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Sujets Brevet 2018

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Sujets Brevet 2018

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Sujet de brevet

DOCUMENT
A Un mystérieux mot

L e mot « presbytère » venait de tomber, cette année-là, dans mon oreille


sensible, et d’y faire des ravages.
« C’est certainement le presbytère le plus gai que je connaisse… » avait
dit quelqu’un.
5 Loin de moi l’idée de demander à l’un de mes parents : « Qu’est-ce que
c’est, un presbytère ? » J’avais recueilli en moi le mot mystérieux, comme
brodé d’un relief rêche1 en son commencement, achevé en une longue et
rêveuse syllabe… Enrichie d’un secret et d’un doute, je dormais avec le
mot et je l’emportais sur mon mur. « Presbytère ! » Je le jetais, par-dessus
10 le toit du poulailler et le jardin de Miton, vers l’horizon toujours brumeux
de Moutiers. Du haut de mon mur, le mot sonnait en anathème2 : « Allez !
vous êtes tous des presbytères ! » criais-je à des bannis3 invisibles.
Un peu plus tard, le mot perdit de son venin, et je m’avisai que « pres-
bytère » pouvait bien être le nom scientifique du petit escargot rayé jaune
15 et noir… Une imprudence perdit tout, pendant une de ces minutes où
une enfant, si grave, si chimérique qu’elle soit, ressemble passagèrement
à l’idée que s’en font les grandes personnes…
– Maman ! regarde le joli petit presbytère que j’ai trouvé !
– Le joli petit… quoi ?
20 – Le joli petit presb…
Je me tus, trop tard. Il me fallut apprendre – « Je me demande si cette
enfant a tout son bon sens… » – ce que je tenais tant à ignorer, et appeler
« les choses par leur nom… »
– Un presbytère, voyons, c’est la maison du curé.
25 – La maison du curé… Alors, M. le curé Millot habite dans un presbytère ?
– Naturellement… Ferme ta bouche, respire par le nez… Naturelle-
ment, voyons…
J’essayai encore de réagir… Je luttai contre l’effraction, je serrai contre
moi les lambeaux de mon extravagance 4 , je voulus obliger M. Millot à
30 habiter, le temps qu’il me plairait, dans la coquille vide du petit escargot
nommé « presbytère »…
1. Rêche : rugueux, – Veux-tu prendre l’habitude de fermer la bouche quand tu ne parles
qui présente un abord
désagréable pas ? À quoi penses-tu ?
2. Anathème : – À rien, maman…
condamnation
publique. 35 … Et puis je cédai. Je fus lâche, et je composai avec ma déception.
3. Banni : condamné Rejetant les débris du petit escargot écrasé, je ramassai le beau mot, je
à l’exil.
4. Extravagance : remontai jusqu’à mon étroite terrasse ombragée de vieux lilas, décorée
comportement de cailloux polis et de verroteries comme le nid d’une pie voleuse, je la
déraisonnable, qui
manque de bon sens. baptisai « Presbytère », et je me fis curé sur le mur.
COLETTE, La Maison de Claudine, 1922, © Librairie Arthème Fayard
et Hachette Littérature, 2004.

44
B
DOCUMENT

Quino, Le Club de Mafalda, tome 10, p. 43, © Glénat, 1986.

l’aide de deux exemples que vous expliquerez. (6 points)


Travail sur le texte littéraire 50 POINTS
et sur l’image (1 h 10) 10. a. Relevez les deux occurrences du mot « mur »
dans l’extrait : à votre avis, que représente ce mur pour
Grammaire et compétences linguistiques la narratrice ? (2 points)
1. a. Précisez la nature et la fonction du mot mystérieux. b. Commentez la dernière phrase du texte « je me fis
(l. 6) curé sur le mur ». (2 points)
b. Trouvez dans le dernier paragraphe un mot de même 11. Décrivez l’extrait de bande dessinée : que com-
nature mais de fonction différente. Justifiez votre réponse. prend-on du personnage principal ? (4 points)
(3 points)
2. Lignes 6 à 10 : relevez les verbes, précisez à quels temps 12. Quelle image le texte et cet extrait de bande des-
ils sont conjugués et justifiez ces emplois. (4 points) sinée donnent-ils de l’univers enfantin ? Développez
3. Expliquez l’emploi des guillemets pour l’expression votre réponse en vous appuyant sur les deux documents.
« les choses par leur nom » (l. 23). (1 point) (4 points)
4. Réécriture Réécrivez les lignes 35 à 39 (de Et puis à
Ç Presbyt•re È) en remplaçant « je » par « nous » et
le passé simple par du passé composé. Faites toutes
les modifications nécessaires. (8 points) Dictée (20 min) 10 POINTS
Compréhension et compétences d’interprétation
5. À quel genre littéraire ce texte appartient-il ? Justifiez Dictée
votre réponse. (2 points) On dictera le texte aux élèves à voix haute.
6. Lignes 1 à 15.
Quel mot est « tombé » dans l’oreille de la narratrice ?
Quel imaginaire développe-t-elle autour de ce mot ? Sur
quoi s’appuie-t-elle ? (6 points)
Rédaction (1h30) 40 POINTS
7. Dans quelle circonstance la narratrice apprend-elle
le sens véritable de « presbytère » ? Le souhaitait-elle ? Vous traiterez aux choix l’un des deux sujets.
Développez votre réponse en vous appuyant sur l’en-
Sujet de réflexion. Pensez-vous que le monde de
semble du texte. (4 points)
l’imaginaire nous éloigne de la réalité ou qu’il vient
8. Lignes 28 à 39. l’enrichir ? Vous développerez votre réponse de manière
a. Contre quoi la narratrice tente-t-elle de lutter ? Pour- argumentée.
quoi parle-t-elle d’« effraction » ? (2 points)
Sujet d’imagination. Racontez l’expérience d’un enfant
b. Donnez le sens du mot « lambeaux » : que montre
ayant vécu, comme Colette, une incompréhension, une
l’emploi de ce mot ? (2 points)
méconnaissance qui a mené à une situation cocasse.
9. Quel est le ton de ce texte ? Justifiez votre réponse à Votre récit sera mené à la première personne.

Chapitre 1 • L'écriture de soi 45


Sujet de brevet
A Comment as-tu pu être
DOCUMENT
mon ennemi ?
Le narrateur a poignardé un soldat français qui avait cherché refuge dans
le même trou d’obus que lui lors d’un bombardement. Après une interminable
agonie, et malgré les efforts de Paul pour le soigner, l’homme meurt. Paul se
retrouve coincé dans son trou à côté du cadavre.

L e silence se prolonge. Je parle, il faut que je parle. C’est pourquoi je


m’adresse à lui, en lui disant : « Camarade, je ne voulais pas te tuer. Si,
encore une fois, tu sautais dans ce trou, je ne le ferais plus, à condition
que toi aussi tu sois raisonnable. Mais d’abord tu n’as été pour moi qu’une
5 idée, une combinaison née dans mon cerveau et qui a suscité une réso-
lution ; c’est cette combinaison que j’ai poignardée. À présent je m’aper-
çois pour la première fois que tu es un homme comme moi. J’ai pensé à
tes grenades, à ta baïonnette et à tes armes ; maintenant c’est ta femme
que je vois, ainsi que ton visage et ce qu’il y a en nous de commun. Par-
10 donne-moi, camarade. Nous voyons les choses toujours trop tard. Pour-
quoi ne nous dit-on pas sans cesse que vous êtes, vous aussi, de pauvres
chiens comme nous, que vos mères se tourmentent comme les nôtres et
que nous avons tous la même peur de la mort, la même façon de mourir
et les mêmes souffrances ? Pardonne-moi, camarade : comment as-tu pu
15 être mon ennemi ? Si nous jetions ces armes et cet uniforme tu pourrais
être mon frère, tout comme Kat et Albert. Prends vingt ans de ma vie,
camarade, et lève-toi… Prends-en davantage, car je ne sais pas ce que,
désormais, j’en ferai encore. »
Tout est calme. Le front est tranquille, à l’exception du crépitement
20 des fusils. Les balles se suivent de près ; on ne tire pas n’importe com-
ment ; au contraire, on vise soigneusement de tous les côtés. Je ne puis
pas quitter mon abri.
« J’écrirai à ta femme, dis-je hâtivement au mort. Je veux lui écrire ;
c’est moi qui lui apprendrai la nouvelle ; je veux tout lui dire, de ce que je
25 te dis ; il ne faut pas qu’elle souffre : je l’aiderai, et tes parents aussi, ainsi
que ton enfant… »
Son uniforme est encore entrouvert. Il est facile de trouver le porte-
feuille. Mais j’hésite à l’ouvrir. Il y a là son livret militaire avec son nom.
Tant que j’ignore son nom, je pourrai peut-être encore l’oublier : le temps
30 effacera cette image. Mais son nom est un clou qui s’enfoncera en moi et
que je ne pourrai plus arracher. Il a cette force de tout rappeler, en tout
temps : cette scène pourra toujours se reproduire et se présenter devant moi.
Sans savoir que faire, je tiens dans ma main le portefeuille. Il m’échappe
et s’ouvre. Il en tombe des portraits et des lettres. […] Ce sont les portraits

84
B
DOCUMENT
35 d’une femme et d’une petite fille, de menues photo-
graphies d’amateur prises devant un mur de lierre. À
côté d’elles il y a des lettres. Je les sors et j’essaie de les
lire. Je ne comprends pas la plupart des choses ; c’est
difficile à déchiffrer et je ne connais qu’un peu de
40 français. Mais chaque mot que je traduis me pénètre,
comme un coup de feu dans la poitrine, comme un
coup de poignard au cœur… […] J’ouvre le livret et je
lis lentement : « Gérard Duval, typographe. »
J’inscris avec le crayon du mort l’adresse sur une
45 enveloppe et puis, soudain, je m’empresse de remettre
le tout dans sa veste.
J’ai tué le typographe Gérard Duval. Il faut que je
devienne typographe, pensé-je tout bouleversé, que
je devienne typographe. « L’ogre. Nous verrons bien c’qu’il
a dans l’ventre ! », soldat francais
ERICH MARIA REMARQUE, À l’Ouest rien de nouveau, regardant dans la bouche de
© Stock, 1929, 1993 pour la traduction française. l’allemand, illustration anonyme
pour une carte postale vers 1914.

Travail sur le texte littéraire 8. « Mais son nom est un clou qui s’enfoncera en moi
50 POINTS et que je ne pourrai plus arracher. » (l. 30-31)
et sur l’image (1 h 10) a. Quelle est la figure de style employée dans cette
phrase ? (1 point)
Grammaire et compétences linguistiques b. Quel effet produit-elle sur le lecteur ? (2 points)
1. a. Quelle est la classe grammaticale du mot « hâtive- c. De quoi le narrateur souffre-t-il ? (1 point)
ment » (l. 23) ? (1 point) 9. Quelles différentes décisions le narrateur prend-il
b. Analysez sa formation et donnez son sens. (2 points) dans la seconde moitié du texte ? Comment l’expli-
2. « Si, encore une fois […] tu sois raisonnable. » (l. 2-4) : quez-vous ? (4 points)
donnez la nature et la fonction de « le » et de « rai- 10. Comment, tout au long du texte, le narrateur
sonnable ». (4 points) redonne-t-il à l’ennemi son humanité ? (3 points)
3. « Pardonne-moi […] Kat et Albert » (l. 14-16) : dans 11. Selon vous, l’image donnée de l’ennemi dans le docu-
ces deux phrases, relevez tous les verbes conjugués, ment B est-elle proche de celle donnée dans le texte ?
précisez leur mode et leur temps. (8 points) Développez votre réponse. (4 points)
4. Réécriture Transposez au passé le passage suivant : «
Tant que j’ignore son nom […] et se présenter devant
moi » (l. 29-32). Vous mettrez le premier verbe à l’im-
Dictée (20 min) 10 POINTS
parfait et les autres verbes au temps qui convient. Dictée
(8 points)
On dictera aux élèves le texte à voix haute.
Compréhension et compétences d’interprétation
5. a. À qui le narrateur s’adresse-t-il dans les lignes 2 à
18 ? (1 point) Rédaction (1 h 30) 40 POINTS
b. Quel est le type de discours utilisé ? À votre avis,
quel est l’intérêt de ce choix ? (2 points)
Vous traiterez aux choix l’un des deux sujets.
Sujet de réflexion. Vous êtes un avocat chargé de
6. Quelle image le narrateur donne-t-il de cette défendre un jeune soldat accusé de désertion. Rédigez
personne ? Vous développerez et justifierez votre le discours argumenté que vous adresserez à la cour pour
réponse en vous appuyant sur des expressions précises sauver votre client.
du texte. (6 points) Sujet d’imagination. Quelques jours plus tard, Paul se
7. a. Dans les lignes 4 à 7, relevez quatre groupes nomi- retrouve à nouveau dans un trou d’obus avec un soldat
naux qui désignent le soldat français. (2 points) français. Imaginez et rédigez la scène. Vous insérerez un
b. De quoi le narrateur prend-il soudain conscience ? dialogue dans votre récit et mettrez en valeur les émo-
(1 point) tions successives des deux soldats.

Chapitre 3 • L’art et la Grande Guerre 85


Sujet de brevet

DOCUMENT
A Un homme, ça s’empêche…
Le narrateur du Premier Homme, dernier livre d’Albert Camus, publié à
titre posthume, cherche des informations sur son père, Cormery, mort sur le front
alors que lui n’était qu’un tout jeune enfant. Il interroge un ancien camarade de
régiment de celui-ci, qui le décrit comme un homme particulièrement placide.
Ce camarade, Levesque, se souvient d’une scène qui s’est passée en 1905, alors
que les deux hommes accomplissaient leur service militaire au Maroc, colonie
française.

U ne seule fois, Cormery avait paru hors de lui. C’était la nuit, après
une journée torride, dans ce coin de l’Atlas1 où le détachement campait
au sommet d’une petite colline gardée par un défilé rocheux. Cormery et
Levesque devaient relever la sentinelle au bas du défilé. Personne n’avait
5 répondu à leurs appels. Et au pied d’une haie de figuiers de Barbarie, ils
avaient trouvé leur camarade la tête renversée, bizarrement tournée vers
la lune. Et d’abord ils n’avaient pas reconnu sa tête qui avait une forme
étrange. Mais c’était tout simple. Il avait été égorgé et, dans sa bouche,
cette boursouflure livide était son sexe entier. C’est alors qu’ils avaient vu
10 le corps aux jambes écartées, le pantalon de zouave2 fendu et, au milieu
de la fente, dans le reflet cette fois indirect de la lune, cette flaque maré-
cageuse. À cent mètres plus loin, derrière un gros rocher cette fois, la deu-
xième sentinelle avait été présentée de la même façon. L’alarme avait été
donnée, les postes doublés. À l’aube, quand ils étaient remontés au camp,
15 Cormery avait dit que les autres n’étaient pas des hommes. Levesque, qui
réfléchissait, avait répondu que, pour eux, c’était ainsi que devaient agir
les hommes, qu’on était chez eux, et qu’ils usaient de tous les moyens.
Cormery avait pris son air buté. « Peut-être. Mais ils ont tort. Un homme
ne fait pas ça. » Levesque avait dit que pour eux, dans certaines circons-
20 tances, un homme doit tout se permettre et tout détruire. Mais Cormery
avait crié comme pris de folie furieuse : « Non, un homme ça s’empêche.
Voilà ce qu’est un homme, ou sinon... » Et puis il s’était calmé. « Moi,
1. Massif montagneux avait-il dit d’une voix sourde, je suis pauvre, je sors de l’orphelinat, on
du Maroc, où est me met cet habit, on me traîne à la guerre, mais je m’empêche. – Il y a
stationné le régiment
du père du narrateur. 25 des Français qui ne s’empêchent pas, avait dit Levesque. – Alors, eux non
2. Zouave (n. m.) :
soldat de l’armée
plus, ce ne sont pas des hommes. »
française basée en Et soudain, il cria : « Sale race ! Quelle race ! Tous, tous... »
Afrique, à l’uniforme
caractéristique. Et il était entré sous sa tente, pâle comme un linge.
ALBERT CAMUS, Le Premier Homme, © Gallimard, 1994.

114
B
DOCUMENT
6. Quelle découverte macabre les deux hommes font-
ils ? (1 point)
7. Comment Levesque justifie-t-il la violence de ces
crimes ? Citez le texte pour appuyer votre propos
(2 points)
8. a. Qu’en pense Corméry ? (1 point)
b. Comment comprenez-vous cette affirmation
de Cormery : « Un homme, ça s’empêche » (l. 21) ?
(2 points)
9. « Moi, avait-il dit […] mais je m’empêche. (l. 22-24)
a. Quelle figure de style est employée dans cette
phrase ? Que met-elle en évidence ? (2 points)
b. Qu’exprime la conjonction de coordination
« mais » ? Expliquez son emploi. (2 points)
c. Le verbe « s’empêcher » est-il transitif ou intransitif ?
Que remarquez-vous sur la manière dont Corméry
emploie ce verbe ? (2 points)
10. Relevez toutes les expressions qui montrent une
réaction violente de la part de Corméry. Comment
pouvez-vous l’expliquer ? (2 points)
11. À votre avis, à qui s’adressent les imprécations
de l’avant-dernière ligne ? Justifiez votre réponse.
(2 points)
Jérôme Bosch (vers 1540- 1516), Le Portement 12. a. Quelle scène religieuse est représentée dans le
de la Croix, 1515-1516, huile sur bois, 76,7 x 83,5 cm, document B ? (2 points)
Gand, musée des Beaux-Arts.
b. Qu’a voulu montrer le peintre sur la condition
humaine ? Quel lien établissez-vous entre cette
Travail sur le texte littéraire 50 POINTS représentation et la phrase de Camus : « un homme,
et sur l’image (1 h 10) ça s’empêche. » ? (10 points)

Grammaire et compétences linguistiques


1. « L’alarme avait été donnée. » (l. 13) Dictée (20 mn) 10 POINTS
a. Précisez la voix et le temps du verbe de cette
phrase. (2 points) Dictée
b. Transposez cette phrase à la voix active. (2 points)
On dictera aux élèves le texte à voix haute.
2. a. Donnez la nature du mot « détachement » (l. 2).
(2 points)
b. Analysez la formation de ce mot et déduisez-en
son sens. (2 points)
3. « Cormery avait dit que les autres n’étaient pas des Rédaction (1h30) 40 POINTS
hommes. » (l.15) « C’était ainsi que devaient agir les Vous traiterez aux choix l’un des deux sujets.
hommes. » (l.16-17). Précisez la fonction du nom Sujet de réflexion. Pourquoi est-il nécessaire, dans la vie
« hommes » dans chacune de ces phrases. (2 points) en société, que chacun s’impose des limites ?
4. Réécriture « À l’aube […] les moyens » (l.14-17) Répondez à cette question de manière organisée en
Réécrivez ce passage en transposant au discours choisissant vos exemples dans vos expériences, vos
direct les paroles transcrites au discours indirect. lectures et vos connaissances historiques.
(12 points)
Sujet d’imagination. L’un de vos camarades vous déçoit
Compréhension et compétences d’interprétation par un comportement irrespectueux. Vous discutez avec
5. Expliquez la situation des deux personnages du texte. lui pour lui faire part de votre désapprobation. Racontez
Pour répondre, appuyez-vous sur l’introduction et les les faits en exprimant votre déception et construisez un
premières lignes du texte. (2 points) dialogue argumenté.

Chapitre 4 • Dans la tourmente de l’Histoire 115


Sujet de brevet

DOCUMENT
A « Barbara »

R appelle-toi Barbara Cette pluie sage et heureuse


Sur ton visage heureux
Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là
Et tu marchais souriante Sur cette ville heureuse
Épanouie ravie ruisselante Cette pluie sur la mer
5 Sous la pluie 35 Sur l’arsenal
Rappelle-toi Barbara Sur le bateau d’Ouessant
Il pleuvait sans cesse sur Brest Oh Barbara
Et je t’ai croisée rue de Siam Quelle connerie la guerre
Tu souriais Qu’es-tu devenue maintenant
10 Et moi je souriais de même 40 Sous cette pluie de fer
Rappelle-toi Barbara De feu d’acier de sang
Toi que je ne connaissais pas Et celui qui te serrait dans ses bras
Toi qui ne me connaissais pas Amoureusement
Rappelle-toi Est-il mort disparu ou bien encore vivant
15 Rappelle-toi quand même ce jour-là 45 Oh Barbara
N’oublie pas Il pleut sans cesse sur Brest
Un homme sous un porche s’abritait Comme il pleuvait avant
Et il a crié ton nom Mais ce n’est plus pareil et tout est abîmé
Barbara C’est une pluie de deuil terrible et désolée
20 Et tu as couru vers lui sous la pluie 50 Ce n’est même plus l’orage
Ruisselante ravie épanouie De fer d’acier de sang
Et tu t’es jetée dans ses bras Tout simplement des nuages
Rappelle-toi cela Barbara Qui crèvent comme des chiens
Et ne m’en veux pas si je te tutoie Des chiens qui disparaissent
25 Je dis tu à tous ceux que j’aime 55 Au fil de l’eau sur Brest
Même si je ne les ai vus qu’une seule fois Et vont pourrir au loin
Je dis tu à tous ceux qui s’aiment Au loin très loin de Brest
Même si je ne les connais pas Dont il ne reste rien.
Rappelle-toi Barbara JACQUES PRÉVERT (1900-1977), Paroles, 1946,
30 N’oublie pas © Gallimard.

Travail sur le texte littéraire 50 POINTS 3. a. Identifiez la nature du mot « ruisselante » (v.4).
et sur l’image (1 h 10) (1 point)
b. Proposez un verbe de la même famille. (1 point)
Grammaire et compétences linguistiques c. Employez ce verbe dans une phrase qui en
1. Identifiez le temps et le mode du verbe du vers révèle le sens et dans laquelle il sera conjugué au
1. Quelle est la valeur de ce mode ? (2 points) présent. (4 points)
2. « Et je t’ai croisée rue de Siam » (v. 8) : expliquez 4. Réécriture Réécrivez à la deuxième personne du
la terminaison du participe passé. (2 points) pluriel les vers 3 à 5 et les vers 8 à 9. (8 points)

126
B
DOCUMENT

Robert Doisneau
(1912-1994),
Le Baiser de l’Opéra,
1950, photographie.

Compréhension et compétences d’interprétation 11. a. Quel type de phrase est employé des vers 39 à 44 ?
5. Qui désignent les pronoms « toi »(v. 1), « je » (v. 8), Quel sentiment ces phrases expriment-elles ? (2 points)
« il » (v. 8) ? Précisez quelles sont les relations entre les b. Quel est le dernier mot du texte ? Que traduit-il de
trois personnages. (3 points) l’état d’esprit du poète ? (2 points)
6. Quel verbe est répété des vers 1 à 23 ? Quel est l’effet 12. Peut-on parler ici de poésie engagée ? (4 points)
créé ? (2 points)
7. a. Quels adjectifs caractérisent Barbara aux vers 4 et Dictée (20 mn) 10 POINTS
21 ? (2 points)
b. Relisez les vers 31 à 36 : quel rapport le poète établit-il Dictée
entre la jeune femme et la ville ? (2 points) On dictera aux élèves le texte à voix haute.
8. Observez deux à deux les vers 9-10, et 12-13 :
a. Quelles remarques pouvez-vous faire sur leur Rédaction (1h30) 40 POINTS
construction ? (2 points)
b. Que partage le poète avec la jeune femme ? Vous traiterez aux choix l’un des deux sujets.
(2 points)
Sujet de réflexion. Pensez-vous que l’art permette de
c. Dans quels vers le poète explique-t-il ce sentiment
dénoncer certains aspects du monde ? Développez votre
de proximité qui les relie ? (1 point)
réponse en vous appuyant sur vos connaissances dans
9. Quelle rupture constatez-vous dans le poème ? (3 points) les divers domaines artistiques.
10. a. Relevez les expansions du nom « pluie » aux vers Sujet d’imagination. Après la guerre, Barbara reçoit une
40 et 49 : que traduisent ces images ? (3 points) lettre de son amoureux : il lui exprime son empressement
b. Aux vers 37-38, quel niveau de langue est employé ? de la retrouver et lui décrit le monde qu’il aimerait
Quel est l’effet produit ? (2 points) reconstruire. Rédigez cette lettre.

Chapitre 5 • Art et engagement 127


Sujet de brevet

A
DOCUMENT La Complainte du progrès

A utrefois pour faire sa cour Ah Gudule, excuse-toi, ou je reprends


tout ça…
On parlait d’amour
Pour mieux prouver son ardeur
On offrait son cœur 30 Mon frigidaire, mon armoire à cuillers
5 Maintenant c’est plus pareil Mon évier en fer, et mon poêle à mazout
Ça change, ça change Mon cire-godasses, mon repasse-limaces
Pour séduire le cher ange Mon tabouret-à-glace et mon chasse-filous !
On lui glisse à l’oreille La tourniquette, à faire la vinaigrette
35 Le ratatine ordures et le coupe friture
Ah Gudule, viens m’embrasser, Et si la belle se montre encore rebelle
10 et je te donnerai… On la ficelle dehors, pour confier son sort…
Au frigidaire, à l’efface-poussière
Un frigidaire, un joli scooter, un atomixer À la cuisinière, au lit qu’est toujours fait
Et du Dunlopillo1 40 Au chauffe-savates, au canon à patates
Une cuisinière, avec un four en verre À l’éventre-tomate, à l’écorche-poulet !
Des tas des couverts et des pelles à gâteaux !
15 Une tourniquette pour faire la vinaigrette Mais très très vite
Un bel aérateur pour bouffer les odeurs On reçoit la visite
Des draps qui chauffent D’une tendre petite
Un pistolet à gaufres 45 Qui vous offre son cœur
Un avion pour deux…
20 Et nous serons heureux ! Alors on cède
Car il faut qu’on s’entraide
Autrefois s’il arrivait Et l’on vit comme ça jusqu’à la prochaine fois
Que l’on se querelle Et l’on vit comme ça jusqu’à la prochaine fois
L’air lugubre on s’en allait 50 Et l’on vit comme ça jusqu’à la prochaine fois
En laissant la vaisselle BORIS VIAN, La Complainte du progr•s, 1956,
25 Maintenant que voulez-vous © Éditions Majestic, © Jacques Canetti.

La vie est si chère


On dit : « rentre chez ta mère »
Et on se garde tout

1. Marque de matelas.

170
B
DOCUMENT

Gérard Fromanger
(né en 1939),
Au Printemps ou
La Vie à l’endroit,
1972, huile sur toile,
150 x 200 cm,
coll. privŽe.

Travail sur le texte littéraire loppé dans les strophes qui suivent ? Quel est l’effet pro-
50 POINTS duit ? (4 points)
et sur l’image (1 h 10)
10. Quelle figure de style est employée dans les strophes
3 et 6 ? Quel est l’effet recherché par l’auteur ? (4 points)
Grammaire et compétences linguistiques
1. Identifiez les deux temps employés dans la première 11. Expliquez le titre de la chanson. Que veut dénoncer
l’auteur ? Comment procède-t-il ? (6 points)
strophe. Quelle est la valeur de ces temps ? (4 point)
2. « Ah ! Gudule, viens m’embrasser/et, je te donnerai… » 12. Observez le document B :
(l. 9-10) : expliquez à qui renvoient les deux pronoms per- a. Où se situe cette scène ? Que font les passants
sonnels de cette phrase. Précisez leur fonction. (4 points) représentés ? (2 points)
b. Mettez cette image en rapport avec le texte. Que
3. a. « Et si la belle se montre encore rebelle » (l. 36) : pré- cherche à dénoncer l’artiste ? (2 points)
cisez la nature et la fonction de « rebelle ». (2 points)
b. Expliquez le sens de ce mot. (1 point)
4. « embrasser » (l. 9) : expliquez la formation de ce mot. Dictée (20 min) 10 POINTS
(3 points)
Dictée
5. Réécriture Réécrivez les lignes 36 à 50 en remplaçant
« on » par « nous » et en faisant toutes les modifications On dictera aux élèves le texte à voix haute.
nécessaires (6 points)
Compréhension et compétences d’interprétation Rédaction (1 h 30) 40 POINTS
6. a. D’après la première et la quatrième strophes, pré-
cisez le thème de cette chanson. (2 points) Vous traiterez aux choix l’un des deux sujets.
b. Quel pronom est employé dans ces strophes ? Qui Sujet de réflexion. Pensez-vous que la société de consom-
désigne-t-il ? (2 points)
mation est une chance pour les individus ou qu’elle dés-
7. a. Relevez dans l’ensemble de la chanson deux adverbes humanise nos sociétés ? Pour répondre, appuyez-vous
de temps qui sont répétés. (2 points) sur vos expériences personnelles, vos lectures et vos
b. Quelle évolution l’auteur constate-t-il ? (3 points) connaissances en histoire et en géographie.
8. Comment l’auteur met-il en scène la relation amou- Sujet d’imagination. À votre tour, écrivez un texte paro-
reuse ? (3 points) dique révélant les aspects ridicules d’un phénomène de
9. Relevez dans la première strophe le champ lexical de société actuel : l’addiction aux écrans, l’aspect envahis-
la passion amoureuse. Quel autre champ lexical est déve- sant des réseaux sociaux, la mode…

Chapitre 7 • La société de consommation 171


Sujet de brevet

Au revoir, Malabar !

C ette année-là, tous les animaux peinèrent comme des esclaves. Quel-
quefois leur long labeur, avec cette nourriture insuffisante, les épuisait,
mais Malabar, lui, ne faiblissait jamais. Il n’avait plus ses forces d’autre-
fois, mais rien dans ses faits et gestes ne le trahissait. Seule son apparence
5 avait un peu changé. Sa robe était moins luisante, ses reins semblaient se
creuser. Parfois, sur la pente qui conduit en haut de la carrière, à le voir
bander ses muscles sous le faix1 d’un énorme bloc de pierre, on aurait dit
que rien ne le retenait debout que la volonté. À ces moments-là, on lisait sur
ses lèvres sa devise : « Je travaillerai plus dur », mais la voix lui manquait.
10 Un jour, Malabar se blesse : il doit désormais rester à l’écurie. Douce et Benja-
min prennent soin de lui. Un après-midi, comme les animaux travaillent aux
champs, l’âne arrive en courant.
« Vite, vite ! criait-il. Venez tout de suite ! Ils emmènent Malabar ! »
Sans attendre les ordres du cochon, les animaux plantèrent là le travail
15 et se hâtèrent de regagner les bâtiments. Et, à n’en pas douter, il y avait
dans la cour, tiré par deux chevaux et conduit par un homme à la mine
chafouine, un melon rabattu sur le front, un immense fourgon fermé. Sur
le côté du fourgon, on pouvait lire des lettres en caractères imposants. Et
le box de Malabar était vide.
20 Les animaux se pressèrent autour du fourgon, criant en chœur : « Au
revoir, Malabar ! Au revoir, au revoir !
– Bande d’idiots ! se mit à braire Benjamin. Il piaffait et trépignait de
ses petits sabots. Bande d’idiots ! Est-ce que vous ne voyez pas comme
c’est écrit sur le côté du fourgon ? […] “Alfred Simmonds, Équarrisseur
25 et Fabricant de Matières adhésives, Willingdon. Négociant en Peaux et
Engrais animal. Fourniture de chenils.” Y êtes-vous maintenant ? Ils
emmènent Malabar pour l’abattre ! »
Un cri d’horreur s’éleva, poussé par tous. Dans l’instant, l’homme fouetta
ses chevaux et à bon trot le fourgon quitta la cour. Les animaux s’élancèrent
30 après lui, criant de toutes leurs forces. Douce s’était faufilée en tête. Le four-
gon commença à prendre de la vitesse. Et la jument, s’efforçant de pousser
sur ses jambes trop fortes, tout juste avançait au petit galop. « Malabar !
cria-t-elle, Malabar ! Malabar ! Malabar ! » Et à ce moment précis, comme
si lui fût parvenu le vacarme du dehors, Malabar, à l’arrière du fourgon,
35 montra le mufle et la raie blanche qui lui descendait jusqu’aux naseaux.
« Malabar ! lui cria Douce d’une voix de catastrophe. Malabar ! Sauve-
toi ! Sauve-toi vite ! Ils te mènent à la mort ! »
Tous les animaux reprirent son cri : « Sauve-toi, Malabar ! Sauve-toi ! »
1. Faix : charge très
lourde, fardeau. Mais déjà la voiture les gagnait de vitesse.

200
40 Il n’était pas sûr que Malabar eût entendu l’appel de Douce. Bientôt son
visage s’effaça de la lucarne, mais ensuite on l’entendit tambouriner et tré-
pigner à l’intérieur du fourgon, de tous ses sabots. Un fracas terrifiant. Il
essayait, à grandes ruades, de défoncer le fourgon. Le temps avait été où
de quelques coups de sabot il aurait pulvérisé cette voiture. Mais, hélas,
45 sa force l’avait abandonné, et bientôt le fracas de ses sabots tambourinant
s’atténua, puis s’éteignit. […]
Les traits de Malabar ne réapparurent plus à la lucarne. Trop tard,
quelqu’un eut l’idée de filer devant et de refermer la clôture aux cinq bar-
reaux. Le fourgon la franchissait déjà, et bientôt dévala la route et disparut.
50 On ne revit jamais Malabar.
GEORGE ORWELL, La Ferme des animaux, chapitre 9, trad. J. Quéval
© Éditions Champ Libre/Ivrea, 1981 et 2009.

Travail sur le texte littéraire (1 h 10) b. Quel est l’effet produit par ce décalage ? (1 point)
50 POINTS 9. « on l’entendit tambouriner et trépigner à l’intérieur
Grammaire et compétences linguistiques du fourgon, de tous ses sabots » (l. 41-42). Quelle est la
nature exacte de « on » ? Qui est ainsi désigné ? (2 points)
1. « Quelquefois […] , ne faiblissait jamais. » (l. 1-3)
a. Donnez la nature de « mais » et précisez le lien 10. À travers les yeux de quels personnages perçoit-on
logique exprimé. (2 points) la scène ? (1 point)
b. Recopiez la phrase en remplaçant « mais » par 11. a. Qu’est-ce que le « mufle » (l. 35) ? (1 point)
une conjonction de subordination qui exprimera le b. Par quels autres mots ce nom est-il repris lignes 40
même rapport. (2 points) à 51 ? Quelle est la figure de style utilisée ? (2 points)
c. Faites l’analyse complète des propositions ainsi 12. Par quels moyens différents le départ de Malabar
obtenues. (3 points) est-il dramatisé ? Analysez comment sont rapportées les
2. Relevez le sujet et le COD du verbe « trahissait » (l. 4.) paroles des personnages, les indices de temps utilisés lignes
(2 points) 32 à 42, la place de la dernière phrase du texte. (5 points)
3. a. Donnez un synonyme du mot « labeur » (l. 2). 13. Quelle impression produit la disparition de Mala-
(1 point) bar ? Développez votre réponse. (5 points)
b. Quelle nuance le mot « labeur » comporte-t-il ?
(1 point)
c. Donnez un mot de la même famille. (1 point)
4. Réécriture « Benjamin se mit à braire. […] pour Dictée (20 min) 10 POINTS
l’abattre !” » (l. 22 à 27)
Transposez ces paroles au discours indirect. Vous com- Dictée
mencerez ainsi : « Benjamin demanda aux animaux… » On dictera aux élèves le texte à voix haute.
(8 points)
Grammaire et compétences linguistiques
5. Dans le premier paragraphe, relevez toutes les expres-
sions qui vous renseignent sur les conditions de vie des Travail d’écriture (1 h 30) 40 POINTS
animaux. (3 points) Vous traiterez aux choix l’un des deux sujets.
6. a. De quelles qualités Malabar fait-il preuve ? Justifiez Sujet de réflexion. Pensez-vous que les individus aient
votre réponse en citant le texte. (3 points) une responsabilité dans le fonctionnement d’un régime
b. Quelles sont les conséquences de son attitude ? totalitaire ? Vous développerez votre point de vue en
Développez votre réponse. (2 points) vous appuyant sur vos connaissances historiques et sur
7. À quel moment le fourgon vient-il chercher Malabar ? vos lectures.
Pour quelle raison ? (2 points) Sujet d’imagination. Suite à la mise à mort de Malabar,
8. a. Quelle est la première réaction des animaux lors- Benjamin décide de réagir et de pousser les autres ani-
qu’ils voient partir Malabar ? Que comprennent-ils maux à se révolter contre le cochon. Racontez la scène
de la situation ? Que comprend le lecteur ? (3 points) en alternant récit et dialogues.

Chapitre 8 • Dénoncer par la fable 201


Sujet de brevet

DOCUMENT
A Je veux que tout le monde rie
Depuis trois ans, Caligula règne sur Rome en tyran imprévisible et sangui-
naire. Quelques nobles romains se réunissent pour chercher un moyen de mettre
fin à ses crimes en l’assassinant. Mais Caligula arrive en plein milieu de leur
réunion et s’y fait servir un repas, comme si de rien n’était.

CALIGULA. – Tu as l’air de mauvaise humeur. Serait-ce parce que j’ai fait


mourir ton fils ?
L EPIDUS, la gorge serrée. – Mais non, Caïus1, au contraire.
CALIGULA, épanoui. – Au contraire ! Ah ! que j’aime que le visage démente
5 les soucis du cœur. Ton visage est triste. Mais ton cœur ? Au contraire
n’est-ce pas, Lepidus ?
L EPIDUS, résolument. – Au contraire, César.
CALIGULA, de plus en plus heureux. – Ah ! Lepidus, personne ne m’est plus
cher que toi. Rions ensemble, veux-tu ? Et dis-moi quelque bonne histoire.
10 L EPIDUS, qui a présumé de ses forces. – Caïus !
CALIGULA . – Bon, bon. Je raconterai, alors. Mais tu riras, n’est-ce pas,
Lepidus ? (L’œil mauvais.) Ne serait-ce que pour ton second fils. (De
nouveau rieur.) D’ailleurs, tu n’es pas de mauvaise humeur. (Il boit, puis
dictant.) Au…, au… Allons, Lepidus.
15 L EPIDUS, avec lassitude. – Au contraire, Caïus.
CALIGULA . – À la bonne heure ! (Il boit.) Écoute, maintenant. (Rêveur.) Il
était une fois un pauvre empereur que personne n’aimait. Lui, qui aimait
Lepidus, fit tuer son plus jeune fils pour s’enlever cet amour du cœur.
(Changeant de ton.) Naturellement, ce n’est pas vrai. Drôle, n’est-ce pas ?
20 Tu ne ris pas. Personne ne rit ? Écoutez alors. (Avec une violente colère.) Je
veux que tout le monde rie. Toi, Lepidus, et tous les autres. Levez-vous,
riez. (Il frappe sur la table.) Je veux, vous entendez, je veux vous voir rire.
Tout le monde se lève. Pendant toute cette scène, les acteurs, sauf Caligula
et Caesonia, pourront jouer comme des marionnettes.
25 Se renversant sur son lit, épanoui, pris d’un rire irrésistible.
[…] Voyons. Cherea, tu es bien silencieux.
CHEREA . – Je suis prêt à parler, Caïus. Dès que tu le permettras.
C ALIGULA . – Parfait. Alors tais-toi. J’aimerais bien entendre notre ami
Mucius.
30 MUCIUS, à contrecœur. – À tes ordres, Caïus.
CALIGULA . – Eh bien, parle-nous de ta femme. Et commence par l’en-
voyer à ma gauche. (La femme de Mucius vient près de Caligula.) Eh bien !
Mucius, nous t’attendons.
MUCIUS, un peu perdu. – Ma femme, mais je l’aime.
1. Caïus : prénom
de Caligula. 35 Rire général.

250
B
C ALIGULA . – Bien sûr, mon ami, bien sûr. Mais DOCUMENT
comme c’est commun ! (Il a déjà la femme près de
lui et lèche distraitement son épaule gauche. De plus
en plus à l’aise.) Au fait, quand je suis entré, vous
40 complotiez, n’est-ce pas ? On y allait de sa petite
conspiration, hein ?
L E VIEUX PATRICIEN. – Caïus, comment peux-tu…
CALIGULA . – Aucune importance, ma jolie. Il faut
bien que vieillesse se passe. Aucune importance, vrai-
45 ment. Vous êtes incapables d’un acte courageux. Il me
vient seulement à l’esprit que j’ai quelques questions
d’État à régler. Mais auparavant, sachons faire leur
part aux désirs impétueux que nous crée la nature.
Il se lève et entraîne la femme de Mucius dans la pièce
50 voisine.
ALBERT CAMUS, Caligula, 1994, © Gallimard.

Opéra-bouffe Caligula Delirante


Travail sur le texte littéraire de Pagliardi, Institut national de
50 POINTS la marionnette de Charleville-Mézières,
et sur l’image (1 h 10) mars 2012.

Grammaire et compétences linguistiques


1. Expliquez la différence d’orthographe entre les deux 9. Quelle parole Caligula fait-il réciter à Lépidus ? À votre
formes du verbe « rire » aux lignes 20 et 21. (2 points) avis, pourquoi ? (3 points)
2. a. Lignes 28 à 31, quels sont le mode et le temps des 10. Quelle image avez-vous finalement de Caligula d’une
verbes employés par Caligula ? Avec quelle valeur ? part, et nobles romains d’autre part ? (5 points)
(2 points) 11. À votre avis, pourquoi Camus parle-t-il d’un tyran
b. Dans les lignes 11 à 13, relevez verbe à un autre romain en 1944 ? (2 points)
temps et à un autre mode, que vous préciserez, qui a
la même valeur. (2 points) 12. Observez le document B. Le choix d’adapter Cali-
gula en marionnettes vous paraît-il adapté ? Développez
3. Réécriture Transformez la réplique de Caligula lignes votre réponse. (5 points)
11 à 13 en récit au passé. Vous rapporterez les paroles au
discours indirect. (8 points)
4. a. Donnez la nature du mot « démente » (l. 4). (1 Dictée (20 min) 10 POINTS
point
b. Analysez la formation de ce mot et déduisez-en Dictée
son sens. (3 points)
c. Faites une phrase avec un synonyme de ce mot, On dictera aux élèves le texte à voix haute.
dont vous préciserez la nature. (2 points)
Compréhension et compétences d’interprétation
5. À quel genre littéraire ce texte appartient-il ? Justifiez Rédaction (1 h 30) 40 POINTS
votre réponse. (3 points)
6. Qui sont Lépidus, Chéréa, Mucius ? (1 point) Vous traiterez aux choix l’un des deux sujets.
7. a. Comment Caligula se comporte-t-il avec ses Sujet de réflexion. Selon vous, la littérature et le cinéma
convives ? Développez votre réponse en vous appuyant sont-ils un bon moyen de réfléchir sur la vie ? Pourquoi ?
précisément sur le texte. (6 points)
Développez votre point de vue de façon argumentée.
b. Quelle est l’attitude des autres personnages face à
l’empereur ? Comment l’expliquez-vous ? (3 points) Sujet d’imagination. Imaginez ce que disent et font les
8. Caligula sait-il que ces hommes étaient réunis pour autres personnages après le départ de l’empereur. Vous
comploter contre lui ? Justifiez votre réponse. (2 points) respecterez les codes de l’écriture théâtrale.

Chapitre 10 • Le tyran au théâtre 251


Sujet de brevet

DOCUMENT
A « Big Brother vous regarde »
L’action de ce roman, publié en 1949, se déroule en Grande-Bretagne, trente
ans après une guerre nucléaire ayant eu lieu dans les années 1950. Nous sommes
au début du roman : Winston Smith rentre chez lui, au septième étage d’un
immeuble dont l’ascenseur est en panne.

A chaque palier, sur une affiche collée au mur, face à la cage de l’as-
censeur, l’énorme visage vous fixait du regard. C’était un de ces portraits
arrangés de telle sorte que les yeux semblent suivre celui qui passe. Une
légende, sous le portrait, disait : BIG BROTHER VOUS REGARDE.
5 À l’intérieur de l’appartement de Winston, une voix sucrée faisait
entendre une série de nombres qui avaient trait à la production de la fonte.
La voix provenait d’une plaque de métal oblongue1, miroir terne encastré
dans le mur de droite. Winston tourna un bouton et la voix diminua de
volume, mais les mots étaient encore distincts. Le son de l’appareil (du
10 télécran, comme on disait) pouvait être assourdi, mais il n’y avait aucun
moyen de l’éteindre complètement. Winston se dirigea vers la fenêtre. Il
était de stature frêle, plutôt petite, et sa maigreur était soulignée par la
combinaison bleue, uniforme du Parti. Il avait les cheveux très blonds,
le visage naturellement sanguin, la peau durcie par le savon grossier, les
15 lames de rasoir émoussées2 et le froid de l’hiver qui venait de prendre fin.
Au-dehors, même à travers le carreau de la fenêtre fermée, le monde
paraissait froid. Dans la rue, de petits remous de vent faisaient tourner en
spirale la poussière et le papier déchiré. Bien que le soleil brillât et que le
ciel fût d’un bleu dur, tout semblait décoloré, hormis les affiches collées
20 partout. De tous les carrefours importants, le visage à la moustache noire
vous fixait du regard. Il y en avait un sur le mur d’en face. BIG BRO-
THER VOUS REGARDE, répétait la légende, tandis que le regard des
yeux noirs pénétrait les yeux de Winston. Au niveau de la rue, une autre
affiche, dont un angle était déchiré, battait par à-coups dans le vent, cou-
25 vrant et découvrant alternativement un seul mot : ANGSOC3. Au loin,
un hélicoptère glissa entre les toits, plana un moment, telle une mouche
bleue, puis repartit comme une flèche, dans un vol courbe. C’était une
1. Oblongue :
de forme allongée. patrouille qui venait mettre le nez aux fenêtres des gens. Mais les patrouilles
2. Émoussé : qui a n’avaient pas d’importance. Seule comptait la Police de la Pensée.
perdu son tranchant.
3. ANGSOC : 30 Derrière Winston, la voix du télécran continuait à débiter des
abréviation du parti renseignements sur la fonte et sur le dépassement des prévisions pour le
« socialisme
anglais », le régime neuvième plan triennal4. Le télécran recevait et transmettait simultanément.
politique au pouvoir.
4. Plan triennal :
Il captait tous les sons émis par Winston au-dessus d’un chuchotement très
programme d’un bas. De plus, tant que Winston demeurait dans le champ de vision de la
gouvernement,
prévu sur trois ans. 35 plaque de métal, il pouvait être vu aussi bien qu’entendu. Naturellement, il

284
B
DOCUMENT
n’y avait pas moyen de savoir si, à un moment
donné, on était surveillé. Combien de fois,
et suivant quel plan, la Police de la Pensée
se branchait-elle sur une ligne individuelle
40 quelconque, personne ne pouvait le savoir. On
pouvait même imaginer qu’elle surveillait tout
le monde, constamment. Mais de toute façon,
elle pouvait mettre une prise sur votre ligne
chaque fois qu’elle le désirait. On devait vivre,
45 on vivait, car l’habitude devient instinct, en
admettant que tout son émis était entendu et
que, sauf dans l’obscurité, tout mouvement
était perçu.
GEORGE ORWELL, 1984, trad. Amélie Audiberti,
Paris, © Gallimard, Folio, 1972. Image du film 1984, de Michael Radford, 1984.

Travail sur le texte littéraire 8. Comment l’omniprésence de Big Brother est-elle mise
et sur l’image (1 h 10) 50 POINTS
en valeur dans le document B ? (3 points)
9. En vous appuyant sur vos connaissances historiques,
Grammaire et compétences linguistiques relevez les éléments du texte évoquant un régime tota-
1. a. Dans la première phrase du texte, relevez les com- litaire et expliquez en quoi. (5 points)
pléments circonstanciels et donnez leur fonction pré- 10. En quoi peut-on dire que le monde présenté dans
cise. (3 points) cet extrait est déshumanisé ? Développez votre réponse
b. Nommez la figure de style employée et expliquez en vous appuyant sur l’ensemble de vos réponses aux
son effet. (3 points) questions. (6 points)
2. Quelle est la fonction de « uniforme du parti » (l. 13) ?
(2 points)
3. Précisez la nature et la fonction de « froid » (l. 17).
(2 points) Dictée (20 min) 10 POINTS

4. Réécriture Réécrivez les lignes 30 à 34 (de « Der- Dictée


rière Winston » à « très bas ») en remplaçant l’imparfait On dictera aux élèves le texte à voix haute.
par du présent et « le télécran » par « les télécrans ». (6
points)
Compréhension et compétences d’interprétation
5. Qu’apprenons-nous sur le personnage principal ?
A-t-il l’air d’un héros ? Justifiez votre réponse. (4 points)
Rédaction (1 h 30) 40 POINTS
6. Dans le document B, de quelle manière la solitude de
Winston Smith (au centre) est-elle montrée ? (4 points)
Vous traiterez aux choix l’un des deux sujets.
7. a. Lignes 16 à 29 : quelle atmosphère se dégage de la Sujet de réflexion. Souhaiteriez-vous vivre dans un
description du monde extérieur ? Celle du document
monde où la surveillance est permanente ? Organisez
B vous semble-t-elle correspondre ? Pour répondre,
votre réflexion en vous appuyant sur des arguments et
appuyez-vous sur des éléments précis des deux docu-
des exemples précis.
ments. (6 points)
b. Relevez les mots et expressions développant le Sujet d’imagination. Winston Smith souhaite lire un
champ lexical de la surveillance : qui est surveillé ? livre qui est interdit. Imaginez les ruses qu’il doit déployer
par qui et de quelle manière ? (6 points) pour échapper à la surveillance du Parti.

Chapitre 11 • Le meilleur des mondes ? 285


Sujet de brevet

DOCUMENT
A « Le Regret de la terre »

Jules Supervielle est un poète qui s’attache à dire la simplicité de la vie


quotidienne tout en s’interrogeant sur les mystères de l’univers.

U n jour, quand nous dirons : « C’était le temps du soleil,


Vous souvenez-vous, il éclairait la moindre ramille,
Et aussi bien la femme âgée que la jeune fille étonnée,
Il savait donner leur couleur aux objets dès qu’il se posait.
5 Il suivait le cheval coureur et s’arrêtait avec lui,
C’était le temps inoubliable où nous étions sur la Terre,
Où cela faisait du bruit de faire tomber quelque chose,
Nous regardions alentour avec nos yeux connaisseurs,
Nos oreilles comprenaient toutes les nuances de l’air
10 Et lorsque le pas de l’ami s’avançait nous le savions,
Nous ramassions aussi bien une fleur qu’un caillou poli,
Le temps où nous ne pouvions attraper la fumée,
Ah ! c’est tout ce que nos mains sauraient saisir maintenant. »
JULES SUPERVIELLE, in : Les Amis inconnus, 1934, © Gallimard.

Travail sur le texte littéraire 50 POINTS


et sur l’image (1 h 10) b. Précisez le temps du verbe. À quel moment ren-
voie l’expression « un jour » ? (2 points)
Grammaire et compétences linguistiques 7. a. Quels éléments de la nature et de la vie quotidienne
1. a. Analysez la nature et la fonction de la proposition le poète choisit-il d’évoquer ? Quelle impression s’en
« où nous étions sur la terre. » (v. 6). (2 points) dégage ? (5 points)
b. Relevez dans la suite du poème une autre proposi- b. Quels sont les différents sens évoqués des vers 5 à
tion de même nature et de même fonction. (2 points) 12 ? (3 points)
2. Relevez les compléments d’objet directs du verbe 8. Expliquez le titre de ce poème. En quoi consistent les
« éclairait » (v. 2). (2 points) regrets ici évoqués ? (4 points)
3. Précisez la nature du mot « inoubliable » (v. 6) et 9. Quelles remarques pouvez-vous faire sur la forme
expliquez sa construction. (4 points) de ce poème, le langage employé ? Justifiez ces choix
4. Réécriture Réécrivez les vers 4 à 9 au présent de l’in- de l’auteur. (3 points)
dicatif. (10 points) 10. Quel sentiment exprime le dernier vers ? (2 points)
Compréhension et compétences d’interprétation 11. Quel destin commun le poète et le lecteur par-
5. a) À qui le poète donne-t-il la parole à partir du vers tagent-ils ? (1 point)
1 ? Aidez-vous des vers 6 et 12 pour répondre. (2 points)
12. a. Dans le document B, comment le peintre s’y
6. « Un jour, quand nous dirons » (v. 1). prend-il pour évoquer la douceur de vivre ? (3 points)
a. Qui est désigné par le pronom de cette phrase ? b. Comparez les deux documents : quels éléments
(2 point) rapprochent le tableau et le texte ? (3 points)

312
B
DOCUMENT

Claude Monet (1840-1926), Le DŽjeuner, vers 1874, huile sur toile, 160 x 201 cm, Paris, musée d’Orsay.

Dictée (20 min) 10 POINTS

Dictée
On dictera aux élèves le texte à voix haute.

Rédaction (1h30) 40 POINTS


argumenté, en vous appuyant sur votre expérience, vos
Vous traiterez aux choix l’un des deux sujets. lectures, votre culture personnelle, et les connaissances
acquises dans l’ensemble des disciplines.
Sujet de réflexion. Aujourd’hui, la nature disparaît de
notre environnement quotidien, à cause de l’urbanisa- Sujet d’imagination. La Terre est surpeuplée et ne peut
tion et de la pollution. Regrettez-vous la disparition du plus accueillir tous les humains. Vous embarquez dans
monde rural ou pensez-vous qu’il s’agit d’un progrès ? une fusée pour une autre planète. Écrivez à un ami resté
Vous répondrez à cette question dans un développement sur Terre pour exprimer votre nostalgie de la vie terrestre.

Chapitre 12 • La poésie pour célébrer le monde 313

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