Mouvements et Enjeux Sociaux - Revue Internationale des Dynamiques Sociales 1
M.E.S., Numéro 131, Vol.2, novembre – décembre 2023
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Dépôt légal : MR 3.02103.57117
N°ISSN (en ligne) : 2790-3109
N°ISSN (impr.) : 2790-3095
Mise en ligne le 18 novembre 2023
Revue Internationale des Dynamiques Sociales
Mouvements et Enjeux Sociaux
Kinshasa, novembre - décembre 2023
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LE DROIT COMMUNAUTAIRE AFRICAIN A L’EPREUVE
DE LA LUTTE CONTRE LA CYBERCRIMINALITE :
Quel regard pour les Etats Africains ?
par
Olivier MANDUNGU NGYMA
ODETTIA MBUTAMUNTU MUNDEKE
(Tous) Assistants et Apprenants au 3ème cycle,
Faculté des Sciences Sociales, Administratives et Politiques
Université de Kinshasa
Résumé
La lutte contre la cybercriminalité aujourd’hui constitue un défi international crucial pour tous les Etats du monde
en général et en particulier les Etats Africains. En analysant les différents mécanismes législatifs de la lutte contre
la cybercriminalité mis en place par les Etats Africains à travers les organisations régionales africaines, cet article
soulève le problème de l’inadéquation du cadre législatif notamment les principes du droit communautaire africain
dans la lutte contre la cybercriminalité au niveau africain. Vu la nature de la cybercriminalité, il est nécessaire
d’étudier, à partir des perspectives africaines, les normes et institutions qui ont pour vocation d’encadrer, d’organiser
et de réguler mais aussi de régler les différends qui mettent en cause les intérêts des divers acteurs intervenant dans
le cyberspace africain. L’article souligne sur la nécessité de faire émerger une législation, une doctrine et une
jurisprudence africaines qui contribuent au développement du cyberespace africain.
Mots-clefs : Doctrine, Cybercriminalité, Cyberespace, cybersécurité, Jurisprudence
Abstract
The fight against cybercrime today constitutes a crucial international effort for all States in the world in
general and African States in particular. By analyzing the different legislative mechanisms in the fight against
cybercrime put in place by African States through African regional organizations, this article raises the problem of
the inadequacy of the legislative framework, particularly the principles of African community law in the fight against
cybercrime. Cybercrime at the African level. Given the nature of cybercrime, it is necessary to study from African
perspectives, the norms and institutions which aim to supervise, organize and regulate but also to settle disputes
which challenge the interests of various actors involved in African cyberespace. The article emphasizes the need to
bring about African legislation, doctrine and jurisprudence which contribute to the development of African
cyberespace.
Keywords : Doctrine, cybercrime, cyberspace, cybersecurity, jurisprudence
INTRODUCTION
Le développement contemporain des technologies de l’information et de la communication
constitue un tournant majeur de la civilisation humaine. L’illustration la plus parfaite de l’essor des
technologies numériques est sans nul doute l’avènement du réseau internet.1 En effet, l’utilisation accrue
des réseaux numériques, tel que l'Internet avec aujourd’hui près de deux milliards d’internautes, n’est
pas seulement le fait d’individus bien intentionnés. Toute innovation technologique ouvre, en même
temps, de nouvelles brèches dans lesquelles s’engouffrent les réseaux criminels. L’Internet est surtout un
vecteur idéal pour faciliter les actions des délinquants, il permet d’accroître leurs profits en réduisant la
prise de risques.
Aujourd’hui le recours aux réseaux numériques et en particulier à l’internet est une arme à double
tranchant faite de perspectives positives mais aussi le risque et des menaces pesant sur l’activité des Etats,
des Entreprises et sur la vie quotidienne des citoyens qui sont très souvent des internautes.2 En effet, la
plupart des grandes découvertes technologiques ont presque toujours engendré, à côté des progrès
économiques qu'elles procurent à l'humanité, des retombées négatives parmi lesquelles figure en bonne
place l'avènement de nouvelles formes de criminalité, Internet n'échappe pas à cette loi sociologique du
développement.
1
DUFOUR A., « internet : Que sais-je ? » éd. Le Temps des médias, paris, 2000, p. 15
2
Myriam Quemener., Cyber menaces, entreprises et internautes, éd. Economica, Paris, 2008, p. 86
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Malgré le faible taux d’accès aux TIC en Afrique3, le passage de l’analogique au numérique a
changé profondément la physionomie de la société traditionnelle qui s’est très vite transformée en une
société de l’information.4 Mais, l’essor des réseaux numériques a entrainé l’apparition d’une nouvelle
forme de criminalité charriée par les premières lueurs de la société africaine de l’information, appelée « la
cybercriminalité ». Fruit de la révolution numérique ou la mondialisation, la cybercriminalité se
développe à grande échelle dans cet univers favorable, au point de viser aujourd’hui l’ensemble des
infrastructures économiques et sociales.5
À l'heure où Internet s'immisce partout, y compris dans nos objets connectés au quotidien, la
cybercriminalité à son tour monte en puissance, elle s'impose comme « la menace du XXIe siècle »6 et pose
aussi un défi d'une ampleur inégalée aux Etats dans le monde.
Il sied de relever que la cybercriminalité est clairement la nouvelle menace du XXI e siècle. Elle force
les Etats à repenser leurs moyens d'action, à se mettre à niveau techniquement et à développer des cadres
normatifs non seulement régionaux ou communautaires mais aussi transnationaux, car l'échelle devient
mondiale. C’est sous cet aspect que le cyberespace est devenu criminogène. En effet, l’espace
dématérialisé qu’offrent les TIC, notamment internet est de plus en plus le lieu virtuel de commission de
divers agissements répréhensibles.7 Le surgissement en Afrique de la cybercriminalité est symbolisé par
le phénomène de l’escroquerie en ligne devenue une véritable menace pour le développement dans
certains pays,8 mais aussi de vols des données personnelles.
Ayant pris conscience des défis posés par la cybercriminalité dans le continent et ayant décidé
d’apporter des réponses de politiques criminelle à ce fléau au niveau communautaire, l’Afrique s’est
organisée dans le cadre du droit communautaire à pouvoir légiférer sur la matière, ce qui expliquerait par
exemple, la prolifération de plusieurs cadres législatifs relatifs à la cybercriminalité produit par les
instances des certaines organisations communautaires notamment : dans le cadre de l’Union Economique
et Monétaire Ouest Africaine ( UEMOA), on peut citer la loi uniforme n°2008-48 du 3 septembre 2008,
relative à la répression des infractions en matière de chèque, de carte bancaire et d’autres instruments et
procédés électroniques de paiement.9 La Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest
(CEDEAO) a adopté un acte Additionnel A/SA. 2/01/10 du 16 février 2010 relatif à la protection des
données à caractère personnel.10 Lors de sa 66e session tenue à Abuja (Nigeria) les 17 au 19 août 2011, le
conseil des Ministres de la CEDEAO a adopté la Directive C/DIR/1/08/11 du 19 août 2011 portant lutte
contre la cybercriminalité dans l’espace de la CEDEAO.11 Dans l’espace de la Communauté Economique
et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC) et de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique
Centrale (CEEAC), certains instruments juridiques abordent certains enjeux liés au phénomène
cybercriminel. Il s’agit de la directive n°07/08-UEAC-133-CM-18 du 19 décembre 2008 fixant le cadre
juridique de la protection des droits des utilisateurs de réseaux et des services de communications
électroniques au sein de la CEMAC12 et du Règlement n°02/03-CEMAC-CM du 04 avril 2003 relatif aux
systèmes, moyens et incidents de paiement qui incrimine les atteintes aux systèmes de paiement. 13 Dans
l’espace de l’Afrique centrale, la deuxième réunion des Ministres en charge des télécommunications et
3
BOYER J., « la révolution d’internet », in Internet face au droit, Cahier du CRID, Bruxelles, Story Scientia, 10 novembre
1999, n° 224, p. 11
4
CAPELLER W., « un net pas très net » in l’immatériel et le droit, n°143, p. 167
5
Myriam Q., « Concilier la lutte contre la cybercriminalité et l’éthique », in Sécurité et stratégie, 2011, p. 67
6
GHERNOUTI-HELIE (S.), La cybercriminalité : le visible et l’invisible, éd. Presses Polytechniques et Universitaires
Romandes (PPUR), Lausanne, 2009, p. 42
7
QUEMENER M. et FERRY J., cybercriminalité : défis mondial, éd. Economica, 2009, p. 1
8
ROUJA S. « De quelques faux clics et vrais escrocs », in R.L.D.I, n°235, novembre 2000, p. 85
9
La loi uniforme n°2008-48 de l’UEMOA du 3 septembre 2008, relative à la répression des infractions en matière de
cheque, de carte bancaire et d’autres instruments et procédés électroniques de paiement
10
L’acte Additionnel A/SA. 2/01/10 de la CEDEAO du 16 février 2010 relatif à la protection des données à caractère
personnel.
11
La Directive C/DIR/1/08/11 de la CEDEAO du 19 août 2011 portant lutte contre la cybercriminalité dans l’espace de la
CEDEAO.
12
La directive n°07/08-UEAC-133-CM-18 du 19 décembre 2008 fixant le cadre juridique de la protection des droits des
utilisateurs de réseaux et des services de communications électroniques au sein de la CEMAC
13
Règlement n°02/03-CEMAC-CM du 04 avril 2003 relatif aux systèmes, moyens et incidents de paiement qui incrimine
les atteintes aux systèmes de paiement
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TIC des Etats membres de la CEEAC tenue à Ndjamena le 22 avril 2010 a chargé le Secrétaire Général de
la CEEAC de préparer un texte sur la cybercriminalité qui a été élaboré.
L’avènement de ces cadres législatifs a motivé les Etats africains à pouvoir mettre en place un cadre
normatif continental afin de bien réguler le cyberespace africain, il s’agit de la convention de Malabo.
Dans le cadre de cette étude, nous mettons en exergue ces cadres normatifs mise en place par les
organisations internationales africaines pour la lutte contre la cybercriminalité en corrélation du droit
international africain, cette corrélation se traduit par le truchement de grands principes du droit
communautaire africain notamment : l’immédiateté de l’applicabilité ( l’applicabilité immédiate) de ces
cadres normatifs de lutte contre la cybercriminalité à savoir : ( toutes les directives, circulaires voir même
les protocoles ayant force de loi prises dans le cadre communautaire, la convention de Malabo), l’effet
direct et la primauté de ces cadres normatifs sur le droit interne des Etats africains.
Cette introduction qui est close ouvre la voie aux points qui constituent le corps de cette étude avant
la conclusion qui met fin à la réflexion. Le premier point traite de l’applicabilité immédiate des
conventions de la cybercriminalité. Le second est consacré à la primauté de règles communautaires sur le
droit national.
I. L’APPLICABILITE IMMEDIATE DES CONVENTIONS DE LA CYBERCRIMINALITE
Au terme de ce point, nous analysons le principe de l’applicabilité immédiate des conventions sur
la lutte contre la cybercriminalité au regard du droit communautaire.
1.1. L’applicabilité immédiate de la convention de Malabo
A titre de rappel, le droit communautaire vise à harmoniser des droits nationaux souvent disparates
et l’un des moyens d’atteindre ce but est le principe de l’applicabilité immédiate, qui est l’un des principes
fondamentaux du droit communautaire.
Ce caractère de la règle communautaire est un principe essentiel du droit communautaire. Il est
aussi appelé principe de la validité immédiate des règles communautaires ou de l’intégration immédiate.
Ce principe de l’application immédiate veut que la norme communautaire s’intègre
automatiquement dans l’ordre juridique des Etats membres et qu’elle produit des effets juridiques dans
le droit interne sans avoir y être transposée( soit sans procédure particulière).
En vertu de ce principe, les normes communautaires s’appliquent de plein droit, sans subir la
moindre modification et doivent être appliquées sans restriction par le juge national.
En droit international, les Etats ont deux conceptions possibles de l’application immédiate de la
règle internationale à savoir : le dualisme ou le monisme.14
Le dualisme part du principe que l’ordre juridique national et l’ordre juridique international sont
indépendants et qu’il faut donc introduire la règle internationale dans l’ordre interne par le biais d’une
norme nationale.15
Cependant que dans les pays appliquant la théorie moniste, l’ordre juridique international et l’ordre
juridique interne ne sont pas indépendants.16 Par conséquent, le droit international n’a donc pas à l’objet
de mesures supplémentaires d’introduction pour être applicable immédiatement parmi les règles
nationales. Or, l’application du droit communautaire dans les droits nationaux relève de la théorie
moniste et non de la théorie dualiste.
En plus, l’immédiateté du droit communautaire s’applique aussi bien au droit originaire (les traités,
les accords) qu’au droit dérivé (actes émis par les différentes institutions notamment : les directives, les
protocoles, les circulaires et les décisions).
Notons que la quasi-totalité des Etats africains qui sont généralement dans le système moniste,
peuvent par conséquent dans certains cas appliquer ce principe notamment sur le droit dérivé à
l’occurrence : les Projets de lois Types de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique Centrale
(CEEAC) et Projets de Directives de la Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale
(CEMAC) mais dans le cas sous examen ( sur l’applicabilité de la convention de Malabo), ce principe
éprouve quelques difficultés, mieux quelques obstacles d’autant plus que la convention de Malabo, elle-
14
Dionisio Anzilotti, Cours de droit international public, 1929, p. 225
15
Heinrich Triepel, « Les rapports entre le droit interne et le droit international », RCADI, 1923, p. 175
16
Hans Kelsen, « Les rapports de systèmes entre le droit international et le droit interne », RCADI, 1926, p. 96
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même prévoit quelques modalités, mieux quelques formalités pour son intégration juridique dans le droit
interne notamment par un instrument de ratification qui doit être déposé auprès du président de la
Commission de l’Union Africaine, comme prévoit les articles 35 et 38 de ladite convention, qui dispose :
« La présente Convention est ouverte à tous les États membres de l'Union, pour signature, ratification et
adhésion, conformément à leurs procédures constitutionnelles respectives ».17 « Les instruments de
ratification ou d'adhésion sont déposés auprès du Président de la Commission de l’Union africaine. Tout
État Partie peut dénoncer la présente Convention en notifiant, par écrit, son intention un (1) an à l’avance
au Président de la Commission de l’Union africaine. Ce dernier notifie aux États membres toute signature
de la présente Convention, le dépôt de tout instrument de ratification ou d’adhésion, ainsi que son entrée
en vigueur. Le Président de la Commission notifie également aux États membres les demandes
d’amendement ou de retrait de la Convention, ainsi que les réserves à celle-ci. Dès l'entrée en vigueur de
la présente Convention, le Président de la Commission de l’Union africaine l’enregistre auprès du
Secrétaire général de l'Organisation des Nations unies, conformément à l’article 102 de la Charte des
Nations unies ».18
C’est à la lumière de ces dispositions de la convention de Malabo susmentionnée, qu’on déduit que
l’applicabilité immédiate de droit originaire notamment la convention de Malabo sans quelques
préalables pose problème, par opposition aux directives, protocoles et circulaires qui eux relèvent du droit
dérivé peuvent être appliqué ou invoqué devant le juge national à une seule condition que l’Etat qui
invoque soit partie prenante de l’organisation productrice de ces normes communautaires.
Ce qui reviendrait à dire que dans la pratique, et malgré quelques résistances, les Etats membres de
la communauté finissent par déférer à ce caractère essentiel de la règle communautaire, aussi bien
s’agissant du droit primaire ou originaire que du droit dérivé. S’il n’en était pas ainsi, l’égalité entre Etats
membres devant la norme communautaire s’en trouverait rompue, de même que l’efficacité et l’effectivité
de la réglementation communautaire. Pour garantir d’ailleurs ces dernières, la règle communautaire est
dotée d’un autre caractère essentiel qui est son applicabilité directe.
1.2. L’applicabilité directe des règles communautaires en matière de lutte contre la
cybercriminalité
Une des caractéristiques essentielles des règles communautaires est qu’elles sont d’applicabilité
directe. L’applicabilité directe est aussi appelée effet direct. Le principe de l’applicabilité directe ou de
l’effet direct de la règle communautaire signifie qu’elle a l’aptitude générale à être source de droits
subjectifs et d’obligations individuelles attribuables et invocables par les personnes, tant dans les rapports
de particuliers à particuliers, que dans les relations juridiques des individus avec les institutions de l’Etat.
Plus précisément, l’effet direct ou l’applicabilité directe implique le droit pour toute personne de réclamer
à tout organe de l’Etat l’application à son égard des règles communautaires telles qu’adoptées dans l’ordre
communautaire et tous les organes de l’Etat, notamment les juridictions, ont l’obligation de faire
appliquer ces règles directement dans les rapports juridiques présentés devant eux.19
L’effet direct a donc une triple composante : primo, la capacité de la règle à créer directement des
droits et des obligations pour les particuliers ; secundo, la possibilité pour ceux-ci d’invoquer ces garanties
communautaires devant le juge national ; et tertio, l’obligation pour le juge de statuer sur les causes dans
lesquelles les garanties communautaires sont invoquées par les personnes.
Dans la pratique, cette corrélation triangulaire de l’effet direct se résume essentiellement dans
l’invocabilité juridictionnelle du droit communautaire par toute personne juridique dans tout ordre
juridique interne des Etats membres. Par analogie, les règles communautaires sont aussi invocables
devant toutes les autorités de l’Etat, notamment l’administration publique.20
Ainsi d’ailleurs que devant les organes de la communauté elle-même. Ce caractère self-executing
est présumé, et en cas de doute devant une juridiction nationale, la juridiction communautaire détermine
en dernier ressort si une règle communautaire est dotée de l’effet direct, par le jeu des questions
préjudicielles.21
17
Art. 35 de la Convention de l’UA sur la cybersécurité du 27 juin 2014
18
Art. 37 Idem
19
Robert Lecourt, l’Europe de juges, Bruxlant, Bruxelles, 1976, p.248
20
Idem
21
Abdoulaye SOMA. « Les caractères généraux du droit communautaire », in Revue CAMES/SJP, n°001/ 2017, p. 1-10
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Cette immédiateté de la règle communautaire la rend inconditionnelle, complète et apte en elle-
même à produire des effets sans exiger une intervention préalable d’aucun organe de l’Etat pour
compléter ou préciser son dispositif en vue d’en faire une source de légalité. L’effet direct des règles
communautaires, qui peut être à la fois vertical, oblique, collatéral ou horizontal, n’est pas absolu,
notamment par rapport aux directives. Par contre, l’effet direct est une caractéristique fondamentale de
la règle communautaire dans son principe.22
Globalement, ce principe ne peut être invoqué directement dans le cas échéant devant le juge
national en ce qui concerne la convention de Malabo, pour la simple raison que la convention de Malabo
a prévu dorénavant quelques modalités pour sa mise en œuvre, néanmoins sur le plan du droit dérivé, il
est plausible que le principe soit invoqué d’autant plus que toutes les directives, les protocoles et les
circulaires de la CEEAC relatives à la cybercriminalité prévaut sur le droit interne des Etats qui sont dans
le système moniste et ont possibilité d’être invoqué par les Etats membres de cette institution voir même
les ressortissants de ces Etats membres.
Ainsi donc, nous pouvons déduire à cet effet que l’applicabilité direct des règles communautaires
en matière de lutte contre la cybercriminalité n’est pas plausible au regard du droit primaire ou originaire
tenant compte de la nature non dérogeable de ce droit, en revanche l’applicabilité directe est de facto prise
en compte dans le droit dérivé notamment les directives, les protocoles, les décisions ayant traits à la
cybercriminalité que produisent les organisations communautaires dans lesquelles tous les Etats sont
membres.
Caractérisée à la fois par la validité immédiate et l’applicabilité directe dans son internalisation, la
règle communautaire présente d’autres caractères généraux liés à son rang dans l’ordre juridique, allusion
faite ici à la primauté du droit communautaire sur le droit national.
II. LA PRIMAUTE DE REGLES COMMUNAUTAIRES SUR LE DROIT NATIONAL
Dans ce point, il sera nécessaire d’analyser de manière succincte le principe de la primauté des
règles communautaires sur les lois internes de lutte contre la cybercriminalité. Nous mettrons en
exergue ici la supériorité des règles communautaires vis-à-vis de ces lois internes, avant de procéder à
cette dissection, il est important de rappeler les méandres de ce principe de primauté des règles
communautaires.
Immédiatement valables et directement applicables dans les ordres juridiques internes respectifs
des Etats membres, les règles communautaires rencontrent et confrontent forcément les règles nationales.
On sait que suivant la théorie de la pyramide des normes de Kelsen23, les actes de droit interne sont rangés
suivant une hiérarchie qui détermine non seulement leur validité, mais surtout leur ordre de primauté en
cas de conflit dans l’application.
On en infère logiquement l’intérêt de savoir le rang des normes communautaires en matière de lutte
contre la cybercriminalité dans la hiérarchie des normes internes pour établir leur régime juridique dans
le système de chaque Etat membre.
Sur le sujet, un caractère général cardinal des règles communautaires est qu’elles ont primauté sur
les règles de droit interne. Le principe fondamental de la primauté générale du droit communautaire sur
le droit interne est largement et classiquement affirmé, aussi bien normativement que
jurisprudentiellement.24 Ce caractère induit le principe que les règles communautaires valablement
adoptées sont appliquées dans chaque Etat membres nonobstant toute législation nationale contraire
antérieure ou postérieure. Plus précisément, le droit communautaire prime sur le droit interne de tout
Etat membre, y compris les normes suprêmes à valeur constitutionnelle.25 Cette primauté a au moins une
double fonction. Elle permet d’abord d’organiser une coexistence entre les règles de droit communautaire
et les règles de droit interne. Elle permet ensuite de donner plein effet au droit communautaire qu’en droit
interne. Tout serait perdu en termes de fonctionnalité et d’effectivité du droit communautaire si le
22
Idem
23
Hans Kelsen, Théorie pure du droit, éd. Dalloz, paris, 1977, p. 299
24
Article 6 du traité révisé de l’UEMOA du 29 janvier 2003, et article 10 du traité OHADA de Port-Louis du 17 octobre
1993
25
CJUEMOA, avis du 18 mars 2003
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principe de la primauté de celui-ci sur le droit interne ne venait pas renforcer et couronner sa validité
immédiate et son applicabilité directe.
Ce caractère ou ce principe qui est à la fois général et absolu est institutionnellement garantie,
notamment par la juridiction nationale et en dernier ressort par la juridiction communautaire elle-même,
par le mécanisme du renvoi préjudiciel. A défaut d’une mise en œuvre interne de ce principe, l’Etat
concerné engage sa responsabilité internationale.26
Avec les différentes perceptions de la souveraineté dans les Etats membres, il n’est pas rare que ce
principe de primauté souffre parfois de quelques réticences des Etats dans des situations critiques.
Cependant, certaines Constitutions africaines de l’espace francophone aménagent une place de
choix à l’intégration africaine en prévoyant la possibilité de conclure des accords comportant l’abandon
partiel, voire total de souveraineté pour réaliser cette fin.27
Enfin, au regard du principe de primauté du droit communautaire, les lois communautaires sont
supérieures aux lois internes.
Ainsi, l’invocation des directives, protocoles et les décisions qui émanent du droit dérivé en matière
de lutte contre la cybercriminalité poserait aucun problème au regard de tous ces principes du droit
communautaire évoqués, on se contentera de brandir une disposition des directives, protocoles ou
décisions sans une quelconque anomalie juridique dans un différend opposant un sujet de droit
présentant un élément d’extranéité, en revanche l’invocation des conventions de Malabo éprouverait
quelques malaises juridiques si celle-ci n’est pas préalablement ratifiées, ce qui apparait rédhibitoire
l’invocation de la convention de Malabo devant un juge en cas de différend sans que celle-ci soit ratifiée
préalablement par l’une des parties au différend.
CONCLUSION
Il est indéniable que les Etats africains se sont lancés depuis la nuit de temps dans la réglementation
du cyberespace africain. Les Etats africains n’ont cessé de produire à travers les organisations africaines
plusieurs normes en matière de lutte contre la cybercriminalité sur le continent notamment : les
directives, les protocoles, les circulaires et les décisions. Hormis la présence de toutes ces normes, les Etats
africains doivent mettre en place une cyberstratégie communautaire africaine de lutte contre la
cybercriminalité qui devra favoriser la gestion d’un véritable cyberdroit pénal, régulateur d’une société
africaine à dimension humaine inclusive ouverte, aussi bien dans ces aspects substantiels que processuels.
Ce cyberdroit pénal devrait prendre en charge dans ses prévisions l’immatérialité des
cybercriminels ainsi que l’anonymat des délinquants. Cependant, la cybercriminalité étant une criminalité
internationale qui ignore les balises physiques des frontières étatiques, Il est donc nécessaire d’envisager
en Afrique généralement un renforcement de la coopération international en matière de lutte contre la
cybercriminalité. A cet égard la Convention Africaine sur la cybersécurité constitue une avancée majeure
dans la lutte régionale contre le phénomène. Mais, force est de constater que la convention de l’UA n’est
pas un instrument international de lutte contre le cybercrime. En l’état actuel, une brèche de solution est
ouverte, les Etats africains pourraient explorer la voie de l’adhésion à la convention de Budapest du 23
novembre 2001 sur la cybercriminalité qui apparait à ce jour comme un instrument juridique efficace sur
le plan mondial devant lutter contre la cybercriminalité. En effet, cette convention est ouverte à l’adhésion
même des Etats non membres du conseil de l’Europe. Par ailleurs, de nos jours, on s’accorde pour
admettre qu’un traitement efficient de la cybercriminalité suppose le recours à l’approche de
« cybersécurité ». Cette nouvelle démarche procède d’une approche globale et holistique de la stratégie
de lutte contre la cybercriminalité intégrant toutes ses dimensions. Il s’agit au-delà de la modernisation
des normes juridiques, de prendre conscience de la nécessité du renforcement des capacités et de
spécialisation des autorités judiciaires en charge de la cyberdéliquance (vers une cyberpolice et vers une
cybermagistrature). De l’amélioration des moyens matériels et logistiques à la disposition des organes
répressifs et de la promotion de la culture de la cybercriminalité en Afrique. Cette approche globale de la
répression des agissements déviants du cyberespace contribuera à inscrire les pays africains dans la
26
CJCE, 19 novembre 1991, affaire Francovich et Bonifaci
27
J.KAZADI MPIANA: « La problématique de l’existence du droit communautaire africain. L’option entre mimétisme
et spécificité », Revue libre de Droit, 2014, p. 55
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croisade internationale contre la cybercriminalité, qui constitue une sérieuse menace pour la sécurité du
cyberespace africain.
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MES-RIDS, nO131, vol.1. novembre - décembre 2023 www.mesrids.org