Prendre en Charge Les Adultes Souffrant de TDAH 2e Ed
Prendre en Charge Les Adultes Souffrant de TDAH 2e Ed
ISBN:9782100869626
Conseillèreéditoriale:ChristineMirabel-Sarron
www.dunod.com
DunodEditeur
11ruePaulBert,92240Malakoff
Toutereproductiond'unextraitquelconquedecelivrepar
quelque procédé que ce soit, et notamment par
photocopie ou microfilm, est interdite sans autorisation
écritedel'éditeur.
ÀBénédicteNadaud,Coachéclectique
Tabledesmatières
Avant-propos 13
Préambule.Lapremièrerencontre 15
Ques’est-ilpasséavantlapremièreconsultation? 15
Lapremièreconsultation 17
Etlessuivantes 18
PARTIE1
FONDEMENTSDELACLINIQUE
1TDAH:définitionetcontroverses 23
Quecachecetacronyme? 23
TDAH,dequoiparle-t-on:lescritèresduDSM5 24
LeTDAHenchiffres 27
Prévalence(nombredesujetsprésentantunTDAHexpriméenpourcentagedela
populationgénérale) 27
ÉvolutiondesprescriptionsdeméthylphénidateenFrance 28
LemarchédesmédicamentspourleTDAH 29
ControversesautourduTDAH:unfait,troishypothèses,
uneconclusionprovisoire 29
Hypothèsedel’existenced’unepathologiemédicaleneuro-développementale 30
Hypothèse«épidémique» 30
Hypothèse«conceptuelle» 31
Enguisedeconclusionprovisoire 32
Bibliographie 33
2ModèlesetNeurosciences 35
Lespremiersmodèlesneuropsychologiques:inhibition
comportementale,fonctionsexécutives,aversiondudélai
36
ModèledeBarkley(1997).Ledéficitdel’inhibitionderéponse 36
ModèledeBrown(2000).Importancedel’étayageetdesadaptations.Variabilité
37
LimitesdespremiersmodèlesdeBarkleyetdeBrown 37
Modèledel’AversionduDélaideSonuga-Barke(2002) 38
Versdesmodèlesàplusieursvoies
deplusenpluscomplexes 40
ModèleàDeuxVoiesdeSonuga-Barke(2003) 40
Ladécouvertedumodepardéfaut:versdesmodèlesàtroisvoiesetau-delà 40
Lesavatarsdel’hypothèsedopaminergique 41
Hypothèsed’undéficitendopamine 41
Invalidationdel’hypothèsed’undéficitendopaminedanslestriatumchezlessujets
TDAH 42
Pourmieuxcomprendrequecen’estpassimple 43
Bibliographie 45
3Fonctionsexécutives:comprendrel’impact
deleursdéfaillancespourmettreenplacedesstratégiesadaptées
49
Définitionetrôledesfonctionsexécutives 49
Fonctionsexécutivesetdéficitd’inhibitionderéponse
51
Comprendrelatraductioncliniquedesdifficultés
exécutives 52
Mémoiredetravail 53
Perceptiondutemps 57
Mémoireprospective 60
Régulationémotionnelle 62
Auto-activation 63
Évaluationprospectiveetrétrospective 66
Bibliographie 68
4ÉvaluationcliniqueduTDAHdel’adulte 71
RecueildesélémentsenfaveurdudiagnosticdeTDAH
71
Histoirefamiliale 71
Développementjusqu’àlafindelamaternelle 72
Évaluationduparcoursscolaire 72
Étudessupérieures 74
Évaluationduparcoursàl’âgeadulte 75
Conduiteautomobile 75
Retentissementdanslaviequotidienne 76
Observation 77
Entretienstructuré 77
Recueilsystématiquedesélémentspermettant
undiagnosticdifférentielenprenantgardeànosbiais
cognitifs 77
Prendregardeànosbiaiscognitifs 78
Évaluationsystématique 80
Bibliographie 81
PARTIE2
ASPECTSTHÉRAPEUTIQUES
Préambule:Aspectspratiques 85
5TDAHdel’adulteetmédicaments 87
Premièreétape:dé-prescrire 87
Prenez-vousdesmédicaments? 87
Reconnaîtrelessédatifsplusoumoinscachés 88
Dé-prescrireprudemment 88
Placedestraitementspsychostimulants 90
Letraitementest-ilreconnucommeefficaceparlacommunautéetlalittérature
scientifique? 91
Combiendetempsleseffetsd’untraitementamphétaminiquesemaintiennent-ilschez
l’adulte? 94
Quelssontlesrisqueschezl’adulted’uneexpositionprolongéeàuntraitementpar
méthylphénidate? 96
Commentarrêteruntraitementparméthylphénidatechez
lejeuneadulte? 104
Bibliographie 105
6Psychoéducation 109
Lapsychoéducationestlapremièreétapedutraitement
duTDAH 109
Aspectspédagogiques 110
Internet,unesourced’informationprivilégiée 110
LaCliniqueduTDAH 112
LesprincipauxmodèlesduTDAH 112
Lespossibilitésthérapeutiques 113
Aspectsémotionnels 114
Aspectscomportementaux 114
Modalitéspratiques 115
Bibliographie 116
7Thérapiescomportementalesetcognitives:quelniveau
depreuve? 117
Lespionniers 117
Preuvesdel’efficacitédesTCCenassociation
autraitementmédicamenteuxdansleTDAHdel’adulte
118
Évaluationdel’efficacitédesTCCdansleTDAH
del’adulteversustraitementmédicamenteux:
despremiersrésultatspositifs 119
Onsautesansfilet 119
Lespremièresétudescontrôlées 119
QuelavenirpourlesTCCdansleTDAHdel’adulte? 120
Bibliographie 121
8Lesprogrammesetmanuelsderéférence 123
ProgrammedeSafren:lamaîtriseduTDAHchezl’adulte
123
Déroulementdesséances 124
Lesmodules 124
ProgrammedeSolanto:Cognitive-behavioraltherapyfor
adultADHD:Targetingexecutivedysfunction 125
Déroulementdesséances 125
Détailduprogramme 126
ProgrammedeYoung-Bramham:Cognitive-behavioural
therapyforADHDinadolescentsandadults:A
psychologicalguidetopractice 126
Déroulementdesséances 127
Lesmodules 127
LemanueldeRostainetRamsey:Cognitive-behavioral
therapyforadultADHD:Anintegrativepsychosocialand
medicalapproach 128
Bibliographie 128
9Mécanismesdechangement 129
Augmenterlestempsd’arrêt 129
Soulagerlesfonctionsexécutives 130
Soulagerlamémoiredetravail 130
Diminuerlesréactivationscoûteuses 130
Soutenirlesphasesdel’action 131
Lesphasesdel’action 131
Stratégiesdesoutiendesphasesdel’action 133
Résumé 136
Traitementdescomorbidités 140
Améliorerl’estimedesoi 140
Bibliographie 141
10Commentmenerl’analysefonctionnelle? 145
Grilled’analysefonctionnelle 145
Examenduproblèmespécifique 145
Clarificationdelasituationproblème 146
Analysemotivationnelle 146
Analysedéveloppementale 147
Analysedel’autocontrôle 147
Analysedesrelationssociales 147
Commentévaluerlagestiondutemps? 148
Lepatienta-t-ilrecoursdefaçonhabituelleàdesoutilsd’évaluationexternedu
temps? 148
149
Commentétabliretutiliserunjournaldetemps?
Commentévaluerlesstratégiesmisesenplace? 155
Commentévaluerl’organisationdel’espacedevie? 156
Commentaborderlescomorbidités? 159
Outild’évaluationstandardisée 159
Bibliographie 162
11Commentconstruirelecontratthérapeutique? 165
Caractéristiquesducontratthérapeutique 165
Lecontratthérapeutiqueseconstruitàpartird’une
représentationcommunedesdifficultésliéesauTDAH
165
Troisparticularitésducontratthérapeutiquedansle
TDAHdel’adulte 166
L’aménagementducadredevie 166
L’organisationetlagestiondutemps 166
Lesuividesprojets 167
12Mettreenplaceunenvironnementadapté 169
Illustrationàpartird’unexemple:ladouche 169
Réaménagerlesespacesdeviepar«zone» 172
Principesgénérauxdel’organisationd’unezonefonctionnelle(courrier,cuisine,
toilette,travail,espacedédiéàunloisir…) 172
Exemples 174
Adopterunehygiènedevieminimaliste 177
Autrespistes 179
Bibliographie 179
13Travaillerl’organisationetlagestiondutemps 181
Commentcommencer?Prendreconscience
desesdifficultés 181
Commentlafaçondegérervotretempsgêne-t-ellelaréalisationdevosobjectifs?
182
Quelimpactontlesobjectifsnonatteintsdufaitd’unemauvaisegestiondutempssur
votreviequotidienne? 182
Avez-voustrouvédesstratégiespourfairefaceàcesdifficultés? 183
Illustrationpratique 183
Améliorerlaconsciencedutemps 185
Exercicesd’estimationdutempsconsacréàuneactiondelaviequotidienne 185
Apprendreàutiliserlejournaldetemps 186
Accepterleportpermanentd’unoutildemesureexternedutemps 187
Apprendreàutiliserunagendaplanningetdeslistesde
tâches 187
Choisirunagenda 187
Accepterd’utiliserl’agenda 189
Apprendreàutiliserleslistesdetâches 190
Apprendreàutiliserdesstratégiesdeplanificationetde
résolutiondeproblèmesefficaces 202
Séquençage 202
Priorisation 202
Résolutiondeproblèmes 203
Bibliographie 205
14Travaillerlesuividesprojets 207
Laphasepré-décisionnelle 207
Laphasedécisionnelle 209
Laphasepré-actionnelle 211
Laphaseactionnelle 214
Laphasepost-actionnelle 220
Bibliographie 221
15Quandetcommentutiliserdesinterventionscognitives? 223
Rappel 223
Attention:troispointsclefànepasperdredevue 224
Utiliserlesinterventionscognitivesclassiqueslorsque
descognitionsdépressivesouanxieusesinterfèrentavec
lamiseenplacedemodificationscomportementales 226
Quandutiliserlesinterventionscognitivesclassiques? 226
Commentutiliserlesinterventionscognitivesclassiques?Illustrationclinique:
séanceslibrementadaptéesduprogrammedeMarySolanto 226
Utiliserdesinterventionscognitivesspécifiqueslorsque
desévitementscognitifsàvaleurpositiveinterfèrent
aveclamiseenplacedenouvellesstratégies 235
Évolutiondesbiaispositifsdel’enfantàl’adulte 236
Propositiond’unecompréhensiondesbiaispositifsauseindesmodèlesduTDAH
237
Commentrepéreretabordercesévitements 238
LesprogrammesdepleineconsciencedansleTDAHde
l’adulte 241
Bibliographie 241
16Quandlapsychothérapienesuffitpas:lesinterventions
psychosociales 245
Aménagementsdupostedetravail 245
Aménagementsdesétudes 246
Accompagnementversunemploiadapté 246
Conclusion 247
Avant-propos
E TDAH DE L’ADULTE n’est pas encore enseigné à la faculté. Les
L praticiens, médecins, psychiatres, psychologues sont souvent assez
perplexesdevantcetroublequ’ilsconnaissentmal:quefairedevantun
patient qui présente tous les critères pour ce diagnostic, existe-t-il un
traitement médicamenteux efficace et relativement sûr, d’autres
stratégiesthérapeutiquessont-ellespossibles?
Cet ouvrage a pourobjectif decontribuer àune meilleureconnaissance
delacliniqueduTDAH,au-delàdesadéfinitionparlescritèresduDSM
et surtout à une meilleure compréhension de la nature des difficultés
auxquellesseheurtentlespatientsTDAHadultes.
Nous espérons qu’après sa lecture, les cliniciens auront acquis des
stratégiesthérapeutiquesefficacespouraiderleurspatients.
Préambule
Lapremièrerencontre
QUES’EST-ILPASSÉAVANTLAPREMIÈRECONSULTATION?
Lesadultesquiconsultentpourévaluationd’unTDAHontdéjàeuaccès
à une information abondante via Internet, les réseaux sociaux, les
associations de patients, les sites en lien avec l’industrie
pharmaceutique.
Très rapidement, l’adulte qui cherche sur Internet des informations sur
les difficultés d’attention, l’impulsivité, la procrastination, mais aussi sur
l’anxiété,ladépression,lestroublesdusommeil…seraorientéversdes
sitesoùilluiseraproposéunquizz.
Souffrez-vousdeTDAH?Lesquestionsci-dessouspeuventvousaiderà
lesavoir.
L’internauteserainvitéàrépondreàuncertainnombredequestions(en
général6)adaptéesdescritèresduDSM.Onluidemanderaparexemple
dedireàquellefréquenceilluiarrived’avoirdesdifficultésàterminerun
projet, ou à quelle fréquence il remet à plus tard les tâches demandant
beaucoup de réflexion. (Les cases quelquefois, souvent et très souvent
sontombrées.)
Si en répondant aux six questions l’internaute coche au moins quatre
cases ombrées et clique sur valider, le résultat s’affiche : Vous avez
probablementunTDAH,parlez-enviteàvotremédecin.
Faites le test : ici http://www.concerta.net/adult/about-adhd-adhd-
symptom-assessment-screener.html
Àvotreavis,leschercheursquiutilisentcequestionnairepourdesétudesépidémiologiques
seservent-ilsd’uneversionoùlescasesquirapportentdespointssontombrées?
Peut-on se contenter de ce niveau de précision pour définir la fréquence d’un
comportement?
Certains bricolent leur propre test : vous pouvez aussi cliquer ici :
http://www.leretourdeszappeurs.com/zaptest/zaptest-femme/
Différents liens permettent à l’issue de ces questionnaires d’accéder à
des documentset vidéos délivrant desinformations sur leTDAHetdes
messagesaffirmantl’efficacitéetl’innocuitédespsychostimulants.
L’adultepourraensuites’orienterversdesassociationsdepatients,des
groupesdediscussionsoùiltrouveraunsoutienchaleureuxetefficace.
Sur les différents sites associatifs ou en lien avec l’industrie
pharmaceutique,le futur patient est invité à préparer soigneusement sa
première consultation. Là par exemple :
http://www.vyvanse.com/en/doctor-discussion-guide-for-adults-
with-adhd
Illuiseraexplicitementditquecommeletempsdeconsultationestcourt,
il faut qu’il l’optimise. Pour cela, l’internaute est informé des questions
que le praticien est censé lui poser, il lui est conseillé de préparer ses
réponsesetdelesimprimerafindenepaslesoublier.
C’est fort de cette nouvelle appartenance à un groupe, que l’internaute
devenuvotrepatientparviendraenfinàlaportedevotrebureau,anxieux
desavoirsiouiounonvousallezavoirassezdetempspourvaliderson
diagnostic. Il a apporté avec lui de très nombreux questionnaires
soigneusement remplis et a préparé la liste des symptômes dont il ne
doitpasoublierdevousparler.
Ceparcoursincontournablecomportebiensûrdesaspectspositifsmais
esttrèssouventàl’origined’embûcheslorsdespremièresconsultations.
ReprésentationsduTDAHchezlepatientadultepouvant
interféreravecl’évaluation
● Trèsbonnesconnaissancesparlepatientdel’ensembledescritèresetdeséchellesde
TDAH.
● Par le biais des différents réseaux : sentiment d’appartenance à une communauté
(TDAH versus Moldus, chasseurs cueilleurs versus sédentaires, zappeurs versus
laborieux,associationdepatients…)quiapporteunsoutienimportant.
● Convictiond’avoir(enfin!)trouvéuneexplicationàl’ensembledesesdifficultés.
● Représentation de l’ensemble des difficultés comme une particularité neuro-
développementaletotalementhorsd’atteintedetoutepossibilitédemodificationparun
processusd’ordrepsychothérapeutique.
● ReprésentationsimplifiéeduTDAHcommeundéficitenneurotransmetteurqu’ilsuffira
decompenserparuntraitementmédicamenteux.
● Attented’unesolutionimmédiateengénéralmédicamenteuse,lesdifférentsréseauxet
associations présentant les psychostimulants comme le traitement étiologique du
TDAH,traitementefficaceetsansrisquemajeurvoiremêmecommetestdiagnostique.
● Connaissancestrèsrégulièrementactualiséessansrecul:diffusionimmédiatedansles
réseaux des résultats préliminaires d’études diverses toujours accueillis avec
enthousiasme.
Il est fondamental pour le clinicien d’avoir en tête ces différentes
représentationsetattentes,afinàlafoisde:
● ne pas s’enfermer dans un raisonnement circulaire aboutissant
inexorablementà undiagnostic univoque deTDAH et trèssouvent à
une prescription médicamenteuse à partir de la liste des critères du
DSM5apportéeparlepatient;
● comprendre les enjeux du diagnostic de TDAH pour le patient et
savoirl’orienterversd’autrespistesdecompréhensionetdepriseen
comptedesesdifficultéssansquelepatientnesesenterejetéparle
thérapeuteouparlacommunautévirtuellequilesoutenait.
LAPREMIÈRECONSULTATION
Jules,21ans,étudiant
Jeviensvous voirpourfaire undiagnosticde TDAH.Jen’arrive pasàme concentrer,je
bougeaisbeaucoupquandj’étaispetit.
Voussavezqu’ilattendvosquestionsconformémentà«l’insight»quiluiaétédonnésur
votremodesupposéderéflexion.Voussavezqu’ilapréparésesréponses.
Il vous sort un premier questionnaire, puis des photocopies de ses bulletins scolaires du
lycée,oùilasurlignélesannotationstémoignantdebavardages,d’étourderies,de«peut
mieuxfaire»…
Vousnesavezriendesavienidesonhistoire,ilnevousenditrien,préoccupéqu’ilestde
bienutiliservotretempsetdevousconvaincre.
Vouslelaissezparler.
Detempsentempsressortentdesanglicismes,destournuresquinesontpascellesd’un
garçonoud’unefilledesonâge«jesuissurlabrèche»,«jesuispousséparunmoteur»,
directementcopié/colléduDSM.
Ilest surpris de votre silence et accélère. Sivous ne posez pas de questions, il va vous
fournirles réponsesqu’il a préparées.Vous apprendrezqu’il aun petit cousintraité pour
TDAH, que oui, il a bien toujours été comme cela, qu’il a rencontré d’autres personnes
comme lui, qu’il a beaucoup lu et que tout concorde, qu’on lui a dit que vous êtes
spécialiste,c’estpourcelaqu’ilvientvousvoirvous.Qu’ilattendceladepuislongtempset
quecetteconsultationestvitalepourluicarlesexamenssontlasemaineprochaine.
Vousneditestoujoursrien.Ils’arrête.
– «Alors?Jelesuisoupas?»
– «Vousêtesquoi?»
– «TDAH!»
Vous:«Jenesaispas.»
Jules:«Vousêtesspécialiste,jeveuxbienpasserd’autrestests(parceque,commevous
êtesdans un service universitaire, avant de vous voir, votre patienta passé une batterie
d’échellessurordinateur,échellesqu’ilconnaîtparfaitement).»
Vous, vous êtes un peu ennuyé, vous ne savez pas comment transformer cette non-
rencontre en quelque chose qui ait un peu de sens. L’heure que vous aviez prévue de
consacrer à ce nouveau patient arrive à sa fin, vous savez que votre prochain patient
s’impatiente.Alorsvousluiditesquevousneleconnaissezpasencoreassezbien,luiilne
saitplustropquoivousdirecariladittoutcequ’ilavaitpréparé,ilnesaitpascequevous
pensezetvous,vousnepensezpasgrand-chose.
Ilvousdemandelesrésultatsdeses«tests»,vous lesluimontrezetvousluiexpliquez
que ces échelles servent pour une recherche éventuelle, mais que lui ne peut pas se
résumerà ceséchelles qui nerendent pascompte de sacomplexité, deson histoire,de
sesdésirsetques’ilestd’accordvousaimeriezbienlerevoir.
Voilà,c’estdevenusouventcommeçalapremièreconsultation,vousn’y
pouvezrien.
Vous pouvez être désarçonné,il sait beaucoup de choses sur le TDAH
cet étudiant, parfois il a même lu des articles que vous ne connaissez
pas, il a peut-être rencontré certains de vos patients sur les réseaux
sociauxouauseind’uneassociationdepatientsetvous,vousnesavez
toujours pas s’il a ou non un TDAH, vous avez par contre tous les
critèresduDSMenmainetendoubledansledossier.
ETLESSUIVANTES
Àcestade,l’objectifprincipalestdecomprendrelesensdelademande
d’évaluationpourlepatient.
Cette question ne pourra parfois être éclaircie qu’après plusieurs
entretiens qui doivent permettre d’apporter des réponses aux questions
suivantes:
– Pourquoilepatienta-t-ildécidédedemanderdel’aideàcemoment-là
desavie?
– Quels facteurs professionnels, affectifs, somatiques peuvent
contribuerauxdifficultésressentiesparlepatient?
– Existe-t-iluneruptureparrapportaufonctionnementantérieur?
– Comment le patient a-t-il été amené à penser qu’il avait un TDAH ?
Est-ce une démarche personnelle (un auto-diagnostic à partir de
lectures)oubienvient-ilconsultersouslapressiondesesparentsou
desonconjoint(danscecasilpeutexisterunbiaisdesous-évaluation
dessymptômes)?
– Quelles représentations le patient a-t-il du TDAH ? Quel est pour lui
l’intérêtdecediagnosticàcemoment-làdesavie?
– Comment peut-il décrire précisément et concrètement ses difficultés
danslaviedetouslesjours?Quellesdémarchesontétéeffectuées
pourtenterdetrouverunesolutionàcesdifficultés,quellesstratégies
lepatienta-t-ilessayédemettreenplace?Avecquelrésultat?
– Sur quels éléments positifs le patient peut-il s’appuyer, quelles sont
sesforces,dequelentouragedispose-t-il?
– Etsifinalementlesdifficultésdécritesn’étaientpasmieuxexpliquées
parundiagnosticdeTDAH,quepourraitressentirlepatient?
Ces premiers entretiens, préalables à l’évaluation proprement dite,
doivent permettre à la fois au patient et au thérapeute de ne pas se
focaliserdefaçoncirculairesurlediagnosticdeTDAH.
D’autres éléments de votre vie vous préoccupent-ils actuellement ? Ce
questionnementdevra sous différentes formes être présent à l’esprit du
thérapeuteetrépétéaucoursdecespremiersentretiens.
L’incapacitédepenser,deseconcentrer,des’investirdefaçonefficace
quiestaucœurdesplaintesformuléesparlepatientapparaîtrasouvent
comme transitoire, en lien avec une situation anxiogène, un évitement
cognitif, une impasse affective que seul un questionnement répété et
ouvertpermettradefaireaffleurer.
Parmi ces situations amenant àune incapacitétransitoire de penséeet
de façonbien sûr nonexhaustive, les entretiens d’évaluationaprès des
premières consultations semblables à celles de Jules présentées plus
hautontpermisdemettreenévidencediversessituationsinduisantune
formedesidérationoud’évitementcognitif.
Exemplesdesituationsquin’ontpuêtreabordéesqu’après
plusieursentretienschezdespatientsconsultantpourTDAHet
n’ayantpasdeTDAH
● Divorcedesparents.
● Découverted’uneorientationsexuelledifficileàassumer.
● Études amenant à une rupture totale avec la culture familiale. Impossibilité de nouer
des relations avec des collègues sans trahir les valeurs familiales et s’exposer à une
exclusion.
● Découverted’unsecretfamilial(liaisond’unparent,filiation…).
● Études choisies pour être conforme au désir des parents qui y ont investi beaucoup
d’argent.Prisedeconsciencedel’absenced’intérêt.Sensationd’impasse.
● Liaisonpersonnelleimpensable.
● Dépressionnondiagnostiquéed’unconjoint.
● Maladiegraved’unparent.
● Arrêtdel’activitéprofessionnelle(retraite,sentimentdeperted’identité).
Iln’estpasrarequecesentretienspréliminairesneconduisentlepatient
àprendreconsciencequesesdifficultésactuellessonttrèsprobablement
mieuxexpliquéesparuneautreproblématiquequ’ilpourraêtreamenéà
explorerdifféremment.
Une approche clinique ouverte, une définition précise des difficultés au
sein de leur contexte doit permettre de comprendre pourquoi le patient
adulteconsulteaujourd’hui.
C’est au cours de ces entretiens préliminaires essentiellement ouverts
que les objectifs spécifiques de l’évaluation pourront être clarifiés et
formulés au patient. La phase d’évaluation proprement dite plus
structuréepourraalorsetalorsseulementdébuter.
L’utilisationdescritèresetclassificationsfaitpartieduprocessusdediagnosticmais
nerésumepaslediagnostic.
Partie1
Fondementsdelaclinique
Chapitre1
TDAH:définitionetcontroverses
QUECACHECETACRONYME?
Trouble:traductiondutermeaméricain«Disorder».
Déficit:nousverronsqu’ils’agitsouventplusd’unfonctionnementdifférentqued’undéficit.
Attention : ce trouble affecte les capacités attentionnelles mais s’agit-il d’un déficit de
l’attentionoudelarégulationdel’attention?
H avec ou sans Hyperactivité motrice. Chez l’adulte l’hyperactivité motrice est rarement
invalidante.
Le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux ou DSM
(Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders) est un texte de
référence décrivant et classifiant les troubles mentaux. Il est utilisé
internationalement. Il existe une autre classification, la CIM
(Classificationinternationaledesmaladies)encoursderévision,dontle
contenuesttrèsproche.
Cesclassificationssontrégulièrementréactualisées.Publiéenmai2013,
le DSM 5 remplace la version précédente (DSM IV-R) et fournit de
nouveauxcritèrespourlediagnosticduTDAHdel’adulte.
Il est important de préciser dès maintenant que ces critères ont été
initialement définis pour permettre aux chercheurs d’avoir une base de
discussioncommune.Ilsreflètentlafaçondontleschercheursdécrivent,
regroupentlessymptômesetdoncconceptualisentleursujetd’étudeen
2016.
L’application systématique de critères pensés et définis pour la recherche au
dépistage,au diagnosticet à la définitionde prises en chargesindividuelles est une
perversiondeleurfonctioninitiale.
QUANDL’HISTOIREDESMALADIESPSYCHIATRIQUES
APPELLEÀLAMODESTIE
La façon de concevoir les maladies dépend non seulement des connaissances mais aussi
desidéologiesdominantesdel’époque.Enpsychiatrie,lesniveauxdepreuvesscientifiques
sont très faibles et du fait de la faiblesse des éléments de validité interne et externe des
concepts, ceux-ci sont encore plus qu’ailleurs en médecine étroitement liés à des facteurs
culturelsousociétaux.
C’est ainsi que par exemple l’hystérie (qui est un concept encore communément utilisé en
France pour décrire certaines manifestations et penser la clinique et l’approche
thérapeutique) a disparu du DSM, ce concept n’étant plus utilisé par les chercheurs. La
Psychose Hallucinatoire Chronique chère à nos maîtres dans les années 1950 n’est plus
qu’unsouvenirfleuri.
La Drapétomania (trouble du comportement qui poussait les esclaves à fuguer) a disparu
avec l’abolition de l’esclavage. L’homosexualité est restée un diagnostic valide en France
jusqu’en1992danslaClassificationinternationaledesmaladiesdel’OrganisationMondiale
delaSanté.
Il est donc nécessaire de garder en tête ces exemples, de tenter (même si c’est presque
impossible) de ne pas céder à l’évidence réductrice du concept et de rester le plus près
possibledeladescriptionclinique.
TDAH,DEQUOIPARLE-T-ON:LESCRITÈRESDUDSM5
La caractéristique essentielle du TDAH est un mode persistant d’inattention et/ou
d’hyperactivitéimpulsivitéquiinterfèreaveclefonctionnementouledéveloppement.
LeTDAHestconçucommeuntroubledudéveloppement.Pourportercediagnostic,ilfaut
doncqueplusieurssymptômesaientétéprésentsdèsl’enfance.
Lesmanifestationsdutroubledoiventêtreprésentesdansplusd’uncontexte(ex:autravail
etàlamaisonet/oudanslesactivitésdeloisir).
LescritèresduDSM5pourlediagnosticduTDAHdel’adulte
Les critères A, B, C, D, E doivent être remplis pour pouvoir poser le
diagnostic.
A. Un mode persistant d’inattention et/ou d’hyperactivité-impulsivité qui
interfère avec le fonctionnement ou le développement, tel que
caractérisépar(1)et/ou(2)(voirtableausuivant):
1) Inattention : Cinq (ou plus) des symptômes suivants ont persisté
pendantaumoins6moisàundegréquinecorrespondpasauniveau
dedéveloppementetquiadeseffetsnégatifsdirectssurlesactivités
socialesetacadémiques/professionnelles.
Remarque : les symptômes ne sont pas seulement la manifestation
d’uncomportementd’opposition,d’unedéfiance,d'unehostilité,oude
l’incompréhensiondetâchesoud’instructions.
2) Hyperactivitéetimpulsivité:Cinq(ouplus)dessymptômessuivants
ontpersistépendantaumoins6 mois,àundegréqui necorrespond
pasauniveaudedéveloppementetquiaunimpactnégatifdirectsur
lesactivitéssocialesetacadémiques/professionnelles.
Remarque : les symptômes ne sont pas seulement la manifestation
d’uncomportementd’opposition,d’unedéfiance,d'unehostilité,oude
l’incompréhension de tâches ou d’instructions. Pour les adolescents
les plus âgés et les adultes (17 ans et plus), 5 symptômes ou plus
sontexigés.
B. Plusieurs symptômes d’hyperactivité/impulsivité ou d’inattention
étaientprésentsavantl’âgede12ans.
C. Plusieurs des symptômes d’inattention ou d’hyperactivité/impulsivité
sontprésentsdans deuxsituationsou plus(ex :à lamaison, l’école,
ouautravail;avecdesamisoulafamille;dansd’autresactivités).
D. Il est clairement évident que les symptômes interfèrent avec, ou
réduisent la qualité du fonctionnement social, scolaire ou
professionnel.
E. Les symptômes ne surviennent pas exclusivement au cours d’une
schizophrénieoud’unautretroublepsychotiqueetnesontpasmieux
expliqués par un autre trouble mental (ex : trouble thymique, trouble
anxieux,troubledissociatif,troubledelapersonnalité,intoxicationpar
unesubstanceousevraged'unesubstance).
Spécifications:
● Présentation combinée : les critères A1 (inattention) et A2
(hyperactivité-impulsivité)sontremplispourles6derniersmois.
● Présentation avec inattention prédominante : le critère A1 est rempli
pourles6derniersmoismaispaslecritèreA2.
● Présentationhyperactivité/impulsivité prédominante: le critère A2est
remplipourles6derniersmoismaispaslecritèreA1.
Les18«symptômes»
A1Symptômes Souventneparvientpasàprêterattentionauxdétailsoufait
d’Inattention:Cinq(ouplus) desfautesd’inattentiondanslesdevoirsscolaires,letravail
dessymptômessuivantsont oud’autresactivités(exemple:négligeououbliedesdétails,
persistépendantaumoins6 letravailn’estpasprécis).
moisàundegréquiades Souventadumalàsoutenirsonattentionsurdestâchesou
effetsnégatifsdirectssurles dansdesactivitésdeloisir(exemple:adumalàrester
activitéssociales, concentrédurantlescours,lesconversations,perdlefildela
académiquesou lecture).
professionnelles:
Remarque:lessymptômes Souventsemblenepasécouterquandonluiparle
nesontpasseulementla directement(exempleparaîtdistrait,ailleurs,danslalune,
manifestationd’un mêmeenl’absenced’unedistractionmanifeste).
comportementd’opposition, Souvent,neseconformepasauxconsignesetneparvient
d’unedéfiance,d'une pasàmeneràtermesesdevoirsscolaires,sestâches
hostilité,oud’une domestiquesousesobligationsprofessionnelles(exemple:
incompréhensiondetâches abandonneunetâcheencours,avantdel’avoirterminé,
oud’instructions. s’éparpille,perdlefil).
Souventadumalàorganisersestravauxetsesactivités
(exemple:difficultésàgérerdestâchesdefaçon
séquentielle,àmaintenirunsystèmed’organisation;
désordonné;mauvaisegestiondutemps;neparvientpasà
respecterlesdélais,retardsfréquents).
Souventévite,aenaversion,ouaccomplitàcontrecœurles
tâchesnécessitantuneffortmentalsoutenu(exemple:le
travailscolaireoulesdevoirsàlamaison;pourles
adolescentsetlesadultes,préparerdesrapports,remplirdes
formulaires,revoirunlongarticle).
Souventperdlesobjetsnécessairesàsontravailouàses
activités(matérielscolaire,crayons,livres,outils,portefeuille,
clés,documents,lunettes,téléphone).
Souventestfacilementdistraitpardesstimuliexternes
(exemplebruits,conversations,stimulivisuels)Pourles
adolescentsetlesadultes,difficultésànepasselaisser
distraireparsesproprespenséessanslienaveclatâcheen
cours,passeducoqàl’âne.
Adesoublisfréquentsdanslaviequotidienne(exemple:
pourlestâchesroutinièresnepassesouvenirdelatâcheen
coursouàfaire,oublierderappelerlesgens,oublierdefaire
unachat,oublierunrendez-vous,oublierdepayerdes
factures,dedéclarersesimpôts).
A2Hyperactivitéet Remuesouventlesmainsoulespiedsousetortillesurson
impulsivité:Cinq(ouplus) siège(exemplepianoteavecsesdoigts,tortillesescheveux,
dessymptômessuivantsont joueavecunstylo…).
persistépendantaumoins6 Quittesouventsonsiègedansdessituationsoùilest
mois,àundegréquine supposéresterassis(exemple:selèvedesaplaceen
correspondpasauniveaude classe,aubureauouàsontravail,oudansd’autressituations
développementetquiaun oùilesthabituelderesterassis).
impactnégatifdirectsurles
activitéssocialeset Souvent,courtougrimpepartout,danslessituationsoùcela
académiques/professionnelles. estinapproprié(chezlesadolescentsoulesadultes,celapeut
selimiteràunsentimentd’agitationinterne,d’impatience
motriceinconfortable).
Àsouventdumalàsetenirtranquilledanslesjeuxoules
activitésdeloisir.
Estsouvent«surlabrèche»,ouagitcommes’ilétait«monté
surressorts»(exemple:sentimentd’inconfortmarquéencas
d’immobilitéprolongée,commeaurestaurant,aucinéma,en
réunion;Donnel’impressiond’êtrepressé,agité,difficileà
suivre.)
Souvent,parletrop.
Laissesouventéchapperlaréponseàunequestionquin’est
pasencoreentièrementposée(exemple:terminelesphrases
desesinterlocuteurs;nepeutattendresontourdansune
conversation).
Àsouventdumalàattendresontour(exemple:dansunefile
d'attente).
Interromptsouventlesautresouimposesaprésence
(exemple:faitirruptiondanslesconversations,lesjeuxoules
activités;peutcommenceràutiliserlesobjetsdesautres
sansleurautorisation).
Plusieurscentainesdecombinaisonssontpossiblesàpartirdecetteliste
desymptômes,dontilfautbienreconnaîtrelafaiblespécificité.
LETDAHENCHIFFRES
▶Prévalence(nombredesujetsprésentantunTDAH
expriméenpourcentagedelapopulationgénérale)
L’étude française la plus récente a été réalisée en 2014 dans la région
niçoise (Caci, 2014). Cette étude retrouve une prévalence en
populationgénéraleadultede 2,99%selonlescritèresduDSMIV.Le
résultatestcomparableàceuxretrouvésdansd’autrespopulationsdans
lemondeaveclamêmeméthode.
Lescritèresdiagnostiquesdu TDAHdel’adulteviennent d’êtremodifiés
avec la parution du DSM 5. Ces modifications vont entraîner une
augmentationimportantedelaprévalenceduTDAHdel’adulte(Batstra,
2012)puisquelescritèresensonttrèsélargis:
● l’âgededébutdestroublespassed’avant7ansàavant12ans;
● iln’estplusnécessairequelessymptômesaientétéinvalidantsavant
12ans;
● le nombre de symptômes nécessaires pour poser le diagnostic chez
l’adultepassede6à5;
● lestroublesduspectreautistiquenesontplusuncritèred’exclusion.
▶Évolutiondesprescriptionsdeméthylphénidate
enFrance
Le méthylphénidate est un traitement psychostimulant amphétaminique
quin’apasd’autorisationdemisesurlemarchédansleTDAHdel’adulte
mais est utilisé en France dans l’indication TDAH de l’enfant (voir le
chapitremédicamentsetTDAH).
L’AgenceNationaledeSécuritéduMédicament(ANSM)aconstatéune
forte augmentation des prescriptions de méthylphénidate entre 1996 et
2012.
Ce graphique montre l’évolution du nombre de doses thérapeutiques
quotidiennes par 1 000 habitants et par jour dans l’ensemble de la
population française. La dose thérapeutique quotidienne (Defined Daily
Dose – DDD) est une unité de mesure technique déterminée par
l’OrganisationMondialedelaSanté(OMS)auxfinsd’analysestatistique.
Elleestde30mgpourleméthylphénidate.
Le nombre de boîtes de méthylphénidate vendues sur une année est
passé de 26 000 en 1996, à 220 000 en 2005 et presque 494 000 en
2012.
Le pic de consommation observé en 2004 est contemporain du
lancement en France du Concerta (méthylphénidate à libération
prolongée).L’évolutiondelaconsommationdeméthylphénidateaprèsle
lancement du Quasym° (autre forme à libération prolongée) n’est pas
encorepubliée.
Il existe une corrélation entre le niveau de consommation de
méthylphénidate et les usages détournés du produit (marqués par des
abus, des dépendances, des phénomènes de sevrage). Cet
accroissement de détournements est évalué entre 2005 et 2009 à
+ 167 % en France.
http://ansm.sante.fr/var/ansm_site/storage/original/application/8dd1277a3867155
Aux États-Unis, l’importance des détournements des psychostimulants
prescritsdansleTDAHacontraintlesagencessanitaires,lesuniversités
et les industriels à mener des campagnes d’informations communes.
http://www.cpamm.org/partners/
▶LemarchédesmédicamentspourleTDAH
● 2010:3855,6millionsdedollars.
● Prévisiondecroissanceannuelle:8%.
● Estimationen2018:7114,5millionsdedollars.
(GlobalData2011)
CONTROVERSESAUTOURDUTDAH:UNFAIT,
TROISHYPOTHÈSES,UNECONCLUSIONPROVISOIRE
UNFAIT
Comme en témoignent les chiffres précédents, en France comme dans tous les pays
développés, il existe une augmentation très importante des diagnostics de TDAH et de la
prescription de psychostimulants chez des sujets ayant reçu ce diagnostic. Plusieurs
hypothèsessontavancéespourexpliquercetteévolution.
▶Hypothèsedel’existenced’unepathologiemédicale
neuro-développementale
Pourcertains,cetteaugmentationpeutêtreexpliquéeparunemeilleure
reconnaissance d’une maladie qui a toujours existé mais qui jusque-là
étaitmalconnue.
Desdonnéesconvergentesvenantdedisciplinesdiversespermettentde
commencer à construire un modèle cohérent intégratif (génétiques,
épigénétiques, environnementaux, neurobiologiques,
neuropsychologiques, neurophysiologiques, imagerie) (Voir le chapitre
ModèlesetNeurosciences).
Le trouble est décrit comme ayant un retentissement lourd et un coût
important (abus de substances, emplois précaires, divorces, actes
délictuels,comorbidités,accidents).
Danscettehypothèse,lamaladieétantmieuxconnue,ilestlogiqueque
s’il existe un traitement médicamenteux efficace, les diagnostics et les
prescriptionsaugmentent.
▶Hypothèse«épidémique»
Pourd’autres,silesassociationsdesymptômesdécritesdansleDSM5
ont toujours existé, on assiste à une augmentation préoccupante des
enfants et des adultes présentant ce type de difficultés. Cette
augmentation est trop rapide pour être attribuée à une évolution
génétique « structurelle » (lente) mais pourrait être liée à des
modificationsrécentesdel’environnementdenotreespèce(entreautres
par l’intermédiaire de modifications épigénétiques qui peuvent être
transmissibles).
Des expérimentations animales et humaines et des études
épidémiologiques ont mis en évidence l’impact de modifications
environnementales (au sens large) sur le développement de difficultés
attentionnellesetcomportementales.
Lesmodificationsdontl’impactaétéétudiéconcernentparexemple:
● Lemodedevie:en40ans,diminutionmajeuredel’activitéphysique
quotidienne des enfants, éclatement géographique des structures
familiales,augmentationmajeuredutempspassédevantdesécrans,
modification des modalités éducatives, diminution du temps passé
avec l’adulte ou les pairs sans activités programmées et
particulièrementdujeu(SiviyetPanksepp2011).
● La façon de s’alimenter : modifications majeures de l’alimentation
depuis 40 ans : sucres, graisses saturées, disponibilité immédiate,
édulcorants, colorants, OGM, pesticides, emballages… (Bouchard
2010,Wagner-Schuman2015,Richardson2015).
▶Hypothèse«conceptuelle»
Pourunnombrecroissantdechercheurs,cetteaugmentationsembleen
grande partie liée à la diffusion d’une construction conceptuelle sous
l’influencedeforcesconvergentessocialesetfinancières.
Cedomaineesttrèsvaste,nousn’ensoulignonsquequelquesaspects.
Influencessociales
Il semble que dans les pays occidentalisés, la tâche d’élever et
d’éduquer un enfant soit devenue plus anxiogène à la fois pour les
parentsetpourlesinstitutionsscolaires.Lesparentsetlesenseignants
sontsoumisàunefortepressionafindecontrôlerlescomportementsdes
enfants et des adolescents alors que leurs ressources en temps et en
moyens pour atteindre cet objectif deviennent de plus en plus limitées
(Timimi2004).
Aux États-Unis, une étude (Fulton 2009) a comparé l’évolution des
diagnostics de TDAH entre 2003 et 2007 après l’adoption par certains
États d’une mesure législative attribuant un financement aux écoles
accueillantdesenfantsprésentantunTDAH.
DanslesvingtÉtatsayantadoptécetteloi,lesdiagnosticsdeTDAHont
augmentéde59%chezlesenfantsissusdefamillepauvres,etde5%
chezlesenfantsissusdesclassesmoyennesetsupérieures.
Dans les trente États n’ayant pas adopté cette loi, le nombre de
diagnosticsdeTDAHestrestéstabledanstouteslesclassessociales.
Plusieurs auteurs soulignent l’importance de la pression sur les
intervenantsensantépourporterundiagnosticdeTDAH.Ilestprobable
que cette pression influence les professionnels : le diagnostic, même
incertain,est vécucomme la possibilité de ne pas priver un individu de
l’aideàlaquelleilauraitdroitpourfairefaceauxdifficultésqu’ilrencontre.
Le problème soulevé par les chercheurs n’est pas celui de mesures
visantàcompenserdesinégalitéssociales,maisdelaconséquencede
ces politiques sociales sur la médicalisation des comportements des
personnesissuesdesclassessocialeslesplusdéfavorisées.
Stratégiesdesfirmescommercialisantdesmédicaments
dansl’indicationTDAH
Le marché du TDAH de l’adulte est considéré par les investisseurs
comme«immature»ettrèsprometteur.
En2012,leDatamonitorconseillaitauxfirmesd’augmenterleuractionde
lobbying auprès des agences nationales de santé de façon à favoriser
les diagnostics systématisés et d’augmenter le taux de diagnostic du
TDAH de l’adulte. Il est fort probable que de telles actions sont
actuellementencours.SilaHauteAutoritédeSantés’estsaisiedusujet
chezl’enfant,ellenel’apasencorefaitenFrancechezl’adulte.
Ces multinationales organisent de nombreusesjournées de formationà
destination des médecins et des enseignants, des enquêtes
« épidémiologiques sur les parcours de soin », et sont les principaux
financeurs des congrès francophones sur le TDAH. Elles exercent une
influence massive sur les associations de patients, et sur les médecins
prescripteursouchargésdeformerlesprescripteurs.
Leslecteursintéresséspourrontconsulterlabasededonnéespubliques
Transparence-Santé.https://www.transparence.sante.gouv.fr
▶Enguisedeconclusionprovisoire
Il existe une infinité d’interactions, de combinaisons possibles et de
niveauxd’analyseàpartirdecestroishypothèses.
En conclusion de ce chapitre,j’invite lelecteur àprendre connaissance
d’un article paru sur le site du Formindep :
http://www.formindep.org/Decryptage-d-une-campagne.html.
Cet article définit quelques éléments devant attirer notre attention et
inciterà une réflexioncritique sur les informationsdiffusées au sujetdu
TDAH.
Devantunecampagned’informationsurunemaladie,lesauteursinvitent
àseposerlesquestionssuivantes:
Campagnedesantéoumarketing?
1.Lamaladieestsous-diagnostiquée,elleestplusfréquentequ’onnele
pense.
2.Lamaladiedémarrepardessymptômesbéninsoubanals.
3.Lamaladieestbienplusgravequ’onnel’imagine.
4.Maisilexistedestraitementsefficacessil’onintervienttôt.
S’agit-ild’unvraitestdedépistage?
1.Àquis’adresse-t-il?
2.Quedépiste-t-onaveccetest?
3.Quepeut-onattendredesrésultatsdutest?
4.Peut-onquantifierlerisquedépisté?
5.Cetestest-ilfiable?
Quisontlespromoteursdecettecampagne?
1.Quisontlespartenaires?
2.Quisontlesleadersd’opinion?
3. Quels sont les liens d’intérêt des promoteurs avec les laboratoires
commercialisantlesmédicamentspourcettemaladie?
Pourquoicettecampagnepeut-elleposerproblème?
1.Parcequ’elleencouragelesurdiagnostic.
2.Parcequ’elleencouragelesurtraitement.
3.Parcequelabalancebénéfice/risquedutraitementproposén’estpas
établie.
BIBLIOGRAPHIE
AGENCE NATIONALE DE SÉCURITÉ DU MÉDICAMENT (2013) Méthylphénidate :
données d’utilisation et de sécurité d’emploi en France
(http://ansm.sante.fr/var/ansm_site/storage/original/application/8dd1277a386715
AMERICAN PSYCHIATRIC ASSOCIATION (2013). Diagnostic and Statistical
Manual of Mental Disorders (5th ed.). Washington, DC : American
PsychiatricPublishing.
BATSTRAL.,FRANCESA.(2012).«DSM-5furtherinflatesADHD».Journal
ofNervousandMentalDisease,200,6,486-8.
Bouchard MF, Bellinger DC, Wright RO, Weisskopf MG. (2010)
« Attention-deficit/hyperactivity disorder and urinary metabolites of
organophosphatepesticides».Pediatrics.125,6,1270-7.
CACIH.,MORINAJS.,TRANA.(2014).«PrevalenceandCorrelatesof
Attention Deficit /Hyperactivity Disorders in Adults from a French
CommunitySample».JournalofNervousandMentalDisease,202,4,
324-332
Data monitor (2012) : « Commercial and Pipeline Insight : ADHD -
Immature adult market continues to offer greatest commercial
potential»Datamonitor(DMHC2381)
FULTON B., SCHEFFLER R.M, HINSHAW S.P, LEVINE P., STONE S., BROWN T.,
MODERKS.(2009).«NationalvariationofADHDdiagnosticprevalence
andmedicationuse:Healthcareprovidersandeducationalpolicies».
PsychiatricServices,60,1075-1083.
Global Data (2011) cité http://www.prnewswire.com/news-
releases/attention-deficit-hyperactivity-disorder-adhd-therapeutics---
pipeline-assessment-and-market-forecasts-to-2018-132679803.html
RICHARDSONJR,TAYLORMM,SHALATSL,GUILLOTTS,CAUDLEWM,HOSSAIN
MM, et al. (2015) « Developmental pesticide exposure reproduces
features of attention-deficit hyperactivity disorder ». FASEB J,
29,1960–72.
SIVIYSM,PANKSEPPJ(2011).«Insearchoftheneurobiologicalsubstrates
for social playfulness in mammalian brains » Neuroscience and
BiobehavioralReviews.35,9,1821-30.
TIMIMI S, TAYLOR E (2004). « ADHD is best understood as a cultural
construct».BritishJournalofPsychiatry,184,8-9.
WAGNER-SCHUMANM,RICHARDSONJR,AUINGER P,BRAUNJM,LANPHEARBP,
EPSTEIN JN, YOLTON K, FROEHLICH TE. (2015). « Association of
pyrethroid pesticide exposure with attention-deficit/hyperactivity
disorder in a nationally representative sample of U.S. children ».
EnvironmentalHealth.14:44.
Chapitre2
ModèlesetNeurosciences
▶ModèledeBarkley(1997).Ledéficitdel’inhibition
deréponse
Barkley, dans un texte paru en 1997, propose le premier un modèle
neuropsychologique unifié des symptômes du TDAH : « Constructing a
unifying theory of ADHD ». Il fait l’hypothèse de l’existence d’un déficit
primairecentraldel’inhibitioncomportementale.
L’inhibitioncomportementalecomprend:
● l’inhibitiond’uneréponseautomatique,
● l’arrêtd’uneréponseencours,
● larésistanceauxinterférences.
Cepremiermodèleaeuunimpactconsidérabledanslacompréhension
du TDAH. Il a permis le développement des premières interventions
psychothérapeutiquesayantuneefficacitédémontrée.
Une méta-analyse des études d’imagerie fonctionnelle réalisées chez
287 patients et 320 sujets contrôle (Hart et al. 2013) a confirmé
l’existenced’anomaliesfonctionnelleslorsdetâchessollicitantl’inhibition
motricechezlessujetsprésentantunTDAH.
▶ModèledeBrown(2000).Importancedel’étayage
etdesadaptations.Variabilité
Brownconsidère que le TDAH estlié à un déficit global etvariable des
fonctions exécutives. Il insiste sur la variabilité interindividuelle et
diachronique de ces fonctions. Il souligne l’importance de l’étayage et
desadaptationsqui,àniveaudedéficitégal,vontmodulerl’expressionet
leretentissementduhandicap.
PourBrown,l’expressioncliniqueduTDAHestlaconséquencedudéficit
primaire(variable) etdes stratégiesd’étayage desfonctions exécutives.
Cetétayagepeutêtreapportéparl’entourage(parents,école)oumisen
placeconsciemmentparlesujet.Defaçoncomparableàunedéfaillance
cardiaquelorsd’uneffortinhabituel,certainessituationscharnièresvont
solliciter de façon trop importante les fonctions exécutives du sujet et
entraîner une décompensation d’une situation jusque-là stabilisée. Ces
palierscorrespondentparexempleàl’entréeàl’écoleprimaire,aulycée,
au départ du foyer familial, au premier emploi, à la parentalité, à la
cessationdelavieprofessionnelle.
DepuislestravauxdeBrown,l’importancedelavariabilitédesréponses
chez les sujets présentant un TDAH intrigue les chercheurs. En 2013,
une méta-analyse de 319 études confirme la variabilité des temps de
réactionchezlessujetsTDAH(Kofler2013).
Il a été démontré que cette variabilité ne pouvait être simplement
attribuéeàlaconséquenced’unralentissementdutempsderéaction.La
variabilité peut être attribuée à des fluctuations attentionnelles en lien
avec un faible contrôle exécutif, à une dysrégulation du niveau d’éveil
dansdestâchesprolongéesouàunmauvaisajustementtemporelmédié
pardescircuitscérébelleux.
▶LimitesdespremiersmodèlesdeBarkleyetdeBrown
Ces deux modèles, très parlants cliniquement, se heurtent pour les
chercheursàdeuxpierresd’achoppementincontournables.
Aucuntestneuropsychologiquenepeutconfirmerou
infirmerundiagnosticdeTDAH
Les méta-analyses (Wilcutt 2005) concluent à une forte probabilité du
rôle du déficit du contrôle inhibiteur et de l’implication des fonctions
exécutives dans l’apparition d’un TDAH. Mais la taille d’effet spécifique
dechacundecesélémentsestfaibleetrendcomptedemoinsde10%
delavariancedessymptômes.
Malgré l’essor de batteries de tests neuropsychologiques, aucun test,
aucune batterie de test ne permet d’affirmer ou d’infirmer un diagnostic
deTDAH.Lesmesuresducontrôleinhibiteuroudesfonctionsexécutives
par des tests neuropsychologiques à l’échelle individuelle ne sont pas
corréléesauxsymptômesetauxdifficultésrencontréesparlepatientsur
leterrainensituationécologique.
Un tiers seulement des sujets TDAH aurait un déficit significatif des
fonctions exécutives objectivable par des tests neuropsychologiques.
Pourlesauteursdéfendantlathéoriedudysfonctionnementexécutif,les
fonctions exécutives ne se limitent pas à ce qui est mesuré par les
«testsdesfonctionsexécutives». Dansladémarchescientifique,ilest
eneffetnécessaired’isolerunevariable,etuneseule,afindelamesurer.
Orlesfonctionsexécutivesinteragissententreellesetsontdépendantes
les unes des autres. Ainsi pour Barkley et Brown l’évaluation des
fonctions exécutives ne peut pas être réalisée par des tests classiques
maisparunentretiencliniqueouuneobservationécologiquepourjuger
de la capacité de la personne à exécuter en situation des tâches
quotidiennesautogérées.
Lesdéficitsdesfonctionsexécutivesseretrouvent
dansdenombreusespathologies
Lesdéficitsdes fonctionsexécutivesne sontpasspécifiques duTDAH.
Cesdéficitssontconsidéréscommecentrauxdans d’autrespathologies
comme l’autisme, les troubles des conduites, la schizophrénie, la
dépression…
▶Modèledel’AversionduDélaideSonuga-Barke(2002)
ContrairementàcequiseraitattenduaveclepremiermodèledeBarkley,
lefaitd’imposerundélaiavantderépondrenepermetpasderéduirele
nombre de réponses incorrectes des enfants TDAH : malgré un délai
imposé,lesenfantsTDAHfonttoujoursplusd’erreursquelesenfantsdu
groupecontrôle.Ilssontincapablesd’allouercetempssupplémentaireà
untraitementdesinformations.
Sonuga-Barke fait l’hypothèse que l’impulsivité dans le TDAH n’est pas
liéeaufaitquelesujetnepeutpasattendre(déficitd’inhibition)maisqu’il
préfèrenepasattendre(motivation)parcequel’attenteestexpérimentée
commenégative(aversionpourledélai).
Lemodèledel’aversiondudélaiestunmodèlemotivationnelpermettant
d’expliquer à la fois les comportements d’inattention, d’hyperactivité et
d’impulsivité.
LessujetsTDAHressententtrèsnégativementlessituationsd’attente.
Lorsque les enfants aversifs du délai ne peuvent pas échapper à une
attentecontraignante,ilsvontessayerd’éviterl’expériencesubjectivede
l’attenteoud’accélérerleursentimentsubjectifdupassagedutemps.Ils
vontalorssoitrechercherdesstimulationsnontemporellespréexistantes
dans l’environnement (comme regarder par la fenêtre), soit créer eux-
mêmesdesstimulationsnontemporelles(parleroubougerparexemple).
Ces comportements peuvent être perçus comme de l’inattention ou de
l’hyperactivité.
Les choix d'enfants TDAH de ne pas attendre une récompense ou un
événement qui semblent être le résultat des problèmes d'inhibition
seraientdanscemodèlelerésultatd'uneaversiondudélai.
Sonuga-Barkefaitégalementl’hypothèsequ’uneréponsepunitivefaceà
un comportement indésirable lié au délai (hyperactivité, impulsivité,
inattention) entraînerait chez l’enfant l’association de l’expérience du
délai à une conséquence négative et un renforcement de l’aversion du
délai.
L’aversion du délai entraîne une réduction de l’engagement dans la
tâche, en diminuant la qualité et la quantité de comportements centrés
sur la tâche. Dans ce modèle, les déficits associés au traitement des
informationsetàl'utilisationdutemps,commelamémoiredetravailetla
planification,apparaissentcommeleseffetssecondairesdel'aversiondu
délai.
VERSDESMODÈLESÀPLUSIEURSVOIES
DEPLUSENPLUSCOMPLEXES
▶ModèleàDeuxVoiesdeSonuga-Barke(2003)
LespremièresthéoriesexplicativesduTDAHreposaientsurl’hypothèse
d’un déficit principal unique. C’est pourquoi le modèle du
dysfonctionnement exécutif et celui de l’aversion du délai ont été
initialementconsidéréscomme desexplications concurrentesduTDAH.
Sonuga-Barke(2003)estlepremieràproposerunmodèleàdeuxvoies
à partir de ces deux théories. La première voie concerne le modèle
motivationneletsescaractéristiquescognitives,c’est-à-direl’aversiondu
délai.LasecondevoieintègrelathéorieenvisageantleTDAHcommeun
troubledelarégulationsecondaireàundéficitdel’inhibition,c’est-à-dire
un problème de déficit exécutif tel que le voit Barkley. Chaque voie
correspond à un circuit neuro-anatomique différent (le circuit
mésocortical pour l’aversion du délai et le circuit mésolimbique pour le
déficit exécutif). Bien que ces deux voies soient dissociées l’une de
l’autre,ellesmènentaumêmediagnosticdeTDAH.
Ce modèle semble assez robuste. Les sujets TDAH peuvent présenter
une aversion pour les situations d‘attente indépendamment du contrôle
del’inhibition.Ledéficitexécutifseraitplusenlienavecdessymptômes
inattentifs tandis que l’aversion du délai serait davantage associée aux
symptômeshyperactifs-impulsifs.
▶Ladécouvertedumodepardéfaut:versdesmodèles
àtroisvoiesetau-delà
● Les progrès de l’imagerie fonctionnelle ont rendu possible
l’observation du cerveau en action. L’imagerie fonctionnelle a permis
d’étudier comment différentes zones cérébrales communiquent entre
elles. La façon de penser le fonctionnement cérébral a évolué,
passant d’une approche morphologique ciblée sur des zones à une
approcheenréseau.Plusieursgrandsréseauxontétédécouvertsau
débutdesannées2000.Leréseaucérébralpardéfautaétéidentifié
plus tardivement à partir de la constatation que certaines régions
cérébrales se désactivent systématiquement lorsqu’un sujet effectue
unetâche.
● À l’état de repos, le réseau par défaut est très actif et cette activité
semble correspondre à une succession d’états de vagabondage
mentaloùl’attentionestdirigéedefaçonfluctuanteversdesactivités
d’introspectionouverslefutur.Lorsquelesujets’activesurunetâche,
l’activité du réseau par défaut diminue fortement et les différents
réseauximpliquéspourlaréalisationdelatâches’activent.
● Différentesétudesontmisenévidenceundéfautdeconnectivitéentre
lesrégionsantérieuresetpostérieuresduréseaupardéfautchezles
sujets présentant un TDAH. Pour Sonuga-Barke et Castellanos
(2007), lorsque le sujet TDAH tente de s’activer sur une tâche, le
réseau par défaut se désactive plus difficilement et se réactive
rapidement, venant ainsi parasiter le bon déroulement de la tâche.
Cette inactivation insuffisante du réseau par défaut permettrait de
rendre compte des difficultés d’activation, de maintien attentionnel et
d’autorégulationdessujetsTDAH.
● Plusrécemmentilaétémontréquechezlesujetnormalleréseaupar
défautestinactivélorsque lesujettravaillesur unetâchedemandant
de l’attention, mais aussi lorsqu’il attend une récompense. Chez le
sujet présentant un TDAH l’inactivation du réseau par défaut est
instable et insuffisante lorsqu’il travaille sur une tâche et de façon
frappante,leréseaupardéfautrestepleinementactiflorsquelesujet
passe de l’état de repos à l’état d’attente (Hsu 2015). Ce défaut de
désactivation du mode par défaut lors de l’attente peut être expliqué
par un déficit de contrôle exécutif ou une difficulté de transition d’un
étatà un autre.Il est égalementpossible que celacorresponde à un
choixliéàl’aversiondudélai,unestratégiepour«tromperl’attente»
ens’engageantdansunvagabondagemental.
● LespistesderecherchedansleTDAHsontfécondesetmultiples,les
chercheurstententparexempledecomprendrelesconséquencessur
l’organisation des réseaux d’anomalies de perception sensorielles
précoces ou de dysfonctionnements du cervelet (impliqué dans la
perceptiondutemps).
LESAVATARSDEL’HYPOTHÈSEDOPAMINERGIQUE
▶Hypothèsed’undéficitendopamine
Les médicaments psychostimulants amphétaminiques sont depuis très
longtempsprescritsdansleTDAH.
Une des premières théories biochimiques du TDAH reposait sur le
constat que les psychostimulants entraînaientune réduction très rapide
des symptômes d’agitation chez les enfants TDAH. Or les
amphétaminiques prescrits dans le TDAH (amphétamines et
méthylphénidate)augmententlaquantitédenoradrénaline,dedopamine,
d’adrénaline (catécholamines) et de sérotonine au niveau de certaines
synapses(lessynapsessontdeszonesd’échangeentrelesneurones).
L’hypothèsedel’existencedansleTDAHd’undéficitencatécholamines
aétéévoquéedèsledébutdesannées1970.
Audébut des années2000, plusieurs équipesont mis en évidenceune
augmentation de la densité des transporteurs présynaptiques de la
dopamine (DAT) au niveau des noyaux gris centraux chez les sujets
TDAH adultes.Cette différence très nette pouvait aller selon les études
jusqu’à70%deplusquechezlessujetstémoins.
D’autres équipes (Volkow 2004) ontensuite montréque l’administration
de méthylphénidate à des sujets sains entraînait une augmentation de
l’intérêt du sujet pour des tâches fastidieuses et que cet intérêt était
proportionnelàlaquantitédedopamineprésentedanslessynapsesdu
striatum. En d’autres termes, le méthylphénidate, par le biais de la
dopamine,augmente la saillancede la tâche,le sujet la perçoitcomme
plusattractiveetdoncestplusmotivépours’engagersurlatâche.
Danscettehypothèse,uneanomalie,présuméed’originegénétique,était
à l’origine de la présence d’un nombre élevé de transporteurs
présynaptiques (DAT) qui « repompaient » de façon trop importante la
dopamine présente dans la synapse. Le sujet déficitaire en dopamine
aurait beaucoup plus de difficultés à s’activer et à rester concentré sur
unetâchefastidieuse,ce quipouvait rendrecomptedes symptômesdu
TDAH. Les amphétaminiques ont ainsi été considérés logiquement
comme le traitement étiologique (de la cause) du TDAH puisque le
méthylphénidateagitenbloquantlarecapturedeladopamineauniveau
desDAT,augmentantainsilaquantitédedopaminedisponible.
Lesneurosciencesétaientàcettepériodeparticulièrementfocaliséessur
l’hypothèse dopaminergique et le rôle des circuits de la récompense
dansdiversespathologiespsychiatriques(schizophrénie,addictions.)
Cette théorie était très séduisante et a connu un vif succès et une
médiatisationimportanteavanttoutevalidation(Gonon2009).
▶Invalidationdel’hypothèsed’undéficitendopamine
danslestriatumchezlessujetsTDAH
Absenced’augmentationdeladensitédesDATdansle
striatumdessujetsTDAHadultesnaïfsdetraitement
DepuislestravauxdeJudithRapapporten1978,onsavaitquel’effetdes
amphétaminiques sur la concentration et l’agitation motrice s’observait
aussichezlesenfants sains.Ceciavaitété confirméparles travauxde
NoraVolkow(2004).
Cestravauxpermettentdetordrelecouàuneidéereçuetenace:leméthylphénidate
n’estpasuntestdiagnostic,soneffetn’estpasparadoxal.Auxdosesthérapeutiques
lesamphétaminiquesdiminuentlaturbulencedesenfantsnormauxetontuneffetsur
lesfonctionscognitivesdessujetssains.
Lorsqu’en2007NoraVolkoffatentéderépliquerlesrésultatsdesétudes
ayantmontréuneaugmentationdesDATchezlessujetsTDAHavecdes
techniques plus sensibles et sur des échantillons plus importants
d’adultes n’ayant jamais reçu de traitement amphétaminique, elle n’a
retrouvé aucune différence significative entre les sujets TDAH et les
sujets témoins. Depuis, d’autres travaux ont confirmé l’absence
d’augmentationdesDATchezlessujetsTDAHnaïfsdetraitement.
Impactd’untraitementàlongtermeparméthylphénidate
surlessystèmesdopaminergiques
En 2013, Wang a étudié l’impact d’un traitement prolongé par
méthylphénidatesurladensitédestransporteursdeladopamine(DAT).
Alors qu’au départ, les sujets TDAH adultes naïfs de traitement ne
différaient pas des contrôles, après un an de traitement par
méthylphénidate, la densité des DAT avait augmenté en moyenne de
24%auniveaudustriatumchezlessujetstraités.
Ce résultat permet d’expliquer pourquoi les premières études qui
incluaient une grande proportion de sujets traités au long court par
méthylphénidate avaient retrouvé une augmentation aussi importante
(jusqu’à70%)deladensitédesDAT.
Cette augmentation sous traitement peut être expliquée par un
mécanismederégulation.Pourluttercontrel’augmentationdedopamine
dans la synapse induite par le blocage des transporteurs, les
transporteurssontsynthétisésouexprimésenplusgrandequantité.
Cette up-régulation rend compte de l’absence d’efficacité à long terme
des traitements psychostimulants et explique l’exacerbation des
symptômessouventnotéeàl’arrêtdutraitement.
Actuellement,en2016,onnesaitpassil’augmentationdeladensitédes
DAT et le déficit en dopamine au niveau striatal entraîné par un
traitementprolongé par méthylphénidate sont réversibles, ni au bout de
combiendetemps.
De façon assez similaire à l’engouement pour l’hypothèse
dopaminergique, l’implication de différents neurotransmetteurs dans le
TDAH est régulièrement mise en avant et associée à l’espoir d’un
traitementmédicamenteux(sérotonine,histamine,glutamate…).
La compréhension du caractère assez archaïque et très large des
dysfonctionnementsàl’origineduTDAHrendpeuprobableladécouverte
d’un médicament qui apporterait une réponse simple à ce trouble
complexe. Espérons que les avatars de l’hypothèse dopaminergique
permettrontdetempérerlesengouementshâtifs.
POURMIEUXCOMPRENDREQUECEN’ESTPASSIMPLE
Le concept de TDAH tel qu’il est défini par les critères du DSM 5
recouvre un ensemble extrêmement hétérogène, sur le plan clinique et
évolutif.
Pourleschercheursenneurosciences,chacundessymptômescliniques
regroupés dans le TDAH ne peut être expliqué par une seule et même
cause.
Actuellement nous savons que des symptômes cliniquement
(phénotypiquement) similaires peuvent avoir pour origine un
dysfonctionnementdesystèmesdifférents.
Par exemple, le symptôme « est souvent en retard » peut être
l’expression phénotypique au niveau comportemental d’une difficulté de
planification (préfrontale), d’une intolérance au délai (circuit méso-
limbique), de « rêveries » fréquentes et inopinées (mode par défaut),
d’une absence de « calibrage » d’une horloge interne (cervelet), d’une
difficultéàsoutenirlamotivationdansletemps,d’unedifficultéàrésister
aux distracteurs, d’un défaut d’anticipation des conséquences du
retard…
Ceseul«symptôme»peutdoncêtrelaconséquencedanslesmodèles
actuels de dysfonctionnements au niveau des régions préfrontales, des
réseaux fronto-striataux, du striatum, du cortex cingulaire postérieur, du
cervelet…
Pour un peu plus de complexité, une atteinte fonctionnelle touchant un
des niveaux du modèle aurades conséquencesphénotypiquement très
différentes selon le moment du développement où cette atteinte se
produit.L’expression clinique d’un dysfonctionnementperceptif sera par
exemple radicalement différente si ce dysfonctionnement se produit en
période périnatale ou plus tard dans le développement. Il en est de
mêmepourl’ensembledesatteintesàchaqueniveaudumodèle.
Nous avons donc un modèle, impliquant de nombreux réseaux
fonctionnels, où une atteinte d’une fonction d’un réseau se traduira
cliniquementdifféremment selon le moment du développement où cette
atteinte survient et où des atteintes à différents niveaux du modèle
peuventaboutiràdesphénotypesidentiques.
Mais c’est encore plus complexe, car au cours du développement,
différents facteurs vont modifier l’expression de cette atteinte
fonctionnelle.C’estactuellementundomainederechercheextrêmement
important. Les chercheurs souhaitent comprendre les trajectoires
développementales. Pourquoi, à phénotype identique, certains enfants
vontavoiruneévolutiondéfavorable,quelssontlesfacteursaggravants,
etquelssontlesfacteursprotecteurs?
Il existe des étapes du développement qui constituent des moments
clefs,desfenêtressensiblesoùseproduituneréorganisationqualitative.
Cespériodes dudéveloppement constituentpourles pédopsychiatresà
la fois un sujet d’étude et une cible d’intervention permettant d’espérer
infléchirlestrajectoiresévolutivesduTDAH.
Chez l’adulte, la perspective développementale se poursuit et nous
avons encore beaucoup à apprendre de ce qui se passe chez le sujet
TDAH lors de certaines périodes comme l’autonomisation du milieu
familial, la parentalité,la fin de la vie active, qui constituent des étapes
critiquespourlesujetTDAH.
L’avancée des neurosciences continue. Si jusqu’à maintenant dans le
domaine génétique, les résultats ont été décevants, il existe des pistes
intéressantes dans l’étude des interactions gènes-environnement. Les
possibilitésouvertesparexempleparl’optogénétique invivo,permettent
d’imaginer dans un futur pas si lointain la construction de nouveaux
modèles expliquant un endophénotype à partirdu gène en passant par
les réseaux neuronaux, ce qui pourrait permettre de tester des
interventionspréventivesciblées.
À l’ère du Human Connectome Project
(http://www.humanconnectomeproject.org/),voiciquelquesquestionsque
seposentleschercheurs(Baroni2015).
Quellesquestionsseposentleschercheursen2016?
Lavariabilitéintra-individuelledestempsderéponsesest-elleliéeàdesanomaliesausein
d’unseulsystème(leréseaupardéfautparexemple)ouàdesperturbationsdesrelations
entrelesréseaux(défaut,contrôleexécutif,limbique-motivationnel)
Est-ceque des déséquilibres entreles réseaux dorsal-attentionnelou fronto-pariétal etle
réseau par défaut pourraient être corrigés grâce à des techniques de stimulation
électriqueintracrânienne?
L’étude de ces réseaux peut-elle permettre d’évaluer l’effet des médicaments et des
psychothérapiesoubiendeprédireoud’expliquerl’inefficacitédestraitements?
Comment les 7 grands réseaux s’articulent-ils avec les circuits striataux, thalamiques et
cérébelleux?
Dans le TDAH, à quel niveau de résolution est-il pertinent d’étudier les circuits cortico-
striato-thalamo-corticaux et cortico-thalamo-cérébelleux ? Est-ce que le niveau des 7
grandsréseauxesttroplarge?
Les anomaliesdu réseau visuel dans le TDAH sont-elles liées à ses interactionsavec le
réseauattentionneldorsal?Sont-ellesprimairesousecondaires(compensatoires)?Quels
liensont-ellesaveclessymptômesd’inattention?
Est-ilpossiblededéfinirdessous-typesneurobiologiquesdeTDAHsurlabasedeprofils
établisàpartirdel’étudedesréseaux?
Detelsprofilspourraient-ilspermettred’étudierlaréponseautraitement?
Comment évoluent ces profils « réseau neuronal » dans le TDAH au cours du
développement?
Quelles sous-composantes du réseau par défaut (orientation vers soi/orientation vers le
futur)sontliéesauxsymptômesduTDAH?
Les décisions sub-optimales prises par les sujets TDAH sont-elles en lien avec la
composantemedio-temporaleduréseaupardéfaut(orientationverslefutur)?
BIBLIOGRAPHIE
BARKLEY R (1997). « Behavioral inhibition, sustained attention, and
executive functions: Constructing a unifying theory of ADHD »,
PsychologicalBulletin,121,1,65-94.
BARONI A, CASTELLANOS FX. (2015). « Neuroanatomic and cognitive
abnormalities in attention-deficit/hyperactivity disorder in the era of
‘highdefinition’neuroimaging ». CurrentOpinion inNeurobiology, 30,
1-8.
BROWN TE (2000). « Emerging understandings of attention deficit
disorders and comorbidities ». In T. Brown (Ed.), Attention deficit
disordersandcomorbiditiesinchildren,adolescentsandadults(pp.3–
55).Washington,DC:AmericanPsychiatricPress.
GONON F (2009). « The dopaminergic hypothesis of attention-
deficit/hyperactivity disorder needs re-examining. » Trends in
Neurosciences32,1,2-8.
HART H, RADUA J, NAKAO T, MATAIX-COLS D, RUBIA K (2013). « Meta-
analysis of Functional Magnetic Resonance Imaging Studies of
Inhibition and Attention in Attention-deficit/Hyperactivity Disorder :
Exploring Task-Specific, Stimulant Medication, and Age Effects »,
JAMAPsychiatry,70,2,185-198.
HSUC,BENIKOSN,SONUGA-BARKEE(2015).«Spontaneousactivityinthe
waiting brain : A marker of impulsive choice in attention-
deficit/hyperactivity disorder ? ». Developmental Cognitive
Neuroscience,12,114-122.
KOFLERMJ,RAPPORTMD,SARVERDE,RAIKERJS,ORBANSA,FRIEDMANLM,
KOLOMEYER EG (2013). « Reaction time variability in ADHD : A meta-
analytic review of 319 studies ». Clinical Psychology Review, 33, 6,
795-811.
RAPOPORT J, BUCHSBAUM M, ZAHN T,WEINGARTNER H, LUDLOWC, MIKKELSEN
E. « Dextroamphetamine: cognitive and behavioral effects in normal
prepubertalboys.».Science199,560–563.
SONUGA-BARKE E (2003). « The dual pathway model of AD/HD : an
elaboration of neuro-developmental characteristics ». Neuroscience
andBiobehaviouralReviews,27,593-604.
SONUGA-BARKE E, CASTELLANOS FX (2007). « Spontaneous attentional
fluctuations in impaired states and pathological conditions : a
neurobiological hypothesis ». Neuroscience and Biobehavioural
Reviews,1,977-986.
VOLKOWND,WANGG-J,FOWLERJS,TELANGF,MAYNARDL,LOGANJ,GATLEY
SJ, PAPPAS N, WONG C, VASKA P, ZHU W, SWANSON JM
(2004).«EvidenceThatMethylphenidateEnhancestheSaliencyofa
Mathematical Task by Increasing Dopamine in the Human Brain ».
AmericanJournalofPsychiatry161,7,1173–1180.
VOLKOW ND, WANG GJ, NEWCORN J, FOWLER JS, TELANG F, et al. (2007).
«Braindopaminetransporterlevelsintreatmentanddrugnaiveadults
withADHD».Neuroimage34,1182–1190.
WANG G-J, VOLKOW ND, WIGAL T, KOLLINS SH, NEWCORN JH, ET AL.
(2013). « Long-Term Stimulant Treatment Affects Brain Dopamine
Transporter Level in Patients with Attention Deficit Hyperactive
Disorder ». PLoS ONE 8(5) : e63023.
doi:10.1371/journal.pone.0063023
WILLCUTT EG, DOYLE AE, NIGG JT, FARAONE SV, PENNINGTON BF. (2005).
« Validity of the executive function theory of attention-
deficit/hyperactivity disorder : a meta-analytic review ». Biological
Psychiatry,5,11,1336-46.
Chapitre3
Fonctionsexécutives:
comprendrel’impact
deleursdéfaillancespourmettre
enplacedesstratégiesadaptées
A PRÉSENTATION des fonctions exécutives (FE) qui va suivre est
L volontairement simplifiée. L’objectif n’est pas d’en faire une
description scientifique mais d’offrir une grille de lecture clinique pour
construireaveclepatientuneapprocheopérationnelle.
Le TDAH regroupe une série de symptômes d’inattention et
d’hyperactivité/impulsivité.Maispourquoicessymptômesprécisément?
Pourlecomprendre,laréférenceauconceptdefonctionsexécutivesest
fondamentale.
DÉFINITIONETRÔLEDESFONCTIONSEXÉCUTIVES
Les FE sont les processus cognitifs qui dirigent, orientent et
synchronisent à la manière d’un chef d’orchestre nos comportements.
Ellessontétroitementliéesaudéveloppementducortexpréfrontal.
Les fonctions exécutives permettent de s’adapter à l’environnement, de
s’investirdansuneactivitécognitiveintentionnelle.
Ellessontmisesenjeudansdessituationsnouvellesoucomplexespour
lesquelleslesujetnepossèdepasderépertoirederéponseautomatique.
Une des caractéristiques essentielles des fonctions exécutives est
qu’ellessontdirigéesverssoi-même,c’est-à-direquecesontdesactions
quenousmettonsenœuvrepourmodifiernotreproprecomportement.
Les fonctions exécutives servent nos objectifs à long terme, alors que
des fonctions plus primaires et automatiques servent des objectifs plus
immédiats.
Ondiraqu’unefonctionestexécutivesielleintervientdans:
● lagestiondel’intentiond’agir,ladéfinitionetlechoixd’und’objectif;
● l’élaboration d’un projet et la gestion de tout ce qui pourrait
contrecarrer ce projet (motivation, distracteurs internes ou
externes…);
● la gestion d’un discours interne de régulation émotionnelle et
d’activation.
Les enfants ont des FE peu développées et les adultes qui s’occupent
d’eux vont tenir pendant longtemps le rôle de fonctions exécutives en
s’assurant que la poursuite par l’enfant du désir immédiat ne va pas
interférer avec sa santé ou son développement. À la manière des
fonctions exécutives, les parents choisissent, planifient, dirigent et
corrigentlesactions,tempèrentlesenthousiasmes,apaisentleschagrins
etlesangoisses.
Petit à petit, l’enfant acquiert des possibilités de régulation
comportementale et émotionnelle, en particulier grâce à l’internalisation
du langage. L’internalisation du langage permettra le développement
d’auto-observation,demétacognition(réflexionsursaproprepensée),de
stratégiesderésolutiondeproblèmesetderégulationémotionnelle.
Parallèlement, les parents adaptent leur étayage au développement de
l’enfant. Au départ, ils planifient tout, puis petit à petit, laissent l’enfant
prendre en charge ses déplacements, son organisation matérielle, la
gestiondesonemploidutemps.
Aufuretàmesuredudéveloppementdeleurcortexpréfrontaletdeleurs
fonctions exécutives jusqu’au début de latrentaine, lesjeunes humains
prennentdeplusenpluslaresponsabilitédeleuraveniràlongterme.
À l’âge adulte, de très nombreuses tâches servent des objectifs à long
terme:étudierrégulièrement,épargnerpourunachat,tenirsonintérieur
en ordre, gérer ses papiers… Elles nécessitent de renoncer à une
satisfaction immédiate. De façon usuelle elles sont appelées conduites
responsables.
Cette capacité à faire des choix pour optimiser l’avenir est liée à la
connaissance de ce que pourraient être les conséquences des
comportements actuels mais repose surtout sur la possibilité d’agir en
fonctiond’objectifséloignés,cequepermettentlesfonctionsexécutives.
RÉSUMÉ
Les fonctions exécutives sont une série de fonctions cognitives qui nous permettent de
concilier des demandes opposées, d’arbitrer entre des exigences contradictoires en vue
d’agiraumieuxpournotrefutur(Barkley2008).
Unefonctionseraditeexécutivesielleintervientdans:
● lagestiondel’intentiond’agir,ladéfinitionetlechoixd’und’objectif;
● l’élaboration d’un projet et la gestion de tout ce qui pourrait contrecarrer ce projet
(motivation,distracteursinternesouexternes…);
● lagestiond’undiscoursinternederégulationémotionnelleetd’activation.
Lesfonctionsexécutivessemettentenplaceprogressivementaucoursdudéveloppementet
sontpleinementefficacesversl’âgedetrenteans.
FONCTIONSEXÉCUTIVESETDÉFICITD’INHIBITION
DERÉPONSE
THÉORIEDEBARKLEYINHIBITIONDERÉPONSE(1997)
(VOIRCHAPITRE2)
Notionfondamentale
LesindividusprésentantunTDAHontunecapacitéréduiteàmarqueruntempsd’arrêtavant
deréagir.Orc’estprécisémentdanscetespacedetempsentrelestimulusetlaréponseque
lesfonctionsexécutivesinterviennent.
EnconséquencelessujetsTDAHsontmoinsefficaces,cohérents,réguliersdansl’utilisation
deleursfonctionsexécutives.
Face à une situation nouvelle ou à un stimulus, nous avons besoin de
tempsd’arrêtsuffisammentlong.
Pendantcetempsd’arrêt,nousmettonsenjeunosfonctionsexécutives,
nousavonsrecoursàundiscoursinterne.Cediscoursinternepermetde
nepasperdredevuenotreobjectifàlongterme,deprendreencompte
les étapes du projet et son niveau d’avancement, de réguler nos
émotionsetdesoutenirnotremotivation.
Sinoussommestropdépendantsdelasituationimmédiate,nousaurons
réponduavantd’avoireuletempsdeconsidérerlesconséquences.
Il existe des situations où les facteurs de motivation prioritaires sont
suffisamment stimulants à court terme pour déclencher une réponse
immédiate adaptée (demande urgente, danger immédiat…) mais la
plupart du temps chez l’adulte, les facteurs de motivation intrinsèque
importantspourl’avenirsontplusfaibles,moinsattrayantsqueceuxqui
sont présents dans l’instant. Il est en général plus attirant de lire ses
mails que de faire le ménage, de regarder une série plutôt que de
réviser,d’acheterunplattoutfaitquedeprendreletempsdecuisiner…
La capacité réduite à marquer un temps d’arrêt entre le stimulus et la
réponse rend les sujets TDAH plus vulnérables à l’influence de stimuli
externes ou internes immédiats au détriment de leurs projets à long
terme.
Dufaitdeleursfonctionsexécutivesdéfaillantes,ilsonttendanceàfaire
des choix sous l’influence des éléments les plus saillants du contexte
immédiatetdoncàprivilégierlemomentprésentplutôtquelefutur.
Les fonctions exécutives permettent de filtrer les stimuli de
l’environnement et les stimuli internes (sensations, idées, émotions) de
façonàdiminueretmodulerleurimpactsurl’actiondusujet.
Cette fonction de filtre et de distanciation est un élément majeur de
liberté,libertédepouvoirexercerunchoixpersonnelenfonctiondeses
valeurs.
L’incapacitédusujetTDAHàmarqueruntempsd’arrêtneluipermetpas
dechoisirderépondreoudenepasrépondreàlasituationetl’amèneà
fairedeschoixsub-optimauxparrapportàsesvaleursouàsesobjectifs.
RÉSUMÉ
LesindividusprésentantunTDAHontunecapacitéréduiteàmarqueruntempsd’arrêtavant
deréagir.
C’estdanscetespacedetempsentrelestimulusetlaréponsequelesfonctionsexécutives
interviennent.
En conséquence les sujets présentant un TDAH sont moins efficaces, cohérents, réguliers
dansl’utilisationdeleursfonctionsexécutivesetfontrégulièrementdeschoixsub-optimaux
parrapportàleursobjectifs.
COMPRENDRELATRADUCTIONCLINIQUEDESDIFFICULTÉS
EXÉCUTIVES
Dans cette partie, nous allons examiner l’impact de la défaillance de la
miseenœuvredesfonctionsexécutiveschezlesujetadulteprésentant
unTDAH.
La distinction entre connaissance et application pratique est centrale
pourcomprendrelesdifficultéscommunesauxsujetsTDAH.Gardonsen
mémoirelaformuledeBarkley:
«LespatientsprésentantunTDAHsaventcommentfairemaisnesaventpasfaireen
situation.»
LeursFEdéfaillantesinterfèrentdanslarégularitéde lamiseenœuvre
deleurscompétencesensituation,surleterrain.
C’est en référence au modèle des fonctions exécutives que nous
pouvons expliquer pourquoi certaines stratégies de gestion du temps,
d’organisationsontefficaceschezlessujetsTDAHalorsqued’autresne
lesontpas.
Les«conseilsdebonsens»sontsouventinutilespourcespatientscar
ilsneprennentpasencomptelafaiblessedeleursFE.
Revisiter les difficultés anciennes et actuelles du patient en prenant en
compteledéficitdesfonctionsexécutivespermetdemettreenplacedes
stratégies pratiques efficaces et beaucoup plus confortables
émotionnellement.
Comme la plupart des processus cognitifs, les différentes composantes
desFEsontenétroitesinteractionsetlesaborderdefaçondissociéeest
artificiel.
Néanmoins,nous allonsici adopter la distinctiond’Ari Tuckman carelle
estutilepourmodéliserlesdifficultésauxquellesseheurtentlespatients,
lesaideràcomprendreetaccepterleursdifficultésetàmettreenplace
desstratégiesadaptées(voirchapitre8Mécanismesdechangement).
LesFEpeuventêtredécomposéesen6processus:
1) Mémoiredetravail
2) Perceptiondutemps
3) Mémoireprospective
4) Régulationémotionnelle
5) Auto-activation
6) Évaluationprospectiveetrétrospective
▶Mémoiredetravail
Descriptionduprocessus
Lamémoiredetravailestunedespluscourtesformesdemémoire.Elle
retient des informations qui sont traitées immédiatement et entraînent
uneréponseouuntransfertdanslamémoireàlongterme.
La mémoire de travail est traversée par un flux constant d’informations.
Elle contient les informations nécessaires à l’action en cours ou
programméebientôt.
Lesélémentsauxquelsnousprêtonsattentionsontstockésenmémoire
de travail ; la façon dont nous sommes capables de contrôler notre
attention et de résister aux distracteurs impacte donc son
fonctionnement.
Si l’on utilise une analogie informatique, la mémoire à long terme est
comme un disque dur, la mémoire de travail comme la RAM (random
acces memory) ou comme une cassette audio pour les lecteurs plus
âgés.Sacapacitéestlimitée.
Elle accepte l’information, la traite immédiatement et la supprime pour
faireplaceàl’informationsuivante.Lamémoireàlongtermeparcontre
se modifie beaucoup plus lentement, au fur et à mesure que nous
intégronsdesconnaissancesoucapacitésnouvelles.
La capacité de la mémoire de travail est essentielle pour traiter des
problèmescomplexessansperdredevueunouplusieurséléments.
Nous utilisons la mémoire de travail en permanence à chaque fois que
nousfaisonsquelquechosequinécessitedetraiterenmêmetempsplus
d’uneinformation(lireunparagrapheensesouvenantdudébutpourlui
donner un sens, aller chercher quelque chose dans une autre pièce,
garderentêteleplandemontaged’unmeuble…).
Nous l’utilisons aussi lorsque nous gardons quelques informations en
tête tout en prêtant attention à un autre stimulus : par exemple se
souvenir qu’il est temps de vider la machine à laver et répondre à la
question d’un enfant, se souvenir qu’on est en train de terminer un
rapportetrépondreautéléphone…
Nous l’utilisons encore pour transférer l’information dans la mémoire à
longterme.
L’attention et la mémoire de travail constituent la voie d’accès à la
mémoireàlongterme.
Lamémoiresémantiqueetépisodiqueàlongtermen’estpasperturbée
dansleTDAH;siellesembleparfoisl’êtrec’estparcequel’information
n’apasétéstockéefauted’attentionoudemémoiredetravail.
Chez le sujet présentant un TDAH, la mémoire de travail, normale ou
faible,esthautementparasitéepardesstimuliexternesouinternesnon
filtrésetvoitdoncsacapacitéréduiteensituation.
Conséquences
Alors que certains éléments importants sont en mémoire de travail, ils
peuvent en être expulsés par un élément nouveau, disparaissant ainsi
avantd’avoirpuêtretraitéspourêtreintégrésdansleprocessusd’action
encoursoustockésenmémoireàlongterme.
Ilyaunblanc,un«bug»disentlespatients.
Ces dysfonctionnements altèrent de nombreux aspects des processus
cognitifsquireposentsurl’information.
Oublid’élémentslorsd’instructionsmultiples
Nous utilisons notre mémoire de travail pour stocker des contenus
composés de plusieurs éléments. Par exemple : liste de courses,
ingrédientsd’unerecette,séquencedetâches.
De façon tout à fait involontaire et aléatoire, les sujets TDAH ont des
blancs,undesélémentsdelalisteoudelaséquencen’apasétéintégré.
Prisededécisionimparfaite
La résolution de problèmes complexes nécessite de pouvoir garder en
mémoire de travail plusieurs éléments de façon à pouvoir les traiter en
mêmetemps.
Nous prenons régulièrement plusieurs fois par jour des décisions en
tenant compte de nombreux paramètres.Par exemple, nousprévenons
les participants de la réunionque nousorganisons sans oublierde leur
signalerl’heureetlelieuetaprèsnousêtreassurésdeladisponibilitéde
lasalle.
Les sujets TDAH ont tendance à ignorer un ou plusieurs éléments
importants au moment de prendre une décision et en subissent
régulièrement les conséquences : par exemple ne pas tenir compte du
faitqu’allerchercherquelquechoseàl’heuredepointevalesmettreen
retardpour ledîner, oublierde prévenirles collèguesde leursdates de
congé, organiser avec beaucoup d’efforts un repas d’anniversaire pour
sonconjointetoublierlecadeau…
Ceci peut être pris pour une erreur de jugement mais en fait leur
processus de décision est intact et ils auraient fait un autre choix s’ils
avaient pu traiter simultanément toutes les informations de la situation.
C’estfauted’unedisponibilitésuffisantedeleurmémoiredetravailqu’ils
n’ontpasprisencomptel’ensembledesélémentsduproblème.
Égarerdesobjetsetpasserbeaucoupdetempsàleschercher
Nousnoussouvenonsleplussouventoùnousavonsposéunobjetcar
nous marquons un bref temps d’arrêt pour le noter mentalement. Les
sujets TDAH ne prennent pas ce temps d’arrêt ; avant d’avoir pu être
encodée dans leur mémoire à long terme, l’information est chassée de
leurmémoiredetravailparuneautrequicapteleurattention.
Ils posent ainsi assez souvent des objets importants pour eux à une
placequin’estpaslaleur,sansenprendrenotementalementetpassent
beaucoup de temps à chercher ces objets (clefs, dossiers, outils…) au
prix d’une élévation de l’anxiété, de perte de temps et souvent de
conséquencessurl’entouragefamilialetprofessionnel.
Oubliercequ’onleuradit
Delamêmefaçonquelesobjets,l’informationestchasséeparuneautre
etperdueavantd’avoirététransféréedanslamémoireàlongterme.Les
sujetspeuventmêmeparfoisparaîtreêtresourds.
Ce n’est pas un manque d’intérêt mais au moment où l’information est
transmise,ellen’estpasenregistrée.Iln’estpasinhabituelparexemple
que des parents présentant un TDAH ne connaissent pas les prénoms
des camarades de classe de leurs enfants, vivent de façon très
désagréable les fêtes de l’école car ils sont incapables même après
plusieurs années d’associer un parent à sa progéniture, ce qui
socialement est assez mal perçu, acceptent avec plaisir des invitations
maisenoublientladate…
En situation professionnelle, ils peuvent recevoir une information
importante, être sûrs de s’en souvenir et ne plus l’avoir en tête deux
secondesaprès.
S’ilsnenotentpaslerendez-vousquevousleurdonnezimmédiatement
et au bon endroit, il est peu probable, même s’ils sont persuadés du
contraire,qu’ilss’ensouviennentunefoislaportepassée.
Lireestsouventpénible
La lecture sollicite beaucoup la mémoire de travail. Il est en effet
nécessairedegardertouslesmotsd’unephraseenmémoiredefaçonà
comprendrece quel’auteur veut dire. C’est difficile et frustrant pour les
sujets TDAH qui doivent souvent relire plusieurs fois le même
paragraphe.Lorsqu’ilsnesontpashappésparletexte,leurmémoirede
travail est encombrée par divers stimuli non filtrés, ce qui rend la tâche
encoreplusrebutanteetardue.
Dansde nombreusessituations, la peurd’oublier unélément important,
d’être jugé ou de se ridiculiser, la colère d’avoir encore fait une erreur
encombrent encore plus la mémoire de travail et réduisent les
performances.
Stratégies
Deuxtypesdestratégiespeuventêtremisesenplace:
1) Desstratégiesexternespermettant:
– de diminuer le nombre d’informations à stocker en mémoire de
travail (planificationécrite, programmation de rappels, séquençage
desinstructions,post-it,indicesvisuels,moyensmnémotechniques,
prisedenotes…);
– d’amplifierlesinformations(lecturevocale,surlignage);
– dediminuerlesdistracteurs.
4) Des stratégies internes : stratégies de modulation émotionnelle
permettant de diminuer l’anxiété ou la colère consommatrices
d’espacedestockageenmémoiredetravail.
▶Perceptiondutemps
Descriptionduprocessus
Nousavonstous unehorlogeinterne. Pourcertains,cette horlogenous
donne des informations fiables sur le temps qui s’est écoulé depuis le
débutd’unetâche,surletempsquinousrestepournouspréparer.
Nous pouvons nous reposer sur cette horloge interne pour ajuster nos
actions,accélérernospréparatifs,nousaccorderunpeudetempspour
souffler,réorganiser nos priorités en fonction du temps qu’il nous reste.
Globalement,noussavons àpeu prèsnous situerdansle temps.Cette
sensation interne est très importante pour coordonner nos actions au
travailetavecnotreentouragefamilialetamical.
Cette sensation du temps qui passe est aussi étroitement liée à nos
capacitésd’anticipationetdeplanificationdenosactionsactuelles.
Chezl’adulteTDAH,laperceptioninternedel’écoulementtemporeln’est
pasfiable.
LessujetsTDAHsaventgénéralementcequ’ilsdoiventfairemaisontdu
malàlefaireaumomentleplusapproprié.Toutsepassecommesileur
horlogeinterneémettaituntic-tactropatténuéouétaitmalcalibrée.Elle
neguidepasleurcomportementdemanièreadaptée.
Il ne leur est souvent pas possible par exemple de mettre des pâtes à
cuireetdesefieràleurperceptioninternepourreveniréteindrelefeuà
peu près au bon moment. S’ils quittent la cuisine, ils risquent de plus
d’être happés par une autre activité et d’oublier la casserole. S’ils
s’obligent à rester à côté, attendre huit minutes peut leur paraître une
insupportableéternité.
En conséquence, les adultes présentant un TDAH ne gèrent pas leur
activité de façon optimale en fonction du temps dont ils disposent. Ils
vontpassertropdetempssurcertainesétapesetpasassezsurd’autres.
Ils ne s’arrêtent pas pour regarder l’heure et évaluer le temps qui leur
reste, ce qui leur permettrait de réajuster leurs objectifs pour utiliser au
mieuxcetemps.
Pourleurs partenaires,cela entraîne lesentiment qu’ils nepeuvent pas
comptersurlesujetTDAHpourêtrelàoùildevraitêtreaubonmoment,
rendant leur emploi du temps à eux plus compliqué, inconfortable et
stressant.
Conséquences
Variabilitédelaperceptiondutemps
En l’absence d’horloge interne fiable, la perception du temps est
étroitement liée à la motivation intrinsèque, c’est le temps « chewing-
gum ». Une tâche ennuyeuse (paperasse, rangement) est souvent
perçue comme infiniment longue, sans borne temporelle (même si en
pratique elle ne dure qu’une dizaine de minutes), il faut donc au sujet
TDAHuneénergieconsidérablepours’activersurcettetâche.
Parcontreunetâcheplaisantepeutparaîtretrèscourte,le sujetnevoit
pas le temps passer, ce qui désorganise le reste de la journée et le
planningdesautres.
Parfois encore, le sujet présentant un TDAH lorsqu’il n’est pas engagé
dansuneactionprécise,esthappéparsonfluxdepensée(voirchapitre
sur les modèles), vagabonde mentalement. Le temps lui paraît alors
suspendu,ilest«danssabulle».
Il est donc très difficile pour le sujet TDAH de respecter un emploi du
temps et de se coordonner avec les autres, ce qui pose souvent des
problèmes.
Sous-estimationdutemps
Du fait de cette grande variabilitéde la perception du temps, les sujets
TDAHpeuventtrèsdifficilementévalueràl’avancecombiendetempsva
leurprendreunetâche.Lorsqu’ilsessaientdeplanifier,ilsonttendanceà
sous-estimer le temps nécessaire. De plus ils prévoient souvent le
scénarioleplusoptimiste,sansdistracteursniinterférences.Biensûr,la
réalité est rarement à la hauteur de leurs attentes et ils se retrouvent
donctrèssouventàcourtdetemps.
Sur-estimationdeleurcapacitéàlimiterletempsconsacréà
uneactivité
Pour les mêmes raisons, une activitéplaisante leur semblant courte, ils
surestimeront leur capacité à l’interrompre au bout d’un bref délai : je
m’arrête juste cinq minutes pourécouter dela musique,lire mesmails,
faireunepartiedejeu.Ilssontparticulièrementprédisposésaucontraire
àrester«scotchés»surcetteactivitéplaisante.
Hyper-focusetabsencedetransition
L’hyper focalisation est parfois décrite comme une excellente attention,
ce qui n’est vrai qu’en partie. De façon plus précise il s’agit d’une
attentionnonfragmentée(Tuckman2012).Lapersonneestsiabsorbée
qu’elleperdlesensdutempsquipasse,letempsn’entrepasdansson
champ de conscience. Cela arrivera plus facilement avec des activités
plaisantes.
Comme le temps disparaît, la transition programmée avec une autre
activitédisparaîtégalementetlesujetneleréalisequelorsqu’ilesttrop
tard. Ceci est fondamentalement différent du choix conscient de
continuer une activité en dépitdes conséquences.Pour un observateur
extérieurpourtantiln’yapasdedifférenceetcetteabsencedetransition
vers ce qui avait été initialement programmé amènera souvent des
critiquesetdesjugementsnégatifs.
Dans le cadre familial par exemple, lorsqu’une sortie est prévue, si le
sujetTDAHs’engagedansuneactivitéoùilestenhyper-focus,illuisera
quasimentimpossibledesedésengagervolontairementdecetteactivité
au moment de se préparer ou de préparer ses enfants à sortir. En cas
d’intervention du conjoint, l’interruption est vécue comme extrêmement
frustrante,etcemêmesilasortieprogramméeétaitdésiréeparlesujet.
Le retentissement négatif sur le plaisir apporté par la sortie et sur
l’harmoniefamilialeestprévisible.
Très souvent les conjoints, amis, collègues constatent ces périodes de
concentration intense sur des activités plaisantes et ont donc du mal à
accepter que le sujet TDAH ne soit pas capable de leur accorder
l’attentionqu’ils souhaitentà des momentsqu’ils jugentimportants pour
eux.
Retards
Pourarriveràpoint,ilfautpartiràtemps.LessujetsTDAHonttendance
à accumuler les retards à cause de leurs difficultés de planification et
d’estimationdutemps.
Ils sous-estiment le temps nécessaire pour se préparer et le temps de
trajet. N’ayant pas une conscience interne fiable de l’écoulement du
temps,ilsneréalisentpasqueletempsdesepréparerestarrivéetdonc
defaçonnonintentionnelleilssepréparentoupartenttroptard,oubliant
enplussouventlematérieldontilsontbesoin.
Lorsqu’ilstententdepalliercettetendance,parexempleensepréparant
plus tôt, leur difficulté à supporter l’attente les incite à s’engager dans
uneautreactivitéavantdepartircequirendcettestratégiepeuefficace.
Non-respectdeséchéances
La mauvaise planification, les difficultés d’activation, les abandons de
tâchesencoursderoutepourd’autresjugéesplusurgentesaboutissent
àuneutilisationinadéquatedesressources.
Les sujets TDAH sont souvent perçus comme « des gens qui perdent
leur temps », ils s’éparpillent, commencent par des tâches de priorité
plusbasse.
Ces difficultés (amplifiées par la procrastination) amènent souvent les
adultes TDAH à ne pas rendre leurs projets à temps. Socialement, ces
retards ont des répercussions négatives, les choix sont perçus comme
volontaires(alorsqu’ilsnesontpasconscients).
Décalagedeshorairesdecoucher
Les sujets présentant un TDAH ont parfois un retard de phase et donc
une tendance spontanée à s’endormir plus tard. Cette tendance est
souventaggravéeparleurmauvaisegestiondutemps.Ilsontbeaucoup
dechosesàtermineravantdepouvoirallersecoucher,leurssoiréesne
sontpasstructurées,souventhappésparlesécrans,ilsneréalisentpas
queletempspasse.
Ce décalage entraîne des retards fréquents le lendemain. La dette de
sommeil chronique aggrave les difficultés de mémoire de travail et
augmentel’irritabilité.
Stratégies
– Tempsd’arrêt.
– Améliorationdel’estimationdesduréespourlestâchesroutinières.
– Recoursàdesmesuresexternes(tempsdetrajets,musique,montre).
– Planification,rétro-planification.
– Auto-observation.
– Stratégiesd’activation.
– Hygiènedesommeil.
▶Mémoireprospective
Descriptionduprocessus
La mémoire prospective peut être définie comme la capacité que nous
avonsà«nepasoublierdeserappeler».
C’est la capacité de se souvenir d’initier et d’exécuter au moment
appropriéuneactionquel’onaprévud’accomplirdanslefutur.
Ils’agitdoncdenepasoublierdesesouvenirdequelquechoseaubon
momentouaubonendroit.
Par exemple la mémoire prospective nous permet de nous souvenir
d’appeler la banque avant l’heure de fermeture du guichet, de rappeler
comme convenu le professeur principal de notre enfant pendant la
récréation,depenseràfaireundétourensortantdumétropourpasserà
la boulangerie, de récupérer le dossier que notre collègue nous a
demandé de prendre hier sur son bureau, de sortir le gâteau du four
quandilestcuit,deprendredel’essenceàtempsavantqueleréservoir
nesoitvide…
Nous utilisons notre mémoire prospective tous les jours, de très
nombreusesfois.
La mémoire prospective est généralement activée par un signal interne
(perceptiondutemps)ouexterne(indicevisuelouauditif).
Aumomentdusignal,lapersonneestgénéralementengagéedansune
tâche intercurrente dont elle doit se désengager afin de réaliser l’action
qu’elleaprévud’accomplir.
(Par exemple se désengager de son travail pour rappeler le professeur
principaldesonenfantàl’heuredelarécréation.)
Lamémoireprospectivenouspermetdeconnaîtrenotreemploidutemps
delajournéeetdel’adapterenpermanenceenfonctiondesprioritésdu
moment,etdesobjectifsàcourtetmoyentermequasiautomatiquement
defaçonnoncoûteuse.
Conséquencesdesfaiblessesdelamémoireprospective
Lamémoireprospectiveestétroitementliéeàlamémoiredetravail,aux
capacitésattentionnellespermettantde percevoirles stimuliactivateurs,
auxcapacitésdedésengagementdel’actionencours.
Il n’est donc pas étonnant qu’elle soit beaucoup moins fiable chez les
sujetsTDAH.
LessujetsTDAHvontraterlafenêtredetir,sesouvenirdecoupsdefilà
passer lorsque les guichets sont fermés, se souvenir d’allumer ou
d’éteindre le four lorsqu’ils auront quitté la maison, penser à mettre de
l’essenceaumomentd’allersecoucher…
Parfoisilsoublienttotalementl’action.
Les conséquences de ces oublis à répétition sur les relations
professionnelles,interpersonnellesetsurl’estimedesoisontévidentes
Lesujetnesevitpascommefiable,ilsesentcoupable,frustré,encolère
contre lui-même, parfois de façon défensive contre les autres. Il pourra
êtreamenéàmentirpourdissimulerauxautresetparfoisàlui-mêmeson
insuffisance,particulièrementlorsquel’autreestcritique.Cesmensonges
répétésontsouventdeseffetsdévastateurssurlaviedecouple.
Pour l’extérieur il apparaît comme quelqu’un sur lequel on ne peut pas
compter, parfois on lui envoudra, leplus souventon nelui demandera
plus rien et on fera comme s’il n’existait pas (certains parents peuvent
ainsisesentirdépossédésdetoutrôledanslapriseenchargedeleurs
enfants car l’autre a pris l’habitude pour pallier les erreurs de tout
organiserseul).
Chacunjugeantleplussouventenfonctiondesapropreexpérience,les
gens qui ont l’habitude de compter sans effort sur leur mémoire
prospectivene comprendrontpas lecaractère involontaire desoublis et
leprendrontcommeunemarqued’égoïsme,d’indifférence.
L’accumulation de tâches non exécutées, interrompues, repoussées de
jourenjourestextrêmementanxiogène.
Les conséquences matérielles peuvent être lourdes (déclaration de
revenus non envoyée, factures non réglées, rendez-vous non
honorés…). Toutes ces tâches reviennent régulièrement à l’esprit du
sujet, parasitant ses actions à venir et s’accompagnant d’un sentiment
paralysantdeculpabilitéetd’incapacité.
Stratégies
– Meilleureconnaissancedesoipermettantd’accepterlamiseenplace
systématiquedestratégiesderappel.
– Planification.
– Tempsd’arrêt.
▶Régulationémotionnelle
Descriptionduprocessus
Nous utilisons nos émotions pour orienter nos décisions et guider nos
comportements.Nosémotionsinfluencentnosconduitesetrendentlavie
plusricheetplusintéressante(Barkley2008).
Aufuretàmesuredudéveloppementlesenfantsapprennentàmoduler
leurs émotions, ils peuvent ressentir une émotion sans s’y perdre
totalementetsansquecetteémotionneviennebouleverseretparalyser
lapenséerationnelle.
Lesadultessonttoujoursinfluencésparleursémotionsmaisontplusde
possibilité de mise en perspective. Les adultes peuvent se sentir en
colère sans exploser, être déçus et savoir que cela passera, ressentir
des émotions parfois puissantes tout en continuant leur vie
professionnelleoufamiliale.
Avantd’exprimerleurssentimentsles adultessontcapables deprendre
dureculpouressayerdeconsidérerlasituationdanssonensemble.Ce
temps d’arrêt entre l’émotion et l’action est là encore indispensable. Il
permet de décider de la façon dont nos émotions vont colorer nos
penséesetmodifiernosactes.
Parexemple, nous pouvonsêtre en colèrecontre notre supérieur,mais
décider de résister à l’envie de l’insulter, nous pouvons être déçus par
notre partenaire mais décider d’aborder le sujet de désaccord plus tard
dansl’intimitéplutôtqu’enpublic.
Les adultes sont censés être capables de prendre un temps d’arrêt
suffisantpoursecalmergrâceàundiscoursinterneplutôtqued’agirde
façonirréfléchie.
Lapossibilitéd’exerceruncertaindegrédecontrôlesursesémotionsest
undesfacteursquipermetl’activationsurunetâcheetlemaintiendela
motivation. Le discours interne et la capacité à générer des émotions
positives associées à la réalisation future de la tâche permettent de
maintenirses objectifs à long terme malgré les émotions négatives que
peuventdéclencherdesfacteursintercurrents.
Conséquencesdesfaiblessesducontrôleémotionnel
Delamêmefaçonquepourlesautresréponsescomportementales,les
adultesTDAH ontdes difficultés àinhiber leursréponses émotionnelles
etàlesmodulerenfonctionducontexte.
Leursémotionssontengénéraldenatureappropriéeàlasituationmais
elles sont ressenties de façon plus intense. La difficulté à moduler les
émotionsenfonctionducontexteetàmarqueruntempsd’arrêtsuffisant
pouradapterlaréponseestsourcedenombreusesdifficultésdanslavie
quotidienne.
● Manifestations extériorisées : les sujets TDAH manifestent
généralement plus leurs émotions positives ou négatives. Ceci peut
lesrendreattirantsoulesdesservir.
● Comportements immédiats : les sujets TDAH ont tendance, nous
l’avonsdit,ànepasmarquerdetempsd’arrêtmaisàselaisserguider
par leur émotion du moment, ce qui peut être perçu comme une
spontanéité charmante ou bien comme un comportement exagéré,
impulsifouirresponsable.
● Mauvaise prise en compte des sentiments d’autrui : emporté par
sa propre émotion sur le moment, le sujet TDAH n’arrive pas à
prendrelereculnécessairepoursemettreàlaplacedel’autreetpeut
êtreamenéà une mauvaiseperceptiondu contexte,qu’il reconnaîtra
plus tard. Il peut aussi assez souvent formuler des remarques de
façontropblessante,critiqueouagressive,cequ’ilregretteramaislà
encoretroptard.
● Colères : les conséquences des colères et des sentiments
violemment exprimés sont parfois très dommageables dans les
relations de couple, professionnelles ou amicales. Souvent, c’est sur
un coup de colère que les sujets TDAH quittent impulsivement leur
emploi, ce qui a bien entendu des conséquences lourdes sur leur
parcours.
● Retrait social volontaire : un certain nombre d’adultes très
conscients de ces difficultés et de leurs conséquences préfèrent se
taireetresteràl’écartplutôtquedeprendrelerisqued’êtreblessant
oud’êtrecritiqué.
Stratégies
– Tempsd’arrêt.
– Meilleurereconnaissancedesémotions.
– Discoursinterne.
– Apprentissagedestratégiesderégulationémotionnelles.
▶Auto-activation
Descriptionduprocessus
L’activation et l’inhibition de l’impulsivité sont deux fonctions exécutives
quigèrentl’énergienécessaireàlarésolutiond’unetâche.
Parl’activationonchercheàmobiliserl’énergienécessaireàlapoursuite
delatâche.
Parl’inhibitiondel’impulsivitéonchercheàmieuxcontrôlercetteénergie.
L’activation peut être définie comme une mobilisation énergétique et
cognitivequipermetà lafois ledémarrageet lemaintienen actiondes
autres fonctions exécutives au moment d’entreprendre une action
intentionnelle.
Cettemobilisationcorrespondàunétatd’éveilquiprépareàrépondreà
unedemande,àunesituation.
La pression que nous ressentons à commencer une tâche dépend de
facteursinternesetexternes.
Lapressionexterneestgénéréeparlesdemandesdesautres,lesdélais
deréalisation,lesrenforçateurspositifsounégatifs.
Tout le monde trouve plus facile de commencer une tâche avec une
hautepressionexterne.
La pression interne est une forme de motivation très dépendante des
fonctionsexécutives.
La vie adulte autonome nécessite de pouvoir exécuter jusqu’au bout
différentestâchesinintéressantesetcecitouslesjours.Pouryparvenir,
nous mettons en œuvre diverses stratégies de régulation, nous
permettantd’inhiberdescomportementsorientésversdesobjectifsplus
immédiatementattractifs,et/oudegénéreruneréactivationlorsquenous
avons étéinterrompus ou distraits. Ces stratégies de régulation servent
nosobjectifsàlongterme.
Conséquences
Difficultés à entretenir une auto-activation pour des tâches
monotones,routinièresouennuyeuses.
Les adultes TDAH peuvent penserà unetâche, se dire qu’ils devraient
s’y mettre, mais sans atteindre un niveau d’activation suffisant pour
basculerdelacontemplationàl’action.
Leur préférence involontaire, pour des récompenses immédiates au
détriment des récompenses différées les rend très dépendants de la
pressionexterne pour soutenir leur activation. Ils s’activeront facilement
lorsqu’ils pourront avoir accès à un renforcement immédiat, et en
particulierlorsqu’ilsserontaupieddumur,pressésparuneéchéance.
Commel’amontréSonuga-Barke,mêmelorsquel’activationaatteintun
niveausuffisantpourdébuteruneaction,etpasseren«modetâche»,le
modepardéfautvaenquelquesortevenirparasiterlemodetâche(voir
chapitre 2). Sans s’en rendre compte, en une fraction de seconde, le
sujet TDAH passe en « mode par défaut », il peut alors très souvent
s’engager dans une autre tâche plus attractive ou partir dans ses
pensées. Malheureusement pour les adultes TDAH, une tâche
partiellementaccomplien’apportepasunerécompensepartielle.
Lorsqu’ilauraprisconsciencequ’ilaabandonnéinvolontairementl’action
encours,lesujetTDAHdevramobiliserànouveausonénergiepourse
réactiversurlatâche.
Laplupartdecestâchesnesontpasintrinsèquementdifficilesenelles-
mêmes(ménage, paperasserie,rangement,tri…) mais lessujets TDAH
sont en combat constant pour générer cette activation interne pour les
tâchesroutinières.Danslesformeslesplusinattentives,cecombatpeut
réellementêtreépuisantetdésespérant.
Ilestbonderappelerquepourtermineroucommencerunetâcheilest
nécessairedesesouvenirquel’ondoitlafaireetaubonmomentetque
souvent, comme nous l’avons vu plus haut, mémoire prospective et
mémoire de travail défaillantes viennent aggraver les difficultés d’auto-
activation.
Procrastination
Les sujets qui ont des difficultés à générer une pression interne
suffisantevontattendrelederniermomentpourquelapressionexterne
permettel’activation.
L’expérienceleuraprouvéquesi,commedesgensbienintentionnésle
leur conseillent, ils s’y mettent à l’avance, essayer de s’activer sur la
tâche leur demandera beaucoup d’efforts etsera souventinefficace, de
plusleurconcentrationsurlatâcheseradecourteduréeetdemauvaise
qualité.
De nombreuses adultes choisissent donc d’éviter de penser à la tâche,
jusqu’à l’apparition d’une phase d’anxiété, pendant laquelle ils ne
passent toujours pas à l’action (ou s’activent sur tout autre chose). Ils
attendentpassivementquel’anxiétéaugmenteetpermetteuneactivation
suffisantepourbasculerdansl’action.
Lesconséquencesdecetyped’attitudesontnombreuses:
● Échecdesprojets
Souvent le temps manque pour rendre un travail de qualité (erreurs,
absencederelecture)ouàlahauteurdeleurscapacités.
La marge de sécurité est insuffisante et les sujets sont à la merci
d’événementsintercurrents.
● Lamaîtrisedelaréussiteduprojetéchappeausujet
Lorsque la qualité du rendu n’est pas bonne, l’adulte TDAH pense
souvent qu’il n’aurait pu faire mieux en s’y prenant plus tôt et
différemment.
La séquence comportementale familière (évitement cognitif, panique,
action)estainsirenforcée.
Lorsque le projet réussit, l’adulte TDAH ne peut s’approprier cette
réussite qui ne contribue donc pas à la construction d’un sentiment
d’efficacitépersonnelle.
● Impactsocial
La procrastination attire la critique des proches ou des collègues
anxieux de voir approcher la date limite (encouragements et
stimulations sont souvent perçus comme des reproches par le sujet
TDAH).
La procrastination peut amener les autres à faire à la place du sujet
TDAH qui attend l’activation, ceci entraîne ressentiment et culpabilité
delapartdesdeuxparties.
Le partenaire constate que l’activation est facile pour des tâches
agréables et en conclut que le sujet TDAH ne fait pas la tâche
routinière par mauvaise volonté, choix conscient, indifférence ou
paresse.
Stratégies
– Structuration/séquençage/implémentationd’intentions.
– Stratégiesderégulationémotionnelle.
– Stratégiesd’activation.
▶Évaluationprospectiveetrétrospective
Descriptionduprocessus
Pourguideraumieuxl’action,ilestnécessairedepouvoiràlafoisavoir
recoursauxexpériencesdupasséetseprojeterdanslefutur.Regarder
verslepassépermetd’élargiretd’adapternotrerépertoiredeconduites,
regarder vers le futur permet d’anticiper et de planifier. Ces deux
fonctionsinteragissentpourdéterminernotreconduiteauprésent.
Avec l’expérience, nous sommes capables grâce à l’apprentissage
d’utiliserdenouvelleshabiletéslorsquelasituationsereproduit.
Mieux,nouspouvons,avantmêmequelasituationneseproduise,faire
des prédictions sur ce qui pourrait arriver et mettre en place des
stratégiespoureninfluencerlecours.
Parexemple,sinousavonsdéjàvoyagé,noussavonsfairerapidement
notre valise, nous savons ce que nous pouvons emporter avec nous
dans le bagage cabine, qu’il est inutile d’emporter du savon ou une
serviettesi l’onva à l’hôtel, qu’il est parcontre utile d’emporter un petit
sacpourtransportersespapiers…
Poursepréparerpourdemain,ilfauts’arrêter,évaluerlecontexteactuel,
repenserauxcirconstancessimilaires,fairementalementuntrientreles
optionspossiblesetchoisirlameilleure.
Pourchoisir,ilestnécessaired’avoirunejusteestimationducontexte,ce
qui implique une bonne conscience de soi, des autres et des éléments
extérieurs.
Unespaceentrele stimulusetlaréponse estnécessaireafinque nous
puissions sélectionner les stimuli pertinents et les traiter avant d’agir.
Ceci implique de ne pas réagir aux stimuli les plus saillants mais
d’examiner attentivement aussi des indices plus subtils, discrets,
nuancés. C’est en mémoire de travail que s’opère le traitement de ces
informations.
Unedescaractéristiquesdelamaturitéestunebonnecapacitédebilan
rétrospectif et de planification prospective. On attend des adultes qu’ils
soientcapablesdepenserau-delàdumomentprésent,d’avoirunevision
globale de l’ensemble des facteurs passés et futurs afin de faire des
choixquisoientbénéfiquesàlongtermepoureuxetpourleurentourage.
Conséquences
Comme pour d’autres aspects de leurs fonctions exécutives, les sujets
TDAHsont capables d’utiliser leurs capacités d’analyse rétrospective et
deplanification.
Si on leur demande à l’avance comment gérer au mieux une situation
précise,ilssontcapablesdel’expliquer.Sionleurdemandeaprèscoup
cequiauraitpuêtreamélioré,ilspeuventenrendrecomptedefaçontrès
fine.
C’est dans l’immédiateté de la situation qu’ils sont souvent incapables
d’utiliser leurs compétences : ils savent mais ils ne font pas au bon
moment,aubonendroit.
Les sujets qui présentent un TDAH s’orientent spontanément de façon
préférentielleversunerécompenseàcourtterme,ilsressententl’attente
comme très désagréable, ils ne marquent pas un temps d’arrêt pour
envisagerlesconséquencesàlongtermedeleurschoixàlalumièrede
leursexpériencespassées.
Savoircommentplanifiermaisnepassuivresonplan
S’ils prennent le temps d’arrêt nécessaire, les sujets TDAH peuvent
mettre en place des plans d’action efficaces, particulièrement pour les
autres.MaisleursFEdéfaillanteslesempêchentsouventdemenerces
plans à bien. Contraintsà l’improvisation, leurs choix sont souvent sub-
optimaux.
Difficultésàcoordonnerlesétapes
Élaborer un plan complexe avec plusieurs étapes articulées de façon
ordonnée autour d’objectifs partiels est extrêmement difficile pour un
sujet TDAH. Lorsqu’une étape doit êtrerepensée parcequ’elle nes’est
pasréalisée comme prévu ouqu’elle a été oubliée,ils ne prennent pas
en compte l’ensemble des éléments du problème et la construction
planifiées’écroule.
Difficultéd’ajustementdesactionsenfonctiondelaprogression
Lorsquel’onaétabliunpland’action,ilestnécessaired’eneffectuerun
suivirégulierafind’ajuster,demodulerlesétapessuivantesenfonction
del’étatd’avancementduprojet.Perdusdansletemps,happéspardes
stimuliexternesattractifs, distraits,lessujets TDAHont desdifficultésà
assurer ces ajustements qui nécessitent de faire une pause pour
comparerlasituationactuelleàcellequiaétéplanifiée.
Répétitiondesmêmeserreurs
Cette constance dans la répétition reste souvent surprenante lorsqu’on
suitdespatientsTDAHqui,dansvotrebureau(c'est-à-direàdistancede
la situation) sont capables d’analyser le déroulement de l’erreur avec
beaucoup de finesse et d’humour pour la reproduire à l’identique après
avoirtournélecoindelarue.
Critiques
Les choix hasardeux des sujets TDAH les exposent à de nombreuses
remarques et critiques des collègues ou des proches déçus,
désarçonnés ou en colère. L’adulte TDAH comprend le bien-fondé de
cescritiquesqu’ilformulesouventlui-mêmeetquientrentenrésonance
avec toute une longue histoire d’incompréhension et de jugements
négatifs.
Fautedecompréhensiondumécanismeinternequiaconduitàl’erreur,
les critiques ne lui permettent pas d’avancer et ne font que renforcer le
sentimentd’inefficacitépersonnelle.
Stratégies
– Résolutiondeproblèmes.
– Planificationécrite.
– Implémentationd’intention.
– Respectdesphasesdel’action.
BIBLIOGRAPHIE
BARKLEY RA, MURPHY KR, FISCHER M (2008). ADHD in adults: What the
sciencesays.NewYork:GuilfordPress;2008.
RAMSAY JR, ROSTAIN A. (2015) Cognitive-behavioral therapy for adult
ADHD: An integrative psychosocial and medical approach (2de ed).
NewYork,NYUS:Routledge/Taylor&FrancisGroup.
TUCKMAN A (2012). Understand your brain, get more done, the ADHD
executivefunctionsWorkbook.SpecialtyPress,IncFlorida,2012.
Notes
Chapitre4
ÉvaluationcliniqueduTDAH
del’adulte
RECUEILDESÉLÉMENTSENFAVEURDUDIAGNOSTIC
DETDAH
Aprèslespremiersentretiensquiontpourbutdepréciser lesensdela
demandedu patient,les entretiensd’évaluation permettrontde recueillir
lesdifférentsélémentssymptomatiquesassociésauTDAHetd’examiner
de façon systématisée les diagnostics différentiels qui permettraient de
mieuxrendrecomptedelasymptomatologieprésentée.
▶Histoirefamiliale
L’entretien permettra le recueil d’informations sur la famille, le milieu
social, le fonctionnement familial. On interrogera le patient sur la
présence de « traits de caractères » retrouvés chez un ou plusieurs
membresdelafamilleens’intéressantauxanecdotes.
«Mamèreonl’appelaitZébulon,mongrand-pèrec’étaitPépédelalune,
un jour mon père devait venir nous chercher à l’école, il a attendu une
heuredevantuneautreécole…»
On recherchera l’existence dans la famille d’autres troubles souvent
associés au TDAH : abus de substances, autres troubles du
développement,troublesdesapprentissages…
On documentera de façon systématique l’existence d’antécédents
médicauxetpsychiatriquesdanslafamilleélargie.
▶Développementjusqu’àlafindelamaternelle
L’agitation motrice, l’impulsivité et l’inattention sont des caractéristiques
del’enfance.Ilestdonc trèsdifficiled’évalueràpartirde l’interrogatoire
oudessouvenirsrapportésparlepatientsicesélémentsprésentaientou
nonuncaractèrepathologique.
Ilexistedenombreuxbiaisàlafoisdesuretdesous-évaluation.
Il est donc nécessaire autant que possible de compléter le recueil
d’informationsauprèsdetierssipossibledesparentsetdes’appuyersur
l’examenminutieuxdesbulletinsscolairesdèslamaternelle.
L’interrogatoire(ainsisipossibleceluidesparents)porterasur:
● les antécédents périnataux et obstétricaux : facteurs de risque
obstétricaux,poidsdenaissance,terme.Réanimationnéonatale;
● ledéveloppementpsychomoteur(carnetdesanté).
Onrecueilleradesélémentsconcernant:
● lesommeil,
● l’alimentation,
● lesantécédentsmédicauxchirurgicauxdansl’enfance,
● desmanifestationsd’anxiétédeséparation,
● ladescriptiondel’enfantparlesparents,lepersonneldelacrèche,les
instituteurs(«Ondevaitluimettreunelaissedepeurqu’ilnesemette
en danger, à la crèche on l’appelait bébé 100 000 volts, on devait
prendreune baby-sittercar il nedormait jamais, onétait abonnéaux
urgences…»).
▶Évaluationduparcoursscolaire
Primaire
Souvent les patients adultes disent ne pas savoir ce que sont devenus
leursbulletinsmaiseninsistantunpeuiln’estpasraredelesretrouver
soigneusementrangés.
L’examendesbulletinsscolairesduprimaireestunemined’informations.
Les enseignants du primaire ont une très bonne représentation de la
diversitédesenfants«standard»etdécriventsouventavecfinessedes
difficultésrepéréesprécocement.
JoséphineenCM1ilya45ans
«TantqueJoséphinene feraquece quiluipassedans latêteellen’arriverapas. Jene
pensepas qu’elle resteassise plus de dix minutesde rang. Sanscesse elle se déplace,
remue,setourne,distraitlesvoisins,etletravailnesefaitpas,elleenperdlefil.»
MaximeenCE2ilya35ans
« Maxime est plein de bonne volonté mais ses pensées suivent leur propre chemin.
Souvent il s’efforce d’écouter mais il est trop occupé à essayer de ne pas bouger. Le
besoin de bouger est chez lui irrésistible, si c’était possible je serais tenté de le laisser
bougeràsaguise,peut-êtrequ’alorsilécouteraitmieux.»
Alexandrineilya30ansenCM1
«Alexandrineabeaucoupdemalàorganisersapensée.Cen’estpasqu’ellenecomprend
pas,elleasouventdesintuitionsétonnantesmaisellesemblepenseràplusieurschosesà
lafois,suivreplusieursfilsetn’aaucunenotiondel’ordredanslequeldoiventêtrefaitesles
choseslesplussimples.Sesnotessontmauvaisescetrimestremaisnereflètentpasses
capacités. Il est indispensable qu’elle apprenne à se concentrer et à savoir ce qui est
prioritaire.»
Collège
À partir du collège, les commentaires laissés par les professeurs sont
plusgénérauxetmoinsinformatifsmais leurrépétitionetlatonalitédes
jugements portés permettent d’imaginer comment l’enfant était perçu et
le retentissement que pouvait avoir sur lui cette perception souvent
négative.
SuivonsparexempleAlexandrineaucollège:
Alexandrineaucollège
Travailirrégulieretinsuffisant(constant).
Bavardages(22fois).
Médiocre,Insuffisant(19fois).
Élèveparesseuse(11fois).
Aucuneméthode(7fois).
Tropderêveriesetd’inattention(2fois).
Ilfautapprendreàvousconcentrer(8fois).
Avertissementtravail(9fois).
Avertissementconduite(2fois).
Lycée
Après deux redoublements et une exclusion, Alexandrine arrivera au
lycéedansunautreétablissement.
Alexandrineaulycée
Élèveappliquéemaisbrouillonne.
Deseffortsmalgrélesdifficultés.
Méthodologieàaméliorer.
Untravailréelquin’estpasproportionnelauxrésultats:persévérez.
Encouragementsduconseildeclasse
Attention : de nombreux patients arrivent avec des bulletins scolaires du collège ou du
lycéeoùilsontsoulignélesappréciationsdesprofesseurs.Iln’estpaspossibled’attribuer
à ces observations la valeur que l’on peut apporter aux observations faites par les
enseignantsduprimaire.
Voiciparexempleunextraitd’uncompterendudeconseildeclassede
secondegénéraledansunlycéeplutôtsocialementfavorisé(jen’yaipas
repéréd’enfantTDAH,entoutcaspasensigrandnombre).
Appréciationsgénérales
Le début du deuxième trimestre a été marqué par un léger mieux mais la situation s’est
ensuitedégradéeetlesconstatsfaitsaupremiertrimestresesontmaintenus:beaucoup
debavardage,manquedeconcentrationetbeaucoupderetard.
Physique-Chimie:Moyennegénérale11,9enbaisseparrapportau1ertrimestre.Légère
améliorationdecomportementmaisrienn’estacquis.Lesélèvesmanquentdeméthode.
Français:Moyennegénérale9,8– Attitudedétestabledenombreuxélèves,cequinuit
àceuxquitravaillent.Retarddansleprogramme.
SVT : Moyenne générale 10,2 – Classe hétérogène et non attentive quand elle est en
classeentière.
Anglais LV1 : Moyenne générale 9,6 – Petite embellie au début du trimestre puis à
nouveaubavardageincessant,bruit,comportementimmature.
Mathématiques:Moyennegénérale11–Quelquesprogrès.Letravailàlamaisonn’est
pasfait.
EPS : Niveau satisfaisant avec un bémol sur les bavards et certaines élèves trop peu
actives.
Histoire-Géographie: moyenne11,10–Des problèmesde concentrationsurladurée.
Nombreuxbavardages.
▶Étudessupérieures
Lorsquel’enfantprésentantunTDAHasurvécuàl’école,quesonestime
de soi a étépréservée, les étudessupérieures sedéroulent en général
plusfacilement.
Lorsquelesétudesontpuêtrechoisiesenfonctiondescentresd’intérêt,
l’étudiantestbeaucoupmoinscontraintquel’élève.
Élève Étudiant
Matièresimposées Sujetsprincipauxd’étudeschoisis
Rythmedeconcentrationimposé Pasderythmed’apprentissageou
deconcentrationimposé
Resterassis Peutresterdeboutoubouger
Exigences croissantes sur les Accèsauxsupportsinformatiques
fonctionsexécutives
Collectivitésubie Collectivitéchoisie
Horairesprédéterminés Pasoupeud’obligationshoraires
Lorsquel’étudiantTDAHquiasurvécuàl’écolerencontredesdifficultés,
celles-ci sont le plus souvent liées aux conséquences de sa
désorganisationsursesconditionsdevie.
En effet, l’entrée en faculté est souvent contemporaine du départ du
foyer familial. Les exigences d’autonomie augmentent et l’étudiant perd
une partie de l’étayage de ses fonctions exécutives (linge, repas,
ménage,horairesdecoucher).ConformémentaumodèledeBrown(voir
chapitre sur les modèles) cette transition peut s’accompagner d’une
«décompensation».
Deux facteurs se conjuguent pour diminuer la probabilité de mise en
placed’untravailrégulieràlongtermenécessaireàlapoursuited’études
supérieures.
1) La sollicitation accrue des fonctions exécutives pour la gestion de la
viequotidienne.
2) La difficulté à résister aux sollicitations et récompenses immédiates
(vieamoureuse,sorties,expériencesdetoxiques…).
▶Évaluationduparcoursàl’âgeadulte
L’interrogatoiredupatientpréciseralesélémentssuivants:
● niveaud’étude,exclusions,emplois,ruptures,abandons;
● viedecouple,séparations,divorces,relationsextraconjugales;
● prise de risques, accidents, antécédents de prises de toxiques,
infractions,délits.
▶Conduiteautomobile
Lescompétencesrequisespourlaconduiteautomobilesontaucœurdu
handicap lié au TDAH. Conduire de façon habituelle, en situation
monotone nécessite un fonctionnement harmonieux de l’ensemble des
fonctionsexécutives.
Il est nécessaire de maintenir sa vigilance, de faire preuve d’attention
soutenue, de flexibilité attentionnelle, d’attention sélective, de résister
aux distracteurs internes (pensées, rêveries) ou externes (musique,
conversation).
Avez-vouslepermis?
L’obtention du permis a souvent été difficile, parfois impossible. Les
remarquesdumoniteurd’auto-écolesontalorsrichesd’enseignement.
Commentconduisez-vous?
Le patient peut être très conscient de ses difficultés et en tenir compte
(conduiretrèslentementenville,surdepetitstrajetsconnus,mettredela
musique pour rester vigilant, conduire sans passager ou avec un
passager qui monitore la vigilance) ou bien utiliser des stratégies de
maintien de la vigilance efficaces mais dangereuses (très grande
vitesse).
Silepatientrépond:sansproblèmeoutrèsbien,luidemanders’ilaun
malus,s’iladéjàeudesaccidents,sisonousapartenaireapeuravec
lui. Il n’est pas rare que le patient qui considère qu’il conduit très bien
rouleenfaitdepuislongtempssanspermisaprèsplusieursinfractionsou
accidents(biaisdesurévaluation,voirchapitre16).
Une conduite automobile à la fois sûre et sans effort coûteux est rare
chez les adultes TDAH qui viennent consulter, je ne l’ai observée que
chezdespatientsayantapprisàconduiretrèsjeunesvers13-14ansou
bienchezdeschauffeursprofessionnels.
Laconduitededeuxroues,probablementplusstimulante,estengénéral
moinsproblématique.
▶Retentissementdanslaviequotidienne
Comme nous l’avons déjà dit, les patients ont en général une bonne
connaissance des critères du DSM et mettent spontanément en avant
desplaintescomme:j’aidumalàmeconcentrer,j’oublie,jeprocrastine,
jesuisenretard…
Il est important de leur demander des exemples pratiques de ces
difficultés.
Lorsquelepatientestpeuinformatif,ilestsouhaitabled’utiliserunrecueil
d’auto-observation comme le journal de temps (voir le chapitre Analyse
fonctionnelle).
Ondemanderaaupatientcommentilpensequesesdifficultéslegênent
dans sa vie professionnelle, familiale, dans ses relations avec ses
enfants,sesamis. Onl’inciteraàdonnerdesexemplesetàpréciserde
façonconcrèteenquoiilaimeraitchanger.
Lorsque le patient se plaint de procrastination, d’impossibilité de se
concentrer longtemps, de désorganisation, il est important de lui
demander quelles stratégies il a mises en place pour pallier ses
difficultés,enquoi cesstratégies l’ontaidé, etpourquoid’après luielles
nesontplussuffisammentefficacespourfairefaceauxexigencesdesa
vieactuelle.
Nous l’avons vu dans le chapitre consacré aux modèles (chapitre 2),
seule une observation fine, attentive, en situation permet d’évaluer
l’impact des défaillances des fonctions exécutives. Il faudra donc
consacrerplusieursentretiensàcetteévaluation(voirlechapitreAnalyse
fonctionnelle) et si possible, recueillir également les observations du
conjointoud’unprocheconnaissantbienlepatient.
▶Observation
Lorsquelesentretienssontassezlongs,quelepatientaterminédevous
direcequ’ilavaitprévudevousdire,qu’iln’estplusimpressionnéparla
situation nouvelle que constitue la consultation, on observera un mode
depenséeparticulier,difficileàdécrire.Ilnes’agitpasd’unrelâchement
des associations, comme on peut le voir dans les états d’excitation, la
penséeparaîtmiroitantecommelasurfaced’unlac,lesujetexplorepar
la pensée les différents paramètres internes et externes de son
environnement. La pensée part où elle veut et le sujet la suit par une
sorte d’inclination naturelle sans tenir compte des éléments classiques
du contexte de l’entretien. L’adulte TDAH peut ainsi commencer la
consultation en vous demandant comment vous allez, remarquer que
vousavezchangédelunettes,deparfumetvousledire,interromprevos
explicationspour vousfairepartavecenthousiasmedesonintérêtpour
lelivrequ’ilaluhier.Ilarrivesouventqu’ilseperdelui-mêmedansson
discours, il n’a pas assez de temps pour exprimer sa pensée avec des
mots,laphrasen’estpasfiniequ’ilpenseàautrechosequ’ilesturgent
devousdiretoutdesuiteouàlaquelleilatrèsenviedepenservoirede
réalisermaintenant. On peut alors souvent observer très nettement des
manifestationsd’impatiencemotrice.Danslesformeslesplussévèresou
lorsque les stimuli sont trop nombreux, ce type de pensée est fatigant
pourlesujetlui-même.
▶Entretienstructuré
Un entretien structuré en français, le Diva, est disponible sur
http://www.divacenter.eu/Content/Downloads/DIVA_2_FRANCAIS.pdf (la
parutionduDSM5étantrécente,cetentretienestadaptéauDSMIV-R,
laversionprécédentedescritèresduManuelDiagnostiqueetStatistique
pour la Recherche ; ces critères ont été peu modifiés, comme nous
l’avonsvudanslechapitre1,leDSM5n’exigeque5critèresaulieude6
pour l’adulte). Cet entretien permet de recueillir de façon systématisée
les différents éléments nécessaires au diagnostic selon les critères du
DSM.
RECUEILSYSTÉMATIQUEDESÉLÉMENTSPERMETTANT
UNDIAGNOSTICDIFFÉRENTIELENPRENANTGARDE
ÀNOSBIAISCOGNITIFS
Iln’yajamaisd’urgenceàposerundiagnosticdeTDAH.
Plusieurs consultations sont nécessaires afin de prendre le temps
d’évaluer dans toutes ses dimensions les plaintes du patient. Nous
devons utiliser une démarche systématique, connaître les diagnostics
différentiels et les envisager un par un le plus honnêtement possible
commeunenouvellehypothèseàlaquelleilfautdonnersachance.Pour
celailfautnousposeràchaquefoislaquestion:lesplaintesdupatient
nepourraient-ellespasêtremieuxexpliquéesparcettehypothèse?
▶Prendregardeànosbiaiscognitifs
J’airencontréMathieupourlapremièrefoisen2001.Àcetteépoquejedébutaislapriseen
charge des sujets adultes présentant un TDAH. La littérature et mon expérience étant
assezpauvres,nousavionsmisenplaceunehospitalisationd’unesemainepourpermettre
uneobservationetuneévaluation.Cetteexpériencen’aétérenouveléequedeuxfoiscar,
l’hospitalisation dans un service classique, sans activités proposées après 19h30 d’un
groupedepatientsadultesprésentantunTDAHavaitdenombreuxpointscommunsavec
celled’ungrouped’enfantsTDAH.L’inactivitéforcéedansunlieupeustimulantaentraîné
à chaque fois l’émergence chez ces adultes (souvent cadres en costume-cravate) de
comportements liés à l’aversion du délai (démontage d’extincteurs, emprunt de blouses
médicales et de stéthoscopes pour « jouer » au docteur avec d’autres patients,
organisationdesoiréesfestives…)incompatiblesaveclavied’unserviced’hospitalisation
psychiatrique. Par la suite les observations ont été réalisées en ambulatoire au grand
soulagementdel’équipeinfirmière.
Mathieu a donc été hospitalisé pour observation avec six autres patients TDAH. Mathieu
étaitunhommede24ans,seplaignantdedifficultésd’attentionsoutenuel’ayantpénalisé
danssascolarité,sesétudesetsontravail.Mathieuétaitemployédansuneadministration
etavaittoujoursbeaucoupdemalàfinirlestâchesquiluiétaientconfiées.Ildevaitfairede
nombreusespausesettravaillerplustardlesoir.
L’anamnèse retrouvait la notion d’une prématurité, n’ayant pas nécessité de séjour
prolongéennéonatalogie.
Surleplansomatique,onnotait:
● une amblyopie dépistée tardivement, un strabisme opéré à l’âge de 4 ans, un
nystagmusetunemyopie;
● unterrainatopiquedansl’enfance(eczéma,bronchitesasthmatiformes).
L’examen des bulletins scolaires mettait en évidence des difficultés d’attention et de
concentrationsoulignéesdèslagrandesectiondematernelle.Mathieuétaitdécritcomme
unenfanttrèscalmeeffacé,peusûrdeluietsouvent«danssabulle».Ilétaitnotéune
grandelenteur,denombreuseserreurs«d’inattention».Cesdifficultésétaientconfirmées
par un courrier descriptif des parents, Mathieu était décrit comme un très gentil garçon,
« facile à élever et à vivre », mais ayant toujours eu des difficultés à l’école malgré
beaucoupdebonnevolonté.
Lorsdelapérioded’observation,Mathieuétaitbienintégrédanslegroupeetparticipaità
leursfacéties.Lebilanpsychométriquen’avaitpuêtrecomplet,lapsychologuenesachant
commentadapteretinterpréterlestestsàcausedesdifficultésvisuellesdupatient.
Devantcesdifficultésetl’absenceànotreavisàl’époqued’élémentspermettantdemieux
rendrecomptedecestroubles,lediagnosticdeTDAHformeinattentiveprédominanteavait
été retenu et un traitement par méthylphénidate débuté en hospitalisation. Le traitement
était bien toléré et Mathieu décrivait une efficacité immédiate sur ses capacités de
concentration. Le patient avait été revu un mois après, et estimait que le traitement
médicamenteuxamélioraitdefaçonnettesacapacitéàfairefaceauxexigencesdutravail.
Parlasuite,lepatienthabitantenprovincen’étaitpasrevenuconsulter.
Mathieu revient consulter en 2013 pour les mêmes difficultés. Il est maintenant marié et
pèredetroispetitesfilles.Iln’avaitpaspoursuiviletraitementparméthylphénidate,etne
sait plus trop pourquoi. Il se souvient de l’efficacité du premier mois de traitement et se
demandesiunereprisedetraitementpourraitl’aider.
L’interrogatoirepermetdemettreenévidencequelesdifficultésdontseplaintMathieusont
présentesexclusivementsursonlieudetravail.Commeiltermineasseztôt,ilvaensuite
chercher ses enfants à l’école et à la crèche et s’en occupe seul jusqu’au retour de sa
femmepourledîner.Cesmomentssontvécuscommeunelibérationaprèsletravail,ilse
sentdétendu,n’aaucunedifficultéàs’organiser,àplanifier,àgérerlesdifférentsrendez-
vousetactivitésdesenfants.
Lorsquel’oninterrogesafemme,celle-ciconfirmequeMathieusouffrebeaucoupautravail,
ellesedemandesicecinepeutpasêtreliéàsesdifficultésvisuelles.
Un bilan ophtalmologique et orthoptique est effectué. Mathieu a une myopie sévère non
compensableentotalité,unseulœilfonctionnelavecundécollementderétineresponsable
d’uneamputationduchampvisueletunnystagmussurl’œilfonctionnel.
Une demande de reconnaissance de travailleur handicapé permettra une adaptation du
postedetravailetla«guérison»desdifficultésdeconcentration.
▶Évaluationsystématique
Lesplaintesdupatientpourraient-ellesêtremieuxexpliquéespar:
Uneautrepathologiepsychiatrique
75 % des adultes TDAH présenteraient un ou plusieurs troubles
psychiatriques comorbides. Il est donc classique de dire que la
comorbiditéestlarègledansleTDAHdel’adulte.Ladifficultécliniqueva
donc être d’évaluer devant une constellation de symptômes les
dimensions les plus gênantes actuellement pour le patient, celles qui
constituent les éléments pronostic les plus significatifs et celles dont le
traitement pourrait constituer une urgence. Si les troubles attentionnels
ont toujours été au premier plan, on parlera de comorbidité. Dans les
autrescasonconsidéreraquelesdifficultésactuellespeuventêtremieux
expliquéespar:
● untroubledel’humeur,
● untroubleanxieux,
● untroubleenvahissantdudéveloppement,
● untroubledepersonnalité,
● unabusdesubstances.
Cetexercicedifficilepeutêtrerendumoinspérilleuxsil’évaluateurn’est
passoumisàlapressiond’affirmeroud’infirmerundiagnosticdeTDAH.
Iln’yajamaisd’urgenceàporterundiagnosticdeTDAHchezl’adulte.
Desdifficultésdetraitementdel’informationaboutissantàune
surchargecognitiveouunesituationdedoubletâche
Comprendreladoubletâche
En cas de handicap cognitif, sensoriel ou sensori-moteur, certaines
actionsne sont pas automatisées ou fluides, elles vont donc nécessiter
uncontrôleattentionnelmassifauxdépensdetâchesdehautniveau.Si
cehandicapn’estpascompensé,toutsepassedel’extérieurcommesi
l’élève,l’étudiant,l’adulteprésentaitundéficitattentionnel.
Penserauhandicapcognitifousensoriel
L’adulte dont la dyspraxie n’a pas été comprise se heurte
quotidiennement à des difficultés « invisibles », il ne peut prendre de
notes de façon fonctionnelle car son écriture n’est pas automatique, il
s’appliqueàdessinerleslettresettoutesonattentionestconsacréeàcet
effort. Il n’est donc pas disponible pour écouter, comprendre les points
clef d’une réunion… Il ne peut prendre en compte un grand nombre
d’informations présentées visuellement (schémas, plans…). De
nombreuxgestesdelaviequotidiennerestentlaborieuxetdemauvaise
qualité(habillage,gestiondesobjets)Toutsepassecommes’ilneprêtait
pasattentionauxdétails,n’arrivaitpasàplanifier,às’organiser.
Il en va de même pour tous les troubles des apprentissages et en
particulierlesdyslexiessévères.L’effortréalisépourdéchiffrerdesmots
inconnus consomme les ressources attentionnelles et l’adulte s’épuise
sans en être conscient ou oser avouer sa difficulté. Comme nous l’a
montré le cas de Mathieu, il n’est non plus malheureusement pas rare
que des handicaps sensoriels majeurs n’aient pas été dépistés et
compensés dans l’enfance, il est donc nécessaire de s’assurer de
l’intégritédel’auditionetdelavision(oudeleurcompensationefficace).
Unepathologiesomatique
De très nombreuses pathologies chroniques ont un retentissement
cognitif.Ilestdoncimpératifd’interrogerlepatientdefaçondétailléeàla
recherche d’éléments pouvant orienter vers une pathologie
endocrinienne, cardio-vasculaire, broncho-pulmonaire ou systémique et
ré-adresserlepatientenconséquence.Ilestévidentquelebénéficed’un
diagnostic et d’un traitement adapté d’une insuffisance cardiaque ou
respiratoireserabiensupérieuràtouteinterventionpsychothérapeutique.
Unecauseiatrogène
Comme nous le verrons dans les chapitres suivants, les causes
iatrogènessontàl’origined’untrèsgrandnombredeconsultationspour
plaintescognitives.
BIBLIOGRAPHIE
KRUGLANSKI, A., AJZEN, I. (1983) « Bias and error in human judgment ».
EuropeanJournalofSocialPsychology,13,1-44.
MERCIER,H.&SPERBER,D.(2011)«WhyDoHumansReason.Arguments
foranArgumentativeTheory.» BehavioralandBrainSciences.34:57-
111.
Partie2
Aspectsthérapeutiques
PRÉAMBULE:ASPECTSPRATIQUES
Lapriseen chargedu TDAHdel’adulte comporteplusieursdimensions
etfaitappelàdifférentstypesd’interventions.
IlestimportantdecomprendrequeleTDAHestuneparticularitéquiest
en grande partie vécue comme ego-syntonique, faisant partie de
l’essence du sujet et que cette différence comporte également de
nombreuxaspectspositifs.
Letravailthérapeutiqueconsisteraàaiderlepatientà:
● connaître et éviter les médicaments sédatifs susceptibles d’aggraver
sesdifficultés;
● mettre en place un environnement adapté permettant de compenser
enpartiesonhandicap;
● développerdesstratégiespermettantde «maîtriser» lesaspectsdu
TDAHpotentiellementnégatifspourlapoursuitedesesobjectifs;
● assouplird’éventuelsschémasdysfonctionnels.
L’objectifàtermeestdepermettreausujet:
● dedévelopperunsentimentd’efficacitépersonnellesansrelationavec
lehandicapliéauTDAH;
● maisausside tirerbénéficeplus librementdes aspectspositifsliés à
cetteparticularité.
Lapriseenchargedébutetoujoursparunephasedepsychoéducation.
Dans un deuxième temps, on examinera les stratégies d’organisation
matérielle et de gestion du temps utilisées par le patient et le plus
souventoncommenceraparabordercesdeuxdomaines.
Certainspatientsontunebonnecompréhensiondeleursdifficultésetont
déjà recours de façon habituelle à des stratégies organisationnelles
efficaces.Lathérapiecibleraalorssibesoindansuntroisièmetemps,de
façon plus classique des cognitions et comportements inadaptés. Les
techniques utilisées sont dérivées des modèles de Beck mais aussi de
ceuxdesthérapiesd’activationcomportementale.
Dans un quatrième temps, mais seulement, lorsque les habiletés
d’organisation matérielle et temporelle sont acquises de façon stable,
que le patient « maîtrise » son TDAH, il sera possible d’utiliser des
techniques empruntées à la pleine conscience afin qu’au-delà de la
maîtrise, le patient puisse profiter le plus pleinement possible des
aspectspositifsliésàcettedifférence.
En fonction des moyens et configurations disponibles une première
possibilitéestdecommencerparquelquessessionsdepsychoéducation
engroupe suivie d’uneprise en charge individualiséeou bien desuivre
undesprogrammesdéveloppésdanslesmanuelsdeTCC.
LeTDAHétantunepathologiechronique,desséancesdeconsolidation
sont souvent utiles et il est fréquent qu’à certains moments de son
parcours de vie le sujet éprouve à nouveau le besoin d’être aidé, une
nouvelle analyse fonctionnelle soigneuse permettra alors de définir les
objectifsvisésetlestechniquesàmettreenœuvre.
ÀRETENIR
● Attentionauxmédicamentssédatifs.
● Importancedelapsychoéducation.
● Nécessitédemiseenplacepréalabledestratégiesd’organisationmatérielleetdegestion
dutemps.
● LeTDAH étant un troublechronique, il est nécessairede discuter avec le patientde la
possibilitéd’avoirànouveaurecoursàuneaideàunautremomentdesavie.
Chapitre5
TDAHdel’adulteetmédicaments
PREMIÈREÉTAPE:DÉ-PRESCRIRE
▶Prenez-vousdesmédicaments?
Quand on leur demande au cours de la consultation psychiatrique
«prenez-vousuntraitement?»ou«prenez-vousdesmédicaments?»,
les patients répondent souvent en toute bonne foi : Non ! Pourtant
lorsqu’on prend le temps de les interroger sur leurs antécédents
médicaux et/ou chirurgicaux, ou sur leur fonctionnement physique
(fonction par fonction) il est fréquent de découvrir qu’ils consomment
régulièrement parfois jusqu’à quatre ou cinq médicaments différents. Il
estdoncnécessairedeposerdirectementdesquestionscomme:
– Vous digérez bien ? (apparaissent alors les traitements pour les
ballonnements,lereflux,laconstipation…)
– Vousavezdesdouleurs?Queprenez-vousalors?
– Etauniveauurinaire,commentcelasepassepourvous?
– Avez-vousdesrèglesdouloureuses?
– Celavousarrived’avoirmalàlatête?…
Certains médicaments ont été prescrits lors de consultations pour des
motifs variés, parfois il y a des années. L’armoire à pharmacie s’est
progressivement remplie de médicaments : pour les douleurs, pour le
ventre, pour la digestion, pour les gonflements des règles, pour les
mictions impérieuses, pour les migraines, pour dormir, pour la tension,
pourlatoux,pourlesallergies…Lespatientsypiochentaugrédeleurs
croyances,panachantsansétatd’âmeleursvieillesprescriptions.
Il semble exister plusieurs biais : soit du fait de sa consommation
banalisée le produit n’est pas identifié comme un médicament, soit le
patient pense qu’il n’est pas utile d’encombrer la consultation du
psychiatre par des considérations concernant un organe moins noble,
soitencoreilsn’imaginentpasquelapsychiatriesoitunebranchedela
médecine.
Lorsque le patient qui a répondu initialement qu’il ne prenait aucun
médicament mentionne incidemment qu’il prend des produits pour son
genou, ou son estomac, il est nécessaire de rendre le questionnement
plusexplicite.
Ilestainsipossibledefairelalistedetouslesmédicamentsdel’armoire
àpharmacieetdeceuxauxquelslepatientarégulièrementrecours.
▶Reconnaîtrelessédatifsplusoumoinscachés
Ens’aidantsibesoind’Internet,ilfautalorsentreprendreuneminutieuse
chasseauxsédatifs.
Faireparécrit,etenDCI(dénominationcommuneinternationale),laliste
desmédicamentspermettrèssouventd’identifierplusieursmoléculesde
lamêmeclasse,ouayantlesmêmeseffetssecondairessédatifs.
On s’intéressera bien sûr aux psychotropes et particulièrement aux
benzodiazépines et apparentés. Mais les antihistaminiques, les
antihypertenseurs, anti-arythmiques, myorelaxants, anti-ulcéreux,
antispasmodiques,antalgiquesdoiventaussiêtreattentivementscrutés.
Il n’est pas rare par exemple qu’un patient de 50 ans prenne de façon
régulière une benzodiazépine et un antalgique et deux médicaments
ayantdeseffetsanticholinergiques.
▶Dé-prescrireprudemment
Après avoir établi cette liste (qu’il faudra régulièrement réactualiser), la
premièreétapedutraitementmédicamenteuxconsistedoncàinformerle
patient des effets indésirables sur ses capacités attentionnelles des
traitements qu’il consomme et à prendre contact avec son médecin
traitantafind’envisagerdedé-prescrire.
Marcel,57ans,consulteavecsafemmepourdesplaintesattentionnelles.Undiagnosticde
TDAHaétéportéchezsonpetit-filsetilsereconnaîtdanslesdifficultésdecelui-ci.Marcel
a été un enfant agité, instable, rêveur. Après plusieurs redoublements il a quitté l’école
sans diplôme et est entré dans la fonction publique comme facteur. Il est marié, a trois
enfants, s’entend très bien avec sa femme. Bien inséré dans son métier, il amuse ses
collèguesparsesblagues.Ilacommisrécemmentpourla premièrefoisuneerreurdans
sontravailquin’apaseudeconséquencegravemaisquil’inquiète.Ilsetrouvedeplusen
plusdistrait,peuts’asseoirparexempleàl’arrièredesavoitureetchercherlevolant,ila
oubliéavant-hier d’allerchercher sapetite fille àl’école. Safemme dit qu’ellel’a toujours
connucaricaturalementdistraitmaisellea,elleaussi,l’impressionquesadistractionetses
oubliss’aggravent.
L’examencliniqueetneurologiqueestparfaitementnormal.
Uneenquêteestmenéepourtenterd’identifierlessuspects.
Interrogé, Marcel répond qu’il est en bonne santé et ne prend pas de médicaments. Sa
femmeluirappellequ’ilenprenddeuxetquec’esttoujoursellequiluipréparesacoupelle
lematin.
Marcelauneprescription«régulière»desonmédecingénéralistepourunehypertrophie
prostatique(Ditropan°:Oxybutynine)etunehypertensionartérielle(Captopril).
Nouscontinuonsl’enquête.
Ilconsommeaussidefaçonpresquequotidienneunsiroppourlatouxachetéparlamère
desafemmequivitaveceux,pastantparcequ’iltoussequeparcequelegoûtdecesirop
lui rappelle son enfance (TOPLEXIL° : oxomémazine) De temps en temps, quand il
«attrapedesboutons»aprèsavoirjardiné,ilprenddescomprimésprescritsàquelqu’un,
on ne sait plus trop à qui ni par qui ni quand, « c’est pour les boutons qui grattent »
(Atarax° : Hydroxyzine ou Polaramine° : Dexchlorphéniramine), il y en a une réserve
importantedanslapharmacie.Enfin,illuiarrive(commeàtoutelafamille)deprendreun
truc pour les nerfs, à base de plantes croit-il puisque cela s’achète sans ordonnance.
L’enquêteidentifieraleDonormil°:Doxylamine.
ListedesmédicamentsdeMarcel
● Captoprilinhibiteurdel’enzymedeconversion,effetanticholinergiquemodéré;
● Oxybutinineanticholinergiqueutilisécommeantispamodique;
● Hydroxyzine antihistaminique H1 de première génération effet anticholinergique
majeur;
● Dexchlorphéniramine antihistaminique H1 de première génération effet
anticholinergiqueimportant;
● Doxylamine antihistaminique H1 de première génération effet anticholinergique
important;
● Oxomémazine Neuroleptique (phenotiazine) antihistaminique sédatif effet
anticholinergiqueimportant.
Marcel,quiaffirmaitaudébutdelaconsultationneprendreaucunmédicament,consomme
donc de façon régulière six médicaments ayant des effets anticholinergiques dont un
neuroleptique.
Le médecin généraliste organisera une consultation familiale autour du contenu de
l’armoireàpharmacie etletraitement deMarcel(et durestede lafamille)sera revuà la
baisse. Depuis que Marcel ne prend qu’un traitement antihypertenseur, ses difficultés
attentionnelles sont revenues « à la ligne de base » et lui et son entourage s’en
accommodenttrèsbien.
L’impactsurlescapacitésattentionnellesetlesfonctionsexécutivesd’unedé-prescriptionde
sédatifschezunpatientprésentantunTDAHestmajeur.L’arrêt(prudentetprogressif)des
sédatifspermetsouvent aupatient adultede retrouverun fonctionnementexécutifsuffisant
pourfairefaceauxexigencesauxquellesilestsoumis.
PLACEDESTRAITEMENTSPSYCHOSTIMULANTS
EnFrance,en2016,aucunmédicamentnepossèdeuneautorisationde
misesurlemarché(AMM)dansl’indicationTDAHdel’adulte.Uneseule
molécule, le méthylphénidate, a une AMM dans l’indication TDAH de
l’enfant(méthylphénidate:Ritaline°,Concerta°,Quasym°).
RAPPELLÉGALIMPORTANT
Unmédicamentquin’apasd’autorisationdemisesurlemarchéestunmédicamentdontla
qualité, la sécurité ou l’efficacité dans cette indication n’ont pas été approuvées par les
autoritéssanitaires.
EnprescrivantHorsAMMlemédecinengagesaresponsabilitéordinale(art.32et39),civile
(art.1382)etpénale(art.221-6et223-1).
Laresponsabilitéadministrativedel’hôpitalpeutêtreengagée.Cedernierpeutexercerune
actionrécursoirecontreleprescripteur.
Iln’estpasinterditdeprescrireHorsAMMmaisdanscecasilfautrespecterlesconditions
suivantes:
● le patient doit être informé que son traitement ne sera pas remboursé par l’assurance-
maladie;
● l’ordonnancedoitfairel’objetd’unementionspécifique:HorsAMM;
● laprescriptionestinscriteetmotivéedansledossiermédicaldupatient.
Leprescripteurdoitjustifierque:
● lepatientestenmesurededonnerunconsentementéclairéautraitementproposé,ildoit
êtreinformé desrisques encourus,des contrainteset des bénéficessusceptibles d’être
apportésparlemédicament;
● le traitement est reconnu comme efficace et non dangereux par la communauté et la
littératurescientifiques;
● l’indication est « indispensable » au regard de l’état du patient, de sa demande et des
connaissancesscientifiquesdumoment.
Sicesconditionsnesontpasrespectées,laresponsabilitéduprescripteurpourraàjustetitre
êtremiseencause.
En 2016, les conditions ci-dessus peuvent-elles être respectées en cas
deprescriptiondeméthylphénidatechezl’adulte?
– Letraitement est-ilreconnucommeefficace parlacommunauté etla
littératurescientifique?
– Encasdetraitementprolongécombiendetempsl’efficacitépersiste-t-
elle?
– Quelssontlesrisquesd’uneexpositionprolongéeàuntraitementpar
méthylphénidate?
Nous allons tenter de répondre à ces trois questions en examinant la
littératuremédicale.
▶Letraitementest-ilreconnucommeefficace
parlacommunautéetlalittératurescientifique?
Uneinformationencroissanceexponentielleetcomplexe
àanalyser
En médecine,les publications dans des journaux sont très nombreuses
et le praticien qui souhaite actualiser ses connaissances en lisant tous
les articles publiés se trouve vite submergé d’informations qu’il ne peut
pastraiter.
Entremai2011etmai2016,3022étudessurleTDAHdel’adulteontété
référencées dans une base de données appelée Pub Med (il existe
d’autresbasesdedonnées).
Il n’est pas possible de se contenter de lire le résumé (abstract) d’une
étude. Les études sont le plus souvent de qualité inégale, certaines
comportent des biais importants qui altèrent grandement la confiance
quel’onpeutaccorderàleursrésultats.
Lorsqu’on lit les résultats d’un essai thérapeutique comparantles effets
dedeuxtraitements,ilestparexemplenécessairedevérifierque:
1) Les patients ont été répartis de façon aléatoire et imprévisible pour
l’évaluateur.
2) Lesuiviaétéréaliséendoubleaveuglec'est-à-direquenilespatients
nilesévaluateursneconnaissentletraitementattribuéaupatient.Or
souvent de nombreux indices permettent au patient et à l’évaluateur
de deviner quel traitement reçoit le patient. Dans les essais
méthylphénidate versusplacebo,lepatientquiaprèschaqueprisede
compriméobserveuneaugmentationdesafréquencecardiaque,une
sécheressebuccale,unebaissedesonappétit,vaassezvitesedire
qu’ilestdanslegroupeproduitactif,cequiinvariablementfausseson
évaluation sur l’efficacité du produit. Il en va de même pour
l’évaluateur.
3) Les résultats présentés ont bien tenu compte de tous les patients
(perdus de vue, analyse en intention de traiter, écarts au protocole,
abandons prématurés…) Si plus de 5 %des patients randomisés au
départ ne sont pas pris en compte dans l’analyse, les résultats ne
peuventêtreconsidéréscommevalides.
Lepraticiendoitdoncavoirunesolideculturestatistique(etbeaucoupde
temps)pourinterpréterlalittératurepubliée.
Maiscelanesuffitpas:
Mêmesiunpraticienétaitcapabledelire,etd’analysercesinformations,
il ne disposerait pas des données nécessaires pour appuyer son
jugementetsadécisionsurunniveaudepreuvescientifiquesuffisant.
En effet un très grand nombre d’études ne sont pas accessibles ou ne
sont pas publiées. Certains résultats (le plus souvent négatifs)
n’intéressent pas les éditeurs de revues médicales qui doivent
sélectionner chaque mois un nombre restreint d’articles parmi ceux qui
leur sont soumis, mais surtout, l’industrie pharmaceutique qui
subventionnelamajoritédesessaiscliniques,n’apasintérêtàpublierles
résultats négatifs pour les produitsqu’elle commercialise.De nombreux
essaissontainsiignoréslongtemps,voiredéfinitivement.
Comment dès lors s’y retrouver, sur quels éléments peut-on se fonder,
pourréfléchiretdéterminerunestratégiethérapeutique?
Premierniveau:lesConsensusd’experts
Différentes organisations, comme le réseau Européen TDAH adulte, le
NICE (National Institute for Health and Care Excellence) en Grande
Bretagne,le CADDRA(Canadian ADHDResource Alliance)au Canada
proposent à un groupe d’experts d’analyser la littérature publiée, de
définirdespropositionsetdelessoumettreauvoted’ungroupeélargi.
Les dernières recommandations de ces organisations sont en cours de
réactualisation.
– Le CADDRA propose d’utiliser en première intention une
amphétamine (Adderal°, Vyvanse°) ou du méthylphénidate. En
deuxième intention ou en appoint l’atomoxetine (Strattera°) ou la
guanfacine (Intuniv°)
(http://www.caddra.ca/pdfs/caddraGuidelines2011.pdf).
– Le Nice (2008) considérait qu’un traitement médicamenteux devait
êtreprescritenpremièreintentionchezl’adulteprésentantuneforme
modérée à sévère de TDAH. Le méthylphénidate est le traitement à
envisager en priorité. Si le méthylphénidate est inefficace, mal toléré
ou contre-indiqué, l’atomoxétine ou la dexamphétamine peuvent être
prescritsendeuxièmeintention.
– Pour le réseau Européen en 2010 (Kooij 2010), après la
psychoéducation, le méthylphénidate et la dexamphétamine sont le
traitementmédicamenteuxdepremièreintention,endeuxièmeligneil
est possible d’utiliser l’atomoxétine puis en troisième intention le
bupropion, la guanfacine, le modafinil ou des antidépresseurs
tricycliques.
Les experts soulignent le fait que l’adulte est contrairement à l’enfant
soumis à des pressions et exigences constantes et qu’il est souvent
impossibled’envisagercommechezl’enfantuntraitementlimitédansla
journée (horaires scolaires) ou des suspensions de traitement (pendant
lesvacancesscolaires).
LeTDAHestuntroublechronique,pourlequellesdifférentstraitements
médicamenteux n’ont au mieux qu’un effet « suspensif », il est donc
absolumentnécessairedepouvoirévaluersil’efficacitédutraitementest
réellementprouvée,si elle semaintient dansle tempset quelssont les
risquesd’untraitementaulongcours.
Aucunedes guidelines des sociétés savantes ne permet de répondre à
cestroisquestions.
Il est légitime de s’en étonner car le méthylphénidate et les
amphétamines sont prescrits depuis plus de quarante ans de façon
extensive.
LesapprochesEBM(EvidenceBasedMedecineou
médecinefondéesurlespreuves)
En médecine, la production croissante d’informations dont il est difficile
de déterminer la crédibilité et la validité a conduit des équipes
indépendantesàabandonnerles«consensusd’experts».
Des procédures d’analyse rigoureuses ont été construites afin de
permettred’accéderàl’ensembledesinformationsdisponibles(publiées
ou non publiées), de formuler des questions, d’en rechercher les
réponses,d’analyseretdecritiquerleniveaudepreuvedecesréponses.
La méthode retenue par l’Organisation Mondiale de la Santé s’appelle
GRADE (Grading of Recommendations, Assessment,Development and
Evaluations)
(http://clinicalevidence.bmj.com/x/set/static/ebm/learn/665072.html).
Ce processus fiable et évolutif est devenu la méthode de référence
utilisée par un grand nombre de sociétés savantes, de revues
scientifiques,d’agencessanitairesnationalesetinternationales.
En2016,lesconclusionsdesconsensusd’expertscitéesplushautn’ont
pas été retenueslorsqu’elles ont été examinées en utilisant la méthode
GRADEoudesméthodesapparentées.
AinsilaNouvelle-Zélandeetl’Australieontparexempleexaminéen2012
les guidelinesduNICEetduCADDRA,leNICEaétéconsidérécomme
plus complet et mieux documenté mais ses conclusions n’ont pu être
acceptéesdufaitdel’absencedetransparencedesliensd’intérêt(avec
l’industrie pharmaceutique commercialisant les produits conseillés) de
troisexpertsdeHarvarddontlestravauxétaientcitésdefaçoninsistante
(https://www.ranzcp.org/Publications/Guidelines-and-resources-for-
practice/Adult-ADHD-practice-guidelines.aspx).
Le groupeCOCHRANE est un organisme indépendant qui effectue des
méta-analyses réputées pour leur qualité. Une méta-analyse met en
commun les études de mêmes objectifs (essais randomisés, études
observationnellescas-témoins,etc.)inclusesdanslarevuesystématique
(de toutes les études publiées ou non) et combine leurs résultats afin
d’obtenir un résultat statistiquement plus robuste. Les méta-analyses
bienconduitessontconsidéréescomme apportantunniveaude preuve
élevéparlaméthodologieGRADE.
En 2014,le groupeCochrane a publié les résultats d’une méta-analyse
visant à évaluer l’efficacité d’un traitement par méthylphénidate à
libération immédiate sur les symptômes du TDAH de l’adulte. Les
résultats de cette étude ont été invalidés en 2016 par le groupe
Cochranelui-mêmecarlaméthodologiesuivieétaitinsatisfaisanteetque
les auteurs n’avaient pas respecté la règle de transparence des liens
financiers avec l’industrie commercialisant les médicaments
(http://www.cochrane.org/CD005041/BEHAV_ritalin-adult-attention-
deficit-hyperactivity-disorder-adhd).
En 2016, nous ne disposons donc d’aucune preuve de niveau suffisant
permettantd’affirmeruneefficacitéduméthylphénidateàcourttermesur
lasymptomatologieduTDAHdel’adulte.
Le méthylphénidate est la molécule dont l’effet a été le plus étudié, les
niveaux de preuves des autres médicaments proposés dans cette
indicationsont(ehouic’estpossible!)encoreplusfaibles.
▶Combiendetempsleseffetsd’untraitement
amphétaminiquesemaintiennent-ilschezl’adulte?
Étudesystématiquedesrésultatspubliés
Pour tenter de fournir une réponse à cette question, une étude
«systématique»(Shaw2012)acomparéledeveniràplusdedeuxans
despatients ayantreçu un traitementpour TDAH(médicamenteux, non
médicamenteuxoumultimodal)àceluidespatientsprésentantunTDAH
n’ayantpasétéprisencharge.
Les deux principaux auteurs de cette étude étaient employés à temps
plein par la firme pharmaceutique Shire (qui commercialise plusieurs
amphétaminiques et la guanfacine dans l’indication TDAH) et tous les
auteurs déclarent des liens d’intérêt avec une ou plusieurs firmes
pharmaceutiquescommercialisantdesproduitsdansleTDAH.
Malgrélebiaismajeurqueconstituentcesliensd’intérêt,cetterevuedes
études publiées dont la méthodologie est critiquable peine à conclure
que si les patients ayant reçu un diagnostic de TDAH vont moins bien
quelessujetscontrôledeuxansaprès,certainsdeceuxquiontreçuun
traitement(quelqu’ilsoit/duréenonprécisée)pourraientallermieuxdans
certainsdomainesdeuxansaprès.
Cetterevuede lalittératurepourtant imposante(351études) nepermet
donc pas de démontrer l’efficacité d’un traitement prolongé par
amphétaminiques.
Étudeschezl’enfant
Il n’existe que deux études permettant d’aboutir à un niveau de preuve
acceptablechezl’enfantetcesdeuxétudessontnégativesàlongterme.
ÉtudeMTA(étudeaméricaine)
Dans l’étude MTA, 579 enfants âgés de 7 à 9 ans ont été répartis de
façon randomisée (au hasard) entre différentes branches de traitement
pendant14mois:
● traitementsystématiqueavecamphétaminiques,
● thérapiecomportementaleàcomposantesmultiples,
● associationdesdeux(médication+thérapiecomportementale),
● priseenchargecommunautairehabituelle.
Au terme de la phase randomisée de l’essai clinique, les enfants
participantsetleursfamillesétaientlibresdecontinuerletraitementqu'ils
venaientderecevoiroud’encommencerunautresouslasupervisionde
leurclinicien.
Auboutde14moisleseffetsdutraitementamphétaminiqueétaienttrès
nettementsupérieurssurlaplupartdesparamètresmesurés.Àpartirde
cemomentl’essain’estpluscontrôlémaislesenfantscontinuentàêtre
évalués.
Le suivi des enfants inclus initialement dans l’essai a montré une
disparitiondeseffetsinitiauxentre14et36mois.
Dès 36 mois (485 enfants suivis), il n’y a plus de différence entre le
groupeinitialementtraité(parpsychostimulantsdontméthylphénidate)et
legroupetraitéparthérapiecomportementaleetcognitivesurleplande
l’adaptation sociale et scolaire, de la symptomatologie psychiatrique et
des symptômes du TDAH par rapport à la thérapie comportementale
seule.Mêmesrésultats8ansaprèsledébutdel’étude(Brooke2009).
Leseffetspositifstrèsnetslorsdel’instaurationdutraitementontdisparu
entre14et36mois.
Étuderaine(étudeaustralienne)
Ils’agit d’une étudede cohorte dontla faiblesse méthodologiqueréside
dans le fait que les groupes ont été constitués a posteriori après le
diagnostic, même si les auteurs ont tenté de corriger ce biais (Smith
2011).131sujetsontétéétudiés,entre8anset14ans.Après6ansde
suivi, pas de différence sur la symptomatologie TDAH, l’adaptation
sociale, la psychopathologie générale. On constate de moins bonnes
performances scolaires dans le groupe traité par psychostimulants
(dexamphétamineouméthylphénidate).
Étudeschezl’adolescentetl’adulte
En2016,iln’existeaucuneétudepubliéepermettantd’obtenirunniveau
depreuvescientifiquesuffisantàplusdedeuxanschezl’adolescentou
l’adulte.
Comment comprendre la disparition des effets positifs des
amphétaminiquesentre14et36moisdetraitement?
Étudesenimageriedel’impactd’untraitementàlongterme
parméthylphénidatesurlessystèmesdopaminergiques
En2013deschercheursontétudiél’impactd’untraitementprolongépar
méthylphénidatesurladensitédestransporteursdeladopamine(DAT).
Alors qu’au départ, les sujets TDAH adultes, naïfs de traitement ne
différaient pas des contrôles, après un an de traitement par
méthylphénidate, la densité des DAT avait augmenté en moyenne de
24%auniveaudustriatumchezlessujetstraités.
Des études antérieures chez des sujets exposés pendant plusieurs
années à des amphétaminiques montraient des densités de
transporteurs de la dopamine très élevées (70 %) (voir Chapitre 2
ModèlesetNeurosciences).
Cette augmentation sous traitement peut être comprise comme un
mécanismederégulationquirendcomptedel’absenced’efficacitéàlong
terme des traitements psychostimulants et explique l’exacerbation des
symptômessouventnotéeàl’arrêtdutraitement.
Actuellement,en2016,onnesaitpassicephénomèneestréversibleet
niauboutdecombiendetemps.
À partir des données pharmacologiques, des études cliniques et des
études d’imagerie, il est donc possible en 2016 de conclure que
l’efficacitéd’untraitementprolongéparamphétaminiquesnesemaintient
pas au-delà de deux ans de traitement du fait d’un mécanisme d’up-
régulation.
L’histoiredesamphétamines,régulièrementréintroduitespuisretiréesdu
marchéauraitpunousprépareràcetteconstatation.
▶Quelssontlesrisqueschezl’adulted’uneexposition
prolongéeàuntraitementparméthylphénidate?
Rappelpharmacologique
De nombreuses substances ont une structure chimique proche des
amphétamines ou un profil pharmacologique commun, on parle
d’amphétaminiques.Leméthylphénidate(Ritaline°, Concerta°Quasym°)
comme la bupropione, la sibutramine ou la fenfluramine sont des
amphétaminiques. La dexamphetamine (Aderall° Vyvanse°) est une
amphétamine(Prescrire2015).
Notresystèmenerveuxcomporte:
● unsystèmecentral(cerveau,tronccérébral,cervelet,moelleépinière),
● unsystèmesomatique(mouvementsetactionsvolontaires,sensibilité,
douleur,sensorialité),
● unsystèmevégétatifautonome.
Lesystèmenerveuxautonome(appeléaussivégétatif)permetderéguler
de façon automatique et inconsciente les différentes fonctions
essentielles de notre corps. Cette régulation s’effectue de manière très
fine grâce à un équilibre permanent entre deux grands systèmes
antagonistesappeléssystèmessympathiqueetparasympathique.
Defaçonschématique,l’activationdusystèmesympathiquenousmeten
alerte, augmente notre vigilance et nous prépare à répondre à une
situation de danger (sidération, attaque, fuite) alors que l’activation du
systèmeparasympathiquenousmetdansunétatderepospermettantla
reconstitution de ressources, la réparation, la croissance des différents
organes. L’équilibre de ces deux systèmes est essentiel pour un
fonctionnementharmonieux.
Les amphétamines et les amphétaminiques sont des activateurs du
système sympathique. De façon indirecte, les amphétaminiques
augmentent les concentrations en neurotransmetteurs appelés
catécholamines (adrénaline, noradrénaline, dopamine) au niveau des
synapses entre les neurones (diminution de la recapture et/ou
augmentation de la libération). Elles augmentent également les
concentrations de sérotonine et à forte dose inhibent la mono-amine-
oxydase, l’enzyme responsable de la dégradation de ces
neurotransmetteurs(MAO).
Leméthylphénidateexerceuneactionsurlesystèmenerveuxcentralet
surlesystèmesympathique.
Effetssecondairesduméthylphénidateencasdetraitement
decourteduréechezl’adulte
Effetsliésàl’activationdusystèmesympathique
L’activation du système sympathique a pour fonction d’adapter le corps
aux urgences et à l’activité musculaire intense. Les processus
cataboliques sont augmentés, permettant l’accès aux réserves
énergétiques,lesangestdétournédelapeauetdusystèmedigestifau
profit du cœur, du cerveau et des muscles squelettiques. En raison de
ceseffets,leméthyphénidateestconsidérécommeunproduitdopantet
interdit par l’Agence Mondiale Anti Dopage (http://list.wada-
ama.org/fr/list/s6-stimulants/#méthylphénidate).
Le tableau suivant a pour objectif de mettre en parallèle certains effets
secondaires du méthylphénidate listés dans le résumé des
caractéristiquesduproduit(icinoticeduQuasym°méthylphénidate)avec
l’actionduméthylphénidatesurlesystèmesympathique.
Effetsdel’activationdusystème Effets«secondaires»duméthylphénidate
sympathique
Dilatationpupillaire:mydriase(permet Peufréquent:
d’agrandirlechampdevisionauxdépensde diplopie,visionfloue.
laprécision) Rare:
difficultésd'accommodation,mydriase,trouble
visuel.
Dilatationbronchique(augmentel’apport Considéréàcetitrecommeproduitdopant
d’oxygèneenprévisiondelafuiteoudu Fréquent:
combat) toux,douleurpharyngolaryngée.
Peufréquent:
dyspnée.
Augmentationdelafréquencecardiaque,de Considéréàcetitrecommeproduitdopant
lapressionartérielle,delaforcede Fréquent:
contractioncardiaque Hypertension:
arythmie,palpitations,tachycardie.
Peufréquent:
douleurthoracique.
Rare:
anginedepoitrine.
Trèsrare:
arrêtcardiaque,infarctusdumyocarde.Mort
subited'originecardiaque
Fréquenceindéterminée:
tachycardiesupraventriculaire,bradycardie,
extrasystolesventriculaires,extrasystoles.
Actionauniveaudutissuadipeux:hydrolyse Considéréàcetitrecommeproduitdopant
triglycérideslibérationd’acidesgras
Augmentationdel’irrigationsanguinedes Considéréàcetitrecommeproduitdopant
musclessquelettiques
Glycogénolysehépatique(augmentationde Considéréàcetitrecommeproduitdopant
lalibérationdeglucose) Peufréquent:
élévationsdesenzymeshépatiques.
Trèsrare:
Trèsrare:
fonctionhépatiqueanormale,ycompriscoma
hépatique
Diminutiondel’irrigationetdupéristaltisme Fréquent:
intestinal Anorexie,douleursabdominales,diarrhée,
nausée,gêneépigastriqueetvomissements,
retarddecroissance
Peufréquent:
constipation.
Diminutiondessécrétionssalivaires Fréquent:
Augmentationdelasudation sécheressebuccale
Augmentationdutonussphinctérienvésical
etdiminutiondutonuspariétal
Estimationdelafréquence:trèsfréquent(≥1/10);fréquent(≥1/100,<1/10);
peu fréquent (≥ 1/1 000, < 1/100) ; rare (≥ 1/10 000, < 1/1 000) ; très rare
(< 1/10 000), non connu (ne peut être estimé à partir des données
disponibles). (Données fournies par le laboratoire Shire) 30/04/2012
http://agence-prd.ansm.sante.fr/php/ecodex/rcp/R0209999.htm
Ces effets dits secondaires (car en dehors de la cible thérapeutique
visée) correspondent à l’activation du système sympathique limitée au
tempsdeladuréed’actiondumédicament.
Effetssecondairesneurologiquesetpsychiatriques
Les effets secondaires neurologiques et psychiatriques du
méthylphénidatesontrésumésdansletableausuivant.
Trèsfréquents insomnie,nervosité,céphalée
Fréquents anorexie,labilitéémotionnelle,agressivité,agitation,anxiété,
dépression,irritabilité,comportementanormal,bruxisme.Vertige,
dyskinésie,hyperactivitépsychomotrice,somnolence
Peufréquents troublespsychotiques,hallucinationsauditives,visuellesettactiles,
colère,idéessuicidaires,altérationdel'humeur,mouvements
d'humeur,agitation,pleurs,tics,aggravationdeticspréexistantsou
dusyndromedeGillesdelaTourette,hypervigilance,troublesdu
sommeil.Sédation,tremblements.
Rares maniedésorientation,troubledelalibido.
Trèsrares convulsions,mouvementschoréo-athétosiques,déficitneurologique
ischémiqueréversible
Syndromemalindesneuroleptiques(encasd’association)
comportementsuicidaire(ycomprissuicide),étatdépressif
transitoire,penséesanormales,apathie,comportementsrépétitifs,
idéesfixes,délires,troublesdelapensée,étatconfusionnel,
dépendance.
Fréquente Descasd'abusetdedépendanceontétédécrits
indéterminée troublescérébrovasculaires(ycomprisvascularite,hémorragies
cérébrales,accidentsvasculairescérébraux,artéritecérébrale,
occlusioncérébrale),convulsionsdetypegrandmal,migraine
Estimationdelafréquence:trèsfréquent(≥1/10);fréquent(≥1/100,<1/10);
peufréquent(≥1/1000,<1/100);rare(≥1/10000,<1/1000);trèsrare(<
1/10000),nonconnu(nepeutêtreestiméàpartirdesdonnéesdisponibles).
(Données fournies par le laboratoire Shire) 30/04/2012 http://agence-
prd.ansm.sante.fr/php/ecodex/rcp/R0209999.htm
Il existe d’autres effets secondaires en particulier cutanés,
hématologiques,allergiques.
Àcourtterme,leseffetssecondairesduméthylphénidatesontrarementgraves.
Leseffetsduméthylphénidateàcourttermeontétéassezbienétudiés.
Ils sont parfois gênants, rarement graves, mais aux doses
thérapeutiques, plusieurs études de bonne qualité sont rassurantes. Le
groupe Cochrane (voir plus haut « les approches EBM ») a publié en
2015(Storebø2015)uneméta-analysede185étudeschezl’enfant.Le
traitement par méthylphénidate est associé à une augmentation du
risque d’effets secondaires comme l’anorexie ou des perturbations du
sommeil mais il n’a pas été mis en évidence d’augmentation de risque
d’effetssecondairessévères.
Malheureusement,laduréemoyennedesessaisinclusdanscetteméta-
analysen’étaitquede75jours.Orletraitementparméthylphénidateest
defaçontrèshabituelleprescritpendantplusieursannées.
Risquesencasd’expositionàuntraitementprolongé
parméthylphénidatechezl’adulte
Comme nousl’avons vu plus haut, l’activation du système sympathique
sefaitauxdépensdecelledusystèmeparasympathiquedontlafonction
est de permettre la reconstitution de ressources, la réparation, la
croissancedesdifférentsorganesenaugmentantl’anabolisme.
Encasdetraitementchroniqueparméthylphénidate,ilestdonclégitime
detenterd’évaluerl’impactsurlesdifférentsorganesd’uneperturbation
du fonctionnement du système nerveux autonome. Nous l’avons vu, il
n’existepasd’étudesdebonnequalitépermettantd’évaluerprécisément
les risquesentraînés par une exposition prolongée au méthylphénidate.
Néanmoinsnousdisposonsdedonnéesquidoiventnousinciteràlaplus
grandeprudence.
Risqueneurotoxique
Un corpus récent mais déjàétoffé derecherche chezl’animal a mis en
évidence des altérations définitives de la plasticité synaptique des
régions préfrontales après utilisation de faibles doses de
méthylphénidate chez le mammifère juvénile (voir par exemple Chase
2005,Cavaliere2012,Urban2013).
La période « juvénile » c'est-à-dire de la post-adolescence au jeune
adulte semble être une période où le mécanisme d’action du
méthylphénidateestdifférentdeceluichezl’enfantetl’adulteplusâgédu
faitdesinfluenceshormonales.
Cette période constitue une période critique de vulnérabilité pour le
développement du lobe préfrontal (et des fonctions exécutives) qui
continuechezl’hommeàsedévelopperjusqu’à30-35ans.
La neurotoxicité d’un traitement par méthylphénidate chez l’adulte doit
également être envisagée par le biais de la transformation du
méthylphénidate en ethylphénidate lorsque le sujet consomme de
l’alcool. L’ethylphénidate est le métabolite du méthylphénidate en
présence d’éthanol. (ANSM 2014 a) C’est une substance
dopaminergique puissante entraînant un craving important, utilisée par
les toxicomanes comme substitutà lacocaïne. Ses noms de rue sont :
EP,EPH,EPD,«MagicCrystal»,«Nopaïne».
Cetteinteractiondoit êtreconnuedes prescripteursetdes patients,elle
doit être prise en compte dans la décision de poursuivre ou non une
prescription de méthylphénidate en cas de risque d’alcoolisation,
particulièrementchezl’adolescentetlejeuneadulte.
Risquecardiovasculaire
Unrisquemalévaluéchezl’adulte
Certainseffetssecondairesconnuscommel’hypertensionartérielleoule
syndrome de Raynaud (vasoconstriction des vaisseaux des extrémités)
doiventnousinciteràlaprudence.
Lapluslongueétudeprospectiveobservationnelleestparueenen2014.
CetteétudeépidémiologiqueDanoise(Dalsgaard2014)ainclusplusde
700000enfantsnésentre1990et1999(Lesaccidentscardiovasculaires
sévères étant très rares chez l’enfant, il est nécessaire d’étudier de
grands échantillons pour mettre en évidence des variations
significatives). Le groupe d’enfants traités par psychostimulants a été
suivi en moyenne pendant 9 ans et demi. Les auteurs concluent à une
augmentation significative du risque d’accident cardiovasculaire sévère
(lerisqueestmultipliépardeux).Lesrelationsentrecerisque,ladoseet
la durée du traitement semblent complexes. Il n’y a pas d’études
comparableschezl’adulte.
Une méta-analyse (Mick 2012) des paramètres cardiovasculaires de
2665sujetsadultesinclusdansdesessaismédicamenteux(doncjeunes
et sans antécédents cardiovasculaires) de psychostimulants et
d’atomoxetine met en évidence à deux ans une augmentation
significativedelafréquencecardiaquede5battementsparminuteetde
la pression artérielle systolique et diastolique de 1,2 mmHg. En
populationgénérale,uneaugmentationdelafréquencecardiaquedecet
ordre est associée à une augmentation de 17 % de la mortalité
cardiovasculaire.
Uneffetagoniste5HT 2B
Une autre donnée dont la publication est récente mérite d’être prise en
compte avec attention. Certains médicaments (comme le benfluorex,
Médiator°) entraînent le développement d’affections cardiovasculaires
graves comme des valvulopathies ou une hypertension artérielle
pulmonaire. Ces dernières années les recherches ont permis de mieux
comprendreledéveloppementdecespathologies.
● Actuellement il est admis que les médicaments qui donnent des
atteintesdesvalvescardiaquesagissentviaunmécanismecommun:
une action agoniste sur le récepteur 5HT2B. Les récepteurs 5HT2B
sontexprimés sur les feuillets des valves mitrales et aortiques et sur
les artères pulmonaires (Andrejak 2013). L’activation de ces
récepteurs aboutit à une augmentation de la mitogènèse
(multiplication) des fibroblasteset des cellules musculaireslisses. Le
développement des valvulopathies médicamenteuses n’est pas
directement proportionnel à l’importance de l’effet agoniste 5HT2B
mais est la résultante d’interactions complexes impliquant la
sérotonine,lesrécepteurs5HT2B,lestransporteursdelasérotonineet
des facteurs de vulnérabilité génétique. Il est maintenant admis
(Cavero2014)quel’actionsurlesrécepteurs5HT2Bdesmédicaments
encoursdedéveloppementdoitêtresystématiquementrecherchéeet
qu’en cas d’activité agoniste 5HT2B, la toxicité valvulaire de ces
moléculesdoitêtreétudiée invivosurdesmodèlesanimauxadaptés
avantleurmisesurlemarché.
● En 2011, l’Agence Européenne du Médicament a demandé aux
industrielscommercialisantleméthylphénidatedefournirlesdonnées
concernantl’actionduméthylphénidatesurcesrécepteurs.Ilestavéré
queleméthylphénidateestunagonistedesrécepteurs5HT2B(ANSM
2014b).UnautremédicamentutilisédansleTDAH,laguanfacineest
égalementunagoniste5HT2B(Huang2009).
● Plusieurs cas de valvulopathies, d’hypertension artérielle pulmonaire
etdecardiomyopathiessousméthylphénidateontétérapportésmais,
enl’absenced’évaluationsystématiqueetd’étudesanimalespubliées,
ce risque n’est actuellement pas évalué (Prescrire 2015).
L’hypertension artérielle pulmonaire et les valvulopathies sont des
affections sévères, parfois mortelles qui évoluent longtemps à bas
bruit,sanssignescliniques.L’échocardiographieestl’examenclefdu
diagnostic,cetexamendevraitêtreréaliséavantlamiseenplaced’un
traitement par méthylphénidate, et répété pendant et à distance du
traitement.
Risqueosseux
Des études animales ont confirmé l’existence d’altérations de la
croissance osseuse sous méthylphénidate (Komatsu 2012). Les
pédopsychiatresetpédiatressontsensibilisésàcerisqueetsurveillentla
croissanceentailledesenfantstraités.Lesdonnéesconcernantlataille
des enfants traités sont rassurantes, des fenêtres thérapeutiques
permettantengénéralunrattrapage.
Maislespremiersrésultatsd’uneétuderécentesontplusinquiétants.
En avril 2016 (The Endocrine Society 2016) ont été présentés les
résultats d’une large étude américaine, le National Health and Nutrition
Examination Survey (NAHNES). Cette étude a mesuré la densité
minéraleosseuseparabsorptiométriebiphotoniquechez6489sujetsde
8 à 20 ans. Dans le groupe de sujets (159) ayant été exposés aux
psychostimulants (méthylphénidate ou dexamphétamine) la densité
minéraleosseuseévaluéeauniveaudurachisetdufémurétaitdefaçon
cliniquementsignificativeinférieureàcelledugroupetémoin.Orlafinde
l’adolescenceetledébutdel’âgeadulteconstituentunepériodecritique
pour la constitution du capital osseux. Les auteurs concluent que les
sujets ayant été exposés de façon prolongée à un traitement
psychostimulant à cette période sont potentiellement à risque
d’ostéoporose et de fractures et doivent être surveillés y compris après
l’arrêtdutraitement.
Autresrisquesnonévalués
● Glaucome. Le méthylphénidate peut favoriser la survenue ou
aggraverunglaucome,pathologiesilencieuse,souventméconnue.Le
risquen’estpasévalué.
● Grossesse. Les risques d’une exposition au méthylphénidate en
termes de malformation ou d’anomalies du développement ne sont
pasévalués.
● Fertilité.Desétudesanimalesretrouventdesaltérationsdelafertilité
chezlemammifère.Lerisquen‘estpasévaluéchezl’homme.
● Interactionsmédicamenteuses.Ilexistedenombreusesinteractions
médicamenteuses avec le méthylphénidate en particulier avec les
médicaments qui allongent le QT. Peu fréquentes chez l’enfant, les
associations médicamenteuses « banalisées » sont extrêmement
fréquentes chez l’adulte (anti-inflammatoires, antibiotiques, anti-
asthmatiques, psychotropes, laxatifs, diurétiques…) La plupart du
temps, les patients ne signalent pas spontanément la prise de
méthylphénidateoudetraitementsintercurrentsàleursprescripteurs.
À signaler pour rappel la métabolisation du méthylphénidate en
ethylphénidateencasdeconsommationconcomitanted’alcooletune
synergiecardiotoxiqueaveclecannabis.
COMMENTARRÊTERUNTRAITEMENTPARMÉTHYLPHÉNIDATE
CHEZLEJEUNEADULTE?
La transition de la psychiatrie de l’enfant à celle de l’adulte pêche
souventpardéfautd’anticipation.
PourlaplupartdesenfantssuivispourTDAH,lapremièreconsultationa
été demandée par les parents devant des difficultés scolaires ou des
troublesducomportement.Lorsqu’untraitementparméthylphénidateest
mis en place, le pédopsychiatre revoit l’enfant et sa famille de façon
rapprochée pour évaluer la tolérance et l’efficacité du traitement et
adapter la posologie. Un suivi psychothérapeutique souvent familial et
desinterventionséducativesetpédagogiquessontparallèlementmisen
place.Parlasuite,ilesthabituelquelepédopsychiatrenerevoiel’enfant
si tout se passe bien qu’une ou deux fois par an, en général avec sa
famille. Certains pédopsychiatres continuent à suivre leurs patients à
l’âgeadulte,maisilssontrares,c’estengénéralversl’âgede18-19ans
quel’enfantdevenugrandestorientéversdesstructuresaccueillantdes
adultes.
Comptetenudeladémographiemédicaleetdelachargedetravaildes
pédopsychiatres, le passage vers la psychiatrie adulte est rarement
anticipé plusieurs années à l’avance et dans le meilleur des cas le
pédopsychiatre n’a prévu de revoir l’enfant qu’une ou deux fois après
l’orientation.
Dansl’idéalilseraitsouhaitablequelesconsultationsaveclepsychiatre
d’adulte qui prendra le relais soient organisées beaucoup plus tôt. Un
premiercontactunpeuaprès15anspermettraitderencontrerplusieurs
fois l’adolescent et la famille, de discuter des modifications de prise en
chargeetdeconstruireunetransitiondemeilleurequalité.
Lepsychiatred’adultequireçoitpourlapremièrefoisunjeuneadulteen
relaisdupédopsychiatresetrouvedansunesituationcompliquée.
Ilestsouventdifficilepourlafamilled’accepterqueleurenfantsoitreçu
seul et qu’ils ne soient pas systématiquement tenus au courant du
contenudelaconsultation.Ilestpourtantindispensabled’établiravecce
jeune adulte une relation de confiance, nécessairement différente de
cellequ’ilavaitaveclemédecinquilesuivaitenfant.Ilestsouhaitablede
recevoirlafamille,maiscecin’estpossiblequ’aprèsplusieursentretiens
individuelsetseulementsilepatientestd’accord.Lessujetsquipourront
être abordés seront définis par avance avec le jeune adulte. Il n’est
généralementpasadaptéderecevoirlesparentsseuls.
Comme nous l’avons vu, le TDAH est un diagnostic qui repose sur la
seule expérience du clinicien, aucun examen complémentaire, aucune
batterie de tests ne permet d’affirmer ou d’éliminer ce diagnostic. Bien
sûr la confiance que nous avons dans le jugement des collègues qui
nous adressent leurs jeunes patients ainsi que les éléments du dossier
clinique qu’ils nous ont transmis ne nous incitent pas à remettre
systématiquement le diagnostic de TDAH en question, néanmoins la
situationachangé,lemédicamentdontonnousdemandederenouveler
la prescription n’a pas d’autorisation de mise sur le marché dans
l’indicationTDAHdel’adulte.
Ilfautdoncd’abord, dansunpremiertemps informerlepatientde cette
donnéeetdesesimplications(absencederemboursement,absencede
donnéesd’efficacitéetdesécuritéchezl’adulte).
Ilestsouventdifficilepourlejeuneadulteetsesparentsd’envisagerun
arrêtdelaprescriptionmédicamenteuse.Cen’estpaslemoment,bientôt
le bac, la redoutable classe préparatoire se profile, le jeune adulte va
quitter le domicile familial, les arrêts pendant les vacances ont bien
montré qu’il était très difficile de se concentrer et de s’organiser sans
traitement.Toutlemondeapeur.
Mais si le traitement est poursuivi, quand sera-t-il possible d’envisager
sonarrêt,avantlesconcours,lesexamensuniversitaires,aumomentdu
premieremploi?Delapremièregrossesse?Quelssontlesrisquespour
lecapitalosseuxencoursdeconstitutionchezcejeuneadulte?Peut-on
considérerquenotrejeunepatientneconsommerapasd’alcoollorsqu’il
serasoustraitement?
L’exercice est difficile, les références dans la littérature médicale
absentes.
Cen’est quepardes entretiensrapprochés quepourraêtre établieune
relationde confiancepermettantd’envisagerunediminutionprogressive
et un arrêt programmé. D’autant plus progressif que le traitement aura
étéprolongé,l’arrêtdéfinitifdevradepréférencecoïncideravecledébut
des vacances scolaires en prévenant le patient qu’il risque se sentir
fatigué pendant quelques semaines. Le patient devra par la suite être
revu très régulièrement de façonà travailleren groupeou enindividuel
les différentes stratégies d’organisation pouvant l’aider à « maîtriser »
sonTDAH.
Par expérience, peut-être grâce à notre conviction que le traitement
amphétaminique ne doit pas être prescrit au long cours, les arrêts
progressifs, négociés, programmés et accompagnés se passent bien.
Les entretiens rapprochés au cours de cette période permettent
d’accompagner la mise en place de stratégies efficaces. Grâce au
développement de ses capacités métacognitives le jeune adulte peut
plus facilement réfléchir à son fonctionnement, son environnement a
changé,ilestmoinscontraignantquel’école,lessujetsd’étudeschoisis
sont intéressants, les expériences nouvelles. Contrairement aux
apparences, c’est donc peut-être précisément le bon moment pour
arrêterletraitementpsychostimulant.
BIBLIOGRAPHIE
ANDREJAKM,TRIBOUILLOYC(2013).«Drug-inducedvalvularheartdisease:
Anupdate».ArchivesofCardiovascularDiseases,106,333-339.
ANSMa(2014)ComitétechniquedePharmacovigilance.8juillet2014p
13Consultéle18/10/2015(22pages).
ANSM b (2014) Compte-rendu de la séance du 21 octobre 2014
Commission des stupéfiants et psychotropes.
http://ansm.sante.fr/var/ansm_site/storage/original/application/8adf9238789598
page7consultéle4mars2016(14pages).
BROOKESGetal(2009).«TheMTAat8Years:ProspectiveFollow-Upof
Children Treated for Combined Type ADHD in a Multisite Study ».
JournaloftheAmericanAcademyofChildandAdolescentPsychiatry,
48,5,484–500.
CAVALIERE C et al (2012). « Methylphenidate administration determines
enduring changes in neuroglial network in rats ». European
Neuropsychopharmacology22,1,53-63.
CAVERO I, GUILLON JM (2014). « Safety Pharmacology assessment of
drugs with biased 5-HT2B receptoragonism mediating cardiac
valvulopathy ». Journal of Pharmacological and Toxicological
Methods,69,150–161.
CHASETD,CARREYN,BROWNRE,WILKINSONM(2005).«Methylphenidate
differentiallyregulatesc-fosandfosBexpressioninthedevelopingrat
striatum».Brainresearch.developmentalbrainresearch,157,2,181-
91.
DALSGAARD S, KVIST AP, LECKMAN JF, NIELSEN HS, SIMONSEN M (2014).
« Cardiovascular safety of stimulants in children with attention-
deficit/hyperactivitydisorder:anationwideprospectivecohortstudy».
JournalofChildandAdolescentPsychopharmacology,24,6,302-10.
doi:10.1089/cap.2014.0020
HUANGXP,SETOLAV,YADAVPN,etal(2009).«Parallelfunctionalactivity
profilingrevealsvalvulopathogensarepotent5-hydroxytryptamine(2B)
receptor agonists: implications for drug safety assessment ».
MolecularPharmacology,76,710–722.
KOMATSU DE, THANOS PK, MARY MN, JANDA HA, JOHN CM, ROBISON L,
ANANTHM,SWANSONJM,VOLKOWND,HADJIARGYROUM(2012).«Chronic
exposure to methylphenidate impairs appendicular bone quality in
youngrats».Bone,50,6,1214-22.doi:10.1016/j.bone.2012.03.011
KOOIJSetal(2010).«Europeanconsensusstatementondiagnosisand
treatmentofadultADHD:TheEuropeanNetworkAdultADHD».BMC
Psychiatry,3,10-67.
MICK E et al (2012). « Meta-analysis of increased heart rate and blood
pressure associated with CNS stimulant treatment of ADHD in
adults».EuropeanNeuropsychopharmacology,23,6,534-41.
NICE (2008) Attention deficit hyperactivity disorder: Diagnosis and
managementofADHDinchildren,youngpeopleandadults2008.
Prescrire (2015). « Methylphénidate des cas d’hypertension artérielle
pulmonaireetdevalvulopathies»376,106-107.
SMITHG,JONGELINGBetal(2011).«Long-termoutcomesassociatedwith
stimulant medication in the treatment of ADHD in children RAINE
study».http://www.rainestudy.org.au/
TheEndocrineSociety.«BonedensitylowerwithuseofADHDstimulant
medicine ». ScienceDaily. ScienceDaily, 4 April 2016.
<www.sciencedaily.com/releases/2016/04/160404095916.htm>.
URBAN KR, GAO WJ (2013). « Methylphenidate and the juvenile brain:
Enhancement of attention at the expense of cortical plasticity? »
MedicalHypotheses,81,I6,988–94.
Notes
Chapitre6
Psychoéducation
LAPSYCHOÉDUCATIONESTLAPREMIÈREÉTAPE
DUTRAITEMENTDUTDAH
La psychoéducation a pour but de permettre au patient de mieux
connaîtreetcomprendresonTDAH,del’aideràdevenir«expert»desa
maladie et acteur de son parcours de soin, tout en le soutenant
émotionnellement, lui et sa famille. Au-delà de l'acquisition de
connaissances nouvelles, elle vise surtout à susciter des changements
decomportement.
Comme les autres psychothérapies, la psychoéducation encourage
l'expression des affects, mais privilégie surtout la maîtrise cognitive et
une forme d'auto-observation inspirée de techniques des thérapies
comportementale(Deleu2001).
L’efficacité des programmes psychoéducatifs est établie dans la
schizophrénie ou les troubles bipolaires, ces programmes améliorent
l’alliance thérapeutique, la compliance, le sentiment d’efficacité
personnelleetlaqualitédeviedespatientsetdeleurfamille.
Le développement de programmes de traitement du TDAH chez
l’adulteestrelativementrécentetiln’yapasactuellementd’études
permettant d’affirmer l’efficacité de programmes de
psychoéducation chez l’adulte en termes de diminution des
symptômesoud’améliorationdelaqualitédevie.
Néanmoins le consensus européen recommande la mise en place
systématique d’une approche psychoéducative en première intention et
différentestechniquespsychoéducativessontexposéesdefaçonplusou
moins détaillée dans plusieurs articles ou ouvrages traitant du TDAH
chezl’adulte.
Quelles que soient les modalités retenues, l’approche psychoéducative
comportetroisdimensions:
● unedimensionpédagogique;
● unedimensionpsychologique:gestiondesémotionsliéesàl’annonce
oulaconfirmationdudiagnosticetàl’impactdutrouble;
● unedimensioncomportementale.
ASPECTSPÉDAGOGIQUES
Les séances de psychoéducation serontconstruites différemment selon
qu’ellessontréaliséesenindividuelouengroupeetqu’ellesincluentou
non la famille. Leur contenu doit être adapté aux connaissances du
patient.
Les patients présentant un TDAH sont souvent très curieux, à la
recherche d’informations nouvelles. Une première étape consiste à
s’informerauprèsdupatientdecequ’ilsaitdéjà.
▶Internet,unesourced’informationprivilégiée
Le meilleur prédicteur de l’alliance psychothérapeutique est la
congruenceentre les représentations du patient et du thérapeute sur la
natureduproblèmeetlessolutionsadéquatesàyapporter.Lespatients
adultes présentant un TDAH ont souvent eu un long parcours avant
qu’un diagnostic tardif ne soit posé. Ils se sont parfois déjà adressés à
des professionnels qui ne connaissaient pas ou mal le trouble. Ils ont
donc eu recours à d’autres sources d’information et particulièrement à
cellesdisponiblessurInternet.
Ilestindispensablequelethérapeutequiassurelapsychoéducationait
une très bonne connaissance du TDAH mais aussi, pour une
« négociationoptimale de la maladie », qu’il connaisse les informations
diffuséessurInternet.
En2016,Internetestlasourced’informationprivilégiéeparlesadulteset
les adolescents pour le TDAH, loin devant la source médicale directe.
Mais dans le domaine de la santé mentale et particulièrement pour le
TDAH, le risque d’informations fausses ou biaisées conduisant à des
représentationserronéesdutroubleestparticulièrementélevé.
Laqualitéet lafiabilité dessites Internetsont extrêmementvariableset
souventincohérentes. Par exemple,sur le site Wikipédiaen juin 2016:
cinq lignes sont consacrées à la théorie des chasseurs cueilleurs, les
facteurs environnementaux et alimentaires sont exposés sur cinquante
lignes sans qu’il soit fait mention du rôle du tabagisme maternel,
l’hypothèse d’un déficit en dopamine est présentée comme un facteur
étiologiquedémontré,lasophrologiepédagogiqueetlelogicielCOGMED
sont promus avec ardeur, enfin quelques lignes décrivent des
controverses autour du méthylphénidate avec des références à de
potentiels effets cancérigènes sans qu’il soit fait mention des risques
cardiovasculaires.
Certaines théories comme l’existence de capacités intellectuelles
supérieures, de l’efficacité du cannabis, de l’imputabilité du trouble à
différents facteurs nutritionnels accessibles à un régime (sucre, fer,
colorants…)connaissentungrandsuccèsetsontrégulièrementreprises
danslesforumsoùlespatientsviennentchercherdel’information.
Parallèlementsurgissentrégulièrementdesméthodes,diffuséesdansles
mêmes réseaux et présentées comme établies scientifiquement
(stimulation transcranienne, remédiations diverses, régimes, plantes et
fleurs,prismes,micronutrition,rééquilibragepostural…).Cestechniques
présentées comme miraculeuses sont souvent extrêmement coûteuses
etréaliséesendehorsdeprotocolesvalidés.
Enfin, l’industrie pharmaceutique développe de nombreuses actions
visantàcréerunenvironnementfavorablepourleurproduitetcibledonc
lesassociationsdepatientsqu’ellessubventionnent.Dansd’autrespays
(mais Internet ne connaît pas de frontières), l’industrie pharmaceutique
cible directement le patient consommateur, lui fournissant une
informationinévitablementpartielle.
Il est donc nécessaire de connaître les principaux sites auxquels les
patients vont recourir et les informations qui y sont présentées afin de
pouvoirfournirdesargumentsétayéspourlesvalider,lesinvalideroules
tempérer.
Quelquesadressesdesitesfrancophones
Associationsdepatientsfrancophones
www.tdah-france.fr
AusuddelaLoire:www.tdah-paca.fr
Àl’ouest:www.collectif-parents-tdah-ouest.fr
Autres
www.tdah-adulte.org
www.tdah-ressources.org
FrancophoneshorsdeFrance
www.aspedah.chSuisse.
www.tdah.beBelge.
www.associationpanda.qc.caCanadien.
Ens’appuyantsurlesconnaissancesdupatientonabordera:
▶LaCliniqueduTDAH
Lessymptômes
Comme nous l’avons vu dans le chapitre consacré aux modèles, le
TDAH est actuellement conçu comme un trouble du développement.
Présentdèslapetiteenfanceilassociedefaçonvariabledessymptômes
d’inattention, d’impulsivité, d’hyperactivité motrice. Chez les filles, les
difficultésattentionnellesseraientsouventaupremierplanetpasseraient
fréquemment inaperçues. À la puberté, il est habituel de constater une
disparitionbrutaledel’hyperactivitémotriceremplacéeparunsentiment
detensioninterne.Iln’estpourtantpasimpossiblequecertainesformes
deTDAHn’apparaissentqu’àl’âgeadulte.
L’impactduTDAHsurlaviequotidienne,lefonctionnement
professionnel,socialetfamilial
Le retentissementdu TDAH peut être minimisé ou ignoré dans certains
domaines, à l’inverse certaines difficultés peuvent être attribuées à tort
audéficitattentionnel.Desdiscussionsaveclespatientspermettrontde
fairelalistedesdifférentssymptômesetderéfléchirsurleurimpact.On
s’aidera utilement du chapitre 3 pour guider la discussion. Différents
exemplesserontdonnésdansleschapitressuivants.
Lescomorbidités
70 à 80 % des patients adultes présentent au moins un trouble
comorbide.
Il est important de distinguer si les symptômes dont se plaint ou que
repèrelepatientrelèventduTDAH.Lorsdesséancesdegroupe,encas
de difficultés liées par exemple à un trouble anxieux ou dépressif ou à
des éléments de personnalité, ces symptômes seront listés à part et le
groupeserecentrerasurlesdifficultésliéesspécifiquementauTDAH.
▶LesprincipauxmodèlesduTDAH
Cette partie particulièrement importante (voir Chapitre 2 Modèles et
Neurosciences)présente:
● Les modèles de Barkley et de Brown (un trouble variable de la
régulation des fonctions exécutives en insistant sur les 3 aspects :
moteur,cognition,émotions);
● Le modèle à deux voies de Sonuga-Barke (intolérance au
délai/récompense, sensibilité à la récompense immédiate, difficulté à
valoriserunerécompenseplusimportantemaisretardée);
● Le modèle de Sonuga-Barke et Castellanos (défaut d’inhibition du
modepardéfautlorsdupassageenmodetâche).
Chacun des modèles sera présenté et discuté à partir d’exemples
rapportésparlesparticipants.
L’intérêtdecesmodèlesthéoriquesestqu’ilssontcliniquementparlants
pour les patients et leur famille, qu’ils reposent sur certaines données
objectivables et qu’ils ont une relative cohérence avec les stratégies
thérapeutiques.Ilestimportantdepréciserqu’ilnes’agitquedemodèles
théoriques.
TrèssouventlespatientsposentdesquestionssurlescausesduTDAH.
Nous savons que des facteurs génétiques et environnementaux
interagissententreeuxetjouentunrôleimportantdanslagenèsedece
trouble. Ces facteurs sont expliqués de façon détaillée dans l’ouvrage
collectifdirigéparledocteurFrançoisBange(Bange2014).
▶Lespossibilitésthérapeutiques
TDAHetmédicaments
Onprécisera:
● le rôle aggravant des substances psychoactives (alcool, cannabis…)
etdesmédicamentssédatifs;
● l’absence d’Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) du
méthylphénidatechezl’adulteenFranceetdoncl’absencedepriseen
charge par la sécurité sociale et les mutuelles (voir chapitre 5
MédicamentsetTDAH);
● les données peu étoffées sur l’efficacité et la sécurité d’emploi du
méthylphénidateetdesautresmédicamentschezl’adulte.
Définitionetprésentationdesdifférentesapproches
thérapeutiquesnonmédicamenteuses
● Adaptationsdel’environnement
● Thérapiecognitivo-comportementale
● Approchesinspiréesdelapleineconscience
● Approchespsycho-sociales
● (Voirchapitrescorrespondants)
Informationsurlesoffresdesoinlocales
L’offre de soins pour leTDAH adulteétant encoretrès peu développée
en France, il est important que le patient puisse, en ayant compris son
trouble,construiresonpropreréseaudesoin.Disposantd’informations,il
peut choisir les professionnels susceptibles d’adapter leurs pratiques à
ses difficultés. Il n’est pas rare de voir ainsi se développer des
partenariats avec des infirmiers, des psychothérapeutes, des
généralistesqui n’avaientpas aupréalable de connaissancesdu TDAH
mais qui, convaincus par la demande documentée du patient, ont su
modifierleurpratiqueenconséquenceetmettreenplacedesstratégies
thérapeutiquesinspiréesdesTCC,ducoachingoudelaméditation.
ASPECTSÉMOTIONNELS
L’annonce ou la confirmation d’un diagnostic de TDAH peut avoir des
implications émotionnelles très fortes et différentes dont il est important
dediscuter.
Lediagnosticpeutêtrevécucommeunsoulagementaprèsdesannées
d’incompréhension, de critiques, d’échecs. Le patient comprend qu’il
n’est pas paresseux, qu’il ne manque pas de motivation, que d’autres
partagent les mêmes difficultés et que des stratégies de changement
sontpossibles.Lessessionsdegroupesontsouventjugéestrèsutilesà
cetitre.
Parfois, cette annonce est vécue comme trop tardive, les blessures de
l’échecscolaire,desparcoursaffectifschaotiquessontré-ouvertesetdes
sentiments de colère, de rancœur, de tristesse profonde peuvent être
envahissants.
Parfois encore, le patient peut avoir beaucoup de mal à accepter l’idée
d’un handicap neurologique,il peut trouver cette idée dégradante et en
avoirhonte.
Lahonte,laculpabilitéetl’inquiétudesontégalementsouventévoquées
lorsque le patient a des enfants qui présentent un TDAH qu’il leur a
«transmis».
L’adulte qui parle de son diagnostic de TDAH se heurte à l’ignorance,
l’incrédulité voire l’hostilité de son entourage, et parfois des
professionnelsdesanté.Pourcetteraison,ilestsouventutiled’associer
lafamilleàlapsychoéducation.
Enfin, au cours du temps, après le diagnostic et la prise en charge
initiale,l’adulteseraconfrontéàdespériodesoùilseramisendifficulté
parson trouble(enfants, changementprofessionnel,retraite…). Lorsde
cespériodesdetransition,lalassitude,lacolère,unsentimentd’injustice
pourrontjustifierunnouveaurecoursàuneaidepsychoéducative.
ASPECTSCOMPORTEMENTAUX
Le diagnostic de TDAH, la prise de conscience de la nature du trouble
entraîne généralement des modifications de stratégies et de
comportementqu’ilestimportantd’accompagneretdevaloriser.
La plupart des patients adultes ont reçu beaucoup de conseils pour
s’organiser (le plus souvent sous forme de critiques), ils sont les
championsdesbonnes résolutionstrès viteabandonnées.Appréhender
laréalité, l’ampleuret lanature deleur handicapau coursdes séances
de psychoéducation leur permet d’accepter de mettre en place dans la
duréedenouvellesstratégies.
Des modifications sont proposées à chaque séance, une à la fois en
fonction des difficultés évoquées par le patient. Il est très important de
choisirunpetitobjectif,unseul,trèsprécisetbiendéfini.
Plusieursaxesdetravailsontpossibles,parexemple:
● la prise de décision et la diminution des évitements (exemple de
tâche:s’auto-observerpendant10minlorsdel’exécutiond’unetâche
etnoterlesidéesparasitesoulesinterruptions);
● la gestion du temps et de l’agenda : avoir un agenda et un seul,
l’ouvrir et regarder tous les matins la page du jour et de la semaine
avantdeprendrelecafé;
● lamiseenplaced’uneroutine:déposersystématiquementlaclefde
lamaisondansunesoucoupeprèsdelaporte.
Conscientdutrouble,lepatientfaitl’expériencequ’iln’estpasimpuissant
devant les objets qui disparaissent ou s’accumulent ou les tâches
inachevées.
Il peut aussi plus facilement admettre de déléguer et envisager de
nouvelles modalités d’organisation. Ceci est particulièrement vrai en
familleoùlapsychoéducationpeutparexemplepermettreaucouplede
réfléchiràuneautrerépartitiondestâches.
MODALITÉSPRATIQUES
Rappelonsque la psychoéducation est une étape préalable,nécessaire
etincontournable.
Selon les possibilités locales, les disponibilités du patient et du
thérapeute, les séances peuvent être réalisées en groupe ou en
individuel.
Au moins cinq ou six séances seront consacrées exclusivement à la
psychoéducation. L’une de ces séances au moins inclura l’entourage
(famille,conjoint).
Ilestnécessairedesesouvenirenpermanencequelepatientprésentant
un TDAH a des difficultés attentionnelles: l’information devra donc être
fragmentée,avecunerépétitiondesconceptsclefs.
Ilestutiledecommencerchaqueséanceouconsultationendemandant
au patient de rappeler ce qu’il a retenu de la séance précédente. Le
patient peut aussi être incité à noter les questions qui lui viennent à
l’esprit entre deux séances, un temps peut être consacré en début de
sessionàl’examendecesquestions.
Différents supports pourront être utilisés (livrets, résumés), la prise de
notesseraencouragée.
Enfin, le TDAH étant présent tout au long de la vie, des séances de
rappelserontparfoisnécessaires.
BIBLIOGRAPHIE
DELEUG,LALONDEP(2001)«Thérapiepsychoéducative».In-psychiatrie
clinique : Approche bio-psychosociale (3e édition). Lalonde P, Aubut J.,
Boucherville,GaetanMorin1342-1362.
BANGEetal.(2014),AideMémoireTDA/Hen57notions,Dunod.
Chapitre7
Thérapiescomportementales
etcognitives:quelniveau
depreuve?
’HISTOIREDESTHÉRAPIEScomportementalesetcognitives(TCC)dansle
L TDAH de l’adulte est étroitement liée à l’évolution de la façon de
concevoir ce trouble. Pendant longtemps, il a été admis que le TDAH
disparaissaitàl’adolescence.Cetteidéerésultaitdelaconstatationd’une
diminution très nette et souvent assez brutale de l’hyperactivité motrice
au début de l’adolescence. Lorsque la persistance du TDAH à l’âge
adulte a été mieux reconnue, l’efficacité parfois remarquable à court
terme des psychostimulants chez l’enfant, la moindre réticence à la
prescription de ce type de médicament chez l’adulte ont conduit à
préconiser l’emploi des psychostimulants en première intention dans le
TDAH de l’adulte. C’est ainsi que pendant plusieurs années, les
programmes de TCC ont été développés exclusivement pour des
patientsprésentantuneaméliorationinsuffisantesouspsychostimulants.
LESPIONNIERS
La réponse immédiate au traitement psychostimulant est moins
constante chez l’adulte que chez l’enfant et souvent incomplète.
PlusieurspionniersontdoncdéveloppédesapplicationsdesTCCciblant
lessymptômesrésiduelssouspsychostimulants.
Tableau7.1.Lespionniers
Pionniers Groupe Effectif
Individuel
Wiggins1999 G 9/8
Wiggins1999 G 9/8
Hesslinger2002 G 8/7
Philipsen2007 G 72
Rostain2006 I 43
Brahmam2009 G 61
Les résultats des études pilotes étaient très encourageants, ce qui
pouvait surprendre car dans le TDAH de l’enfant, les résultats des
programmesdeTCCs’adressantàl’enfantlui-mêmeétaientdécevants.
Les seules interventions ayant démontré une efficacité nette lors
d’étudescontrôléesétaientdestinéesauxparents,auxpairsouàl’école.
PREUVESDEL’EFFICACITÉDESTCCENASSOCIATION
AUTRAITEMENTMÉDICAMENTEUXDANSLETDAH
DEL’ADULTE
À la suite de ces premières études ont été menées plusieurs études
contrôlées, qui ont démontré la supériorité des TCC associées au
traitementparpsychostimulantsurletraitementmédicamenteuxseulou
enassociationavecd’autrestechniques.
Tableau7.2.Lesétudescontrôlées
▶Onsautesansfilet
Il faudra attendre 2012 pour lire la première publication d’un cas de
traitementduTDAHdel’adulteparTCCsanstraitementmédicamenteux
(Ramsay2012).Ils’agissaitd’unadulteprésentantunecontre-indication
cardiovasculaireauxamphétaminiques.L’auteurdécidealorsde«sauter
sansfilet»ets’étonnedel’efficacitédelathérapiechezcepatient.
▶Lespremièresétudescontrôlées
Peudetempsaprès,MargarethWeisspublielapremièreétudecontrôlée
versus traitement médicamenteux. Dans cette étude, il n’y a pas de
différenceà6moisentreTCC+médicamentetTCC+placebo.
Ces premiers résultats sont très encourageants, d’autres études
contrôléessontencours.
Effectif Durée
Weiss Individuel23/25 5mois TCC + MED = TCC +
2012 Placebo
▶QuelavenirpourlesTCCdansleTDAHdel’adulte?
La place des TCC dans le TDAH de l’adulte sera étroitement liée aux
résultats de l’évaluation de la balance bénéfice/risque des traitements
médicamenteux.
Actuellement,il est urgent de préciser le risque cardiovasculaire auquel
exposent les psychostimulants ainsi que leur impact sur la plasticité
cérébraleetlasoliditéosseusechezlejeuneadulte.
En l’absence d’évaluation précise du maintien de l’effet et des risques
liés à l’exposition prolongée aux médicaments psychostimulants et aux
autres médicaments recommandés par les consensus d’experts, il
apparaît nécessaire de hiérarchiser prudemment les interventions
thérapeutiquesenrespectantleprincipe«d’abord,nepasnuire».
Les nombreuses études en cours sur l’évaluation des programmes de
TCC versus traitement médicamenteux devraient permettre de préciser
laplacedesTCCdanslapriseenchargedecespatients.
Par ailleurs, de nouveaux programmes inspirés de la 3e vague seront
amenésàsedévelopper.Ilssemblentparticulièrementintéressantsdans
lecadreduTDAHdel’adulte,cardefaçoncohérenteaveclesmodèles
actuels, ils pourraient permettre de cibler spécifiquement des
dysfonctionnementsdecertainsréseauxneuronaux(réseaupardéfaut).
LespremiersrésultatsdesprogrammesdemindfulnessadaptéauTDAH
sontintéressants(Zylowska2012).
LA«TROISIÈME VAGUE»ENTCC
LA«TROISIÈMEVAGUE»ENTCC
Le champ des psychothérapies comportementales et cognitives a intégré la « pleine
conscience », pratique issue de l’expérience de la méditation bouddhiste. De nouveaux
programmes intégratifs – la troisième vague (après les abords comportementaux puis
cognitifs) – ont été développés et ont montré une efficacité dans différentes indications.
Citons l’ACT (Acceptance and Comitment Therapy, Hayes 1999), le MBSR (Mindfulness
BasedStressReduction,KabatZinn1982)(stress,douleurschroniques),laDBT(Dialectical
Behaviour Therapy, Linehan 1993) (personnalité borderline), la MBCT (Mindfulness Based
Cognitivetherapy,Segal2006)(préventiondelarechutedépressive).
RÉSUMÉ
Les TCC dans le TDAH de l’adulte sont un domaine de recherche particulièrement fécond
depuis20ans.
Leur efficacité est démontrée sur les symptômes résiduels chez les patients traités par
psychostimulants.
Certains programmes ont montré une efficacité chez les patients non traités par
psychostimulants.
L’apportdela3 evagueconstitueunepisteparticulièrementintéressantedans leTDAHen
référenceauxmodèlesthéoriquesactuelsdutrouble.
Lesprogrammesactuelssontefficacessur:
– lessymptômescentraux,
– lescomorbiditésanxieusesetdépressives,
– lefonctionnementglobal.
LaplacedesTCCdanslahiérarchiedestraitementsduTDAHdel’adulteseraétroitement
liéeàuneévaluationprécisedurapportbénéfice/risquedestraitementsmédicamenteux.
BIBLIOGRAPHIE
BRAMHAM J, YOUNG S, BICKERDIKE A, SPAIN D, MCCARTAN D, XENITIDIS K
(2009). « Evaluation of group cognitive behavioral therapy for adults
withADHD».JournalofAttentionDisorders,12,5,434-441.
EMILSSON B, GUDJONSSON G, SIGURDSSON JF, BALDURSSON G, EINARSSON E,
OLAFSDOTTIR H, et al (2011). « Cognitive behaviour therapy in
medication-treated adults with adhd and persistent symptoms: a
randomizedcontrolledtrial».BMCPsychiatry,11,1,116.
HAYESSC,STROSAHLK,WILSONKG(1999).«Acceptanceandcomitment
therapy: An experiential approach to behavior change », New York,
Guilford.
HESSLINGER B, VAN TEBARTZ EL, NYBERG E,DYKIEREK P, RICHTERH, BERNER
M, et al (2002). « Psychotherapy of attention deficit hyperactivity
disorder in adults-a pilot study using a structured skills training
program ». European Archives of Psychiatry and Clinical
Neurosciences,252,4,177-184.
HIRVIKOSKIT,WAALERE,ALFREDSSONJ,PIHLGRENC,HOLMSTRÖMA,JOHNSON
A,RÜCKJ,WIWEC,BOTHÉNP,NORDSTRÖMAL(2011).«ReducedADHD
symptoms in adults with ADHD after structured skills training group:
resultsfrom arandomized controlledtrial». BehaviourResearch and
Therapy,49,3,175-85.
KABAT-ZINNJ.(1982),«Anoutpatientprograminbehavioralmedicinefor
chronicpainpatientsbasedonthepracticeofmindfulnessmeditation:
Theorical considerations and preliminary results ». General Hospital
Psychiatry,4,33-47.
LINEHAN M M (1993). Cognitive behavioral treatment of borderline
personalitydisorder,NewYork,Guilford.
PHILIPSENA,GRAFE, VANTEBARTZEL,JANST,WARNKEA,HESSLINGERB, et
al(2010).«Evaluationoftheefficacyandeffectivenessofastructured
disordertailoredpsychotherapyinADHDinadults:studyprotocolofa
randomizedcontrolledmulticentretrial».AttentionDeficitHyperactivity
Disorders,2,4,203-212.
ROSTAIN AL, RAMSAY JR (2006). « A combined treatment approach for
adultswithADHD-resultsofanopenstudyof43patients».Journalof
AttentionDisorders,10,2,150-159.
SAFREN SA, OTTO MW, SPRICH S, WINETT CL, WILENS TE, BIEDERMAN J
(2005).«CognitivebehavioraltherapyforADHDinmedication-treated
adultswithcontinuedsymptoms». BehaviourResearchandTherapy,
43,7,831-842.
SAFREN SA, SPRICH S, MIMIAGA MJ, SURMAN C, KNOUSE L, GROVES M, et al
(2010). « Cognitive behavioral therapy vs relaxation with educational
support for medication-treated adults with ADHD and persistent
symptoms:arandomizedcontrolledtrial».JAMA,304,8,875-880.
SALAKARI A, VIRTA M, GRÖNROOS N, CHYDENIUS E, PARTINEN M, VATAJA R,
KASKI M, IIVANAINEN M (2010). « Cognitive-behaviorally-oriented group
rehabilitation of adults with ADHD: results of a 6-month follow-up ».
JournalofAttentionDisorders.13,5,516-23.
SEGALZV,WILLIAMSJMG,TEASDALEJD(2006).Lathérapiecognitivebasée
sur la pleine conscience pour la dépression ; une nouvelle approche
pourprévenirlarechute.Bruxelles,ÉditionsdeBoeckUniversité.
SOLANTOMV,MARKS DJ,WASSERSTEIN J,MITCHELLK, ABIKOFFH, ALVIRJM,
et al (2010). « Efficacy of meta-cognitive therapy for adult ADHD ».
AmericanJournalofPsychiatry,167,8,958-968.
STEVENSONCS,WHITMONTS,BORNHOLTL,LIVESEYD,STEVENSONRJ(2002).
« A cognitive remediation programm for adults with attention deficit
hyperactivity disorder ». Australian and New Zealand Journal of
Psychiatry,36,5,610-616.
WEISS M, MURRAY C, WASDELL M, GREENFIELD B, GILES L, HECHTMAN L
(2012).«ArandomizedcontrolledtrialofCBTtherapyforadultswith
ADHDwithandwithoutmedication».BMCPsychiatry,12,30.
WIGGINS D, et al (1999).« Effectsof briefgroup interventionsfor adults
withattentiondeficit/hyperactivitydisorder».JournalofMentalHealth
Counseling,21,1,82-92.
WILLCUTT EG, DOYLE AE, NIGG JT, FARAONE SV, PENNINGTON BF. (2005).
« Validity of the executive function theory of attention-
deficit/hyperactivity disorder: a meta-analytic review ». Biological
Psychiatry,5,11,1336-46.
ZYLOWSKAL(2012).«ThemindfulnessprescriptionforadultADHD:An8-
step program for strengthening attention, managing emotions, and
achievingyourgoals».Shambhala;Boston:2012.
Chapitre8
Lesprogrammesetmanuels
deréférence
LEXISTETROISPROGRAMMESdeTCCquiontdémontréuneefficacitédans
Iprésenter
des études randomisées contrôlées. Ce chapitre a pour but de
les caractéristiques et la structure de ces trois programmes.
Nousciteronsiciégalementunouvragetrèsutilepouraiderlepatientà
comprendresontroubleetmettreenplacedesstratégiesadaptées.
PROGRAMMEDESAFREN:LAMAÎTRISEDUTDAH
CHEZL’ADULTE
Il s’agit d’un programme de thérapie individuelle. Il comprend deux
manuels traduits en français : l’un pour le thérapeute, l’autre pour le
patient(appeléclient).Lepatientquiadesdifficultésattentionnellespeut
ainsi utilement se référer à chaque séance à une information répétée,
fractionnée,présentéesousdifférentesformes.Leprogrammeestconçu
pour être utilisé par un thérapeute familier avec l’approche cognitivo-
comportementale.
À première vue ce manuel paraît austère, terne, répétitif et contraste
aveclefoisonnementd’idées,d’envies,d’enthousiasmequel’onretrouve
trèssouventchezlessujetsprésentantunTDAH.
S’appuyersur ce manuelest pourtant très utile en pratique individuelle,
nous verrons plus loin combien l’acquisition de compétences
d’organisation et de planification est centrale pour le sujet TDAH et
commentlarépétitiondeceshabiletésetlesuivideprojetpermisparla
structure en apparence rigide du programme sont des ingrédients
importantsduchangement.
▶Déroulementdesséances
Établirunplanderencontre
Endébutdeséance,lessujetsabordéssontprésentésselonunplanafin
d’aiderlesujetàmaintenirsonattentionetnepasperdredevuel’objectif
delaséance.
Suividesprogrès
Aprèsl’établissementduplan,chaqueséancedébuteparunediscussion
sur l’évaluation des symptômes actuels à partir d’un auto-questionnaire
dessymptômesduTDAHchezl’adulte.
Listede«devoirs»
Cetteévaluationestsuivieparlarévisiondes«devoirs»planifiésentre
lesséances.Cesdevoirssontprésentés sousformed’unelistequisert
d’outilpourévaluerqueldevoiraétéeffectué.
▶Lesmodules
Le programme de Safren est un programme modulaire qui comprend
troismodulesprincipauxetunmoduleoptionnel.
Organisationetplanification
Le premier module porte sur l’organisation et la planification. Safren
considère qu’il s’agit des habiletés de bases, leur acquisition solide est
nécessaire pour aborder les modules secondaires. Il est important d’y
consacrerletempsnécessairepourmaximiserleschancesdesuccèsdu
traitement.
● Apprendreàutiliserefficacementetassidûmentunagenda.
● Apprendreàutiliserefficacementetassidûmentunelistedetâches.
● Utiliserdesstratégiesderésolutiondeproblèmesefficacesincluant:
– Fractionnementetséquençage.
– Choisirlameilleuresolutionpourunproblèmelorsqu’iln’existepas
desolutionidéale.
● Concevoir et mettre en place un système pour gérer et classer les
papiers,documents,courriers.
Réductiondel’inattention
Leshabiletéstravailléessont:
● Maximiser et améliorer sa capacité attentionnelle (diviser les tâches
enétapesdontladuréecorrespondàlacapacitéattentionnelle).
● Réduire l’impact de l’inattention en utilisant un chronomètre, des
indicesoud’autrestechniques.
Avoirunepenséeplusadaptée
● Apprendreàidentifieretcorrigerlespenséesnégatives.
● S’entraîneràpenserdefaçonplusobjective.
● Apprendreàévaluerunesituationdefaçonrationnellepouroptimiser
seschoix.
Éviterlaprocrastination
Cemoduleoptionnelabordelafaçonspécifiqued’utiliserlestechniques
déjàapprisespourdiminuerlaprocrastination.
PROGRAMMEDESOLANTO:COGNITIVE-BEHAVIORAL
THERAPYFORADULTADHD:TARGETINGEXECUTIVE
DYSFUNCTION
Il s’agit d’un programme construit pour un groupe mais qui peut être
adaptépourunepriseenchargeindividuelle.
Lesséancescomportenttroistypesdematériel:
1) Un guide pour le thérapeute. Les sessions étant interactives, cette
partieestmoinsdirectivequelemanueldeSafren,maisleséléments
centraux de chaque séance sont très clairement détaillés et peuvent
êtreutiliséslittéralement.
2) Desnotes« àemporteràlamaison».Résumédes pointsclefdela
séance, elles servent de point d’appui pour les exercices. Comme
pourlemanuelduclientdeSafren,ellespermettentdecompenserles
possibles défaillances attentionnelles lors des séances. Elles doivent
êtreenvoyéesauxpatientsayantmanquéuneséance.
3) Des exercices à faire entre les séances qui font suite aux notes « à
emporteràlamaison».
Leprogramme estconçu pourun groupede 6 à8 adultes,il comprend
12séancesdedeuxheuresàunrythmehebdomadaire.
▶Déroulementdesséances
1) Revuedesexercicesàfaireàlamaison(uneheure).
2) Présentationdunouveaumatériel,discussion.
3) Exerciceenséance.
4) Présentation et discussion des exercices pour la semaine suivante
(15min).
▶Détailduprogramme
Fairelapaixaveclediagnosticets’engager
Session1:introductiondesobjectifsetdestechniquesdugroupe.
Gestiondutemps
Sessions2à6
● Consciencedutempsetplanificationdansl’agenda.
● Rendrelestâchesréalisablesetserécompenser.
● Priorisationetlistesdetâches.
● Surmonterlesobstaclesémotionnels.
Devenirorganisé
Sessions7à9
● Mettreenplaceunsystèmed’organisation.
● Maintenirunsystèmed’organisation.
Planifierunprojetetleréaliser!
Sessions10et11
Regardsverslefutur
Session12
Séanceoptionnelle(alleraulit,selever,arriveràl’heureau
travail)
PROGRAMMEDEYOUNG-BRAMHAM:COGNITIVE-
BEHAVIOURALTHERAPYFORADHDINADOLESCENTSAND
ADULTS:APSYCHOLOGICALGUIDETOPRACTICE
Ils’agitd’unprogrammeélaborépour desgroupesdepatientsmaisqui
peut également être adapté à une prise en charge individuelle. Ce
programme est modulaire, les modules sont choisis en fonction des
besoins des participantset avec eux. Chaque module est conçu sur un
format de 6 séances hebdomadaires, mais ce programme flexible peut
êtrepersonnalisé.
Le programme de Susan Young est actuellement le programme le plus
utilisédanslesétudescontrôlées,ilestadoptédansdenombreuxpays.
L’intérêtdeceprogrammeestsasouplesse,quipermetdes’adapteraux
difficultés principales présentéespar le groupe et la richesse des types
d’interventionsproposées.
▶Déroulementdesséances
Les séances sont organisées de façon flexible au sein du module, leur
formatestclassique.Unmoduleseprésentedelafaçonsuivante:
● Session 1 : Début des activités (discussion de groupe guidée sur le
problèmetraitéparlemodule).
● Session2:Psychoéducationinteractive.
● Sessions 3 à 5 : Exercices (à partir d’exemples, mise en place de
stratégies,exercicesenséances).
● Session 6 : Révision de la psychoéducation, des techniques et des
récompenses. Discussion sur l’utilisation des techniques entre les
séances, stratégies les plus utiles, obstacles à leur mise en place,
stratégiespourlessurmonter.
▶Lesmodules
Modulesciblantlessymptômescentraux
● Attention.
● Mémoire.
● Organisationetgestiondutemps.
● Impulsivité.
Modulesciblantlescomorbiditésetlesproblèmesassociés
● Résolutiondeproblèmes.
● Relationsinterpersonnelles.
● Anxiété.
● Frustrationetcolère.
● Découragementetdépression.
● Sommeil.
● Abusdesubstances.
● PréparerleFutur.
LEMANUELDEROSTAINETRAMSEY:COGNITIVE-
BEHAVIORALTHERAPYFORADULTADHD:AN
INTEGRATIVEPSYCHOSOCIALANDMEDICALAPPROACH
Il s’agit plus d’une réflexion sur les stratégies thérapeutiques que d’un
manuel à suivre à la lettre. Les auteurs cliniciens hors pair proposent
égalementunguidesousformedeboîteàoutilsdestinéeaupatient.
En pratique, selon son expérience du TDAH et de la pratique
psychothérapeutique, je ne peux que conseiller au lecteur de se
familiariser avec ces manuels, de choisir le programme où il se sent le
plusàl’aiseetdetravaillersouslasupervisiond’unthérapeuteforméaux
TCC,iln’estpasindispensablequelesuperviseurconnaisseleTDAH.
BIBLIOGRAPHIE
RAMSAY JR, ROSTAIN A. (2015) Cognitive-behavioral therapy for adult
ADHD: An integrative psychosocial and medical approach (2e ed).
NewYork,NYUS:Routledge/Taylor&FrancisGroup.
SAFRENSA,PERLMANCA,SPRICHS,OTTOMW(2005).Masteringyouradult
ADHD: A cognitive-behavioral treatment program therapist
guide.OxfordUniversityPress;NewYork,NY.
SOLANTO MV. (2011) Cognitive-behavioral therapy for adult ADHD:
targetingexecutivedysfunction.NewYork:GuilfordPress.
YOUNG S, BRAMHAM J (2012). Cognitive-behavioural therapy for ADHD in
adolescents and adults: A psychological guide to practice (2e ed).
WestSussex,England:Wiley.
Chapitre9
Mécanismesdechangement
Contrairementàl’enfant,l’adulteadéveloppédescapacitésmétacognitives:ilpeutpenser
sursesproprespensées.C’estsurcescapacitésquelaTCCpeuts’appuyer.
AUGMENTERLESTEMPSD’ARRÊT
Lacapacitélaplusimportantesembleêtrelapossibilitéde«marquerun
tempsd’arrêt».
Chez l’enfant les programmes comportementaux, assez limités
s’adressentessentiellementàl’impulsivité:«Stop,Think,Go».Comme
nousl’avonsvudanslesmodèlescetempsd’arrêt«Stop»estessentiel,
carc’estdanscetempsd’arrêtqu’interviennentlesfonctionsexécutives.
Souvenons-nousquesi l’adulteTDAH saitcomment faire,il nesaitpas
faireensituation(Barkley2008).
La pratique régulière de temps d’arrêt permet de faire appel aux
fonctionsexécutivesdansdebonnesconditionsetainsidemeneràbien
leprojetentamé.
Ces«tempsd’arrêt»sontdéclinéssousdifférentesformes:
● respirationprofonde,
● auto-observation(idéesparasites,évitements,idéesnégatives…),
● momentsthérapeutiques,
● tempsdepleineconscience,
● miseenplacededélaisavantlaréponse,
● planification,
● visualisationdesconséquences.
SOULAGERLESFONCTIONSEXÉCUTIVES
Uneautrehypothèseestquela miseenplacedestratégiessoulageant
lesfonctionsexécutivesdéfaillantespermetaupatientdeneplusépuiser
sesressourcesinutilement.
▶Soulagerlamémoiredetravail
Les capacités de la mémoire de travail étant limitées (parfois de façon
très importante chez certains sujets TDAH), tous les facteurs pouvant
soulagerlamémoiredetravailvontrendreplusfluidelefonctionnement
quotidien(objetsvisibles,rappels,nouvellestechnologies…).
Parmicesfacteurs etdefaçon assezspécifique,les aménagementsdu
cadre jouent un rôle extrêmement important, les fonctions exécutives
étant sollicitées en permanence dans les tâches quotidiennes, leur
surchargeestgénératriced’angoisseetdefatigue.Angoisseetfatigueà
leurtourdiminuentlescapacitésdemémoiredetravail.
▶Diminuerlesréactivationscoûteuses
Comme nous l’avons vu les patients présentant un TDAH ont une
régulationdel’activationdéfaillante.
Toute tâche peu stimulante et composée de plusieurs étapes va
nécessiterplusieursréactivationscoûteusesenénergie.
Les aménagements du cadre vont donc être conçus dans l’objectif de
simplifieretdediminueraumaximumlenombred’étapesdesgestesde
laviequotidiennedefaçontrèspragmatique.Cetteréorganisationdela
viedomestiqueetprofessionnelleadeseffetsimmédiatssurlaqualitéde
vie.
SOUTENIRLESPHASESDEL’ACTION
▶Lesphasesdel’action
Pour tout sujet TDAH ou non, un projet passe par plusieurs phases
appelées phases de l’action. Le respect de ces phases permet
d’augmenterlaprobabilitéderéussiteduprojet.
Selon le modèle des phases de l’action (Heckhausen 1986, 1987) on
distingue:
LaPhasepré-décisionnelle
Phase purement motivationnelle au cours de laquelle le sujet pèse les
différentesmotivationsquipourraientlepousseràagir.Sessouhaitssont
évalués en termes de désirabilité et de faisabilité et selon leurs
conséquencesattenduesàcourt,moyenetlongterme.
Unedécisionnepeutêtreprisequelorsquelaphasepré-décisionnellea
atteintunniveausuffisantdeclarification(Gollwitzer2006).
Chez le sujet TDAH, la difficulté à apprendre des expériences
antérieures, l’impulsivité, la sensibilité à la gratification immédiate
peuventaltérerledéroulementadaptédecettepremièreétape.
LaPhasedécisionnelle
Lamotivationnesuffitpaspouramenerunchangement.Lechangement
nécessiteunlienentremotivationetaction.
C’est à ce niveau qu’intervient un élément central : la décision. Le
processus conscient de décision qui ne prend que très peu de temps
peutavoiruneffettrèsprolongésurlaconduiteultérieure.
Leprocessusdedécisioninduituneformede«gelcognitif»permettant
l’engagementdans l’action et son maintien. Processus conscient, étape
brèvemaisfondamentale,ladécisionconstitueunpointdenon-retour.
Cette étape consciente est souvent ignorée par les sujets TDAH, il est
aisé de s’en rendre compte en analysant leur discours : à la question
qu’allez-vous faire demain, ils répondent : je devrais trier mon courrier,
j’ai envie d’aller me promener, il faut que je téléphone à ma tante, ce
seraitbiensijefinissaismonrapport…Lesverbesdécisionnelssonttrès
rares.
LaPhasepré-actionnelle
Dans cette phase, le sujet ne remet plus en cause la motivation qui l’a
pousséàagir.Ilestengagé.
Saréflexiontourneautourdesmoyens àmettreenœuvrepourréaliser
son action. Le sujet doitprendre encompte les activitésdéjà encours,
décider des priorités à terminer avant d’entreprendre cette nouvelle
action,attendrelebonmomentpouragir,planifierlesdifférentesétapes.
Cette phase est difficile pour un sujet présentant un TDAH, elle met en
jeudetrèsnombreusesfonctionsexécutives(priorisation,planification…)
Ceci est d’autant plus difficile que le plus souvent pour le patient, le
processusdedécisionn’estpassolide.
Illustrationclinique
LejournaldetempsdeMargarethpermetdemesurerensituationl’impactduTDAHsurle
déroulementdel’action.
Margareth est mariée, travaille à temps plein et a deux enfants. Elle présente un TDAH
sévère.
Ilest12h30,c’estl’heuredelapausedéjeuner.
« Départ un peu tard. Marche pour déposer un chèque (vers où ? Pourquoi dans cette
direction,j’aurais pu poserle chèque demain. Souvenirfugace puis oubli dela 1 eraison
pourlaquellec’estcettedirectionquej’aipriseetaupassagejeposaislechèque).»
Il est 20h. C’est le moment de préparer le coucher des enfants avant de dîner avec son
mari.
«Pensequejedoisprendremadouche(oubliéquejel’aifaitcematin,vudanslejournal
après),envisaged’utiliserl’eaudubaind’Arthur.
Pensequejepeuxmedoucherpendantqu’Arthurselavelesdents(paspossible!Bug).»
LaPhaseactionnelle
Phase de l’action proprement dite. Lors de cette phase, c’est la
représentation du but qui guide l’action, qui permet de résister aux
difficultésrencontréesencoursderouteetd’initierànouveaul’actionen
casd’interruption.
Là encore, le sujet présentant un TDAH est en difficulté. La
représentation d’un objectif à long terme n’est pas un facteur de
motivationsuffisant,ilperdd’ailleurssouventsonobjectifdevue,ilsera
plus souvent happé par un objectif immédiat perçu comme plus
désirable,plusfacilementperturbéparundistracteurinterneouexterne.
Après une interruption,il luisera difficile de garder le cap, de maintenir
samotivationsurlelongtermeetd’initierànouveaul’action.
LaPhasepost-actionnelle
Lorsque l’action est terminée, le sujet doit désactiver l’intention qui le
guidait. Il peut alors évaluer le résultat de son action, en cas d’échec il
peut repasser par les différentes étapes du processus décisionnel pour
tenter à nouveau d’atteindre son objectif, modifier ses exigences ou
renoncer.Encoreunefois,lesujetprésentantunTDAHadesdifficultés
à moduler son activation et pourra avoir du mal à se désengager pour
évaluerlerésultatdesonactionetadaptersaréponse.
▶Stratégiesdesoutiendesphasesdel’action
Parmi les ingrédients de l’efficacité des TCC, une meilleure conscience
desphasessuccessivesdel’actionpermetd’enrespecterledéroulement
et de mettre en place des stratégies tenant compte des particularités
cognitives du sujet présentant un TDAH, d’augmenter la probabilité de
réussitedesprojetsetenconséquencelesentimentdefiabilité.
LaPhasepré-décisionnelle
Comme nous l’avons vu, une décision de bonne qualité ne peut être
prisequelorsquelaphasepré-décisionnelleaatteintunniveausuffisant
declarification.
TroiscaractéristiquesdusujetprésentantunTDAHpeuventperturberle
déroulementdecetteétape:
● l’impulsivité,
● lasensibilitéàlagratificationimmédiate,
● ladifficultéàapprendredesexpériencesantérieures.
Les patients ont souvent tendance à différer ou à remettre à plus tard
l’examen d’un problème non urgent. Ils peuvent minimiser son
importance ou bien prendre une décision irréfléchie sans prendre le
tempsdeconsidérerlesalternativespossibles.
L’ordredujourélaborélorsdesséancesdeTCCdoitréserveruntemps
suffisantpoursecentrersurunedifficultérencontréeparlepatientdans
l’élaboration d’une décision et travailler chacun de ces points en les
mettant explicitement en évidence permettant ainsi progressivement au
patientd’affrontersesévitementscognitifs.
Lestechniquesutiliséessont:
● tempsd’arrêt,
● entretiensmotivationnels,
● résolutiondeproblèmes.
LaPhasedécisionnelle
L’accent sera mis de façon répétitive sur l’utilisation par le sujet de
verbesdesouhait,désir,d’obligation(ilfaudraitque,jedois)defaçonà
amener le patient à transformer le plus souvent possible ses intentions
en décisions. Ces intentions seront systématiquement reformulées en
« non-décisions » ou évitements cognitifs, émotionnels ou
comportementaux.
Le thérapeute en proposera le relevé systématique régulier, et
demandera au patient d’examiner chacun de ces évitements et de les
transformer en décision (faire, ne pas faire, décider de ne pas décider
pourlemomentetreporterl’examenduproblèmeàundélaiprécisé).
Ce travail permet au sujet de mesurer l’impact des engagements
cognitifs ou comportementaux incomplets sur l’estime de soi, le
sentiment de fiabilité personnelle, l’anxiété et d’expérimenter le
soulagementapportéparunprocessusdedécisionferme.
Laprisedeconscienceducaractèreconscient,volontaireetancrédans
le temps du processus décisionnel est très souvent un élément clef du
processusthérapeutique.
LaPhasepré-actionnelle
Laréflexionciblelesmoyensàmettreenœuvrepourréaliserl’action.
Lesujetdoitprendreencomptelesactivitésdéjàencours,déciderdes
prioritésàtermineravantd’entreprendrecettenouvelleaction,attendrele
bonmomentpouragir,planifierlesdifférentesétapes.
Il est important de comprendre que cibler une mise en œuvre est
différentdeciblerunobjectif.
Pour cibler un objectif le sujet doit être capable de garder en tête un
objectif prioritaire duquel découlent de façon hiérarchiquementévidente
des objectifs secondaires ordonnés réalisés étape par étape, la
récompenseétantlaréalisationdel’objectifinitial.
Les sujets présentant un TDAH ont des difficultés à suivre de façon
hiérarchisée ces différents objectifs secondaires en l’absence de
renforcementimmédiatetdufaitdedistracteursinternesetexternes.
Une métastratégie de mise en œuvre est donc nécessaire :
l’implémentationd’intentions.
Ces stratégies ont été étudiées de façon extensive et ont montré leur
efficacité dans diverses situations chez l’adulte sain, et dans de
nombreusespathologiesycomprisleTDAHdel’enfant(Gollwitzer2006,
2011).
L’implémentation d’intentions est subordonnée à la décision de
poursuivreunobjectifprincipal,ellepermetdedéfinirdescomportements
secondaires et de spécifier quand, où et comment ces comportements
devrontavoirlieu.
Uneimplémentationd’intentioneststructuréeainsi:quandlasituationx
seproduit,jevaisadopterlaréponsey.
Le sujet anticipe le déroulement de l’action ciblant l’objectif principal et
met en place des indices sur le parcours vers l’objectif. Ces indices
constituent des balises, des points cruciaux pour lesquels il va générer
unereprésentationmentaledesonactionoudesaréponse.
Le fait de générer à l’avance une représentation mentale va permettre
d’activerplusfacilementl’intentionquandlasituationindiceseprésente.
Cette stratégie permet au sujet de transformer un effort conscient de
contrôle du comportement (supposant à chaque fois une prise de
décision) en un contrôle automatisé à partir d’indices sélectionnés au
préalabledanssonenvironnement.
Lorsque le sujet rencontre la situation balisée, l’action est
automatiquementinitiéeetexécutée.
Chez le sujet présentant un TDAH, la mise en œuvre consciente
préalable de couplage automatique balise/réponse permet de soulager
les fonctions exécutives, de résister aux distracteurs, de renforcer la
capacité à tolérer un délai, d’anticiper les situations d’évitement, de
faciliterl’activationetdesoutenirlamotivation.
Différentes applications de l’implémentation d’intention seront
développées dans les chapitres suivants. L’utilisation régulière d’un
agenda planning est un exemple de stratégie puissante (Gollwitzer
2011), les indices visuels, l’anticipation des réponses aux distracteurs
relèventégalementdeprocessusd’implémentationd’intention.
LaPhaseactionnelle
Nousl’avonsdéjàvu:lesdifficultésdel’adulteTDAHnesontpasliéesà
uneincapacitéàsavoircommentfairemaisàfairedefaçonadaptéeau
momentapproprié.
L’objectifdelathérapieestdepermettreaupatientdesedébrouillerseul
en utilisant les stratégies travaillées. Encore faut-il mettre en place ces
stratégies au bon moment ce qui, compte tenu des défaillances des
fonctionsexécutives,constitueundéfipourlesujetprésentantunTDAH.
En effet les faiblesses de la mémoire prospective, les difficultés à tenir
compte des erreurs passées, l’impulsivité, la distractibilité, les
fluctuationsattentionnellessontautantd’embûchesquirisquentdevenir
interféreravecunpland’action.
Il est donc nécessaire de prévoir dans l’ordre du jour des séances un
temps suffisant pour le suivi des projets et l’identification des points
particulièrementàrisque.
Ces points « de performance » seront repérés à partir d’expériences
préalables récentes de façon à identifier les éléments susceptibles de
faireobstacleauchangement.
Au cours de ce moment dédié au suivi des projets, les évitements,
l’ambivalence, les pensées automatiques inadaptées (dévalorisation,
exagération de l’ampleur de la tâche), les émotions négatives (anxiété,
aversiondudélai)pourrontêtretravaillés.
Le thérapeute évaluera avec le patient la façon dont ces éléments
interfèrentnégativementavecledéroulementdelatâcheetfavoriserale
développementdecomportementsetdepenséesalternatives.
Ces modifications cognitives seront couplées avec des stratégies de
modification comportementales comme l’activation comportementale,
l’engagementprioritaireetexclusifsurdesétapesdetrèscourtedurée.
Pouraugmenterlaprobabilitéd’utilisationdestratégiesefficaceslorsdes
moments clef ou « points de performance » différents rappels peuvent
êtreutilisés:rappels externes(SMS,mails), représentationsvisiblesde
latâche(post-it,indicesurlechemin),demandederappelparuntiers…
LaPhasepost-actionnelle
La phase post-actionnelle consiste à se désengager de l’action et à
l’évaluer. Cette étape nécessite un certain degré de flexibilité qui fait
souventdéfautchezlesadultesprésentantunTDAH.Pourtantlerespect
de la phase post-actionnelle permet de ne pas continuer à allouer des
ressources supplémentaires au projet en cas d’erreur, de tirer un
enseignementdel’expérience,derenforcerpositivementunsuccès.
Elle doit être identifiée, au même titre que la phase décisionnelle et les
conséquences positives ou négatives de l’action doivent pouvoir être
considérées.Làencoreuntempssuffisantseraréservélorsdesséances
pour une évaluation des conséquences en particulier émotionnelles et
cognitivesdesprojetsmenésàterme(avecousanssuccès).
▶Résumé
Lesphasesdel’actionchezlesujettypique,chezlesujetprésentantun
TDAH,etlesstratégiesthérapeutiquescorrespondantes.
Phasepré-décisionnelle
Phasedécisionnelle
Phasepré-actionnelle
Phased’action
Phasepost-actionnelle
TRAITEMENTDESCOMORBIDITÉS
LescomorbiditéssontextrêmementfréquentesdansleTDAHdel’adulte.
LesTCCsontuneapprocheefficacedestroublesanxieuxetdépressifs
souvent associés. Identifier et traiter une dépression ou un trouble
anxieux permettra d’aborder ensuite plus facilement le traitement du
TDAHetamélioreral’efficacitédesstratégiesd’adaptation.
Il est parfois difficile de reconnaître si les difficultés évoquées par le
patientsontliéesàl’anxiété,àladépressionouauTDAH.Uneanalyse
précisedecesdifficultéspermettradedéciderselonlecasduchoixdes
techniques, soit plus ciblées sur l’attention, la mémoire ou la régulation
del’impulsivité,soitplusclassiquementcibléessurletroubleanxieuxou
dépressif.
Lorsque le thérapeute choisit d’aborder en priorité l’anxiété ou la
dépression il doit tenir compte de certains aspects liés au TDAH pour
adapter les stratégies thérapeutiques. Les consignes doivent être
courtes, répétées, et il est important d’utiliser différents supports en
particulierécrits.
En cas d’abus de substance psychoactive associé, le traitement de l’abus de
substanceestunpréalableàlapriseenchargeduTDAH.
AMÉLIORERL’ESTIMEDESOI
On peut définir l’estime de soi comme l’attitude d’approbation ou de
désapprobation envers soi, qui indique la valeur que s’attribue la
personnedansdifférentsdomaines.L’estimedesoiestdimensionnelle,il
estpossibledejugerquel’onestunbonami,unboncuisinier,unpiètre
sportif, et un mauvais mathématicien. Dans chaque dimension, l’estime
desoidépenddel’écartentrelacompétencedusujetetsonidéalmais
aussi de la perception que le sujet a du jugement des autres sur ses
compétences.
L’estime de soi globale est la résultante dynamique des différentes
dimensions de l’estime de soi dont l’importance relative varie selon les
stadesdudéveloppement.
Le TDAH est un trouble du développement, présent depuis la petite
enfance, il a un impact dans de nombreux domaines essentiels au
développementdel’estimedesoi.
Chez l’enfant, la compétence scolaire est une dimension majeure de
l’estime de soi, elle a été souvent mise à mal chez nos patients. À
l’adolescence, les compétences physiques et dans les relations
interpersonnelles sont plus importantes, à l’âge adulte ce sont les
compétences professionnelles et parentales qui passent souvent au
premierplan.
L’absence de régularité du fonctionnement exécutif des sujets TDAH
affecte leur performance dans de très nombreux domaines essentiels
tout au long de leur vie, les jugements négatifs permanents depuis
l’entrée à l’école, puis les difficultés relationnelles, professionnelles et
dans l’exercice de la parentalité entravent la mise en place d’un
sentimentdefiabilitéetdoncd’estimedesoiglobale.
Permettreau patient d’expérimenter un sentiment de compétence et de
fiabilité est un des objectifs principaux de la thérapie. Le sentiment de
compétenceestunélémentessentieldansleprocessusd’apprentissage.
Se percevoir incompétent diminue l’intérêt pour une activité et
l’engagementdansdesactionspourmaîtrisercetteactivité.
Il est donc nécessaire pour amorcer un processus de changement de
fixer des objectifs extrêmement petits tenant compte des capacités non
pasintellectuellesmaisexécutivesdupatient.Cesobjectifsdoiventêtre
soutenus par le thérapeute si besoin entre les séances et réévalués si
nécessaireàlabaisse.
Silepatientestenretard,oublieuneséance,ne réalisepaslestâches
prescrites, le risque d’un abandon préventif pour éviter les critiques du
thérapeute est élevé. Cet abandon réactiverait les échecs antérieurs et
renforceraitlescroyancesnégativesetlesentimentd’inefficacité.
La patience, la constance, la bienveillance et la compréhension du
thérapeute sont donc des ingrédients essentiels du processus
thérapeutique. L’objectif principal est d’abord de permettre au patient
d’expérimenterautraversderéussitespetitesetrégulièresunsentiment
de fiabilité puis progressivement de développer une représentation de
sesdifficultéscommeuneparticularité,parfoisgênante,souventpositive
maissansrelationaveclesentimentdeconscienceetd’estimedesoi.
RÉSUMÉ
Les aménagements du cadre, l’augmentation des temps d’arrêt, la mise en place de
stratégiesdesoutiendesphasesdel’action,l’identificationetletraitementdescomorbidités
ontpourbutdepermettreausujetdesedécouvrirplusfiableetdedévelopperunsentiment
deconscienceetd’estimedesoiindépendantdesdifficultésliéesauTDAH(Ramsey2015).
BIBLIOGRAPHIE
BARKLEYRA,MURPHYKR,FISCHERM(2008).«ADHDinadults:Whatthe
sciencesays».NewYork:GuilfordPress;2008.
GOLLWITZERPM, SHEERANP(2006).«Implementationintentionsandgoal
achievement:Ameta-analysisofeffectsandprocesses».Advancesin
experimentalsocialpsychology,38,69–119.
GOLLWITZERPM,OETTINGENG(2011).«Planningpromotesgoalstriving».
In : Vohs KD, Baumeister RF, editors. Handbook of self-regulation:
Research, theory, and applications. Second. New York : Guilford
Press;2011.
HECKHAUSEN H, GOLLWITZER, P M (1986). « Informationprocessing before
andaftertheformationofanintent».inF,Klix&H.Hagendorf(Eds.),
InmemoriamHermannEbbinghaus:Symposiumonthestructureand
function of human memory (pp. 1071-1082). Amsterdam :
Elsevier/NorthHolland.
HECKHAUSENH,GOLLWITZERPM(1987).«Thoughtcontentsandcognitive
functioning in motivational versus volitional states of mind ».
MotivationandEmotion,11,101-120.
RAMSAY JR, ROSTAIN A. (2015) Cognitive-behavioral therapy for adult
ADHD : An integrative psychosocial and medical approach (2nd ed).
NewYork,NYUS:Routledge/Taylor&FrancisGroup.
Notes
Chapitre10
Commentmenerl’analyse
fonctionnelle?
GRILLED’ANALYSEFONCTIONNELLE
Ilestpossibled’utiliserunegrilled’analysefonctionnelle.
Nous proposons d’utiliser celle de Kanfer et Saslow (Kanfer 1969)
particulièrement bien adaptée aux difficultés présentées par les sujets
TDAH.
Cetteanalysecomporteseptétapes.
▶Examenduproblèmespécifique
Préciserlafréquencel’intensité,ladurée,lesdifférentesformesquepeut
prendrelecomportement.
▶Clarificationdelasituationproblème
Examinerlesfacteursquicontribuentàmaintenircecomportementetles
conséquencesdececomportementsurlepatientetsonenvironnement
(familial,amical,professionnel).
▶Analysemotivationnelle
Identifier en fonction de l’histoire du patient les facteurs qui peuvent
contribueràrenforcerpositivementounégativementcecomportement,et
ceux qui pourraient renforcer l’adoption d’un autre comportement. Il est
fondamentaldepasserletempsnécessairesurcetaspect.Comptetenu
du caractère envahissant et chronique du TDAH, certains patients sont
persuadés que tout changement est hors d’atteinte par un mécanisme
d’ordrepsychothérapeutique,d’autressesententobligésdeparticiperau
programmedetraitementmais résisterontactivementàmettre enplace
des modifications même minimes (comme par exemple le port d’une
montreoul’utilisationd’unagendapendantladuréedelathérapie).Pour
ces patients, l’utilisation pendant plusieurs séances de techniques
d’entretien motivationnel est nécessaire pour explorer leurs cognitions
concernant le TDAH et les aspects insatisfaisants de leur vie pour
lesquels ils pourraient accepter d’expérimenter un changement de
comportement. Une façon efficace de travailler ces aspects
motivationnelsestdedéfinirlesproblèmesentermescomportementaux
de façon très pratique et spécifique, ce qui permet de désintriquer les
enjeuxthérapeutiques.
Vignetteclinique
Maxime,21ans,est étudiantendroit,aprèsune adolescencechaotiquemarquéeparde
nombreuses exclusions, des conduites délictueuses et des addictions diverses. Il est
actuellement très motivé par ses études. Il dit toutefois être incapable de se concentrer,
demandedefaçoninsistanteuneprescriptionmédicamenteusemaisseditprêtàmettreen
placedesstratégiesnonmédicamenteuses.
L’exploration pratique et précise de ses comportements permet de mettre en évidence
que:
Maximeparvientàseconcentrervolontairementdefaçonefficaceetapprendvite.Ilamis
au point une technique d’apprentissage adaptée à son fonctionnement. Par contre, il
exprimele besoin, du faitde son TDAH dit-ild’avoir un sas dedécompression ce qui en
pratique se traduit par des sorties très alcoolisées tous les vendredis, samedis, et
dimanches, le lundi étant consacré au dégrisement. Les conduites d’alcoolisation
associées à d’autres toxiques étant quotidiennes lorsqu’il était au lycée, il considère que
sonabstinenceensemaineestdéjàuneconcessionmajeure.
L’examendujournaldetempsl’amèneàréaliserqu’ilconsacremoinsdedeuxheurespar
semaine en dehors des cours à l’apprentissage. Maxime convient que son mode de vie
actuel ne permet pas une quantité de travail suffisante pour poursuivre ses études. Dès
lors,plusieursentretiensmotivationnelsserontnécessairespourqueMaximepuissemettre
en balance son envie réelle de poursuivre ses études et son désir de poursuivre ses
soirées festives et commencer à envisager une modification de son comportement. Les
modificationsproposéestiendrontcomptedesparticularitésliéesauTDAH.
▶Analysedéveloppementale
ParticulièrementimportantedanslecasduTDAH,cetteanalysepermet
souvent de comprendre comment au fil du temps, des modifications de
l’étayage, des demandes croissantes sur les fonctions exécutives, des
stratégiesinadaptéesontconduitàlamiseen placeetaumaintiendes
comportementsquiposentproblèmeaujourd’hui.
▶Analysedel’autocontrôle
La plupart des patients adultes ont mis en place de nombreuses
stratégies plus ou moins durables, ou efficaces. Il est important de les
recueillir et de discuter de leurs conséquences positives ou négatives.
Comprendrepourquoilesstratégiesqu’ilutilisesontefficaces,permetau
patient d’appréhender de façon concrète le concept de fonctions
exécutives.
▶Analysedesrelationssociales
La qualité du réseau social et le mode relationnel entretenu avec des
proches significatifs permettent de recueillir des éléments éclairant
l’influence du contexte social sur les comportements et d’envisager de
recourir à l’aide d’un proche dans la mise en place et le soutien du
changement.
Selon l’expérience du thérapeute, il n’est pas obligatoire de recourir à
unegrilleformelled’analyse.
Ilfaut garderà l’espritque si uncertain nombrede patients adultesont
déjà mis en place des stratégies efficaces, chez d’autres, une façade
apparentede«normalité»masqueunedésorganisationmajeuredansla
viequotidienne.
Quellequesoitlaplainteprincipaleinitialedupatient,ilest,danstousles
cas,nécessaired’évaluerdefaçonspécifiqueettrèspratiquelespoints
suivants:
● gestiondutemps(stratégiesmisesenplace.Bénéfice/coût);
● organisation matérielle, cadre (stratégies mises en place.
Bénéfice/coût).
COMMENTÉVALUERLAGESTIONDUTEMPS?
▶Lepatienta-t-ilrecoursdefaçonhabituelleàdesoutils
d’évaluationexternedutemps?
Lepatientporte-t-ilunemontre?
Paradoxalement,lespatientsadultesquiprésententunTDAH,bienque
trèsperdusdansletemps,neportentengénéralpasdemontre.Ilsont
l’impressionquel’accessibilitéconstanteàunoutildemesuredutemps
estinutilevoirecontraignanteetsecontententdesinformationsfournies
par leur téléphone portable souvent enfoui au fond de leur sac ou
déchargé.
Lepatientutilise-t-ilunagendaplanning?
Lorsqu’on leur demande : « avez-vous un agenda, pouvons-nous le
regarderensemble?»plusieurssituationspeuventserencontrer:
● Lepatientadéjàunagendaetunseuletl’utiliserégulièrement.Soitil
s’agit d’une erreur de diagnostic, soit le patient a déjà mis en place
des stratégies très efficaces. Ce type de patient a en général aussi
unemontre.Ilaunebonneconsciencedelanaturedesesdifficultés.
Il a souvent mis en place d’autres aménagements du cadre. Les
objectifsthérapeutiquesviserontplutôtdesstratégiesderéductionde
l’impulsivité, de l’aversion du délai ou de régulation de l’humeur ou
ciblerontdescomorbiditéscommel’estimedesoi etl’anxiétésociale.
Parfois,l’examenduplanningpermettradeconstaterquelepatientne
s’autorise aucune pause. La simple mise en place de moments
permettant d’une certaine façon de profiter librement des aspects
positifsduTDAHconstituerauneinterventionsuffisante.
● Lepatientaplusieursagendasousystèmesd’organisation.Ilditqu’il
note tout. Il sort de sa poche plusieurs petits papiers, des agendas
surchargés de ratures et utilise parfois également son téléphone.
Conscientdelanaturedesesdifficultés,cepatientaessayéplusieurs
types de stratégies sans parvenir à mettre en place une stratégie
efficacedansladurée.Ilutilisesonagendapournoterunepartiedes
rendez-vousprogrammés,maisjamaispourplanifier.
● Lepatientn’apasdesystèmed’agenda:ilditqu’ilatoutdanslatête.
Soitils’agitd’uneerreurdediagnostic,soitlepatientnereconnaîtpas
la nature de ses difficultés et/ou a du mal à les accepter. Il a pu
essayer de mettre en place des stratégies d’organisation du temps
mais peu convaincu n’a pas persévéré. Souvent assez impulsif, ce
patient n’arrive pas à s’astreindre à prendre le temps de noter, il est
d’ailleurspersuadéqu’ilneretrouverapassesnotesaumomentutile
etcontinueàtenter,malgrél’anxiétéquecelaengendre,degarderen
mémoiredetravailungrandnombred’items.Parcontre,lepatientqui
a fait ce choix a souvent développé des stratégies efficaces
d’aménagementducadre.
▶Commentétabliretutiliserunjournaldetemps?
Afin d’évaluer plus précisément le degré de désorganisation et son
impactsurlesdifférentsdomainesdelaviequotidienne,l’établissement
d’unjournaldetempsestuneétapeindispensable.
Cet état des lieux de départ sera conservé et pourra utilement être
comparé aux journaux de temps tenus à différentes étapes de la
thérapie.
Ils’agitderendrecompteheureparheureoudemi-heurepardemi-heure
del’utilisationdutempsaucoursd’unejournée.
Engénéralcetexercicefastidieuxrebuted’embléelespatients.Ilestutile
delecommenceraucoursdelaséanceenleremplissantaveclepatient
àpartirdel’heureduréveillematin.
Si le patient donne des indications vagues ou globales, il faut lui
demanderdepréciserdefaçonpratiquecommentl’actions’estdéroulée
enenreconstituantlesétapes.
Parexemple: Réveilà7heuresjemeprépareàpartiraurendez-vousprévuà9hpeutse
traduiredanslaréalitépar:
« J’ai rentré la poubelle, puis je me suis rendu compte que j’avais oublié mes clefs à
l’intérieur,j’étaispaniquéàl’idéederaterlerendez-vous,j’aidûappelermonvoisinquia
un double. Ensuite j’étais très énervé, j’ai fumé deux cigarettes et j’ai commencé à me
préparer un café, je ne retrouvais plus l’adresse, finalement je suis parti à toute vitesse
sansdéjeunernimeraser.Jen’aipasprismacartevitaleetjesuisarrivéenretardparce
quej’aifinalementprislavoitureetqu’iln’yapasdeplacepoursegarer.»
Unefoislejournalétablijusqu’àl’heuredurendez-vousonprévoiraavec
lepatientlaplanificationdesmomentsoùildevraterminercejournalde
façon à avoir une représentation fidèle du déroulement habituel de ses
journées (implémentation d’intention : voir chapitre 9 Mécanismes de
changement).
L’objectifestd’obtenirunephotographiedesmomentscleffaisantappel
aux fonctions exécutives qui sont le plus souvent des moments où le
patient est « livré à lui-même » ou bien en position d’organisateur (cas
fréquent pour les parents particulièrement pour les mères). Il est
important de s’assurer que le patient a bien compris qu’il ne s’agit pas
d’une liste rétrospective des tâches qu’il a accomplies dans la journée
mais bien d’un exercice d’auto-observation en temps réel. Si l’exercice
paraît difficile, il est possible de convenir de le réaliser uniquement
pendantuneoudeuxheuresvoiremêmemoins.
La planification des moments où le patient doit tenir ce journal est
nécessaire:souvenons-nousqu’undesmécanismesdechangementmis
enjeuestlaréussitedesobjectifsfixésaucoursdesséances.
Silepatientsembleparticulièrementdésorganisé,onpeutluidemander
deprogrammer des rappels voirelui proposer de lui envoyerun mail la
veilledelaséancesuivanteafinqu’iln’oubliepasd’emporteravecluile
documentcomplété.L’ébauchedejournalétablieaucoursdelaséance
peutégalementêtreadresséeaupatientparmail.L’établissementdece
journal constitue un premier exercice d’auto-observation et il n’est pas
rarequelepatientsoitlui-mêmesurprisdesadésorganisationetdeson
éparpillementetcommenceàproposerdesstratégies.
Lepremierjournaldetempsd’Élise,24ans,illustratrice.En
couple
Mardi10juin Mercredi12juin
6h Dors 6h10j’arrêtelejeu.
Jevaismecoucher.
Dors
7h Dors Dors
8h Dors Dors
9h Dors Dors
15h 15h30- J’écris ce quise passe sur 15h15 J’ai mis le jeu en pause
l’autre document Word car je quelques minutes car énervée par
n’arrivais pas à me remettre au lesbugs,jelisdesblogs,etfinispar
journaldetemps décider d’arrêter le jeu car l’envie
La veille où je voulais déjà m’y m’est passée et je me dis que ce
remettrej’aiaussicommencé écrire sera l’occasion de faire autre
ce que j’ai fait ces deux dernières chose…
semaines
Miseàjourdujournal
15h50-Tableaufait,jesauvegarde
une copie du tableau vide pour les Jemangeunecompote.
prochaines fois. J’enlève quelques
Internet
colonnesvuqu’ilnerestequedeux
joursd’icilerdv…
Jecommenceàleremplir. Réponseàuntextod’uneamiereçu
hiersoir.
Jeregardel’agenda carje saisque
j’ai perdu beaucoup de temps Internet…jetombesurunesériede
aujourd’hui encore, pourtant j’avais dessins dont j’aime beaucoup le
mis quelques étapes pour me trait. Des personnages, des
préparer, aller à la pharmacie, etc. visages…
avant d’aller au ciné le soir avec
Richard. En fait il faut que j’aille Peu après je tombe sur une photo
prendremadouchemaintenantpour de mode et j’aime beaucoup les
pouvoir être à l’heure au ciné ce traitsdelafille,lalumière,j’aienvie
soir. Je ne sais pas si j’aurai le deladessiner.
temps de passer à la pharmacie
commej’avaisprévu
Jecherchemescrayons,montaille-
crayon et je commence à dessiner
sur mon carnet, j’ai juste envie de
faireuntestaudébut.
Finalement je dessine à ma
manière.
20h Je continue « un peu » jusque Je continue quand même un peu…
19h50 je sais que si j’arrête je n’y 20h20
reviendraijamais J’ai voulu améliorer un détail…
comme par hasard là j’ai envie
Maislàjecommenceàavoirfaim d’arrêter,maisça vame frustrerde
laisserçacommeça…etenmême
temps je ne vois pas comment
l’améliorer.
20h40 c’est un peu mieux, donc je
pensem’arrêterlà.
Richardestendéplacementdoncje
suistouteseule.
Je me fais des pâtes, toujours pas
defromagepouralleravec.
1h Enfinc’estcequej’avaisprévusauf
que du coup j’ai relu un peu les
documents à envoyer, il est 1h26
cettefoisj’éteins
L’examen de ce journal permet de mettre en évidence des facteurs
aggravants qu’il faudra cibler de façon prioritaire. En effet, il n’est pas
rare que le patient adulte présentant un TDAH ne parvienne pas à
respecter des besoins pourtant essentiels comme un apport calorique
répartidanslajournéeauseind’unealimentationéquilibrée,untempsde
sommeilsuffisant,uneactivitéphysiquedebase,l’expositionàlalumière
dujour.
Lanon-prise en comptede ces besoins élémentaireset leur impact sur
lesfonctionsexécutivesdoiventêtrerepérésetexplicités.
Ilestillusoired’essayerdedévelopperdesstratégiescognitivescomplexeschezunpatient
quinedortpasassez,nes’alimentequ’unefoisparjouraveccequ’ilasouslamain,reste
desjoursenferméchezluidevantunécran.
La mise en place de routines visant à assurer une hygiène de vie
satisfaisante sera donc un objectif prioritaire dans ce cas. Plusieurs
séances seront souvent nécessaires pour que le patient parvienne à
planifierunesériedemenus,fairelescoursesenconséquence,sortede
chezluipendantlajournéeetrespecteuneduréedesommeilcorrecte.
Les patients qui ont une activité professionnelle salariée avec des
horairesréguliersouceuxquiontdesenfantss’appuientsurdesroutines
imposées par l’extérieur et parviennent ainsi plus facilement à assurer
cesbesoinsprimaires.
▶Commentévaluerlesstratégiesmisesenplace?
Lorsque le patient semble gérer efficacement son temps sans difficulté
majeure,ilfauts’intéresserauxstratégiesmisesenplace(enl’absence
de stratégies conscientes, il s’agit probablement d’une erreur de
diagnostic).
Ondemanderadoncaupatientcommentilfaitpoursepréparerlematin,
pourchoisirsesvêtements,pours’assurerd’avoirdequoimanger…
Lesréponsessontsouventsurprenantesd’inventivitéettémoignentdela
sévéritédesdifficultésexécutives.
Certains patients ont affiché dans toutes les pièces des plannings très
détaillés, d’autres font appel aux technologies informatiques, d’autres
encoreontsimplifiédefaçondrastiqueleurmodedevie,enfinunepartie
achoisidedéléguerlestâchestroppéniblespoureux(aupartenaireou
àunesociétédeservices).
Vignettescliniques
Marie,étudiante23ans.
Commentfaites-vouspourvouspréparerlematin?
«Monproblèmec’étaitsurtoutdepouvoirreveniràl’improvisteavecunouuneamieetque
l’appartement soit présentable, j’ai trouvé la solution, j’ai dans mon téléphone un plan
détaillédecequejedoisfairelematindansl’ordreetjevérifieaufuràmesure.»
PlandeMarie:
Mettrelamachineàcaféenroute,vérifierl’eauetmettreladosette
Nourrirlechat
Replierlecanapé
Appuyersurleboutondelamachine
M’habiller
Éteindrelamachine
Boirelecafé
Rangercéréales,laverbol
Vérifierclef,portefeuille
MarieestétudianteenMaster,cenesontpassescapacitésintellectuellesquil’empêchent
de faire seule cette succession de tâches mais bien une défaillance des fonctions
exécutives. Elle sait comment faire, mais il lui arrivait souvent d’avoir des « bugs » et
d’oubliersanss’enrendrecompteuneétapedecetteroutine.Ellepassaitalorslajournéeà
s’inquiéterpourson chatou nesavait passi ellepouvait ounoninviter quelqu’unn’étant
pastropsûredel’étatdesonappartement.
Jean,30ans,employédemairie
Commentfaites-vouspourvouspréparerlematin?
«Pourallerautravailçava,etautravailjesaiscequejedoisfaire.Monproblèmec’est
quequandjerentrechezmoijesuis«enrouelibre»etjenesuisjamaisprêtpoursortirle
soir.Maismaintenantçava,j’aimisunealarmeà17h30etj’aiaffichéunplanning.»
PlandeJean
–17h30choixdesvêtements.
–17h45douche.
–18hrasage,soinsdepeaudéodorant.
–18h15pausedétente.
–18h30habillage.
–19hprêt.Bravo.
Jeanasumettreenplaceseullesprincipalesstratégiesquel’ontravailleraenthérapie:
Implémentationd’intention
Activation
Séquençageenpetitesétapes
Ancragedansletemps
Pauses
Renforcementpositif
Échelled’évaluationdelagestiondutemps
SusanYoungproposed’utiliseruneéchelled’évaluationdelagestiondu
temps (Young 2012). Cette échelle peut servir de point de départ pour
unediscussionengroupe,pouruntravailsurladéfinitiond’objectifsetde
ligne de base pour mesurer l’évolution en cours et en fin de thérapie
(http://bcs.wiley.com/he-bcs/Books ?
action=index&bcsId=7251&itemId=1119960746).
COMMENTÉVALUERL’ORGANISATIONDEL’ESPACEDEVIE?
Comme nous l’avons déjà vu, des aménagements du cadre de vie du
patientpermettentdesoulagerlesfonctionsexécutives.Certainspatients
les ont mis en place et s’y tiennent, conscients de leur impact sur leur
qualité de vie. D’autres, du fait de capacités de planification et de
priorisation défaillantes se sont laissés déborder et vivent dans un
environnementdontlesfonctionnalitésontétédétournéesdeleurusage
initial,encombréd’objetsdiversqu’ilsn’ontpassutrieretjeter.
Il est inhabituel pour eux qu’un thérapeute s’intéresse à ces éléments
«triviaux».Ilestpourtantnécessaire,dansunerelationdeconfiance,de
pouvoirlesaborderfranchementetdemanièredétailléeetpratique.
Commepourlesconditionsélémentairesd’hygiènedevie,ilestillusoire
depenserqu’unpatientpourramettreenplacedesstratégiesefficacessi
l’on ne mesure pas l’état de désorganisation de son environnement
actuel.
Lepatientasouventhontedecetétatdefaitetilfautsavoiraborderces
questionsd’organisation pratique sans être inquisiteur, mais plutôtavec
une curiosité partagée avec le patient : comment vos difficultés
exécutivesont-ellesconduit àla miseen placede votresystème actuel
de gestion du quotidien, en quoi l’organisation actuelle vous est-elle
utile?Enquoiest-ellepénalisantepourvous?
Vignettescliniques
Josiane,55ans,directriceadjointe
Josiane est une femme d’apparence très soignée, d’une cinquantaine d’années, elle vit
seuleet travaille à temps plein depuis 30 ans dans lamême entreprise où elle gère une
petiteéquipe.
L’examendesonjournaldetempsetlesinterrogationssurlesstratégiesutiliséespourse
préparer le matin amènent à s’étonner qu’elle fasse sa toilette au lavabo alors qu’elle
disposed’unesalledebainsetd’unebaignoire.
Avecunpeuderéticenceaudépart,carellesaitquelasituationestinhabituelle,Josiane
expliqueraquesabaignoireestencombréedevaisselle.C’estlastratégiequ’elleatrouvée
il y a plusieurs années pour désencombrer l’évier de la cuisine. Il lui est plus facile de
récupéreruneassietteetunecasseroledanslabaignoire,deleslaverrapidementetdese
prépareràmangerlesoir.Casserolesetvaissellesalerejoignentensuitelabaignoire.
Lesplacardsdelacuisineontainsiétéprogressivementdétournésdeleurusageinitialet
abritent maintenant des archives diverses (non classées), des projets de couture
inachevés, des collections de vieux journaux, des photos de familles héritées qu’elle
compteunjourscanneretclasser.
Josianedisposed’unlave-lingequ’elleutilise,maisleseulespaceoùlelingepeutsécher
est la pièce principale. L’ensemble de la garde-robe (importante) de Josiane est donc
accroché sur des portants dans la pièce, où sont également étalés les draps et les
serviettesquisèchent.
Unpetitcoinbureaupréservéaétéaménagéprèsdelafenêtre,Josianeamisenplaceun
systèmeàpeuprèsefficacepourgérersesfacturesetsescomptes.
Lorsqu’ellereçoitquelqu’un,Josianeroulel’ensembledesportantsdanslasalledebains,
lacuisineetlapièceprincipalesontalorsprésentablessil’onn’ouvrepaslesplacards.
Dufaitdecetteorganisation,sonlogementestpropremaistrèspeuesthétique,elleyvitle
moins possible. Elle ne peut y inviter quelqu’un à l’improviste et encore moins pour une
nuit.
Pour un nombre non négligeable de patients, l’espace de vie est
tellement inadapté que des interventions spécifiques s’imposent en
prioritépourpermettreundébutdechangement.
Claire,28ans,infirmière
Claireestunejeunefemmede28ans,célibatairesansenfants.
Aprèsdesétudesmarquéespardesdifficultésàvalidersesstagespratiques,elleexerce
commeintérimaire.
Ellesouhaitepouvoiroccuperunpostefixe.
Sa demande initiale est une aide pour améliorer l’organisation de son travail, de façon à
pouvoir gérer efficacement les consignes et ne pas oublier de réaliser des gestes
importants. Elle souhaite également pouvoir travailler sur la communication avec ses
collèguesetaméliorersonattentionlorsdesréunions.
Audépartellevivaitencolocationetparvenaitàmaintenirunestructureacceptabledeson
lieu de vie. Elle avait instauré un système efficace. Toutes ses affaires étaient rangées
dansdesboîtes transparentes,cequi luipermettait detrouvertrès rapidementce qu’elle
cherchait.
Elleadécidéd’acheterunstudio.L’organisationdesondéménagementtémoignedudéficit
desfonctionsexécutives.
Sans projection, visualisation, planification, elle a commandé des cartons et a vidé ses
boîtestransparentespourlesremplir.Elleadoncdûdéménagerdescartonspleinsetdes
boîtesvides.Depuisledéménagement,lescartonsn’étantpasétiquetés,ellevitdansun
amoncellement de cartons de contenu inconnu, de boîtes transparentes à demi remplies
d’objetshétéroclites,mélangedevêtementsetdepapiers.Sonorganisations’estécroulée
et la tâche est tellement complexe qu’elle ne sait pas par « quel bout commencer », ce
d’autantqu’elle ne peutpas se permettre derenoncer à une missiond’intérim et se sent
épuiséeetdépriméeparlespectacledesonintérieur.
L’interrogation précise et détaillée des éléments du journal de temps a permis de
soupçonnerl’étenduedel’altérationducadrequiaétéconfirméepardesphotosqueClaire
aacceptédeprendre.
PourClaire,ilaétédécidédes’attaquerenprioritéàl’organisationdesonstudioétapepar
étape(voirchapitre12Mettreenplaceunenvironnementadapté).
Lorsquel’espacedevieestorganisédefaçonrelativementorthodoxe,la
compréhension par le patient de sa façon de fonctionner, au fur et à
mesure de la thérapie, lui permettra de mettre en place des
aménagements plus adaptés, ainsi que des routines efficaces pour
soulagersesfonctionsexécutives.
Simon,45ans,ingénieur
Commentfaites-vouspourvoushabillerlematin?
« Oh ça, c’est réglé depuis longtemps. Quand j’étais plus jeune je passais des heures à
essayer de choisir au mieux. Je n’étais jamais sûr de ce qui allait ensemble, ni si c’était
adapté à la météo. Maintenant j’ai 6 costumes et 24 chemises. En fait 6 fois quatre
chemises. Les chemises qui vont avec les costumes sont rangées avec sur des cintres,
pareilpourlescravates.C’estmafemmedeménagequigère.Pourleschaussettes,c’est
touteslesmêmes,j’achèteunlot,quandcelacommenceàs’user,j’enrachèteunautrelot
etsurtoutjejetteenbloclesvieilles.Leschaussuresj’aideuxmodèles.Jelesachètepar
quatrepairessurInternettouslesdeuxans.
Ilrit.«Celaparaîtbizarre,maisvousnepouvezpasimaginercommecelamesoulagede
neplusavoiràdécidertouslesmatins.»
Simon a réussi à mettre en place de nombreuses stratégies efficaces pour soulager ses
fonctionsexécutives : délégation,simplification, suppression des étapes(assortiment des
chaussettesparpaire),implémentationd’intention(lechoixdelachemiseetdelacravate
estdéjàfaitquandilchoisitlecostume).
COMMENTABORDERLESCOMORBIDITÉS?
LaplupartdessujetsTDAHprésententaumoinsuntroublecomorbide.
L’évaluation comporte donc nécessairement des éléments communs à
d’autressituationscliniquesquineserontpasabordéesici(Échellesde
dépression,d’anxiété,d’estimedesoi…).
La prise en charge préalable des comorbidités est parfois nécessaire
pour pouvoir travailler sur le développement de stratégies
compensatrices du TDAH (particulièrement dépression, trouble anxieux
généralisé,abusdesubstances).
L’abus de substances nécessite une approche spécifique (prise en
charge en addictologie). En effet, les troubles cognitifs et émotionnels
sontmajorésparlesprisesd’alcool,decannabisoud’autressubstances,
la prise en charge médicamenteuse lors du sevrage comporte très
souvent un recours à des médicaments sédatifs qui nous l’avons vu,
augmententégalementlesdifficultéscognitives.
UnepriseenchargespécifiquedesdifficultésliéesauxTDAHchez
un patient consommant des substances psychoactives ne pourra
doncêtreenvisagéequ’àdistancedusevrage.
En cas de trouble anxieux ou de trouble de l’humeur associé, c’est au
clinicien de juger en fonction de l’intensité du trouble de la stratégie à
mettreenplacedefaçonprioritaire.
Lorsquelasymptomatologiethymiqueouanxieuseestaupremierplan,il
est souventnécessaire de mettre en place une approche thérapeutique
spécifiqueetd’attendreuneaméliorationetunestabilisationdel’humeur
pour débuter une approche des difficultés liées au TDAH. Lorsque la
symptomatologie anxieuse ou dépressive est modérée, et que les
difficultés liées au TDAH semblent au premier plan une approche
personnalisée permettra de tenir compte des intrications de ces
différentesmanifestations.
OUTILD’ÉVALUATIONSTANDARDISÉE
Un outil très utile et qui pourra être utilisé plusieurs fois pour évaluer
l’évolution au cours de la thérapie est la WFIRS. La Weiss Functional
Impairment Rating Scale a été traduite en 18 langues. Elle permet de
mesurer l’impact fonctionnel en évaluant des domaines spécifiquement
altérés dans le TDAH. Cette échelle, du fait d’une bonne sensibilité au
changement est utilisée dans la plupart des études portant sur les
thérapiesduTDAHdel’adulte(Weiss2010).
BIBLIOGRAPHIE
KANFERFH,SASLOWG(1969).«Behavioraldiagnosis».In: FranksC.M,
editor. Behavior therapy: Appraisal and status. New York : McGraw-
Hill;1969.(417–444).In.
WEISS MD (2010) « Functional Impairment Rating Scale Self-
Report(WFIRS-S) ». Adult ADHD NACE Toolkit Assesment Tools,
University of British Columbia.
http://naceonline.com/AdultADHDtoolkit/assessmenttools/wfirs.pdf
Mars2016
YOUNGS,BRAMHAMJ(2012).«Cognitive-behaviouraltherapyforADHDin
adolescents and adults: A psychological guide to practice (2nd ed) ».
WestSussex,England:Wiley.
Chapitre11
Commentconstruirelecontrat
thérapeutique?
CARACTÉRISTIQUESDUCONTRATTHÉRAPEUTIQUE
Lecontratthérapeutiquedoitêtreétablidefaçoncollaborativeavantledébutdelathérapie.
Ilestpréciséqu’ils’agitd’unethérapieverbalededuréebrève(15à20séances).
Le contrat thérapeutique sera élaboré à partir des difficultés repérées lors de l’évaluation
initiale.
Larelationthérapeutepatientesttrèsinteractiveetprésentéecommeunecoopération.
Un travail quotidien est demandé au patient, sous forme de « tâches » ou exercices à
domicile.Cesexercicessontdéfinislorsdechaqueséance.
Les modalités du traitement sont clairement définies, elles incluent une étape
psychoéducative, un travail sur les aménagements du cadre, des techniques
comportementalesetdestechniquescognitivesetderégulationémotionnelle.
LECONTRATTHÉRAPEUTIQUESECONSTRUITÀPARTIRD’UNE
REPRÉSENTATIONCOMMUNEDESDIFFICULTÉSLIÉESAU
TDAH
Le contrat thérapeutique se construit à partir d’une représentation
commune du trouble, comprise ou élaborée avec le patient à partir de
l’analysede ses difficultés(voir chapitres surles modèles, lesfonctions
exécutivesetlesmécanismesdechangement).
LeTDAHn’estpaslaconséquencedepenséesdysfonctionnellesoude
comportementsinadaptés.Onpeutleconcevoircommeuneparticularité
du fonctionnement cognitif qui en interactionavec l’environnementa pu
aboutir à la mise en place de comportements, cognitions ou émotions
dysfonctionnelles.
Les difficultés présentées par le patient sont anciennes et ego-
syntoniques. Le patient a toujours été impulsif, désorganisé, dispersé,
impatient. Dans un environnement idéal, ces particularités ne le
gêneraient pas. À la différence des patients anxieux ou déprimés, le
patientprésentantunTDAHnesouffrepasoupeulorsqu’ilévoluedans
unenvironnementadapté.
Lasouffranceestconsécutive:
● auxconséquencesduTDAHsurlesinteractionssociales(depuislapetiteenfance);
● à l’incapacité répétée de réalisation d’objectifs au sein de l’environnement familial,
scolaire,social,professionnelàl’aidedestratégiesclassiques;
● àunenvironnementpeuadapté.
L’objectifdelathérapieseradepermettreaupatientdedévelopperdes
stratégies permettant d’adapter son environnement, de mener plus
souventàbiensesprojetset àtermed’évoluerversune représentation
de ses difficultés comme une particularité, une différence au sein de la
«neurodiversité»,désintriquéedusentimentd’estimedesoi,d’efficacité
etdevaleurpersonnelle.
TROISPARTICULARITÉSDUCONTRATTHÉRAPEUTIQUEDANS
LETDAHDEL’ADULTE
Lecontratthérapeutiqueseraélaboréàpartirdesdifficultésrepéréeslors
de l’évaluation initiale. De façon spécifique au TDAH, une attention
particulière devra être apportée à trois points (voir chapitres
correspondants).
▶L’aménagementducadredevie
L’aménagement du cadre de vie et la mise en place de stratégies
adaptéespermettentdesoulagerlesfonctionsexécutives.Danslescas
oùladésorganisationestmajeure,lapremièreétapedel’aménagement
du cadre et du travail thérapeutique peut être la mise en place des
conditionsdegestiondesoipermettantunehygiènedevieminimale.
▶L’organisationetlagestiondutemps
Lesdifférentesstratégiestravailléesdoiventêtremisesenplaceentreles
séances, mais la perception du temps et l’utilisation de la ressource
«temps»estsouventtrèsaltéréechezlepatientTDAHcequidiminue
grandement la probabilité pour le sujet de pouvoir mettre en place les
stratégies proposées en séance. La mise en place de stratégies
d’organisation et de gestion du temps est donc toujours une étape
essentielle.
Cen’estquelorsquelepatientutiliseraefficacementetrégulièrementles
outilsdegestiondutempsqu’ilserapossibled’aborderdesprojetsplus
complexes.
▶Lesuividesprojets
LepatientprésentantunTDAHsaitcommentfaire,c’estensituationqu’ilnesaitpasfaire.
Notes
Chapitre12
Mettreenplaceunenvironnement
adapté
OUR UN ADULTE TDAH, les actions les plus simples de la vie
P quotidienne peuvent demander une énergie considérable. Ce ne
sont pas les actes complexes comme par exemple l’écriture d’un texte
littéraire ou la résolution d’un problème mathématique qui sont difficiles
pour ces adultes, mais de façon plus prosaïque et envahissante, la
gestiond’eux-mêmesdansdesactionsquipourdesadultes«standard»
sont automatisées et faciles. Cette gestion du quotidien est fatigante,
usanteetsourcedenombreusesfrustrations.
Il est nécessaire de prendre le temps d’interroger avec précision les
patients sur la façon dont ils organisent les aspects pratiques de leur
existence car la mise en place de stratégies qui prennent en compte
leursparticularitésauneffetimmédiat.
L’examen grâce au journal de temps des situations ordinaires de la vie
quotidienne permet de repérer ces « erreurs de programme » et leurs
conséquences.
Onpourraainsi,dansunedémarched’abordpsychoéducative,partirde
situations pratiques très parlantes pour le patient et les utiliser pour
illustrerlerôledesfonctionsexécutives.
ILLUSTRATIONÀPARTIRD’UNEXEMPLE:LADOUCHE
Prendresadouche,s’habilleretsepréparerpourpartirlematinpeuvent
nécessiteruneconcentrationintenseetépuisante.
Si vous n’avez pas de TDAH, il vous suffit de rassembler l’énergie
nécessaire pour vous motiver une fois et lancer le programme
automatique « douche », vous pouvez exécuter cette action jusqu’à
l’enfilage des sous-vêtements de façon automatisée, en vous reposant
survosfonctionsexécutivessansanxiétéetavecuncertainplaisir.Vous
pouvezpenseràtoutàfaitautrechosependantcetempset,sanseffort,
vousvousretrouverezhabillédixminutesaprès.
CertainssujetsadultesprésentantunTDAHontdesdifficultésmajeures
demodulationattentionnelle,cetteséquenced’actionsnefaitparfoispas
partie de leur répertoire automatisé. Ils vont donc avoir à s’activer une
première fois pour aller dans la salle de bains, puis une deuxième fois
car ils seront partis chercher une serviette dans le placard et distraits
aurontentaméuneautretâchedontilleurfaudrasedésengager.Plusde
savon?Lesvoiciàprésentdanslacuisineoùl’odeurducafélesinciteà
faire une pause, retour dans la salle de bains après une nouvelle
activation toujours coûteuse en énergie, et un autre aller-retour pour
reprendre le savon oublié. En cas de cheveux longs, la séquence
shampooing, après-shampoing, savon pour le corps a souvent des
«ratés»etiln’estpasraredesortirdeladoucheetdes’essuyerpuisde
se rendre compte que les cheveux n’ont pas été rincés. Il faut donc
mobiliserencoreunefoislesressourcespourterminercequidevientune
corvéedeplusenpluspénible.
Àchaquefois,lesujetTDAHdoitremobilisersonattentionetsonénergie
pour une nouvelle séquence, tout en ayant confusément l’impression
(liée à une longue expérience) que ce qu’il fait n’est pas totalement
satisfaisant et que le risque le guette d’être à nouveau happé par une
autreaction.
Pendantcettedoucheinterminable,lesautresmembresdelafamilleou
lescolocatairess’impatiententàjustetitreetlefontsavoirattribuantcette
occupation prolongée à un manque total de considération pour leurs
propresbesoinsouàunhédonismecoupable.
Laséquencedouche,plutôtagréable,ettrèspeucoûteusepourunsujet
adultestandard,peut doncsetransformerenuneépreuved’uneheure,
fatigante et frustrante à cause des réactivations multiples et des
appréciationsnégativesexternesouinternalisées.
Prendre sa douche dans de bonnes conditions nécessite une
planificationenamont(matérieldanslasalledebains),laréalisationdu
projet dans l’ordre (shampooing, après-shampooing, rinçage), un
monitoring adéquat du temps qui passe, la capacité de garder l’objectif
finalentêteetderésisterauxdistracteurs.
LesujetprésentantunTDAHsaitcommentfaire,ilnesaitpasfaireensituation.
Il n’est pas utile d’expliquer au patient l’ordre de ces différentes
séquences,illesconnaît,nideluidirequ’ildoitfaireattention(ilessaie)
ou de penser aux conséquences pour les autres (il en est conscient et
partageleurscritiques).
Il est par contre possible de réfléchir de façon très pratique aux
aménagements qu’il serait possible de mettre en place pour pallier le
manquedefiabilitédesfonctionsexécutivesensituationetaugmenterla
probabilitéd’undéroulementfluidedel’action.
L’analyse des dysfonctionnements permet de proposer des pistes de
solution:
● réactivationcoûteuseàchaqueséquence:limiterlesséquences;
● planificationdéfaillante:soutenirlaplanificationetle déroulementdu
projet;
● mauvaise perception de l’écoulement temporel : mettre en place un
repèreexterne.
Il n’existe pas de solution autre que sur mesure, en fonction de la
configurationdeslieux(utilitédesphotos)etdesdifficultésdécritesparle
patient.
Danscetexemple,desaménagementsutilespeuventêtre:
● stock de matériel de réserve dans un placard (évite de sortir de la
pièceetd’êtrehappéparunautreprojet);
● étagère verticale dans la douche avec rangement des produits par
ordred’utilisation(savon,shampooing,après-shampooing)(permetde
nepasavoir àdéciderà chaquefoiset derepérerà quelleétapeon
sesitue);
● serviettesurunporte-serviettevisibleprèsdeladouche;
● peudematériel,àportéedevueetàsaplace;
● utilisationd’unmorceaudemusiqueconnupoursoutenirlerythmeet
marquerleslimites;
● implémentation d’intention (Laure qui interrompait souvent sa
préparationmatinale,happéeparuneautreidée,adécidédefermerà
doubletourleverroudelasalledebains,ainsilorsqu’elleveutsortir,
elle marqueun temps d’arrêt, ce qui lui permet de vérifier qu’elle est
bienprête.Cettesimpledécisionluiapermisdeneplusaccompagner
sesenfantsàl’écoleàmoitiécoiffée,maquillée,voireparfoishabillée).
Il est très important de passer le temps nécessaire sur ces aspects matériels, l’objectif est
quelepatientintègrequelesfluctuationsdesescapacitésexécutivesnedépendentpasde
savolontémaisqu’illuiestpossibledemodifiersonenvironnementdefaçonàsoutenirses
fonctionsexécutivesensituation.
Cetteapprochetouchepartouche,espaceparespaceestextrêmement
efficaceetprocureunsoulagementimmédiat.
Expérimenter l’efficacité de cette première approche centrée sur
l’environnement renforce l’alliance thérapeutique, permet d’introduire de
façon parlante le concept de fonctions exécutives et d’implémentation
d’intentions et établit les bases de la phase suivante plus complexe où
nousaborderonsdesmodificationsdecomportement.
RÉAMÉNAGERLESESPACESDEVIEPAR«ZONE»
L’analyse fonctionnelle et l’examen du journal de temps permettent
d’avoirunereprésentationdelafaçondontlepatientaorganisé(oupas)
sonespacedevie.
Lorsque l’espace est organisé de façon adaptée au fonctionnement du
patientTDAH,lesstratégiesmisesenplacel’ontétévolontairement.La
discussionsurlesévénements,circonstances,réflexionsquiontconduit
lepatientàdéciderdemettreenplaceetdemaintenircetteorganisation
atypique est une occasion qu’il faut saisir pour construire une
représentation partagée des modèles actuels de compréhension du
TDAH. Il est important de souligner pourquoi ces stratégies sont
efficaces, de renforcer positivement le patient dans l’utilisation de ces
stratégiesetdel’inciteràgénéraliserleuremploiàd’autresdomainesoù
lepatientpeutêtreendifficulté.
Lorsque l’espace de vie est inadapté dans certains domaines, il est
souhaitable de choisir comme premier objectif le réaménagement d’un
espace.Débuterainsiletravailthérapeutiqueestassezfacile,lepatient
comprenantengénéraltrèsvitel’utilitépourluidecetypedetechnique,
il peut le mettre en place dès les premières séances avec succès et
expérimenterapidementlesoulagementd’unfonctionnementplusfluide.
Là encore, on s’appuiera sur l’expérience du patient pour décoder,
expliquer et mettre en évidence de façon répétée le rôle des stratégies
desoutien des fonctionsexécutives ce qui permettrade jeter lesbases
dutravailultérieur.
Un certain nombre de patients adultes TDAH n’envisagent pas leur
espacecommedécoupéenzonesdédiéesàdesactionsspécifiques.Ils
déjeunentdeboutoudevantleurordinateur,peuventécriredescourriers
dans la salle de bains ou dans la cuisine, s’habiller dans le couloir.
Attribuer à chaque pièce ou chaque zone une utilisation spécifique est
une première implémentation d’intention permettant de soutenir le
fonctionnementexécutif.
En fonction des éléments recueillis grâce au journal de temps et au
questionnementplusieursdomainespourrontêtreabordés.
Envoiciquelquesexemplesnonexhaustifs.
▶Principesgénérauxdel’organisationd’unezone
fonctionnelle(courrier,cuisine,toilette,travail,espace
dédiéàunloisir…)
Pourdéterminerl’organisationoptimalepourlepatient,ilestpossiblede
s’appuyersurlesquestionssuivantes:
– Est-ce que je peux trouver les objets dont j’ai besoin pour faire les
actionsattachéesàcettezone?
– Est-cequecesobjetssontfacilesd’accèsetsurtoutest-ilfaciledeles
remettreàleurplace?
– Est-cequecetteorganisationestdifficileàmaintenir?
Afin de remplir ces critères, on aidera le patient à définir des
modificationsadaptées.
Privilégierl’efficacitéetlarapiditéd’accès
● Lesobjetsdoiventêtrerangésprèsdeleurlieud’utilisation.C’est
une exception à la règle de minimalisme. Il est souhaitable par
exempled’avoirunepoubelledanschaquepièce,desépongesetdu
produit nettoyant dans la salle de bains et la cuisine… Ceci diminue
lesétapes,lesinterruptionsdel’actionetlesrisquesd’oublisencours
deroute.
● Organiserlazonedefaçonàn’avoiràmanipulerunobjetqu’une
fois:parexemple,plutôtqued’ouvrirsoncourrierdanssacuisine,sa
salledebains,unadulteTDAHtireraprofitàdéfinirunezonedédiée
au courrier (un bac avec 2 casiers à traiter/ranger et une poubelle),
vers laquelle il ira systématiquement à chaque fois qu’il ouvrira son
courrier. Chaque courrier ouvert ne sera manipulé qu’une fois et ira
directement soit à la poubelle soit (sans l’enveloppe) dans un des
bacs.
Assigneruneplaceàchaqueobjet
Oninsisteratoujourssurl’importancedesrepèresvisuels.
Leur mémoire de travail étant par moment défaillante, les adultes
présentant un TDAH ne saventsouvent pas quelsobjets ilspossèdent.
Parpeur de manquer,après des achats impulsifs,ou rebutés devantla
difficulté du tri, ils peuvent accumuler un grand nombre d’objets divers
quienvahissentplacards,étagères,tablesetassezsouventlesol.
Une stratégie efficace est de considérer que tout objet qui n’est pas
visibleestperdu.
Utiliserdesétagèresverticalespermetdegarderplusd’objetsvisibles.
Les étagères ne devront accueillir qu’un nombre limité d’objets pour
lesquelsellesaurontétéaumoinsmentalementétiquetées.Aucunobjet
nedoitêtreinvisiblederrièreunerangéed’autres.
Étiqueter étagères et tiroirs – « chaussettes », « factures EDF » –, de
façonàrappelerqueseulscesobjetsdoiventêtrerangésàcetendroit.
Pour certainspatients définir mentalement la place de chaque objet est
suffisant, d’autres ont besoin d’un indiçage visuel pour renforcer
l’implémentation d’intention (étiquette visible). Les objets non usuels et
lesréservesdoiventêtrerangésdefaçonsimilairedansunendroitbien
éclairé.
Aucunobjetnedevraêtreparterreouempilésuruntas.
● Les objets inutiles doivent être éliminés (inutile d’avoir deux
agrafeusessursonbureauouplusde3couteauxdecuisine).
Toutobjetquin’estpasvisibleestperdu.
Parterren’estpasuneétagère.
Sivousn’avezpasassezdeplace,c’estquevousaveztropd’objets.
▶Exemples
En fonction des éléments recueillis grâce au journal de temps et au
questionnementplusieursdomainespourrontêtreabordés.
Envoiciquelquesexemplesnonexhaustifs.
Organisationmatériellelinge
Jeconnais Saradepuislongtemps,cettefemmede45ansétaitvenueconsulteràlasuite
dudiagnosticdeTDAHchezundesestroisenfants,cediagnosticaensuiteétéportépour
lesautresenfantsetconfirméchezelle.
Sara est une reine de l’organisation spécifique TDAH. Elle a fait siens quelques grands
principes:
● L’efficacitéprimesurl’esthétique
● Limiteraumaximumlesobjets
● Limiterlesséquences
● Chaquechoseàsaplaceetvisible
● Purgesrégulières
Dans les chambres des enfants, il n’y a pas de housses de couette mais des sortes
d’édredonslavables,lesdrapsetlestaiesd’oreillernesontpasappariés.Uncalendrierest
affichédanschaquechambre.
Le mardi matin, chaque enfant enlève son drap et dépose le linge sale dans un panier.
Saraou sonmari fait letour des chambres,descend lelinge, lancela machine avantde
partir travailler puis en rentrant le sèche-linge. Le soir même, Sara redistribue un drap à
chaqueenfantquirefaitsonlit.
Pourlereste,Saraamisenplaceunjourdelessiveparpersonne(notésurlecalendrier).
Cejour-là seul le linge de cette personne est ramassé,lavé, séché, plié et remis sur les
étagèresétiquetées.
Un minuteur très bruyant a été mis en place à côté des machines, il sonne en continu
lorsquelecycleestterminé,rappelantaupropriétairedulingequ’ilesttempsdevenirs’en
occuper.
Saranes’embarrassenidetridulingeselonlescouleurs,niderepassageetachèteles
vêtements en conséquence. Elle ne se préoccupe pas non plus de l’attribution des
vêtementsauxdifférentsmembresdelafamille,évitantainsidelonguesséancesdetritrès
coûteusespourlespatientsTDAH.
Lors d’une séance de thérapie, Sara a exposé au groupe son système qui a été
immédiatement adopté avec des variantes. L’étiquetage des étagères a surpris, mais
certainspatientsl’ontplébiscitéetletrouventtrèsefficace.
Maxenceparexemplevitseuletpourtantesttrèsaidéparl’étiquetagedesétagèresquien
fait constitue une implémentation d’intention. Il a même enlevé les portes de certains
placards.
« Avant, lorsque je sortais mon linge du sèche-linge, je me sentais fatigué à l’idée de le
ranger et souvent il restait à traîner et je remuais le tas tous les matins pour chercher
commentm’habiller,jeconstatequemaintenantjeleplie,jeregardel’étagèreetjelerange
sanseffort,automatiquement.»
Joséphinequi se battaitavec la gestion dulinge de ses enfantségalement TDAH a été
surprise de constater avec quelle facilité ses enfants ont pris l’habitude de mettre
systématiquementleurlingesaledanslepanierdisponibledansleurchambre.
Auparavant, ils devaient eux aussi développer des séquences multiples et coûteuses en
réactivationpourallerporterleurlingedanslebaccommunetdenombreuseschaussettes,
tee-shirtsseperdaientenchemindansdesendroitsimprobables,cequiétaitpéniblepour
Joséphineetsourcedenombreuxconflits.
LESCOMMANDEMENTSDULINGESELONS.PINSKY
Nelaverquelelingemanifestementsaleoumalodorant.
Limiterlenombredevêtements.Silestiroirssontpleinsc’estqu’ilyatropdelinge.
Essayerdeviserl’objectifmaximumd’unemachineparpersonneetparsemainecequiest
acceptableentermesd’énergiepourunadulteTDAH.
Éliminerlerepassageetlesvêtementsàbesoinsspéciaux.
Éliminerletriparcouleuroutempérature(diminuerl’usureenlavantmoins).
Éviterdemélangerlesvêtementsdesdifférentsmembresdelafamille.C’estinefficacepour
lesvêtementspropresd’atterrirdanslachambredequelqu’unenattendantunhypothétique
tri.Decettefaçon,chacundèsqu’ilenestcapablepeutêtreresponsabledesalessive.
Pliage rapide et uniquement lorsque c’est obligatoire (pas pour les sous-vêtements,
chaussettesquivontdirectementdansleursespacesréservés).
Éliminerl’appariementetleroulagedeschaussettes.
Réduire les serviettes à une serviette par membre de la famille (deux pour les cheveux
longs),une serviettequi essuieun corpspropre n’apas besoin d’êtrelavée àchaque fois.
Ranger les serviettes sur un crochet dans la chambre de leur propriétaire qui peuvent les
laveravecleurlinge(éliminantainsilajournéelessivedutasdeserviettes).
Leschaussettes
Le cas des chaussettes est souvent un bon exemple pour illustrer la
façon dont la gestion des objets quotidiens sollicite les fonctions
exécutives. Il permet d’expérimenter le soulagement apporté par une
organisationadaptéeauTDAH.
Les chaussettessont le plus souvent achetées au hasard, selon l’envie
du moment, ce qui aboutit à une collection d’objets dépareillés. Pour
rechercher la jumelle, il est souvent nécessaire de manipuler plusieurs
autres chaussettes, tâche qui rebute beaucoup de gens mais qui peut
êtreextrêmementfatigantepourlessujetsTDAH.Siellen’apasdéjàété
mise en place, une stratégieefficace peutêtre de commencerpar jeter
toutes les chaussettes. On achètera ensuite deux lots d’une dizaine de
pairesavecaumaximumdeuxcouleurs.
Les chaussettes seront ensuite rangées ensemble dans un seul tiroir
défini, sans se préoccuper de leur appariement ; lorsqu’elles seront
considéréescommeusées,l’ensembledeslotsserontjetés.
Si le patient utilise déjà un système de ce genre, c’est en général de
façon consciente. On saisira l’occasion de renforcer positivement ces
stratégiesetdediscuterdesdomainesoùlesmêmesstratégiespeuvent
êtreapplicablesàlalumièredumodèledesfonctionsexécutives.
Organisationmatériellecuisine
● Utiliserlacuisinepourcuisineretpourcuisinerseulement.
● Définiretnommerdeszonespourchaqueactivité.
● Répartir les ustensiles dans les zones d’activité auxquelles ils
appartiennent.
● Nepasstocker.
● Déclarer régulièrement la guerre aux objets cassés, aux robots
incomplets,àlavaissellesuperflue,auxgadgetsinutiles.
LESRÈGLESDESPLACARDSD’APRÈSS.PINSKY
1) Ne jamais acheter quelque chose sans en avoir fermement planifié la consommation
danslasemaine.
2) Éviterlesachatsimpulsifsenseréférantexclusivementàlalistedecourses(affichéeà
ceteffetdanslacuisine).
3) Lutter résolument contre l’envahissement : il doit toujours rester de la place sur les
étagères.
4) Ilvous manqueun ingrédientBRAVO !C’est untriomphe,la preuved’une organisation
parfaite.Vousn’avezpasperdudetempsetd’argentàconstituerdesréservesinutiles.
Vousimproviserezunfestindetoasts.
5) Vivezauprésent.
6) Necraignezpasdemanquer:vouspouvezcomptersurvotrecréativitéencasdebesoin
etnousnevivonspasdanslajungle,ilyatoujoursuneépiceriepasloin.
Organisationd’unespacedetravail
L’accumulation de papiers non traités (factures, rappels…), de dossiers
incomplets sous forme de piles qu’il faudra trier, est très souvent un
facteurmajeurdeprocrastinationchezlesadultesprésentantunTDAH.
Touteactivitédetrinécessitelamiseenœuvred’attentionsoutenue,de
priorisation.Ces activités comportent de multiples séquences, avec des
réactivationscoûteusesenénergieetquisonteffectivementépuisantes.
Ilestdoncnécessairelorsquelepatientnel’apasdéjàfaitdemettreen
placeunespacedetravailconfortable.
Ceci peut être travaillé avec le patient d’après photos. L’objectif est
commetoujoursdecréerunezone,dédiéeautraitementdespapiersde
la vie quotidienne, comportant le moins de distracteurs possibles,
rassemblantàuneplacedéfinietouslesobjetsnécessaires(agrafeuse,
scotch,timbres,stylos…)etorganiséedefaçonàlimiteraumaximumle
nombredeséquences.
Cettezonecomporteparexempleunfauteuilconfortableàroulettes,une
grandetable,dumatérielinformatique,untiroirdédiéaupetitmatériel,un
grand tiroir à classeurs verticaux avec cinq ou six classeurs étiquetés,
uneboîtedetransitoùsontposésdefaçonvisibleetrepérabletroisou
quatre dossiers en cours et deux poubelles : l’une classique pour jeter
immédiatement les papiers dont on est sûr de vouloir se débarrasser,
l’autre sous forme de bac, pour déposer dans l’ordre chronologique les
papiers dont l’utilité est douteuse (reçus de carte bleue, factures
acquittées,informations…).Cettesecondepoubelletransitoirepermetsi
besoinderécupérerrapidementunpapier,limitantdoncl’angoisseliéeà
une erreur de tri du fait de priorisation défaillante. Elle est vidée
lorsqu’elleestpleineauboutdequelquesmois(sanstri!).
La mise en place d’une telle organisation permet au patient
d’expérimenter le soulagement des fonctions exécutives apporté par
l’implémentation d’intention (seule zone de traitement, réduction des
séquences). Le patient constate que sans effort, il procrastine moins et
quecetyped’organisationestfacileàmaintenirdansladurée.
ADOPTERUNEHYGIÈNEDEVIEMINIMALISTE
CertainsadultesTDAHvontbienetneconsultentquepourconfirmerun
diagnostic après avoir reconnu dans des lectures des éléments de leur
parcours,particulièrementdansl’enfance.
Ilesttrèsinstructifdeporterattentionàlamanièredontilsontorganisé
leurespacedevie.
Selon leur génération, leur culture, leur orientation religieuse, leur
parcours, les adultes qui vivent bien avec leur TDAH ont trouvé des
pistes efficaces dans la simplicité joyeuse de François d’Assise, dans
l’épuration reposante du Feng Shui taoïste, dans la méthode japonaise
des5S…
SaintFrançoisd’Assise
Lorsquelesfrèresvontparlemonde,qu’ilsn’emportentrienenvoyage:nisac,nibesace,
nipain,niargent,nibâton(premièrerègle1221).
LES5S
1) Seiri:Débarrasser.
2) Seiton:Mettreenordre.
3) Seiso:Nettoyer.
4) Seiketsu:Maintenirlapropreté.
5) Shitsuke:Respectercesprincipesavecrigueur.
Aliceetseschaussures
Alice,mamansolodedeuxenfantsprésentantégalementunTDAHestfièrederapporter
au groupe ce qu’elle considère comme une victoire. « Accro » aux chaussures, elle les
accumulait. Un jour elle a de façon impulsive acheté une nouvelle paire assez chère et
s’est rendu compte à sa grande honte qu’elle en possédait déjà deux paires neuves
strictementidentiquesoubliéesaufondd’unplacard.Aprèscetincidentelleadécidédene
pasposséderplusdequatrepaires.Lorsqu’elleesttentéeparunachat,conformémentàla
règle qu’elle s’est fixée, elle se demande quelle paire elle va donner ou jeter. Les
conséquencesdecettestratégiesontqu’elleatoujoursdetrèsbelleschaussures,presque
neuves,qu’elledépensefinalementbeaucoupmoinsetquetoutnouvelachatestsourcede
beaucoupdeplaisir.Etenplusdit-elleavecmalice,elleal’impressiondefaireunebonne
actionendonnant.
Lesoulagementapportéparcettedécisionl’aincitéeàmettreenplacecetypedestratégie
dansdenombreuxdomainesdelaviequotidienneetàl’enseigneràsesenfants.
LeprincipegénéralpourunadulteTDAHestdeselancerledéficonstant
defaireavecleminimum.
L’adoptiondecettephilosophieapporteunsoulagementinestimable.
L’étape la plus difficile consiste à débuter par une purge radicale des
objets inutiles, sans s’attarder sur la séquence tri et en allant jusqu’au
boutduprojet,c’est-à-direjusqu’àlapoubelle.
Par la suite, la plupart des patients n’ont pas de difficulté à adopter le
principe minimaliste, ils en mesurent rapidement l’intérêt car ayant fait
depuisl’enfancel’expériencedemultiplespertesd’objets,ilssaventque
très peu d’objets sont indispensables et que tous peuvent être
remplacés.
Lorsque l’espace de vie du patient est extrêmement désorganisé, une
approchespécifiqueestprioritaireavantdepouvoircommencerletravail
destratégiescognitivescomplexes.
VignetteClinique
Dansl’illustration clinique du chapitre10 (Comment évaluerl’espace de vie), l’espacede
vie de Claire à la suite de son déménagement, était envahi de boîtes transparentes, de
cartons à moitié déballés et de vêtements, papiers, objets divers posés par terre. Claire
travaillait et avait en urgence besoin de pouvoir se reposer dans un espace moins
déprimant.
Ilaétémisenplaceunprojetderangementprogressif(coachinginfirmier).
Clairearassemblélekitdesurvieminimal(toilette,linge,assiette…)pourpouvoirvivre15
jours.Laplacedecematérielaétédéfinie.
Lesboîtestransparentesontétévidéesetinstalléesdanslapiècepouraccueillirlesfuturs
objetsdestinataires,ellesontànouveauétéétiquetées.
Claire a recouvert de draps l’ensemble de son « bazar ». Le désordre ayant en quelque
sortedisparul’appartementdevenaitreposant.
La première règle à suivre farouchement était : ne rien poser sur ou sous le drap. Tout
nouvelobjetmanipuléparClairedevaitaboutiràsadestination(poubelleouboîteadhoc).
Touslesjours,enfonctiondesonénergiedumoment,Clairesoulevaitunepartiedudrap
ettraitaitaumoinsdeuxobjets.
CettesituationadurétroissemainespendantlesquellesClaireaexpérimentéqu’elleavait
besoindemoinsd’objetsquecequ’elleimaginait.
Un mois après, elle a pu pendre la crémaillère dans son appartement dont elle maîtrise
mieuxlefonctionnement.
AUTRESPISTES
Les adultes TDAH qui vont bien nous apprennent qu’ils ont su adapter
leur environnement et construire ainsi leur nid, tenant compte de leurs
particularités.Trèssouventilsontaussiintégrédansleurvieuneactivité
physique régulière quotidienne et assez importante, et des moments
dédiésàuneactivitégénéralementsolitaireenlienaveclacréation.Ces
aspects qui pourraient être intégrés dans des stratégies thérapeutiques
sontinsuffisammentexplorés.
BIBLIOGRAPHIE
PINSKY SC (2012). Organizing Solutions for People with ADHD, 2nd
Edition-FairWindsPress.
RAMSAY JR, ROSTAIN A. (2015) Cognitive-behavioral therapy for adult
ADHD: An integrative psychosocial and medical approach (2nd ed).
NewYork,NYUS:Routledge/Taylor&FrancisGroup.
SAFRENSA,PERLMANCA,SPRICHS,OTTOMW(2005).Masteringyouradult
ADHD: A cognitive-behavioral treatment program therapist
guide.OxfordUniversityPress;NewYork,NY.
SOLANTO MV. (2011) Cognitive-behavioral therapy for adult ADHD :
targetingexecutivedysfunction.NewYork:GuilfordPress.
YOUNG S, BRAMHAM J (2012). Cognitive-behavioural therapy for ADHD in
adolescents and adults: A psychological guide to practice (2nd ed).
WestSussex,England:Wiley.
Chapitre13
Travaillerl’organisation
etlagestiondutemps
COMMENTCOMMENCER?PRENDRECONSCIENCE
DESESDIFFICULTÉS
Lafaçondontlepatientdisposedesontempsest-elleselonluiadaptée
àsesobjectifs?
Il est possible d’utiliser l’échelle de gestion du temps de Susan Young
comme point de départ et base de discussion. Cette échelle peut être
proposéeànouveauencoursdethérapiepourévaluerlesprogrèsdans
la mise en place de stratégies adaptées. http://bcs.wiley.com/he-
bcs/Books?action=index&itemId=1119960746&bcsId=7251
Lepatientest parexempleinvité àévaluerà quellefréquence,il faitun
emploidutempsécrit,terminecequ’ilaplanifié,al’impressiondeperdre
sontemps…
▶Commentlafaçondegérervotretempsgêne-t-elle
laréalisationdevosobjectifs?
À partir d’un ou deux exemples de la vie quotidienne, on listera les
objectifs non atteints en guidant le patient vers la définition d’objectifs
spécifiques (je suis toujours en retard, par exemple, peut être plus
utilementformuléainsi:jeneparvienspasàêtredevantl’écoleàl’heure
delasortiedemafille,ouj’arriveplusdetroisfoisparsemaineenretard
autravail).
L’accentn’estpasmissurlecontenudelatâchemaissurlafaçondont
le patient l’a planifiée et réalisée. Pour chaque exemple on examinera
si:
● l’actionaétéplanifiéeounon;
● sil’actionaétéplanifiée,a-t-elleétéréaliséeaumomentprévu,sinon
pourquoi,ques’est-ilpasséàcemoment?
Cetexercicepermetderepérerdifférentescausesd’échecderéalisation
del’objectifquidoiventêtreanalyséesexplicitement:
● absencedeplanification;
● sous-estimationdutempsnécessaire;
● tâche non réalisée au moment prévu (évitement anxieux, difficulté
d’activation sur la tâche, opposition, tâche non décidée, autre action
considéréecommeprioritaire).
▶Quelimpactontlesobjectifsnonatteintsdufaitd’une
mauvaisegestiondutempssurvotreviequotidienne?
On guidera le patient pour lister les conséquences de la
désorganisation : échéances non respectées, difficultés avec son
employeur, ses collègues, projet non abouti, perception par les autres,
mauvaiseestimedesoi…
Comme nous l’avons vu dans le chapitre sur les mécanismes de
changement,denombreuxsujetsprésentantunTDAHontdesdifficultés
àprendreuntempsd’arrêtnécessairepourévaluerlesconséquencesde
leurs actions. Ceci est particulièrementvrai pour les retards chroniques
pour lesquels ils ont souvent développé un sentiment d’impuissance
apprise.«Jesuiscommeceladetoutefaçon,jenechangeraipasettout
lemondelesaitetn’attendriend’autredemoi,cen’estpasgrave».Les
conséquencesdesretardssurlaperceptionparlesautres,surlaréussite
desprojetsetsurl’estimedesoisontsouventsousestimées.
Une façon efficace de travailler la motivation au changement est
proposée par Susan Young qui utilise une grille d’évaluation de la
ponctualité http://bcs.wiley.com/he-bcs/Books?
action=index&itemId=1119960746&bcsId=7251.
Lepatientestinvitéàserappelerlescirconstancesoùilaétéenretard
lorsdumoisécoulépourunrendez-vouspersonnelouprofessionnelou
pour rendre un travail. En regard de chaque situation, il évalue (de 0 à
10) l’importance pour lui de la ponctualité dans ce cas précis. Il lui est
égalementdemandéderéfléchirparécritauxconséquenceséventuelles
duretarddanscettesituation.
Le thérapeute guidera le patient dans l’examen de l’ensemble des
conséquencesdesonretard,entermesd’impactsursonorganisationet
celles des autres, mais aussi sur son estime de soi, son sentiment de
fiabilitépersonnelle.
Vignetteclinique
Sylvie est mariée et a trois enfants. Elle présente un TDAH sévère responsable d’une
désorganisationimportante.Professionnellementelleadenombreusessatisfactionsmême
siellepeineparfoisàrendresontravaildanslestempsmaislagestionduquotidiendela
viedelafamilleladépasse.
Elle présente ses nombreux retards comme constitutionnels et banalise leur impact. Un
travailsur les conséquencesdes retards l’amène àréaliser que son maria mis en place
pourypallierunesolutionquinelasatisfaitpas.Pouréviterquelesenfantsnesoienten
retardle matin, le mari a demandé à sa mère de venir les prépareret les accompagner.
Sylviereconnaîtl’efficacitédecettesolutionmaissesentdépossédéeethumiliée.
Un des premiers objectifs qu’elle choisira et atteindra rapidement sera de parvenir à
conduiresesenfantsàl’écoledefaçonfiableàl’heure.
▶Avez-voustrouvédesstratégiespourfaireface
àcesdifficultés?
● Quellesstratégiesontétéefficacesuncertaintemps?
● Pourquoietcommentlesavez-vousabandonnées?
● Quellesstratégiessontefficacesdefaçondurable?
Engroupelesparticipantsserontencouragésàpartagerleursréflexions
surcesquestions,l’accentseramissurlesdifférentesfaçonsd’aborder
cesproblèmes.
▶Illustrationpratique
Exemplede travailsur letemps lorsd’une séanced’un groupede TCC
(adaptéelibrementdumanueldeSusanYoung).
✔Commentlafaçondegérervotretempsgêne-t-ellelaréalisation
devosobjectifs?
On propose dans un premier temps aux participants de décrire leurs
difficultésdegestiondutemps.
Lesdifficultéssontlistéessuruntableau
● Difficultés à être à l’heure. Certains sont fréquemment en retard,
quandd’autresaucontraireprévoientdesmargesdeplusieursheures
afind’anticipertoutesleséventualitéspossibles.
● Difficulté à savoir ce qui est prioritaire, l’adaptation au temps
disponibleestdifficile.
● Destâchessansintérêtimmédiatsontréaliséesavantdestâchesplus
urgentesouquinécessiteraientd’êtreanticipées.
● Les outils d’organisation sont parfois utilisés de manière sporadique,
et ne peuvent donc servir de support efficient à la planification de
projet.
● Lagestiondeprojetssurlelongtermen’estpasmiseenlienavecune
organisationprécisedestâchesauquotidien.
✔Quelimpactontlesobjectifsnonatteintsdufaitd’unemauvaise
gestiondutempssurvotreviequotidienne?
✔Avez-voustrouvédesstratégiespourfairefaceàcesdifficultés?
Letempsparaîtutiliséplusefficacementlorsque:
● latâcheesturgente(oul’estdevenueàforced’êtrerepoussée);
● lorsqu’ilyaundéfiàrelever(absenced’uncollègue,chargedetravail
importante) mais le projet réalisé dans l’urgence est souvent vécu
commeinsatisfaisant;
● l’impulsion d’un rythme par un élément externe est une stratégie
efficace: musique,personneprésente àcôté. Pourtantces éléments
peuventaussiêtrevécuscommedesdistracteurs;
● seulunpatientporteunemontreetl’utilise;
● plusieurs participants ont insisté sur les ressources qu’ils se
découvrentdansdessituationsdifficiles,ressourcessurlesquellesils
peuventensuites’appuyer.(voirabordscognitifsdesbiaispositifs).
AMÉLIORERLACONSCIENCEDUTEMPS
Gérer son temps implique d’allouer plus ou moins consciemment des
plagestemporellesàuneactiondonnée.Ilestdoncindispensabled’avoir
une idée précise du temps nécessaire pour accomplir une action, du
temps qui vient de s’écouler depuis le début de l’action en cours et du
tempsdisponiblepourlaterminer.
ChezdenombreuxsujetsprésentantunTDAH,lesrecherchesmontrent
que la sensation interne del’écoulement temporelpourrait être calibrée
defaçoninadaptée.
Commentdèslorsaméliorerlaconsciencedutemps?
Cettequestionpeutfairel’objetd’untravailindividuelouengroupe.
▶Exercicesd’estimationdutempsconsacréàuneaction
delaviequotidienne
Cet exercice souvent ingrat au début nécessite d’être répété
régulièrement. Les fluctuations constatées dans les estimations
permettront une meilleure prise de conscience de la nécessité de
s’appuyer sur un outil d’évaluation externe ainsi qu’un « calibrage »
temporelplusadaptédessituationsdelaviecourante.
Lepatientestinvitéàchoisirquelquesactionsdesaroutinequotidienne
ouqu’ilal’habitudedefaire,ànotercombiendetempsilpensequecette
action lui prend ordinairement, puis à évaluer en situation avec un outil
(montre, chronomètre, horloge) le temps réellement consacré à cette
action.
Le thérapeute mettra l’accent sur l’importance du développement de
cettecompétenceetredonnerarégulièrementdesfeuillesd’exercice.
L’exercicedoitêtrerépétéjusqu’àcequelepatientacquièreunenotion
réalistedutempsnécessairepouraccomplirlesdifférentesétapesdesa
routinequotidienneetd’actionshabituellespourlui.
Exerciced’estimationdutemps.Illustrationclinique
Tableau13.1.Carole–Séance2
Tableau13.2.Carole–Séance4
Estimation Heurededébut Heuredefin Tempsréel
dutemps
pourréaliser
cetteaction
Fairelavaisselle unedemi-heure 9h 9h25 25min
Nettoyerlasalle 15min 9h20 9h35 15min
debains
Carreaux Uneheure 9h30 10h30 1heure
Prendreune Unedemi-heure 9h30 9h55 25min
douche
Enpeudetemps,uneestimationréalistedutempsconsacréauxactions
de la routine quotidienne et à d’autres tâches habituelles est obtenue,
l’amélioration de la concordance des estimations permet de prendre
conscience des progrès réalisés. Comme on le verra plus loin, cette
meilleure estimation permet de s’activer plus facilement sur la tâche
(perçue comme moins rebutante) et d’augmenter ainsi la probabilité de
saréalisation.
▶Apprendreàutiliserlejournaldetemps
Il s’agit rappelons-le de rendre compte heure par heure ou demi-heure
pardemi-heuredel’utilisationdutempsaucoursd’unejournée.
Iln’estpasinhabituelquelespatientsprésentantunTDAH,neréalisent
pas immédiatement cet exercice, qu’ils transforment en un relevé des
tâchesquotidiennesaccomplieslaveilledelaséancesuivanteetrédigé
leplussouventlesoir,sanssouvenirprécisdelafaçondontl’actions’est
accomplie.
Il faudra donc s’assurer que l’objectif de l’exercice est bien compris : il
s’agitd’uneautoobservation,ensituation,d’unexercicededétective:où
estpassémontemps?Commentl’ai-jeutilisé?
Le journal de temps doit être débuté avec le patient au cours de la
séanceenretraçanttouteslesactionsaccompliesdemi-heurepardemi-
heure. Le journal de temps accompagne le patient pendant toute sa
journée,et unetracedevraêtrelaisséetouteslesdemi-heurespendant
deuxjours.
Lorsque cet exerciceaura été compris etaccepté par le patient,il sera
répété lors de différentes étapes de la thérapie sur des durées plus
brèvespermettantainsi,derepérerles«piègesàtemps»,d’évaluerles
plagestemporellesréellementutiliséespourdesactions(ounonactions)
quelepatientjugeutilesouagréablespourluietdemesurerlesprogrès
accomplis.
▶Accepterleportpermanentd’unoutildemesureexterne
dutemps
Le port d’une montre par un sujet adulte présentant un TDAH est en
généralassociéàunebonneprisedeconscienceetacceptationdeses
difficultés.Lesexercicesprécédentsontpourobjectifd’aiderlepatientà
prendreconsciencede sesdifficultésde perceptioninternedu tempset
d’accepter d’avoir recours en permanence à un instrument de mesure
externedutemps.
APPRENDREÀUTILISERUNAGENDAPLANNING
ETDESLISTESDETÂCHES
Nousabordonsicilapartielaplusdifficilepourlespatients.Aborderces
techniques et particulièrement l’utilisation de listes de tâches, de
planification, de résolution de problèmes n’est possible que lorsque le
patienta une assez bonne conscience et acceptation de ses difficultés.
Lorsquecen’estpaslecas,ilestimportantdepasserletempssuffisant
surdesexercicesd’auto-évaluationetdelimiterlestâcheschoisiespour
travailler à des actions peu complexes, limitées dans le temps et très
clairement définies. Souvenons-nous que l’objectif principal est de
permettre au patient d’expérimenter un sentiment de fiabilité, élément
essentieldel’estimedesoi.
▶Choisirunagenda
Tous les programmes de thérapie s’adressant aux adultes TDAH,
insistentsurlanécessitédeconsacrerletempsnécessaireauchoixd’un
agendaetàl’apprentissagedesonutilisation.
MarieSolantoproposeunesériedemaximes.
LESCOMMANDEMENTSDEL’AGENDAPLANNING
UnseulAgendatuauras.
Toujoursavectoiilsera.
TroisfoisparjourtonAgendaturegarderas.
Toutrendez-vousimmédiatementtunoteras.
L’agendadoitêtre:
● «portable»vousdevezl’avoirsurvousenpermanence;
● faciled’utilisationpourVOUS(électroniqueouformatpapier);
● suffisammentaérépourpouvoirynoterleslistesdetâchesdujouret
leslistesdeprojetsàpluslongterme;
● facileàremettreàjour.
Dèslapremièreséanceondemanderaaupatientd’évaluersonagenda
actueletdesemunird’unagendaadapté.
● Évaluer votre agenda actuel et vérifier qu’il répond aux
caractéristiquesdéfiniesplushaut;
● Enchoisirunautresinécessaire;
● Nepasrepoussercettedécision;
● Vousnedevezavoirqu’unseulagenda.
Àcestade,ilesthabituelquelepatientdisequ’iladéjàessayéplusieurs
fois d’utiliser des listes et des agendas, mais qu’il ne les suivait pas et
finissaitparabandonner.Lapremièreséancedegroupepermetsouvent
des échanges très riches autourde l’utilisationcomparée des agendas.
Discuter avec d’autres adultes présentant manifestement le même type
de difficultés qu’eux et ayant mis en place des stratégies d’utilisation
d’agendaefficacespermetauxpatientsd’envisagerdetenterànouveau
l’expériencemalgréplusieurstentativesinfructueuses.
L’agendaestl’outilfondamentaldel’adulteTDAH.Lesséancesdédiées
à la gestion du temps visentà permettre au patient de mettre en place
une façon spécialisée d’être organisé. Il existe plusieurs façons de
planifier et d’utiliser des outils de planification, l’important est de se
connaîtreetd’arriverprogressivementàfairecoïnciderlaplanificationet
l’action.
Relever ce défi nécessite un temps d’apprentissage, à chaque séance
les discordances entre la planification et les réalisations seront
systématiquementdiscutéesdefaçonàmettreenévidencelesdifférents
mécanismesayantconduitàcetteinadaptation.
▶Accepterd’utiliserl’agenda
Lorsqu’ilauraétéchoisi,lesystèmed’agendaresteralemêmependant
touteladuréedelathérapie.Lepatientpourramodifiersonsystèmeplus
tards’illesouhaite(ourevenirausystèmeprécédent).
Le travail sur l’agenda n’a de sens que s’il est accepté par le patient
commeunentraînementquotidienvisantàfairel’expérienced’uneautre
façon de fonctionner. Pour mettre en place cet apprentissage trois
conditionssontnécessaires:
Regarderl’agendatroisfoisparjour
Un planning non consulté n’a aucun impact et aucun intérêt. Regarder
sonagendadoitdevenirunehabitude,pourcelailfautaudépartancrer
cette routine dans une habitude déjà stable (café, pause déjeuner,
brossagededents,coucher…).
Une de ces trois consultations, celle de midi par exemple, servira à
mettreàjourleplanningetàreprogrammerlestâchesnonterminées.
Consacrerdutempsàlaplanification
« Ne pas s’arrêter pour planifier, c’est comme essayer de refaire ses
lacetsencourant»Rostaintraduitcelaendemandantdefaçonexplicite
au patient de consacrer dix minutes par jour à la planification de la
journée du lendemain. Ces dix minutes « honnêtes » doivent dans la
réalité être composées de 600 secondes mesurées à l’aide de
l’instrument externe de mesure du temps choisi par le patient. Le
momentdédiéàlaplanificationdoitêtreplanifiéetlàencoreancrédans
une routine quotidienne. On définira donc avec le patient le lieu et le
momentoùilconsacreraces10minutesàcetravail.
Utiliserassidûmentetextensivementl’agendajusqu’àce
quecetoutildevienneindispensableetconfortable
L’adulteTDAHsaitcommentfaire,ilnesaitpasfaireensituation.
Unemeilleureconnaissancedesoipermetd’accepteretdetenircompte
des défaillances imprévisibles des fonctions exécutives pour
progressivement mettre en place une organisation spécialisée,
personnalisée, efficace et confortable. L’utilisation de l’agenda doit être
comprise comme un apprentissage par essai/erreur qui comme tout
apprentissage demande du temps. Il est important que le patient
comprenne que l’agenda n’est pas une contrainte mais un outil
permettant(commelesstratégiesd’organisationmatérielle)lesoutiende
sesfonctionsexécutivesimprévisiblesensituation.
Il n’est pas rare que l’utilisation optimale de l’agenda prenne plusieurs
années.L’agendaestsouventutiliséaudébutcommerecueilderendez-
vous,oucommesupportpourunelistedetâchesvaguementdécidées,
régulièrement repoussées, puis par obligation pour planifier la vie
professionnelleoulesimpératifsfamiliaux.
Lorsqu’ilutiliseunagenda,l’adulteTDAHn’ynote,commelaplupartdes
gens, que ses rendez-vous distants et ses obligations professionnelles.
Adopter une organisation spécialisée implique une utilisation beaucoup
pluslargedel’agendaquidoitservirdesupportàl’ensembledesaspects
delaviequotidienne.C’esteneffetdanslagestionenautonomiedesa
viequotidienne,quelesujetTDAHestendifficulté.
Si l’utilisation de l’agenda doit être extensive, la liste de tâches
quotidiennesparcontredoitêtretrèslimitée.L’objectifestquelestâches
programméessoientréaliséesdefaçonfiableetconfortable.
Ilfautdoncàlafoisélargirconsidérablementlesplagesconcernéesparlaplanificationdans
l’agendaetlimiterdrastiquementlalistedestâchesàplanifier.
Cen’estquelorsquelepatientauraunebonnecompréhensiondesonfonctionnementqu’il
pourra accepter d’utiliser l’agenda dans tous les domaines de sa vie comme une prothèse
essentielleetcommeunoutilincontournabledesaliberté.
▶Apprendreàutiliserleslistesdetâches
Dèslapremièreséanceondemandera auxpatientsdenotertousleurs
rendez-vous et obligations dans leur agenda et de continuer à le faire
pendanttouteladuréedelathérapie.
Danstonagendatoutrendez-vousimmédiatementtu
noteras!
L’étapesuivanteestd’établirlalistecomplètedetoutcequelepatienta
à faire dans sa vie quotidienne. Cette première liste est notée sur un
cahierquiseraunoutildetravailimportantpendantlathérapie.
Les patients ont déjà essayé à plusieurs reprises de faire ce type de
listes.Ceuxquiviennentconsultern’ontengénéralpaspersévérécarils
se sont sentis submergés, dépassés incapables de faire tout ce qu’ils
avaientécritoutrèsanxieuxàl’idéedenepassavoirparoùcommencer.
Les avantages de ce type d’organisation et ses inconvénients
(impressiondecontrainte,pertedetempsaudébut)doiventêtrediscutés
etexplicitésaveclespatients.
AccepterdeFaireunelisten’estpasDécider,c’est
commenceràFaire
Ilestimportantdecomprendrecettelistecommeunespacedestockage
permettant de libérer en confiance la mémoire de travail. Il s’agit
simplement de déposer l’ensemble des projets dans une boîte d’accès
facile,permanent,immédiatdefaçonàpouvoir yréfléchirendehorsde
lasituation,c'est-à-direàunmomentoùlesujetpeutmettreenplaceses
fonctionsexécutivesdansdebonnesconditions.
L’adulte TDAH sait comment faire, il ne fait pas de façon fiable en
situation.
Pourcommencerontravailleraleplus souventsurdeslistesglobalesà
relativementcourtterme(uneàsixsemaines).
Accepterdetravailleraveccettelisteglobalec’est:
● Accepter la planification comme une tâche, une action à intégrer
systématiquement dans la liste. (Accepter donc la nécessité de
consacreruneplagedetempsàlaplanification).
● Accepter de considérer cette liste comme une ressource, une
prothèse à une mémoire de travail défaillante et accepter de la
réactualiserrégulièrement.
Àpartirdecetteliste,onchoisiraaveclepatientunpremierobjectif(tout
petit)qu’ils’agiradeplanifieretderéaliserdefaçonadaptéec'est-à-dire
en respectant les phases de l’action. L’objectif sera formulé de façon
spécifique,accessibleetmesurable.
Desplagesdetempsserontidentifiéesdansl’agenda,délimitéesparun
débutet une finprécis (préparation dumatin, transport, travail,activités
de loisir, organisation des repas, ménage, gestion des papiers
administratifs…).
Illustrationclinique:Extraitd’uneséancedegroupelibrement
adaptée
desprogrammesdeSusanYoungetdeMarieSolanto
Lesdifférentesétapesd’unplan
1) Sefixerunobjectifconcret,réalisteetclairementidentifié,afindepouvoirmesurers’ila
étéatteintounon.
2) Fairelalistedesélémentsetactionsnécessairespourparveniràcetobjectif.
3) Hiérarchiserlesdifférentestâches.
4) Estimerletempsnécessaireàleurréalisation.
5) Planifierlaréalisationdestâches.
6) Prévoirdespausesetdesrécompenses.
Quel que soit le projet envisagé, et pour tout le monde, le respect de ces étapes est
indispensableàlaréalisationeffectiveetfiableduprojet.
Pourdenombreusespersonnes,lorsqueleprojetn’estpastropcomplexecesdifférentes
étapess’enchaînentspontanémentdefaçonpresqueinconscienteetautomatique.
Pour les personnes présentant un TDAH, ces étapes ne sont souvent pas respectées à
causedesdifficultésliéesauTDAH,mettantenpérillaréalisationduprojet.
Parexemple :impulsivité dansle choix del’objectif, oublisde certainesétapes, abandon
devantuneétapeennuyeuse,difficultéàétablirunepriorité,objectifperdudevue…
Pour les sujets avec un trouble attentionnel, identifier précisément chaque étape et les
respecterpermetd’augmentertrèsnettementlaprobabilitéderéussitedel’objectifetainsi
defairel’expérienced’uneplusgrandefiabilité.
Introductiondelanotiond’Objectif
Pourinstallerunnouveaucomportementsouhaité,oumodifierunehabitude:aprèsavoir
listé les étapes de ce projet, il est important de définir au moment de passer à l’action
l’objectifdel’actiondefaçon:
Spécifique : l’énoncé de l’objectif doit être spécifique, simple sans aucune ambiguïté,
compréhensibleettrèsprécis.Laréalisationdecetobjectifdoitdépendredevous.
Mesurable:sonrésultatestquantifiable(uneétagère,unchapitre…).
Accessible:ilestinutileetcontre-productifdechoisirunobjectifambitieux.Aucontraire,il
fautallerversl’objectifquivoussembleémotionnellementleplusconfortabledevotreliste.
Reproductible : cet objectif se reproduit sur plusieurs jours (tout apprentissage nécessite
une répétition, le nouveau comportement à force d’expérience devient plus facile voire
mêmeautomatique).
Temporellement défini : limité en termes de délai et de date. C’est « l’enveloppe
budgétaire»detemps(max12mois).
Cesdifférentesétapessontensuiteappliquéesàunobjectifprécis:arriveràl’heurepourla
prochaineséance.
Diverses stratégies sont mentionnées au cours de la discussion. La mise en œuvre de
stratégies de rétro-planification est notamment proposée. Pour être efficace, la rétro-
planification doit cependant tenir compte des spécificités du trouble, en prévoyant par
exemple le temps nécessaire à la transition d’une tâche à une autre ainsi que le temps
d’activationsurlatâche.
Pourlaséancesuivante
Objectif:Réfléchirauxstratégiespermettantd’arriveràl’heureàlaprochaineséanceetles
mettreen place.On considéreraque l’objectif estatteint sil’arrivée a lieuentre 13h15et
13h30.
Remplirlejournaldetemps.
Ilesttrèsimportantdepasserletempsnécessairesurcetteétape.Parmi
les adultes TDAH qui consultent un assez grand nombre ne comprend
pas que les actions définies sur le cahier de projet ont vocation à être
ensuite notées dans l’agenda et concrétisées au moment prévu par un
passageàl’action.Cetteincompréhension,chezdesadultesquiontfait
des études et travaillent est assez impressionnante et est au cœur de
leur handicap. De la même façon qu’un sujet présentant une dyspraxie
visuo-spatiale pourra apprendre grâce à des stratégies de
contournement des notions théoriques de géométrie sans avoir aucune
représentation spatiale d’un parallélogramme, il faut comprendre qu’un
certain nombre de sujets présentant un TDAH n’ont aucune
représentation du temps et de son organisation. Certaines stratégies
doivent donc être appliquées sans être comprises, de façon abstraite,
métaphorique.
Les échanges entre les patients lors du travail sur la planification
témoignentdecesdifficultés.
Séancedegroupeadaptéelibrementduprogramme
deSusanYoung
Jean:moij’aifaitlalistedetoutcequejedoisfairecettesemaineetj’aiclassélestâches
avecdescouleurs,jetrouvecelapluspratique.J’aimislestâchesprioritairesenrouge.
Anne:mais,cen’estpastrèsclairpourmoileshistoiresdepriorité.J’ail’impressionque
toutestprioritaire.
Claire:moic’estlecontraire,rienn’estprioritaire,c’estmoinsstressant,ducoupjenefais
rien.Cequejen’aipascomprisc’estlerapportentrelalistedetâchesetl’agenda.Qu’est-
cequ’ondoitfairequandonafaitlaliste?
Anne:onacoupélestâchesentoutespetitestâches,commeçaonlesmetdansl’agenda
et c’est plus facile de les faire, tu mets la petite tâche à l’heure où tu peux la faire, par
exemple,toi,tonobjectifprincipalc’estqu’onpuisserentrerdanstonappartement,tul’as
écritsur ton cahier. Tu l’as découpé en sous-objectifs, un des sous-objectifsc’est que la
vaissellesoitpropreetdanslesplacardsetl’éviervide.
Claire:ouiceseraitbien,maisjedoismettrequoidansl’agenda?
Jean:enfait,cequej’aicomprisc’estquel’agendaestsurtoututilepournous,paspourle
travail, au travail on a une structure, une colonne vertébrale de temps qui nous guide et
aprèsonfaitcequ’onaàfaire,maisquandtuescheztoi,tun’aspascettestructure.
Alice:saufquandtuasdesenfants,çaaideàdéfinirlespriorités,quandtudoisallerles
chercher à l’école, tu n’as pas le choix, faut trouver un système qui marche. Mais j’étais
comme toi, Claire quand je me disais que j’allais ranger et faire le ménage, trois heures
aprèsilyavaitencoreplusdedésordreetmoi,j’étaisdécouragée.Maintenantjemesers
del’agendaàlamaison.Lelundimatinparexemplej’aiprogramméuntrucquejen’aime
pasfaire,jejettetoutcequiestpérimédanslacuisineetjelave,jem’ymetsà9hpiledès
quejerentredel’école,à10hc’estfinietaprèsjevaiscourir.Tuvois,c’estnotélàdansle
cahier de projets : projet garder la maison dans un état correct. Liste de tâche projet
ménage:cuisineàfond.Etdansl’agendalundi9h.
Claire:ahjecroisquejecomprends,enfait,c’estcommesilestâchesducahierprenaient
lebuspourallerdansl’agenda!
Axel: c’estbien dedire celacomme ça,moi nonplus jen’avais pascompris.Je croyais
quequandonfaisaitlalistec’étaitlamêmechosequedemettrelestâchesdansl’agenda.
Claire : donc dans projet vaisselle, objectif laver deux assiettes et hop le bus, dans
l’agendaetlaverdeuxassiettesquandjerentre.
Alice:ouimaissituneregardespastonagendaçamarchepas.
Claire:jeneleregardepasparcequ’iln’yariendedans.
Axel:maintenanttonagendac’estunarrêtdebus,yadumondequidescend.
Aufuretàmesure,lecahierinitialévolueraverscequel’onpeutappeler
uncahierde projets.Un adulteautonome gèreen effetenpermanence
plusieursprojetsenparallèle.C’estlagestionparallèledecesdifférents
projets qui est problématique pour le sujet TDAH car cette gestion
nécessiteunséquençage,unepriorisationetuneadaptationaucontexte,
autrementditsolliciteenpermanencelesfonctionsexécutives.
Chaque projet choisi pour travailler sera identifié, séquencé en actions
spécifiques.Petitàpetit,letemps(10min)deplanificationquotidiensera
consacréà une revue d’ensemble de l’état d’avancement des différents
projetsetàladéfinitiond’unelistedetâches(ouactions)quotidienne(To
DoList) cestâches quelesujet auradéfinies commeprioritaires seront
planifiéesdansl’agenda.
Illustrationcliniquedeuxséancesconsécutivesconsacrées
àlagestiondutemps:séancesdegroupeadaptéeslibrement
desprogrammesdeSusanYoungetdeMarieSolanto
Lesdifficultésattentionnelleset demémoireontdéjàététravailléeslors
desséancesprécédentesainsiquecellesen lienaveclaperceptiondu
temps.
Séance3
Résumédelaséanceprécédenteparlesparticipants:
Leséchangesdelasemainedernièreontpermisdemettreenévidencelaprésencechez
la majorité des participants de difficultés importantes de perception et d’estimation du
temps.
Ces difficultés sont présentes de façon variable, étroitement liées au sentiment de
motivationimmédiatepourl’actionactuellementencours.
Letempsparaîtutiliséplusefficacementlorsque:
● Latâcheesturgente(oul’estdevenueàforced’êtrerepoussée),lorsqu’ilyaundéfià
relever(absenced’uncollègue,chargedetravailimportante)maisleprojetréalisédans
l’urgenceestsouventvécucommeinsatisfaisant.
● L’impulsion d’un rythme par un élément externe est une stratégie efficace : musique,
personneprésenteàcôté.Pourtantcesélémentspeuventaussiêtrevécuscommedes
distracteurs.
Lesconséquencesdesretardssurlaperceptionparlesautres,surlaréussitedesprojets
etsurl’estimedesoisontsouventsousestimées.
Les participants donnent des exemples de leurs difficultés à établir des priorités et à
planifierdesactionscomplexes.Ceciseral’objetdesséancessuivantes.
Revuedesobjectifs
– arriveràl’heureàlaséance(entre13h15et13h30);
– avoirunemontre;
– avoirunsystèmed’agendaplanning.
● Quiestarrivéàl’heure?
7participantssur11sontarrivésdansl’intervalledetempsvisé.
Lesautressontarrivéstropenavanceoulégèrementenretard.
Georges fait part de son expérience : arrivé beaucoup trop tôt en voiture (deux heures
avant),ilvaaurestaurantpourcomblercettelongueplagedetemps,maismangetropvite,
presseleserveuretsesenttrèsstressécequiestparadoxalpourquelqu’unquiavaitpris
autantdeprécautions.
La stratégie de rétro-planning est déjà utilisée par de nombreux participants. C’est une
stratégiefondamentale.Amédéeendonneunexempledétaillé.
UnestratégiedeRétro-planningcomporteplusieursétapes:
● Identifierprécisémentl’objectif(iciarriverdanslecréneauprévuàlaCMME);
● Prendreuntempsd’arrêtpour«refairelecheminàl’envers».
Métro–durée
Correspondance–durée
Trajetdomicilebus–durée
Tenircomptedutempspourlescorrespondances
● Cecipermetdedéterminerl’heurededépart.Encorefaut-ilêtreprêtpourledépartce
quinécessitedeconnaîtreletempsnécessairepoursepréparer.
● Onajouteunemargede«sécurité»raisonnablepourpallierquelquesimpondérables.
Cettestratégieconsciente,quinécessitesouventdepasserparunplanningécritpermetde
déterminer le moment où l’on va s’activer volontairement sur la séquence d’actions
nécessairespourréaliserl’objectif.
Mettreenplaceunetellestratégiepermetdesesentirfiableetbeaucoupmoinsanxieux.
Certains participants demeurent insatisfaits malgré une stratégie efficace soit par
perfectionnisme (exemple vouloir arriver précisément à 13h30) soit par anticipation
anxieuse d’événements possibles mais improbables (et s’il y avait un accident, et si les
trainsétaientengrève…)etquinepeuventêtreévités.
À la question de savoir comment faire la prochaine fois, d’autres participants proposent
plusieursstratégiesalternatives.
Zahiaintègreunsystèmederécompensedanssastratégie:prendreuncaféenarrivant.
Pascale dit être toujours en retard et incapable d’être à l’heure, faisant l’impasse
cognitivementetémotionnellementsurlefaitd’avoirréussilepremierobjectif.Lefaitdese
fixerun objectifdéfini précisémentpermet d’évaluersa réalisation etde modifierla façon
dontonal’habitudedesepercevoir.
● Quiaunemontreaujourd’hui?
Lamajoritédesparticipantsaunemontre(9/11).
Pourcertains,leportdecetoutildemesureexternerestevécucommeunecontrainte.
● Touslesparticipantsontunagenda
Rappel:quelssontlescritèresd’unagendaplanning?
Lesparticipantsledécrivent:
Assezgrandpourpouvoirymettretouteslesinformationsnécessaires.
Unique(c’esttoujourslemêmequ’onpromèneavecsoi).
Activitéenséance:identifierlespiègesàtemps
La revue des journaux de temps permet de mettre en évidences de nombreuses
interruptionsd’activités.Lesactionssontinterrompuespardesidéesparasitesconcernant
d’autresprojets(ilfautque,ceseraitbienque…).
Cette revue permet de repérer les « pièges à temps ». Reconnaître les pièges à temps
permetdedévelopperunemaîtrisedelaressourcetempsauservicedesesprojets.
Les participants par petit groupe identifient les pièges à temps à partir des journaux de
temps.
Psychoéducation:identifierlespiègesàtemps
Letempsestuneressource auservicedevosobjectifs. Différentescaractéristiquesliées
auTDAHentraînentsouventuneutilisationnonoptimaledecetteressource,audétriment
devosobjectifsetdevotrebien-être.
Ilestimportantdesavoiridentifierlesdifférentspiègesàtemps.
● Engagementdel’attentionsuruneautreactionoupensée.
Non,s’engagersuruneautreactionn’estpastoujoursuneexcusepournepasterminerles
projets!Lesfluctuationsfréquentesd’attentionetdeconcentrationsontunecaractéristique
du TDAH.Le sujet engage son attention sur un élément externe(par exemple une autre
action)ouinterne(partdanssespensées).
Cette particularité amène souvent l’adulte présentant un TDAH à interrompre une action
pour en commencer une autre sans avoir terminé. La tâche initiale mettra ainsi plus de
tempsavantd’êtremenéeàbien,parfoiselleseraoubliéeetlaisséeinachevée.
Ces engagements comportementaux incomplets vont revenir à l’esprit à un moment
inopportunetêtresourcedesentimentsdecolère,d’anxiétéetdefrustration.
Unestratégieadaptéeestd’avoirtoujourssouslamainuncarnetetdes’entraînerànoter
l’idéequiestvenueparasiterlatâcheencours.Cecipermetdemarqueruntempsd’arrêt
etdeconstaterquelaplupartdutemps,lanouvelleidéepeutattendrequel’actionencours
soitterminée.
● Aversionpourl’attente
Les sujets présentant un TDAH ressentent beaucoup plus d’attrait pour une action
apportantunepetitesatisfactionimmédiatequepouruneséquenced’actionsapportantune
récompenseplusimportantemaispluslointaine.
Cecilesamèneàfairesouvent,surlemoment,deschoixsub-optimauxparrapportàleurs
objectifsàmoyenoulongtermeetàdévierdeleurplaninitial.
Ilestnécessairedes’observerpourreconnaîtrecesentimentetlenégocierenexpert.Ceci
permet de mettre en place un découpage temporel des actions et un système d’auto-
récompense adapté permettant d’atténuer ce sentiment désagréable pour le rendre
tolérableuncertaintempsafindemeneràbiensesprojets.
● Recherchedesensations
CertainsadultesprésentantunTDAHsonttrèsréticentspourplanifierleursactions.Ilsont
l’impressionquelaplanificationleurenlèvetoutplaisir,toutespontanéité,toutecréativité.
Sivousavezcesentiment,ilestencoreplusnécessairedeplanifiervotretemps,maisde
façon spécialisée, en tenant compte de votre manière de fonctionner, c'est-à-dire en
organisantvotretempsenpetitesséquencesetenplanifiantdesmomentsdepause(pour
fairequelquechosequivousfaitdubiensurlemoment,oupournerienfaireetêtrelibre).
Letempsestàvotreserviceetàceluidevosprojets.Vousn’enêtespasl’esclave.
Nepasplanifier,lorsquel’onestadulteetquel’onsouhaitemeneràbienunprojet,c’est
commetenterderenouerseslacetsencontinuantàcourir.
● Procrastination
Denombreuxadultes présentantunTDAH remettentà plustardles tâchesqu’ils avaient
«plusoumoins»prévudefaire.Ilexistedifférentesraisonsàcetypedecomportement,
souvent assez profondément ancrées dans l’histoire de chacun. Nous y réfléchirons
ensembleunpeuplustard.
● Pseudo-activité
Variantetrompeusedelaprocrastination.Uncertainnombred’adultesprésentantunTDAH
paraissenttoujoursoccupés,etpréoccupés.Maiscettepseudo-activitéaboutitàuneperte
detempsauprofitd’activitésnonsatisfaisantes(surfersurInternet,bavarderàlamachine
à café…) et au détriment de la réalisation des objectifs souhaités. Là encore, l’auto-
observationetlejournaldetempspeuventvousaideràrepérercettepseudo-activité.
Lemomentthérapeutique
Ceprogramme pourêtre efficacenécessite unapprentissage (commelorsque vousavez
apprisàconduire),c’estpourquoiilinclutdesexercicesàpratiquerentrelesséances.
Il est recommandé de consacrer dix minutes par jour (dix vraies minutes, c'est-à-dire au
moins 600 secondes, à contrôler avec votre système d’évaluation externe du temps) à
votrethérapie.
Pourcettesemainenousvousproposonsdeplanifiertouslesjoursdansvotreagendace
momentde«non-hyperactivité»,votremomentthérapeutique.
Choixparchaqueparticipantdumomentnotédansl’agenda
● Cequejevaisfaire;
● Quandjeleferai?
● Oùjeleferai?
Choixdelatâche
– Unetâcheassezfastidieusemaissimpleetclairementdéfinie.
Pendantcettetâchejenesuispas«hyperactif»:10mind’auto-observation.
Noter:
● vosidéesparasites;
● votrecomportementparrapportàl’actionquevousavezchoisie;
● lesémotionsassociéesàcemomentetàcetteaction.
Latâchechoisieparchaqueparticipantestredéfiniesinécessaire(objectifimprécisoutrop
vaste)etvalidéeenséance.
Objectifsdelasemaine
– arriveràl’heure(entre13h15et13h30)àlaprochaineséance;
– planifier(dansl’agenda)unmomentthérapeutique(10mintouslesjours);
– utiliser l’agenda planning et exclusivement l’agenda planning pour y noter
immédiatementtouteslestâchesprogramméesetlesrendez-vous.
ÀlafindugroupeAminataévoqueunesituationquiluiposeproblème.Danslecadrede
sesétudeselledoitdonnerdanslestrèsprochainsjoursunedatepourlerendud’untravail
derecherche.Ellenesaitpascommentfaire.
Lesautresparticipantsluiproposentplusieursstratégiespossibles.
Ilestconseilléderelirerégulièrementlescomptesrendusdesséances.
Séance4
Résumédelaséanceprécédenteparlesparticipants
L’accentestànouveaumissurlaprésencechezlamajoritédesparticipantsdedifficultés
importantesdeperceptionetd’estimationdutemps.
Reconnaîtrelespiègesàtempspermetdedévelopperunemaîtrisedelaressourcetemps
auservicedesesprojets.
Aminata avait soumis au groupe une difficulté. Dans le cadre de ses études elle devait
donnerdanslestrèsprochainsjoursunedatepourlerendud’untravailderecherche.Elle
ne savait pas comment faire. Les autres participants lui ont proposé plusieurs stratégies
possibles. Parmi ces stratégies, elle a choisi celle qui, émotionnellement était la plus
confortablepourelleetapuréussiràproposerunedateetavancersontravail.
Revuedesobjectifs
– Arriveràl’heure(entre13h15et13h30)àlaprochaineséance.
– Utiliser l’agenda planning et exclusivement l’agenda planning pour y noter
immédiatementtouteslestâchesprogramméesetlesrendez-vous.
– Planifier(dansl’agenda)unmomentthérapeutique(10mintouslesjours).
● Arriveràl’heureàlaséance(entre13h15et13h30)
8participantssontarrivésdansl’intervalledetempsvisé.
CyriletCarolannesontarrivésenretard,ÉricetAminatasontarrivéstropenavance.
Georgesaréussiàmodifieruncomportementtrèshabituelpourlui:arriverexcessivement
en avance. Cette modification de comportement et de sa marge de « sécurité » a été
source d’une anxiété importante qui ne lui a cette fois-ci non plus pas permis de profiter
sereinementdesonrepasaurestaurantavantlaséancealorsqu’ildisposaitde¾d’heure
pourdéjeuner(aulieudeplusdedeuxheureslaséanceprécédente).
Affronter, décider de ne pas éviter certaines situations, modifier un comportement ancré
peut être source d’anxiété, néanmoins, il est démontré que le fait de décider de se
confronter régulièrement à cette anxiété et de ne pas éviter la situation permet à terme
d’atténuer nettement l’anxiété ressentie vis-à-vis de la situation, et que par contre,
l’accumulation d’évitements nourrit un sentiment d’anxiété diffus et des idées parasites.
Georgesestencouragéàcontinuerd’adopterdesmargesdetempsraisonnables.
Pourceuxquisontarrivésenretard,lesraisonsdel’échecdesstratégiessontdiscutées.
Carolanneaoubliédedescendreàlabonnestation,tropabsorbéeparsalecture.
Unpiègeàtemps,explicitédanslaséanceprécédenteestrepéré:
❖L’aversionpourl’attente
Les sujets présentant un TDAH ressentent beaucoup plus d’attrait pour une action
apportantunepetitesatisfactionimmédiatequepouruneséquenced’actionsapportantune
récompenseplusimportantemaispluslointaine.
Cecilesamèneàfairesouvent,surlemoment,deschoixsub-optimauxparrapportàleurs
objectifsàmoyenoulongtermeetàdévierdeleurplaninitial.
Ici, la lecture a été choisie pour ne pas subir un temps d’inactivité vécu comme
désagréable.
Ilestnécessairedes’observerpourreconnaîtrecesentimentetlenégocierenexpert.Ceci
permet de mettre en place un découpage temporel des actions et un système d’auto-
récompense adapté permettant d’atténuer ce sentiment désagréable pour le rendre
tolérableuncertaintempsafindemeneràbiensesprojets.
Ici, une stratégie possible aurait pu être de décider de lire jusqu’à la station précédente,
puis arrêter de lire et décider de tolérer ce sentiment désagréable (pendant un laps de
tempslimité:uneminuteetdemieentredeuxstations)pourparveniràl’objectif:nepas
raterl’arrêt.
Cyrilétaitabsentlorsdelaséanceoùlesconséquencesdunon-respectdelaponctualité
ont été évaluées. Arrivé en retard aujourd’hui, il explique que ce retard résulte d’une
motivation insuffisante pour l’objectif car pour lui, dans cette situation ce n’est pas
important. Les participants lui font part de leur sentiment de ne pas être pris en
considération, alors qu’eux ont fait l’effort d’arriver à l’heure. Comme nous l’avions déjà
discuté,lesconséquencesdesretardssurlaperceptionparlesautres,surlaréussitedes
projetsetsurl’estimedesoisontsouventsous-estimées.
Pascales’étonne depouvoir maintenantse considérercomme ponctuellepuisquedepuis
trois semaines elle est arrivée à l’heure aux séances et tous les jours au travail. (Ses
collèguessurprisluiontdemandésielleavaitdéménagé!)
● Quiaunemontreaujourd’hui?
10desparticipantsontunemontre.Cyrilaoubliédelamettrecematin.
Pour Jacques, le port de cet outil de mesure externe reste vécu comme une contrainte
maisilainstalléunegrossehorlogedevantsonbureau.
● Utilisationdel’agendaplanning
Les participants utilisent l’outil pour noter les rendez-vous et contraintes. La planification
d’uneétaped’unprojetn’estpasunenotionévidente.Certainsparticipantsnotentmaisne
regardentpasleuragenda.
Utiliser un agenda planning est une façon spécialisée de s’organiser lorsque l’on a un
TDAH.
Rappeldes«commandements»del’agendaplanning
● Planificationd’unmomentthérapeutique
Ilaétédifficilepourcertainsdeparveniràplanifierunmomentthérapeutique,certainsont
penséqu’ilsdevaientnerienfaireettenternepaspenserpendantdixminutes,d’autresont
tentédeplanifiercemomentàuneheurepréciseetenontétéempêchésparuneactionà
laquelleilsdevaientseconsacrer.
Leprincipedumomentthérapeutiqueestreformulé.
Vousn’avezpasbesoindemodifiervotreroutine.
Ils’agitenfaitdechoisirunmoment
Soitancrédansletempsparexempleà10h30,
Soitassociéàuneactionparexemple,quandjevaisregardermesmailsouquandjevais
êtredanslemétroetdéciderquecemomentseravotre«momentthérapeutique».
Marquerun temps d’arrêt comme le propose l’exercice du moment thérapeutique permet
de prendre conscience de l’émotion que l’on ressent à ce moment précis et la
reconnaissancede cette émotion nous donne des informations précieuses permettant de
guidernoscomportements.
Plusieurs exemples sont donnés spontanément par les participants à partir de leur
expérience.
L’émotionpeut nousindiquer quenous sommessur la bonnevoie ouque nous sommes
anormalementencolèreouanxieux parrapportàune situationdonnéecequi amèneen
généralàquestionnersoncomportement(actionouidée).
Rappelaffiché
Lessixétapesd’unplan
1) Sefixerunobjectifconcret,réalisteetclairementidentifié,afindepouvoirmesurers’ila
étéatteintounon.
2) Fairelalistedesélémentsetactionsnécessairespourparveniràcetobjectif.
3) Hiérarchiserlesdifférentestâches.
4) Estimerletempsnécessaireàleurréalisation.
5) Planifierlaréalisationdestâches.
6) Prévoirdespausesetdesrécompenses.
Activitéenséance:Utiliseruneliste
Apprendreàplanifieretutiliserdesoutilsdeplanificationestenfaitunefaçonspécialisée
d’êtreorganisé.Ilexisteplusieursfaçonsdefairemaisvousdeveztrouvercellequiestla
plusutileetefficacepourvous.
Affichagedescomposantesd’unelisteetdiscussionaveclesparticipants.
Lescomposantesd’uneliste
– Cequej’aibesoindefairepourmeneràbienlaoulesétapesduprojetactuel.
– Cequejeveuxfaireetquej’aienviedefaire.
– Cequejesuisobligédefaire.
– Cequejepourraisfairesij’ailetemps.
– Cequej’aihorreurdefairemaisquejevaisvraimentdevoirfairebientôt.
● Àquoicelasert-ildefaireuneliste?(Échangesenpetitsgroupespuislesidéessont
notéesautableau.)
– Àsoulagerlesfonctionsexécutives.Souvent,onal’impressionquec’estinutileetqu’on
s’ensouviendra,maislescaractéristiquesduTDAHfontquel’onnesesouvientpasde
l’actionquel’ondoitfaireoubienpasaubonendroitouaubonmoment.
– Écrirelalisteetprendrel’habitudedefonctionnercommecelapermetd’économiserde
l’énergieconsacrée à se répéter mentalementet à tenter de se souvenirde la tâche,
énergiequipeutbeaucoupplusagréablementêtreconsacréeàautrechose.(Essayer
denepasoublierdefairequelquechoseestensoiundistracteur.)
– Une liste d’actions permet d’augmenter le sentiment de fiabilité et de contrôle de ses
propresactionsetdemeneràbiensespropresobjectifs.
– Cecipermetd’éviterlesentimentd’êtresubmergéparlespiègesàtemps,dereprendre
lamaîtrisedesontemps.
– C’estparticulièrementnécessairelorsquel’onmèneplusieursprojetsenmêmetemps
– Travailleravecdeslistespermetd’avoirunevued’ensemble,deregrouperdesactions
similairesetdelesassocieravecdesactivitésplaisantes.
– Cecidiminuelesentimentdepaniqueetd’anxiété.
Attention
Leslistes nesont pasdes corvées! Uneliste oùil n’yaurait quedes tâchesroutinières,
inintéressantes ou contraignantes serait très ennuyeuse voire repoussante. Cela tue la
motivationetnepermetpasd’atteindresesobjectifs.
Certainsparticipantsontdéveloppéunsystèmedéjàefficacedegestiondutempsmaisla
placelaisséeàdesactionsquileurfontdubienestnégligée,cequientraînefréquemment
unsentimentd’insatisfactionetdecontraintepermanente.
● Exerciceenséance:faireuneliste
Les participants sont invités à faire la liste des tâches ou actions de leur semaine en
utilisantletableau«lescomposantesd’uneliste».
Lesparticipantssontinvitésàchoisirun objectifpersonneletàplanifierlesétapesde sa
réalisationdansleuragendaplanning.
Simple,mesurable,l’objectifdoitêtreclair,defaçonàcequevouspuissiezsavoirs’ilaété
atteintounon.Ildoitpouvoirêtreréalisédanslasemaineenfonctiondevosactivités.
Chacunannoncel’objectifqu’ilachoisi.
Certainsobjectifssontreformuléscartropambitieux,nonmesurablesounedépendantpas
exclusivementduparticipant.
Certains participants choisissent comme objectif pour cette semaine le moment
thérapeutique,oul’exerciced’estimationdutemps.
Faites par écrit la liste des étapes nécessaires pour la réalisation de votre objectif et
planifiez-lesdefaçonréalisable.
● Exerciceenséance:estimationdutemps
Commenousl’avonsvudanslesséancesprécédentes,lessujetsprésentantunTDAHont
uneperceptioninternedel’écoulementdutempspeufiable.
Orpourréaliserunprojet,ilestnécessaired’inscrirelesdifférentesétapesdansletemps.
C’est pourquoi nous vous proposons cet exercice qui vous permettra d’améliorer
l’évaluationdutempsquevousconsacrezàdifférentestâchesdevotreviequotidienne.
Sur la feuille d’exercice, noter combien de temps vous pensez consacrer à 3 actions de
votreroutinequotidienneetauxétapesdevotreobjectif.Lemomentvenu,àl’aidedevotre
outild’estimationexternedutemps,noterl’heurededébutetdefindel’action.Comparer.
Commentévaluez-vousvotreestimationdutempsconsacréàcetteaction?
Objectifsdelasemaine:
– arriveràl’heure(entre13h15et13h30)àlaprochaineséance;
– planifier (dans l’agenda) un moment thérapeutique (10 min tous les jours). Lorsque
vousferezlestâchescorrespondantàvotreobjectifdelasemaine,associez-lesàvotre
momentthérapeutiquedujour;
– revoyezlalistedesétapesnécessairesàlaréalisationdevotreobjectifdelasemaine
etplanifiez-lesdefaçondynamiquedansvotreagendaplanning;
– utiliser l’agenda planning et exclusivement l’agenda planning pour y noter
immédiatementtouteslestâchesprogramméesetlesrendez-vous;
– complétezaufuretàmesurelalistedestâchesdelasemaine(cf.composantesd’une
liste);
– exercicesd’estimationdutemps.
APPRENDREÀUTILISERDESSTRATÉGIESDEPLANIFICATION
ETDERÉSOLUTIONDEPROBLÈMESEFFICACES
D’unpointdevuecomportemental,letempsconsacréàlarésolutionde
problèmes et à la planification de la journée constitue une forme
d’expositioncognitiveetémotionnelleetunerépétition«enimagination»
desactionsàréaliser.
Lorsque le patient utilise l’agenda et les listes de tâches, certaines
particularités liées au TDAH nécessitent un repérage et un abord
spécifique.
▶Séquençage
Leséquençageconsisteàdécouperunprojetouuneactionenuneliste
d’étapes.Cesséquencesdoiventêtreformuléesavecunverbed’action,
leurdébutetleurfinsontclairementidentifiées.Ilesttoujourspossiblede
séquencer une tâche de façon si ridiculement petite qu’il devient
impossible de ne pas pouvoir s’activer sur cette tâche. L’adulte TDAH
peut ainsi apprendre à jouer avec la finesse du séquençage pour
l’adapter à ses difficultés d’activation et diminuer ainsi efficacement la
procrastination.
▶Priorisation
Comme nous l’avons vu dans le chapitre 3 (Fonctions exécutives), les
sujets TDAH sont involontairement attirés par des récompenses
immédiates, ont des difficultés de traitement des informations en
mémoiredetravail,etdescapacitésd’évaluationprospectivepeufiables.
Déterminer quelle action doit être effectuée de façon prioritaire ne leur
estpasnaturel.Cettehabiletédoitdoncsouventêtreapprise.
Ilestpossibled’utiliserplusieurstechniquesdepriorisation.
● Quandceladoit-ilêtrefait?Permetd’identifierlesactionsurgentesqui
nepeuventêtrerepoussées.
● Importanceduprojetparrapportàsesvaleurs(permetdeconsidérer
comme prioritaires mais non urgentes des actions servant des
objectifsà long terme ou essentiels pour le sujet) : activité physique,
tempspasséavecleconjoint,lecture,activitédecréation…
● Ce que je peux faire aujourd’hui en pratique : Certaines tâches
peuvent utilement être regroupées ce qui évite des activations
multiples (passer des coups de téléphone, faire des courriers
administratifs…). D’autres peuvent être effectuées pendant des
momentsd’inactivitésubie(transport,attente).
● Enfin,ilesttoujourspossiblesilechoixrestedifficiledesedemander
simplement,qu’estcequejeseraissatisfaitd’avoirfaitaujourd’hui?
▶Résolutiondeproblèmes
De façon classique en TCC, des stratégies de résolution de problèmes
serontapprises et appliquéesde façonrépétée à plusieurssituations. Il
est souvent frappant de constater qu’après une phase de réticence
initiale à travailler par écrit, les adultes TDAH s’emparent facilement et
efficacementdecesstratégies.
RAPPELDES6ÉTAPESDELARÉSOLUTIONDEPROBLÈMES
1 reétape:Définirleproblème(uneoudeuxphrasesmaximum).
2 e étape : Faire la liste de toutes les solutions possibles (sans se demander si elles sont
réalistesoupas).
3 e étape : Reprendre chacune des solutions et rechercher pour chaque solution les
avantagesetlesinconvénients,évaluerl’importancedesavantagesetdesinconvénients.
4 eétape:Choisirlasolutionlaplusconfortablepoursoi.
5 eétape:Lamettreenœuvre.
6 eétape:Constater.
Vignetteclinique
Charles est professeur d’anglais et va partir à la retraite. Il a une bonne conscience et
acceptationdesonmodedefonctionnementmaisestendifficultécarcetteannéetoutse
bouscule. Il doit à la même période organiser sa nouvelle vie (de retraité très actif),
continuer à assurer ses cours et préparer ses élèves au bac, organiser pour la première
fois une représentation théâtrale de fin d’année car il s’est engagé à remplacer un ami
maladeetaidersesgrandsenfantsàorganiserleurdéménagement.
Charlesutiliselecahierdeprojetspourdécomposerchaqueprojetenpetitesétapes,pour
cetravaililutilisedesmomentsd’inactivitéforcée(métro,train)ouplanifieàl’avancedes
momentsidentifiésetdédiés.
Lors d’une séance de groupe il s’assoit au milieu du cercle et montre aux participants
commentils’estorganisé.
Danslecahierdeprojetchaqueprojetaétéséquencéensous-objectifsformulésdefaçon
(SMART), les projets ont été séquencé jusqu’au bout. Ce travail a permis à Charles
d’identifiercertainesétapescommeflouesetanxiogènes.(Costumesdesacteurs,écriture
dudiscoursdedépartàlaretraite,renouvellementduminibusaveclequelilpartavecson
épousepourunpéripledeplusieursannéesduCapNordauVietnam).
Charles explique qu’il avait très envie de passer du temps à choisir le minibus, mais
beaucoupmoinsàorganiserlesréparationsetlaventedel’ancien,enparticulierpourdes
raisonsaffectivesliéesauxsouvenirsdevoyagesassociés.Unediscussionavecsafemme
surlebudgetconsacréàcetachatluiapermisd’envisagerplusfacilementlesétapesdela
venteetdeformulerlesétapesentermesréalisables.
Séquencer un projet de cette façon sous forme de schéma permet de garder en tête
l’objectif final, et de planifier les différentes étapes, souplement selon l’emploi du temps
quotidien.
PourleprojetthéâtredeuxétapesparaissaienttropcomplexespourCharles,ladéfinitionet
l’organisation des costumes des acteurs et l’organisation pratique des répétitions (lieux,
horaires). Le séquençage par écrit et un temps de réflexion sur chaque étape (répétition
cognitiveetémotionnelle)luiapermisd’envisagerplusieursfaçonsderéalisercesétapes
(résolutiondeproblèmes).Ilaainsidécidédechoisircellesquiétaientémotionnellementle
plus confortable pour lui : il a délégué au conseiller d’éducation la planification et
l’organisationdesrépétitionsaprèsluiavoirfourniuncahierdeschargesetdécidéqueles
élèves joueraient en pantalon sombre et polo clair (simplification pour se concentrer sur
l’essentiel).
Le discours de retraite était pour lui identifié comme un enjeu important et chargé
d’émotion. Charles constatait que diverses idées et émotions venaient de façon non
productiveparasitersesautresprojets.Ainsi,ilanotéquependantsescoursilétaitdistrait
pardesidéescomme:jenevaispasfairedediscours,jeneveuxpasêtrelarmoyantni
pompeux,celavaennuyertoutlemonde,pasdebanalités,celanedoitpasêtretroplong,
sijenefaispasdediscourslesgensserontdéçus,lescollèguesvontmefaireuncadeau,
jen’aipaslechoix,ladateestdéjàfixée.Aprèsavoirenvisagédenepasfairedediscours,
il a décidé d’affronter cet évitement et a consacré trois heures d’un trajet en train à sa
rédaction,cequiluiapermisd’êtredisponiblepoursesautresprojets.
Chaque projet étant décomposé en étapes clairement définies, Charles a ensuite
déterminélestâchesquidevaientêtreaccompliesavantunedatelimiteetétabliunordre
depriorité.Lesactionsontétéplanifiéesdansl’agendaetenfonctionsonemploidutemps,
tous les jours Charles revoit rapidement l’état d’avancement des différents projets et
planifie quelques actions réalisables le lendemain. Charles s’étonne d’avoir pu mener à
bien autant de projets complexes de façon parallèle et apprécie le confort émotionnel
qu’apportelamiseenplacedecesstratégies.
L’exemple de Charles est celui d’un adulte, présentant une forme
modéréedeTDAH,quiacomprisetacceptésonfonctionnementetmis
enplacedepuislongtempsdesstratégiesefficaces.Leschoixqu’ilafait
pourlaretraiteentémoignent:voyagerenminibusimpliqued’avoirtrès
peud’objets,etdoncdesoulagerlesfonctionsexécutives,chaqueétape
offrela possibilité d’expériences inédites satisfaisant le goût de Charles
pourlanouveauté,danssonprogrammel’activitéphysique(randonnées,
vélo,participationàdesmarathonslocaux)tientuneplacecentraleainsi
qu’unprojetdecréationartistiqueencoursd’élaboration.
BIBLIOGRAPHIE
RAMSAY JR, ROSTAIN A. (2015) Cognitive-behavioral therapy for adult
ADHD : An integrative psychosocial and medical approach (2nd ed).
NewYork,NYUS:Routledge/Taylor&FrancisGroup.
SAFRENSA,PERLMANCA,SPRICHS,OTTOMW(2005).Masteringyouradult
ADHD : A cognitive-behavioral treatment program therapist
guide.OxfordUniversityPress;NewYork,NY.
SOLANTO MV. (2011) Cognitive-behavioral therapy for adult ADHD :
targetingexecutivedysfunction.NewYork:GuilfordPress.
YOUNG S, BRAMHAM J (2012). Cognitive-behavioural therapy for ADHD in
adolescents and adults: A psychological guide to practice (2nd ed).
WestSussex,England:Wiley.
Chapitre14
Travaillerlesuividesprojets
E PATIENTprésentantunTDAHsait commentfaire,c’estensituation
L qu’ilnesaitpasfaire.
Comme nous l’avons vu dans le chapitre « Mécanismes de
changement»,lesstratégiesdesphasesdel’actionsontàdiversdegrés
perturbéeschezlepatientprésentantunTDAH.
Cesperturbationsnepeuventêtreabordéesqu’ensituation:ilestdonc
indispensable de mettre en place en séance un suivi de projets
permettant au patient d’évaluer si les phases de l’action ont été
respectées,àquelniveauilsesitueetlesstratégiesàmettreenœuvre.
Différents projets plus ou moins complexes pourront ainsi être choisis
avec le patient comme terrain d’expérience pour la mise en place de
nouvellesstratégies.Lepatientserainvitéàsituerrégulièrementchaque
étapeduprojetauseindelathéoriedesphasesdel’action.
LAPHASEPRÉ-DÉCISIONNELLE
Comme nous l’avons vu, cette phase, purement motivationnelle, n’est
souventpasrespectéechezlespatientsprésentantunTDAH.
La méconnaissance de cette particularité peut constituer une embûche
lors de la thérapie. Lorsqu’un patient adulte fait part d’un projet qui
semblecohérentaveccequel’onsaitdesesvaleurs,queceprojetnous
paraît accessible et réaliste, il est habituel de considérer l’engagement
dansleprojetcommeacquis.
Le risque est de commencer à aborder la phase pré-actionnelle
(séquençage, planification) alors que le processus pré-décisionnel n’est
pas terminé ignorant ainsi, comme le fait souvent le patient, la phase
décisionnelle.
Vignetteclinique
Marylin est une femme de 45 ans qui présente un TDAH sévère. Après un parcours
scolaire chaotique, elle a eu un premier enfant l’année de son bac scientifique, puis
rapidementundeuxième,qu’elleaélevésseule.Sesenfantsétantmaintenantadultes,elle
tentedetrouverunefaçondegagnersaviequiluiconvienne.Ayantdébuté(sansjamais
les terminer) plusieurs formations (prix de composition musicale, licence de russe et de
philosophie,danse,théâtre,masterdesociologie,infirmière,sophrologue),elledonnepour
lemomentdescoursdansplusieursmatièresàdesélèvesdelycée,sasituationfinancière
estrelativementprécaire.
Sonprojetest,dit-elle,d’obtenirundiplômederédacteuradministratif,elles’estinscriteà
cetteformationàdistanceetaengagéunesommeconséquente.
Pourobtenircediplôme,elledoittravaillerrégulièrementetrendredesdevoirsetdossiers
danslestemps.
Marylin utilise déjà des outils de gestion du temps, deux séances sont donc consacrées
aux stratégies de séquençage, de planification, d’activation sur une tâche afin qu’elle
puisseétudieretrendresestextesàtempspourparveniràsonobjectif.Dèslatroisième
séance,Marylinproposeraunautreprojet:monterunechoraledansunétablissementpour
handicapés.Lorsquelethérapeuterappellel’objectifinitial,Marylinexpliquequ’ellesesent
contrainte,empêchéeparlethérapeutedeselancerdansceprojetmusical.
Lesuivideprojetpermettradenepasabandonnerdefaçonimpulsiveleprojetdediplôme.
L’examen de celui-ci à la lumière de la théorie des phases de l’action permet de
comprendre que la phase pré-décisionnelle n’a pas été respectée. Marylin s’est lancée
danscette formationsans mesurerle peu d’intérêtqu’elle pouvaitavoir àla rédaction de
lettres administratives et le caractère particulièrement rébarbatif pour elle de ce type
d’exercice. Des techniques d’entretien motivationnel amèneront la patiente à prendre un
tempsd’arrêtpourévaluerlesavantagesetinconvénientspourelled’abandonnerceprojet.
Elledéciderafinalementdeterminerlaformationetdesurseoirauprojetmusical.
Cette difficulté doit rester à l’esprit du thérapeute tout au long de
l’accompagnementdesphasesdel’action.
Marquer un temps d’arrêt, pour, à l’aide de techniques d’entretien
motivationnelamenerlepatientàressentir,cernersamotivation,affermir
sadécisionvis-à-visdelatâchediscutéerestenécessaireycomprislors
desdifférentessousétapes.
Ilestimportantderepérerlesindicestémoignantd’unnon-respectdela
phase motivationnelle car les tâches envisagées sans ce temps de
réflexionnécessaire ont une faible probabilité d’être réalisées mettant à
mall’ensembleduprojet,etàpluslongtermel’estimedesoi.
Vignetteclinique
Marc souhaite organiser un dîner surprise pour sa femme. L’organisation du projet est
discutéeen séance. Il souhaiteun dîner romantique,sans enfants et doitdonc organiser
leurmodedegarde.
Cepointquiapparaîtcommeundétail,estescamoté.Lorsquelethérapeutes’enquiertdu
modedegardeenvisagé,Marcrépondqu’ildemanderaàdesparentsdecopainsd’école
etpasseàl’étapesuivante.
Un questionnement plus précis permettra de comprendre que Marc, qui déteste aller
chercher ses enfants à l’école car il n’aime pas attendre, ne peut mettre de nom sur les
camarades de ses enfants et encore moins sur leurs parents. Il reconnaît que, pour lui,
fairecettedemandeestirréalisable.
Son impulsivité, une incapacité à tirer parti d’expériences antérieures, un optimisme
exagérél’ontconduitàéviterdeseconfronteràl’organisationpratiquedumodedegarde,
malgréunemotivationcertainepourl’objectiffinal.
Untempsd’arrêtpermettradetrouverunesolutionplusréaliste(demanderàuneamiede
sa femme dont il a les coordonnées) et de réfléchir avec le patient sur les émotions et
penséesautomatiquesassociées aux phasesde l’actiondont ledéroulement n’apas été
respecté.
Cenon-respectsetraduitparunsentimentdiffusdeflou,d’incertitude,de
vague anxiété mêlée d’optimisme et cognitivement par un raccourci de
type « cela s’arrangera, c’est un détail, on passe à la suite » (voir
chapitreAbordscognitifs).
L’entraînement en séance à affrontersystématiquement ces évitements
cognitifs permet de les reconnaître, de tolérer l’inconfort lié à l’absence
de solution immédiate et de mettre en place une stratégie permettant
d’augmenterlaprobabilitéderéalisationdel’étape.
Marc dira plus tard, avoir été capable, sur le plan professionnel de
marquer un temps d’arrêt dans la poursuite d’un projet, devant la
perception du même sentiment de flou « et quand c’est flou, il y a un
loup » associé à une perception optimiste. Ce temps d’arrêt luia, dans
uneautresituation,permisd’affronterunévitementcognitif(cetteréunion
pourraavoirlieusansproblème)etdemettreenplaceunestratégieplus
efficace (je demande à la secrétaire de vérifier l’emploi du temps des
participantsetlemien).
LAPHASEDÉCISIONNELLE
Nous l’avons vu, la décision est un processus conscient permettant
l’engagementdansl’action.UngrandnombredepatientsTDAHadultes
qui consultent n’ont pas conscience de l’importance de ce processus.
Leurdiscours est émaillé de « je dois,je devrais, ce serait bien que,je
croisquejevaisfairecela,j’aienviede…».
Laprisedeconscienceducaractèreconscient,volontaireetancrédans
le temps du processus décisionnel est très souvent un élément clef du
processusthérapeutique.
Ce n’est que lorsque le sujet TDAH adulte a pris conscience de
l’importancedelafermetédeceprocessusdedécisionqu’ilpeutmettre
enœuvredefaçonefficacel’ensembledesstratégiestravaillées.
L’accent sera mis de façon répétitive sur l’utilisation par le patient de
verbes de souhait, désir, d’obligation(il faudraitque, je dois,j’aie envie
de…) de façon à l’amener à transformer le plus souvent possible ses
intentions en décisions. Ces intentions seront systématiquement
reformulées en « non-décisions » ou évitements cognitifs, émotionnels
oucomportementaux.
Vignetteclinique
Séancedepsychoéducation.(3eséance)
Onproposeunexercice:pendant10minchacunvalireenessayantdecomprendreet
deretenirlecompterendudelaséanceprécédente.Pendantcettetâchechacundoitnoter
sur une feuille à part toutes les idées parasites qui lui passent par la tête. (Une idée
parasiteestdéfiniecommeuneidéesansrelationaveclatâcheencours).
Relevédesidéesparasitesetrelationsavecl’accomplissementounondelatâche
Claude : pense qu’il s’est mal présenté aux autres lors de la première séance, a une
réunionbientôtqu’iln’apaspréparée,n’apasachetéunlivre,adéjàlucettephrase.
Charlotte:Ilfautquejeresteconcentrée(5fois),j’airiencompris,jesuisfatiguée,celame
«saoule»,bonj’arrête.
Éric:pensequ’ildoitallerfairelescoursesdemain,qu’ilfaudraitfairelecontrôletechnique
etsedemandequandestladatelimite,voudraitêtredehors,ilfaitbeau.N’arrivepasàse
concentrer
Marie: penseau bruitque fontles autresenécrivant, afaim maisn’ira pasdéjeuner ici,
sespenséess’enchaînentsurcequ’elleferacetaprès-midi.N’apaslu.
Henrietterepenseàladiscussionaveclesautresaprèsladernièreséance,quelqu’unjoue
avec son stylo cela la dérange beaucoup, n’arrive pas à se concentrer. Devrait aller
chercheruncourrierrecommandé,sedemandeoùelleamislepapier.
Annie:nesait pasquiestqui danslegroupe,n’a pasachetéunlivre qu’ellevoulaitlire,
n’estplussûredutitre,neseconcentrepas.N’estpassûred’avoirdesœufsàlamaison.
Stanislas:afaitbeaucoupd’effortspourresterconcentrémaisalusanscomprendre.Qui
sontCharlotteetClaude?
Karim : c’est comme au bureau je note tout sur mon sous-main. Métacognition drôle de
mot,quiestMichel?N’apasletempsdelire,sesentsouspression,necomprendrienà
cequ’illit.
Isabelle:al’impressiond’avoir«loupéquelquechose»,revientaudébut,quandellelitla
transcription de ses interventions se demande comment les autres la jugeaient. Fait un
effort pour se concentrer à nouveau. Remarque une faute d’orthographe, ne sait plus ce
qu’ellealu.
Michel : a pensé dès la fin du premier paragraphe à beaucoup de choses qu’il aurait dû
fairemaisqu’iln’apasfaites.Certainessonturgentes,n’apaslu.
Lesujetestinvitérégulièrementàs’observerpendant10minutessurune
tâche et à noter les idées parasites. Cet exercice permet de constater
quelaplupartdecesdistracteursnesontpasdesdistracteursexternes
(bruit du stylo, fenêtre) mais des distracteurs internes en lien avec
d’autres tâches repoussées ou interrompues. Ces distracteurs
s’accompagnent d’un niveau élevé d’anxiété et d’inconfort. Ils seront
reformulésentermescomportementauxcommeunévitementdelatâche
enquestion(contrôletechnique,alleràlaposte…).
Àpartirdecesrelevéssystématiquesréguliers,ilseraproposéaupatient
d’examinerchacundecesévitementsetdeletransformerendécision.Il
est possible de décider de faire, de ne pas faire ou bien de repousser
l’examen de cette décision à un moment défini (Je n’ai pas assez
d’éléments pour décider, j’y réfléchiraià nouveaudans troissemaines).
Les patients constatent très rapidement que la prise de décision ferme
permetunediminutiontrèsnettedesidéesparasites.
Ladécisionestunprocessusancrédansletemps,déciderimpliqueque
l’action va être réalisée dansun espacetemporel précis.Il estpossible
deprendreuntempsd’arrêtetdes’entraîneràévaluerlafermetédesa
décision, de 0 à 10 par exemple. Cet entraînement permet de
reconnaîtreles projets pour lesquels le processus décisionnel n’est pas
ferme, de les reconnaître comme des projets à haut risque de non-
accomplissement,d’examinerlesoriginesdecettedécision«molle»qui
estenfaitunenon-décisionetderéévaluersonprojetàlalumièred’un
meilleurrespectdesoi.
Vignetteclinique
GroupedeTCClibrementadaptéduprogrammedeSusanYoung.Séance4
Desparticipantsexposentleprojetqu’ilsontchoisidetravaillerpourlathérapie.
Rolandaprévuderangersonbureau.L’objectifseraconsidérécommeatteints’ilnereste
plusque4ou5papiers.Pourtant,Rolandn’apasvraimentconfiancedanslafermetédesa
décision.Ilattribueunenotede3.Voiciunephasequin’estpasrespectéecequisabotela
probabilité de réalisation du projet. Les participants réfléchissent avec lui sur les causes
possibles.Roland n’aime pasparticulièrement ranger sonbureau, il n’est pas sûrque ce
soitefficace pour son organisation mais cela feraitplaisir à sa femme et il a envie de lui
faire plaisir. Ce qui ferait plaisir à sa femme, c’est que visuellement le bureau paraisse
moinsencombré.Autotalcetobjectifluiparaîtsouhaitable.Ilsemblequel’objectifsoittrop
ambitieuxtelqu’ilestformulémêmes’ilesttrèsclair.
Ilestproposédedécouperceprojet ensous-objectifs:jeterlecourrierpublicitaireou ne
nécessitantpasdetraitement.Formuléainsi,lafermetédeladécisiondevientplusélevée.
(8/10).Lorsdelaséancesuivante,Rolandconfirmeraqueformuléainsi,l’objectifapuêtre
atteintfacilement.
LAPHASEPRÉ-ACTIONNELLE
LesujetTDAHsaitcommentfaire,ilnesaitpasfaireensituation
À ce moment du déroulementdu projet,la réflexioncible les moyens à
mettreenœuvrepourréaliserl’action.Nousavonsvuplushautcomment
travaillerleséquençageenobjectifssecondairesetlaplanification.
La phase de pré-action doit donc tenir compte des défaillances
éventuelles des fonctions exécutives en situation. Elle nécessite une
bonneconnaissancedesoietuneacceptationdesesdifficultés.Lesujet
adécidédecequ’ilveutfairemaisilsaitqu’un«bug»imprévisiblepeut
perturbersonaction.Ils’agitdoncdepallierparavanceàces«bugs»,
en mettant en place des implémentations d’intention. Si on reprend
l’exempledeladouche,rangerlesproduitssuruneétagèreverticaleest
une implémentation d’intention, cela permet de pallier une éventuelle
défaillancedesfonctionsexécutives(neplussavoirsionadéjàfaitson
shampooing) en mettanten place sur le chemin de l’action un système
(le shampooing est rangé à sa place et l’après shampooing sorti)
permettant un déroulement fluide de l’action malgré les aléas de la
mémoiredetravail.
Pour des projets plus complexes c’est bien évidemment plus difficile
d’autantqueles capacitésd’anticipationdu sujetTDAHsont ellesaussi
peufiables.
Implémenteruneintentionc’estdécideràl’avancedecequiguideranotreactiondansune
situationoùnosfonctionsexécutivespourrontêtredéfaillantes.
Vignetteclinique
Aliceestunejeuneadultequiaunebonnecompréhensiondesonfonctionnement.Ellea
déjàunprojetprofessionnelprécis.Pouryparvenir,elledoitobtenirsonmasteravecdes
notessuffisantespourdécrocherlestagequ’elleconvoite.Ellesaitparexpériencequ’illui
fautpourcelafourniruntravailréguliermaisn’arrivepasàmettreenplacecetterégularité
car elle a de nombreuses autres activités associatives et artistiques qui lui paraissent
souventprioritairessurlemoment.Elleplanifieradesplagesdetempsdestinéesautravail
envisualisantclairementlespremiersgestescorrespondantàla«mise autravail».Son
objectifestdéfinicomme:«memettreautravail,lundi,mardietjeudi,àlabibliothèquedès
lafindescours».
Lepointdeperformanceidentifiéestlatransitiondelasalledecoursàlabibliothèque.
Aliceestinvitéeàréfléchirauxfacteursquiontperturbécetteséquencedanslepasséetà
anticiperlesréponsespossibles:
– Sil’associationmedemandeuncoupdemain,jerépondraiquejesuislibrelevendredi.
– Simoncopainveutpassermevoir,jeluidiraidepasserplustardchezmoi.
– Silabibliothèqueestfermée,pleine,bruyante,j’iraim’installeraucafé.
– Sijen’aipasenvie,jemediraiquej’yvaisquandmêmeaumoinsunedemi-heure.
– Sijesuisfatiguée,jemediraiquejepeuxaumoinsrelirelescoursdujour.
– Sij’aifaim,jenesortiraipasducampusetj’achèteraiquelquechoseaudistributeur.
Alice a identifié un point de performance où un stimulus (interne ou externe) risque
d’entraîneruneréponseorientéeversunerécompenseplusimmédiateetl’éloignerdeson
objectif. Ce point est balisé, et le couplage balise/réponse lui permet d’activer
préférentiellementetautomatiquementlaréponsesouhaitée.
Aliceconstateraquelefaitd’avoirformuléparécritlesdécisionsqu’elleprendraitaupoint
deperformancefacilitelamiseenplacedecetteroutine.
Alice interprétera cette expérience comme un espace de liberté, la
possibilité de marquer un temps d’arrêt pour ne pas être contrainte par
une réponse automatique. Elle s’étonnera de ne plus avoir l’impression
deluttercontreelle-mêmepour«semettreautravail».
LAPHASEACTIONNELLE
L’impulsivité, la distractibilité, les fluctuations attentionnelles sont autant
d’embûchesquirisquentdevenirinterféreravecunpland’action.
Les profils des sujets TDAH adultes étant très différents, les stratégies
mises en place doivent être personnalisées et mises à l’épreuve de
l’expérience.
SéancedegroupelibrementadaptéeduProgrammedeSusan
Young
Résumédelaséanceprécédenteparlesparticipants
Les principaux points travaillés lors de la dernière séance ont été bien compris par
l’ensembledesparticipants.
RappelonsquelesujetTDAHsaitcommentfaire,c’estensituation,surleterrain,qu’ilpeut
nepassavoirfaire.
Thierryrésumeles3typesdesituationsàrisquequ’ilestimportantd’identifierpourquitter
lemodeautomatiqueetactiverlessystèmesattentionnels.
– Nouveauté(ouimprévu).
– Complexité.
– Dangerrelatif.
Ilestimportantderepérercesmoments:ilestpossibled’êtrealertéparunesensationde
flou(quandc’estflouyaunloup).Cettesensationdoitnous inciteràmettreenplaceun
tempsd’arrêtpourprendreconsciencedetouslesélémentsdelasituation.
Lesparticipantsdonnentplusieursexemples.
Revuedesobjectifsdelasemaine
8participantssur11onteffectuélesexercicesproposés.Pourceuxquinel’ontpasfait,il
semblequec’estpardéfautdeprécisiondel’objectifoudéfautdeplanification.
L’exerciceproposéétaituneobservationquotidiennedesonattentionpendant10minutes
dansunesituationdéfinie.
Lesparticipantsrapportentavoirétésurprispar:
– lafréquencedesidéesparasitessansrapportaveclatâche(distracteursinternes);
– ladiscordanceentrelaperceptiondutempsetletempsmesuré;
– l’importanced’uneimpatienceinternerendantl’observationdifficileàtolérer;
Il était demandé aux participants d’évaluer par rapport à cet exercice, les sentiments
désagréablesetleurdegrédesatisfactionpersonnelleàlafindelatâche.Lasatisfaction
personnelleestassezfaiblealorsquelestâchesontété(généralement)réussies.
Psychoéducation
Nos compétences attentionnelles dans une situation ou sur une tâche donnée sont
moduléespar:
– notreniveaud’anxiété;
– notreniveaudemotivation.
L’anxiétéoulabaisseduniveaudemotivationaggravelehandicapattentionnel;
Lecycleautoentretenuanxiété/distraction
Reconnaître son niveau d’anxiété et les idées qui déclenchent et augmentent l’anxiété
permet de mettre en place des stratégies et de ne pas aggraver les difficultés
attentionnelles.
De la même façon, il est important de reconnaître comme tels l’ennui, l’impatience, la
diminution de la motivation pour la tâche de façon à mettre en place des stratégies
permettantdesoutenirlamotivationetdoncl’attentionjusqu’àlafindel’étapedutravailen
cours.
Activitéenséance
Lesparticipantsdiscutentenpetitsgroupesdesstratégiesqu’ilsutilisentpourdiminuerles
distracteurs externes ou internes, soutenir leur motivation ou faire baisser leur niveau
d’anxiété. Ces discussions permettent de constater que si tous les participants ont en
commundesdifficultésattentionnellescertainssontplussensiblesauxdistracteursauditifs,
d’autresauxdistracteursvisuels.
Claireutiliseunestratégied’activationphysique:elleporteunélastiqueautourdupoignet
qu’ellefaitclaqueràplusieursreprisescequil’aideàaugmentersonniveaudevigilance.
Maximeluifaitunesériede10pompestoutesles20minuteslorsqu’ilrévisesescours.
MarieThérèsepréparesesrapportsdebout,elleainstalléchezelleunlutrinsurlequelelle
peutécriredebout.(IlestamusantdenoterquelegrandmathématicienPoincaréutilisaitla
mêmestratégie).
Cécileainstalléuneplanchesursonvélod’appartementetélaboresescoursenpédalant.
Lesstratégiesd’activationphysiquessontreconnuescommeefficacespartous.
Plusieurs participants ont développé des techniques de respiration qui lorsqu’elles sont
apprises et maîtrisées sont efficaces pour marquer un temps d’arrêt et faire baisser le
niveaud’anxiété.
Laconnaissancedesoietladécisiondeprogrammerdespausesavantd’avoirépuiséses
ressourcesattentionnellessontégalementdesstratégiestrèsefficaces.
Accepteretreconnaîtresesdifficultésetnepasenavoirhonteestunprogrèsfondamental.
Marie-Thérèse,CécileetClaudequiontconsciencedeleurscompétencesprofessionnelles
n’hésitentpasàdireàleurscollèguesqu’illeurestimpossiblederépondreàleurdemande
sur le champ mais qu’ils le feront lors de la prochaine réunion à condition qu’ils leurs
envoient un mail de rappel. Claude a pu sans difficulté faire accepter à l’équipe avec
laquelle il travaille qu’il ne pouvait pas prendre des notes et écouter en même temps et
doncqu’illuiétaitimpossibledeteniràjourlesbulletinsscolairespendantlesconseilsde
classe.Pour Cécile et Claude, ce type de demande est simple: pour bénéficier de leurs
compétences,leurscollèguesdoiventavoirle«moded’emploi»etaccepterdel’utiliser.
Stratégiesexternespouraméliorerlecontrôledel’attention
Sourcesdedistraction Techniquespossibles
Fondmusicalàbasvolume.Éviterengénéralles
musiquesavecdesmotsquipeuventinterféreravec
lespenséesetentraînerunedistraction.Certainsont
aucontrairebesoind’unsilencecomplet.
Mêmesicelapeutparaîtregênant,demanderà
l’entouraged’essayerdediminuerleurs
comportementsbruyants.Penserquetrèssûrement
vousn’êtespasleseulàêtregênéetqued’autres
serontaussisoulagéssil’environnementestplus
Auditives calme.Apprendresinécessaireàformulerlademande
sansagressivitéetàsoulignerl’améliorationressentie
encasd’effortpourréduirelebruit.
Utiliseruncasqueoudesbouchonsd’oreille.Stratégie
simpleettrèsefficace.Réduittouslessonssaufles
plusfortsetévited’avoiràfaireletrisoi-mêmecequi
réduitlafatigue
Sic’estpossible,allerdansunenvironnementplus
calmepoureffectuerlatâche,autrepièce,
bibliothèque…
Lesdistracteursvisuels,tableaux,dessins,
informationsdiversesdoiventêtreplacéshorsdu
champdevisionsurlelieudetravailet/ouaumoment
del’exécutiondelatâche.
Êtrefaceàunefenêtreestunesourceimportantede
distracteurs.Mêmes’ilnesepasserien,ilestfréquent
pourunepersonneprésentantunTDAHqueregarder
dehorsdéclencheuneruptureattentionnelle,avecle
Visuelles risquedepartirailleursdanssatête.
Ilpeutêtreutiled’utiliserdescouleursvivespourfixer
l’attentionsurlatâche,surligneurs,post-it.Lescadres
sontaussiutilespourlalecture.Pourcertainsles
couleurssontaucontrairedesdistracteurs.
Ilpeutêtreutiledeplacerunsignalderappeldansles
zones«àrisque»poursesouvenirqu’àcemoment
précis,ilestimportantdemobilisersonattention.Ne
pastoutefoissurchargerl’environnementdepost-it.
Stratégiesinternespouraméliorerlecontrôledel’attention
Stratégie Description
Récompense Tenircompted’uneparticularitéduTDAH:la
dépendanceauxrécompensesimmédiates
Priorité:mettreenplaceunsystèmederécompenses
rapideslorsquedepetitsobjectifssontatteints.La
récompenseestquelquechosequivousfaitdubien
(marche,thé,mouvements…).Lanotionde
récompenseestpersonnelleetintimeetdemandeune
bonneconnaissancedesoi.
DéfiPlaisir Pouraugmenterl’intérêtd’uneactivité(etdonc
l’attention),introduireunélémentlatransformanten
défi:voyonssijepeuxfairecelaen30min,oubien
l’incorporerunélémentplaisant.Àutiliseravec
modération.
Nouveauté Lessituationsnouvellesaugmententlamotivationet
l’attention.Ilestsouventpossibled’introduiredela
nouveautédansdessituationsconnuesoubiende
choisird’échangerunetâcheconnuepourune
nouvelle(changementderôleparexemple,autre
répartitiondestâchesménagères…).
Acceptervosdifficultés Vosparticularitésattentionnellesnevousdéfinissent
attentionnelles pas.Vousn’avezpasàenavoirhonte.Sivousperdez
lefildevotrepenséeoudecequevousdîtes,nevous
laissezpasenvahirpardespenséesnégatives,
n’hésitezpasàdire«Ohjesuisdésolé(e),j’aiperdule
fildecequejedisais,j’aioubliécedontonparlaitau
début.»Entraînez-voussic’estdifficilepourvous.Ce
typed’attitudeactivevouspermettradefixerà
nouveauvotreattentionsurlaconversation.
Fairerépéter Delamêmefaçonn’hésitezpasàdemanderquel’on
répètedesinformationsoudesconsignes,Vousn’avez
pasàavoirhonted’avoirdesdifficultésàsuivreou
retenirlesinformations.
Fixerunobjectifprécis Découperuneactioncomplèteenséquencescourtes,
(Smart) précisesetatteignablesestunestratégieefficacepour
maintenirvotreattention.
Rupture(Pause)obligatoire Commelesrécompenses,lesrupturesoupausessont
obligatoires,nevouslaissezpasenvahirparl’ennui,la
frustration,nevouslaissezpasnonplushapperparla
tâche.Apprenezàconnaîtrevoscapacitésd’attention
particulièrementdanslessituationsennuyeusesou
routinières.Programmezuneruptureoupause
systématiquementavantlapériodeàrisque.Sivous
savezquevouspouvezresterattentif25min,imposez-
vousuneruptureaprès20min.
Activationphysique Élastique,pompes,mouvementsdesbras,marche,
travaillerdebout,vélo…
Objectifdelasemaine
Définirunesituationdanslaquellecettespiraledel’anxiététientuneplacecentrale.Choisir
unesituationdelaviequotidiennequiposesouventproblèmeoudumoins,desdifficultés:
● détermineralorsledistracteurinterne(etexterne);
● essayerdepercevoirl’aggravationdudéficitouhandicapattentionnel;
● commentjemecomporte?(auto-observationdelasituation);
● choisir et appliquer une stratégie interne et/ou externe pour améliorer le contrôle de
l’attention;
● évaluerl’impactdestratégieàpartirdel’émotiondésagréableressentieetduniveaude
satisfactionpersonnelleparrapportàl’actionréalisée.Ainside0à10:
– «commentjemesensavant»,
– «commentjemesensaprès».
Il est recommandé de consacrer au moins 10 min (600 secondes) par jour à la tâche
prescrite dans ce programme thérapeutique. Il est également conseillé de relire
régulièrementlescomptesrendusdesséances.
Au cours de ce moment dédié au suivi des projets, les évitements,
l’ambivalence, les pensées automatiques inadaptées (dévalorisation,
exagération de l’ampleur de la tâche), les émotions négatives (anxiété,
aversiondudélai)pourrontêtrerepérées.
Le thérapeute évaluera avec le patient la façon dont ces éléments
interfèrentnégativementavecledéroulementdelatâcheetfavoriserale
développement de comportements et de pensées alternatives (voir
chapitreAbordscognitifs).
Ces modifications cognitives seront couplées avec des stratégies de
modification comportementales comme l’activation comportementale ou
l’engagementprioritaireetexclusifsurdesétapesdetrèscourtedurée.
Illustrationclinique:Sergeetleparcmètre
Sergeestunchefd’entreprisetrèsdynamique.Ilprésenteunehyperactivitémotriceencore
présente bien qu’il ait dépassé la quarantaine, une dysrégulation émotionnelle et une
impulsivitéquilepénalisedanssavieprofessionnelle.
Lorsdesséancesdegroupeprécédentesnousavionstravaillésurlareconnaissanceetle
questionnementdespenséesautomatiques.Sergeavaitnotécommentcertainessituations
déclenchaientchezluidessentimentsdecolèrequ’ilreconnaîtdemieuxenmieux.Ils’est
entraînéàidentifieretquestionnerlespenséesautomatiquesdéclenchantcetteémotion.
Sergeaappliquécettetechniqueàunesituationoùilétaittentédefaireunchoiximpulsif.
Voicicommentilnousrelatesonexpérience:
1Situation
Jemegaresuruneplacedestationnementpayant.
2Penséeautomatique
Font«chier».Jenepaieraipas.
3Émotion
Impatience,colère,enviederésister.
4Examendelapenséeautomatique
Pour
J’ai toujours eu un côté rebelle, cela me gonfle d’aller jusqu’au parcmètre, chercher la
monnaieetrevenir.
Contre
C’est une place payante, et j’ai déjà eu plusieurs amendes, il y a quand même mieux à
fairedemon argent.L’amende nedépend plusde moi,j’aile tempsd’aller auparcmètre
même si c’est un peu désagréable. En plus je n’arrive pas à me motiver pour payer les
amendesetcelanefaitqu’augmenterlestarifs.
5Reformulationdelapenséeinitiale
Celam’ennuieunpeud’allerauparcmètremaisc’esttrèstolérableparrapportaubénéfice.
6Conséquence
Comportement:Pourlapremièrefoisdesaviepayeleparcmètre.
Émotion:Soulagementémotionnelassezintensequilesurprend.
Serge réévalue la situation lorsqu’il la rapporte au groupe et prédit que la prochaine fois
qu’ilse garerasurune placepayante l’émotionnégativesera moinsforte etqu’il nesera
pastentédenepaspayer.
Effectivement, lors des séances suivantes, il raconte qu’à 2 reprises cette situation s’est
reproduiteet qu’ila trouvébeaucoup plusconfortable émotionnellementde s’acquitterdu
droitdestationnement.
LessujetsTDAHontsouventuneaversionaudélaietdesdifficultésde
régulationémotionnelle.Devantunsentimentaversif,ilsserontplusque
d’autrehappés automatiquement par un stimulus plus saillant apportant
une récompense immédiate. Ce faisant leur choix est souvent sub-
optimalparrapportàleurobjectif.
Une longue histoire de conflits avec les représentants de l’autorité, la
perception d’avoir subi des punitions, des contraintes, des exigences
injustifiées et auxquelles il était impossible de répondre ont souvent
déclenchéunecolèretrèsviteréactivéedevant«l’autorité».
Comme l’illustre l’exemple de Serge, la première étape consiste à
reconnaître les moments où l’impulsivité peut entraîner des choix sub-
optimauxetàmarqueruntempsd’arrêt.
STOPUtilisonsle«mantra»proposéparMarySolanto.
Qu’est-ce que je suis en train de penser ? Y a-t-il une autre façon de
penserplusutilepourmoi?
Lesimplefaitdereconnaîtreunepenséeautomatiqueetdelaconsidérer
commeunpointdechoixestunestratégieimportante.C’estunélément
delibertémajeur.
LAPHASEPOST-ACTIONNELLE
La phase post-actionnelle consiste à se désengager de l’action et à
l’évaluer.Unefoisleprojetterminé,untempsd’arrêtestnécessairepour
apprécier si l’objectif est atteint ou non, réfléchir aux stratégies qui ont
étéefficacesetàcellesquipourraientêtremisesenœuvrelaprochaine
foisetsurtoutprendreconsciencedesconséquencesémotionnellesliées
àl’actionmenéeàterme(quel’objectifsoitatteintounon).
Lors de ce temps d’arrêt, on observe souvent que les patients sont
surpris de découvrir des solutions pour éviter à l’avenir les embûches
qu’ils ont rencontrées dans la poursuite de leur projet. Ainsi, Pierre a
décidé de conserver des notes sur les étapes qu’il avait suivies pour
reprogrammersatélécommande, etMarie, pourtantenseignantedepuis
10 ans a découvert qu’elle pouvait garder la trame de ses cours d’une
année sur l’autre plutôt que de s’épuiser à « réinventer tout à chaque
rentrée », elle a été étonnée de constater que pour la plupart de ses
collègues,c’étaituneévidence.
PourMarylin,dontnousavonsparléaudébutdecechapitre,unepartie
delaséanceaétéconsacréeàévaluercequereprésentaitpourellele
fait d’avoir validé son diplôme de rédacteur. Malgré le caractère
inapproprié et probablement inutile pour elle de cette formation, le fait
d’avoir décidé de la poursuivre jusqu’au bout sera à l’origine d’un
sentiment de fierté qu’elle trouvera surprenant, le niveau du diplôme
étant pour elle assez simple.Elle attribuerace sentimentau faitd’avoir
puprendreunedécisionferme(etnonpascéderàuneimpulsion).
Trop souvent, les sujets TDAH s’engagent dans un ou plusieurs autres
projets sans prendre le temps nécessaire pour respecter cette phase,
nonseulementcelaneleurpermetpasdetirerpartidecetteexpérience
pouradapterleursactions,maissurtout,laréussiteduprojetnesemble
pasleurapparteniretnepeutdoncpasvenirnourrirl’estimedesoi.
BIBLIOGRAPHIE
RAMSAY JR, ROSTAIN A. (2015). Cognitive-behavioral therapy for adult
ADHD: An integrative psychosocial and medical approach (2nd ed).
NewYork,NYUS:Routledge/Taylor&FrancisGroup.
SAFRENSA,PERLMANCA,SPRICHS,OTTOMW(2005).Masteringyouradult
ADHD : A cognitive-behavioral treatment program therapist
guide.OxfordUniversityPress;NewYork,NY.
SOLANTO MV. (2011). Cognitive-behavioral therapy for adult ADHD:
targetingexecutivedysfunction.NewYork:GuilfordPress.
YOUNG S, BRAMHAM J (2012). Cognitive-behavioural therapy for ADHD in
adolescents and adults: A psychological guide to practice (2nd ed).
WestSussex,England:Wiley.
Notes
Chapitre15
Quandetcommentutiliserdes
interventionscognitives?
RAPPEL
Les pensées automatiques sont des interprétations des expériences
vécues. Ce sont des pensées observables mais qui passent souvent
inaperçuesbienqu'ellesdéterminentpourunegrandepartnosémotions.
Lespenséesautomatiquesreposentsurdesschémascognitifs.
Le concept de schéma cognitif, principalement introduit par Beck,
désigne les croyances (connaissances) de base qui sous-tendent la
compréhensionqu'aunepersonned'elle-même,dumondeetdesautres.
Lesschémassedéveloppenttôtdansl'enfance,ilssontélaborésàpartir
del'expérience.
Les schémas cognitifs guident les interprétations des nouvelles
situations.
Lapersonne«ensanté»adescroyancesdebaseadaptées,relativeset
nuancées (Je suis une personne raisonnablement compétente ; le
monde présente des dangers mais est relativement sûr, il existe des
gensàquijepeuxfaireconfiance…).
Les sujets déprimés, anxieux, ou ayant un trouble de personnalité ont
desschémasdysfonctionnelsquisontactivésdefaçonprédominanteet
à tort dans de nombreuses situations. Ces schémas sont extrêmes,
globauxetrigides(jesuisunincompétent,lemondeesttrèsdangereux,
on ne peut faire confiance à personne, je suis incapable de me
débrouiller seul…) Les interprétations des situations sont souvent
biaisées par les schémas cognitifs de telle sortequ'elles renforcent ces
derniers.
Les techniques de restructuration cognitive ont montré une efficacité
dansletraitementdeladépressionetdestroublesanxieuxainsiquedes
troublesdelapersonnalité.
ATTENTION:TROISPOINTSCLEFÀNEPAS PERDREDEVUE
1) La majorité des difficultés liées au TDAH ne sont pas la conséquence de schémas
dysfonctionnels.
2) LessujetsprésentantunTDAHontunfonctionnementcognitifparticulierdepuislatoute
petiteenfance.
3) LessujetsprésentantunTDAHseheurtentdepuisl’enfancecontinuentetcontinuerontà
se heurter à des difficultés réelles dans de nombreux domaines importants de leur vie
adulte.
LethérapeutedoitgarderentêtequepourlesTDAH,lemonderéeln’est
souventpas«relativementsûr»maisaucontraireplutôtdangereux.
LessujetsTDAHfontrégulièrementl’expériencequedansdenombreux
domainesimportantsdeleur viequotidienne,ilssont moinscompétents
que la majorité des gens et qu’il existe de nombreuses situations où ils
nepeuvent«sedébrouillerseuls».
Les autres mères non TDAH n’oublient pas le goûter, ni le sac de piscine, elles sont en
généralàl’heureàl’écoleetsemblentsesouvenirsanseffortduprénomdescamarades
de leurs enfants. Les collègues au travail semblent réussir facilement à organiser une
réunion en tenant compte de tous les paramètres (disponibilité de la salle et des
participants),peuventdiscuterenprenantdesnotes,fournissentdanslestempsuncompte
rendu synthétique sans omettre d’élément majeur. Le conjoint n’oublie pas de vider la
machine de linge lorsqu’elle est terminée et pense à souhaiter les anniversaires des
différentsmembresdevotrefamilleàvous,iln’apasperdutroisfoissacartebleueenun
an et semble être capable assez facilement de ranger le salon tout en répondant au
téléphoneetensurveillantledîneretlesenfants.
Il ne viendrait pas à l’idée d’un thérapeute de considérer comme des
cognitions inadaptées le fait pour un unijambiste non appareillé de
penser qu’il ne peut courir aussi vite que la majorité des gens, que
traverser la rue est dangereux ou encore qu’il existe de nombreuses
situationsoùilnepeutsedébrouillerseul.
Pour de nombreux sujets et dans de nombreux domaines,le TDAHest
unhandicap.
Lesfluctuationsattentionnelles,lesdifficultésd’organisation,l’impulsivité,
ontunimpactréel,auquotidien.LesadultesTDAHsontensituationde
handicap dans de nombreux domaines de leur vie professionnelle et
relationnelle.
Il faut donc se garder d’interpréter systématiquement les pensées
automatiques ou les schémas repérés chez les adultes TDAH comme
étantdysfonctionnels.
Cesschémasreposentsurdesexpériencesrépétéesdepuisl’enfanceet
toujoursactuelles.
Danslamajoritédescascesschémassontadaptés.
Iln’estpassouhaitabledemettresystématiquementàl’épreuve,comme
on le ferait classiquement dans d’autres domaines les pensées
automatiquescarlaplupartdutempsellesserontconfirmées.
Lesmodificationsducadreetlesinterventionscomportementalessontprioritaires.
La première étape du traitement est d’aider le patient à mettre en place une organisation
spécialisée TDAH (aménagements du cadre, organisation et gestion du temps). Cette
organisationconstitueuneformedeprothèsedesfonctionsexécutivesdéfaillantes.
UTILISERLESINTERVENTIONSCOGNITIVESCLASSIQUES
LORSQUEDESCOGNITIONSDÉPRESSIVESOUANXIEUSES
INTERFÈRENTAVECLAMISEENPLACEDEMODIFICATIONS
COMPORTEMENTALES
▶Quandutiliserlesinterventionscognitivesclassiques?
Le caractère chronique du TDAH, la persistance de difficultés dans de
trèsnombreuxdomainesàl’âgeadultefontlelitdecroyancesnégatives
régulièrementrenforcées.
Le TDAH se caractérise par un haut niveau de comorbidité, les
associations avec un épisode dépressif ou un trouble anxieux sont loin
d’êtrerares.Lorsquel’épisodedépressifestcaractériséetsévèreouque
letroubleanxieuxestaupremierplanilsdoiventêtreabordésenpriorité.
Après une vie entière d’échecs répétés et de feed-back négatifs on
comprend facilement que de nombreux adultes TDAH aient pu
développeruneformed’impuissanceapprisequisapeleurstentativesde
changement. Des cognitions dysfonctionnelles peuvent alors interférer
avecleprocessusthérapeutiqueentravantlamiseenplacedenouvelles
stratégiesdegestiondesoi.
Même en l’absence de trouble dépressif ou anxieux caractérisé les
cognitions anxieuses et dépressives sont fréquentes chez les adultes
TDAH (Knouse 2013). Les pensées automatiques négatives sont en
particuliercorréléesàl’importancedessymptômesd’inattention(Mitchell
2010).
Les auteurs utilisent des techniques de restructuration cognitive
classiques (Beck 1995) adaptées aux adultes présentant un TDAH (Mc
Dermott2000).
Commedanslesthérapiescognitivesclassiques,l’accentestmissurla
modification du contenu de pensées. On apprend au patient à prendre
conscience de ses pensées automatiques, à identifier les distorsions
cognitives et les croyances inadaptées. Ces cognitions sont ensuite
testées empiriquement à l’aide d’exercices de restructuration cognitive
comme la reconnaissance et l’étiquetage des biais (généralisation,
inférencearbitraire,abstractionsélective…)etlagénérationdepensées
alternatives(avocatdeladéfense).
L’objectifdesexercicesestdepermettreausujetderemplaceruneidée
erronéeparuneautreplusadaptée.
▶Commentutiliserlesinterventionscognitives
classiques?Illustrationclinique:séanceslibrement
adaptéesduprogrammedeMarySolanto
VoyonsparexemplecommentMarySolanto(Solanto2011)introduitces
techniques.
Nous sommes à la cinquième séance du programme : CBT for Adult
ADHD:TargetingExecutivedysfunctiun.
Les séances précédentes ont été consacrées à la gestion du temps :
amélioration de l’estimation du temps, planification, apprentissage de
techniquespourdéterminerlesactionsprioritaires.
Ce type de travail sur les priorités est particulièrement difficile pour les
patients adultes présentant un TDAH, il est au cœur de leur handicap.
Déterminer la priorité adaptée sur le moment sollicite la mémoire de
travail, l’anticipation et la rétrospection, ainsi que la régulation
émotionnelle.
Il est assez fréquent que les patients rencontrent des obstacles
émotionnels lorsqu’on aborde les exercices de priorisation. Le
programmedeSolantoproposed’introduireàcetteétapedestechniques
derestructurationcognitive.
Séance5
Aprèslerésumédelaséanceprécédenteparlesparticipantsetlarevue
des objectifs, une première phase de psychoéducation commence par
unediscussionguidéeenpetitsgroupes.
Psychoéducation
Commentnosémotionspeuvent-ellesavoirunimpactsurla
réalisationdenosprojets?
Les sujets TDAH remettent souvent à plus tard (procrastination) ou
évitentcertainestâchesparanxiétéousentimentdedécouragement.Ils
ont une longue histoire d’échecs répétés et ils ont peur que leur
performancesoitencoreunefoisinsuffisante.
Dépression
Les émotions peuvent être à tonalité dépressive : sentiment de
démoralisationetdedésespoir,aucuneffortn’estrécompensédesuccès
alorsàquoibonessayer?
Anxiété
Lesémotionspeuventêtreàtonalitéanxieuse:Lapersonneanticipeque
les tâches seront trop difficiles et se sent incapable de les mener à
terme.Lapeurdel’échecentraînedesévitementsdel’engagementdans
latâche.
Parfois, l’action ne peut êtremenée àterme parun besoinirréaliste de
perfection,decontrôleparfait,oudecertitudeabsoluedurésultat.
Colère
Lesenfants TDAH maisaussi parfois lesadultes sont parfoisrésistants
ou opposants aux demandes, instructions ou attentes des autres,
particulièrementdesautresdétenteursd’uneautorité.
Chez l’adulte, lorsqu’elle persiste de façon non réfléchie, cette attitude
conduitàunsabotagedesespropresobjectifsetvaàl’encontredeson
propreintérêt.
PRÉSENTATIONDUMODÈLEDELATHÉRAPIECOGNITIVE
La thérapie cognitive qui a été développée par Aaron Beck (Beck 1995) repose sur un
modèle cognitif. Le postulat de base est que les émotions et les comportements sont
influencésparcequel’onpensedesévénementsetdesexpériences.
Laperceptionquel’onad’unesituationdonnenaissanceàdesémotionsparl’intermédiaire
de pensées. Le plus souvent, ces pensées sont automatiques et si rapides que nous
sommesseulementconscientsdesémotionsquisuiventlaperception.
Avec de l’entraînement on peut devenir plus conscient de ces pensées que l’on appellera
penséesautomatiques.
Une participante fournit un exemple d’une tâche qu’elle devait faire la
semainedernièreetpourlaquelleelleétaitendifficultéémotionnelle.
Situation
Anita, photographe indépendante doit terminer un portfolio qu’elle devait remettre la
semainedernière.Elles’assoitdevantsonordinateur.
Penséeautomatique:Lesclientsvontêtrefurieux
Émotion:anxiété
Comportement:passe2heuresàregarderunesériepuisregardelesphotossanschoisir
cellesqu’ellevagarderdansl’album.
Commentpeut-onsavoirquenousavonsunepensée
automatique?
Pour affronter ces sentiments d’anxiété ou de découragement, il faut
d’abordobserveretcommenceràidentifierlespenséesautomatiquesqui
ont déclenché ces émotions ou ces comportements (évitement ou
perfectionnisme).
Lapremièreétapeconsisteàrepérerlemomentouvousressentezune
modification dans vos émotions, cette modification est accompagnée
d’un sentiment de détresse. Essayez de nommer l’émotion ressentie et
de vous demander : Qu’est ce qui m’a traversé l’esprit à ce moment
précis?Quelsmots,quellesimages?
Exemple:Vousdevezrendreunprojetpourunclient.Vousavezprévud’yconsacrerune
partiedevotresoirée.Aumomentdevousasseoirpourvousmettreàtravailler,vousêtes
envahi par un intense sentiment négatif. Peut-être le ressentez-vous maintenant au
momentoùvousimaginezcettesituation.
1.Toutourien:Penséeennoiretblanc,sansnuances.Vousclassezlessituationsendeux
catégoriesuniquesbonnesoumauvaises.Parexemple,unétudiantpeutêtreextrêmement
déçud’avoirobtenuun«B»etconsidèrequepourluinepasavoirun«A»estunéchec
total.(Peutaussiêtreappeléperfectionnisme.)
2. Sur Généralisation : Vous tirez une règle générale à partir d’un cas particulier. Un
événement négatif isolé est interprété comme une faisant partie d’un système global. Je
n’arrivepasàutilisercelogiciel,jesuisnuleninformatique.Cen’estpasétonnantquejen’y
arrivepas,mavieestunéchecjenefaisjamaisriendebien.
Formeextrême:l’étiquetage.Àpartird’unélémentnégatif,onattribueàunepersonnetout
entièreun qualificatifinexact et émotionnellementviolent. J’ai oubliémes clefs Je suisune
nouille.
Jen’aipasréussiàsuivremonrégimejesuisunlâche.
3.Attentionsélective(filtre):Undétailnégatifestconsidéréettraitédefaçonisoléesans
tenircompteduresteducontexte.Lesclientsn’ontpasaimélesquelquesphotosquejeleur
aitransmises(enfaitilsontditquelesphotosétaientsuperbesmaisontdemandéquelques
modifications).
4.Disqualification desexpériences positives (étroitementlié à l’attentionsélective) : les
expériencespositives sontnégligées, elles necomptent pas. Parexemple : vos amisvous
disent que votre nouvelle robe vous va très bien, vous pensez que vous êtes en réalité
affreuse et qu’ils veulent simplement être gentils. Cette distorsion permet le maintien de
croyancesnégativesbienqu’ellessoientcontreditesparl’expériencequotidienne.
5. Conclusions hâtives : Aboutir à une interprétation négative sans avoir assez
d’informationpourconclurealorsqued’autresinterprétationssontpossibles.
Deuxtypes
● Lire dans la pensée de l’autre : être persuadé que l’autre a une réaction négative
envers vous sans en avoir de preuve et sans le vérifier auprès de cette personne. Par
exemple si quelqu’un vous demande des précisions sur ce que vous avez dit, vous en
déduisezqu’ilnevouscroitpas.Siuncollèguenerépondpaslejourmêmeàvotremail,
vousendéduisezquecequevousavezécritnel’intéressepas.
● Prédictionsnégatives:Anticiperqueleschosesvontmalsepasseretconsidérercette
anticipationcommeuneréalitéétablieetacquise.Exemples:Jesaisquejeserairidicule
àcettesoiréeetquejeseraitrèsmalàl’aise,doncjen’yvaispas.Votreconjointesten
retard:c’estparcequ’ilaeuunaccident.
6.Personnalisation:s’attribuerlaresponsabilitéd’événementsnégatifs,dontlacausenous
estenfaitétrangère.Parexemplecettepersonnequittelasallequandjeparleparcequece
quejedisn’estpasintéressant;unemèrereçoitlebulletindesonfilsoùl’enseignantanoté
manquedetravail,elleconsidèrequ’elleestunemauvaisemère.
7.Je dois, jedevrais, il faut :utiliser souvent desinjonctions de ce typepour se motiver
plutôtquedesdécisionsapourrésultatémotionnelune culpabilitéintenselorsquel’objectif
n’estpasatteint.Jedoistravailleraumaximumdemescapacitéstoutelajournée,ilfautque
j’aillevoirmamèreunefoisparsemaineàsamaisonderetraite,jenedoispasmangerde
dessert,jedevraisfairedusport…
8.Raisonnementémotif: vossentiments reflètentnécessairementlaréalité. «Je lesens
celadoitêtrevrai».Exemplejemesensdépasséeetdésespérée:mesproblèmesdoivent
donc être impossibles à résoudre. Je ne me sens pas assez d’énergie pour m’attaquer à
cettetâche,donccen’estpasutilequej’essaied’enfaireunpeu.
9.Exagérationminimisation
Exagérerl’importancede certaineschoses commevos défautsou laréussite dequelqu’un
d’autreetminimiserl’importanced’autreschoses(vosqualitésoulesimperfectionsdevotre
voisin).
10.Catastrophisme
Penserqueceseraitunecatastrophesitelleoutellechoseneseproduisaitpas:ceserait
unecatastrophesijen’obtienspascetemploi,jenem’enremettraispas.
Exerciceenséance:Lecturedecourtessaynètes.Pourchaquesaynèteondemandeau
groupedetrouverens’aidantduquestionnaireladistorsioncognitivecorrespondante.
Présentationetdiscussiondesexercicespourlaprochainesemaine.
Fairefaceauxdistracteursémotionnels
Les théories cognitives suggèrent que des distorsions cognitives engendrent des
sentimentsdépressifsouanxieuxetdescomportementsinappropriésetinefficaces.
Cesdistorsionsgénèrentdespenséesautomatiquesenréactionàunesituation.Ces
penséesautomatiquessontsouventsifugacesquel’onn’enapasconscience.
Les sujets TDAH, du fait de leur long passé d’erreurs, d’échec, de critiques,
d’incompréhension ont souvent des pensées automatiques négatives qui entraînent
desémotionsdépressivesouanxieuses.
Cesémotionsrendentl’activationsuruneactionplusdifficileetpeuventvenirparasiter
latâcheencours.Parfoislesémotionsempêchentdemenerleprojetjusqu’aubout.
Parexemple,vouspouvezdébuterunetâche,évaluernégativementcequevousavez
fait, être envahi d’idées négatives dépressives ou anxieuses et abandonner
prématurément.Vouspouvezaussipenserquesicelan’estpasparfaitcen’estpasla
peinedecontinuer.
La première étape pour faire face à ces émotions dépressives ou anxieuses est de
prendreconsciencedevospenséesautomatiques.
Identifierlespenséesautomatiques
L’exerciceconsisteàmarqueruntempsd’arrêtlorsquevousvoussentezanxieuxou
découragé, ou que vous êtes brutalement envahi par une émotion désagréable.
Essayez de mettre un nom sur cette émotion (anxiété, dépression, colère, peur,
honte…).
Parécritnotezcetteémotionetdemandez-vous:qu’estcequim’estpasséparlatête
àcemoment-là,quelsmots,quellesidées,quellesimages?
Certainesdeces idéessont trèsprobablementdes distorsionscognitives. Tentezde
lesidentifieràpartirdelaliste
La prochaine fois que vous vous surprendrez à procrastiner, vous sentir anxieux ou
dépriméàl’idéedefairequelquechose.STOPArrêtez-vouspourfairel’exercicepar
écrit. C’est important de pouvoir faire cet exercice au moment où vous ressentez
l’émotion,ensituation.Sicen’estpaspossible,faitesl’exerciceleplustôtpossiblede
façonànepasoublierdedétailsimportants.
Fiched’exercice
Identifierlespenséesautomatiques
1) Queressentez-vous?(Colère,culpabilité,anxiété,tristesse…)
2) Quelestlecontexte,àquellesituationêtes-vousconfronté(évènement,tâche,activité)
Quelestvotrecomportementactuel(parexemple,vousrépondezaudistracteur,surfez
surInternet,prenezuncafé,fumezunecigarette…):Quefaites-vous?Soyezleplus
précis,factueletdescriptifpossible.
3) Notez par écrit toutes les pensées qui vous ont traversé l’esprit à ce moment,
particulièrementlespenséesquevousavezeuesàproposdevous-même.
4) Maintenant, relisez-vous, identifiez vos pensées automatiques regroupez-les. Quelles
distorsions cognitives reconnaissez-vous ? (recopiez en face les distorsions
correspondantes.)
– ToutouRien.
– Surgénéralisationétiquetage.
– Attentionsélective(filtre).
– Disqualificationdupositif.
– Conclusionshâtives(liredanslapenséedel’autre,prédictionsnégatives).
– Personnalisation.
– Jedois,jedevrais,ilfaut.
– Raisonnementémotif.
– Exagérationminimisation.
– Catastrophisme.
Séance5Bis
Revuedesobjectifs
Danslaséancesuivante,voicicommentAnitaaréalisél’exerciceproposé.
1) Commentvoussentez-vous?
Anxieuse,coupable,honteuse
2) Quelleestlasituationàlaquellevousêtesconfrontée?Quelestvotrecomportement
actuel?
Jerestedevantmonordinateurenmedisantquejedoisfairecetalbumquej’auraisdû
rendre la semaine dernière mais il y a trop de photos à trier et je n’arrive pas à me
décider, j’avais déjà fait un premier choix mais je me dis que sur certaines photos la
lumièreestmeilleure,jesuistouteseuleàlamaisoncarmoncopaintravaille,ilest17h,
jen’aiencorerienfaitàpartregarderdessériestélé.
3) Noteztouteslespenséesquivousviennentàl’espritàcemomentprécisenparticulier
lespenséesquevousavezàproposdevous-même.
Ilfautquejerecommencepouraméliorerlalumièremêmesilesclientssontcontents
duchoixinitial.
Comme d’habitude je suis une grosse nulle, je n’ai rien fait de toute la journée, je
n’arrive jamais à faire les choses bien, les clients ne seront pas contents et je ne
pourraispasfairecemétier,jen’auraispasd’autrescommandesetjerisquedenepas
pouvoirpayermapartdeloyer.
4) Maintenant, revoyez vos pensées automatiques : quelles distorsions cognitives
reconnaissez-vous?Regroupez-les.
ToutouRien:Jen’airienfaitdetoutelajournée.
Sur généralisation étiquetage : Je n’arrive jamais à faire les choses bien je suis une
grossenulle.
Disqualificationdupositif:Ilfautquejerecommencepouraméliorerlalumièremêmesi
lesclientssontcontentsduchoixinitial.
Conclusionshâtivesprédictionnégative:Lesclientsneserontpascontents.
Catastrophisme : Je ne pourrais pas faire ce métier, je n’aurais pas d’autres
commandesetjerisquedenepaspouvoirpayermapartdeloyer.
(Anitaprésentedenombreusespenséesautomatiquesnégativesetdes
distorsions que l’on retrouve souvent chez les patients déprimés. Elle
n’est pourtant pas cliniquement déprimée mais présente un trouble
attentionneltrèssévère.L’importancedesdistorsionscognitivesjustifiera
pourelleplustardunabordcognitifindividuel.)
Psychoéducation(discussionaveclesparticipants)
D’oùviennentcespenséesautomatiques?
Lesadultes TDAH particulièrementdepuis leurentrée à l’écoleont subi
de très nombreuses critiques pour des erreurs, des oublis, des
comportements inadaptés dont ils n’avaient ni la conscience ni la
maîtrise.
L’entourage familial, l’école a pu ne pas toujours être bienveillant et
étayant,ilamêmeétéparfoisrejetant.Faceàcessituationsiln’estpas
possiblepourl’enfantdeprendreunreculsuffisantcequipeutaboutirà
des interprétations profondément ancrées qui vont modifier notre façon
devoirlemondeàl’âgeadulte.
Il est important d’essayer de comprendre quels éléments de notre
enfanceontpujouerunrôledanslaconstructiondecescroyances.
Uneperceptionnégativedesoi-mêmependantl’enfance,peutaboutirà
la construction de croyances debases bienenracinées. Ces croyances
semanifestentparexemplepardespenséescomme:jenevauxrien,je
rate tout, ou je dois faire tout parfaitement. Ces pensées entraînent un
vécu anxieux et empêchent l’individu d’affronter certaines expériences
dansdebonnesconditions,demettreenplacedenouvelleshabiletés(y
compris des habiletés organisationnelles) ou de faire de nouvelles
expériences.
Commentsedébarrasserdespenséesautomatiques
inappropriées?
(Mary Solantoprésente ensuite des outils de distanciation des pensées
négatives par l’examen de l’évidence et la recherche d’alternatives de
pensée.)
Affronterlespenséesautomatiques
Vousavezprisconsciencedevospenséesautomatiques,certainesnevousaidentpasà
mener à bout votre projet. Dans cet exercice, nous nous allons tenter d’affronter ces
penséesautomatiquesetdelesmettreàl’épreuved’unecontre-argumentationrationnelle,
logique.
Cetexercicedevraitnouspermettredechoisirl’interprétationlaplusconformeàlaréalité.
Lesquestionssuivantespeuventvousaider.
● Quellespreuvesai-jequecettepenséeautomatiqueestjuste?
● Quellespreuvesai-jequecettepenséeautomatiquen’estpasjustifiée?
● Yva-t-iluneautreinterprétationouexplicationpossible?
● Quepourrait-ilsepasseraupire,danslepiredescas?
● Pourrais-jesurvivre,lesupporter,dépassercela?
● Quepourrait-ilarriveraumieuxdanslemeilleurdescas?
● Quelleestl’hypothèselaplusréaliste?
● Quelssontleseffetsdemacroyancedanscettepenséeautomatique?
● Sijemodifiemafaçondepenserquelseral’effet?
● Quedirai-jeàunamis’ilétaitdanslamêmesituation?
Exercices en séance : Donner des exemples concrets s’avère souvent utile, voire
indispensable à la compréhension de l’exercice. Le thérapeute propose plusieurs
situations.Pourchacuned’elle,legroupeestinvitéàretrouverladistorsioncognitiveetà
proposerdespenséesalternatives.
Exemple
Situation:Votrepatronvientdevousproposerdevouschargerd’unnouveauprojet.
Penséeautomatique:Jenevaispasyarriver.Jen’yarrivejamaisdoncceseraitmieux
denepasaccepter.
Retrouvezlesdistorsionscognitivesetproposerdespenséesalternatives.
Distorsioncognitive:sur-généralisation,prédictionnégative.
Penséesalternatives:C’estundéfi,maisj’aidéjàrelevécegenrededéfi.Mêmesicene
serapasforcémentparfait,jesuiscapablederendreuntravaildequalité.Jeferaipreuve
de certaines de mes capacités et j’apprendrai de cette expérience. Mon patron ne me
l’auraitpasproposés‘ilnem’encroyaitpascapable.
Mary Solanto propose de continuer et compléter entre les séances
l’exercice proposé à la 5e séance. Il s’agit d’identifier les pensées
automatiques négatives, survenant dans une situation précise et
l’émotionassociée,derepérerlesdistorsionséventuellesetdelesmettre
àl’épreuvedelaréalitégrâceàunquestionnementsystématique.
Exerciceàlamaison
VoiciparexemplecommentcetexerciceaétéréaliséparAnita.
Penséesautomatiquesnégatives
Ilfautquejerecommencepouraméliorerlalumièremêmesilesclientssontcontentsdu
choixinitial.
Commed’habitudejesuisunegrossenulle,jen’airienfaitdetoutelajournée,jen’arrive
jamaisàfaireleschosesbien,lesclientsneserontpascontentsetjenepourraispasfaire
cemétier,jen’auraispasd’autrescommandesetjerisquedenepaspouvoirpayermapart
deloyer.
Réévaluation
– Quellespreuvesai-jequecettepenséeautomatiqueestjuste?
Pasbeaucoupdepreuvesenfait.
– Quellespreuvesai-jequecettepenséeautomatiquen’estpasjustifiée?
J’aiditauxclientsquej’avaisduretard;ilsm’ontditqu’ilsvoulaientsurtout3-4photos
d’ambiance rapidement et que pour l’album j’avais le temps. Ils étaient contents des
photosproposéesetc’estmoiquipensequejepeuxlesaméliorer.
J’aidéjàd’autrescommandespourles2moissuivants.
Si j’ai ces commandes c’est grâce au bouche à oreille parce que certains ont trouvé
mesalbumsprécédentsplutôtbien.
– Ya-t-iluneautreinterprétationouexplicationpossible?
Peut-être puis-je améliorer quelques photos mais si les clients sont contents de ces
photosjepeuxpeut-êtrelesleurlivrercommecela.
– Quepourrait-ilsepasseraupire,danslepiredescas?
Aupirejeseraienretardmaisjepeuxdéjàlivrercesphotos.
– Pourrais-jesurvivre,lesupporter,dépassercela?
Sijesuisenretard,ouij’ail’habitude,maisj’aimeraisunjourpouvoirterminerunalbum
danslesdélais.
– Quepourrait-ilarriveraumieuxdanslemeilleurdescas?
J’arrive à livrer l’album dans un délai raisonnable et ils sont contents et le bouche à
oreillemarche.
– Quelleestl’hypothèselaplusréaliste?
Aprioritoutlemondeatoujoursétécontent.
– Quelssontleseffetsdemacroyancedanscettepenséeautomatique?
J’angoisseet je procrastineet je nesuis pas satisfaitede ma journéeque j’aurais pu
organiserautrement.
– Sijemodifiemafaçondepenserquelseral’effet?
Jeseraismoinsangoisséeetjepensequejerendraiscesphotos.
– Quedirai-jeàunamis’ilétaitdanslamêmesituation?
Allezvas-ytun’enaspaspourtrèslongtemps,toutlemondetrouvetesphotossuper.
Quellespenséesplusrationnellespourraients’appliqueràlasituation?
J’aiduretard,maislesclientsl’ontaccepté,jepeuxtoutdesuiteleurlivrerlesphotosqui
sont prioritaires pour eux et dont ils sont satisfaits. Pour la suite de l’album je peux y
consacrerdutempscesoiretdemainetjeletermineraicarj’ensuiscapable.
Commentvoussentezvousmaintenantàproposdecettesituation?Commentcela
s’est-ilpassé?
J’étaissoulagée.J’ailivrélesphotos.Puisj’aidécidédesortiracheterdequoifaireledîner
car il n’y avait plus rien à manger ; on a passé une bonne soirée avec mon copain,
détendue.Lesoirj’aitravailléuneheureefficacement.
UTILISERDESINTERVENTIONSCOGNITIVESSPÉCIFIQUES
LORSQUEDESÉVITEMENTSCOGNITIFSÀVALEURPOSITIVE
INTERFÈRENTAVECLAMISEENPLACEDENOUVELLES
STRATÉGIES
PourKnouse(Knouse2015),cespensées,malgréleurimpactpositifsur
l’humeur ont pour fonction d’éviter des émotions négatives et
représententlapremièreétaped’unévitementcomportemental.
Comment peut-on expliquer que des biais positifs soient fréquemment
associéschezlesmêmessujetsàdesbiaisnégatifs?
▶Évolutiondesbiaispositifsdel’enfantàl’adulte
Chezlejeuneenfant«typique»,l’auto-estimationdescompétencesface
à une situation est biaisée positivement. Chez l’enfant TDAH ce biais
persiste en grandissant malgré des performances moins bonnes que la
moyenne dans les domaines surestimés. Les enfants présentant des
biaispositifsrépondentmoinsbienauxTCC(Mikami2010).
LorsquelesenfantsTDAHgrandissent,ilssubissentéchecsetcritiques
répétéset«comprennentlemessage».
Chezl’adulte TDAH,ce typede biaispositif permanent,n’a puêtre mis
enévidencequedansunseuldomaine,laconduiteautomobile(Knouse
2005,Prevatt2012).
Endehorsdecedomaine,enl’absenced’étayageparunenvironnement
soutenant,lessujetsTDAHadultessontdouloureusementconscientsde
leursdifficultésexécutives.
Cetteprisedeconsciencesemblese produireaudébutdel’âgeadulte.
DansuneétudelongitudinaleBarkleyetMurphy(Barkley2008)ontsuivi
158 enfants TDAH : à 21 ans les participants ont tendance à sous-
évaluerleurssymptômesetleursdifficultésliéesauTDAHparrapportà
leurs parents alors qu’à 27 ans les autoévaluations convergent avec
cellesdesproches.
PourlespatientsTDAH,unemeilleureconsciencedesoiestuneépéeà
doubletranchant,lorsquelaperceptiondesoiestmoinsbiaiséeetmieux
calibréedufaitdel’intégrationdufeed-backdel’environnement,lesbiais
de surévaluation des compétences diminuent et les cognitions
dépressivesaugmentent(Hoza2010,MacQuade2011).
▶Propositiond’unecompréhensiondesbiaispositifs
auseindesmodèlesduTDAH
Les modèles actuels du TDAH permettent de formuler une hypothèse
rendantcomptedelafréquencedespenséespositivesdysfonctionnelles.
Le sujet TDAH présente à la fois une aversion au délai, un déficit du
contrôle inhibiteur et une attirance plus forte pour la récompense
immédiate.
Dans une situation (tâche) générant une émotion négative, il est
beaucoupplusdifficilepourunsujetTDAHquepourunsujet«typique»
de tolérer cette émotion négative pour parvenir à son objectif : non
seulementle délai est aversif mais l’attente d’une récompense lointaine
nejouepaslerôlederenforçateur.
Knousefaitl’hypothèsequeconformémentaumodèledeSonuga-Barke,
pourunsujetTDAHaffronterunetâchelongue,difficileàplanifiergénère
une sensation comparable à l’intolérance au délai (associée
éventuellementàd’autresémotionsnégatives).
Du fait du mauvaiscontrôle inhibiteur etde l’attraitpour larécompense
immédiate,cettesensationnégativefavoriselasélectionautomatiquede
touteréponsequiapporteàlafoisunerécompenseimmédiate(pensée
positive)etunsoulagementdel’aversionaudélai.
Figure 1. Évitement cognitif à valeur émotionnelle
positive
▶Commentrepéreretabordercesévitements
Les pensées automatiques exagérément positives sont suivies
d’émotions à tonalité positive et très probablement associées au
soulagement(etàl’évitement)d’émotionsnégativesaversives.
Dans les TCC classiques, les modifications des contenus de pensée
occupentuneplace centrale.Ces modificationspermettentd’augmenter
leshabiletéscomportementales.
Nous avons vu plus haut des exemples d’application des techniques
classiques au travail sur les contenus de pensée dans le TDAH de
l’adulte. Dans la technique classique, on apprend au patient à identifier
les distorsions cognitives et les croyances inadaptées, ces cognitions
sont ensuite testées empiriquement à l’aide d’exercices de
restructuration cognitive (reconnaissance et labellisation des biais,
génération de pensées alternatives, avocat de la défense…). L’objectif
des exercices est de permettre au sujet de remplacer la cognition
erronéeparuneautreplusadaptée.
Il est possible de cibler les pensées optimistes exagéréesavec ce type
detechnique.Lesujetpeutparexempleêtreamenéàreconnaîtrequela
pensée:«je suisun sprinter,je leferaiau derniermoment»peut être
avantageusementremplacéepar«jesuisunsprinter,jevaislefairetout
desuite».
Maislorsquelescognitions«àmodifier»sontassociéesàuneémotion
positive, il peut être très difficile de convaincre le patient que cette
penséepeutêtreétiquetéecommeirrationnelleouerronée.
La raison principale de cette difficulté tient probablement au
renforcementnégatifpuissantgénéréparcespensées.
Il est aussi possible que certaines pensées soient en partie adaptées.
Par exemple, les sujets présentant un TDAH ont des difficultés de
modulationdel’activation.(Voir chapitre3surles fonctionsexécutives).
Ils savent par expérience, qu’essayer de générer une activation interne
peut être très coûteux en énergie et inefficace mais que par contre,
lorsque l’activation deviendra externe (échéance, dernier moment), ils
n’auront pas à fournir cet effort, et pourront même tirer profit d’un état
d’hyperfocalisationpourmeneràbienlatâche.
La résilience, la créativité, la bienveillance, l’humour sont aussi des
qualitéssurlesquelsilssaventpouvoircompter.
Remettre en question le contenu et le bien-fondé de ces pensées
positives risque d’induire chez le patient le sentiment de ne pas être
compris et reconnu, voire d’être jugé par le thérapeute. Le patient peut
aussi avoir l’impression que le thérapeute cherche à le convaincre
d’adopterunpointdevuequiluiestétranger(Cetteexpérienceestbien
connue des patients adultes qui ont « bénéficié » de nombreuses
critiquesetconseils).
Cette position ne peut que nuire à l’alliance et au processus
thérapeutique.
Uneapprochealternativepossibleestdes’engageraveclepatientdans
l’analysefonctionnelledecespensées.
Le recueil des pensées automatiques en situation et surtout le suivi de
projetspermettentderepérercespensées.
Vignetteclinique
Solangeestunefemmede58ansquiprésenteunTDAHsévère.
Undesesobjectifsestderefairesespapiersd’identitéetsacartevitaledefaçonàpouvoir
récupérerdenombreuxarriérésderemboursement.Réalisercetobjectifluipermettraitde
partir en vacances à l’étranger ce qu’elle n’a pu faire depuis plus de dix ans, faute de
papiersàjour.
Plusieurs séances ont été consacrées à la gestion matérielle, à la planification et à la
reconnaissancedes idées automatiquesnégatives. Le projet« papiers » aété séquencé
en plusieurs étapes, planifiées, les obstacles liés à l’anxiété devant les démarches
administrativesontététravaillés.
Lesobjectifsdelasemainecomportentlaréalisationdephotographiesd’identitéetledépôt
desdossiersenfincomplétés.
Lors de la séance suivante, le suivi de projet permet de repérer l’impact des pensées
positivesexagéréessurl’échecdelaréalisationdel’objectif.
Solangeavaitprévudefairedesphotographiesdansunappareilautomatiqueetdepasser
directement déposer son dossier. Elle avait pris une après-midi de congé pour cette
dernièrelignedroite.
La perspective d’attendre à un guichet après avoir fait les photos alors qu’elle aurait pu
profiter autrement de sa demi-journée de congé est brutalement apparue comme très
désagréableetinsupportableetSolangeaeu unepenséepositivequil’a immédiatement
soulagée : « Je vais être superbe sur la photo ». Elle a décidé qu’il était indispensable
qu’elleaillechezlecoiffeurpourparaîtresursonmeilleurjoursurlaphoto.
Perdantde vue l’objectif,elle est immédiatement passéeà l’action et a consacrél’après-
midiàunemiseenbeauté.Enconséquence,ledossierpapierestrepousséàlaprochaine
possibilitédecongéetleprojetdevoyagecetétéestcompromis.
Solangeavaitappréciél’efficacitédurelevéautomatiquedepenséespourtravaillersurles
penséesnégativeslorsdusuivideprojets.Danscecaselles’étonneelle-même:
« Je ne comprends pas, j’étais devant la cabine photographique, d’un coup j’ai détesté
l’idée d’entrer à la mairie et d’attendre, c’était physiquement insupportable. L’idée d’aller
chezlecoiffeurs’estimposéecommeunesolutionévidenteetjemesuissentietellement
mieux.D’ailleurs voyez, toute la coiffure est retombée, jen’ai pas la photo ni les papiers
mais le plaisir que j’ai ressenti à cette idée était tellement intense qu’il dure encore
aujourd’hui.»
IlaétéfaciledediscuteravecSolangedelafonctiondecetypedepenséechezelleetde
noter l’intensité de l’émotion positive entraînée par l’évitement de l’attente. Dans ce cas
précis, l’intensité de l’émotion aversive pouvait être expliquée par l’intolérance au délai
(situationprévisible d’attente),la saillance insuffisante des renforçateurséloignés dans le
temps(vacancescetété),lasensibilitéauxrenforçateursimmédiats(plaisird’allerchezle
coiffeur)associéeàunepunition(impossibilitédeprofiterdelademi-journéedecongé).
Solangea été invitée à noter ces pensées positives comme des « pensées roses » et à
tenterderepérerl’émotionquilesavaitprécédées.
Cette approchepermet de mettrel’accent non pas sur le contenu de la
pensée (était-il adapté ou non d’aller chez le coiffeur ?) mais sur sa
fonctionetsurlarelationdupatientàcettepensée(Hayes2006).
Le patient est en faitencore unefois invitéà marquerun tempsd’arrêt
pourque ses fonctionsexécutives puissent semettre en place dansde
meilleuresconditions.
Knousesuggèredes’appuyersurlesinterventionsdéveloppéesdansla
troisièmevaguedesTCC.Ils’agitd’apprendreauxpatientsàmenerune
analyse fonctionnelle de leurs pensées, d’augmenter la conscience de
leurs conséquences et de pouvoir développer des alternatives à
l’évitement.
LESPROGRAMMESDEPLEINECONSCIENCEDANSLETDAH
DEL’ADULTE
Lechampdespsychothérapiescomportementalesetcognitivesaintégré
lapleineconscienceetconduitàl’émergencedeprogrammesintégratifs.
Comme nous l’avons vu, certains programmes destinés au TDAH de
l’adulte utilisent des interventions dérivées de l’« Acceptance and
Comitment Therapy » (Hayes 1999) ou de la « Dialectical Behaviour
Therapy » (Linehan 1993) en proposant au patient un entraînement à
l’observation de ses pensées sans jugement et sans essayer de les
modifier.
Zylowska (Zylowska 2012) a développé un programme de mindfulness
adapté au TDAH dont les premiers résultats sont prometteurs et
intéressentleschercheurscarcertainsparamètrespeuventêtreévalués
par des mesures en particulier electroencéphalographiques et en IRM
fonctionnelle,enrelationaveclesmodèlesthéoriquesduTDAH(Mitchell
2015).
Lapleineconscience(mindfulness)estactuellement«àlamode»,ces
programmes nécessitent une formation assez longue et une pratique
personnelle régulière de la part du thérapeute. Leur indication dans le
TDAHdel’adulteresteàpréciser.Eneffet,leurefficacitéimpliquedela
part du patient la mise en place d’une pratique régulière. L’acquisition
d’habiletésorganisationnellesetdeplanificationestdoncunpréalableà
un engagement dans un programme de mindfulness afin de ne pas
exposer nos patientsà unabandon et un échec. Méditer devant un tas
de chaussettes permet rarement de faire diminuer le tas. Comme pour
lesautresapproches,lesaménagementsducadreetlagestiondutemps
restentprioritaires(Barkley,communicationpersonnelle).
BIBLIOGRAPHIE
BARKLEY RA, MURPHY KR, FISCHER M (2008). ADHD in adults: What the
sciencesays.NewYork:GuilfordPress;2008.
BECK JS (1995). Cognitive therapy: basics and beyond. New York :
GuilfordPress;1995.
HAYESSC,LUOMAJB,BONDFW,MASUDAA,LILLISJ(2006).«Acceptance
and Commitment Therapy: Model, processes and
outcomes».BehaviourResearchandTherapy,44,1,1–25.
HOZA B, MURRAY-CLOSE D, ARNOLD LE, HINSHAW SP, HECHTMAN L (2010).
« Time-dependent changes in positively biased self-perceptions of
children with attention-deficit/hyperactivity disorder: A developmental
psychopathology perspective ». Development and Psychopathology,
22,02,375–390.
KNOUSE LE, BAGWELL CL, BARKLEY RA,MURPHY KR(2005). «Accuracy of
self-evaluationinadultswith ADHD:Evidencefroma drivingstudy».
JournalofAttentionDisorders,8,221–234.
KNOUSE LE, MITCHELL JT (2015). « Incautiously optimistic: Positively
valenced cognitive avoidance in adult ADHD ». Cognitive and
BehavioralPractice,22,2,192-202.doi:10.1016/j.cbpra.2014.06.003
LINEHAN MM (1993). Cognitive behavioral treatment of borderline
personalitydisorder,NewYork,Guilford.
MCDERMOTT SP (2000). « Cognitive therapy for adults with attention-
deficit/hyperactivity disorder ». In : Brown TE, editor. Attention-deficit
disorders and comorbidities in children, adolescents, and adults.
Washington,DC:AmericanPsychiatricPress;569–607.
MCQUADEJD,HOZAB,WASCHBUSHDA,MURRAY-CLOSED,OWENSJS(2011).
« Changes in self-perceptions in children with ADHD: a longitudinal
study of depressive symptoms and attributional style ». Behavior
Therapy,42,170–182.
MIKAMI AY, CALHOUN CD, ABIKOFF HB (2010). « Positive illusory bias and
response to behavioral treatment among children with Attention-
Deficit/HyperactivityDisorder»,JournalofClinicalChild&Adolescent
Psychology,3,3,373–385.doi:10.1080/15374411003691735.
MITCHELL JT (2010). « Behavioral approach in ADHD: testing a
motivational dysfunction hypothesis ». Journal of Attention
Disorders,13,6,609–617.doi:10.1177/1087054709332409.
MITCHELLJT,BENSONJ,KNOUSELE,KIMBRELNA,ANASTOPOULOSAD(2013).
« Are negative automatic thoughts associated with ADHD in
adulthood?»,CognitiveTherapyandResearch,37,851-859.
MITCHELL JT, ZYLOWSKA L, KOLLINS SH (2015). « Mindfulness Meditation
Training for Attention-Deficit/Hyperactivity Disorder in Adulthood:
Current Empirical Support, Treatment Overview, and Future
Directions».CognitiveandBehavioralPractice,22,2172-191.
PREVATTF,PROCTORB,BESTL,BAKERL,VANWALKERJ,TAYLORNW(2012).
«The positive illusory bias Does it explain self-evaluationsin college
students With ADHD? », Journal of Attention Disorders, 16, 3, 235–
243.
SOLANTO MV (2011). Cognitive-behavioral therapy for adult ADHD:
targetingexecutivedysfunction.NewYork:GuilfordPress;2011.
ZYLOWSKA L (2012). The mindfulness prescription for adult ADHD: An 8-
step program for strengthening attention, managing emotions, and
achievingyourgoals.Shambhala;Boston:2012.
Notes
Chapitre16
Quandlapsychothérapienesuffit
pas:lesinterventions
psychosociales
ALGRÉ LA MISE EN PLACE d’un environnement adapté et le
M développement de stratégies optimales, un certain nombre
d’adultesresteconfrontéàdesdifficultésinsurmontables.Leursfonctions
exécutives défaillantes ne leur permettent pas d’affronter les exigences
delaviequotidienne.Leurvieseréduitpetitàpetit,leursituationdevient
deplusenplusprécaire,leurréseausocials’étiole,ilss’épuisent.
Pour ces adultes, l’établissement d’une reconnaissance de travailleur
handicapé permet d’une part l’accès à des droits sociaux, d’autre part
des aménagements du poste de travail et un accompagnement par un
dispositifadapté.
Lesformulairesdedemandedereconnaissancedetravailleurhandicapé
(RQTH)sonttéléchargeablessurlessitesdesmaisonsdépartementales
duHandicap(MDPH).
Le psychiatre, en accord avec le médecin traitant remplit le certificat
médicaldescriptif.Il estimportant dedécrire defaçon détailléela façon
dont les difficultés du patient impactent son fonctionnement. Il est
souventnécessaired’aiderlepatientàdéfinirsonprojetdevieetàaller
jusqu’auboutdesdémarches.
AMÉNAGEMENTSDUPOSTEDETRAVAIL
Ces aménagements sont à discuter avec le patient et sont étroitement
liés au type d’emploi occupé. Les entreprises étant incitées à employer
un « quota » de personnes porteuses de handicap, il est exceptionnel
que cette démarche joue en défaveur du patient surtout lorsque les
aménagementssontréalistesetdéfinisavecprécision.
Il est ainsi possible d’obtenir un bureau isolé ou un casque de façon à
limiter les distracteurs, des consignes écrites, la mise en place d’un
tutorat, mais aussi des aménagements horaires, des dispenses de
certainestâchestropcoûteusesenénergie…
AMÉNAGEMENTSDESÉTUDES
Lareconnaissancedehandicaprendpossibleégalementl’aménagement
desparcoursdeformation.
Le contact avec les cellules handicap des universités ou écoles
supérieures permet la mise en place d’un suivi personnalisé (Projet
Personnalisé de scolarisation : PPS) et des aménagements comme
l’utilisation d’un ordinateur (logiciels de mind mapping, lecture vocale,
correcteurs d’orthographe, prédicteurs de mots), de supports de cours
permettantdelimiterlessituationsdedoubletâche,d’untiers-tempspour
les examens, d’évaluations adaptées, de tutorat, de dispenses,
d’aménagements horaires… Là encore, c’est l’évaluation clinique, en
partenariat étroit avec le patient, les enseignants référents handicap et
éventuellementd’autresprofessionnels(psychologues,ergothérapeutes)
quipermettradedéfinirlesadaptationslespluspertinentes.
ACCOMPAGNEMENTVERSUNEMPLOIADAPTÉ
Lorsque le patient ne travaille pas, un accompagnement spécialisé
permetuneobservationensituationetladéfinitiond’objectifsréalisables.
Les échanges entre le psychiatre et les différents professionnels
impliquésdansl’accompagnementcontribuentàpréciserlesorientations
lesplusadaptées.
La mise en place de la RQTH a souvent des conséquences très
positives.LespatientsprésentantunTDAHontunerésilienceétonnante
et il n’est pas rareque le répit apporté par la diminutiondes exigences
professionnellespermettederebondirsurdenouvellesperspectives.
Le temps libéré est souvent mis à profit pour développer des activités
souvent bénévoles au départ témoignantde la grandecréativité de ces
adultes.
Je salue ici les peintres, conteurs, sculpteurs, musiciens, graphistes,
cinéastes,mathématiciens,photographes,poètes,inventeurs,chanteurs,
cuisiniers passionnés, humoristes, stylistes, jardiniers inventifs,
décorateurs, acteurs, créateurs de feux d’artifices, de machines
étonnantes,dejeuxoriginaux,desitesInternetpassionnantsdontj’aieu
lachancedecroiserlechemin.
Conclusion