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Fidele Quoi Qu - Il-En-Coute - Decker - Maurice

Transféré par

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Fidèle quoi qu’il en

coûte

Maurice Decker

Copyright © et 1ère édition : 1992, Éditions Barnabas


Copyright © et 2ème édition : 2002, La Maison de la Bible

Copyright © et 3ème édition en pdf et en format numérique : 2020


Maurice Decker
13, rue des Bergeronnettes
45520 Chevilly – France
Tous droits d’adaptation et de traduction réservés. Ne
peut être vendu

ISBN : 978-2-35843-089-0
Table des Matières

Préface 2
Avant-propos 4

Chapitre 1 : Elie, le fidèle 6


L’homme - Son époque - Sa piété - Son message - Un homme de Dieu

Chapitre 2 : Le Dieu fidèle 11


Déclaration de guerre - La cachette de Dieu - Fidélité sans limite, toute
puissante, généreuse, étonnante - Illustrations - Un bon pedagogue

Chapitre 3 : La fidélité mise à l’épreuve 18


Un MAIS énigmatique de Dieu - L’eau - Combat intérieur - Abraham et
Sara - Faire ses preuves - L’exemple du Fils de Dieu

Chapitre 4 : L’épreuve du temps (1) 24


Les détours incompréhensibles : Le temps, ’chargé de mission’ du Seigneur
- De la mer Rouge à Jéricho

Chapitre 5 : L’épreuve du temps (2) 30


« In extremis »
Saül - David - Jérémie - Abraham - Jésus-Christ

Chapitre 6 : L’épreuve de la faiblesse (1) 35


Galerie de portraits
Gédéon - Jacob - Dwight-L. Moody - Moïse - L’apôtre Paul - William
Carey - Charles Spurgeon - Hudson Taylor - Arthur et Wilda Matthews
Chapitre 7 : L’épreuve de la faiblesse (2) 42 Folie ou sagesse ?
La ’philosophie de la faiblesse’ - Un douloureux constat - Un retour à la
Croix – Conclusion

Chapitre 8 : L’épreuve de l’obéissance (1) 46


« Plus moi, mais Christ ! »
Vivre au diapason de Dieu - Israël - Jésus-Christ - L’apôtre Paul - Priorité
’L’hippopotame Moi’ - Crucifié avec Christ -Plus moi, mais Christ -
L’analogie du mariage - Nul ne peut servir deux maîtres

Chapitre 9 : L’épreuve de l’obéissance (2) 53


Discerner la volonté de Dieu
Cœur purifié - Consécration - Parole de Dieu - Vie de prière -Toutes nos
facultés - Conseillers - Cœur droit - Esprit paisible et patient - Dieu
demeure fidèle – Conclusion

Chapitre 10 : L’épreuve du silence 60


Job - Même lorsque Dieu se tait, il travaille - La résurrection de Lazare -
Dieu a ses solutions à nos problèmes : Elie et David

Chapitre 11 : L’épreuve du regard 66


Par la foi et non par la vue - Abraham et les caractérisitiques de la foi
George Müller - A. et W. Matthews - « Père, je ne te comprends pas, MAIS
je te fais confiance »

Chapitre 12 : Torrents d’hier et d’aujourd’hui (1) 72


Des personnes : Abraham, Joseph, Job - Des organisations - Des dons
spirituels et des actes de piété - Le succès dans nos entreprises
Chapitre 13 : Torrents d’hier et d’aujourd’hui (2) 78
Nos expériences d’hier - Notre affectivité - Dieu, le Rocher des siècles Dieu
est fidèle à sa parole - Une question de vie ou de mort - Ma confiance en
Dieu
Conclusion : Jésus-Christ, le prince de la fidélité 86
Préface
J’ai la joie de recommander chaleureusement la lecture attentive de ce
livre, et cela pour trois raisons qui me paraissent importantes.

Premièrement, cet ouvrage est un livre d’édification, et entre, par


conséquent, dans un créneau négligé par un grand nombre d’auteurs
évangéliques. Depuis de nombreuses années je déplore le caractère
superficiel, subjectif, inutilement spectaculaire, souvent égocentrique et d’un
intérêt passager de tant de titres exposés sur nos comptoirs d’églises ou de
conventions. Maurice Decker n’écrit pas pour divertir, amuser ou titiller : il
partage avec nous le fruit d’années de méditation biblique et d’expérience de la
vie chrétienne, pour apporter une solide nourriture biblique destinée à fortifier
notre foi et nous encourager à persévérer. En d’autres termes il nous dit ce que
nous avons besoin d’entendre, bien plus que ce que nous aurions peut-être
envie de lire pendant nos moments de loisir.

L’auteur puise dans un vaste réservoir d’exemples bibliques, d’expériences


personnelles et d’anecdotes pour illustrer ses thèses et en rendre la lecture
agréable. Il n’en faut pas moins - si on n’a pas l’habitude de lectures
’sérieuses’ - une dose de discipline et d’application pour... persévérer
jusqu’au bout, et revenir en arrière pour relire et méditer les paragraphes
clés. L’effort en vaut la peine !

Deuxièmement, l’auteur nous conduit dans une étude approfondie d’un


texte de l’Ancien Testament. Tout récemment, en Suisse romande, un
groupe de théologiens a reproché aux chrétiens ’évangéliques’ de trop
s’intéresser à l’Ancien Testament, et en particulier à des récits historiques
dont l’historicité est mise en doute par ces théologiens. Voire ! Serait-ce une
illustration du vieux proverbe « Au royaume des aveugles, les borgnes sont
rois » ? Car en réalité nous connaissons peu et mal l’Ancien Testament, qui
était pourtant la seule Bible des premiers chrétiens et la base sur laquelle ils
prêchaient la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ ! Voyez, par exemple, comment
Paul présente la Justification par la grâce de Dieu, au moyen de la foi, comme
unique Evangile aussi bien avant l’Incarnation que depuis, en invoquant
Abraham, David, Moïse et les prophètes (chapitres 4, 9 et 10 de l’épître aux
Romains).

Pourtant, quelle mine de richesse que l’Ancien Testament ! Que de leçons


dans ce seul récit d’Elie au torrent de Kerith ! De plus, l’auteur nous conduit à
travers les livres historiques, poétiques et prophétiques pour évoquer Moïse,
David, Jérémie, Abraham et Sara, la veuve de Sarepta, Gédéon, Jacob,
Josué, Job, Joseph (mais aussi Saül et Balaam), et j’en passe. « Il faut rendre
l’Ancien Testament au peuple chrétien », écrivait un membre de l’Académie
Française1. « Il n’y a pas d’œuvre plus nécessaire et plus urgente. Il faut rendre
au peuple chrétien cette moitié de son héritage dont on essaie de le dépouiller,
cette Terre promise toujours ruisselante du même lait et du même miel, dont
on essaye de l’expulser, et qui lui appartient .../... Jetons-nous sans crainte, la
tête la première, dans cet océan d’amour et de beauté, l’Ancien Testament,
où tant de Saints, tant de génies, ont trouvé un aliment inépuisable.
Refaisons connaissance, dans leur réalité vivante et typique, avec ces
personnages vraiment surhumains, je veux dire chez qui une humanité
intégrale est tout entière transfigurée par la signification authentique .../... Ce
ne sont point des héros de roman et de théâtre. Nous pouvons les prendre
dans nos bras. Ce sont nos frères et nos sœurs, mais des frères, des sœurs
tout pleins de Dieu, tout débordants de la Volonté du Très Haut. »

Enfin, Maurice Decker développe le thème de la fidélité - fidélité de Dieu à


laquelle doit répondre la fidélité de son peuple - thème auquel le Seigneur
Jésus, dans son enseignement, attachait une importance illimitée. Je cite
deux exemples :

Le Christ fait suivre son discours ‘eschatologique’ sur les signes


annonciateurs de son retour (Mt 24 et parallèles) de trois paraboles : le serviteur
fidèle, les dix vierges et les talents. Sur quelle qualité insiste-t-il plus que sur
toute autre, sinon la fidélité ? On demanda un jour à un vieux serviteur de
Dieu comment il organiserait son programme s’il savait que le Seigneur
reviendrait une semaine plus tard. Il sortit son agenda de poche pour montrer à
son interlocuteur comment son emploi du temps était déjà programmé : il n’y
avait rien à modifier !

Chacune des lettres qu’adresse le Seigneur glorifié aux sept églises contient
une exhortation, soit à la repentance (!) soit à la fidélité. « Sois fidèle », dit
Jésus à l’église de Smyrne, confrontée à la souffrance ; « Tenez ferme », dit-
il à Thyatire, affaiblie par le compromis moral ; à Sardes, endormie dans une
orthodoxie morte : « Sois vigilante » ; à Philadelphie, en proie au
découragement : « Tiens ferme ». Que nous faudrait-il de plus pour
comprendre qu’aux yeux de notre Sauveur bien-aimé notre fidélité est un
trésor d’un prix inestimable ? Et que cela nous concerne tous, quelle que
soit la nature spectaculaire ou non du ministère qu’il nous confie, ou l’état
spirituel de la communauté dans laquelle il nous a placés ?

C’est donc pour ces trois raisons que je considère comme un honneur
l’invitation à écrire cette préface, et je m’en acquitte avec joie, en ajoutant ma
prière : que Dieu bénisse richement la lecture de ce livre dans la vie d’un grand
nombre de ses enfants.

Frank Horton
Ancien Directeur de l’Institut Biblique Emmaüs
Avant-propos
Pendant mon enfance, il m’arrivait souvent d’accompagner mon père
aux réunions de la Croix-Bleue, mouvement d’inspiration protestante
travaillant au relèvement des buveurs. Chacune de ces rencontres du
dimanche après-midi débutait invariablement par l’appel, ... non pas des
présents mais des fidèles ! En effet, à l’appel de son nom, chacun répondait
‘fidèle !’. Ce petit mot, prononcé généralement avec conviction, résonne
aujourd’hui encore dans ma mémoire. Il était lourd de sens dans l’esprit de
la grande majorité des participants, car pour eux il signifiait bien plus
qu’une simple présence. Message de victoire et d’espérance, il annonçait à
tous que dans le parcours de l’ancien buveur, il n’y avait pas eu de rechute
depuis la signature du dernier engagement d’abstinence totale d’alcool.
Mais pour plusieurs d’entre eux, il était bien plus encore le message de
triomphe de la merveilleuse grâce de Dieu ayant délivré l’esclave de la
boisson et lui donnant la force de tenir bon jour après jour, lorsque la
tentation surgissait au détour du chemin. En effet, pendant ces réunions,
combien de fois n’ai-je pas entendu des témoignages émouvants où les
larmes de profonde reconnaissance se mêlaient à celles des regrets
inévitables. Un jour, l’amour de Jésus-Christ avait croisé la route d’un
homme ou d’une femme en perdition, le pardon avait été reçu au pied de la
croix et les lourdes chaînes de l’esclavage avaient été brisées par la
puissance du Saint-Esprit.

Dans ma quatorzième année, j’eus à choisir un verset biblique destiné à


être inscrit sur la page de dédicace du Nouveau Testament qu’on allait me
remettre à l’issue d’une cérémonie religieuse. Cette page est sous mes yeux à
l’heure où j’écris ces lignes et j’y lis : « Sois fidèle jusqu’à la mort et je te
donnerai la couronne de vie » (Ap 2:10). Ce verset m’avait fortement
impressionné et je me souviens qu’il était vraiment le choix de mon jeune
cœur réellement désireux d’aimer Dieu et de le servir sans réserve et jusqu’au
bout. Même si j’étais alors loin d’en mesurer toute la portée, l’Esprit de Dieu
travaillait en moi pour m’aider à comprendre l’importance de la fidélité aux
yeux de Celui qui m’avait attiré à Lui.
Depuis près de vingt ans, lorsque j’entre dans mon bureau, mon regard
rencontre un merveilleux verset gravé dans le bois : « Le ruisseau de Dieu
est plein d’eau » (Ps 65:10). Cette gravure me fut remise un jour par celle
qui a été pour moi, pendant un quart de siècle, une véritable mère en Christ,
particulièrement aimante et pleine de sollicitude. Jusqu’à son départ auprès
du Seigneur, dans sa quatre-vingt-onzième année, elle fit preuve d’une
fidélité exemplaire dans la prière quotidienne en faveur de ma famille
comme dans l’envoi régulier de lettres bienfaisantes qu’elle nous écrivait,
parfois avec beaucoup de peine, de sa main de plus en plus déformée par
l’arthrose. Chaque fois que, depuis ma table de travail, je lève les yeux vers
ces quelques mots gravés tout en profondeur, ils me rappellent, non
seulement la bienveillante fidélité d’une grande amie aujourd’hui disparue,
mais bien plus encore l’amour incomparable et sans mesure du Dieu
miséricordieux et compatissant, lent à la colère, riche en bonté et en
fidélité (Ex 34:6). « Il est un torrent qui sort du sanctuaire, qui fertilise tout
sur son passage, qui guérit, qui donne la vie, qui assainit. Si vous êtes déjà
entrés dans ce fleuve de la grâce jusqu’au chevilles, peut-être jusqu’aux
genoux, et même déjà jusqu’aux reins, il y a encore une expérience plus
profonde : celle de se perdre dans la grâce, d’être submergé, de nager dans
l’océan de l’amour de Dieu » (Alice van Berchem).

Ce livre évoque le premier épisode de la vie du prophète Elie2 caché par


Dieu dans les gorges profondes du torrent de Kerith et envoyé ensuite, quand
ce torrent fut à sec, vers la veuve de Sarepta. Il veut être d’abord un
témoignage vibrant rendu à la parfaite fidélité de Dieu, réalité de plus en plus
précieuse au cœur du croyant au fur et à mesure que passent les années vécues
en communion avec Lui et avec son Fils Jésus-Christ. Il vise ensuite à servir
d’encouragement chaleureux et de puissant stimulant pour le lecteur, en
décrivant comment Dieu travaille au développement de cette qualité primordiale
dans la vie de ses enfants. Pour atteindre ce double objectif, j’ai sollicité le
concours d’un certain nombre de personnages bibliques dont l’histoire illustre
et met en valeur diverses facettes de la pédagogie divine et des attitudes
humaines en relation avec la fidélité. Ainsi Abraham, Jacob, Job, Moïse, David,
Jérémie, Paul, et d’autres encore contribuent, aux côtés d’Elie, à notre
édification dans ce domaine. Se sont jointes à eux plusieurs figures plus ou
moins connues, appartenant à la grande nuée des témoins du Dieu fidèle tout
au long de l’histoire de l’Eglise de Jésus-Christ. William Carey, George Müller,
Hudson Taylor, Dwight Moody, Charles H. Spurgeon, James O. Fraser,
Aiden W. Tozer, Arthur et Wilda Matthews, et quelques autres cités ici ou là,
ont donc aussi participé à la rédaction de ce livre pour nous donner à réfléchir
en matière de fidélité. Mais la place d’honneur revient indiscutablement à
Jésus-Christ dont la fidélité au Père est abondamment décrite et soulignée.
D’ailleurs, sans Lui, jamais ces lignes n’auraient pu être écrites !

Encore un dernier mot. Pour mieux mettre en évidence les richesses


cachées dans ce début de l’histoire d’Elie, je l’ai fait réagir comme j’aurais
été tenté de le faire si j’avais été à sa place au bord du torrent. C’est donc
aussi indirectement mes luttes et mes découvertes que je partage simplement
avec vous pour qu’ensemble nous soyons encouragés à persévérer dans
l’apprentissage d’une fidélité inconditionnelle au Seigneur, sous sa
bienveillante autorité. Dans ces jours où la palme d’or revient sans conteste au
succès et à la puissance, à la prospérité et à la performance, et à tant d’autres
formes d’affirmation et d’exaltation de soi, puissent ces pages aider chaque
lecteur à rechercher les vraies valeurs, agréables au Seigneur, et donc à tendre de
tout son cœur vers plus de fidélité, sous l’action continuelle du Saint-Esprit.
Je souhaite que Dieu vous bénisse par la lecture de ce livre au moins autant qu’il
m’a béni tout au long de sa rédaction. Nous rendrons alors ensemble hommage
une fois de plus et de tout notre cœur à la richesse de sa bonté et de sa
fidélité.

« Beaucoup de gens proclament chacun leur bienveillance,


mais un homme fidèle, qui le trouvera ? »
(Proverbes 20:6)

M. D.
Chapitre 1 : Elie, le fidèle

L’HOMME
« Elie, le Thischbite, l’un des habitants de Galaad »
(1 R 17:1)

Nous voici subitement, sans le moindre protocole, mis en présence


d’une personnalité exceptionnelle. Environ neuf siècles plus tard, un ange
annoncera au sacrificateur Zacharie que son fils Jean-Baptiste, le
précurseur du Christ, marchera devant Dieu avec l’esprit et la puissance
d’Elie (Lc 1:17). Ce dernier apparaîtra ensuite sur la montagne de la
transfiguration comme représentant des prophètes, aux côtés de Moïse, le
représentant de la Loi (Mt 17:3). Enfin, le livre de l’Apocalypse fait
directement allusion à ces deux personnages en établissant clairement une
relation entre les activités des deux témoins du chapitre 11 (v. 3-6) et celles
d’Elie fermant le ciel afin qu’il ne pleuve pas, et de Moïse déclenchant les
dix plaies d’Egypte. Ces constatations ont conduit un commentateur à dire :
« On doit considérer Elie comme la plus grande personnalité religieuse qui
ait été suscitée après Moïse » (Skinner). Aujourd’hui encore, ce prophète au
courage indomptable et au zèle ardent occupe une place d’honneur chez les
Juifs orthodoxes. Quelqu’un a dit de lui : « C’était un Mont Sinaï que cet
homme dans le cœur duquel grondait la tempête ». On l’a aussi appelé ‘le
prophète de feu’. Il est vrai que le feu est présent d’une manière ou d’une
autre dans quatre des six chapitres qui nous relatent quelques aspects de son
ministère (1 R 18:38 et 19:12 ; 2 R 1 et 2:11). « Elie est le plus grand et le
plus surprenant des prophètes d’action de l’Ancien Testament. Il apparut
soudain dans l’histoire comme un éclair sortant des nuages, et sa parole
était enflammée comme une torche » (E. Mangenot)3.

Pourtant, cet éminent homme de Dieu nous est présenté de la manière la


plus brève qui soit ! Il n’était qu’un des habitants d’un obscur village de
Galaad, citoyen des plus ordinaires, sans diplômes ni titres ronflants. Nous
ne connaissons rien de son arrière-plan familial ni de l’éducation qu’il a
reçue. Ses parents resteront à jamais d’illustres inconnus dont les noms
n’apparaissent nulle part dans le texte biblique. Sans doute avait-il été
l’enfant des solitudes sauvages et des ravins montagneux de cette contrée de
Galaad citée environ cent fois dans la Bible. Peut-être était-il paysan, ou
berger, ou encore bûcheron dans les vastes forêts de chênes et de térébinthes
qui couvraient alors les montagnes de cette région située à l’est du Jourdain.
Une chose est certaine : Elie était un homme de la même nature que nous
(Jc 5:17), soumis aux mêmes sentiments et aux mêmes expériences que
nous (A. Kuen), ayant les mêmes passions que nous (Darby), un pauvre
homme comme nous (Maredsous), tout à fait semblable à nous (Bible du
Semeur)... Au moment où, dans son épître, Jacques prend Elie pour
exemple dans le domaine de la prière, il ne peut oublier que tout un chapitre,
sur les six de l’Ancien Testament qui rapportent son histoire, est consacré au
profond découragement du prophète totalement déboussolé, suppliant Dieu
de lui reprendre la vie (ch. 19). « Ce géant parmi les hommes, en comparaison
duquel nous nous sentons tous comme des petits nains » (F.B. Meyer), ce
« chevalier du Seigneur, sans peur et sans reproche », retrouve alors
subitement une dimension nettement plus à notre portée. Le côté pathétique de
l’état dépressif qui soudain le terrasse (« ce grand crack qui craque » !) nous
rapproche sensiblement de ce personnage ‘hors gabarit’, plutôt redoutable et
rugueux dans l’exercice de son ministère prophétique.

SON ÉPOQUE
« Achab, fils d’Omri, fit ce qui est mal... »
(1 R 16:30)

C’est une des périodes les plus sombres de l’histoire d’Israël, au


neuvième siècle avant J.-C. (1 R 16:29-34). En moins de soixante ans, à
partir du schisme qui, en 931, déchire la nation et divise son territoire, six
mauvais rois, dont trois seront rapidement assassinés, vont se succéder à la
tête des dix tribus du nord, plongeant le royaume chaque jour un peu plus
dans un désordre et une idolâtrie difficiles à décrire. Omri, le dernier d’entre
eux, mais non le moindre, surtout en matière de politique étrangère,
bâtisseur de la ville de Samarie dont il fait sa capitale, « agit plus mal que
tous ceux qui étaient avant lui » (1 R 16:25). Son fils, Achab, lui succède
vers 874 et suit son exemple avec un zèle sans égal qui fera de lui le roi le
plus abominable de toute l’histoire du Royaume du nord (1 R 16:30-33 et
21:25-26). Homme sans caractère, faible et irrésolu, il est dominé, excité au
mal et manipulé comme une vulgaire marionnette par son épouse, l’infâme
Jézabel, virago de la pire espèce et fanatique adoratrice de Baal et
d’Astarté, divinités cruelles assoiffées de sang et de débauche. Cette
princesse païenne venue de Phénicie se montre sans scrupules, impérieuse et
déterminée dans ses actes les plus odieux et diaboliques. Juste avant de tuer
Joram, roi d’Israël, l’impitoyable Jéhu, son successeur, chargé d’éliminer la
maison d’Achab et de déraciner le culte abject de Baal, ne manquera pas de
dénoncer avec véhémence les prostitutions et les multiples sortilèges de sa
mère Jézabel (2 R 9:22). Son nom deviendra d’ailleurs un symbole de
séduction, de corruption et de débauche et servira à dénoncer une soi-disant
prophétesse opportuniste prodiguant un enseignement subtil et pervers dans
l’église de Thyatire en Asie mineure, vers la fin du premier siècle de notre ère
(Ap 2:18-29). Une fois le culte de Baal officiellement institué dans le pays (1 R
16:32), Israël, qui vient de traverser une assez longue période de prospérité
matérielle, s’enfonce alors comme jamais auparavant dans le bourbier
fangeux de l’apostasie, méprisant ouvertement les avertissements de la Parole
de Dieu (16:34) et se livrant sans retenue à la prostitution spirituelle. Le
syncrétisme et le formalisme redoublent (18:21), les prophètes de l’Eternel
sont pourchassés et exterminés sur l’ordre de Jézabel (18:3,13), le désordre
moral et social s’aggrave et se généralise. Lorsque la nation tout entière
atteint le point le plus bas, se retrouvant submergée par un flot puissant et
dévastateur d’idolâtrie et de superstition, lorsque le culte de l’Eternel est
menacé dans son existence même, par la religion vile et cruelle de Baal,
alors Dieu, le souverain Maître de l’Histoire, suscite Elie, son prophète
fidèle, qu’il propulse sur le devant de la scène... à la cour même de Sa Majesté
le Roi ! En procédant ainsi, Dieu nous rappelle qu’il n’est jamais pris de
court par les évènements, même les plus graves. Rien n’échappe à son
contrôle. Il a des solutions en réserve pour les situations les plus
désespérées. Choisissant et préparant lui-même ses instruments, il intervient
toujours au moment opportun !

SA PIÉTÉ
« L’Éternel est vivant, le Dieu d’Israël devant qui je me tiens ! »
(1 R 17:1a)

Son entrée en scène est impressionnante ! Cet homme soumis aux


mêmes misères que nous surgit soudain tel un météore dans le ciel obscurci
d’Israël. Bien des années plus tard, le rideau tombera sur une sortie plus
originale encore, le prophète quittant subitement cette terre sans passer par
la mort, pour rejoindre son Dieu dans le tourbillon d’un char et de chevaux
de feu (2 R 2:11).
Tout le secret de la force et de la hardiesse d’Elie est caché dans cette
vigoureuse affirmation : « L’Eternel est vivant, le Dieu d’Israël devant qui
je me tiens ! » Manifestement, cet homme jouit d’une profonde communion
avec son Dieu. Son apparition à la cour royale a été précédée d’une vie
cachée dans la présence même de l’Eternel. Car Elie est un homme de
prière dont la proclamation courageuse a été longuement préparée dans un
intense face à face avec Celui qu’il sert : « Il pria avec instance pour qu’il
ne pleuve pas... » (Jc 5:17-18).
Nous constatons que ce prophète est l’un des ‘FIDÈLES’ de l’Eternel
car d’emblée nous découvrons en lui un allié inconditionnel de Dieu,
membre engagé dans le parti du Dieu vivant, par opposition au parti du dieu
mort, des idoles vaines et creuses. Son cœur est tout entier à lui. Les liens
étroits qui unissent le prophète et son Dieu sont clairement perceptibles dès
les premières lignes du récit. Un mot hébreu exprime à merveille cette
relation, ‘hésèd’, souvent présent dans l’A.T., terme au sens si riche
qu’aucune expression française ne peut à elle seule le traduire dans sa
plénitude. Joyau aux multiples facettes, il peut être rendu tout à la fois par
les mots ‘bonté’, ‘bienveillance’, ‘grâce’, ‘miséricorde’, ‘fidélité’, pour
décrire l’amour vrai, profond, généreux et constant qui jaillit du cœur de
Dieu pour son enfant. De surcroît, il évoque l’attitude d’amour obéissant et
respectueux, loyal et solidaire, sincère et fidèle du croyant qui communie
jour après jour avec son Dieu. Tel est Elie, le prophète de l’Eternel.
L’adjectif ‘hasid’ devient facilement substantif au pluriel, `hasidim’,
traduit généralement par ‘les fidèles’, expression fréquemment rencontrée
dans les Psaumes (30:5 ; 31:24 ; 37:28, etc.) pour désigner des hommes
particulièrement pieux, respectueux, obéissants et passionnés d’amour pour
Dieu. A la veille de la déportation des dix tribus composant le Royaume du
nord, en 722 avant J.-C., Osée, le prophète de l’amour fidèle blâmera Israël et
Juda en constatant la disparition de ces fidèles et dénoncera avec vigueur
la piété superficielle et éphémère du peuple dans son ensemble : « L’Eternel
a un procès avec les habitants du pays, parce qu’il n’y a point de fidélité,
point de loyauté (hésèd), point de connaissance de Dieu dans le pays... Votre
loyauté (hésèd) est comme la nuée du matin, comme la rosée matinale qui
disparaît... Car je veux la loyauté et non le sacrifice, et la connaissance de
Dieu plus que les holocaustes » (Os 4:1 ; 6:4,6). Jérémie, le prophète
sensible, fidèle et persévérant en dépit des calomnies et des persécutions de
toutes sortes, fera de même, souvent avec larmes, tout au long des dernières
décennies précédant le long exil de Juda à Babylone, rappelant au peuple son
premier amour brûlant envers l’Eternel à l’époque de sa jeunesse : « Ainsi
parle l’Eternel : Je me souviens de ton amour de jeune fille, de ton affection
de fiancée, quand tu me suivais au désert, dans une terre stérile. Israël était
consacré à l’Eternel... » (Jr 2:2). Bien plus tard, les ‘hasidim’ (en français,
généralement : Hassidim) deviendront un parti de résistants juifs
orthodoxes qui s’opposeront aux tentatives d’hellénisation de la Palestine
par la Syrie, au temps des Macchabées (vers 175 avant J.-C.). Ils seront
probablement les précurseurs du parti des Pharisiens et de la secte très
légaliste des Esséniens.

Ce qui caractérise Elie tout au long des pages connues de sa vie, c’est sa
fidélité à l’Eternel, son obéissance constante à la volonté de Dieu, même à
ses ordres les plus difficiles à exécuter (1 R 18:12 ; 21:17-20 ; 2 R 1:3-6 ; 2 Ch
21:12-15). On peut compter sur lui car il tient ses engagements en toutes
circonstances. S’appuyer sur lui n’est pas un problème car il est ferme, solide
et fiable, semblable à un pieu robuste profondément enfoncé dans le sol. Lui
confier une responsabilité n’est pas courir à l’aventure car il ne saurait se
dérober à ses devoirs. C’est un homme vrai et loyal, qui inspire confiance. Pas
question pour lui de trahir son Dieu ! Il est bon de souligner ici qu’un autre des
principaux mots hébreux utilisés dans l’Ancien Testament pour exprimer la
notion de fidélité, ‘èmounâh’, peut aussi s’appliquer sans la moindre
hésitation à notre prophète puisqu’il sert précisément à désigner ce qui tient
solidement, ce qui est ferme, solide, immuable et donc digne de confiance.
Nous connaissons bien l’expression ‘amen’ qui en dérive et dont le sens
général va dans la même direction.
Pourtant, ne l’oublions surtout pas, Elie est aussi, comme nous l’avons
déjà souligné, l’homme soumis aux mêmes misères que nous, fragile et faible
par nature, 1 Rois 19 en étant l’éloquente démonstration. Une simple
comparaison peut nous aider à marier la force et la faiblesse, la fiabilité et la
vulnérabilité présentes dans le même personnage : considérons Elie comme
étant semblable à la poudre de ciment qui, mélangée à l’eau et placée sous les
rayons du soleil, se transforme en un ciment dur comme le roc. Tels sont les
effets conjugués de l’eau vive de la Parole de Dieu et du soleil de la grâce
divine dans la vie de celui qui se livre entièrement au Seigneur ; « tous les
géants de Dieu ont été de faibles hommes qui ont fait de grandes choses pour
Dieu parce qu’ils comptaient sur la présence de Dieu en eux » (H. Taylor).
La fidélité est grâce de Dieu et fruit de l’Esprit, plantée comme une
graine appelée à se développer dans nos cœurs (Ga 5:22). Voilà pourquoi
Paul pouvait écrire qu’il avait été rendu fidèle par la miséricorde du
Seigneur (1 Co 7:25).

SON MESSAGE
« Il n’y aura ces années-ci ni rosée ni pluie, sinon à ma parole »
(1 R 17:1)

Avec autorité et hardiesse, Elie, le fidèle, proclame la fidélité de l’Eternel


à sa Parole. Dans sa bouche, le verbe de Dieu et la parole du prophète se
confondent, signe d’une grande assurance chez le messager. Il se sait au
cœur de la volonté de son Dieu. Quelqu’un a très justement fait remarquer
que « la parole de Dieu n’est pas un simple énoncé oral. Elle est chargée de
toute la volonté créatrice et ordonnatrice de Dieu comme on le voit
clairement dans Gn 1:3,6,9, etc., Ps 33:9. Elle produit ce qu’elle énonce. C’est
pourquoi la parole des vrais hommes de Dieu est puissante dans la mesure
où elle transmet une authentique parole de Dieu ».
Elie est convaincu de la fidélité sans faille de l’Eternel, non seulement à ses
promesses de bénédiction mais aussi à ses menaces de malédiction (Lv 26 ;
Dt 11:16-17). Bien avant lui, d’autres hommes de Dieu ont partagé cette
même conviction ; dans ses dernières exhortations aux chefs d’Israël, le
vieillard Josué souligne avec insistance le caractère absolu de la fidélité de
Dieu dans l’accomplissement de toutes ses paroles, bonnes et mauvaises :
« ... Et comme toutes les bonnes paroles que l’Eternel, votre Dieu, vous
avait dites se sont accomplies pour vous, de même l’Eternel accomplira sur
vous toutes les paroles mauvaises... » (Jos 23:14-15). Israël en est arrivé au
point où il remplit toutes les conditions pour que la fidélité de Dieu se
manifeste dans l’accomplissement de ses menaces écrites longtemps à
l’avance dans sa Loi. Nous devrions nous souvenir aussi de cet aspect de
la fidélité de Dieu ! « Nous avons oublié que notre Dieu peut se changer
en ennemi (Es 63:10). Nous avons tant parlé du risque de tomber entre les
mains de Satan que nous avons perdu de vue la dangereuse éventualité de
tomber entre les mains de Dieu, éventualité que nous évacuons, ignorons et
oublions à nos risques et périls » (A. Motyer)4. Après la conquête de
Jéricho, Josué avait prononcé une parole très précise et solennelle de
malédiction de la part de l’Eternel, visant quiconque se lèverait pour rebâtir
la ville. Des siècles plus tard, pendant le règne d’Achab et donc du temps
d’Elie, un incrédule notoire, Hiel de Béthel, crut pouvoir prendre à la légère et
passer outre la menace du Dieu de Josué. La tragédie qui frappa
successivement ses deux fils, réalisation exacte de cette ancienne malédiction,
rappela douloureusement à ce moqueur que Dieu ne prononce jamais des
paroles en l’air (Jos 6:26-27 et 1 R 16:34).

Elie est fidèle, attaché à l’Eternel, parce qu’il accorde un entier


crédit à Sa parole. Il est absolument sûr que Dieu veille attentivement sur sa
parole pour l’exécuter (Jr 1:12). « Dieu n’est point homme pour mentir, ni
fils d’Adam pour avoir du regret. Ce qu’il a dit, ne le fera-t-il pas ? Ce qu’il
a déclaré, ne le maintiendra-t-il pas ? » (Nb 23:19). Cette affirmation a
d’autant plus de valeur qu’elle est à mettre sur les lèvres de Balaam, le
devin cupide qui voulait manipuler Dieu et le faire agir en contradiction avec
ses promesses envers Israël, son peuple. C’est bien mal connaître Dieu que
de croire qu’il est possible de le traiter en girouette faisant des pirouettes et
violant ses engagements les plus solennels sur l’insistance des hommes ou
sous la pression des circonstances. Alors que la fidélité du croyant faiblit et
se désagrège lorsqu’il met la Parole de Dieu en doute, elle grandit et se
fortifie par sa confiance active en la fidélité parfaite du Seigneur. Vous le
remarquez, fidélité et confiance vont de pair dans la marche avec Dieu ; « la
fidélité jaillit de la foi, dès lors que cette dernière est un engagement de
l’homme entier par rapport au Christ entier, dans un attachement
exclusif, définitif et sans réserve » (F. Horton). Les termes ‘foi’ et ‘fidélité’
sont si étroitement liés que, dans le Nouveau Testament ils traduisent le seul
mot grec ‘pistis’. Dans Galates 5:22, ce mot a été généralement rendu par
‘fidélité’ pour décrire une des facettes du fruit de l’Esprit, bien que rien
n’empêche de choisir le mot ‘foi’ (c’est le cas de la TOB). En effet, le fruit de
l’Esprit est non seulement la confiance dans l’autre (= la foi) mais aussi la
confiance que l’on inspire (= la fidélité), la foi qui saisit et la foi qui donne5. A.
Kuen le souligne bien dans « Parole Vivante » : « Le fruit de l’Esprit, c’est... la
fidélité, la confiance dans les autres... ».

UN HOMME DE DIEU
Lorsqu’un peu plus tard, Elie ressuscitera le fils de la veuve de Sarepta,
cette femme s’écriera : « Je reconnais maintenant que tu es un homme de
Dieu, et que la parole de l’Eternel dans ta bouche est vérité » (17:24).
Quel témoignage éloquent rendu à ce fidèle serviteur de Dieu ! A huit
reprises dans les six chapitres qui le concernent, il est appelé ‘homme de
Dieu’ (Cette expression s’applique vingt-huit fois à son successeur Elisée, à
partir de 2 Rois 4). Qu’est-ce donc qu’un homme de Dieu ? Dans 2 Rois
1:11 et 12, Elie répond lui-même en partie à cette question par une
démonstration impressionnante laissant entendre qu’il s’agit d’un homme
particulièrement sensible à la gloire de son Dieu parce qu’il le connaît, le
contemple et communie en profondeur avec lui. Vivant au diapason de
Dieu, imprégné de sa pensée et de son caractère, il peut donc être librement
utilisé par lui en vue de l’accomplissement de sa volonté quelle qu’elle soit,
et notamment, comme c’est le cas dans cet épisode tragique, pour
revendiquer son honneur bafoué, foulé aux pieds par ceux-là même qui
devraient le servir.
Deux textes descriptifs me reviennent en mémoire et me font aussitôt
penser au prophète Elie ; le premier est une citation du regretté A.W. Tozer,
homme et prophète de Dieu pour notre temps : « L’Eglise, aujourd’hui, a
besoin d’hommes qui se sentent inépuisablement disponibles pour le
combat de l’âme. De tels hommes seront libres des contraintes qui
dominent des hommes plus faibles, telles que la convoitise des yeux, la
convoitise de la chair et l’orgueil de la vie. Ils ne seront pas forcés d’agir
sous la pression des circonstances. Leur seule contrainte leur viendra du
dedans et d’en-haut. Cette liberté-là est nécessaire si nous voulons à
nouveau avoir dans nos chaires des prophètes et non des mascottes. Ces
hommes libres serviront Dieu et les hommes pour des motifs trop élevés
pour être compris de la foule qui, à pas traînants, entre dans nos sanctuaires
et en sort. Ils ne prendront aucune décision par crainte ; ils ne prendront pas
parti pour le désir de plaire ; ils n’accepteront point de servir pour des
considérations financières. Ils n’accompliront aucun acte ecclésiastique
simplement par coutume. Ils ne se laisseront pas non plus influencer par le
goût de la publicité ni par le désir de gagner une réputation »6.
Le second est un vieux texte conservé précieusement depuis des années :
« Ce dont nous avons le plus besoin, en ce siècle,
c’est d’hommes...
d’hommes qui ne se vendent pas,
d’hommes sûrs, vrais jusqu’au fond du cœur,
d’hommes qui craignent Dieu et haïssent la cupidité,
d’hommes dont la conscience est invariable comme la boussole,
d’hommes qui défendent la justice, même si le ciel et la terre tremblent,
d’hommes qui disent la vérité en regardant le monde et l’enfer en face,
d’hommes qui ne se vantent, ni ne se dégoûtent de rien, d’hommes qui ne
soient ni lâches ni fanfarons,
d’hommes animés d’un courage tranquille,
d’hommes dont la vie spirituelle est calme, profonde et puissante comme
un grand fleuve,
d’hommes jaloux de l’honneur de Dieu et qui ne font aucun cas des
applaudissements, d’hommes que les limites sectaires n’arrêtent pas,
d’hommes dont la force ne faiblisse pas avant que le jugement soit établi
sur la terre,
d’hommes qui connaissent leur mission et qui la remplissent,
d’hommes qui comprennent leur message et le délivrent, d’hommes qui
savent leur devoir et l’accomplissent, d’hommes qui soient à leur affaire,
d’hommes qui ne sont ni trop paresseux pour travailler, ni trop orgueilleux
pour rester dans la pauvreté,
d’hommes qui savent en qui ils croient,
d’hommes forts d’une force divine, sages de la sagesse d’en-haut, aimant
d’un amour chrétien,
en un mot :
d’hommes de Dieu ! »7.
Chapitre 2 : Le Dieu fidèle

DÉCLARATION DE GUERRE
« Il n’y aura ces années-ci ni rosée ni pluie, sinon à ma parole »
(1 R 17:1)

Le prophète vient de délivrer avec courage le message impopulaire que


la nation apostate avait besoin d’entendre. Sa déclaration fracassante, à
l’instant même où elle retentit comme un coup de tonnerre à la porte ou sous
les lambris dorés du palais royal (les premiers palais de Samarie étaient
splendides et les entrepreneurs d’Achab rivalisaient avec les meilleurs
constructeurs de tous les temps)8, ferme les cieux pour une durée de trois
ans et six mois. Dieu n’est-il pas le Souverain absolu qui ouvre et ferme les
écluses célestes quand il le veut ? « A Sa voix, les eaux mugissent dans les
cieux ; il fait monter les nuages des extrémités de la terre, il produit les éclairs
et la pluie, il tire le vent de ses trésors » (Jr 10:13). « Et moi, je vous ai
refusé la pluie, lorsqu’il y avait encore trois mois jusqu’à la moisson ; j’ai fait
pleuvoir sur une ville, et je n’ai pas fait pleuvoir sur une autre ville ; un champ
a reçu la pluie, et un autre qui ne l’a pas reçue s’est desséché » (Am 4:7).
Quel audacieux défi lancé à Baal, le soi-disant Seigneur, Maître et
Possesseur du pays, attaqué directement sur son terrain de prédilection ! Car
Baal, dieu important dans le panthéon cananéen, adoré à Tyr et à Sidon, dans
toute la Syrie, dans les colonies phéniciennes... et hélas maintenant
officiellement en Israël, a autorité sur les eaux du ciel, la rosée et la brume.
Dieu de l’agriculture, de la pluie, de la tempête et de la fertilité, il est le
Maître des saisons et détient donc le secret des bonnes récoltes. C’est
grâce à lui que la terre est généreuse et que les arbres portent du fruit en
abondance. Mais si la sécheresse s’abat sur le pays, c’est aussi lui le grand
responsable et c’est vers lui que se tournent alors les regards angoissés de ses
adorateurs. La proclamation d’Elie l’atteint donc de plein fouet dans son
prétendu pouvoir !
La condamnation de Dieu est directe et sans appel ! Ce faux-dieu ne
constitue-t-il pas un défi particulièrement cinglant à l’Eternel, le seul vrai
Seigneur, Maître et Possesseur de la terre d’Israël et de ses habitants, là même où
le culte de cet usurpateur mensonger est plus florissant que jamais ? N’a-t-il
pas totalement investi ce tout petit territoire grâce aux quatre cent cinquante
prophètes entièrement dévoués à son service et aux quatre cents prophètes de
son alliée Astarté (ou Achéra), déesse de la fécondité, sensuelle et
provocante, tout ce monde très spécial se nourrissant littéralement aux frais
de la princesse (1 R 18:19) pendant que les vrais prophètes sont traqués
comme des bêtes et implacablement exterminés (v. 4) ? Ce si beau pays de
cours d’eau, de sources et de lacs, qui jaillissent dans les vallées et dans les
montagnes, ce bon pays de froment, d’orge, de vignes, de figuiers et de
grenadiers, d’oliviers et de miel... ce jardin fertile dont l’Eternel prend soin et
sur lequel il a continuellement les yeux, du commencement à la fin de
l’année (Dt 8:7-9 et 11:11-12), n’est-il pas complètement souillé par
d’abominables sacrifices d’enfants, des scènes de débauche écœurantes et
tant d’autres horreurs indescriptibles ?

En réalité, au-delà de l’idole inerte et totalement impuissante (Es 45:20 ;


46:7 ; Jr 2:28 ; 10:5), c’est la tête de la nation qu’Elie vise en premier lieu
lorsqu’il prend directement le roi d’Israël et son incontournable épouse à
témoin. C’est d’abord leur infidélité notoire et leur influence destructrice sur
le peuple qu’il dénonce et condamne ouvertement. Ce faisant, il se place dans
une situation périlleuse car il s’agit là d’une véritable déclaration de guerre
adressée à Achab et Jézabel au nom de l’Eternel. Les représailles royales
contre ‘l’ennemi public n° 1’ (1 R 18:10,17 ; 21:20) ne devraient pas
tarder ! Examinons attentivement la suite du récit et tentons de nous mettre
‘dans la peau’ du prophète alors qu’il reçoit de Dieu un nouvel ordre de
marche.
LA CACHETTE DE DIEU
« Cache-toi près du torrent de Kerith »
(1 R 17:3)

« Voici que l’œil de l’Eternel est sur ceux qui le craignent, sur ceux qui
s’attendent à sa bienveillance, afin d’arracher leur âme à la mort et de les
faire vivre pendant la famine » (Ps 33:18-19 ; voir aussi 34:11 ; 37:17-19 ;
91:14, etc.). Dieu envoie son serviteur se cacher près du torrent de Kerith qui
coule dans une vallée profonde et étroite (Kerith signifie gorge, tranchée)
dont les flancs recèlent à coup sûr de nombreuses grottes. Le voici bien à
l’abri de la vindicte du couple royal infidèle, frappé de stupeur devant une
telle audace de la part du prophète, à moins qu’il ne se soit simplement
réfugié dans une incrédulité méprisante, à l’écoute du verdict divin. Dans
trois ans, un nouvel ordre de Dieu retentira : « Va, présente-toi devant
Achab... » (18:1). Plus de deux siècles après cette histoire, l’Eternel cachera
Jérémie, un autre de ses prophètes fidèles menacé dans sa vie par Jojakim, roi
inique et orgueilleux, méprisant ouvertement les avertissements de l’Eternel
(Jr 36:19, 26). Le Seigneur Jésus devra lui aussi se cacher pour échapper à la
haine meurtrière de ses adversaires (Jn 8:59). Ainsi, dans la marche du croyant
avec son Dieu, il y a un temps pour s’exposer et un temps pour se cacher, un
temps pour se découvrir en passant à l’offensive sous son parfait contrôle, un
temps pour se réfugier à l’abri en se refusant à la bravade présomptueuse et
aux dangers inutiles. « Cache-toi !... Présente-toi !... » Avons-nous l’oreille
intérieure assez sensible pour entendre ces impératifs lorsqu’ils sont
murmurés à notre cœur par le Saint-Esprit ?

Une des opérations de ravitaillement ‘par pont aérien’ parmi les plus
extraordinaires de l’histoire se déclenche aussitôt sur l’ordre exprès de
l’Eternel. Tirons-en plusieurs enseignements précieux concernant la fidélité de
Dieu.
1. La fidélité de Dieu est sans limite et toute puissante. « Ta fidélité
atteint jusqu’aux nues » (Ps 36:6). Dieu étend sa domination absolue sur
tout ce qui vit, le monde animal ne faisant pas exception : « Tous les
animaux des forêts sont à moi, toutes les bêtes des montagnes par
milliers ; je connais tous les oiseaux des montagnes, et tout ce qui se meut
dans les champs m’appartient.., le monde est à moi et tout ce qu’il
renferme » (Ps 50:10-12). Il prend soin des oiseaux du ciel comme par
exemple... les corbeaux : il prépare leur pâture et les nourrit, sans
oublier leurs petits quand ils crient (Jb 39:3 ; Ps 147:9 ; Lc 12:24).
Absolument TOUT est dans sa main et en son pouvoir, mobilisable à
l’instant, quand il le juge utile et nécessaire, pour manifester sa
parfaite fidélité envers ses enfants en danger ou dans le besoin ; corbeaux
et pourceaux, poules et araignées ne sont pas exemptés de ce service
commandé, comme nous le constaterons un peu plus loin en
parcourant une petite galerie d’illustrations d’hier et d’aujourd’hui.

2. La fidélité de Dieu est généreuse puisqu’il offre de la viande deux fois


par jour à son prophète... de quoi satisfaire un bon Français, dans un
hôtel bien coté ! Evoquant la période des débuts de la Mission à
l’Intérieur de la Chine, son fondateur Hudson Taylor écrivait plus tard :
« Dieu dispose de tout l’or et l’argent du monde, et ‘des troupeaux qui
paissent sur mille montagnes’. Nous n’avons pas à être végétariens...
Nous pouvons accepter d’avoir aussi peu que le Seigneur le voudra,
mais nous ne saurions consentir à avoir de l’argent non consacré ou des
fonds placés d’une manière douteuse. Plutôt ne rien avoir, même pour
acheter du pain, car il y a beaucoup de corbeaux en Chine, et le Seigneur
saurait bien nous les envoyer comme auprès d’Elie, avec du pain et de
la viande. Notre Père nous connaît bien, et Il sait parfaitement que Ses
enfants s’éveillent chaque matin avec un bon appétit. Il leur donne
toujours le déjeuner nécessaire et ne les envoie pas au lit sans souper. Il
a nourri pendant quarante ans dans le désert trois millions
d’Israélites. Nous ne nous attendons pas à ce qu’Il envoie en Chine
trois millions de missionnaires ; mais s’Il le faisait, Il saurait bien les
entretenir. Ayons toujours ce Dieu devant nos yeux, afin que nous
marchions dans Son chemin, cherchant à Lui plaire et à Le glorifier
dans les grandes comme dans les petites choses. Sur ce fondement,
l’œuvre de Dieu, faite à la manière de Dieu, ne manquera jamais des
subsides de Dieu »9.
3. La fidélité de Dieu est étonnante. Il dispose donc de moyens
insoupçonnés, imprévisibles et irrationnels pour secourir les siens. Ici,
l’Eternel choisit des corbeaux, oiseaux impurs que nous aurions
d’emblée déclarés incompétents pour une telle tâche : « Voici, parmi
les oiseaux, ceux que vous considérerez comme abominables, et dont on
ne mangera pas : ... le corbeau et toutes ses espèces » (Lv 11:13,15). Le
corbeau, premier oiseau nommé dans la Bible, a un appétit vorace et
engloutit non seulement des grains, des insectes, vers et larves qu’il
déterre, mais aussi des détritus de toutes sortes et des charognes qui
font de lui un animal plutôt répugnant : le corbeau que Noé lâcha hors
de l’arche put sans doute se nourrir des cadavres flottant sur les eaux
(Gn 8:7)10. « Cet oiseau, surtout le grand corbeau, se nourrit de chairs
pourries qui lui communiquent à lui-même une odeur fétide et le
rendent impropre à servir de nourriture... Les yeux des autres animaux,
vivants ou morts, constituent pour le grand corbeau un mets de choix.
Buffon... dit qu’en certains pays cet oiseau vorace se pose sur le dos
des buffles, leur crève les yeux et ensuite s’attaque à leur chair. On lit
dans Proverbes 30:17: l’œil de celui qui se rit de son père, et qui refuse
d’obéir à sa mère, que les corbeaux du torrent le crèvent et que les petits
de l’aigle le dévorent... Chez les Grecs, ‘être jeté aux corbeaux’ pour
devenir leur pâture constituait le suprême déshonneur... » (H. Lesêtre,
l’auteur de cette description ‘fort appétissante’ précise que
d’innombrables corbeaux nichent encore dans les grottes de la gorge
qui jadis abrita probablement Elie)11. Dans notre langue, le mot est
devenu le symbole d’un homme rapace et sans scrupules. Invité à la
table du directeur d’une école biblique dans laquelle je venais
d’évoquer les corbeaux d’Elie, ce dernier pour confirmer mes propos,
me raconta comment il s’était transformé en chasseur pour effrayer
des corbeaux devenus de plus en plus envahissants, et donc fort
bruyants, aux alentours de l’école. Un coup de fusil avait fait mouche et
mon ami avait alors ramassé l’oiseau pour se rendre compte aussitôt et
non sans un profond dégoût, que la bête grouillait littéralement de
vermine !
Il eût été facile pour Elie, le Juif pieux soucieux de fidélité à la Loi, de
faire preuve d’incrédulité à l’écoute d’un ordre de Dieu assorti d’une
promesse de secours aussi peu orthodoxe, plutôt bizarre et désagréable.
Peut-être qu’au premier instant il ne put en croire ses oreilles, s’imaginant
avoir mal entendu, mal compris. Combien la tentation devait être grande,
de décréter que le secours d’un oiseau impur et aussi répugnant ne pouvait en
aucun cas venir de Dieu ! N’y avait-il pas là quelque chose de choquant ? Et
puis, où étaient la logique et le bon sens dans tout cela ? Confie-t-on un plat
délicieux et alléchant à la garde d’un serviteur réputé pour sa gourmandise
sans égale ? Autant demander à un alcoolique assoiffé de livrer une caisse
de vin à un ami ! Pourtant, Elie décida d’obéir à l’ordre divin parce qu’il
croyait qu’il avait affaire au Dieu de l’incroyable, de l’extraordinaire, de
l’impossible, Dieu dont la folie est plus sage que les hommes (1 Co 1:25). Il
connaissait son Dieu ! Alors, « il partit et fit selon la parole de l’Eternel... »
(v. 5).
Méfions-nous de certains de nos principes bien ancrés que nous
croyons bibliques et qui ne le sont pas ! S’il ne fallait pas manger du
corbeau, fallait-il pour autant refuser de reconnaître en lui l’instrument de
l’Eternel pour acheminer la subsistance du prophète ? Bien sûr, un tel
procédé bouleversait les normes établies, la logique commune, les
méthodes traditionnelles... Trop souvent, nous enfermons Dieu dans nos
cages ‘à la mode Louis XI’12 et l’emballons dans les petites boîtes rigides de
nos schémas étriqués de créatures limitées et mortelles. Sous le noble prétexte
de fidélité à la Parole de Dieu, mal lue, mal connue ou mal interprétée, nous
nous privons de son puissant secours par des moyens inhabituels mais
parfaitement conformes à sa nature et à son caractère, révélés dans les
Saintes Ecritures. Ses voies et ses pensées sont aussi élevées au-dessus des
nôtres que les cieux le sont au-dessus de la terre (Es 55:8-9).

ILLUSTRATIONS
L’histoire biblique comme celle de l’Eglise tout au long des âges
foisonnent d’exemples illustrant l’ingénieuse fidélité de Dieu secourant les
siens et pourvoyant à leurs besoins par des voies et des moyens aussi variés
qu’insoupçonnés. Voyez le même Elie, trois ans et demi plus tard, en plein
désert et en pleine déprime, endormi sous un genêt. Un ange le touche ; il
s’éveille et regarde : « Il y avait à son chevet un gâteau cuit sur des pierres
chauffées et une cruche d’eau » (1 R 19:5-6). Une fois, ce sont les corbeaux, une
autre fois, ce sont les anges qui subvinrent aux besoins physiques du prophète
en situation difficile. Il put ainsi constater, comme David l’avait fait bien avant
lui et comme tant d’autres croyants le feraient après lui au fil des siècles et
jusqu’à ce jour, que « l’Eternel connaît les jours des hommes intègres... ils ne
sont pas confondus au temps du malheur, et ils sont rassasiés au jour de la
famine » (Ps 37:18-19).

George Müller (1805-1898) et ses orphelins. En 1836, cet homme de Dieu


fonda un orphelinat à Bristol. Sans jamais rien demander à personne, il reçut
de Dieu, jour après jour, en réponse à la prière, les moyens nécessaires à
l’entretien et à l’éducation des 2000 orphelins qui peuplaient les cinq
maisons de son institution. Plus de 10 000 orphelins expérimentèrent ainsi la
merveilleuse fidélité de Dieu et découvrirent que le Seigneur prend soin de
ceux qui s’attendent à Lui. Un matin, George Müller constata qu’il n’avait
rien à donner à manger aux enfants et que la caisse était vide. Il les réunit
pourtant autour de la table du petit déjeuner et, devant les assiettes et les
tasses vides, il rendit grâce à Dieu en ces termes : « Père céleste, nous te
remercions pour les aliments que tu vas nous envoyer ». A peine avait-il fini
de prier que l’on entendit frapper à la porte d’entrée de la maison. C’était
le boulanger qui raconta à G. Müller qu’il n’avait pas pu dormir de toute
la nuit. Vers deux heures du matin, il s’était levé, poursuivi par la pensée que
peut-être les orphelins n’avaient pas de pain pour la journée qui allait bientôt
commencer. Il leur en apportait donc une abondante provision. Juste après lui
arriva le laitier : « Monsieur Müller, une roue de mon char s’est cassée.
Prenez donc pour vous tout mon chargement de lait afin que je puisse rentrer
plus facilement chez moi pour faire la réparation nécessaire ». Une prière de
reconnaissance monta vers Dieu pour ce secours merveilleux arrivé tout juste
au moment opportun. Pendant plusieurs années, George Müller conserva
l’affirmation ‘Il se soucie de vous’ comme devise sur son bureau. Commentant
le verset 6 du psaume 42, il écrivit notamment ces lignes : « ... Il n’y a jamais
un moment où nous ne puissions plus espérer en Dieu. Quelles que soient
nos nécessités, si grandes que soient nos difficultés, et quoique, selon toute
apparence, la délivrance soit impossible, cependant, notre affaire est d’espérer
en Dieu. Et nous découvrirons que ce n’est pas en vain ; le secours viendra
au moment du Seigneur. Oh ! les centaines, oui les milliers de fois que j’en ai
fait l’expérience pendant les dernières soixante-dix années et quatre mois !
Quand il paraissait impossible qu’aucun secours ne pût m’atteindre, la
délivrance venait, car Dieu a ses propres ressources et ces ressources se
chiffrent par centaines de milliers. Il n’est pas limité à ceci ou à cela, ou à
vingt choses ; de dix mille différentes manières, Dieu peut nous venir en
aide... »

Li, le croyant chinois. Comme, en hébreu, les consonnes des mots ‘corbeaux’ et
‘arabes’ sont identiques au pluriel, quelques commentateurs ne pouvant
accepter le caractère miraculeux du récit biblique se sont crus autorisés à
substituer les Arabes aux corbeaux comme nourriciers du prophète. L’autorité
des anciennes versions ne permet pas cette substitution et un auteur a fait cette
remarque pleine de bon sens : « Si des hommes avaient apporté du pain et de
la viande au prophète, ils lui auraient aussi fourni de l’eau quand le torrent de
Kerith fut desséché ». L’explication rationaliste du texte indigna fortement
un croyant chinois nommé Li qui avait expérimenté le secours miraculeux du
Dieu fidèle et puissant à maintes reprises. Plusieurs missionnaires ont confirmé
le fait que voici : Li avait ouvert une maison d’accueil pour fumeurs
d’opium. Un jour il se retrouva sans aucune ressource, plus personne ne
venant se faire soigner à l’asile. Le vieillard se mit à genoux, et animé d’une
foi toute simple, demanda à Dieu de lui envoyer de quoi se nourrir à cause de
Son nom. Pendant qu’il priait, des bruits de croassements et de battements
d’ailes se firent entendre dans la cour. Il se leva donc et sortit juste à temps
pour voir un morceau de viande tomber à ses pieds tandis que des vautours et
des corbeaux excités volaient au-dessus de lui. En se retournant, il vit un grand
morceau de pain perdu par un autre de ces oiseaux devenus pour un moment les
intendants du Dieu vivant.

Le corbeau de Dieu au secours de la veuve en détresse. L’histoire suivante


s’est passée aux Indes ; un médecin missionnaire et son aide se rendaient dans
un village pour y rouvrir un dispensaire fermé depuis quelque temps déjà.
Nettoyage, remise en ordre, installations diverses, allaient bien remplir leur
journée. Après quelques heures de dur labeur, l’aide déballa le bon repas froid
dont ils allaient tous deux se régaler avant de se remettre au travail et rentra
un instant dans le dispensaire pour chercher la boisson. A ce moment précis
un grand corbeau s’abattit sur le beau morceau de viande apprêtée qui
constituait le plat de résistance et disparut aussi vite avec son butin. Trois
jours plus tard, une femme païenne vint voir le médecin et lui fit comprendre
son désir d’apprendre à connaître le Dieu des chrétiens. Elle expliqua
comment, trois jours plus tôt, alors qu’elle était dans une profonde détresse,
elle avait invoqué tous les dieux qu’elle connaissait, les suppliant d’intervenir
pour qu’elle et ses enfants aient quelque chose à manger. Après chaque prière,
elle avait attendu une réponse, mais rien ne s’était passé. En désespoir de
cause, elle s’était finalement adressée au Dieu des chrétiens dont on ne lui
avait pourtant dit que du mal. Alors qu’elle suppliait ce Dieu inconnu, un
oiseau laissa tomber près d’elle un gros morceau de viande prêt à être
consommé. Emerveillée par cette délivrance inattendue, elle n’avait plus
qu’un seul désir : connaître et servir ce Dieu vivant auquel même les oiseaux
obéissent. Quel encouragement pour le missionnaire qui pensa aussitôt aux
corbeaux du prophète Elie. Une nouvelle porte venait de s’ouvrir pour la
proclamation de l’Evangile.

Des poules, un cochon et une araignée en service commandé. C’était


dans les années soixante-dix, en Bretagne. Nous nous préparions à
recevoir une équipe de jeunes dans le cadre d’un effort d’évangélisation. Il
fallait prévoir une nourriture abondante pour satisfaire, jour après jour, les
appétits aiguisés par les nombreux kilomètres parcourus à pied de village en
village. Dieu avait prévu de nous donner un sérieux coup de main, à sa
manière : juste avant l’arrivée des équipiers, un membre de l’église vint nous
annoncer qu’un porc de son élevage venait de mourir subitement d’une crise
cardiaque et qu’il se faisait un plaisir de nous offrir la viande en vue de cet
effort. Au même moment, les poules de notre voisin se mirent à perdre le sens
de l’orientation et, rompant pour la première fois avec leurs anciennes
habitudes, vinrent pondre leurs œufs dans notre garage... Le voisin prit la
nouvelle du bon côté et nous offrit, avec le sourire, les cadeaux de ses chères
cocottes égarées. Là où d’autres n’auraient vu qu’un double hasard, nous
étions les spectateurs amusés et émerveillés de l’intervention évidente d’un
Dieu fidèle qui commande même aux porcs et aux poules !

Ce sont d’ailleurs aussi des poules qui empêchèrent Merlin, un ami de


l’amiral de Coligny, de mourir de faim pendant les terribles journées du
massacre de la Saint-Barthélemy, en août 1572. Ce protestant échappa à ses
persécuteurs en se cachant dans une grange, sous un tas de paille, et put survivre
en se nourrissant des œufs que ces chers gallinacés venaient y pondre chaque
jour.

Environ un siècle plus tard, en Angleterre, sous le règne de Charles II qui


persécuta les pasteurs refusant de se soumettre au système anglican de tendance
catholicisante, un fidèle serviteur de Dieu déjà chassé de sa paroisse apprit
qu’une troupe de cavaliers armés était en route pour l’arrêter. Pressé par le
temps, il courut se réfugier en toute hâte dans le four d’une vieille
dépendance de la ferme qui l’abritait. A peine était-il blotti au fond de sa
cachette qu’une grosse araignée commençait à tisser lestement sa toile dans
l’ouverture béante du four. Quand les soldats arrivèrent, ils virent le fin
rideau de soie, en déduisirent que le fugitif ne pouvait être passé par là et s’en
allèrent aussitôt poursuivre leur recherche plus loin. Un autre croyant
pourchassé, qui fut protégé de la même manière, résuma son aventure en ces
termes : « Quand Dieu est là, une toile d’araignée est un mur ; quand il n’y est
pas, un mur n’est qu’une toile d’araignée ».

Un tailleur, des mites et deux costumes. Madagascar, le 13 octobre 1986 ; ce


matin-là, penché sur ma Bible, je médite les belles paroles de Jésus : « Ne vous
inquiétez pas... pour votre corps de quoi vous serez vêtus... Cherchez plutôt le
royaume de Dieu ; et toutes ces choses vous seront données par-dessus » (Lc
12:22,31). Le téléphone sonne : c’est pour moi ! Au bout du fil se trouve un
ami qui suit fidèlement les conférences données dans un des grands temples
de Tananarive. Reconnu comme le ‘Pierre Cardin’ de Madagascar (c’est ce
qu’on m’a dit), son atelier de haute couture masculine s’ouvre sur une des rues
les plus animées de la capitale. Mon cœur bondit lorsqu’il m’annonce avec
simplicité que le Seigneur vient de le convaincre de me confectionner un
costume. Reconnaissant, je lui fais aussitôt part du sujet que je suis juste en
train de méditer : Luc 12:22 ! Une heure plus tard, je suis à ses côtés dans
l’atelier pour lui permettre de prendre mes mesures. Nous choisissons le tissu et
prenons rendez-vous pour le premier essayage. Dans la soirée, nouveau coup
de téléphone : c’est mon ami le tailleur, catastrophé ! « Le tissu est coupé, me
dit-il, prêt pour l’assemblage, mais nous venons de découvrir deux petits
trous faits par des mites, et au mauvais endroit ; c’est irrécupérable... ! Revenez
choisir un autre tissu. » Je passe sur les méandres savoureux de la suite de
l’histoire, mais le dénouement en est intéressant : je me suis finalement retrouvé
avec deux costumes neufs, l’un fait avec le tissu sans trou, question d’honneur
pour un artiste tailleur, et l’autre avec le fameux tissu troué par les mites. Mon
cher tailleur venait même de réaliser un prototype, transformant un échec en
succès et créant du même coup un nouveau style de veste, ma foi très réussi !
Ainsi, Dieu avait choisi de me prouver sa bienveillante fidélité aux promesses de
sa parole en utilisant un tailleur... et des mites pour m’habiller avec une
générosité sans pareil, à des milliers de kilomètres de chez moi, dans un beau
pays où règne, hélas, une grande pauvreté.

Non à la paresse et à l’inquiétude. Toutefois, il n’est pas inutile de préciser


ici que ces quelques illustrations tout comme l’exhortation de Luc 12:22 à 31,
ne doivent en aucun cas être interprétées comme une incitation à la paresse.
L’expérience d’Elie nourri miraculeusement par des corbeaux et des anges est
de caractère exceptionnel et intervient dans des situations et des temps
exceptionnels. Dieu ne nous invite nulle part à cultiver une folle insouciance
comme la cigale d’une célèbre fable de La Fontaine. La Bible nous exhorte au
contraire à travailler consciencieusement (Ep 4:28 ; 2 Th 3:10) en comptant à
fond sur le Seigneur et en étant préoccupés de faire sa volonté avant tout (1
Co 10:31). Lorsque dans son enseignement, Jésus soulignait que Dieu nourrit
les oiseaux, il savait bien que les corbeaux, qu’il cite d’ailleurs, comme tous
les autres oiseaux travaillent à chercher la nourriture que le Créateur met à
leur disposition dans la nature. Ils collaborent donc étroitement avec Celui
qui est parfaitement capable de prendre soin de chacun d’eux comme de
l’ensemble de sa création. « Dieu n’a que faire des goinfres et des paresseux
qui se fichent de tout et n’entreprennent rien ; ils agissent comme s’il suffisait
de s’asseoir et d’attendre que Dieu leur fasse tomber dans la bouche une oie
toute cuite » (Luther)13. Par contre, Dieu nous ordonne de refuser l’inquiétude
corrosive et les soucis rongeurs « qui sont comme une chaise à bascule : ils
nous gardent occupés mais ils ne nous font pas avancer ». Le célèbre
humoriste américain Mark Twain a conseillé d’agir ainsi : « Expulsez tous
soucis de vos pensées. Tirez-les par les oreilles, par les talons ou de
n’importe quelle autre façon. C’est ce qu’un organisme peut faire de plus
sain ». Je propose de joindre à cette attitude volontaire et énergique une vie de
prière régulièrement nourrie des nombreuses promesses de Dieu contenues
dans sa Parole, et assaisonnée d’abondantes actions de grâces (Ph 4:6).

Septembre 1988 ; Daniel, un ami de longue date, est assis dans son
appartement parisien, au dernier étage d’un grand immeuble.
Profondément découragé après une chute dans sa marche avec le Seigneur, il
s’apprête à écouter la première d’une série de six cassettes consacrées au sujet
de ce livre. A ce moment précis, il remarque, juste devant sa fenêtre et sur
un proche balcon, un corbeau sur le point de s’envoler. L’image se fixe
curieusement dans son esprit, et il en comprend la raison un peu plus tard,
pendant l’écoute de la cassette, au moment où j’évoque les corbeaux
d’Elie : mon ami accablé saisit le message et reprend alors courage,
stimulé par ce clin d’œil bienveillant de son Dieu qui vient de lui rappeler
à sa manière qu’il est miséricordieux et compatissant, lent à la colère,
riche en bonté et en fidélité (Ex 34:6).

Le Dieu fidèle est un bon pédagogue. Peut-être Elie ne le savait-il pas,


mais les corbeaux, aussi désagréables et répugnants soient-ils par certains
côtés, ont une qualité hélas de plus en plus rare aujourd’hui, dans le
monde des humains. Leur vie de couple se caractérise par une fidélité
remarquable l’un envers l’autre ! Michel Ballais, auteur d’un excellent
article sur ces oiseaux, souligne l’intelligence de cet « athlète de l’espace,
plein d’astuce, joueur infatigable, explorateur insatiable, époux fidèle, parent
attentif ». Il écrit : « Leur attachement et leur fidélité l’un à l’autre sont
exemplaires : les couples surmontent ensemble les problèmes quotidiens,
cherchent ensemble leur nourriture, éduquent ensemble leur progéniture,
jouent ensemble, affrontent ensemble l’ennemi... » Le choix de Dieu était
donc intentionnel à tous égards ! Prouver avec force à Elie, dans les
circonstances difficiles qu’il traversait, sa fidélité parfaite envers lui, tel
était le but poursuivi par l’Eternel, le Dieu vivant.

« Seigneur Eternel, voici, tu as fait les cieux et la terre par ta grande


puissance et par ton bras étendu : RIEN N’EST ÉTONNANT DE TA
PART » (Jr 32:17).

Rendons hommage à la

FIDÉLITÉ du grand Dieu souverain :


FIDÉLITÉ pour chaque instant d’hier,
FIDÉLITÉ pour ce jour, pour demain,
FIDÉLITÉ d’un si merveilleux Père.

EBEN-EZER ! Telle est notre expérience ;


De jour en jour, oui nous l’avons vécu !
En jours de joie comme en jours de souffrance,
OUI, JUSQU’ICI DIEU NOUS A SECOURUS !
YAHVE-JIRE ! Voilà notre assurance
Pour tous les jours où Il nous conduira.
Dieu est puissant, faisons-lui confiance,
JUSQU’A LA FIN, L’ÉTERNEL POURVOIRA !

M.D.
Chapitre 3 : La fidélité mise à l’épreuve

UN ’MAIS’ ENIGMATIQUE DE DIEU14


« MAIS au bout d’un certain temps le torrent fut à sec »
(1 R 17:7)

Tout s’est bien passé pour Elie jusqu’à l’apparition de ce ‘MAIS’,


d’abord insignifiant, puis de plus en plus perceptible, envahissant et
menaçant dans le paysage offert au regard du prophète. Car, au cœur de ce
tableau sauvage, il y avait le torrent et son bruit continuel et rassurant
montant du fond de sa gorge, de jour comme de nuit. Certes, l’arrivée des
corbeaux chargés de leurs emplettes, matin et soir, était un moment de fête,
fort impatiemment attendu, une parenthèse bienvenue dans le déroulement
monotone du temps. Mais le torrent occupait une place de choix dans le
cœur de l’homme de Dieu, car plus que toute autre chose, il signifiait la vie
qui attire la vie, le mouvement incessant, et surtout une précieuse sécurité
dans cette région devenue désertique, inhospitalière. N’est-ce pas l’eau qui
rend la vie possible sur la terre ? N’est-elle pas absolument vitale pour
l’homme et merveilleusement adaptée à tous ses besoins physiques ? Antoine
de Saint-Exupéry, qui faillit mourir de soif après un atterrissage forcé dans le
désert en 1935, écrivit ensuite une page bouleversante, aux accents quasi
mystiques, sur l’eau : « Eau, tu n’as ni goût, ni couleur, ni arôme, on ne peut
pas te définir, on te goûte sans te connaître. Tu n’es pas nécessaire à la vie : tu
es la vie. Tu nous pénètres d’un plaisir qui ne s’explique point par les sens.
Avec toi rentrent en nous tous les pouvoirs auxquels nous avions renoncé. Par
ta grâce, s’ouvrent en nous toutes les sources taries de notre cœur. Tu es la
plus grande richesse qui soit au monde, et tu es aussi la plus délicate... tu
répands en nous un bonheur infiniment simple »15. D’après ce que j’ai lu, pour
un touareg, le plus grand péché consiste à savoir où il y a de l’eau dans le
désert et à le cacher au voyageur perdu dans les sables inhospitaliers de
l’immensité saharienne.

L’EAU
Elle est d’ailleurs la ressource naturelle qui revient le plus souvent dans la
Bible où elle est citée au moins deux cents fois (en incluant toutes les
expressions composées : torrents d’eau, sources d’eau, etc.), sans compter la
cinquantaine de mentions de la pluie. Présente dès les premières lignes, l’eau
coule, jaillit, arrose, remplit, nettoie, désaltère... jusqu’à l’ultime page du
Livre. « Un fleuve sortait d’Eden pour arroser le jardin, et de là il se divisait
en quatre bras » (Gn 2:10). « Il boit au torrent pendant la marche : c’est
pourquoi il relève la tête » (Ps 110:7). « Tout vivra partout où parviendra le
torrent » (Ez 47:9)... L’absence d’eau avec son cortège de malheurs est une
terrible calamité décrite en termes bouleversants par les prophètes,
lorsqu’ils évoquent cette expression du jugement de Dieu cherchant à
ramener vers lui son peuple égaré (Jr 3:2-3 ; 14:14 ; Am 4:7-8 ; etc.). Le
discours prophétique de Joël est encadré et dominé par deux précisions riches
de signification pour le présent et l’avenir d’Israël : « les torrents sont à
sec » (1:20) et « il y aura de l’eau dans tous les torrents de Juda » (3:18).
Quand Dieu enverra de nouveau la pluie en son temps, annonce le prophète
Ezéchiel, ce sera une pluie de bénédiction ressuscitant les arbres et les champs
(Ez 34:26-27). L’Eternel se présente lui-même comme ‘la source d’eau vive’
trop souvent abandonnée par les enfants d’Israël lui préférant les citernes
crevassées de l’idolâtrie et des alliances coupables (Jr 2:13,18). A l’aube de la
Nouvelle Alliance, Jésus utilise l’eau du puits de Jacob tout comme celle de
la source de Siloé pour aiguiser la soif spirituelle de ses contemporains. Il
promet à ceux qui croiront en lui une eau plus vitale et plus précieuse encore,
‘l’eau de la vie’ inépuisable, débordante et parfaitement désaltérante, le plus
beau des cadeaux, offert par Dieu à tous les hommes : la vie éternelle
répandue abondamment dans les cœurs par le Saint-Esprit (Jn 4:14 ; 7:37-
39). Enfin, la Bible se referme sur une chaude invitation adressée à tous les
assoiffés de la terre : « Que celui qui a soif vienne ; que celui qui veut prenne
de l’eau de la vie, gratuitement » (Ap 22:17).

Pour Elie, le torrent était donc, par excellence, le rappel constant de la


sollicitude de Dieu prenant soin de la vie même de son serviteur. Par son côté
extraordinaire et exceptionnel, le miracle du ‘pont aérien’ faisait peut-être
briller la fidélité de Dieu d’un éclat plus transcendant, mais celui du torrent de
Kerith, tout en pouvant apparaître plus ordinaire, soulignait bien davantage
le caractère vital et continuel, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, de cette
même fidélité de Dieu. La conjugaison de ces deux ‘miracles-dons’ se
complétant si parfaitement devait plonger Elie dans une profonde adoration !

COMBAT INTERIEUR
Aussi, mettons-nous à la place de cet homme tout à fait semblable à nous
lorsqu’il découvre, peut-être un matin au sortir de sa grotte, qu’il y a
quelque chose d’anormal dans l’air : le bruit du torrent n’est plus tout à fait
le même... Puisque le récit, dans sa sobriété, ne nous livre pas les divers états
d’âme du prophète, faisons comme si nous y étions et, sans laisser pour autant à
notre imagination la bride sur le cou, tentons de répondre à cette simple
question : Que se serait-il passé en moi et comment aurais-je réagi si, un jour,
j’avais constaté que l’eau du torrent commençait réellement à baisser ? Ma
gorge se serait nouée, mon cœur se serait mis à battre plus vite et plus fort,
et les questions n’auraient pas tardé à se bousculer dans ma tête.
- Inquiet, j’aurais interrogé Dieu : « Quel est mon péché ?... en quoi ai-je
bien pu t’offenser ? »... ou encore, en transposant afin de mieux
personnaliser et actualiser l’évènement : « Qu’ai-je donc bien pu faire
contre toi pour que ‘ma coupe cesse de déborder’ ? Pourquoi suis-je ainsi
frappé dans ma santé ? D’où viennent ces difficultés financières... et cette
menace qui se précise sur mon emploi ? » etc. Désirant vivement voir le niveau
du torrent remonter, j’aurais trouvé une ou deux fautes à confesser, je serais
peut-être allé me réconcilier avec un frère... Puis, après avoir saisi par la foi
les promesses divines de pardon (1 Jn 1:5-10), j’aurais aussitôt pensé :
« Puisque j’ai fait tout ce qui était nécessaire, le niveau du torrent doit être en
train de remonter ! ». Sûr de la justesse de mon raisonnement et dans les
transports de cette heureuse certitude, je me serais précipité sur le sentier
menant au bord de l’eau. Imaginez mon désappointement en constatant, bien
au contraire, une aggravation de la situation : lentement mais sûrement, le
niveau du torrent continuait à baisser ! En un instant, mon équation logique
et facile venait de voler en éclats. « Comment est-ce possible ? J’aime pourtant
le Seigneur de tout mon cœur ! N’ai-je pas fait tout ce qu’il me demandait ?
N’ai-je pas obéi à la voix du Saint-Esprit ? »
- Troublé, je me serais enfoncé dans les sables mouvants d’une introspection
morbide ; Acceptant les suggestions fétides du Menteur et de l’Accusateur,
j’aurais ployé sous le fardeau de la fausse culpabilité. J’aurais sondé ma
conscience jusque dans ses moindres coins et recoins pour débusquer à tout
prix le trouble-fête, scrutant et analysant, fouillant et creusant, triant et
tamisant... jusqu’à en perdre le sommeil. Les remarques et conseils pourtant
bien intentionnés d’autres croyants consultés à ce stade auraient peut-être
encore accru mon malaise intérieur : « Sois honnête !... ne cache rien !... si
tu étais droit de cœur !... tu manques de foi !... il y a certainement un interdit
quelque part dans ta vie ! etc. ». D’un autre côté, j’aurais sans doute taxé de
‘mondaines’, ‘pas assez spirituelles’, les réflexions bienveillantes d’amis mûrs
et expérimentés tentant de me faire comprendre que j’étais en train de me
laisser piéger et que le vrai remède à mon trouble grandissant était ailleurs.
- Suppliant, j’aurais crié à Dieu avec insistance, peut-être même jeûné, pour
qu’il intervienne enfin : (Elie n’était-il pas un homme de prière que l’Eternel
se plaisait à exaucer de manière extraordinaire ? - Jc 5:17-18) Mais, Dieu
semblant absolument sourd à ma requête, indifférent devant mon angoisse
grandissante, j’aurais commencé à douter sérieusement de sa fidélité : « Il
ne me répond plus, c’est donc qu’il m’a abandonné ! ». Suivant mon
tempérament naturel, je me serais alors enlisé dans les marécages du
découragement ou bien...
- ... Révolté, j’aurais eu recours au « système D » : Après avoir vertement
reproché à Dieu d’être un lâcheur et un ingrat, je lui aurais vomi à la face
mon regret d’avoir naïvement accepté d’entreprendre une aussi périlleuse
mission auprès d’Achab : « Obéissez ! ça vous retombera sur le nez ! C’est
comme ça, Seigneur, que tu récompenses mes services ! ». Affolé, j’aurais
recherché avec fébrilité toutes les ‘combines’ possibles pour me sortir de cette
impasse, essayant de bricoler une solution humaine à mon problème. Peut-
être même aurais-je tenu ce subtil langage qui excuse bien des actions pour le
moins douteuses : « Je ne peux pas faire autrement que d’être un petit
peu malhonnête ». Après un message consacré au torrent de Kerith, quelqu’un
me fit la réflexion suivante : « Moi, j’aurais été tenté de construire un
barrage pour retenir l’eau du torrent ».

Abraham et Sara n’ont-ils pas succombé à la tentation du coup de


pouce charnel après avoir attendu en vain pendant dix longues années
l’accomplissement de la promesse divine d’une descendance ? (Gn 12:2 ; 16:1-
16). Tout ce temps qui s’égrénait imperturbablement, sans que rien de concret
ne se passe pour apporter des preuves tangibles de la fidélité de Dieu à sa
promesse, voyait, bien au contraire, leurs forces décliner de jour en jour et
l’heure du grand départ s’approcher à pas rapides. N’était-ce pas là leur
‘torrent de Kerith’, plein jusqu’à ras bord dès l’instant de la promesse
initiale, et se vidant peu à peu de concert avec l’écoulement inéluctable du
temps ? L’impatience les guettait patiemment, minuscule ver prêt à
s’introduire subrepticement dans leur esprit fatigué pour y détruire cette
plante en pleine croissance mais encore fragile appelée confiance, fidélité,
dépendance, envers le Dieu de la promesse. Le moment opportun finit par
arriver... Sara craqua et Abraham avec elle ! Certes, la procédure utilisée
n’avait rien de bien choquant au regard des lois de l’époque... mais aux yeux
de Dieu il n’en était pas de même. Les conséquences de cet ingénieux
bricolage de l’impatience ont été fort désagréables pour le patriarche et se
sont perpétuées jusqu’à nos jours dans l’histoire de la nation d’Israël (Ga
4:22-23, 28-31). Le texte biblique met en évidence une période de treize
longues années, à partir de cette regrettable défaillance de la foi, pendant
laquelle il y eut comme un long et douloureux silence dans l’histoire de ce
couple : pas de rappel de la promesse, aucune nouvelle révélation sur la
personne et le caractère de Dieu, rien qui ait valu la peine d’être consigné
dans les Ecritures pour l’enrichissement des générations futures. Lorsqu’enfin
l’Eternel réapparut à son serviteur, il se révéla, à dessein, sous un nom
nouveau, El Shaddaï, se plaisant à souligner ainsi sa toute-puissance et sa
parfaite suffisance pour combler tous les besoins des siens, même dans les
circonstances les plus défavorables. Dieu voulait manifestement faire passer
un message en étroite relation avec le ‘système D’, comme ‘Débrouille’, mis
en œuvre treize ans plus tôt et qui avait abouti à la naissance d’Ismaël
(André Chouraqui voit en El Shaddaï le ‘Dieu de toutes les fécondités’) :
« N’essayez plus de vouloir à tout prix hâter l’accomplissement de ma
promesse par l’utilisation de moyens charnels. Inutile de vouloir m’aider
comme si j’avais des problèmes de puissance... Abraham ! fais-moi
entièrement confiance car je suis fidèle pour tenir mes promesses et ma
puissance est illimitée pour les accomplir. Surtout sois intègre, ne triche pas
avec le temps, marche en ma présence dans la vérité » (Gn 16:16 ; 17:1-2).
N’y a-t-il pas aussi, dans le sillage de notre cheminement de la foi, des
‘Ismaël’ de l’effort charnel, douloureux résultats de nos tristes combines,
lorsque nous n’avons ni compris ni supporté patiemment les ‘MAIS’
énigmatiques placés à dessein par Dieu sur notre route ?
FAIRE SES PREUVES
Peut-être Elie a-t-il été tenté de réagir ainsi, mais il ne l’a pas fait ! Et
c’est quand le torrent fut complètement à sec que Dieu intervint pour
révéler le pas suivant à son serviteur. Il fallait, pour le bien d’Elie comme
pour le nôtre, que sa fidélité soit mise à l’épreuve afin de ne pas cesser de
croître en pureté et en intensité. En nous souvenant des relations d’étroite
complémentarité entre la foi et la fidélité, soyons attentifs à la sage remarque
de cet homme de Dieu fidèle que fut George Müller : « Dieu prend plaisir à
augmenter la foi de ses enfants. Au lieu de vouloir nous épargner l’épreuve
et l’exercice de patience avant la victoire, soyons prêts à les accepter de la
main de Dieu comme des moyens nécessaires. Je le dis délibérément : les
épreuves, les obstacles, les difficultés et quelquefois même les défaites, ne font
que nourrir la foi ». C’est ce qu’affirme Jacques dès les premières lignes de sa
lettre aux exhortations si pratiques lorsqu’il écrit que la mise à l’épreuve
(dokimion = le test) de la foi produit l’endurance (Jc 1:3). S’adressant aux
membres de l’Eglise de Jésus-Christ à Rome, l’apôtre Paul les encourage
dans leurs combats présents et en vue de ceux encore à venir en soulignant
que « la détresse produit la persévérance, la persévérance une fidélité
éprouvée... » (dokimè = ici, la qualité de quelqu’un ou de quelque chose
qui a été testé et qui a résisté à l’épreuve, Rm 5:3-4). Dans la conclusion de
son épître, il salue un grand nombre de croyants parmi lesquels figure
Apellès « qui a fait ses preuves en Christ » (dokimos ; litt.: l’approuvé en
Christ, 16:10). Ce croyant avait donc été testé, certainement au travers des
circonstances difficiles de la vie, sans doute aussi dans l’exercice de ses
dons et des responsabilités qui lui avaient été confiées, et avait maintenu le
bon cap, subissant l’examen avec succès et se montrant ferme dans sa
marche avec Christ. Plus tard, dans sa lettre affectueuse aux Philippiens,
dont la fidélité envers lui n’avait jamais faibli depuis les heures difficiles de
la fondation de leur église, Paul leur parle de son cher Timothée, qu’il
espère leur envoyer, en ces termes : « Vous connaissez sa fidélité éprouvée
; comme un enfant auprès de son père, il s’est consacré avec moi au
service de l’Evangile » (Ph 2:22). Au côté de son aîné dans la foi et
partageant ses nombreux combats, Timothée avait été intelligemment mis
à l’épreuve, testé, mesuré, acquérant ainsi, au fil des ‘examens de passage’,
un peu plus de maturité, de stabilité, de solidité, de profondeur,
d’endurance..., qualités parmi les plus nécessaires pour le service que Dieu
lui réservait. Peu à peu, il était devenu un homme fiable, ayant fait ses
preuves sur le terrain. Paul pouvait le présenter sans hésitation comme
son enfant bien-aimé et fidèle dans le Seigneur (1 Co 4:17) et le charger de
missions difficiles dans le bon combat de la foi. Dans son testament spirituel,
peu avant sa mort, il l’exhorte une dernière fois à persévérer dans cette
attitude, en « s’efforçant de se présenter devant Dieu en homme qui a fait
ses preuves » (2 Tm 2:15).

La mise à l’épreuve de la foi, et donc de la fidélité, est une dimension


essentielle dans la formation et la croissance de l’homme de Dieu. Elle
n’est ni accessoire et facultative, ni un luxe réservé à une élite spirituelle !
Incontournable, elle concerne chaque disciple de Jésus-Christ, trouvant un
champ d’application particulier dans l’église locale où elle s’avère d’une
importance capitale pour celui qui aspire à la charge d’ancien ou de diacre.
En effet, « il ne faut pas que l’évêque (= l’ancien) soit un nouveau converti,
de peur qu’enflé d’orgueil il ne tombe sous le jugement du diable » (1 Tm
3:6). Quant aux diacres, « qu’on les mette d’abord à l’épreuve, et qu’ils
exercent ensuite leur ministère, s’ils sont sans reproche » (v. 10). Les
responsables d’une église doivent donc impérativement s’aligner sur la
pédagogie de Dieu en lui laissant le temps de faire séjourner ses enfants
dans les gorges profondes des torrents de Kerith. Ces tests différents pour
chacun d’entre eux, sont prévus par Dieu prévus pour la croissance de leur
foi, le mûrissement de leur fidélité, la transformation de leur mentalité...
Ainsi ils seront progressivement rendus capables d’accomplir les tâches
qu’Il leur confiera, au fil de leur progrès en maturité. Dieu ne brûle jamais
les étapes ! Nous sommes souvent trop pressés ! Dans un article intéressant
sur les qualités que devrait avoir le missionnaire de demain, David
Hesselgrave, ancien missionnaire au Japon, fait cette constatation : « Nous
avons tendance à présenter un défi à des candidats potentiels, tandis que
l’Eglise primitive envoyait en mission des ouvriers fidèles ». Coauteur de
deux livres remarquables établissant un parallèle entre notre corps et
l’Eglise, Corps de Christ, le Dr Paul Brand fait une observation similaire
dans le second lorsqu’il écrit : « J’ai pu remarquer une tendance à mettre au
premier plan des nouveaux convertis, comme on le fait pour des athlètes,
des hommes politiques, des acteurs, des reines de beauté. Souvent ces
nouvelles recrues, pleines d’enthousiasme, accaparent pour un temps
l’attention des médias. Et après avoir fait tous leurs efforts pour projeter
d’eux-mêmes l’image attendue - une image pas encore réelle - elles
abandonnent la foi avec un sentiment d’amertume et même de dégoût.
Quand cela arrive, je ne puis m’empêcher de penser à une maladie de la
peau, le psoriasis. Cette maladie est capable de changer l’aspect d’une
personne encore plus que la lèpre. Dans les cas graves, tout le corps est
recouvert de vilaines plaques rouges squameuses et écailleuses. Une seule
cause à ce mal : les cellules de la peau, qui normalement mettent trois semaines
pour migrer jusqu’à la surface, le font en quelques jours seulement, à un stade
encore immature et sans être équipées pour recevoir l’impact de la lumière,
des rayons ultraviolets, de la température et de l’atmosphère extérieure. Elles
meurent d’une mort rapide et affreuse, laissant les malheureuses victimes
couvertes de scarifications. N’y a-t-il pas là une leçon pour le monde
chrétien, impatient d’exposer aux feux de la publicité des célébrités
nouvellement converties, avant qu’une réelle maturité spirituelle se soit
manifestée ? »16 Cache-toi !... Lève-toi !... Présente-toi !... Chacun de ces
impératifs adressés à Elie s’inscrivait dans un programme divin bien précis
de formation et de service, et retentissait toujours au moment opportun,
dans le temps du Seigneur.

Le 21 mars 1941, le colonel Leclerc adressait une lettre aux officiers et aux
sous-officiers du Tchad ; en voici un court extrait : « Quel sera dans cette
guerre, qui a toutes les chances de devenir mondiale, celui qui gagnera ?
Sera-ce le combattant dit ‘très gonflé’... mais vite ‘dégonflé’ ? Non ! Ce sera
celui qui aura assez de forces morales et physiques pour tenir. Ce ne seront
pas les agités demandant tous les six mois à changer d’arme, de colonie, ou
d’unité qui nous aideront à gagner la guerre. Ils s’écrouleront au premier
échec. Ce seront les tempéraments solides et stables faisant toujours passer
l’intérêt général avant leur intérêt particulier »17. Tel est le genre de
combattants que notre ‘Généralissime’ travaille patiemment à former et à
tester dans le cadre de la guerre spirituelle où nous sommes engagés sous sa
suprême autorité : des bons soldats de Jésus-Christ, solides et stables,
constants et endurants, à la fidélité éprouvée. Pour être de ceux-là, il faut donc
que nous aussi, nous soyons affligés pour un peu de temps par diverses
épreuves, afin que notre foi éprouvée (ou : la valeur éprouvée de notre foi =
dokimion) - bien plus précieuse que l’or périssable, cependant éprouvé par le feu
- ait pour résultat la louange, la gloire et l’honneur, lorsque Jésus-Christ
apparaîtra (1 P 1:6-7).
L’EXEMPLE DU FILS DE DIEU
Le Seigneur Jésus-Christ a connu lui aussi, d’une manière toute
particulière, son ‘torrent de Kerith’. Sa parfaite fidélité a été spécialement
mise à l’épreuve tout au long de son ministère terrestre. « Au cours de sa vie
sur terre, Christ a fait monter vers Celui qui aurait pu le sauver de la mort,
des prières et des supplications. Dans une agonie de pleurs, il a jeté un
grand cri. A cause de son humble soumission à la volonté de Dieu, il a été
exaucé. Quoique Fils de Dieu, il a été obligé d’apprendre l’obéissance par
l’école de la souffrance. C’est ainsi qu’il atteignit le plus haut degré de la
perfection, et il est devenu, pour tous ceux qui lui obéissent, l’auteur d’un
salut éternel... » (Hé 5:7-9 ; A. Kuen). Avant son incarnation, le Christ
vivait, de toute éternité, dans une unité parfaite avec le Père. En venant dans
le monde, le Fils de Dieu est entré dans un tout nouveau champ
d’expériences, acceptant de se soumettre volontairement au Père sur la terre
afin d’accomplir jusque dans sa mort sur la croix Sa volonté parfaite.
« Compatir à la peine des hommes, ressentir la souffrance de son peuple,
souffrir avec l’humanité, ce sont bien là des réalités qui unissent Dieu et
l’homme. Mais il y manquait néanmoins quelque chose. Jusqu’à ce que Dieu
ait revêtu cet habit vulnérable de chair, avec ses cellules sensibles à la
douleur, en tous points semblables aux nôtres, il n’avait pas réellement fait
l’expérience de la souffrance. En envoyant son Fils sur la terre, Dieu a
appris à ressentir la souffrance de la façon dont nous la ressentons. Nous
avons besoin d’un Dieu qui non seulement connaît ce qui a trait à la
souffrance mais l’a partagée et est touché par notre propre souffrance. En
regardant Jésus, nous avons l’assurance d’avoir un tel Dieu. Il a pris sur lui
les limitations du temps, de l’espace, de la famille, de la souffrance et de la
peine » (P. Brand)18. Devant Lui se trouvait comme un grand escalier dont
chaque marche représentait de nouvelles souffrances à affronter, un nouveau
test d’obéissance et de fidélité à son Père, une nouvelle tentation plus violente
ou plus insidieuse, une nouvelle épreuve plus brûlante... ce qu’il n’avait jamais
connu avant l’incarnation. Chaque marche était plus douloureuse que la
précédente et avec elle augmentait la tentation de quitter la voie de
dépendance et d’obéissance absolues au Père, au fur et à mesure que
s’approchait la croix, visible là-haut tout au sommet de cet escalier. L’Ennemi
multipliait ses assauts de front et ses pièges perfides pour détruire la fidélité
sans faille du Fils bien-aimé, car chaque marche franchie victorieusement par
ce dernier rapprochait l’instant crucial de sa défaite absolue et définitive. De
marche en marche Jésus devait ‘hisser’ son obéissance déjà parfaite à un
nouveau degré de perfection. Tel était l’apprentissage de l’obéissance dans la
vie terrestre de notre Sauveur. Nous ne réussirons jamais à réaliser pleinement
tout ce qu’il en a coûté au Fils de Dieu d’emprunter un tel chemin, tout
nouveau pour lui, par amour pour nous. Comme un athlète du saut en
hauteur franchissant toujours victorieusement la barre au premier essai et
s’élevant ainsi de plus en plus haut sans jamais commettre une seule faute,
Jésus-Christ a gravi chaque marche parfaitement. Chaque nouvelle épreuve
s’est traduite en nouvelle obéissance parfaite, en soumission complète et sans
réserve, en fidélité sans condition au Père. Il s’est donc progressivement élevé
de perfection en perfection dans l’obéissance, jusqu’à l’obéissance suprême de
la croix. Parfaitement mûr à chaque étape, il a passé avec un complet succès
chaque nouveau test de maturité dans ce champ inconnu de la souffrance
humaine, connaissant finalement la maturité la plus pure et la plus élevée sur
la terre au moment où le péché de l’humanité tout entière allait tomber sur
Lui. Parfaitement fidèle jusqu’à la mort de la croix, Il a reçu du Père la
Couronne de Vie en passant par une glorieuse résurrection.

Quel grand encouragement pour moi de réaliser que mon Seigneur et


mon Dieu a accepté de faire ses preuves pendant sa vie sur la terre, devant
être « rendu, à tous égards, semblable à ses frères afin de devenir un grand
prêtre plein de bonté et digne de confiance (fidèle !) dans le domaine des
relations avec Dieu, en vue d’expier les péchés de son peuple. Car, puisqu’il a
lui-même été éprouvé dans ce qu’il a souffert, il peut secourir ceux qui sont
éprouvés » (Hé 2:17-18). Etant bien plus qu’un simple théoricien de l’épreuve,
il me comprend parfaitement au bord de mon torrent de Kerith ! Je peux
compter sur lui et lui faire entièrement confiance, car sa fidélité d’aujourd’hui
est exactement semblable à celle d’hier. « Jésus-Christ est le même hier,
aujourd’hui, et éternellement » (Hé 13:8). Alleluia !

Dans la suite de ce livre, nous dégagerons les cinq grandes leçons du


torrent de Kerith, pour être à même de mieux comprendre et accueillir ce
‘MAIS’ énigmatique d’un Dieu d’amour lorsqu’il se présente au détour du
sentier de notre foi, pour faire grandir et mûrir notre fidélité.
Chapitre 4 : L’épreuve du temps (1)
Les détours incompréhensibles

LE TEMPS : ‘CHARGÉ DE MISSION’ DU


SEIGNEUR
Celui aux yeux de qui « mille ans sont comme le jour d’hier quand il n’est
plus, et comme une veille de la nuit » (Ps 90:4), loin de gaspiller ou de
mépriser le temps, l’utilise à merveille pour accomplir ses glorieux desseins
dans la vie de ses enfants. Le temps nous apparaît comme un ‘chargé de
mission’ du Seigneur souvent bien difficile à cerner dans son activité au
service du Maître, pour notre bien. Il semble prendre un malin plaisir à nous
contrarier, passant trop vite quand nous souhaiterions qu’il dure et s’éternisant
lorsque nous aimerions le voir filer à toute allure. Véritable caméléon, il
change de personnalité en fonction des situations ; « Jacob servit sept années
pour Rachel. Elles furent à ses yeux comme quelques jours, parce qu’il
l’aimait » (Gn 29:20). « Ô temps, suspends ton vol ! Et vous, heures propices,
suspendez votre cours ! Laissez-nous savourer les rapides délices des plus
beaux de nos jours ! » écrivait le poète Lamartine. Par contre, évoquant les
jours d’isolement total qu’elle vécut dans l’enfer du camp de Ravensbrück en
1944, Corrie Ten Boom écrivait : « Le silence de la prison était oppressant.
Les heures ne s’écoulaient que lentement. Quelle différence avec les jours
d’autrefois... ». Le chanteur Jacques Brel exprimait à sa manière sa
perception du temps lorsqu’il disait : « Il y a deux sortes de temps ; il y a le
temps qui attend et le temps qui espère », le temps statique et le temps en
marche. Au début du XIXème siècle, des propriétaires d’usines créèrent une
horloge qui avançait plus ou moins vite suivant la cadence à laquelle les
ouvriers travaillaient !... de quoi compliquer encore un peu plus la
perception du temps qui passe. Toutefois, pour redorer quelque peu son
blason, si cela s’avérait nécessaire, voici une définition du temps offerte par
un graffiti découvert sur le mur d’un café : « Le temps est le moyen utilisé
par la nature pour empêcher que tout arrive en même temps ».
Dieu travaille avec le temps ! Soulignons-le comme une vérité absolument
certaine : Il a fixé à chaque peuple la durée de son existence (Ac 17:26). Il fixe
les temps et les moments des évènements, de sa propre autorité (Ac 1:7 ; dans
Ap 9:15, il est question de « quatre anges qui étaient prêts pour l’heure, le
jour, le mois et l’année »). Sara enfanta un fils à Abraham dans sa
vieillesse, au temps fixé dont Dieu lui avait parlé (Gn 21:2). C’est au temps
marqué que Jésus-Christ est mort sur la croix (Rm 5:6) : le moment choisi par
la miséricorde divine pour intervenir de manière décisive dans l’histoire de
l’humanité était parfaitement opportun. Dieu a déjà fixé un jour où il jugera
le monde entier en toute justice par ce même Jésus-Christ (Ac 17:31). Il donne
du temps pour se repentir (Ap 2:21). Mes heures, mes temps sont entre ses
mains (Ps 31:16)... Au bout d’un certain temps, quand le torrent fut à sec,
l’Eternel donna un nouvel ordre de marche à Elie.

Le Dieu fidèle est Maître absolu du temps ! Il intervient quand il le veut et


au meilleur moment, étant parfaitement sage et connaissant absolument toutes
choses. Au début de la guerre de Cent Ans, le roi de France, Philippe VI, fut
battu par Edouard III d’Angleterre à Crécy (1346). On raconte que le fils du roi
d’Angleterre, surnommé le Prince Noir, dirigeait une division, son père se
tenant à l’arrière prêt à intervenir avec un régiment de soldats, si nécessaire.
Bientôt le prince se crut en danger et envoya un message pour demander de
l’aide. Mais le roi ne se porta pas à son secours. Il envoya alors un second
message dans lequel il se faisait plus pressant et exigeait une assistance
immédiate. Son père lui fit alors transmettre cette réponse : « Allez dire à mon
fils que je ne suis pas un commandant sans expérience pour ne pas savoir quand
il est nécessaire d’envoyer un renfort, ni un père assez insouciant pour ne pas
l’envoyer »19. Reconnaissons, nous l’avons déjà souligné, que nous sommes
souvent trop pressés et impatients. Nous n’aimons pas ces situations
inconfortables et insécurisantes dans lesquelles nous ne comprenons plus rien
à la stratégie de notre Dieu et où il nous faut attendre, en position difficile,
sans en connaître la raison. L’expérience du torrent de Kerith se trouve dans
la Bible pour nous apprendre à régler nos montres sur l’heure de Dieu. « ...
Dans la merveilleuse providence de Dieu... chaque maillon de la chaîne
s’ajuste à sa place avec la précision la plus délicate. Rien ne vient une minute
trop tôt. Rien ne traîne... Parmi les étoiles il n’est aucun mouvement laissé au
hasard. Les hommes calculent les passages, les éclipses, les conjonctions un
millier d’années à l’avance et savent à la plus petite fraction de seconde près
que leurs calculs se vérifieront. Le soleil ne se lève jamais en retard. Aucune
étoile ne se couche trop tôt. De même, en ce qui concerne la providence, tout
arrive en temps utile. L’horloge de Dieu ne retarde jamais d’une seconde »
(J.R. Miller)20. N’essayons pas de devancer le temps de Dieu, d’accélérer
l’éclosion du bouton de sa promesse ou « de tirer sur la tige pour que ça
pousse plus vite ». Quelqu’un a dit : « Laissez à Dieu le temps, et même au
moment où le couteau fendra l’air, vous verrez le bélier dans le buisson.
Laissez-lui le temps, et même si les armées de Pharaon sont sur les talons
d’Israël, vous verrez tout à coup s’ouvrir un sentier au travers de la mer.
Laissez-lui le temps, et lorsque le lit du torrent sera asséché, Elie entendra la
voix de Dieu, qui le dirigera ».

La Bible, en effet, nous raconte souvent les interventions in extremis de


Dieu, ses réponses à la dernière seconde dans les situations les plus
désespérées, et nous les présente comme autant de tests de la patience et de
la dépendance de la foi, des examens de passage dans l’école de la fidélité. Il
arrive même que l’épreuve aille plus loin encore et que le ‘mur du temps’, tel
que nous le concevons et le percevons, soit franchi (que le torrent soit
complètement à sec) avant que Dieu n’intervienne souverainement d’une
manière ou d’une autre. Cet épisode de l’histoire d’Elie en est une
illustration.

DE LA MER ROUGE À JÉRICHO


L’histoire du peuple d’Israël à sa sortie d’Egypte nous offre un exemple
éloquent et riche d’enseignements sur la manière dont le Maître du temps
utilise cette dimension comme ‘centre d’apprentissage’ de la fidélité dans la vie
de ses enfants. A peine sorti de la fournaise, ce peuple d’esclaves tout juste
affranchis par l’Eternel dans la nuit de la Pâque est talonné par ses bourreaux
d’hier. C’est l’affolement général ! La situation est sans issue ! Deux à trois
millions de personnes angoissées et révoltées sont dans l’impasse absolue,
enfermés entre la mer et l’ennemi qui fond sur eux à la vitesse de ses chars de
guerre. Il n’y a plus d’espoir, plus de solution, plus de temps, plus de
courage... Rien ni personne ne peut empêcher le désastre imminent ! Alors,
Dieu intervient in extremis, ouvrant un glorieux chemin de salut dans la mer
et semant le désordre dans les rangs égyptiens (Ex 14). Plus tard, évoquant
la bonté et la fidélité de Dieu en contraste avec l’infidélité d’Israël, le
psalmiste dira : « Ils furent rebelles près de la mer, près de la mer rouge.
MAIS il les sauva à cause de son nom, pour manifester sa puissance » (Ps
106:78). Or, il se trouve que ce glorieux ‘MAIS’ de la délivrance in extremis
est la première conséquence d’un de ces ‘MAIS’ énigmatiques dont Dieu a le
secret, aussi riche en leçons que celui du torrent de Kerith : le ‘MAIS’ des
détours incompréhensibles et des pertes de temps apparemment inutiles !
« MAIS Dieu fit faire au peuple un détour par le chemin du désert, vers la
mer Rouge... Qu’ils se détournent... » (Ex 13:18 ; 14:2). C’était donc l’Eternel
lui-même qui avait mis son peuple dans cette situation désespérée pour faire
éclater sa gloire parmi les Egyptiens (14:4, 17-18) et pour faire croître et
fortifier la confiance et la fidélité d’Israël envers son Dieu (14:31) ! Une telle
affirmation demande à être soigneusement développée car elle contient de
nombreux enseignements fort utiles pour notre marche quotidienne avec
Dieu.
Imaginez la réaction d’un certain nombre d’enfants d’Israël lorsqu’ils se
rendirent compte que Moïse ne suivait pas la bonne route, la plus directe, pour
rejoindre le pays où coulaient le lait et le miel. Depuis des siècles, ils
attendaient l’accomplissement de la promesse de l’Eternel à Abraham (Gn 12:7
; 15:13-16) concernant la possession de la terre de Canaan. Maintenant qu’ils
étaient si près d’y entrer, une affaire de quelques semaines tout au plus, ils
prenaient la mauvaise direction. J’entends d’ici les palabres, les contestations
à n’en plus finir, les ‘cartes routières’ brandies nerveusement sous le nez du
grand chef et, au milieu de toute cette agitation, Moïse, le serviteur fidèle dans
toute la maison de Dieu (Hé 3:5) montrant simplement du doigt la nuée et
poursuivant imperturbablement la route indiquée par son Seigneur. Car ce
conducteur avait appris, par un interminable détour de quarante ans au
désert, derrière les troupeaux de Jéthro, son beau-père, que les voies de
Dieu sont parfaites (Ps 18:31) même lorsqu’elles sont incompréhensibles au
départ (Rm 11:33). Peut-être Moïse montrait-il aussi du doigt le cercueil
contenant la momie de Joseph (Ex 13:19) pour souligner la confiance
inébranlable de ce patriarche qui jadis avait cru dur comme fer que la
promesse de Dieu s’accomplirait à la lettre, même s’il fallait beaucoup de
temps et d’immenses détours avant l’entrée dans le pays promis (Gn 50:25-
26). L’automobiliste n’aime pas les déviations imprévues qui modifient son
itinéraire, le font naviguer à vue sur des petites routes sinueuses de campagne
menant on ne sait trop où, et lui font perdre un temps précieux. Vers la fin de
son long pèlerinage au désert, Israël trouva de nouveau sur sa route un
panneau ‘déviation’ placé par ses frères, les descendants d’Esaü, lorsqu’il
lui fut interdit d’emprunter la route royale et qu’il dut contourner le pays
d’Edom. Devant ce nouveau détour si près du but, le peuple s’impatienta,
perdit courage et s’en prit violemment à Dieu et à Moïse (Nb 20:14-22 ;
21:4-9), ce qui lui valut la terrible plaie des serpents brûlants.

Considérons les raisons immédiates et à plus long terme de ce ‘MAIS’


énigmatique du détour d’Israël par le chemin du désert, vers la mer Rouge :

1. L’immaturité d’Israël, tout juste affranchi de la servitude en Egypte,


incapable de supporter le choc avec les soldats philistins très aguerris,
avancés en technique guerrière. Or, la route la plus directe traversait leur
pays (Ex 13:17). Plus tard, Dieu mettra d’autres ‘ralentisseurs’ destinés
à empêcher une conquête trop rapide de la terre promise et à sauvegarder
son peuple (Ex 23:29-30 ; Dt 7:22).
Les petites souffrances des détours et des lenteurs incompréhensibles
valent mieux que les grandes souffrances des défaites inutiles contre un
ennemi encore trop fort pour nous.

2. La nécessité d’un temps d’éducation, de formation de base


permettant ensuite à Israël de vivre à la hauteur de sa noble vocation :
être un royaume de sacrificateurs, une nation sainte, la lumière de
l’Eternel auprès de tous les peuples de la terre (Ex 19:6 ; Es 60:3).
Dieu veut faire de ces Israélites indépendants et indisciplinés, si
longtemps abandonnés à eux-mêmes, une nation obéissante, ordonnée,
maniable, disponible, confiante et fidèle, capable de se battre et d’être
victorieuse dans ses conquêtes. L’année du détour servira à briser
l’esprit d’autonomie, la volonté propre et la confiance en soi. Les
épreuves et les interventions divines au désert seront autant de tests
d’obéissance, de mise à l’épreuve de la confiance en l’Eternel (Ex 15:25-
26 ; 16:4 ; Dt 8:2-3). Il faudra absolument apprendre à suivre la nuée
sans rouspéter, car Dieu veut être obéi ‘au doigt et à l’œil’ (Ex 13:20-22
; Nb 9:15-23). Pendant de longs mois, les miracles variés de l’Eternel
serviront à démontrer sa merveilleuse beauté dans son caractère et dans
ses œuvres : sollicitude de son amour, sainteté, patience, puissance,
fidélité, sagesse, sécurité parfaite, fiabilité absolue, etc… Le détour
passera obligatoirement par le Sinaï, école biblique incontournable pour
recevoir et apprendre la Loi de Dieu qui imprégnera et réglera chaque
heure de la vie. Au pied de la montagne tremblant avec violence, toute
en fumée et embrasée par le feu, la vision de la sainteté de Dieu
s’imprimera profondément dans les cœurs. Le tabernacle et les sacrifices
enseigneront de manière très suggestive la gravité du péché et le chemin
de la grâce, du pardon et de la communion avec Dieu et avec le
prochain au moyen du sang versé.
Les petites souffrances des détours et des lenteurs incompréhensibles
valent mieux que les grandes souffrances résultant de l’immaturité
spirituelle. Voulant illustrer l’importance de la patience dans l’acquisition
de la maturité, un théologien parla d’un étudiant qui avait demandé au
directeur de l’école biblique dans laquelle il voulait étudier s’il pouvait
choisir un cours moins long que celui qui était inscrit au programme. « Oui,
répondit le directeur, mais cela dépend de ce que vous voulez devenir. Quand
Dieu veut faire un chêne, il a besoin de cent ans, mais quand il veut faire une
courge, six mois lui suffisent ». Cette réponse lui était inspirée par le bon
sens, mais aussi très certainement par James O. Fraser (1886-1938), qui fut
missionnaire dans les montagnes du Yunnan, au sud-ouest de la Chine. Cet
homme de prière, évoquant la croissance de la courge et du chêne, écrivait
notamment ceci : « Préparation, attente et croissance sont des caractéristiques
de l’action de Dieu tant dans l’histoire que dans la nature. La Bible et les
choses de la nature convergent quand Jacques nous exhorte à la patience en
disant : ‘Le laboureur attend le précieux fruit de la terre, plein de patience à
son égard’. Le même principe s’applique à notre vie spirituelle, ainsi qu’à notre
travail dans le Seigneur. Un chrétien n’atteint pas la maturité en un jour, en un
mois, ni même en une année... Nous devons plonger profondément nos racines
dans le sol de la Parole et nous fortifier par une très longue expérience. Ce
processus est lent, et il est normal qu’il le soit : Dieu ne veut pas que nous
soyons des champignons spirituels... »21.

Dieu ne voit pas les choses du même œil que nous : il sait de quoi demain
sera fait ; certains détours, certaines attentes éprouvantes, certains contretemps
sont nécessaires même si nous ne les comprenons pas aujourd’hui. Le Seigneur
s’est servi plus particulièrement de deux étapes spécialement marquantes pour
commencer à m’enseigner cette vérité fondamentale. Mon service militaire
avait été reporté pour me permettre d’aller jusqu’au bout de mes études. Je
venais tout juste de terminer l’institut biblique lorsque ma feuille de route
m’atteignit dans un joli chalet de la douce Helvétie. Je redoutais beaucoup
ce changement brutal ‘d’école’, d’autant plus que mon affection pour les
armes était au point mort. Quelques années plus tôt, tablant sur une santé
déficiente, j’avais bien essayé d’échapper à la phrase rituelle ‘bon pour le
service !’, mais en vain. Le commandant du centre de présélection avait
prétexté mon soi-disant patriotisme lorrain pour prendre, en dernier ressort, la
décision fatidique qui m’avait fait quelque peu grincer des dents en secret.
L’heure était donc venue, très vite, d’interrompre des vacances agréables pour
rejoindre mes camarades de contingent. Dans le train qui filait vers
l’Allemagne, je me demandais à quoi pouvait bien servir un tel détour de dix-
huit mois. La Bible avait été, trois années durant, mon arme principale ; du
jour au lendemain, le fusil allait lui faire sérieusement concurrence, que je le
veuille ou non. Le statut d’objecteur de conscience n’existant pas encore, la
seule autre solution eût été la prison. Le choix n’avait rien d’exaltant !
Toutefois, une pensée avait germé dans mon esprit, l’envahissant peu à peu et
finissant même par devenir ma principale préoccupation : pourquoi ne pas
demander à Dieu de m’ouvrir la porte de l’aumônerie militaire protestante !
Ce que je fis et refis jour après jour, demandant au Seigneur de venir au
secours de mon incrédulité, car mes chances de pouvoir faire mon service
dans ce cadre étaient infimes. Il fallait un tel concours de circonstances
favorables que seul un miracle de Dieu pouvait le créer. Et il le fit
royalement, sans mon aide de quelque manière que ce soit. Deux mois après
mon incorporation, on vint me chercher dans la salle de classe où je suivais un
cours de logistique pénible à en mourir d’ennui, et je m’entendis annoncer que
j’étais détaché le jour même à l’aumônerie protestante située à l’autre
extrémité de la ville. Ce fut le début d’une période de quinze mois
d’expériences inoubliables, le Dieu souverain s’étant arrangé pour me placer
dans la plus grande garnison française, située alors à Trêves, dans le
Palatinat. J’avais carte blanche, de la part d’un aumônier particulièrement
bienveillant, pour annoncer l’Evangile jour après jour, enseigner les Ecritures,
accueillir et conseiller, et ne m’en privais pas. Le déracinement, l’éloignement
familial, l’isolement géographique en pays étranger contribuaient à ouvrir les
cœurs et à les rendre réceptifs au merveilleux message du salut. Encore
aujourd’hui, mon cœur est rempli de reconnaissance pour ce ‘détour’ jugé
inutile, inadapté et redoutable au départ, mais qui s’est finalement avéré
d’une grande fécondité.
Deux semaines après la fin de mon service, j’arrivais en Bretagne en
réponse à un appel précis de Dieu, le cœur brûlant du désir de le servir de
toutes mes forces. J’ignorais alors que quinze jours plus tard allait
commencer pour moi une période très difficile inaugurée par deux séjours en
clinique avec une intervention chirurgicale sérieuse en prime. L’eau de mon
torrent de Kerith allait baisser peu à peu malgré l’apport de mes larmes et le
poids de mes nombreux ‘pourquoi ?’. Pourquoi tout ce temps perdu après
une attente impatiente qui avait duré deux ans ? Pourquoi cet arrêt brutal,
ces longs mois d’apparente inutilité et ce sentiment de totale impuissance en
pleine force de l’âge, puisque j’avais alors vingt-quatre ans ? Pourquoi un
tel gâchis par le gaspillage du temps, de l’argent... ? Mais le Seigneur avait son
plan : la directrice de la clinique dans laquelle j’étais hospitalisé allait enfin
découvrir un Dieu qui l’aimait profondément, à la faveur de nombreuses
conversations au pied de mon lit, et sa vie en serait complètement bouleversée
- la visite que me rendit une chère demoiselle, quelques jours après
l’opération, allait faire naître des sentiments particuliers qui aboutiraient
bientôt à un heureux mariage - Cette union allait marquer le début d’une
nouvelle étape passionnante, longue d’une dizaine d’années très riches, de
service pour Lui. Ainsi, pendant que mon torrent se vidait, Dieu préparait mon
avenir.

Le Dr Paul Brand raconte son expérience comme pilote d’un bateau dans
la baie de Saint-Malo, endroit réputé pour sa traîtrise à cause des écueils
dissimulés sous l’eau. Seul un étroit passage très sinueux indiqué par des
balises lumineuses permettait l’accès au port. Lorsqu’il dut emprunter ce
chemin en zigzag, il concentra toute son attention sur ces feux, sa confiance
reposant entièrement sur ceux qui connaissaient le port pour en avoir ainsi
balisé l’accès. Il en tire un enseignement important : « ... Dieu ne nous
demande pas de chercher la raison de chaque changement de direction dans
notre vie ni de regarder avec un sentiment de frustration tout ce qui paraît être
un obstacle. Ce qu’il veut de nous, au contraire, c’est que nous acceptions les
circonstances et que nous y répondions par l’obéissance et la confiance,
même si elles nous paraissent déroutantes et contradictoires. Des événements
indépendants de ma volonté, tels que la guerre et la réponse négative de la
bureaucratie, ont contribué à diriger ma vie en me barrant la route. Ces
mêmes événements ont permis une plus grande dépendance de ma part à
l’égard de l’Esprit-Saint, alors que j’étais confronté à de nouvelles situations
qui exigeaient de nouvelles réflexions et de nouveaux choix »22.

Avec Dieu, le chemin le plus court n’est pas toujours le meilleur. Il est vrai
que parfois il nous fait effectivement emprunter les voies rapides que sont
les sombres tunnels de certaines épreuves, désagréables certes, mais ayant
l’avantage de nous faire avancer plus vite sur la voie de la maturité. Mais
c’est lui qui choisit souverainement, en fonction de son plan pour notre vie,
et parce qu’il nous connaît parfaitement, tantôt le tunnel, tantôt la route
sinueuse, en lacets, qui grimpe vers le col et d’où la vue sera merveilleuse.
« La réalité ne s’accommode pas de raccourcis ! Un météore en train de se
consumer est peut-être un raccourci, mais ce n’est pas le cas pour une étoile,
dont la lumière constante guide les navigateurs. Tant que le facteur temps
n’est pas accepté de bon cœur comme une nécessité, on est toujours
susceptible de se laisser séduire par l’attrait trompeur de certaines
‘expériences’ et ‘bénédictions’, et l’on s’enlise pitoyablement dans un
tourbillon de sentiments contradictoires parce qu’on a perdu son attache
aux faits solides de l’Ecriture » (M.J. Stanford)23.

Avec Dieu, on peut tourner en rond tout en se dirigeant dans la bonne


direction. Retrouvons le peuple d’Israël quarante ans après l’intervention in
extremis de Dieu au bord de la mer Rouge. La vieille génération s’est
éteinte pendant qu’elle tournait en rond dans le désert autour de Kadès-
Barnéa, payant ainsi un lourd tribut à son incrédulité (Nb 13 et 14). En
effet, il est bon de préciser ici qu’il existe aussi des détours inutiles que
Dieu aimerait tant nous éviter si nous voulions bien lui faire confiance (la
Bible parle également des voies tortueuses du méchant : Es 59:8). La
nouvelle génération, après avoir reçu l’ordre de mettre fin à cet
interminable détour (Dt 2:1-2) vient tout juste de traverser miraculeusement
le Jourdain. La conquête du pays promis peut enfin commencer ! La prise
de la cité fortifiée de Jéricho est le premier objectif fixé par l’Eternel.
J’imagine l’étonnement, voire la consternation de certains fins tacticiens en
matière de guerre éclair, lorsque le Général en chef a dévoilé Sa stratégie :
« Faites une fois le tour de la ville.., ainsi pendant six jours... Le septième
jour, vous ferez sept fois le tour de la ville... » (Jos 6:3-5). Il fallait donc
tourner en rond treize fois en une semaine, en écoutant de la musique dans le
plus grand silence, pour remporter la première victoire. Cela ressemblait plus à
du théâtre qu’à une guerre de conquête, et pourtant cette tactique s’est
révélée merveilleusement efficace.
Nous aussi avons parfois le sentiment de tourner en rond et de perdre notre
temps et notre énergie à faire du sur-place. Nous voudrions tant avancer
franchement au lieu de piétiner devant certains obstacles qui semblent
prendre un malin plaisir à se multiplier pendant que nous nous évertuons à les
contourner. Seigneur, pourquoi ce détour parfaitement inutile ? « Le
Seigneur me confie souvent une tâche que je ne comprends pas. Près des murs
de mon Jéricho, Dieu met parfois une trompette dans mes mains, quand j’ai
l’impression qu’il me faudrait une épée. Il me fait faire un grand détour,
quand je m’attendais à me préparer à un assaut. Ces moments sont difficiles
pour moi. Ce n’est pas le travail mais le manque de vision ! Il est assez facile de
sonner de la trompette ou de faire le tour d’une ‘ville qui bloque le chemin’ ;
ce qui est difficile, c’est de voir à quoi ça sert. Dans de tels moments,
Seigneur, aide-moi à dire : ‘Un pas à la fois me suffit’ » (George Matheson)24.
Durant ces périodes énigmatiques, souvenons-nous que le parfait Conducteur
de nos vies nous fait parfois apparemment tourner en rond, sans vision nette et
claire du futur, parce qu’Il nous prépare ainsi à vivre et à ‘supporter’ de
riches bénédictions de sa part. Dans sa jeunesse, Thomas Edison, le célèbre
inventeur américain, reçut un jour un de ses amis qui lui reprocha d’avoir
une porte d’entrée très dure à ouvrir : un homme aussi ingénieux que lui
devait pouvoir trouver sans peine un système donnant plus de souplesse à sa
porte ! Edison lui répondit : « Je sais bien que ma porte est dure, car chaque
visiteur, en la poussant, fait en même temps monter, par une combinaison de
mon invention, une certaine quantité d’eau dans la citerne qui est sur le toit.
J’ai toujours assez de visiteurs pour n’avoir jamais besoin de pomper moi-
même mon eau ! »
Quand le Grand Ingénieur place des résistances devant nous, lorsqu’il bloque
notre chemin, il prépare, sans que nous nous en doutions, les bénédictions dont
nous serons arrosés. Quand l’eau du torrent baisse, c’est certainement parce
que Dieu est en train de ‘faire monter l’eau’. Bientôt, au temps qu’il a
fixé, elle redescendra sur nous en fleuves de riches bénédictions dont
d’autres profiteront à leur tour. Si donc nous piétinons sans comprendre au
bord de notre torrent de Kerith qui n’en finit pas de se vider, reprenons courage
et confiance ; le Seigneur demeure toujours fidèle !
Chapitre 5 : L’épreuve du temps (2)
« In extremis »

SAÜL
Le jeune SAÜL venait à peine d’être oint par Samuel comme premier roi
d’Israël que déjà un premier test de fidélité se profilait derrière les paroles du
vieux juge et prophète : « Voici, je descendrai vers toi pour offrir des
holocaustes et des sacrifices d’actions de grâces. Tu attendras sept jours,
jusqu’à ce que j’arrive auprès de toi et que je te dise ce que tu dois faire » (1 S
10:8). A la fin du délai fixé, Saül dut faire face à un ‘MAIS énigmatique de
Dieu’ : « Il attendit sept jours... MAIS Samuel n’arrivait pas à Guilgal et le
peuple se dispersait loin de Saül » (1 S 13:8). Comment le jeune roi allait-t-il
réagir devant ce retard incompréhensible ? Hélas, le regard impatient de
l’incrédulité, alimenté par les circonstances difficiles et oppressantes,
l’emporta sur le regard de la foi (« Lorsque j’ai vu que le peuple se dispersait
loin de moi, que tu n’arrivais pas au terme fixé et que les Philistins étaient
assemblés »..., v. 11). S’arrogeant les droits réservés aux sacrificateurs, Saül
tomba dans la désobéissance, devançant d’ailleurs de très peu le moment de
Dieu (v. 10). Ce premier test était hélas révélateur d’un problème profond
qui ne fit que s’amplifier avec le temps. Cette heure de choix était
particulièrement solennelle et fut le tournant terriblement décisif de la vie du
premier souverain d’Israël. « Il y a dans la vie des heures où se joue toute
notre existence spirituelle, des heures décisives dont dépendra pour nous une vie
de puissance ou de faiblesse, des heures où le travail de plusieurs années
peut être scellé ou anéanti, des heures qui peuvent ouvrir une voie à une vie
de bénédictions ou la fermer définitivement. On peut, dans ce qu’on appelle ‘une
heure de faiblesse’ laisser échapper des bénédictions qui ne pourront plus être
retrouvées... » (G. Steinberger)25. Il est intéressant de signaler au passage que
plus tard, Saül fit preuve d’impulsivité et de précipitation en interrompant
brutalement un moment de consultation de l’Eternel pour profiter de la
panique qui s’était emparée du camp des Philistins (1 S 14:19). C’est
certainement dans ce nouveau refus de respecter le temps de Dieu, traduisant
un zèle sans intelligence et un esprit d’autonomie de plus en plus marqué, qu’il
faut chercher les raisons profondes des problèmes qui émaillèrent cette longue
journée de bataille : vœu irréfléchi du roi, désobéissance involontaire de son fils
Jonathan, péché collectif du peuple exténué et affamé (24-45).

Un jour ou l’autre, chacun de nous se trouve confronté avec des problèmes


brûlants de délais impératifs à respecter : « Si je n’ai pas reçu son coup de
téléphone samedi en huit à 18 h 30 au plus tard, je vais y perdre gros en
argent ! ». Une agitation de plus en plus folle envahit l’esprit au fil des jours
qui passent alors que le téléphone reste désespérément muet. Je prie, je supplie,
j’interpelle Dieu tout en me creusant la cervelle pour trouver des trucs et
bricoler des solutions bancales pour le cas où... Il arrive hélas que, la réponse
ne venant pas assez vite à mon gré, je cède à l’impatience et m’embarque
dans une aventure douteuse, bredouillant de plates excuses à Dieu qui doit
bien comprendre mon problème. Le téléphone va sonner le samedi à 18 h 29,
m’apportant la bonne réponse ! Heureux serai-je si, comptant sur la fidélité
de Dieu, j’ai su attendre jusqu’à l’ultime instant pour savourer d’autant plus
sa délivrance et éprouver un plus profond désir encore de dépendre de lui à
l’avenir. Chaque combat et chaque victoire dans ce domaine offrent au
Saint-Esprit la possibilité de faire mûrir en moi patience et fidélité, ténacité et
foi.

DAVID
Le successeur du premier roi d’Israël a expérimenté maintes fois le
secours in extremis de Dieu pendant les années éprouvantes situées entre sa
première et sa seconde onction royale, à l’âge de trente ans. La Bible raconte
l’épisode du désert de Maon, où seule l’arrivée d’un messager porteur de
nouvelles graves le fit échapper aux mains du roi Saül et de ses soldats d’élite
sur le point de se refermer sur lui. Là aussi, nous découvrons un ‘MAIS
énigmatique de Dieu’ suivi de l’intervention divine pour le délivrer : « MAIS
déjà Saül et ses gens cernaient David et ses hommes pour s’emparer
d’eux... » (1 S 23:25-28). A deux reprises au moins, en des occasions
particulièrement favorables, les gens de guerre qui entouraient le futur grand
roi l’incitèrent fortement à tuer le souverain en place. Chaque fois, ils
utilisèrent habilement un argument spirituel en lui affirmant que ce moment
exceptionnellement propice ne pouvait qu’être celui de Dieu : « Voici le jour
où l’Éternel te dit : je livre ton ennemi entre tes mains » (1 S 24:5) ; « Dieu
livre aujourd’hui ton ennemi entre tes mains » (26:8). Quelles subtiles
tentations pour le jeune fugitif poursuivi inlassablement par la haine
meurtrière de Saül et risquant, à vues humaines, de périr tôt ou tard entre ses
mains ! Un seul coup d’épée et son épreuve était terminée. Le trône était à
portée de sa main. Mais David sut résister à la tentation de devancer
charnellement le temps de Dieu en utilisant des méthodes qu’Il réprouvait.
Au temps fixé par l’Eternel, Saül mourut et David monta sur le trône. Cette
longue école du temps, durant les jours si difficiles de sa formation au désert,
lui fut d’une grande utilité pendant les quarante années de règne qui suivirent.
Lorsque David, aux plus belles heures de sa royauté, se proposa de bâtir une
maison à l’Eternel, projet particulièrement louable et expression de son
grand amour pour l’Eternel, il sut faire preuve d’une grande maturité en
accueillant le ‘non’ de Dieu sans se rebeller ni devenir amer (2 S 7 ; 2 Ch 6:7-
9). Il comprit immédiatement que ce ‘non’ cachait un ‘oui’, car ce beau et
grand projet était bien dans la pensée et la volonté de Dieu, mais il n’était
pas encore dans le temps de Dieu. Plusieurs conditions devaient être réunies
préalablement pour que cette réalisation glorifie pleinement l’Eternel et soit
digne de Lui : le constructeur devait être un roi de paix, il fallait un plan
inspiré de Dieu, un terrain choisi en accord avec Lui, et des matériaux précieux
devaient être préparés en grande quantité ; ce palais n’était pas pour un
homme, mais pour l’Eternel Dieu (1 Ch 29:1). Le grand roi comprit que le
moment de Dieu n’était pas encore venu et l’accepta sans aucune réticence,
ayant appris très tôt dans sa vie à régler sa montre sur l’horloge de Dieu.

JÉRÉMIE
A l’heure de son appel au service prophétique, JÉRÉMIE avait reçu des
promesses de soutien et de délivrance que Dieu renouvela dans les moments
particulièrement difficiles (Jér 1:8, 19 ; 15:20). Pourtant, vers la fin de son
ministère, nous découvrons le prophète lié de chaînes parmi les captifs de
Jérusalem et de Juda qui sont sur le point d’entreprendre un long et pénible
voyage vers Babylone (40:1). Environ quarante années de service, tissées
de souffrances de toutes sortes, sont derrière lui. Jusque-là Dieu s’est toujours
montré fidèle à ses promesses, mais qu’en est-il aujourd’hui ? La situation
est apparemment désespérée ! Une fois de plus, le Dieu qui tient parole
intervient in extremis : « Maintenant voici que je t’affranchis des chaînes
que tu as aux mains... » (v. 4). Ce même prophète, plongé dans un abîme de
douleur devant le terrible spectacle de la ruine de Jérusalem, puisera sa
consolation aux sources intarissables de la grande fidélité de Dieu : « Les
bontés de l’Eternel ne sont pas épuisées, ses compassions ne sont pas à leur
terme ; elles se renouvellent chaque matin. Oh ! que ta fidélité est grande »
(Lm 3:22-23). Ayant longuement appris, à l’école des circonstances difficiles,
comment vivre dans le temps de Dieu, le vieux serviteur pourra même
affirmer : « Il est bon d’attendre en silence le secours de l’Eternel » (v. 26).
L’homme savait de quoi il parlait !

Le 15 août 1983, mon épouse et moi partions pour la Pologne où nous


devions animer, entre autres, un stage de formation destiné à des responsables
de clubs d’enfants et d’écoles du dimanche. Pendant la nuit qui suivit le
départ, notre voiture chargée au maximum fut cambriolée dans le nord de la
France, mais les voleurs avaient bien choisi, surtout de quoi satisfaire leur
gourmandise, et rien d’essentiel n’avait disparu, à notre grand soulagement.
Le 16 à la mi-journée, nous arrivions à la frontière polonaise. Devant nous,
une voiture immatriculée en Suisse subissait un contrôle méticuleux. La
fouille en règle devait durer environ deux heures. Le véhicule était chargé à
ras bords de produits de consommation de toutes sortes. Mon épouse et
moi échangions quelques propos tout en observant la scène : « Ces deux
demoiselles seraient évangéliques que cela ne nous surprendrait pas... ! ». Un
peu plus tard, après environ deux heures de route, nous rejoignions la
station balnéaire au bord de la Mer Baltique, là où notre stage allait avoir lieu.
Nous finîmes par trouver la bonne rue et l’endroit exact... grâce à la voiture
suisse arrivée un peu plus tôt et garée le long du trottoir. L’épouse du pasteur
qui nous accueillait était très embarrassée car ces demoiselles lui étaient
totalement inconnues et ne parlaient pas un mot de polonais. Avec notre
concours, une chaîne de traduction allemand-français-polonais se mit
aussitôt à fonctionner et ce que nous apprîmes alors nous remplit de joie. Ces
deux sœurs étaient venues spécialement de Suisse alémanique, faisant ainsi
trois mille kilomètres aller-retour pour apporter plus de quatre cents kg de
nourriture à cette adresse. Elles n’étaient pas attendues, ne connaissaient rien
du programme prévu et allaient repartir aussitôt vers leur pays. Leur église avait
simplement été rendue attentive, par un de ses membres, à l’existence d’une
œuvre évangélique dans cette ville de Pologne et avait décidé de faire ce geste
d’amour concret. Sa réalisation intervenait juste au moment opportun car à
l’heure de notre arrivée, la veille du début du stage, il n’y avait encore ni
nourriture, ni argent pour couvrir les besoins. TOUT ce qui était nécessaire
pour que le stage puisse fonctionner arriva pratiquement au même moment :
une voiture suisse chargée d’aliments pour les corps, une voiture française la
suivant à quelques minutes avec la provision spirituelle et tout un chargement
de matériel pour le travail parmi les enfants, et enfin, une somme d’argent
absolument indispensable venue par un troisième canal. A l’heure même où
cette délivrance s’opérait, les premiers participants au stage convergeaient vers
le lieu d’accueil depuis les quatre coins de la Pologne. IL fait tout à
merveille... même in extremis !

N’est-il pas vrai, comme l’a si bien souligné Luther, que « nous nous
trouvons d’ordinaire au bout de notre foi en même temps que de nos
provisions » ? Tous nos ‘torrents de Kerith’ sont là pour nous rappeler que
nous avons affaire au Dieu de l’impossible : « Quand Dieu veut faire un petit
miracle, il nous place dans une situation difficile. Quand il veut faire un grand
miracle, il nous place dans une situation impossible » (G. Campbell Morgan).
« Tout d’abord c’est impossible, puis c’est difficile et finalement c’est
accompli » disait Hudson Taylor, pionnier de la Mission à l’Intérieur de la
Chine et grand connaisseur de la fidélité de Dieu.

ABRAHAM
Il n’y a pas besoin d’aller chercher bien loin dans les Ecritures pour y
trouver le plus bel exemple d’intervention in extremis de Dieu, puisqu’il
se trouve dans ses premières pages, à l’apogée de l’histoire d’ABRAHAM,
déjà évoqué précédemment dans ce livre. C’est l’heure de l’ultime mise à
l’épreuve de la foi, lorsque Dieu demande à celui dont il a trouvé le cœur
fidèle devant lui (Né 9:7-8), de lui offrir son fils unique, Isaac, l’enfant de la
promesse attendu pendant un quart de siècle. C’est le moment redoutable
du test suprême : le patriarche va-t-il obéir à l’ordre terrible d’égorger
l’enfant du miracle, fruit de la seule grâce d’en haut, cueilli sur l’arbre de la
fidélité de l’Eternel après vingt-cinq années passées dans les classes successives
du centre d’apprentissage et de perfectionnement de la foi ? Ce fils chéri, la
joie de sa vieillesse, n’a-t-il pas été le sujet permanent d’une espérance
constamment remise en question ? Sacrifier Isaac, c’est aussi sacrifier
l’alliance, car c’est de lui que doit sortir pour Abraham une postérité qui lui
sera propre (Gn 21:12). A vues humaines, c’est l’écroulement de tout un
passé, un retour à la case ‘départ’ après peut-être cinquante années de vie
nourrie d’une folle espérance ! Dieu pourrait-il donc renier sa signature ?
Enfin, aucune promesse n’accompagne cet ordre si cruel et
incompréhensible ! Pas un seul mot d’encouragement de la part de Celui
dont il est l’ami depuis si longtemps (2 Ch 20:7 ; Je 2:23) ! Pourtant, le
vieillard se soumet, croyant que « si Dieu a fait un miracle dans le but
d’accomplir sa promesse, il est capable d’en faire un second pour la tenir »
(A. Lamorte). Il juge son Dieu assez puissant pour ressusciter un mort afin
de respecter son engagement (Hé 11:19). Après une longue marche,
bouleversé dans son âme, il élève l’autel sur la montagne, y dépose son fils
bien-aimé après l’avoir lié et prend le couteau pour l’égorger. C’est à cet
instant précis, in extremis, alors que la lame va fendre l’air, s’abattre comme
la foudre et trancher le fil de la vie, que l’Ange de l’Eternel intervient : « Je
sais maintenant que tu crains Dieu... » (Gn 22:12). Abraham voit alors le
bélier du sacrifice prisonnier d’un buisson, l’offre en holocauste à la place de
son fils et entend le serment solennel de l’Eternel lui renouvelant sa
promesse et y ajoutant même un nouvel élément : « Ta descendance aura le
contrôle de ses ennemis » (22:17).

Dans nos vies, il peut se faire aussi que le ‘maintenant’ de l’intervention du


Seigneur et de sa délivrance arrive subitement, comme par enchantement, au
terme d’un temps de test pendant lequel nous ne savions vraiment plus quoi
penser de la manière d’agir de Dieu à notre égard. Deux remarques
s’imposent ici : premièrement, l’épreuve d’Abraham sacrifiant son fils
Isaac était de taille ! Souvenons-nous toutefois qu’elle était, non le
commencement mais l’aboutissement d’une longue marche jalonnée
d’autres épreuves de la foi soigneusement mesurées par l’Eternel. Elle était
donc à la taille d’une maturité spirituelle développée et approfondie au fil
des dizaines d’années de communion du patriarche avec son Dieu, lequel
n’éprouve pas de la même manière les ‘bébés en Christ’. « Il sait
exactement ce que nous sommes capables d’endurer. Très souvent, le
prototype d’un modèle doit subir des tests beaucoup plus difficiles que n’en
auront jamais à subir les modèles de série. Dans ce sens-là, Abraham fut
également un prototype. Il prouva assurément aux générations suivantes que
la vie de la foi est efficace et que celui qui répond à l’appel du Seigneur
peut avoir la certitude que Dieu mènera à une heureuse conclusion l’œuvre
qu’il a commencée en lui » (Denis Lane)26. Deuxièmement, cette épreuve était
unique en son genre car elle préfigurait, avec une précision extraordinaire,
deux millénaires à l’avance, un sacrifice bien plus grand encore : le Père et le
Fils unique et bien-aimé ont marché ensemble, totalement à l’unisson, pour
affronter le sacrifice ultime de la croix. Le Père portait le feu et le couteau et
le Fils était chargé du bois. Mais là, il n’y a pas eu d’intervention in extremis
du ciel pour empêcher le sacrifice. Il n’y a pas eu non plus de bélier pris par
les cornes dans un buisson. L’Agneau de Dieu mourut vraiment pour ôter
le péché du monde (Jn 1:29) et passa par une glorieuse résurrection dont la
délivrance merveilleuse d’Isaac rendu vivant à son père était une préfiguration
(Hé 11:19). Dans cette obéissance suprême de la foi, Abraham annonçait
donc le plus grand évènement de tous les temps, lorsque Dieu, dans son
immense amour pour tous les hommes, a TOUT donné en offrant son Fils
unique Jésus-Christ en holocauste sur la croix, afin que quiconque met sa
confiance en lui ne périsse point mais qu’il ait la vie éternelle (Jn 3:16).

JÉSUS-CHRIST
Les enfants d’Israël, David, Elie, Jérémie, Abraham... sont quelques
exemples sélectionnés parmi tant d’autres pour illustrer le développement de la
fidélité à l’école du temps parfaitement contrôlé par Dieu. L’histoire dramatique
du roi Saül constitue une solennelle mise en garde contre l’esprit d’autonomie
qui se traduit en refus de se soumettre continuellement au Seigneur du temps.
D’emblée nous l’avons souligné, la fidélité au Seigneur consiste notamment à
régler continuellement nos montres sur l’heure de Dieu. A l’école du temps
de Dieu, nous apprenons à résister, avec sa grâce toute suffisante, à toutes les
pressions intérieures et extérieures qui visent à nous faire agir à contretemps et
d’une manière désagréable à ses yeux. Dans ce domaine comme en toutes
choses, nous avons un parfait modèle, une source fantastique d’inspiration et
d’encouragement en considérant Jésus-Christ, l’Envoyé de Dieu et le grand-
prêtre de la foi que nous professons, qui a été fidèle à Celui qui l’a établi (Hé
3:1-2). En effet, et c’est là un des grands messages de 1’Evangile de Jean, notre
Sauveur n’a jamais été en retard ou en avance sur l’horaire divin ; ‘Sa montre’
était toujours réglée sur celle de son Père27. Il était toujours là où son Père
voulait qu’il soit, à l’heure décidée par Dieu et pour accomplir le programme
précis prévu par Lui (Jn 4:34 ; 5:19-20, 30 ; etc.). Il eut à subir de fortes et
constantes pressions, en particulier de la part de ses plus proches, famille, amis,
disciples, destinées à le faire agir en avance ou en retard par rapport au temps
fixé par le Père (Jn 2:3-4 ; 7:1-8 ; etc.). Courant plus d’une fois de graves
dangers, il connut lui aussi des délivrances in extremis parce qu’il prenait soin
de vivre continuellement dans le temps du Père et que son heure n’était pas
encore venue de donner sa vie pour les péchés du monde (Jn 7:30 ; 8:20). Il
mourut au temps fixé par le Père (Rm 5:6), ayant parfaitement rempli sa
mission jusqu’au bout afin que nous puissions nous écrier : ma dette est
payée ! Je suis pardonné, libéré, sauvé pour l’éternité ! (Jn 19:28-30). Le Christ
ressuscité est remonté s’asseoir à la droite de son Père, dans la gloire céleste
d’où il apparaîtra au moment fixé par Lui (1 Tm 6:14-15), pour le bonheur
de son peuple racheté et pour la confusion la plus totale de ses ennemis. En
attendant ce moment béni et solennel, nous sommes invités à marcher sur les
traces du Seigneur Jésus-Christ, le Fidèle et le Véritable (Ap 19:11). Il est
« digne de confiance en tant que Fils, à la tête de sa maison, et sa maison,
c’est nous, si du moins nous gardons fermement jusqu’à la fin la pleine
assurance et la fierté que nous donne notre espérance » (Hé 3:6, Bible du
Semeur).

« ... J’ai confiance en toi, Seigneur, je dis :


‘C’est toi qui es mon Dieu’ !
MES TEMPS SONT ENTRE TES MAINS. »
(Psaume 31:15-16)

Dieu ne peut te laisser voir toujours ton chemin ;


Marcher, mais par la foi, tel est l’ordre divin ;
Dieu ne peut de ta route enlever chaque pierre :
Tu lâcherais bientôt sa tendre main de Père ;
Dieu ne peut t’épargner ni les pleurs, ni la croix,
Ni le joug qui t’oppresse et t’irrite parfois.

Il faut, jusques au fond, boire la coupe amère ;


Il faut, pour vivre au ciel, passer par le Calvaire ;
Il faut que la douleur nous guide pas à pas,
Vers un but que, sans elle, nous ne poursuivrions pas !
Souvent à la nacelle il faut un vent d’orage
Pour que les matelots pointent droit au rivage ;
Souvent à la brebis il faut prendre un agneau
Pour qu’elle entre au bercail avec tout le troupeau.

Ainsi, dans son amour, Dieu permet la fournaise ;


Il l’attise parfois, plutôt qu’il ne l’apaise ;
Mais ce Dieu tout-puissant a dit que, pour les siens,
Le feu ne brûlerait jamais que les liens.
En Dieu qui te conduit mets donc ta confiance,
Chante, si tu le peux, un hymne d’espérance ;
Peut-être, en t’écoutant, un cœur auprès de toi,
Triste, désespéré, retrouvera la foi.
Qu’importe si ta voix hésite, pleure ou tremble :
Dieu permet de pleurer et chanter tout ensemble !
Mme Emile CHALLAND
Chapitre 6 : L’épreuve de la faiblesse (1)
Galerie de portraits

Les interventions in extremis du Seigneur servent aussi à nous rappeler


que la fin de l’homme est le commencement de Dieu.
C’est au plus sombre de nos tunnels et au plus profond de nos impasses
que la beauté de Dieu peut briller d’un éclat particulier dans nos vies. « La
faiblesse humaine fournit la meilleure toile de fond au déploiement de la
puissance divine » (J.O. Sanders). Nous sommes souvent trop forts, trop
grands, trop capables et imbus de nous-mêmes pour laisser Dieu faire.
« Dieu travaille sur nos personnes. Il donne les leçons de rattrapage qui
conviennent à ceux qui ne savent pas apprendre. Il emploie beaucoup la
répétition. Les cours modernes accélérés conviennent mal dans ce domaine. Il
faut souvent des années jusqu’à ce que nous soyons suffisamment abaissés
pour que Dieu puisse nous confier des tâches sans craindre nos méthodes
pleines de suffisance. »28

GÉDÉON
Pourquoi l’Eternel se servit-il de GÉDÉON, le dernier de la famille la
plus pauvre en Manassé, pour délivrer les enfants d’Israël de la main des
Madianites ? Pourquoi ce chef sans expérience et qui ne cachait pas sa peur
(Jg 6:27 ; 7:10-11) n’eut-il droit qu’à trois cents soldats armés de trompettes,
de cruches vides et de flambeaux pour affronter cent vingt mille hommes
aguerris tirant l’épée ? La réponse de Dieu est significative : « Le peuple...
pourrait en tirer gloire contre moi et dire : c’est ma main qui m’a délivré »
(Jg 7:2). C’est à cause de cette éclatante victoire de Dieu, passant par le
dépouillement de Gédéon, que ce dernier figure dans la galerie de portraits
des héros de la foi, en Hébreux 11. Juste après avoir énuméré une série de
noms bien connus, dont celui de Gédéon, le rédacteur inspiré affirme que
grâce à la foi, certains d’entre eux « ont été remplis de force alors qu’ils
étaient faibles. Ils se sont montrés vaillants dans les batailles, ils ont mis en
fuite des armées ennemies » (11:34, Bible du Semeur). « De faibles qu’ils
étaient furent rendus vigoureux, devinrent forts dans la bataille, firent ployer
les armées des étrangers » (version Darby). N’est-ce pas l’exacte description,
et la meilleure, de l’expérience de Gédéon ?

JACOB
Il fallut vingt longues et douloureuses années à JACOB pour qu’il dise
enfin à Dieu : « Je suis trop petit pour toutes les grâces et pour toute la
fidélité dont tu as usé envers ton serviteur » (Gn 32:10). Jusqu’alors, il s’était
senti trop grand, trop fort, trop capable de s’en sortir, certes avec l’aide de
Dieu, mais surtout en utilisant son diplôme de ‘Docteur ès Débrouille’. A
l’école de sa mère, Rébecca, qui en avait fait son préféré, il avait appris à
utiliser la tromperie et le mensonge pour précipiter l’accomplissement de la
parole prononcée par l’Eternel à son sujet, quelque temps avant sa naissance
(25:23). Sans doute est-ce d’elle qu’il avait appris que « La fin, pour autant
qu’elle soit spirituelle, justifie les moyens ». Mais, vouloir ainsi devancer le
temps de Dieu par un abominable subterfuge tout en se réclamant de Lui, non
sans briser les cœurs et susciter la haine au passage, lui valut vingt années d’exil
à l’école de l’Eternel (ch. 27). Le rusé calculateur se retrouva au service de
Laban, miroir grossissant de son caractère tortueux et fourbe. Un duel
implacable s’engagea entre l’oncle et le neveu, chacun allant jusqu’au bout
de ses ressources humaines en matière de calculs habiles et autres bricolages
ingénieux. Loin de ses proches, cruellement trompé dans son amour pour
Rachel, exploité sans vergogne par un parent de plus en plus méfiant et jaloux
de sa réussite matérielle, Jacob souffrait beaucoup et la dure écorce de
confiance en soi qui emprisonnait son cœur assoiffé de Dieu se mit à craquer
peu à peu sous l’action du scalpel divin. Maintenant il était à même de
comprendre, dans sa propre chair, l’accablement de son père Isaac dont il
avait bafoué l’honneur, et la douleur brûlante et amère de son frère Esaü.
Lorsqu’il se mit en route pour retourner en Canaan, sur l’ordre de l’Eternel, le
vieil homme trompeur qui jadis régnait en maître dans sa vie n’avait certes
pas encore déposé les armes, mais sa défaite décisive n’était plus bien loin.
Ce fut la vindicte d’Esaü accourant en justicier à sa rencontre qui la précipita.
La peur au ventre, l’habile stratège brûla ses dernières cartouches par une
disposition savante de ses ‘troupes’ sur le terrain, mais il se sentait encore un
peu plus petit, plus faible, plus fragile, plus dépendant de la nécessaire et
bienveillante protection de Dieu. Tout était en place pour le coup de grâce et
l’avènement du règne de la grâce dans sa vie. C’est en pleine nuit, au bord du
Jabbok, un torrent de Galaad, qu’eut lieu le combat décisif entre Dieu et
Jacob ; il est intéressant de noter que c’est l’Eternel qui en prit l’initiative et
attaqua, par pure grâce, de manière à ce qu’à aucun moment l’homme ne
puisse ultérieurement s’en attribuer le mérite (32:24-32). Ce torrent devint
le témoin d’une merveilleuse bénédiction ! Jacob, le puissant, le capable,
l’ingénieux, le débrouillard... fut totalement maîtrisé, frappé dans ses
capacités profondes de marche autonome et capitula enfin. En étant
totalement vaincu dans sa lutte avec Dieu, il entrait dans la famille des
véritables vainqueurs qui reconnaissent que c’est au Seigneur seul qu’ils
doivent toutes leurs victoires. C’était la fin d’un homme tortueux et donc
le commencement du règne de Dieu sur lui. Désormais, il portait un nom
nouveau, Israël, et sa marche était transformée. A compter de cette nuit
mémorable, chacun de ses pas, au rythme de celui des petits enfants
(33:13-14), lui rappellerait sa force brisée, sa fragilité et son besoin
constant de s’appuyer sur le solide bâton de la grâce toute suffisante et de
la fidélité parfaite de son Dieu. La bénédiction qu’il avait extorquée vingt
ans plus tôt à son père par une infâme tromperie, il la recevait maintenant
enfin de son Dieu en réponse à son humble aveu : « je reconnais que je suis
Jacob, l’usurpateur, le supplanteur ». Ainsi, de même qu’Elie rencontra son
impuissance humaine absolue, et avec elle les miracles du Dieu vivant, au
bord du torrent de Kerith qui se vidait peu à peu sous ses yeux, Jacob
angoissé découvrit son immense faiblesse et avec elle la force du Dieu
Tout-Puissant, dans la nuit de Jabbok, un autre torrent de la même contrée.

Une remarque mérite d’être soulignée : c’est dans la solitude que ces
deux hommes purent prendre conscience, d’une manière plus profonde, de
leur petitesse, de leur absence totale de prise sur les évènements, et de la
grandeur insondable de leur Dieu. La description du combat nocturne de
Jacob est introduite par ces mots riches de signification : « Jacob demeura
seul » (Gn 32:24). N’évoquent-ils pas ces vallées de solitude obscure et
profonde que nous devons traverser dans nos luttes spirituelles intérieures
particulièrement difficiles et décisives, et qui font scintiller les joyaux de la
grâce de Dieu à l’œuvre dans notre vie d’un éclat sans pareil lorsque nous
sortons, enfin vaincus par lui, de nos nuits de combat ? « Le soleil se levait
sur lui comme il passait Péniel » (v. 31, Darby). Le chemin qui conduit vers
une meilleure connaissance personnelle de Dieu et vers une plus grande
fidélité emprunte un jour ou l’autre, sur son itinéraire infiniment varié, une
vallée étroite où règnent l’ombre et la solitude. On perd tout appui humain
et on se retrouve seul face à face avec Dieu pour une heure de vérité sans
masque. « Aux moments où la solitude est la plus grande, nous devons
nous tourner vers Dieu, dans une dépendance éperdue, et nous confier en
lui si totalement que notre ruine psychologique serait certaine s’il manquait
de nous répondre. C’est alors que nous arriverons à le connaître mieux.
Alors, notre caractère s’affermira dans la piété. Sa gloire surgit avec le plus
d’éclat quand la nuit est la plus noire. C’est quand nous sommes le plus
faible que nous constatons pleinement que sa force nous suffit » (L.
Crabb).29

MOODY ET MOÏSE
L’évangéliste Dwight L. MOODY, un des plus célèbres prédicateurs
américains du dix-neuvième siècle était fils de maçon et n’avait pas reçu de
formation universitaire. Voulant souligner combien certains aspects de sa
personne auraient dû normalement le desservir dans son ministère de
prédicateur, un auteur le présente comme manquant d’instruction, ayant un
aspect physique déplaisant et une voix haut perchée et nasillarde !
L’abondante correspondance qui lui a survécu révèle une orthographe
déplorable. Ce bouillant serviteur était bien conscient de sa faiblesse, mais
il en avait fait son alliée et son plus précieux atout, car elle le gardait
d’autant plus fortement humble et dépendant de son Seigneur. C’est donc
en connaisseur qu’il pouvait affirmer avec la vigueur qui le caractérisait :
« Quand Dieu veut déplacer une montagne, ce n’est pas à l’aide d’une
barre de fer, mais en se servant d’un vermisseau. Le fait est que nous
sommes trop forts. Dieu a choisi les choses faibles du monde pour
confondre les fortes. Quand Dieu a fait sortir Israël de l’Egypte, il n’a pas
envoyé une armée comme nous l’aurions, nous, jugé nécessaire, une
armée... ou un orateur ! Mais Dieu a envoyé un homme qui avait vécu
quarante ans au désert et qui avait la langue embarrassée. C’est de faiblesse
que Dieu a besoin. Nul n’est petit quand Dieu le prend en main... »30. Les
cent vingt années de vie de MOÏSE, ce prince instruit dans toute la science
des Egyptiens, orateur éloquent et homme d’action remarquable (Ac 7:22)
avant de devenir, du jour au lendemain et pour de longues années, simple
berger ont été résumées de manière très suggestive à cet égard : « Moïse a
passé quarante ans de sa vie à penser qu’il était quelqu’un, puis quarante
ans de sa vie à apprendre qu’il n’était rien et enfin les quarante dernières
années de son existence à découvrir que Dieu pouvait faire quelque chose
avec rien ». Il n’est donc pas étonnant que la Bible nous dise de lui que
durant le troisième tiers de sa vie, ce « serviteur fidèle dans toute la maison
de l’Eternel » était « un homme très humble, plus qu’aucun être humain sur
la face de la terre » (Nb 12:7,3).

L’APÔTRE PAUL
Il est, à bien des égards, le Moïse du Nouveau Testament. Il aurait pu
faire valoir ses origines, son éducation et ses diplômes : lorsqu’il s’appelait
encore Saul de Tarse, n’était-il pas pharisien, fils de pharisien, disciple
brillant du célèbre Docteur Gamaliel, plus avancé dans le judaïsme que
beaucoup de ceux de son âge et de sa nation, irréprochable à l’égard de la
justice de la loi... ? (Ac 22:3 ; 23:6 ; Ga 1:14 ; Phil 3:5-6). Mais le Seigneur
l’a terrassé en le jetant dans la poussière du chemin de Damas. Il a fallu le
prendre par la main et le conduire comme un petit enfant fragile et
dépendant. Sans l’aide d’Ananias et le secours des croyants de Damas, sans
la courtoise médiation de Barnabas et le coup de main des frères de
l’Eglise de Jérusalem, que serait-il advenu de lui ? Paul aussi a dû très vite
apprendre que la faiblesse de l’homme n’était pas un handicap aux yeux de
Dieu, mais bien au contraire, un tremplin pour Son œuvre et un piédestal
pour Sa gloire. Le Saint-Esprit a bouleversé sa mentalité, lui faisant
comprendre que le choix de Dieu se portait sur les choses folles, faibles,
viles, méprisées, ignorées de ce monde... afin que personne ne se glorifie
devant Dieu (1 Co 1:26-29). Alors, plutôt que de se confier dans ses
diplômes et dans son passé prestigieux, Paul, toute sa vie durant, a considéré
Jésus-Christ comme son seul diplôme, son seul gain, sa seule richesse (Phil
3:7-14). Selon le mot d’un homme de Dieu de notre temps, le seul ‘BAC’ qui
l’intéressait continuellement était le ‘Brevet d’Approbation Céleste’. Venez
donc l’écouter, lorsqu’il s’adresse à l’Eglise de Corinthe, cité assoiffée de
beaux discours et de haute voltige philosophique, et vous serez surpris de la
simplicité et de la profondeur de son message centré sur Jésus-Christ : point
de rhétorique ni de raisonnements habiles, point de belles envolées lyriques
ni d’arguments subtils. Pleinement conscient de son insuffisance, faible,
craintif et tremblant, il compte totalement sur le Saint-Esprit qui le possède et
le conduit. Sa parole est du feu, les mots percutent et font mouche, les cœurs
sont touchés jusqu’au fond. Aucun doute n’est possible, c’est bien Dieu qui
parle par la bouche de cet homme (1 Co 2:1-5). « Donnez-moi une centaine
de prédicateurs qui ne craignent rien d’autre que le péché et n’ont pas
d’autres désirs que Jésus seul, et je ne me ferai pas de souci au sujet de leurs
diplômes ; ces quelques-uns seuls feront trembler les portes de l’enfer et
établiront le Royaume des cieux sur la terre - Dieu ne fait rien qu’en réponse
à la prière » (John Wesley). Lorsque l’apôtre des païens sera tenté de quitter
le chemin de l’humilité et de la dépendance de Dieu, l’écharde fichée dans sa
chair se chargera de percer l’enflure naissante de l’orgueil et de lui rappeler
la philosophie d’action de son Seigneur : « Ma grâce te suffit, car ma
puissance s’accomplit dans la faiblesse ». Et le serviteur répondra aussitôt
comme en écho : « Je me glorifierai donc bien plus volontiers de mes
faiblesses, afin que la puissance de Christ repose sur moi... car, quand je suis
faible, c’est alors que je suis fort » (2 Co 12:7-10). Tout au long de ses
années de cheminement avec son Maître, Paul a réalisé de plus en plus
profondément qu’il n’était qu’un fragile vase d’argile contenant et
répandant partout le précieux trésor de l’Evangile. I1 fallait qu’il en soit
ainsi pour que la puissance extraordinaire qui se dégageait de son
témoignage soit reconnue comme venant de son Dieu et non de lui (2 Co
4:7).

WILLIAM CAREY
Il vit le jour en 1761 dans un petit village d’Angleterre. Ses parents
étaient de condition sociale fort humble. A quatorze ans, il commença à
travailler chez un fermier, mais une maladie de la peau l’obligea rapidement
à renoncer à poursuivre dans cette direction. Il fit alors son apprentissage de
cordonnier. A dix-huit ans il se convertit à Jésus-Christ. Le jour où il fut
baptisé dans une rivière, le pasteur nota dans son journal : « Ai baptisé
aujourd’hui un pauvre ouvrier cordonnier ». Deux ans plus tard il épousait
une jeune femme illettrée qui lui donna quatre enfants. L’aînée mourut en
bas âge. Les ressources étaient maigres et la vie difficile. Il tomba malade et
devint totalement chauve. Pour pouvoir joindre les deux bouts, il faisait
l’école pendant la journée, consacrait ses soirées à son métier de cordonnier
et étudiait les langues, la géographie, la botanique et beaucoup d’autres
choses, dévorant livre après livre durant une partie de la nuit. Ce grand
‘bûcheur’ devint bientôt pasteur d’une modeste église baptiste. Ceux qui
entraient dans son échoppe croisaient d’abord du regard l’écriteau ‘On
achète et on vend des chaussures d’occasion’ et découvraient ensuite, sans
doute avec étonnement une grande carte du monde faite de morceaux de
papier collés ensemble et sur laquelle figuraient tous les renseignements
qu’il avait pu rassembler sur chaque pays. Elle était à la fois son ‘carnet de
prière’ et l’occasion de longues et riches conversations permettant à
l’humble ‘cordonnier-maître d’école-pasteur’ de partager la vision qui
enflammait et bouleversait son cœur : il faut que l’Eglise de Jésus-Christ se
mobilise tout entière pour porter le flambeau de l’Evangile dans les ténèbres
du monde païen. Les efforts individuels et les initiatives de petits groupes
dans le passé et le présent doivent être impérativement relayés par
l’engagement sans réserve des pasteurs et des membres d’églises restés
jusque-là apathiques et insensibles à la détresse spirituelle de millions
d’hommes qui n’ont jamais eu l’occasion d’entendre l’Evangile. Mais que de
résistances à vaincre ! Ainsi, en 1787, pendant une réunion de pasteurs, il se
leva et osa poser la question qui lui brûlait les lèvres : « Le commandement du
Seigneur aux apôtres d’évangéliser toutes les nations de la terre est-il valable
pour les générations successives de ministres de l’Evangile jusqu’à la fin des
temps ? ». Le président le remit vertement à sa place : « Jeune homme,
asseyez-vous ! Quand il plaira à Dieu de convertir les païens, il le fera sans
votre aide et sans la mienne ». L’humble cordonnier, conduit par le Saint-
Esprit, ne se découragea pas pour autant et sa persévérance sapa et fragilisa
peu à peu les murailles d’immobilisme et de préjugés profondément enracinés
dans les esprits. Le 31 mai 1792, il partagea un message brûlant sur Esaïe
54:2-3 et lança ce mot d’ordre : « Attendez de grandes choses de Dieu,
tentez de grandes choses pour Dieu ». Les cœurs furent bouleversés et les
volontés commencèrent à bouger : en octobre de la même année, quatorze
hommes dont douze pasteurs fondèrent la première Société Baptiste
missionnaire avec un fonds de 13 livres, 2 shillings et 6 pences.
En juin 1793, William Carey partait pour l’Inde en disant à ceux qu’il
laissait derrière lui : « Les Indes sont une mine d’or. Moi je vais descendre et
creuser, vous, au pays devez tenir les cordes ». Il fallut sept années de prière et
de travaux, non sans luttes et crises, avant que le travail missionnaire ne se
traduise par quelques fruits durables parmi les Hindous. Au sein des
tempêtes et des combats de toutes sortes qui jalonnaient sa route, cet humble et
vaillant serviteur s’appuyait sur le Dieu fidèle et pouvait écrire : « Malgré tout,
je possède Dieu. Sa parole est la vérité et quand même les superstitions du
paganisme seraient mille fois pires qu’elles m’apparaissent actuellement,
quand je serais abandonné des miens et persécuté par tous, mon espoir fondé
sur Sa parole demeure plus haut que tous les obstacles ; Il triomphera de
toutes ces épreuves. La cause de Dieu sera victorieuse, et je ressortirai de
ces angoisses, semblable à de l’or éprouvé par le feu »31.
En 1812, un incendie anéantit le résultat d’années de dur labeur de
Carey et de ses collaborateurs : grammaires, dictionnaires et manuscrits
comprenant des portions de la plupart des versions indiennes de la Bible,
caractères d’imprimerie, stock impressionnant de papier... tout cela
s’évanouit en fumée. Un des collaborateurs de Carey évoqua cette épreuve
comme étant « une nouvelle page tournée par la Providence, un exercice de
foi en Dieu dont la Parole, aussi solide que les piliers du ciel, a décrété que
toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu. Soyons par
conséquent fermes dans le Seigneur. Il ne reniera jamais l’œuvre de ses
propres mains ». Carey lui-même exprima sa foi en ces termes : « Dieu
veut faire sortir du bien de ce malheur et susciter davantage d’intérêt en
faveur de notre travail. »32 Effectivement cette catastrophe se transforma
en bénédiction par une multiplication rapide du nombre d’amis fidèles de
la mission, en Grande Bretagne.
Carey s’éteignit à Calcutta en 1834 après de longues années de labeur
incessant. Il avait rédigé lui-même son épitaphe que l’on grava sur sa
tombe : « William Carey né le 17 août 1761, mort le 9 juin 1834 - Un
misérable, un pauvre et impuissant ver de terre. En tes bras
miséricordieux je m’abandonne. » Ce ‘pauvre et impuissant ver de terre’
est considéré à juste titre comme le ‘père’ des missions modernes. Dieu a
choisi un humble cordonnier né dans la pauvreté et formé en grande partie
dans l’obscurité de son échoppe pour révolutionner la conception et la
stratégie missionnaires. Sous son impulsion s’est produite une véritable
explosion de zèle missionnaire généralisé, ce qui ne s’était plus vu depuis
les temps apostoliques. Plusieurs autres sociétés missionnaires ont été
successivement fondées de son vivant et l’élan s’est poursuivi et amplifié
jusqu’à ce jour. « Le plus commun buisson enflammé de la présence de
Dieu devient un feu. Le feu est évident. C’est le symbole choisi par le ciel.
Ceux qui sont remplis du Saint-Esprit sont enflammés pour Dieu. Ils
aiment d’un amour qui brille. Ils croient avec une foi qui illumine. Ils
servent avec une dévotion qui consume. Ils haïssent le péché avec une
férocité qui brûle. Ils se réjouissent avec une joie qui rayonne. L’amour est
perfectionné dans le feu de Dieu » (Samuel Chadwick).

CHARLES SPURGEON
En janvier 1850, celui qui allait devenir « le prince des prédicateurs »,
Charles SPURGEON, alors âgé de quinze ans, connut le grand tournant
de sa vie en se donnant à Jésus-Christ, son Sauveur. Un dimanche matin,
une tempête de neige obligea le jeune homme qui se rendait à l’église, à
entrer dans une petite chapelle située dans une ruelle obscure. Une
douzaine de personnes y étaient rassemblées. Du récit qu’il fit lui-même
des circonstances de sa conversion, retenons ces quelques lignes : « Le
prédicateur ne put venir ce matin-là, bloqué par la neige, je suppose.
Finalement, un homme d’une grande maigreur, un cordonnier ou un
tailleur, ou quelque chose de cette sorte, monta en chaire pour prêcher. Il
faut bien sûr que les prédicateurs soient instruits, mais cet homme, lui, était
vraiment primaire. Il ne pouvait pas sortir de son texte pour la simple
raison qu’il n’avait pratiquement rien d’autre à dire. Le texte disait :
‘Regardez à moi et vous serez sauvés, vous tous qui êtes aux extrémités de
la terre !’ Il ne prononçait même pas les mots correctement, mais cela
n’avait pas d’importance. Il me semblait qu’il y avait, dans ce texte, une
lueur d’espoir pour moi... Quand il eut réussi à délayer son discours
pendant environ dix minutes, il arriva au bout de ses ressources. »33 Le
prédicateur de fortune l’interpella alors directement et quelques instants
plus tard les ténèbres du péché étaient chassées par le flot de lumière
céleste qui inonda son cœur. Ainsi, tout respirait la faiblesse et
l’impuissance humaine dans les circonstances qui présidèrent à la nouvelle
naissance de cet évangéliste éminent, l’une des grandes figures de l’histoire
de l’Eglise ; tempête de neige, ruelle obscure, petite chapelle, auditoire plus
que modeste, prédicateur balbutiant s’étaient donnés rendez-vous pour que
Dieu puisse agir librement, avec puissance, dans le cœur en recherche d’un
adolescent dont il voulait faire un instrument de très riches bénédictions
pour beaucoup d’hommes.

HUDSON TAYLOR
Seize ans plus tard, le 6 février 1866, la première Feuille occasionnelle
de la Mission à l’Intérieur de la Chine fondée dans le courant de l’année
précédente était remise à l’imprimeur. Hudson TAYLOR y écrivait ceci :
« Nous pouvons adopter le langage de l’apôtre Paul et dire : qui est
suffisant pour ces choses ? Notre faiblesse est à son comble, nous devrions
être accablés par l’immensité de la tâche qui est devant nous et le poids de
la responsabilité qui est sur nous, si ce n’était que notre faiblesse et notre
incapacité mêmes nous donnent un droit spécial à l’accomplissement de Sa
promesse qui dit : Ma grâce te suffit, car ma puissance s’accomplit dans la
faiblesse. »34 Cette pensée revient fréquemment sous la plume de ce
serviteur si passionné pour son Maître : « Le Seigneur Lui-même a choisi
Ses instruments d’une manière remarquable : les plus insignifiants sont
capables, dans Sa main, de servir à la louange de Sa gloire. Il en est comme
dans la nature : il y a des chênes beaux et vigoureux et, à côté, de petites
fleurs des prés, les uns et les autres placés là par Sa main. Moi-même, par
exemple, je ne suis pas spécialement doué, je suis timide de nature, mais
mon Dieu et Père miséricordieux s’est penché sur moi et pendant ma
jeunesse, Il m’a fortifié dans la foi, moi qui étais faible. Il m’a appris à me
reposer sur Lui et même à le prier pour des petites choses dans lesquelles
un autre se sentirait capable de se tirer d’affaire tout seul. »35 Un de ses
biographes se plaît à souligner le contraste saisissant entre l’instrument
choisi par Dieu, un homme pauvre, sans influence et sans préparation
spéciale, et l’envergure de la charge qu’il exerça comme fondateur et
directeur d’une organisation mondiale, englobant des missionnaires de
toutes les dénominations évangéliques et de tous les pays. A la lecture de
sa volumineuse correspondance, on perçoit l’homme très conscient de ses
limitations et de sa fragilité, insistant d’autant plus sur la fidélité de Dieu
qu’il se sent faible, incapable et impuissant devant l’immensité de la tâche
à accomplir et les montagnes de difficultés à surmonter. La devise de sa vie
a été gravée sur le portique du bâtiment de la Mission à l’Intérieur de la
Chine36, à Londres : « AYEZ FOI EN DIEU » (Mc 11:22). C’est pendant
l’année de ses plus lourdes épreuves, en 1870, qu’Hudson Taylor a été
arrêté par ces paroles de Jésus à ses disciples. S’appuyant sur la possibilité
qu’offre le texte grec d’une seconde traduction légèrement différente, il
préfère lire : « COMPTEZ SUR LA FIDÉLITÉ DE DIEU » (« Parole
Vivante » indique cette possibilité en note : Appuyez-vous sur la fidélité de
Dieu), aimant faire remarquer que ce n’est pas notre foi qui rend possible la
fidélité de Dieu, mais sa fidélité qui sert d’appui à notre foi ; « Le Seigneur
est toujours fidèle. Les disciples disaient : ‘Seigneur, augmente-nous la
foi’. Le Seigneur ne les a-t-il pas repris à ce propos ? Ce n’est pas d’une
grande foi que vous avez besoin, leur dit-Il en fait, mais de la foi en un
grand Dieu. Si même votre foi est petite comme un grain de moutarde, elle
suffit pour déplacer une montagne. Nous avons besoin d’une foi qui repose
sur un grand Dieu, et qui compte qu’Il accomplira Sa propre parole, et fera
exactement ce qu’Il a promis. »37

ARTHUR ET WILDA MATTHEWS


Dans son livre remarquable, Verdoyant malgré la sécheresse, Isobel
Kuhn raconte l’histoire émouvante de la sortie hors de la Chine
communiste, des derniers missionnaires appartenant à la Mission à
l’Intérieur de la Chine, durant les années 1950 à 1953. Le récit se déroule
presque entièrement dans un pauvre logis de Hwangyuan, bourgade blottie
dans une haute vallée montagneuse, à trois mille mètres d’altitude, aux
confins des terres mystérieuses de l’Asie centrale, dans la vaste province
du Kansu. Là, deux jeunes missionnaires, Arthur et Wilda MATTHEWS,
avec leur petite fille Lilah, venus avec un cœur brûlant et un lourd fardeau
pour les besoins spirituels des Mongols, vont vivre dans un dénuement
extrême et de plus en plus isolés de l’extérieur. Les autorités leur
interdiront de travailler et d’avoir des contacts avec la population locale,
leur faisant subir un véritable supplice moral fait de brimades, accusations
mensongères, promesses fallacieuses, etc. Leur situation s’aggravera
progressivement jusqu’à ce que finalement, à l’issue de plus de deux
longues années, ils reçoivent leur visa de sortie pour regagner enfin le
monde libre. Dans une des nombreuses lettres écrites par Arthur Matthews
pendant cette période pleine d’énigmes pour la foi du couple missionnaire,
on peut lire ces lignes : « Le Seigneur a besoin de nous montrer parfois,
non seulement la puissance de l’adversaire, mais aussi la faiblesse de nos
cœurs. Les batailles ne sont pas gagnées par la force, par les actions
d’éclat, mais par la faiblesse totalement faible, qui refuse de faire quoi que
ce soit pour elle-même, mais se confie en la fidélité de Dieu, même quand
cette confiance semble folie. »38
Chapitre 7 : L’épreuve de la faiblesse (2)
Folie ou sagesse ?

La ‘philosophie de la faiblesse’ a toujours été une folie, voire même un


scandale pour l’homme sans Christ. Elle heurte de plein fouet l’intelligence
obscurcie de l’incrédule, qui idolâtre la puissance sous toutes ses formes et
méprise si facilement la fragilité et l’humiliation. Il n’est pas bon du tout
d’être dans le camp des faibles, vulnérables et sans défense, dans le monde
d’aujourd’hui. Ils sont si vite marginalisés, laissés pour compte, envoyés au
tapis, par ce processus de la sélection naturelle si cher à Darwin et à ses
disciples. Les moins forts, les moins aptes dans la lutte pour la vie, sont
éliminés par les mieux équipés, plus débrouillards, plus insensibles...

Ainsi se développent, dans la société moderne, les tumeurs malignes aux


multiples métastases de l’avortement, de l’infanticide et de l’euthanasie. On
supprime la vie inutile parce que trop faible, d’abord sous le manteau, de
manière diffuse et sournoise. Au fur et à mesure que les barrières de
résistance morale cèdent sous les coups de boutoir de raisonnements subtils
par leur semblant d’humanité, on légalise, on institutionnalise, on
déculpabilise, et le ‘cancer’ peut proliférer et se généraliser finalement sans
plus aucun frein pour le stopper. On pourrait aussi évoquer l’élitisme scolaire
et d’entreprise, la course aux diplômes les plus élevés et pointus, les études
toujours plus longues, les systèmes de plus en plus compliqués... Toutes ces
expressions de puissance engendrent un nombre impressionnant de laissés
pour compte, qui gisent sans force ni espoir au bas de l’échelle après avoir
essayé de grimper au rythme soutenu qui leur était imposé par le système en
place, mais qui n’ont pas pu tenir ce train d’enfer. Que voulez-vous, leur
santé est déficiente depuis toujours, leurs nerfs fragiles, leur caractère trop
effacé, leur conscience trop sensible... Ils sont TROP FAIBLES !

« La Bible défend une conception de l’homme radicalement différente de


celle que nous sommes accoutumés à voir et qui correspond aux normes de
ce monde. Jésus se tient du côté des faibles. Dieu se manifeste rarement par
les puissants, il agit de préférence par le canal de celui qui est conscient de sa
faiblesse. Par la grâce de Dieu, la valeur de l’homme faible réside, non dans
ses capacités, mais dans sa foi »39. Le Docteur Paul Brand va dans la même
direction lorsqu’il écrit : « Ceux qui possèdent beauté, force, pouvoir,
richesses ne reflètent pas aisément l’image de Dieu. A l’inverse, Son Esprit
brille avec plus d’éclat au travers de la fragilité du faible, de l’impuissance
du pauvre, et de la difformité du bossu. Même dans un corps brisé, l’image
de Dieu peut apparaître plus clairement. »40

Dieu a prouvé à l’humanité que telle était bien sa conception de


l’homme par la manière dont II vint dans ce monde lorsqu’Il y envoya son
fils unique Jésus-Christ. Le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs est
descendu sur cette terre, pratiquement incognito, préférant une petite
bourgade sans éclat au prestige de la capitale nationale. Il n’a pas voulu
naître dans un pays classé parmi les grandes puissances mondiales de
l’époque, mais au sein d’une toute petite nation vivant sous la botte romaine,
et que Moïse avait appelée jadis « le moindre de tous les peuples » (Dt 7:7).
Il n’est pas apparu au milieu des hommes dans la force de l’âge, au sommet
de la puissance et dans un déploiement impressionnant de ‘motards et de
limousines officielles’, mais dans la fragilité absolue d’un petit bébé, faible et
dépendant, sous les regards attendris de parents d’humble condition. Il n’a
pas choisi un joli berceau bien douillet dans une des chambres luxueuses
d’un palais princier, mais une mangeoire, faute de place dans la salle de
l’auberge réservée aux voyageurs. Ses premiers adorateurs, les bergers,
appartenaient à un groupe social méprisé. Cette corporation traînait derrière
elle le boulet d’une bien mauvaise réputation qui valait à ses membres,
considérés généralement comme mécréants et voleurs, de ne pas être
autorisés à témoigner dans un procès. Le Seigneur Jésus fut, dans sa
condition humaine, fils ‘adoptif’ d’un modeste charpentier et habita pendant
une trentaine d’années dans une obscure cité galiléenne appelée Nazareth
qu’un de ses premiers disciples, Nathanaël, pour ne citer que lui, ne tenait
pas en haute estime : « Peut-il venir de Nazareth quelque chose de bon ? »
(Jn 1:46). Il s’entoura d’une équipe composée presque exclusivement de ces
bouillants Galiléens, hommes simples et ‘sans instruction’, qui passaient
pour des gens rustres, ignorants et sots aux yeux des gens bien-pensants de
Jérusalem (Ac 4:13). Il ne suivit pas les écoles rabbiniques (Jn 7:15) et
fréquenta beaucoup plus les petites gens, les collecteurs d’impôts et les
pécheurs notoires que la Haute Société Israélienne de l’époque. Il affirmait
ainsi à qui voulait l’entendre, démonstrations à l’appui, qu’il était venu non
pour passer de la pommade aux propres justes drapés dans leurs manteaux de
suffisance orgueilleuse mais pour faire éclater sa miséricorde envers les
faibles et les déshérités de toutes catégories, en particulier envers ceux qui
aspiraient à quitter pour toujours leur haillons de pécheurs (Mt 9:10-13). Il
s’identifia si totalement aux pauvres et aux prisonniers, aux étrangers et à
tous les handicapés, à la veuve et à l’orphelin, qu’il put affirmer, quelques jours
avant de mourir sur la croix, que tout ce que l’on ferait, en bien ou en mal, à
l’un de ces plus petits de ses frères, c’est à Lui qu’on le ferait (Mt 25:40). Il
entra triomphalement à Jérusalem, non en personnage superbe et belliqueux
prêt à bouter l’ennemi étranger hors des frontières, mais en humble roi de
paix monté sur un ânon, venant s’offrir en sacrifice pour le salut de tous les
hommes sans exception. Il se retrouva finalement crucifié entre deux
brigands après qu’un criminel notoire ait été relâché à sa place. Combien la
description du prophète Esaïe, faite des siècles à l’avance, est vraie : « Il s’est
élevé devant l’Eternel comme une faible plante, comme un rejeton qui sort
d’une terre desséchée ; il n’avait ni beauté ni éclat pour attirer nos regards,
et son aspect n’avait rien pour nous plaire... » (Es 53:2). Combien les
paroles de l’hymne adressé par Paul aux Philippiens sont justes : « ... Il se
dépouilla lui-même, prenant la condition d’esclave. Il se rendit semblable aux
hommes en tous points, et tout en lui montrait qu’il était bien un homme. Il
s’abaissa lui-même en devenant obéissant, jusqu’à subir la mort, oui, la mort
sur la croix » (Ph 2:7-8).
Un douloureux constat. L’Eglise de Jésus-Christ, en particulier dans nos
pays industrialisés, semble avoir par trop oublié cette ‘philosophie de la
faiblesse’ si chère au cœur de Dieu. Sous prétexte de s’équiper pour faire face
aux besoins de notre temps, préoccupation bien légitime, elle a été
contaminée par ce virus de puissance et d’élitisme destructeur. Dans le
service de Dieu, le degré des capacités intellectuelles et l’importance du
diplôme obtenu prennent trop souvent le pas sur les manifestations du
caractère, les qualités de cœur, l’esprit de serviteur, la consécration au
Seigneur. « Quand Dieu mesure quelqu’un, il passe son mètre autour du cœur
de l’homme et non autour de sa tête ». Trop de brebis errent sur les montagnes
(Ez 34:6) des discours intellectuellement trop élevés, ardus, pointus, mais
vides de la vie et de la puissance d’en-haut, reçue dans l’intimité de Jésus-
Christ. Dans un de ses livres, Paul Brand, déjà évoqué précédemment, parle
d’un homme qui marqua sa mémoire d’enfant bien plus que tous les
prédicateurs érudits et éloquents les plus renommés d’Angleterre qu’il allait
alors souvent écouter : « Willie montait en chaire, vêtu d’un tricot bleu de
pêcheur, la balance à poissons accrochée à son côté, apportant une odeur de
marée dans l’église. Cet homme sans instruction, au parler rude des gens de
la mer et qui ne s’embarrassait pas de règles de grammaire, à la foi simple,
contribua plus que tous les autres réunis à faire naître en moi une foi vivante
et solide, durant ces années de formation. Quand il parlait du Christ, c’était
comme d’un ami personnel, et l’amour de Dieu émanait de lui à travers ses
larmes. Willie Long, insignifiant sans doute aux yeux des hommes, me
révélait l’image de Dieu. »41 Toutefois, que personne ne soit tenté de trouver
dans ces lignes une excuse providentielle à la paresseuse nonchalance qui se
refuse au moindre effort intellectuel et s’égare dans on ne sait quel
mysticisme vaporeux et sentimental. Car, hélas, par réaction instinctive et
comme pour faire contrepoids, il est aussi des églises qui ont jeté l’intellect
par-dessus bord, faisant errer les brebis du troupeau sur les nuages éthérés de
messages sans consistance, privilégiant à outrance l’expérience et la
dimension affective. Les hommes que nous avons vu défiler sous nos yeux
dans le chapitre précédent n’étaient pas des paresseux mais d’humbles et
courageux travailleurs qui savaient qu’il n’y a pas d’inspiration venant du
Seigneur sans une abondante transpiration liée aux efforts personnels.
Toutefois ils veillaient aussi attentivement à ne pas se confier dans leur dur
labeur mais en Celui qui leur donnait la force de bien travailler pour sa
gloire.
Il faudrait aussi évoquer la marginalisation du vieillard, la place
prépondérante de la technique et de l’argent, le faux ‘Evangile de la Santé et
de la Prospérité’ qui voit Satan et le péché derrière la pauvreté, la maladie et
l’épreuve, et promet richesse, santé et longue vie à celui qui croit cela et
n’hésite pas à le proclamer... Toutefois nous ne pouvons pas escamoter un
aspect essentiel de l’oubli volontaire de cette ‘philosophie de la faiblesse’. Il
se traduit par une attitude catastrophique des plus communes et courantes
dans nos églises qui se veulent fidèles au Seigneur : le refus de reconnaître
ses torts et de s’humilier, de demander pardon et de pardonner, de supporter
l’injustice, de s’effacer devant l’autre... en quelques mots, le refus
d’emprunter le chemin de la croix, d’être comme le grain de blé qui meurt
pour porter beaucoup de fruit (Jn 12:24-26).
Un retour à la Croix. Nous devons absolument revenir à la vie et au
message de la croix. « Nous, nous prêchons Christ crucifié, scandale pour les
Juifs et folie pour les païens, mais puissance de Dieu et sagesse de Dieu pour
ceux qui sont appelés, tant Juifs que Grecs. Car la folie de Dieu est plus sage
que les hommes, et la faiblesse de Dieu est plus forte que les hommes (1 Co
1:23-25). Golgotha, voilà le cœur du réacteur nucléaire du Christianisme !
L’Agneau de Dieu, volontairement tondu, faible, muet, méprisé, abandonné
des hommes, meurt à ma place et pour mes péchés. La défaite apparente de
la faiblesse fragile, pauvre et sans défense du Fils de Dieu se mue en
triomphe éclatant par l’irruption du Ressuscité hors du tombeau solidement
gardé. Désormais, tous les faibles qui le désirent de tout leur cœur peuvent
devenir forts en Christ, dans leur faiblesse même ! Ils sont accueillis par lui à
bras ouverts et trouvent en lui un ardent défenseur, un protecteur sûr et fidèle,
un souverain sacrificateur qui les comprend parfaitement et peut réellement
compatir à leurs faiblesses, ayant été tenté comme eux en toutes choses, sans
commettre de péché (Hé 4:15).

Dans le monde d’aujourd’hui qui privilégie les forts, ces faibles sont
invités à marcher sur les traces de l’Agneau qui injurié, ne ripostait pas à
l’injure, ne formulait aucune menace quand on le faisait souffrir, remettant sa
cause entre les mains du juste Juge (1 P 2:21-23). Dietrich Bonhoeffer l’a
exprimé en une phrase fulgurante : « Quand Christ appelle un homme, il lui
dit : viens et meurs ! » Jugés perdants, comme leur Sauveur pendu au bois,
ils se savent gagnants en lui, déjà maintenant au tréfonds de leur cœur, et plus
encore demain lorsqu’ils recevront leur corps de résurrection et que la justice
de Dieu triomphera définitivement. Avec l’apôtre Paul, ils se réjouissent
lorsqu’ils sont faibles à l’heure où d’autres se vantent d’être forts (2 Co
13:9), car leur faiblesse même est le piédestal sur lequel Dieu installe et fait
resplendir sa force toute puissante. Ils puisent leurs forces dans la grâce qui
est leur en vertu de leur union avec Jésus-Christ (2 Tm 2:1). Equipés par
Dieu d’un Esprit qui, loin de faire d’eux des lâches, les rend forts, aimants et
réfléchis (2 Tm 1:7), ils conduisent vers le Sauveur doux et humble de cœur,
les fatigués et chargés, les malades de l’âme et du corps, les « roseaux à demi
brisés » et les « lampes dont la mèche fume encore » (Mt 12:20).

Conclusion. Jusqu’ici nous avons considéré le rôle du temps et celui de la


faiblesse dans la mise à l’épreuve de la fidélité. En conclusion à ces deux
premières leçons du torrent de Kerith, très liées entre elles comme nous
avons pu le constater, n’est-ce pas ici que doit s’inscrire en lettres d’or et
avec un relief particulier une des merveilleuses promesses contenues dans la
Bible : « Aucune tentation (ou : épreuve) ne vous est survenue qui n’ait été
humaine, et DIEU QUI EST FIDÈLE, ne permettra pas que vous soyez
tentés au-delà de vos forces; mais avec la tentation il préparera aussi le
moyen d’en sortir, afin que vous puissiez la supporter » (1 Co 10:13). A
l’époque où l’électricité n’était pas encore entrée dans les trains, deux
hommes voyageaient dans le même compartiment. Le train entra dans un
tunnel, plongeant subitement nos amis dans une obscurité totale. L’un des
deux, qui n’en était pas à son premier voyage, voulant rassurer l’autre lui dit
alors : « Réjouissez-vous, mon ami, nous ne sommes pas dans un sac ; il y a
un trou à l’autre bout ! ». Le réalisme d’une foi équilibrée s’empresse
aussitôt d’ajouter ici ces paroles de sagesse : « Le pessimiste voit le tunnel ;
l’optimiste voit la lumière au bout du tunnel ; mais le réaliste voit le tunnel,
la lumière au bout du tunnel et le prochain tunnel ». Ce qui m’importe par-
dessus tout, c’est d’avoir la certitude que le Seigneur Jésus est avec moi
dans tous mes tunnels, repoussant l’obscurité au fur et à mesure que
j’avance pas à pas vers une nouvelle vallée ensoleillée.

Mes circonstances ne sont pas des ennemis à combattre mais des fruits à
presser pour en tirer les vitamines me permettant de croître en maturité et en
stabilité par une meilleure connaissance de mon propre cœur et de mon Dieu.
Dans la vie végétale et animale, de nombreux exemples attestent la véracité
rassurante de ce message. Considérons la métamorphose du papillon
Empereur (ou Tabac d’Espagne), dans sa toute dernière phase : la chrysalide
doit emprunter un ‘tunnel’ pour devenir l’insecte élégant et gracieux que
nous connaissons. Pendant plusieurs heures, elle fournit un effort intense
pour se frayer un passage à travers l’étroit goulot final de son cocon
piriforme. Cette compression insuffle une substance vitalisante dans les ailes
du papillon en formation. Un expérimentateur soucieux d’atténuer cette rude
épreuve décida de sectionner les filaments retenant l’un d’entre eux dans son
‘tunnel’ resserré ; ses ailes ne purent se développer et se déployer. Incapable
de voler, l’insecte se traîna misérablement et mourut rapidement. Notre
métamorphose progressive à la ressemblance de Jésus-Christ passe
obligatoirement par ces goulets d’étranglement, ces étroits tunnels et ces
gorges profondes, sagement placés par Celui qui a lui-même tracé l’itinéraire
terrestre de chacun de ses enfants. Il est avec moi au bord de tous mes
torrents de Kerith ou de Jabbok, quand je prends mes justes mesures en
matière d’impuissance et de fragilité... II est encore avec moi dans
l’impasse, devant ma mer Rouge ou sur les pentes très relevées de mon
Morija... Il est toujours avec moi, ne me lâchant pas d’une semelle quand
je n’en finis pas de tourner en rond sans comprendre pourquoi, autour de
mon imprenable Jéricho... Lorsque j’apprends ainsi à attendre avec patience
et à marcher avec confiance, au rythme du Maître absolu du temps et selon
son itinéraire, il me suffit de savoir que le Dieu fidèle contrôle, dose,
chronomètre... parfaitement les tentations permises et les épreuves prévues
dans le but de faire mûrir le fruit de l’Esprit en moi, et d’aiguiser ma foi dans
sa parfaite fidélité. Moi aussi, je peux être « pressé de toute manière, mais
non écrasé ; désemparé, mais non désespéré, persécuté, mais non abandonné,
abattu, mais non perdu » (2 Co 4: 8-9) parce qu’absolument rien ni personne
ne peut me séparer de Son amour manifesté en Jésus-Christ (Rm 8:35-39).

La parabole du cultivateur (Es 28:23-29) contient trois précieuses


indications fort encourageantes concernant la stratégie de Dieu dans le
domaine de l’épreuve :
- Il ne laboure pas toujours notre cœur (23-24).
- Il sait parfaitement faire la différence entre chacun de nous (25-28) ; il
nous connaît à fond et a prévu pour chacun d’entre nous un chemin unique
au monde. Son action est donc personnalisée, soigneusement mesurée, sans
arbitraire ni désordre, et pleine d’amour.
- Quand il laboure, c’est toujours avec l’objectif de semer en vue de
récolter à son heure (24a).

« Admirable est son conseil et grandes sont ses ressources »


(29)

« Ô profondeur de la richesse, de la sagesse


et de la connaissance de Dieu !
Que ses jugements sont insondables
et ses voies incompréhensibles !
... Tout est de lui, par lui et pour lui !
A lui la gloire dans tous les siècles. Amen !
(Romains 11:33-36)
Chapitre 8 : L’épreuve de l’obéissance (1)
« Plus moi, mais Christ ! »

VIVRE AU DIAPASON DE DIEU


Être là où Dieu nous veut, telle est la troisième leçon du torrent de
Kerith. Les dix premiers versets de l’histoire d’Elie nous la font toucher du
doigt grâce à un petit indice fort intéressant. Certaines versions utilisent à
quatre reprises le même adverbe de lieu :
Verset 4 : « ... j’ai ordonné aux corbeaux de te nourrir là ».
Verset 9 : « ... va à Sarepta... et demeure là » (ou : « restes-y»).
« ... j’ai commandé là à une femme veuve de te nourrir » (j’y ai...).
Verset 10 : « ... il y avait là une femme veuve qui ramassait du bois ».

Ce quadruple là fait penser au diapason qui donne le ‘la’ lorsqu’on le fait


vibrer. Le prophète Elie nous invite à vivre avec lui au diapason de Dieu en
alignant notre vie sur le ‘la’ de sa volonté. Il importe que nous pensions et
agissions dans la tonalité du ciel et que la musique de notre christianisme soit en
accord avec la partition d’en-haut. L’Eternel avait promis son secours à son fidèle
serviteur en deux lieux bien précis : le torrent de Kerith et Sarepta. Ces deux
endroits correspondaient au centre de Sa volonté pour lui. Il est intéressant de
relever, par contraste, qu’au chapitre 19 la sévère défaillance du prophète
s’enfuyant dans le désert pour sauver sa vie a finalement rencontré une question
bienveillante de l’Eternel prêt à écouter son serviteur dépressif : « Que fais-tu ici,
Elie ? » (1 R 19:9,13). Cette question posée deux fois soulignait, avec douceur,
qu’Elie désemparé était sorti du ‘là’ de la volonté de son Dieu sous la pression
des circonstances difficiles. Après avoir reçu les soins d’amour de l’Eternel et
son message de puissant encouragement « Elie partit de là » (v. 19) et reprit le
chemin de la volonté de Dieu. Plus tard, lorsqu’à trois reprises le roi Achazia, fils
d’Achab, envoya ses soldats chercher Elie assis au sommet du Carmel, le
prophète refusa de quitter ce lieu jusqu’à ce que l’Ange de l’Eternel le lui ait
ordonné. Sa meilleure sauvegarde consistait à se tenir là où Dieu voulait qu’il soit
(2 R 1). Enfin, juste avant que l’Eternel le fasse monter au ciel dans un tourbillon,
Elie marcha une dernière fois au diapason de Dieu, sur cette terre. Il suivit sans
détours l’itinéraire qui lui était prescrit en prévision de cet évènement
exceptionnel, faisant étape à Béthel, à Jéricho et au bord du Jourdain (2 R 2).
Jusqu’au bout, ce fidèle serviteur se soumit au ‘là’ de la volonté de Son Dieu.

Il lui fallait vivre dans le temps de Dieu. Il lui fallait vivre dans le lieu de
Dieu. Être là où Dieu le voulait, allait devenir une sécurité et une force
fantastiques à l’heure de la mise à l’épreuve de sa fidélité. Si Elie a tenu bon
malgré les tentatives probables de déstabilisation de la part de l’Ennemi pendant
que les eaux du torrent baissaient, c’est parce qu’il était au cœur du meilleur plan
de Dieu pour lui. S’il a pu ensuite parler à la pauvre veuve avec une telle audace
de la foi, c’est parce que Sarepta était inscrit par Dieu lui-même dans son
itinéraire, juste après Kerith. Dans un précédent chapitre, nous évoquions le
cambriolage de notre voiture au début de notre voyage en Pologne, en août 1983.
L’assaut d’intimidation et les suggestions fétides de l’Adversaire échouèrent
parce que nous avions la certitude que ce voyage était au cœur de la volonté de
Dieu et entrepris à son heure. C’est en y pensant fortement, après la folle
angoisse des premiers instants qui suivirent la découverte désagréable, que nous
fûmes rapidement rassurés et confiants pour la suite de ce long périple plein
d’inconnu et de suspens. Faisant allusion à la situation du prisonnier Paul
voguant vers l’Italie, dans la volonté de Dieu, à bord d’un bateau qui allait faire
naufrage, Andrew Murray décrit les quatre ancres indispensables dans la
tempête de l’épreuve (Actes 27:29) :
« 1e Dites : C’est Lui qui m’a amené où je suis. C’est Sa volonté que je passe
par cette épreuve. Je fonde sur ce fait ma paix intérieure.
2e Il m’y gardera dans Son amour et me donnera la grâce d’agir comme le
doit Son enfant.
3e Il transformera cette épreuve en bénédiction, et m’apprendra les leçons
qu’il jugera nécessaires.
4e Au temps favorable fixé par Lui, Il m’en fera sortir de la manière dont Il
l’a prévu.

Je déclare donc : 1e Je suis ici par la volonté de Dieu. 2e Je suis sous Sa


garde. 3e Je suis à Son école. 4e J’y resterai le temps qu’Il aura fixé. »42
Se savoir dans la volonté de Dieu et en recevoir la confirmation dans
l’intimité de sa relation avec Lui (Ac 27:23-24), quelle force pour l’apôtre, déjà
bien éprouvé par ailleurs, à bord de ce bateau violemment battu par la tempête.
Hélas, comme l’a écrit le pasteur Walter Luthi, « bien souvent on fait des projets
et on agit n’importe comment, en se disant que Dieu n’a qu’à nous donner Sa
bénédiction. On emprunte des chemins que Dieu ne nous a jamais invités à
suivre et, par la suite, quand l’affaire a mal tourné ou que Dieu n’aide pas à
sortir d’embarras, on a encore le front de lui reprocher insolemment de ne
pas tenir parole, de ne pas exaucer nos prières ! ». Heureux sommes-nous
donc lorsqu’à l’heure où le niveau de notre torrent de Kerith baisse
dangereusement et qu’un de ces ‘MAIS’ énigmatiques de Dieu croise notre
chemin, nous pouvons humblement nous réfugier dans cette certitude : « Je
suis ici et maintenant dans la volonté de mon Dieu ! ». Il n’y a pas de
meilleure riposte à toutes les insinuations perfides de Satan cherchant à
nous ébranler.

ISRAËL
Dans un chapitre précédent, nous avons considéré les pérégrinations
d’Israël au désert sous la conduite de Moïse. Le peuple devait absolument
se soumettre à Dieu quant à l’itinéraire à suivre. Juste après l’épisode
extraordinaire de la mer Rouge, la nuée conduisit les enfants d’Israël vers le
désert de Schur et ils connurent un nouveau moment difficile aux eaux de
Mara. Le texte précise que « ce fut là que l’Eternel donna au peuple des lois
et des ordonnances, et ce fut là qu’il le mit à l’épreuve » (Ex 15:22-26).
Dieu intervint de nouveau en faveur des siens, puis ils repartirent et
« arrivèrent à Elim, où il y avait douze sources d’eau et soixante-dix
palmiers. Ils campèrent là, près de l’eau » (v. 27). Après la première halte
amère et décevante à Mara, venait l’arrêt délicieux d’abondance et de
fraicheur à Elim. Chaque étape de ce voyage entrait dans un plan précis de
l’Eternel et lui donnait l’occasion d’enseigner et de former son peuple. Il
était indispensable qu’Israël chemine continuellement au ‘la’ du diapason
céleste. Lorsqu’au bout de quarante ans la nouvelle génération fut près de
franchir le Jourdain pour entrer en possession du pays promis, Moïse lui
donna de nombreuses instructions de la part de l’Eternel. Il n’était pas
question, par exemple, qu’une fois installés chez eux les enfants d’Israël
servent et adorent leur Dieu n’importe où et n’importe comment : « Vous irez
au lieu que l’Eternel choisira... C’est là que vous présenterez vos holocaustes...
C’est là que vous mangerez devant l’Eternel... C’est là que vous vous
réjouirez... et c’est là que tu feras tout ce que je t’ordonne (Dt 12:6,7,11,14).
Plus question que chacun fasse ce qui lui semble bon ! » (v. 8).

JÉSUS-CHRIST
En entrant dans le monde, le Christ a dit à son Père : « Voici, je viens
pour faire ta volonté » (Hé 10:5-7). C’était là un grand principe de vie qui
allait présider à toute son activité parmi les hommes. Dès le début donc de
ce temps de l’incarnation, Jésus affirmait solennellement sa sainte
résolution d’aligner sa vie terrestre entièrement sur le ‘la’ du diapason du
Père céleste. C’est aussi ce qu’il expliqua à ses disciples en utilisant une
expression qui ne laissait aucun doute sur l’importance vitale de sa
principale préoccupation : « Ma nourriture est de faire la volonté de celui
qui m’a envoyé, et d’accomplir son œuvre » (Jn 4:34 ; voir aussi 5:30 ;
6:38 ; 8:29, etc.). Quel combat bouleversant fut le sien dans le jardin de
Gethsémané, juste avant son arrestation, alors qu’une profonde tristesse et
des angoisses terribles s’abattaient sur lui à la pensée de sa mort toute
proche sur la croix : « ... Non pas ce que je veux, mais ce que tu veux... que
ta volonté soit faite ! » (Mt 26:36-46). Mais aussi quelles conséquences
fantastiques à cette soumission volontaire portée à son plus haut degré :
alors qu’Adam, dans sa désobéissance à la volonté de Dieu, a été déchu de
la justice et toute l’humanité avec lui, Jésus-Christ, dans son obéissance
parfaite à la volonté de Dieu jusqu’au sacrifice suprême de Golgotha, a
accompli toute la justice en faveur de tous les hommes (Rm 5:19). Parce
que sur la croix, il était là où Dieu voulait qu’il soit, tous les hommes sans
exception peuvent être déclarés justes en mettant leur entière confiance en
lui.

L’APÔTRE PAUL
Il a remarquablement marché sur les traces de Jésus-Christ. Voyez-le,
par exemple, soumettant à la volonté de Dieu ses projets de voyages et de
visites aux églises (Rm 1:10 ; 15:32 ; 1 Co 4:19 ; 16:5-7). Observez-le,
acceptant avec souplesse les changements d’itinéraires imposés ou indiqués
par le Saint-Esprit au cours de ses déplacements (Ac 16:6-10). Prenez la
mesure de sa soumission au plan de Dieu pour sa vie, tandis que lié par
l’Esprit qui l’avertit des tribulations qui l’attendent, il se dirige vers
Jérusalem, déterminé à être là où le Seigneur le veut quoi qu’il puisse lui en
coûter, malgré les pressions affectueuses de ses proches collaborateurs et
d’autres croyants (Ac 20:22-24 ; 21:4-16). Peut-être lui a-t-on rapporté les
paroles de Jésus à ses disciples, quelques jours avant la croix : « Si
quelqu’un me sert, qu’il me suive, et là où je suis, là aussi sera mon
serviteur » (Jn 12:26). Le soir du dernier souper, Jésus avait pris soin de
compléter cette parole douloureusement exigeante par une merveilleuse
promesse : « Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père... Je vais
vous préparer une place... je reviendrai et je vous prendrai avec moi, afin
que là où je suis vous y soyez aussi » (14:2-3). Paul sait qu’il vaut mieux
être dans la fournaise avec le Seigneur, qu’hors de la fournaise sans le
Seigneur, d’autant plus lorsque le cœur est rempli de la glorieuse certitude
d’être bientôt avec lui dans le ciel pour toujours. Remarquez avec quelle
insistance il recommande aux lecteurs de ses épîtres de mettre, comme lui,
leur point d’honneur à Lui être agréables (2 Co 5:9) : « Examinez ce qui est
agréable au Seigneur... comprenez quelle est la volonté du Seigneur » (Ep
5:10,17). Enfin écoutez-le demander à Dieu de remplir les croyants de
Colosses du discernement de sa volonté (Col 1:9-10), faisant ainsi équipe
avec son ami Epaphras qui prie avec persévérance pour qu’ils soient prêts à
accomplir pleinement la volonté de Dieu (4:12).

PRIORITÉ
Connaître et faire la volonté de Dieu doit donc être la principale
préoccupation du vrai disciple.

« Fais-moi connaître le chemin où je dois marcher... Enseigne-moi à


faire ta volonté ! Car tu es mon Dieu » (Ps 143:8,10). Prétendre être
membre de la famille du Seigneur Jésus sans faire la volonté de Dieu est
une imposture (Mc 3:35). D’ailleurs, « celui-là seul qui fait la volonté de
Dieu demeure éternellement » (1 Jn 2:17). Jésus l’a fait remarquer à ses
disciples en soulignant qu’il ne suffisait pas d’avoir un langage pieux
proclamant sa Seigneurie, de faire des discours prophétiques, de chasser des
démons ou même de faire des miracles en son nom, pour se retrouver
automatiquement parmi les enfants de Dieu sauvés pour l’éternité : « Ceux
qui me disent : Seigneur, Seigneur ! n’entreront pas tous dans le royaume
des cieux, mais seulement celui qui fait la volonté de mon Père qui est dans
les cieux... » (Mt 7:21-23). « Il nous faut prendre conscience du fait que
Dieu a un plan pour nos vies. Elles ne devraient pas se dérouler
capricieusement. Après avoir été rachetées, elles devraient être comme des
flèches atteignant leur cible. Nous n’avons qu’une vie. Employons-la avec
sagesse et sérieux. Nous sommes des disciples sous la discipline du Christ.
Nous ne pouvons répondre à toutes les questions, ni nous lancer dans toutes
les entreprises. Choisissons et demandons la grâce de discerner dans quels
domaines nous avons à être le sel et la lumière » (S. Escobar) 43. Frère
André souligne de manière incisive la priorité absolue de cette
préoccupation dans un de ses livres : « Nous devons donc nous faire à l’idée
que la connaissance de la vérité est plus importante que notre bonheur
personnel. D’ailleurs nous aurons ensuite toute l’éternité pour être heureux.
N’oublions pas que notre principale raison d’être sur la terre n’est pas d’y
être heureux, mais de faire la volonté de Dieu »44. En 1980, un médecin
missionnaire hollandais Erick et sa femme finlandaise Eve, étaient
retournés dans l’Afghanistan en guerre, après un bref congé. Tous deux y
furent tués avec des couteaux à cran d’arrêt dans leur maison qui servait
aussi d’église, laissant deux orphelins de cinq et trois ans. Avant leur départ
pour Kaboul, on leur avait demandé s’ils n’avaient pas peur. Eve avait
répondu : « Je ne connais qu’un grand danger : ne pas être au centre de
la volonté de Dieu ». « Celui qui suit l’Agneau a renoncé une fois pour
toutes à sa propre volonté et à ses propres chemins. Il n’a plus ni buts
personnels ni intérêts propres ; toute sa gloire a été engloutie par Sa
lumière. Il permet à son berger de lui refuser ses propres désirs, de lui barrer
la route. Il remarque et comprend que sur ce chemin il n’y a pas de place
pour la vie propre » (G. Steinberger)45. Comme on lui demandait quel était
le secret de la bénédiction reposant sur son œuvre, George Müller répondit :
« Il y a eu un jour où je suis mort, complètement mort, mort à G. Müller, à
ses opinions, à ses préférences, à ses goûts, à sa volonté, mort au monde, à
son approbation et à ses critiques, mort même à l’approbation et au blâme
de mes frères et de mes amis, et, depuis lors, je ne me suis attaché qu’à une
chose : me présenter devant Dieu comme un ouvrier éprouvé » (2 Tm 2:15).
‘L’HIPPOPOTAME MOI’
Une telle attitude et un message aussi fort jettent un gros pavé dans la
mare d’un christianisme hédoniste et narcissique très en vogue aujourd’hui,
parce que de plus en plus influencé par la recherche du plaisir, l’acceptation
de soi, l’amour de soi, l’expression de soi, la réalisation de soi, l’affirmation
de soi, l’estime de soi..., valeurs refuges de l’humanisme moderne sans
Dieu, érigeant l’homme en divinité et se débarrassant de toute contrainte :
« Le plus beau voyage que vous puissiez faire, c’est en vous-même... la
seule relation d’amour enrichissante, c’est avec vous-même... Quand vous
regardez votre vie et essayez de comprendre où vous avez passé et où vous
allez, quand vous considérez votre travail, vos amours, vos mariages, vos
enfants, vos douleurs, vos joies - quand vous examinez tout cela en détail,
vous découvrez en fait que la seule personne avec qui vous couchez
vraiment, c’est vous-même... La seule chose que vous ayez à faire, c’est de
travailler à la consommation de votre propre identité. Et c’est ce que j’ai
essayé de faire toute ma vie » (Shirley Mac Laine)46. C’est bien mal
connaître notre Moi que de s’évertuer à vouloir le satisfaire et l’épanouir en
faisant ses quatre volontés. Doué d’un appétit pantagruélique, il n’est
jamais rassasié, jamais heureux, toujours assoiffé de plats plus épicés,
d’émotions et de sensations plus fortes, d’élixirs plus doux ou plus corsés...
Le Moi est un puits sans fond. Plus on le flatte et le nourrit, plus il s’enfle,
s’étale et déborde, écrase et envahit, n’ayant jamais assez d’espace pour être
à son aise et bien dans sa peau. Pascal en avait fait l’expérience puisqu’il
écrivait : « La volonté propre ne se satisfait jamais, mais on est satisfait dès
l’instant qu’on y renonce ». L’évangéliste Moody était du même avis et le
disait ainsi : « Jamais je n’ai rencontré une personne qui m’ait causé autant
de souci que moi-même ».

CRUCIFIÉ AVEC CHRIST


Jésus-Christ n’est pas venu sur la terre pour soigner notre ‘Hippopotame
Moi’ mais pour le clouer sur la croix. Non seulement Il a été crucifié pour
moi, mais j’ai été crucifié avec Lui (Rm 6:6 ; Ga 2:20). J’ai lu l’histoire
d’un prédicateur bien connu qui visitait l’endroit où Jésus a probablement
été crucifié, à Jérusalem, près d’une des portes de la vieille ville. Il fit part à
son guide arabe de son désir de grimper sur la colline où s’était
certainement dressée la croix de son Sauveur. Le guide essaya vainement de
le dissuader et finit par y monter avec lui, impressionné par sa ferme
détermination. Il le fut encore plus en voyant le prédicateur ôter son
chapeau et courber la tête dans un profond recueillement plein d’émotion.
« Monsieur, êtes-vous déjà venu ici dans le passé ? » demanda alors le
guide. « Oui, il y a deux mille ans » fut la réponse du croyant.

Dieu désapprouve notre Moi ! Absolument intolérant à son endroit, il


l’a ‘liquidé’ sur la croix alors qu’aujourd’hui nous le soignons, le
bichonnons, le biberonnons, l’astiquons... à l’image de ce que fait un monde
sans but et sans espérance. « Ceux qui ont grandi sous des régimes
totalitaires hostiles à l’Evangile s’attendent à être rejetés, méprisés,
ridiculisés et souvent emprisonnés ou tués pour leur foi, et ne
comprendraient pas l’importance qu’accordent les chrétiens occidentaux à
l’estime de soi, à la réalisation de soi et à l’acceptation de soi » (Dave
Hunt). « Une grande partie de notre christianisme évangélique est centrée
sur l’homme. Nous avons besoin de revenir à une position chrétienne
centrée sur Dieu, qui enseigne ce que Dieu dit de faire, que vous en ayez
envie ou non. J’ai parfois vraiment envie de manquer au travail. Mais si j’y
réfléchis sérieusement, je sais que je dois aller travailler. Qu’est-ce qui doit
contrôler mon comportement ? Ce que je ressens ou ce que je pense ? Je
n’ai pas toujours envie d’obéir à Dieu. J’ai souvent envie de pécher. Je sais
cependant ce qui est vrai, que Dieu m’a racheté, que je lui appartiens, qu’il
est mon Seigneur. Qu’est-ce qui doit me contrôler ? Ce que je ressens ou ce
que je sais être vrai ? » (L.J. Crabb Jr.)47.

PLUS MOI, MAIS CHRIST !


Dieu ne me demande pas de crucifier moi-même et tout seul mon vieux
Moi. J’en serais d’ailleurs bien incapable et de toutes manières ce serait
encore lui faire trop d’honneur, forme subtile d’égocentrisme, que de lui
tourner autour nuit et jour pour essayer en vain de lui porter le coup fatal.
Car « le ‘moi’ est l’une des plantes les plus résistantes qui croissent dans le
jardin de la vie. En fait, aucun moyen humain ne peut la détruire. Au
moment même où nous sommes certains qu’elle est morte, elle repousse
quelque part ailleurs, plus robuste que jamais, prête à troubler notre paix et
à empoisonner le fruit de notre vie... » (A.W. Tozer). « Le Moi qu’on
s’emploie à éliminer rebondit toujours comme un bouchon lâché dans l’eau.
Plus on veut ‘comprimer’ le Moi et plus il se montre. Mettez-le au pilori et
le voilà sur le trône. Il est si tortueux qu’il réussit même à tirer orgueil des
assauts qu’il subit lorsqu’on tente de le déloger » (A. Adoul)48. Je suis
confronté à un Ennemi rusé préférant de loin me voir occupé de moi-même
plutôt qu’occupé du Seigneur Jésus, son vainqueur. « La mort de Christ en
croix a été aussi la mienne. Je reste crucifié avec lui, et si je continue à
vivre, ce n’est plus mon ancien Moi qui est à l’œuvre, c’est le Christ vivant
qui agit et reproduit sa vie en moi. Le reste de mon existence sur terre est
une vie vécue dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé jusqu’à mourir pour
moi » (Ga 2:20 ; tr. A. Kuen). Ce n’est plus moi, c’est le Christ, voilà la
solution. « Le chrétien victorieux n’est pas celui qui se vante ou qui se
méprise. Il ne s’intéresse plus à lui-même, mais à Christ. Il n’est plus
préoccupé de ce qu’il est ou ce qu’il n’est pas. Il croit qu’il a été crucifié
avec Christ, et il ne désire ni exalter ni déprécier l’homme qu’il est
devenu » (A.W. Tozer).

L’ANALOGIE DU MARIAGE
Pour mieux comprendre, procédons par analogie. Un certain samedi
d’octobre 1970, vers 14 h 30, mon vieux ‘moi de célibataire’ a été
définitivement crucifié devant Monsieur le Maire. J’ai officiellement
enterré ma vie de célibataire. Cet après-midi-là, un nouveau ‘moi d’époux’
étrangement ému a pris sa place. Une charmante demoiselle est entrée dans
ma vie en devenant ma femme de même que je suis entré dans la sienne en
devenant son mari. Cet évènement d’ordre juridique a été consigné sur un
registre avec signatures de témoins à l’appui. Ne croyez pas que depuis ce
jour mémorable de notre mariage, je me sois acharné du matin au soir sur
mon vieux ‘moi de célibataire’ afin que cette mort devienne une réalité dans
les faits. Certes, les habitudes du célibat ne se perdent pas d’un jour à
l’autre... mais quoi de plus fort et de plus efficace que les liens d’amour qui
m’unissaient désormais à mon épouse pour crucifier concrètement ce vieux
‘moi’. Ce n’est donc pas de lui que je me suis occupé, mais d’elle ! Ce n’est
pas lui que j’ai regardé, mais elle ! Vivre avec elle, partager, communier,
voyager, travailler, souffrir avec elle, combattre à ses côtés, l’aimer avec
fidélité... voilà ce qui contribue le plus, jour après jour, à la mort effective
de mon vieux ‘moi de célibataire’. Lorsque mon amour pour elle a
momentanément faibli et que notre communion a été provisoirement
rompue, alors, bien qu’officiellement crucifié depuis le jour de notre
mariage, mon vieux ‘moi de célibataire’ s’est remis à gigoter et à montrer le
bout de son nez... La seule solution a toujours consisté à rétablir au plus vite
notre relation d’amour pour continuer à cheminer de concert dans une
pleine et heureuse communion retrouvée. Et cela ne s’est jamais fait tout
seul, comme par un coup de baguette magique. Chacun de nous a dû faire
un effort de volonté pour rompre avec une mauvaise attitude et revenir
sincèrement et humblement vers l’autre. En cheminant étroitement
ensemble année après année, la crucifixion de mon vieux ‘moi de
célibataire’ devient progressivement une réalité de plus en plus profonde et
tangible tandis que mon nouveau ‘moi d’époux’ en union constante avec
mon épouse grandit pareillement.

Ainsi doit-il en être dans ma vie avec Christ : avoir à cœur de plaire à
Dieu, lui être agréable en me soumettant à sa volonté, marcher dans son
intimité et me laisser diriger par son esprit, choisir, connaître et gagner
Christ, vivre de lui, avec lui et pour lui, demeurer continuellement en lui,
c’est creuser chaque jour un peu plus le tombeau du Moi crucifié. N’est-ce
pas la sève printanière vivifiant les branches de l’arbre qui fait tomber les
dernières feuilles mortes que même les tempêtes de l’hiver n’avaient pu
détacher ? « Si donc vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez donc
les réalités d’en haut, là où se trouve le Christ... De toute votre pensée,
tendez vers les réalités d’en haut, et non vers celles qui appartiennent à la
terre. Car vous êtes morts... Faites donc mourir tout ce qui, dans votre vie,
appartient à la terre... » (Col 3:1-5). « Ma religion consiste à prendre
d’abord et à laisser tomber et abandonner ensuite. Quand vous avez de l’or,
vous laissez les scories » (C. Wilberforce). Vous le constatez, tous ces
verbes sous-entendent un effort, une volonté mise en œuvre et une
discipline personnelle rendues possibles par la puissance du Saint-Esprit
agissant en moi. Je sais que Dieu lui-même agit en moi pour produire à la
fois le vouloir et le faire conformément à son projet plein d’amour (Ph
2:13). Je n’attends donc pas qu’une expérience mystique me délivre d’un
seul coup et à jamais des combats à livrer au Moi. Comme Job, il m’arrive
plus d’une fois de devoir faire plier ma volonté aux paroles de la bouche de
mon Dieu (Jb 23:12). « L’essence de la vie chrétienne est dans la volonté,
non dans les états d’âme passagers et variables. L’entière consécration à
Dieu est possible pour tous. Est enfant de Dieu qui veut vouloir Sa volonté.
L’essentiel, c’est de consentir joyeusement à ce que la volonté de Dieu -
pour autant que nous sachions la discerner - devienne la nôtre » (George
Fox).

NUL NE PEUT SERVIR DEUX MAÎTRES


Reprenons l’analogie du mariage pour souligner un dernier point.
Aujourd’hui, plus d’un couple veut bien du mariage mais sans avoir à
renoncer pour autant aux avantages du célibat, et à l’entière liberté de vivre
pleinement au gré de ses sentiments, de ses pulsions et impulsions.
Beaucoup préfèrent choisir la voie plus large de l’union libre exactement
pour les mêmes raisons. « Comme notre énergie est davantage orientée vers
l’expression que vers la restriction, nous subissons la lente et constante
érosion de notre capacité de nous engager dans toute voie contraire à nos
impulsions. Pour certains couples, les vœux de mariage refléteraient mieux
leurs véritables intentions si on les récrivait ainsi : ‘Je t’aimerai pour
toujours, à moins que peut-être mon affection diminue’ »49. Est-il bien
nécessaire d’énumérer les tragiques conséquences d’une telle mentalité ?
Vies brisées, enfances meurtries, dépressions, suicides, etc. Trop de
croyants ont exactement le même comportement dans leur relation avec
Dieu, voulant bien s’unir à Jésus-Christ tout en gardant un maximum
d’autonomie. Tout ce qui peut contribuer à leur plaisir et à leur satisfaction
personnelle, à leur épanouissement émotionnel et à la sublimation de leurs
instincts est bon à consommer. Tout en croyant dur comme fer au proche
retour de Jésus-Christ et aux réalités de l’éternité avec Dieu dans le ciel, ils
pensent essentiellement aux choses de la terre et pratiquent la sagesse
éphémère du carpe diem horacien50 en jouissant au maximum du présent
fugitif. Ils veulent à la fois profiter des avantages du ‘mariage’ et du
‘célibat’, aimer et servir Dieu sans cesser d’aimer et de servir le ‘Moi’. Or,
c’est absolument impossible ! Avec Dieu on ne peut jouer en même temps
sur les deux tableaux ! Ecoutez le reproche d’Elie à tout le peuple
rassemblé sur le Carmel : « Jusqu’à quand boiterez-vous des deux côtés ? Si
l’Eternel est Dieu, allez après lui ; si c’est Baal, allez après lui ! » (1 R
18:21). Ecoutez Jésus enseignant ses disciples : « Nul ne peut servir deux
maîtres. Car, ou il haïra l’un et aimera l’autre ; ou il s’attachera à l’un, et
méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon » (Mt 6:24) ; il
aurait pu tout aussi bien dire : « Vous ne pouvez accomplir à la fois la
volonté de Dieu et celle de votre ‘Moi’ ». Quelqu’un a très justement
souligné que la prière « Que Ton règne vienne » nécessitait le corollaire
« Que mon règne disparaisse ». « Il faut qu’Il croisse et que je diminue »
s’écriait Jean-Baptiste en parlant avec une grande joie de son statut
d’ami de l’époux, Jésus-Christ (Jn 3:29-30). Nous n’énumérerons pas ici
toutes les conséquences douloureuses et incalculables de ce christianisme
de consommation autant pour le croyant au cœur partagé que pour l’église
locale frappée de plein fouet par ce refus d’engagement sérieux et de vraie
fidélité.

Elie savait qu’il ne pouvait être ‘là’ et ‘ici’ à la fois ! Il était


généralement là où Dieu le voulait, prouvant ainsi qu’il désirait aimer son
Seigneur de tout son cœur, de toute son âme et de toute sa force (Deut.
6:5). N’est-ce pas le premier et le plus grand commandement ?
Chapitre 9 : L’épreuve de l’obéissance (2)
Discerner la volonté de Dieu

Dans la Bible, Dieu affirme maintes fois son désir de nous instruire et de
nous diriger dans sa volonté : « Je t’instruirai et te montrerai la voie que tu
dois suivre ; je te conseillerai, j’aurai le regard sur toi » (Ps 32:8). « Tes
oreilles entendront derrière toi la voix qui dira : voici le chemin, marchez-y ! »
(Es 30:21). « L’Eternel sera toujours ton guide » (Es 58:11). Sans vouloir
répondre de manière détaillée à la grande question si souvent posée,
« comment discerner la volonté de Dieu ? », rappelons simplement, en les
commentant brièvement, les facteurs déterminants dans cette démarche
fondamentale :

1. Un cœur purifié d’une mauvaise conscience : Es 58:1-2 ; 59:1-2. Le


péché connu et dans lequel on persiste malgré tout est le premier obstacle au
discernement de la volonté de Dieu. Lorsque le roi Saül consulta l’Eternel
avant de s’engager dans sa dernière bataille contre les Philistins, Dieu ne lui
répondit point parce que depuis longtemps le souverain avait cessé de lui obéir
pour n’en faire qu’à sa tête (1 S 28:6). Quand quelques-uns des anciens
d’Israël se rendirent auprès du prophète Ezéchiel pour connaître la volonté de
Dieu, l’Eternel refusa de se laisser interroger à cause de la persistance du
peuple dans l’idolâtrie et le crime malgré les appels à la repentance et les
avertissements répétés par la voix des de ses prophètes fidèles (Ez 20:1-4,30-
31).

2. La consécration à Dieu de notre corps, de toutes nos forces et de toutes


nos facultés d’hommes régénérés : Rm 12:1-2. Elle nous rend capables de
reconnaître ce qui est bon aux yeux de Dieu, ce qui lui plaît et qui nous
conduit à une réelle maturité. Le ler février 1850, un bon mois après sa
conversion à Jésus-Christ, le jeune Charles Spurgeon âgé de 15 ans décida
solennellement de se donner totalement à Dieu, sans la moindre réserve. Voici
la prière de consécration qu’il rédigea à cette occasion : « O Dieu, grand et
insondable, qui connais mon cœur, et éprouves toutes mes voies. Dans une
humble dépendance du soutien de ton Saint-Esprit, je m’abandonne à toi
entièrement ; en me donnant à toi comme un sacrifice raisonnable, je te rends
ce qui t’appartient. Je veux être à toi pour toujours, sans réserve,
perpétuellement ; pendant que je suis sur la terre, je veux te servir ; et puis-je
me réjouir en toi et te louer pour toujours ! Amen ». Que cette prière soit aussi
la nôtre ; nous n’aurons jamais à le regretter !

3. Un cœur imprégné en permanence de la Parole de Dieu : Ps 40:8-9 ;


119:105 ; Rm 2:17-18. La volonté de Dieu n’est jamais en opposition avec sa
parole correctement comprise. « Toutefois, en la consultant, il est essentiel de
se rappeler qu’elle est un livre de principes et non une collection de préceptes
sans relation les uns avec les autres. On s’est souvent servi de textes isolés
pour sanctionner des choses auxquelles la Bible dans ses principes est tout à
fait opposée. C’est ainsi que naissent le fanatisme et l’esprit sectaire. Un texte
s’impose parfois à l’esprit avec une telle force, qu’il semble nécessaire de s’y
conformer sans considération des erreurs où l’on peut être entraîné. Les
principes de l’Ecriture sont ainsi violés sous prétexte d’obéissance aux
Ecritures »51. Quelqu’un a dit très justement que « si nous sortons un texte de
son contexte nous obtenons un prétexte ». La Bible demande donc à être
régulièrement lue, méditée, étudiée, ‘ruminée’, parcourue dans son
ensemble année après année. De cette manière, le Saint-Esprit influence
notre esprit en profondeur et nous fait entrer de plus en plus dans la pensée de
Dieu, nous dévoilant entre autres, les grands principes divins qui parcourent
les Ecritures. Le contenu de ces précieuses découvertes constitue un élément
clé en vue du discernement de la volonté de Dieu dans notre vie quotidienne.

4. Une vie de prière régulière nourrie de la Parole de Dieu : 1 Jn 5:14-15 ;


Jn 15:7. Si elle ne baigne pas dans la prière, l’étude des Ecritures se traduit en
connaissance stérile et orgueilleuse. Si la prière n’est pas alimentée par la
Parole de Dieu, elle s’écarte bien vite de Sa pensée et ne peut être exaucée.
« L’Ecriture sainte, la Parole de Dieu, est le Ciel parlé. La prière, selon
l’Ecriture, est le Ciel reçu au-dedans de nous par le Saint-Esprit. Sans la
Parole, la prière est nulle, n’ayant pas d’aliment ; sans la prière la Parole est
impuissante et ne pénètre pas dans le cœur » (Adolphe Monod). Parole de
Dieu et prière sont donc deux sœurs jumelles indissociables. « L’Eternel
communique ses mystères à ses adorateurs, il leur révèle son alliance » (Ps
25:14 ; version du Rabbinat Français). « Nous devons vibrer au diapason de
Dieu si nous voulons être capables de distinguer sa volonté de la nôtre »
(Denis Lane). Il s’agit donc bien plus que du simple et rapide ‘compostage
quotidien d’un billet de prière’ nous permettant de monter au plus vite dans le
train de nos activités journalières. Il est avant tout question de cultiver une
intimité avec Dieu et de lui donner le temps de faire son œuvre en nous
pendant que nous prions. Car dans la prière, Dieu nous influence bien plus que
nous l’influençons puisqu’il sait toutes choses avant même que nous les
partagions avec lui. Le missionnaire James O. Fraser qui fut un homme de
prière écrit ceci : « Consacrons-nous un temps important à nous tenir à
l’écoute de Dieu pour connaître sa volonté avant d’essayer de nous embarquer
dans ses promesses ? Dieu agit selon ce principe, et il nous le dit clairement en
1 Jean 5:14-15. Je ne puis m’empêcher de penser que c’est une des causes
(sans être la seule) du non-exaucement de tant de prières. Jacques 4:3 est
d’une application étendue, et il importe de sonder nos cœurs à sa lumière...
L’Ecriture et l’expérience s’accordent certainement à montrer que ceux qui
vivent le plus près de Dieu sont ceux qui ont le plus de chances de connaître sa
volonté »52.

5. L’utilisation de toutes nos facultés maîtrisées et éclairées par le Saint-


Esprit : Ps 32:8-9. Dieu ne nous dirige pas à la manière des conducteurs de
chevaux ou de mulets. Il nous a doués d’intelligence, de facultés
d’observation, de réflexion et de jugement pour qu’elles servent aussi à
discerner sa volonté. Un bon sens sanctifié n’est pas à mettre sous le boisseau
et l’examen des circonstances peut se révéler fort utile sans être pour autant
toujours déterminant (Jonas aurait pu prétexter que ses ‘vacances’ étaient dans
la volonté de Dieu puisqu’il trouva une place à bord d’un bateau sur le point
d’appareiller pour Tarsis, mais c’était la facilité diabolique !) Lorsque le
peuple d’Israël parcourait le désert, il était important qu’il respecte l’itinéraire
inscrit dans la volonté de l’Eternel. Dans ce but, il lui fallait absolument suivre
la nuée, figure symbolique du Saint-Esprit. Or, celle-ci choisissait souvent les
voies commerciales de l’époque. Pour contourner le pays d’Edom, le peuple,
qui aurait tant aimé filer tout droit par ‘l’autoroute royale’ s’est vu contraint
d’emprunter un ‘itinéraire bis’ qu’utilisaient aussi les caravanes de
commerce53. La nuée ne conduisait donc pas les enfants d’Israël uniquement
par des chemins exceptionnels et extraordinaires. Les routes connues et les
sentiers battus étaient aussi et très souvent dans le programme divin. Nombres
10:29-34 place même côte à côte deux guides expérimentés pour conduire le
peuple : Jéthro, le beau-père de Moïse qui connaissait le désert comme sa
poche, et la nuée de l’Eternel, le Guide par excellence, qui le connaissait
encore mieux que lui ! Si la nuée avait toujours le dernier mot dans le choix du
chemin à suivre, Dieu utilisait aussi les conseils et l’expérience de Jéthro pour
guider ses enfants.

Nous sommes donc loin de l’illuminisme dangereux et farfelu qui prône la


mise en veilleuse de nos facultés de jugement, de réflexion et d’observation
pour pouvoir capter les révélations divines et les injonctions de l’Esprit
surgissant dans le vide de notre esprit. Ne prenons pas pour argent comptant
les impressions qui semblent vouloir s’imposer à nous, les impulsions
intérieures subites qu’il est facile de mettre hâtivement sur le compte du Saint-
Esprit. La précipitation est mauvaise conseillère. « Il ne suffit pas d’avoir une
‘direction’ : il faut en connaître l’origine. Il ne suffit pas non plus que la
direction soit ‘remarquable’ ou accompagnée de coïncidences frappantes pour
être marquée du sceau de Dieu. Dans tous les temps, des esprits malins et
trompeurs ont pu accomplir des miracles, prédire les évènements, révéler les
secrets et donner des ‘signes’, et les enfants de Dieu ont toujours dû être sur
leurs gardes, de peur d’être abusés »54. Il est donc très important de soumettre
les impressions, impulsions, inspirations, révélations, directions intérieures, au
crible de l’Ecriture Sainte, sans nous emballer et en utilisant notre intelligence
et notre bon sens sanctifiés par le Seigneur de notre vie. Ne suivons pas
l’exemple de ce cultivateur qui, paraît-il, crut discerner la direction de Dieu
pour sa vie, par un signe dans le ciel. Il vit les nuages prendre la forme des
lettres A, P et C, ce qu’il traduisit sans hésitation par « Aller Prêcher le
Christ ». Une semaine plus tard, ayant vendu sa ferme, il devint évangéliste.
Très rapidement, les difficultés s’accumulèrent jusqu’au jour où sa femme osa
lui dire : « Peut-être as-tu mal compris ; les lettres A.P.C. ne voulaient-elles
pas plutôt dire ‘Allez Planter les Choux’ ? ».

6. Les conseils et remarques de croyants connus pour leur maturité


spirituelle : Pr 12:15 ; 20:18. Nous veillerons à ne pas choisir des conseillers
habiles à caresser dans le sens du poil, dont nous savons qu’ils nous sont
acquis par avance. Il importe aussi de toujours présenter les remarques
d’autrui au Seigneur pour avoir son avis en dernier ressort. Cette sage
précaution nous évitera de nous mettre sous la tutelle de directeurs de
conscience abusant de leur influence, et dont nous risquons de devenir à la
longue totalement dépendants. Méfions-nous de ces conseillers hyper-
spirituels qui croient disposer d’une ligne spéciale avec le ciel et des relations
privilégiées avec le Tout-Puissant ; on les reconnaît notamment à leur
vocabulaire : « Dieu m’a dit que », « J’ai eu une vision à ton sujet »…

7. Un cœur droit, soumis à la volonté de Dieu révélée : Ps 25:4-14 ; Jr 42-


43. C’est aux humbles que Dieu enseigne sa voie, à ceux qui le craignent, qui
veulent être conduits dans sa vérité. « Tous les sentiers de l’Eternel sont
miséricorde et fidélité pour ceux qui gardent son alliance et ses
commandements » (Ps 25:10). Il est hélas facile de devenir disciple du devin
Balaam (Nb 22) en caressant des motivations impures et en cherchant coûte
que coûte à forcer la main de Dieu, sous des dehors d’humilité et de profonde
piété.
Résumons le début de l’histoire de ce ‘voyant aveugle’ que fut Balaam.
Le peuple d’Israël était enfin arrivé aux portes du pays promis et campait dans
les plaines de Moab. Balak, roi de Moab, envoya des messagers vers Balaam
pour lui demander de venir maudire ce peuple puissant afin que son armée
puisse le vaincre et le chasser de son territoire. Mais l’Eternel interdit
clairement à Balaam de faire ce voyage et de maudire son peuple. Les
émissaires de Balak revinrent donc vers lui à vide, mais le roi ne désarma pas
pour autant et envoya une autre délégation plus importante de dignitaires de
haut rang. Balaam décida de consulter Dieu une seconde fois et reçut de lui le
feu vert à condition de suivre Ses indications. A peine s’était-il mis en route
que « la colère de Dieu s’enflamma parce qu’il était parti ; et l’ange de
l’Eternel se plaça sur le chemin pour lui résister » (v. 22). Nous pourrions être
troublés par l’attitude contradictoire de Dieu donnant d’abord son accord pour
le départ et se mettant en colère aussitôt après à cause de ce même départ,
mais la contradiction n’est qu’apparente. Dans sa deuxième épître, l’apôtre
Pierre parle de la « voie de Balaam qui aima le salaire de l’iniquité, mais qui
fut repris pour sa transgression... » (2 P 2:15-16). Jude 11 évoque ‘l’égarement
de Balaam’ pour un salaire. Dieu n’est pas une girouette ! Il ne se contredit
pas, c’est Balaam lui-même qui l’affirme : « Dieu n’est point homme pour
mentir, ni fils d’un homme pour se repentir. Ce qu’il a dit, ne le fera-t-il pas ?
Ce qu’il a déclaré, ne l’exécutera-t-il pas ? » (Nb 23:19). Puisque le devin
connaissait si bien cette grande vérité au sujet de Dieu, pourquoi revint-il à la
charge après avoir obtenu la première réponse de l’Eternel ? Il le fit parce
qu’il n’était pas droit de cœur ! Il voulait absolument partir pour maudire
Israël par cupidité. Il se réfugia donc derrière un semblant de piété pour tenter
de forcer la main de Dieu. Sa recherche de la volonté de Dieu n’était
qu’apparente ; en réalité sa décision était déjà prise dans son cœur. Sa grande
déclaration de loyauté envers l’Eternel et de désintéressement était trop belle
pour être vraie. Ce n’était que de la poudre aux yeux, une publicité fort habile
pour la clientèle et l’hypocrisie consommée d’un expert en duplicité. Mais
l’Eternel des armées, le Dieu saint et souverain, qui lit parfaitement dans les
cœurs, n’aime être ni tenté, ni manœuvré comme une marionnette. Il respecta
donc la volonté propre du ‘prophète mercenaire’, mais avec des sous-
entendus : « Tu veux m’arracher la permission pour n’en faire qu’à ta tête !
alors va !... mais sache que je t’attends au prochain tournant pour te montrer
que tu as tort sur toute la ligne ! » Puisque Balaam ne prenait pas la parole de
Dieu au sérieux, il allait devoir entendre le langage beaucoup plus
désagréable... des circonstances difficiles. La détermination d’aboutir à ses
fins était si forte chez cet homme qu’il fut dans l’incapacité absolue de
comprendre ce langage percutant. Il était totalement aveuglé par sa colère
d’être ainsi contrarié dans ses desseins inspirés par l’amour de l’argent. Dieu
dut accentuer sa pression jusqu’à l’impasse absolue pour pouvoir ouvrir enfin
les yeux du voyant aveugle, par pure grâce, et lui montrer sa folie de courir
ainsi tout droit à la mort.

L’histoire de Balaam est dans la Bible pour nous servir d’exemple et


constitue une solennelle mise en garde contre toute tentative de considérer
Dieu comme un jouet au service de notre volonté propre. Il ne doit être tenté
sous aucun prétexte et d’aucune manière. Souvenons-nous de la conduite
coupable des Israélites qui « furent saisis de convoitise dans le désert. Ils
tentèrent Dieu dans la solitude. Il leur accorda ce qu’ils demandaient ; puis il
envoya le dépérissement dans leur personne » (Ps 106:14-15). Craignons que
notre manque de droiture de cœur dans la prière et notre insistance à vouloir
forcer la main de Dieu ne le conduisent à céder à nos désirs charnels pour se
placer ensuite en travers de notre route. Il saura nous résister avec une vigueur
tenace à la mesure de son grand amour pour nous, en utilisant le langage des
évènements jusqu’à ce que nous finissions par ouvrir les yeux sur notre folie.
Le premier ennemi à combattre dans la recherche de la volonté de Dieu
reste notre volonté propre, avec ses subtils déguisements ! George Müller le
souligne d’emblée dans son énumération des principaux points de repères
contribuant au discernement de la volonté de Dieu : « Je cherche d’abord à
m’assurer s’il n’y a, dans mon cœur, aucune volonté sur un sujet quelconque.
Les neuf-dixièmes du tourment que se donnent certaines personnes, en
général, provient de ce fait. Les neuf-dixièmes des difficultés sont vaincues
lorsque nos cœurs sont prêts à faire la volonté de Dieu, quelle qu’elle soit.
Quand on est véritablement dans un tel état, la volonté de Dieu ne tarde pas à
nous être révélée ». Suis-je vraiment droit de cœur lorsque je consulte Dieu ?
Suis-je réellement disposé à faire la volonté de Dieu quelle qu’elle soit ? Suis-
je prêt à renoncer à tel projet caressé depuis longtemps, à tel voyage, à telle
association... s’il me le demande ?... ou bien ma décision est-elle déjà
clairement arrêtée avant même que j’en parle au Seigneur ? La prière n’est pas
un tranquillisant que l’on prend pour se donner bonne conscience avant de
n’en faire qu’à sa tête. « La prière ne triomphe pas du refus de Dieu, mais
saisit sa volonté » (M. Luther).

8. Un esprit paisible et patient : Es 26:12 ; 30:21 ; Ph 4:6-7. Pour les


décisions courantes qui tissent le fil de nos journées, souvenons-nous que
dans la mesure où nous cultivons jour après jour une étroite communion avec
Dieu, le Saint-Esprit éclaire, sanctifie notre intelligence et notre volonté pour
que nous les utilisions tout au long des heures du jour. Le Seigneur ne veut pas
nous voir vivre inquiets, tendus, dans la peur obsédante de transgresser sa
volonté... Ne sommes-nous pas ses enfants ? Christ n’habite-t-il pas en nous ?
Certains croyants très sensibles et particulièrement soucieux de faire la volonté
de Dieu finissent par vivre dans une angoisse insupportable en se plaçant sous
le joug d’une loi implacable qui finit par les paralyser et les accuser en
permanence dans les moindres détails. Cela ne vient pas de Dieu, car le joug
de Christ est doux et son fardeau léger ; auprès de lui nous trouvons le repos
pour nos âmes (Mt 11:28-30). Nous sommes invités à faire pleinement
confiance à notre Père céleste qui nous aime intensément. Avançons sans
crainte, pas après pas, avec la lumière que nous avons, en comptant sur lui
pour nous signaler par les moyens infiniment variés dont il a le secret, les
dangers et les pièges qui peuvent se présenter devant nous. D’ailleurs, la foi
authentique n’est jamais statique ni passive. Quelqu’un l’a comparée à un
phare de vélo qui n’éclaire le chemin que lorsque le cycliste avance en
pédalant. Garder l’équilibre sur une bicyclette est nettement plus facile
lorsqu’on roule et tourner le volant d’une voiture est aisé lorsqu’elle est en
mouvement. Certains escalators ne se mettent en marche que lorsqu’une
personne pose le pied sur la première marche. C’est lorsque les pieds des
sacrificateurs portant l’arche de l’alliance se furent mouillés au bord du
Jourdain que ses eaux s’ouvrirent miraculeusement devant eux pour permettre
au peuple d’Israël de traverser le fleuve à sec (Jos 3:14-17). Ainsi, dans la vie
avec Christ, il arrive souvent que la direction divine pour la suite du parcours
ne soit révélée que lorsqu’un premier pas a été fait concrètement. Ce qui est
merveilleux dans la marche chrétienne, c’est la délicatesse de ce Père tendre et
secourable qui sait nous apporter son conseil et son aide de manière admirable,
sans jamais submerger notre liberté. « Tandis que tu avanceras pas à pas, un
chemin s’ouvrira devant toi » (Pr 4:12 ; paraphrase de George Müller).

Pour ce qui est des choix importants et des grandes décisions de la vie,
rappelons-nous que Dieu travaille avec le temps et construit peu à peu des
convictions qui s’enracinent profondément en nous et résistent à toutes les
tempêtes. Il prend son temps et nous révèle sa volonté progressivement, à son
rythme. La longue histoire d’Abraham et de Sara attendant l’accomplissement
de la promesse d’une descendance directe pendant vingt-cinq ans en est une
éloquente démonstration. L’histoire de Joseph est aussi très significative à cet
égard. Une de nos plus grandes amies sera donc la patience, signe de
maturité (voir Jc 1:4). Il importe que nous ne tentions pas de nous frayer nous-
même notre chemin en renversant les obstacles et en forçant des portes. Le
Dieu fidèle qui marche devant nous, ouvrira lui-même les portes au moment
qu’il sait être à tous égards le meilleur. Tant qu’il y a du trouble dans notre
cœur, ne bougeons pas. A l’heure décisive, il remplira notre esprit de sa paix
qui surpasse toute intelligence, précieux témoignage intérieur du Saint-Esprit
toujours en accord avec la Parole de Dieu.

Dans sa première autobiographie publiée en 1837, George Müller raconte


comment, peu de temps après sa conversion à Jésus-Christ, l’idée de partir
comme missionnaire s’empara de lui avec force ; il avait alors 21 ans : « Ainsi
qu’il m’est donné de le voir maintenant, mon caractère naturel désirait en
venir à une décision d’une manière ou d’une autre. Au lieu de me tenir en
repos et d’attendre le Seigneur patiemment et avec prières, je conclus que je
devais chercher à connaître sa volonté par la voie du sort. En conséquence...
j’achetai un billet de la loterie royale, en convenant avec le Seigneur que, dans
le cas où je gagnerais quelque chose, j’en conclurais qu’il m’appelait à partir
comme missionnaire, et que dans le cas contraire ce serait une marque que je
devrais rester dans mon pays. Mon billet sortit avec une petite somme ; d’où il
me parut que je devais être missionnaire. J’offris en conséquence mes services
à la Société des Missions de Berlin, mais je ne fus pas accepté parce que mon
père n’avait pas donné son consentement ». L’auteur poursuit en tirant les
leçons de son erreur, notamment au sujet de l’utilisation du sort, et souligne
entre autres le piège de l’impatience : « J’avais fréquemment demandé au
Seigneur de me faire connaître s’il voulait que je devinsse missionnaire ; mais
comme je n’arrivais pas à une assurance satisfaisante, et que j’étais très
impatient d’en venir à une décision, je découvris, selon mon propre jugement,
que le sort était un chemin beaucoup plus court pour y arriver... L’impatience
avec laquelle j’avais désiré une décision quelconque ne montrait guère que je
fusse propre à endurer les fatigues et les afflictions de la vie missionnaire, dans
laquelle ma patience eût, sans aucun doute, été soumise à une plus sévère
épreuve... »
Quelques années plus tard, il eut encore recours au sort dans un domaine
d’une haute importance pour sa vie entière : « J’avais alors la conviction, au
moins à un certain degré, que je devais attendre patiemment la direction du
Seigneur et prier beaucoup ; mais mon caractère naturel voulait avoir une
décision tout de suite, et je jetai le sort après avoir prié. Eh bien, les faits ont
été entièrement différents de ce que le sort avait décidé. Donc, pour connaître
la volonté du Seigneur, nous devons faire usage des moyens bibliques ; la
prière, la parole de Dieu et le Saint-Esprit doivent opérer conjointement... »55.
Le témoignage de cet homme de Dieu au soir de sa vie, il avait alors près de
90 ans et devait décéder trois ans plus tard, le 10 mars 1898, nous encouragera
certainement beaucoup : « Au cours de ma vie chrétienne, qui comprend
actuellement une période de 69 ans et 3 mois (mars 1895), je n’ai pas le
souvenir d’avoir recherché la volonté de Dieu une seule fois, avec sincérité et
persévérance, au moyen de la Parole de Dieu et par le Saint-Esprit, sans avoir
été invariablement conduit sur la voie droite. Mais lorsque la droiture du cœur
et l’intégrité devant Dieu m’ont fait défaut, et que je n’ai pas su attendre avec
patience Son conseil, mais que, plutôt, j’ai préféré le conseil de mes
semblables aux déclarations de la Parole du Dieu Vivant, alors j’ai commis de
graves fautes ».

Et si j’ai été infidèle ? Si j’ai préféré jouer une autre note que le ‘la’ de Sa
volonté ? Si j’ai commencé à utiliser les combines, le « système D », les coups
de pouce charnels ? Si j’ai engendré un ‘Ismaël’, rejeton de mon impatience
devant la lenteur du déroulement du plan de Dieu ? Qu’adviendra-t-il de moi ?
Suis-je condamné à graviter désormais dans l’orbite glacée de mon infidélité ?
NON, bien sûr, car :
DIEU DEMEURE IMMUABLEMENT FIDÈLE ! « Si nous sommes
infidèles, il demeure fidèle, car il ne peut se renier lui-même » (2 Tm 2:13) :
FIDÈLE en tant que Berger, pour ne jamais nous abandonner, nous qui
sommes ses brebis (Jn 10:27-29) ; Dieu n’a pas abandonné Elie dans le désert
de sa dépression spirituelle.
FIDÈLE et JUSTE pour nous pardonner et nous purifier de chacune de
nos fautes confessées sans détours et aussitôt abandonnées à la croix (1 Jn
1:9).
FIDÈLE pour nous reprendre et nous corriger avec amour puisqu’il nous
reconnaît pour ses fils (Hé 12:5-11 ; Ap 3:19) ; « Je sais, ô Eternel, que tes
jugements sont justes ; c’est par fidélité que tu m’as humilié » (Ps 119:75).
FIDÈLE pour que les conséquences de nos fautes, parfois bien
douloureuses hélas, deviennent l’occasion d’un enrichissement salutaire et
fécond (Gn 50:20-21). Dieu sait écrire droit avec des lignes courbes !
FIDÈLE enfin pour nous sanctifier lui-même tout entiers, pour nous
affermir jusqu’à la fin et nous préserver du malin afin que nous soyons
irréprochables au jour de notre Seigneur Jésus-Christ (1 Co 1:8-9 ; 1 Th 5:23-
24 ; 2 Th 3:3).
Mais il se pourrait aussi que je sois troublé à cause de décisions très
importantes prises dans le passé, avec un désir sincère d’être fidèle à mon
Dieu. J’avais alors la pleine conviction d’être dans sa volonté d’autant plus
que j’avais agi après avoir sondé le Seigneur avec droiture de cœur et attendu
son heure avec patience. Le temps s’est écoulé et avec lui des faits se sont
produits qui ont sapé ma certitude de l’époque. Je me suis sérieusement
interrogé et vu la tournure des évènements, j’ai commencé à penser que je
m’étais peut-être quand même trompé. L’acide du doute s’est mis à attaquer
ma paix, les regrets s’en sont mêlés et me voici profondément troublé ne
sachant finalement pas si j’ai bien ou mal agi.
L’Ennemi de nos cœurs est un grand spécialiste de ces regards en arrière
qui nous pétrifient, nous privent de la paix du Seigneur et nous font douter de
lui, nous empêchant finalement d’avancer. Le Dieu à qui rien n’est caché
connaissait alors parfaitement mon cœur, mes motivations profondes et le
désir que j’avais de lui plaire lorsque j’ai pris ma décision. Il avait tout pouvoir
pour m’arrêter et il n’aurait pas manqué de le faire si je m’étais sincèrement
trompé, car sa fidélité est indissociable de sa bonté (Ex 34:6 ; Ps 40:12 ;
86:15 ; 89:15,25,29,34,50 ; 100:5 ; etc.). En remettant continuellement en
question cette décision du passé, c’est aussi de sa bonté que je doute. Je veux
donc, dès cet instant cesser de me tourmenter et le louer de tout mon cœur
pour la richesse de sa bonté et de sa fidélité. N’est-ce pas aussi le moment par
excellence où je puis affirmer avec certitude que « toutes choses (y compris
les évènements qui ont provoqué mon trouble) travaillent ensemble au bien
de ceux qui aiment Dieu » (Rm 8:28) ?

Hudson Taylor disait souvent, lorsqu’il revenait chez lui : « Mes amis,
j’aimerais vous donner la devise de ma vie. Elle se trouve dans Marc 11:22, où
nous lisons : ‘Ayez foi en Dieu’ ». Il expliquait alors que, même lorsque nous
avons des moments de défaillance, le Seigneur nous soutient dans sa grâce et
concluait en disant : « Comptez non seulement sur votre propre foi, mais aussi
sur la fidélité de Dieu à votre égard. Toute ma vie, j’ai été inconstant ; je
pouvais avoir confiance, mais pas toujours. Lorsque j’étais incapable de
croire, c’était pour moi un grand encouragement de me rendre compte que
Dieu allait quand même être fidèle à mon égard »56.

La conclusion de ces deux derniers chapitres consacrés à la fidélité dans


l’obéissance m’est offerte par une tradition de mon enfance, vécue dans l’est
de la France, concernant la fête de Saint-Nicolas. En bon petit protestant ‘pure
laine’ que j’étais, élevé de surcroît dans une famille très pratiquante, je me
faisais un point d’honneur de ne pas croire un seul instant à tous ces saints du
calendrier, puisque ma religion, textes bibliques à l’appui, me l’interdisait.
Champion de l’orthodoxie, au moins dans ce domaine, je l’étais sans gros
effort durant 364 jours de l’année, même un de plus les années bissextiles !
Mais... le 6 décembre, c’était plus fort que moi. Lorsque Saint-Nicolas passait
dans les rues de mon quartier ou qu’il frappait à la porte de ma classe, je
devenais pour quelques heures un de ses plus fervents ‘adorateurs’, prêt à dire
ou à faire n’importe quoi pour entrer dans les bonnes grâces de ce saint venu
d’ailleurs. Comment aurais-je pu résister un seul instant à la générosité d’un si
séduisant personnage ? Et c’était chaque année la même histoire ! Le 7
décembre, le vent avait tourné. Tout en dégustant peut-être un délicieux pain
d’épices sorti tout droit de sa hotte le jour précédent, je marchais à nouveau
fièrement sur les traces des grands réformateurs, fidèle comme jamais à la
religion de mes pères.
Lorsque les enfants d’Israël quittèrent l’Egypte, « tout un ramassis monta
avec eux » (Ex 12:38). Ces gens n’abandonnaient pas pour autant les divinités
païennes auxquelles ils étaient attachés depuis toujours. Ils avaient sans doute
tout simplement remarqué qu’il était devenu nettement plus avantageux de
suivre le Dieu des Juifs, au moins pour un temps, puisque le vent de la
bénédiction soufflait manifestement de son côté. Un peu plus tard, lorsqu’au
désert les conditions de vie devinrent difficiles, ils furent sans doute les
premiers à se plaindre de ce Dieu qui ne comprenait rien à leur situation, et à
inciter Israël à la révolte, regrettant amèrement l’Egypte qu’ils avaient quittée
(Nb 11:4-6).

Nous l’avons exprimé en d’autres termes, il existe une version moderne du


christianisme, qui loin d’exiger une soumission inconditionnelle à la
Seigneurie de Jésus-Christ, invite plutôt ses consommateurs à ‘sauter sur
l’occasion’ en s’assurant les services d’un certain ‘Jésus porte-bonheur’ pour
essayer de lui soutirer un maximum de bénédictions avec remise
exceptionnelle. L’opportunisme, ‘religion’ dominante de notre temps, qui
consiste à se laisser guider avant tout par ses propres intérêts du moment, en
transigeant au besoin avec les principes les plus excellents, n’a pourtant pas
même un strapontin à faire valoir dans le Royaume de Dieu. Car le Seigneur
des seigneurs et le Roi des rois ne nous doit rien, strictement rien ! C’est nous
qui lui devons tout, absolument tout ! C’est pour lui que nous avons été créés,
contre lui que nous nous sommes rebellés, par lui et au prix le plus fort que
nous avons été gracieusement rachetés, acquittés, purifiés, pardonnés, adoptés,
équipés... pour être un peuple qui lui appartienne entièrement, l’adore et le
serve avec zèle, en tout temps : « Tu seras entièrement à l’Eternel, ton Dieu »
(Dt 18:13 ; voir Tt 2:14).

Dieu cherche encore et toujours des inconditionnels de Dieu...


... comme Job qui, dans le dépouillement le plus incompréhensible pouvait
malgré tout s’écrier : « Même s’il voulait me tuer, je m’attendrais à lui » (Jb
13:15)...
... comme les trois compagnons de Daniel qui, menacés de la fournaise
ardente répliquèrent au roi Nébucadnetsar : « Voici, notre Dieu que nous
servons peut nous délivrer de la fournaise ardente, et il nous délivrera de ta
main, ô roi. Sinon, sache, ô roi, que nous ne servirons pas tes dieux, et que
nous n’adorerons pas la statue d’or que tu as élevée » (Dn 3:17-18)...
... comme Paul qui, averti de ville en ville des liens et des tribulations qui
l’attendaient, était pourtant capable de dire : « Mais je ne fais pour moi-même
aucun cas de ma vie, comme si elle m’était précieuse, pourvu que
j’accomplisse ma course avec joie, et le ministère que j’ai reçu du Seigneur
Jésus, d’annoncer la bonne nouvelle de la grâce de Dieu » (Ac 20:22-24)...
... comme vous et moi, n’est-ce pas ?... avec le secours de la grâce
inépuisable de notre Dieu. « MA GRÂCE TE SUFFIT » (2 Co 12:9).

« Que le Dieu de paix vous rende aptes à tout ce qui est bien pour faire
sa volonté ; qu’il fasse en nous ce qui lui est agréable par Jésus-Christ, à
qui soit la gloire aux siècles des siècles ! Amen ! » (Hé 13:20-21).

« L’ÉTERNEL SERA TOUJOURS TON GUIDE,


Il rassasiera ton âme dans les lieux arides,
Et il redonnera de la vigueur à tes membres ;
Tu seras comme un jardin arrosé,
Comme une source dont les eaux ne tarissent pas ».
(Esaïe 58:11)
Chapitre 10 : L’épreuve du silence
Elie, l’homme de prière, se tient au bord du torrent dont le niveau baisse de
jour en jour. Du fond de l’étroite gorge monte une prière fervente émaillée de
questions : « Eternel, Dieu des armées, pourquoi cela ? Que veux-tu
m’apprendre ? En quoi t’ai-je offensé ? Quel est ton plan ? Fais-moi
comprendre ? Comment vais-je m’en sortir ?... ». Ses paroles de plus en plus
pressantes résonnent dans le silence de cet endroit désertique et leur écho
bondit et rebondit étrangement d’un flanc à l’autre du ravin. De temps en
temps retentit le croassement lugubre d’un corbeau, mais de Dieu, point de
réponse ! L’Eternel se tait.

Bien entendu, soulignons-le de nouveau, c’est nous qui mettons ces


questions sur les lèvres du prophète. Le texte biblique est bref et ne précise
rien sur les états d’âme d’Elie. S’il n’a pas réagi comme nous osons
l’imaginer, peut-être l’aurions-nous fait en étant à sa place... d’où l’intérêt de
nous mettre dans la peau du personnage et de lui prêter, bien à dessein, nos
sentiments possibles, voire probables dans une telle situation.
Elie pouvait être tenté d’interpréter le silence de l’Eternel comme un
abandon pur et simple de sa part. Ne vous est-il jamais arrivé d’être
complètement désorienté face à l’apparente insensibilité persistante de Dieu
alors que vous l’interpelliez sans relâche pour qu’il vienne à votre secours ?
N’avez-vous jamais murmuré dans un sanglot ou crié de dépit au cours d’une
attente longue, vaine, désespérée : « Dieu m’a abandonné ! » ? Vous étiez
totalement désemparé ayant l’impression que la présence familière et
protectrice de votre Père céleste s’était retirée loin de vous. En réalité il n’en
était rien. Un prisonnier juif a écrit ces paroles émouvantes sur un mur de sa
cellule, à Cologne : « Je crois au soleil même quand il ne brille pas. Je crois en
l’amour même quand il ne m’entoure pas. Je crois en Dieu même quand il se
tait ».

Considérons le drame vécu par Job. Lorsque nous examinons la terrible


épreuve qu’il traversa, nous avons un immense avantage sur lui puisque les
deux premiers chapitres de son histoire nous donnent la clé de l’énigme qui le
tortura continuellement. Ni lui ni sa femme, ni personne autour de lui ne
savaient que sa situation dramatique était le résultat direct d’un odieux défi
jeté par Satan à la face même de l’Eternel. Pendant des années, son torrent de
Kerith avait été débordant de toute la richesse des bénédictions variées de
Dieu à son égard. Puis, en un seul jour le lit du torrent fut presque à sec tant le
feu de l’épreuve était intense. Lorsqu’il ne fut plus qu’une plaie vivante sans
doute léchée par les chiens, son torrent était semblable à un oued
complètement desséché dans l’aridité du désert saharien. Tout lui laissait
croire que Dieu l’avait abandonné : l’avalanche de catastrophes qui l’avaient
dépouillé de tout ce qu’il possédait et privé de ses chers enfants, la révolte de
son épouse, enfin le diagnostic catégorique et opiniâtre des trois ‘médecins de
néant’ penchés au chevet du grand malade. L’un d’eux, Tsophar, le classa sans
aucun scrupule parmi les méchants impies qui, à cause de leurs iniquités sans
nombre, ne peuvent plus poser leurs regards sur les ruisseaux, sur les torrents,
sur les fleuves de miel et de lait puisque le jugement de Dieu les prive de ses
bénédictions (20:17). Job avait beau crier de toutes ses forces à Dieu, seuls les
discours accusateurs de plus en plus violents de ses ‘consolateurs fâcheux’ lui
répondaient. Le silence de Dieu lui était insupportable : « Pourquoi me caches-
tu ton visage et me prends-tu pour ton ennemi ? » (13:24) ; « Si tu voulais...
me fixer un terme auquel tu te souviendrais de moi ! » (14:13) ; « Voici, je crie
à la violence et nul ne répond » (19:7) ; « Si je vais à l’orient, il n’y est pas ; si
je vais à l’occident, je ne le trouve pas ; est-il occupé au nord, je ne puis le
voir ; se cache-t-il au midi, je ne puis le découvrir » (23:8-9) ; « Que ne suis-je
comme aux jours de ma vigueur, où Dieu veillait en ami sur ma tente, quand le
Tout-Puissant était encore avec moi » (29:4-5). Job n’avait plus qu’un double
souhait : que ces trois charlatans gardent enfin le silence (13:5) et que Dieu se
remette à lui parler ! Pourtant, au bord de son torrent complètement à sec, Job
était encore capable d’affirmer : « Voici, quand même II me tuerait, je ne
cesserais d’espérer en Lui » (13:15).
Puis, Elihu prit la parole avec humilité et droiture de cœur. Il sut
encourager Job à cesser de regarder au torrent vide et à lever les yeux vers le
ciel : « Considère les cieux, et regarde... » (35:5). Il l’exhorta à ne surtout
jamais désespérer de Dieu et à ne pas se laisser démobiliser par son long
silence : « Bien que tu dises que tu ne le vois pas, ta cause est devant lui :
attends-le » (35:14). Il eut le mérite de ne pas se centrer sur Job mais sur la
personne même de Dieu qu’il décrivit pour Job, dans sa transcendance, dans
sa majesté et dans sa souveraineté absolue et parfaitement juste : « Dieu est
puissant, mais il ne rejette personne » (36:5). Il prépara ainsi le cœur de Job à
recevoir une nouvelle vision de Dieu, absolument bouleversante, qui allait le
marquer jusqu’à la fin de ses jours. Elihu fut comme un humble huissier
annonçant l’approche du glorieux Souverain et préparant son ami éprouvé à le
rencontrer (ch. 37-38). Dieu s’était tu pendant un temps, souffrant lui-même
avec son serviteur intègre et droit, mais il n’avait cessé de le couver de son
regard d’amour, travaillant à préparer son cœur en vue d’une révélation plus
profonde sur l’infinie petitesse de l’homme face à la grandeur insondable du
Roi des rois et du Seigneur des seigneurs : « Mon oreille avait entendu parler
de toi ; mais maintenant mon œil t’a vu » (42:5). Pour un temps, l’oreille
avait cessé d’entendre la voix de Dieu afin que l’œil puisse mieux voir,
contempler, s’imprégner de la personne même du Tout-Puissant dans Sa
gloire. A cette bénédiction insurpassable s’en ajoutait une autre : le défi lancé
par Satan, si sûr de lui (« je suis sûr », 1:11 et 2:5), se soldait par la cuisante
défaite de l’Accusateur ; Dieu n’avait pas été renié par Job dont la fidélité
sortait de cette dure épreuve, renforcée, plus pure et plus inconditionnelle que
jamais auparavant !

MÊME LORSQUE DIEU SE TAIT, IL


TRAVAILLE
Une telle affirmation me fait penser à ces grands virtuoses du piano qui
voyagent presque toujours avec un clavier muet dans leurs bagages. S’il vous
arrivait de séjourner dans le même hôtel qu’un de ces artistes, et dans une
chambre voisine de la sienne, vous pourriez croire qu’il ne s’exerce jamais
alors qu’en réalité il travaille avec assiduité, mais en silence ! Rubinstein, qui
utilisait beaucoup cet instrument des plus discrets se confia un jour à un autre
artiste : « Quand je laisse un jour passer sans en jouer, je m’en aperçois
aussitôt. Quand je laisse deux jours passer, mes amis s’en aperçoivent. Quand
je laisse trois jours... un public de connaisseurs s’en aperçoit à son tour ». Elie
allait bientôt avoir l’occasion de constater que l’Eternel n’avait pas été inactif
pendant qu’il se taisait. En attendant, Dieu n’était pas trop occupé ailleurs, en
voyage ou plongé dans un profond sommeil... comme le dieu mort appelé
Baal, que le prophète de l’Eternel stigmatisait à souhait aux oreilles de ses
adorateurs sanguinolents et agités (1 R 18:25-29). « Voici, il ne sommeille ni
ne dort, Celui qui garde Israël » (Ps 121:4). Le Dieu vivant d’Elie était à
l’œuvre dans le cœur de son serviteur et en sa faveur. Il avait prévu la
délivrance et voulait en même temps conduire son enfant plus loin dans sa
marche avec lui. « Les prières non exaucées - ou celles qui semblent être non
exaucées - constituent l’un des autels les plus efficaces où Dieu forme ses
vrais instruments » (G. Verwer). James O. Fraser va dans le même sens
lorsqu’il écrit : « Les prières non exaucées m’ont enseigné à chercher la
volonté du Seigneur et non la mienne. Je suppose que nous avons connu, pour
la plupart, de telles expériences. Nous avons prié, prié, prié encore, sans
réponse. Le ciel était d’airain sur nos têtes. Mais béni soit cet airain s’il nous a
appris à ensevelir un peu plus dans la croix de Christ ce moi toujours présent.
Parfois notre requête était si bonne en apparence - mais cela ne garantit pas
qu’elle soit de Dieu. Beaucoup de ‘bons désirs’ proviennent d’un moi non
crucifié »57. Notre Dieu n’est jamais en grève ! Son ruisseau est toujours
plein d’eau (Ps 65:10).

Le récit de la résurrection de Lazare en est une puissante démonstration (Jn


11:1-45). Combien le silence persistant de Jésus devait être angoissant, voire
révoltant pour les deux sœurs Marthe et Marie qui l’avaient fait informer de la
maladie de leur frère Lazare : « Seigneur, voici celui que tu aimes est malade »
(v. 3). L’appel au secours était clairement sous-entendu. L’aide du Grand
Médecin qui avait guéri tant de malades était requise au chevet de l’ami
souffrant. Il allait certainement accourir sans tarder, abandonnant à l’instant et
sans la moindre hésitation la tâche à laquelle il était occupé. Cela n’allait-il pas
de soi pour de tels amis ? Marthe et Marie en étaient absolument persuadées.
Pourtant Jésus n’arrivait toujours pas et le temps qui s’écoulait inexorablement
voyait diminuer la flamme de vie bien vacillante animant encore le cher
malade. Les deux sœurs savaient que le Seigneur n’était qu’à neuf ou dix
heures de marche de Béthanie lorsque le message l’avait atteint. Il était au
courant du drame qui les déchirait et chaque heure qui passait les plongeait
dans une plus profonde détresse. Le doute labourait ces deux cœurs affligés et
les submergeait de plus en plus tandis qu’elles guettaient leur grand Ami au
bout du chemin désespérément désert. Lorsque finalement la dernière étincelle
de vie s’éteignit, que la mort entra dans la chambre et avec elle le cortège
bruyant des pleureuses, le sentiment d’abandon atteignit son paroxysme !
Même lui, le Seigneur et le puissant ami avait cruellement déçu leur espoir
entièrement investi en lui. Toutes les prières montées vers le ciel, durant cette
interminable attente étaient restées sans réponse. Le Père avait gardé le silence
le plus absolu, le Fils ne s’était manifesté d’aucune manière. Jésus n’était
même pas intervenu in extremis ; il avait tout simplement laissé mourir Lazare
sans bouger le petit doigt ! Il arriva même largement en retard, quatre jours
après l’ensevelissement de son ami ; en matière de courtoisie, c’était un
comble ! La dernière lueur d’espoir s’était évanouie depuis longtemps. Les
deux femmes avaient bu la coupe de l’échec le plus cuisant jusqu’à la lie.
Maintenant, il leur restait tout juste la force d’exprimer leur seul grand regret
sans doute mêlé d’amertume : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne
serait pas mort » (Jn 11:21,32). Mais Jésus leur répondit simplement en
opposant à leur ‘si’ un autre ‘si’ : « ...Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu »
(v. 40) et il retourna complètement la situation plus que désespérée en
ressuscitant Lazare !

Dès l’instant où il avait appris la nouvelle de la maladie de celui qu’il


aimait, le Seigneur avait déjà en vue son aboutissement ultime : « Cette
maladie n’est point à la mort ; mais elle est pour la gloire de Dieu, afin que le
Fils de Dieu soit glorifié par elle (v. 4). Il savait ce qu’il allait faire et contrôlait
parfaitement la situation. En merveilleux stratège et parfait pédagogue, sous la
direction de son céleste Père et en union totale avec lui, il laissa le torrent
s’assécher complètement sans cesser un seul instant de penser à ses trois amis.
Il fallait que Marthe et Marie réalisent que lorsque les torrents terrestres et
humains sont à sec, le ruisseau de Dieu est encore plein d’eau. Elles
devaient apprendre à échanger le ‘si’ de la perplexité, du doute et du désespoir
contre le ‘si’ de la foi qui regarde au Dieu toujours fidèle et espère contre toute
espérance (Rm 4:18). Ainsi, pendant que le Seigneur se taisait, il n’en
labourait pas moins en profondeur deux cœurs impatients et angoissés, brisant
les mottes et préparant la terre pour pouvoir y enfouir une semence de
résurrection et de vie.

En réalité, notre Dieu ne se tait jamais totalement. Ses silences ne sont


jamais des ‘pleins de rien du tout’ selon le mot d’un petit garçon de six ans
qui, dans un doux murmure, invitait sa maman à écouter sans faire de bruit. Ils
sont en eux-mêmes autant de messages différents adressés personnellement
par Dieu à chacun de ses enfants : silence pesant et solennel de la réprobation
(1 S 28:6), silence vibrant de l’amour débordant qui suit le pardon et la
réconciliation (So 3:17), silence sympathique de l’amour paisible et
compréhensif qui écoute avec sollicitude (1 R 19:12 : « le son d’une douceur
tranquille » ou « un doux silence »), silence de l’amour patient qui éduque,
laboure, forme, purifie... Dieu utilise simplement le langage qui correspond le
mieux à nos situations, à nos attitudes, à nos besoins, et en fonction de son
plan d’amour pour nos vies : « Dieu parle cependant, tantôt d’une manière,
tantôt d’une autre, et l’on n’y fait pas attention » (Jb 33:14).

La mort et la résurrection de Lazare étaient une préfiguration. Elles


annonçaient l’approche des évènements les plus importants dans l’histoire de
l’humanité depuis la chute. Pour bien comprendre le message, il suffit de
changer les personnages de Jean 11 : Lazare, dont le nom signifie « Dieu est
secours » nous parle du Seigneur Jésus, le Fils bien-aimé du Père, venu sur la
terre pour secourir les hommes en les arrachant à l’esclavage du péché. Marthe
et Marie, ce sont les disciples dans la chambre haute, puis dans le jardin de
Gethsémané. Ils sont désemparés car Jésus, leur secours, est en quelque sorte
sur son lit d’agonie. Celui que le Père aime tant traverse une vallée d’angoisse
et de tristesse insondable à l’approche de la mort. Ils ne comprennent pas le
silence d’un Dieu qui n’intervient pas en faveur de son cher Fils. De loin, ils
assistent au spectacle révoltant de la croix sur laquelle celui qu’ils ont suivi
avec enthousiasme et une grande espérance dans le cœur est écartelé entre
terre et ciel, sous un soleil brûlant à son zénith. Mais pourquoi Dieu se tait-il
donc alors que les incrédules ricanent grossièrement face à l’impuissance de
leur Maître ? Comment peut-il laisser faire ainsi et rester insensible au cri qui
monte du fond de leur âme ? Comment peut-il ne pas s’émouvoir et réagir
avec puissance à l’écoute du terrible ‘pourquoi ?’ de son Fils ? « Mon Dieu !
mon Dieu ! pourquoi m’as-tu abandonné ? ». C’est l’heure de la solitude
absolue du Fils de Dieu dans les ténèbres de Golgotha, c’est l’heure du black-
out total, c’est l’heure de l’échec complet et de la déroute de celui en qui ils
ont investi tous leurs espoirs. Le Maître meurt et Dieu se tait. Victoire sinistre
de la mort, du diable, de la méchanceté cruelle et de la lâcheté des hommes !...

Pourtant, durant ce temps où Dieu se taisait, il travaillait puissamment


au salut de l’humanité tout entière en laissant mourir son Fils bien-aimé
sans intervenir. Cette ‘maladie’ était à la mort, pour la gloire de Dieu... et le
Fils de Dieu serait finalement glorifié par elle. Le troisième jour, alors que le
temps de l’espoir était irrémédiablement révolu, « un ange du Seigneur
descendit du ciel, vint rouler la pierre et s’assit dessus » (Mt 28:2). Le Père
ressuscita glorieusement son Fils révélant ainsi que la dette du péché était
définitivement payée grâce au sang précieux versé sur la croix. IL ne laissa pas
Son Bien aimé dans le séjour des morts et ne permit pas que le corps de Son
Fidèle pourrisse dans un tombeau (Ac 2:27). C’était la fin de la tristesse et le
début d’une vie radicalement nouvelle pour les disciples affligés et découragés
ainsi que pour toutes les Marthe et Marie éplorées et désespérées qui se sont
tournées avec confiance vers le Christ vivant depuis bientôt deux mille ans.

DIEU A SES SOLUTIONS A NOS


PROBLÈMES
Nous pouvons imaginer l’étonnement émerveillé du prophète Elie
lorsqu’après coup il put considérer l’ensemble du plan prévu par l’Eternel
pour pourvoir à ses besoins. C’est ce qui a fait dire à Luther : « Nous
demandons de l’argent à Dieu ; II nous donne de l’or ». Ne peut-il pas faire
infiniment au-delà de tout ce que nous demandons et pensons (Ep 3:20) ?
Analysons les raisons ayant pu justifier une telle stratégie de la part de Dieu et
tirons-en des enseignements utiles pour notre vie.

Dieu nous prépare à comprendre et à accepter ses solutions. Pendant


qu’Elie voyait le niveau du torrent baisser de jour en jour, l’Eternel poursuivait
au moins deux buts à la fois. Tout en continuant à protéger son prophète et à
pourvoir à ses besoins, il voulait en même temps sauver une pauvre veuve
païenne, habitante de Sarepta, dans le territoire de Sidon (1 R 17:9). Or, ce
second but ne pouvait que choquer Elie, le Juif fidèle ! Comment Dieu allait-il
s’y prendre pour faire sortir son serviteur du territoire d’Israël et le conduire
tout droit dans l’antre ténébreux de la bête hideuse, dans la patrie de la
diabolique Jézabel, d’où venaient toutes les abominations qui souillaient et
pervertissaient le peuple élu (16:31) ? Jésus a souligné la dimension toute
particulière de cet évènement lorsqu’il a dénoncé l’incrédulité notoire des
habitants de Nazareth : « Il y avait plusieurs veuves en Israël du temps d’Elie,
lorsque le ciel fut fermé trois ans et six mois et qu’il y eut une grande famine
sur toute la terre ; et cependant Elie ne fut envoyé vers aucune d’elles, si ce
n’est vers une femme veuve, à Sarepta, dans le pays de Sidon » (Lc 4:25-26).
Si l’Eternel lui avait demandé d’entreprendre une expédition punitive dans cet
endroit maudit, Elie aurait été volontaire pour partir aussitôt afin d’y faire
descendre le feu du ciel, mais c’était pour sauver et bénir une païenne qu’il
devait s’y rendre ! Il fallait donc qu’un profond changement s’opère d’abord
dans la mentalité du prophète. Comment Dieu a-t-il préparé Elie à
comprendre et à accepter sa solution ?

a) En lui envoyant d’abord des CORBEAUX, oiseaux impurs, pour le


nourrir au bord du torrent. N’a-t-il pas procédé de la même manière de
nombreux siècles plus tard pour préparer l’apôtre Pierre à accepter de se
rendre chez le païen Corneille afin d’y proclamer le glorieux message du salut
en Jésus-Christ ? Pierre, qui avait été mandaté par Dieu pour prêcher
l’Evangile aux Juifs (Ga 2:8), demeurait alors depuis quelque temps déjà à
Joppé chez un tanneur (Ac 9:43). Son hôte exerçait donc un métier impur aux
yeux des Juifs puisqu’il manipulait des cadavres d’animaux (Lv 11:39-40). Sa
maison était située à l’écart, près de la mer, à la fois à cause du statut
particulier de sa profession, de la mauvaise odeur engendrée par le traitement
des peaux et parce que ce travail exigeait beaucoup d’eau. Pierre, qui était
pêcheur de profession, avait certainement été attiré par le bord de mer et, en
acceptant l’hospitalité de ce tanneur, il prouvait que le Saint-Esprit était en
train d’opérer un changement d’envergure dans sa mentalité. Dieu se servait
aussi de ce séjour chez un homme envers qui les Juifs éprouvaient
généralement de l’aversion pour préparer l’étape suivante plus difficile encore
à accepter : aller évangéliser un officier romain. Lorsque Pierre tomba en
extase vers midi, pendant le deuxième temps de prière des Juifs, il vit le ciel
ouvert et une sorte de grande nappe tenue aux quatre coins, qui descendait et
s’abaissait vers la terre. Elle contenait toutes sortes d’animaux impurs parmi
lesquels se trouvait sans doute... un corbeau ! L’apôtre invité à tuer et à
manger s’exclama : « Non, Seigneur... », démontrant ainsi combien il est
facile, dans la vie avec Christ, de proclamer sa Seigneurie par nos lèvres tout
en lui disant aussitôt ‘non !’ dans le même élan. La vision eut lieu trois fois,
Dieu continuant patiemment ce long travail de sape et de labour dans le cœur
de son serviteur, pour enfoncer ses dernières défenses et l’amener à ne plus
regarder comme souillé ce qu’Il avait déclaré pur. C’est ainsi que l’apôtre des
circoncis en arriva à accepter d’ouvrir toute grande la porte de l’Eglise de
Jésus-Christ au monde des incirconcis (Ac 10).
De même que les corbeaux ont préparé le salut de la veuve dans l’esprit
d’Elie, les animaux de la vision (dont sans doute des corbeaux !) ont préparé
le salut des païens dans le cœur de l’apôtre Pierre. Il est aussi probable que le
secours de Dieu au moyen des corbeaux a disposé le cœur du prophète à
accepter un secours semblable par le canal de la veuve païenne de Sarepta.
Notons au passage, puisque nous l’avons déjà longuement souligné
précédemment, que Dieu travaillait en fonction de l’avenir du prophète, déjà
entièrement connu de Lui.

b) En permettant que le torrent se vide progressivement sous les yeux du


prophète afin que ce dernier comprenne, par expérience, la détresse de la
veuve et soit ainsi rendu capable de lui communiquer le message de la fidélité
de Dieu avec conviction et compassion. En effet, lorsqu’Elie est arrivé à
l’entrée du village de Sarepta, le ‘torrent’ de la veuve était pratiquement à sec
(v. 12). Elle en était à sa dernière poignée de farine et à ses dernières gouttes
d’huile. Sa situation était désespérée. L’homme de Dieu pouvait comprendre
avec son cœur le combat intérieur de cette pauvre femme et était bien placé
pour témoigner de la puissance sans limite du Dieu vivant et fidèle. Les
personnes qui ont connu ou qui traversent de profondes vallées de souffrances
sont souvent rebutées, dans leur sensibilité exacerbée, par les témoignages
bouillants de croyants à la vie facile et dont la passion est dénuée de vraie
compassion. Quelqu’un a parlé d’un type de chrétiens « dont le
comportement, au lieu de préparer les cœurs à recevoir la semence de
l’Evangile, ne fait que les endurcir. Ce sont les orthodoxes de la saine doctrine,
sûrs de leur affaire, affrontant le prochain d’un air de supériorité et de ce fait le
poussant à se renfermer en lui-même au lieu d’ouvrir son cœur au message de
la grâce... C’est le chrétien éléphant dont les pattes massives, en foulant le
terrain, le rendent dur et impénétrable ». L’écrivain Albert Camus a fait
remarquer qu’il y avait deux sortes d’efficacité : celle du typhon et celle de la
sève ! La Bible tient le même langage lorsqu’à diverses reprises elle évoque
les œuvres de la chair opposées au fruit de l’Esprit (Ga 5:16-24), l’efficacité
du ‘Moi’ opposée à celle de Jésus-Christ en moi (Ga 2:20). « Si vous vous
tenez à cinq cents mètres d’un homme et lui jetez l’Evangile à la tête, vous le
manquerez sûrement ; mais si vous allez près de lui, si vous lui saisissez la
main avec chaleur et lui montrez que vous avez pour lui de l’affection, alors,
par la bénédiction de Dieu, vous pourrez diriger ses pas sur le bon chemin »
(C.H. Spurgeon). Voilà pourquoi Dieu nous oblige parfois à emprunter des
sentiers difficiles, semés de souffrances, afin de nous sensibiliser à la situation
douloureuse d’hommes et de femmes auxquels nous pouvons alors vraiment
nous identifier. Nous sommes ainsi rendus capables de les aider avec amour
d’autant plus que, se rendant vite compte que nous ne sommes pas simplement
de brillants théoriciens dans le domaine de l’épreuve, ils nous ouvrent plus
facilement leur cœur avec confiance. Un auteur, prenant l’exemple de la
déception, écrit ces lignes : « Le livre de vie de chaque chrétien contient
quelques pages écrites à la demande du tuteur impitoyable nommé déception.
Les larmes ont peut-être obscurci ces pages à l’époque, mais en les revoyant à
la lumière de l’expérience, nous pouvons y ajouter en bas de page : ‘Merci
Seigneur pour ces pertes !’ ». Un commentateur a ajouté : « Si vous êtes
éprouvé par la déception, ne soyez pas amer... Vous êtes en train d’être préparé
de façon unique à en aider d’autres qui ont de la difficulté à réussir leur cours
de déception ».58

Pourquoi la plupart des psaumes de David rencontrent-ils un écho aussi


fort et chaleureux dans le cœur des croyants éprouvés du monde entier ? Parce
que leurs lecteurs se sentent rejoints dans leurs situations par un homme qui
peut les comprendre, ayant connu bien des détresses et des difficultés
semblables aux leurs. Ils ont le sentiment qu’il leur sourit avec sympathie à
travers ses larmes pour les encourager à mettre leur confiance en Dieu. Ce fut
un très grand roi, certes, mais si proche de nous par la sobre transparence et
l’honnêteté dont il fit preuve dans ses prières bouleversantes venues jusqu’à
nous. Il n’y apparait pas assis sur son trône, drapé dans la pourpre royale, mais
tout juste à notre niveau, sans suffisance ni condescendance orgueilleuses. Cet
homme, nous l’avons vu, a dû emprunter des chemins bien douloureux dès sa
jeunesse, perdant son meilleur ami Jonathan à l’issue de longues années
pendant lesquelles il fut traqué, harcelé et pourchassé comme un criminel. Ses
quarante années de règne furent marquées de terribles drames de toutes sortes,
en particulier dans sa vie familiale. L’adultère et le crime commis au sommet
de la gloire assombrirent toute la fin de sa vie par leurs conséquences
douloureuses en lui, dans sa famille et dans son royaume. Le complot et la
rébellion ouverte d’Absalom, son fils préféré, brisèrent son cœur de père. La
guerre le vit souvent sur les champs de bataille et la mort frappa fréquemment
autour de lui. Ses psaumes, véritables radiographies de son cœur mis à nu,
mais aussi de sa foi chancelante puis restaurée et fortifiée, et de sa passion
croissante pour son Dieu, me rejoignent dans mon expérience quotidienne et
me pressent de me confier bien davantage dans la parfaite fidélité de Dieu. On
ne peut emmener les autres plus loin que là où l’on est soi-même arrivé. Le
chemin qui conduit à la délivrance du prochain en détresse passe par ma
rencontre avec mes propres détresses et par la victoire du Seigneur sur elles.
« Il te faut passer par le feu et par l’eau, par le doute et le désespoir, par la
détresse psychique et spirituelle, si tu veux obtenir la puissance de gagner des
âmes. Tu dois passer par le feu si tu veux en arracher d’autres, et tu dois te
jeter dans les flots si tu veux en sortir d’autres. Tu ne peux grimper la grande
échelle sans sentir la brûlure des flammes, tout comme tu ne peux diriger un
canot de sauvetage sans être environné de vagues » (C.H. Spurgeon).

Cet épisode de la vie d’Elie, dont Dieu a ‘pétri et ramolli’ le cœur afin de
pouvoir faire de lui son évangéliste auprès d’une pauvre veuve païenne en
perdition, nous dévoile donc comment le Seigneur prépare et dispose notre
cœur en vue d’un témoignage béni auprès de nos contemporains, des morts en
sursis dont ‘les vases sont vides’ (v. 12). C’est lui qui choisit soigneusement
nos ‘torrents de Kerith’ afin que notre mentalité change et que l’obéissance et
la compassion triomphent des préjugés de toutes sortes qui encombrent et
paralysent notre esprit. C’est bien sûr aussi de cette manière que notre Dieu
procède pour que nous puissions être les instruments de son amour auprès de
nos frères en la foi. Le Seigneur n’est-il pas un fin stratège et un parfait
pédagogue ?
Chapitre 11 : L’épreuve du regard
Nous marchons par la foi et non par la vue (2 Co 5:7). Telle est la
cinquième leçon du torrent de Kerith. Avec un peu d’imagination, nous
comprendrons mieux le message que Dieu veut nous communiquer.
Lorsqu’Elie est arrivé dans la cachette prévue par Dieu, près du torrent, il a
certainement tout d’abord béni l’Eternel pour sa grande fidélité. Il était
impossible que cet homme de prière oublie de remercier et de louer son Dieu,
les regards et les mains élevés vers le ciel. N’était-il pas tout spécialement
l’objet de la sollicitude de l’Eternel qui mettait à sa disposition l’eau fraîche du
torrent ainsi que du pain et de la viande deux fois par jour ? Mais, avec les
jours qui passaient, un lent changement pouvait fort bien s’opérer dans les
pensées comme dans l’attitude du prophète. C’est qu’on s’habitue vite aux
miracles et aux largesses dues à la bonté de Dieu ! Au début de son séjour, le
cœur, les yeux et les mains étaient franchement tournés vers le ciel dans un
élan de profonde reconnaissance. Mais, de jour en jour, les mains montaient
moins haut, les yeux se laissaient accrocher toujours un peu plus par le torrent
et le cœur devenait progressivement captif du cours d’eau. Il est possible
qu’au fil des mois le centre de gravité d’Elie se soit lentement mais sûrement
déplacé de Dieu, le généreux donateur, vers le torrent, précieux don de
l’Eternel en ces temps difficiles. La gratitude enthousiaste et chaleureuse du
début avait insensiblement cédé la place à un ‘merci’ plus formel dit du bout
des lèvres et teinté d’indifférence. Le texte biblique ne dit rien de tout cela ! Il
est possible que nous suspections Elie à tort en lui prêtant une telle attitude.
Mais une chose est certaine et vaut la peine d’être répétée : ce prophète était
un homme de la même nature que nous et Satan n’a certainement pas manqué
de lui tendre ce piège. D’autre part, si nous connaissons tant soit peu notre
cœur, nous savons qu’en de semblables circonstances nous aurions pour le
moins été tentés de nous conduire de cette manière. Nous nous habituons si
vite aux cadeaux de Dieu ! Nous en venons rapidement à les considérer
comme des dus liés à nos mérites personnels ! Notre regard se détourne alors
du Seigneur pour se laisser accaparer par ses dons jusqu’à ce que, de
bénédiction d’en-haut qu’ils étaient au commencement, ils soient devenus un
piège et une malédiction pour nous. C’est pour nous éviter des catastrophes
que Dieu assèche les torrents auxquels nous nous sommes trop habitués et
attachés afin que nous fixions de nouveau les regards sur lui et que nous
dépendions de lui seul. Combien de fois Dieu a-t-il dû, par amour, nous priver
d’une bénédiction à laquelle nous nous cramponnions comme une sangsue
pour en sucer toute la substance, n’ayant plus d’yeux que pour elle, en vue
d’une plus grande bénédiction, celle d’être à nouveau centré sur Jésus-Christ,
le ruisseau de Dieu toujours plein d’eau.

Nous sommes appelés à regarder non point aux choses visibles, mais à
celles qui sont invisibles ; car les choses visibles sont passagères, et les
invisibles sont éternelles... nous marchons par la foi et non par la vue (2
Co 4:18 ; 5:7).

Abraham, le père des croyants nous offre une démonstration remarquable


de ce qu’une telle affirmation signifiait concrètement pour lui : « Sans faiblir
dans la foi, il considéra son corps presque mourant, puisqu’il avait près de
cent ans, et le sein maternel de Sara déjà atteint par la mort » (Rm 4:19).
‘Considéra’ est la traduction du verbe grec ‘Icatanoeô’ qui décrivait, par
exemple, le regard scrutateur, l’examen minutieux, l’observation attentive de
l’astronome s’efforçant de percer le secret des astres. Le patriarche considéra
aussi attentivement son épouse (‘kata’ = de haut en bas) qui, de son côté, ne
se berçait pas non plus de vaines illusions puisqu’elle disait d’elle-même :
« Maintenant que je suis vieille (usée, fanée, prête à tomber en ruine), aurais-
je encore des désirs ? » (Gn 18:12). Mais le regard d’Abraham ne
s’appesantit point sur les tristes réalités humaines : « Au contraire : loin de
mettre en doute la promesse et de perdre la foi, il trouva sa force dans la foi,
en reconnaissant la grandeur de Dieu et en étant absolument persuadé que
Dieu est capable d’accomplir ce qu’il a promis » (Rm 4:20-21). Dans son
expérience personnelle, ses yeux ne sont pas restés fixés sur le torrent de
leur vie physique, presque asséché, MAIS, se détournant de cette évidence
terrestre, ils se sont vigoureusement accrochés, cramponnés aux promesses
du Dieu qui ne ment point. « C’est pourquoi Dieu l’a déclaré juste en portant
sa foi à son crédit » (v. 22). Abraham connaissait Dieu comme celui « qui
donne la vie aux morts, et qui appelle à l’existence ce qui n’existe pas ». Voilà
pourquoi, « espérant contre toute espérance, il crut et devint ainsi le père d’un
grand nombre de nations » (v. 17-18). Précisons que Sara sut admirablement
faire équipe avec son époux dans cette attitude de confiance en Dieu. Le
chapitre de l’épître aux Hébreux consacré aux héros de la foi s’ouvre par une
définition dont ce couple de vieillards fidèles a offert une démonstration
remarquable, si l’on excepte la défaillance coûteuse qui engendra Ismaël :
« Qu’est-ce que la foi ? C’est une ferme confiance dans la réalisation de ce
qu’on espère, c’est une manière de le posséder déjà d’avance. Croire, c’est
être absolument certain de la réalité de ce qu’on ne voit pas » (Hé 11:1 ; tr. A.
Kuen). Après avoir évoqué la foi d’Abraham, le texte rend hommage à celle
de Sara en indiquant que « malgré son âge avancé, elle fut rendue capable
d’avoir une postérité parce qu’elle crut à la fidélité de celui qui avait fait la
promesse » (v. 11).

L’exemple d’Abraham et de Sara nous permet de mieux cerner quelques-


unes des caractéristiques fondamentales de la foi en relation avec le sujet
de ce livre :

- La foi n’est pas une fuite : Il est intéressant de constater que le


patriarche n’a pas fui l’évidente réalité qui le concernait en se réfugiant au
plus vite dans une sorte de ‘foi du charbonnier’. La foi authentique n’est
jamais une fuite éperdue devant les réalités tangibles que l’on se refuserait à
considérer de peur d’offenser Dieu ou de craquer. Dans ce sens la foi ne se
veut jamais aveugle et fait au contraire appel à toutes les facultés du croyant.
Une confiance dépourvue de discernement, de réflexion et de sens critique
n’a rien à voir avec la foi que Dieu réclame et peut même s’avérer très
dangereuse dans certains cas. Dieu ne nous demande pas d’être crédules et
d’accepter n’importe quoi sans réfléchir. « Une petite dose de refus de croire
est aussi nécessaire que la foi, pour le bien-être de nos âmes. Nous ferions
bien de cultiver un brin de bon scepticisme ; il nous éviterait de nous
embourber dans des zones marécageuses. Ce n’est pas tragique de douter de
certaines choses ; cela pourrait l’être de croire toutes choses » (A.W. Tozer).
La foi véritable est une prise de position consciente du côté de Dieu, une
confiance réfléchie dans la fidélité de Dieu à ses promesses MALGRÉ les
évidences contraires. Elle croit Dieu parfaitement fiable et cherche donc la
solution en lui.

- La foi n’est pas à confondre avec un optimisme aveugle et béat : elle


n’a rien à voir avec une sorte d’idéalisme utopique qui pense que tout va
finalement se faire ou s’arranger comme par un coup de baguette magique
dont Dieu aurait le secret. Cet ersatz de la foi véritable est une ‘mixture’
composée d’inconscience et de naïveté, d’égoïsme et de paresse, qui attend
gentiment en se tournant les pouces, que Dieu veuille bien faire son joli petit
numéro miraculeux. La foi authentique n’est pas une drogue et se refuse à la
passivité, laquelle profite toujours à l’Ennemi de nos âmes ; elle ne ‘ferme pas
les yeux pour faire la sieste’ en laissant à Dieu le soin de travailler tout seul.
La foi ardente du jeune David faisant face au géant Goliath le conduisit vers
un torrent dans lequel il choisit soigneusement cinq pierres polies (1 S 17:40).
Ce torrent recélait donc une riche bénédiction de Dieu, accessible à une foi
active et équilibrée ne reculant devant aucune précaution en vue de
l’affrontement décisif. Le bon sens de la foi lui dictait de chercher à obtenir le
tir le plus efficace grâce à des pierres bien polies qui voleraient plus
rapidement vers le but. L’humilité de la foi lui indiquait la nécessité d’en
prendre plus d’une pour le cas où le premier coup viendrait à manquer le but.
La sagesse de la foi lui recommandait d’en prendre cinq pour ne pas être pris
au dépourvu par une attaque des frères de Goliath ou par un autre danger
imprévu.

Certes, Abraham et Sara étaient humainement dans l’impossibilité absolue


d’avoir un enfant. Ils dépendaient totalement de l’intervention miraculeuse de
Dieu. A situation humaine exceptionnelle, action divine exceptionnelle ! Est-
il bien nécessaire de préciser que s’ils n’ont rien pu faire concrètement pour
que la promesse de Dieu s’accomplisse (lorsqu’ils ont essayé d’aider Dieu, ce
fut la catastrophe !), ils n’ont pas voulu pour autant esquiver le douloureux
travail du cœur, le labeur de l’âme, le combat persévérant de l’esprit faisant
partie de l’attente patiente de la foi qui obtient finalement ce qui lui a été
promis (Hé 6:12-15). La foi authentique est active, même si parfois, dans un
domaine particulier, son action doit se limiter pour un temps à la prière dans
l’attente constante et vigilante de l’étape suivante. Elle sait que Dieu ne fait
jamais de miracles inutiles et inadaptés, trop souvent destinés à satisfaire des
désirs égoïstes. Pendant les quarante ans du désert, les enfants d’Israël eurent
droit au miracle quotidien de la manne parce que l’agriculture y était
impossible. Mais, dès leur arrivée dans la terre promise, « la manne cessa le
lendemain de la Pâque, quand ils mangèrent du blé du pays ; les enfants
d’Israël n’eurent plus de manne, et ils mangèrent des produits du pays de
Canaan cette année-là » (Jos 5:12). Désormais ils devraient labourer, semer,
arroser, sarcler, désherber, moissonner... et s’attendre à Dieu pour pouvoir
récolter. Quelle déconvenue pour ceux qui avaient pris l’habitude de
simplement se baisser pour ramasser leur déjeuner jour après jour pendant de
longues années ! Ceux qui étaient nés dans le désert n’avaient jamais connu
d’autre manière de faire. Par contre, l’Eternel allait faire des miracles
extraordinaires adaptés à la nouvelle situation de son peuple en provoquant la
chute des murailles de Jéricho, en arrêtant le soleil et la lune dans leur course,
etc. Ces prodiges ne se sont pas produits sous le regard vaporeux d’un peuple
passif venu en simple spectateur mais en présence et avec la collaboration
active d’une armée en marche ou au combat. Car l’action de la foi est la
plupart du temps une association entre l’ordinaire du croyant et
l’extraordinaire de Dieu. La Bible fourmille d’exemples de cet alliage
précieux de l’humain et du divin dans la vie concrète de la foi. « La foi dans
le surnaturel ne fait pas de nous des êtres hors nature » (Donald Gee).

Il n’est pas rare que dans les débuts de la vie chrétienne, le jeune croyant
tombe dans le piège d’une foi passive, non par paresse, du moins
généralement, mais plutôt par souci de ne pas pécher contre la confiance en
Dieu en utilisant des moyens humains. Cette attitude peut se perpétuer
pendant des années, voire durant toute la vie, comme conséquence d’un
enseignement erroné au sujet de la foi. En 1853, Hudson Taylor, alors âgé de
21 ans, entreprit son premier voyage vers la Chine. La longue traversée qui
devait durer plus de cinq mois commença très mal. Les douze premiers jours
furent marqués par une violente tempête et le naufrage fut évité d’extrême
justesse. Sur les conseils de sa mère, le jeune missionnaire s’était procuré une
ceinture de sauvetage. Au cours de la nuit la plus terrible, pendant que le
bateau dérivait vers les rochers, il décida de ne pas l’utiliser et la mit donc de
côté tant il était troublé par la crainte de déshonorer Dieu par un manque de
foi. Voici ce qu’il devait écrire par la suite : « ...J’étais un tout jeune chrétien,
et n’avais pas une foi suffisante en Dieu pour Le voir dans et au travers de
l’emploi des moyens... Plus tard, je vis clairement la faute que j’avais
commise. C’est une erreur qui est fréquente ces temps-ci où des
enseignements tronqués sur la guérison par la foi font tant de mal, interprétant
maladroitement les plans de Dieu, ébranlant la foi des autres, et troublant
l’âme de beaucoup. L’emploi des moyens mis à notre disposition ne doit pas
diminuer notre foi en Dieu, et notre foi en Dieu ne doit pas nous empêcher
d’user de tous les moyens qu’Il nous a donnés pour l’accomplissement de Ses
propres desseins. Pendant nombre d’années après cette expérience, j’ai
toujours pris une ceinture de sauvetage et n’ai jamais été troublé à ce propos.
En effet, lorsque la tempête fut passée, cette question fut réglée pour moi par
la lecture de la Parole de Dieu faite avec prière. Dieu me donna alors de voir
mon erreur, probablement pour me délivrer des perplexités dans les
problèmes de ce genre qui sont si fréquemment soulevés aujourd’hui. Quand
je soigne des malades, je ne néglige jamais de demander à Dieu de me diriger
et de me bénir dans l’emploi des moyens appropriés, et je n’oublie pas de Le
remercier de l’exaucement et de la restauration de la santé. Mais il me semble
présomptueux et mauvais de négliger l’emploi des ressources que Lui-même
a mises à notre portée, comme de négliger de prendre de la nourriture chaque
jour et de penser que la vie et la santé peuvent être maintenues uniquement
par la prière. »59 Ces dernières lignes nous rappellent le mot célèbre du
croyant réformé engagé qu’était Ambroise Paré, le père de la chirurgie
moderne (1509-1590) : « Je le pansas, Dieu le guarit »60.

- Abraham nous apprend que la foi est la faculté de ‘regarder’


l’invisible, au-delà des ténèbres de toutes sortes et du mur opaque des
difficultés. Le regard de la foi pénètre dans le domaine de l’invisible pour
l’œil humain. Il contemple longuement et s’imprègne intensément du
caractère même de Dieu et de Jésus-Christ. Par une journée d’intense
brouillard, à Londres, une maman accompagnée de sa fillette n’arrivait plus à
trouver son chemin. Le trafic était totalement paralysé et la dame inquiète se
demandait comment elle allait pouvoir regagner son logis. Apercevant
vaguement l’ombre d’un passant dans le brouillard elle s’approcha et, lui
ayant indiqué la rue dans laquelle elle habitait, elle lui demanda s’il lui était
possible de l’aider. Sans la moindre hésitation, l’homme conduisit la mère et
l’enfant jusqu’à leur maison. Surprise, la dame demanda à ce brillant guide
comment il avait fait pour trouver si sûrement le bon chemin, alors qu’elle en
était totalement incapable bien qu’habitant le quartier depuis plusieurs années.
« Je suis aveugle, Madame », répondit-il simplement. Cet homme avait appris
à avancer dans les ténèbres grâce à d’autres points de repère. Le brouillard ne
modifiait rien à sa vue. « La foi est comme un radar dans le brouillard. Elle
sait discerner de loin la réalité des choses là où normalement l’œil humain n’y
voit rien » (C. Ten Boom). Quelques autres fleurs glanées çà et là, au fil de
mes lectures, et ajoutées à celle-ci nous vaudront un joli bouquet de pensées
très suggestives : « La foi est une entière confiance en Dieu, une totale
dépendance de Lui et une parfaite sécurité. Elle est le sixième sens qui nous
rend capables de saisir ce qui est invisible mais réel et de pénétrer dans le
domaine spirituel où l’on traite directement avec Dieu » (J.O. Chambers).
« La foi est le regard de l’âme sur un Dieu Sauveur... Croire, c’est diriger
l’attention de notre cœur vers Jésus » (A.W. Tozer). « Une grande foi est
capable de voir le soleil à minuit, de moissonner en plein hiver et de
découvrir des rivières sur les sommets » (C.H. Spurgeon). « La foi nous rend
capables de dominer les circonstances et de regarder à Jésus qui est au-dessus
de tout, béni éternellement » (J. Wesley). Ce revivaliste bien connu prononça
ces paroles alors qu’il marchait aux côtés d’un croyant assailli par le doute et
en pleine détresse spirituelle à cause de ses difficultés. Wesley aperçut une
vache regardant par-dessus un mur de pierre. Il interrogea alors son
compagnon de route : Savez-vous pourquoi cette vache regarde au-dessus du
mur ? ». La réponse négative de l’homme perplexe lui permit d’expliquer :
« La vache regarde par-dessus le mur parce qu’elle ne peut voir à travers !
C’est cela même que vous devez faire avec votre mur de difficultés : regarder
par-dessus sans vous y arrêter... »

Une petite anecdote tirée de la longue histoire de l’homme de foi que fut
George Müller (1805-1898) servira d’illustration à nos propos et à ces
quelques citations. C’est un évangéliste nommé Charles Inglis qui a
rapporté le fait en ces termes : « Lorsque je me rendis en Amérique pour la
première fois, je me trouvais sur un navire dont le capitaine était un chrétien
très fidèle. Lorsque nous eûmes passé Terre-Neuve, il me dit : « Monsieur
Inglis, la dernière fois que je naviguais ici, il y a cinq semaines, il se passa
une chose tout à fait extraordinaire qui révolutionna toute ma vie de chrétien.
Jusqu’alors j’avais été un chrétien quelconque. Nous avions un homme de
Dieu à bord, George Müller, de Bristol. Je m’étais tenu sur le pont pendant
les dernières vingt-quatre heures sans le quitter, lorsque je sentis quelqu’un me
taper sur l’épaule. C’était George Müller.
- Capitaine, dit-il, je dois être à Québec dimanche après-midi.
C’était mercredi.
- Impossible, répondis-je.
- Très bien ; si votre navire ne peut pas me transporter, Dieu trouvera un
moyen de locomotion pour m’y amener. En cinquante-sept ans, je n’ai
jamais manqué un engagement.
- Je vous aiderais bien volontiers, mais comment le pourrais-je ? Je
suis impuissant.
- Descendons dans votre cabine et prions.
Je regardai cet homme tout en me demandant à moi-même de quelle maison
de santé avait pu s’échapper ce déséquilibré.
- Monsieur Müller, dis-je, vous rendez-vous compte de la densité du
brouillard ?
- Non, répliqua-t-il, mes yeux ne sont pas sur la densité du brouillard, mais
sur le Dieu vivant, qui contrôle toutes les circonstances de ma vie.
Puis il se mit à genoux et prononça une prière des plus simples. Je me disais :
« Voilà qui conviendrait à une classe d’enfants de huit ou neuf ans ». Cette prière
disait à peu près ceci : « O Seigneur, si telle est ta volonté, dissipe, je te prie, ce
brouillard en cinq minutes. Tu connais l’engagement que tu as toi-même préparé
pour moi à Québec pour dimanche. Je crois que c’est ta volonté. »
Quand il eut terminé, je m’apprêtais à prier, mais il mit sa main sur mon épaule et
me dit de ne pas le faire.
- Premièrement, ajouta-t-il, vous ne croyez pas que Dieu le fasse ; et
secondement, je crois qu’Il l’a fait. Il n’est donc nullement nécessaire que
vous priiez pour la même chose.
Je le regardai, et George Müller me dit :
- Capitaine, voici cinquante-sept ans que je connais le Seigneur, et pas un
seul jour je n’ai manqué d’avoir un entretien avec le Roi. Levez-vous,
Capitaine, et ouvrez la porte, vous verrez que le brouillard s’est dissipé.
Je me levai, sortis, le brouillard avait disparu. Le dimanche après-midi, George
Müller était à Québec. »
Vous avez certainement remarqué que George Müller avait tenu à souligner
sa certitude d’être dans la volonté de Dieu en entreprenant ce voyage et sa sainte
habitude de ‘vivre au diapason du Roi’ en ayant des entretiens quotidiens avec lui
depuis plus d’un demi-siècle déjà.

Vous vous souvenez certainement des deux jeunes missionnaires, Arthur et


Wilda Matthews, bloqués durant deux longues années, avec leur petite fille
Lilah, dans une haute vallée montagneuse de la province du Kansu, en Asie
centrale61. C’est au plus fort de la tempête, les difficultés financières et la maladie
s’ajoutant à des tracasseries sans fin, que le Seigneur inspira à Arthur la poésie
suivante62 :

En Lui je me confie
Sur l’Adriatique en furie
Flotte, à la tempête asservie,
Ma barque, aux mâts démantelés.
Son dernier jour semble arrivé.
Elle craque et gémit. Qu’importe, je m’écrie
Même dans ce désastre : en Dieu je me confie !
Toute espérance est perdue
Nul rayon ne perce la nue,
Enveloppé de désespoir
Je me sens sombrer dans le noir.
Cependant que mon cœur défaille, à l’avenir,
Même dans ce désastre : en Dieu je me confie !
Je n’ai plus d’eau dans ma rivière,
Dieu semble sourd à ma prière ;
Mes ruisseaux sont secs à jamais.
Mais, tout tremblant, je me soumets.
Satan peut s’acharner pour m’enlever la vie ;
Même dans ce désastre : en Dieu je me confie !
Je n’ai plus d’huile, de farine,
Et le Tentateur imagine
Ce doute affreux : « Dieu pourrait-il
Au désert emplir ton baril ? »
Eloignez-vous mensonges, infamies !
Même dans ce désastre : en Dieu je me confie !

Richard Fuller, prédicateur baptiste du dix-neuvième siècle, citant un vieux


marin qui disait : « Dans les grosses tempêtes, nous devons placer le bateau
dans une certaine position et l’y maintenir », a fait ce commentaire : « Cela,
chrétiens, est exactement ce que vous devez faire... La raison ne peut vous
aider. Les expériences passées n’apportent point de lumière... Il n’y a qu’une
solution. Vous devez vous accrocher au Seigneur ; et, advienne que pourra
- vents, vagues, marées contraires, tonnerre, éclairs, rochers, brisants - quoi
qu’il arrive, vous devez demeurer fermes dans votre confiance en la fidélité
de Dieu et en son amour éternel manifesté en Christ Jésus »63.
« Père, je ne te comprends pas, MAIS je te fais confiance ». Lorsque
j’ouvris l’enveloppe et découvris ce message sur une jolie carte postale, je
crus percevoir comme un clin d’œil de Dieu : « Maurice, voici un petit mot
de Ma part, spécialement pour toi ». Combien de fois, dans la longue
traversée de ce nouveau tunnel qui n’en finissait pas, ne lui avais-je pas dit :
« Seigneur, je n’y comprends vraiment plus rien ». Toutefois, je ne pus
résister au désir d’en partager le contenu avec un ami en difficulté et la carte
reprit donc sans tarder le chemin des PTT. A quelques temps de là, alors que
je serrais des mains à l’issue d’une réunion, quelqu’un me remit discrètement
une carte... portant le même message ! De retour à la maison, je la mis bien
en évidence sur mon bureau. Chaque jour, mon regard était accroché par
cette petite phrase toute simple qui m’allait droit au cœur. Puis un jour, je pris
la décision de glisser la carte dans un dossier contenant le manuscrit d’une
étude qu’elle servirait à illustrer au cours de l’une ou l’autre de mes
conférences. Mais Dieu savait combien j’allais encore avoir besoin de cette
affirmation de la foi, l’obscurité devenant de jour en jour plus épaisse et
menaçante. Quelque temps plus tard, un matin, notre boîte postale recélait un
petit trésor qui ne tarda pas à trôner sur mon bureau : c’était une troisième
carte portant une fois de plus le même message, comme un sourire renouvelé
de Dieu dans la tempête...
La Bible est constellée de ces ‘MAIS’64 étincelants, diamants scintillants
porteurs d’espérance, qui transforment nos pires angoisses en sérénité au plus
fort des tourmentes dont nos vies sont parfois assaillies. Ecoutez David au
cœur du cyclone :
« J’apprends les mauvais propos de plusieurs... Ils complotent pour m’ôter la
vie. MAIS en toi je me confie, ô Eternel ! Je dis : tu es mon Dieu ! Mes
destinées sont dans ta main » (Ps 31:14-16) ; « ...Tu as fait monter des
hommes sur nos têtes ; nous avons passé par le feu et par l’eau. MAIS tu nous
en as tirés pour nous donner l’abondance » (Ps 66:10-12) ; « Ô Dieu ! des
orgueilleux se sont levés contre moi, une troupe d’hommes violents en
veulent à ma vie... MAIS toi, Seigneur, tu es un Dieu miséricordieux et
compatissant, lent à la colère, riche en bonté et en fidélité » (Ps 86:14-15).
Ecoutez le roi Josaphat au milieu de son peuple en péril : « Nous sommes sans
force devant cette multitude nombreuse qui s’avance contre nous, et nous
ne savons que faire, MAIS nos yeux sont sur toi » (2 Ch 20:12). Ecoutez
l’apôtre Paul tenir le même langage des siècles plus tard : « Nous ne savons
pas ce qu’il convient de demander dans nos prières... MAIS nous savons que
toutes choses collaborent au bien de ceux qui aiment Dieu... » (Rm 8:26,28) ;
« Sera-ce la tribulation, ou l’angoisse, ou la persécution, ou la faim, ou la
nudité, ou le péril, ou l’épée ?... MAIS dans toutes ces choses, nous sommes
plus que vainqueurs par celui qui nous a aimés » (v. 35-39).
A l’écoute de ce si beau message, mon cœur agité se calme, mes pensées
s’ordonnent, et je puis entendre Jésus murmurer à mon oreille : « Ce que je
fais, tu ne le comprends pas maintenant, MAIS tu le comprendras bientôt »
(Jn 13:7). - « Oui Seigneur ! et si ce ‘bientôt’ ne signifie pas forcément ‘ici-
bas’, après tout qu’importe, il signifie à coup sûr ‘là-haut’ ! Car je suis au
pays des ‘pourquoi ?’, MAIS en route pour le Pays des ‘parce que !’ ».
Je ne sais quelle est la mesure de joie et de douleur
Que pour moi, faible créature, réserve mon Sauveur.
MAIS je sais qu’en Lui j’ai la vie,
Il m’a sauvé dans son amour ;
Et gardé par Sa main meurtrie,
J’attends l’heure de Son retour.65
Ainsi, pendant que le niveau du torrent baissait et que l’avenir du
prophète semblait s’assombrir de plus en plus, Elie entendait certainement le
doux murmure de Dieu à son cœur tenté par l’inquiétude : « Elie, tu n’as pas
affaire au torrent, mais à moi seul. Ne te laisse pas hypnotiser par ce petit
cours d’eau en pleine agonie ; ne remarques-tu pas que plus il devient discret
à l’approche de sa mort, plus l’oreille de ton cœur est capable de percevoir à
nouveau ma voix ? Demeure donc en paix et ne cesse pas de regarder à moi ;
j’ai un merveilleux avenir en réserve pour toi ».
L’Eternel, le Dieu vivant d’Israël dont Elie était le serviteur, voici déjà
plus de vingt-huit siècles en arrière, est le même aujourd’hui ; il n’a pas
changé ! Lorsque l’eau de notre torrent se fait rare et que notre regard apeuré
en parcourt le lit presque asséché, relevons les yeux et tendons l’oreille pour
l’entendre nous dire avec amour : « ...Frères saints, qui avez part à la
vocation céleste, considérez (= katanoeô : observez avec soin, regardez
attentivement, contemplez) l’apôtre et le souverain sacrificateur de la foi
que nous professons, Jésus, qui a été fidèle à celui qui l’a établi» (Hé
3:1-2).
Chapitre 12 : Torrents d’hier et d’aujourd’hui
(1)
Après avoir mis en évidence les cinq leçons du torrent de Kerith, il nous
reste à répondre à une question essentielle : sous quels aspects ce torrent de
l’histoire d’Elie peut-il se présenter au croyant de notre époque ? Quelles
réalités concrètes recouvre-t-il pour chacun d’entre nous ?

D’une manière générale, il représente toute bénédiction, tout don de


Dieu qui, à un moment ou à un autre, est susceptible de prendre la première
place, celle qui revient à Jésus-Christ, dans notre vie. Le piège est subtil !
Les meilleurs cadeaux de Dieu, les dons les plus beaux et les richesses de tous
ordres les plus légitimes qui soient, deviennent parfois les pires ennemis de
notre fidélité au Seigneur. Ceci peut arriver subitement ou par un processus
lent et insidieux. Nous devons nous souvenir constamment que TOUT ce qui
s’intercale ouvertement ou sournoisement entre le Christ et nous, pour
occuper la première place dans notre cœur devient, de ce fait, une idole ! Ici
retentit à juste titre la mise en garde servant de mot de conclusion à la
première épître de Jean : « Petits enfants, gardez-vous des idoles » (1 Jn 5:21).
Or, toutes les idoles ne sont pas grossières, hideuses et repoussantes. Elles ne
se laissent pas toujours identifier au premier coup d’œil. Tout en restant
cruelles, elles peuvent revêtir un visage aimable et attractif destiné à tromper
le croyant engagé et vraiment consacré à son Seigneur. Ainsi, les grandes
bénédictions, souvent si difficiles à supporter, peuvent devenir de sérieux
obstacles à tout progrès spirituel lorsque nous succombons à leur charme
fascinateur. Les yeux rivés sur elles, comme hypnotisés, nous en venons vite à
oublier Celui sans qui nous n’y aurions jamais goûté. Tentons de préciser
davantage le contenu de nos torrents de Kerith.

1. DES PERSONNES
Celui ou celle qui m’a conduit à la connaissance personnelle de Jésus-
Christ, un serviteur ou une servante du Seigneur particulièrement bénis dans
leur ministère, un membre de mon église locale... ou de ma famille, un grand
ami..., peuvent devenir presque à mon insu comme un torrent de Kerith. Il est
si facile de glisser, sans s’en rendre compte, d’une relation saine et
enrichissante vers une admiration aveugle ou un attachement sans bornes,
exclusif et servile ; « Maudit soit l’homme qui se confie dans l’homme, qui
prend la chair pour appui, et qui détourne son cœur de l’Eternel » (Jr 17:5).
« Cessez de vous confier en l’homme, dans les narines duquel il n’y a qu’un
souffle ; car de quelle valeur est-il ? » (Es 2:22). « Ne vous confiez pas aux
grands... » (Ps 146:3). Attention donc aux amitiés trop fortes où l’on ne voit
plus que par l’autre, devenant de ce fait incapable de lui dire non ou de le
corriger, et où l’on perd toute lucidité par passion devenue incontrôlable.
Malheureux est celui qui, dans une relation d’amitié, ne veille pas à maintenir
un espace suffisant occupé par Son Seigneur, entre l’autre et lui-même. Il lui
manque alors le recul nécessaire, la distance qui permet d’aimer selon Dieu en
restant objectif, en aidant intelligemment, et qui évite aussi d’être entraîné
dans ses chutes. « C’est quand je me déclare prêt, par un acte de volonté, à
perdre toute relation humaine (approbation, considération, amour, etc.), si
l’obéissance à Dieu l’exige, que je suis délivré de la peur. Alors seulement ma
motivation pourra s’approcher de la réalité de l’amour. Quand je rencontre une
étrangère gênée ou un ami intime en train de s’égarer dans de graves
problèmes, mes paroles seront une source d’encouragement, si elles sont
inspirées par l’amour. Remarquez le paradoxe : Aimer une personne, c’est être
prêt à perdre la relation que j’ai avec elle. Tenir à quelqu’un ou à quelque
chose au point d’en être dépendant, Dieu excepté, ce n’est rien d’autre
finalement, que de l’idolâtrie. Et l’idolâtrie est, fondamentalement, la crainte
d’un faux dieu »66. Dieu doit parfois intervenir à sa manière pour rompre ces
liens devenus progressivement des chaînes, et pour assécher certains torrents
d’amitiés divinisées. Le meilleur vin, qui enivre aussi, tourne vite en vinaigre !
Il est des séparations forcées qui font terriblement mal, labourent le cœur et y
laissent des marques profondes, mais qui n’en sont pas moins
merveilleusement salutaires car elles ramènent les regards vers Jésus... le
Ruisseau de Dieu toujours plein d’eau. C’est souvent après coup que nous
comprenons le pourquoi de certaines circonstances déchirantes qui nous ont
d’abord révoltés.

- L’exemple d’Abraham. A plusieurs reprises nous nous sommes penchés


sur quelques aspects de la vie d’Abraham et de Sara. Nous avons notamment
mis en évidence un des enseignements contenus dans l’épreuve suprême de la
foi du patriarche empêché in extremis d’offrir son fils Isaac en sacrifice sur
une des montagnes du pays de Morija (Gn 22). Il en est un autre qu’il convient
de souligner maintenant. Isaac, l’enfant de la promesse était un ‘torrent de
Kerith’ dans la vie de son vieux père Abraham. Avez-vous remarqué en quels
termes riches de signification affective, Dieu lui demande de sacrifier
l’enfant ? : « Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac... » (v. 2).
Chaque mot a dû faire l’effet d’un coup de poignard dans le cœur du vieillard.
A.W. Tozer a su admirablement décrire la relation particulière qui devait
exister entre le père et son fils à cause des circonstances qui avaient précédé et
entouré la venue au monde de ce si beau don de Dieu : « Abraham était vieux
à la naissance d’Isaac, assez vieux pour être son grand-père, et l’enfant devint
aussitôt les délices de ses vieux jours et l’idole de son cœur. Dès l’instant où il
se pencha pour prendre maladroitement le petit être dans ses bras, il devint
l’esclave de son fils, dans un amour ardent pour lui. Dieu prit la peine de
souligner la force de son affection. Il n’est pas difficile de comprendre cela.
L’enfant représentait tout ce qu’il y avait de sacré aux yeux de son père : les
promesses de Dieu, l’alliance, l’espoir de toutes ses années, et le long rêve
messianique. En le regardant grandir de l’enfance à l’adolescence, le cœur du
vieil homme était de plus en plus mêlé à la vie de son fils, jusqu’à ce que
finalement leur relation prit un tournant dangereux. C’est alors que Dieu entra
en scène pour sauver le père et son fils des conséquences d’un amour
excessif »67. Nous pouvons imaginer sans peine le terrible combat qui fit rage
dans le cœur du vieux père pendant les heures qui suivirent cette révélation
redoutable de la volonté de Dieu. L’Eternel était en train d’assécher un torrent
appelé ‘Isaac’ dans le cœur d’un vieux père brisé par une souffrance intérieure
presque insoutenable. Qui était le plus précieux trésor dans la vie d’Abraham :
le don ou le Donateur ? L’épreuve de Morija allait être l’Heure de Vérité par
excellence en dévoilant, sans laisser la moindre place au doute qui, de
l’Eternel ou d’Isaac, occupait réellement la première place dans les
profondeurs secrètes du vieil homme de Dieu. Lorsqu’Abraham monta sur la
montagne, il avait pris la décision d’aller adorer l’Eternel (v. 5) en immolant
Isaac, c’est-à-dire en offrant à Dieu ce qui lui était de loin le plus précieux et le
plus cher au monde. « L’adoration est la soumission de tout notre être à Dieu.
C’est la réanimation de la conscience par Sa sainteté, l’alimentation de l’esprit
par Sa vérité, la purification de l’imagination par Sa beauté, l’ouverture du
cœur à Son amour, l’abdication de la volonté à Ses desseins. C’est le
sentiment le plus désintéressé dont notre nature soit capable et, par
conséquent, le remède principal contre cet égocentrisme qui est notre péché
originel et la source de tout péché actuel » (William Temple).
Lorsqu’Abraham redescendit de la montagne, avec Isaac ‘le ressuscité’ à ses
côtés, le monde invisible avait la preuve qu’il était un inconditionnel de Dieu
et que son amour pour lui était vraiment et totalement désintéressé. « Abraham
descend de la montagne avec Isaac comme il y est monté, mais toute la
situation a changé. En termes du Nouveau Testament, Abraham avait mis sa
précieuse relation avec Isaac sous la seigneurie de Christ. Elle était désormais
‘en Christ’. Christ avait pris place entre le père et le fils. Abraham avait tout
quitté et suivi Christ ; et alors qu’il marche sur ses traces, il lui est permis de
retourner dans le monde et d’y vivre comme il l’avait fait autrefois.
Extérieurement le tableau est le même, mais toutes choses sont devenues
nouvelles, tout a dû passer par Christ » (Dietrich Bonhoeffer)68. Là-haut sur le
sommet, au pied de l’autel du sacrifice, il avait conquis de haute lutte son plus
beau titre de noblesse spirituelle : « il fut appelé ami de Dieu » (Jc 2:23 ; 2 Ch
20:7). Quand plus tard il mena deuil sur Sara à Hébron, un bel hommage lui
fut rendu en ces termes : « Tu es un prince de Dieu au milieu de nous » (23:6).

- L’exemple de Joseph. Imaginez Joseph au fond de sa prison, en Egypte.


Le chef des échansons vient d’être relâché emportant avec lui la requête
pressante de son ancien compagnon de cellule : « Parle en ma faveur à
Pharaon, et fais-moi sortir de cette maison... » (Gn 40:14). Désormais un
espoir fou bouillonne dans le cœur du prisonnier qui compte sans aucun doute
très fort sur la fidélité du messager. Pourtant les jours passent, les petits bâtons
s’alignent en longues rangées sur les murs nus de la cellule et personne ne
vient prononcer la petite phrase rituelle tant attendue : « Tu es libre ! ».
Chaque bruit de pas qui s’approche fait battre son cœur d’un fol espoir ;
chaque bruit de pas qui s’éloigne ajoute à son tourment et le désespère un peu
plus. « Le chef des échansons ne pensa plus à Joseph. Il l’oublia » (v. 23).
Deux longues années vont s’écouler ainsi (41:1). Peu à peu, le niveau du
torrent appelé ‘échanson’ baissera dans la pensée du captif dont le regard
reviendra alors se fixer sur l’Eternel, celui qui ne saurait un seul instant oublier
ses enfants. A son heure, Dieu interviendra souverainement et Joseph passera
directement de la prison au palais de Pharaon. « Joseph est le rejeton d’un
arbre fertile près d’une source ; les branches s’élèvent au-dessus de la
muraille » (49:22).
- L’exemple de Job. Il vaut la peine d’être cité de nouveau car il se
présente sous un angle particulier et riche d’enseignement pour le croyant
éprouvé, entre autres, dans ses amitiés. Résumons en une phrase l’origine du
drame qui surprit cet homme de Dieu dans sa prospérité : pour relever le défi
de Satan qui accusait Job d’aimer Dieu de manière intéressée, l’Eternel
l’autorisa, sous son contrôle absolu, à toucher à tous ses biens, à ses enfants, à
ses serviteurs et finalement à sa santé, non sans se servir en dernier lieu de son
épouse pour le tenter à l’heure la plus douloureuse de son existence. Mais il
semble que Job ait touché le fond du gouffre de la souffrance lorsque ses trois
amis, après sept jours de silence, commencèrent à l’abreuver de leurs pieux
discours. Rien ne lui fit plus mal que leurs équations simplistes, leurs vérités
sans nuance et en porte-à-faux assenées avec violence, et leurs insinuations
perfides. Plus Job protestait de sa droiture et de son intégrité devant Dieu, plus
ils l’accablaient de leur fureur théologique aveugle et cruelle, le soupçonnant
de fautes odieuses pour soutenir leurs théories implacables. Manquant du plus
élémentaire respect pour l’homme souffrant, ils devinrent de plus en plus
méchants, moqueurs et accusateurs et finirent par le sacrifier sur l’autel de
leurs idées fixes. Le point culminant de cet ‘acharnement thérapeutique’ sans
scrupule fut atteint avec le réquisitoire accablant et malhonnête d’Eliphaz (Jb
22:5-10) accusant Job de maux imaginaires sans nombre.
C’est ainsi que Job vit son torrent de Kerith appelé ‘amitié’ s’assécher
rapidement sous ses yeux affaiblis et rougis par les larmes de la souffrance.
Ecoutons-le exhaler sa profonde douleur et son amertume devant la froideur
glaciale et insensible de ses ‘amis’ : « Celui qui souffre a droit à la compassion
de son ami, même quand il abandonnerait la crainte du Tout-Puissant. Mes
frères sont perfides comme un torrent, comme le lit des torrents qui
disparaissent. Les glaçons en troublent le cours, la neige s’y précipite ;
viennent les chaleurs, et ils tarissent, les feux du soleil, et leur lit demeure à
sec. Les caravanes se détournent de leur chemin, s’enfoncent dans le désert et
périssent. Les caravanes de Théma fixent le regard, les voyageurs de Séba sont
pleins d’espoir ; ils sont honteux d’avoir eu confiance, ils restent confondus
quand ils arrivent. Ainsi, vous êtes comme si vous n’existiez pas... Vous
persécutez votre ami... » (6:14-21,27). Lorsque, dans son flot d’accusations
mensongères, Eliphaz comptait Job parmi les hommes d’iniquité qui furent
emportés avant le temps et eurent la durée d’un torrent qui s’écoule (22:15-
16), il ne voyait pas qu’il dénonçait sa propre iniquité, son amitié éphémère
comme un torrent perfide auquel on ne peut se fier. Le respect de l’entourage
et la chaleur de l’amitié étaient chers au cœur de Job dans le temps de sa
prospérité et de son bonheur passés. Mais Dieu permit que même ce torrent
bienfaisant s’évanouisse pour que puissent fleurir sur les lèvres crevassées de
son serviteur, les plus merveilleuses paroles de certitude et d’espérance en Lui
seul, source de consolation pour une multitude de croyants éprouvés au fil des
siècles : « Je suis pour mes amis un objet de raillerie... Il a éloigné de moi mes
frères, et mes amis se sont détournés de moi ; je suis abandonné de mes
proches, je suis oublié de mes intimes. Ceux que j’avais pour confidents m’ont
en horreur, ceux que j’aimais se sont tournés contre moi... MAIS je sais que
mon rédempteur est vivant, et qu’il se lèvera le dernier sur la terre. Quand ma
peau sera détruite, il se lèvera. Après que ma peau aura été détruite, moi-
même je contemplerai Dieu. Je le verrai, et il me sera favorable... » (12:4 ;
19:13-14,19,25-27). Pour que la fidélité à l’Eternel puisse briller de l’éclat le
plus pur, il fallait que Job perde tous ses appuis humains. Au cœur de la
tourmente, il se crut même abandonné de ce Dieu Tout-Puissant qui veillait
autrefois en ami sur sa tente (29:2-5). Non seulement Dieu se taisait, mais Job
croyait le voir se dresser contre lui de toutes parts, ignorant qu’il était l’enjeu
d’un défi lancé par Satan et relevé par Celui qui l’aimait toujours du même
amour inaltérable et éternel. Quand le torrent de ses amitiés terrestres les plus
solides fut à sec, il sut, pourtant et malgré tout, au fond de lui-même, qu’il
pourrait encore s’abreuver au torrent débordant des délices de son
Rédempteur, le Dieu vivant toujours fidèle (Ps 36:9). Finalement, un jour, tout
le monde allait pouvoir reconnaître, grâce à cette terrible mise à l’épreuve, que
Job était resté fidèle à son Dieu quoi qu’il ait pu lui en coûter.

2. DES ORGANISATIONS
(Eglise locale, dénomination, société missionnaire, fédération, cadre de
travail...)

Il est si facile de ne plus voir que par elles et de développer un esprit de


clocher qui m’empêche de discerner la présence et la bénédiction de Dieu
ailleurs que chez moi. Ainsi s’érigent de sombres ghettos que la lumière
d’en-haut ne réussit plus à pénétrer. Le lit du torrent autrefois bouillonnant
d’eau fraîche et savoureuse se vide progressivement et ce qui était hier
encore un organisme vivant finit par se fossiliser en organisation stérile et
poussiéreuse. Le dimanche 31 mars 1861, Charles Spurgeon présida son
premier culte dominical dans un vaste bâtiment, dont la construction venait
tout juste d’être achevée. Les premiers mots qu’il y prononça donnaient la
note majeure de son ministère dans ce nouvel édifice : « Je propose que le
sujet du ministère qui aura lieu dans cette maison, tant que cette tribune
s’élèvera, et que des adorateurs fréquenteront ces murs, soit la personne de
Jésus-Christ. Je n’ai jamais honte de me dire calviniste. Je n’hésite pas à
prendre le nom de baptiste. Mais, si l’on m’interroge sur ma foi, je
réponds : C’est Jésus-Christ. Jésus, la somme et la substance de l’Evangile,
en lui-même toute la théologie, l’incarnation de toute vérité précieuse, la
personnification toute glorieuse du chemin de la vérité et de la vie »69. La
lettre d’avertissement à l’ange de l’Eglise d’Ephèse (Ap 2:1-7) nous rappelle
aussi ce qu’il peut en coûter d’abandonner le premier amour pour Celui qui
marche au milieu des chandeliers. L’ardeur au labeur, la persévérance
inlassable et l’orthodoxie vigilante, bien qu’importantes, sont nettement
insuffisantes pour maintenir élevé le niveau du torrent. Rien ne doit se
substituer au premier amour, qui est aussi l’amour en premier, pour Jésus-
Christ, le chef de l’Eglise. Lorsque le niveau se met à baisser, empressons-
nous de lever d’abord les yeux dans la bonne direction plutôt que de nous
agiter en tous sens pour travailler, organiser, structurer, militer... encore
davantage.

C’est certainement ici qu’il convient d’évoquer le torrent des donateurs


qui soutiennent financièrement l’œuvre de Dieu et ses serviteurs. Après
avoir bien commencé en servant le Dieu fidèle qui pourvoit à tous nos
besoins, nous pouvons être tentés de servir nos donateurs par crainte de voir
le niveau du torrent de la générosité... de Dieu baisser jusqu’à ce que notre
porte-monnaie soit... à sec. Au lieu de continuer de regarder à Celui qui a
dit : « L’argent est à moi, et l’or est à moi » (Ag 2:8), on se met à lorgner
avec anxiété vers les portefeuilles de ceux qui ne sont pourtant que les
gérants des biens de Dieu. Certaines crises d’ordre matériel interviennent
parfois dans nos vies à chacun pour nous ramener à une juste dépendance de
Celui dont la grâce ne tarit jamais. « Mon Dieu pourvoira à tous vos besoins
selon sa richesse, avec gloire, en Jésus-Christ » (Ph 4:19).

3. DES DONS SPIRITUELS ET DES ACTES DE


PIÉTÉ
Les dons spirituels, ces canaux de transmission de la grâce surabondante
de Dieu, sont de merveilleux cadeaux qui m’ont été souverainement accordés
par le Saint-Esprit. Tout comme mes capacités mises en valeur par
l’éducation et l’instruction reçues, ils peuvent facilement prendre la place du
Donateur dans mes pensées et préoccupations. Narcisse, jeune Béotien
célèbre, dans la légende, pour sa beauté, fut épris de sa propre image reflétée
dans une fontaine... et périt noyé. Se mirer pour s’admirer dans le torrent de
son obéissance, de sa fidélité, de sa vie de prière, de sa foi audacieuse, de sa
généreuse libéralité... est à la fois fort tentant et dangereux pour le croyant
imbu de lui-même. Dès que nous commençons, par exemple, à croire que nos
actes de piété possèdent une vertu intrinsèque, le niveau du torrent se met à
baisser. Quand nous nous mettons à les comptabiliser et à les accumuler en
leur attribuant un pouvoir propre qu’ils n’ont pas et en pensant réussir à faire
ainsi pression sur Dieu, le ciel se ferme et la source commence à faiblir. Notre
Dieu ne saurait apprécier le fétichisme, la magie et l’idolâtrie quel que soit le
vêtement dont on les pare.
Se confier dans sa foi, dans sa vie de prière, dans son assiduité à lire la
Bible et à apprendre des versets par cœur, attribuer une vertu extraordinaire à
la louange comme si elle cachait dans son essence même une puissance
fantastique et irrésistible obligeant automatiquement Dieu à capituler, est un
piège insidieux dans lequel nous tombons souvent. Ce n’est rien d’autre qu’un
humanisme religieux fort bien déguisé qui braque les feux de la rampe sur le
‘moi’ du croyant et lui attribue les mérites et la gloire qui reviennent à Dieu
seul.
Arrêtons-nous, par exemple sur la dimension de la foi. Evoquant la
pensée positive de Norman Vincent Peale, Caryl Matrisciana souligne
« qu’elle n’est rien moins que de la foi en la foi, qui a été substituée à la foi en
Dieu. Et la foi en la foi n’est rien moins que la foi en soi-même : en sa propre
volonté, ses désirs, ses pensées, même subconscientes, et ses illusions - en
d’autres termes, ses rêves »70. Soulignant le centrage sur Dieu de la foi
d’Abraham dans Romains 4, un commentateur compare la foi à une fenêtre
ouverte permettant à la lumière du soleil d’entrer dans une pièce : Ce n’est pas
la fenêtre qui éclaire ; elle n’est qu’une simple voie d’accès à la lumière.
Hélas, combien il est facile et tentant d’extraire arbitrairement de la Bible des
tonnes de versets bibliques, sans le moindre souci de respect du contexte et des
règles fondamentales d’interprétation des Ecritures, pour justifier de subtiles
distorsions de la vérité. De même que la valeur d’un billet de banque est
nulle en elle-même et réside, non dans le morceau de papier mais dans la
banque d’émission, la valeur de notre foi et de tous nos actes de piété quels
qu’ils soient se trouve dans leur fondement, dans leur objet, c’est-à-dire
dans le Christ des Saintes Ecritures. « La foi est la vertu qui a le moins
conscience d’elle-même. Elle est, par sa nature même, à peine consciente de sa
propre existence. Comme l’œil qui voit tout devant lui et ne se voit jamais, la
foi se préoccupe de l’objet sur lequel elle se repose et elle ne fait pas du tout
attention à elle-même » (A.W. Tozer). Hudson Taylor se plaisait à souligner
l’importance du support et de l’objet de notre foi lorsqu’il écrivait par
exemple : « Le Seigneur est toujours fidèle. Les disciples disaient : ‘Seigneur,
augmente-nous la foi’. Le Seigneur ne les a-t-il pas repris à ce propos ? Ce
n’est pas d’une grande foi que vous avez besoin, leur dit-il en fait, mais de la
foi en un grand Dieu. Si même votre foi est petite comme un grain de
moutarde, elle suffit pour déplacer une montagne. Nous avons besoin d’une
foi qui repose sur un grand Dieu, et qui compte qu’il accomplira Sa propre
Parole, et fera exactement ce qu’Il a promis »71. Telle est l’attitude intérieure
que Dieu agrée ; tout autre raisonnement s’extériorise généralement en
vulgaires marchandages qui ne sauraient gagner le cœur du Seigneur jaloux de
sa gloire.
Dieu n’est pas un marchand de tapis et ne se laisse pas acheter ! C’est de
la main même de notre Père, de la grâce inépuisable du Seigneur Jésus-
Christ et du travail inlassable du Saint-Esprit en nous que nous recevons tout
ce qui dans notre vie quotidienne se traduit en foi, louange, prière,
obéissance... à la seule gloire de Dieu : « ...c’est Dieu lui-même qui agit en
vous, pour produire à la fois le vouloir et le faire conformément à son projet
plein d’amour » (Ph 2:13). Le vieux roi David, à la fin de quarante années
de règne pouvait affirmer : « Tout vient de toi, et nous recevons de ta main
ce que nous t’offrons » (1 Ch 29:14). « Toutes mes sources sont en toi » (Ps
87:7). Lorsque le niveau de notre torrent de Kerith se met à baisser, c’est
donc peut-être aussi parce que Dieu veut attirer notre attention et nous
éviter... de nous y noyer pour nous y être trop admirés dans son eau si
généreuse !

4. LE SUCCÈS DANS NOS ENTREPRISES


Retrouvons notre prophète Elie après la grande confrontation du Carmel
en 1 Rois 18. Trois années et demi fort éprouvantes de sécheresse et de famine
s’achèvent par une éclatante victoire de l’Eternel et de son serviteur ‘seul
contre tous’. La pluie se remet aussitôt à tomber, généreuse et bienfaisante,
comme l’homme de Dieu l’avait annoncé. Pour Elie, c’est le succès sur toute
la ligne ! Après le torrent de Kerith, le pain, la viande et les corbeaux, la farine
et l’huile de la veuve..., le feu du ciel est tombé, les prophètes de Baal ont été
éliminés et la pluie est revenue. Le prophète peut se tourner vers son Seigneur
pour lui dire : « Mission accomplie, objectif atteint ! ». II peut se mirer et
s’admirer dans le torrent du travail accompli et couronné de succès... en
murmurant dans sa barbe : « Ne suis-je pas meilleur que mes pères ? J’ai
réussi là où ils ont échoué ! ». Il semble d’ailleurs que le dérapage ait été
amorcé avant même la descente du feu et l’arrivée de la pluie. Lorsqu’Elie
s’était mis à prier pour que Dieu réponde par le feu, il était passé du ‘je’ et du
‘moi’ fort insistants au ‘Toi’ centré sur Dieu, comme s’il rectifiait un tir mal
orienté au départ (1 R 18:36-37). Sans doute, le germe de la chute était-il
déjà là.
Un simple télégramme du facteur de l’époque va vider ce torrent en un
clin d’œil, transformant le succès en échec au moins apparent. L’expéditrice
du message contenant la sentence de mort n’est autre que Jézabel, mais en
réalité, derrière elle se cache la main de Dieu agissant pour le bien de son
serviteur. Le prophète s’effondre, soudain terrassé par une vague déferlante
de découragement. J’ai recensé au moins sept causes qui se sont liguées
pour le faire craquer, mais il en est une, plus profonde, qui les domine toutes
et les favorise : le décrochage du regard ! Les yeux du prophète se sont
détournés de l’Eternel son Dieu pour se fixer sur le torrent de son succès,
puis sur lui-même, et enfin sur Jézabel : « Elie, voyant cela, se leva et s’en
alla, pour sauver sa vie » (1 R 19:3). Lorsqu’il s’effondre sous un genêt, en
plein désert, sa prière de désespoir est révélatrice de son problème : « Je ne
suis pas meilleur que mes pères » (v. 4). Nous pouvons ajouter : « ...or, j’ai
cru pendant un moment que je l’étais ! ». Son langage est l’aveu de la faille
qui a fragilisé l’armure... et le combattant avec elle.
Le sourire de Dieu aura finalement raison de cette profonde défaillance.
Bientôt, les yeux de son serviteur se seront détournés, du passé, de Jézabel et
de lui-même, pour se rassasier à nouveau de Lui seul. A l’entrée de sa
‘maison de repos’ à Horeb, il recevra une nouvelle révélation de la personne
de Dieu qui rectifiera sa vision déséquilibrée par la situation d’apostasie de
son époque : « Elie, moi l’Eternel ton Dieu, je ne suis pas uniquement
présent dans le feu du jugement, dans la tempête ou dans le tremblement de
terre. Ma sainteté est indissociable de mon amour ». Fortifié par cet amour
miséricordieux de son Seigneur, il repartira avec courage vers d’autres
missions, plus conscient de sa fragilité, mais plus fort de la Toute-Puissance
de son Dieu.

La leçon vaut pour nous dans toutes nos entreprises faites dans la volonté
de Dieu, quelles qu’elles soient. Elle est valable dans l’église comme à
l’atelier, au bureau comme à la maison, dans l’entreprise comme au lycée...
La réussite qui valorise, l’amour du travail bien fait, l’encens brûlé sur
l’autel du succès, tout cela peut faire tourner la tête... et le regard dans la
mauvaise direction. Dieu doit parfois assécher ce torrent de Kerith appelé
‘succès’, ‘entreprise florissante’... pour retrouver la place et l’honneur qui
lui sont dus dans nos cœurs. « Comme il est facile de devenir possessif
concernant un travail que Dieu a confié à nos soins. Il est difficile de rester
complètement dévoué au Seigneur Jésus-Christ. Au sein des acclamations,
dans l’ivresse d’avoir accompli une tâche, nous risquons de tomber
amoureux de notre travail plus que de Celui pour qui nous le faisons. Alors,
ce travail, une entreprise florissante, un projet religieux, devient notre idole
inconsciente et nous sacrifions tout à cette idole, y compris les gens : nos
proches, nos collègues, ou quiconque se met en travers de notre chemin... Il
se peut que Dieu doive détruire l’œuvre qu’Il a suscitée, afin de nous garder
dociles, humbles, brisés et entièrement dévoués à Jésus-Christ. Quand tout
va bien, nous sommes en danger mortel d’adorer la réussite, de l’adorer
même davantage que la personne du Seigneur Jésus. »72
Chapitre 13 : Torrents d’hier et d’aujourd’hui
(2)

5. NOS EXPÉRIENCES D’HIER


Nous pouvons aussi être tentés de boire continuellement l’eau du torrent
des expériences bénies du passé. Certains croyants, en véritables harpagons,
érigent de vastes barrages en travers du courant pour pouvoir accumuler les
eaux des expériences bénies vécues dans leur marche avec Dieu. Elles
constituent alors leur seule sécurité, leur unique aliment, leur infaillible et
irremplaçable mètre étalon servant à juger de tout dans le présent. Le torrent se
transforme en piscine dans laquelle ils barbotent à longueur de journée ! Peu à
peu cette eau devient stagnante et polluée car les écluses des cieux se ferment.
Le niveau baisse et la vie cède la place à la mort jusqu’à ce que le regard
affolé s’arrache enfin au passé et que le cœur assoiffé se tourne de nouveau
vers la Source. Il est des barrages que le Saint-Esprit doit dynamiter pour
que la grâce de Dieu puisse à nouveau couler librement comme un fleuve.

Dans un de ses livres, J. Penn Lewis fait observer que Dieu s’est servi de
la verge d’Aaron pour ses trois premiers jugements sur l’Egypte, tandis que
sa parole seule, sur les lèvres de Moïse, a présidé aux trois plaies suivantes.
Elle pose alors la question : Moïse avait-il commencé à s’appuyer, de
quelque manière, sur ce bâton ? et en tire un enseignement important :
« Dieu ne veut pas que nous nous appuyions, pour le présent, sur les choses
que, cependant, il a données lui-même et bénies dans le passé ; il faut toute
sa vigilance pour empêcher que nous nous attachions à quoi que ce soit
d’autre qu’à Lui, ou à sa seule Parole. Il en sera ainsi jusqu’au bout ; c’est ce
qui explique pourquoi Dieu agit parfois d’une manière que nous trouvons
étrange. Ce qu’il a donné il le redemande, pour le donner à nouveau, et
parfois le demander encore, afin que l’instrument reste souple et tout prêt à
faire sa volonté ».

Juste après que David ait été oint comme roi sur tout Israël les Philistins
se déployèrent contre lui, à deux reprises successives, dans la vallée des
Rephaïm (2 S 5:17-25). Lors de leur deuxième offensive, David aurait pu
s’appuyer sur l’expérience précédente en reproduisant tout simplement la
tactique qui venait d’être couronnée de succès. Mais il avait appris à
dépendre de Dieu pour chaque nouveau jour de sa vie et reçut donc de sa
main une stratégie toute neuve qui lui valut une nouvelle victoire. Nous
sommes facilement tentés de nous attacher aux méthodes bénies dans le
passé, aux moyens par lesquels Dieu nous a visités et rafraîchis hier, aux
instruments puissants de ses délivrances dans les années écoulées. Nous
avons de la peine à concevoir que Dieu ait une infinie variété de points
d’eau merveilleusement fraîche pour nous désaltérer au fil du temps qui
passe, et qu’il se plaise à nous faire sortir régulièrement des sentiers battus
pour nous empêcher de vivoter du contenu insipide de nos vieilles citernes
maintenant décrépites.

Les sacrificateurs se nourrissaient des pains de proposition confectionnés


et déposés de sabbat en sabbat sur la table d’or pur devant l’Eternel (Lv
24:5-9). De même la chair du sacrifice de reconnaissance et d’actions de
grâces devait être mangée impérativement le jour de l’offrande. Pour
d’autres offrandes la limite était de deux jours et passé ce délai, le sacrifice
n’était plus agréé étant même considéré comme une chose infecte (Lv 7:15-
18).

Dans le désert, les Israélites avaient pour nourriture la manne ramassée


matin après matin, sauf le jour du sabbat. Il était interdit de ‘faire un
barrage’ en constituant une réserve de manne dont on pourrait ensuite vivre
pendant plusieurs jours. Ceux qui désobéirent eurent la désagréable surprise
de trouver ce don de Dieu infesté de vers et infect (Ex 16:4-5,19-29). Ces
diverses prescriptions n’étaient pas uniquement des mesures prophylactiques
destinées à prévenir diverses maladies et de graves épidémies. Dans la
pensée de Dieu elles revêtaient manifestement un caractère pédagogique et
reflétaient des principes spirituels chers à son cœur et visibles tout au long
de sa Parole. Nous ne pouvons vivre ni de notre communion avec Dieu
d’hier, ni de notre consécration d’hier, ni de nos victoires d’hier, ni d’aucune
bénédiction d’hier... Sans mépriser pour autant les richesses spirituelles du
passé, nous ne sommes pas invités à vivre de la grâce d’hier mais de celle
d’aujourd’hui. Ne sommes-nous pas appelés à être comme le lac de Galilée
grouillant de vie et porteur de fertilité parce que sans cesse traversé par les
eaux venues de l’Hermon, et non comme la mer Morte, stérile et hostile à
toute vie parce qu’accumulant pour elle-même les bénédictions venues du
Jourdain ?

Par ailleurs, comme D.L. Moody l’a si bien fait remarquer, nous
n’avons pas non plus à essayer de constituer aujourd’hui une réserve de
grâce pour demain ! « Un homme ne peut pas plus prendre aujourd’hui une
réserve de grâce pour l’avenir qu’il ne peut manger suffisamment
aujourd’hui pour les six prochains mois, ni inhaler suffisamment d’air dans
ses poumons pour vivre pendant une semaine. Il nous est cependant permis
de puiser dans les réserves de la grâce de Dieu jour après jour, selon nos
besoins ». Dans sa profonde détresse, Jérémie puisait sa consolation dans la
grande fidélité de l’Eternel dont les compassions se renouvellent chaque
matin (Lm 3:23). David savait que le bonheur et la grâce du divin Berger
l’accompagneraient tous les jours de sa vie (Ps 23:6). La grâce de Dieu est
disponible à l’instant même où nous en avons besoin. Lorsque Corrie Ten
Boom était enfant, un jour, elle dut accompagner sa maman pour une visite
de circonstance à une famille éprouvée par le décès d’un petit bébé. Elle
rentra profondément bouleversée de cette première rencontre avec la mort.
Lorsqu’à l’heure du coucher son cher papa monta dans sa chambre pour la
border, il la trouva en train de sangloter, angoissée par la pensée qu’il
pourrait bien mourir lui aussi. Laissons-la raconter le dialogue qui
s’ensuivit : « Corrie, dit-il gentiment, lorsque toi et moi partons pour
Amsterdam, peux-tu me dire à quel moment je te donne ton billet ? » Je
reniflai plusieurs fois, considérant la question. « Eh bien, juste avant de
prendre le train ». « Exactement. De même notre Père céleste connaît nos
besoins de chaque moment. Fais-lui confiance, Corrie. Quand l’heure de
mourir arrivera, pour chacun d’entre nous, tu découvriras que Dieu aura mis
dans ton cœur la force dont tu auras besoin à ce moment-là ».73

En regardant les eaux du torrent baisser peu à peu, Elie était invité à se
préparer à tourner une page de l’histoire de la fidélité généreuse de Dieu
dans sa vie, pour pouvoir en découvrir une nouvelle, différente et au moins
aussi merveilleuse que celle qu’il était en train de parcourir. S’il était tenté
d’en rester au torrent et aux corbeaux, Dieu lui rappelait de cette manière
qu’une expérience de la grâce doit succéder à une autre, et ainsi de suite,
tout au long des jours, pour quiconque veut croître dans la foi et servir de
mieux en mieux à l’accomplissement des desseins d’amour de Dieu. L’huile
et la farine de la veuve, multipliées par le Seigneur, sont pour ceux qui
savent quitter les gorges profondes de leur torrent de Kerith, à l’heure fixée
par Dieu et sans chercher à s’y attarder. Une bénédiction en chasse une
autre, une occasion de servir et de témoigner succède à une autre, un test de
fidélité cède la place à un autre... mais Dieu reste toujours le même et son
ruisseau est toujours et encore plein d’eau !

6. NOTRE AFFECTIVITÉ
Nos sentiments et nos émotions ne sont-ils pas fluctuants comme le
torrent de Kerith ? Maintenant bouillonnant, bouleversé, profondément ému et
remué par le sentiment de la présence de Dieu, dans un moment je me sentirai
peut-être vide, complètement à sec, comme abandonné par ce même Dieu.
J’aurai la désagréable impression que ‘tout me tire vers le bas’. Et je ne saisirai
pas forcément les raisons de ce changement ! Pendant plusieurs années nous
avons habité au nord de la Bretagne, à quelques pas de la mer, dans une région
côtière où l’amplitude des marées peut être particulièrement forte en période
d’équinoxe. Le flux et le reflux de la mer sur des distances parfois très
impressionnantes modifient de fond en comble la vision que l’on a
habituellement du paysage côtier. Peu de temps après notre arrivée,
recherchant des amis installés sur une plage, je crus m’être trompé d’endroit et
repartis poursuivre ma recherche ailleurs. Je finis par réaliser que je m’étais
laissé piéger par la marée montante qui avait effacé tous mes points de repère.
Ainsi sont nos émotions, tantôt à marée haute, tantôt à marée basse, modifiant
sensiblement notre vision du paysage humain et circonstanciel. Il faut si peu
de choses pour changer le cours de nos sentiments. Les évènements tout justes
passés ou en plein déroulement, les perspectives à venir sombres ou
lumineuses ont souvent solidement prise sur eux. La maladie qui rend
particulièrement sensible et vulnérable, la fatigue, la faim, certaines étapes de
la vie, telle personne croisée au détour du chemin, la météo... et tant d’autres
facteurs encore, exercent une influence sur ce monde mystérieux et mouvant
de l’affectivité. Certaines personnes sont facilement impressionnables parce
que douées d’un tempérament plus sentimental et émotif que d’autres.
L’Ennemi de nos âmes est rusé et sait aussi comment faire pression sur ces
cordes particulièrement sensibles pour nous déboussoler et nous égarer.
Les grands besoins affectifs souvent liés à un passé familial très perturbé
font de certaines personnes de véritables éponges assoiffées d’amour et
d’émotions fortes, les rendant particulièrement vulnérables ! Elles attachent
une importance exagérée à tout ce qu’elles ressentent et, une fois converties
à Jésus-Christ, elles ont fortement tendance à considérer leur affectivité
comme un baromètre quasi infaillible pour mesurer le degré, la qualité et
l’authenticité de leur communion avec Dieu et avec les autres croyants. Si à
l’écoute d’une prédication, d’un témoignage ou d’un chant, pendant un
temps de prière ou de méditation... de tels croyants sont touchés dans leurs
émotions, Dieu est donc spécialement présent et agissant. Selon eux, sa
proximité est même directement proportionnelle à l’intensité du sentiment
éprouvé dans ces moments-là. Par contre, s’ils ne ressentent rien, et bien que
conscients de n’avoir aucune faute précise à confesser au Seigneur, ils en
déduisent aussitôt que Dieu est absent, que ce qui a été dit ou fait n’est pas
spirituel, ou que des fautes non identifiées leur voilent la face du Père... Il
n’est pas toujours facile d’aider ces amis généralement très instables et
fragiles, basculant pour un rien des sommets lumineux dans de sombres
abîmes où ils se mettent aussitôt à broyer du noir. Laissant alors courir leur
imagination, ils sont facilement torturés dans leur conscience et très
subjectifs dans leurs jugements des personnes et des situations. Avancer
dans la vie en donnant la priorité aux indications fournies par ce ‘radar’ si
peu fiable engendre de nombreux soucis et fait courir bien des dangers.
Un pilote instructeur voulait faire comprendre à son élève à quel point il
est dangereux de se fier à ce que l’on ressent au lieu de ‘voler aux
instruments’. Il lui demanda donc de fermer les yeux, d’incliner la tête et de
diriger l’avion d’après ce qu’il ressentait intérieurement en procédant au fur
et à mesure aux ajustements nécessaires pour garder la position horizontale.
L’élève s’exécuta donc en se concentrant à fond jusqu’à ce que finalement
l’instructeur, silencieux jusque-là, lui ordonne d’ouvrir les yeux. L’avion
descendait en spirale vers le sol qui se rapprochait à vive allure... Une fois
que tout fut rentré dans l’ordre, l’instructeur fit remarquer à l’élève que cette
expérience se terminait toujours de cette manière. Il l’avait baptisée la
‘spirale de l’homme mort’.

- N’accordons pas une confiance exagérée, voire aveugle, à ce que


nous ressentons. Le seul point de repère parfaitement fiable et qui ne
fluctue jamais, c’est la Parole de Dieu. La foi véritable ne s’appuie pas sur
les sables mouvants de l’affectivité mais se fonde sur la connaissance de la
vérité. Dans l’adversité, le croyant qui se repose trop sur ses sentiments cède
très vite au découragement, voire à la panique. Sa foi vacille et s’évanouit
dès l’arrivée de l’épreuve car elle n’a pas d’ancrage solide et sûr. Ce croyant
n’a pas développé la capacité de se réjouir au sein des difficultés, n’ayant
pas encore compris que la joie chrétienne est bien plus qu’un simple
sentiment ; elle est aussi un acte de volonté et fait appel à l’intelligence
éclairée qui se nourrit de certitudes célestes inébranlables quelles que soient
les circonstances traversées. Comme nous l’avons déjà fortement souligné,
nous marchons par la foi dans la Parole de Dieu et non par la vue, dont nos
états d’âme font partie. Nos sentiments peuvent nous tromper, la Parole de
Dieu, JAMAIS ! Le témoignage du philosophe chrétien C.S. Lewis est, à cet
égard, très intéressant : « La foi... est l’art de s’accrocher aux certitudes que
votre raison a acceptées une fois pour toutes, en dépit de vos variations
d’humeur. Car votre humeur changera quel que soit le point de vue
qu’adopte votre raison. Je le sais par expérience. Maintenant que je suis
chrétien je subis des sautes d’humeur au cours desquelles toute croyance
religieuse paraît fort improbable ; mais quand j’étais athée j’avais de même
des dispositions d’esprit où le christianisme me semblait fort probable. Cette
rébellion de vos humeurs contre votre être intérieur se produira, soyez-en
sûrs. C’est pourquoi la foi est une vertu si nécessaire ; si vous prenez en
compte vos sautes d’humeur, vous ne pourrez jamais être un chrétien solide
ou un athée convaincu. Vous serez seulement une créature s’agitant sans but,
et dont les croyances dépendent du temps, ou de l’état de votre digestion. On
doit donc s’exercer à la foi »74.

Par ailleurs, nous devrions nous souvenir que quel que soit
l’instrumentiste qui pince la corde des sentiments sur la harpe de notre cœur,
la ‘musique’ produite ne révèle pas des différences sensibles : vous êtes, par
exemple, devant le petit écran ou dans une salle de cinéma et n’en finissez
pas de verser des larmes et de mouiller des mouchoirs en regardant... des
acteurs qui jouent simplement un rôle, ceci parfois même dans un cadre
totalement artificiel et à grands renforts d’effets spéciaux et de truquages à
en perdre le souffle. Vous êtes bouleversé et intensément remué dans vos
sentiments au contact d’un monde d’illusion créé de toutes pièces pour vous
séduire et vous distraire. Une personne religieuse prosternée devant une
icône, un gourou en extase... peuvent éprouver des émotions profondes qui
ne viennent pas de Dieu pour autant. De tout temps des croyants ont fait des
expériences émotionnelles bouleversantes tout en vivant dans l’immoralité
jusqu’à ce que leur péché finisse par venir à la lumière. Or, l’Esprit de Dieu
est saint et ne conduira donc jamais quelqu’un dans l’immoralité. Comment
pourrait-Il agir en contradiction avec la Parole de Dieu dont Il est
l’inspirateur, le parfait interprète, et qui donne au croyant la force nécessaire
pour y obéir ? La Bible nous invite à ne pas nous fier à tout esprit, mais à
éprouver les esprits pour savoir s’ils sont de Dieu (1 Jn 4:1). C’est le
fondement à partir duquel se manifestent nos émotions qui est important. Si
ce qui les provoque est en accord avec le contenu de la Parole de Dieu,
réjouissons-nous et bénissons Dieu sans pour autant accorder à ces moments
une importance primordiale. « Ce ne sont pas les expériences personnelles,
privées et exaltantes qui permettent de sonder la vie ; c’est la réalité des
choses et la vérité qui comptent. Le christianisme n’est pas, avant tout, une
affaire d’expérience ; il s’intéresse lui aussi à la réalité des choses et à leur
vérité... On peut provoquer une sensation par l’hypnose ou par l’activité de
l’imagination et la reproduire au moyen de drogues hallucinogènes...
L’expérience est mouvante, comme le sable. La place privilégiée qu’on lui
attribue peut dégénérer en égocentrisme et en hédonisme, et trahit le
message du christianisme évangélique » (Arthur Holmes)75.

- La présence du Seigneur dans notre vie est bien plus importante que
le sentiment de cette présence. Les deux disciples d’Emmaüs, persuadés que
le cadavre de Jésus gisait dans un tombeau à Jérusalem en étaient
profondément bouleversés ; pourtant, au moment même où ils se sentaient
abandonnés et broyaient du noir sur la route qui les conduisait au village, le
Christ ressuscité cheminait à leurs côtés ! La parabole de l’auteur brésilien
Adémar de Barros est un constant encouragement pour moi : « J’ai fait un
rêve. Je cheminais sur une plage côte à côte avec le Seigneur. Nos pas se
dessinaient sur le sable, laissant une double empreinte, la mienne et celle du
Seigneur. L’idée me vint - c’était un songe - que chacune représentait un jour
de ma vie. Je me suis arrêté pour regarder en arrière. J’ai vu toutes ces
traces, elles se perdaient au loin. En certains points, au lieu de deux
empreintes, il n’y en avait qu’une. J’ai revu le film de ma vie. Ô surprise !
les pas à empreinte unique correspondaient aux jours les plus sombres de
mon existence. Jours d’angoisse ou de mauvais vouloir, jours d’égoïsme ou
de mauvaise humeur, jours d’épreuve et de doute, jours insupportables, jours
où moi aussi j’avais été insupportable. Alors, me retournant vers le Seigneur,
je lui dis : « N’avais-tu pas promis d’être avec nous chaque jour ? Pourquoi
m’as-tu laissé seul, aux pires moments de ma vie, aux jours où j’aurais eu
tant besoin de toi ? » Et le Seigneur m’a répondu : « Mon ami, les jours où
tu ne vois qu’une trace de pas sur le sable, sont les jours où je t’ai porté ». Je
sais que Christ est avec moi non parce que je sens sa présence mais parce
qu’il me le promet à maintes reprises dans sa Parole (Mt 28:20 ; Jn 10:27-29
; etc.).

- Nous devons aimer le Seigneur, notre Dieu, de tout notre cœur, de


toute notre âme, de toute notre pensée et de toute notre force (Mc 12:30),
c’est-à-dire avec toutes nos facultés et non seulement avec nos sentiments.
Notre affectivité est un merveilleux cadeau de Dieu. Il ne s’agit donc pas de
la mépriser, encore moins de la traiter en ennemi dangereux dont il faudrait
systématiquement se méfier. Nous bénissons notre Créateur de nous avoir
doués de sensibilité et de nous avoir accordé la faculté de sentir et de vibrer
émotionnellement. La vie humaine serait terriblement fade sans cette
dimension. Mais le règne du péché a perturbé le bon fonctionnement de
notre être intérieur et semé le désordre dans nos facultés. En venant
demeurer en nous, le Saint-Esprit entreprend un long travail de remise en
ordre afin que toutes nos facultés lui soient soumises et fonctionnent en
pleine harmonie les unes avec les autres. Notre volonté, notre intellect, nos
facultés de réflexion et de raisonnement sont des dons de Dieu au même titre
que notre affectivité et ne doivent donc pas être négligés comme nous
l’avons déjà souligné. Nous sommes invités à mettre joyeusement toutes nos
facultés sans exception à son service, dès lors qu’elles sont purifiées par le
sang de Jésus-Christ, pour accomplir les œuvres qu’Il a préparées à l’avance
afin que nous les pratiquions, sous le contrôle constant de son Esprit.

Lorsqu’un croyant développe une hypertrophie des sentiments au point


de ne vivre que par eux au lieu de dépendre du Seigneur et de sa Parole,
Dieu permet que ce torrent se vide plus ou moins rapidement et que la
sécheresse s’installe : plus d’émotions, plus d’impressions fortes et
bienfaisantes de la présence du Père... c’est l’heure du désert aride, mais
nécessaire pour que le regard soit contraint de reprendre le chemin du ciel.
L’expérience est douloureuse et très insécurisante au départ, mais salutaire
avec le temps. Elle se renouvellera autant qu’il le faudra, soigneusement
mesurée par Celui qui connaît toutes choses, jusqu’à ce que l’apprentissage
d’une foi bien fondée, solidement ancrée dans la Parole de Dieu, ait produit
ses fruits. La fidélité en est un, essentiel parmi d’autres. Elle se traduit en
solidité et en fiabilité. Nous y ajouterons la stabilité qui caractérise
notamment ceux qui refusent fermement de laisser à leur humeur et à leurs
états d’âme facilement changeants la bride sur le cou. « A celui qui est ferme
dans ses sentiments (ou : celui qui a le cœur ferme ; qui est ferme dans ses
dispositions) tu assures la paix, la paix, parce qu’il se confie en toi. Confiez-
vous en l’Eternel à perpétuité, car l’Eternel, l’Eternel est le rocher des
siècles » (Es 26:3-4).

DIEU, LE ROCHER DES SIÈCLES


Chaque fois que nous sommes à nouveau tentés de construire notre vie
sur les sables mouvants de notre affectivité aux dépens de notre fidélité au
Seigneur, souvenons-nous du torrent de Kerith et veillons à nous appuyer
sur le Rocher des siècles, le Dieu constant chez lequel il n’y a ni
changement ni ombre de variation (Jc 1:17) et dont la fidélité dure de
génération en génération (Ps 100:5) ; « Je suis l’Eternel, je ne change pas »
(M13:6). « Quelle paix, pour un cœur chrétien, dans la pensée que notre
Père céleste n’est jamais différent de lui-même ! Lorsque nous nous
présentons devant lui, quelle que soit l’heure, nous n’avons pas à nous
demander si nous le trouverons dans une disposition accueillante. Il est
toujours accueillant à la détresse et au besoin, comme à l’amour et à la foi. Il
n’a pas d’heures de bureau et ne se réserve pas des périodes où il ne reçoit
pas. Il ne change pas d’avis ni d’attitude. Aujourd’hui, en ce moment même,
il a envers ses créatures, envers les petits enfants, les malades, les coupables,
les pécheurs, les mêmes sentiments que lorsqu’il envoya son Fils unique
dans le monde pour donner sa vie pour les hommes. Dieu ne change jamais
d’humeur, sa tendresse ne se refroidit pas, son enthousiasme ne s’épuise
pas » (A.W. Tozer)76. Quelqu’un a dit que l’amour de Dieu était comme un
cours d’eau qui ne gelait jamais, une fontaine qui ne tarissait jamais et un
soleil qui ne se couchait jamais. Quelle description suggestive et
bienfaisante de l’amour constant de notre Dieu. Nous retrouvons ici cette
loyauté sans faille de Dieu à son alliance, sa volonté inébranlable de tenir sa
promesse de grâce, sa fidélité indéracinable à ses desseins éternels, ce
‘hésèd’ dont nous nous entretenions dès le premier chapitre de ce livre, toile
de fond lumineuse présente du début à la fin de notre réflexion. Spurgeon
encourageait ses auditeurs à tout partager avec Dieu : « Si vous parlez de
vos problèmes à Dieu, vous les enterrez. Ils ne ressusciteront jamais si vous
les lui avez remis. Si vous allez ailleurs avec votre fardeau, il vous
reviendra. Je ne me suis jamais appuyé en vain sur une promesse de Dieu. Je
me suis retrouvé dans de grands dangers, j’ai connu de grands besoins, j’ai
vécu des douleurs cuisantes et j’ai été écrasé par des inquiétudes incessantes,
mais le Seigneur a été fidèle à chaque ligne de sa parole. Quand je lui ai fait
confiance, il m’a toujours sorti sans faute de mes problèmes ». Hudson
Taylor rendait souvent hommage à la fiabilité parfaite de la Parole de Dieu :
« Dieu est le Dieu vivant, et Sa Parole est une Parole vivante, et nous
pouvons nous y fier. Nous pouvons nous appuyer sur chaque parole que
Dieu a prononcée ou qu’Il a fait écrire par le Saint-Esprit. Il y a quarante
ans, je croyais à l’inspiration verbale des Ecritures. Je les ai mises à
l’épreuve pendant quarante ans, et ma conviction est plus forte qu’alors. J’ai
mis les promesses de Dieu à l’épreuve. J’étais obligé de le faire, et je les ai
trouvées vraies et dignes de confiance »77.

Toutefois, n’oublions pas ce que nous avons souligné concernant


l’idolâtrie dans ses subtilités parfois très spirituelles ; les promesses de Dieu
n’ont aucune vertu en elles-mêmes. Nous pouvons les réciter des dizaines de
fois par jour sans qu’elles aient plus de valeur que les mantras, ces formules
sacrées répétées continuellement par les adeptes du brahmanisme. Elles
n’ont aucun pouvoir magique lié au seul fait d’être prononcées. Ce ne sont
pas les mots qui nous communiquent la force dont nous avons besoin, mais
Celui qui les prononce à notre cœur. La connaissance cérébrale du verset
« Ma grâce te suffit » n’apporte rien en elle-même comparée à la
connaissance vivante et intime de la grâce de Dieu et du Dieu de la grâce,
qui suffit pleinement. « Vous pourriez avoir de magnifiques lettres d’amour
et des photos d’une jeune fille, et toujours ne pas avoir la fille. Ici, il s’agit
d’avoir Dieu lui-même » (Richard Wurmbrand)78.

DIEU EST FIDÈLE À SA PAROLE


Notre Dieu est parfaitement fidèle à ses promesses,
à ses engagements, à ses serments :
« Celui qui a fait la promesse est fidèle ».
(Hé 10:23)

« Il arrive aux hommes de dire des choses qu’ils ne pensent pas


vraiment, tout simplement parce qu’ils ne savent pas vraiment ce qu’ils
pensent. Il arrive aussi, fréquemment, qu’ayant changé d’avis, ils estiment
ne plus pouvoir s’en tenir à ce qu’ils ont dit dans le passé. Il nous arrive à
tous d’avoir de temps à autre à revenir sur nos paroles parce qu’elles ne sont
plus l’expression de notre pensée. Parfois enfin, nous devons nous rétracter
devant des faits qui nous contredisent de façon flagrante. Les paroles des
hommes sont choses changeantes. Il n’en est pas de même pour les paroles
de Dieu. Elles demeurent à jamais l’expression toujours valable de sa
pensée. Aucune circonstance ne le pousse à revenir sur les paroles qu’il a
prononcées, aucun changement dans sa propre pensée ne le force à les
rectifier. Esaïe écrivait : ‘Toute chair est comme l’herbe... L’herbe sèche...
mais la parole de notre Dieu subsiste éternellement’ (Es 40:6-8) » (J.I.
Packer)79. Nous utilisons fréquemment le mot hébreu ‘amen’ à la fin de nos
prières ou pour dire notre accord et appuyer la prière d’autrui. Cette
expression dérive du verbe ‘âman’, qui signifie ‘être ferme, solide’. Dans
l’Ancien Testament, ‘amen’ est utilisé comme adjectif dans Esaïe 65:16 où
Dieu est appelé deux fois le ‘Dieu amen’, c’est-à-dire le Dieu de vérité, dont
on peut être certain parce qu’il est ferme dans ses engagements, en qui l’on
doit avoir confiance parce qu’il tient ce qu’il promet. En dehors de ce
passage, il est employé comme adverbe et sert généralement à confirmer et à
appuyer une parole qui vient d’être prononcée. En disant ‘amen’, je
m’associe à ce qui vient d’être déclaré, je le reconnais comme valable, je
m’approprie cette vérité et suis prêt à y conformer ma vie. Dans les
Evangiles, le Seigneur Jésus utilise fréquemment ce mot pour introduire
certaines de ses déclarations : « Amen (en vérité) je vous le dis... » (il
apparaît une trentaine de fois chez Matthieu, 25 fois chez Jean qui le
redouble : « Amen, amen, je vous le dis... », forme superlative mettant
encore davantage en évidence le caractère véridique, certain et efficace de
l’affirmation qui suit). « Jésus de Nazareth affirme son autorité
messianique ; il se pose comme celui qui parle au nom et à la place de Dieu,
il a le droit de le faire, car sa Parole est vraie et efficace comme celle de son
Père, et tout comme celle-ci, elle engage et exige une réponse. ‘Amen,
amen, je vous dis...’. C’est ici le Souverain qui parle, le Fils de l’Homme, le
fidèle et véridique interprète de la pensée de Dieu » (R. Martin-Achard)80.
Dans Apocalypse 3:14, le Christ glorifié est présenté comme l’Amen, le
témoin fidèle et véritable. Ses paroles sont vraies et entièrement dignes de
confiance (Ap 21:5 et 22:6). L’apôtre Paul, s’adressant aux croyants de
Corinthe, leur déclare avec conviction que le Fils de Dieu, le Christ Jésus
qui a été prêché au milieu d’eux « n’a pas oscillé entre le oui et le non. Il
était le oui incarné - le oui de Dieu à toutes ses promesses. Il les a toutes
accomplies ; tout ce que Dieu avait promis est devenu réalité en lui » (2 Co
1:19-20, Parole Vivante, A. Kuen). Un grand refrain parcourt les épîtres
pastorales, sous la plume du même apôtre : « La parole que voici est
certaine ; elle mérite d’être reçue sans réserve... » (1 Tm 1:15 ; 3:1 ; 4:9 ;
etc). « Toute promesse de Dieu repose sur quatre piliers : la sainteté de
Dieu, qui ne peut pas lui permettre de nous tromper ; sa bonté, qui ne peut
pas lui permettre d’oublier ; sa fidélité, qui ne peut pas lui permettre de
changer quoi que ce soit ; et sa puissance, qui le rend capable de
l’accomplir » (D. Salter).
Quel contraste absolu entre la fidélité absolue de notre Dieu à toute sa
parole et les mensonges de Satan, le falsificateur, le trompeur qui se déguise
en ange de lumière (2 Co 11:14). Spécialiste consommé du miroir aux
alouettes, il paye généreusement ceux qui lui font confiance, mais en
monnaie de singe, leur faisant des promesses creuses de bonheur, de liberté
et de prospérité pour mieux les attirer dans ses filets, les enchaîner ensuite et
les faire cruellement souffrir. Dans le cadre d’une convention chrétienne en
Haute-Loire, dans les années 80, une belle excursion nous valut un arrêt très
intéressant devant une maison qui était en vente. Sur un linteau, on pouvait
lire la promesse du Psaume 6:10 : « L’Eternel accueille ma prière ». Juste à
côté se trouvait une horloge de pierre indiquant 1 h 25 et un second linteau
sur lequel étaient gravés ces mots : « Quand elle marquera midi, l’on vous
fera crédit ». D’un côté une merveilleuse promesse de Dieu dont la véracité
n’a jamais été prise en défaut ; de l’autre une promesse mensongère du
diable puisqu’une horloge de pierre est incapable de modifier l’heure qu’elle
indique à ses lecteurs. En qui mettons-nous notre confiance ? Sur qui nous
appuyons-nous pour bâtir notre vie ?

UNE QUESTION DE VIE OU DE MORT !


Mon cœur bondit dans ma poitrine ! Sous mes yeux, l’homme vient de
disparaître subitement comme happé par le vide impressionnant de sept à
huit cents mètres peut-être. L’instant d’après il réapparaît, suspendu à son
parachute et, tel un aigle à la recherche d’une proie, descend lentement pour
finalement se poser en douceur dans un champ. Un peu plus haut, un enfant
d’environ sept ans et son instructeur se jettent à leur tour côte à côte dans
l’ample vallée ensoleillée, suspendus à leur deltaplane. Des hommes volants
accrochés à un morceau de toile multicolore, j’en compte des dizaines cet
après-midi-là, disciples d’Icare certes, mais plus heureux que lui ! Ce héros
de la mythologie grecque, enfermé dans un labyrinthe avec son fils, avait pu
s’en évader grâce aux ailes qu’il avait fabriquées. Mais il vola si près du
soleil que la cire attachant les ailes sur ses épaules fondit et qu’il s’abîma
dans la mer. Quelques jours plus tard, j’écoute avec attention les conseils
d’un moniteur à une jeune spéléologue en herbe curieusement harnachée et
suspendue à une corde entre ciel et terre. J’apprends ainsi que la confiance
dans le matériel utilisé est un atout majeur pour une bonne pratique de ce
sport passionnant permettant d’aller chatouiller les entrailles de la terre.
Cette remarque, je l’ai déjà entendue là-haut sur la falaise à propos des
‘hommes-oiseaux’.
Est-il bien nécessaire d’ajouter que cette confiance prend vraiment corps
et se fortifie par l’exercice ? Il faut se jeter dans le vide, descendre dans le
trou, ramper dans l’étroiture, quitter le tremplin... Parachutes et deltaplanes,
cordes, baudriers, descendeurs et bloqueurs... sont des objets fabriqués par
l’homme. L’amateur de sensations fortes apprend à les utiliser de la bonne
manière et leur confie sa vie, devenant ainsi capable d’accomplir des
exploits et de goûter à des joies enivrantes... et passagères. Il arrive, hélas,
que l’aventure tourne mal !

Sans doute voyez-vous où je veux en venir ! Notre destinée éternelle


n’est-elle pas beaucoup plus importante que ces moments éphémères de
loisirs et de détente ? Sur quelles fondations bâtissez-vous la maison de
votre vie tout entière, présente et future ? ... sur le sable mouvant des
richesses passagères de ce monde ? ... sur les promesses sans garantie des
politiciens et des idéologues de tous poils ? ... sur les vedettes, stars,
champions et autres colosses aux pieds d’argile qui passent et trépassent tous
un jour ou l’autre ? ... sur l’ivresse du sexe, des drogues et des spectacles
psychédéliques, autant de mirages qui finissent par tuer ceux à qui ils
promettaient le bonheur ? Toutes ces bases fragiles ne sont que de la poudre
aux yeux habilement présentée par le Menteur qui tient le monde entier sous
sa coupe. Que viennent les pluies diluviennes, les vents furieux et violents et
les torrents déchaînés et boueux des tempêtes de toutes sortes qui croisent la
route humaine tôt ou tard, et votre vie privée de fondations solides et
totalement fiables s’effondrera comme un château de cartes, ensevelissant
vos rêves dans ses décombres. Dans son Evangile, Jésus-Christ vous invite
clairement à cesser de croire aux promesses mensongères du Diable et à
bâtir votre vie sur les solides fondations de sa Parole (Mt 7:24-27). Jour
après jour, vous découvrirez et vérifierez la solidité de ce nouveau
fondement, et dans les tempêtes de la vie, alors même que votre maison
tremblera et sera secouée par l’ouragan, vous pourrez tenir bon en vous
appuyant sur sa fidélité à toute épreuve, solide, résistante, inébranlable, d’un
mot : parfaite. Alors que vous lisez ces lignes, si vous n’avez pas encore
répondu à cette invitation pressante et chaleureuse, faites-le sans tarder
davantage en vous tournant résolument vers Celui qui a pris sur lui tous vos
péchés en mourant sur la croix à votre place. Rompant résolument avec le
Menteur, choisissez Jésus-Christ aujourd’hui et maintenant comme votre
Rocher fidèle et sûr, votre appui ferme et stable dans toutes les circonstances
de votre vie. « J’ai choisi une pierre de grande valeur et je la pose en Sion à
l’angle de l’édifice. Celui qui met en elle (litt. : sur elle) sa confiance ne
connaîtra jamais le déshonneur » (1 P 2:6).

MA CONFIANCE EN DIEU
Tellement importante, vitale, aux conséquences éternelles (« le juste
vivra par la foi », Rm 1:17), n’est-elle pas trop souvent frileuse et timorée ?
Pourtant Lui seul, Créateur et Souverain Maître de l’Univers, est fiable à
100 %, totalement digne de confiance pour tous les domaines de la vie.
Jésus-Christ, mon parfait Sauveur, est LE Chemin, LA Vérité et LA Vie (Jn
14:6). Je me reproche la mauvaise foi de mes incrédulités face aux preuves
accumulées au fil du temps, de sa fidélité sans faille, de sa puissance sans
mesure et de son amour sans ombre ni variation. « C’est le manque de
confiance qui est la racine de presque tous nos péchés et de toutes nos
faiblesses. Comment y échapperons-nous, sinon en regardant à Lui et en
considérant Sa fidélité. L’homme qui compte sur la fidélité de Dieu sera prêt
pour toutes les circonstances. Il osera obéir, quand même cette obéissance
paraîtra tout à fait hors de saison... Satan a aussi son crédo : « Doutez de la
fidélité de Dieu. - Dieu aurait-il dit ? - Vous exagérez ; vous prenez ces paroles
dans un sens trop littéral, etc. ». Combien de gens affrontent leurs difficultés
avec leurs propres ressources !... Oh ! amis bien-aimés, s’il y a un Dieu vivant,
fidèle et véritable, tenons ferme à Sa fidélité... Nous pourrons regarder avec
une paisible confiance toutes les difficultés et tous les dangers, certains de la
victoire et du succès. Ne donnons pas à Dieu une confiance partielle, mais
servons Dieu en comptant, de jour en jour, d’heure en heure, sur Sa
fidélité. »81 Et que dire de la fiabilité parfaite de sa Parole : « La loi de
l’Eternel est parfaite, elle restaure l’âme ; le témoignage de l’Eternel est
véridique, il rend sage le simple. Les ordres de l’Eternel sont droits, ils
réjouissent le cœur ; le commandement de l’Eternel est limpide, il éclaire les
yeux... Les ordonnances de l’Eternel sont vraies, elles sont toutes justes... »
(Ps 19:8-10). Impossible de le vérifier autrement que par l’expérience ! La
Parole de Dieu est semblable à un parachute. Jamais elle ne m’apparaît aussi
digne de confiance que lorsque solidement attaché à elle, je me jette à corps
perdu dans l’obéissance de la foi (« c’est par la foi qu’Abraham... obéit et
partit », Hé 11:8). Elle s’épanouit alors en une merveilleuse corolle
multicolore que gonfle et porte le souffle de l’Esprit tandis que sous mes yeux
se déploie, comme un splendide paysage, la volonté bonne, agréable et
parfaite de mon Dieu et Père en Jésus-Christ. Il ne trompe jamais celui qui
lui fait confiance !
« Celui qui compte sur le Seigneur est environné de sa fidélité »
(Psaume 32:10)
Conclusion : Jésus-Christ, le prince de la
fidélité
Ce premier épisode de la vie du prophète Elie nous a permis de mettre en
lumière et de développer quelques enseignements importants sur
l’apprentissage d’une fidélité inconditionnelle envers Dieu.

La baisse des eaux du torrent de Kerith jusqu’à ce qu’il soit finalement à


sec n’a apparemment pas perturbé la foi du prophète dans la fidélité de son
Dieu. Par contre, sa réaction à la réception du message de Jézabel signant sa
condamnation à mort (1 R 19:2-3) nous montre que le prophète a essuyé une
défaillance sévère dans ce même domaine quelques années plus tard. « Que
celui qui pense être debout prenne garde de tomber ! » (1 Co 10:12). Les
circonstances difficiles du torrent n’ont pas modifié la qualité de sa relation
avec l’Eternel, n’ont pas entamé son obéissance et l’ont remarquablement
préparé à aborder l’étape suivante de Sarepta. Peut-être y a-t-il eu des
combats intérieurs, mais Elie a su tenir ferme dans sa foi au Dieu vivant
qu’il servait.

Le Saint-Esprit travaille continuellement et avec un doigté parfait au


développement en nous d’une foi authentique et vigoureuse, et d’une fidélité
d’en haut se traduisant en solidité et en stabilité à toute épreuve. Nous voir
Lui faire pleinement confiance même lorsque nous ne comprenons plus rien
à ses méthodes et que nous devons mettre notre petite logique humaine au
panier, telle est la sainte ambition de notre Dieu pour nous ! Lorsque, dans
nos circonstances difficiles, nous nous appuyons coûte que coûte sur sa
souveraineté absolue et sans défaut, sur sa justice, sa sainteté et son amour
immuables et parfaits, en continuant à lui obéir malgré tout, nous
réjouissons son cœur de Père et tendons vers l’accomplissement du grand et
glorieux dessein qu’il s’est fixé pour nous : nous rendre « semblables à
l’image de son Fils, afin que son Fils soit le premier-né d’un grand
nombre de frères » (Rm 8:29). Quand nous confessons, même à travers nos
larmes, qu’il n’est jamais dépassé par les évènements et qu’il ne saurait se
tromper un seul instant dans ce qu’il fait ou permet, notre fidélité balbutiante
rend hommage à sa parfaite et immuable fidélité.
Mais, qui est suffisant pour ces choses ? Nous est-il possible d’atteindre,
même progressivement, l’objectif d’une telle fidélité ? Si nous regardions à
nous-même et à nos propres forces, cette question n’aurait même pas lieu
d’être posée. Mais sans la moindre hésitation, nous répondons OUI, dans la
mesure où « nous nous débarrassons de tout fardeau et du péché qui nous
cerne si facilement de tous côtés, et courons avec endurance l’épreuve qui
nous est proposée... »

1. « ... gardant les yeux fixés sur Jésus... » (Hé 12:1-2). Voilà la
pensée-clé qui nous a accompagnés tout au long de notre réflexion : arracher
nos regards si facilement rivés sur le torrent dans tout ce qu’il peut
représenter pour nous aujourd’hui, et les jeter sur Jésus. Le texte grec est très
fort puisqu’il additionne deux prépositions : ‘apo’ = en partant de, et ‘eïs’ +
accusatif = vers, avec mouvement. « Détournant les regards vers Jésus »
rend mieux cette idée de mouvement si présente dans ce verset. C’est une
invitation à l’effort, à une certaine violence mentale et morale pour ne pas
nous laisser hypnotiser, absorber, imprégner, alourdir par tout ce qui tente de
nous freiner dans la course de la foi vers la perfection en Jésus-Christ en
captivant notre regard et nos pensées.

2. « ... qui est l’auteur de la foi... » : le terme ‘archègos’ est riche de


sens ! Jésus est le conducteur, le prince, l’initiateur, le pionnier... de la foi. A.
Kuen traduit : « Il est notre chef de file ».
a) II nous a tout d’abord précédés sur le chemin de la foi durant son
ministère terrestre. Il nous a montré l’exemple et ouvert le chemin, se
confiant continuellement et totalement dans le Père et lui manifestant une
parfaite fidélité en tout temps et en toutes circonstances, jusqu’à sa mort sur
la croix.
b) Il a ensuite implanté la foi en nous. Il en est l’auteur et la source.
Semblable à un guide de haute montagne, il nous prend dans sa cordée après
avoir gravi en solitaire les pentes escarpées jusqu’au plus haut sommet.
c) Il est enfin l’auteur de notre salut, le mot ‘foi’ pouvant aussi être
compris dans ce sens plus général (Ac 5:31 : Jésus-Christ ressuscité a été
élevé par Dieu comme Prince et Sauveur).

3. « ... et qui la mène à la perfection » : Jésus-Christ est aussi celui qui


achève ce qu’il a commencé, qui mène jusqu’au but, qui rend parfait. Il a
persévéré dans la foi et dans la fidélité jusqu’au bout. Refusant de s’arrêter
en cours de route, n’abandonnant pas en pleine ascension...
a) il a gravi la plus haute cime de la fidélité en montant sur la croix
afin d’y mourir pour nous. I1 n’a pas cherché à emprunter une voie d’accès
plus facile, mais a choisi de rester jusqu’au bout sur la voie étroite et
douloureuse, la ‘face nord’ de la volonté du Père.
b) Il nous mènera aussi au but et conduira notre foi à son
accomplissement, à sa maturité, à son plein épanouissement. Etant le chef
de notre cordée, il nous assure, plante des pitons, tire sur la corde pour que
nous nous sentions particulièrement tenus dans les passages très difficiles,
nous encourage du geste et de la voix afin que nous demeurions fidèles dans
l’ascension jusqu’au sommet.
c) II est le réalisateur de notre salut dans sa totalité ! Le salut qu’il
nous donne n’est pas au rabais ; il est parfait et comprend aussi la
rédemption de notre corps qui est encore à venir et dont nous pouvons être
absolument certains. En présence de telles affirmations qui sont autant de
promesses de Dieu pour nous, comment pourrions-nous encore douter ?

J’ai eu l’occasion de visiter les ruines de la ville de Pompéi qui, comme


sa voisine Herculanum, fut totalement enfouie sous la lave incandescente et
les cendres projetées par le Vésuve, en l’an 79. Lors des fouilles intensives
qui ramenèrent peu à peu une grande partie de cette cité à la lumière du jour,
on découvrit de nombreux cadavres pétrifiés d’hommes et d’animaux. Celui
d’un soldat suscita une grande émotion : on pouvait déduire de sa position
qu’il avait été posté comme sentinelle devant un bâtiment important. La
pluie de cendres s’était mise à tomber et l’avait peu à peu enseveli. Il était
mort, sans doute asphyxié, alors qu’il se tenait immobile à son poste, fidèle
aux ordres de son chef. Que nous allions vers le Seigneur par la mort ou que
nous soyons enlevés à sa rencontre dans les airs (1 Th 4:17), veillons afin de
paraître debout et fidèles dans sa glorieuse présence. Soyons fidèles dans les
moindres choses pour pouvoir l’être également dans les grandes (Lc 16:10).
« Une petite chose est une petite chose, mais la fidélité dans les petites
choses est une grande chose » (Hudson Taylor). « Sois fidèle jusqu’à la
mort, et je te donnerai la couronne de vie » (Ap 2:10).

Lorsqu’enfin nous verrons notre Sauveur face à face, qu’il sera doux de
l’entendre nous dire : « C’est bien, bon et fidèle serviteur ; tu as été fidèle en
peu de chose, je te confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton maître »
(Mt 25:21,23). Car, « ce qu’on demande des administrateurs, c’est que
chacun soit trouvé fidèle » (1 Co 4:2). Un jour, à Edimbourg, le missionnaire
John Williams faisait un compte-rendu de l’œuvre de Dieu au sein des tribus
des Nouvelles Hébrides. Son auditoire était captivé par son exposé
passionnant. Un missionnaire lui succéda sur l’estrade et fit un bref rapport
de son travail, disant notamment d’une voix faible et tremblante : « Mes
amis, je n’ai pas, comme M. Williams, de remarquables succès à raconter.
J’ai travaillé pour le Seigneur pendant plusieurs années dans un pays éloigné
et je n’ai vu que de piètres résultats. Mais ce qui me console, c’est que
lorsque le Maître viendra faire rendre compte à ses serviteurs, il ne dira pas :
‘C’est bien, bon et fructueux serviteur’, mais : ‘C’est bien, bon et fidèle
serviteur’. J’ai essayé d’être fidèle »82. Dans cette perspective à la fois
heureuse et solennelle, appliquons-nous à travailler en serviteurs fidèles et
prudents (Mt 24:45) continuellement encouragés par cette merveilleuse
promesse : « IL vous affermira aussi jusqu’à la fin, pour que vous soyez
irréprochables au jour de notre Seigneur Jésus-Christ. DIEU EST
FIDÈLE, lui qui vous a appelés à la communion de son Fils, Jésus-
Christ notre Seigneur » (1 Co 1:8-9).
QUAND MÊME !

Quand même des combats je verrais la fureur


Dresser devant mes yeux le plus hideux emblème,
Calme je resterais, sans fléchir sous la peur :
Je prierais Dieu quand même !

Quand même sous les coups, brisé par la douleur,


Je sonderais du mal l’insoluble problème,
Ma confiance en Dieu raffermirait mon cœur,
Je le croirais quand même !

Et même si la mort, reine de la terreur,


Cherchait à me plonger dans une angoisse extrême,
Comptant sur ce que dit Jésus-Christ, ô bonheur !
J’espérerais... quand même !

E.M. Caldesaigues (1875-1969)

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