Caplp Externe Section Lettres Histoire Et G Ographie Rapport Du Jury de La Session 2020 7694
Caplp Externe Section Lettres Histoire Et G Ographie Rapport Du Jury de La Session 2020 7694
Session 2020
M. Jérôme GRONDEUX
Inspecteur général de l’éducation, du sport et de la recherche, Président du jury
M. Alain BRUNN
Inspecteur général de l’éducation, du sport et de la recherche, Vice- Président du
jury
© https://www.devenirenseignant.gouv.fr
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COMPOSITION DU JURY
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BILAN DE L’ADMISSION
Nombre de candidats
ayant composé aux deux 576 89
épreuves (lettres et
histoire/géographie)
3
RAPPEL DES MODALITES DES EPREUVES
(Arrêté du 19 avril 2013 fixant les sections et les modalités d'organisation des
concours du certificat d'aptitude au professorat de lycée professionnel)
https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000027361617/2015-10-02/
L'ensemble des épreuves du concours vise à évaluer les capacités des candidats au
regard des dimensions disciplinaires, scientifiques, techniques et professionnelles de
l'acte d'enseigner et des situations d'enseignement.
A. ― Épreuves d'admissibilité
En lettres, le programme du concours est celui des objets et domaines d'études des
programmes de français du lycée professionnel (CAP et baccalauréat professionnel
en trois ans).
En histoire et géographie, le programme du concours est constitué de questions,
périodiquement renouvelées et publiées sur le site internet du ministère chargé de
l'Éducation nationale.
Les deux épreuves orales d'admission comportent un entretien avec le jury qui
permet d'évaluer la capacité du candidat à s'exprimer avec clarté et précision, à
réfléchir aux enjeux scientifiques, didactiques, épistémologiques, culturels et sociaux
que revêt l'enseignement du ou des champs disciplinaires du concours, notamment
dans leur rapport avec les autres champs disciplinaires.
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orthographe) en vue d'un travail en lecture, en écriture ou en expression orale ;
b) En histoire et géographie, en la présentation d'une leçon portant sur un sujet
d'histoire ou de géographie en fonction d'un tirage au sort au moment de l'épreuve.
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RAPPORT POUR LES EPREUVES DE LETTRES
SESSION 2020
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SOMMAIRE
1) Le commentaire composé
2) La question de grammaire
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I. LE SUJET DE L’EPREUVE ECRITE DE LETTRES
Sujet :
Roman
I
1 On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans.
— Un beau soir, foin des bocks et de la limonade,
Des cafés tapageurs aux lustres éclatants !
— On va sous les tilleuls verts de la promenade.
II
— Voilà qu’on aperçoit un tout petit chiffon
10 D’azur sombre, encadré d’une petite branche,
Piqué d’une mauvaise étoile, qui se fond
Avec de doux frissons, petite et toute blanche…
III
Le cœur fou Robinsonne à travers les romans,
— Lorsque, dans la clarté d’un pâle réverbère,
Passe une demoiselle aux petits airs charmants,
20 Sous l’ombre du faux-col effrayant de son père…
IV
25 Vous êtes amoureux. Loué jusqu’au mois d’août.
Vous êtes amoureux. — Vos sonnets La font rire.
Tous vos amis s’en vont, vous êtes mauvais goût.
8
— Puis l’adorée, un soir, a daigné vous écrire… !
29 septembre 1870.
[Note après « foin des bocks » : Foin de : cette interjection désigne une personne ou
une chose que l’on méprise, que l’on rejette ; les bocks sont des verres à bière.
Note après « cavatines » : Air d’opéra simple, lyrique et doux.]
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II RAPPORT SUR L’EPREUVE ECRITE DE LETTRES
1) Le commentaire composé
Le commentaire composé doit s’appuyer sur une lecture personnelle et attentive qui
devra rendre compte des intentions de l’auteur et des effets produits sur le lecteur. Afin
d’éviter les erreurs qui seront évoquées ultérieurement, on recommandera aux futurs
candidats de réaliser plusieurs lectures minutieuses du texte proposé avant de
commencer l’écriture du commentaire1. Cette lecture en amont est primordiale,
d’autant plus si, lors d’une de ces lectures, un élément du texte fait naître un doute,
une incertitude voire une incompréhension. La présence dans une copie d’impressions
de lecture, de réflexions sur les effets produits par le texte sur le lecteur et
d’hypothèses diverses sur l’interprétation sont souvent le gage d’une d’une lecture
subtile du texte.
1 Lire le rapport de jury 2018 très explicite sur cette question (p.6-8)
10
dessert toujours le travail d’investigation sur le texte. Il convient donc de mener un
travail préparatoire précis sur le texte.
Ensuite vient le moment d’organiser ses idées : pour cela il est nécessaire dans un
premier temps de résumer en une phrase la spécificité du texte afin d’identifier une
problématique. Quel est l’enjeu principal du texte ? Qu’est-ce qui le rend intéressant ?
Dans un second temps, il convient de faire émerger les axes de lecture qui vont
structurer l’analyse : celle-ci émane d’une progression linéaire pour se fonder sur une
argumentation logique. Les candidats doivent donc organiser leur analyse et rendre
compte d’un projet de lecture cohérent, qui ne distingue pas artificiellement le fond
(traité dans une première partie) et la forme (tout aussi artificiellement traitée dans une
seconde partie) : chaque partie mobilise et fond et forme, les deux étant
inséparablement liés. Il s’agit ici de classer les éléments saillants de manière à
constituer des parties et des sous-parties équilibrées. Chaque sous-partie comporte
une idée clé justifiée par l’analyse de procédés d’écriture littéraires illustrés par une
citation.
Il est nécessaire de rappeler que chaque texte recèle ses particularités ; avant de lui
attribuer ce que l’on croit savoir sur son auteur ou sur son genre littéraire, il convient
de le vérifier et de le confronter au texte étudié. Cette prudence évitera des erreurs
dues à une lecture caricaturale et à des connaissances plaquées sur le texte. Il ne faut
pas oublier qu’une partie d’une œuvre ne définit pas l’œuvre complète. Le candidat se
gardera donc d’enfermer absolument l’écriture d’un auteur dans un courant, au risque
d’en écraser la singularité et donc l’intérêt.
Des copies ont souvent manifesté une compréhension du sens global et littéral du
poème proposé ; cependant, cela ne peut suffire : il s’agit avant tout de savoir mener
une analyse littéraire et non de proposer une simple paraphrase du texte2.
À l’inverse, certains candidats énumèrent d’une façon décousue toute une série de
procédés d’écriture, de figures de style, d’études de la ponctuation et de champs
lexicaux qui ne font pas sens ensemble. Si la copie devient un étalement abscons et
inintelligible de connaissances disciplinaires difficiles à lire et à comprendre, le
candidat n’a alors pas compris les enjeux de l’épreuve.
Enfin, « ce qui se conçoit bien s’énonce clairement » et donc simplement. Il n’est donc
pas approprié de tomber dans un style ampoulé ou jargonnant vis-à-vis de l’auteur et
du texte. Les candidats ne doivent pas perdre de vue le sens de celui-ci.
Il est attendu de leur part une lecture qui manifeste leur compréhension, leur maîtrise
des connaissances disciplinaires mais aussi et surtout leur sensibilité de lecteur.
2 Lire le rapport de 2017 qui revient assez longuement sur cette distinction
paraphrase/interprétation (p.20-22).
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2 – Les points de vigilance
o Graphie et présentation
Le jury souhaite attirer l’attention des futurs candidats sur l’importance d’une
présentation soignée de la copie. Il faut donc éviter les ratures et les annotations entre
les lignes.
Un point d’attention important porte sur le fait que certains candidats retranscrivent
avec des erreurs le texte proposé : ainsi, il a été observé à plusieurs reprises dans des
copies l’absence des deux mots nécessaires pour construire la négation dans la
citation du premier vers : « on est pas sérieux quand on a dix-sept ans » (au lieu du
correct « on n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans »).
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trois biographies fantaisistes qui annoncent avec « Roman », « les nombreux romans
que [cet auteur] va écrire par la suite ». Les propos suivants, qui manifestent une
méconnaissance des notions de base de la discipline, nuisent aux candidats : « ces
quatre sonnets en rimes embrassées » au lieu de quatre doubles quatrains en rimes
croisées. Il est inutile, également, de définir systématiquement les procédés utilisés
dans le poème, si cette accumulation ne suscite aucune plus-value interprétative :
« Les rimes croisées sont présentes dans chaque strophe du poème. Pour finir, on
remarque que la ponctuation est présente dans le texte ainsi que les différents types
de phrases ».
Il est parfois plus pertinent de se poser des questions plutôt que de proposer des
interprétations péremptoires. En effet, même si la prise de risque d’une analyse est
louable, des contresens répétés sur le texte montrent que le candidat est passé à côté
de celui-ci. Par exemple : « le petit chiffon d’azur pourrait représenter la cape des
forces de l’ordre, la branche leur matraque et la mauvaise étoile l’insigne de la police. »
o La méconnaissance de l’épreuve
Quelques candidats ont pensé qu’il fallait proposer des pistes d’exploitation
pédagogique de ce poème, en confondant ainsi épreuve d’admissibilité et épreuve
d’admission. Ainsi, les candidats ne doivent pas s’étonner que l’écrit ne propose pas
l’une des six œuvres au programme de l’admission. Confondre l’écrit d’admissibilité et
l’oral d’admission montre une préparation superficielle qui ne peut manquer de nuire
au candidat.
o L’introduction
Il convient de soigner l’introduction et d’éviter des formules plates comme : « le
XIXème siècle constitue à n’en pas douter l’une des périodes les plus fastes de notre
époque. », « Rimbaud a commencé très jeune l’écriture. Mais sa vie fut très courte car
il meurt très jeune ».
o Les problématiques
Certaines problématiques sont formelles : elles ne questionnent pas véritablement le
texte ; d’autres sont opaques et inutilement complexes ; les unes et les autres
augurent souvent de copies médiocres : « A travers l’analyse du document, nous nous
demanderons en quoi cet extrait est une anamnèse complexe qui mobilise de
nombreux biais mémoriels ainsi qu’une relation narrateur/personnage particulière ».
o Les plans
Il est important que les candidats vérifient si le plan proposé et son développement
répondent bien au projet annoncé, ce qui n’est pas toujours le cas. Par exemple dans
le projet de lecture suivant, assez intéressant, le candidat propose «de montrer
comment ce poème apparemment empreint de nostalgie et d’innocence est en fait le
portrait d’une jeunesse insouciante qui s’enivre des plaisirs de la vie ». Dans son
commentaire, il développe les souvenirs sans expliquer « la nostalgie » évoquée dans
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la problématique, il n’explique pas non plus pourquoi le lecteur peut, d’après lui, se
laisser duper par des apparences trompeuses.
En règle générale, les plans thématiques sans prise de hauteur réflexive sur l’écriture
ou les intentions de l’auteur conduisent à des commentaires peu aboutis :
I. Le cadre réaliste
II. La construction du poème
III. L’amour à 17 ans
o La conclusion
Il convient de soigner la conclusion : il s’agit de l’impression finale que le candidat
laisse au correcteur. Il faudrait donc éviter les platitudes : « Le poète est tel un Adam
moderne prêt à croquer la vie comme on croque dans une pomme », « suite à cette
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analyse, nous pouvons alors nous poser la question si ce genre d’écrits ne sont pas
les précurseurs de ce qu’on appelle aujourd’hui les livres dont vous êtes le héros ».
o L’introduction : les copies les plus intéressantes proposent dès l’introduction une
problématique simple et un plan clair qui fait sens. Parfois, la problématique n’est pas
assez explicite mais des axes de lecture pertinents sont proposés.
Les copies qui se démarquent sont celles qui proposent des interprétations liées à une
lecture précise du poème. Des remarques intéressantes ont ainsi été faites sur les
jeux d’ombre et de lumière de ce poème ou encore sur les sonorités : l’allitération en
dentale du vers 22 revient souvent, comme le signe « d’une jeune fille vive, alerte, en
mouvement » ou comme la reproduction « d’un petit pas rapide de la demoiselle ».
D’autres candidats ont perçu avec justesse que la pâleur du réverbère n’augurait rien
de bon pour cette future relation amoureuse. Le néologisme « Robinsonne » a
interpellé de nombreux candidats. Une majorité de ceux-ci a essayé de développer
une réflexion autour du genre de ce poème intitulé « Roman ». Cela a été, bien
souvent, un bon point de départ au commentaire du texte. De même, la majorité des
candidats a fait l’effort de parler de versification. On regrettera cependant que trop peu
d’entre eux aient su lier cette versification à l’analyse du texte. Plusieurs candidats ont
émis dans leur introduction l’idée d’un Rimbaud inclassable et ont concentré leurs
efforts sur le texte, en limitant les apports exogènes. Des candidats ont tenté des
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interprétations audacieuses comme la mise en avant de « l’opposition du lyrisme et du
comique » ou « du romantisme aux charmes désuets » dans le poème.
Les candidats doivent éviter le style ampoulé et les envolées lyriques dès l’introduction
comme celle-ci : « dans la société française, le sonnet est composé comme un opéra
italien... » d’autant plus qu’il ne s’agissait pas ici d’un sonnet ou encore « le Roi des
rimes, dont nous avons tous appris les poèmes sur les bancs de l’école ». Le candidat
qui exhibe trop ses connaissances dans une introduction démesurément longue (deux
pages) peut ensuite décevoir par un développement pauvre.
Beaucoup de projets de lecture ne sont pas littéraires et certaines copies sont très
courtes, inférieures à quatre pages, ce qui est peu au vu du temps de cette épreuve
(5 heures). Un candidat n’a, par exemple, analysé qu’un seul élément littéraire, le
champ lexical, et il l’a déployé autant de fois qu’il le pouvait au service de son projet
trop lacunaire. Il a semblé important à la plupart des candidats de relever des figures
de style. Encore eût-il fallu les identifier correctement, les citer – et ne pas simplement
écrire que « Rimbaud est un poète donc il fait beaucoup de figures de style » – et les
analyser pour les inscrire dans l’interprétation du texte.
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Parfois, les développements ne respectent pas les plans annoncés dans l’introduction.
De même, dans quelques copies, les candidats n’ont pas proposé une interprétation
du texte mais un jugement moral de celui-ci. Ainsi, « Rimbaud, comme les artistes de
son temps, était alcoolique ». Certains candidats semblent en outre se fixer sur un seul
élément du poème et construisent, à partir de ce seul élément, une interprétation
totalement décalée : pour l’un, le champ lexical de l’alcool focalise l’interprétation sur
les « problèmes d’alcoolisme et de débauche » du poète ; pour l’autre, les références
aux mois d’été « juin » et « août » lui font penser que le poème est une métaphore de
la vie d’un homme, de sa naissance à sa mort.
Le lecteur doit agir en sujet-lecteur et se laisser envahir par ses impressions, en avoir
conscience pour ensuite s’approprier l’extrait, le comprendre et l’analyser en étant
lucide sur les procédés d’écriture. Tout questionnement provoqué par une lecture
réfléchie est légitime et mérite d’être approfondi, interrogé, décortiqué par la suite. Une
lecture interprétative pertinente est « une lecture qui dépasse le sens littéral, celui-ci
étant un préalable et non une fin. » (Rapport de jury CAPLP lettres-Histoire, 2016)
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Les commentaires réussis se sont donc appuyés sur une lecture fine et maîtrisée de
l’extrait afin de saisir les enjeux de celui-ci. Ils ont tenté de préciser ce qui est dit tout
analysant la façon dont cela est dit pour s’interroger sur ce qui est en jeu.
De même, le romantisme dépeint dans le poème est sans consistance alors que des
candidats ont voulu absolument placer celui-ci au sein de la poésie lyrique des
romantiques ou au contraire, dans une dynamique inverse, comme une dénonciation
du mouvement romantique. Le « tout petit chiffon » du vers 9 a donné lieu à
nombreuses interprétations, parfois exagérées.
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Apparaît ensuite une jeune fille de manière théâtrale, une demoiselle aux « airs
charmants », ce surgissement fait basculer le rêve en réalité. Des copies ont analysé
avec une belle réussite cette apparition brusque, cette fugacité de la belle passante
mise en perspective avec Baudelaire. La jeune fille semble moins innocente que le
poète rêveur, les vers miment le trottinement par l’allitération en dentale « t » vers 22
et 23 : « tout en faisant trotter ses petites bottines,/Elle se tourne, alerte et d’un
mouvement vif.../ » Cette ellipse du vers 23 rend tous les scénarios possibles pour le
lecteur. Il a mieux à faire que chanter l’amour, il se laisse aller à ce baiser. La jeune
fille est à peine protégée par son bourgeois ridicule de père « au faux-col effrayant »,
moins inquiétant que ne l’est son habit. L’écho des amis qui partent est amené par un
discours indirect libre
Beaucoup de candidats ont formulé des remarques intéressantes sur l’éveil des sens :
dès la seconde strophe se conjuguent en effet tous les sens en une parfaite
synesthésie avec l’odeur du tilleul, la répétition de l’adjectif « bon », les parfums, le
goût... la vue se fait attendre à la troisième strophe avec l’expression « D’azur
sombre ». C’est un tableau qui joue sur les perceptions et sur la dimension picturale,
peinte par petite touche à la manière des impressionnistes. Certains candidats ont
même évoqué à ce sujet, et de manière pertinente, le poème « Correspondances » de
Baudelaire.
Il s’agit ici d’un poème autobiographique, mais l’essentiel est plutôt dans la portée
universelle de son propos.
Le système énonciatif de l’extrait recèle plusieurs particularités :
- L’énonciation est brouillée par le jeu des pronoms personnels. Dans ce récit
polyphonique, un candidat a fait remarquer avec pertinence que l’autodérision
a toute sa place.
- L’absence du pronom personnel sujet « je » n’a pas toujours été observée par
les candidats.
La rêverie amoureuse puis le coup de foudre ont été perçus par les candidats. Mais
souvent la jeune fille est devenue « trop entreprenante », le jeune homme un
« misanthrope rabat-joie », « un solitaire », « un incompris », « une transhumance
solitaire »... À cet égard, les digressions psychologiques ou sociologiques sont à
éviter, elles éloignent en effet le plus souvent le candidat d’une lecture authentique du
texte proposé.
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(v.28) qui marquent la succession des événements dans un ordre logique. Le poète
est poète mais il veut être accessible au lecteur, partager son expérience avec lui, être
compris de lui. » Il est intéressant ici de noter que le candidat, outre une attention
précise au texte, donne des éléments pour éclairer les intentions de l’auteur.
Cette tension a été bien traitée par de nombreux candidats. Ceux qui n’ont pas du tout
abordé l’histoire d’amour qui se développe dans le quatrième diptyque sont passés à
côté d’un aspect essentiel du poème. La répétition anaphorique du premier hémistiche
« Vous êtes amoureux », aux vers 25 et 26, moque déjà cet état amoureux d’un
adolescent éperdu, enfermé dans un fantasme qui a pris chair, ce que confirme la
moquerie de la femme aimée face aux sonnets qui l’idéalisent et la majuscule au vers
26, le discours indirect libre du vers 27 qui est l’écho des amis qui partent. La strophe
se clôt par la mention elliptique, fortement ponctuée, d’une lettre de rupture de la
femme adorée. La réponse aux sonnets du poète n’est sans doute pas celle qu’il
attendait, mais les histoires d’amour ne sont pas toutes faites pour durer, celle-ci est
éphémère et fugace puisqu’elle ne dure qu’un été.
Le sentiment semble modélisé par la rêverie romantique, l’attente et la contemplation
mais ce romantisme n’a pas plus de consistance que la rêverie du sujet lyrique. L’ironie
douce du texte nous amène à ne pas être dupe de cette légende amoureuse.
L’énonciation distanciée (« on » et « vous » plutôt que je), l’écriture poétique qui met
à distance et qui ne donne pas la parole au sujet lyrique, sont autant d’éléments qui
montrent une certaine prise de recul que beaucoup de candidats n’ont pas vue. Ce
poème qui mêle lyrisme et ironie prend à revers son titre en refusant de prendre
l’amour au sérieux. Certains candidats ont mené une analyse particulièrement
pertinente de la critique implicite assez acerbe des amours adolescentes dans
lesquelles le jeune amoureux est « loué jusqu’au mois d’août ». Il n’y avait pas là de
quoi chercher des avertissements sur les dangers à venir de l’amour, au contraire.
Le lecteur attentif reconstitue le texte et ses ellipses narratives. Nous devinons que si
le poète retourne aux cafés, aux bocks et à l’usage du « on » c’est que cette lettre est
20
bien une lettre de rupture. De nombreux candidats ont évoqué ce cycle, un effet miroir.
La boucle est bouclée par une fin qui fait écho au premier vers, ce qui signifie que la
vie continue, que le jeune homme aura vite une autre histoire d’amour à vivre. Ce récit
et ses ellipses convergent en ce sens. Mais c’est aussi le vert paradis des amours
enfantines avec un cycle sans fin du vers 4 au vers 28, un poème circulaire qui se finit
comme il a commencé, au café.
Cette rupture n’a donc rien de dramatique ou de pathétique comme nous avons pu le
lire dans les copies. Au fond, c’est la nature même de l’amour adolescent d’être
insouciant, désinvolte, léger – et sans doute éphémère. Ces amours adolescentes se
sont pas vouées à être sérieuses, la promenade reste ouverte. « Je » est déjà un autre
ici, c’est un « on » et un « vous » qui font de la poésie un instrument d’émancipation
vis-à-vis des rêves tout faits. Les copies pertinentes ont perçu le travail réalisé par le
poète sur la ponctuation, les tirets, notamment ses ellipses narratives à reconstituer et
dont il faut combler les blancs. Juge et partie de sa propre écriture, le poète provoque
par son aposiopèse beaucoup d’émotions chez son lecteur.
D – L’intertextualité
Avec justesse, des candidats ont rapproché l’extrait d’autres œuvres littéraires lors de
leur introduction ou dans le déroulement du commentaire : ainsi les références faites
au poème « À une passante » de Baudelaire dans laquelle la fugacité d’une rencontre
amoureuse est traitée étaient-elles judicieuses car elles inscrivent le poème dans une
histoire littéraire par ses résonances thématiques ; pour les meilleurs candidats, elles
mettent en valeur l’appropriation de cette scène originale par son lecteur. De même
un candidat a-t-il mis en perspective le poème avec la chanson « Les passantes » de
Georges Brassens, ce qui était particulièrement approprié.
Cette intertextualité pertinente et justifiée est appréciée pour les connaissances
littéraires qui sont attendues chez tout futur professeur de lettres. Il ne suffit pas
d’évoquer des œuvres ou de mener toute une partie du commentaire sur l’histoire
littéraire mais bien d’évoquer en quoi ces références dialoguent, avec leurs
ressemblances et leurs différences, avec l’extrait proposé.
E – La contextualisation et la surcontextualisation
21
On regrette que certains candidats utilisent l’extrait pour y placer ou pour y exhiber des
connaissances approximatives, des champs lexicaux (nature, amour) pour y trouver à
tout prix l’illustration de leur projet de lecture et des principes d’un mouvement –
réalisme, naturalisme, romantisme – dans un souci perpétuel de classification. Ainsi,
des candidats ont cherché, à tort, à démontrer l’incarnation de ces mouvements dans
l’œuvre de Rimbaud. Ce renversement transforme le texte en prétexte. Dans ce cas-
là, le texte n’est pas source de réflexion et de sensibilité ; c’est donc une dérive qu’il
faut à tout prix éviter.
22
à une succession plus ou moins chronologique, mais d’où les événements semblent
exclus, ou du moins laissés dans l’implicite et le non-dit. La tonalité est à la fois
doucement sentimentale et légèrement satirique.
Pourquoi une telle mise en œuvre ? pourquoi choisir d’écrire l’amour en passant par
un texte aussi elliptique, par une succession de touches et de détails juxtaposés plutôt
que liés les uns aux autres ? pourquoi évoquer des choses intimes sans jamais dire
« je » ? pourquoi – et pour quoi – introduire de la distance dans l’évocation du plus
intime ?
Le poème semble tirer son énergie des tensions qu’il ménage entre des promesses
incompatibles, sinon contradictoires : raconter et célébrer, dire et ne pas dire,
s’attendrir et se moquer, s’enthousiasmer et regretter…
On fera donc l’hypothèse de la recherche d’une qualité sentimentale particulière
dans l’écriture, entre exhibition de l’émotion adolescente jusque dans son ridicule, et
pudeur maintenue, qui conduit à une ironie douce, dépourvue de la moindre once de
méchanceté, mais qui pour autant évite toute mièvrerie en refusant résolument les
illusions du lyrisme ou du romanesque romantiques. Le poème permet ainsi d’analyser
la rêverie et le sentiment amoureux, en montrant et leur beauté et leur fragilité, la part
de leurre et de jeu qu’ils contiennent, comme le fugace bonheur qu’ils permettent.
23
Éléments d’analyse possibles sur le texte, pouvant ensuite
servir d’arguments dans la construction d’un commentaire composé.
24
sortie de la ville pour aller sous les
arbres).
La scène est brossée par notations
successives, à peine juxtaposées,
comme le soulignent les tirets.
Tout ceci n’empêche pas la voix et
l’émotion du jeune homme de
résonner dans le texte, qui s’exclame
avec lui au vers 3.
Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs La modalité exclamative se poursuit à
de juin ! l’ouverture de la strophe suivante, où
L’air est parfois si doux, qu’on ferme la se conjuguent, en une parfaite
paupière ; synesthésie, tous les sens : odeur des
Le vent chargé de bruits, — la ville n’est pas tilleuls (et la répétition de « bon » rend
loin, — presque excessive l’harmonie de cet
A des parfums de vigne et des parfums de univers), mais aussi – sous la forme
bière… sophistiquée des « parfums » – des
vignes et de la bière qui introduisent
une continuité avec le goût, douceur
de l’air du soir et souffle du vent, sons
de la ville ; seule la vue semble
défaillir, la paupière se fermant dans
l’extase d’une communion presque
érotique avec la nature.
II Second diptyque : rêve d’amour
— Voilà qu’on aperçoit un tout petit chiffon (pressentiment)
D’azur sombre, encadré d’une petite La vue peut se rétablir, après ce qu’on
branche, pourrait anachroniquement appeler le
Piqué d’une mauvaise étoile, qui se fond fondu au noir de la deuxième strophe :
Avec de doux frissons, petite et toute les yeux du sujet anonyme semblent
blanche… se rouvrir sur « un tout petit
chiffon/d’azur sombre », le ciel
nocturne aperçu à travers les
branches des tilleuls, à peine éclairci
par la lumière « d’une mauvaise étoile
[…] petite et toute blanche ».
« L’azur » des romantiques s’est
assombri, et la difficile scansion des
vers 10 et 11 dit ce trouble d’un
univers qui semble incomplet, et peut-
être encore manquer d’harmonie.
Placé sous une « mauvaise étoile », le
sujet lyrique semble voir cette
dernière, fragile, « se fond[re] » et
25
disparaître ; toujours à l’unisson de la
nature, il pourrait bien être lui aussi, lui
d’abord, saisi de « doux frissons »
(ceux que lui inspire, peut-être, « l’air
[…] parfois si doux » de la strophe
précédente). Il y a là comme le
pressentiment d’une tristesse à
venir…
Nuit de juin ! Dix-sept ans ! — On se laisse S’amorce alors la rêverie amoureuse,
griser. naturelle sans doute aux poètes de
La sève est du champagne et vous monte à « dix-sept ans » (Musset avait averti,
la tête… dans la « Nuit de mai », des relations
On divague ; on se sent aux lèvres un douloureuses de la poésie et de
baiser l’amour). Comme le tilleul, le poète
Qui palpite là, comme une petite bête… adolescent, gonflé de « sève », se
« laisse griser », envahir par le désir
fou d’un amour qui semble ne
s’incarner en rien. La rêverie naturelle
est tout entière érotique et la strophe
dit un corps qui n’attend que l’amour ;
la ponctuation, comme le pronom
toujours indéfini, manifestent ce désir
lui aussi sans nom – et font entendre
avec pudeur cet émoi
inséparablement physiologique et
imaginaire qui fait trébucher la
scansion du vers 16.
III Troisième diptyque : le coup de
Le cœur fou Robinsonne à travers les foudre
romans, C’est aussi que la littérature elle-
— Lorsque, dans la clarté d’un pâle même a nourri cet émoi ; les romans
réverbère, ont fourni l’aliment de la rêverie
Passe une demoiselle aux petits airs érotique au lecteur à « cœur fou »,
charmants, comme à Emma Bovary.
Sous l’ombre du faux-col effrayant de son Mais la strophe voit soudain
père… (« lorsque ») les choses basculer du
rêve au réel, et la rêverie amoureuse
s’incarner : surgit en effet « une
demoiselle aux petits airs
charmants », à peine protégée par
son bourgeois ridicule de père, moins
effrayant que ne l’est son habit.
Il faut encore noter que cette strophe
permet de relire le diptyque précédent
26
autrement, comme un véritable
« pressentiment » : ainsi le « tout petit
chiffon » du ciel pouvait-il bien
renvoyer à la robe de la demoiselle,
comme la lumière pâle de la
« mauvaise étoile » à celle du
« réverbère ». C’est ainsi presque une
généalogie de la cristallisation
amoureuse (mais d’une étonnante
cristallisation à vide) qui se donne à
lire dans la progression du poème…
Et, comme elle vous trouve immensément Moins innocente que le poète rêveur,
naïf, la jeune fille dont les vers miment le
Tout en faisant trotter ses petites bottines, trottinement avec l’allitération en
Elle se tourne, alerte et d’un mouvement dentales lui adresse un regard, un
vif… sourire, un baiser (l’ellipse du vers 23
— Sur vos lèvres alors meurent les rend, pour le lecteur, tous ces
cavatines… scénarios vraisemblables), qui rend
toutes les histoires possibles. Le
poète alors peut voir « m[ourir] les
cavatines » sur ses lèvres, peut-être
parce qu’il a désormais mieux à faire
avec elles que chanter l’amour :
laisser aller le baiser du vers 15, par
exemple.
L’événement, décisif, bouleverse
l’énonciation même du poème, de
façon frappante pour le lecteur : au
« on » indéfini succède un « vous » ;
ce n’est plus un pronom de la « non-
personne » (Benvéniste) mais, pour
autant, ce n’est toujours pas un « je » ;
l’amour semble ainsi donner des
contours au sujet, en faire une figure
d’interlocution – sans pourtant lui
permettre de prendre la parole… Sorti
de la rêverie abstraite des premiers
diptyques, le poète a enfin à qui parler
(ou du moins quelqu’un qui lui parle).
L’effet d’identification au lecteur,
amorcé par le « on », se renforce
encore ici, en même temps que la
distance creusée entre la voix
27
poétique et la figure du poète
amoureux…
IV Quatrième diptyque : l’amour, et
Vous êtes amoureux. Loué jusqu’au mois après…
d’août. Dans le silence qui sépare le troisième
Vous êtes amoureux. — Vos sonnets La et le quatrième diptyque, l’histoire
font rire. d’amour se développe ; la répétition
Tous vos amis s’en vont, vous êtes mauvais du premier hémistiche, aux vers 25 et
goût. 26, moque déjà cet état amoureux
— Puis l’adorée, un soir, a daigné vous d’un adolescent éperdu enfermé dans
écrire… ! un fantasme qui a pris chair, ce que
confirme encore la métaphore
commerciale plutôt qu’épidictique du
vers 25, la moquerie de la femme
aimée face aux sonnets qui
l’idéalisent (ce que souligne la
majuscule du vers 26), le discours
indirect libre du vers 27 qui est l’écho
des amis qui partent.
La strophe se clôt par la mention
fortement ponctuée d’une lettre de
l’« adorée » : réponse, enfin, aux
sonnets du poète ?
— Ce soir-là, … — vous rentrez aux cafés Sans doute pas… l’ellipse entre les
éclatants, deux strophes laisse deviner que, si
Vous demandez des bocks ou de la désormais le poète retourne aux
limonade… « cafés », aux « bocks », et
— On n’est pas sérieux, quand on a dix- finalement au « on » indéfini, c’est que
sept ans la lettre est une lettre de rupture et que
Et qu’on a des tilleuls verts sur la l’histoire d’amour se finit par un congé
promenade. donné par l’adorée au soupirant.
Mais, loin de dramatiser cette rupture,
la reprise dans les derniers vers du
commencement du poème souligne
que c’est au fond la nature même des
amours adolescentes de n’être pas
vouées au « sérieux », et que la
promenade reste ouverte.
28
Ces divers éléments d’analyse peuvent ainsi être organisés de multiples façons pour
rendre compte d’un projet de lecture cohérent. À titre d’exemple et non de modèle, on
pouvait ainsi considérer, pour répondre au projet de lecture proposé ci-dessus, de
construire un commentaire selon la progression suivante :
Projet de lecture : un poème qui joue de l’exhibition et de la pudeur pour analyser la
rêverie et le sentiment amoureux, et faire valoir leur intensité en même temps que leur
absence de sérieux.
Cela permettrait de conclure sur l’idée que la poésie apparaît ici moins comme simple
capacité à exprimer ses sentiments en première personne, que comme le fait de
pouvoir parler de soi à distance. Je, déjà, est un autre (et plus précisément un on, un
vous) qui fait de la poésie l’instrument d’une émancipation vis-à-vis des rêves tout faits,
fussent-ils littéraires et faits de la matière des romans.
29
2) La question de grammaire
30
la métaphore associant « la sève » au « champagne » ou la comparaison liant le
« baiser » à « la petite bête ». Il s’agit de bien comprendre la consigne, de la relire
plusieurs fois, afin de définir « les expansions du nom » et non le nom, ce qui a pu
mener certains candidats à mener une analyse qui n’était pas demandée.
Les écueils liés à la qualité de l’analyse et au manque de connaissance.
La maitrise imparfaite des notions grammaticales mène à mêler catégorie
grammaticale du mot, fonction du mot ou d’une partie de la phrase et commentaire
interprétatif. Certains candidats n’ont pas réussi à catégoriser par exemple
correctement le pronom relatif « qui » dans le passage « un baiser qui palpite là » : il
est devenu une conjonction de coordination, ce qui ne pouvait mener à l’analyse de la
subordonnée relative. D’autres ont relevé des compléments d’objet direct alors que ce
n’était pas attendu. Ce manque de qualité dans l’analyse se traduit également par un
relevé tronqué et non exhaustif. Dans certaines copies, seuls les adjectifs ont été
repérés.
31
IV. Un exemple possible de réponse.
Les expansions du nom sont constituées par tout mot ou groupe de mots qui
complète le nom à l’intérieur d’un groupe nominal étendu. On peut toujours supprimer
une expansion du nom; elle est en général située après le nom, à l’exception de
l’adjectif épithète qui peut, dans certains cas, précéder le nom. Les expansions du nom
peuvent avoir un rôle restrictif ou un rôle descriptif (on dit parfois aussi un rôle
explicatif).
« petite » branche (v. 10) Adjectif qualificatif féminin Épithète antéposé au nom
« mauvaise » étoile (v. 11) singulier. « branche », « étoile »,
« petite » bête (v. 16) « bête ».
32
On le voit : l’analyse grammaticale peut nourrir la réflexion littéraire développée dans
le commentaire.
On peut ainsi remarquer dans ce passage l’utilisation d’un grand nombre
d’expansions du nom, neuf dans le passage à analyser dont sept seulement pour la
troisième strophe. Cette dernière qui forme une seule phrase s’attache à décrire un
aperçu du ciel nocturne à travers les branchages. A la manière d’un peintre, l’auteur
mêle le cadre et l’objet dépeint en multipliant les adjectifs pour la plupart antéposés
soit parce que l’adjectif descriptif est bref tel « petit » utilisé à deux reprises, soit pour
sa valeur affective comme « doux », soit par le rappel enfin d’une locution figée, ce qui
est le cas pour la « mauvaise étoile ». Le rôle descriptif de ces expansions du nom,
démultipliées, à la fois antéposées et postposées, parfois répétées, mène
paradoxalement à brouiller les limites entre les objets décrits : les branches, le ciel et
l’étoile.
Cet effet est renforcé si l’on étudie les expansions détachées du nom qui sont
un complément du groupe nominal. Les participes passés en fonction adjectivale
« encadré » et « piqué » se rapportant au groupe nominal « Un tout petit chiffon d’azur
sombre », malgré leur valeur de précision, se trouvent neutralisés par la proposition
subordonnée relative adjective détachée « qui se fond avec de doux frissons » se
rapportant à la « mauvaise étoile ».
33
RAPPORT POUR LES EPREUVES D’HISTOIRE ET DE
GEOGRAPHIE
SESSION 2020
34
SOMMAIRE
35
I. PROGRAMME DE LA SESSION 2020
Histoire
- Grandes étapes et moments-clefs de l’histoire des femmes en France des Lumières
à nos jours
- Culture, médias, pouvoirs aux États-Unis et en Europe (1945-1991)
- Acteurs/actrices et témoins de leur temps, dans le cadre thématique et
chronologique des programmes d’histoire du lycée professionnel.
Géographie
- Les mobilités, du local au mondial
- La France : aménager les territoires (territoires de la métropole et ultramarins).
- Le développement durable : enjeux géographiques.
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II. LE SUJET DE L’EPREUVE ECRITE D’HISTOIRE-GEOGRAPHIE
Enfin, le voilà arrivé le jour où une Chambre française a consacré par une immense
majorité le droit des femmes françaises à être des citoyennes. La date du 20 mai 1919 restera
gravée dans nos annales et dans nos cœurs par un sentiment de joie profonde.
Nous avons eu peine à réfréner nos applaudissements dans les tribunes de la Chambre
des Députés, lieu auguste où les hommes députés ont seuls le droit de pérorer indéfiniment
mais où les femmes n’ont eu jusqu’ici que le droit de se taire. Nous espérons bien que
lorsqu’elles utiliseront leur droit de parler à la tribune, elles se rappelleront leurs impressions
d’auditrices et qu’elles montreront qu’on peut exposer beaucoup de choses importantes en
peu de mots.
Nous ne savons pas le sort que réserve le Sénat au projet de loi donnant aux femmes
le suffrage intégral, mais nous savons une chose, c’est que rien ni personne ne peut plus nous
enlever le fait moral du vote de la Chambre et de sa splendide majorité. C’est un fait acquis à
l’Histoire et qui a une importance capitale aux yeux du monde entier. Il réhabilite à la fois la
femme française qu’il remet à sa place naturelle et méritée dans son pays, et il réhabilite aussi
le Parlement français qui a su du moins faire un premier geste en vue de la reconnaissance du
droit féminin. Les télégrammes enthousiastes que nous publions plus loin sont un témoignage
de la joie manifestée par nos amies suffragistes de l’étranger.
Cependant l’heure n’est pas venue pour les suffragistes de s’endormir sur leurs
lauriers; il leur faut mener une campagne intense auprès des sénateurs de leur département
ou de leur ville, pour les prier de voter en faveur du suffrage féminin. Qu’elles ne se
préoccupent pas de savoir si ces sénateurs les connaissent ou non, l’important est de
manifester un désir que beaucoup de gens croient inexistant et d’agir très rapidement car la
discussion du projet de loi est prochaine. Un modèle de lettre publiée ci-dessous et qui peut
être modifié à l’infini servira d’exemples à celles qui croient ne pas savoir comment elles
doivent écrire.
La plus modeste des ouvrières de la ville ou de la campagne a le même droit que nous
toutes de manifester son opinion, et le devoir très positif de nous aider en faisant pression sur
les sénateurs. Nos parlementaires sont plus sensibles qu’on ne croit aux lettres reçues de leurs
électeurs ou futures électrices ; plus les lettres seront nombreuses, mieux cela vaudra ; écrivez
et faites écrire.
« Femme, ose être » ; c’est le moment pour toutes les féministes de se rappeler ce
principe et de le mettre en pratique. Il faut voir les sénateurs, leur écrire ou agir sur eux d’une
façon quelconque. Si nous désirons le succès, sachons le vouloir et agir en conséquence.
37
La Présidente de l’Union Française pour le suffrage des Femmes
Marguerite de Witt-
Schlumberger.
MODELE DE LETTRE
Date.
Monsieur le Sénateur,
Puisque c’est vous qui représentez notre région au Sénat, c’est à vous que je m’adresse
pour vous demander instamment de bien vouloir voter en faveur du suffrage féminin lors de
la discussion prochaine du projet de loi. Je désire voter et je connais beaucoup de femmes qui
sont de mon avis, et qui comprennent maintenant l’utilité du droit de vote pour défendre
leurs intérêts et ceux de leur famille, et l’utilité du vote pour lutter contre la tuberculose,
l’alcoolisme et la criminalité.
Comptant sur votre bienveillance, Monsieur le Sénateur, je vous prie d’agréer
l’expression de mes respectueux sentiments.
Signature.
38
III. RAPPORT SUR L’EPREUVE ECRITE D’HISTOIRE-GEOGRAPHIE
Pour cette session 2020 fondée sur la seule épreuve écrite, les observations du jury
s'inscrivent dans la continuité des remarques publiées à l’occasion des épreuves
d’admissibilité des années précédentes, qu’il convient de consulter.
Concernant la forme de cet exercice, le jury note une augmentation du nombre de
copies peu soignées, à la calligraphie brouillonne et à l'organisation confuse. Au-delà
de la présentation, un nombre non négligeable de candidats a été desservi par une
écriture manifestement livrée dans son premier jet, caractérisée par une insuffisante
maîtrise de la langue écrite, tant au niveau de la syntaxe que des règles d'orthographe
et de grammaire, et cela au point d’altérer le fond du propos. Sans doute est-il ici utile
de rappeler la nécessité d'aménager un temps de relecture dans la gestion de
l'épreuve afin de satisfaire aux codes du langage qui siéent à un futur enseignant.
Par ailleurs, ce rapport est aussi l’occasion de rappeler la stricte inclusion des sujets
proposés dans la terminologie des questions fixées par le programme de ce concours,
telles qu’elles sont publiées3 sur le site ministériel. Ainsi est-il entendu que les deux
premières thématiques (« Les mobilités, du local au mondial » et « La France :
aménager les territoires ») sont à croiser avec la question épistémologique du
3 https://media.devenirenseignant.gouv.fr/file/caplp_externe/59/6/p2021_caplp_ext_lettres_hg_1302596.pdf.
39
développement durable dans sa dimension géographique. En l'occurrence
« Aménager les territoires face aux risques » invitait bien à développer la réflexion
dans le cadre territorial de la France, en même temps qu’il imposait ici de se projeter
a minima dans une perspective économique et environnementale. Dans le cas de cette
session, le jury regrette également la multiplication de copies dans lesquelles l’échelle
mondiale a été privilégiée, quand elle ne fut pas l’unique horizon de la composition.
Cette option cantonnait le raisonnement à des considérations générales, au détriment
d’analyses plus pénétrantes et de renvois à des exemples territorialisés, ou à
confondre quelque peu l’argumentation scientifique avec le traitement médiatique de
la gestion des risques.
À propos de l’introduction :
Dans l'ensemble, les candidats s’astreignent à la construction d'une introduction en
respectant les formes canoniques de cet exercice : accroche, définition scientifique
des termes du sujet, problématique, annonce du plan. Déterminante pour initier le
raisonnement, cette entrée en matière révèle assez largement la capacité du
candidat à s'emparer du sujet.
Les meilleures copies comprennent généralement une introduction appliquée,
proposent une lecture du sujet efficace et démontrent un souci de cohérence dans
l'articulation des différentes étapes de la composition. Elles sont en général le gage
d'un développement limpide et structuré autour d'un fil conducteur pertinent. À
l'inverse, les productions les plus faibles se pressentent dès l'introduction. La
présentation du sujet prend parfois l'allure d'une succession de définitions et
débouche ordinairement sur une problématique réduite à la simple reformulation du
sujet sous une forme interrogative.
Le jury note également la difficulté de certains candidats à enserrer leur propos
dans le champ disciplinaire et à demeurer ensuite dans les limites du raisonnement
posé, voire même à respecter le plan établi lorsque la structure a été insuffisamment
élaborée. Dans le contexte de cette épreuve en temps contraint, rappelons l'intérêt
de fixer dès l'introduction les contours de la démonstration afin d’impulser une
dynamique de nature à assurer la fluidité du raisonnement. Il s'agissait ici de
rechercher un moyen d'associer les deux paradigmes de l’aménagement et du
risque en restant dans le champ de la géographie, en se gardant de les aborder
successivement.
Par ailleurs, le jury relève la présence de copies aux introductions interminables qui
empiètent sur le développement ou même comprennent des éléments
habituellement réservés à la conclusion.
4
Voir notamment Pascal Baud, Serge Bourgeat, Catherine Bras, Dictionnaire de géographie,
Hatier, 2016.
40
indispensable au même titre qu’une bonne maitrise du lexique disciplinaire,
élément incontournable pour définir et cerner l’ensemble des enjeux des sujets
proposés.
41
spatiale, interroge quant à la pertinence de l'échelle à laquelle se pilotent les projets
d’aménagement.
Dans la même logique, l'emploi de la préposition « face » pour connecter les deux
thématiques centrales de ce sujet, conférait une double orientation à la question : Il
s'agissait naturellement d'évoquer la mise en œuvre de politiques d’aménagement
nécessaires à la gestion d'une vulnérabilité identifiée, en poursuivant des objectifs
de protection des populations et des biens (Plan de Prévention des Risques,
endiguement des côtes, …) ou de préservation des milieux (action du Conservatoire
du littoral, loi montagne, …). Mais la réflexion devait aussi conduire à évoquer les
limites des politiques volontaristes menées sur les territoires pour renforcer leur
attractivité lorsqu'elles sont intrinsèquement porteuses de vulnérabilités
supplémentaires (impact environnemental d’une infrastructure, artificialisation des
sols…). Et cette double dimension n’a réellement émergé que dans un nombre
réduit de copies. Pour la partager, le candidat pouvait favoriser une entrée par des
études de cas emblématiques et avancer vers une typologie des situations
rencontrées, étant entendu qu’il n’était pas possible de s’engager dans un inventaire
exhaustif des risques encourus. À cette condition, il pouvait ensuite opérer à
l’intérieur de chaque catégorie une distinction nette entre des dispositifs destinés à
favoriser la résilience des territoires et des aménagements physiques plus visibles
dans les paysages.
Dans quelle mesure l’adaptation des politiques d’aménagement des territoires pour
faire face aux risques et à l’émergence de nouvelles vulnérabilités est-elle un facteur
de recompositions territoriales à toutes les échelles?
Dans un premier temps, réfléchir à l’aménagement des territoires face aux risques en
France pouvait conduire à réinterroger les finalités des politiques
d’aménagement. Si leurs objectifs d’équité et de compétitivité semblent connus des
candidats, le second pôle du sujet « face aux risques » invitait à resserrer la réflexion
autour de la triple exigence que représente la capacité d’une société à prévenir la
catastrophe, à en assurer la gestion et à se reconstruire par la mise en œuvre de
dispositifs variés. Les répercussions du changement global et plus spécifiquement du
changement climatique semblent en effet avoir complexifié les enjeux des politiques
d’aménagement désormais confrontées à la diversification, l’amplification et
l’enchevêtrement des risques (que les spécialistes qualifient de risques combinés).
Par ailleurs, l’organisation actuelle du territoire français (elle-même produit des
aménagements antérieurs) constitue un facteur de vulnérabilité supplémentaire. En
effet, l’urbanisation et la littoralisation, deux composantes majeures de la structuration
de l’espace national, entrainent une pression foncière croissante sur des espaces
auparavant délaissés en raison de leur dangerosité réputée ou réelle, accentuant ainsi
l’exposition des biens et des personnes. Ce changement de paradigme que la
géographe Magali Réghezza-Zitt5 associe à un glissement des « territoires à risques
5
Magali Réghezza-Zitt, « Des hommes et des risques, menaces locales, menaces globales »,
La documentation photographique, N°8113, 2016.
42
aux territoires du risque » traduit une profonde évolution des rapports que les sociétés
entretiennent avec leur environnement désormais largement anthropisé et artificialisé.
Elles intègrent aujourd’hui les risques à leurs modes d’habiter en même temps qu’elles
cherchent à en atténuer les effets par des actions variées.
Une dernière partie, consacrée aux effets et aux difficultés de la gestion des
risques en France permettait d’analyser plus précisément les recompositions
spatiales induites par les aménagements opérés. L’étude d’un projet précis offrait
l’occasion de souligner la capacité des territoires à concilier sécurité et attractivité,
deux exigences qui, lorsqu’elles sont soutenues par un marketing territorial bien
orchestré, entretiennent un fort rapport dialectique. L’exemple du réaménagement du
lido du Petit et du Grand-Travers situé entre les deux stations balnéaires de la Grande-
Motte et de Carnon afin de lutter contre l’érosion illustre ce mécanisme. Initialement
contestée, la renaturation de certains espaces dédiés initialement aux fonctions
touristiques (parking, paillottes, routes desservant l’accès à la plage…), a permis en
quelques années seulement la consolidation du cordon dunaire et la restauration de
7500 m2 de prés salés tout comme le développement des mobilités douces (pistes
6
Magali Reghezza-Zitt, Samuel Rufat (dir), Résiliences. Sociétés et territoires face à
l’incertitude, aux risques et aux catastrophes, Londres, Iste Editions, 2015.
43
cyclables, éco-navettes). Ces transformations bénéfiques dans la lutte contre l’érosion
l’ont aussi été pour l’image et donc la fréquentation de ces deux stations.
Pour autant, tous les dispositifs ne sont pas unanimement acceptés et certains
donnent lieu à des débats voire des tensions lorsque les intérêts des acteurs divergent
(réaction de type NIMBY « not in my backyard » qui consiste à reconnaitre l’intérêt
d’un aménagement à partir du moment où il ne gêne pas directement l’usager). Parmi
les autres difficultés rencontrées, on pouvait enfin remarquer l’enchevêtrement des
dispositifs de protection qui se neutralisent parfois réduisant ainsi leur efficacité. Cette
dernière remarque était l’occasion de souligner qu’en matière de prévention et de
gestion des risques, comme pour les autres dimensions de l’aménagement des
territoires, la cohérence et la facilité de la mise en œuvre des mesures demeurent des
enjeux centraux.
44
contenus disciplinaires se contentent d’une lecture purement descriptive du document
et parfois même linéaire. Ce faisant, ils ne répondent absolument pas aux attentes de
l’exercice qui exige une prise de hauteur et une organisation du commentaire en
conséquence.
Un autre écueil à éviter est de conduire une analyse essentiellement littéraire du
document en s’appuyant sur un raisonnement centré sur le lexique ou les procédés
d’écriture. Si cette analyse peut apporter un éclairage périphérique ou bien constituer
une entrée, elle ne constitue pas le cœur de l’analyse historique qui éclaire le
document par le biais d’apports proprement historiques et de connaissances solides.
Ainsi, dans le sujet proposé, des candidats ont pu identifier l’adverbe « Enfin » et
interroger sa place dans la phrase comme dans le texte, cependant on ne pouvait
seulement l’interroger par le seul angle grammatical ou lexical, il convenait
évidemment d’expliquer pourquoi l’auteur l’utilisait en s’appuyant sur une
connaissance satisfaisante d’une histoire des droits civiques et des mouvements
féministes de lutte en France comme à l’étranger.
D’autres copies ont versé dans un autre écueil, celui de proposer une dissertation
n’utilisant le document que comme un prétexte à une restitution de connaissances. Là
non plus, ce n’est pas l’exercice demandé. Si le candidat a des connaissances, il doit
les mettre au service d’un éclairage précis du document. En classe, c’est une des
compétences majeures qu’il devra faire acquérir à ses élèves. Le jury souhaite enfin
mettre en garde les candidats contre les jugements de valeur qui n’ont pas leur place
dans cet exercice et qui soulignent bien souvent des insuffisances disciplinaires
scientifiques ou didactiques.
45
Définir clairement le féminisme de 1919 et plus particulièrement le suffragisme faisait
partie des connaissances indispensables pour traiter convenablement le sujet.
Les copies les plus fragiles sont celles qui ont manqué de précision dans la description
de la diversité du mouvement féministe, de ses acteurs, notamment des hommes
féministes, des motivations et des modes d'action. La confusion entre le mouvement
des suffragettes et des suffragistes en était un exemple probant.
46
IV. PROGRAMME DE LA SESSION 2021
Histoire
- Grandes étapes et moments-clefs de l’histoire des femmes en France des Lumières
à nos jours
- Culture, médias, pouvoirs aux États-Unis et en Europe (1945-1991)
- Acteurs/actrices et témoins de leur temps, dans le cadre thématique et chronologique
des programmes d’histoire du lycée professionnel.
Géographie
- Les mobilités, du local au mondial
- La France : aménager les territoires (territoires de la métropole et ultramarins).
- Le développement durable : enjeux géographiques.
47