Sujets Brevet 2018
Sujets Brevet 2018
DOCUMENT
A Un mystérieux mot
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B
DOCUMENT
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DOCUMENT
35 d’une femme et d’une petite fille, de menues photo-
graphies d’amateur prises devant un mur de lierre. À
côté d’elles il y a des lettres. Je les sors et j’essaie de les
lire. Je ne comprends pas la plupart des choses ; c’est
difficile à déchiffrer et je ne connais qu’un peu de
40 français. Mais chaque mot que je traduis me pénètre,
comme un coup de feu dans la poitrine, comme un
coup de poignard au cœur… […] J’ouvre le livret et je
lis lentement : « Gérard Duval, typographe. »
J’inscris avec le crayon du mort l’adresse sur une
45 enveloppe et puis, soudain, je m’empresse de remettre
le tout dans sa veste.
J’ai tué le typographe Gérard Duval. Il faut que je
devienne typographe, pensé-je tout bouleversé, que
je devienne typographe. « L’ogre. Nous verrons bien c’qu’il
a dans l’ventre ! », soldat francais
ERICH MARIA REMARQUE, À l’Ouest rien de nouveau, regardant dans la bouche de
© Stock, 1929, 1993 pour la traduction française. l’allemand, illustration anonyme
pour une carte postale vers 1914.
Travail sur le texte littéraire 8. « Mais son nom est un clou qui s’enfoncera en moi
50 POINTS et que je ne pourrai plus arracher. » (l. 30-31)
et sur l’image (1 h 10) a. Quelle est la figure de style employée dans cette
phrase ? (1 point)
Grammaire et compétences linguistiques b. Quel effet produit-elle sur le lecteur ? (2 points)
1. a. Quelle est la classe grammaticale du mot « hâtive- c. De quoi le narrateur souffre-t-il ? (1 point)
ment » (l. 23) ? (1 point) 9. Quelles différentes décisions le narrateur prend-il
b. Analysez sa formation et donnez son sens. (2 points) dans la seconde moitié du texte ? Comment l’expli-
2. « Si, encore une fois […] tu sois raisonnable. » (l. 2-4) : quez-vous ? (4 points)
donnez la nature et la fonction de « le » et de « rai- 10. Comment, tout au long du texte, le narrateur
sonnable ». (4 points) redonne-t-il à l’ennemi son humanité ? (3 points)
3. « Pardonne-moi […] Kat et Albert » (l. 14-16) : dans 11. Selon vous, l’image donnée de l’ennemi dans le docu-
ces deux phrases, relevez tous les verbes conjugués, ment B est-elle proche de celle donnée dans le texte ?
précisez leur mode et leur temps. (8 points) Développez votre réponse. (4 points)
4. Réécriture Transposez au passé le passage suivant : «
Tant que j’ignore son nom […] et se présenter devant
moi » (l. 29-32). Vous mettrez le premier verbe à l’im-
Dictée (20 min) 10 POINTS
parfait et les autres verbes au temps qui convient. Dictée
(8 points)
On dictera aux élèves le texte à voix haute.
Compréhension et compétences d’interprétation
5. a. À qui le narrateur s’adresse-t-il dans les lignes 2 à
18 ? (1 point) Rédaction (1 h 30) 40 POINTS
b. Quel est le type de discours utilisé ? À votre avis,
quel est l’intérêt de ce choix ? (2 points)
Vous traiterez aux choix l’un des deux sujets.
Sujet de réflexion. Vous êtes un avocat chargé de
6. Quelle image le narrateur donne-t-il de cette défendre un jeune soldat accusé de désertion. Rédigez
personne ? Vous développerez et justifierez votre le discours argumenté que vous adresserez à la cour pour
réponse en vous appuyant sur des expressions précises sauver votre client.
du texte. (6 points) Sujet d’imagination. Quelques jours plus tard, Paul se
7. a. Dans les lignes 4 à 7, relevez quatre groupes nomi- retrouve à nouveau dans un trou d’obus avec un soldat
naux qui désignent le soldat français. (2 points) français. Imaginez et rédigez la scène. Vous insérerez un
b. De quoi le narrateur prend-il soudain conscience ? dialogue dans votre récit et mettrez en valeur les émo-
(1 point) tions successives des deux soldats.
DOCUMENT
A Un homme, ça s’empêche…
Le narrateur du Premier Homme, dernier livre d’Albert Camus, publié à
titre posthume, cherche des informations sur son père, Cormery, mort sur le front
alors que lui n’était qu’un tout jeune enfant. Il interroge un ancien camarade de
régiment de celui-ci, qui le décrit comme un homme particulièrement placide.
Ce camarade, Levesque, se souvient d’une scène qui s’est passée en 1905, alors
que les deux hommes accomplissaient leur service militaire au Maroc, colonie
française.
U ne seule fois, Cormery avait paru hors de lui. C’était la nuit, après
une journée torride, dans ce coin de l’Atlas1 où le détachement campait
au sommet d’une petite colline gardée par un défilé rocheux. Cormery et
Levesque devaient relever la sentinelle au bas du défilé. Personne n’avait
5 répondu à leurs appels. Et au pied d’une haie de figuiers de Barbarie, ils
avaient trouvé leur camarade la tête renversée, bizarrement tournée vers
la lune. Et d’abord ils n’avaient pas reconnu sa tête qui avait une forme
étrange. Mais c’était tout simple. Il avait été égorgé et, dans sa bouche,
cette boursouflure livide était son sexe entier. C’est alors qu’ils avaient vu
10 le corps aux jambes écartées, le pantalon de zouave2 fendu et, au milieu
de la fente, dans le reflet cette fois indirect de la lune, cette flaque maré-
cageuse. À cent mètres plus loin, derrière un gros rocher cette fois, la deu-
xième sentinelle avait été présentée de la même façon. L’alarme avait été
donnée, les postes doublés. À l’aube, quand ils étaient remontés au camp,
15 Cormery avait dit que les autres n’étaient pas des hommes. Levesque, qui
réfléchissait, avait répondu que, pour eux, c’était ainsi que devaient agir
les hommes, qu’on était chez eux, et qu’ils usaient de tous les moyens.
Cormery avait pris son air buté. « Peut-être. Mais ils ont tort. Un homme
ne fait pas ça. » Levesque avait dit que pour eux, dans certaines circons-
20 tances, un homme doit tout se permettre et tout détruire. Mais Cormery
avait crié comme pris de folie furieuse : « Non, un homme ça s’empêche.
Voilà ce qu’est un homme, ou sinon... » Et puis il s’était calmé. « Moi,
1. Massif montagneux avait-il dit d’une voix sourde, je suis pauvre, je sors de l’orphelinat, on
du Maroc, où est me met cet habit, on me traîne à la guerre, mais je m’empêche. – Il y a
stationné le régiment
du père du narrateur. 25 des Français qui ne s’empêchent pas, avait dit Levesque. – Alors, eux non
2. Zouave (n. m.) :
soldat de l’armée
plus, ce ne sont pas des hommes. »
française basée en Et soudain, il cria : « Sale race ! Quelle race ! Tous, tous... »
Afrique, à l’uniforme
caractéristique. Et il était entré sous sa tente, pâle comme un linge.
ALBERT CAMUS, Le Premier Homme, © Gallimard, 1994.
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B
DOCUMENT
6. Quelle découverte macabre les deux hommes font-
ils ? (1 point)
7. Comment Levesque justifie-t-il la violence de ces
crimes ? Citez le texte pour appuyer votre propos
(2 points)
8. a. Qu’en pense Corméry ? (1 point)
b. Comment comprenez-vous cette affirmation
de Cormery : « Un homme, ça s’empêche » (l. 21) ?
(2 points)
9. « Moi, avait-il dit […] mais je m’empêche. (l. 22-24)
a. Quelle figure de style est employée dans cette
phrase ? Que met-elle en évidence ? (2 points)
b. Qu’exprime la conjonction de coordination
« mais » ? Expliquez son emploi. (2 points)
c. Le verbe « s’empêcher » est-il transitif ou intransitif ?
Que remarquez-vous sur la manière dont Corméry
emploie ce verbe ? (2 points)
10. Relevez toutes les expressions qui montrent une
réaction violente de la part de Corméry. Comment
pouvez-vous l’expliquer ? (2 points)
11. À votre avis, à qui s’adressent les imprécations
de l’avant-dernière ligne ? Justifiez votre réponse.
(2 points)
Jérôme Bosch (vers 1540- 1516), Le Portement 12. a. Quelle scène religieuse est représentée dans le
de la Croix, 1515-1516, huile sur bois, 76,7 x 83,5 cm, document B ? (2 points)
Gand, musée des Beaux-Arts.
b. Qu’a voulu montrer le peintre sur la condition
humaine ? Quel lien établissez-vous entre cette
Travail sur le texte littéraire 50 POINTS représentation et la phrase de Camus : « un homme,
et sur l’image (1 h 10) ça s’empêche. » ? (10 points)
DOCUMENT
A « Barbara »
Travail sur le texte littéraire 50 POINTS 3. a. Identifiez la nature du mot « ruisselante » (v.4).
et sur l’image (1 h 10) (1 point)
b. Proposez un verbe de la même famille. (1 point)
Grammaire et compétences linguistiques c. Employez ce verbe dans une phrase qui en
1. Identifiez le temps et le mode du verbe du vers révèle le sens et dans laquelle il sera conjugué au
1. Quelle est la valeur de ce mode ? (2 points) présent. (4 points)
2. « Et je t’ai croisée rue de Siam » (v. 8) : expliquez 4. Réécriture Réécrivez à la deuxième personne du
la terminaison du participe passé. (2 points) pluriel les vers 3 à 5 et les vers 8 à 9. (8 points)
126
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DOCUMENT
Robert Doisneau
(1912-1994),
Le Baiser de l’Opéra,
1950, photographie.
Compréhension et compétences d’interprétation 11. a. Quel type de phrase est employé des vers 39 à 44 ?
5. Qui désignent les pronoms « toi »(v. 1), « je » (v. 8), Quel sentiment ces phrases expriment-elles ? (2 points)
« il » (v. 8) ? Précisez quelles sont les relations entre les b. Quel est le dernier mot du texte ? Que traduit-il de
trois personnages. (3 points) l’état d’esprit du poète ? (2 points)
6. Quel verbe est répété des vers 1 à 23 ? Quel est l’effet 12. Peut-on parler ici de poésie engagée ? (4 points)
créé ? (2 points)
7. a. Quels adjectifs caractérisent Barbara aux vers 4 et Dictée (20 mn) 10 POINTS
21 ? (2 points)
b. Relisez les vers 31 à 36 : quel rapport le poète établit-il Dictée
entre la jeune femme et la ville ? (2 points) On dictera aux élèves le texte à voix haute.
8. Observez deux à deux les vers 9-10, et 12-13 :
a. Quelles remarques pouvez-vous faire sur leur Rédaction (1h30) 40 POINTS
construction ? (2 points)
b. Que partage le poète avec la jeune femme ? Vous traiterez aux choix l’un des deux sujets.
(2 points)
Sujet de réflexion. Pensez-vous que l’art permette de
c. Dans quels vers le poète explique-t-il ce sentiment
dénoncer certains aspects du monde ? Développez votre
de proximité qui les relie ? (1 point)
réponse en vous appuyant sur vos connaissances dans
9. Quelle rupture constatez-vous dans le poème ? (3 points) les divers domaines artistiques.
10. a. Relevez les expansions du nom « pluie » aux vers Sujet d’imagination. Après la guerre, Barbara reçoit une
40 et 49 : que traduisent ces images ? (3 points) lettre de son amoureux : il lui exprime son empressement
b. Aux vers 37-38, quel niveau de langue est employé ? de la retrouver et lui décrit le monde qu’il aimerait
Quel est l’effet produit ? (2 points) reconstruire. Rédigez cette lettre.
A
DOCUMENT La Complainte du progrès
1. Marque de matelas.
170
B
DOCUMENT
Gérard Fromanger
(né en 1939),
Au Printemps ou
La Vie à l’endroit,
1972, huile sur toile,
150 x 200 cm,
coll. privŽe.
Travail sur le texte littéraire loppé dans les strophes qui suivent ? Quel est l’effet pro-
50 POINTS duit ? (4 points)
et sur l’image (1 h 10)
10. Quelle figure de style est employée dans les strophes
3 et 6 ? Quel est l’effet recherché par l’auteur ? (4 points)
Grammaire et compétences linguistiques
1. Identifiez les deux temps employés dans la première 11. Expliquez le titre de la chanson. Que veut dénoncer
l’auteur ? Comment procède-t-il ? (6 points)
strophe. Quelle est la valeur de ces temps ? (4 point)
2. « Ah ! Gudule, viens m’embrasser/et, je te donnerai… » 12. Observez le document B :
(l. 9-10) : expliquez à qui renvoient les deux pronoms per- a. Où se situe cette scène ? Que font les passants
sonnels de cette phrase. Précisez leur fonction. (4 points) représentés ? (2 points)
b. Mettez cette image en rapport avec le texte. Que
3. a. « Et si la belle se montre encore rebelle » (l. 36) : pré- cherche à dénoncer l’artiste ? (2 points)
cisez la nature et la fonction de « rebelle ». (2 points)
b. Expliquez le sens de ce mot. (1 point)
4. « embrasser » (l. 9) : expliquez la formation de ce mot. Dictée (20 min) 10 POINTS
(3 points)
Dictée
5. Réécriture Réécrivez les lignes 36 à 50 en remplaçant
« on » par « nous » et en faisant toutes les modifications On dictera aux élèves le texte à voix haute.
nécessaires (6 points)
Compréhension et compétences d’interprétation Rédaction (1 h 30) 40 POINTS
6. a. D’après la première et la quatrième strophes, pré-
cisez le thème de cette chanson. (2 points) Vous traiterez aux choix l’un des deux sujets.
b. Quel pronom est employé dans ces strophes ? Qui Sujet de réflexion. Pensez-vous que la société de consom-
désigne-t-il ? (2 points)
mation est une chance pour les individus ou qu’elle dés-
7. a. Relevez dans l’ensemble de la chanson deux adverbes humanise nos sociétés ? Pour répondre, appuyez-vous
de temps qui sont répétés. (2 points) sur vos expériences personnelles, vos lectures et vos
b. Quelle évolution l’auteur constate-t-il ? (3 points) connaissances en histoire et en géographie.
8. Comment l’auteur met-il en scène la relation amou- Sujet d’imagination. À votre tour, écrivez un texte paro-
reuse ? (3 points) dique révélant les aspects ridicules d’un phénomène de
9. Relevez dans la première strophe le champ lexical de société actuel : l’addiction aux écrans, l’aspect envahis-
la passion amoureuse. Quel autre champ lexical est déve- sant des réseaux sociaux, la mode…
Au revoir, Malabar !
C ette année-là, tous les animaux peinèrent comme des esclaves. Quel-
quefois leur long labeur, avec cette nourriture insuffisante, les épuisait,
mais Malabar, lui, ne faiblissait jamais. Il n’avait plus ses forces d’autre-
fois, mais rien dans ses faits et gestes ne le trahissait. Seule son apparence
5 avait un peu changé. Sa robe était moins luisante, ses reins semblaient se
creuser. Parfois, sur la pente qui conduit en haut de la carrière, à le voir
bander ses muscles sous le faix1 d’un énorme bloc de pierre, on aurait dit
que rien ne le retenait debout que la volonté. À ces moments-là, on lisait sur
ses lèvres sa devise : « Je travaillerai plus dur », mais la voix lui manquait.
10 Un jour, Malabar se blesse : il doit désormais rester à l’écurie. Douce et Benja-
min prennent soin de lui. Un après-midi, comme les animaux travaillent aux
champs, l’âne arrive en courant.
« Vite, vite ! criait-il. Venez tout de suite ! Ils emmènent Malabar ! »
Sans attendre les ordres du cochon, les animaux plantèrent là le travail
15 et se hâtèrent de regagner les bâtiments. Et, à n’en pas douter, il y avait
dans la cour, tiré par deux chevaux et conduit par un homme à la mine
chafouine, un melon rabattu sur le front, un immense fourgon fermé. Sur
le côté du fourgon, on pouvait lire des lettres en caractères imposants. Et
le box de Malabar était vide.
20 Les animaux se pressèrent autour du fourgon, criant en chœur : « Au
revoir, Malabar ! Au revoir, au revoir !
– Bande d’idiots ! se mit à braire Benjamin. Il piaffait et trépignait de
ses petits sabots. Bande d’idiots ! Est-ce que vous ne voyez pas comme
c’est écrit sur le côté du fourgon ? […] “Alfred Simmonds, Équarrisseur
25 et Fabricant de Matières adhésives, Willingdon. Négociant en Peaux et
Engrais animal. Fourniture de chenils.” Y êtes-vous maintenant ? Ils
emmènent Malabar pour l’abattre ! »
Un cri d’horreur s’éleva, poussé par tous. Dans l’instant, l’homme fouetta
ses chevaux et à bon trot le fourgon quitta la cour. Les animaux s’élancèrent
30 après lui, criant de toutes leurs forces. Douce s’était faufilée en tête. Le four-
gon commença à prendre de la vitesse. Et la jument, s’efforçant de pousser
sur ses jambes trop fortes, tout juste avançait au petit galop. « Malabar !
cria-t-elle, Malabar ! Malabar ! Malabar ! » Et à ce moment précis, comme
si lui fût parvenu le vacarme du dehors, Malabar, à l’arrière du fourgon,
35 montra le mufle et la raie blanche qui lui descendait jusqu’aux naseaux.
« Malabar ! lui cria Douce d’une voix de catastrophe. Malabar ! Sauve-
toi ! Sauve-toi vite ! Ils te mènent à la mort ! »
Tous les animaux reprirent son cri : « Sauve-toi, Malabar ! Sauve-toi ! »
1. Faix : charge très
lourde, fardeau. Mais déjà la voiture les gagnait de vitesse.
200
40 Il n’était pas sûr que Malabar eût entendu l’appel de Douce. Bientôt son
visage s’effaça de la lucarne, mais ensuite on l’entendit tambouriner et tré-
pigner à l’intérieur du fourgon, de tous ses sabots. Un fracas terrifiant. Il
essayait, à grandes ruades, de défoncer le fourgon. Le temps avait été où
de quelques coups de sabot il aurait pulvérisé cette voiture. Mais, hélas,
45 sa force l’avait abandonné, et bientôt le fracas de ses sabots tambourinant
s’atténua, puis s’éteignit. […]
Les traits de Malabar ne réapparurent plus à la lucarne. Trop tard,
quelqu’un eut l’idée de filer devant et de refermer la clôture aux cinq bar-
reaux. Le fourgon la franchissait déjà, et bientôt dévala la route et disparut.
50 On ne revit jamais Malabar.
GEORGE ORWELL, La Ferme des animaux, chapitre 9, trad. J. Quéval
© Éditions Champ Libre/Ivrea, 1981 et 2009.
Travail sur le texte littéraire (1 h 10) b. Quel est l’effet produit par ce décalage ? (1 point)
50 POINTS 9. « on l’entendit tambouriner et trépigner à l’intérieur
Grammaire et compétences linguistiques du fourgon, de tous ses sabots » (l. 41-42). Quelle est la
nature exacte de « on » ? Qui est ainsi désigné ? (2 points)
1. « Quelquefois […] , ne faiblissait jamais. » (l. 1-3)
a. Donnez la nature de « mais » et précisez le lien 10. À travers les yeux de quels personnages perçoit-on
logique exprimé. (2 points) la scène ? (1 point)
b. Recopiez la phrase en remplaçant « mais » par 11. a. Qu’est-ce que le « mufle » (l. 35) ? (1 point)
une conjonction de subordination qui exprimera le b. Par quels autres mots ce nom est-il repris lignes 40
même rapport. (2 points) à 51 ? Quelle est la figure de style utilisée ? (2 points)
c. Faites l’analyse complète des propositions ainsi 12. Par quels moyens différents le départ de Malabar
obtenues. (3 points) est-il dramatisé ? Analysez comment sont rapportées les
2. Relevez le sujet et le COD du verbe « trahissait » (l. 4.) paroles des personnages, les indices de temps utilisés lignes
(2 points) 32 à 42, la place de la dernière phrase du texte. (5 points)
3. a. Donnez un synonyme du mot « labeur » (l. 2). 13. Quelle impression produit la disparition de Mala-
(1 point) bar ? Développez votre réponse. (5 points)
b. Quelle nuance le mot « labeur » comporte-t-il ?
(1 point)
c. Donnez un mot de la même famille. (1 point)
4. Réécriture « Benjamin se mit à braire. […] pour Dictée (20 min) 10 POINTS
l’abattre !” » (l. 22 à 27)
Transposez ces paroles au discours indirect. Vous com- Dictée
mencerez ainsi : « Benjamin demanda aux animaux… » On dictera aux élèves le texte à voix haute.
(8 points)
Grammaire et compétences linguistiques
5. Dans le premier paragraphe, relevez toutes les expres-
sions qui vous renseignent sur les conditions de vie des Travail d’écriture (1 h 30) 40 POINTS
animaux. (3 points) Vous traiterez aux choix l’un des deux sujets.
6. a. De quelles qualités Malabar fait-il preuve ? Justifiez Sujet de réflexion. Pensez-vous que les individus aient
votre réponse en citant le texte. (3 points) une responsabilité dans le fonctionnement d’un régime
b. Quelles sont les conséquences de son attitude ? totalitaire ? Vous développerez votre point de vue en
Développez votre réponse. (2 points) vous appuyant sur vos connaissances historiques et sur
7. À quel moment le fourgon vient-il chercher Malabar ? vos lectures.
Pour quelle raison ? (2 points) Sujet d’imagination. Suite à la mise à mort de Malabar,
8. a. Quelle est la première réaction des animaux lors- Benjamin décide de réagir et de pousser les autres ani-
qu’ils voient partir Malabar ? Que comprennent-ils maux à se révolter contre le cochon. Racontez la scène
de la situation ? Que comprend le lecteur ? (3 points) en alternant récit et dialogues.
DOCUMENT
A Je veux que tout le monde rie
Depuis trois ans, Caligula règne sur Rome en tyran imprévisible et sangui-
naire. Quelques nobles romains se réunissent pour chercher un moyen de mettre
fin à ses crimes en l’assassinant. Mais Caligula arrive en plein milieu de leur
réunion et s’y fait servir un repas, comme si de rien n’était.
250
B
C ALIGULA . – Bien sûr, mon ami, bien sûr. Mais DOCUMENT
comme c’est commun ! (Il a déjà la femme près de
lui et lèche distraitement son épaule gauche. De plus
en plus à l’aise.) Au fait, quand je suis entré, vous
40 complotiez, n’est-ce pas ? On y allait de sa petite
conspiration, hein ?
L E VIEUX PATRICIEN. – Caïus, comment peux-tu…
CALIGULA . – Aucune importance, ma jolie. Il faut
bien que vieillesse se passe. Aucune importance, vrai-
45 ment. Vous êtes incapables d’un acte courageux. Il me
vient seulement à l’esprit que j’ai quelques questions
d’État à régler. Mais auparavant, sachons faire leur
part aux désirs impétueux que nous crée la nature.
Il se lève et entraîne la femme de Mucius dans la pièce
50 voisine.
ALBERT CAMUS, Caligula, 1994, © Gallimard.
DOCUMENT
A « Big Brother vous regarde »
L’action de ce roman, publié en 1949, se déroule en Grande-Bretagne, trente
ans après une guerre nucléaire ayant eu lieu dans les années 1950. Nous sommes
au début du roman : Winston Smith rentre chez lui, au septième étage d’un
immeuble dont l’ascenseur est en panne.
A chaque palier, sur une affiche collée au mur, face à la cage de l’as-
censeur, l’énorme visage vous fixait du regard. C’était un de ces portraits
arrangés de telle sorte que les yeux semblent suivre celui qui passe. Une
légende, sous le portrait, disait : BIG BROTHER VOUS REGARDE.
5 À l’intérieur de l’appartement de Winston, une voix sucrée faisait
entendre une série de nombres qui avaient trait à la production de la fonte.
La voix provenait d’une plaque de métal oblongue1, miroir terne encastré
dans le mur de droite. Winston tourna un bouton et la voix diminua de
volume, mais les mots étaient encore distincts. Le son de l’appareil (du
10 télécran, comme on disait) pouvait être assourdi, mais il n’y avait aucun
moyen de l’éteindre complètement. Winston se dirigea vers la fenêtre. Il
était de stature frêle, plutôt petite, et sa maigreur était soulignée par la
combinaison bleue, uniforme du Parti. Il avait les cheveux très blonds,
le visage naturellement sanguin, la peau durcie par le savon grossier, les
15 lames de rasoir émoussées2 et le froid de l’hiver qui venait de prendre fin.
Au-dehors, même à travers le carreau de la fenêtre fermée, le monde
paraissait froid. Dans la rue, de petits remous de vent faisaient tourner en
spirale la poussière et le papier déchiré. Bien que le soleil brillât et que le
ciel fût d’un bleu dur, tout semblait décoloré, hormis les affiches collées
20 partout. De tous les carrefours importants, le visage à la moustache noire
vous fixait du regard. Il y en avait un sur le mur d’en face. BIG BRO-
THER VOUS REGARDE, répétait la légende, tandis que le regard des
yeux noirs pénétrait les yeux de Winston. Au niveau de la rue, une autre
affiche, dont un angle était déchiré, battait par à-coups dans le vent, cou-
25 vrant et découvrant alternativement un seul mot : ANGSOC3. Au loin,
un hélicoptère glissa entre les toits, plana un moment, telle une mouche
bleue, puis repartit comme une flèche, dans un vol courbe. C’était une
1. Oblongue :
de forme allongée. patrouille qui venait mettre le nez aux fenêtres des gens. Mais les patrouilles
2. Émoussé : qui a n’avaient pas d’importance. Seule comptait la Police de la Pensée.
perdu son tranchant.
3. ANGSOC : 30 Derrière Winston, la voix du télécran continuait à débiter des
abréviation du parti renseignements sur la fonte et sur le dépassement des prévisions pour le
« socialisme
anglais », le régime neuvième plan triennal4. Le télécran recevait et transmettait simultanément.
politique au pouvoir.
4. Plan triennal :
Il captait tous les sons émis par Winston au-dessus d’un chuchotement très
programme d’un bas. De plus, tant que Winston demeurait dans le champ de vision de la
gouvernement,
prévu sur trois ans. 35 plaque de métal, il pouvait être vu aussi bien qu’entendu. Naturellement, il
284
B
DOCUMENT
n’y avait pas moyen de savoir si, à un moment
donné, on était surveillé. Combien de fois,
et suivant quel plan, la Police de la Pensée
se branchait-elle sur une ligne individuelle
40 quelconque, personne ne pouvait le savoir. On
pouvait même imaginer qu’elle surveillait tout
le monde, constamment. Mais de toute façon,
elle pouvait mettre une prise sur votre ligne
chaque fois qu’elle le désirait. On devait vivre,
45 on vivait, car l’habitude devient instinct, en
admettant que tout son émis était entendu et
que, sauf dans l’obscurité, tout mouvement
était perçu.
GEORGE ORWELL, 1984, trad. Amélie Audiberti,
Paris, © Gallimard, Folio, 1972. Image du film 1984, de Michael Radford, 1984.
Travail sur le texte littéraire 8. Comment l’omniprésence de Big Brother est-elle mise
et sur l’image (1 h 10) 50 POINTS
en valeur dans le document B ? (3 points)
9. En vous appuyant sur vos connaissances historiques,
Grammaire et compétences linguistiques relevez les éléments du texte évoquant un régime tota-
1. a. Dans la première phrase du texte, relevez les com- litaire et expliquez en quoi. (5 points)
pléments circonstanciels et donnez leur fonction pré- 10. En quoi peut-on dire que le monde présenté dans
cise. (3 points) cet extrait est déshumanisé ? Développez votre réponse
b. Nommez la figure de style employée et expliquez en vous appuyant sur l’ensemble de vos réponses aux
son effet. (3 points) questions. (6 points)
2. Quelle est la fonction de « uniforme du parti » (l. 13) ?
(2 points)
3. Précisez la nature et la fonction de « froid » (l. 17).
(2 points) Dictée (20 min) 10 POINTS
DOCUMENT
A « Le Regret de la terre »
312
B
DOCUMENT
Claude Monet (1840-1926), Le DŽjeuner, vers 1874, huile sur toile, 160 x 201 cm, Paris, musée d’Orsay.
Dictée
On dictera aux élèves le texte à voix haute.