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Gestion des Risques Professionnels
L
es risques professionnels ont des conséquences multiples sur de nombreux
services des entreprises. On doit devez manager des enjeux, tout à la fois,
économiques, de santé au travail, de prévention, de sinistralité, d’absentéisme…
Cette pluralité rend leur pilotage plus complexe. Ainsi vient le role de la gestion des
risques professionnels, en développant une stratégie globale en faveur de la santé des
travailleurs tout en maîtrisant les dépenses associées
Des progrès dans la réflexion et les outils en gestion des risques professionnels sont nécessaires
dans bon nombre d’entreprises, pour anticiper et prévenir les accidents du travail et les maladies
professionnelles. La gestion des risques professionnels s'attache à identifier et à réduire les
risques qui pèsent sur le personnel de l'entreprise, qu’ils soient physiques, chimiques,
biologiques ou psychologiques.
Concepts et approches de base de la SST 36
1. Gestion des risque professionnels [39-41]
Les risques professionnels ont des conséquences multiples sur de nombreux services de votre
entreprise. Vous devez manager des enjeux, tout à la fois, économiques, de santé au travail, de
prévention, de sinistralité, d’absentéisme… Cette pluralité rend leur pilotage plus complexe.
L'employeur est tenu donc à une obligation de sécurité, dont l'un des aspects est la prévention
des risques professionnels. Cette prévention des risques constitue aujourd'hui l'un des piliers de
l'organisation de l'entreprise en ce qui concerne l'hygiène et la sécurité ou l'employeur doit
prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale
des travailleurs.
1.1. Définition de Gestion des Risques Professionnels
La gestion des risques est un dispositif dynamique de la société, défini et mis en œuvre sous sa
responsabilité, elle consiste à prendre toutes les dispositions possibles afin de réduire l'ensemble
des risques qui peuvent survenir (risque pour les personnes, risque juridique, risque financier).
Pour les entreprises dont les activités génèrent un risque important pour la sécurité des
personnes, la gestion des risques vise à assurer la sécurité des personnes de façon prioritaire.
La gestion des risques professionnels consiste à la fois à se doter d’une stratégie de gestion des
risques, d’une politique de prévention, de méthodes pour identifier les risques, les évaluer et les
hiérarchiser, de choix de moyens de maîtrise et de contrôle, d’allocations des ressources
budgétaires et humaines correspondantes aux plans d’action à mettre en œuvre, mais aussi de
formation, d’information et de sensibilisation aux risques de la structure managériale et de tout
le personnel.
Dans l'industrie, la gestion des risques a permis des progrès substantiels de la sécurité et est
parvenue à un stade de maturité dans plusieurs domaines même si le risque persiste et se réalise
quelquefois. Elle recherche un équilibre entre le bénéfice attendu et le risque accepté.
Aujourd’hui, la gestion globale des risques (dite Risk Management - ou qualifiée de « gestion
des risques à 360° ») se caractérise par une approche :
- Globale (intégration de tous les risques : assurables / non assurables,
accidentels/opérationnels/financiers /stratégiques)
- Transverse et intégrée (association de toutes les démarches : qualité, hse, sécurité des
systèmes d’information...) ;
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- Structurante et organisée (développement d’une culture du risque, gouvernance des
risques) ;
- Entrepreneuriale (risque défini par rapport aux objectifs de l’organisation).
La mise en place d'une stratégie qui porte sur la gestion des risques physiques, chimiques,
biologiques ou psychologiques aide à anticiper et à prévenir les accidents du travail et les
maladies professionnelles.
1.2. Contexte et enjeux de la gestion des risques professionnels
L’attention portée à la gestion des risques professionnels dans l'entreprise s’est accrue, sous la
pression grandissante des salariés, des pouvoirs publics et le l’impact sur l’image de marque
dans l’opinion d’une médiatisation négative d’accidents industriels ou humains : non seulement
le cadre réglementaire s’est renforcé mais une prise de conscience des entreprises de la nécessité
de maîtriser leurs risques professionnels s’impose pour promouvoir une culture, des processus
et des structures orientés vers la réduction des risques professionnels et environnementaux.
La gestion des risques professionnels comporte d’abord l’évaluation des incertitudes en
fréquence et gravité des événements possibles et une stratégie de gestion du risque afin de
choisir les meilleures décisions dans un cadre d’une optimisation cout / efficacité.
La gestion des risques professionnels comporte ensuite un système de management des risques,
basé sur des politiques de prévention, des procédures, des plans d’action, impliquant chaque
niveau de responsabilité, et des indicateurs de suivi.
Ce schéma de développement d’une gestion des risques professionnels s’élabore à partir d’un
projet d'entreprise, s’inscrit dans une dynamique de changement qui requiert de la pédagogie,
une démarche participative et collaborative.
1.3. Stratégies de gestion du risque professionnel
Décider que faire en tenant compte des caractéristiques et des contraintes dans et en dehors de
l'entreprise (techniques, réglementaires, sociales, économiques), en précisant le type
d’objectifs, les axes d'actions prioritaires, définit la stratégie de gestion du risque professionnel.
La gestion des risques professionnels se traduit alors par une politique avec des objectifs plus
ou moins ambitieux, clairs et mobilisateurs, plus ou moins partagés en profondeur dans
l’entreprise, selon la nature du recours à la concertation entre les différentes composantes de
l'organisation qui est instauré : elle vise à réduire les différentes formes ou sources de risques
Concepts et approches de base de la SST 38
avec différentes stratégies, comme la suppression du risque, la prévention, les actions de
protection et les palliatifs, comme le transfert du risque.
1.4. Démarche de la Gestion des Risques Professionnels
La démarche de la gestion des risques se déroule en une série d’étapes logiques visant à mettre
en place des actions de prévention appropriées. L’objectif visé est de contrôler les risques
d’accidents et de maladies professionnelles ou, à tout le moins, de les réduire à un niveau jugé
acceptable par l’entreprise. Or, plusieurs méthodes et outils sont utilisés pour effectuer l’analyse
des risques.
L’important n’est pas d’utiliser un outil meilleur qu’un autre, mais de réaliser une démarche
d’analyse qui collera au contexte de l’entreprise, de son environnement et des problèmes à
traiter.
Figure 3.1. Appréciation des risques dans le processus global de gestion des
risques (adapté de la norme ISO 31000)
La démarche du processus global de gestion des risques qui apparaît à la figure 3.1, tirée de la
norme ISO 31000 est composée des parties à exécuter de manière itérative :
1) Etablissement du contexte
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2) Appréciation du risque : cette étape comporte :
- L’identification des risques ;
- L’analyse des risques ;
- L’évaluation des risques.
3) Traitement ou la maitrise du risque
4) Contrôle - Examen – Réexamen, Enregistrement et l’élaboration des rapports
5) Suivi et revue.
1.4.1. Appréciation du risque
Cette démarche d’identification, d’analyse et d’évaluation des risques s’inscrit comme étant la
pierre angulaire du processus global de gestion des risques ; sans une bonne connaissance des
risques, il est difficile de mettre en œuvre des mesures adéquates afin d’éviter leur occurrence
ou bien de gérer les effets lorsque ceux-ci se matérialisent (traitement des risques). Ces mesures
présentées sous le nom de « barrières de sécurité ». Le processus détaillé d’appréciation des
risques est composé de 12 étapes distinctes (voir la figure 3.2).
Entre autres, il ne faut pas négliger l’apport des employés à la démarche, car ils sont à même
de décrire les différentes caractéristiques du poste qu’ils occupent. La démarche d’identification
et d’évaluations des risques est l’affaire de plusieurs heures d’observations, d’entretiens sur le
terrain, de réunions de travail, de validations et de rédactions. Mais en faisant participer les
employés, les superviseurs, les managers, ainsi que les membres de la commission HSE, les
tâches pourront être partagées, ce qui fera avancer la démarche plus rapidement, tout en faisant
prendre conscience à chacun de sa part de responsabilités en matière de SST.
NOTE : Vous pouvez trouver plus de détaille sur cette partie dans autre support de cours
intitulé : Gestion des Risques Professionnels (Samia Chettouh).
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Figure 3.2 Étapes génériques de l’appréciation des risques (adapté de la norme ISO
31000)
1.4.2. Traitement et la maitrise du risque
Une fois que l’identification des dangers, l’analyse et l’évaluation des risques ont été
complétées et bien interprétées, il est possible d’agir sur ces risques ; c’est ce qu’on appelle
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le traitement des risques. Plusieurs synonymes existent pour exprimer cette même action :
gestion des risques, maîtrise des risques, traitement des risques, réduction des risques, etc.
L’objectif est toujours le même : réduire les risques en agissant sur l’une ou l’autre de ses
composantes ; c’est-à-dire sa probabilité d’occurrence ou la gravité de ses conséquences
potentielles, il faut maintenant définir quelles mesures mettre en place afin de réduire les risques
considérés inacceptables ou, du moins, nécessitant une action correctrice. Quatre options
s’offrent d’abord aux organisations face aux résultats obtenus dans l’évaluation des risques :
- Transférer le risque : Est-il possible de déplacer le risque vers des fournisseurs ou des
sous-traitants par exemple ? Peut-on s’assurer pour ainsi minimiser les conséquences
financières d’un événement ? On utilise souvent cette option pour des événements rares,
mais de conséquences élevées.
- Mettre fin au risque : Si le risque est considérable, par exemple une forte probabilité
d’occurrence et des conséquences élevées, on doit considérer mettre carrément fin à
l’activité en cause.
- Tolérer le risque : Le risque évalué nous apparaît acceptable et ne requiert pas d’autres
mesures de traitement additionnelles.
- Traiter le risque : Le risque est dans une zone qui requiert des mesures supplémentaires
pour le rendre tolérable. C’est ce dont nous allons maintenant discuter.
Dans le cadre du traitement des risques, il existe cinq grandes catégories d’options de traitement
des risques qui doivent toutes être considérées afin de faire une gestion efficiente des risques :
- La prévention qui vise la réduction de la probabilité que des événements indésirables
surviennent.
- L’atténuation qui vise à réduire les conséquences si de tels événements se produisaient
en limitant l’exposition (des gens, de l’environnement, des structures, etc.) par la mise en
place de mesures techniques ou de distanciation.
- La préparation qui vise aussi à réduire les conséquences si de tels événements se
produisaient, mais cette fois, en augmentant la capacité d’intervention des équipes
d’urgence et la résilience de l’organisation.
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- L’intervention lorsque de tels événements se produisent réellement, c’est-à-dire la mise
en œuvre et l’ajustement des mesures d’urgence préparées au préalable selon les besoins
de la situation en cours.
- La continuité des fonctions critiques de l’organisation et
le rétablissement chronologique des autres fonctions essentielles par la mise en œuvre et
l’ajustement des mesures préparées au préalable.
L’ensemble de ces options constitue ce qu’on appelle des barrières de sécurité. Afin d’expliquer
les options possibles, le concept de barrières de sécurité sera dispensé plus en détail dans une
autre unité d’enseignement.
1.4.3. Contrôle - Examen – Réexamen, Enregistrement et l’élaboration des rapports
Après que les mesures de prévention aient été mises en œuvre, il faut contrôler si elles ont été
exécutées et si les délais d’exécution des mesures ont été respectés. Il s’agit non seulement de
vérifier si les risques ont pu être éliminés ou écartés entièrement ou s’ils ont pu être diminués
de façon à pouvoir les maîtriser mais aussi si aucun nouveau risque n’a été créé suite à
l’application des mesures. De plus, il est recommandé de réaliser régulièrement une nouvelle
évaluation des risques, afin de déterminer si les risques ont bien pu être éliminés définitivement
ou si d’autres risques sont apparus depuis la dernière évaluation.
Finalement, avoir enregistré l’évaluation des risques est toujours avantageux lors des contrôles
et des examens. Un bon enregistrement peut servir en tant que :
− Base pour les réexamens et les évaluations des risques à venir ;
− Preuve destinée aux organismes de contrôle ;
− Information à transmettre aux personnes concernées.
Afin de bien servir de base pour des évaluations futures, il est recommandé que l’enregistrement
contienne :
− Les noms et fonctions des personnes effectuant les contrôles et examens ;
− La date du contrôle :
− Les risques qui ont pu être dépistés
− Les groupes de personnes pouvant être menacés par les risques dépistés ;
− Les mesures de prévention mises en œuvre ;
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− Les informations concernant des contrôles et examens futurs ;
− Les informations concernant la participation des travailleurs dans l’évaluation des
risques.
En l'absence de cette étape, on ne pourra pas assurer la mise en œuvre réelle des actions décidées
ni leur efficacité.
Les actions de contrôle peuvent prendre plusieurs formes :
− Une revue périodique du plan d'actions visant à assurer que les actions sont mises en
œuvre. La périodicité est à adapter à la situation et en fonction du plan d’actions ;
− Un bilan plus succinct des principales actions (associées aux risques majeurs) qui
comportera la liste des actions réalisées et si possible une estimation de leur efficacité ;
− Un ou plusieurs contrôles terrain sur une mesure vitale pour l’activité afin d’assurer que
la mesure perdure dans le temps ;
− Un audit par un organisme externe sur l’efficacité du plan.
Ces contrôles doivent nous permettre de réadapter régulièrement les plans d'actions dans une
logique d'amélioration continue. Un des moyens de mesurer l'efficacité des actions est de faire
une nouvelle évaluation du risque après leur mise en œuvre. La réduction des impacts potentiels
du risque traduit l'efficacité des mesures. Pour être efficace, le dispositif de gestion des risques
doit faire partie intégrante du management de l’organisme, prendre en compte la culture et les
pratiques de l’entreprise et s’intégrer aux processus « métier ».
Prendre en compte les retours d’expérience. En effet, les événements subis par l’entreprise
dans le passé permettent à celle-ci :
− d’analyser toutes les anomalies, tous les incidents et accidents constatés ;
− de rechercher les causes et les enchainements ;
− de retirer les divers enseignements ;
− de définir les mesures de correction et d’amélioration.
1.5. Exemples de système de gestion de risques reconnus
Plusieurs réglementations internationales ou programmes volontaires existent déjà à l’égard de
la gestion de divers types de risques. Quoique différents dans leurs exigences, ces exemples
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présentent plusieurs similarités avec le SGR présenté précédemment. Voici quelques exemples
qui peuvent servir comme sources d’informations supplémentaires :
− EPA - Risk Management Program (RMP)
− OSHA - Process Safety Management (PSM)
− Gestion Responsable (ACIC)
− Norme OHSAS 18001
− Normes ISO 9000 et ISO 14000
− Directive Européenne SEVESO (SGS)
− Norme ISO 31000 :2009 sur la gestion des risques
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