INTRODUCTION
I . Contexte historique et social de l’émergence de la sociologie.
1. Les bouleversements sociaux du XIXe siècle
2. Les révolutions politiques et idéologiques
3. La sécularisation et le déclin de l'autorité religieuse
II . Contexte intellectuel et scientifique.
1. Les influences philosophiques des Lumières.
2. Le positivisme d’Auguste Comte.
3. Les autres courants intellectuels et la diversité des influences
III : Les premiers sociologues : Des pionniers.
1. Auguste Comte
2. Emile Durkheim
3. Max Weber
IV .Conditions institutionnelles : Naissance d’une discipline
1. Création de chaires universitaires
2. Fondation de revues spécialisées
3. Organisation de congrès
CONCLUSION
BIBLIOGRAPHIE
INTRODUCTION
La sociologie, en tant que discipline académique, s’est
progressivement affirmée comme une science autonome au cours
du XIXe siècle. Elle se consacre à l'étude des interactions
humaines, des structures sociales et des dynamiques qui
façonnent les sociétés. Mais qu'est-ce qui a conduit à la naissance
de cette science ? Quelles sont les circonstances historiques,
intellectuelles et sociales qui ont permis à la sociologie de
s'établir comme une discipline légitime et scientifique ? Pour
répondre à ces questions, il est essentiel d’explorer les
transformations majeures qui ont eu lieu au cours des siècles
précédents.
Au cœur de la sociologie se trouve la volonté de comprendre les
comportements individuels et collectifs, ainsi que les forces qui
influencent ces comportements. Cela implique d'examiner des
concepts fondamentaux tels que la culture, l'économie, le pouvoir
et les institutions. La sociologie ne se contente pas de décrire les
faits sociaux ; elle s'efforce également d'analyser les relations
complexes qui existent entre les individus et leurs
environnements sociaux, tout en considérant les implications de
ces relations sur la cohésion sociale.
La compréhension des origines de la sociologie nous permet non
seulement de saisir les enjeux contemporains des interactions
sociales, mais aussi de prendre conscience des défis qui
continuent de peser sur les sociétés modernes. Dans un monde en
constante évolution, où les inégalités, les conflits culturels et les
transformations technologiques redéfinissent le paysage social, la
sociologie offre des outils d'analyse essentiels. Ainsi, il devient
impératif de se demander : quelles sont les conditions
historiques, intellectuelles et sociales qui ont favorisé
l'émergence de la sociologie en tant que discipline scientifique ?
I . CONTEXTE HISTORIQUE ET SOCIAL DE L’ÉMERGENCE DE LA
SOCIOLOGIE
1. Les bouleversements sociaux du XIXe siècle
Le XIXe siècle est marqué par une transformation radicale des
structures sociales, principalement en Europe. L'industrialisation,
qui commence à la fin du XVIIIe siècle, s'accélère, entraînant un
déplacement massif des populations rurales vers les villes. Cette
urbanisation rapide entraîne une concentration de la population
dans des zones urbaines, où les conditions de vie sont souvent
précaires. Les usines, qui deviennent le symbole de cette nouvelle
ère, offrent des emplois, mais souvent au prix de conditions de
travail inhumaines : longues heures de travail, salaires dérisoires,
et absence de protections sociales.
Ce contexte crée une nouvelle classe sociale, la classe ouvrière,
qui commence à prendre conscience de ses conditions de vie. Les
luttes pour de meilleures conditions de travail et les mouvements
ouvriers qui émergent dans cette période sont des éléments
fondamentaux qui attirent l'attention des premiers sociologues.
Karl Marx, par exemple, analyse les rapports de classe et la
dynamique de l'exploitation, posant ainsi les bases d'une critique
sociale qui met en lumière les inégalités systémiques.
La montée des classes moyennes, avec l'essor du capitalisme,
ajoute une autre dimension à cette analyse. Les valeurs
bourgeoises, centrées sur l'individualisme et le consumérisme,
commencent à influencer les structures sociales, créant des
tensions entre différentes classes. La sociologie, en tant que
discipline, émerge donc comme une réponse à la complexité
sociale, cherchant à comprendre les interactions entre ces
classes, ainsi que les effets de l'industrialisation sur la société
dans son ensemble.
2. Les révolutions politiques et idéologiques
Les révolutions politiques du XVIIIe et XIXe siècle, notamment la
Révolution française de 1789 et les révolutions de 1848, ont un
impact profond sur la pensée sociologique. Ces événements
marquent un rejet des structures monarchiques et des idéologies
anciennes, favorisant l'émergence de nouveaux principes
démocratiques. Les idéaux de liberté, d'égalité et de fraternité
deviennent des valeurs fondamentales qui influencent la pensée
sociale.
Des penseurs comme Auguste Comte, qui est souvent considéré
comme le père de la sociologie, émergent dans ce contexte.
Comte propose une méthode scientifique pour étudier les
sociétés, qu'il appelle la "sociologie". Il introduit l'idée de "lois
sociales", semblables aux lois scientifiques des sciences
naturelles, et soutient que la société évolue à travers trois
stades : théologique, métaphysique et positif. Cette approche
systématique cherche à établir une base empirique pour l'étude
des phénomènes sociaux, ouvrant la voie à une compréhension
plus rigoureuse des dynamiques sociales.
En parallèle, le socialisme émerge comme une réponse aux
inégalités engendrées par le capitalisme. Des penseurs comme
Pierre-Joseph Proudhon et plus tard, Marx, développent des
théories critiques qui interrogent les fondements du capitalisme
et appellent à la justice sociale. L'étude des luttes sociales et des
mouvements ouvriers devient ainsi une priorité pour les
sociologues, qui cherchent à comprendre comment les idéologies
peuvent influencer les comportements collectifs et les structures
de pouvoir.
3. La sécularisation et le déclin de l'autorité religieuse
La sécularisation, processus par lequel la religion perd son
emprise sur divers aspects de la vie sociale, est un autre facteur
clé de l'émergence de la sociologie. Au XIXe siècle, la montée de
la science, des technologies et des valeurs rationalistes remettent
en cause les fondements religieux des sociétés. Les idées des
Lumières, qui valorisent la raison et la pensée critique, s'opposent
à l'autorité religieuse, contribuant à un désenchantement général
face aux explications religieuses traditionnelles.
Emile Durkheim, l'un des fondateurs de la sociologie moderne,
explore comment la sécularisation affecte la cohésion sociale.
Dans son ouvrage "De la division du travail social", il analyse
comment les sociétés modernes, caractérisées par une complexité
croissante, nécessitent de nouvelles formes de solidarité. Il
introduit les concepts de solidarité mécanique et organique,
soulignant que la modernité modifie les liens sociaux et crée de
nouveaux défis pour la cohésion sociale. Durkheim insiste
également sur l'importance des normes et des valeurs dans le
maintien de l'ordre social, et il examine comment la perte de
repères religieux peut mener à l'anomie, un état de dérèglement
social.
II. CONTEXTE INTELLECTUEL ET SCIENTIFIQUE
La naissance de la sociologie est également le produit d’un
environnement intellectuel foisonnant, caractérisé par des idées
novatrices qui remettent en question les paradigmes établis.
1.Les influences philosophiques des Lumières**
La sociologie prend racine dans le contexte des Lumières,
mouvement intellectuel du XVIIIe siècle qui révolutionne la
pensée européenne. Les philosophes des Lumières, tels que Jean-
Jacques Rousseau, Montesquieu, et Voltaire, remettent en
question les autorités traditionnelles et proposent des idées
nouvelles sur les droits, la liberté, et la justice sociale. Rousseau,
par exemple, développe le concept du contrat social, qui suggère
que les institutions politiques et sociales doivent être le résultat
d’un accord libre entre les individus, une idée qui influence
directement la pensée sociologique. Montesquieu, quant à lui,
explore les formes de gouvernement et montre comment les lois
et coutumes évoluent en fonction des structures sociales et des
climats politiques, un regard qui préfigure l'analyse sociologique
de l'influence des institutions. La Révolution française, nourrie par
ces idées, fait éclater les structures de l’Ancien Régime, ouvrant
la voie à des réflexions nouvelles sur la société, les classes et
l’égalité. La sociologie s’inscrit ainsi dans cette lignée de pensée
critique qui cherche non seulement à comprendre le
fonctionnement de la société, mais aussi à en corriger les
injustices. Les idéaux des Lumières, tels que le progrès, l’égalité,
et la rationalité, posent donc les bases d’une approche
systématique et scientifique des phénomènes sociaux, qui
inspirera les premiers sociologues.
2. Le positivisme d'Auguste Comte**
Au XIXe siècle, Auguste Comte introduit une rupture majeure en
définissant la "sociologie" comme une science autonome.
Profondément influencé par les succès des sciences de la nature
et convaincu que la société pouvait être analysée selon des
principes scientifiques, Comte propose une "physique sociale"
pour observer, classer, et comprendre les lois qui régissent la
société. Cette "physique sociale" est conçue pour découvrir des
lois universelles du comportement humain et des interactions
sociales, analogues aux lois de la physique. En plaçant la
sociologie au sommet de sa hiérarchie des sciences, Comte
imagine une discipline intégrant les acquis des autres sciences,
qui pourrait éclairer les progrès sociaux, politiques et moraux de
l’humanité. Il promeut ainsi le positivisme, une approche qui
rejette les spéculations métaphysiques et religieuses au profit de
l’observation et de l’expérimentation. Comte envisage une société
dirigée par une élite scientifique, un "sacerdoce" de savants
capables d’orienter le progrès humain. Sa vision, bien
qu’ambitieuse et parfois critiquée pour sa rigidité, jette les bases
d’une méthode sociologique, et inspire profondément les futurs
sociologues comme Émile Durkheim, qui s’attacheront à étudier la
société en observant des faits sociaux vérifiables et mesurables.
3. Les autres courants intellectuels et la diversité des influences**
La sociologie se construit en dialogue avec une grande diversité
de courants intellectuels, qui enrichissent et parfois contestent
les fondements positivistes de Comte. Karl Marx, par exemple,
propose une critique radicale de la société industrielle et
capitaliste, en analysant les luttes entre les classes sociales.
Selon Marx, l’histoire de la société est l’histoire de la lutte des
classes, une vision matérialiste qui place les rapports
économiques au centre de l’analyse des dynamiques sociales.
Cette approche influencera profondément la sociologie critique et
donnera naissance à la sociologie du conflit. Max Weber, en
Allemagne, apporte une perspective différente, qu’il qualifie de
"compréhensive". Il étudie les actions individuelles et leurs
significations, et montre comment les valeurs culturelles et les
croyances influencent les choix des individus. Par son étude sur
l’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, Weber souligne le
rôle des facteurs culturels et religieux dans l’essor de la
modernité, ouvrant ainsi la voie à une sociologie qui intègre les
dimensions subjectives et symboliques des phénomènes sociaux.
Herbert Spencer, influencé par le darwinisme social, applique à la
société le principe de la sélection naturelle, envisageant une
"évolution" des sociétés vers des formes de plus en plus
complexes et différenciées. Enfin, des penseurs comme Alexis de
Tocqueville, dans ses analyses de la démocratie, ou Ferdinand
Tönnies, avec sa distinction entre communauté (Gemeinschaft) et
société (Gesellschaft), contribuent à une réflexion sur les
conséquences des transformations sociales modernes, en
abordant des thèmes tels que l’individualisme, la solidarité et les
structures d’autorité. Ces approches variées enrichissent la
sociologie et lui permettent de se constituer comme une science
sociale multidimensionnelle, capable d’aborder à la fois les
structures sociales objectives et les significations subjectives.
III. LES PREMIERS SOCIOLOGUES : DES PIONNIERS
L'émergence de la sociologie est également marquée par l’apport
de penseurs qui ont su formuler des concepts et des théories
fondamentaux.
A. Auguste Comte : Le père de la sociologie
Auguste Comte est souvent reconnu comme le père de la
sociologie. En introduisant le terme "sociologie" dans ses travaux,
il jette les bases d'une discipline qui cherche à comprendre les
lois régissant les phénomènes sociaux. Comte propose une vision
hiérarchique des sciences, plaçant la sociologie au sommet,
considérée comme la science ultime qui permettrait de
comprendre et d'organiser la société.
Il développe également le concept de "sociologie" en tant que
discipline distincte, insistant sur l'importance de l'observation et
de l'analyse systématique des faits sociaux. Sa vision positiviste
pose les fondations d'une sociologie scientifique, capable de
produire des connaissances objectives sur la nature des relations
humaines.
B. Émile Durkheim : Les faits sociaux
Émile Durkheim, un autre pionnier de la sociologie, s'attache à
définir la sociologie comme une discipline distincte et scientifique.
Il introduit la notion de "faits sociaux", définis comme des normes,
des valeurs et des structures qui exercent une influence sur le
comportement des individus. Durkheim soutient que ces faits
doivent être étudiés comme des choses, c'est-à-dire de manière
objective et empirique.
Son œuvre majeure, "Le Suicide", illustre sa méthode d'analyse.
Durkheim démontre comment des facteurs sociaux, tels que
l'intégration et la régulation, influencent des comportements
individuels qui peuvent sembler isolés. Cette approche met en
lumière l'importance des relations sociales et des institutions
dans la compréhension des comportements humains, établissant
ainsi des liens entre l'individuel et le collectif.
C. Max Weber : L'action sociale
Max Weber apporte une perspective distincte en se concentrant
sur l'action sociale et les significations que les individus
attribuent à leurs comportements. Contrairement à Durkheim, qui
s'intéresse principalement aux structures sociales, Weber explore
les motivations et les intentions des acteurs individuels. Il
introduit la notion de "compréhension" (Verstehen), qui consiste à
saisir le sens des actions humaines en tenant compte du contexte
culturel et social.
Weber souligne que les individus agissent souvent en fonction de
valeurs, de croyances et de traditions qui façonnent leurs
décisions. Il distingue plusieurs types d'action sociale : l'action
rationnelle en finalité, l'action rationnelle en valeur, l'action
affective et l'action traditionnelle. Cette typologie permet
d'analyser comment les individus s'engagent dans des
comportements qui sont non seulement influencés par des
facteurs externes, mais également par leurs motivations internes
et leurs visions du monde.
Son ouvrage "L'Éthique protestante et l'esprit du capitalisme"
illustre parfaitement cette approche. Weber démontre comment
des valeurs culturelles, notamment celles du protestantisme, ont
influencé le développement du capitalisme en Europe. En mettant
l'accent sur l’interaction entre culture, économie et
comportement, Weber enrichit la sociologie en intégrant des
dimensions subjectives et historiques à l'analyse sociale.
IV. LES CONDITIONS INSTITUTIONNELLES DE LA SOCIOLOGIE
La sociologie, comme discipline académique, s'est constituée à
travers un ensemble d'institutions et de processus qui ont
structuré et légitimé son développement. Parmi les éléments
centraux qui ont permis son institutionnalisation, on trouve les
universités, qui ont joué un rôle essentiel dans sa
professionnalisation; les revues scientifiques, qui ont permis de
diffuser les savoirs sociologiques et d'alimenter le débat
scientifique; et les instituts de recherche, qui ont soutenu des
projets de recherche ambitieux et consolidé la sociologie comme
une science sociale capable d'apporter des réponses aux
problématiques de la société. Dans cette partie, nous analyserons
le rôle respectif de ces trois composantes fondamentales.
1. Le rôle des universités dans la constitution de la sociologie
Les universités ont été un espace crucial pour
l'institutionnalisation de la sociologie, en offrant aux chercheurs
un cadre institutionnel pour enseigner et développer la discipline.
L'inclusion de la sociologie dans les cursus universitaires a permis
de la reconnaître en tant que discipline académique légitime,
distincte d'autres sciences sociales comme la philosophie,
l'économie ou l'anthropologie. Cette intégration progressive s'est
faite au XIXe siècle grâce à des pionniers comme Émile Durkheim
en France et Max Weber en Allemagne, qui ont œuvré pour
légitimer la sociologie à travers la création de chaires, de cours,
et de programmes d'enseignement spécifiques.
Émile Durkheim, en particulier, a joué un rôle fondamental en
fondant en 1887 la première chaire de sociologie à l'Université de
Bordeaux. Il a également développé un cadre méthodologique
rigoureux pour l'étude des faits sociaux, contribuant à structurer
la discipline autour de principes scientifiques. Dans ses travaux,
Durkheim s'est efforcé de démontrer que la sociologie, par sa
méthode empirique, pouvait apporter un éclairage unique sur la
société, complémentaire de celui des autres sciences sociales.
Aux États-Unis, la discipline a pris un essor particulier dans les
années 1920 avec la fondation de l'École de Chicago, un centre de
recherche et de formation qui a fortement influencé le
développement de la sociologie urbaine et des études sur la
déviance. Cette école a marqué une rupture en privilégiant
l'observation directe et l'étude empirique des communautés
urbaines, contribuant à forger une approche méthodologique
propre à la sociologie. Ainsi, grâce à l'ancrage universitaire, la
sociologie a pu se structurer en tant que discipline dotée de
méthodes et de concepts spécifiques, attirant de nombreux
étudiants et chercheurs.
2. Les revues scientifiques : un vecteur central de diffusion et de
débat
Les revues scientifiques ont joué un rôle déterminant dans la
diffusion des connaissances sociologiques et dans le
développement de la discipline en offrant un espace de
publication pour les chercheurs. Les revues ont permis aux
sociologues de partager leurs travaux, de confronter leurs idées,
et d'initier des débats théoriques qui ont contribué à enrichir et à
structurer la discipline. En France, par exemple, Émile Durkheim a
fondé en 1898 *L'Année sociologique*, première revue dédiée à la
sociologie, qui visait à établir un programme de recherche
structuré et à promouvoir une certaine vision de la discipline.
Aux États-Unis, la création du *American Journal of Sociology* en
1895, puis du *American Sociological Review* en 1936, a offert
des plateformes de publication essentielles pour les sociologues.
Ces revues, en adoptant des processus d'évaluation par les pairs,
ont contribué à la rigueur scientifique des publications,
encourageant les chercheurs à adopter des méthodologies solides
et à tester leurs hypothèses de manière systématique. Les
articles publiés dans ces revues étaient évalués sur leur rigueur
et leur originalité, ce qui a permis d'établir des standards élevés
pour les recherches en sociologie.
Les revues ont également favorisé la diffusion internationale des
travaux sociologiques. En publiant des articles de chercheurs du
monde entier, elles ont facilité la confrontation entre différentes
traditions théoriques et méthodologiques. Ces échanges ont
contribué à enrichir la discipline, en permettant à des approches
variées de se rencontrer et de se transformer mutuellement. Les
revues scientifiques ont ainsi été des vecteurs majeurs de
l’internationalisation de la sociologie, en mettant en relation les
chercheurs de différentes régions et en intégrant leurs
perspectives dans le débat mondial.
3. Les instituts de recherche : un soutien institutionnel pour
l'avancement de la sociologie
Les instituts de recherche ont également été déterminants dans
le développement de la sociologie, en offrant aux chercheurs des
ressources pour mener des études approfondies et en soutenant
des programmes de recherche ambitieux. Ces institutions,
souvent associées aux universités mais bénéficiant d'une
autonomie propre, ont permis de mener des recherches
interdisciplinaires et de produire des connaissances appliquées
sur des questions sociales complexes. Parmi les instituts de
recherche emblématiques, on trouve l'Institut für Sozialforschung
de Francfort, fondé en 1923, qui a donné naissance à l'École de
Francfort et influencé durablement la sociologie critique.
L'Institut für Sozialforschung, sous la direction de chercheurs
comme Max Horkheimer et Theodor W. Adorno, a mis en place une
approche critique visant à comprendre les effets de la modernité
sur la société, en intégrant des concepts issus de la philosophie,
de la psychanalyse, et de l'économie politique. Cette approche a
permis de développer une sociologie critique du capitalisme et
des médias de masse, qui a marqué la discipline par son analyse
des structures de pouvoir et des phénomènes culturels.
Aux États-Unis, le Bureau of Applied Social Research, dirigé par
Paul Lazarsfeld à l'Université de Columbia, a contribué à l'essor de
la sociologie empirique en développant des méthodes d'enquête
novatrices et en réalisant des études de grande ampleur,
notamment sur les médias et le comportement électoral.
Lazarsfeld et ses collègues ont mis au point des techniques
d'analyse de données quantitatives qui ont influencé durablement
les méthodes de recherche en sociologie, en rendant possible
l'étude statistique des attitudes et des comportements sociaux.
En France, le Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS)
a également joué un rôle important dans le développement de la
sociologie en soutenant des laboratoires et des programmes de
recherche dans divers domaines, tels que les inégalités sociales,
les transformations du travail, et les dynamiques culturelles. Ces
instituts ont permis de mener des recherches répondant aux
besoins de la société, en offrant des expertises aux décideurs
publics et en contribuant à l’élaboration de politiques basées sur
des données scientifiques.
CONCLUSION
En somme, la sociologie émerge comme une réponse aux
transformations historiques, intellectuelles et institutionnelles du
XIXe siècle. Les révolutions, les mutations sociales,
l'individualisme croissant et l'enrichissement des idées grâce aux
Lumières et au positivisme ont créé un contexte propice à
l'émergence de cette discipline. Les contributions de figures
emblématiques comme Comte, Durkheim et Weber posent les
fondations d'une réflexion sociologique qui continue d’évoluer.
Aujourd'hui, la sociologie demeure une discipline dynamique et
essentielle, face aux défis contemporains tels que la
mondialisation, les inégalités croissantes et les tensions
culturelles. Elle s’appuie sur les réflexions de ses pionniers tout
en s'adaptant aux enjeux actuels. Comprendre les origines de la
sociologie nous aide non seulement à apprécier son évolution,
mais aussi à envisager ses futures contributions à l’analyse des
sociétés modernes. La sociologie, en tant que science des
interactions humaines, reste un outil indispensable pour
déchiffrer les complexités du monde contemporain et proposer
des solutions aux défis sociaux pressants
BIBLIOGRAPHIE
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Revues spécialisées: Revue française de sociologie, Sociologie du
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