Laboratoire de Pharmacie Galénique Département de pharmacie de Blida Université de Blida 1
Les pommades et gels
I- Les pommades
1-Définition :
Les pommades sont des préparations semi solides destinée à être appliquées sur la peau ou sur
certaines muqueuses afin d'exercer une action locale ou de réaliser la pénétration percutanée
de principes actifs. Elles présentent un aspect homogène.
Les pommades sont constituées d'une base monophase dans laquelle peuvent être dispersée
des substances liquides ou solides. On distingue :
Les pommades hydrophobes: lipophiles ne peuvent absorbée que de faibles quantité d'eau
les substances les plus communément employer pour la formulation sont la vaseline, la
paraffine,…
Les pommades absorbant l'eau: leur excipients sont ceux d'une pommade hydrophobe dans
laquelle sont incorporés des émulsifiants
Pommades hydrophiles: leurs excipients sont miscibles à l'eau et qui sont constitués
habituellement par des mélanges de polyéthylène glycol "PEG" (macrogols) liquides et
solides
2-Pénétration à travers la peau.
La peau est constituée, principalement, de trois couches superposées(fig.1) et d’organes
annexes :
Figure 1 : constitution de la peau
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La pommade appliquée sur la peau se trouve en contact avec l'épiderme. Ses cellules sont
chargées à l'extérieur par la kératine; une scléroprotéine riche en pont disulfures et
difficilement attaquable par les agents d'hydrolyse : acides, alcalins dilués et les enzymes.
De plus les cellules épidermiques s'enrichissent en lipides et en cholestérol ce qui les rend peu
mouillables. Elles sont enfin recouvertes d'une couche de matière grasse provenant de la
sécrétion sébacée.
La peau présente donc une barrière très efficace contre les agents extérieurs mais elle peu
cependant être traversée par de petite quantité de substance lipophiles capables de pénétrer
dans la couche cornée. Si ces substances possèdent une certaine hydrophilie elles peuvent
avoir une pénétration plus profonde et même parfois une absorption systémique.
La couche cornée à la propriété de retenir dans sa structure des substances actives : "effet
réservoir" la libération progressive de cette réserve conduit à des effets prolongés.
Au niveau de l'appareil pilosébacé: l'épiderme devient très mince et se réduit à la base du poil,
a une seule couche de cellules non kératinisées. On a pensé que cette couche pouvait être
facilement traversée par les PA. Malheureusement des clichés radiographiques ont montré que
l'espace entre le poil et sa gaine devenait trop étroit pour pouvoir pénétrer au niveau du
derme. En revanche, il semble que certains PA pénètrent dans l'organisme en traversant le
sébum, puis les cellules germinatives de la glande sébacée.
Etant fonction de la pilosité, la voie transfolliculaire est plus importante chez l'animal alors
que la voie transdermique est prépondérante chez l'homme. La pénétration par les glandes
sudoripares est très faible.
En fait, le mécanisme de pénétration à travers la peau est très complexe. Ce qu'on peut
affirmer c'est qu'elle est sous la dépendance des facteurs suivants :
La nature du PA : la peau se comporte comme un filtre vivant très sélectif qui ne
laisse passer que certains PA, certains à travers l'épiderme d'autres à travers l'appareil
pilo-sébacé ;
Les excipients constituants la base de la pommade: Ils influent par: leur nature
chimique, leurs propriétés physiques et mécaniques, leur hydrophile ou lipophile, la
présence ou non d'agents tensioactifs, etc… Le coefficient de partage du PA doit être
en faveur de la peau.
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La région d'application: selon la région du corps la couche kératinisée est plus ou
moins importante et les follicules pileux plus ou moins nombreux.
Le degré d'hydratation de la peau : le degré d'hydratation peut être influencé par la
nature de l'excipient : un excipient hydrophobe peu constitué un revêtement occlusif
qui maintiendra la peau sous-jacent très humide. Un excipient hygroscopique va
présenter l'inconvénient de dessécher la peau.
le pH de la pommade: influence le degré d'ionisation des PA ionisables donc leur
pénétration.
Les modes d'application qui peuvent être divers : simple étalement ou accompagné
de friction, temps de contact etc.. tout ceci est à étudier et précisé dans chaque cas.
L'état de la peau : facteur très important, la pénétration des médicaments varie en
fonction de l'état et de l'âge de la peau et selon le type de maladie. Dans le cas des
plaies, étant détruite elle ne joue plus son rôle de barrière protectrice, l'excipient n'a
plus a avoir une affinité pour les matières grasses.
Remarque: pour chaque formulation de pommade, il est important de connaître le degré de
pénétration souhaité (dans l'épaisseur de l'épiderme, jusqu'au derme, jusqu'à l'hypoderme et
quelque fois les tissus sous –jacent). Pour certains PA une pénétration trop profonde peu
entraînée une intoxication. Quant aux pommades protectrices leur constituant ne doivent en
principe pas pénétrer dans la peau.
3 - Choix des excipients.
Un bon excipient doit contribuer à donner à la pommade une consistance convenable qui
permette un étalement facile :
Il doit être bien toléré avec un faible pouvoir allergisant;
Il doit présenter le moins d'incompatibilités possibles avec les autres constituants et le
conditionnement;
Il doit en général faciliter la pénétration des PA à travers la peau;
Suffisamment stable pour permettre une bonne conservation;
Si cela n'est pas incompatible avec les autres propriétés on lui demandera d'être
lavable à l'eau;
Enfin on peut lui demandé d'être sterilisable.
Le choix de l’excipient dépend du type de pommade à formuler:
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Pommades hydrophobes : elles n’absorbent que de petites quantités d’eau. Les
excipients principaux utilisés pour leur formulation sont : La vaseline, la paraffine,
paraffine liquide, glycérides synthétiques, huiles végétales et animales, cires
Pommades absorbant l’eau : on utilise les mêmes excipients que pour les pommades
hydrophobes plus des émulsifiants « eau dans l’huile » : Adeps lanae, Lanoline, Esters
de sorbitane…
Pommades hydrophiles : on utilise des excipients miscibles à l’eau : mélanges de
macrogols (polyéthylèneglycols liquides et solides)
4- Préparation des pommades.
Selon les BPF, au cours de leur fabrication, les pommades, peuvent être particulièrement
vulnérables aux divers contaminations, notamment d'origine microbienne, s'il y'a une phase
aqueuse. Il est recommandé d'utiliser un matériel en acier inoxydable de qualité supérieure
pour toutes les parties en contact avec les produits. Il faut être particulièrement exigeant pour
les qualités de l'eau utilisée. Le texte insiste sur la validation des méthodes de nettoyage et de
désinfection et le maintien de l'homogénéité au cours du transfert et du stockage.
a- Procédé général de préparation
Préparation de petites quantités :
Mélange par fusion
On fait fusionner l’excipient sur un bain-marie dans un mortier en acier (meilleure
transmission de chaleur) ou en porcelaine (moins d’interactions) :
1- Le PA solide et soluble est ajouté à la base encore liquide à une température aussi
basse que possible
2- Le PA liquide est ajouté, juste au moment de l’épaississement de la pommade
3- Le PA solide soluble dans les composants est solubilisé et mélangé
4- Le PA insoluble et solide est d’abord tamisé et ajouté au moment de la solidification
en mélangeant constamment pour éviter la sédimentation. Si le mélange contient
de la paraffine liquide, cette dernière peut être utilisée pour préparer une petite pâte
avec le PA avant de la mélanger avec le reste de la pommade
5- Les pâtes sont des pommades avec une grande quantité de poudre fine, plus épaisses,
poreuses et absorbant l’exsudât même si elles ont des émollients
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Mélange par trituration
Si le PA est solide, insoluble dans tous les composants de la base ou si c’est une
petite quantité de liquide.
Tamisage pour obtenir une poudre relativement fine (250µm) à moins qu’une
poudre fine (180µm) ou très fine (120 µm) soit exigée.
La trituration peut être faite avec une plaque et une spatule ou avec un mortier et un pistil.
Préparation de qualités industrielles:
Dans l'industrie les appareils les plus couramment employés sont les mélangeurs/malaxeurs
(fig.2) à mouvement planétaires et racloirs, munis d'un jeu de fouets de forme divers qui
seront choisis en fonction de la consistance de la pommade.
Il faut dans la mesure du possible éviter l'introduction de bulles d'air dans la masse pour cela
il faut plonger le fouet ou le crochet à une profondeur suffisante dans la masse et régler
convenablement la vitesse de rotation mais le mieux est d'opérer sous vide. L'enceinte de ces
mélangeurs est à doubles parois pour y faire circuler de l'air chaud puis froid il est important
de la plus grande importance de pouvoir régler la T° avec précision pendant toute la durée de
la fabrication.
Figue 2 : photo d’un mélangeur malaxeur
On utilise aussi des agitateurs à hélice ou à turbine. On peut avoir à homogénéiser, on utilisera
des homogénéisateurs à filière ou à turbine ou broyeurs colloïdaux.
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Pour les pommades contenant des poudres on a recours au broyeur colloïdal ou à des broyeurs
à cylindres.
Figure 3 : photo d’un broyeur à cylindre
5-Conditionnement
En petites quantités
l’emballage des pommades peut se faire :
Pots en plastiques ou en verre brun, tubes avec une fermeture vissée et
étanche afin d’éviter l’évaporation.
Les tubes en Aluminium peuvent interagir avec certains composants et devront
être laqués à l’intérieur ou couverts d’une résine époxy.
Autant que possible bien remplir l’emballage
Si possible couvrir le dessus du pot avec un papier lipofuge
Etiquetage
Préciser la température de stockage et la stérilité le cas échéant
En quantité industrielle :
Remplissage des tubes dans des machines à très fortes cadences, des milliers/
heure.
Ces machines réalisent ensuite la fermeture des tubes par pliage et l'impression du
numéro de lot en relief.
En pharmacie on utilise peu les tubes en plastique car ils ont l'inconvénient de reprendre leur
forme après pression, une rentrée d'air dans le tube après chaque prélèvement. Ceci nuit à la
conservation du contenu et rend plus difficile les derniers prélèvements. Il peut aussi y avoir
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des incompatibilités avec le plastique. Certains excipients sont capables d'extraire des
plastifiants ou d'autres adjuvants des matières plastiques.
II – Les gels :
1-Définition :
Les gels sont, soit des systèmes thermodynamiquement stables constitués d'une phase dans
laquelle des agents gélifiants contrôlent les propriétés rhéologiques, soit des systèmes
multiphasiques où les propriétés rhéologiques sont assurées par la coagulation en un réseau
tridimensionnel de la phase dispersée liquide (émulsions) ou solide (dispersions). Ils sont
caractérisés par un comportement rhéologique viscoélastique et une certaine rigidité.
Un liquide est emprisonné entre les mailles du réseau. On distingue les gels hydrophiles
appelés hydrogels des gels hydrophobes appelés oléogels.
Les gels hydrophiles monophasiques comportent un réseau formé de macromolécules
hydrophiles qui emprisonne des solutions aqueuses, hydroalcooliques ou glycoliques. Ils
contiennent 80 à 98 % d'eau. La Pharmacopée européenne définit les hydrogels comme des
préparations dont l'excipient est habituellement de l'eau, du glycérol ou du propylèneglycol
gélifiés à l'aide d'agents gélifiants appropriés, tels que des poloxamères, de l'amidon, des
dérivés de...
2- Préparation des gels
Les gels peuvent être fabriqués par addition de polymères gélifiants solubles dans le milieu
liquide. On distingue les hydrogels en milieu aqueux et les organogels en milieu huileux. Le
mécanisme général de gélification est similaire pour les hydrogels et les organogels. Comme
pour les dispersions de particules solides, la gélification a lieu quand les macromolécules en
solution forment un réseau continu. Cela peut être obtenu par enchevêtrement des
macromolécules quand leur concentration excède une concentration limite appelée «
concentration de recouvrement ». Cette dernière est analogue au seuil de percolation pour les
particules solides
Ainsi les gels sont des liquides gélifiés à l’aide d’agents gélifiants appropriés, on
distingue :
Les gels hydrophobes ou oléogels : Paraffine liquide + PE, huiles grasses
gélifiées par la silice colloïdal
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Les gels hydrophiles ou hydrogels : Eau, glycérol ou propylène glycol gélifiés par :
Gomme adragante, amidon, dérivés de cellulose, polymères carboxyvinyliques
La distinction entre agent gélifiant et épaississant n’est pas parfaitement claire car le même
polymère peut avoir un comportement d’épaississant ou de gélifiant selon les conditions
d’utilisation.
On additionne aux gels
Agents humectant pour retenir l’eau et éviter le craquellement des gels
(Glycérol, Polyéthylèneglycol, Sorbitol..)
Agents conservateurs : Hydroxybenzoates de méthyl (0,1-0,2%) et de propyl
(0,02-0,05%) Chlorocrésol (0,1-0,2%)Acide benzoïque (0,2%) Chlorure de
benzalkonium (0,01% m/v)
III- Essais
Les produits semi solides sont des systèmes complexes d'une stabilité relative ce qui explique
la diversité des essais proposés.
En conception une grande variété de contrôles est nécessaire pour définir les
caractéristiques du produit.
En routine les essais sont en général plus simples, leur but est de s'assurer de la
reproductibilité du produit
A la limite d'utilisation, les contrôles ont pour but de vérifier que le produit reste
conforme aux spécifications du dossier d'AMM.
a- Homogénéité : Toute préparation semi solide résulte d'un mélange dont
l'efficacité doit être vérifiée. Le dosage du PA est un élément de ce contrôle.
Macroscopiquement on vérifie l'homogénéité d'une pommade par étalement sur une
surface plane. Cet essai est complété par un examen au microscope qui permet de bien
contrôler la dispersion des poudres ou des gouttelettes dans une émulsion. Lorsque la
taille des composants incorporés influence l'effet thérapeutique, elle doit être
contrôlée.
b-Détermination de la consistance : La semi solidité d'un produit se définie par sa
consistance, paramètre important pour:
Fixer les modalités de fabrication et les conditions d'utilisation;
La facilité d'étalement et l'adhésion aux tissus et la biodisponibilité des PA ;
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La stabilité des émulsions et suspensions.
Ceci explique la diversité des essais envisageables:
Viscosité: viscosimètre à écoulement ou à mobile tournant;
Dureté : consiste à mesurer l'enfoncement d'un mobile généralement conique,
dans le produit dans des conditions rigoureusement définies.
Force d'extrusion: mesure de la force nécessaire pour expulser une quantité
déterminée de pommade
Capacité d'étalement: mesure de la surface d'étalement sous l'action 'une
force déterminée
Pouvoir d'adhésion : mesure du temps nécessaire pour séparer deux surfaces
solides enduites de pommade à l'aide d'un poids donné
Tous ces essais se font à une température déterminée et après maintien à cette T° pendant
un temps déterminé après le dernier malaxage. Cela est particulièrement important pour
les produits thixotropes.
C Mesure du pH : Il s'agit du pH de la phase aqueuse qui peut être séparée plus ou
moins facilement selon le cas, par contact avec un papier filtre, bain marie,
centrifugation…
Pour les pommades anhydre, on peut vérifier si elles cèdent des acides ou des bases
aux tissus avec lesquelles elles sont en contact. On mesure le pH d’un échantillon
trituré avec de l'eau distillée. Le pH d'une pommade influe sur:
La stabilité d'une émulsion ou gel
Sur la viscosité de certains gels
Sur la stabilité de PA
Sur la compatibilité avec les excipients
Sur l'activité de certains conservateurs et surtout sur le pH de la peau qu'il peut
modifier.
En général une pommade doit maintenir la peau à son pH normal.
d- Stérilité : Si une pommade est destinée à être appliquer sur une plaie ouverte il y'a
intérêt à ce qu'elle soit stérile. Dans le cas des pommades aqueuses non stériles, la
qualité microbiologique des fabrications et l'efficacité des conservateurs antimicrobien
doit être vérifiée.
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e- Essais de diffusion ou de biodisponibilité : Au cours de la mise au point, des
essais in vitro peuvent être envisagés pour voir si la pommade cède bien son ou ses PA
à une phase aqueuse. Cet essais consiste à mettre un échantillon de pommade en
contact avec un gel aqueux (gélose ou gélatine) et à suivre la diffusion du PA (réaction
colorée ou dans le cas d'un antiseptique ou un ATB inhibition d'une culture
microbienne. Des essais sur l'homme ou l'animal restent nécessaires.
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