Chapelle de la Visitation Leçon 03
17 place Sainte-Claire – 06300 Nice
Cours de catéchisme pour adultes
Abbé P. de LA ROCQUE
Le Credo – 1er article – Je crois en Dieu le Père, Créateur
1. JE CROIS EN DIEU, LE PERE
La première chose que Dieu révèle de lui-même, c’est qu’il est Père (c’est également le premier mot
de la prière que nous a apprise Notre Seigneur : « Pater noster, notre Père, qui êtes aux Cieux »). Au
regard de la Foi, ce mot prend trois significations différentes :
1.1. Dieu est Père, au sens large, en tant que Créateur (l’inventeur est père de son invention). Dieu,
ayant tout créé, en est en quelque sorte le père. En ce sens, tous les hommes sont frères, mais au
même titre qu’avec les autres créatures (cf. St François d’Assise et ses « frères » les animaux).
1.2. Dieu est encore Père, de manière beaucoup plus belle, en un sens surnaturel : par le baptême
nous pouvons l’appeler en toute vérité notre Père. Non plus en ce sens qu’Il nous donne notre
être, mais quelque chose de son être. Le baptême en effet, nous établit enfants adoptifs de Dieu,
nous rend participants de sa vie par la grâce : Il « nous rend participants à la nature divine » (2 P
1, 4). D’où le mot de saint Léon le Grand (6ème serm. sur la Nativité) : « Le don de Dieu qui sur-
passe tous les dons, c’est que Dieu appelle l’homme son enfant, et que l’homme puisse appeler
Dieu son Père ». En ce sens, seul le catholique est Fils de Dieu. Il y a donc une fraternité surnatu-
relle entre les membres de l’Eglise catholique, et seulement entre eux. C’est donc un sophisme
que de dire des juifs qu’ils sont nos frères aînés de la foi, car est alors supposée une fraternité
surnaturelle (“dans la foi”) qui n’existe pas.
1.3. Dieu est Père en un 3ème sens encore plus beau et infini. De toute éternité Il est Père, c’est le
mystère trinitaire. C’est de ce troisième sens que découle le second : si nous sommes Fils de Dieu
par le baptême, c’est en tant que nous sommes incorporés à l’unique Fils de Dieu (donc membres
de l’Eglise catholique), le Verbe incarné, pour entrer dans une relation filiale avec le Père.
Nous étudierons ici le 1er sens, gardant le 3ème sens pour la leçon suivante (le mystère trinitaire), et
renvoyant à la 3ème partie du catéchisme (les moyens de salut) le 2ème sens (notre adoption filiale).
2. JE CROIS EN DIEU LE PERE, CREATEUR
Si la raison humaine peut découvrir que Dieu est la cause 1ère de toute chose (= créateur), le pour-
quoi de cette création relèvent exclusivement du regard de foi. Dieu l’a révélé par le récit de la Ge-
nèse qui, en rapportant à grands traits l’histoire de la création, entend manifester le dessein de
Dieu. A l’inverse de ce qu’affirment les modernes, la Genèse n’est pas un “mythe fondateur” auquel
est refusé toute dimension historique (conception condamnée par l’Église), mais une histoire réelle,
celle des premiers temps de l’humanité. Si la matière de ces deux chapitres touche également au
domaine scientifique, le regard avec lequel elle est abordée n'est pas scientifique, mais historique.
Rapportée par Dieu lui-même (inspiration de l'Écriture Sainte), cette histoire a, comme toute his-
toire, un fil conducteur. L'auteur sacré n'entend pas expliquer tout ce qui s'est passé, mais se con-
tente de rapporter le cadre général et les faits illustrant son fil conducteur, à savoir la nature et
l'évolution des rapports entre l'homme et Dieu. Aussi traiterons-nous en deux temps cet article du
Credo : l’œuvre produite tout d’abord, puis ce que Dieu révèle de lui dans ce passage de la Genèse.
Nous verrons en annexe la question des anges.
2.1. L’ŒUVRE CREEE
2.1.1. La répartition de l’œuvre en six jours : Par une admirable symétrie, les 6 jours se dédou-
blent en deux triduum distincts, que le divin sabbat clôt et unit harmonieusement. Les œuvres de
chaque triduum se correspondent jour par jour. Au 1er jour la lumière, au 4ème les astres ; au 2ème
jour le firmament et la séparation des eaux, au 5ème les oiseaux et les poissons ; au 3ème jour la terre
organisée et parée de verdure, au 6ème les animaux terrestres et l'homme, auxquels le règne végétal
est donné pour nourriture. Cette “montée” dans les degrés d’être est remarquable.
2.1.2. La donnée temporelle
o Certains, pour respecter le sens historique de la Genèse, ont cru devoir prendre au sens strict
les expressions "jours", "soir" et "matin", comme si le monde avait été créé en six jours de 24
heures. Cette thèse n’est guère retenue. D’ailleurs le soleil, marquant selon la bible les jours et
les heures, n’apparait qu’au 4ème « jour ».
o Tout repose sur le sens du mot yôm, jour. Il désigne une durée, plus ou moins longue, et prend
alors le sens d'époque. Par exemple, Ge 2, 4 résume ainsi l'œuvre des six jours : Isti sunt genera-
tiones cæli et terræ, quando creata sunt, in die quo fecit Dominus cælum et terram. In die, au sin-
gulier : les six yôm sont devenus un seul yôm. C’est l'interprétation permise par l'Eglise1, et
même encouragée2. Plusieurs Pères de l'Église l'ont soutenue.
2.1.3. La création de l'homme
o Il est créé unique en son espèce. Ge 1, 27 utilise en hébreu un numérique (« UN homme et UNE
femme il les créa ») ; c'est de la côte d’Adam qu'est tirée Ève (Ge 2, 22-23), laquelle est mère de
tous les vivants (Ge 3,20). Tout polygénisme est donc incompatible avec la Révélation.
o Il est créé « à son image de Dieu en guise de ressemblance » dit l'hébreu. L'auteur sacré em-
ploiera le même langage pour mentionner la naissance de Seth (Ge, 5, 3) engendré à la ressem-
blance selon l'image d'Adam. La Bible affirme ainsi qu’Adam, dès le premier instant, fut créé
dans l’état de « Fils » de Dieu, qui dès lors se révèle être « Père » pour lui ; Père au niveau natu-
rel (cf. Lc 3, 38), mais surtout au niveau surnaturel : Adam a été créé en état de grâce.
o L’acte par lequel Dieu crée l’homme est magnifiquement décrit :
Le corps humain est créé ex limo terræ (Ge 2, 7). Deux interprétations possibles, qui peu-
vent se conjuguer :
- L'expression ex limo terræ signifie que l'homme a été créé soit à partir d'un peu de pous-
sière, soit à partir de la matière première, désignée alors par un terme vague, comme en
Ge 1,2. Cette interprétation littérale propre est encouragée par de nombreux passages
de la Sainte Ecriture : Ge 3, 19 ; Job 10, 8-9 ; Ps 103, 14 ; Eccl. 12, 7 ; Sg 7, 1 ; Si 17, 1-2 ;
33, 10 ; 1 Co 15, 45-47. Cette interprétation interdit toute ascendance animale pour
l'homme.
- L'expression reprend une image biblique, celle du potier qui de ses doigts pétrit l'argile,
dont l'être futur dépend totalement du potier. Cette interprétation ne retient de l'image
que la soumission radicale de l’être humain à Dieu, qui l'a créé tel qu'Il le voulait, dans sa
toute puissance, mais pas forcément à partir de poussière de la terre. Bien que cette in-
terprétation n'ait pas l'assentiment commun des meilleurs exégètes, les papes ont laissé
une porte ouverte aux discussions scientifiques en la matière.
Quant à l'âme humaine, elle résulte d'un acte de création au sens le plus strict qui soit,
émanant directement de Dieu. Ge 1, 26-27 emploie jusqu’à trois fois ce verbe. Là se situe
l’incompatibilité absolue avec les thèses évolutionnistes, l’apparition de la vie n’étant pas
le fruit du hasard ou du besoin qui aurait créé l’organe.
1
- Commission biblique du 30/06/1909, dubium 8 : « Dans la dénomination et la distinction des six jours dont parle la Genèse
au chapitre premier, est-ce que le mot yòm (jour) peut être entendu soit au sens propre de jour naturel, soit dans un sens im-
propre pour un certain espace de temps, et les exégètes peuvent-ils discuter librement sur cette question ? Réponse. Oui. »
2
- Pie XII, discours à l'académie des sciences du 22/11/1951 : « Si ces chiffres [plusieurs milliards d'années] peuvent provo-
quer l'étonnement, ils n'apportent pas toutefois, même au plus simple des croyants, un concept nouveau et différent de celui qui
lui ont appris les premiers mots de la Genèse (…) Il semble en vérité que la science d'aujourd'hui, remontant des millions de
siècles, ait réussi à se faire le témoin de ce Fiat lux initial. »
2.2. L'AGENT PRODUCTEUR
2.2.1. Dieu Un
- Ge 1, 1 appelle le Créateur Elohim, pluriel de Elôhâh, Dieu. Pourtant, le verbe creavit est au sin-
gulier. Il s’agit d’un pluriel de plénitude et d'intensité qui, loin d'évoquer une pluralité, indique
un Dieu plénier, transcendant, par opposition à la multitude des soi-disant dieux païens.
- In principio : Dieu est éternel, existant indépendamment de l’avant et de l’après. Opposition
entre ce in principio et les yôm (durée) de la création.
- Dieu est Tout Puissant : « Que la lumière soit, et la lumière fut ». D’où à nouveau la dépendance
radicale en laquelle nous sommes de Dieu, fondement de devoirs moraux : « Maître souverain,
Seigneur, vous êtes grand et magnifique dans votre puissance. Que toutes vos créatures vous ser-
vent » (Judith 16, 16).
- « Et Dieu vit que cela était bon » : Le monde n’est pas seulement fonctionnel, il est beau, bon.
Expression de l’amour de Dieu penché sur nous et qui en retour agrée la louange de la créature.
Cf. Ia q. 47, art. 1 : « Dieu a donné l’être aux créatures, à cause de sa bonté qu’Il veut communiquer
et qu’elles doivent représenter ». L’homme est placé dans ce lien de bonté et de louange unissant
la créature au créateur ; mais créé libre (= capable d’aimer), c’est à lui d’y correspondre libre-
ment.
- Dieu est infiniment sage : il pose des relations entre les êtres ; tout est ordonné, harmonieux. La
création est une (cf. univers), à l’image de Dieu, et non un composite d’êtres indépendants.
- Dieu est Providence : Dieu donne à l’homme les fruits de la terre en guise de nourriture (Ge 1,
29) ; en Ge 2,18 : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul, je lui ferai une aide semblable à lui. »
2.2.2. Dieu Trine ?
Ge 1, 26 (dialogue divin introduisant la création de l'homme) fait suivre Elohim d'un pluriel de déli-
bération. Les Pères de l'Église y voient une marque de la pluralité des personnes divines. A nou-
veau, en Ge 3,22 (condamnation de l'homme), la formule unum ex nobis, l’un de nous, employée par
Elohim, ne s'expliquera pleinement que par la pluralité des personnes divines.
2.3. CONCLUSION
Le récit de la Genèse fait apparaître combien l’œuvre de la création est une œuvre de l’amour
divin, amour bien supérieur au nôtre. Nous aimons le bien déjà présent : c’est par ses qualités (déjà
présentes en lui) que nous éprouvons de l’estime pour autrui. Notre amour est conséquence des
qualités présentes. En Dieu, c’est l’inverse : il aime, et son acte d’aimer engendre autrui et ses quali-
tés ! son amour est cause des êtres créés et de leurs qualités.
En créant, Dieu fait donc acte de bonté. Il donne encore à la créature de pouvoir répondre, cha-
cune selon le mode propre à sa nature : « Dieu dit… et cela fut fait, et Dieu vit que cela était bon ».
Par ce retour, la créature devient louange de Dieu, louange que Dieu agrée. Dieu n’est donc pas un
Dieu lointain que se désintéresserait du monde. Un lien unit le monde à Dieu, non seulement un lien
d’origine, mais encore un lien de destination. Au sommet de cette création visible, l’homme, doué
d’intelligence et de volonté, surélevé par la grâce qui le rend capable d’un lien d’amitié filiale avec
Dieu. Tel est, finalement, le grand message du récit de la Création.
3. ET LES ANGES ?
3.1. Existence des anges
La Genèse, centrée sur l’homme, ne rapporte pas la création du monde angélique, sinon peut-être
en Ge 1,1 : « Dieu créa le ciel et la terre », lequel peut s’entendre des « êtres visibles et invisibles » du
symbole de Nicée-Constantinople. Mais la Bible mentionne très souvent les anges :
- Des anges gardent l'entrée du Paradis terrestre après l'expulsion d'Adam et Ève (Ge 3,24) ; un
ange apparaît à Abraham pour arrêter le sacrifice d’Isaac (Ge 22,11) ; les anges sont
l’instrument du châtiment divin pour punir Sodome et Gomorrhe (Ge 19,1-22), ou encore Hé-
liodore qui a violé le Temple (2 Mac 3,1-30); Isaïe voit les anges de Dieu se prosterner devant le
trône divin (Is, 6,1-6); un ange réconforte Elie dans le désert (1 Rois 19,5) ; l'ange Raphaël ac-
compagne Tobie dans son voyage (Tb 5,5), etc.
- Dans le NT, l’ange Gabriel annonce à Zacharie la naissance de Jean-Baptiste et à Marie qu'elle se-
rait la Mère de Dieu (Lc ch. 1) ; ce sont encore les anges qui annoncent aux bergers la naissance du
Sauveur (Lc 2,13) ou la résurrection aux saintes Femmes (Lc 24, 4). Les anges servent Jésus après la
tentation dans le désert (Mt 4,11). C’est encore un ange qui assiste NS dans son agonie au Jardin des
Oliviers (Lc 22,43), ou délivre saint Pierre de la prison d'Hérode. (Actes 12,6-11), etc.
3.2. Nature des anges
Les anges sont des êtres purement spirituels, créés par Dieu et inférieurs à lui (ils sont composés
d’essence et d’existence) pour le louer, et souvent être auprès des hommes ses messagers et exécu-
teurs (« ange » veut dire « envoyé »). Leur nombre est considérable : « Un fleuve de feu coulait, sor-
tant de devant Lui ; mille milliers le servaient, et une myriade de myriades se tenaient debout devant
lui » (Dan 7,10) – dans la bible, myriade renvoie à une multitude innombrable.
3.3. Anges bons et mauvais anges
Les anges ont été créés avant le monde visible, et élevés dès leur création à l’ordre surnaturel (créés
en état de grâce). Pour leur accorder le Ciel, Dieu leur demanda une marque d’amour3. Quelle fut
cette épreuve ? La foi n’oblige pas à une réponse décisive. Les théologiens pensent que Dieu leur au-
rait demandé par avance d’adorer NSJC, homme Dieu. Les anges se divisèrent alors en deux camps :
ceux qui à la suite de Lucifer (Porte lumière, le plus beau des anges ; Satan veut dire en hébreu ennemi,
rebelle ; Diable vient du grec : diviseur) firent entendre ce cri de révolte : "Je ne servirai pas" (Jr 2, 20);
de l'autre côté, ceux qui suivirent l'archange Michel répondirent : "Qui est comme Dieu ?" Aussitôt
après l'épreuve, les bons anges furent confirmés dans l’état de grâce et admis à la gloire éternelle.
Les autres, les démons – désormais ennemis de Dieu – furent précipités en Enfer, spécialement créé
pour eux à l'heure de leur chute (Ez 28, 12-19).
3.4. Influence des anges
LES ANGES GARDIENS sont les anges préposés par Dieu à la garde des hommes : « Dieu donnera l'ordre
à ses anges de te garder dans toutes tes voies. Ils te porteront en leurs mains, de peur que tu ne te
heurtes à la pierre » (Ps. 90, 11-12) ; « Prenez garde de mépriser aucun de ces petits, car je vous dis
que leurs anges dans le ciel voient sans cesse la face de mon Père » (Mt 18,10) ; « Les anges sont des
ministres de Dieu envoyés pour le bien de ceux qui recevront l'héritage du salut. » (He 1,14)
LES ANGES MAUVAIS nous influencent également, selon trois modes distincts :
- La tentation, leur moyen ordinaire et principal : le démon agit sur nos sens et notre imagination
pour troubler notre âme en excitant nos passions. Il faut noter que jamais la tentation ne dé-
passe nos forces : « Dieu est fidèle ; il ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de vos
forces » (1 Co 10,13).
- L’obsession est l’action par laquelle le démon trouble une âme par des tentations prolongées et
souvent répétées.
- La possession, rare, est l’emprise du démon sur le corps ou une partie du corps d’un homme
pour lui faire accomplir des actes insolites (ne pas confondre avec l’hystérie etc. : tout para-
normal n’est pas le fruit du démon !) C’est en ce cas qu’on use éventuellement des exorcismes.
On est victorieux du démon principalement par la prière et la pénitence. Il est à noter que
l’influence des bons anges est plus discrète que celle des mauvais anges, car ils poussent à agir se-
lon la grâce de Dieu, ce qui relève de l’esprit (et du bien qui ne fait pas de bruit), tandis que les
mauvais anges agissent dans la frayeur et le bruit, qui lui ne fait pas de bien !
3
- Dieu soumet toutes les créatures qu’Il aime à des épreuves (Il propose le bien, le mieux) et non à la tentation (=propose le
mal). Par là, ses créatures deviennent meilleures et peuvent mériter le Ciel, la vision de Dieu.