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LES Obsèques de La Lionne

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Les Obsèques de la Lionne

Fables de La Fontaine VIII, 14 (huitième livre, 14ème fable)


1678

Le classicisme, mouvement littéraire du XVIIème se propose de plaire et d’instruire et trouve son


expression chez les moralistes de cette époque. Ainsi Jean de La Fontaine s’inspirant des textes anciens
notamment les fables d’Esope, auteur du VIème siècle avant JC a publié en 1678 un recueil intitulé
Les Fables, où il laisse libre cours à son récit alerte et vivant et, où l’art de raconter compte autant que
la valeur de la moralité. Il s’agit autant d’instruire que de plaire. Dès lors, dans cet extrait consacré à la
14ème fable du livre huitième intitulée « Les obsèques de la lionne »,
L’auteur ne parvient-il à conseiller dans cette morale quelque chose d’immoral ?
En effet, en caractérisant cette fable par la satire (I) l’auteur s’attache à mener le blâme du roi (II)
tout en procédant à une mise en abyme de la fable (III)

I/ Une fable satirique

Par sa structure, la fable revêt une singularité puisqu’elle débute au vers 1 « la femme du lion mourut »
par l’élément perturbateur. L’auteur veut la brièveté et entend aller à l’essentiel.
C’est précisément cet évènement qui va donner l’occasion à l’auteur de mettre en place

1/ Le blâme du courtisan
• L’empressement des courtisans : adverbe temporel « aussitôt » : volonté de plaire aux puissants
« chacun accourut » (v.2) exprime l’unanimité
• Délation des courtisans « un flatteur l’alla dire » « et soutint qu’il l’avait vu rire » (v.27/28) :
dénonciation de l’hostilité et de l’opportunisme pour être proche du roi. Mensonge et cruauté de
la personne délatrice
L’auteur procède donc au blâme moral des courtisans mettant en relief la délation et le mensonge. Mais
c’est également à la cour que s’attaque l’auteur

2/ Blâme de la cour
L’auteur avec le « je » (v.17) s’implique et « définis la cour un pays où des gens »
• La cour est d’abord le monde de l’aliénation : « pour s’acquitter envers le prince » (v.3). Il
s’agit de s’acquitter d’un devoir donc le courtisan n’est pas libre
De même, parallélisme « peuple caméléon, peuple singe du maître » renforce cette aliénation ou
encore « on dirait qu’un esprit anime mille corps »
-l’hypocrisie y est aussi présente « « surcroît d’affliction » (v.5)
L’auteur dénonce la vacuité (vide) du protocole en montrant que c’est une formalité qui doit être
accomplie, c’est une critique de la cour et de son fonctionnement
Hypocrisie est aussi présente dans l’opportunisme du cerf qu’il dénonce : il flatte le roi et obtient
l’appui de la cour « « votre digne moitié » (v.41) passant ainsi à l’extrême par les hyperboles miracle !
apothéose » (v.50)
Ils ont reconnu le cerf comme l’un des leurs en faisant référence à la flatterie
• La cour est aussi le règne du paraître : champ lexical du spectacle « « un tel jour, en tel lieu »
(v.8), « cérémonie » et « pour placer la compagnie » : mise en scène théâtrale du spectacle des
obsèques.
« rugir en leur patois Messieurs les courtisans » ou encore au vers 19/20 « sont ce qu’il plaît au
Prince………….parêtre »
« jugez » (v.5) énonciation directe avec apostrophe à l’adresse du lecteur qui instaure connivence avec
lui, qui va permettre à l’auteur de mieux dénoncer le caractère artificiel, hypocrite de cette cérémonie.
-Met en évidence la tyrannie du roi et le fonctionnement de la cour.
- Présence de la contre utopie en décrivant un pays plein de défauts (enjeu de la fable) ; De même
l’auteur procède au blâme du Roi

II/ Le blâme du Roi

• Il se caractérise tout d’abord par sa naïveté : La sentence donnée sur un ton péremptoire « vengez
la reine ; immolez tous » « ce traître à ses augustes mânes » (v.37/38). La sentence vient juste après le
réquisitoire non argumenté--- justice injuste des vers 33 à 35 souligne la naïveté du roi.
• Le chef d’accusation du roi est double et se trouve inversé par rapport à ce qu’a dit le flatteur « tu
ris, tu ne suis pas ces gémissantes voix ». Le roi est choqué du rire.
• Le roi s’intéresse plus à sa personne qu’à la mort de la reine donc l’orgueil l’emporte sur l’amour.
« amusez les » fait référence au divertissement et « agréables », (mélioratif) lexique mélioratif » :
hypocrisie est donc présentée comme un divertissement .
Association de « songes » et « mensonges », le contenu du discours devient plaisant. Mais antithèse
met en évidence la naïveté du roi (ce qui compte est le caractère plaisant).
Mais tout naïf qu’il est, le roi n’en demeure pas moins autoritaire

• Arbitraire du pouvoir royal


« il fit avertir sa province » (v.6) : tyrannie du roi
Vers 30/32 La Fontaine souligne l’arbitraire du pouvoir royal
D’ailleurs ce qui le montre c’est la réponse du roi qui fonctionne non sur la raison mais sur la passion.
- Début d’une justice injuste mise en évidence par le contraste du roi avec Salomon (symbole de la
justice). Sous la plume de Salomon il s’agit ici de blâmer le roi car la satire montre qu’en fait le roi lion
ne juge pas, il rend uniquement une sentence. Vers 32, le roi est encore blâmé, sachant lire, n’applique
pas les lois de Salomon .
V.33 « monarque » changement de vocable pour désigner le roi pour accentuer l’arbitraire
De même il s’adresse au cerf avec périphrase « chétif hôte des bois » (v.33) montrant son mépris social
(sauvage Versus civilisé) et souligne sa supériorité politique chez les animaux.
Enfin, « venez », « vengez », « immolez » (v.36/37) traduit l’arbitraire associé à « loups » qui
symbolise la cruauté en tant que bourreau.
De même « vengez la reine » souligne sa mauvaise foi car il s’agit de le venger
Ce roi caractérisé par sa tyrannie, est également présenté comme un

• Un pécheur
« nos sacrés ongles » s’apparente à l’oxymore (v.36) oppose profanes au divin et fait ainsi allusion à la
monarchie de droit divin
• de même la rapidité de la sentence soulignée par les octosyllabes, la juxtaposition (parataxe :
juxtaposition sans lien logique apparent). Cette rapidité correspond à l’absence de justice.
• Champ lexical de la religion de l’antiquité « immolez » et « mânes » : le roi substitue sa personne à
celle de dieu. Il y a ici une démesure de sa part.
Le blâme est mené à l’encontre du pouvoir, de la tyrannie et non de la monarchie
III/ Mise en abyme de la fable

Le cerf se lance dans un plaidoyer


1/ Capacité du cerf à faire un pastiche des éloges funèbres
Commence par « Sire » : formule redondante « temps de pleurs » « la douleur » (v.39/40).
Renversement des rôles, le ton est péremptoire et confirme l’assurance du cerf
Il ne nie pas la nécessité de pleurer « est passé » (v.40)
• il utilise la flatterie, il ment et est hypocrite : procède à l’éloge de la reine « digne moitié » (v.41),
argument esthétique et religieux « couchée entre les fleurs » (v.41) « saints comme moi ». On peut
parler ici d’une apothéose de la reine qui est également un moyen de flatter le roi

2/ Capacité à maîtriser l’éloquence oratoire, judiciaire


« saints comme moi « : habileté du cerf à lui adresser un reproche puisqu’il n’a pas su respecter sa
miséricorde sans respect du code de la religion
Le récit mis en place par le cerf accrédite la véracité de ses propos.
« ami » (v.44) instaure une intimité avec la reine donc complicité qui inverse totalement l’accusation
du roi.
Il y a une grande opposition entre le discours du roi et celui de la reine « ami…., « larmes » et
« chétif ».
• le cerf procède à une prosopopée (consiste à faire parler un mort) de la reine pour réfuter les
propos du roi. La thèse est celle de l’intimité.
• Le vers 48 fait allusion à l’affection intime entre le roi et la reine ; Ce dernier pleure, c’est un
spectacle--- aime être vu » : donne ainsi bonne conscience au Roi.
• Le cerf est maintenant assuré d’obtenir la décision contraire sans le choquer, et ce, avec tact et
diplomatie « ce convoi » « ne t’oblige à des larmes » (v.45/46)
• Dès lors, la cérémonie des funérailles est présentée comme une obligation. Le cerf dénonce
habilement l’hypocrisie de la cour
Le cerf a de l’éloquence, est crédité du pouvoir de l’écrivain

3/ Capable d’écrire un apologue pour démontrer sa thèse


• L’apologue est désigné par « agréable mensonge » qui renvoie à plaire et instruire.
Le récit fait par le cerf est mis au service d’une morale qui est ici l’utilité du mensonge qui sauve la
peau du cerf.
Son plaidoyer est structuré --- apostrophe, thèse, justification et fin
• capable d’embellir son style en utilisant de beaux exemples
• donc capable de faire un apologue, éloge de la fable, du style de La Fontaine à la manière de cet
alexandrin classique « le cerf eut un présent, bien loin d’être puni » qui comporte 4 accents suivis d’une
césure , la dernière syllabe étant toujours accentuée.

CONCLUSION Dans cette fable, La Fontaine a très habilement procédé à la satire des courtisans et de
la cour tout en menant le blâme en la personne du roi, caractérisé par sa naïveté, son pouvoir arbitraire,
sa vanité et son orgueil sans pour cela s’en prendre à la monarchie. En revanche, en la personne du
cerf, La Fontaine a vanté l’éloquence et ses pouvoirs à travers une mise en abyme de la fable.
Ne pourrait-on rapprocher cette fable de celle « Le pouvoir des fables » en ce qu’elle met en évidence
le pouvoir de l’éloquence?

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