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Qu Il Se Fasse en Mon Âme Comme Une Incarnation de La Parole Élisabeth Et La Parole de Dieu

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ÉLISABETH DE LA TRINITÉ

L’INTÉRIORITÉ AU SERVICE DU MONDE

« Qu’il se fasse en mon âme comme une


Incarnation de la Parole… »
Élisabeth et la Parole de Dieu

’AI DÉCOUVERT ÉLISABETH à 19 ans en lisant

J oles Traités Spirituels, tels que les avait édités le


oP. Philippon. Moi-même attiré à cette
…époque par l’étude de la Bible, j’ai été séduit
par la façon dont elle lisait saint Paul : c’était à la
fois proche du texte, sans enjolivures et en même
temps cela faisait toucher du doigt l’expérience
personnelle de l’Apôtre en la rendant proche de
la nôtre. Elle semblait me parler d’un Paul rede-
venu vivant et accessible, et en même temps,
c’était d’elle et de moi qu’elle parlait, comme si
la parole ancienne était devenue la sienne propre,
avait pris corps, s’était incarnée dans la sienne
propre. En elle était passé quelque chose de l’âme
même de saint Paul.

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« Qu’il se fasse en mon âme comme une Incarnation de la Parole » Élisabeth et la Parole de Dieu, Carmel. Revue trimestrielle de spiritualité chrétienne. N.º 122. Diciembre de 2006. Élisabeth de la Trinité. L’intériorité au service du monde, página 1
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Ainsi Élisabeth a été ma première commentatrice de saint Paul ;
elle m’a donné goût à me nourrir de ses épîtres. Par elle, j’ai appris
à aimer Paul comme un homme voué au Christ et non comme
un brasseur de considérations théologiques ou un réservoir de cita-
tions pieuses. En 1980, pour le centenaire de sa naissance, j’ai eu
l’occasion de faire une étude sur Élisabeth et l’Écriture, plus parti-
culièrement sur Élisabeth et saint Paul, qui a été publiée dans la
revue Carmel 1. En 2006, pour le centenaire de sa mort, me voici
invité à réfléchir de nouveau sur cette relation d’Élisabeth avec la
Parole de Dieu. Je n’ai ni le temps ni la compétence pour le faire
de façon scientifique et exhaustive. Je n’ai pas la prétention de
renouveler le sujet. Je m’efforcerai simplement, à la lumière de
vingt-six ans supplémentaires d’expérience d’exégète et de croyant,
de scruter à frais nouveaux le secret de lecture d’Élisabeth qui
découvrit l’Écriture et sa puissance sans l’avoir étudiée spécifique-
ment, elle qui accomplit sa Pâque ultime portée par les mots de
l’Apôtre qui étaient devenus ses mots à elle.
Dans la première partie de cet exposé, j’essaierai de décrire, à
partir des écrits d’Élisabeth, comment la Parole a progressivement
façonné, imprégné, transfiguré sa vie au rythme de ses expériences
spirituelles. Dans la deuxième partie, je chercherai à comprendre
comment des textes bibliques ont pu prendre soudain dans son
esprit une telle fulgurance et en même temps comment ils ont pu
prendre chair en elle, sans trace d’exaltation quelconque, dans un
tel climat de simplicité, de clarté, de naturel.
Finalement, qu’est-ce que lire ? La réflexion opérée ces années
dernières par les sciences du langage sur l’acte de lecture, sur la
part du lecteur dans cet acte de lire, pourrait nous permettre
d’apporter, à défaut d’idées nouvelles, au moins des mots nouveaux
pour dire ce qui a pu se jouer dans le cœur d’Élisabeth et qui peut
donc se jouer aussi dans le cœur des amis d’Élisabeth que nous
sommes.

1. Denis MARION, « Élisabeth de la Trinité


et St Paul », Carmel 1981/2-3, p. 44-68.

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« Qu’il se fasse en mon âme comme une Incarnation de la Parole » Élisabeth et la Parole de Dieu, Carmel. Revue trimestrielle de spiritualité chrétienne. N.º 122. Diciembre de 2006. Élisabeth de la Trinité. L’intériorité au service du monde, página 2
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Élisabeth et la Parole de Dieu
La « Bible » d’Élisabeth
À cette époque, l’Église était en état de siège ; les assaillants
s’appelaient protestants, sectaires hérétiques, schismatiques d’une
part ou bien rationalistes, radicaux, anticléricaux d’autre part. Tous
ces gens utilisaient la Bible pour saper les fondements de la foi
chrétienne, il n’était donc pas pensable qu’un laïcat accède à
l’Ancien Testament sans autorisation spéciale. Quant au Nouveau
Testament, il était certes accessible, mais sous une forme bien rébar-
bative, comme un arsenal d’arguments trop souvent. Le renouveau
biblique se dessinait encore à peine au milieu de bien des soup-
çons avec la fondation en 1892 par le P. Lagrange de l’École
Biblique de Jérusalem et de la Revue Biblique.
Élisabeth n’a donc jamais eu en mains l’Ancien Testament, à part
les Psaumes. Tout ce qu’elle en connaît provient de citations ou
d’allusions qu’elle pouvait glaner dans les auteurs spirituels, saint Jean
de la Croix en particulier. Élisabeth n’avait que son « Gaume » : le
Manuel du Chrétien, édition du chanoine Gaume, approuvé par
Mgr l’Archevêque de Paris, 1896. Il contenait l’ordinaire de la messe,
le Nouveau Testament, les Psaumes et l’Imitation de Jésus-Christ, au

Élisabeth et la Parole de Dieu


format d’un gros missel de presque 1500 pages. Une amie le lui avait
offert, c’était « … notre manuel dont je me sers tous les jours » (L 60;
L 64 ; L 89). La présentation est austère, le texte est atomisé ; on
revient à la ligne à chaque nouveau verset qui constitue ainsi un
paragraphe en soi. Impossible de saisir la structure d’ensemble d’un
passage, la logique d’une argumentation, tout est sur le même plan,
sans même aucun titre. Et que dire des notes ? Il faut reconnaître
qu’un bon nombre sont fort justes et suggestives pour la prière; Élisa-
beth saura utiliser l’une ou l’autre. Mais le ton est tranchant : il n’y a
pas à discuter. Et puis la moitié des notes sont de la controverse poin-
tilliste menée pied à pied contre les méchants hérétiques, schisma-
tiques, sectaires, rationalistes et autres. Les textes qui nous apportent
le salut sont devenus des champs de bataille minés. Mais rien n’arrête
l’Esprit Saint et c’est à travers cet outil défaillant que notre amie ira

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« Qu’il se fasse en mon âme comme une Incarnation de la Parole » Élisabeth et la Parole de Dieu, Carmel. Revue trimestrielle de spiritualité chrétienne. N.º 122. Diciembre de 2006. Élisabeth de la Trinité. L’intériorité au service du monde, página 3
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« s’instruire chez saint Paul » (cf. DR 29). Personne ne l’a introduite
à une lecture méthodique, au contexte historique des textes, à
quelques principes d’exégèse. Elle y a été un peu au hasard de ses
intuitions ou des citations des pieux auteurs. Sa lecture est donc très
sélective ; seuls, quelques passages l’ont frappée ; les autres lui sont
restés étrangers.
Quels passages cite-t’elle ?
Ce n’est pas toujours facile de le préciser, car il est difficile de
distinguer les citations explicites et les simples allusions ou rémi-
niscences qui ne viennent pas forcément d’un contact direct avec
le texte biblique. Les chiffres donnés ne valent donc que comme
ordre de grandeur.
Très schématiquement :
• on peut compter environ 227 citations de l’A.T.
dont 127 pour les Psaumes; 22 pour Isaïe; 12 pour le Cantique.
Les 66 autres se partagent le Pentateuque: 30 env., les prophètes
(moins Isaïe) : 15 env. et les livres historiques : 12 env…
• Pour le N.T., le total est considérable : autour de 830
dont Paul : 425 env.
Jean 224 env. (Év. : 132 ; 1 Jn : 46; Ap : 46)
Synoptiques : 160 env. (Mt : 65 ; Mc : 8 ; Luc : 86)
Le reste : 21 (Épîtres Cath : 16 ; Act : 5)
Soit au total en six années, un peu plus de 1000 citations.
Thérèse de l’Enfant Jésus en neuf ans citera 440 fois l’AT et 650
fois le NT, soit un peu plus de 1000 citations également, mais
Thérèse cite beaucoup plus les évangiles. Elle ne cite Paul que 51
fois, et surtout Rm, 1 Co, presque rien de Éphésiens et Colossiens
qui sont les grandes synthèses théologiques de Paul, dont Élisabeth
fera précisément sa nourriture préférée.
Voici la répartition par épîtres des citations pauliniennes :
(approximativement)
Romains : 50 Galates : 37
Colossiens : 46 Philippiens : 32

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Hébreux : 46 2 Corinthiens : 26
1 Corinthiens : 40 Pastorales : 6
mais l’épître aux Éphésiens est citée 152 fois.
Il n’y a plus à en douter : Élisabeth a eu sa lecture originale et
personnelle de l’Écriture. C’est dans saint Paul qu’elle a trouvé son
illumination, et spécialement dans l’épître aux Éphésiens. C’est là
qu’est son message. Avouons qu’une étude plus fine devrait intégrer
aussi ce qu’elle reçoit de saint Jean. Peut-être pourrait-on risquer
une hypothèse : elle trouve chez saint Jean la statique et chez saint
Paul la dynamique : demeurer et tendre vers.

Histoire de la Parole de Dieu dans la vie d’Élisabeth


J’emploie ici à dessein l’expression « Parole de Dieu » plutôt
que le mot « Écriture », car si l’Écriture contient éminemment la
Parole de Dieu, la Parole de Dieu la déborde et peut nous parve-
nir par la médiation de la liturgie et de la catéchèse, sans contact
précis avec la lettre du texte.
Ainsi en a-t-il été pour Élisabeth. Tout se passe comme si elle
avait été habitée dès l’origine par une parole unique et efficace de
Dieu, toujours identique, qui était son identité, sa vocation person-

Élisabeth et la Parole de Dieu


nelle « dès avant la création du monde » (Ep 1,14). Parole ineffable
dont une première cristallisation réside pour elle dans l’étymologie
de son nom que lui révèle Mère Marie de Jésus au soir de sa
première communion, le 19 avril 1891 : Élisabeth : maison de Dieu,
révélation bientôt suivie de l’intuition qu’elle doit consacrer tout
son être à l’amour exclusif du Christ, époux dont elle devra parta-
ger tous les « états et mystères », comme dirait saint Jean Eudes.
Par la suite, elle retiendra surtout de l’Écriture les passages où elle
se reconnaîtra comme en un miroir, qui iront dans le sens de cet
appel premier, ceux qui lui permettront de se comprendre en
profondeur au fur et à mesure qu’elle progresse. Elle y puisera les
mots qui lui permettront de partager son vécu spirituel à ceux
qu’elle aime et rêve d’initier à sa fascinante aventure spirituelle.
Retraçons à grands traits les étapes de ce cheminement.

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18 juillet 1880 – 1er août 1901 : Jeunesse
Les événements
Les commencements échappent à l’observation et n’appartiennent
qu’à Dieu, mais on peut penser à l’impact quasi métaphysique qu’a
pu avoir sur le « pur petit diable », le petit capitaine aux impérieuses
colères, la mort de son grand-père et de son papa dans la même
année 1887. Première expérience de la précarité de toute chose.
Elle a sept ans. Dès 1888, elle parle de vocation religieuse.
19 avril 1891 : sa première communion qu’elle évoque en ces
termes en 1898 :
« (…) ce jour
Où Jésus fit en moi sa demeure,
Où Dieu prit possession de mon cœur,
Tant et si bien que depuis cette heure,
Depuis ce colloque mystérieux
Cet entretien divin, délicieux,
Je n’aspirais qu’à donner ma vie
Qu’à rendre un peu de son grand amour
Au Bien-Aimé de l’Eucharistie (…) »
(P 147) (c’est moi qui souligne)
1894 : « J’allais avoir 14 ans quand un jour, pendant mon action
de grâce, je me sentis irrésistiblement poussée à le choisir pour
unique époux, et sans délai je me liai à lui par le vœu de virginité.
Nous ne nous dîmes rien, mais nous nous donnâmes l’un à l’autre
en nous aimant si fort que la résolution d’être à lui devint chez
moi plus définitive encore. » (Souvenirs, p. 23)
1896-97 La brillante jeune fille se passionne pour la nature, la
musique et les sorties dans le monde, mais ses poésies ne parlent que
du Carmel.
« J’aspire à te donner ma vie
Et partager ton agonie.
Puissé-je mourir crucifiée. »
(P 34) sept 97 (c’est moi qui souligne)

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1898 – Pentecôte
« Esprit Saint, Bonté, Beauté suprême !
Ô toi que j’adore, ô toi que j’aime !
Consume de tes divines flammes,
Et ce corps, et ce cœur, et cette âme !
Cette épouse [de] la Trinité
Qui n’aspire qu’à sa volonté
(P 54) (c’est moi qui souligne)
Puis c’est la grande mission de 1899 et sa préparation au grand
départ pour le Carmel où elle entre le 1er août 1901.
La Parole de Dieu
Dans les témoignages de cette période, point de citation de
l’Écriture. Elle s’exprime à partir de ce qu’elle entend prêcher, à
partir de ses lectures carmélitaines, des conversations spirituelles
qu’elle a, mais on entend déjà en filigrane les mots, les intuitions
fortes qui s’embraseront plus tard quand sa maturité si soudaine et
rapide rencontrera les mots de Paul.

2 août 1901 - 10 janvier 1903 : Carmel : Postulat et


Noviciat

Élisabeth et la Parole de Dieu


Les événements
Monotonie où la seule surprise est Dieu, présent par la foi et
l’amour dans la prière. Prise d’habit le 8 décembre 1901. Profession
le 11 janvier 1903.
Le noviciat est très dur. Elle rencontre l’aridité, les scrupules
dus à son grand désir de bien faire. Mais ses plaintes, elle les tait.
La Parole de Dieu
Désormais elle lit l’Écriture. Elle la découvre aussi à travers les
prédications du P. Vallée, par exemple Ap 14, 1-4 : le cortège des
vierges qui suivent l’Agneau. Elle est encore jeune, elle écoute,
elle absorbe, mais ne restitue pas encore.

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La vie communautaire est très absorbante et la lecture n’est pas son
affaire à ce moment-là. Elle écrit à Guite: « Je te conseille de simpli-
fier tous tes livres… Prends ton crucifix. Regarde. Écoute. » (L 93)
Les tâches matérielles du Carmel la ramènent à Béthanie. Et le
très spirituel « Je t’offre la cellule de mon cœur, que ce soit ton
petit Béthanie » de janvier 1900 avant son entrée au Carmel
s’enrichit de connotations plus concrètes en février 1902: « Tout en
étant Marthe, on peut rester Madeleine (sic), toujours auprès du
Maître. Et c’est là notre vie au Carmel… Je voudrais que vous me
voyiez à la lessive. » (L 108). La lettre du texte lui importe peu
(Madeleine au lieu de Marie). Mais le message lui servira, sa vie
durant, à fonder en évangile sa disposition de fond à être une
écoutante, tout adorante, sans pour autant quitter la réalité. « Mes
sœurs, je viens de Béthanie où j’ai rencontré le Seigneur » (P 94)
dira-t-elle encore en juillet 1905 après une journée de service à la
cuisine où sœur Agnès, sa compagne de ce jour-là, la reconnaissait
« assez inexpérimentée en ce genre d’emploi, ce dont elle était la
première à rire » (L 205 note 2). Après, le texte ne réapparaît plus,
et pour cause, son statut de malade fera qu’elle n’aura plus de tâches
matérielles à concilier avec la contemplation.
La souffrance de la séparation des siens, en la dépouillant d’elle-
même, l’unit plus étroitement au Christ. C’est alors qu’elle habite
des textes comme Jn 14 : la maison du Père ; Jn 15 : demeurer en
Jésus ; Jn 17 : être consommé dans l’unité. Ga 2, 20 fait son appa-
rition début décembre 1901, juste avant sa prise d’habit : « Deman-
dez-lui que je ne vive plus, mais que Lui vive en moi » (L 99). Le
texte était, bien sûr, connu d’elle auparavant, mais il « sort » quand
elle se sent concernée par lui dans sa chair. Il devient pour elle
l’expression de l’union sponsale du Christ et de sa petite fiancée :
« C’est en mon âme que s’opère
Le grand, le sublime mystère,
La nouvelle incarnation !
Je ne vis plus, Il vit en moi.
Oh ! c’est déjà le face à face,
La vision que rien n’efface

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À travers l’ombre de la foi. »
(P 75 Noël 1901) (c’est moi qui souligne)
Ce texte l’habitera encore en janvier, en février 1902 (L 105,
L 107).
La citation connaît une recrudescence à l’approche de sa profes-
sion, fin décembre 1902 : L 150 et 151. C’est cette phrase qu’elle
fera graver sur son crucifix de profession.
Courant 1902 apparaissent ce qu’on peut appeler les lettres de
direction spirituelle où elle prend le rôle de guide pour éclairer les
autres. Elle commence à restituer aux autres les trésors qu’elle
accumule et, en les disant avec des mots, elle progresse encore dans
la conscience qu’elle en a. La lettre à Mme Angles du 9 novembre
1902 reprend le thème de Béthanie (L 145) ; à Germaine de
Gemeaux, de huit ans sa cadette, elle explique le 8 août 1902 ce
qu’est la vocation de la carmélite : « Une carmélite, ma chérie, c’est
une âme qui a regardé le Crucifié… et, se recueillant sous cette
grande vision, elle a compris la passion d’amour de son âme et elle
a voulu se donner comme lui. » (L 133). À l’abbé Chevignard, elle
écrira un peu plus tard une lettre très belle où se reflètent les
difficultés et les lumières de cette période: L’Un, le P.Vallée, écouter,
se taire, Marie-Madeleine, s’identifier au Christ (L 158).

Élisabeth et la Parole de Dieu


11 janvier 1903 – 20 novembre 1904 : jeune professe
Les événements
Le 11 janvier 1903, elle fait profession. L’angoisse a cédé, elle
est dans la paix. « Épouse du Christ » (NI 13), tout « adorante,
comme cette Madeleine qui se taisait toujours pour écouter la
parole que le Maître disait » (L 150 ; cf. NI 15). Elle est toute
renouvelée, jusqu’à remodeler son écriture d’artiste qui était deve-
nue illisible.
Sa consécration l’ouvre encore davantage à sa responsabilité
apostolique. « Être épouse, c’est vivre avec, toujours avec… c’est être
féconde, corédemptrice, enfanter les âmes à la grâce » (NI 13). En
mourant à elle-même, elle s’ouvre à la communication.

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1904. Sa santé tient bon. Le 11 mars, naît Élisabeth, la fille aînée
de Guite. L’influence du P. Vallée s’estompe. Les deux Thérèse la
marquent. Elle se nourrit de saint Jean de la Croix. « Que vous
dirais-je de moi, mes petites tantes ? Mon horizon s’agrandit…
mon ciel est tout calme, tout étoilé. » (L 198, 9 avril 1904).
Le 27 avril, elle écrit à l’abbé Chevignard : « J’envisage aussi ma
vie de carmélite sous cette double vocation: “vierge-mère”. Vierge:
épousée en la foi par le Christ ; mère : sauvant les âmes, multipliant
les adoptés du Père, les cohéritiers de Jésus-Christ. Oh ! que cela
grandit l’âme ; c’est comme une étreinte d’infini !… » (L 199).
La Parole de Dieu
Durant ces 22 mois, l’Ecriture est un peu plus citée. Saint Jean
l’emporte encore sur saint Paul (42/41) (25/21 pendant le noviciat).
Ce sont toujours les mêmes textes de Jean, surtout le Discours
après la Cène, mais un nouveau texte apparaît le 20 septembre
1903 : Dieu est Amour ; « Celui qui nous habite et qui est charité »
(1Jn 4, 16 ; L 179). Ce texte reviendra 28 fois jusqu’à sa mort. Jean,
pour elle, c’est le messager de l’amour, de la demeure en Dieu, de
la cité céleste. C’est aussi la voix du Maître.
Mais, de plus en plus, c’est chez saint Paul qu’Élisabeth va décou-
vrir le langage qui exprime le mieux ce qu’elle vit et veut vivre. Ce
qui l’attire, c’est peut-être ce côté “tout ou rien” chez saint Paul,
ce côté intrépide, “risque-tout”, ce rien d’excès ! Dès le 15 février
1903, un mois après sa profession, apparaît pour la première fois dans
ses lettres le texte d’Ep 2, 4 : « à cause de son trop grand amour ».
C’est le texte qu’elle citera le plus : 35 fois. « Il nous a trop aimés,
comme dit saint Paul, alors on a soif de lui rendre amour pour
amour » (L156 à Mme Angles) (cf. aussi L 177). Dans cette même
lettre, elle « découvre » aussi la deuxième partie de Ga 2, 20: « il m’a
aimé et s’est livré pour moi ». Elle reprendra très souvent cette
citation – L 194 ; L 214 ; L 250 ; L 252 ; L 278 ; L 291 ; GV 11 – car
c’est elle qui fonde l’impérieuse exigence de réciprocité d’amour
qu’elle ressent en elle: « Il me semble que moi, je ne puis moins faire
pour lui que de me dépenser, de m’user » (L 156). Dans son esprit,

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cette phrase définit l’attitude des saints, « ces âmes qui s’oublient tout
le temps », « qui aiment le sacrifice, parce qu’elles aiment le Cruci-
fié » (L 179 ; sept 1903).
Alors s’invite en force l’épître aux Éphésiens, celle du « trop grand
amour ». Dans la lettre du 25 janvier 1904 qu’elle écrit à l’abbé
Chevignard, on sent qu’elle a trouvé dans cette épître sa terre d’élec-
tion. Elle s’y est trouvée elle-même et peut pour la première fois
condenser en une formule toute sa vocation. Elle part de Ep 2, 4 :
« Sa charité, “sa trop grande charité” pour employer encore le
langage du grand apôtre, voilà ma vision sur la terre. Monsieur
l’abbé, comprendrons-nous jamais combien nous sommes aimés ?
Il me semble que c’est bien là la science des saints. Saint Paul, dans
ses magnifiques épîtres, ne prêche pas autre chose que ce mystère
de la charité du Christ » ; et elle cite in extenso Ep 3, 16-19 sur la
longueur, la largeur, la hauteur, la profondeur. « Il y a deux mots
qui pour moi résument toute sainteté : “Union, Amour”. Deman-
dez que j’en vive pleinement et pour cela que je demeure tout
ensevelie en la Sainte Trinité (…) Unissons-nous pour Lui faire
tout oublier à force d’amour et soyons, comme dit saint Paul, “la
louange de sa gloire”. » (L 191). « Louange de sa gloire » : Élisabeth
avait lu l’expression sur une image qu’elle gardait depuis 1901,

Élisabeth et la Parole de Dieu


mais, cette fois, elle la fait sienne. Et cela deviendra comme son
nouveau nom pour l’éternité.
21 novembre 1904 – mars 1906 : La maturité
Les événements
Au lendemain de la retraite de novembre 1904, le 21 novembre,
jour du renouvellement des vœux, elle écrit sur une feuille arrachée
à son carnet la prière qui l’a rendue célèbre : « Ô mon Dieu, Trinité
que j’adore » (NI 15). Cela lui sort du cœur. Elle s’offre « comme une
proie » à la Trinité. Le silence et l’oubli de soi la rendent plus que
jamais disponible à Dieu et aux autres.
« Vraiment tu n’es plus toi et tu deviens lui-même
À tout moment a lieu la transformation » (P 93, juillet 1905).

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Elle ne s’appartient plus. « Soyons-lui une humanité de surcroît
en laquelle il renouvelle tout son mystère » répète-t-elle le
29 novembre 1904 à l’abbé Chevignard (L 214). C’est par l’amour
qui nous envahit que le Christ prend chair en nous pour adorer,
réparer, sauver. Pas de fusion ambiguë dans cette incarnation : c’est
l’amour qui nous divinise. Ses sœurs disent d’elle : « C’est une âme
d’une simplicité exceptionnelle et toute délivrée par cette simpli-
cité. » (Souvenirs, p. 139)
Le 19 avril 1905 naît Odette, la seconde fille de Guite. Le
29 juin, l’abbé Chevignard est ordonné prêtre. C’est la séparation
de l’Église et de l’État. Mgr Le Nordez a démissionné. Pendant un
an et demi, Dijon sera sans évêque, jusqu’à l’arrivée de Mgr Dadolle
le 15 mars 1906.
Pendant cette période, la santé d’Élisabeth commence à se dété-
riorer sérieusement. C’est la maladie d’Addison alors inguérissable :
affection chronique des glandes surrénales qui ne produisent plus les
substances nécessaires au métabolisme, d’où asthénie, nausées,
troubles de l’estomac et de l’intestin, inflammation de toutes les
muqueuses. Au printemps 1905, elle est dispensée de certaines
observances de la règle. En août, elle quitte son office de portière.
Elle apprend dans sa chair ce que sont « toutes les nuits, tous les
vides, toutes les impuissances » (NI 15). Elle est épuisée.
Fin mars 1906, elle entre à l’infirmerie où elle vivra désormais.
La Parole de Dieu
Cette fois, c’est l’année saint Paul. En 16 mois, elle citera Jean
56 fois (plus que dans l’étape précédente : 43 fois). Mais Paul, lui,
triple son score en passant de 41 à 134 citations. Sans aucun doute,
c’est son expérience personnelle de souffrance et de faiblesse
physique qui explique cet attrait « triplé », et aussi l’intelligence
plus aiguë qu’elle a des textes. Elle ne spécule jamais abstraitement
sur la mort et la résurrection. La résurrection va de soi pour elle :
elle est déjà « au ciel », mais elle ne la nomme pas. Par exemple dans
la retraite de 1905 (NI 16), elle cite Ph 3, 8-14, mais curieusement
omet le v.11 « afin de parvenir s’il est possible, à la résurrection

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d’entre les morts ». Elle ne le citera jamais ! La mort, oui, elle en
parle, parce que c’est sa mort à elle, qui la travaille spirituellement
et maintenant physiquement. La mort physique agit déjà en elle
et saint Paul lui fournit les expressions qui donnent un sens dans la
foi à cette épreuve.
Il est bien évident que si elle cite davantage l’Écriture, c’est aussi
parce qu’elle a désormais davantage de temps pour lire. Alors elle
se plonge dans son« Gaume » et étudie sérieusement les épîtres.
Vers la fin de 1905, elle se fait plusieurs listes où elle note les passages
de Paul qui l’éclairent le plus. Elle note la page de son Manuel et le
numéro du verset. Personne ne lui a donc appris à citer par chapitre
et verset – à moins que cela ne vienne du fait que le Manuel ne
répète pas le numéro du chapitre au-dessus de chaque page.
Paul est plus que jamais son maître et son ami. Les expressions
de sa vénération pour lui deviennent innombrables. Les citations
explicites abondent dans 30 des 42 lettres de cette période. « Saint
Paul dit que… », « selon le langage de l’Apôtre », « C’est vrai ce que
dit saint Paul », « Je me disais, comme l’Apôtre… ». La pensée de Paul
l’habite et habille ses propres pensées.

Dans le contexte de sa maladie, les citations dominantes sont

Élisabeth et la Parole de Dieu


éloquentes.
– De saint Jean, on voit apparaître :
Jn 4, 32-34 : ma nourriture est de faire la volonté de mon Père.
Jn 8, 29 : Parce que j’aime, je fais ce qui lui plaît et il ne me
laisse jamais seul.
Jn 13, 1 : Jésus, sachant que l’heure était venue de passer de ce
monde à son Père, aima jusqu’à la fin.
Jn 15 se maintient : « demeurez dans mon amour » ; Jn 17 aussi,
sur la gloire du Christ et la nôtre.
De la première épître apparaît le 20 janvier 1905 : être en société
avec lui ; le 7 avril : l’onction du saint est sur vous ; et surtout, inlas-
sablement répété depuis le 20 septembre 1903 : « Dieu est amour. »
– De saint Paul, de façon révélatrice en son épreuve, on voit
apparaître :

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Tout ce qui concerne le dessein éternel de Dieu sur nous avant
tous les siècles. Cela conforte le courage et l’espérance de la malade.
– mars 1905 : Col 1, 12 « l’héritage des saints dans la lumière »
(L 224).
– 22 avril 1905 : Ep 1, 4 « il nous a élus dès avant la création du
monde, selon son décret, pour son héritage de gloire » (L 227).
– 4 juin 1905 : Rm 8, 29-30 « prédestinés à être conformes à
l’image de son Fils » (crucifié !) (L 231).
Quand la maladie la presse, les textes sur la Passion et la mort se
font plus nombreux :
– 5 janvier 1905 : 2 Co 12, 9-10 « Lorsque je suis faible, c’est
alors que je suis fort » (L 220).
– 1er août 1905 : Ph 3, 20 « Notre vie est dans les cieux » (L 235)
(en exergue).
– janvier 1906 : Col 1, 24 « Je complète en ma chair ce qui
manque à la Passion du Christ » (L 259)
Hébreux 12, 29 apparaît fin novembre 1905 : « Le feu, n’est-ce
pas l’amour ? Et n’est-ce pas aussi notre mission de préparer les
voies du Seigneur par notre union à Celui que l’Apôtre appelle
“un feu consumant” ? » (L 250). Jusqu’à la fin, l’expression reviendra
jusqu’à 13 fois : Dieu est feu consumant pour l’âme qui aime, mais
aussi pour l’estomac et les muqueuses d’Élisabeth qui ne seront
bientôt plus qu’inflammation.
Avril 1906 - 9 novembre 1906 : La passion et la mort

Les événements
Élisabeth est mourante le 8 avril. On lui donne le sacrement
des malades. Puis vient une amélioration. À nouveau, elle a une
crise grave le 13 mai. Le 8 ou 9 juillet, elle peut aller à nouveau
jusqu’à la tribune de l’infirmerie qui donne sur la chapelle.
Deux lectures la captivent en ces semaines et vont enrichir
considérablement ses moyens d’expression du mystère : Ruusbroec
l’admirable et Angèle de Foligno. Elle écrit beaucoup : 76 lettres en
7 mois et ses quatre Traités spirituels d’août à octobre. Plus que jamais,

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elle est présente aux Trois, dans le silence et la conformité au Crucifié,
mais aussi plus que jamais présente aux détails de la vie de ceux
qu’elle aime: le mariage de Marie-Louise de Sourdon (L 268); le petit
doigt de sa nièce Sabeth qui s’est blessée (L 295 ; L 298) ; la santé de
sa mère (L 301). Elle ne s’abandonne guère, sinon un peu avec le
chanoine Angles (L 214) et sa Mère prieure (L 329). Le soir du
30 octobre, elle s’alite définitivement, communie pour la dernière fois
à Toussaint et meurt le 9 novembre à 26 ans et presque 14 mois.
Face à la mort prématurée, elle est parvenue en quelques mois
à sa pleine maturité spirituelle, comme sa sœur aînée et amie,
Thérèse de Lisieux. Si elles avaient vécu plus longtemps, cette
marche vers la maturité leur aurait pris de longues années. Dieu a
permis qu’il n’en soit pas ainsi pour qu’elles puissent nous dire
l’essentiel avec toute la vitalité et la fulgurance de leur jeunesse.
La Parole de Dieu
De plus en plus, Élisabeth est pleine de saint Jean et de saint
Paul. En sept mois, elle citera Paul 230 fois et Jean 100 fois, dont
respectivement 138 fois et 57 fois dans les Traités spirituels. Pour
mémoire, dans les seize mois précédents, elle avait cité Paul 134
fois et Jean 56 fois.

Élisabeth et la Parole de Dieu


Il y a peu de textes vraiment nouveaux, sinon les textes de la Passion
selon saint Jean et les scènes de la Jérusalem céleste de l’Apoca-
lypse. On peut signaler aussi le texte de Col 2, 6-7 : « Marchez en
Jésus-Christ, enracinée, édifiée, affermie en lui dans l’action de
grâces » (DR 32). C’est saint Paul qui s’adresse directement à elle.
« Voici encore saint Paul qui vient à mon aide et qui va me tracer
un règlement de vie. » On sent que l’épreuve est lourde à porter.
Elle se cramponne… dans la foi (GV 11-12).
Pour le reste, elle reprend les textes qui lui sont familiers, mais
elle les déploie et les orchestre en un final symphonique grandiose.
Dans un ultime effort, son âme veut ressaisir les dons reçus pour les
transmettre à ceux qu’elle aime.
La situation extrême où elle se trouve procure une nouvelle
profondeur à des notions qu’elle avait pourtant coutume d’utiliser.

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* L’amour signifie plus que jamais souffrance. « Je ne peux pas dire
que j’aime la souffrance en elle-même, mais je l’aime parce qu’elle
me rend conforme à Celui qui est mon Époux et mon Amour. »
(L 317, fin septembre 1906). Et à Mme Hallo : « Il me semble que
cette maladie me rapproche encore de vous, car, comme la vôtre,
elle me paraît un peu mystérieuse et je l’appelle la maladie de
l’amour » (L 289, 25 juin 1906).
* Le dessein éternel de Dieu, c’est qu’elle connaisse cette mort-là,
si jeune, pour être configurée à Jésus crucifié. « Si vous saviez quel
bonheur ineffable goûte mon âme en pensant que le Père m’a
prédestinée pour être conforme à son Fils crucifié ». Et c’est saint
Paul qui lui apporte le faire-part : « C’est saint Paul qui nous fait
part de cette élection divine qui semble être mon partage. » (L 324,
10 oct 1906).
* Le feu consumant d’He 12, 29 est plus que jamais sa souffrance
physique.
* De plus en plus, elle lit sa mort comme une offrande sacrificielle,
liturgique, comme jadis le vieux Polycarpe de Smyrne sur son
bûcher. « Ce petit lit est l’autel où je m’immole à l’amour. Je vous
demande comme un enfant à son père de vouloir bien, à la sainte
messe, me consacrer comme une hostie de louange à la gloire de
Dieu. Oh ! consacrez-moi si bien que je ne sois plus moi, mais
Lui. » (L 294 au chanoine Angles, le 8 ou 9 juillet 1906).
* Louange de Gloire reçoit son ultime interprétation en CF 43 :
« C’est une âme qui doit se livrer à la volonté de Dieu, pleinement,
éperdument, jusqu’à ne plus vouloir autre chose que ce que Dieu
veut. » Comment ne pas penser à la prière du Fils à Gethsémani
(Mc 14, 36) ?

C’est sur cet arrière-fond qu’il faut entendre résonner les très
nombreuses citations faites dans les Traités spirituels. Ce ne sont pas
de pieuses élévations, ils sont écrits dans la fournaise ardente !
Dans ces Traités, la nouveauté remarquable, c’est la façon dont
Élisabeth accumule une quantité de citations très diverses tirées de
l’Écriture ou d’autres auteurs, et comment elle arrive à faire de cette

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mosaïque qui pourrait n’être qu’un patchwork un texte nouveau,
personnel, à travers lequel elle se dit tout entière. De ces montages où
s’exprime sa profonde imprégnation par l’Écriture, on peut trouver un
remarquable exemple dans un passage de la Dernière retraite (DR 39)
où elle semble vivre à l’avance son agonie et sa mort en empruntant
les termes mêmes de ses auteurs favoris: les psaumes, saint Jean, saint
Paul. La Parole a pris possession de sa pensée, de son cœur, de tout son
être. On pourrait presque dire, en paraphrasant Ga 2, 20: « Ce n’est
plus moi qui parle, c’est la Parole de Dieu qui parle en moi. » Elle s’est
totalement dépouillée d’elle-même pour laisser toute la place au Verbe.
Le Verbe de Dieu s’est uni à elle, l’a modelée, façonnée. La Parole a
pris corps en elle. En sa chair, elle est devenue Parole. Élisabeth s’est
effacée totalement (L 225) et nous avons vu le visage universel de
Jésus-Christ dans la singularité d’une humanité particulière.

Que nous enseigne Élisabeth pour une lecture plus


fructueuse de l’Écriture ?
Alors que nous venons d’admirer la façon dont Élisabeth lit la
Parole et se laisse transformer par elle, la question vient tout natu-
rellement : que nous faut-il donc faire pour marcher sur les pas de

Élisabeth et la Parole de Dieu


cette lectrice et de cette auditrice exemplaire ? Quel est le secret de
cette exceptionnelle lectio divina ? Que nous faut-il-faire pour notre
lecture de l’Écriture nous nourrisse davantage et nous configure
toujours plus au Christ ? Ou pour dire les choses autrement, fina-
lement : qu’est-ce que lire ? Comment lire ? Que se passe-t-il quand je
lis un texte ? Qu’est-ce que je lui demande ?
En bon occidental soucieux d’efficacité, habitué à maîtriser les
choses, j’ai plutôt tendance, d’une manière qui n’est pas toujours
consciente, à voir dans un texte un réservoir objectif d’informations,
sur ma foi par exemple, ou des solutions pratiques à mes problèmes
de vie. Je suis face à lui dans la position d’un chercheur face à une
banque de données, d’un consommateur face à un objet mis à sa
disposition. Je suis face à lui et je lui pose mes questions. Témoin
authentique de la foi des origines, il est là pour dissiper mes doutes,

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confirmer mes hypothèses, fournir des arguments à opposer à mes
contradicteurs. Je viens au texte en quête d’un savoir qu’il va me
délivrer, pour peu que je l’aie interrogé avec quelque méthode, en
tenant compte du contexte historique et culturel dans lequel il a été
composé.
Il est certain qu’une telle démarche est légitime, voire même
indispensable, c’est celle de l’intelligence en quête de savoir, celle
de la raison critique qui se méfie de ses préjugés subjectifs et cherche
à prendre un certain recul. Ainsi fait l’exégète en son métier, et
avec lui tous ceux qui utilisent ses éclairages pour ne pas faire dire
n’importe quoi à la Bible.
Mais il faut bien constater que cette façon de faire ne suffit pas
pour faire de l’Écriture le moteur d’une vie spirituelle. À l’heure
actuelle, même si des progrès considérables ont été accomplis, on
ne peut pas dire que la Bible soit à la source de l’existence des
chrétiens ; indirectement, oui bien sûr, car toute doctrine s’inspire
d’elle, mais pas « charnellement ». On la rumine peu ; on n’en
remplit pas sa mémoire, en sorte qu’elle en soit structurée. Qui
connaît par cœur les Béatitudes, les grandes hymnes pauliniennes,
quelques psaumes ? Disons-le, la Bible reste trop extérieure à nos
vies. On se sert d’elle pour discuter, pour transmettre un savoir
catéchétique, et c’est très bien, mais est-ce que cela bouscule mon
être profond ?
En fait, l’objectif de la lecture n’est pas de s’emparer du sens du
texte dans une démarche de thésaurisation, mais bien plus, de
permettre au lecteur que je suis de se mettre en route, de réveiller
les questions qui l’habitent, de prendre sa propre place d’interprète
inspiré, fidèle au verbe intérieur qui parle en lui. Il s’agit d’assumer
sa liberté de prophète, de prophète parlant-la-parole à frais
nouveaux. « Tout scribe instruit du Royaume des cieux est compa-
rable à un maître de maison qui tire de son trésor du neuf et du
vieux. » (Mt 13, 52).
Il faut s’en convaincre : il n’y a pas deux pôles : mon intelligence
et le texte dans son objectivité. Il y a trois pôles en présence quand
je lis un texte.

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– Il y a mon intelligence active, critique ;
– Il y a le texte, parole fixée dans la lettre des mots, sous l’inspi-
ration de l’esprit de celui qui a écrit, lui-même saisi par l’Esprit
dans le cas qui nous occupe. C’est un système de relations stables
entre des termes variés, un réseau immuable de mots d’où peuvent
sortir une infinité de lectures et de corrélations, mais pas dans
n’importe quelle direction car la grille n’est pas manipulable ;
– Enfin il y a moi, sujet vivant embarqué dans une aventure
incertaine ; il y a mon existence profonde, le « verbe » intérieur
qui parle au-dedans de moi, ma quête intime de vie et de sens qui
cherche des mots pour se connaître elle-même. Il y a le manque,
que si souvent j’ignore ou occulte, ce désir ineffable… « Voici que
je me tiens à la porte et je frappe… » (Ap 3, 20).

Mais le drame est là. Le lecteur que je suis est trop souvent
coupé du « verbe » intérieur qui parle au secret de son cœur. Il
demeure étranger à son être profond, stressé, agité, tout tourné
vers les choses à entreprendre, soucieux d’agir et de jouir de son
action, de produire et de voir ses productions, bref de maîtriser sa
vie, y compris sa vie spirituelle.
Alors, ainsi tenu à la surface de lui-même, le lecteur que je suis,

Élisabeth et la Parole de Dieu


pour éviter le vertige du vide, projette sur le texte les savoirs qu’il
a déjà acquis, maintient sa volonté de contrôle : ce faisant, il fixe
d’avance des limites à la Parole. Il est d’une certaine façon aveugle
et sourd ; il voit, sans voir ce qui est à voir ; il entend, sans entendre
ce qui est à entendre. Il s’accroche à ce qu’il sait déjà; il veut retrou-
ver des paroles qui le rassurent et le confirme en ses opinions.
Or, pour laisser « parler la Parole », il est nécessaire d’entrer dans
une attitude de suspension du sens, de suspension des savoirs acquis,
de suspension de sa volonté de contrôle, ce qui constitue une véri-
table décision éthique, un vrai renoncement. Ce lâcher-prise, cette
attitude de détachement du sens acquis laisse alors au texte le temps
de parler et produire son effet sur le lecteur. Il faut choisir d’oublier
les références auxquelles on identifie mécaniquement les mots, le
monde, les personnes. Il s’agit de décoller de soi dans la lecture.

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Alors les paroles visitent le lecteur (je pense aux « visites du
Verbe » dont parle saint Bernard). Elles le touchent là où il accepte
de reconnaître son ignorance et sa nuit. Elles le remodèlent jusque
dans la définition qu’il avait de lui-même. Les paroles venues
d’ailleurs éveillent, révèlent « ce qui était là », ce qu’on ne savait plus
dire ou que l’on n’avait jamais dit faute de mots appropriés.
Ce que le lecteur reçoit alors, c’est sa propre vie remise en ordre,
relue et interprétée par une parole qui lui parle de lui. Paraphrasons
encore : « Ce n’est plus lui qui lit, mais un autre le lit » et il se laisse
lire et interpréter par le texte.
Mais, me direz-vous, et Élisabeth dans tout cela ?
Et bien justement, les pensées que je viens de développer m’ont
beaucoup éclairé sur l’expérience d’Élisabeth. Je les ai empruntées à
un article d’Anne Fortin, de l’Université Laval au Québec, article
paru dans la revue lyonnaise Sémiotique et Bible n° 115 de
septembre 2004. Il est intitulé précisément : « Laisser parler la Parole
(Mc 2, 2). Une pratique réglée de lecture du texte biblique au service
de la vie de l’Église. »
– Lire c’est d’abord se taire, écouter, accueillir, se détacher des sens
acquis. Élisabeth est tout écoute et silence, disponible à ce Verbe qui
parle à l’intime d’elle-même.
« Ô Verbe éternel, Parole de mon Dieu,
je veux passer ma vie à vous écouter,
je veux me faire tout enseignable,
afin d’apprendre tout de vous. » (NI 15)
Il y faut un cœur humble, une âme de pauvre, une âme qui
aime.
– Lire, c’est ensuite, sur la base de ces dispositions, laisser les
structures du texte biblique réinterpréter, déplacer, restructurer ma propre
chair conçue alors comme un texte obscur à déchiffrer. Et ce n’est
plus moi qui me déchiffre moi-même, c’est le Christ, le Verbe lui-
même qui décrypte le mystère qu’il opère en moi grâce au texte que
son Esprit a inspiré à Paul, à Jean et aux autres. Commentant
He 4, 12 sur la parole vivante et efficace, plus pénétrante qu’un

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glaive à deux tranchants, Élisabeth commente : « C’est donc elle
qui achèvera le dépouillement de l’âme. Car elle a ceci de propre
et de particulier, c’est qu’elle opère et qu’elle crée ce qu’elle fait
entendre, pourvu toutefois que l’âme consente à se laisser faire. »
(DR 27) L’auditrice par excellence de la Parole, c’est la Vierge
Marie qui a su accueillir la parole qu’elle méditait jusqu’à la laisser
s’incarner en elle. « Prius concepit mente quam corpore » : « elle a conçu
dans son esprit avant de concevoir en son corps », disent les Pères.
On comprend la dévotion d’Élisabeth à cette image de
l’Annonciation qui ornait le mur de sa cellule et qu’on voit encore
à Flavignerot (cf. L 216). Comment ne penserait-elle pas à Marie
lorsqu’elle écrit : « Ô Feu consumant, Esprit d’amour, “survenez en
moi”, afin qu’il se fasse en mon âme comme une incarnation du
Verbe : que je lui sois une humanité de surcroît en laquelle Il
renouvelle tout son Mystère. » (NI 15)
Élisabeth s’est laissée lire et transformer par la Parole. Elle a laissé
la Parole de Dieu déchiffrer le mystère de sa vocation personnelle.
Et du coup la parole biblique a pris corps en elle ; elle a donné
chair à la parole créatrice du Père qui l’appelait depuis toujours. La
parole entendue est devenue comme l’expression de son être à elle.
Et sa personne est devenue parole vivante de Dieu. Elle est deve-

Élisabeth et la Parole de Dieu


nue prophète par toute sa vie. Je vous demande de me revêtir de
vous-même, d’identifier mon âme à tous les mouvements de votre
âme, de me submerger, de m’en-vahir, de vous substituer à moi, afin
que ma vie ne soit qu’un rayonnement de votre vie. » (NI 15).

Conclusion
Nous voyons mieux à présent que l’originalité d’Élisabeth n’est
pas dans l’expérience même qu’elle fait de la lecture de la Bible: elle
ne fait rien d’autre que ce que fait quiconque pratique la lectio
divina. Mais l’originalité d’Élisabeth réside dans la limpidité de
diamant de son attitude dans l’exercice de cette lecture. L’origina-
lité d’Élisabeth, ce n’est rien d’autre que sa sainteté. Elle n’a pas été
sainte parce qu’elle a bien lu l’Écriture, mais elle a bien lu parce qu’elle

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était sainte. Élisabeth n’a pas de trucs, de recettes, de stratégies à
nous proposer pour entrer dans la Parole de Dieu : elle nous invite
seulement à entrer dans le mouvement d’amour qui la livre totale-
ment « à Celui qui l’a tant aimée et s’est livré pour elle ». Il n’a été
question pour elle que d’amour total, d’accueil généreux d’un don
de grâce immérité, donné depuis toute éternité, et qu’elle a su
cultiver depuis le temps de sa première communion, à travers tous
les combats, les obstacles, les épreuves.
À chacun de nous aussi est donnée une telle grâce de renouveler
en notre humanité le mystère du Christ. Et cette grâce, nous aussi,
nous pouvons en découvrir le secret dans le miroir des Écritures.
« Au vainqueur je donnerai un caillou blanc et, gravé sur ce caillou,
un nom nouveau que personne ne connaît sinon celui qui le
reçoit. » (Ap 2, 17). Quel sera-t-il ce nom?… Pour Élisabeth, ce fut
Laudem gloriae (cf. CF 14). Et pour toi ?

Père Denis MARION

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