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org

Int. J. Biol. Chem. Sci. 14(7): 2567-2582, September 2020

ISSN 1997-342X (Online), ISSN 1991-8631 (Print)

Original Paper http://ajol.info/index.php/ijbcs http://indexmedicus.afro.who.int

Diversité floristique des dépendances vertes périurbaines de Brazzaville


(Congo) menacées de dégradation

Mat-Sheridan MIKOUNGUI GOMO1*, Donatien N’ZALA1 et Saint Fédriche NDZAI1

Laboratoire de Géomatique et d’Écologie Tropicale Appliquée (LGETA), École Nationale Supérieure


d’Agronomie et de Foresterie (ENSAF), Université Marien N’GOUABI ; BP. 69, Brazzaville, Congo.
*Auteur correspondant, E-mail: [email protected]; Tél : +242 069198970

RESUME

A Brazzaville, les dépendances vertes jouent un rôle important sur le bien-être et le cadre de vie des
citadins. Cependant elles sont menacées de dégradation à cause d’une urbanisation mal contrôlée. Cette étude a
été menée pour identifier et caractériser la biodiversité végétale de ces milieux. A cet effet, des relevés floristiques
ont été réalisés au niveau de deux types de phytocénoses « dégradée » et « semi intacte » dans deux sites des
quartiers périphériques de Ngamakosso et Sadelmi suivant un dispositif de 17 parcelles (30 m x 20 m). Au total,
205 espèces végétales reparties en 160 genres et 65 familles ont été inventoriées. La présence/abondance de
certaines espèces et familles (Asteraceae, Rubiaceae, Poaceae) associée avec l’appréciable proportion des
nanophanérophytes, révèle le caractère arbustif et perturbé de cette végétation sur des sols sableux et pauvres,
favorables aux érosions. La conservation et la reconstitution des phytocénoses étudiées sont assurées grâce à des
espèces endémiques, guinéo-congolaises et pantropicales, à très large distribution. Les connaissances acquises
de cette étude suggèrent d’intégrer la problématique de l’aménagement des espaces végétalisés urbains dans les
politiques de développement durable de la ville.
© 2020 International Formulae Group. All rights reserved.

Mots clés : Richesse floristique, biodiversité urbaine, phytocénose, conservation, reconstitution.

Floristic diversity of peri-urban green dependencies in Brazzaville (Congo)


threatened by degradation

ABSTRACT

In Brazzaville, green dependencies have an important role in the well-being and living environment of
city dwellers. However, they are threatened with degradation due to poorly controlled urbanization. This study
was conducted to identify and characterize the plant biodiversity of these habitats. For this purpose, floristic
surveys were carried out at the level of two kinds of "degraded" and "semi intact" phytocenosis at two sites in
the outlying areas of Ngamakosso and Sadelmi following a scheme of 17 plots (30 m x 20 m). In total, 205 plant
species distributed into 160 genera and 65 families were inventoried. The presence/abundance of certain species
and families (Asteraceae, Rubiaceae, Poaceae) associated with the significant proportion of nanophanerophytes,

© 2020 International Formulae Group. All rights reserved. 8597-IJBCS


DOI : https://dx.doi.org/10.4314/ijbcs.v14i7.16
M.-S. MIKOUNGUI GOMO et al. / Int. J. Biol. Chem. Sci. 14(7): 2567-2582, 2020

revealed the shrubby and disturbed character of this vegetation on sandy, poor and erosive soils. The conservation
and reconstitution of the studied phytocenosis are ensured by endemic, Guineo-Congolese and pantropical
species, with very wide distribution. The knowledge acquired from this study suggests integrating the issue of
vegetative landscaping into the city’s sustainable development policies.
© 2020 International Formulae Group. All rights reserved.

Keywords: Floristic richness, urban biodiversity, phytocenosis, conservation, reconstitution

INTRODUCTION l’homme (Goma Boumba, 2009). La


La biodiversité est actuellement un conséquence est souvent la dégradation de la
enjeu majeur de la recherche en écologie, à la végétation, puis l’appauvrissement des terres et
fois sur son rôle dans les écosystèmes, son l’érosion des sols. Les études antérieures
déterminisme et sa valorisation dans le relatives à la phytodiversité des forêts urbaines
domaine de la préservation de l’environnement et périurbaines de Brazzaville (N’zala, 1980 ;
(Breton, 2018). Depuis quelques années, la Kimpouni et al., 2013 ; Koubouana et al.,
question de l’état de la biodiversité en milieu 2016), montrent toutes, leur état de dégradation
urbain et sa gestion est devenue capitale avancé ayant conduit à la réduction de la taille,
(écologie urbaine, développement durable, ...). sinon à la disparition de certaines forêts. Les
La capacité des aires urbaines à héberger une dépendances vertes quant à elles ne sont pas
biodiversité variée et fonctionnelle fait l’objet étudiées. Elles sont également menacées de
de nombreuses études, dont l’objectif majeur dégradation et de disparition quoique le rôle de
est d’identifier un moyen innovant de la végétation dans la protection des sols soit
conserver et promouvoir la biodiversité bien connu. Leur connaissance, du point de vue
(Savard et al., 2000). La littérature scientifique scientifique, et leur préservation au plan
apporte des preuves solides attestant que les environnemental, s’avèrent ainsi nécessaires et
parcs constituent des hotspots (« points constituent une préoccupation majeure.
chauds ») de biodiversité en milieu urbain L'objectif de cette étude a été d’affiner
(Cornelis et Hermy, 2004). Comme dans toutes la connaissance de la diversité floristique des
zones urbaines, les ressources végétales jouent dépendances vertes urbaines en général et
un rôle important dans la protection des sites, particulièrement celles de Brazzaville. Elle
la lutte contre le réchauffement climatique et la concerne les zones périphériques des quartiers
satisfaction des besoins des populations de Ngamakosso (Talangaï) et de Sadelmi
(Kimpouni et al., 2013 ; Laïlle et al., 2013). (Mfilou Ngamaba) en prise à des érosions
La végétation de Brazzaville (jadis pluviales. Elle vise l’amélioration des
appelée « la verte ») se compose actuellement connaissances en rapport avec l’hypothèse
d’arbres alignés, de cour, d’espaces verts selon laquelle les dépendances vertes urbaines
(N’zala et Miankodila, 2002), de plantations sont riches en biodiversité. L’étude permettra
forestières, de reliques de forêts naturelles et aussi de mieux définir la place de la
des dépendances vertes naturelles. Celles-ci biodiversité dans l’aménagement du territoire
sont des espaces végétalisés d’entre deux blocs et notamment des zones urbaines.
de bâtis, des reliques de savane, localisées sur
des terrains plats, en pente, versants de collines MATERIEL ET METHODES
surtout sur les flancs des bassins versants. Ces Localisation géographique de la zone et des
ressources connaissent depuis plus d’une sites d’étude
décennie, un processus de dégradation La ville de Brazzaville, capitale de la
significative suite à une urbanisation non république du Congo, est comprise entre les
contrôlée et les multiples interventions de latitudes 4°6’ et 4°23’ Sud et les longitudes
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15°5’ et 15°25’ Est. Elle couvre une superficie n’a pas subi de perturbation apparente et
de plus 309 km2 et compte 9 arrondissements connue, est dite « semi intacte ».
ou communes (Makélékélé, Bacongo, Poto-
Poto, Moungali, Ouenzé, Talangaï, Mfilou Méthodologie d’étude
Ngamaba, Madibou et Djiri) (Figure 1). Elle a Collecte des données
une zone périurbaine très étendue aussi bien La démarche méthodologique adoptée
dans sa partie nord que dans sa partie sud- est basée sur les inventaires floristiques des
ouest. Brazzaville se situe entre les plateaux de quatre phytocénoses. Ceux-ci ont été conduits
Cataractes au sud-ouest, de Mbé au nord-est et à l’aide de la méthode des relevés de
le fleuve Congo à l’est (Ibiassi Mahoungou et surface. Le relevé de surface a consisté à
al., 2019). Le climat de Brazzaville est du type délimiter des parcelles de 30 m x 20 m (600
tropical humide avec une saison humide et 2
m ). Dix parcelles ont été installées dans le site
chaude (MAM et OND) et une saison sèche et de Ngamakosso et sept dans le site de Sadelmi,
fraîche (JJAS) (Figure 2). La moyenne soit un ensemble de 17 parcelles dans les deux
annuelle des précipitations varie de 1300 à sites d’étude avec une superficie totale de
1600 mm. La température moyenne annuelle 10200 m² (soit 1,02 ha). Chaque parcelle a été
est de l’ordre de 25 °C. L’humidité relative est 2
toujours supérieure à 70%. La géologie subdivisée en quatre placettes de 150 m (15 m
présente d'importantes séries essentiellement x 10 m). Dans chacune des placettes, toutes les
gréseuses et sableuses (Vennetier, 1977). Les espèces de plantes vasculaires rencontrées ont
sols se développent sur des matériaux sableux, été identifiées et notées sur une fiche de relevé
pauvres en bases échangeables et très portant le numéro de la parcelle. Les espèces
perméables. Ils sont ferralitiques fortement non identifiées ont été mises en herbier pour
désaturés et appauvris (Dénis, 1970). une identification ultérieure. Par ailleurs, la
Brazzaville est drainée par plusieurs cours nomenclature de toutes les espèces a été
d’eau dont les principaux sont : Djoué, Djiri, vérifiée en consultant l’herbier national de
Tsièmé, Mfilou, Mfoa, Madoukounsiekélé. l’IRSEN à Brazzaville. Pour chaque
Ces cours d’eau sont des affluents du fleuve phytocénose et chaque espèce inventoriée, il a
Congo. La population de Brazzaville est été noté le type biologique en fonction du stade
estimée à plus de 1500000 habitants (Ibiassi de développement du sujet (Raunkiaer, 1934 ;
Mahoungou et al., 2019). La couverture Lebrun, 1947). Les principaux types
végétale est constituée par une mosaïque biologiques mis en évidence sont : les
savane-forêt. Phanérophytes (Ph) : arbres, arbustes et
Deux sites d’étude localisés dans deux arbrisseaux, lianes, comprenant les
communes voisines et périphériques de microphanérophytes (mph : de hauteur 2 ≤ H <
l’agglomération de Brazzaville ont été choisis 8 m), les nanophanérophytes (nph : H < 2 m),
selon leur accessibilité : Ngamakosso dans la les lianes grimpantes à vrilles (mphgrv) ; les
commune de Talangaï (4°12’02’’S et Chaméphytes (Ch) : sous-arbrisseaux, les
15°18’13’’E) et Sadelmi dans la commune de Hémicryptophytes (Hc) : herbacées pérennes,
Mfilou Ngamaba (4°13’16’’S et les Géophytes (G) : plantes à tubercules,
15°13’26’’E). rhizomes ou bulbes et les Thérophytes (Th) :
plantes annuelles. La chorologie a été
également déterminée en utilisant les grandes
Matériel d’étude
Deux phytocénoses plus ou moins subdivisions phytogéographiques africaines
contiguës ont été choisies par site selon la établies par de nombreux auteurs (White,
physionomie et l’état d’évolution de leur 1983 ; Lubini, 2001 ; Kimpouni, 2009) :
végétation (soit quatre phytocénoses au total). Espèces à très large distribution (Cosm :
L’une des phytocénoses est une ancienne zone Cosmopolite, Pant : Pantropicale, Ant: Afro-
érodée qualifiée de « dégradée » et l’autre qui néotropicale [Afro-Américaine (Aa)], Pal :
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Paléotropicale) ; Espèces à large distribution (H’/H’max) indique le degré de diversité


(At : Afro-tropicale continentale, Am: Afro- atteint par rapport au maximum possible et
malgache) ; Espèces endémiques (GC : omni- exprime mieux la variation intra-communauté.
guinéo-congolaise, BG : bas- – le coefficient de similarité de Sorensen
guinéenne, BGC : bas-guinéo-congolaise, C : permet de savoir si deux relevés A et B
centro-congolaise) ; Espèces des zones de comparés sur le plan floristique appartiennent
transition régionale ; GC-Z : espèce guinéo- à la même communauté végétale.
congolaise-zambézienne ; GC-S : espèce K (%) =
2c
x 100. L’hypothèse de similitude
guinéo-congolaise-soudanienne. a+b
ou ressemblance est admise, lorsque le
Traitement et analyse des données
coefficient est supérieur à 50% (Ks > 50). Dans
Les données rassemblées ont été
le cas contraire (Ks < 50), il n’y a pas de
analysées suivant les indices de diversité
similitude entre les relevés floristiques
biologique, la fréquence d’apparition dans les
concernés (Troupin, 1966).
placettes. L’indice de Shannon (H') et l'indice
- le coefficient de Jaccard (S) qui est plus connu
d'équitabilité ou d'équirépartition de Pielou (E)
se calcule de la manière suivante :
et les coefficients de similitude de Sorensen et c
de Jaccard sont donnés par les formules S (%) = x 100
a+b−c
mathématiques suivantes : a = nombre d’espèces du relevé A ; b = nombre
– l’indice de diversité de Shannon : H’ = -∑ d’espèces du relevé B ; c = nombre total des
[(ni/N) x log2 (ni/N)] espèces communes aux relevés A et B.
ni = nombre d’individus d’une espèce dans Le coefficient de Jaccard donne la
l’échantillon ; même valeur à la présence et à l’absence, alors
N = nombre total d’individus de toutes les que celui de Sorensen donne un avantage deux
espèces dans l’échantillon fois plus important à la présence. Dans ce
H′
– l’équitabilité de Pielou : E = dernier cas la présence est plus informative que
H′max
Il exprime la régularité, la répartition équitable l’absence (Legendre et Legendre 1984).
des individus au sein des espèces : Le calcul des spectres biologiques et
H’ max est le logarithme du nombre total phytogéographiques bruts s’est fait à partir de
d’espèces (S). Elle représente la diversité́ la formule utilisée par Kimpouni (2013) :
maximale H’ max= log2S. S = nombre total Nombre d′ espèces par famille
SB (%) = x 100
Nombre total d′ espèces
d’espèces.
L’examen des types biologiques permet
L’équitabilité varie de 0 à 1. Elle tend
de déterminer les stratégies adaptatives ainsi
vers 0 quand la quasi- totalité des effectifs est
que la physionomie de la végétation. Les types
concentrée sur une espèce et vers 1 lorsque
phytogéographiques déterminent quant à eux,
toutes les espèces ont la même abondance.
l’origine des espèces inventoriées.
Dans le cas où cet indice tend vers 1, le milieu
Mode d’expression des résultats
en question est dit équilibré.
Les indices de diversité floristique
L’indice de diversité floristique de
(Shannon et Piélou) ont été comparés au moyen
Shannon accorde une importance aux espèces
de tests d’analyse de variance à un facteur
rares. La diversité floristique maximale
(ANOVA 1). Lorsque les différences entre les
(H’max = log2s) renseigne sur le degré de
moyennes des différentes phytocénoses étaient
diversité que peut atteindre une phytocénose significatives (p < 0,05), un test post-hoc (test
dans le cas d’une distribution équitable des de Duncan) a été réalisé pour classer et savoir
individus constitutifs de sa flore. Enfin, lesquelles des phytocénoses sont différentes.
l’indice de Pielou ou indice d’équitabilité

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Figure 1 : Carte de situation de Brazzaville et des sites d’étude.

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Précipitations Température
320,00 160,00

280,00 140,00
Précipitations (mm)

240,00 120,00

Température (C°)
200,00 100,00

160,00 80,00

120,00 60,00

80,00 40,00

40,00 20,00

0,00 0,00

Mois

Figure 2 : Diagramme ombrothermique de Brazzaville, 2008-2018 (Source : ANAC, 2019).

RESULTATS moins) se présentent dans l’ordre suivant :


Richesse et composition floristiques des Poaceae (15 espèces, soit 10,20%), Fabaceae
phytocénoses étudiées (Faboïdeae) (13 espèces, soit 8,84%),
Les inventaires ont permis de recenser Rubiaceae (11 espèces, soit 7,48%),
205 espèces réparties dans 160 genres et 65 Cyperaceae (8 espèces, soit 5,44%),
familles pour l’ensemble des quatre Euphorbiaceae (8 espèces, soit 5,44%),
phytocénoses (Tableau 1). La phytocénose Asteraceae (6 espèces, soit 4,08%),
semi intacte de Ngamakosso avec 147 espèces Apocynaceae (5 espèces, soit 3,40%) et
pour 61 familles et 120 genres est plus riche Lamiaceae (Viticoideae) (5 espèces, soit
que celle de Sadelmi avec 86 espèces réparties
3,40%). On y dénombre aussi 39 familles
dans 42 familles et 78 genres. L’inverse est
monospécifiques sur les 61 recensées (soit 64%
constaté dans les phytocénoses dégradées avec
des familles). Dans les parcelles dégradées de
99 espèces réparties dans 46 familles et 92
Ngamakosso, les Poaceae (9 espèces, soit
genres à Sadelmi contre seulement 43 espèces
20,93%) et les Fabaceae (Faboïdeae) (5
distribuées dans 25 familles et 39 genres à
Ngamakosso. espèces, soit 11,63%) demeurent les plus
Selon le nombre d’espèces, la représentées et sont suivies par les Asteraceae
représentation des familles varie selon le site et (3 espèces, soit 6,98%) et dans une moindre
la nature des parcelles. A Ngamakosso mesure, les Acanthaceae, Cyperaceae,
(Tableau 2), dans les parcelles semi intactes, Lamiaceae (Viticoïdeae) et Phyllanthaceae (2
les familles les plus représentées (5 espèces au espèces, soit 4,65%). Ici, 18 familles sur 25
sont monospécifiques (soit 72%). A Sadelmi
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(Tableau 3), dans les parcelles semi-intactes, Oncoba welwitschii (2,35%), Pennisetum
l’ordre des familles est le suivant : Rubiaceae polystachion (2,87%) et Dichapetalum
(10 espèces, soit 11,63%), Poaceae (9 espèces, librevillense (2,25%). Pour la phytocénose
soit 10,47%), Fabaceae (Faboïdeae) (7 espèces, dégradée de Sadelmi, Panicum maximum
soit 8,14%), Connaraceae, Cyperaceae et (12,35%), Digitaria horizontalis (9,69%),
Euphorbiaceae (5 espèces, soit 5,81%), Tithonia diversifolia (7,17%), Cenchrus
Fabaceae (Mimosoïdeae) et Phyllanthaceae (3 purpureus et Mucuna flagellipes (6,14%),
espèces, soit 3,49%). Soulignons que sur les Hyparrhenia diplandra (4,30%) et
42 familles recensées dans ces parcelles, 29 Chromolaena odorata (4,16%), sont les plus
sont monospécifiques (soit 69%). Dans les représentatives. On cite aussi Oncoba
parcelles dégradées, les familles les plus welwitschii (2,79%), Pennisetum polystachyon
représentées sont les Poaceae (16 espèces, soit (2,79%) et Senna occidentalis (2,66%).
17,17%), les Fabaceae (Faboïdeae) (8 espèces, Quatre groupements végétaux
soit 8,08%), les Asteraceae et les Rubiaceae (6 caractéristiques sont ainsi observés. Le premier
espèces, soit 6,06%), les Euphorbiaceae (5 et le deuxième issus des phytocénoses semi
espèces, soit 5,05%), les Cyperaceae, les intactes sont définis par Oncoba welwitschii,
Fabaceae (Caesalpinioideae) et les Fabaceae Smilax anceps et Afromomum stipulatum
(Mimosoïdeae) (4 espèces, soit 4,04%), les associés d’une part à Sclerocroton cornutus et
Connaraceae et les Phyllanthaceae (3 espèces, Hymenocardia ulmoides dans le site de
soit 3,03%). 32 familles sur les 46 sont Ngamakosso et d’autre part à Pteridium
monospécifiques (soit 69,56%). aquilinum, Dichapetalum librevillense et
En tenant compte du nombre des Hyparrhenia diplandra dans le site de Sadelmi.
individus par espèce, le Tableau 4 montre, pour Les deux autres groupements indépendants qui
chaque phytocénose, les dix espèces les plus apparaissent dans les phytocénoses dégradées
représentatives. Pour la phytocénose semi se caractérisent par la présence d’herbacées
intacte de Ngamakosso, Oncoba welwitschii (Poaceae : Panicum maximum et Cenchrus
(4,96%), Smilax anceps (4,87%), Sclerocroton purpureus) et d’Asteraceae (Chromolaena
cornutus (4,22%), Markhamia tomentosa odorata et Tithonia diversifolia) associés d’une
(4,20%), Hymenocardia ulmoides (3,57%), part à Urena lobata, Setaria sphacellata et
Thomandersia butayei (3,57%), Platysepalum Lantana camara à Ngamakosso et d’autre part
vanderystii (3,55%), Aframomum stipulatum à Digitaria horizontalis, Pennisetum
(3,20%), Cyperus mapanioïdes (2,98%) et polystachion et Mucuna flagellipes à Sadelmi.
Chromolaena odorata (2,89%). Pour la Dans ce dernier groupement, persistent aussi
phytocénose dégradée de Ngamakosso, on cite quelques espèces des groupements semi
Cenchrus purpureus (15,09%), Panicum intacts (Oncoba welwitschii et Hyparrhenia
maximum (12,11%), Tithonia diversifolia diplandra) dans des proportions encore
(11,89%), Chromolaena odorata (10,13%), remarquables.
Panicum brazzavillense (8,81%), Eleusine
indica (5,40%), Bambusa vulgaris (3,63%), Spectres biologiques
Urena lobata (3,08%), Setaria sphacellata L’inventaire a permis de recenser une
var. sphacellata (2,42%) et Lantana camara flore se répartissant en 11 types biologiques
(2,31%). La phytocénose semi intacte de rassemblés en 5 grands groupes appartenant en
Sadelmi quant à elle présente l’ordre suivant majorité aux phanérophytes. L’analyse
des espèces : Hyparrhenia diplandra (8,27%), quantitative montre que les phanérophytes
Smilax anceps (5%), Rhadophyllum affine (57,23%), sont le type dominant de la florule.
(4,12%), Aframomum stipulatum (4,05%), Viennent ensuite les chaméphytes (12,86%),
Digitaria horizontalis, Pteridium aquilinum les thérophytes (11,95%) et les
(3,60%), Spermacoce latifolia (3,56%),
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hémicryptophytes (10,04%). L’importance des espèces à très large distribution qui sont
géophytes (7,92%) est faible (Figure 3). essentiellement pantropicales (25,99%) et des
Les valeurs des spectres biologiques des espèces endémiques qui sont en majorité
espèces inventoriées dans les deux sites étudiés guinéo-congolaises (27,69%). Les espèces à
(Ngamakosso et Sadelmi) varient selon l’état large distribution et de zone de transition sont
d’évolution de la végétation. Dans les moins importantes avec respectivement
formations semi intactes (Tableau 5a), quel que 14,40% et 12,71%.
soit le site, les phanérophytes (63,32%)
demeurent prépondérantes devant les Diversité floristique
chaméphytes (10,04%) et les thérophytes Les indices de diversité moyens sont
(9,51%). Les phanérophytes se composent des élevés quel que soit l’état de la phytocénose. Ils
microphanérphytes (18%), des varient de 4,30 à 6,01 pour l’indice de Shannon
nanophanérophytes (26,10%) et des et de 0,79 à 0,89 pour l’équitabilité de Pielou.
phanérophytes grimpantes à vrilles (19,20%). L’analyse de variance montre des différences
Dans les phytocénoses dégradées (Tableau 5b), significatives entre les phytocénoses semi
la prépondérance des phanérophytes (51,13%) intactes et celles dégradées en ce qui concerne
est toujours affirmée et suivent à peu près dans l’indice de Shannon (Tableau 7).
le même ordre les chaméphytes (15,67%) puis
les thérophytes (14,38%) et les Similitude entre les phytocénoses
hémicryptophytes (11,54%). Parmi les Les valeurs du coefficient de Sorensen
phanérophytes, les nanophanérophytes (Tableau 8) montrent qu’il n’y a pas de
(21,80%) montrent encore un taux plus élevé véritable ressemblance floristique entre les
que les deux autres types notamment les différentes phytocénoses. Chaque phytocénose
microphanérophytes (12,98%) et les est bien caractérisée par un cortège floristique
phanérophytes grimpantes (16,34%) quel que spécifique ayant moins d’espèces communes
soit le site. avec les autres. Il apparaît toutefois une affinité
à Sadelmi entre la phytocénose semi intacte et
Distribution phytogéographique celle dégradée (K = 54,84%), ce qui n’est pas
L’analyse phytogéographique de la le cas à Ngamakosso (K = 36,84%). Les mêmes
flore identifiée (Tableau 6) montre 13 types de tendances sont observées avec le coefficient de
distribution regroupés principalement en six Jaccard (Tableau 8) où la valeur la plus élevée
unités supérieures dont deux sont dominantes est obtenue à Sadelmi aussi entre la
et renferment chacune plus de 31% (soit 1/3) phytocénose semi intacte et celle dégradée (S =
de cette flore, quel que soit le site. Il s’agit des 37,78%).

Tableau 1 : Répartition taxonomique par phytocénose.

Site Phytocénose Famille Genre Espèces


Ngamakosso Semi intacte (PSINGA)* 61 120 147
Dégradée (PDNGA) 25 39 43
Sadelmi Semi intacte (PSISAD) 42 78 86
Dégradée (PDSAD) 46 92 99
TOTAL 65 160 205
Légende : PSINGA : Phytocénose semi intacte de Ngamakosso ; PDNGA : Phytocénose dégradée de Ngamakosso ;
PSISAD : Phytocénose semi intacte de Sadelmi ; PDSAD : Phytocénose dégradée de Sadelmi.

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Tableau 2 : Fréquence des espèces par famille dans le site de Ngamakosso.

Phytocénose semi intacte Ne % Phytocénose dégradée Ne %


(PSINGA) (PDNGA)
Poaceae 15 10,20 Poaceae 9 20,93
Fabaceae ( Faboïdeae) 13 8,84 Fabaceae (Faboïdeae) 5 11,63
Famille Rubiaceae 11 7,48 Asteraceae 3 6,98
Cyperaceae 8 5,44 Acanthaceae 2 4,65
Euphorbiaceae 8 5,44 Cyperaceae 2 4,65
Asteraceae 6 4,08 Lamiaceae 2 4,65
(Viticoïdeae)
Lamiaceae (Viticoideae) 5 3,40 Phyllanthaceae 2 4,65
Araceae 3 2,04
Connaraceae 3 2,04
Fabaceae(Caesalpinioidea) 3 2,04

Ne : Nombre d’espèces
Nombre de familles monospécifiques : 39 Nombre de familles monospécifiques : 18.

Tableau 3 : Fréquence des espèces par famille dans le site de Sadelmi.

Phytocénose semi Ne % Phytocénose dégradée Ne %


intacte (PSISAD) (PDSAD)
Rubiaceae 10 11,63 Poaceae 16 17,17
Poaceae 9 10,47 Fabaceae ( Faboïdeae) 8 8,08
Famille
Fabaceae ( Faboï 7 8,14 Asteraceae 6 6,06
Connaraceae 5 5,81 Rubiaceae 6 6,06
Cyperaceae 5 5,81 Euphorbiaceae 5 5,05
Euphorbiaceae 5 5,81 Cyperaceae 4 4,04
Fabaceae (Mimosoïdeae) 3 3,49 Fabaceae (Caesalpinioideae) 4 4,04
Phyllanthaceae 3 3,49 Fabaceae-Mimosoïdeae 4 4,04
Ne : Nombre d’espèces
Nombre de familles monospécifiques : 29 Nombre de familles monospécifiques : 32

Tableau 4 : Liste des espèces les plus représentatives par phytocénose.

Espèces Familles PSINGA PSISAD PDNGA PDSAD


Chromolaena odorata (L.) R. King & Asteraceae + + +
H. Robinson
Cyperus mapanioïdes C.B. Cl. Cyperaceae +
Aframomum stipulatum K. Schum Zingiberaceae + +
Platysepalum vanderystii De Wild. Fabaceae(Faboïdeae) +
Thomandersia butayei De Wild. Thomandersiaceae +
Hymenocardia ulmoides Oliv. Phyllanthaceae +
Markhamia tomentosa (Benth.) K. Bignoniaceae +
Schum. & Thonn.

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Sclerocroton cornutus (Pax.) Kruijt Euphorbiaceae +


Smilax anceps Wild. Smilacaceae + +
Oncoba welwitschii (Oliv.) Gilg Salicaceae + + +
Hyparrhenia diplandra (Hack.) Stapf Poaceae + +
Rhabdophyllum affine (Hook.f.) Van Ochnaceae +
Tiegh.
Digitaria horizontalis Wild. Poaceae + +
Pteridium aquilinum (L.) Kühn' Dennstaedtiaceae +
Spermacoce latifolia Aubl. Rubiaceae +
Pennisetum polystachion (L.) Schult Poaceae + +
Dichapetalum librevillense Pellegr. Dichapetalaceae +
Cenchrus purpureus (Schumach.) Poaceae + +
Morrone
Panicum maximum Jacq. Poaceae + +
Tithonia diversifolia (Hemsl.) A. Gray. Asteraceae + +
Panicum brazzavillense Franch. Poaceae +
Eleusine indica (L.) Gaertn. Poaceae +
Bambusa vulgaris Schrad ex Wend Poaceae +
Urena lobata Linn. Malvaceae(Malvoideae) +
Setaria sphacellata (Schumach) Moss Poaceae +
var. sphacellata
Lantana camara L. Lamiaceae(Viticoideae) +
Mucuna flagellipes Vog. ex Benth. Fabaceae(Faboïdeae) +
Senna occidentalis (L.) Link. Fabaceae(Caesalpinioi- +
deae)
Légende : PSINGA : Phytocénose semi intacte de Ngamakosso ; PDNGA : Phytocénose dégradée de Ngamakosso ;
PSISAD : Phytocénose semi intacte de Sadelmi ; PDSAD : Phytocénose dégradée de Sadelmi
+ : présence

Chaméphytes (Ch)
12% 13%

Géophytes (Géo)
8%

Hémicryptophytes
10% (Hce)
Phanérophytes (Ph)

57% Thérophytes (Th)

Figure 3 : Spectre biologique de la flore étudiée.

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Tableau 5 : Types et spectres biologiques des espèces inventoriées selon l’état de la phytocénose.

5a : Phytocénoses semi intactes.

Site NGAMAKOSSO SADELMI Moyenne


Types biologiques Nb* SB** (%) Nb SB (%) générale

Chaméphytes Chd 14 9,52 14,28 5 5,81 5,81 10,04


Chpr 7 4,76 - -
Géophytes Gr 13 8,85 10,21 6 6,97 6,97 8,59
Gt 2 1,36 - -
Hémicrptophytes Hc 8 5,44 5,44 10 11,63 11,63 8,53
Phanérophytes Mph 29 19,73 59,19 14 16,28 67,45 63,32
Nph 34 23,13 25 29,07
Phgrv 24 16,33 19 22,10
Thérophytes Thce 3 2,04 10,88 - - 8,14 9,51
Thd 6 4,08 4 4,65
Thpr 7 4,76 3 3,49
TOTAL 147 100 86 100 100

5b : Phytocénoses dégradées.

Site NGAMAKOSSO SADELMI Moyenne


Types biologiques Nb SB (%) Nb SB (%) générale
Chaméphytes Chd 5 11,63 20,93 6 6,25 10,42 15,67
Chpr 4 9,30 4 4,17
Géophytes Gr 3 6,98 9,31 4 4,17 5,21 7,26
Gt 1 2,33 1 1,04
Hémicrptophytes Hc 5 11,63 11,63 11 11,46 11,46 11,54
Phanérophytes Mph 4 9,30 41,85 16 16,67 60,42 51,13
Nph 8 18,60 24 25,00
Phgrv 6 13,94 18 18,75
Thérophytes Thce 1 2,33 16,28 2 2,08 12,49 14,38
Thd 3 6,98 8 8,33
Thpr 3 6,98 2 2,08
TOTAL 43 100 96 100 100
Légende: Chd: Chaméphytes dressés ; Chpr: chaméphytes prostrés
Gr: Géophytes rampants; Gt: Géophytes tubéreux ; Hc: Hémicryptophytes;
mph: microphanérophytes; nph: nanophanérophytes; phgrv: phanérophytes grimpantes à vrilles
Thce: Thérophytes cespiteux; Thd: Thérophytes dressés ; Thpr : Thérophytes prostrés
Nb : Nombre d’espèces SB : Spectre brut

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Tableau 6 : Distribution phytogéographique des espèces inventoriées par site d’étude.

Site NGAMAKOSSO SADELMI SB


Origine des espèces Nb* Pourcentage (%) Nb Pourcentage (%) (%)
A très large Aa 4 2,26 33,90 2 1,13 31,64 32,77
distribution Cosm 3 1,69 2 1,13
Pal 7 3,96 6 3,39
Pant 46 25,99 46 25,99
A large Am 2 1,13 16,95 2 1,13 11,86 14,40
distribution At 28 15,82 19 10,73
Endémique C 5 2,82 32,77 10 5,65 40,68 36,72
GC 44 24,87 54 30,51
BGC 9 5,08 8 4,52
Zone de GC-Z 20 11,30 12,43 18 10,18 13,00 12,71
transition GC-S 2 1,13 5 2,82
Autres SZ 1 0,56 0,56 - - - 0,56
Z 6 3,39 3,39 5 2,82 2,82 3,10
TOTAL 177 100 177 100 100
* Le nombre (Nb) est la somme des espèces des parcelles en zone intacte et en zone dégradée dans chaque site ; SB = spectre
brut.

Tableau 7 : Indices de diversité de Shannon et de Pielou calculés par phytocénose.

Phytocénose Indice de Shannon Indice d’équitabilité de Pielou


PSINGA 6,01 a* 0,84 a
PSISAD 5,77 a 0,89 a
PDNGA 4,30 c 0,79 a
PDSAD 5,23 d 0,79 a
Légende : PSINGA : Phytocénose semi intacte de Ngamakosso ; PDNGA : Phytocénose dégradée de Ngamakosso ;
PSISAD : Phytocénose semi intacte de Sadelmi ; PDSAD : Phytocénose dégradée de Sadelmi
* Les valeurs non suivies par une même lettre dans la même colonne sont significativement différentes au seuil de p< 0,05
selon le test de Duncan

Tableau 8 : Coefficients de similitude de Sorensen et de Jaccard.

Phytocénose Indice de Sorensen Indice de Jaccard


K (%) S (%)
PSINGA-PSISAD 46,15 30,00
PDNGA-PDSAD 38,03 23,48
PDNGA-PSINGA 36,84 28,58
PDSAD-PSISAD 54,84 37,78
Légende : PSINGA : Phytocénose semi intacte de Ngamakosso ; PDNGA : Phytocénose dégradée de Ngamakosso ;
PSISAD : Phytocénose semi intacte de Sadelmi ;
PDSAD : Phytocénose dégradée de Sadelmi.

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DISCUSSION des phytocénoses semi intactes. Cependant à


Les valeurs de la richesse floristique de Sadelmi, certaines espèces des phytocénoses
cette étude varient selon les sites et l’état de la semi intactes se rencontrent dans les
végétation. La différence intersites pourrait phytocénoses dégradées (Oncoba welwitschii,
s’expliquer par l’action anthropique sur la Hyparrhenia diplandra, Pennisetum
végétation (désherbage, brûlis, prélèvement polystachyon, …). Elles y régressent
des plantes, etc.) résultant de l’urbanisation seulement, sans pour autant disparaitre au
sauvage et nul doute par les conditions profit d’espèces adventices graminéennes
pédoclimatiques. Pour Yoka et al. (2010), le (Panicum maximum, Digitaria horizontalis,
climat et le sol jouent un rôle essentiel dans la Cenchrus purpurens) qui referment
composition et la structure floristiques Selon progressivement le tapis végétal. Elles seraient
Wezel et Schlecht (2004), plus que le facteur des reliques de la végétation ancienne ou
climatique, c’est la pression anthropique qui proviendraient de la régénération de ces
parachève la disparition des espèces donc de la espèces à partir des stocks de semences du sol.
biodiversité après que les changements Ce qui induit un état de conservation ou de
climatiques auront entraîné la perte de densité reconstitution de la phytocénose. A Sadelmi,
des espèces endémiques. cette étape de la reconstitution se compose
La comparaison de la végétation dans surtout d’anciennes espèces. A Ngamakosso
les parcelles semi intactes et dégradées permet par contre, les espèces anciennes disparaissent
de voir les changements apparus dans la presque totalement au profit des espèces
végétation phanérogamique ; lesquels affectent nouvelles, typiques des zones dégradées ou
les compositions floristiques ainsi que les anthropisées. Elles appartiennent
proportions entre les espèces. Quatre principalement aux Asteraceae (Chromolaena
groupements végétaux sont mis en évidence, odorata, Tithonia diversifolia), Poaceae
caractérisés chacun par deux ou trois espèces. (Cenchrus purpureus, Panicum maximum,
Ils correspondent bien aux quatre phytocénoses Panicum brazzavillense, Eleusine indica,
étudiées, ce qui confirme la spécificité de Bambusa vulgaris, Setaria sphacellata, etc.) et
chacune d’elles. Dans les phytocénoses semi Malvaceae (Malvoideae) (Urena lobata). Ici, la
intactes, les espèces les plus abondantes sont reconstitution des phytocénoses dégradées est
constituées beaucoup plus d’arbustes et de faite surtout par de nouvelles espèces qui s’y
lianes (Oncoba welwitschii, Smilax anceps, introduisent. Ainsi, les changements de la
Sapium cornutus, Markhamia tomentosa) et de végétation sont apparus plus radicaux à
Poaceae (Hyparrhenia diplandra). Leur Ngamakosso qu’à Sadelmi.
composition floristique se rapproche de celle L’analyse phytogéographique montre
des savanes arbustives telles que décrites par une prédominance des espèces endémiques et
Makany (1976), Schwartz et al. (1995), des espèces à très large distribution (dans des
Lubalega (2016). Ces savanes sur sols sableux proportions équivalentes quel que soit le site).
sont en général dominées par une ou deux, plus L'endémisme est un indicateur important dans
rarement trois graminées, le couvert ligneux est l'évaluation de la biodiversité. Une espèce est
faible. Toujours selon ces auteurs, le contact dite endémique si son aire de répartition est
avec la forêt est toujours brutal et la lisière limitée à une région donnée (Ramade, 2002 ;
forestière occupe une frange de quelques Tuo et al., 2017). Au niveau de la chorologie
mètres, parfois ceinturée par une zone herbacée locale, la région de Brazzaville fait partie
dominée par différentes espèces (fougères, intégrante du secteur de transition bas-guinéo-
Aframomum, ...). Les phytocénoses dégradées congolais-zambézien et du district
sont caractérisées par la présence des Poaceae phytogéographique de la Léfini (Descoings,
(Panicum maximum, Cenchrus purpureus, 1975 ; Kimpouni et al., 1992 ; Miabangana et
Digitaria horizontalis) et des Asteraceae al., 2015). Ce domaine est caractérisé par une
(Chromolaena odorata, Tithonia diversifolia). végétation classée dans le groupe de savane
Elles se distinguent néanmoins entre elles et arbustive d’après la terminologie de Lebrun et
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Gilbert (1954) sur terre ferme. Les espèces Les faibles valeurs des indices de
endémiques plus adaptées aux conditions similitude confirment les différences de
locales sont plus enclin à la régénération et composition floristique entre les phytocénoses.
participent davantage à la reconstitution des Ce qui corrobore aussi l’existence de quatre
zones dégradées. La présence d’espèces groupements végétaux mis en évidence par
plurirégionales témoigne d’une végétation l’indice de diversité de Shannon. La similarité
perturbée ; la forte proportion des espèces à entre les deux groupements de Sadelmi
très large distribution est un indice de indique, soit que les actions anthropiques sont
perturbation et indique que la flore perd de sa moins intenses en ce lieu (d’où la présence
spécificité (Sinsin, 2001 ; Tiokeng et al., 2015). dans le groupement dégradé de nombreuses
L’analyse du spectre des types espèces reliques de la végétation ancienne),
biologiques quant à elle montre une dominance soit que la conservation / reconstitution est
des espèces phanérophytes suivies des assurée avant tout par les espèces anciennes ou
chaméphytes et thérophytes, tandis que les endémiques (adaptées aux conditions locales et
hémicryptophytes et les géophytes sont peu disposant donc de réserves de graines dans le
nombreux. La prédominance des sol).
phanérophytes indique que ces espèces
s’adaptent mieux aux conditions du Conclusion
milieu tandis-que la proportion élevée des L’intérêt de cette étude a été d’évaluer
nanophanérophytes dénote l’importance des la composition et la diversité floristiques des
espèces arbustives dans la végétation de la zone dépendances vertes périurbaines de Brazzaville
d’étude (Makany, 1976 ; Schwartz et al., menacées de dégradation. La phytodiversité est
1995). Il en est de même des chaméphytes qui aussi importante et les espèces sont
supportent plus ou moins bien les courtes équitablement réparties dans les phytocénoses
sécheresses. Elles font parties aussi des étudiées que dans les autres formations
principales plantes caractéristiques propres à la savanicoles du Congo. Elle est relative à la
végétation des savanes (Schwartz et al., 1995). prépondérance des espèces endémiques
Les thérophytes quant à elles sont adaptées aux conditions locales et capables de
classiquement considérés comme étant régénération. A Sadelmi, la similitude entre la
particulièrement adaptés aux forts régimes de phytocénose semi intacte et celle dégradée,
perturbation et aux conditions de stress induites indique, de facto, la tendance à la conservation
par les actions anthropiques. En effet, les ou à la reconstitution de ces phytocénoses par
thérophytes bouclent leur cycle pendant la des anciennes espèces. De façon générale, la
saison des pluies et passent la saison sèche à végétation étudiée présente deux faciès : un en
l’état de graines, durant laquelle se réalisent cours de conservation plus ou moins réussie et
des actions anthropiques néfastes (feux, l’autre dégradé mais susceptible de
désherbage, …) (Morou, 2010). reconstitution. L’étude confirme l’idée selon
L’analyse de la diversité floristique par laquelle les dépendances vertes urbaines sont
les indices de diversité de Shannon et riches en biodiversité et révèle les tendances
d’équitabilité de Pielou authentifie l’existence d’une part à la conservation et d’autre part à la
des quatre groupements végétaux. Les valeurs reconstitution de ces phytocénoses. Les
élevées de diversité des espèces dans les connaissances acquises concernant cette
groupements seraient dues, d’une part à végétation pourront aider à la prise des
l’endémisme des principales espèces décisions relatives à l’aménagement durable du
inventoriées qui disposeraient aussi de réserves territoire urbain.
importantes de graines dans le sol, et d’autre
part à l’introduction des espèces à très large CONFLIT D’INTERETS
distribution. Toutes ces espèces sont Les auteurs de ce manuscrit déclarent
généralement à forte potentialité de qu'il n’y a aucun conflit d'intérêts entre eux.
régénération (Kimpouni et al., 2013).
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CONTRIBUTIONS DES AUTEURS Int. J. Biol. Chem. Sci., 7(3): 1255-1270.


MSM et SFN ont réalisé la collecte et le DOI :10.4314/Ijbcs.V7i3.31.
traitement des données. MSM et DN ont Kimpouni V. 2009. Contribution à l’inventaire
contribué́ à l’interprétation des résultats et à la et à l’analyse de la flore ligneuse du
rédaction du manuscrit. Tous les auteurs ont plateau des cataractes (Congo-
approuvé́ la version finale du manuscrit. Brazzaville). Acta Bot. Gallica, 156 (2) :
233-244.
REMERCIEMENTS Kimpouni V, Lejoly J, Lisowski S. 1992. Les
Les auteurs témoignent leur gratitude à Eriocaulaceae du Congo. Fragm. Flor.
M. Chérubin OUISSIKA pour son assistance Geobot., 37(1): 127-145. DOI:
technique dans la cartographie, de même http://dx.doi.org./10.1111/j.1095-
qu’aux relecteurs anonymes qui ont contribué 8339.2009.00996.x.
à améliorer ce travail. Koubouana F, Ifo SA, Loupet MLB, Ndinga E.
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