Université de Montréal
La négativité en litige
Heidegger, Hegel et l’origine de la négation dialectique
par
Olivier Huot-Beaulieu
Département de philosophie
Faculté des arts et des sciences
Thèse présentée à la Faculté des arts et des sciences
en vue de l’obtention du grade de Philosophiæ Doctor (Ph.D)
en philosophie
Janvier, 2015
© Olivier Huot-Beaulieu, 2015
Université de Montréal
Faculté des études supérieures et postdoctorales
Cette thèse intitulée :
La négativité en litige : Heidegger, Hegel et l’origine de la négation dialectique
Présentée par :
Olivier Huot-Beaulieu
a été évaluée par un jury composé des personnes suivantes :
Yvon Gauthier (Université de Montréal), président-rapporteur
et représentant du doyen de la FES
Claude Piché (Université de Montréal), directeur de recherche
Iain Macdonald (Université de Montréal), membre du jury
Christophe Bouton (Université Bordeaux Montaigne), examinateur externe
III
Résumé
Dans le cadre de cette thèse, nous nous proposons d’explorer la patiente explication
que Heidegger a poursuivie avec Hegel à propos de l’origine de la négativité – problème qui
s’impose de fait à titre d’« unique pensée d’une pensée qui pose la question de l’être ».
Partant du constat d’une affinité insoupçonnée entre les deux penseurs quant au rôle insigne
qui doit revenir à la négation en philosophie, nous entendons percer à jour les motifs de la
constante fin de non-recevoir que Heidegger oppose néanmoins à la méthode dialectique de
son plus coriace adversaire. Afin de rendre justice aux différents rebondissements d’une
explication en constante mutation, et qui, de surcroît, traverse l’ensemble de l’œuvre de
Heidegger, nous procédons à une division chronologique qui en circonscrit les quatre
principaux moments. I. En un premier temps, notre regard se porte ainsi sur l’opposition
résolue que le jeune Heidegger manifeste à l’égard de la montée du néo-hégélianisme, au
nom d’une appropriation toute personnelle de l’intuitionnisme husserlien. Les
transformations auxquelles il soumet la méthode phénoménologique de son maître doivent
néanmoins laisser transparaître un furtif emprunt à la dialectique hégélienne, dont le principal
mérite serait d’avoir conféré une fonction productrice à la négation. II. Le propos d’Être et
temps demeure toutefois bien discret quant à cette dette méthodologique, bien que ses
vestiges se laissent exhumer, notamment sous la forme d’une négation contre-déchéante dont
l’intervention essentielle ponctue l’analytique existentiale. C’est qu’un désaccord subsiste
entre Heidegger et son prédécesseur quant à l’origine ontologique de la néantité, qui semble
devoir se dérober à toute forme de sursomption dialectique. III. Loin d’être alors
définitivement réglé, le problème de l’origine du négatif rejaillit au cœur d’une nouvelle
mouture métaphysique du projet heideggérien, la minant peut-être même en son fond. Il
s’agit en l’occurrence de disputer à Hegel une compréhension plus originaire du néant,
comprise comme témoignage de la finitude de l’être lui-même et s’inscrivant en faux face à
l’accomplissement spécifiquement hégélien de la métaphysique. IV. Des tensions qui ne sont
pas étrangères à cette délicate entreprise entraînent toutefois Heidegger sur la voie d’un
dépassement de l’onto-théo-logie et de l’achèvement technique que Hegel lui a préparé. Il
s’agit dès lors de situer l’origine abyssale du négatif auprès d’un irréductible retrait de l’estre,
IV
à l’encontre de l’oubli nihiliste auquel Hegel l’aurait confinée en la résorbant au sein de
l’absolue positivité de la présence. Par là même, Heidegger propose un concept de négation
qu’il juge plus originaire que son contrepoids dialectique, négation à laquelle il attribue la
forme d’une réponse interrogative, patiente et attentive à la réticence hésitante de
l’événement appropriant. Mais est-ce suffisant pour soutenir qu’il parvient, en définitive, à
se libérer de l’embarras dialectique qui semble coller à sa pensée et qui exige de lui un
constant effort de distanciation ? Cette thèse entend contribuer à établir les conditions d’une
décision à cet égard.
Mots-clés : Martin Heidegger, G.W.F. Hegel, Négativité, Dialectique, Négation, Néant,
Métaphysique, Finitude, Temporalité, Phénoménologie.