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ne rappellerons pas ici quelques autres enseignes sculptées, d’un assez bon
travail, que nous avons déjà décrites ailleurs (notamment chapitre V), mais
nous ne devons point oublier un beau mascaron du XVIIIᵉ siècle, représentant
une tête de satyre chargée d’un panier de fruits et formant le claveau d’une
voussure de porte, à l’angle d’une maison de la rue Montfaucon. Le
marchand qui a fait de cette porte architecturale l’entrée de sa boutique, s’est
approprié comme enseigne la sculpture décorative, en la baptisant: Au Vieux
Satyre. Mentionnons aussi la Flotte d’Angleterre, tableau en relief,
représentant trois vaisseaux, assez bien sculptés, au-dessus d’un magasin de
quincaillerie déjà établi en 1750 rue de la Barillerie, nº 15, et qui s’est
transporté au nº 24 du boulevard de Sébastopol, lors des démolitions
effectuées dans la Cité en 1857. Tout près de ce magasin étaient les Forges
de Vulcain, dont nous avons déjà parlé et qu’on retrouvera plus loin. Ce n’est
pas un bon sculpteur, mais un simple praticien imagier, qui a fait l’enseigne
assez connue des Trois Canettes, puisqu’elle a donné son nom à la rue des
Canettes: elle représente, au nº 18 de cette rue, trois canettes barbotant dans
l’eau, sous les yeux de la mère cane. Cette naïve sculpture, assez gracieuse
(voir figure page 214), avait remplacé sans doute au XVIIIᵉ siècle l’enseigne
primitive, qui datait du XVᵉ; ce petit bas-relief entouré d’un cartouche
rococo, avec une tête de Minerve en pendentif, était peint, comme l’enseigne
des Trois Poissons, fort habilement sculptés au milieu des roseaux, dans un
médaillon de forme ovale, au nº 14 de la rue Saint-Germain-l’Auxerrois[290].
On est en droit de supposer que ceux de ces bas-reliefs, de ces
médaillons, de ces statues en pierre qui ont survécu jusqu’à nos jours, durent
leur conservation au mérite de l’œuvre ou à la singularité de la composition.
Mais combien d’autres enseignes, sculptées par des imagiers de médiocre
talent, ont été détruites, à la restauration ou à la reconstruction des anciennes
maisons, dans les vieilles rues de Paris! Ces imagiers n’étaient pas plus
habiles que la plupart des peintres d’enseigne, qui leur succédèrent à partir
du XVIᵉ siècle et dont la profession finit par tomber, après le XVIIIᵉ, dans un
mépris devenu proverbial. Les peintres qui s’adonnaient à ce genre de travail
n’étaient plus guère alors, en effet, que des apprentis, de pauvres élèves
d’ateliers, ou des artistes déclassés par la débauche et la misère. La plus
cruelle injure qu’on pouvait adresser à un artiste, c’était de l’appeler peintre
d’enseigne.
La chanson, la satire, le théâtre ont ridiculisé les peintres d’enseignes,
surtout au XVIIIᵉ siècle. Il y en eut un, nommé Jérôme, qui devint, dès 1760,
le type de ces peintres de bas étage. Favart, dans l’Écosseuse, parodie de
l’Écossaise, de Voltaire, avait fait rire le public de l’Opéra-Comique aux
dépens de ce Jérôme. C’est le contrebandier La Rose, qui demande à
Marianne quel était son âge quand elle fut séparée de ses parents: Marianne
répond qu’elle avait cinq ans, «au départ de son père, et dix à la mort de sa
mère.» La Rose s’écrie: «Comme tout ça s’arrange!» Puis, il chante en
aparté:
Montrons-lui ce portrait
Que feu Monsieur Jérôme,
Grand peintre en jeux de paume,
Nous fit au cabaret.
Il déploie alors un portrait à la silhouette (dessin fait sur l’ombre du
visage, placé de profil); ce qui fait beaucoup rire le gros public[291]. Jérôme,
peintre d’enseignes de jeu de paume, fut dès lors le représentant
caractéristique de son métier. Charles-Nicolas Cochin, dans une de ses
brochures satiriques sur le Salon de 1769, le fit reparaître, avec les qualités
de râpeur de tabac et riboteur. Cette spirituelle critique est intitulée: Lettre
sur les peintures, gravures et sculptures qui ont été exposées en cette année
au Louvre par M. Raphaël, peintre de l’Académie de Saint-Luc, entrepreneur
général des enseignes de la ville, faubourgs et banlieue de Paris, à M.
Jérosme, son ami, râpeur de tabac et riboteur (Paris, Delalain, 1769, in-8º
de 49 pages). Il publia ensuite la Réponse de M. Jérosme, râpeur de tabac et
riboteur, à M. Raphaël, etc. (Paris, Joubert, 1769, in-8º de 33 pages).
L’Académie de Saint-Luc, que l’Académie royale de peinture poursuivait de
ses dédains et de sa jalousie, était ainsi représentée comme la pépinière des
peintres d’enseignes. Aucune injure n’était épargnée à ces malheureux
peintres, et lorsque le suisse Denker exécuta une suite d’estampes pour le
Tableau de Paris, de Sébastien Mercier, il grava un atelier de peintre
d’enseigne dans lequel figurent diverses enseignes burlesques avec leur
orthographe traditionnelle. J.-B. Pujoulx, qui avait été peintre avant de se
faire écrivain d’art et de théâtre, prend vivement la défense des peintres
d’enseignes, ce qui fait supposer qu’il avait plus d’un de ces ouvrages sur la
conscience: «Si vous conseillez, dit-il, à un peintre qui meurt de faim, de
faire quelque tableau de fantaisie, en attendant un amateur qui l’achète, il
vous répondra qu’on ne vit pas d’espérance; si vous lui commandez une
enseigne, fût-ce une Rose rouge ou un Lion d’Or, il la fera sans difficulté,
car il faut vivre, et dans le fond, même en consultant son amour-propre, quel
déshonneur y a-t-il de faire une enseigne[292]?»
Nous montrerons bien, dans le chapitre suivant, que les plus grands
peintres se sont rendus coupables d’une ou de plusieurs enseignes.
Il est à regretter qu’on n’ait pas recueilli des documents sur les meilleurs
peintres d’enseignes, qui ne seraient pas indignes de figurer dans l’histoire
de la peinture, non seulement à cause de leur talent, si dévoyé qu’il fût, mais
en raison de leur originalité. Un de ces artistes, nommé Davignon, mourut,
en 1842, des suites d’un accident qui devait être assez fréquent dans les
travaux des peintres d’enseignes. Nous lisons dans le Bulletin de l’Alliance
des arts[293]: «Le peintre en lettres Davignon, qui s’était fait une réputation
par son talent, son insouciance et sa prodigalité tout artistique, est mort à
l’Hôtel-Dieu. Depuis deux jours Davignon travaillait à l’enseigne d’un
marchand de vin, place du Châtelet; le troisième jour, au matin, l’artiste
ayant fait, à ce qu’il paraît, des libations plus abondantes que de coutume,
monta à l’échelle, mais arrivé à la hauteur du premier étage la tête lui tourna,
il perdit l’équilibre et tomba sur le pavé! Relevé à l’instant même, tous les
secours lui furent prodigués; puis, sur sa demande, on le transporta à l’Hôtel-
Dieu, où, après plusieurs jours de souffrance, il expira. Davignon était un
autre Lantara; il travaillait pour boire, il buvait pour travailler, et il s’est tué à
la porte d’un marchand de vin.»
Les peintres en lettres étaient aussi peintres d’enseignes et surtout
peintres des tableaux de foire, qui sont de véritables enseignes, faisant ainsi
concurrence à certains saltimbanques qui se chargent d’exécuter eux-mêmes
les étonnantes et mirobolantes bagatelles de la porte, qu’ils exposent devant
la baraque de leur théâtre en plein vent. «O matrones de Rubens! s’écrie Jean
de Paris, un de nos plus brillants feuilletonistes; ô soldats gigantesques!
Crocodiles épouvantables! femmes à barbe, qui montrez avec tant de grâce
votre jambe dodue! vous faites mon bonheur. Cependant vous m’intéressez
moins que ceux qui ont peinturluré vos épaules puissantes, vos râteliers
redoutables et vos charmes rebondis. Les signatures les plus fréquentes au
bas de ces compositions criardes sont celles d’Auclair, dont l’atelier est situé
sur la montagne Sainte-Geneviève; de Cocural, qui opère sur les hauteurs de
Belleville; d’Abel Trinocq, et de Desmaret, qui de sa fenêtre voit les Buttes-
Chaumont.» Nous sommes surpris de ne pas retrouver parmi les noms de ces
maîtres de l’enseigne peinte celui de David, qu’on ne confondra pas avec le
grand peintre Jacques-Louis David, mais qui cependant, à un degré très
inférieur sans doute, avait acquis une espèce de célébrité par ses ouvrages de
peinture, destinés exclusivement à l’exposition permanente du Salon de la
rue.
Combien de peintres habiles, sinon éminents, qui s’étaient distingués
dans deux ou trois expositions de peinture, sont tombés par degrés dans la
triste catégorie des peintres d’enseignes! Il faut se rappeler un temps peu
éloigné, où les peintres, ne pouvant pas vendre leurs tableaux, mouraient de
faim. C’est dans ce temps-là qu’un artiste, qui n’était pas sans mérite, avait
fait un tableau à la fois comique et navrant, tableau qui représentait sans
doute son propre intérieur peint d’après nature, et qui n’était pas destiné à
devenir l’enseigne d’un éditeur d’estampes de la rue Saint-Jacques, avec
cette légende douloureuse: Au Peintre dans son ménage.
Ne pourrait-on pas dire que le Français, né malin, comme dit Boileau,
dans l’Art poétique, naquit aussi peintre d’enseignes? Voici ce qu’on écrivait
de Gallipoli, en juin 1854, au Morning Chronicle, journal anglais de
Londres: «Un marchand au détail, qui était venu s’établir ici, a fait une
grande fortune qu’il doit au talent artistique d’un capitaine d’état-major
français. Il avait besoin d’une enseigne: le capitaine auquel il s’adressa lui
peignit un zouave et un highlander, tous deux en grand uniforme, se donnant
la main et trinquant cordialement. Ce tableau, quoique fait à la hâte et
négligé dans plusieurs détails, a eu le succès le plus complet dans les deux
armées, et y a fait plus de sensation que tous les chefs-d’œuvre du Louvre ou
de la Galerie nationale. Des pachas turcs, des officiers anglais, des
négociants arméniens, ont offert de l’acheter à un prix très élevé, mais le
marchand a obstinément refusé de le vendre, et il a déclaré qu’il
l’emporterait partout avec lui, comme un trophée et l’origine de sa fortune.»
Ainsi le dernier épisode de la guerre de Crimée aura été le triomphe de
l’enseigne d’un marchand de vin et liqueurs!
XXIX
MUSÉE DES ENSEIGNES
I L y a longtemps qu’un autre a dit avant moi: «S’il était possible de réunir
les plus belles enseignes qui ont été peintes par de grands maîtres et de
bons artistes, pour les marchands de Paris, on aurait une des collections de
peinture les plus intéressantes et les plus curieuses: ce qu’on appelle le Salon
de la rue deviendrait alors le Musée des Enseignes.» C’est un coin de ce
musée que nous allons décrire par ordre chronologique, sans avoir sous les
yeux, malheureusement, tous les originaux qui sont aujourd’hui égarés, ou
perdus, ou détruits.
Jean Lepautre (né à Paris en 1617 et mort en 1682), qui fut dessinateur et
graveur plutôt que peintre, avait peint l’enseigne d’un armurier ou d’un
fourbisseur, lequel demeurait sur le pont au Change. Cette enseigne, A la
Valeur, représentait un combat à l’arme blanche très mouvementé et très
finement dessiné. Ce joli tableau fut acheté par un riche financier. Nous n’en
possédons plus que la gravure. Jean Lepautre avait gravé aussi son adresse,
qui pouvait
bien être l’enseigne de sa boutique ou de son atelier. Les graveurs marchands
d’estampes avaient tous des enseignes peintes. Nous en avons vu une, très
curieuse en ce genre, chez notre vieil ami Paul Lacroix: elle représente un
portrait d’homme, sans doute celui de l’artiste, attaché aux quatre coins sur
un carton, comme pour servir de modèle à la gravure; d’un côté, un
médaillon de Louis XV jeune; de l’autre, plumes, crayons et tous les
attributs du graveur, avec une inscription à moitié oblitérée, sur laquelle on
ne peut lire que les mots: MARCHAND D’ESTAMPLES (sic).
La superbe enseigne due au talent de Ant. Watteau et faite pour Gersaint,
son ami, a figuré longtemps à l’entrée de la boutique de ce marchand de
tableaux et d’objets d’art, sur le pont de Notre-Dame. Par la suite, elle fut
achetée par M. de Julienne, qui lui donna une place honorable dans sa
galerie, après l’avoir fait réparer, et qui la fit plus tard graver par P. Adeline.
On a cru longtemps que cette charmante peinture, qui représentait l’intérieur
de la boutique de Gersaint, toute garnie de tableaux et remplie d’amateurs
des deux sexes, regardant et achetant des objets d’art, était absolument
perdue, mais elle n’était qu’égarée. M. Edmond de Goncourt découvrit
qu’une partie de la toile qui composait ce grand tableau, haut de cinq pieds
sur neuf, avait passé dans le cabinet d’un abbé Guillaume, à la mort duquel
ce fragment de l’original avait été acquis par la Prusse, en 1769. «J’écrivais
alors en Allemagne, dit M. Edmond de Goncourt[294], et j’apprenais que ce
morceau de l’enseigne n’était pas perdu, mais qu’il avait été complété par
l’achat du second fragment, fait je ne sais à quelle époque et dans quelle
vente; en sorte que l’enseigne, tout entière, mais encadrée dans deux cadres,
est aujourd’hui dans le vieux palais de Berlin (chambre d’Élisabeth, chambre
rouge).» Voilà une enseigne qui a eu des aventures, avant de se compléter et
de trouver un asile définitif dans un musée impérial! On suppose que le
second fragment, séparé du premier pendant un siècle et demi, s’était
retrouvé par hasard dans l’atelier d’un peintre, nommé Auguste, élève
d’Ingres, et premier prix de Rome, lequel mourut à Paris vers 1848. M.
Edmond de Goncourt avait vu ce fragment d’enseigne chez le baron de
Schwiter, mais, selon lui, c’était «une peinture bien grosse et ne donnant
aucune idée d’un travail où Watteau avait mis sa dernière fièvre».
Gersaint ne s’était pas contenté d’une enseigne peinte par Watteau; il
avait fait, en outre, dessiner son adresse par Boucher, et cette adresse, dont il
n’existe qu’une seule épreuve à la Bibliothèque nationale, aurait été gravée
par le comte de Caylus, en 1740. Elle représente un Chinois ou un Japonais,
la tête et les épaules couvertes d’une épaisse fourrure, tenant une pagode à la
main, assis sur un cabinet de vernis de la Chine, et qui semble contempler,
au-dessous de lui, tous les objets qu’un marchand de curiosités entassait
alors dans son magasin. Il serait très possible que le dessin de Boucher eût
fourni le modèle d’une enseigne peinte, que Gersaint avait fait exécuter,
après avoir cédé sa première enseigne à M. de Julienne. Les amateurs ne
dédaignaient pas, comme on le voit, de chercher, parmi les enseignes,
quelques bons tableaux pour leur galerie. L’enseigne du Petit Dunkerque, à
la descente du Pont-Neuf, entre la rue de Nevers et la rue Dauphine, qui
datait de 1767, représentait le port de Dunkerque avec l’arrivage des
vaisseaux, qui apportaient de l’Inde et de la Chine la plupart des curiosités
qu’on recherchait avec passion pour l’ornement des appartements et que
vendait là Granchez, l’heureux propriétaire du célèbre magasin[295]. Cette
enseigne, longtemps admirée, était de Joseph Vernet, selon les uns; de La
Croix, de Marseille, selon les autres: elle fut acquise enfin, aux approches de
la Révolution, et remplacée par un simple vaisseau en fer assez finement
forgé, qui sert aujourd’hui d’enseigne à un marchand de vin, mais qui
rappelle au moins l’ancienne marine qui l’avait précédé.
Une bonne peinture d’enseigne avait été souvent le coup d’essai d’un
jeune peintre. Siméon Chardin, élève de Coypel, dut à une enseigne son
premier succès. Cette ovation de l’enseigne est ainsi racontée par Haillet de
Courenne dans son Éloge de Chardin[296]: «Un chirurgien, ami de son père,
demanda au jeune homme de lui faire un plafond ou enseigne pour mettre
au-dessus de sa boutique; il y voulait des instruments de son art: bistouris,
trépans et autres. Ce n’était pas ce que Chardin se proposait: il peignit une
nombreuse composition de figures. Le sujet était un homme, blessé d’un
coup d’épée, qu’on avait apporté dans la boutique d’un chirurgien qui visitait
sa plaie pour le panser. Le commissaire, le guet, des femmes et autres figures
remplissaient la scène: tout y était plein de feu, de remuement et d’intérêt.
Le tableau n’était que heurté, mais traité avec goût. L’effet en était
singulièrement piquant. Un jour, bien avant que personne fût levé dans la
maison du chirurgien, il le fait poser en place. Le chirurgien voit de sa
fenêtre la foule des passants qui s’arrêtaient devant sa porte, ce qui l’excite à
demander de quoi il est question. Il voit ce plafond. Il fut tenté de se fâcher,
n’y retrouvant plus rien des idées qu’il se souvenait d’avoir confiées à son
peintre, mais les éloges du public pacifièrent un peu son humeur: il ne se
plaignit que très modérément. On juge bien que le tableau fit du bruit; on
s’empressa d’aller en juger. Toute l’Académie connut les talents du jeune
Chardin.» Ce tableau, de neuf ou dix pieds de long, passa de la boutique du
chirurgien dans la collection du graveur Lebas, mais on ne sait pas ce qu’il
est devenu depuis.
Si Chardin débuta par une enseigne, Greuze en fit une lorsqu’il était déjà
en possession de toute sa renommée. Ce fut après la brillante réussite de
l’opéra-comique du Huron, composé par Marmontel et mis en musique par
Grétry. La représentation de cette pièce en deux actes, qui eut lieu à la
Comédie italienne le 20 août 1769, fut un véritable triomphe pour le
musicien et le point de départ de sa réputation musicale. Peu de jours après,
Greuze, qui s’était pris d’amitié pour Grétry, alla le trouver et lui dit: «Viens
avec moi; je veux te faire voir une peinture qui te fera grand plaisir.» Il le
conduisit près de la Comédie italienne et lui indiqua du doigt une enseigne
fraîchement peinte: Au Huron, Nicolle, marchand de tabac. Grétry entra tout
ému dans la boutique et acheta une livre de tabac. «Quel bon tabac!» disait-il
plus tard[297]. On ne sait ce qu’est devenue l’enseigne du Huron.
Nous serions en peine de dire à quelle époque l’hôtel de Villette, quai
Voltaire, au coin de la rue de Beaune, fut décoré d’une enseigne en l’honneur
de Voltaire, mort, le 30 mai 1778, au premier étage de cet hôtel, où il avait
pris domicile lors de son arrivée de Ferney, trois mois auparavant. Il est
probable que cette enseigne commémorative ne put être placée sur la maison
mortuaire qu’à la suite de la révolution de 1789, car, antérieurement, le nom
de Voltaire était à l’index, et ce n’est qu’en 1792 qu’on donna ce nom au
quai des Théatins, sur lequel se trouvait l’hôtel du marquis de Villette.
L’enseigne A Voltaire, la seule que le propriétaire de l’hôtel ait tolérée sur
son immeuble, peut dater de la même époque. Mais elle a été remplacée, de
nos jours, par une véritable peinture d’enseigne, un portrait forain plus
prétentieux que réussi.
Une autre enseigne, un peu moins ancienne, contemporaine de la
fabrication du similor, qui prêta un brillant trompe-l’œil aux faux bijoux du
Directoire, portait ce titre: A l’Impossible, et représentait un Merveilleux
s’élançant dans les airs pour prendre la lune. C’était un très joli tableau, très
bien exécuté, dans le genre de Boilly: le similor lui a survécu, et le tableau
méritait de survivre au similor. On le retrouverait peut-être dans l’œuvre de
Boilly.
L’Incroyable figure encore sur une enseigne de Gautier, chemisier, rue de
Rivoli, vis-à-vis de la place Lobau; ce tableau, assez bien peint, a précédé les
incroyables si populaires de la Fille de Madame Angot.
Carle Vernet, qui excellait dans la caricature, peignit plusieurs enseignes;
on en a gravé une, dans le Musée des Familles, en 1866. Une enseigne peinte
par un bon peintre ne reste pas longtemps l’ornement de la rue et va tôt ou
tard figurer dans le cabinet d’un amateur. Cependant, nous avons vu celle du
Bœuf à la Mode, qui date du Directoire, garder sa place jusqu’à présent, à
l’entrée d’un restaurant fameux de la rue de Valois; elle n’a rien d’agréable,
il est vrai, pour faire un tableau de cabinet, quoiqu’elle soit très bien peinte
par Swagers. Il en existe d’ailleurs une bonne gravure par S.-C. Ruotte.
Le premier tableau de Prudhon avait été une enseigne, celle d’un
chapelier, «ornée d’un bonhomme prodigieux», disait un journaliste, le 20
janvier 1874, en annonçant l’ouverture de l’exposition de toutes les œuvres
de Prudhon, à l’École des beaux-arts.
De Géricault il y eut aussi une enseigne, qui annonçait encore, en 1841, la
forge d’un maréchal ferrant, non pas à Paris, mais sur la route de Saint-
Germain en Laye, au coin de la grande rue du village de Roquencourt.
Plusieurs autres enseignes, représentant un cheval ou plusieurs chevaux,
furent attribuées aussi, avec plus ou moins de probabilité, à Géricault,
comme le célèbre Cheval blanc de l’auberge de Montmorency.
On attribuait également à Horace Vernet l’Hirondelle, assez bien peinte,
qu’on voyait représentée volant à tire-d’aile sur le plafond du café de Foy, au
Palais-Royal. On racontait qu’un ouvrier maladroit, chargé de repeindre ce
plafond, y avait fait une tache qu’il essayait vainement de faire disparaître.
Horace Vernet, âgé de vingt ans, aurait alors pris des mains de l’ouvrier le
pinceau et la palette et, grimpant à l’échelle, se serait amusé à transformer la
tache qui déshonorait le plafond en un charmant oiseau que le café de Foy a
conservé jusqu’à la fin de son règne. Cette hirondelle n’était pas indigne du
talent preste et vif d’Horace Vernet, mais ce grand artiste, qui ne rougissait
pas d’avoir fait des caricatures plaisantes et satiriques, se montrait blessé de
ce qu’on lui attribuât cette peinture anonyme.
Au contraire, Abel de Pujol ne désavouait pas le moins du monde les
enseignes qu’il avait faites, et il en gardait soigneusement les croquis dans
ses cartons, lors même qu’il fut membre de l’Académie des beaux-arts. Ces
croquis spirituels, on les vit parmi ses compositions, à la vente de ses
dessins, en décembre 1861, et ils ne manquèrent pas d’amateurs. La
Chronique des Arts, du 15 décembre, enregistrait le fait: «Les projets, les
croquis se sont pieusement distribués entre quelques amis du mort. Nous
citerons, comme curiosité, huit compositions d’enseignes, et
particulièrement celle de Monsieur et Madame Denis s’offrant cette prise de
tabac qui fit tant rire nos pères et tant rougir nos mères, et celle de la Fille
mal gardée, magasin situé jadis dans la rue de la Monnaie. N’est-ce pas une
note curieuse dans l’histoire d’un académicien?» Où sont-elles à présent, ces
enseignes qui étaient de vrais tableaux décoratifs?
Il ne faut pas oublier un très bon tableau d’enseigne qui date du
Directoire, ou plutôt du Consulat; le nom de l’artiste, qui peignait ce tableau
vers 1801, n’est pas connu, mais la maison Corcellet, qui rivalise avec la
maison Chevet, depuis près d’un siècle, pour la vente des comestibles, a
toujours conservé son enseigne: Au Gourmand[298]. «Un bon gros vivant,
costumé comme on l’était encore sous la Restauration: ailes de pigeon,
queue de rat, culotte courte, bas chinés, souliers à boucles, est assis devant
une table et travaille à faire envie à Gargantua. Il y a beaucoup d’esprit et
une grande justesse de mouvement dans cette figure.» M. Poignant[299], à
qui nous empruntons la description et l’éloge de cette plaisante enseigne, ne
paraît pas avoir soupçonné que ce gourmand n’était autre que Grimod de la
Reynière, peint d’après nature, à l’époque du Consulat, lorsqu’il allait
publier son fameux Almanach des Gourmands, en tête duquel il est
représenté tel qu’il l’était sur l’enseigne de Corcellet.
C’est M. Poignant qui nous fournit encore la description d’une autre
enseigne gastronomique, dont l’auteur était aussi un assez bon peintre qui
n’a pas signé son œuvre et ne s’est pas fait connaître: «Un autre tableau,
également bien exécuté et reproduisant le même sujet: Au Gourmet, sert
d’enseigne à un charcutier, place de l’Ecole. Celui-ci a joui un instant d’une
notoriété publique, quand il fut mis en place, vers 1820. On voulut voir, dans
ce personnage attablé, une ressemblance avec le roi Louis XVIII. Les
passions politiques s’en mêlèrent. Les partis opposés se donnaient rendez-
vous sur la petite place de l’Ecole; des rassemblements se formaient, des
horions pleuvaient. Si l’on avait su quel était le peintre de l’enseigne, on lui
aurait fait un mauvais parti.» C’était un fâcheux renom, pour un peintre
d’histoire, que d’être cité comme peintre d’enseigne! Il y en eut plus d’un,
cependant, qui fut peintre d’enseigne malgré lui. Un peintre, nommé Marcel,
qui n’était pas sans talent, eut un grand tableau deux fois refusé au Salon, la
première fois sous le titre de Passage de la Bérésina, et la seconde fois sous
celui de Passage de la mer Rouge. Cette toile finit par être vendue comme
enseigne à un marchand qui l’intitula: Au port de Marseille.
Gavarni, dont le coquet et gracieux talent s’essaya d’abord à dessiner des
modes, n’était pas peintre, mais il était excellent dessinateur. Après avoir
dessiné des cartes d’adresse de marchands, entre autres celles de Mesler,
graveur sur métaux, il consentit, vers 1836, à peindre une enseigne: Aux
deux Pierrots, au bas de la rue Saint-Jacques, et le succès de cette enseigne
faillit le décider à faire de la peinture. «Combien d’enseignes valent mieux
que des tableaux!» L’enseigne des Deux Pierrots avait été criblée de balles
pendant l’insurrection de juin 1848; elle fut depuis restaurée, mais en même
temps défigurée, puisqu’elle ne donne plus qu’une idée très imparfaite de ce
qu’était l’œuvre primitive; au reste, Gavarni avait pris soin de la reproduire
lui-même en lithographie[300].
Champmartin, dont les tableaux d’histoire et surtout les portraits avaient
été fort remarqués aux Salons antérieurs à la révolution de Juillet, voulut
prouver qu’il n’était pas un peintre incorrigiblement royaliste; il peignit,
pour un magasin de la rue Saint-Nicaise, au coin de la rue de Rivoli, une
enseigne qu’il aurait pu signer: Au Tambour de Juillet. Cette enseigne
représentait un ouvrier en costume de travail, les bras nus, battant la charge
sur une barricade, au milieu de la fumée des fusillades. Quelquefois un
peintre en vogue ne dédaignait pas de vendre la copie d’un de ses tableaux
pour en faire une enseigne, et cette copie était peinte dans son atelier par un
de ses élèves. Telle était l’enseigne d’un cordonnier de la rue du Bac: A la
Grâce de Dieu! Cette enseigne n’était autre qu’une copie fidèle d’un tableau
que Steuben avait exposé en 1827: Pierre Iᵉʳ enfant, poursuivi par les Strélitz
jusqu’aux pieds de la statue de la Vierge. «Le tableau n’était pas bien bon,
dit M. Poignant; l’enseigne ressemble au tableau[301].»
Nous avons entendu dire que plus d’un peintre de l’école romantique
s’était donné le plaisir de faire une enseigne et de chercher un succès
populaire en dehors des concours et des académies. On nommait, parmi ces
essayeurs du Salon de la rue, Eugène Delacroix, Poterlet, Jeanron et
d’autres. Il faut se rappeler que les tableaux d’Eugène Delacroix, envoyés à
l’Exposition de peinture, étaient alors refusés par le jury académique[302].
Quoi qu’il en soit, on pourrait citer quelques enseignes peintes par des
jeunes gens qui, comme Nanteuil et Baron, suivaient avec passion les