Leçon 3 : L’ESPACE NORD-AMERICAIN : POPULATIONS, VILLES
ETSOCIETES
Introduction
L’espace nord-américain compte 442 millions d’habitants (estimation
2007) soit 7 % de la population mondiale. La population des Etats-Unis
(301 millions d’habitants) est la plus importante par le nombre. Le
Mexique est le pays le plus densément peuplé avec une densité de 56
habitants au km². Le Canada est largement moins peuple que ses deux
voisins (3,4 habitants au km²).
Ce vaste ensemble est peuplé par des vagues successives d’immigrants
venus surtout d’Europe. Cette population se caractérise par sa diversité,
ses dynamismes démographiques très différents et les contrastes liés à sa
géographie urbaine. De même, les inégalités sociales sont très frappantes
avec des nuances.
I. Les aspects de la population de l’espace nord-américain
1. L’historique du peuplement
Lorsque Christophe Colomb découvrit l’Amérique en 1492, il y trouva des
Amérindiens. A partir du XVe siècle des populations européennes viennent
se greffer à la composante autochtone indienne. Aux XIIe et XVIIIe siècles
des Britanniques, Français, Espagnols en quête de mines d’or, d’argent
ou de refuges convergent en masse vers l’Amérique considéré comme une
terre de cocagne, un nouvel eldorado. A ces vagues d’immigrants vont
s’ajouter, des Africains réduits en esclavages. Aujourd’hui, l’immigration
provient essentiellement des pays du tiers-monde : Latino-Américains (Mexicains
surtout) et Asiatiques (Coréens, Philippins, Vietnamiens). Dans les années
1990, un nouveau courant migratoire s’est développé en provenance des
anciens pays de l’Europe communiste. L’immigration clandestine est
probablement plus importante, aujourd’hui, que l’immigration légale. Elle
a encore augmenté depuis 1990, en raison de la crise économique que
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traverse l’Amérique latine. Plus de la moitié des clandestins viennent en
effet du Mexique.
2. Une population hétérogène minée par des revendications
identitaires
On distingue dans l’espace nord américain un fond de population
constitué par les Blancs et de minorités (Indiens, Amérindiens, Africains-
Américains ou Noirs, Hispaniques ou Latinos, Asiatiques, etc.)
* Les Blancs : La communauté blanche non hispanique, descendant des
anciennes vagues d’immigration européenne, reste très fortement
majoritaire, mais connaît une baisse relative par rapport à la population
totale (80 % en 1980, 75 % en 1990, 70 % en 2006). Les descendants de
la première grande vague d’immigration, anglo-saxonne et germanique,
antérieure à 1890, constituent la majorité WASP (White Anglo-Saxon
Protestant). Les Blancs ne constituent pas toujours un groupe homogène.
Au Canada par exemple, la coexistence sur le sol d’une minorité de
francophones (3/4 de la population totale) et d’une majorité britannique
constitue une menace pour la Confédération car les Canadiens français
refusent l’assimilation anglo-saxonne avec notamment le Parti québécois
(PQ) fondé octobre 1968 par René Lévesque.
* Les Amérindiens, premiers habitants de l’espace nord-américain, ont
été victimes du génocide des colons blancs. Ils vivent dans des réserves
aux Etats-Unis (2,5 millions) et au Canada (600 000). Au Mexique (35
millions d’Indiens), la question indienne se pose avec acuité dans les
Etats pauvres du Sud du pays (Guerrero, Chiapas, Veracruz, Oaxaca).
Dans la province du Chiapas en particulier, depuis 1994, l’Armée
zapatiste de Libération nationale (EZLN) a déclenché une vive guérilla
contre l’autorité centrale.
* Les Noirs ou Africains-Américains, descendants d’esclaves venus
d’Afrique forment aujourd’hui une forte colonie. Aux Etats-Unis par
exemple, ils constituent la première minorité (13 % de la population
totale). Dans les grandes villes, ils vivent dans des ghettos de grands
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quartiers comme Harlem à New York, Watts à Los Angeles, Loop à
Chicago, etc. Du fait de la marginalisation économique et sociale, le
mécontentement des Noirs aboutit souvent à des révoltes ou des émeutes
comme ce fut le cas à Los Angeles en 1992.
* Les Hispano-américains ou Latinos est très importante (12 % de la
population des Etats-Unis et 30 % de celle du Mexique). Les Latinos
constituent une communauté grandissante que l’on retrouve au Mexique
et au sud des Etats-Unis (Texas, Californie, Nouveau Mexique, Floride).
Certains d’entre eux pénètrent aux Etats-Unis en traversant le fleuve Rio
Grande à la nage, d’où leur surnom de "Wet Backs" (Dos Mouillés).
A ces groupes minoritaires, il faut ajouter les Asiatiques dans les villes
de la côte pacifique et les Inuits dans le Grand Nord canadien.
3. Une population inégalement répartie
La densité moyenne de l’espace nord-américain est d’environ 21
habitants au km2. Cependant la population est inégalement répartie avec
56 habitants au km2 au Mexique, 32 habitants au km2aux Etats-Unis et 3,4
habitants au km2 au Canada. Les zones côtières sont les plus densément
peuplées. En effet, les régions nord-est des Etats-Unis et du sud du
Canada sont les premières régions densément peuplées. Au Canada par
exemple, 60 % de la population se concentrent le long de l’axe
économique du fleuve Saint-Laurent, de Montréal à Toronto. Cependant
la population se déplace progressivement vers l’ouest et le sud devenus
une ceinture du soleil ou "Sun Belt" attractive (Texas, Floride, Californie,
stations balnéaires mexicaines). Par contre, au centre des Etats-Unis et
dans le Grand Nord canadien, les densités sont très faibles. Les
conditions naturelles, la position géographique et l’histoire du
peuplement expliquent l’inégale répartition de la population de l’espace
nord-américain.
4) Des dynamismes démographiques différents
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Les trois pays de l’espace nord-américain ont des poids démographiques
différents : 301 millions d’habitants aux Etats-Unis (estimation 2007),
33,4 millions d’habitants au Canada et 108,7 millions d’habitants au
Mexique. Le rythme d’évolution de la population n’est pas le même
également.
a) Une croissance démographie ralentie aux Etats-Unis et au
Canada
Avec une densité de 3,4 habitants au km 2 et un taux d’accroissement
naturel de 0,4 %, le Canada connaît une croissance démographique très
faible. Les Etats-Unis enregistrent depuis la fin du « baby boom » de
l’après-guerre (1945-1960), une natalité en recul très net (« baby crash »)
et une croissance démographique de 0,6 %.
Le développement des comportements malthusiens au Canada et aux
Etats-Unis s’explique par les méfaits de la société de consommation (coût
élevé de l’élevage de l’enfant), les progrès du chômage, l’essor du travail
féminin, la diffusion très large des méthodes contraceptives.
Cette chute importante de la fécondité et de la natalité compromet le
renouvellement des générations. Cette évolution accentue également le
vieillissement de la population du fait de l’allongement de l’espérance de
vie (77 ans aux Etats-Unis et 80 ans au Canada).
b) Une croissance démographique galopante au Mexique
A l’opposé des deux pays anglo-saxons, le Mexique a connu une
accélération de sa croissance démographique qui commence en 1940 et
culmine dans la décennie 1960-1970, approchant les 4 % annuellement.
Les autorités ont réagi à partir de 1977 en lançant un vaste programme
de planning familial. Dès lors, la croissance démographique baisse de
moitié (1,5 % aujourd’hui). Mais compte tenu de la jeunesse de la
population, l’élan démographique ne pourra être stoppé que vers l’an
2015. Dans ces conditions, on comprend mieux la gravité du problème
agraire, du sous-emploi, de la misère dans les campagnes, de l’exode
rural massif vers Mexico, des disparités sociales avec notamment la
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marginalisation de plus en plus nette de plusieurs millions d’Indiens et de
Métis.
II. Une population de citadins
1. Une croissance urbaine remarquable
Les trois Etats de l’espace nord-américain ont des taux d’urbanisation
élevés : 77 % au Canada et aux Etats-Unis ; 74 % au Mexique. Depuis le
début des années 1950, les villes abritent la majorité de la population
nord-américaine. Cette forte croissance urbaine est liée à plusieurs
facteurs :
- la généralisation de l’automobile qui a permis l’étalement des
agglomérations et la formation d’énormes régions urbaines appelées
"mégalopoles" ;
- le développement des activités industrielles et des services ;
- dans le cas particulier du Mexique, les causes de la forte urbanisation
sont la centralisation de l’Etat et la croissance du secteur tertiaire
favorisant l’exode rural vers Mexico.
Les villes de l’espace nord-américain se sont constituées sur un modèle
uniforme avec un centre dominé par le Central Business District (C.B.D.)
et tout autour un premier noyau formé de quartiers anciens souvent
dégradés. Mais aujourd’hui, par une nouvelle politique d’aménagement
urbain, ces quartiers commencent de plus en plus à être rénovés,
notamment aux Etats-Unis. Il y a ensuite un second noyau qui comporte
des immeubles d’habitation et d’immenses banlieues de maisons
individuelles qui se sont développés dans les années 1960 et 1970. En
outre, la forte croissance urbaine de l’espace-américain a entraîné un
déficit des équipements collectifs, le manque d’espace et de logement, la
pollution, l’alcoolisme et la drogue, l’insécurité et la criminalité.
2. Un réseau urbain inégalement dense
Les États-Unis se caractérisent par un phénomène de métropolisation
très poussé. Le pays compte 39 métropoles de plus d’1 million d’habitants
(contre 14 en 1950) ; ces 39 aires métropolitaines regroupent
124,8 millions de personnes, soit près de la moitié de la population totale.
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Aux Etats-Unis, la croissance urbaine a abouti à la constitution de vastes
mégalopoles :
- la mégalopole1 atlantique ou Megalopolis, au nord-est, de
Washington à Boston qui concentre plus de 60 millions d’habitants
dans une succession de métropoles (Washington, Baltimore,
Philadelphie, New York, Boston) ;
- la mégalopole des Grands Lacs avec Detroit, Cleveland,
Pittsburgh et Chicago ;
- la mégalopole de la côte pacifique avec San Francisco, Los
Angeles, San Diego ;
- la mégalopole du nord-ouest ou Putgetpolis autour de Seattle et
Portland ;
- la concentration urbaine du Sud intérieur autour de Dallas et de
San Antonio et dans le littoral sud-est autour de Miami et
Houston.
Au Canada, les principales villes se trouvent au sud et sont réparties en
trois catégories : les grandes agglomérations de plus de 3 millions
d’habitants (Toronto et Montréal) ; les villes moyennes d’environ 2
millions d’habitants (Vancouver et Ottawa) ; les petites villes de moins
d’un million d’habitants (Edmonton, Québec, Victoria, Calgary, etc.)
Au Mexique, on note une concentration de la population sur le haut
plateau central du Mexico (50 % de la population totale sur 15 % du
territoire). Portant, en 1950, la ville de Mexico ne comptait que 3
millions d’habitants ; aujourd’hui elle est l’une des grandes villes du
monde (2e agglomération du monde derrière Tokyo) avec 18,7 millions
d’habitants. En plus, Mexico concentre plus de 50% de la production
industrielles et des investissements publics, rassemble tous les pouvoirs
et la vie culturelle. L’importance de la population et la ségrégation
sociale entraînent la formation de plus grandes bidonvilles du monde (les
"ciudades perdidas") autour de Mexico. Très loin derrière Mexico, on
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Mégalopole : Le terme de mégalopole a été créé par le géographe français Jean Gottmann pour
désigner l’ensemble urbain du nord-est des États-Unis qui, sur 800 km du nord au sud, s’étend de
Boston (Nouvelle-Angleterre) à Washington, dernière métropole avant le Sud.
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trouve d’autres grandes villes comme Guadalajara (3,8 millions
d’habitants), Monterrey et Puebla (2 millions d’habitants), etc.
III. Une société fragmentée
1. Des disparités sociales frappantes
Dans la société, les disparités sont frappantes. Des communautés sont
écartées de la société d’abondance, de consommation et de très haut
niveau de vie. Au Canada et aux Etats-Unis, les Blancs descendants de la
première grande vague d’immigration, anglo-saxonne et germanique,
antérieure à 1890, constituent la majorité WASP (White Anglo-Saxon
Protestants). Ces Blancs se caractérisent par leur réussite personnelle et
leur statut social élevé ("self made men"). Au bas de l’échelle sociale, on
trouve les exclus de la société d’abondance : Amérindiens, Noirs,
Hispaniques, etc. Les minorités sont, dans l’ensemble, économiquement
et socialement défavorisées. Cette situation remet en cause le melting-
pot (« creuset ») américain qui a bien fonctionné, mais n’aboutit pas pour
autant à l’assimilation ou à l’homogénéité de la population.
2. Les stratégies de lutte des minorités nationales
Les différentes communautés conservent leurs spécificités culturelles et
de graves rivalités les opposent (comme en témoignent les émeutes de
Los Angeles en 1992). Le recensement de 1990 montre un renforcement
notable des minorités ethniques, notamment hispaniques et asiatiques, et
une diminution de la majorité blanche. Toutes les minorités ont développé
des stratégies de lutte pour améliorer leurs conditions de vie. Aux Etats-
Unis par exemple, chez les Noirs trois stratégies de lutte furent
adoptées :
- le gradualisme avec la National Association for the Advancement
of Colored People (NAACP);
- l’intégrationnisme avec le CORE (Congress for Racial Equality)
créé en 1942 par Martin Luther King (né le 15 janvier 1929 à
Atlanta – assassiné le 4 avril 1968 à Memphis) ;
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- le séparatisme prôné par Malcolm X (né en 1925 à Omaha dans le
Nebraska – assassiné le 21 février 1965 à New York).
Au Canada, on note les revendications des autochtones amérindiens
qui portent sur la poursuite de l’utilisation et de l’occupation
traditionnelles des terres et étendues d’eau. Elles ont pour objet de
protéger et promouvoir le sentiment d’identité des autochtones tout
en favorisant leur participation de manière significative à la société
contemporaine et à l’essor économique de leurs territoires.
En résumé les minorités ont souffert et à la place du "melting-pot", on
parle aujourd’hui du "salad bowl" (saladier). Les conditions identiques
des groupes minoritaires favorisent l’émergence de coalition « arc-en-
ciel » ; c’est-à-dire des mouvements de revendications associant toutes
les minorités.
Les minorités ont fait des conquêtes économiques et sociales
importantes (business, musique, cinéma, sport) et des percées
politiques avec des maires noirs, des congressistes noirs, des
sénateurs noirs etc. , peut-être un président américain noir (Barack
Obama).
Conclusion
La population de l’espace nord-américain se caractérise donc par des
comportements démographiques contrastés, une grande diversité
raciale et une forte urbanisation. Cependant les problèmes
d’intégration des groupes minoritaires menacent sérieusement la
stabilité et la cohésion des Etats de l’Amérique du Nord.
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