveu,


les déclarations par lesquelles l'intéressé reconnaît en totalité ou en partie,
le bien-fondé des accusations portées contre lui231.

230 Voir, RPA 1959, RP 685, RNP 1060/NA, Recueil de décisions judiciaires burundaises,
Contentieux des violences sexuelles, Bujumbura, inédit, 2003, p.167.
231 MERLE et VITU, op. cit., 3ème éd. p.196.
101

Le juge peut retenir un aveu même s’il a été rétracté et la rétractation


s’apprécie comme l’aveu lui-même 232 . Ce principe est constamment
réaffirmé par la jurisprudence. Il vise la situation où un prévenu, après
avoir fait des aveux complets devant l’OPJ, se rétracte par la suite devant
l’OMP ou devant le Tribunal. Lorsque ces dénégations s’inscrivent dans la
logique d’une ligne de défense réfléchie et conçue dans l’unique but de
disculper, elles peuvent être considérées comme des aveux.
Il arrive très souvent en effet que des prévenus, endoctrinés par des
codétenus ou pour toutes sortes de raisons, reviennent sur des
déclarations qu’ils avaient faites spontanément lors d’une phase antérieure.
Survenant à l’audience, de tels revirements doivent être analysés et
confrontés aux autres éléments révélés par l'instruction.

Ainsi que le souligne M. ROYER: « L'aveu judiciaire est le meilleur moyen


de preuve qu'un plaideur puisse obtenir. Il constitue une preuve complète
et suffisante du fait admis. Il ne peut être révoqué pour cause d'erreur de
droit. Sa valeur probante est équivalente à une confession de jugement.»233

L'aveu extrajudiciaire est fait en dehors de l'instance ou dans une autre


cause. Il devra être expressément allégué et prouvé 234 . L'aveu
extrajudiciaire peut être écrit ou verbal. Lorsqu'il est écrit, sa preuve
s'effectue habituellement par la production de l'écrit qui le contient. La
preuve de l'aveu extrajudiciaire verbal se fait par le témoignage d'une
personne qui a entendu la déclaration de la partie à qui on impute cet aveu.
Est notamment considéré comme constituant un aveu extra-judiciaire, le
plaidoyer de culpabilité donné par la partie adverse dans le cadre d'une
cause pénale ou criminelle. Le fait pour le présumé agresseur de

232Cass. Belge 29 Octobre 1956 ; Kin 16 Juin 1966, RJC 1967, page 68 et CSJ, RP 521 du
12/11/1980, in BA 2001, p. 97.
233 J.-C., ROYER, «La preuve civile», Les Éditions Yvon Blais Inc., 1987, p. 319.
234 J.-C. ROYER, Op. cit. , p. 304.
102

reconnaître sa culpabilité à la suite d'une accusation d'une infraction à


caractère sexuel.

Toutefois, l'aveu a été longtemps considéré comme la reine des preuves,


l’ultima probatio, d’une part parce qu’il était de nature à rassurer la
conscience du juge, d’autre part qu’on estimait que personne n’avait
intérêt à témoigner contre soi-même.
Aujourd’hui, l’aveu ne bénéficie plus d’un aussi grand crédit. Des aveux
peuvent être mensongers pour des raisons diverses 235 . Le plus grand
nombre d’aveux se font sous l’effet de l’intimidation, de la peur et de la
souffrance.

Il existe aussi des aveux qui sont obtenus par la torture. Les procès-
verbaux contenant de tels aveux doivent être déclarés nuls et de nul effet,
en vertu du principe selon lequel « toute déclaration dont il est établi
qu’elle a été obtenu par la torture ne peut être invoquée comme élément de
preuve dans une procédure, si ce n’est contre la personne accusée de
torture pour établir qu’une telle déclaration a été faite236.
Les chroniques judiciaires rapportent aussi de faux aveux faits dans un but
de lucre ou pour avancer dans la hiérarchie d’une association criminelle.
Il existe, enfin des aveux par intérêt, d’autres par dévouement (par
exemple, pour sauver un être cher), d’autres encore par désespoir, ou par
jactance. « La vanité mène facilement à la forfanterie, au détriment de la
vérité ».
C’est pourquoi, l’aveu doit être soumis à la critique comme n’importe quel
autre moyen de preuve. L’aveu doit être certain, sincère et vrai. Seuls ont
probants les aveux précis et circonstanciés.

235 Nyabirungu : NYABIRUNGU mwene SONGA, op.cit, p 383


236 Article 15 de la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels,
inhumains ou dégradants, New York, 10 Décembre 1984.
103

D. Le témoignage

La preuve testimoniale, apportée par témoin devant le tribunal, peut se


définir comme suit: «une déclaration par laquelle une personne affirme
l'existence d'un fait qu'elle a perçu par ses propres sens. Sauf dans des cas
exceptionnels, cette déclaration est faite oralement devant le tribunal. Un
témoin peut également être contraint de produire un document ou un
objet en sa possession.»237

Pour sa part, le professeur DUCHARME dit la même chose lorsqu'il écrit


que: «une déclaration faite sous serment dans une instance... par laquelle
une personne affirme l'existence de faits dont elle a eu personnellement
connaissance.»238

Dans des cas de viol, le témoin est une personne qui était présente au
moment de l'agression. A ce titre, le témoin parle de ce qu'il a vu de ses
propres yeux ou entendu de ses propres oreilles à un OPJ (PV d'audition),
soit devant les juridictions.

La réaction peut être audible si le viol est commis surtout sur la personne
majeure qui peut crier au secours. Dès lors, les voisins de la maison,
peuvent faire part de ce qu'ils ont entendu sachant aussi que les
enquêteurs ont tendance à demander à la victime majeure si elle a appelé
au secours lors du drame et l'absence de cette éventualité risque de lui
faire perdre la cause. Les enfants d'un certain âge peuvent aussi crier suite
à la douleur subie.

En matière de violence sexuelles, le témoin oculaire peut édifier l’instance


de céans sur le rôle joué par l’accusé, les moyens utilisés, le lieu de la
commission des faits, la durée éventuelle de la séance criminelle, etc.

237 J.-C. ROYER, «La preuve civile», Les Éditions Yvon Blais Inc., 1987, p. 164
238 L., DUCHARME, «Précis de la preuve», 2e édition, Éditions de l'Université d'Ottawa,
1982,p. 87 et s.
104

Cependant hormis les cas des viols spectaculaires perpétrés en public ou


devant des proches des victimes, la présentation par ces dernières des
témoins oculaires s’avère à l’évidence problématique dans les agressions
sexuelles entourées de discrétion par les agents.

Cependant, les témoins oculaires du viol sont très rares d'autant plus que
c'est une infraction qui se commet en cachette loin de tout soupçon à
l'exception de la flagrance.

Dans tous les cas, bien que les témoins du viol qui n'ont fait qu'entendre
des cris ou des appels au secours n’aient rien vu, leurs dépositions
permettent tout de même de découvrir des preuves supplémentaires et
d'établir leur signification et leur importance. Un tel témoignage sur les
faits commis permet l'approximation dans la recherche de la vérité. Dès
lors, il faut qu'il soit corroboré par d'autres éléments.

Le témoignage étant le récit fait par une personne à l'occasion d'un procès,
de ce qu'elle prétend avoir vu ou entendu à propos d'une infraction, il est
difficile pour le magistrat de juger sans des témoins qui sont pour lui « les
yeux et les oreilles de la justice » 239 . En cas de viol, infraction qui se
commet en cachette, les témoins oculaires du crime sont très rares. On
trouve surtout dans ce cas des témoins auriculaires.

Le témoin est appelé à contribuer à l’élaboration d’un faisceau d’éléments


précis et concordants en partant de ce qu’il a vu. L’organe juridictionnel
privilégie la confrontation directe afin de jauger la crédibilité du témoin
ainsi que la présentation des faits qui sont susceptibles de prouver ou de
réfuter l’un ou l’autre des éléments de l’infraction. Vu l’importance
attachée à la preuve testimoniale, la crédibilité du témoin est cruciale.

239 G.,BRIERE DE L'ISLE, et P., COGNIART, Op. cit., p.67.


105

En principe, toute personne est considérée apte à rendre témoignage.


Toutefois, cette règle prévoit trois exceptions: les personnes souffrant
d'une incapacité physique ou mentale, l'enfant en bas âge qui n'est pas
suffisamment développé pour rapporter les faits ou qui ne comprend pas
l'obligation de dire la vérité. Toute personne apte à témoigner peut être
contrainte à le faire.

La preuve testimoniale peut parfois s'avérer contradictoire, auquel cas le


juge devra en évaluer la valeur en tenant compte de la quantité et surtout
de la qualité des témoignages entendus. En l'espèce, certains facteurs, dont
les liens de parenté ou d'alliance et l'intérêt du témoin, peuvent influencer
le juge dans l'appréciation de la crédibilité des témoins.240

Dans le jugement de l’affaire Jean Paul AKAYESU, le tribunal pénal


international pour le Rwanda a traité certaines questions d’intérêt général
ayant trait à l’administration de la preuve soulevées au cours du procès,
ayant trait à l’appréciation des preuves, l’incidence des traumatismes sur
les témoins, l’interprétation en anglais ou en français de la langue locale,
les facteurs d’ordre culturel de manière à empêcher de cerner les éléments
de preuve produits.

Dans le jugement rendu par le Tribunal Pénal International pour l’ex-


Yougoslavie dans l’affaire Tadic 241 , la chambre de première instance a
indiqué que ce sous paragraphe conférait au témoignage d’une victime de
violences sexuelles la même présomption de crédibilité qu’à celui de
victimes d’autres crimes. Aussi la Chambre peut-elle se contenter d’un seul
témoignage, pour autant que ce témoignage lui paraisse pertinent et
crédible.

240 B., GRATTON., Aspects juridiques concernant la preuve de l'existence d'abus sexuels
en matière de protection de la jeunesse, familiale ou criminelle,(1993) 23 R.D.U.S, p. 316
241 Voir, Jugement Tadic, 7 mai 1997 par. 535 à 539.
106

Dans l’analyse des éléments de preuves dans l’affaire Jean de Dieu


KAMUHANDA, accusé entre autres de viol, la Chambre du Tribunal pénal
international pour le Rwanda a estimé que même si les dépositions des
témoins étaient crédibles, le caractère par ouï dire des preuves disponibles
ne permettait pas d’établir l’accusation de viol.

 Quid, le faux témoignage et la subornation de témoins ?

Le législateur congolais réprime le faux témoignage et la subornation de


témoins. Témoigner, c’est affirmer ce qu’on a vu, entendu ou senti , ou
infirmer ce qu’on n’a pas vu, entendu ou senti.

Les doctrinaires MERLE et VITU définissent le faux témoignage comme


une déposition faite sous serment autour d'un procès pénal, civil ou
administratif, lorsqu'elle contient une altération volontaire de vérité,
propre à tromper les juges en faveur d'une des parties en cause ou contre
elle et qu'elle est devenue irrévocable242.

Distincte du faux témoignage, la subornation de témoin s'entend de la


provocation à commettre celui-ci. La subornation de témoin est le fait
d'user de promesses, offres ou présents, de pressions, menaces, voies de
fait, manœuvres ou artifices pour déterminer autrui à faire ou délivrer une
déposition, une déclaration ou une attestation mensongère, soit au cours
d'une procédure et en tout état de cause, soit en toute matière en vue d'une
demande ou d'une défense en justice243.

242R.,MERLE, et A., VITU, Traité de droit criminel, D.P.S, Paris, Cujas, 1981, p.430.
243S.,CORNIOT, Dictionnaire de Droit, T.I, 2e éd., Librairie, Paris, Dalloz, 1966, p.808.
107

 Quid, Victime-témoin?

Certains droits nationaux exigent que le témoignage de la victime de viols


ou autres violences sexuelles soit corroboré par d’autres éléments de
preuve admissible.

Il a été jugé par le Tribunal Militaire de Garnison de MBANDAKA,


siégeant en chambre foraine à SONGO MBOYO sous RP 084/2005 dans
l'affaire ELIWO et consorts le 12 Avril 2006 que « une femme, un
homme ou un enfant qui porte des allégations des viols, de
violence ou d'humiliation sexuelle a beaucoup à perdre et risque
de faire l'objet d'énormes pressions ou d'ostracisme de la part
des membres de sa famille immédiate et de la société en général.
Et la difficulté de réunir suffisamment de témoignages dans ce
cadre d'intimité érige la victime en témoin superbe dont la
crédibilité des déclarations relève de l'appréciation souveraine
du juge de fond. »

Devant une telle difficulté, le tribunal militaire avait jugé que la solution
consiste en ce que « la victime de l’infraction passe pour premier témoin
parce qu’ayant vécu elle-même le fait ». Jean-Baptiste Mbokani note que
dans une étude réalisée que cette solution, inspirée sans doute de la règle
63 du Règlement de procédure et de preuve devant la CPI, constitue une
exception à deux principes importants : le principe selon lequel nul ne peut
être témoin dans sa propre cause et celui qui veut que la crédibilité du
témoignage soit aussi fonction du fait qu’il a été corroboré par d’autres
témoignages de même qualité244.

La Cour militaire de l’Équateur, siégeant en appel, est venue brouiller la


question en soutenant, de façon surprenante, que « partant du principe de

244Jurisprudence congolaise en matière des crimes de droit international; OSISA 2016.


108

la liberté de la preuve, les déclarations d’une victime faites de façon


complète peuvent constituer des preuves à charge des prévenus dès lors
qu’elles sont corroborées par d’autres témoignages analogues ».

E. Les présomptions

Nous entendons ici par « présomption », les présomptions de faits ou


indices et les présomptions légales.

Les présomptions de faits ou indices sont des faits qui établissent plutôt
une probabilité qu'une preuve véritable. A titre d'exemple : l'accusé a été
vu sur les lieux de crime en fuyant, certains effets lui appartenant ont été
trouvés sur les lieux du crime, etc.

Il faut noter que de tels indices sont obtenus par d'autres moyens de
preuve, tels que les témoignages ou les constatations matériels opérées
directement par les juges ou leurs auxiliaires. A raison du principe de
l'intime conviction, le juge en apprécie librement la force probante et peut
donc les faire prévaloir sur un mode de preuve plus immédiat comme le
témoignage par exemple. Mais autrement, les indices sont plutôt
considérés comme des moyens de preuves secondaires245.

Les présomptions légales sont quant à elles des rapports nécessaires que la
loi établit entre certains faits, des conclusions qu'elle oblige le juge à
dégager d'un fait à un autre pour faciliter la tâche du juge dans la
découverte de la vérité. Il y a deux catégories de présomptions : les
présomptions légales absolues et les présomptions légales relatives.

Les présomptions légales absolues ne peuvent être combattues par la


preuve contraire. Par exemple, la présomption établie par l'art.382 du code

245 J.C., SOYER, Droit pénal et procédure pénale, 8ème éd.,Paris, L.G.D.J, 1990, p. 291.
109

pénal d'après lequel, du jeune âge de la victime d'un attentat à la pudeur, il


y a absence de consentement valable.

Quant aux présomptions légales relatives, elles admettent la preuve


contraire et le juge apprécie. La loi en les prévoyant, oblige le juge à tenir
du vrai les faits qu'elle tend à établir, mais laisse aux parties intéressées la
faculté de démontrer que, dans telles circonstances données, l'introduction
qui fait la loi et qu'elle établit comme thèse n'est pas fondé comme
hypothèse.

F. Les constatations matérielles


Les constatations matérielles ont pour but de relever directement les
diverses circonstances qui éclaireront sur la commission de l'infraction ou
sur l'identité de son auteur à savoir les traces, les emplacements ou objets,
ces derniers étant appelés « pièces à conviction ».

On distingue ainsi trois modes de constatations matérielles : la descente


sur les lieux, les saisies perquisitions, les expertises.

G. La descente sur les lieux


Elle permet l'examen des lieux où l'infraction est découverte et la
recherche des traces. Celles-ci étant susceptibles de s'effacer, la descente
sur les lieux a d'autant plus d'utilité qu'elle est faite rapidement. Son
intérêt apparaît donc surtout en cas d'infraction flagrante. Les services de
polices judiciaires doivent alors se rendre sur place sans délai, après en
avoir avisé immédiatement le procureur de la République et procéder à
toutes constatations utiles. La descente sur les lieux peut être encore
entreprise au cours de l'instruction préparatoire ou même lors de la phase
du jugement. Dans ces derniers cas, elle a un caractère contradictoire, les
parties et leurs avocats doivent être invités à y participer.
110

H. Les saisies perquisitions

Pour MERLE et VITU, la perquisition du latin per-quaere est la recherche


minutieuse de tous les éléments de preuve utilisables, effectuée au
domicile d'un particulier. Ils continuent en soulignant que l'on doit
distinguer soigneusement la perquisition de la visite domiciliaire; la
première est une recherche approfondie, la seconde désigne seulement
l'entrée dans un lieu privé aux fins de constat ou de vérification246.

La saisie consiste à s'emparer des pièces à conviction dont l'examen


apparaît nécessaire à la manifestation de la vérité parce qu'elles ont permis
ou entouré la perpétration de l'infraction. Souvent, elles seront trouvées
sur les lieux même, lorsque la descente se fait sans retard, comme au cas
d'infraction flagrante. Ces pièces à conviction sont alors placées sous-main
de justice247.

Mais il arrive aussi, très souvent que les pièces à conviction ne puissent
être trouvées sans investigations nouvelles et qu'il faut pour les découvrir
et les saisir procéder à des visites domiciliaires ou perquisitions : celles-ci
consistent à visiter et fouiller le domicile des personnes qui semblent
détenir des objets relatifs aux faits incriminés.

I. Les expertises

Le Petit Larousse illustré définit la notion d'expertise comme suit:


«constatation ou estimation effectuée par un expert; ... examen de
questions purement techniques confié par le juge à un expert; rapport
établi par cet expert; ... rapport d'un expert...»248

MERLE et VITU, op. cit., p.203.


246

CONTE, P., et MAISTRE DU CHARBON, P., Procédure pénale, 4ème éd., Jouve,
247

Armand colin, 2002, p.250


248 Le Petit Larousse illustré 1992, Larousse, 1991.
111

Certaines constatations matérielles ne peuvent être faites ou exploitées


profitablement que par des spécialistes, disposant des connaissances
techniques et qui sont les experts. Leurs investigations appelées expertises
sont utiles ou nécessaires dans de nombreuses hypothèses : relevé et
interprétation des empreintes, vérifications comptables, analyses
chimiques, examens médicaux, etc.

Pour BRAAS, l'expertise est le moyen de découvrir et d'utiliser certains


indices ou certaines preuves à l'aide de connaissances techniques
particulières ; les connaissances, le juge ne les possède pas, mais ils les
trouvent auprès des spécialistes, les experts auxquels il demande
d'apporter leur collaboration dans la recherche de la vérité. Il continu en
disant que l'expert n'est pas une variété de témoin, en dépit de ce que l'on
affirme parfois : alors que ce dernier est lié d'une façon immédiate aux
circonstances de l'infraction, dont il a une vision directe et personnelle,
l'expert intervient au procès uniquement en raison de ses connaissances
techniques ; c'est ce qui explique que l'expert peut dans le procès, être
remplacé par n'importe quel autre spécialiste ayant les mêmes capacités
tandis que le témoin est irremplaçable249.

Nous ne manquerons pas de signaler à la fin les règles générales qui


s'appliquent à toute expertise comme le démontre le Doctrinaire J.C
SOYER250:

- L'expert n'est jamais désigné par les parties, mais par l'autorité qui
ordonne l'expertise ;
- L'expert est tenu de prêter préalablement serment d'apporter son
concours à la justice, en son honneur et en sa conscience ;
- Le juge n'est pas lié par l'opinion des experts.

249G., BRAAS, op.cit., p. 600.


250J.C., SOYER, Droit pénal et procédure pénale, 8ème éd., Paris, L.G.D.J, 1990, p. 290.
112

J. L’expertise mentale

Les expertises psychologiques ou psychiatriques ont pris une place


prépondérante en matière d’infraction sexuelle 251 . L’expertise mentale
permet d’apprécier tant la responsabilité et la dangerosité de la personne
poursuivie que la crédibilité de la victime252.

Ainsi, tout au long de la procédure, le discours de chacune des parties peut


faire l’objet d’une analyse par un spécialiste. Envers la personne mise en
cause, la mission du psychologue consiste à donner une analyse
psychodynamique de la personnalité, une analyse précise des capacités
intellectuelles et cognitives253 ; plus particulièrement, l’étude porte sur le
profil de personnalité, la dynamique de passage à l’acte et l’appréciation de
possibles évolutions notamment à l’aune d’un accompagnement
psychologique254.

L’expertise psychiatrique évalue le discernement de l’individu au moment


de l’infraction et formule un avis sur l’existence d’une pathologie ou de
troubles du comportement255. Pour la victime, l’expertise psychologique ou
psychiatrique vise à décrire sa personnalité, rechercher les conséquences
des actes dénoncés et apprécier sa crédibilité256.

251 Ch., GUERY, « L’expertise psychologique sert-elle l’intime conviction du juge ? », in


Conviction intime & abus sexuel, Les cahiers de la SFPL, n°3, 1998, p.33.
252 A., VAISSIERE, L’expertise judiciaire en matière pénale, Thèse Montpellier I, 2005,

n°176, p.97.
253 Ch., GUERY, « L’expertise psychologique sert-elle l’intime conviction du juge ? »,

p.30. . cité par François DESPREZ, Preuve et conviction du juge en matière d'agressions
sexuelles, in Archives de politique criminelle 2012/1 (n° 34), pp. 45-69.
254 R., COUTANCEAU, « Expertise psychiatrique pénale », in G. LOPEZ, S. TZITZIS (dir.),

Dictionnaire des sciences criminelles, Dalloz, 2004, p.413.


255 F., COCHEZ, I. GUITZ, P. LEMOUSSU, « Le traitement judiciaire des auteurs

d’infractions sexuelles », p.67. cité par François DESPREZ, Preuve et conviction du juge
en matière d'agressions sexuelles, in Archives de politique criminelle 2012/1 (n° 34), pp.
45-69.
256 R., COUTANCEAU, Op.,cit, pp. 45-69.
113

 Quid, de l’expertise mentale de la victime ?

Plus souvent qu'autrement, l'expertise consiste en un rapport réparé par


un expert pour la partie qui a requis ses services. Les champs d'expertise
pouvant éclairer le tribunal en matière de viol. Il peut notamment s'agir
d'expertises préparées par des psychologues, des psychiatres, des
médecins ou autres professionnels de la santé, des criminologues,
sexologue, etc.

Si l’expertise psychologique de la victime permet d’apprécier les traits de


sa personnalité 257 , les juges portent principalement leur intérêt sur les
conclusions relatives à la crédibilité des propos tenus258. En effet, « les
fausses allégations sont surtout à discuter dans les infractions pour
lesquelles les constatations objectives ou les preuves matérielles font
défaut, au premier rang desquelles les agressions sexuelles » 259 .
Fréquemment, dès lors que la victime est présentée comme crédible, cela
emporte condamnation ou renvoi devant la juridiction de jugement260.

257 Crim., 13 juin 2007, pourvoi n°07-82499


258 A noter que les psychologues ne se prononcent pas sur la crédibilité de la personne
mise en cause. Probablement que présenter le suspect comme crédible pourrait s’avérer
problématique dans le cadre de la prise de décision, quand bien même crédibilité ne
signifierait pas vérité. Ch.GUERY, « L’expertise psychologique sert-elle l’intime
conviction du juge ? », op. cit., p.31, 33.
259 C., JONAS, « Crédibilité », in G. LOPEZ, S. TZITZIS (dir.), Dictionnaire des sciences

criminelles, Dalloz, 2004, p.187.


260 Crim., 18 juin 2003, pourvoi n°02-87216 (crédibilité des déclarations de la victime

corroborant une reconnaissance partielle des faits par le prévenu). Crim., 29 juin 1994,
pourvoi n°94-82056 (crédibilité des déclarations de la victime corroborant la
reconnaissance de certains éléments factuels par le mis en cause). Crim. 5 septembre
2001, pourvoi n°01-80690 (déclarations de la victime qui, selon l'expert, n’a pas de
tendance au mensonge, corroborées par des témoignages). Crim., 28 avril 2004, pourvoi
n°03-85789 (déclarations de la victime qui, selon l’expert, n’a pas de tendance au
mensonge, corroborées par des témoignages). Crim., 27 mars 2008, pourvoi n°07-86661
(propos non mensongers de la victime selon les experts qui viennent corroborer des
constations médicales). A l’inverse, à défaut d’un autre élément probatoire, la
présomption d’innocence prime si les dires de la victime ne sont pas jugés crédibles
114

Mais à défaut de preuve matérielle ou d’un témoin corroborant les


déclarations jugées crédibles de la victime il n’est pas possible d’entrer en
voie de condamnation 261 ; la présomption d’innocence impose une telle
solution262.

Cependant, la Cour de cassation Française a pu approuver des juges ayant


condamné pour agression sexuelle en se fondant sur la crédibilité des
déclarations faites par la victime en l’absence d’élément matériel ou de
témoin263. Bien que dans de telles hypothèses le discours des parties soit
scrupuleusement analysé et recontextualisé, « en utilisant l’expertise de
crédibilité de la victime comme élément de preuve de la culpabilité, les

(Crim., 2 septembre 2003, pour n°02-86216. Crim., 4 février 2004, pourvoi n°03-80440.
Crim., 4 janvier 2006, pourvoi n°05-83845. Crim., 3 mai 2007, pourvoi n°06-85702).
261 Ch., GUERY, « L’expertise psychologique sert-elle l’intime conviction du juge ? »., p.36.

https://www.cairn.info/
262 Voir, Crim., 17 mars 1999, Bull. crim. n°49, D. 2000, Somm., p.32, obs. Mayaud ;

Crim., 8 novembre 2000, pourvoi n°00-81682 (cassation de la décision des juges du fond
qui pour entrer en voie de condamnation se sont uniquement fondés sur la constance des
déclarations des victimes jugées crédibles par les experts). Crim., 11 mai 2005, pourvoi
n°04-85811 (cassation de la décision des juges du fond qui se sont fondés sur les
déclarations de la victime, corroborées par des éléments factuels, maintenues tout au long
de l’enquête et jugées crédibles par les experts, pour entrer en voie de condamnation sans
caractériser autrement la contrainte). Crim., 1er mars 2006, pourvoi n°05-83965
(cassation de la décision des juges du fond, ayant condamné pour agression sexuelle en se
fondant sur la crédibilité des dires de la victime selon les experts, les déclarations des
proches à propos de l’état de la victime suite aux agissements dénoncés et les explications
confuses du prévenu, pour défaut de démonstration suffisante de la contrainte).
263 A., VAISSIERE, L’expertise judiciaire en matière pénale, op. cit., n°625, p.303. Pour

des exemples, voir : Crim., 23 novembre 2005, pourvoi n°05-80176 (la victime a accepté
certaines caresses mais refusé des attouchements plus intimes, elle avance devant les
juges une contrainte et ses déclarations sont jugées crédibles par l’expert ; si les
magistrats ont souligné l’existence de déclarations ambigües et contradictoires à un tiers
de la part du mis en cause, ce dernier nie l’atteinte au consentement). Crim., 13 novembre
2008, pourvoi n°08-85532 (les experts concluent à la crédibilité des propos de la victime,
sans pour autant exclure l’hypothèse du mensonge ; ces dires sont corroborés par les
déclarations faites par les personnes auxquelles la victime s’est confiée et le climat de
violence régnant au sein de la famille ; malgré les dénégations du prévenu et le fait qu’il
ne présente aucun caractère pervers selon les experts, la Cour de cassation valide la
condamnation pour agression sexuelle prononcée par les juges du fond).
115

magistrats opèrent une grave confusion entre la vérité du sujet et la


matérialité des faits »264.

K. Les enregistrements magnetiques

Les enregistrements magnétiques constitueraient plutôt une preuve


matérielle265. Selon le professeur ROYER, la preuve matérielle aurait une
valeur probante supérieure aux autres modes de preuve. En effet, elle
permet au juge de constater un fait par ses propres sens266.
Lorsque l'enregistrement magnétique vise à faire la preuve de la
déclaration antérieure à l'instance de l'enfant. Ainsi, l'enregistrement ne
pourra être admis en preuve que si l'on a préalablement établi son
authenticité. Il faudra donc, à l'aide de témoins, établir l'identité et
l'intégralité de l'enregistrement. Les tribunaux exigent généralement, pour
établir l'authenticité de l'enregistrement, que l'on démontre le bon
fonctionnement de l'appareil, la qualification de l'utilisateur et l'absence
d'altération du contenu267.

L. Le détecteur de mensonge

D’après PATENAUDE, le détecteur de mensonge permet de connaître le


secret de la pensée. En effet, les conflits antérieurs et l'inquiétude résultant
du mensonge créent souvent une augmentation du rythme respiratoire, de
l'afflux sanguin dans le système circulatoire et une activation des glandes
sudoripares268.

264 Ch., BOUIRRIER, A. ROQUES, « L’influence de l’expert psychiatre sur l’intime


conviction du juge : une atteinte aux règles du procès équitable », Gaz. Pal. 2003, doctr.
p.2799.
265 J.-C., ROYER, «La preuve civile», Les Éditions Yvon Blais Inc., 1987., p. 170.
266Idem, p. 331.
267 J.-C. ROYER, Op. cit., p. 335.
268 PATENAUDE, P., Expertise en preuve pénale, Les sciences techniques modernes

d'enquête, de surveillance et d'identification,Québec, éditions Yvon Blais, 2003, p.57.


116

S'il est besoin d'adapter cette technique, la détention du mensonge est une
pratique répandue dans les sociétés traditionnelles. Au moyen âge, les
européens considéraient que le menteur se retrouvait la bouche sèche. En
Inde, on imposait au suspect d'avaler du riz consacré et une salivation
déficiente l'empêchait de l'avaler. En Afrique, le sorcier utilise son
olfaction pour sentir le menteur, car le mensonge de ce dernier et la crainte
d'être découvert le font transpirer269.

Cette technique peut contribuer quant à la vérification des dires du


présumé violeur pour sa défense. Mais les résultats de cette technique sont
à prendre avec attention car le détecteur de mensonge peut s'affoler alors
que la personne dit la vérité mais est tout simplement impressionnée et
émue. En effet, un tel appareil repose sur le résultat qu'un mensonge
entraîne une réaction émotive mesurable ; ce qui est encore controversé
aujourd'hui car des études ont montré que certains sujets, les véritables
menteurs seraient capables de contrôler leurs réponses physiques et ainsi
tromper les résultats.

 Existe-il des manifestations propres au mensonge ?

Un chercheur américain répond à l'affirmatif en disant que ces


manifestations pourraient être visibles grâce à l'IRMF (Imagerie
fonctionnelle par résonance magnétique nucléaire). Cette technique
permet de visualiser les zones de cerveau en activité. Or, mentir ou dire la
vérité ne mobilise pas les mêmes zones. Globalement, l'activité cérébrale
est plus intense quand on tente de cacher la vérité. Les menteurs les plus
habiles et les plus expérimentés n'y résisteraient pas270.

269A., NZITONDA, Problématique d'administration de la preuve de l'infraction de viol en


droit pénal burundais, Université Lumière de Bujumbura, Licence en droit 2007,
https://www.memoireonline.com
270A., NZITONDA, Op., cit.
117

M. Les ecoutes électroniques

Jean PRADEL affirme que pour lutter contre la criminalité organisée, le


magnétophone peut rendre de grands services et que les écoutes
téléphoniques peuvent être très bénéfiques.

En effet, une jurisprudence traditionnelle se montrait le plus souvent


favorable à l'emploi de ces procédés, tout en affirmant qu'ils valaient non
comme aveux, mais comme simples indices pouvant s'ajouter à d'autres
indices et fondant la conviction du juge si les droits de la défense n'avaient
subi aucune atteinte; ce principe n'était pas hostile à l'emploi de ces
techniques insistant toutefois sur la double nécessité d'une commission
rogatoire et d'une absence de provocation. On pouvait invoquer en faveur
du procédé : « le fait que le juge ne se montre pas plus déloyal quand il
intercepte une communication téléphonique que lorsqu'il saisit une
lettre271».

En matière de viol, cet enregistrement ou fixation de la parole au moyen


du magnétophone, des écoutes téléphoniques serait localisé aux appels au
secours de la victime ou aux menaces qui lui proférait le présumé violeur
par téléphone. Il convient de conclure alors que la valeur probable de
l'enregistrement dépendra de sa qualité technique. Un mauvais
enregistrement pourra être soit inaudible soit inintelligible. Evidemment
la mauvaise qualité de l'enregistrement ne devait pas le rendre irrecevable
en preuve car il s'agit là d'une question de fait relevant de l'appréciation du
juge272.

271J., PRADEL, Procédure pénale, 11e éd., Paris, Cujas, 2002, p.395.
272A., NZITONDA, Op.,cit.
118

N. La dactyloscopie

La dactyloscopie est l'étude des empreintes digitales permettant


d'identifier un individu. Cette étude des empreintes digitales est longtemps
restée un moyen privilégié d'identification des personnes et reste encore
très utilisée.

Les empreintes digitales sont en effet formées par des crêtes de la peau
présentes exclusivement à la face palmaire des mains et des pieds. Ils sont
uniques chez chaque individu, y compris chez les vrais jumeaux
constituant ainsi un moyen sur l'identification des personnes.

En cas de viol, l'examen des empreintes digitales laissées sur le corps de la


victime pendant l'affrontement peut conclure à une part jouée par le
présumé violeur. Dès la commission de ce crime, la victime devra alors être
présentée tout droit au technicien qui ne relève pas seulement les
traumatismes causés sur les organes, mais aussi et surtout toutes les autres
taches, traces, marques dont l'individualité va conclure à affirmer ou
infirmer le rôle joué par le présumé violeur.

O. La narco-analyse

Cette technique consiste à pratiquer un examen neuropsychiatrique sur


une personne après lui avoir infecté un narcotique par voie intraveineuse.
A cet instant, les barrages psychiques volontaires ou involontaires
disparaissent temporairement ; ce qui permet à la personne d'exprimer des
idées ou des sentiments qu'il n'extériorisait pas par méfiance ou inhibition,
ou qui étaient refoulées dans son subconscient.

Signalons que selon JORDAN, le degré de fiabilité et d'efficacité de cette


technique à des fins probatoires semble faible. Il s'explique en disant qu'en
France des expériences furent effectuées dans un hôpital de BESANCON et
119

les résultats furent loin d'être probants. En effet, seulement 12% parmi
ceux-ci furent jugés satisfaits alors que 60% furent négatifs et 30% jugés
intéressants sur des détails secondaires. Il semble, conclut-il que plusieurs
individus demeurent aptes au mensonge malgré l'effet de la drogue273.

Si nous adaptons cette utilisation de la drogue à la situation qui prévaut


dans notre pays, on remarque souvent que les soûlards qui se querellent
ont tendance à révéler facilement ce qu'ils avaient caché et le racontent à
haute voix sous pression justement de l'alcool qui fonctionne dans ce cas
comme de la drogue. Un adage latin va dans le même sens «in vino
veritas274 ».

 IL A ETE JUGE :

 Commet un attentat à la pudeur et non un viol, l'homme qui rapproche


son organe des parties sexuelles d'une fille, sans qu'il y art
l'accomplissement de l'union sexuelle, élément essentiel que requiert
entre autre éléments de la commission de l'infraction de viol.275
 De même commet un attentat à la pudeur et non un viol, l'homme qui
rapproche son organe des parties sexuelles d'une fillette. Sont des
circonstances aggravantes combinées, les faits pour le coupable d'être
le chauffeur commis par le père de la fillette à conduire celle-ci à l'école
et de lui avoir transmis une maladie vénérienne.276
 Ni le consentement de la victime mineure âgée de moins de 16 ans, ni la
circonstance qu'elle était déjà déplorée ne justifient les relations

273 J.C., JORDAN, « The phosphatase use of psychonarcosis in France »cité par
PATENAUDE, La preuve des techniques modernes et le respect des valeurs
fondamentales,Sherbrooke,neuve de droit,1990,p.175
274 Mot latin qui signifie : La vérité se trouve dans le vin

275 Kin, 19.4.1974 -RJZ 1974, n° 3, p. 253.Cité par KATUALA KABA KASHALA, Code
pénal congolais annoté, Édition BATENA NTAMBUA, Kinshasa 2004.
276 Kis, 11.9.1969 - RJC 1970 - n°1. p. 32. Cité par KATUALA KABA KASHALA, Code
pénal congolais annoté, Édition BATENA NTAMBUA, Kinshasa 2004.
120

sexuelles vu qu'aux termes de l'article 170 alinéa 2 du code pénal livre


II, celles-ci sont Irréfragablement présumées être commises avec
violences277.
 L'infraction de viol réputé commis avec violences existe dès l'instant où
il y a rapprochement charnel des sexes avec une fille âgée de moins de
16 ans, même s'il existait des liens de fiançailles.278
 En matière de viol réputé commis à l'aide des violences, la loi réprime
le seul fait de la conjonction sexuelle consommée avec une personne ou
à l'aide d'une personne âgée ou apparemment âgée de moins de 16
ans.279
 Ne sont pas des considérations élusives de l'infraction de viol réputé à
l'aide de violences mais bien une circonstance atténuante le fait pour la
victime d'avoir des mœurs facile et d'avoir entretenu des relations
sexuelles avec d'autres personnes avant les faits de la cause280.
 Est indifférent à l'existence de l'infraction de viol commis sur une
fillette de 11 ans, le fait, même établi, que la fille était de moralité peu
recommandable.281
 Lorsqu'il est établi par les éléments de la cause que l'auteur des faits in
fractionnels a eu des rapports sexuels avec une fille âgée de moins de 16
ans, le viol réputé commis à l'aide de violence est consommé, peu
importe que la victime ait été consentante.282

277 CSJ. 5.4.1978 - RP. 17/C.R-B.A. 1979, p. 57.Cité par KATUALA KABA KASHALA,
Code pénal congolais annoté, Édition BATENA NTAMBUA, Kinshasa 2004.
278 CSJ. 13.7.1972 - RJZ. 1973, p. 47.Cité par KATUALA KABA KASHALA, Code pénal
congolais annoté, Édition BATENA NTAMBUA, Kinshasa 2004.
279 CSJ. 5.3.1974 - RJZ 1974. p. 40 avec note.Cité par KATUALA KABA KASHALA, Code
pénal congolais annoté, Édition BATENA NTAMBUA, Kinshasa 2004.
280 CSJ. 5.3.1974 - RJZ. 1974, p. 40.Cité par KATUALA KABA KASHALA, Code pénal
congolais annoté, Édition BATENA NTAMBUA, Kinshasa 2004.
281 Kin. 14.8.1974, RJZ. N° 3, 1976, p. 85.Cité par KATUALA KABA KASHALA, Code
pénal congolais annoté, Édition BATENA NTAMBUA, Kinshasa 2004.
282 1ère Inst. Kin, 18.4.1972, RJZ. nn 3, 1976, p. 86.Cité par KATUALA KABA KASHALA,
Code pénal congolais annoté, Édition BATENA NTAMBUA, Kinshasa 2004.
121

 L'auteur du viol sur un enfant impubère qui excipe de l'ignorance de


l'âge de la victime, ne se disculpe pas s'il n'a pas pris toutes les
précautions...283
 Commet le viol, le prêtre qui imposerait la conjonction sexuelle à une
femme qui irait se confesser, un officier de la gendarmerie ou un
magistrat qui en ferait autant avec une prévenue en détention
préventive284
 En jugeant que « tout acte de fellation constitue un viol dès lors qu’il
est imposé par la violence, contrainte ou surprise, à celui qui le subit ou
à celui qui le pratique »285
 le prévenu qui était l'oncle de la victime âgée de 12 ans, a été poursuivi
pour viol par la pénétration par l'anus de la victime qui était son neveu
lorsqu'il lui soigner pour ne plus uriner au lit; le Tribunal de Grande
Instance de Mbandaka lui a acquitté faute de preuve286.

283 Elis. 24.4.1945 - RJCB, p. 181.Cité par KATUALA KABA KASHALA, Code pénal
congolais annoté, Édition BATENA NTAMBUA, Kinshasa 2004.
284 CSJ 5.4.1973 - 13.7.1972, Cité par KATUALA KABA KASHALA, Code pénal congolais
annoté, Édition BATENA NTAMBUA, Kinshasa 2004.
285 Cass. crim., 16 déc. 1997 : Bull. crim., nº 429, cité par Patrick KOLB et Laurence
LETURMY, Cours de Droit Pénal Général, 5ème Édition 2019-2020, Gualino, Août 2019,
p. 76.
286 TGI Mbandaka, RP. 9241, 3 Septembre 2010 .
122

CHAPITRE 5.

LES CAUSES DE NON IMPUTABILITÉ

L’imputabilité est la capacité à répondre des conséquences d’un acte. Elle


suppose le discernement (ou lucidité), la liberté d’agir et la connaissance
de la réalité factuelle ou juridique287. C’est ce que traduisent les maximes
actus non facit reum nisi mens sit rea (le fait lui-même ne rend pas
coupable si l’esprit ne l’est pas) et nulla poena sine culpa (pas de peine
sans élément fautif)288.

Signalons que certains auteurs estiment que c’est celui qui invoque un fait
justificatif qui doit en faire la preuve, d’autres présentent que c’est au
ministère public à prouver qu’il n’existe pas de telles causes de
justifications. La jurisprudence semble admettre qu’en ce qui concerne les
causes de non-imputabilité, la preuve soit à charge du prévenu considérant
qu’il existe une présomption générale d’équilibre mental et de libre
détermination289.

SECTION 1.

L’ABSENCE DE DISCERNEMENT

Le discernement est la faculté de bien apprécier les choses, l'aptitude à


distinguer le juste de l’injuste, le bien du mal, le moral de l’immoral. La
personne qui est privée de discernement ne sera pas tenue responsable des
faits infractionnels qu’elle commet.

J., PRADEL, Droit pénal général, 16ème édition, CUJAS, Paris, 2006-2007., no 462.
287

288C., HENNAU et J. VERHAEGEN,. Droit pénal général, Bruylant, Bruxelles, 2003., no


327.
289R., KABULO CHUNDA et N., MAMBA KILEMBE, « l'administration de la preuve en droit pénal
congolais à l'épreuve de l'évolution technologique»,. Article disponible sur: https://www.village-
justice.com/articles/administration-preuve-droit-penal-congolais-epreuve-evolution-
technologique,42584.html)
123

Cette appellation a une histoire. Elle vient de l’article 64 du Code pénal


français de 1810 qui disposait : « il n’y a ni crime, ni délit lorsque le
prévenu était en état de démence au temps de l’action ».

A ce sujet, le Code pénal congolais dispose à son Code pénal, article 23 bis-
1: « Nul n’est responsable pénalement si, au moment du comportement en
cause, il souffrait d’une maladie ou d’une déficience qui le privait de la
faculté de comprendre le caractère délictueux ou la nature de son
comportement ou de maîtriser celui-ci pour le conformer aux exigences de
la loi».

Par cette formulation, le législateur envisage toutes les formes d'aliénation


mentale, étant entendu que la psychologie moderne classe les maladies
mentales en deux grandes catégories :
Les maladies durables de l’intelligence qui comprennent d’une part les cas
d’arriération mentale (idiotie, imbécillité, débilité) et, d’autre part, la
démence au sens strict ;

Les maladies mentales évolutives qui se subdivisent en psychoses


(schizophrénie, délire paranoïaque, mélancolie) qui sont les perturbations
les plus sévères dans lesquelles le sujet est inconscient (totalement ou
partiellement) de son état pathologique et névroses (neurasthénie, hystérie
etc.) dans lesquelles le sujet perçoit le caractère maladif de ses troubles.

L’irresponsabilité pénale du délabré mental est subordonnée à deux


conditions : le texte de l’article 23 bis-1 du Code pénal impose que le
trouble ait existé au moment du comportement en cause et que ce trouble
ait été grave. Ainsi donc, seront exonérées de toute responsabilité pénale,
les personnes affectées des troubles tels que le somnambulisme, la
pyromanie et la kleptomanie. Cet état doit être constaté par un examen
médical.
124

 Quid, de l'intoxication ?

Il s’agit ici de l’absorption d’alcool ou des stupéfiants. Ceux-ci peuvent


avoir pour effet de supprimer la liberté morale, d'altérer gravement la
capacité de jugement ou la volonté et de provoquer la commission
d’infractions290.

Le législateur distingue selon que l’intoxication est involontaire ou


volontaire. Lorsqu’elle est involontaire, le sujet sera exonéré de toute
responsabilité pénale. Tandis que lorsqu’elle est volontaire, il sera
pénalement responsable.

SECTION 2.

LA CONTRAINTE IRRÉSISTIBLE

La contrainte est définie par l’article 23 bis-3 du Code pénal de la façon


suivante : « Le comportement dont il est allégué qu’il constitue une
infraction a été adopté sous la contrainte résultant d’une menace de mort
imminente ou d’une atteinte grave, continue ou imminente dirigée contre
sa propre intégrité physique ou celle d’autrui, et s’il a agi par nécessité et
de façon raisonnable pour écarter cette menace, à condition qu’il n'ait pas
eu l’intention de causer un dommage plus grave que celui qu’il cherchait à
éviter. »

La contrainte peut être définie comme étant une force pesant sur l’agent291.

La doctrine majoritaire considère les différentes formes de contrainte


selon leur forme (physique ou morale) ou selon leur origine (externe ou
interne). La combinaison de ces deux critères donne quatre variétés de

290J., PRADEL, op. cit ., no 480.


J., BORRICAND et A-M.,SIMON, Droit pénal, Procédure pénale, 8ème édition, Dalloz,
291

Paris, p. 174.
125

contrainte : la contrainte physique externe, la contrainte physique interne,


la contrainte morale externe et la contrainte morale interne292:

 La contrainte physique externe consiste dans l’impossibilité de se


conduire autrement en raison d’une circonstance extérieure ou de la
survenance d’un événement naturel293 ;
 La contrainte physique interne est caractérisée par l’existence d’une
circonstance intérieure ayant déterminé la conduite de l’agent. Cette
circonstance doit consister en un évènement imprévisible qui place
l’agent dans l’impossibilité de se conformer à la loi294;
 La contrainte morale externe résulte d’une action exercée sous la
menace d’un tiers295;
 La contrainte morale interne résulte d’un état craintif ou
émotionnel ayant déterminé le comportement. Elle ne sera retenue
que si la cause abouti à la perte du libre arbitre296.

Le prévenu doit prouver que la contrainte sous l’emprise de laquelle il a agi


était irrésistible297.

292 M. BENILLOUCHE, Leçons de droit pénal général, Ellipses, Paris, 2012, p. 171.
293 Idem., p.171.
294 Idem., p. 172.

295 Idem., p. 171.

296 Idem., p.173.

297 C.S.J., R.P.A. 16, 12 mai 1972, Affaire Ministère public et les parties civiles veuve Eale

et consorts C/ Manzikala Madrakini Jean Foster et consorts, Bulletin des arrêts de la Cour
suprême de justice année 1972, année d’édition 1973, pp 64-79.
126

SECTION 3.

L’ERREUR

L’erreur est prévue par l’article 23 terme du code pénal de la façon


suivante : « L'erreur, qu’elle soit de fait ou de droit, exonère de la
responsabilité pénale, du moment qu’elle est invincible. L’erreur est dite
invincible lorsqu’elle aurait pu être également commise par une personne
d’une diligence moyenne, compte tenu des intérêts en présence et des
circonstances concrètes de l’espèce.»

Pour bénéficier de l’exonération de sa responsabilité, le prévenu doit


prouver le caractère invincible de l’erreur alléguée. L’erreur de fait consiste
à se tromper à propos d’un fait Tel est le cas d’un homme accusé de viol sur
mineure qui plaide l’apparente maturité de sa maîtresse298.

Pour déterminer la responsabilité en présence de l’erreur de fait, il faut


distinguer selon qu’il s’agit des infractions intentionnelles et des
infractions non-intentionnelles. Dans les infractions intentionnelles où
l’élément moral consiste dans l’intention, c’est-à-dire la volonté de
commettre l’acte infractionnel et d’en obtenir le résultat en ayant
conscience de son caractère illicite, l’erreur de fait supprime l’intention et
par conséquent exonère de la responsabilité299.

Par contre, dans les infractions non-intentionnelles, où l’élément moral


consiste en une simple faute d’imprudence, de négligence ou

298P., KOLB et L. LETURMY, Op. cit ., p. 70.


299B.,BOULOC,. Cité par NGOTO Ngoie NGALINGI, L’essentiel du Droit pénal congolais,
Ed., Presses Universitaires du Congo, 2018, p.66.
127

d’inobservation des règlements, l’erreur de fait ne supprime pas l’élément


moral et partant n’exonère pas de la responsabilité pénale300.

SECTION 4.

LA MINORITÉ D’ÂGE

D'après l'article 95, l’enfant âgé de moins de 14 ans bénéficie, en matière


pénale, d’une présomption irréfragable d'irresponsabilité301.

Lorsque l’enfant déféré devant le juge a moins de 14 ans, celui-ci le


relaxe302 comme ayant agi sans discernement et ce, sans préjudice de la
réparation du dommage causé à la victime.

Dans ce cas, le juge confie l’enfant à un assistant social et/ou à un


psychologue qui prend des mesures d’accompagnement visant la
sauvegarde de l’ordre public et la sécurité de l’enfant et tenant compte de
la réparation du préjudice causé303.
Ces mesures consistent notamment dans l’accompagnement psychosocial
et le placement dans une famille d’accueil ou une institution privée agréée

300 B. BOULOC,. Cité par NGOTO Ngoie NGALINGI, L’essentiel du Droit pénal congolais,
Ed., Presses Universitaires du Congo, 2018, p. 67.
301 L'article 95 de la LPE

302 La relaxe de l’enfant de moins de 14 ans pénalement irresponsable doit être

accompagnée de mesures visant la sauvegarde de l’ordre public et de la sécurité de


l’enfant conformément à l’alinéa 2 de l’article 96. Les mesures d’accompagnement sont
dictées par souci de l’intérêt supérieur de l’enfant et par la nécessité de prévenir des
manquements de même nature voire de plus graves de la part de l’enfant exonéré de sa
responsabilité pénale. Il s’agit avant tout d’une mesure de prévention et de précaution.
L’inexécution ou l’exécution insuffisante de ces mesures peut conduire à la récidive, d’où
l’impérieuse nécessité de mobiliser les services et les institutions adéquats pour éviter la
répétition de manquementsqualifiés d’infraction.
303 Art 95, alinéa 2 de la LPE
128

à caractère social autre que celle accueillant des enfants en situation


difficile304 .

L'article 97 précise qu'un enfant de moins de 14 ans ne peut être placé dans
un établissement de garde provisoire, ni dans un établissement de garde,
d’éducation ou de rééducation de l’Etat305.

RDC, les enfants de moins de 14 ans bénéficient de la présomption


irréfragable de responsabilité. La détermination de l’âge se fait à partir du
jour de la commission du manquement qualifié d’infraction et non à partir
du jour du jugement. Il n’y a pas d’exception à l’âge minimum fixé. Ni la
gravité du manquement qualifié d’infraction, ni le degré de maturité réel
ou supposé de l’enfant, ni même les circonstances de la commission du
manquement ne peuvent constituer des exceptions à la règle.

L’article 95 de la LPE fixe l’âge minimum de la responsabilité pénale à


moins de 14 ans. Ce texte est conforme à l’article 40 alinéa 3 a) de la CDE
qui engage les Etats à « établir un âge minimum au-dessous duquel les
enfants seront présumés n’avoir pas la capacité d’enfreindre la loi pénale ».
Dans le droit congolais, l’âge de 14 ans distingue deux régimes pénaux
différents applicables aux enfants ayant commis un manquement qualifié
d’infraction.

Avant 14 ans, les enfants bénéficient d’une présomption irréfragable


d'irresponsabilité, c’est-à-dire qu’ils sont considérés ne pas avoir la
capacité d’enfreindre la loi pénale.
Les conditions objectives de la commission du manquement sont certes
remplies, mais non pas les conditions subjectives liées notamment à la
conscience et à la volonté de l’enfant. Contrairement aux présomptions

304 Art 95, alinéa 3 de la LPE


305 Art 97 de la LPE
129

simples susceptibles d’être combattues par des preuves contraires, le


caractère irréfragable de la présomption pour les enfants de moins de 14
ans les rend inattaquables. L’enfant est convaincu n’avoir pas la capacité
de discernement et partant la capacité d’enfreindre la loi pénale. Il s’agit
d’une irresponsabilité présumée juris et de jure (présomption absolue) et
non juris tantum (présomption fragile ou attaquable).

 Quid, Effet présomption irréfragable d'irresponsabilité ?

Les effets qui découlent normalement de la situation d’irresponsabilité


absolue des enfants de moins de 14 ans :
- toute action pénale diligentée contre un enfant de moins de 14 ans est de
jure irrecevable, que le manquement en cause soit constitué ou avéré ;
- cet enfant est exonéré de toute responsabilité pénale, et ce, en principe,
quel que soit le degré de gravité du manquement qualifié d’infraction
commis. Par conséquent, l’enfant est relaxé avec des mesures de suivi.

Au terme de l’article 96 alinéa 1 de la LPE, la décision de relaxer relève de


la compétence exclusive du juge pour enfants car ni le Ministère public
(Parquet) ni l’Officier de police judiciaire (OPJ) ne peut y procéder. Ils
doivent se référer au juge pour enfants à travers leur prérogative de saisine
qui leur est respectivement conférée par les alinéas 1 et 2 de l’article 102 de
la loi de 2009.

 Quid, en droit comparé ?

 En Côte d'Ivoire, 10 à 13 ans : tous les enfants de moins de 13 ans ne


peuvent se voir appliquer que des mesures de protection, d’assistance,
de surveillance et d’éducation. Et 16 à 18 ans au regard des actes
commis, le juge des enfants peut refuser à ces enfants l’application de
130

mesures protectrices des enfants pour leur appliquer les règles de droit
commun306.

 Au Mali, 13 à 15 ans : tous les enfants âgés de moins de 15 ans ne


peuvent pas être placés en garde à vue. Et 16 à 18 ans la mesure de
travaux d’intérêt général ne peut pas être prononcée pour les mineurs
âgés de moins de 16 ans. A partir de 14 ans à 18 ans, ils peuvent faire
l’objet de placement en EGEE ou ERE307.

 Au Togo, 15 à 16 ans : tous les enfants âgés de moins de 16 ans ne


peuvent se voir appliquer que des mesures éducatives308.

 Quid, de la réparation du préjudice ?

IL sied de signaler l’application du principe de la présomption juris et de


jure ne fait disparaître ni le manquement commis ni ses effets, même si
l’enfant en question ne fait plus l’objet d’action judiciaire au pénal. S’il y a,
en effet, une ou des victimes, donc des préjudices causés, le juge doit leur
rendre justice. C’est le sens de l’article 96 alinéa 1 in fine qui précise « sans
préjudice de la réparation du dommage causé à la victime ».

Dès lors, malgré une procédure pénale éteinte par le principe de


l’irresponsabilité absolue, une action en responsabilité civile pourrait être
engagée.
A ce niveau, la loi de 2009 présente des lacunes ; elle n’offre pas
d’indications pratiques quant à la procédure à suivre pour le juge pour
enfants.

306 Yao AGBETSE, Recueil sur la justice pour enfants en République démocratique du
Congo, Analyse et commentaires de la législation applicable aux enfants en conflit avec la
loi et victimes, Bureau International Catholique de l’Enfance (BICE), 2ème édition,
Genève Kinshasa, juillet 2018., p. 392.
307 Yao AGBETSE, Op. Cit., p.392.

308 Yao AGBETSE, Op. Cit., p.392.


131

Toutefois, selon la pratique jurisprudentielle actuelle, la procédure civile


menée se tient à huit-clos et aboutit à des condamnations civiles. Le huis-
clos est exigé car la procédure civile n’est que le prolongement de la
procédure pénale qui requiert la confidentialité au titre des articles 105 et
111 alinéa 1 de la LPE. Dans le cadre de cette procédure civile, le juge pour
enfants recourt au droit commun, notamment à l’article 260 du Code civil.

Retenons qu’en RDC à partir de 14 ans, l’enfant en conflit avec la loi peut
faire l’objet de sanctions sous forme de placement en centres éducatifs.
Même si au visa des articles articles 115 et 116 de la LPE, les mesures de
privation de liberté ne sont pas exclues, la loi de 2009 privilégie les
mesures de portée éducative et interdit, dans tous les cas, "la peine de mort
et la servitude pénale à perpétuité" pour les infractions commises par un
enfant" (article 9 alinéa 2 d la LPE.
132

CONCLUSION

En République Démocratique du Congo, l'administration de la preuve de


l’infraction de viol suscite plusieurs difficultés. L’absence des matériels,
techniques et experts en la matière, revoit souvent à la condamnation des
innocents.

Le système judiciaire est plein de défaillances systémiques. En dépit de


l'absence des fichiers automatisés d’empreintes génétiques , certaines
difficultés techniques limitent les avocats, défenseurs judicaires a mieux
accompagner leurs clients victimes ou prévenus, tels que, la nécessité
d'une action rapide pour éviter la dégradation des éléments biologiques et
l’uniformisation des méthodes d’analyse de l’ADN par exemple, bien que le
test ADN ne puisse pas prouver qu’une agression sexuelle a eu lieu, les
analyses faites sur la base de ce test aident à établir que l’accusé était
présent sur les lieux du crime.

Aussi, plusieurs victimes du viol sont amenées parfois en retard chez les
médecins, trois mois, un an, deux ans... après la commission de l'infraction
de viol. Or, la consultation d’un médecin est indispensable au plus tard
dans les temps voisins qui suivent l’agression ou le viol, car la probabilité
de trouver des preuves est plus forte. Sinon, les preuves peuvent
disparaître avec le temps et l’ancienneté des faits allégués risque de
déboucher sur une erreur judiciaire sérieuse.

En outre, les vêtements de la victime, les échantillons de sa salive, de son


sang, de ses poils pubiens, de ses cheveux, des frottis du vagin ou de la
zone de l’anus peuvent être rassemblés en tant que preuve.
Malheureusement, la RDC a une technologie sous-développée et plus
encore l’absence des experts en la matière.
133

Signalons aussi que les résultats des expertises ne dispensent pas le juge
d’établir la matérialité des faits et de les apprécier afin de trancher sur la
culpabilité. Culpabilité, qui est fondée sur la définition de l’infraction, par
le biais de ses éléments constitutifs et des mécanismes procéduraux
d’interprétation stricte.

En matière pénale, la charge de la preuve revient à l'Officier du Ministère


Public qui dispose des services des auxiliaires de la Justice que sont les
officiers de police judiciaire et les différents experts (psychologue et
médecin) pour mener à bien sa tâche et obtenir la condamnation du
prévenu.

En effet, l'établissement de la matérialité de l'infraction de viol relève d'un


véritable parcours de combattant à l'Est de la RDC car les moyens de
preuve en matière de viol sont difficiles à obtenir. Aussi, la victime du viol
habitée par un sentiment de honte et d'humiliation et hantée par la peur
d'être rejetée par sa famille ou sa communauté a tendance à se réfugier
dans un silence faussement protecteur 309 . Ce silence ne permet pas à
l'officier de police judiciaire de récolter les preuves dont il a besoin. La
récolte des preuves en matière de viol pose également problème lorsqu'il
s'agit de requérir l'avis d'un médecin pour constater le viol. La carence du
médecin légiste fait que les victimes sont dirigées vers des médecins
ordinaires qui examinent la victime et établissent moyennant paiement un
certificat médical. Mais il arrive que ce certificat soit incomplet et ne
donnent pas tous les éléments dont le juge pourra avoir besoin pour
déterminer s'il y a eu effectivement viol.

309MUNTAZINI MUKIMAPA, « les moyens de preuve à l'épreuve du viol », in Paroles de


Justice. Revue de doctrine 2006. Lutte contre les violences sexuelles. RCN Justice et
Démocratie, p.79.
134

Il convient également de relever que les frais d'expertise sont souvent au-
dessus de la bourse de la victime qui faute de pouvoir faire face aux frais
décide d'abandonner la procédure. Devant cette situation, le juge est
contraint à classer le dossier sans suite ou à envoyer le dossier incomplet
en fixation au tribunal. Il est certain que cette situation profite à l'accusé
qui ne peut être condamné faute de preuve310.

Pour finir, nous recommandons au gouvernement congolais de pouvoir


d'envisager l'utilisation des technologies modernes utilisées dans les pays
développés dont les empreintes génétiques et la dactyloscopie qui
établissent bien précisément et sûrement de qui sont les traces sur la
victime en les comparant à celles prélevées sur le suspect afin d'épauler la
justice dans la recherche de la preuve.

De même, aux magistrats de considérer le problème de la preuve en


matière de viol comme un cas qui requière plus d'attention en mettant au
point un régime spécial de la preuve spécifique au viol; de traiter avec
célérité les dossiers de viol. Car, la lenteur de la justice dans le traitement
de ces dossiers fait souvent disparaître les preuves.

Global Rights, S.O.S JUSTICE. Quelle justice pour les populations à l'Est de la RDC ?,
310

Rapport d'évaluation du secteur de la justice au Nord et Sud Kivu, Maniema et Nord


Katanga, Edition CEDI, août 2005, p.130.
135

BIBLIOGRAPHIE

A. TEXTES OFFICIELS
2. Code de Justice militaire
3. Code de procédure pénale
4. Loi n° 09/011 du 10 janvier 2009 portant protection de l’enfant
5. Code pénal congolais, décret du 30 janvier 1940 tel que modifié
jusqu’au 31 décembre 2009 et ses dispositions complémentaires,
Ministère de la Justice, 2010.
6. Constitution de la République Démocratique du Congo, Journal Officiel
de la République Démocratique du Congo, Cabinet du Président de la
République 47ème Année, Kinshasa - 18 février 2006, numéro spécial.
Statut de Rome sur la Cour pénale internationale, A/CONF.183/9, 17
july 1998.
7. Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels,
inhumains ou dégradants, New York, 10 Décembre 1984.
8. Loi n° 81-003 du 17 juillet 1981 portant statut du personnel de carrière
des services publics de l’Etat
9. Ordonnance du 3 juillet 1978 relative à l’exercice des attributions
d’officiers et agents de police judiciaire près les juridictions de droit
commun.
DOCTRINES
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141

TABLE DES MATIERES

PRINCIPALES ABREVIATIONS ................................................................................... i

PREFACE ........................................................................................................................ iii

REMERCIEMNTS .......................................................................................................... 1

INTRODUCTION ........................................................................................................... 2

SOMMAIRE .................................................................................................................... 7

CHAPITRE 1.................................................................................................................... 8

LE NORME JURIDIQUE DE RÉPRESSION DE L'INFRACTION DE VIOLENCE


SEXUELLE ...................................................................................................................... 8

SECTION 1. ................................................................................................................. 8

NORME JURIDIQUE INTERNATIONAL .............................................................. 8

A. Le Droit International Humanitaire ................................................................ 9

1. Le régime de droit portant sur les conflits armés internationaux ................. 9

B. Le Droit International des Droits Humains .................................................. 12

1. le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et la Convention


contre la torture .................................................................................................... 13

2. La Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à


l'égard des femmes ............................................................................................... 14

3. La Convention relative aux droits de l'enfant ............................................... 16

4. La Charte africaine des droits des hommes et des peuples ......................... 16

SECTION 2. ............................................................................................................... 17

LE CADRE JURIDIQUE NATIONAL .................................................................... 17

A. La Justice militaire .......................................................................................... 18

1. le Code de justice militaire de 1972 ................................................................. 18

2. le Code de justice militaire de 2002 ............................................................... 19


142

a. La loi n°06/018 du 20 juillet 2006 modifiant et complétant le Décret du


30 janvier 1940 portant Code pénal congolais .................................................. 20

b. La loi n°06/019 modifiant et complétant le décret du 6 août 1959 portant


Code de procédure pénale congolais. ................................................................. 22

CHAPITRE 2. ................................................................................................................ 25

L'INFRACTION DE VIOL EN DROIT PÉNAL CONGOLAIS.................................. 25

SECTION 1. ............................................................................................................... 26

L’INFRACTION EN DROIT PÉNAL ...................................................................... 26

A. Définition du droit pénal ............................................................................. 26

SECTION 2. ............................................................................................................... 28

L’INFRACTION DE VIOL EN DROIT PENAL CONGOLAIS.............................. 28

A. Définition du viol .......................................................................................... 28

B. Les éléments constitutifs du viol ................................................................. 31

1. L’élément légal .............................................................................................. 31

2. L’élément matériel ........................................................................................ 31

C. L’élément moral ............................................................................................ 33

 Quid, la violence? .......................................................................................... 35

 Quid, des menaces? ...................................................................................... 36

 Quid, la contrainte ? ..................................................................................... 37

 Quid, les circonstances aggravantes du viol ? ........................................... 38

D. L’élément axiologique ou évaluant ......................................................... 40

CHAPITRE 3. ................................................................................................................ 42

L’ADMINISTRATION DE LA PREUVE DE L’INFRACTION DE VIOL ................ 42

B. La charge de la preuve ....................................................................... 43

C. La liberté de la preuve ............................................................................ 48


143

 Quid, les limites de la liberté de preuves ? ..................................... 48

SECTION 2. ............................................................................................................... 51

LES MODES DE PREUVES DE L’INFRACTION DE VIOL ................................ 51

A. Les enquêtes .................................................................................................. 53

B. Le procès-verbal de constat ......................................................................... 54

C. Le procès-verbal d’interrogatoire ............................................................... 55

D. Le procès-verbal d’audition ..................................................................... 57

E. Le procès-verbal de saisie ............................................................................ 59

F. Les visites domiciliaires et perquisitions ................................................... 60

G. Le témoignage ....................................................................................... 62

H. La preuve biologique .......................................................................... 63

Les OPJ, magistrats ou encore les parties au procès peuvent, recourir à la


preuve biologique. C’est les spécialistes ou experts, dont les psychologues
médecins (ou infirmiers) qui ont pour but d’éclairer les juridictions
répressives sur des données techniques ou scientifiques, en raison de leurs
qualifications techniques « dans des domaines qui ne sont pas directement
de la compétence des magistrats». ..................................................................... 63

Mais, malgré l’éventail de renseignements que le juge de fond peut recueillir


de l’expertise médico-légale, il ne peut s’empêcher de les confronter aux
autres éléments du dossier ; tant il est vrai que cette expertise émane d’une
personne humaine, donc faillible et capable de transiger avec son honneur et
sa conscience, en dépit du serment qu’il prête généralement sans témoin, et à
même d’altérer la vérité dans son rapport établi loin du regard pesant du
magistrat. ............................................................................................................... 63

J. Les écoutes téléphoniques ........................................................................... 74

CHAPITRE 4. ................................................................................................................ 81

ADMINISTRATION DE LA PREUVE:....................................................................... 81

VIOL SUR MINEUR..................................................................................................... 81

SECTION 1. ............................................................................................................... 82
144

L'INFRACTION DE VIOL D'ENFANT ................................................................... 82

A. Définition du viol d'enfant ........................................................................... 82

B. Les éléments constitutifs du viol d'enfant.................................................. 83

a) L'élément légal .............................................................................................. 83

b) L’élément matériel ........................................................................................ 84

 Condition préalable: La minorité d’âge ...................................................... 84

i. Conjonction sexuelle .................................................................................... 85

ii. Intromission d’un organe sexuel dans l’anus, dans la bouche ou dans
tout autre orifice du corps ................................................................................... 86

iii. d’autre partie du corps ou d’un objet dans le vagin .............................. 86

iv. Exposition de l’organe sexuel à des attouchements .............................. 86

v. Obligation d’une personne à pénétrer l’anus, la bouche ou tout autre


orifice du corps par un organe sexuel, par toute autre partie du corps ou par
un objet quelconque. ............................................................................................ 86

c) L’élément moral ............................................................................................ 87

SECTION 2. ............................................................................................................... 89

LA PREUVE DE L'INFRACTION DE VIOL : ........................................................ 89

CAS DE VIOL SUR MINEUR .................................................................................. 89

A. Les actes de l’état civil .................................................................................. 89

B. La preuve médicale ....................................................................................... 96

C. L'aveu ........................................................................................................... 100

D. Le témoignage ......................................................................................... 103

 Quid, Victime-témoin? ............................................................................... 107

E. Les présomptions ........................................................................................ 108

F. Les constatations matérielles .................................................................... 109


145

G. La descente sur les lieux............................................................................. 109

H. Les saisies perquisitions ......................................................................... 110

I. Les expertises .............................................................................................. 110

J. L’expertise mentale..................................................................................... 112

 Quid, de l’expertise mentale de la victime ? ............................................ 113

K. Les enregistrements magnetiques ............................................................ 115

L. Le détecteur de mensonge ......................................................................... 115

M. Les ecoutes électroniques ...................................................................... 117

N. La dactyloscopie ...................................................................................... 118

O. La narco-analyse ..................................................................................... 118

SECTION 1........................................................................................................... 122

L’ABSENCE DE DISCERNEMENT .................................................................. 122

SECTION 2. ......................................................................................................... 124

LA CONTRAINTE IRRÉSISTIBLE ................................................................... 124

SECTION 3. ......................................................................................................... 126

L’ERREUR ........................................................................................................... 126

SECTION 4. ......................................................................................................... 127

LA MINORITÉ D’ÂGE ....................................................................................... 127

 Quid, Effet présomption irréfragable d'irresponsabilité ? ..................... 129

CONCLUSION ............................................................................................................ 132

BIBLIOGRAPHIE ....................................................................................................... 135

A. TEXTES OFFICIELS ...................................................................................... 135

DOCTRINES ........................................................................................................... 135

TABLE DES MATIERES ....................................................................................... 141


146
1

LES LOIS SUR


LES VIOLENCES
SEXUELLES

LOI Nº06/018 DU 20 JUILLET 2006 MODIFIANT ET COMPLETANT LE DECRET DU 30


JANVIER 1940 PORTANT CODE PENAL CONGOLAIS

LOI Nº 06/019 DU 20 JUILLET 2006 MODIFIANT ET COMPLETANT LE DECRET DU 06


AOUT 1959 PORTANT CODE DE PROCEDURE PENALE CONGOLAIS
2

Loi nº06/018 du 20 juillet 2006 modifiant et complétant le


décret du 30 janvier 1940 portant Code pénal congolais

Exposé des motifs

Depuis la seconde moitié du siècle passé, il s’est développé à travers le


monde une nouvelle forme de criminalité à grande échelle, justifiée le plus
souvent par des intérêts d’ordre économique, social et politique. Il s’agit
particulièrement des violences sexuelles.

Les guerres de 1996 et 1998 dans notre pays n’ont fait qu’empirer la
situation économique déjà déplorable et provoquer des millions de
victimes dont les plus exposées et visées sont cruellement frappées par les
crimes de toutes catégories. Ces victimes ont été atteintes dans leur
dignité, dans leur intégrité physique et morale, mais aussi dans leur vie.
Ainsi, de tels actes ne peuvent rester impunis à l’avenir.

Face à la nécessité de prévenir et de réprimer sévèrement les infractions


se rapportant aux violences sexuelles et d’assurer une prise en charge
systématique des victimes de ces infractions, il s’est avéré impérieux de
revisiter certaines dispositions du Code pénal.

Jusque là, le droit pénal congolais ne contenait pas toutes les


incriminations que le droit international a érigées en infraction, comme un
rempart dissuasif depuis 1946 contre ceux qui, petits et grands, violent le
droit international, notamment humanitaire, reniant ainsi à la population
civile la qualité et les valeurs de l’humanité.

Ainsi, la présente li modifie et complète le Code pénal congolais par


l’intégration des règles du droit humanitaire relatives aux infractions de
violences sexuelles. De ce fait, elle prend largement en compte la
protection des personnes les plus vulnérables, notamment, les femmes, les
enfants et les hommes victimes des infractions de violences sexuelles. Elle
contribue ainsi au redressement de la moralité publique, de l’ordre public
et de la sécurité dans le pays.
3

Par rapport au Code pénal, les modifications portent principalement sur


les articles relatifs aux infractions de viol et d’attentat à la pudeur. Les
dispositions prévues complètent et érigent en infraction différentes formes
de violences sexuelles, jadis non incriminées dans le Code pénal et
consacre la définition du viol conformément aux normes internationales
applicables en la matière.
Loi

L’Assemblée nationale a adopté,

Le Président de la République promulgue la loi dont la teneur suit :

Article 1er

Il est ajouté une section X au Livre 1er du Code pénal ainsi libellée :

Section X : Du défaut de pertinence, de la qualité officielle et de


l’ordre hiérarchique en matière d’infractions relatives aux
violences sexuelles :

Article 42 (bis) :

La qualité officielle de l’auteur d’une infraction relative aux violences


sexuelles ne peut en aucun cas l’exonérer de la responsabilité pénale ni
constituer une cause de diminution de la peine.

Article 42 (ter)

L’ordre hiérarchique ou le commandement d’une Autorité légitime civile


ou militaire n’exonère nullement l’auteur d’une infraction relative aux
violences sexuelles de sa responsabilité.

Article 2

La Section II du Titre VI du Code pénal, Livre II est ainsi


modifiée et complétée.

Section II : Des infractions de violences sexuelles.

Paragraphe 1er : De l’attentat à la pudeur

Article 167 :
4

Tout acte contraire aux mœurs exercé intentionnellement et directement


sur une personne sans le consentement valable de celle-ci constitue un
attentat à la pudeur. Tout attentat à la pudeur commis sans violences, ruse
ou menaces sur la personne ou à l’aide de la personne d’un enfant âgé de
moins de dix-huit ans sera puni d’une servitude pénale de six mois à cinq
ans. L’âge de l’enfant pourrait être déterminé par un examen médical à
défaut d’état-civil.

Article 168 :

L’attentat à la pudeur commis avec violences, ruse ou menaces sur des


personnes de l’un ou de l’autre sexe sera puni d’une servitude pénale de six
mois à cinq ans. L’attentat à la pudeur commis avec violences, ruse ou
menaces sur la personne ou à l’aide de la personne d’un enfant âgé de
moins de dix-huit ans sera puni d’une servitude pénale de cinq à quinze
ans. Si l’attentant a été commis sur les personnes ou à l’aide des personnes
âgées de moins de dix ans, la peine sera de cinq à vingt ans.

Paragraphe 2 : Viol

Article 170 :

Aura commis un viol, soit à l’aide de violences ou menaces graves ou par


contrainte à l’encontre d’une personne, directement ou par l’intermédiaire
d’un tiers, soit par surprise, par pression psychologique, soit à l’occasion
d’un environnement coercitif, soit en abusant d’une personne qui, par le
fait d’une maladie, par l’altération de ses facultés ou par toute autre cause
accidentelle aurait perdu l’usage de ses sens ou en aurait été privé par
quelques artifices :

a) Tout homme, quel que soit son âge, qui aura introduit son organe
sexuel, même superficiellement dans le celui d’une femme, ou toute
femme, quel que soit son âge, qui aura obligé un homme à introduire,
même superficiellement son organe sexuel dans le sien ;

b) Tout homme qui aura pénétré, même superficiellement, l’anus, la


bouche ou tout autre orifice du corps d’une femme ou d’un homme par
un organe sexuel, par toute autre partie du corps ou par un objet
quelconque ;
5

c) Toute personne qui aura introduit, même superficiellement, toute autre


partie du corps ou un objet quelconque dans le vagin ;

d) Toute personne qui aura obligé un homme ou une femme à « pénétrer,


même superficiellement son anus, sa bouche ou tout orifice de son corps
par un organe sexuel, pour toute autre partie du corps ou par un objet
quelconque.

Quiconque sera connu coupable de viol sera puni d’une peine de servitude
pénale de cinq à vingt ans et d’une amende ne pouvant être inférieure à
cent mille francs congolais constants.

Est réputé viol à l’aide de violences, le seul fait du rapprochement charnel


de sexes commis sur les personnes désignées à l’article 167, alinéa 2.

Article 171

Si le viol ou l’attentat à la pudeur a causé la mort de la personne sur


laquelle il a été commis, le coupable sera puni de la servitude pénale à
perpétuité.

Article 171 bis

Le minimum des peines portées par les articles 167 alinéa 2, 168 et 170
alinéa 2 du présent Code sera doublé :

1. si les coupables sont les ascendants ou descendants de la personne sur


laquelle ou à l’aide de laquelle l’attentat a été commis ;

2. s’ils sont de la catégorie de ceux qui ont autorité sur elle ;

3. s’ils sont ses enseignants ou ses serviteurs à gage ou les serviteurs des
personnes ci-dessus indiquées ;

4. si l’attentat a été commis soir par les agents publics ou par des ministres
du culte qui ont abusé de leur position pour le commettre, soit par le
personnel médical, para-médical ou assistants sociaux, soit par des
tradi-praticiens, envers les personnes confiées à leurs soins ;

5. si le coupable a été aidé dans l’exécution de l’infraction par une ou


plusieurs personnes ;
6

6. s’il est commis sur des personnes captives par leurs gardiens ;

7. s’il est commis en public ;

8. s’il a causé à la victime une altération grave de sa santé et/ou laissé de


séquelles physiques et/ou psychologiques graves ;

9. s’il est commis sur une personne vivant avec handicap ;

10. si le viol a été commis avec usage ou menace d’une arme.

En cas de viol tel qu’aggravé au sens des points 1 et 2 de l’alinéa 1er, le juge
prononcera, en outre, la déchéance de l’autorité parentale ou tutélaire, si
l’infraction a été commise par une personne exerçant cette autorité
conformément à l’article 319 du Code de la famille.

Article 3

La Section III du Titre VI du Code pénal Livre II est ainsi


modifiée :

Section III : Des autres infractions de violences sexuelles

Paragraphe 1er : De l’excitation des mineurs à la débauche.

Article 172

Quiconque aura attenté aux mœurs en excitant, facilitant ou favorisant


pour satisfaire les passions d’autrui, la débauche ou la corruption des
personnes de l’un ou l’autre sexe, âgées de moins de 18 ans, sera puni
d’une servitude pénale de trois mois à cinq ans et d’une amende de
cinquante mille à cent mille francs congolais constants.

Article 173

Le fait énoncé à l’article précédent sera puni d’une servitude pénale de dix
à vingt ans et d’une amende de cent mille à deux cent mille francs
congolais constants, s’il a été commis envers un enfant âgé de moins de dix
ans accomplis.

Article 174
7

Si l’infraction prévue à l’article 172 ci-dessus a été commise par le père, la


mère, le tuteur, le coupable sera, en outre, déchu de l’autorité parentale ou
tutélaire conformément à l’article 319 du Code de la famille.

Paragraphe 2 : Du souteneur et du proxénétisme

Article 174 b

Sera puni d’une servitude pénale de trois mois à cinq ans et d’une amende
de cinquante mille à cent mille francs congolais constants :

1. Quiconque, pour satisfaire les passions d’autrui, aura embauché,


entraîné ou détourné, en vue de la débauche ou de la prostitution,
même de son consentement, une personne âgée de plus de dix-huit ans ;
l’âge de la personne pourra être déterminé par examen médical, à défaut
d’état-civil ;

2. Quiconque aura tenu une maison de débauche ou de prostitution ;

3. Le souteneur : est souteneur celui qui vit, en tout ou en partie, aux


dépens d’une personne dont il exploite la prostitution ;

4. Quiconque aura habituellement exploité de quelque autre façon, la


débauche ou la prostitution d’autrui.

Sera puni de la même peine qu’à l’alinéa précédent :

1. Quiconque aura diffusé publiquement un document ou film


pornographique aux enfants de moins de dix-huit ans ;

2. Quiconque fera passer à la télévision des danses ou tenues obscènes,


attentatoires aux bonnes moeurs.

Lorsque la victime est un enfant âgé de moins de dix-huit ans, la peine


est de cinq à vingt ans.

Paragraphe 3 : De la prostitution forcée

Article 174 c

Quiconque aura amené une ou plusieurs personnes à accomplir un acte ou


plusieurs actes de nature sexuelle, par la force, par la menace de la force ou
8

de la coercition ou encore en profitant de l’incapacité desdites personnes à


donner librement leur consentement en vue d’obtenir un avantage
pécuniaire ou autre, sera puni de trois mois à cinq ans de servitude pénale.

Paragraphe 4 : Du harcèlement sexuel

Article 174d

Quiconque aura adopté un comportement persistant envers autrui, se


traduisant par des paroles, des gestes, soit en lui donnant des ordres ou en
proférant des menaces ou en imposant des contraintes, soit en exerçant
des pressions graves, soit en abusant de l’autorité que lui confèrent ses
fonctions en vue d’obtenir de lui des faveurs de nature sexuelle sera puni
de servitude pénale de un à douze ans et d’une amende de cinquante à cent
mille francs congolais constants ou d’une de ces peines seulement.

Les poursuites seront subordonnées à la plainte de la victime.

Paragraphe 5 : De l’esclavage sexuel :

Article 174 e

Sera puni d’une peine de cinq à vingt ans de servitude pénale et d’une
amende de deux cent mille francs congolais constants,

Quiconque aura exercé un ou l’ensemble des pouvoirs associés au droit


de propriété sur une personne, notamment en détenant ou en imposant
une privation similaire de liberté ou en achetant, vendant ou prêtant,
troquant la dite personne pour des fins sexuelles, et l’aura contrainte à
accomplir un ou plusieurs actes de nature sexuelle.

Paragraphe 6 : Du mariage forcé

Article 174 f

Sans préjudice de l’article 336 du Code de la famille, sera puni d’une peine
de un à douze ans de servitude pénale et d’une amende ne pouvant être
inférieure à cent mille francs congolais constants, toue personne qui,
exerçant l’autorité parentale ou tutélaire sur une personne mineure ou
majeure, l’aura donnée en mariage, ou en vue de celui-ci, ou l’aura
contrainte à se marier.
9

Le minimum de la peine prévu à l’alinéa 1er est doublé lorsqu’il s’agit


d’une personne âgée de moins de dix-huit ans.

Paragraphe 7 : De la mutilation sexuelle

Article 174 g

Sera puni d’une peine de servitude pénale de deux à cinq ans et d’une
amende de deux cent mille francs congolais constants, quiconque aura
posé un acte qui porte atteinte à l’intégrité physique ou fonctionnelle des
organes génitaux d’une personne.

Lorsque la mutilation a entraîné la mort, la peine est de servitude


pénale à perpétuité.

Paragraphe 8 : De la zoophilie

Article 174 h

Sera puni de cinq à dix ans de servitude pénale et d’une amende de deux
cent mille francs congolais constants, quiconque aura, par ruse, violences,
menaces ou par toute forme de coercition ou artifice, contraint une autre
personne à avoir des relations sexuelles avec un animal.

La personne qui, volontairement, aura eu des rapports sexuels avec un


animal sera punie des mêmes peines que celles prévues à l’alinéa 1er du
présent article.

Paragraphe 9 : De la transmission délibérée des infections


sexuellement transmissibles incurables

Article 174 i

Sera puni d’une peine de servitude pénale à perpétuité et d’une amende de


deux cent mille francs congolais constants, quiconque aura délibérément
contaminé une personne d’une infection sexuellement transmissible
incurable.

Paragraphe 10 : Du trafic et de l’exploitation des enfants à des


fins sexuelles

Article 174 j
10

Tout acte ou toute transaction ayant trait au trafic ou à l’exploitation


d’enfants ou de toute personne à des fins sexuelles moyennant
rémunération ou un quelconque avantage, est puni de dix à vingt ans de
servitude pénale.

Paragraphe 11 : De la grossesse forcée

Article 174 k

Sera puni d’une peine de servitude pénale de dix à vingt ans, quiconque
aura détenu une ou plusieurs femmes rendues enceintes rendue (s)
enceinte (s) de force ou par ruse.

Paragraphe 12 : De la stérilisation forcée

Article 174 l

Sera puni de cinq à quinze ans de servitude pénale, quiconque aura


commis sur une personne un acte à la priver de la capacité biologique et
organique de reproduction sans qu’un tel acte ait préalablement fait l’objet
d’une décision médicale justifiée et d’un libre consentement de la victime.

Paragraphe 13 : De la pornographie mettant en scène des


enfants

Article 174 m

Sera puni de cinq à dix ans de servitude pénale et d’une amende de cent
cinquante mille francs congolais constants, quiconque aura fait toute
représentation par quelque moyen que ce soit, d’un enfant s’adonnant à
des activités sexuelles explicites, réelles ou simulées ou toute
représentation des organes sexuels d’un enfant, à des fins principalement
sexuelles.

Paragraphe 14 : De la prostitution d’enfants

Article 174 n

Sera puni de servitude pénale de cinq à vingt ans et d’une amende de deux
cent mille francs congolais constants, quiconque aura utilisé un enfant de
11

moins de dix-huit ans aux fins des activités sexuelles contre rémunération
ou toute autre forme d’avantage.

Si l’infraction a été commise par une personne exerçant l’autorité


parentale ou tutélaire, le coupable sera, en outre, déchu de l’exercice de
l’autorité parentale ou tutélaire, conformément à l’article 319 du Code de la
famille.

Article 4

Sont abrogées toutes les dispositions antérieures contraires à la présente


loi.

Article 5

La présente loi entre en vigueur à la date de sa promulgation.

Fait à Kinshasa, le 20 juillet 2006

Joseph Kabila
12

Loi nº 06/019 du 20 juillet 2006 modifiant et complétant le


Décret du 06 août 1959 portant Code de Procédure pénale
congolais

Exposé des motifs

Quelques innovations viennent d’être introduites dans le Code pénal en


vue de renforcer la répression des infractions aux violences sexuelles, de
plus en plus fréquentes dans nos sociétés. Pour atteindre cet objectif,
certaines dispositions du Code de procédure pénale méritent d’être
modifiées et complétées en vue d’assurer la célérité dans la répression, de
sauvegarder la dignité de la victime et de garantir à celle-ci une assistance
judiciaire.

Bien plus, toujours dans le souci de renforcer la répression, la possibilité


de paiement d’une amende transactionnelle prévue pour faire éteindre
l’action publique a été supprimée en matière de violences sexuelles en
privilégiant la peine de servitude pénale principale.

S’agissant, par ailleurs, de la dignité de la victime, la présente loi la


protège en entourant son procès de beaucoup de discrétions.

Enfin, une autre innovation a été introduite à l’article du Code de


Procédure Pénale ou désormais les infractions relatives aux violences
sexuelles sont ajoutées aux infractions flagrantes pour lesquelles la
formalité d’informer l’autorité hiérarchique n’est pas requise avant toute
arrestation du présumé coupable, cadre public.
13

Loi

L’Assemblée nationale a adopté,

Le Président de la République promulgue la loi dont la teneur suit :

Article 1er

Il est ajouté au décret du 6 août 1959 portant Code de Procédure Pénale les
articles 7 bis, 9 bis, 14 bis, 14 ter et 74 bis libellée comme suit :

Article 7 bis

Sans préjudice des dispositions légales relatives à la procédure de


flagrance, l’enquête préliminaire en matière de violence sexuelle se fait
dans un délai d’un mois maximum à partir de la saisine de l’autorité
judiciaire. L’instruction et le prononcé du jugement se font dans un délai
de trois mois maximum à partir de la saisine de l’autorité judiciaire.
L’enquête de l’Officier de Police Judiciaire est de portée immédiate. Elle
est menée sans désemparer de manière à fournir à l’Officier du Ministère
Public les principaux éléments d’appréciation.

L’Officier de Police Judiciaire, saisi d’une infraction relative aux


violences sexuelles, en avise dans les 24 heures l’Officier du Ministère
Publique dont il relève.

Durant toutes les phases de la procédure, la victime est assistée d’un


Conseil.

Article 9 (bis)

L’amende transactionnelle prévue à l’article 9 ci-dessus ne s’applique pas


aux infractions de violences sexuelles.

Article 14 (bis)

Conformément aux articles 48 et 49 ci-dessous, l’Officier du Ministère


Public ou le juge requiert d’office un médecin et un psychologue, afin
d’apprécier l’état de la victime des violences sexuelles et de déterminer les
soins appropriés ainsi que d’évaluer l’importance du préjudice subi par
celle-ci et son aggravation ultérieure.
14

Article 14 (ter)

A titre dérogatoire, en matière d’infractions relatives aux violences


sexuelles, les règles suivantes s’appliquent pour l’administration de la
preuve :

1. Le consentement ne peut, en aucun cas, être inféré des paroles ou de la


conduite d’une victime lorsque la faculté de celle-ci à donner librement
un consentement valable a été altéré par l’emploi de la force, de la ruse,
de stupéfiant, de la menace ou de la contrainte ou à la faveur d’un
environnement coercitif ;

2. Le consentement ne peut, en aucun cas, être inféré du silence ou du


manque de résistance de la victime des violences sexuelles présumées ;

3. La crédibilité, l’honorabilité ou la disponibilité sexuelle d’une victime ou


d’un témoin ne peut en aucun cas être inféré de leur comportement
sexuel antérieur ;

4. Les preuves relatives au comportement sexuel antérieur d’une victime


des violences sexuelles ne peuvent exonérer le prévenu de sa responsabilité
pénale.

Article 74 (bis)

L’Officier du Ministère Public ou le Juge saisi en matière de violences


sexuelles prend les mesures nécessaires pour sauvegarder la sécurité, le
bien-être physique et psychologique, la dignité et le respect de la vie privée
des victimes ou de toute autre personne impliquée.

A ce titre, le huis clos est prononcé à la requête de la victime ou du


Ministère public.

Article 2

Les articles 10 et 16 du Décret du 6 août 1959 portant Code de Procédure


Pénale sont ainsi modifiés et complétées:

Article 10
15

L’Officier de Police Judiciaire ou le Magistrat du Ministère Public qui


reçoit une plainte ou une dénonciation ou qui constate une infraction à
charge d’un magistrat, d’un cadre de commandement de l’Administration
publique ou judiciaire, d’un cadre supérieur d’une entreprise paraétatique,
d’un commissaire de district, d’un bourgmestre, d’un chef de secteur ou
d’une personne qui les remplace, ne peut, sauf cas d’infractions flagrantes
ou d’infractions relatives aux violences sexuelles, procéder à l’arrestation
de la personne poursuivie qu’après avoir préalablement informé l’autorité
hiérarchique dont elle dépend.

Article 16

L’Officier du Ministère Public peut faire citer devant lui toute personne
dont il estime l’audition nécessaire. La personne régulièrement citée est
tenue de comparaître et de satisfaire à la citation.

Sont dispensées de témoigner, les personnes qui sont dépositaires par


état ou par profession des secrets qu’on leur confie.

Article 3

Toutes les dispositions antérieures contraires à la présente loi sont


abrogées.

Article 4

La présente loi entre en vigueur à la date de sa promulgation.

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