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Synthcours Philo Individu Et Communautéèses Sur Eschyle

Cours philo individu et communauté

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Synthèses sur Eschyle 1/6

I. Le devoir Dans Les Suppliantes, on retrouve l’idée d’un des-


tin qui s’impose à tous, même aux dieux : « Allons,
dieux auteurs de notre naissance, (…), si le destin vous inter-
Appartenir à une communauté, c’est avoir des
dit de nous donner pleine satisfaction, (…), montrez votre
obligations envers elle ; c’est parfois devoir faire
justice en face de cet hymen. » (17)
passer son confort ou ses intérêts à l’arrière-
plan pour faire ce que la cité ou le groupe attend Mais de façon plus concrète, ce sont les us et
de nous. coutumes du pays où l’on arrive qui deviennent
obligatoires pour les nouvelles arrivantes : « Que
Parfois, cette exigence nous est formulée par
votre voix n’affecte pas d’abord la hardiesse et qu’aucune
des représentants de la communauté. Par-
effronterie ne se lise sur vos visages au front modeste et dans
fois, c’est de nous-même que nous choisissons de
vos yeux tranquilles. » (20).
consacrer notre temps et notre énergie à l’intérêt
commun. Parfois, en n, la situation est Les Danaïdes imposent une pression au roi :
fi
confuse : que faut-il choisir comme route et elles menacent de se suicider s’il ne leur accorde pas
comme comportement, qu’est-ce qui est réellement l’asile : « Je me pendrai sur-le-champ à ces dieux. » (27)
pro table à la communauté ? Mais elles-mêmes bientôt se retrouvent égale-
fi
1. Le devoir imposé ment confrontées à une pression considérable,
quand le héraut vient les menacer de violence :
2. Le devoir auto-imposé
« En route, (…) sinon, gare aux cheveux arrachés » (35). Et
3. Le devoir perçu ce même héraut va lui aussi subir un rappel à
l’ordre de la part du roi Pélasgos : il y a des
1. Le devoir imposé règles pour un étranger en terre grecque, il
Ce sont les premiers mots d’Étéocle dans Les doit avoir un correspondant, un citoyen qui répond
Sept contre Thèbes : « Peuple de Cadmos, il faut dire ce que de lui (ou proxène), puisqu’un étranger ne peut pas
les circonstances exigent lorsqu’on tient le gouvernail de la être jugé ou même témoigner dans un procès : « À
cité » (73) – et cette obligation citoyenne est aussi quels proxènes du pays t’es-tu adressé ? » (36).
celle des gens du peuple, même les non-combat-
tants qui peuvent au moins former des vœux et des 2. Le devoir auto-imposé
prières pour le salut commun : « C’est aussi le moment Parfois, ce n’est pas la communauté qui nous
pour vous tous, (…) chacun faisant son devoir comme il impose réellement nos actes, c’est notre propre
convient, de porter secours à la ville, aux autels des dieux du conscience qui nous y pousse. On le voit par
pays » (73). exemple dans le serment des chefs coalisés que le
Étéocle pousse assez loin cette discipline col- messager décrit p. 74 : « ils ont juré par Arès, (…) ou de
lective puisqu’il ajoute quand il revient : « aujourd’- saccager (…) la ville des Cadméens, ou de périr en arrosant
hui, le premier qui n’obéira pas à mon commandement, cette terre de leur sang. »
homme, femme, ou tout autre, verra un arrêt de mort Seul Polynice a un intérêt dans cette guerre, et
porté contre lui » (77) – il montre bien ici sa personna- les autres héros n’y sont impliqués que parce qu’ils
lité colérique, héritée de son père Œdipe et de son le lui ont promis.
ancêtre Arès. Il est sans doute aussi en proie à la
En contraste, Étéocle, qui est tenu par sa fonc-
pression que lui cause la présence de l’armée en-
tion royale de défendre la cité, prend un engage-
nemie sous ses remparts.
ment volontaire : « Je fais vœu, moi, aux dieux tuté-
Il approuve aussi cette parole du chœur : « je laires de ce pays, (…) si la guerre tourne bien (…) de sus-
supporterai l’arrêt du destin avec les autres » (79), pendre aux demeures saintes des dieux les vêtements des enne-
parole qui exprime le sentiment du devoir ultime, mis, dépouilles conquises par nos lances. » (79)
celui qui consiste à se soumettre à la fatalité.
Et de façon parallèle mais bien différente, Anti-
Ce destin, c’est Œdipe qui l’a imposé, puisqu’il a gone va elle aussi prendre une décision radi-
lancé sa malédiction sur ses ls : « Et toi, ombre cale en se plaçant en rupture avec les lois de sa
fi
sacrée d’Œdipe ! Ah ! noire Êrinys, que ta force est cité : « Eh bien, moi, je déclare aux chefs des Cadméens que,
puissante ! » (93) C’est sa volonté qui s’accomplit si personne ne veut m’aider à ensevelir celui-ci, c’est moi qui
dans le meurtre mutuel des deux frères. l’ensevelirai. » (95)
Synthèses sur Eschyle 2/6

Dans Les Suppliantes, le point principal que Conclusion


tiennent à observer les Danaïdes, c’est leur rejet Il y a donc parfois un moyen simple de savoir ce
d’un mariage avec leurs cousins. Elles se sont que les autres attendent de nous, c’est lorsqu’ils
promis de ne pas en venir à cela : « dans notre nous le disent explicitement et parfois nous
répugnance instinctive pour l’homme, nous repoussons avec l’imposent par la force. À d’autres moments nous
horreur l’hymen des enfants d’Égyptos et leur dessein impie » sommes libres de déterminer nous-mêmes
(16). comment et quand agir pour le bien commun. Mais
Pareillement, le héraut qui vient d’Égypte il existe une zone grise dans laquelle nous ne sa-
n’obéit qu’aux contraintes qu’il estime légi- vons pas quelle attitude adopter vis-à-vis du groupe
times, et n’est pas impressionné par les statues de auquel nous appartenons, et cela nous met en dan-
dieux grecs : « Non, je ne crains pas les dieux d’ici : ils ger de rompre le pacte social. Il est donc normal
n’ont pas élevé mon enfance ni nourri ma vieillesse. » (36). que cela soit une situation d’inquiétude, de désar-
roi.
3. Le devoir perçu C’est bien sûr ce qui confère à ces moments leur
qualité dramatique ; on se retrouve bien ici, au
Mais, on l’a dit, que la pression soit extérieure
théâtre, comme dans un tribunal où une cause est
ou intérieure, ce que nous devons faire nous appa-
plaidée, et que chaque partie a des arguments rece-
raît tantôt clairement, tantôt de façon plus
vables. Il faut alors trancher de la moins mau-
confuse.
vaise façon, en faisant le pari que le choix retenu
Étéocle choisit de se tenir en face de son frère : sera le bon.
« c’est moi-même qui le combattrai ; quel autre serait
mieux désigné ? Roi contre roi, frère contre frère, ennemi
contre ennemi, je lui ferai tête. » Cela semble être lo-
gique, mais le coryphée fait judicieusement ob-
server que « la mort de deux frères qui s’entre-tuent de leurs
propres mains, c’est là une souillure qui ne vieillit pas »
(87).
Même dilemme quand Polynice est interdit de
sépulture ; Antigone ne manque pas d’arguments
pour le défendre : « Il n’a fait que rendre mal
pour mal. »
Mais le héraut a raison également quand il rap-
pelle les dégâts qu’il a causés : « Mais il nous
punissait tous de la faute d’un seul. » (96)
On trouve aussi cette indécision dans Les Sup-
pliantes, où l’arrivée des Danaïdes pose problème au
roi Pélasgos, qui hésite entre sa responsabilité dans
le maintien de l’ordre, d’un côté, et l’humanité,
l’hospitalité de l’autre : « Je ne sais à quoi me ré-
soudre et j’ai peur également d’agir et de ne pas agir et de
tenter la fortune. » (25)
Mais c’est surtout le coup de théâtre nal qui
fi
est le plus étrange, puisque les Danaïdes n’ont cessé
de répéter qu’elles ne voulaient en aucun cas épou-
ser leurs cousins ; or, dans les derniers vers de la
pièce, cette hypothèse revient sur le devant
de la scène dans la bouche de leurs servantes :
« Comme bien d'autres femmes avant toi, tu pourrais bien
nir par le mariage. » (40).
fi
Synthèses sur Eschyle 3/6

II. Le con it Le roi d’Argos ne sait pas vraiment quelle troupe

fl
il doit considérer comme étrangère, celle des Da-
naïdes ou celle des ls d’Égyptos : « Mais voici où ma
Tout groupe humain se constitue par rapport

fi
barque vient échouer : c’est qu’il faut de toute nécessité, contre
à ceux qui sont extérieurs à ce groupe, et cette
les uns ou contre les autres, soutenir une guerre
limite est parfois dif cile à cerner.
fi
redoutable… » (26).
La communauté peut se trouver en con it
Mais l’agressivité des Égyptiens va les dési-

fl
avec d’autres groupes, et une menace venue de
gner comme les ennemis à combattre. Et de fait
l’extérieur ; mais parfois c’est à l’intérieur même
Pélasgos va se dresser face à eux, et protéger les
du collectif que la discorde se développe. Il faudra
Danaïdes comme faisant partie de son propre
alors trouver des modes de résolution de ce
peuple : « Il t’en cuira, si tu les touches, et sans attendre
con it, pour maintenir la cohésion.
longtemps. » (37).
fl
1. Le con it externe
fl
2. Le con it interne
2. Le con it interne
fl
3. La conciliation

fl
Il est fait allusion aux débats entre citoyens, dans
Les Sept contre Thèbes, dès la première réplique ; et
1. Le con it externe ces débats sont de mauvaise foi, puisque la
fl
Dans Les Sept contre Thèbes, les deux groupes qui guerre gagnée sera considérée comme la victoire de
s’affrontent sont les Argiens et les Thébains. Cette tout le peuple, mais si elle est perdue ce sera la faute
guerre est évoquée à l’aide de nombreuses méta- du seul roi : « Étéocle sera décrié dans toute la ville par les
phores, qui évoquent la plupart du temps une citoyens, qui éclateront en bruyants reproches et en lamenta-
inondation ou un naufrage : « on entend mugir la tions » (73).
vague terrestre des assaillants » ; « un ot immense de cava- Mais Étéocle lui-même se lance dans une polé-
fl
liers », « un torrent invincible » (74), « Le calme est revenu mique interne au peuple très violente, en faisant le
pour la ville : elle n’a point fait eau sous les coups répétés de reproche aux femmes de jouer contre leur
la houle. » (90) camp. « Puissé-je ne jamais voir (…) cette engeance fémi-
L’ennemi est même comparé à un animal : « la nine vivre sous mon toit ! » (76). Les échanges sont
colombe tremblante craint le serpent qui apporte la mort au presque comiques quand Étéocle parodie le chœur :
nid de ses petits » (79). « Le Coryphée. – Ô Zeus tout-puissant, tourne tes traits
contre nos ennemis. Étéocle. – Ô Zeus, quel présent tu nous
Mais surtout c’est un être excessif, comme Ca-
as fait avec le sexe féminin ! » (78)
panée : « un vantard d’un orgueil surhumain, qui profère
contre nos murs de terribles menaces » (82) ; les Argiens se Mais les dissensions se retrouvent aussi dans le
caractérisent par la « jactance » (83, 84, 85). Et camp des Argiens et de leurs alliés : « Tydée, furieux
cela rend bien sûr plus risible leur défaite : « Elles et brûlant de combattre, (…) accable d’outrages le savant
sont tombées, les fanfaronnades de ces hommes qui se devin, ls d’Oïclée » (81) Le ls d’Oïclée c’est Am-
fi
fi
targuaient de leur force. » (90). phiaraos, le devin qui sait d’avance que l’expédi-
tion échouera et causera sa mort ; il est aussi pour
Pour ce qui est des Suppliantes, on retrouve cet
cela en con it avec Polynice, le principal respon-
affrontement entre deux groupes que tout sé-
fl
sable de cette entreprise, et lui lance des mots pleins
pare : « cet insolent essaim de mâles, les ls d’Égyptos, (…)
d’ironie : « C’est, ma foi, un bel exploit (…) de ravager la
fi
rejetez-les à la mer avec leur vaisseau rapide » (17) ; mais
ville de tes pères » (85).
c’est là le vœu des Danaïdes, qui elles-mêmes appa-
raissent plutôt comme une force d’invasion au roi En dernier lieu, il y a con it dans la cité sur le
fl
des Pélasges : « Que vous ayez osé si hardiment venir en ce sort réservé au corps de Polynice : « Quant à cet
pays, sans hérauts ni proxènes et sans guides, voilà qui est autre cadavre, celui de son frère Polynice, il sera jeté hors des
surprenant. » (21) ; leur aspect physique même murs, sans sépulture, pour être déchiré par les chiens, parce
détonne : « Vous ressemblez plutôt à des Libyennes, pas du qu’il aurait dévasté la terre de Cadmos si un dieu n’avait
tout aux femmes de notre pays. » (22). arrêté sa lance, à celui-là. » (95). Antigone s’oppose
catégoriquement à cette vision des choses : « j’affron-
terai le péril en lui donnant la sépulture et je ne rougirai point
de ma désobéissance et de ma rébellion aux ordres de la cité »
(95).
Synthèses sur Eschyle 4/6

Dans Les Suppliantes, on pourrait penser que les Dans Les Suppliantes, Danaos et ses lles ont pré-

fi
Danaïdes se montrent dociles vis-à-vis des Argiens, féré fuir plutôt que de combattre leur propre fa-
puisqu’elles leur demandent l’asile, mais dès le dé- mille : « il s’est décidé pour le malheur le plus glorieux, qui
part on voit qu’elles ne répugnent pas à se montrer était de fuir en toute hâte à travers les ots salés » (16). Ils

fl
con ictuelles. Sur la question du mariage, par ont ensuite adopté la manière grecque, la pos-
fl
exemple, elles ne font pas mystère dès le début de ture des suppliants. Ces points de contact vont en-
leurs conceptions personnelles, que l’on pourrait suite se multiplier pendant l’échange entre le roi et
juger féministes : elles refusent de se marier aux le coryphée sur leur histoire commune, l’histoire
ls d’Égyptos, mais aussi de se marier tout d’Io et de sa fuite (22-23).
fi
court : « Qui aimerait payer pour avoir un maître ? » (24) Il faut ensuite porter l’affaire devant le
Elles se montrent également polémiques avec peuple, pour qu’il la rati e : « prends donc tout de

fi
Pélasgos lorsqu’il leur rappelle qu’il n’a pas tous les suite ces rameaux en tes bras et porte-les sur d’autres autels de
pouvoirs : « C'est toi, la cité ; c'est toi, le peuple : mo- nos dieux nationaux, a n que tous les citoyens voient le signe

fi
narque sans contrôle, tu es le maître de l'autel, foyer de la de vos supplications et ne rejettent pas ma proposition » (27).
contrée. » (25). Mais, de façon un peu anachronique, Et cela arrive en effet, d’une façon parfaite
la cité d’Argos en ces temps mythiques fonctionne puisque leur demande d’asile est adoptée à l’una-
déjà comme une démocratie : « le peuple aime à nimité : « Après avoir entendu ce discours, le peuple d’Ar-
critiquer ses chefs » (27), « Le peuple est intraitable, quand il gos, sans attendre la proclamation du héraut, l’a rati é à

fi
vient d’échapper à un désastre » (95) ; main levée. Les accents persuasifs de l’habile orateur ont
Les Danaïdes sont en con it avec le héraut des convaincu le peuple pélasge et Zeus a emporté la décision. »
fl
Égyptiens, qui les considère comme faisant partie (30). Ici, c’est un miroir que tend Eschyle au peuple
de son corps social et devant obéir à leurs lois : Athénien, en donnant à voir un fonctionnement
« viens au vaisseau et montre ton respect pour la cité. » (35). démocratique dont il était familier.
Mais elles sont également potentiellement en con it
fl
avec leur propre père, qui les menace : « je vous
Conclusion
engage à ne pas me couvrir de honte, avec cette beauté qui
attire sur vous les regards des hommes. » (38) et surtout en En somme, la communauté est mise à rude
con it ouvert avec leurs servantes, qui les épreuve quand d’autres groupes viennent
s’affronter à elle, mais elle est encore plus en
fl
contredisent : « Le chœur. – Tu voudrais, toi, échir une
danger quand le con it la menace dans son
fl
in exible. Les Suivantes. – Et toi, tu ne connais pas
fl
existence même, en dressant ses membres les uns
fl
l’avenir. » (40).
contre les autres. Ce n’est qu’en ayant à sa disposi-
tion des méthodes paci ques de résolution
3. La conciliation
fi
des con its, comme la discussion et les procé-
fl
Au début des Sept contre Thèbes, Étéocle semble dures juridiques, que la communauté peut éviter
autoritariste : « le premier qui n’obéira pas à mon l’explosion.
commandement, (…) il sera lapidé par le peuple. » (77). C’est sur le rocher de l’Aréopage, (la « colline
Mais assez vite il essaie de calmer les femmes du d’Arès » en face de l’Acropole d’Athènes), que la
chœur : « Hé quoi ! est-ce en fuyant de la poupe à la proue légende place le premier procès de l’histoire hu-
que le nautonier trouve le moyen de se sauver, quand le navire maine. C'était symboliquement un dieu qui était
est fatigué par le ot marin ? » (77). Il se montre même accusé, Arès, et on lui reprochait d’avoir tué un
fl
ensuite très constructif, en faisant des proposi- homme qui avait violé une de ses lles. Il fut acquit-
tions concrètes : « entonne (…) le cri rituel des Grecs,
fi
té. Aujourd’hui encore une plaque au pied de ce
lorsqu’ils offrent un sacri ce : tu encourageras ainsi les tiens rocher rappelle que c’est ici que la justice a pour la
fi
et tu chasseras la peur de l’ennemi » (79). première fois remplacé la vengeance comme règle
Mais en n de compte, Étéocle et Polynice ne de conduite.
fi
connaissent qu’une seule façon de résoudre leur
con it, et ce sont les armes.
fl
Le chœur en parle en personni ant ces objets, et
fi
en rappelant que le métal dont ils sont faits est miné
au nord de la Grèce : « L’étranger qui répartit les lots, le
Chalybe émigré de Scythie, le dur partageur d’héritages, le fer
au cœur cruel » (89).
Synthèses sur Eschyle 5/6

III. La solidarité Lorsque Danaos annonce l’arrivée des ls

fi
d’Égyptos, l’angoisse des jeunes femmes re-
double : « J’ai vraiment bien peur de n’avoir rien gagné à
Ce que l’on attend par-dessus tout du groupe
fuir ainsi et à courir les chemins. Je meurs d’effroi, père. »
social auquel on appartient, c’est de l’aide, une as-
(33). Elles appellent au secours car elles se sentent
sistance quand on est dans le besoin. Quand tout
démunies : « Une femme qu’on laisse seule n’est plus
va bien, en effet, chacun mène sa vie de son
rien. » (33). Elles espèrent un miracle pour être
côté !
sauvées : « Si je pouvais disparaître tout entière et, comme
Mais quand nous nous trouvons en dif culté, la poussière qui, sans ailes, se disperse dans les airs, échapper

fi
nous espérons trouver chez nos semblables de à la vue et mourir ! » (34).
l’écoute, de la pitié, et nous leur demandons d’in-
tervenir en notre faveur.
2. La compassion
1. La souffrance
Dans Les Sept contre Thèbes, l’idée apparaît d’une
2. La compassion
chaleur humaine, d’une protection qui va avec
3. L’action l’appartenance à la nation thébaine : « la Terre
maternelle qui lorsque, enfants, vous vous traîniez sur
1. La souffrance son sol bienveillant s’est chargée de tous les soins de votre
C’est Étéocle qui exprime la souffrance du éducation et vous a nourris » (73). Même les ennemis
peuple au début des Sept contre Thèbes ; il redoute venus d’Argos ont des sentiments de reconnaissance
l’issue de la guerre et s’adresse aux dieux : « ne cour- pour leurs parents : « ils ont suspendu de leurs mains au
bez jamais sous le joug de l’esclavage un pays libre ». char d’Adraste des souvenirs qu’ils envoient dans leurs
foyers à leurs parents, en versant des larmes » (74).
Le chœur touche le fond du désespoir : « Je suis
sans courage : la peur m’arrache les mots. » (78) et il Mais quand la ville est attaquée, qui va venir en
commence à anticiper ce qui va se passer si la ville aide à la population, en dehors des dieux : « Qui
tombe ; il fait une description pathétique du sac de donc nous sauvera, quel dieu ou quelle déesse viendra
la cité (80). nous secourir ? » (75).
Le messager lui aussi s’inquiète, car il a vu les C’est là qu’Étéocle va entrer en scène, et se
montrer secourable ; quand le chœur s’inquiète de
ennemis qui s’apprêtent à l’assaut : « à le voir bran-
voir la cité assiégée, il répond : « Eh bien ! je suis
dir une aire immense, c’est un bouclier que je veux dire, j’ai
bon, moi, pour y pourvoir. » (78).
frissonné, je ne veux pas le nier. » (83).
En ce qui concerne Les Suppliantes, la Grèce est
À la peur de voir la ville tomber aux mains des
un pays d’hospitalité et d’accueil : « ce pays touché
ennemis s’ajoute celle de voir périr ses princes :
de respect pour le malheur » (17). Avant même d’avoir
« Une mer de maux lance ses vagues sur nous. (…) j'ai peur
pu présenter leur cas, les jeunes femmes sont per-
que la ville ne succombe avec ses rois. » (89)
suadées qu’elles seront écoutées : « S’il y a près d’ici
En n une dernière forme d’inquiétude se fait quelque indigène (…) qui écoute mes plaintes, il croira en-
fi
jour à la n de la pièce, quand la cité se divise tendre la voix de l’épouse de Térée en proie à ses tristes pen-
fi
sur le sort réservé à Polynice : « Pourrai-je sées, la voix du rossignol que poursuit l’épervier. » (17). Et
prendre sur moi de ne pas pleurer, de ne pas t’accompagner la différence de culture ou de langue pourrait ne
jusqu’au tombeau ? Mais j’ai peur ; je voudrais me défaire de pas être un obstacle : « J’implore la terre montueuse
la crainte que m’inspire la cité. » (96) d’Apis ; comprends-tu bien, ô terre, ma voix barbare ? »
À la lecture des Suppliantes, on découvre une (18).
autre forme d’inquiétude, toujours portée par des Pélasgos, dans sa présentation de son pays, men-
femmes, mais dans un cadre privé : les Danaïdes tionne l’origine du nom que porte celui-ci : « Quant
déclarent en effet : « nous repoussons avec horreur l’hy- à cette plaine du pays d’Apis, elle a jadis été appelée de ce
men des enfants d’Égyptos et leur dessein impie » (16). Ce nom en reconnaissance des services d’un prophète médecin. »
mariage leur déplaît tant qu’elles imaginent (21) – c’est donc un pays où l’on a des sentiments
déjà être mortes : « Voilà les angoisses insupportables d’humanité ! Et justement c’est la réaction du
qui m’arrachent (…) des lamentations pareilles aux chants roi : « il n’est pas humain de mépriser vos prières » (25) ; il
funèbres. Vivante, je me rends à moi-même les honneurs des est même très affecté par l’annonce de leur possible
morts. » (18). suicide : « Voilà un mot qui me agelle le cœur. » (27).
fl
Synthèses sur Eschyle 6/6

3. L’action Conclusion
Mais écouter les maux de ses semblables ne suf- La détresse des citoyens pose ainsi un pro-
t pas, il faut les secourir activement. Étéocle en- blème à la cité, qui se sent tenue d’y apporter son
fi
courage chacun à se rendre utile : « Courez donc tous aide. Mais que faire ? Dans certains cas, ce sera en
aux créneaux et aux portes des remparts » (74). Il appelle à serrant les rangs et en s’organisant collective-
la prière, mais aussi à une défense organisée de ment pour surmonter l’épreuve ; dans d’autres ce
la patrie : « Invoque les dieux ; mais conduis-toi sagement. sera en faisant preuve de solidarité et de sou-
La discipline est la mère du succès qui sauve, femme. » (77). tien pour empêcher une injustice.
Lui-même agit avec discernement, et paye de sa Si aucune société ne pense légitime de laisser à
personne : « Pour moi, je vais aller ranger aux sept portes l’abandon les membres de sa communauté, le de-
de nos remparts six hommes de haute valeur et moi septième, gré d’assistance qu’elle est prête à leur apporter
pour tenir tête aux ennemis » (79). varie selon les régimes économiques.
Lui-même, Étéocle, après sa mort, béné cie

fi
d’une action de solidarité et d’hommage de la
part de la cité qui ne l’oublie pas et reconnaît son
sacri ce : « Pour celui-ci, Étéocle, ils ont décidé, en raison
fi
de son dévouement au pays, de lui creuser une tombe et de
l’enterrer pieusement » (95).
Une partie du chœur approuve : « c’est lui surtout
qui a préservé la cité de la destruction et qui a repoussé le ot
fl
d’étrangers tout prêt à l’engloutir. » (96).
Pélasgos va s’occuper d’obtenir pour Danaos ce
qu’on appellerait aujourd’hui un « titre de sé-
jour » of ciel, mais en agissant, en le conseillant
fi
pour s’assurer que ce projet réussisse : « Moi, je vais
convoquer le peuple d’Argos pour disposer la communauté en
ta faveur et j’enseignerai à ton père ce qu’il devra dire. » (28).
Le statut de réfugiés leur est accordé, et on
pourrait même parler de naturalisation dans ce
cas : « le peuple a rati é d’une voix unanime la proposition
fi
de nous traiter comme des habitants du pays, comme des
hommes libres. » (30). Cela devient encore plus of ciel
fi
quand les Égyptiens essaient de s’emparer des Da-
naïdes ; le roi leur signi e catégoriquement qu’elles
fi
sont sous sa protection : « Le peuple d’Argos a rati é
fi
d’une voix unanime la résolution de ne point rendre, malgré
elle, cette troupe de femmes. » (37).
Et avec ce statut juridique viennent aussi des
avantages sociaux, car la question du logement
est très vite réglée ! Les Danaïdes peuvent même
choisir leur résidence ! « L’État y possède de nombreuses
maisons. Moi-même je suis pourvu d’un palais d’une am-
pleur suf sante. Vous pouvez disposer ici de demeures confor-
fi
tables à partager avec beaucoup d’autres. Mais si cela vous
plaît mieux vous pouvez habiter des maisons où vous serez
seules. » (38) Et Danaos précise : « et cela sans nous
faire payer de loyer. » (39).

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