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Graines de Sagacité

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LA LISTE DES OUVRAGES D’EDGAR MORIN

SE TROUVE À LA PAGE 121


Je suis comme un arbre dont le vent
emporte les graines, qui retombent parfois
dans des déserts ou, quelquefois, germeront
très loin d’ici.
Préface

Les banalités que nous disons sur la vie


sont les choses les plus profondes qu’on
puisse en dire.

En 2013, mon ami Jérôme Saltet, coinventeur des Incollables et


animateur de la collection éducative Play Bac, m’incita à écrire des tweets
pour faire connaître mes idées sur l’éducation. Je me rendis rapidement
compte que c’était une opportunité pour exprimer mes idées et réflexions
sur le monde, sur la vie, sur l’être humain, sur la société ; et même parfois
sur les événements de notre actualité.
C’était l’occasion de formuler de façon courte (vu la limitation
obligatoire du nombre de signes), claire si possible, les pensées qui me
préoccupaient, et également les principes d’une connaissance pertinente que
j’avais élaborée dans La Méthode.
Alors que j’avais écrit des livres, certains assez longs ou intimidants par
leur caractère insolite, je pouvais considérer Twitter comme une sorte de
place publique où, à la façon socratique, je m’adresserais aux citoyens de la
cité numérique.
J’aimais trouver des formules, des jeux de mots qui pouvaient frapper les
esprits. Un nombre croissant sans cesse de followers m’encourageait.
Quelques réactions haineuses, insensées ou méprisantes ne me
découragèrent pas. C’est le propre de tout personnage un peu public que
d’être aimé par des amis inconnus et haï par des ennemis inconnus.
Finalement, sous les conseils amicaux de mon éditrice, Isabelle Saporta,
je décidai au bout de dix années de réunir le meilleur de mes quasi-
aphorismes, que nous avons décidé d’appeler Graines de sagacité. Thomas
Vonderscher fit une judicieuse sélection de ce qui pour nous est le meilleur.
Et voilà mes graines qui s’envoleront aux vents nouveaux de la
littérature, avec l’espoir de trouver des terreaux favorables et d’y faire
souche.
EM
Les évidences qui sont banalisées doivent être revitalisées. Ce que j’essaie
de faire dans mes derniers tweets.

Socrate disait ce qu’il pensait sur la place publique d’Athènes et parfois se


faisait insulter. Ma place publique est Twitter.

Le tweet est un art pratiqué dans les Maximes de La Rochefoucauld, les


Pensées de Pascal et les Aphorismes de Lichtenberg.
J’ai découvert sur le tard le sentiment de plénitude d’être simplement assis
sur une chaise au soleil.

C’est très curieux d’être jeune quand on est vieux.

Mon cœur-organe est vieux et fatigué, mon cœur-sentiment n’a pas


vieilli.

Toutes les directions qu’a prises ma vie ont été hautement improbables.
Bien que centenaire et bien que continuant l’œuvre de toute ma vie, il est
prématuré de m’avoir liquidé, embaumé et mis au tombeau.
La presque unanimité au centenaire de celui qui fut et reste un déviant
doit-elle désoler ou réconforter ?

Est-elle venue, la saison,


Avec mon anniversaire,
D’atteindre l’âge de raison ?
Ou n’est-ce pas nécessaire ?

C’est bizarre pour un déviant de devenir officiellement reconnu.


Évitez d’être centenaire. Passez directement à 101 ans.

Je crois que j’ai pu vivre longtemps parce que je n’ai pas eu de rancunes.
Les programmateurs vivent, pensent et prévoient dans un temps
chronologique, alors que je vis jour par jour dans mon temps biologique.

Bien sûr, je préférerais passer l’été que le Léthé.


Je suis vieux, il est vrai, mais aux âmes bien nées la valeur ne se perd au
nombre des années.

Aujourd’hui Toussaint. C’est le jour où les morts viennent visiter les


vivants. J’ai beaucoup de visites.

J’en ai vu, des printemps brisés.

Je ne cesserai jamais de percevoir ce qu’il y a de cruel, implacable,


impitoyable dans l’humanité, ni ce qu’il y a de terrible dans la vie, mais
aussi de percevoir ce qu’il y a de noble, généreux, bon dans l’humanité, ni
ce que la vie a d’enchanteur et d’émerveillant.
J’ai eu la folle croyance que la folie humaine allait diminuer.

J’aime m’abriter sous ton Toi.

Je crains le pire, qui est probable, mais je crois en l’improbable.

La littérature, le cinéma, la musique, l’Amitié et l’Amour ont sauvé ma


vie.

J’étais fait pour ne rien faire et toute ma vie a été contrariée.


Je progresse grâce à mes critiques, et non mes détracteurs.
Comme je ne suis plus maître de mon temps, le temps est désormais mon
maître.

Parfois traversé par une onde profonde de mélancolie, parfois traversé par
une onde profonde d’allégresse…

Je suis de ceux qui adorent adorer.

Il y a eu plus de femmes avec qui j’aurais aimé vivre que n’en permettait
la monogamie.

Je m’étonne qu’on s’étonne si peu souvent.

Quand je mets mes chaussettes, mes doigts de pied me rappellent que


nous avons eu des ascendants quadrumanes.
Joie de me retrouver en ma patrie millénaire : la Méditerranée.

Toute régression doit stimuler une résistance, et toute résistance constitue


un îlot de sauvegarde des valeurs essentielles de nos vies en même
temps qu’un éventuel point de départ pour un renouveau.

Le destin de l’humanité se joue dans l’inconscience généralisée.

Si l’on est convaincu de l’urgence comme de l’évidence de changer de


voie, alors, et alors seulement, se dessinera une voie. Et une espérance.

On ne peut rien faire sans espoir, en se cantonnant dans la mélancolie, le


dépit ou la résignation.
J’avais 20 ans sous l’occupation et la résistance héroïque de l’URSS. Suis
devenu communiste. J’avais pourtant lu Souvarine, Trotski, Victor Serge,
Gide. J’ai cru en un futur nouveau pendant six ans et décelé
progressivement l’énorme mensonge.

L’expérience d’autrui ne sert à rien.

J’ai vécu les années de somnambulisme et d’aveuglement de 1930 à 1940


qui ont conduit au désastre. Les circonstances sont autres, mais j’en vis de
pareilles depuis vingt ans et ce qui va se passer sera peut-être une avancée
du Titanic vers l’iceberg.

Il ne suffit pas d’être écologiste ou communautaire, il faut savoir se


débarrasser des égocentrismes et des rancunes, essayer de mieux
comprendre autrui, bref, il faut une réforme psychologique et éthique
préalable pour dépasser mesquineries, auto-justifications, myopies
mentales.

Dans La Voie, je dis que pour les nations le développement (technique/


économique) ne doit pas être la seule finalité, mais aussi l’enveloppement
(dans des communautés solidaires).
L’humain est ce qu’il y a de pire et de meilleur sur terre. Beaucoup
oscillent entre pire et meilleur. Certains, selon les conditions intérieures et
extérieures, versent dans le pire, d’autres, selon les conditions intérieures et
extérieures, s’élèvent au meilleur.

Je dis également dans La Voie que le meilleur des cultures occidentales


(libertés, émancipation des femmes) devrait être combiné avec le meilleur
des cultures et traditions indigènes, y compris sur le plan médical.

Il y a une barbarie européenne dans la colonisation, la traite des Noirs, le


nazisme, le stalinisme ; mais il y a aussi dans la culture européenne, depuis
Montaigne, la conscience et les antidotes à cette barbarie (voir son texte sur
les cannibales et sa dénonciation de la cruauté des conquistadores).
Montaigne fut le premier anticolonialiste de l’histoire européenne.

Le dernier visage du racisme : traîter de racistes ses victimes.

Le nationalisme se nourrit d’ennemis.


Ce qui réveille les uns révolte les autres.
La seule chose que je hais est la haine.

La guerre, son aggravation, le risque de sa généralisation, ses


conséquences économiques dans le monde, l’inflation, la sécheresse, le
réchauffement climatique, et bientôt le retour du Covid, voilà ce qu’il faut
affronter et qui doit transformer la politique.

La guerre engendre des maux et des mots excessifs.

La dérive tragique : l’indignation devient colère, la colère devient fureur,


la fureur devient rage aveugle.

La guerre témoigne d’une incapacité à régler de façon complexe des


problèmes fondamentaux.
Les dissidents n’ont pas toujours raison, mais les conformistes ont
souvent tort.

Il y a une contradiction indépassable entre les fermetures ethniques,


nationalistes, religieuses et le besoin d’une conscience d’humanité
commune au XXIe siècle.

Qui peut, doit contrôler les contrôleurs, sinon les contrôlés ?


Asservissements des peuples, saccage de l’univers, Auschwitz, goulag :
bavures ? erreurs ? Quand verra-t-on que la bavure est dans la structure, que
la structure est dans la bavure ?

Beaucoup de penseurs ont été grands parce qu’ils n’ont pas eu peur de
transgresser les règles du bien-penser.
La civilisation occidentale subit une profonde crise au moment où elle
devient modèle pour le monde entier.

L’état d’exception devenant normal, l’état normal deviendra exceptionnel.


Si nous savions comprendre avant de condamner, nous serions sur la voie
de l’humanisation des relations humaines.

Deux besoins humains : le besoin de reconnaissance, le besoin d’être


utile.

De partout les nouvelles tombent sur nos espérances comme le couperet


d’une guillotine.

Les malheureux et les humiliés ne sont pas toujours gentils ni toujours


intelligents, ni toujours bons, mais ils sont malheureux ou humiliés.
Toute décision en situation d’incertitudes est un pari, comme toute
absence de décision.

En science et surtout en politique, les idées, souvent plus têtues que les
faits, résistent au déferlement des données et des preuves.

Il est trompeur de sortir un mot ou une phrase de son contexte.

On communique très mal dans la société de la communication. On est de


moins en moins bien informés dans la société de l’information.

Les citoyens qu’on ne traite pas en adultes sont souvent amenés à réagir
de façon infantile.

Plus la politique devient technique, plus la compétence démocratique


régresse.
9 août. L’Unesco célèbre la Journée internationale des peuples autochtones
Dans la langue lakota d’Amérique du Nord, le mot Mitákuye Oyás’iη
signifie « tout est lié ».

Une société ne peut progresser en liberté et en communauté que si elle


progresse en solidarité.

Ce sont surtout les humiliés et offensés qui ont besoin de reconnaissance.

La fraternité doit sans cesse se régénérer, car elle est sans cesse menacée
par la rivalité.

Chacun, et tout individu et nation, vit en somnambule une phase


historique, commencée à Hiroshima, où l’aventure humaine a créé les
possibilités de son anéantissement et celles de ses métamorphoses.
Nous sommes hélas contraints d’accepter l’inacceptable et de tolérer
l’intolérable.

Dans ces débats, chacun dit quelque chose de vrai, et c’est cela qui fausse
tout.

La frontière est floue entre le compromis et la compromission.

Ceux qui ont de la compassion pour les humiliés et offensés sont pour
cela même humiliés et offensés par les humiliants et offensants.

La liberté de corrompre est très grande, la liberté de dénoncer la


corruption très restreinte.

Je critique des idées, je n’attaque jamais des personnes. Je sais que ce


serait me dégrader que de les dégrader.
Populisme, complotisme, islamisme, islamo-gauchisme, sont des mots
dont le vague permet un usage intempérant.

L’islamo-gauchiste a ceci de particulier qu’il n’est ni gauchiste, ni


partisan de l’islam.

Le global ne doit pas faire oublier le local, comme le local ne faire oublier
le global.

La démocratie n’est pas irréversible, hélas ; la dictature non plus,


heureusement.

Les indignations à sens unique sont indignes.

Résister aux hystéries collectives, qui se prétendent toujours l’expression


d’une juste et vertueuse indignation. Il est évident qu’éviter l’hystérie n’est
pas se refuser à une juste indignation. Il reste non moins évident que
l’indignation ne peut tenir lieu de pensée.

Être courageux, c’est maintenir la fidélité à ses vérités. C’est sauvegarder


nos aspirations, c’est résister aux courants dominants, au retour de la
barbarie ancestrale et à celui de l’hégémonie du calcul et du profit. C’est la
compassion pour les offensés et les humiliés.

Le mode barbare de penser est dans la simplification, la disjonction, la


séparation, la rationalisation, qui excluent la complexité, la contradiction, l
´inclusion, l’inséparation, le rêve et la poésie.

La mondialisation est de l’interdépendance sans solidarité.

Il faut prendre conscience que ce qui se joue aujourd’hui est sans


précédent dans l’histoire : le destin de l’humanité dans son ensemble. Voilà
qui contraste avec le refrain « Il n’y a plus de cause ». Jamais une cause n’a
été aussi essentielle, aussi vitale, aussi pure et aussi belle.
Tout mouvement fondé uniquement sur un refus peut réussir
provisoirement, mais est voué à l’essoufflement, ou à la désintégration.

Continuons dans l’incertitude, mais aussi dans la fraternité.

Si tu ne peux rien pour eux, n’abandonne pas en pensée les abandonnés.


L’humanité a inventé l’inhumanité.

Une des contradictions de la démocratie : doit-elle exclure ceux qui


veulent la détruire ? Non, quand ils ne sont qu’une minorité. Mais, quand ils
obtiennent la majorité, c’est trop tard.
Il n’est pas incompatible d’admirer les femmes qui se dévoilent en Iran et
d’admettre celles qui se voilent en France. L’important est la LIBERTÉ de
porter ou ne pas porter le voile. Cette liberté existe encore en France, mais
est bafouée en Iran depuis des décennies par la tyrannie abjecte des
ayatollahs.

La solitude est le lot du pionnier, mais aussi de l’égaré.

Comme les pièces dispersées d’un puzzle, les ferments premiers d’une
nouvelle civilisation travaillent ici et là, font ici et là lever la pâte nouvelle.
Les besoins inconscients d’une autre vie commencent alors à passer à la
conscience. Des oasis de vie conviviaux se créent.

Le cosmopolite qui n’a qu’une langue, l’anglais, une connaissance, le


calcul, un but, le gain, un idéal, la croissance, un mythe, le progrès matériel,
s’oppose au citoyen de la Terre-Patrie, qui reconnaît l’unité/diversité
humaine et la communauté de destin de tous les humains.

A-t-on saisi le vœu, souvent informulé ou inconscient, de ceux qui


voudraient vivre et non seulement survivre ?
Gilets jaunes : c’est un rassemblement national de révoltés, qui échappe
au Rassemblement national et aux Insoumis.

Il aurait fallu réformer la réforme et retraiter les retraites.

L’incapacité de considérer les multiples et parfois contradictoires aspects


des choses conduit aux pensées unilatérales et aux aveuglements.

Notre concept de développement est sous-développé.

Partout les haines adverses ont un ennemi commun : la concorde, la


réconciliation, la compassion, le pardon.

J’ai confiance dans le génie souterrain qui travaille dans les tréfonds
mentaux, qui réveille et révolutionne les esprits là où on pouvait croire que
tout était fermé, figé, congelé.
Toutes les grandes extases historiques nous marquent à jamais de leur
poésie illuminante mais fugitive, comme la libération de Paris, la révolution
des Œillets à Lisbonne, la chute du mur de Berlin, le Printemps arabe de
Tunis et du Caire.

La pensée est devenue l’auxiliaire du calcul qui aurait dû être l’auxiliaire


de la pensée.

L’ordre impeccable est l’ordre implacable ; il exclut toute initiative, toute


créativité.

Je souhaiterais une ligue contre l’hégémonie du profit, la bureaucratisation


généralisée, l’industrialisation de nos vies, le consommationnisme aveugle,
pour les solidarités humaines sociales et écologiques et qui pourrait peser
puissamment sur les politiques.

Le développement scientifique/technique/économique a pris une ampleur


créatrice et destructrice inouie.
La course à la croissance se fait au prix de dégradations dans la qualité de
la vie.

Partout où la boussole politique est sur la croissance, partout il y a


aveuglement sur l’état mental, moral, ainsi que sur le mal-être dans une
civilisation.

Il est urgent de sortir de l’impasse de l’agriculture pétrochimique.


Réinventons le métier de paysan, organisons la « révolution verte » de
l’agro-écologie.

À l’implacable pouvoir du flic des dictateurs divinisés a succédé


l’implacable pouvoir du fric des affairistes glorifiés.

Il faut expertiser les experts.


Je crains l’intelligence superficielle autant que l’artificielle.

Le capitalisme n’est pas en crise, c’est lui qui fait la plupart des crises,
dont la crise écologique.

Il faut réhabiliter la nature à l’intérieur de l’homme et autour de l’homme,


là même, comme Marx, Adorno et Horkheimer l’ont montré, où la
domination de la nature entraîne la domination de la nature propre de
l’homme.

La conscience écologique vient d’une menace, non d’une espérance ; elle


nous amène à repenser non seulement notre relation à la nature, mais notre
histoire et notre civilisation.

L’agro-écologie cultive des aliments sains, cultive les sols, nous cultive
nous-mêmes et devrait cultiver le monde.

Réfugiés : il y a un abîme entre le connu (par nous) et le vécu (par eux).


Le grand remplacement est celui des idées humanistes et émancipatrices
par les idées suprémacistes et xénophobes.

Il ne faut pas confondre le souci identitaire légitime et la clôture identitaire


condamnable.

Un système social doit à la fois être fermé et ouvert. Fermé pour


sauvegarder son organisation et son identité. Ouvert pour se nourrir
d’apports étrangers qu’il intègre et assimile.

La France est À LA FOIS UNE ET MULTICULTURELLE. Elle a agrégé


au cours de son histoire des peuples très divers, bretons, alsaciens, etc., puis
des descendants d’immigrés. Son unité embrasse une multiculturalité. Ces
deux notions qu’opposent les esprits borgnes se complètent.

Ma saison de six ans en Stalinie dans ma jeunesse a été décisive pour que
je comprenne comment fonctionnent les esprits fanatiques.
La foi suscite des saints, des héros et des bourreaux. Le fanatisme suscite
surtout des meurtriers, des tortionnaires et des bourreaux.

Résister à la barbarie, c’est résister sur deux fronts, celui de la résistance


aux intolérances et au fanatisme meurtrier pratiqués au nom de l’islam,
celui de la protection de l’ensemble des musulmans et immigrés pacifiques.

La guerre porte au paroxysme le pire et le meilleur de l’humain.

Nous sommes entrés en hystérie de guerre tout en jouissant encore des


avantages de la paix.

Nous sommes dans l’escalade de l’inhumanité et la dégringolade de


l’humanité, l’escalade du simplisme et la dégringolade de la complexité.
Mais surtout l’escalade vers la guerre mondialisée et la dégringolade de
l’humanité vers l’abîme.
L’urgence est de faire cesser le feu, non de souffler sur le feu.

Comme ce fut le cas en 14-18, les médias taisent la situation abominable


des soldats dans les tranchées.

Je dénonce dans mon livre De guerre en guerre le rôle malfaisant des


mensonges de guerre, et il est possible que je sois dupé par de tels
mensonges, lesquels prolifèrent en toute guerre.

Rien n’est pire que l’affrontement de deux délires.

La guerre met la raison au service de la folie.


Nul penseur n’a pu empêcher que des disciples dégradent sa pensée et que
des adversaires la défigurent.

La pathologie de l’idée est dans l’idéalisme où l’idée se prend pour le


réel. La maladie de la théorie est dans le doctrinarisme qui la pétrifie. La
pathologie de la raison est la rationalisation qui enferme le réel dans un
système d’idées cohérent, mais à partir d’un postulat arbitraire.

Le mot « élucider » devient dangereux si l’on croit que l’on peut faire en
toutes choses toute la lumière. Je crois que l’élucidation éclaire, mais en
même temps révèle ce qui résiste à la lumière, détecte un fond obscur.

Tout système vivant est la fois fermé pour sauvegarder son identité et son
intégrité, et ouvert pour connaître, se nourrir, coopérer.

Nous vivons un temps où l’acceptation de l’interrogation et du doute,


vertus élémentaires de la pensée, est de plus en plus restreinte et de moins
en moins compréhensible.

La culture, c’est ce qui relie les savoirs et les féconde.


La conjonction de l’esprit de réflexion et de l’esprit d’hypothèse constitue
sans doute la sève de la recherche dans les sciences.

Une grande source d’erreurs et de mauvaises décisions : ne voir que le


secondaire au détriment du principal.

L’incapacité de tirer les leçons de l’expérience, l’incapacité de modifier


des schèmes mentaux, la sélection de faux problèmes et de faux critères,
l’oubli des fins dans l’usage des moyens ou l’ignorance des moyens adaptés
aux fins, suscitent des formes multiples d’aveuglement.

Comme la vie, comme la société, mais avec ses règles propres, la science
vit de coopération et de compétition.
La science progresse, la conscience régresse.

Les problèmes « de fond » passent entre les vides qui séparent les
disciplines et tombent dans un abîme sans fond.

Les réponses aux questions font naître de nouvelles énigmes (solubles) ou


de nouveaux mystères (insolubles).

En fait, l’incompréhension de soi est une source très importante de


l’incompréhension d’autrui. On se masque à soi-même ses carences et
faiblesses, ce qui nous rend impitoyables envers les carences et faiblesses
d’autrui.

Dès qu’on expose, on s’expose.

Le chercheur n’est pas seulement une blouse blanche, mais aussi un être
humain, culturel, social, et son souci de vérité et de vérification devrait
porter non seulement sur l’objet qu’il étudie, mais sur lui-même.

Si certaines évidences apparentes, propres à nos perceptions et à nos


croyances, doivent être mises en doute, le doute lui-même doit être mis en
doute lorsqu’à la fois les faits, l’expérience et la raison imposent leur
évidence.

On doit douter avant qu’on puisse vérifier.

Le monopole de l’appropriation et de la promulgation de la vérité est le


propre des États théologiques et des États totalitaires. Le contrôle des
vérités et des erreurs par notre État serait une nouvelle et grave régression
de la démocratie.

Partout, dans les sciences, les techniques, les humanités, les médias,
règnent des idées générales creuses, sonores et retentissantes, cachées mais
omniprésentes dans les sciences, triées selon leur valeur consommatrice et
marchande dans les médias.
Le doute met en question les croyances, y compris la croyance au doute.
C’est une vertu critique qui doit porter aussi sur la critique elle-même.

La vérité est d’abord vaincue avant de devenir éventuellement victorieuse.

La connaissance des limites de la connaissance est indispensable au


connaissant.

Toute réflexion sur l’avenir nous apporte, plutôt que des certitudes en
réponse à nos incertitudes d’avenir, des incertitudes en réponse à nos
certitudes présentes.

La vraie connaissance ne peut qu’accroître le mystère du monde.

Tant sur le plan sanitaire que sur les plans économique et politique, nous
sommes destinés à vivre, à penser et à agir dans l’incertitude.
On vit dans l’illusion d’un progrès de la connaissance par l’accroissement
quantitatif des informations, mais la connaissance a régressé
qualitativement dans son incapacité à relier ces informations.

La désinformation a un avantage important sur la vérité, car rétablir la


vérité est particulièrement coûteux.

C’est une faiblesse intellectuelle extrêmement répandue de considérer que


l’explication est une justification.

Il est inexcusable de refuser de comprendre de peur d’excuser.

La crise rend lucides les uns, aveugles les autres. Les autres sont souvent
les plus nombreux.

Si des mensonges fabuleux ont pu se répandre parmi les humains, par


ailleurs si rusés, c’est que les humains sont encore très naïfs à l’égard des
idéologies et des mythologies. Ils sont innocents à l’égard d’un mensonge
idéologique, comme la vache à l’égard d’un veau empaillé.

C’est un travail de salubrité publique que de tout faire pour que nous nous
comprenions les uns les autres.

Quand on a l’obsession de réfuter une idée, c’est contre soi qu’on veut la
réfuter. Si on ne répond pas aux vrais arguments d’autrui, et qu’on en
cherche seulement les défauts superficiels, c’est qu’on sent inconsciemment
ces arguments terriblement valables.

Il est sain de considérer les affirmations contradictoires, y compris sur les


vaccins, et si on n’y voit pas clair, de reconnaître nos incertitudes.

Complotiste et conformiste, deux mots qui permettent d’éviter toute


interrogation et toute argumentation.
L’art d’attribuer à autrui des mots qu’il n’a pas énoncés, des pensées qu’il
n’a pas eues, de dégrader sa personne de la façon la plus vile, cet art
accomplit des sommets, y compris dans le tweet.

La véritable rationalité connaît les limites de la logique et du


déterminisme ; elle sait que l’esprit de l’homme ne peut être omniscient,
que la réalité a son propre mystère.

La doctrine-qui-sait-tout déteste la réalité qui la contredit et la


connaissance qui la conteste.

Tout ce qui est marginal peut être soit innovateur et incompris, soit
insensé. Il est bon de s’informer et de s’interroger avant de juger.

Un savoir n’est pertinent que s’il est capable de se situer dans un


contexte : la connaissance isolée d’un objet cesse d’être pertinente. Il ne
s’agit pas de supprimer les disciplines, mais de les articuler, de les relier, et
de leur donner une vitalité et une fécondité.

On réfute en argumentant, non en dénonçant.

Une théorie n’est pas la connaissance, mais elle permet la connaissance.


Une théorie n’est pas un point d’arrivée, c’est la possibilité d’un départ.

Bien des vérités officielles et des certitudes absolues sont devenues avec
le temps erreurs et illusions.

Connaître et penser, ce n’est pas atteindre une vérité absolue, c’est


dialoguer avec l’incertitude.

De même qu’il fallait réviser son automobile tous les 10 000 kilomètres, il
nous faut réviser nos idées tous les dix ans, et plus tôt s’il survient une crise
majeure, comme celle issue de la pandémie.
Ni consensus ni déviance ne sont ipso facto vérité.

Les vérités dormantes ont besoin d’être réveillées, les vérités banales ont
besoin de redevenir vivantes.

Il faut savoir que chez l’être humain la raison peut se mettre au service de
la folie et que la folie peut créer ce dont la raison est incapable.

Une pensée critique doit être capable de critiquer la critique et de


pratiquer l’autocritique.

On est libre de penser, mais il est prudent désormais de ne pas dire tout ce
que l’on pense.

Ce sont toujours des esprits déviants qui apportent les idées


transformatrices, pour le meilleur comme pour le pire.
L’esprit critique est inséparable de l’esprit autocritique.
L’histoire est aussi une succession de duperies et d’illusions. Le
mensonge et l’erreur y sont plus fréquents que la vérité.

L’histoire innove, dérive, titube. Elle change de rail, elle se déroute, faite
de courants et de contre-courants.

L’imprévu peut arriver, en bien ou en mal. Et moi, je compte sur


l’improbable. L’histoire n’est jamais écrite d’avance.

L’historien doit s’historiser lui-même.


Ce qu’est l’histoire : des émergences et des effondrements, des périodes
calmes et des cataclysmes, des bifurcations, des tourbillons, des événements
inattendus.
La réflexion sur le monde d’aujourd’hui ne peut s’émanciper d’une
réflexion sur l’histoire universelle. Les périodes calmes et de prospérité ne
sont que des parenthèses de l’histoire. Tous les grands empires et
civilisations se sont crus immortels. Et tous ont disparu.

L’idée de Condorcet, qui faisait du progrès une loi inéluctable de


l’histoire, doit être abandonnée ; cela dit, il y a beaucoup de progrès
possibles, mais aucun n’est irréversible.

Plus on fait un diagnostic rationnel sur l’Histoire, plus on voit son énorme
part d’irrationalité.

L’immense vertu de la conscience est de nous faire découvrir l’immensité


de notre inconscience.

L’humanité souffre d’une immense carence introspective.


Le développement inouï des techniques nous oblige à un supplément de
conscience.

On ne peut vivre sans être partiellement bouché, aveugle, pétrifié. Mais


c’est à la clôture, à l’aveuglement, à la pétrification que l’esprit doit,
intellectuellement, éthiquement, résister. L’autocritique devient ainsi une
culture psychique quotidienne, une hygiène essentielle.

La seule chose qui montre l’être humain dans sa subjectivité, dans ses
pensées, dans ses sentiments, dans ses relations avec autrui, dans son
contexte sociologique, historique et social, c’est la littérature. La littérature
n’est pas seulement un art, mais un mode de connaissance.

Mon œuvre s’est auto-produite au sein de mon esprit, qui l’alimente,


comme l’enfant s’auto-produit dans le ventre de sa mère, qui l’alimente.
Elle m’a possédé alors que j’en suis non tant l’auteur et possesseur que le
gynécologue.

La pensée complexe dépasse l’alternative réalisme/idéalisme, car elle


comporte l’inséparabilité pour nos esprits du réel et de l’idéel ; elle postule
une réalité que nous pouvons seulement traduire via notre esprit et notre
langage.
Remplacer le manichéisme par la complexité, travail d’Hercule.

Le monde est de plus en plus complexe et les esprits désarçonnés sont de


plus en plus simplificateurs.

Le danger essentiel est que le mot même de complexité devienne à la fois


l’instrument et le masque de la simplification.

Je complexifie et relativise là où d’autres simplifient et absolutisent.

L’injection de l’incertitude dans la connaissance ne dissout pas la


connaissance, elle la complexifie.
Je crois être vigilant, voire inquiet, mais pas pessimiste. La pensée
complexe va au-delà de l’opposition entre pessimisme et optimisme.

La révolution qui s’impose est la révolution mentale qui permet


d’affronter les complexités, d’intégrer les connaissances et de résister aux
régressions.

Tant que ceux qui ont le sens de la complexité du monde, de la vie, des
humains, des événements seront une petite minorité, le monde ira de mal
en pis.

L’esprit complexe change le regard sur le monde : on ne voit plus un


monde d’objets séparés les uns des autres, mais un monde
d’interconnections, d’interactions, de rétroactions.

À la doctrine qui répond à tout, plutôt la complexité qui pose question à


tout.
Le réel n’est pas totalement représentable ; le réel n’est pas totalement
axiomatisable ; mais quelle est la réalité non représentable, non
axiomatisable ? Un résidu ? Ou le noyau ? Les fanes ? Ou le cœur ?

La complexité de l’auto-éco-organisation vivante introduit la créativité


dans l’univers, du moins ce que nous en connaissons.

La pensée complexe est ouverte, non seulement à la critique, ce qui


devrait être le statut de toute théorie scientifique, philosophique, politique,
mais ouverte sur son propre dépassement, ouverte sur l’inconnu, ouverte sur
l’étrangeté de l’existence, du monde, de la vie, de l’humain.

La pensée complexe se doit d’être toujours sensible à l’incertitude,


l’ambivalence, la contradiction, qui sont les ennemies de l’arrogance
intellectuelle et du dogmatisme.
La complexité est le défi que la réalité lance à nos esprits, et nullement
une idéologie.

Il est rare que les intellectuels pratiquent ce qu’aurait dû normalement


développer leur culture : l’attention au discours d’autrui, la capacité
d’entendre un argument sans le déformer. Il y a, au contraire, l’avilissement
en basses intentions, mauvaise foi, malhonnêteté.

Être intellectuel, c’est s’auto-instituer tel, c’est-à-dire se donner une


mission : une mission de culture, une mission contre l’erreur, une mission
de conscience pour l’humanité.

Être cultivé, c’est disposer d’un minimum de connaissances émanant


d’origines extrêmement diverses, et être capable de les faire communiquer
entre elles. C’est ne pas se fier au jugement d’autorité, mais se nourrir
d’examen et d’auto-examen.

L’autonomie de l’esprit doit être entretenue par une gymnastique


psychique quotidienne pour être sans cesse sauvegardée et entretenue.
La transdisciplinarité exige beaucoup plus d’effort personnel que la
discipline.

Celui qui n’a qu’un savoir spécialisé est réduit aux lieux communs
généraux.

Au cœur de la crise multiforme que nous vivons, il y a la crise de la


connaissance et de la pensée, laquelle est d’autant plus ignorée que l’on
connaît et pense la crise de façon mutilée, unilatérale, réductrice, c’est-à-
dire de façon tronquée, trompée, trompeuse.

Les structures de la logique, les puissances de la pensée, les pouvoirs de la


langue sont insuffisants pour concevoir la réalité de la réalité. Il y a des
trous noirs, des abîmes, l’abîme même. Mais tout cela peut être détecté,
repéré, évoqué, reconnu, par la pensée et par la langue.

La pleine conscience des ambivalences, des contradictions et des


complexités seule pourrait réduire aveuglements, dogmatismes et
fanatismes.

Ne confondons pas la complication (comme celle des formalités


bureaucratiques ou des pensées alambiquées) et la complexité, qui est le
tissu ou le lien commun à des éléments arbitrairement séparés par une
connaissance qui sépare ce qui est lié.

Le b.a.-ba de la connaissance complexe : « Je tiens impossible de


connaître les parties sans connaître le tout, non plus que de connaître le tout
sans connaître particulièrement les parties » (Pascal). Le tout est à la fois
plus et moins que la somme des parties.

VADE-MECUM DE LA PENSÉE DU COMPLEXE : contextualisez


toujours pour comprendre. Ce qui est séparé est aussi inséparable. Le tout
est aussi dans la partie. Les antagonismes peuvent être complémentaires.
Les produits d’un processus récursif y sont aussi producteurs.

Complexité : Les débats sur les vaccins touchent à la recherche


scientifique, à la bioéthique, à la politique, à la santé, à la liberté citoyenne,
à la diplomatie, à l’organisation sociale, à la communication, à l’économie,
à la sécurité, à l’industrie pharmaceutique, etc.
La pensée complexe n’est pas la pensée finale et totale de l’Univers. Elle
en est la meilleure approximation. J’ai toujours eu cette idée, que certains
penseurs avançaient déjà dans l’Antiquité, que plus on avance dans la
connaissance, plus on découvre une nouvelle ignorance. C’est ce qu’illustre
magnifiquement l’essor des sciences modernes.

Ce sont toujours les phénomènes marginaux aberrants, les petites


exceptions aux règles crues absolues, qui ont été les supports et les points
de départ des grandes révolutions scientifiques.

La science a progressé en utilisant l’intuition, le hasard, l’imagination, le


désir, le rêve, l’affectivité, mais clandestinement, sans que ces qualités
entrent, pour le moins du monde, dans ses traités.

L’abstraction a fini par se prendre pour la quintessence de la réalité, alors


qu’elle en est la déshydratation.

On me considère souvent comme un sociologue, mais en réalité je


réfléchis et je travaille sur le caractère trinitaire de l’humain :
individu/société/espèce. C’est de l’anthropologie, au sens ancien du terme :
la mise en relation de toutes les connaissances sur l’humain, ce qui m’a
conduit à la transdisciplinarité.
Lorsqu’on travaille dans la pensée complexe, on ne peut pas se contenter
d’une méthode de travail classique, où l’on déroule son plan. Ici, la stratégie
peut se modifier à tout moment, parce qu’en cours de route on découvre
d’autres informations, le hasard vous donne de nouvelles idées.

Dans les situations incertaines ou conflictuelles de l’histoire humaine, la


réalité obéit rarement à nos souhaits et plus encore à nos décisions.

On ne devrait se faire une opinion qu’après avoir examiné les points de


vue divergents ou opposés.

L’élimination totale du risque conduit à l’élimination totale de la vie.


On devrait chercher un vaccin contre la rage spécifiquement humaine, car
nous sommes en pleine épidémie.
Le conformisme cognitif, qui se répand de façon ravageuse en période de
crise, a été très bien décrit en sociologie.

Derrière la lutte médicale contre l’épidémie, la lutte de titans entre les


géants de l’industrie pharmaceutique.

Le prédateur qui tue toutes ses proies se condamne à mort. C’est un jeu à
qui gagne perd.

Le principe de précaution n’a de sens qu’associé à un principe de risque,


indispensable à l’action et à l’innovation.

Nourrissons nos anticorps sociaux et culturels : amitié, solidarité,


fraternité, communion, amour, chefs-d’œuvre de poésie, de littérature, de
musique, de peinture, de cinéma.
Tout ce qui est évident, tout ce qui est connu devient sous l’étonnement
inconnu et mystérieux.

Ce n’est pas tant le passé qui attriste, c’est le révolu.


Il faut raison garder dans l’émotion tout en gardant l’émotion dans la
raison.

Il ne devrait pas y avoir de raison sans passion, et il ne devrait pas y avoir


de passion sans raison.

Vivre est un art difficile où tout ce qui est passion doit être surveillé par la
raison – pour ne pas succomber à l’égarement –, mais où toute raison doit
être animée par une passion – pour ne pas succomber à l’insensibilité.

Il y a en chacun d’entre nous des personnages discordants.


Nous sommes tous à la fois différents et semblables, ce qui fait l’unité et
la diversité de l’humanité.

Plus on interdit, plus on incite à la transgression.

Espérons que nous n’aurons pas à désespérer.

Le réel est plus insondable que la mort.

Dénoncer en paroles l’inacceptable, c’est sinon l’accepter, du moins le


subir ; idem pour l’intolérable.

C’est toujours ce qui éclaire qui demeure dans l’ombre.


Une société s’autoproduit sans cesse parce qu’elle s’autodétruit sans
cesse.

Dans notre société, il y a ces réserves de sentiment, d’amour, de rêve, de


poésie, qui ne sont pas entièrement, ni parfois principalement, envahies par
le pur calcul, la seule exploitation. La société ne peut survivre que parce
qu’il y a ces antidotes.

La beauté n’est jamais superflue.


La vie est une succession de carrefours où, à chaque fois, de façon
consciente ou inconsciente, nous prenons une direction. Nous perdons
d’innombrables vies possibles pour une seule vie réelle.

La vie s’épanouit dans l’émotion poétique.


Il faudrait savoir regarder le monde à la fois dans toute sa splendeur et
dans toute son horreur.

L’espérance se fonde sur les possibilités humaines encore inexploitées et


elle mise sur l’improbable. Ce n’est plus l’espérance apocalyptique de la
lutte finale. C’est l’espérance courageuse de la lutte initiale.

Vie : le mot le plus évident et le plus mystérieux, le plus plat et le plus


profond, qui nomme ce que nous n’arrivons pas à comprendre ni concevoir,
et dont nous sommes à la fois les jouets et les acteurs.

Il faut, plutôt que changer le monde, changer le changement en cours dans


le monde.

L’incertitude qui était tapie invisible sous le quotidien a tout envahi et est
devenue le quotidien.
L’année qui arrive en chaos / Allons à elle le front haut / Et si le désert
avance / Faisons oasis résistance / Quand arrive la glaciation / Évitons toute
démission / Soyons fraternels bienveillants / Pour les humbles et les
souffrants / Ne cédons pas au hideux / En l’an deux mille vingt-deux.

Ami(e), en l’année qui arrive / L’humanité est en dérive / Il faut beaucoup


de courage / Et non pas fureurs et rages pour affronter soir et matin /
L’adversité et l’incertain / Si le vrai est ta passion / Multiplie sources
d’information / Et rejoins le parti d’Éros / Contre le mortel Thanatos.

Nous devrions changer nos décisions et actions quand le contexte change.

Un amour naissant inonde le monde de poésie, un amour qui dure irrigue


de poésie la vie quotidienne, la fin d’un amour nous rejette dans la prose.

Une des grandes leçons de la vie est de cesser de croire en la pérennité du


présent, en la continuité du devenir, en la prévisibilité du futur.

Unde origo inde salus : du retour aux sources vient le salut.


La fin d’un monde est en même temps la naissance d’un nouveau. Mais la
fin n’est pas finie et le nouveau n’a pas commencé.

Une langue est un vivant d’une espèce propre : elle intègre des mots
d’argot et étrangers et se modifie avec le temps. Elle est nourrie par ses
locuteurs.

Si on perd Espoir, Poésie et Amour demeurent.

On ne peut pas bien parler d’une musique, mais une musique parle mieux
et va plus profond que le langage des mots.

Qu’est-ce que l’amour ? C’est l’union de la folie et de la sagesse.


Aimons le périssable comme les fleurs.
Les enfants se posent toutes les questions philosophiques qu’oublient les
adultes et même les philosophes.

L’humaine est la seule espèce qui pleure.

Les maux des mots : des mots, creux pour les uns, sont de plénitude pour
d’autres et incitent à l’adoration ou au meurtre.

Le bon mécanicien est un artiste, le bon artisan est un artiste, le bon


médecin est un artiste, le bon scientifique est un artiste, le bon politique est
un artiste.

C’est vrai qu’il y a des bons et des méchants, mais, entre les deux, tant de
métissages.
Paracelse disait : « Toute médecine est amour. » Disons aussi et surtout :
« Tout amour est médecine. »

Faire son devoir n’est souvent ni simple ni évident, mais incertain et


aléatoire : c’est pourquoi l’éthique est complexe.

Nous avons parfois le sentiment d’irréalité dans la réalité et aussi le


sentiment de réalité dans l’imaginaire des rêves, films, romans.

Toute passion doit comporter de la raison en veilleuse, et toute raison doit


comporter de la passion en combustible.

Tant d’espoirs non réalisés, tant d’amours non déclarés, tant


d’opportunités perdues dans une vie.

Qu’y a-t-il de meilleur que se sentir utile ?


Le vieillissement est comme le vin : il bonifie ou aigrit.
Le superflu est parfois nécessaire.

Pour bien vieillir, il faut garder en soi les curiosités de l’enfance, les
aspirations de l’adolescence, les responsabilités de l’adulte, et, dans le
vieillissement, essayer d’extraire l’expérience des âges précédents.

L’espérance sert à attendre l’inespéré.

Au sein même des périodes noires, des graines d’espoir surgissent.


Il y a des aventuriers, mais la plupart d’entre nous sommes des aventurés.
Les bas-fonds de l’Éros grouillent de pulsions démentes. Mais, la plupart
du temps, la barrière des tabous les empêche de passer à l’acte.

Le masculin comporte du féminin récessif ou refoulé, le féminin comporte


du masculin récessif ou refoulé. L’unisexualité comporte de la bisexualité
cachée.

Le sexe est biologique et le genre est psycho-sociologique ; l’un n’exclut


pas l’autre.

La civilisation occidentale a trop de testostérone et manque de folliculine.


Les qualités d’amour et de tendresse, les vertus des filles, sœurs, femmes,
amantes doivent imprégner le genre masculin sans pour autant le dissoudre.

Nous souffrons non seulement d’une pénurie d’amour, mais d’amour


égaré, trompé, trompeur. Les déferlements d’amour qui se perdent dans les
cieux ou alimentent les illusions mortelles ne pourront féconder nos vies
que si l’amour devient intelligent, capable de détecter l’erreur.
L’esprit humain subit sans cesse risque d’erreurs et d’illusions, mais est
aussi capable de les reconnaître et de s’en délivrer.

Ayez la forte attitude / D’affronter les incertitudes / Avec force et courage


/ Sans imprécations ni rage / Espérons que le Covid / Malgré ses
tentacules / Cessera d’être avide / De nos chères cellules / Allez au-devant
de la vie / Soyez en inassouvis / Allez, soyez véloces / Prenez le parti
d’Éros.

Une des fonctions du philosophe est de soumettre à la réflexion les six


derniers millénaires.

L’éthique est complexe, car :


– 1. Les conséquences d’une bonne action peuvent être mauvaises et
vice-versa.
– 2. Des impératifs éthiques contraires obligent à un choix.

Nous devons souvent affronter cette contradiction éthique : respecter toute


personne humaine et ne pas l’offenser dans ce qui lui est sacré, et en même
temps pratiquer l’esprit critique qui est animé par l’irrespect des croyances
imposées comme sacrées.
Ceux qui n’ont pas de haine échappent aux démences.

Un des chemins vers l’avenir passe par le passé.

L’optimiste n’a que de mauvaises surprises. Le pessimiste n’a que de


bonnes surprises.

Essayez de voir les divers aspects d’un phénomène, essayez de voir qu’en
tout Homo sapiens il y a un Homo demens, essayez de voir des vérités qui
sont contraires, essayez d’affronter d’inéliminables contradictions, vous
trouverez souvent le mépris, l’insulte et l’injure.

Les rivalités entre ego contribuent à nous empêcher de vivre entre égaux.

Plus l’homme a voulu posséder le monde, plus il s’est dépossédé de lui-


même.
C’est très complexe et nécessaire, l’union de la solidarité et de la rivalité
dans le sport.

Avoir vécu une expérience ne suffit pas pour que cette expérience
devienne de l’expérience.

La foule est un être collectif qui se forme dans certaines conditions


psychologiques et démographiques, les individus deviennent cellules dans
un organisme polycellulaire qui se déchaîne dans la ferveur, la fureur ou la
panique.

Il faut se mettre à la place de ceux qui ne se mettent pas à notre place.

L’obsession du haineux le ronge tant qu’il n’a pas fait du mal à celui qu’il
hait. C’est vrai qu’il éprouve une joie ignoble quand il peut satisfaire sa
haine.
La haine fait en premier lieu souffrir celui qui hait.

Savoir s’émerveiller et savoir se révolter sont complémentaires.

Le propre de l’avenir, c’est qu’il comporte sa part d’inattendu, de création


et de destruction.

La vie continue ? Non, elle discontinue.

Alors si nous ne pouvons trouver de sens à la vie (soit qu’il nous soit
inaccessible, soit qu’elle n’en ait pas), nous n’avons plus qu’à essayer de
donner un sens à nos vies.
Se laisser toujours influencer, mais jamais intimider.

Quand l’immédiat dévore, l’esprit dérive.

Soyons conscients de nos inconsciences.

Les personnes autoritaires ne tolèrent pas l’ambiguïté, en revanche les


personnes créatives voient l’ambiguïté comme une opportunité.

Pas de mépris, bienveillance, indulgence, le monde se portera mieux.

Le confort intellectuel et l’habitude ont horreur des messages qui les


dérangent.
La vie est une chose fabuleuse, étonnante, incroyable, créatrice, que l’on
trivialise et banalise en la réduisant à des jeux de molécules.

L’amour est un risque également pour autrui, car ce n’est pas seulement
soi que l’on engage.

Le paradoxe des moments d’éternité qu’il nous arrive de vivre est qu’ils
sont fugitifs.

Nous sommes des somnambules éveillés.

Tout gain comporte perte, tout avantage inconvénient.

En l’année deux mille vingt / Tu ne résisteras pas en vain / Aux deux


barbaries qui menacent / L’ancienne de haine et de mépris / La nouvelle
insensible et de glace / Du calcul obsédé de profit / Soyons donc enfin
solidaires / Nous les enfants nés de la Terre.

Ce qui aurait dû être une corvée : se nourrir (pour rester en vie), copuler
(pour continuer l’espèce), est devenu chez l’humain, l’un, plaisir exquis,
l’autre, plaisir extrême.

D’un certain point de vue, tout est dérisoire ; d’un autre point de vue, tout
est mystérieux.

Confiance et méfiance sont deux risques ; dans le premier, vous vous


ouvrez aux autres, dans le second, vous vous enfermez en vous-mêmes.

L’amour dure tant que l’autre est source de poésie.


L’humanisme, qui reconnaît à chacun et à tous la pleine humanité, est le
seul remède à la haine, mais il est introuvable, même dans les pharmacies.
Chacun a une tache aveugle dans le regard qu’il porte sur lui-même.

L’amertume, le ressentiment, la méchanceté enlaidissent les visages, qui


vieillissent, alors que la bonté les fait rayonner et les embellit avec l’âge.

Le monde va, Caïn-caha…


On met des mots pour boucher les trous de l’indicible.

Tout progrès provoque des régrès, lesquels suscitent des regrets.

L’égocentrique peut être altruiste, l’égoïste non.


Il n’y a pas de sujets futiles, seulement des manières futiles d’aborder les
choses.

C’est la menace permanente de la mort qui amena la vie à se multiplier et


à se diversifier. La mort est à la fois l’ennemie de la vie et son aiguillon.

Ainsi, avec tant d’intelligence et tant de bêtise, tant d’aveuglement et tant


de lucidité, tant de cruauté et tant de bonté, tant de haine et tant d’amour,
l’humanité poursuit une aventure dont le sens lui échappe totalement.

La fraternité doit sans cesse se régénérer, car sans cesse menacée par la
rivalité.

Il n’est pas sage d’être trop sage.


Ce qui ne se régénère pas dégénère. Rien n’est acquis définitivement. Il
faut, pour maintenir un acquis, sans cesse le régénérer.
Mon souhait, chers frères et sœurs / Que vous trouviez paix et douceur /
En formant oasis aimables / Avec poésie et passion / Car arrivent temps
redoutables / D’une immense régression.

Quand on devient vieux, la tige s’affaiblit, les racines se renforcent.

Le pire de l’aveuglement, c’est d’être aveugle à sa propre cécité.


Parfois il faut changer de cap pour ne pas capoter.

Le temps qui va vers le futur va aussi vers le passé ; celui-ci recule,


recule. Ainsi le temps file dans les deux sens.

C’est bon de vivre vieux quand on a amour, amitié et un peu de validité,


mais c’est affreux de voir disparaître l’un après l’autre les êtres chéris.
À chaque seconde, sans qu’on y pense, un battement de cœur mène une
lutte contre la mort.

Peut-on à la fois vouloir chercher le mieux et éviter le pire ?

Les esprits humains doivent, comme les abeilles, faire leur miel à partir de
fleurs très diverses.

La chaleur humaine n’a pas de thermomètre pour la mesurer.

Maintenons, multiplions les oasis de vie solidaire et fraternelle au sein de


la jungle sociale, où l’égoïsme et la compétitivité vont croissant.
L’inconscience du péril nous désarme, la conscience du péril nous
protège.

Toujours ! Jamais ! Deux mots qu’il faut essayer d’éviter.

La plus dangereuse maladie, c’est d’avoir perdu la volonté de vivre.

On aime d’amour en deça et au-delà de la raison.

Comme les journées de solitude sont bonnes, après des journées


d’excitation. Comme les journées d’excitation sont bonnes, après des
journées de solitude.
Croire que la quantité de travail donne le génie n’est pas génial.

L’humanité est une espèce dangereuse en danger.

L’authenticité de l’amour, ce n’est pas seulement de projeter notre vérité


sur l’autre et de ne le voir que selon nos yeux ; c’est l’interpénétration de la
vérité de l’autre en soi, de celle de soi en l’autre, c’est trouver sa vérité à
travers l’altérité.

Chacun porte le secret du monde en lui et personne ne le connaît.

Il n’y a sous le ciel qu’une chose devant laquelle on doive s’incliner : le


génie ; et qu’une chose devant laquelle on doive s’agenouiller : la bonté.

Dans le métro, les solitaires se taisent et regardent sans voir à l’intérieur


d’eux-mêmes. Ils lisent des feuilles de papier noirci de toute la suie de la
planète.
De même qu’il faut de la souffrance pour connaître le bonheur, il faut de
la prose pour qu’il y ait poésie.

La complexité et l’ambiguïté de la relation homme-femme sont le plus


souvent perçues soit avec simplisme, soit avec grossièreté.

L’extase est l’irruption du Nirvana dans le Samsara.

Je n’ai jamais été un séducteur, mais toujours un séduit.

Je n’ai cessé d’osciller entre la négation nihiliste et l’enthousiasme


humaniste, de chercher du sens et de douter du sens.

J’ai été sensible à la pitié et à la piété.


Dieu et le diable ont collaboré pour la création de l’homme.

Par les rites, les cérémonies, nous nous unissons entre nous, à notre passé,
aux forces supérieures, au cosmos.

Trop de chers amis disparus.

Je suis désormais en relation avec autrui par mon Mac et mon iPhone
J’ai connu Paris en joie, Paris en foi, Paris en émoi, Paris aux abois, le
Paris de la diversité et celui de la ségrégation, la Ville Lumière, mais aussi
la ville tentaculaire.
J’ai connu le Paris convivial des concierges, des services entre voisins,
des poinçonneurs de métro, des crémiers, des petits commerces, des
sergents de ville, des bonimenteurs, des chanteurs de rue, des badauds, des
titis, du crottin de cheval, des entraides spontanées entre inconnus, devenu
un Paris anonyme, où même des voisins de palier s’ignorent, un Paris de
surcharges, d’emboutillages et de hargne. Il ne subsiste que quelques mini-
oasis de quartier.
Mais, il est vrai, il y a ce dont j’ai tant joui et ne peux plus jouir :
concerts, musées, expositions, théatres et cinémas, où des films de tous les
continents nous font partager en esprit la vie des Asiatiques, des Latinos,
des Africains.

Depuis mes 13 ans… à nouveau ce soir… Premier mouvement de la


Neuvième symphonie de Beethoven.
Il commence en faible appel, se réitère, devient insistant tout en restant
bas, et soudain surgit une réponse d’une énergie incroyable.
Triomphante, qui m’envahit, m’exalte, me met en extase.
Leçon sublime, porteuse de ma vérité la plus profonde, et pourtant
indicible.

Les étoiles meurent aussi.


Remerciements

Je remercie les followers de mon compte Twitter qui m’ont témoigné


sympathie et compréhension, ce qui m’a encouragé dans cette aventure pour
moi nouvelle et singulière. Ils et elles sont devenu(e)s des amis et amies
inconnu(e)s.
Je remercie d’une tout autre façon ceux qui m’ont insulté, car en
m’empêchant de verser dans l’euphorie, ils m’ont rappelé les bas-fonds
affreux de l’âme humaine.
Je remercie Thomas Vonderscher qui a fait une judicieuse sélection de
mes tweets.
Je remercie Isabelle Saporta qui m’a témoigné intérêt et amitié, depuis
l’acquiescement du projet jusqu’à sa réalisation.
Je remercie Malak, l’Ange qui me fait vivre, et non seulement survivre,
et qui se prénomme Sabah.
DU MÊME AUTEUR

La Méthode
La Nature de la nature (t. 1), Seuil, 1977, coll. « Points essais », no 123,
1981 et 2014
La Vie de la vie (t. 2), Seuil, 1980, coll. « Points essais », no 175, 1985 et
2014
La Connaissance de la connaissance (t. 3), Seuil, 1986, coll. « Points
essais », no 236, 1992 et 2014
Les Idées. Leur habitat, leur vie, leurs mœurs, leur organisation (t. 4),
Seuil, 1991, coll. « Points essais », no 303, 1995 et 2014
L’Humanité de l’humanité. L’identité humaine (t. 5), Seuil, 2001,
coll. « Points essais », no 508, 2003 et 2014
Éthique (t. 6), Seuil, 2004, coll. « Points essais », no 555, 2006 et 2014
La Méthode, Seuil, coll. « Opus », 6 vol. en deux tomes, 2008
L’Aventure de La méthode, Seuil, 2015

La pensée complexe
Science avec conscience, Fayard, 1982 ; Seuil, coll. « Points sciences »,
n 564, 1990
o

Sociologie, Fayard, 1984 ; Seuil, coll. « Points essais », no 276, 1994


Introduction à la pensée complexe, ESF, 1990 ; Seuil, coll. « Points
essais », no 534, 2005 et 2014
La Complexité humaine, Flammarion, coll. « champs : l’essentiel »,
n 189, 1994
o
La condition humaine
L’An zéro de l’Allemagne, Éditions de la Cité Universelle, 1946
Les Stars, Seuil, 1957, nouvelle édition coll. « Points », 1972
Le Cinéma ou l’homme imaginaire, essai d’anthropologie sociologique,
Éditions de Minuit, 1956
Les Enfants du ciel : entre vide, lumière, matière (avec Michel Cassé),
Odile Jacob, 2003
L’Homme et la mort, Corrêa, 1951 ; Seuil, 1970, coll. « Points essais »,
2014
Le Paradigme perdu : la nature humaine, Seuil, 1973, coll. « Points
essais », no 109, 1979 et 2016
Dialogue sur la nature humaine (avec Boris Cyrulnik), Éditions de
l’Aube, coll. « Interventions », 2000 ; rééd. 2004 et 2012, coll. « Aube
poche » ; nouvelle édition illustrée par Patrick Lemaître, Éditions de
l’Aube, coll. « Monde en cours », 2015 ; nouvelle édition, Marabout, 2021.
Sur l’esthétique, Robert Laffont / FMSH éditions, coll. « Le monde
comme il va » et « Interventions », 2016
Le Cinéma, un art de la complexité, Nouveau Monde Éditions, 2018

La tétralogie pédagogique
La Tête bien faite. Repenser la réforme, réformer la pensée, Seuil, 1999
Relier les connaissances. Le défi du XXIe siècle, Journées thématiques
conçues et animées par Edgar Morin, UNESCO-Seuil, 1999
Les Sept Savoirs nécessaires à l’éducation du futur, Seuil, 2000,
coll. « Points essais », 2015
Enseigner à vivre : manifeste pour changer l’éducation, Actes Sud /
Éditions Play Bac, 2014, 2020.

L’ère planétaire
Terre-Patrie (avec Anne-Brigitte Kern), Seuil, 1993 ; coll. « Points
essais », no 207, 1996 et 2000
Pour sortir du XXe siècle, Seuil, coll. « Points essais », no 170, 1984 ;
édition augmentée d’une préface sous le titre Pour entrer dans le XXIe siècle,
Seuil, coll. « Points essais », no 518, 2004
L’An I de l’ère écologique : la Terre dépend de l’homme qui dépend de la
Terre (avec Nicolas Hulot), Tallandier, 2007
L’Esprit du temps. Essai sur la culture de masse, 2 t., Grasset, 1962 et
1976 ; nouvelle édition Armand Colin / INA, 2008
La Voie : pour l’avenir de l’humanité, Fayard, 2011, et coll. « Pluriel »,
2012
Penser global : l’humain et son univers, Robert Laffont / FMSH éditions,
coll. « Le monde comme il va » et « Interventions », 2015 ; nouvelle édition
Flammarion, 2021
Écologiser l’homme, Lemieux éditeur, 2016
Connaissance, ignorance, mystère, Fayard, 2017
L’entrée dans l’ère écologique, Éditions de l’Aube, 2020.
Réveillons-nous !, Denoël, 2022 et coll. « Folio », 2023

Temps présent
La Rumeur d’Orléans (avec Bernard Paillard, Évelyne Burguière, Claude
Capulier, Suzanne de Lusignan, Julia Vérone), Seuil, 1969, coll. « Points
essais », no 143, 1982, édition augmentée avec La Rumeur d’Amiens, 1982
Commune en France : la métamorphose de Plozévet, Fayard, 1967 ;
LGF, coll. « Biblio-essais », 1984 et Fayard, coll. « Pluriel », 2013
Mai 1968, la brèche : premières réflexions sur les événements (avec
Claude Lefort et Cornelius Castoriadis, Fayard, 1968, 2008
Penser l’Europe, Gallimard, 1987, coll. « Folio », 1990, 2022
Les Fratricides, Yougoslavie-Bosnie 1991-1995, Éditions Arléa, 1995
Le Monde moderne et la condition juive, Seuil, 2006, coll. « Points
essais », 2012
Au péril des idées : les grandes questions de notre temps (avec Tariq
Ramadan), Presses du Châtelet, 2014 ; Archipoche, 2015
L’Urgence et l’essentiel (avec Tariq Ramadan), Édition Don Quichotte,
2017
Chronique d’un été (avec Jean Rouch), Éditions de l’Aube, 2019
Le sport porte en lui le tout de la société, Le Cherche Midi, 2020.
Sans haine, sans armes, sans violence, Riveneuve, 2020.
Frères d’âme : dialogue avec Denis Lafay : allons au-devant de la vie
(avec Pierre Rabhi), Éditions de l’Aube, 2022.
Changeons de voie : les leçons du coronavirus (avec Sabah
Abouessalam), Flammarion, 2021
Attends-toi à l’inattendu : dialogue avec Nicolas Truong, Éditions de
l’Aube, 2023
De guerre en guerre :de 1940 à l’Ukraine, Éditions de l’Aube, 2023
Encore un moment… : textes personnels, politiques, sociologiques,
philosophiques et littéraires, Denoël, 2023
Mon ennemi, c’est la haine : dialogues avec Véronique Châtel et Jean-
Claude Perrier, Éditions de l’Aube, 2023

Pensée politique
Introduction à une politique de l’homme, Seuil, 1965, coll. « Points
politique », no 29, 1969 « Points essais », no 381, 1999
De la nature de l’URSS. Complexe totalitaire et nouvel empire, Fayard,
1983
Pour une politique de civilisation, Arléa, 2002
La Violence du monde (avec Jean Baudrillard), Éditions du Félin, 2003
Culture et barbarie européennes, Éditions Bayard, 2005 ; nouvelle
édition : L’Europe à deux visages : humanisme et barbarie, Lemieux
éditeur, 2015 ; nouvelle édition, Éditions de l’Aube, 2021
Pour et contre Marx, Temps présent, 2010 ; Flammarion, coll. « Champs
actuel », 2012
Ma gauche, Éditions François Bourin, 2010
Le Chemin de l’espérance (avec Stéphane Hessel), Fayard, 2011
La France une et multiculturelle. Lettres aux citoyens de France (avec
Patrick Singaïny), Fayard, 2012
La cause humaine : du bon usage de la fin du monde, Les liens qui
libèrent, 2012 et coll. « Poche », 2019.
Où est passé le peuple de gauche ?, Éditions de l’Aube, 2017, 2021
La Marseillaise (avec Pascal Lemaître), Éditions de l’Aube, 2019
La Fraternité, pourquoi ? : résister à la cruauté du monde, Actes Sud,
2019
Pour changer de civilisation : dialogue avec Denis Lafay, Éditions de
l’Aube, 2019, 2020
Quelle école voulons-nous ? : la passion du savoir (avec Jean-Michel
Blanquer), Odile Jacob, 2020
Pour résister à la régression (avec Boris Cyrulnik, François Hollande,
Stéphane Hessel et al.), Éditions de l’Aube, 2020

Ma voie
Autocritique, Seuil, 1959 et 2012 ; coll. « Points essais », no 283, 1994
Mes démons, Stock, coll. « À vif », 1994 et 2008 ; réed. coll. « Points »,
n 528, 2010
o

Vidal et les siens (avec Véronique Nahoum-Grappe et Haïm Vidal


Sephiha), Seuil, 1989, 2015 et 2019, coll. « Points », no 300, 1996
Amour, poésie, sagesse, Seuil, 1997, coll. « Points », 1999
Mon chemin. Entretiens avec Djénane Kareh Tager, Fayard, 2008 ;
coll. « Points essais », 2011
Edwige, l’inséparable, Fayard, 2009
Mes philosophes, éditions Germina, coll. « Cercle de philosophie », 2011
Mon Paris, ma mémoire, Fayard, 2013
Mes Berlin : 1945-2013, Le Cherche Midi, 2013, 2019.
Les souvenirs viennent à ma rencontre, Fayard, 2019 et coll. « Pluriel »,
2021
Leçons d’un siècle de vie, Denoël, 2021 ; nouvelle édition Fayard,
coll. « Pluriel », 2022
Histoire(s) de vie : entretiens avec Laure Adler, coll. « Points », 2022
Des oasis de poésie, Poesis, 2023

Journaux
Journal de Californie, Seuil, 1970 ; coll. « Points essais », no 151, 1982
Le Vif du sujet, Seuil, 1969 ; coll. « Points essais », no 137, 1982
Une année Sisyphe (Journal de la fin du siècle), Seuil, 1995
Pleurer, aimer, rire, comprendre, 1er janvier 1995-31 janvier 1996, Arléa,
1996
Journal (t. 1 et t. 2), Seuil, 2012.
Au rythme du monde : un demi-siècle d’articles dans Le Monde, Presses
du Châtelet, 2014 ; Archipoche, 2015

Colloques
L’Unité de l’homme (avec Massimo Piatelli Palmarini), Seuil, 1974,
coll. « Points essais », 3 vol., 1978
Arguments pour une méthode, colloque de Cerisy, Seuil, 1990
L’Intelligence de la complexité (avec Jean-Louis Le Moigne),
L’Harmattan, 1999
Pour une utopie réaliste, rencontres de Chateauvallon organisées par
Gérard Paquet, Arléa 1996
Couverture : Le Petit Atelier

© Librairie Arthème Fayard, 2024.

ISBN : 978-2-213-72978-7
Table
Couverture

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La liste des ouvrages d'Edgar Morin se trouve à la page 121

Préface

Chapitre 1

Chapitre 2

Remerciements

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