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Memoire M2 Le Juge Et Le Contentieux Des élections

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RÉPUBLIQUE DU SÉNÉGAL

Un Peuple-Un But-Une Foi

MINISTÈRE DE L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR, DE LA RECHERCHE ET DE


L’INNOVATION

UNIVERSITÉ ASSANE SECK DE ZIGUINCHOR

UFR DES SCIENCES ÉCONOMIQUES ET SOCIALES

Département : Sciences Juridiques

Spécialité : Droit et Administration des Collectivités Territoriales

MÉMOIRE DE FIN D’ÉTUDES

LE JUGE ET LE CONTENTIEUX DES ÉLECTIONS

Présenté par : Sous la direction de :

Bakary SIDIBE Dr. Moussa NDIOR


Enseignant-chercheur en droit
public à l’Université Assane
SECK de Ziguinchor
Année Académique 2022/2023
AVERTISSEMENT
L’Université Assane SECK de Ziguinchor n’entend donner aucune approbation, ni improbation
aux opinions émises dans ce mémoire ; ces opinions doivent être considérées comme propres à
leurs auteurs.

I
DÉDICACES

A ma très chère mère

Quoi que je fasse ou que je dise, je ne saurais point te remercier comme il se doit. Ton affection
me couvre, ta bienveillance me guide et ta présence à mes côtés a toujours été ma source de
force pour affronter les différents obstacles.

A mon très cher père

Tu as toujours été à mes côtés pour me soutenir et m’encourager.

Que ce travail traduit ma gratitude et mon affection.

Mes chers frères Moussa, Idrissa, Ousmane et Bakary Lamané et mes petites sœurs Absatou,
Sophie et Cissé.

Puisse Dieu vous donner santé, bonheur, courage et surtout réussite.

A mon ami fidéle Youssouph Diallo dont sa personnalité est enviable.

A feu Sosso Ba, ma grande mère.

A notre très chère amicale de Bakel (ADEERB) qui m’a grandement ouverte ses portes au
moment le plus opportun.

« Seul le sauvetage de Dieu est vrai »

II
REMERCIEMENTS

Ce mémoire est le résultat d’un dur labeur réalisé grâce aux efforts conjugués de plusieurs
personnes. Ainsi, il est de notre devoir d’exprimer à chacune d’elles toute notre gratitude.

Nous adressons nos sincères remerciements à Dr DIOR qui a accepté de superviser ce travail et
lui donner l’orientation appropriée. Nous tenons à lui exprimer notre profonde gratitude et nos
sincères remerciements pour avoir accepté de diriger et corriger ce mémoire, qui a toujours
suivi avec intérêt la réalisation de nos recherches, et surtout pour sa constante disponibilité et
ses précieux conseils.

Notre gratitude va à l’endroit de tous les enseignants de la Faculté des Sciences Juridiques de
l’Université Assane Seck de Ziguinchor pour leur apport à notre formation et à notre
épanouissement intellectuel.

Nous pensons au Doyen, Mr KANE, le chef de Département des Sciences Juridiques.

III
LISTE DES ABRÉVIATIONS

AN : Assemblée nationale
CA : Cour d’appel
CE : Conseil d’ETAT
CC : Conseil Constitutionnel
C.O.S : Conseil d’Orientation et de Supervision
CS : Cour Suprême
CAC : Commission Électorale d’Arrondissement

CEC : Commission Electorale Communale

CENA : Commission Electorale Nationale Autonome


CENI : Commission Électorale Nationale Indépendante
CV : Centre de vote
CDRV : Commission Départementale de Recensement des Votes
CM : Conseil municipal
CNRV : Commission Nationale de Recensement des Votes
DCC : Décision du Conseil constitutionnel
L.E.P.I : Liste électorale permanente informatisée
LO : Loi organique
SADC : Southern African Development Community

IV
SOMMAIRE

INTRODUCTION 1
CHAPITRE I : Les pouvoirs réels du juge dans le contentieux des élections 7
Section I : Les pouvoirs classiques du juge dans le contentieux des élections 9
Section II : Les pouvoirs modernes du juge dans le contentieux des élections 41
Chapitre II : Les pouvoirs extensifs du juge dans le contentieux des élections 62
Section I : Etendue des pouvoirs de contrôle du juge sur les décisions relatives au corps
électoral 62
Section II : Etendue des pouvoirs du juge électoral sur l’opération électorale proprement dite
80
CONCLUSION 107

V
INTRODUCTION

La problématique de la consolidation de la démocratie et de l’état de droit est soulevée


et posée en termes de respect des droits fondamentaux des citoyens d’une part et de l’exercice
de leur souveraineté et d’alternance politique d’autre part. Les processus de décolonisation et
de démocratisation observés sur le continent africain à partir des années soixante ont concouru
inéluctablement à l’instauration et à la consolidation des États de droit ancrés au système de
démocratie libérale. Or ce qui fait le charme de la démocratie dans un état de droit, c’est la
tenue des élections régulières, libres et transparentes.

L’élection est inséparable de la démocratie en ce qu’elle est le passage d’un régime


monolithique au pluralisme politique1 qui fonde l’alternance au pouvoir. Devenue selon la
formule de Philip ARDANT, « un rite démocratique2 », elle fait l’objet d’une reconnaissance
internationale car le droit de prendre part à la direction des affaires publiques de son pays, soit
directement, soit par l’intermédiaire de ses représentants librement choisis, est inscrit dans la
déclaration universelle des droits de l’homme3 et le pacte international relatif aux droits
civiques et politiques4.

En vérité il faut noter avec sans ambages que nul ne peut ignorer aujourd’hui la place
centrale qu’occupent les élections dans la vie politique des régimes politiques qui choisissent
la démocratie comme mode de gestion des affaires publiques. En effet, comme disait Bernard
Raymond GUIMDO « L’élection est aujourd’hui la voie la plus utilisée pour faire participer le
citoyen à l’exercice du pouvoir aussi bien au plan national qu’au plan local ».5 Ainsi pour
l’auteur, l’élection est la voie la plus sure de la participation minimale de tous les citoyens à la
gestion des affaires publiques. Ce droit à la participation comme tous les autres droits repose
sur l’égalité entre tous les citoyens devant la loi. Inscrites au cœur de l’évolution, de la
construction et de la consolidation démocratique, les élections comportent plusieurs aspects :

1
Le Professeur HOLO définit le pluralisme politique «[…]comme la faculté juridiquement organisée au profit des
partis ayant des projets de société différents de se succéder au pouvoir selon les règles juridiques de dévolution du
pouvoir fondées sur la souveraineté du peuple ».HOLO (Th.), « Quel avenir pour la démocratie en Afrique ? », in
Processus démocratique en Afrique : impact et perspectives, Actes du colloque international de Cotonou, 11-14
avril 1994, Salmon (P.), sous (dir)., Bruxelles, ULB/CERI, p. 120
2
Ardant(P.), Institutions politiques et Droit constitutionnel, LGDJ, 2007, p.153
3
Art. 21.1 de la déclaration universelle des droits de l'homme.
4
Art. 25 du pacte international relatif aux droits civils et politiques.
5
Bernard Raymond GUIMDO, « Décor et envers du décor de quelques aspects essentiels de l’organisation
matérielle des élections en Afrique et ailleurs. Le droit électoral comparé », in Jean-Didier Boukongou (dir),
Elections en Afrique, Yaoundé, Presses de l’UCAC, 2013, p.37
1
d’une part, le vote est l’acte par lequel les électeurs s’expriment sur une question (referendum)
ou désignent leurs gouvernants. De ce fait, toutes les opérations de vote sont ici prises en
considération ; d’autre part, l’acceptation du verdict des urnes est toute aussi importante. Elle
rend compte à la fois de l’intégrité du processus électoral et de la capacité des candidats à se
soumettre au choix exprimé par les électeurs. Mais ce dernier aspect de l’élection présente des
risques qui parfois, mal gérés, peuvent conduire à une remise en cause des fondements mêmes
de la démocratie et partant de la paix civile. Élément de la démocratie, l’élection devient dans
ce cas un déni de celle-ci. A cet effet, l’élection, supposée être un moment salvateur ou
libérateur du peuple peut, subitement, devenir un démon électoral attentatoire aux droits
fondamentaux du fait de l’attitude des acteurs politiques, du législateur ou du juge en charge
d’arbitrer les litiges y relatifs. La responsabilité du juge, acteur déterminant du processus
électoral, est donc grave. Le juge peut alors faillir ou sévir. Il peut nourrir l’espoir ou le décimer.
C’est tout l’intérêt de l’étude du juge et le contentieux des élections.

Le juge est un magistrat investi par autorité publique du pouvoir de dire le droit ou
reconnaître le fait et de la fonction d’appliquer la loi dans les affaires litigieuses. Il est un arbitre
et organe de régulation électorale. Le juge de l’élection a pleine compétence pour apprécier la
régularité des opérations électorales, et pour annuler celles dont la légalité lui semblerait
compromise par l’omission de formalités essentielles. Le juge est le dernier rempart des acteurs
du processus et, suivant son attitude, il peut susciter l’espoir ou le désespoir chez l’opinion. Le
juge exerce cette mission dans un environnement tendu car sa décision ou son comportement
engage l’avenir de toute une nation. La pluralité des acteurs intervenant dans cette compétition
disputée induit à la diversité des intérêts et le juge s’emploie à assurer pleinement une mission
de départage dans la plus grande neutralité. La délicatesse de cette mission du juge réside dans
le fait qu’il doit, d’une part, veiller à la régularité du processus électoral et, d’autre part, le cas
échéant, faire recours à une appréciation à l’allure d’une régulation électorale. Dans cet
exercice, plusieurs interventions du juge sont provoquées à toutes les étapes du processus
électoral. Ces interventions constituent le contrôle juridictionnel du processus électoral.

De nature polysémique, la notion d’élection qui peut s’apparenter à d’autres notions


connexes telles que la désignation, le plébiscite, ou la cooptation, exprime l’idée d’un choix, et
peut être classée en plusieurs catégories qu’il conviendra d’énumérer afin d’apporter une
délimitation claire de l’objet de notre étude. Parce qu’elle a vocation à favoriser la participation
des tiers à la désignation d’une personne pour une fonction ou un service déterminé, l’élection
est présentée aussi bien dans les domaines politiques, administratifs et professionnels. Même si
2
les élections professionnelles ne font pas partie de notre étude en raison de l’absence de l’enjeu
lié à l’exercice de la souveraineté nationale, il convient de préciser qu’elles demeurent
intéressantes. En effet, elles visent la désignation à bulletins secrets dans le secteur privé, public
ou parapublic, des délégués du personnel, des délégués syndicaux, ou des membres des comités
d’entreprises ou d’établissement, des conseillers prud’hommes, des membres des tribunaux de
commerce, des membres des chambres de commerce, des membres aux conseils des Universités
et unités de formation et de recherche, etc. Qu’elle soit administrative ou politique, l’élection
participe à la dévolution du pouvoir politique. Elle permet au moyen d’un choix opéré au travers
du mécanisme du vote, la désignation d’un représentant chargé de gérer les affaires de la cité.
Il en résulte que les citoyens doivent jouir d’une totale liberté dans leur faculté de choisir dans
un contexte démocratique qui favorise la concurrence politique. C’est en conséquence dans ce
contexte d’apprentissage démocratique où l’élection rime avec compétition et contentieux que
le Sénégal met en œuvre un mécanisme nécessaire qui permet de garantir la régularité de la
volonté des citoyens.

Inhérent à l’élection, le contentieux électoral est considéré comme un instrument de


prévention des crises et conflits politiques liés à l’occasion de la dévolution du pouvoir6. Il
permet aux citoyens par le biais d’une procédure contentieuse, de porter devant les organes
compétents les irrégularités qui ont entaché l’organisation et le déroulement de l’élection. Le
contentieux des élections autrement appelé le contentieux électoral qui s’analyse comme un
ensemble de normes et d’institutions qui organisent et gouvernent les procédures de règlement
des conflits électoraux. Ces normes et institutions sont multiples et complexes et font du
contentieux une matière contraignante. La naissance du contentieux électoral se fonde sur le
postulat que l’élection est un processus long qui commence avec l’élaboration des règles du jeu
électoral et jusqu’à la proclamation des résultats. Entre ces deux moments, l’on peut assister à
toute un conflit entre les antagonistes sur différents enjeux. L’existence de possibilité de recours
constitue une condition sine qua non de toute élection7. L’aménagement d’un contentieux

6
OLINGA A. D., « Justice constitutionnelle et contentieux électoral : quelle contribution à la sérénité de la
démocratie élective et à l’enracinement de l’État de droit ? Le cas du Cameroun », Conférence panafricaine des
présidents des Cours constitutionnelles et Institutions comparables sur le renforcement de l’Etat de Droit et la
démocratie à travers la justice constitutionnelle.
7
SEELAM (M.J.D.), « Mettre en place un cadre législatif propre à prévenir la violence électorale, à améliorer le
suivi des élections et à assurer une transition politique sans heurt », U.I.P., 124e Assemblée et réunions connexes,
Panama, 15-20 avril 2011, p.2.

3
électoral constitue donc une nécessité dans la mise en place d’un processus électoral au-dessus
de tout soupçon.

Il vise à permettre aux différents participants à la compétition de saisir une autorité judiciaire
afin de sanctionner une violation du droit électoral car comme le disaient les anciens, toute loi
sans sanction judiciaire n’est que « lex imperfecta »8, déclaration d’intention plutôt qu’une règle
de droit9.Le Professeur Jean-Claude Masclet, lorsqu’il définit le contentieux électoral précise
que les opérations électorales donnent lieu à plusieurs sortes de contentieux.

Au sens étroit, le contentieux électoral est celui qui a pour objet de vérifier l’authenticité ou
l’exactitude du résultat de l’élection. Il peut aboutir à la confirmation, à la réformation ou à
l’annulation. Au sens large, il englobe aussi le contentieux de la liste électorale 10, celui des
opérations préparatoires, et le contentieux répressif destiné à sanctionner les actes constitutifs
d’infractions pénales11 ». Le professeur Ismaïla Madior Fall souligne quant à lui que le
contentieux électoral sert à interroger la manière dont les litiges nés de l’élection sont résolus,
notamment les différentes règles procédurales à observer pour saisir les différents organes
compétents12.

8
Les juristes entendent par lex imperfecta la loi sans sanction positive. Nous avons affaire à la loi imparfaite quand
aucune norme juridique ne prescrit ce qui doit résulter de sa transgression.), elles font partie du système des normes
juridiques, tout en constituant en son sein un groupe à part.
9
GARRONE (P.), « Le contentieux électoral-questions de fond », Commission européenne pour la démocratie par
le droit, Séminaire UNIDEM, Madrid, Espagne, 23-25 avril 2009.
10
Art.L.43 du code électoral sénégalais de 2021 dispose que « Les listes des communes sont déposées à la
préfecture ou à la sous-préfecture et à la mairie. Elles sont communiquées et publiées dans les conditions fixées
par décret.
Tout citoyen omis sur la liste électorale ou victime d’une erreur purement matérielle portant sur l’un de ses
éléments d’identification et détenant son récépissé peut exercer un recours devant le Président du Tribunal
d’Instance dans les vingt jours qui suivent la publication de la liste électorale, soit directement, soit par
l’intermédiaire de la C.E.N.A.
Tout électeur inscrit sur la liste électorale peut réclamer, dans les mêmes conditions, l’inscription d’un électeur
omis où la radiation d’un électeur indument inscrit. Le même droit appartient à l’autorité administrative
compétente.
Le Président du Tribunal d’Instance, saisi dans les formes décrites à l’alinéa 2 du présent article, statue dans les
délais fixés à l’alinéa 3 de l’article L.39 puis notifie sa décision dans les deux jours à l’intéressé, au préfet ou au
sous-préfet ».
11
MASCLET (J.-C.), « Contentieux électoral », in Perrineau (P.) et Reynié (D.), Dictionnaire du vote, Paris,
PUF, 2001, p. 251.
12
FALL I. M., « Quelques réserves sur l’élection du président de la République au suffrage universel : les tabous
de la désignation démocratique des gouvernants », Afrique contemporaine, 2012/2 (n°242), p. 99-113. [En
ligne], disponible sur : http://www.cairn.info/revue-afrique-contemporaine-2012-2-page-99.htm.

4
Le contentieux électoral se définit comme cette branche particulière du contentieux qui
traite des litiges qui sont relatifs au processus électoral et qui vise notamment à vérifier la
régularité externe et interne d'un tel processus. D'une part, le contentieux électoral peut se situer
en amont de l'élection. On le qualifie de contentieux pré-électoral avec cette idée que des
contestations peuvent surgir dès le moment de l'ouverture de la campagne. C'est le problème
des listes des électeurs, celui du dépôt des candidatures, celui de l'organisation de la campagne
électorale. Ces questions ne seront pas nécessairement réglées tout de suite par un juge, mais
elles seront présentées. D'autre part, le contentieux rebondit après l'élection. C'est le contentieux
post électoral. De nouvelles vérifications peuvent s'instaurer. Il s'agit d'abord, pour reprendre
l'expression souvent utilisée dans les textes constitutionnels, de « vérifier les pouvoirs des élus
», de savoir s'ils sont bien admissibles à siéger à la tête des institutions. Dans la régularisation
du processus électoral, le juge dispose des pouvoirs étendus à la limite exorbitante. Avant
d’appréhender ces pouvoirs, il urge de circonscrire le champ d’étude.

Dans l’optique de rendre compte de notre étude consacrée au juge et le contentieux des
élections, il sera question pour nous d’accentuer les pouvoirs du juge électoral dans le
contentieux des élections et sans tarder de trop à examiner les pouvoirs du juge judiciaire. Ce
dernier intervient d’une part dans le contentieux des listes électorales car c’est un juge de
l’électorat et de la capacité électorale c’est-à-dire c’est un juge d’état. Mais le juge judiciaire a
d’important pouvoirs également en matière de fraude électorale13.

Le contentieux des élections nationales et locales fera l’objet de notre analyse. En effet,
les pouvoirs dont dispose le juge électoral dans ces deux formes d’élection ne semble pas être
étanche.

Dans le cadre de ce travail, la question à laquelle nous devons répondre est de savoir
quels sont les pouvoirs du juge dans le contentieux des élections ?

Le choix de ce sujet renferme un intérêt pratique capital dans la mesure où il nous permet
de comprendre d’une part la nature des fonctions du juge électoral mais également de connaître
l’identité du juge électoral. En effet, dans le contentieux électoral local, le juge administratif est
le juge électoral par excellence et que le conseil constitutionnel s’octroie les compétences

13
La fraude électorale est une violation des règles d'un système d'élections, de façon à garantir ou favoriser
(augmenter la probabilité) un résultat voulu. Toutes les sociétés utilisant le système des votes sont confrontées au
problème, et se sont également dotées de règles pour s'en prémunir
(https://fr.wikipedia.org/wiki/Fraude_%C3%A9lectorale#: consulté le 27/10/2024 à 12 H). La fraude électorale
est sanctionnée au Sénégal par les articles 91 jusqu’à 116 du code électoral de 2021.
5
naturelles pour le contentieux électoral national. Cependant pourtant il arrive dans certains
niveaux ou le juge judiciaire intervient dans le processus électoral. Par conséquent le sujet nous
aidera à appréhender la répartition du champ des compétences entre le juge judiciaire et le juge
électoral.

Si le juge judiciaire est en principe le juge de l’électorat du fait que le contentieux


électoral met en jeu un ensemble des questions qui relèvent du droit commun : domicile,
résidence, statut matrimonial, nationalité, état et capacité des personnes, toutes questions dont
le juge judiciaire a normalement la maîtrise. Par contre, le contrôle du juge électoral peut
s’inscrire, pour sa part, dans une double perspective : le contentieux de l’excès de pouvoir et le
contentieux des droits politiques. Le juge administratif est, sans conteste, le juge de l’excès de
pouvoir. Il prononce la suspension ou l’annulation de l’acte irrégulier qui a été commis par une
autorité publique qui est associée à la préparation des élections. Eu égard au moment où le
problème se pose, cette compétence ne sera significative que si le recours est suspensif et que
si le juge administratif est autorisé à statuer d’urgence. En France tout comme au Sénégal le
juge administratif peut, ensuite, connaître du contentieux des droits politiques et statuer, par
exemple, sur la qualité d’électeur qui est reconnue ou non à citoyen. Il peut également encore
être invité à se prononcer sur le contentieux de l’éligibilité. La procédure contentieuse en
matière électorale renvoie a priori au droit électoral processuel entendu comme l’ensemble des
règles de droit externe et surtout interne, applicables en matière de contentieux électoral et à
l’occasion d’une élection donnée. À ce titre, elle permet « d’acquérir la connaissance des textes
qui régissent la matière, du sens exact des formules et de leur emploi judicieux, à se familiariser
avec la rédaction des actes et le calcul des délais, à apprendre les tours de mains et les usages
du Palais »14. Si la procédure contentieuse électorale permet aux citoyens de garantir leurs droits
civils et politiques par le biais d’une action engagée devant les organes compétents, elle
constitue quelquefois un obstacle pour ceux qui sont peu habitués aux complexités du
formalisme judiciaire et leur en inspire un profond dégoût. Elle est fragmentée et organisée
entre diverses juridictions compétentes. Elle crée une distinction entre le contentieux
proprement dit qui est réparti entre les juridictions judiciaire, administrative et le Conseil
constitutionnel, et le contentieux répressif qui s’emploie à la sanction des actes de fraudes
commis à l’occasion des élections et à la condamnation de leurs auteurs15. Cette fragmentation

14
MASCLET J.-C., Le droit des élections politiques, Paris, PUF, 1992, p. 97.
15
MELEDJE DJ. Fr., « Le contentieux électoral en Afrique », in Pouvoirs, n° 129, 2/2009, p. 139-155.

6
du contentieux électoral répercutée dans l’organisation de la procédure contentieuse crée une
sorte de « labyrinthe » inaccessible aux citoyens. Et pourtant, le contentieux des élections qui
participe à la garantie des droits civils et politiques des citoyens devrait permettre d’assurer
autant que possible l’équité et la régularité de la représentation dans la démocratie électorale
ainsi que la crédibilité de la consultation électorale qui révèle le degré de développement
politique de la société. Cette régulation ne serait possible que lorsque le juge électoral détient
des pouvoirs normaux et spécifiques.

L’importance de la question que soulève l’étude du juge et le contentieux des élections


nécessite que nous adoptions une démarche descriptive, analytique et synthétique qui permet
d’éclairer et de mettre en évidence le cheminement suivi pour répondre aux objectifs que nous
nous sommes assignés. La réponse à cette question conduira à dire que le juge dispose un
arsenal des pouvoirs dans la procédure contentieuse des élections avec des natures différentes.
Ainsi seront successivement abordées dans un premier temps les pouvoirs réels du juge
électoral dans le contentieux des élections (Chapitre I) avant de montrer dans un second temps
les pouvoirs extensifs du juge électoral dans le contentieux des élections (Chapitre II).

7
CHAPITRE I : Les pouvoirs réels du juge dans le contentieux des élections

La réapparition et la redynamisation du rôle du juge, partant du juge électoral, est un


fait établi aujourd’hui en Afrique francophone, depuis les transformations constitutionnelles
intervenues dans les années 90. Ainsi le juge constitutionnel tout comme le juge administratif
sont de plus en plus sollicités. Ils sont invités à accompagner la balbutiante démocratie élective
africaine16 dans un contexte où l’héritage du parti unique est encore fortement prégnant, et où
la culture démocratique des institutions (y compris du juge) est elle-même à bâtir17.

Cette invitation a permis au juge électoral d’intervenir dans le domaine du règlement


des différends entre les institutions, dans la protection des droits humains, ou encore dans le
contrôle de la régularité des élections. Sur ce dernier aspect, avec la multiplication des
échéances électorales intervenues depuis les années 90 jusqu'à aujourd'hui, le juge électoral a
eu à rendre plusieurs décisions. Celles-ci, somme toutes modestes, sont parfois nécessaires pour
redonner confiance aux acteurs politiques et, partant, favoriser la consolidation démocratique.

En vérité, le juge électoral joue un rôle déterminant dans le processus électoral d’où son
invitation dans les opérations électorales repose sur des bases juridiques. En effet, le juge
électoral en Afrique a une compétence établie dans la gestion du contentieux des élections

16
OLINGA.A.D., « L’Afrique en quête d’une technique d’enracinement de la démocratie constitutionnelle », in
KAMTO, M., (Dir.) L’Afrique dans un monde en transition ; Dynamique ; marginalisation internationale ? Paris,
Afredit, 2010, pp.165-186.
17
OLINGA. A.D. « Justice constitutionnelle et contentieux électoral : quelle contribution à la sérénité de la
démocratie élective et à l’enracinement de l’Etat de Droit ? Le cas du Cameroun ». Communication faite à la
Conférence Panafricaine des Cours Constitutionnelle et Institutions Comparables sur le Renforcement de l’Etat de
Droit et la Démocratie à travers la Justice Constitutionnelle. Marrakech (Maroc) 26-28 Novembre 2012.

8
nationales tel qu’il est consacré par les dispositions constitutionnelles18 et législatives19. Les
constituants et les législateurs ont non seulement donné compétence au juge de connaître les

18
Au Sénégal c’est l’articles 32 de la Constitution sénégalaise qui dispose « Les Cours et Tribunaux veillent à la
régularité de la campagne électorale et à l'égalité des candidats pour l'utilisation des moyens de propagande, dans
les conditions déterminées par une loi organique. » ; article 35 de la constitution sénégalaise dispose que « Les
Cours et Tribunaux veillent à la régularité du scrutin dans les conditions déterminées par une loi organique.
La régularité des opérations électorales peut être contestée par l'un des candidats devant le Conseil constitutionnel
dans les soixante-douze heures qui suivent la proclamation provisoire des résultats par une commission nationale
de recensement des votes instituée par une loi organique.
Si aucune contestation n'a été déposée dans les délais au greffe du Conseil constitutionnel, le Conseil proclame
immédiatement les résultats définitifs du scrutin.
En cas de contestation, le Conseil statue sur la réclamation dans les cinq jours francs du dépôt de celle-ci. Sa
décision emporte proclamation définitive du scrutin ou annulation de l'élection.
En cas d'annulation, il est procédé à un nouveau tour du scrutin dans les vingt et un jours francs qui suivent. » et
l’article 92 qui dispose que « Le Conseil constitutionnel connaît de la constitutionnalité des lois et des engagements
internationaux, des conflits de compétence entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif, ainsi que des
exceptions d'inconstitutionnalité soulevées devant la Cour d'Appel ou la Cour suprême.
Le Conseil constitutionnel peut être saisi par le Président de la République pour avis.
Le Conseil constitutionnel juge de la régularité des élections nationales et des consultations référendaires et en
proclame les résultats ».
19
Pour les élections présidentielles c’est l’article 123 alinéa 1 de la Loi n°2021‐35 du 23 juillet 2021 portant
Code électoral qui dispose que « La déclaration de candidature est déposée au Greffe du Conseil constitutionnel,
dans les délais fixés par l’article 29 de la Constitution, par le mandataire du parti politique, de la coalition de partis
politiques ou de l’entité indépendante qui a donné son investiture
Dès le dépôt des dossiers de déclaration de candidature, le Conseil constitutionnel organise le contrôle et la
vérification des listes de candidatures recevables suivant l’ordre de dépôt, conformément aux dispositions de
l’article 57 alinéa 13 du Code électoral. A cet effet, le Conseil constitutionnel peut mettre en place un dispositif de
vérification des parrainages en présence des représentants des candidats. Les modalités de fonctionnement de ce
dispositif sont fixées par le Conseil constitutionnel » ; l’article 125 qui dispose que « Pour s’assurer de la validité
des candidatures déposées et du consentement des candidats, le Conseil constitutionnel fait procéder à toute
vérification qu’il juge utile » ; l’article 126 qui dispose « A l’issue de l’instruction, le Conseil constitutionnel
procède, au plus tard, quarante-trois jours avant le premier tour du scrutin, à la notification, aux mandataires
concernés, des dossiers déclarés invalides à cause d’un parrainage sur plus d’une liste, si ce fait va entrainer la non
obtention du minimum requis de 0,8 % des électeurs inscrits au fichier et ou du minimum d’électeurs requis par
région et dans au moins sept régions.
Le cas échéant, le mandataire dispose de quarante-huit heures pour régulariser en remplaçant le ou les parrains
invalidés. Au plus tard trente-cinq jours avant le scrutin, le Conseil constitutionnel procède à la publication de la
liste des candidats. Cette publication est assurée par l’affichage et par tout autre moyen qu’il estime opportun et
nécessaire ; l’article 127 qui dispose « Le droit de réclamation contre la liste des candidats est ouvert à tout
candidat. Les réclamations doivent parvenir au Conseil constitutionnel avant l’expiration des quarante-huit heures
qui suivent le jour de l’affichage de la liste des candidats. Le Conseil constitutionnel examine ces recours et statue
sans délai. Le Conseil constitutionnel fait procéder en outre à toute autre publication qu’il estime opportune » et
l’article 128 qui dispose que « Lorsqu’il est nécessaire de procéder à un deuxième tour de scrutin, les retraits
éventuels de candidature sont portés à la connaissance du Conseil constitutionnel par les candidats vingt-quatre
heures au plus tard après la proclamation définitive des résultats du scrutin. Le Conseil constitutionnel arrête et
publie, dans les conditions prévues à l’article L.126 la liste des deux candidats admis à se présenter au second
tour ». Pour la campagne électorale c’est l’article 130 qui dispose que « La Cour d’Appel de Dakar veille à l’égalité
entre les candidats. Saisie par la CE.N. A ou par un candidat, elle intervient, le cas échéant, auprès des autorités
compétentes pour que soient prises toutes les mesures susceptibles d’assurer sans délai cette égalité.

9
différends issus des élections, ils lui ont aussi donné une habilitation pour contrôler en amont
certains actes électoraux.

C’est cette habilitation qui lui permet de s’immiscer dans l’organisation des élections.
Cette immixtion fait que le juge électoral apparaît comme « juge » et « partie ». En effet, les
dispositions constitutionnelles reconnaissent au juge la compétence, il est dit qu’il doit « veiller
à la régularité des élections, d’examiner les réclamations et de statuer sur les irrégularités qu’il
aurait pu, par lui-même, relever et de proclamer les résultats du scrutin ».

C’est à l’aune de toutes ces considérations, qu’il sera judicieux d’exposer d’une part,
les pouvoirs classiques du juge électoral dans le contentieux des élections (section I) et d’autre
part d’analyser les pouvoirs modernes du juge électoral dans le contentieux des élections
(section II).

Section I : Les pouvoirs classiques du juge dans le contentieux des élections


Un pouvoir qui ne connaît point de contrôle risque de devenir tyrannique. Un contrôle
sur le pouvoir souverain risque de devenir hégémonique, pour se substituer alors au souverain
et devenir tyrannique à son tour. Délicat dilemme que celui du contrôle d’un pouvoir considéré
comme tout puissant : s’il est tout puissant, il ne saurait être contrôlé, mais s’il n’est pas
contrôlé, il ne saurait être un pouvoir équilibré. Afin d’éviter que le dilemme ne se transforme
en paradoxe, il faut donc renoncer à l’un des éléments composant les prémisses. Soit le pouvoir
demeure tout puissant et il n’est pas équilibré mais tyrannique. Soit il est équilibré et il n’est
pas tout puissant mais limité20.

En droit, l’évolution s’impose d’elle-même : le droit étant un phénomène de limitation,


un pouvoir, fût-il souverain, ne saurait être tout puissant, dès lors qu’il connaît un fondement
juridique. Par conséquent, le pouvoir juridiquement souverain, réglementé par le droit et issu
de la norme constitutionnelle, est par définition un pouvoir limité, ne serait-ce que par cette
norme constitutionnelle qui l'institut. Et, s’il est limité, il peut être contrôlé. Portalis nous

Saisie d’une réclamation, la Cour d’Appel peut en cas de besoin, adresser des injonctions aux autorités concernées
ou au candidat dont l’attitude est incriminée. La Cour d’Appel veille à la régularité de la campagne électorale. Ses
arrêts en la matière ne peuvent faire l’objet d’aucun recours ».

20
J.P. DOROSSIER « En guise d’introduction : réflexion sur le pouvoir électoral ». In: Annuaire international de
justice constitutionnelle, 34-2018, 2019. Égalité, genre et constitution - Populisme et démocratie. pp. 15-21;
https://www.persee.fr/doc/aijc_0995-3817_2019_num_34_2018_2679 consulté à 15H

10
enseignait ainsi que « la justice est la première dette de la souveraineté »21 : le souverain doit
rendre justice et c’est en son nom que justice doit être rendue. Mais afin de ne point verser dans
la tyrannie, le souverain lui-même doit se subordonner à la justice. Voici résolu le dilemme
initial, mais au profit d’une autre interrogation, car il reste à déterminer qui est en mesure de
contrôler le souverain, sans usurper la souveraineté. Pour l’éviter, on a longtemps opté, au
moins en Europe et dans son histoire parlementaire, pour un contrôle du souverain par lui-
même, au risque de le transformer en schizophrène : une personnalité pour exercer la
souveraineté, une autre pour la contrôler.

En vérité les élections nationales tout comme celles locales sont purement politiques
mettant en compétition des acteurs politiques. Cependant cette compétition décorée des
ambitions titanesques est loin de se réaliser sans trouble. Autrement dit cette compétition
électorale est litigieuse dont la nécessité de faire appel ou d’inviter un acteur qui n’a point une
casquette politique. Cet acteur déterminant jouant un rôle d’arbitre dans la compétition
électorale ne rien d’autre que le juge électoral. Ce dernier dispose des prérogatives océaniques
pour régler d’éventuels conflits qui naîtront entre les acteurs politiques dans le processus
électoral.

Les pouvoirs classiques du juge électoral dans le contentieux des élections se distinguent
comme suite : d’une part, le juge électoral dispose des pouvoirs de droit commun dans le
contentieux des élections (paragraphe I) et d’autre part, qu’il dispose des pouvoirs spéciaux
dans le contentieux des élections (paragraphe II).

Paragraphe I : Les pouvoirs de droit commun du juge électoral dans le


contentieux des élections
Parmi les mouvements juridiques du XX siècle identifiables à la fois dans le droit positif et
dans les discours de la doctrine, la « juridicisation »22 du politique est l’un des évènements le
plus marquants. Pouvant être définie comme l’appréhension progressive par des règles de droit
de matières traditionnellement réservées à la discrétion du personnel politique, ce mouvement
a progressivement investi plusieurs champs parmi lesquels les droits et libertés, l’action
publique, l’activité législative, ainsi que la matière politique par excellence : les élections. S’il
est possible en droit comparé, d’en faire le constat, ce mouvement, souvent annoncé comme un

21
PORTALIS, Discours préliminaire du premier projet de Code civil », 23 frimaire an X (14 décembre 1801).
22
B. JEANNEAU, « juridicisation et actualisation de la Déclaration des droits de 1789 et son influence sur les
constitutions », RIDC, n°42-2, 1990, p.637, définir la juridicisation comme « la transformation d’un principe
philosophique ou politique en une règle juridique sanctionnable ».

11
fait accompli23, ne s’est pas imposé sans résistance. La soumission à des règles de droit
impliquant l’intervention du juge, la juridicisation de la matière électorale s’est heurtée tant à
la tradition parlementaire qu’à la réserve des juges eux-mêmes, faisant naître le doute quant à
la légitimité (politique) de ces derniers pour s’immiscer dans un domaine si lié à l’exercice du
pouvoir. Dans le même temps, la régularité du scrutin, moment central dans la vie
démocratique, devient de plus en plus un aspect de l’état de droit. Récemment la commission
de Venise, ou commission européenne pour la démocratie par le droit, s’est saisi de la question
du contentieux électoral, estimant, selon les mots de Jean-Claude Collard, rapporteur lors d’un
séminaire sur la question, que « toutes les phases de l’opération électorale doivent être soumises
au droit, et par là même au juge, le respect du droit étant en fin de compte garanti par
l’intervention d’un juge amené à corriger voir à annuler24. A cet effet, dans l’exercice de ses
fonctions dans le contentieux des élections, le juge électoral se voit attribuer des prérogatives
de droit commun à savoir d’une part, le pouvoir d’annulation du scrutin (A) et d’autre part, le
pouvoir de réformation ou de modification du scrutin (B).

A. Le pouvoir d’annulation du juge des élections du scrutin


En Afrique, depuis la généralisation du multipartisme dans les années 1990, le contentieux
postélectoral constitue la pierre angulaire des fonctions contentieuses du juge électoral. A
l’issue des opérations électorales, tous les esprits sont fixés sur le juge électoral en raison des
dénonciations (fondées ou non) de fraudes commises lors du scrutin. Le juge se voit submergé
de recours électoraux contestant la régularité ou la sincérité du scrutin.

Le contentieux des résultats domine largement le contentieux postélectoral. En effet, les


opérations de vote et de dépouillement font toujours l’objet de vives contestations, car elles
restent décisives pour l’issue du scrutin. Les irrégularités commises lors des opérations de vote
ou du dépouillement doivent faire l’objet d’un examen minutieux.

En vérité, les opérations électorales sont de plus en plus polluées par des comportements
irréguliers au regard de la loi électorale. Il est banal de le constater comme d’expliquer, en
partie, ce phénomène par la multiplication des exigences imposées par un législateur, de plus
en plus pointilleux, pour en assurer la moralité, la transparence et la sincérité. « Mais, comment
ne pas relever, après bien d’autres auteurs, le paradoxe entre, d’une part, la fréquente

23
D.ROUSSEAU, « la juridicisation de la politique n’est ni une illusion, ni le produit d’une volonté de puissance
des constitutionnalistes ; elle est bel et bien une réalité », Droit du contentieux constitutionnel, LGDJ, 2016, p.490
24
https://www.venise.coe.int/webforms/documents/default.aspx2.pdffile=CDL-UD(2005)008-f.

12
méconnaissance des prescriptions électorales et, d’autre part, le pourcentage fort modeste des
annulations, en nombre inversement proportionnel à la grandeur des circonscriptions »25.
Certains y voient, à juste titre, l’une des causes du discrédit croissant des citoyens pour la chose
publique, et de la renonciation de l’électeur à prendre part à un processus pourtant essentiel à
la vie de la démocratie. De ce fait, en matière d’élection tous les moyens étant souvent jugés
bons pour l’emporter coûte que coûte, il en est résulté un durcissement de la compétition
électorale, ainsi qu’un détournement du processus électoral. Longtemps seul, ou presque, en
première ligne, le juge électoral n’a pu que constater une telle dérive, sans pouvoir
véritablement l’endiguer. Pire, faute d’avoir à sa disposition une force de dissuasion efficace,
la nature même de sa fonction de contrôle en a été bouleversée. Devenu un simple juge de la
sincérité des opérations électorales, il en est réduit, de plus en plus souvent, à blâmer les
comportements irréguliers qu’il ne peut, faute de pouvoirs, sanctionner. Il n’est d’ailleurs même
pas du tout certain, qu’il parvienne à assurer efficacement cette fonction minimale26.C’est à
l’aune de toutes ces considérations que le constituant et le législateur ont jugé nécessaire
d’attribuer des véritables prérogatives au juge électoral notamment le pouvoir d’annuler le
scrutin.

Qu’est-ce que le pouvoir d’annulation du scrutin ? Le pouvoir d’annulation du scrutin est


ce pouvoir que le juge des élections dispose durant les différentes phases du scrutin pour
remettre en cause la victoire d’un candidat remportant les élections. Ce pouvoir tire son
fondement sur des dispositions constitutionnelles27 et législatives28. Au regard de ces

25
J.-Y. Vincent et M. de Villiers, Code électoral annoté, Litec, 1999, p. XVII.
26
J.M. DUVAL, « La sanction des comportements irréguliers relevés au cours des opérations électorales », Dans
Revue Française de Droit constitutionnel 2001/4 (n°48), p.825-846.
27
Art. 35 de la Constitution du Sénégal dispose que « Les Cours et Tribunaux veillent à la régularité du scrutin
dans les conditions déterminées par une loi organique.
La régularité des opérations électorales peut être contestée par l'un des candidats devant le Conseil constitutionnel
dans les soixante-douze heures qui suivent la proclamation provisoire des résultats par une commission nationale
de recensement des votes instituée par une loi organique.
Si aucune contestation n'a été déposée dans les délais au greffe du Conseil constitutionnel, le Conseil proclame
immédiatement les résultats définitifs du scrutin.
En cas de contestation, le Conseil statue sur la réclamation dans les cinq jours francs du dépôt de celle-ci. Sa
décision emporte proclamation définitive du scrutin ou annulation de l'élection.
En cas d'annulation, il est procédé à un nouveau tour du scrutin dans les vingt et un jours francs qui suivent ».

28
Art.LO.197 de la loi n°2021-35 du 23 juillet 2021 code électoral du Sénégal dispose que « Le Conseil
constitutionnel statue sur la requête dans les cinq jours qui suivent son dépôt. Son arrêt emporte proclamation
définitive ou annulation de l’élection. En cas d’annulation, il est procédé à un nouveau scrutin dans les vingt et un
13
dispositions constitutionnelles et législatives, il est établi en claire que le juge électoral à la
faculté d’annuler des élections de quelque nature que ce soit.

La circonstance qu’une ou plusieurs irrégularités ou manœuvres aient été commises ne conduit


pas automatiquement à l’annulation de l’élection. Le juge apprécie, au cas par cas, si la sincérité
du scrutin a pu être affectée. Afin d’apprécier cette incidence, il met en regard la gravité,
l’ampleur et les répercussions potentielles de ces irrégularités avec l’écart des voix. Lorsque,
compte tenu du faible écart des voix ainsi que de la nature et de l’ampleur de la manœuvre, de
l’irrégularité ou de l’abus de propagande en cause, le juge estime que la sincérité du scrutin a
été viciée, il annule en principe l’élection.

A titre d’illustrations, ont ainsi pu entraîner l’annulation du scrutin, compte tenu de


l’écart des voix, la diffusion d’un tract mensonger, diffamatoire ou injurieux excédant les
limites de ce qui est admissible dans le cadre de la polémique électorale et auquel il n’a pu être
utilement répondu29 (CE, 13 décembre 1989, Élections municipales d’Aulnat, n° 108662), un
climat de violence ayant troublé la sérénité des opérations électorales et conduit à des pressions
sur les électeurs (CE, 22 février 2002, Élections municipales de Sainte-Anne, n° 236226), ou
encore des interventions officielles de l’autorité municipale en faveur d’un candidat aux
élections cantonales (CE, 6 mai 1983, R., n° 43098). Par ailleurs, le juge peut être conduit à
annuler l’élection d’un candidat pour des motifs tenant à la personne de celui-ci. Tel est le cas
lorsque le juge annule l’élection d’un candidat inéligible ou en situation d’incompatibilité. Se
trouvent par exemple inéligibles au conseil départemental, à raison de leurs fonctions, un agent
de police municipale, qui est frappé par l’inéligibilité prévue par le 6° de l’article L. 195 du
code électoral français à l’égard des fonctionnaires des corps actifs de police30.

En vérité, il existe une hypothèse marginale. Cette hypothèse est réservée à des cas très
résiduels, où la juridiction caractérise un vice substantiel : dans un tel cas, elle annule les
élections en cause sans être tenue de s'interroger sur l'incidence des irrégularités commises sur
la sincérité du scrutin. A titre d'exemple, l'absence de signature de candidats sur la déclaration
enregistrée en Préfecture. En dehors de ces cas, l'annulation des élections repose sur un
mécanisme original, propre aux élections : dans la majorité des cas, il ne suffit pas que le juge

jours qui suivent ». Ainsi l’art.L.263 alinéa 1 dispose que « La Cour d’Appel statue en premier ressort dans le délai
d’un mois à compter de l’enregistrement de la requête en annulation des opérations électorales au greffe de la Cour
d’Appel. En cas de renouvellement général des conseillers départementaux, ce délai est porté à trois mois ».
29
CE, 13 décembre 1989, Élections municipales d’Aulnat, n° 108662
30
CE, 25 septembre 1995, Elections cantonales de Sainte-Luce, n° 160080
14
constate qu'une irrégularité a été commise, ou un acte illégal, pour annuler une élection. Le juge
recherche in concerto l'incidence de cette irrégularité sur la sincérité et les résultats du scrutin.
Ainsi, il faut noter que le pouvoir d’annulation dont dispose le juge électoral se traduit le plus
souvent par l’annulation totale et dans leur ensemble des opérations électorales, mais il peut
quelquefois s’agir d’une annulation partielle ou ponctuelle de ces opérations.

Pour l’annulation partielle ou ponctuelle du scrutin, ce cas se produit presque


constamment à l’occasion du traitement contentieux de l’élection présidentielle. Les
annulations partielles concernent généralement certains bureaux de vote dont l’irrégularité des
opérations de vote est avérée. C’est ce que souligne Kossi SOMALI lorsqu’il soutient que le
juge constitutionnel, « en sa qualité de juge suprême de la validité de l’élection présidentielle
(…) [peut] annuler des suffrages au niveau de certains bureaux de vote, eu égard à l’importance
et à la gravité des irrégularités relevées ». 31 Loin de nous l’idée d’en contester le bien-fondé
lorsque, par exemple, utilisant une formule très forte, le Conseil juge en 2002 que la mise à la
disposition des électeurs, par l’autorité même chargée des opérations électorales dans une
commune, d’un dispositif symbolique de « décontamination » ou« pédiluve »32 au voisinage
immédiat du bureau de vote de la commune et l’organisation d’un simulacre de vote invitant
les électeurs à désigner un candidat ne figurant pas au second tour sont incompatibles avec la
dignité du scrutin et ont été de nature à porter atteinte au secret du vote ainsi qu’à la liberté des
électeurs33. Une jurisprudence florissante illustre des cas d’annulations partielles. Il en est ainsi
de la décision du Conseil constitutionnel sénégalais du 10 mars 2000 portant proclamation des
résultats du premier tour de l’élection présidentielle du 27 février 2000 34. En l’espèce, le juge
constitutionnel sénégalais a considéré que l’absence de la liste d’émargement au début des
opérations électorales est une violation de la loi de nature à entraîner l’annulation les suffrages
émis dans le bureau de vote mis en cause. Dans cette même décision, le Haut conseil a considéré
que l’absence de publication et de notification de l’arrêté de nomination des membres des

31
K. SOMALI, « Les élections présidentielles devant le Conseil constitutionnel ». Etude de cas des Etats d’Afrique
noire francophone », RDP, n°5, 2013, pp. 1305 et 1306.
32
Bassin creusé dans le sol, contenant de l'eau additionnée d'un désinfectant, dans lequel on fait passer les animaux
pour les traiter en cas de maladie contagieuse
(https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/p%C3%A9diluve/58958#:)
33
Cons constitutionnel., déc. n° 2002-111 PDR du 8 mai 2002, Décision portant proclamation des résultats de
l’élection du Président de la République, J.O. 10 mai, p. 9084, Rec., p. 114 : LPA,24 juin 2002, n° 125, p. 11, note
J.-P. Camby ; RDP, 2002, p. 615 (annulation des suffrages exprimés dans cette commune).
34
Conseil constitutionnel du Sénégal, Décisions n°71/2000-Affaires n°4 à 11/E/2000 du 10 mars 2000 portant
proclamation des résultats du premier tour de l’élection présidentielle du 27 février 2000.

15
bureaux de votes par les autorités administratives dans les délais prescrits par la loi électorale
entraîne l’annulation des résultats du bureau de vote incriminé. Dans une autre décision, la
juridiction constitutionnelle du Sénégal a considéré que l’entorse au principe du libre accès au
bureau du vote et le refus systématique des Présidents de bureaux de vote de contrôler l’identité
des électeurs sont des motifs suffisants pouvant justifier l’annulation des bureaux de vote mis
en cause35. Au Bénin, Conceptia D. OUINSOU nous renseigne que la Cour constitutionnelle
du Bénin, en sa qualité de juge souverain de la validité et garante de la régularité des élections,
opère, suite à l’examen des réclamations, des annulations de vote jugées nécessaires au niveau
de certains bureaux de vote36. Une abondante jurisprudence de la Haute Cour illustre cette
affirmation37.

Par ailleurs, le recours à des annulations partielles est également utilisé par le juge
constitutionnel français. C’est ce qui ressort de la décision du Conseil constitutionnel français
du 12 mai 2012.Dans cette décision, le Conseil constitutionnel français a considéré que dans
plusieurs bureaux de vote de Papeete (Polynésie Française), qu'il n'a pas été procédé au
dépouillement des votes conformément aux prescriptions de la loi électorale. Selon le Haut
conseil constitutionnel français, cette irrégularité était de nature à entraîner des erreurs et
pouvait favoriser des fraudes ; « que, devant cette méconnaissance de dispositions destinées à
assurer la sincérité du scrutin, il y a lieu d'annuler l'ensemble des suffrages émis dans ces
bureaux de vote ».38

En ce qui concerne l’annulation totale du scrutin, cela est prononcée lorsque la sincérité
du scrutin39 a été altérée ou, ce qui revient pratiquement au même, lorsque les résultats du
scrutin ont été faussés. Or, pour apprécier si la sincérité du scrutin a été altérée et en conclure

35
Conseil constitutionnel Sénégalais, décision n°42/98- Affaires n°12 à 29/E/98 du 08 juin 1998 portant
proclamation des résultats des élections législatives.
36
C.D. OUINSOU, « La gestion du contentieux des élections présidentielles et législatives », op.cit., p. 405.
37
Voir décisions de la Cour constitutionnelle de la République du Bénin portant proclamation des résultats des
élections : Cour constitutionnelle du 10 mars 1996 portant proclamation de l’élection présidentielle du 03 mars
1996 ; Décision Cour constitutionnelle portant proclamation des résultats de l’élection présidentielle du 04 mars
2001 ; Décision Cour constitutionnelle portant proclamation des résultats définitifs de l’élection présidentielle du
19 mars 2006 ; Décision Cour constitutionnelle du 23 mars 1996 portant proclamation de l’élection présidentielle
du 18 mars 1996, Décision Cour constitutionnelle du 01er avril 1996 portant proclamation des résultats définitifs
du 18 mars 1996(…).
38
Conseil constitutionnel français, Décision n° 2012- 154 PDR du 10 mai 2012
39
V. sur ce point le dossier « La sincérité du scrutin », dans Les Cahiers du Conseil constitutionnel, janv. 2003,
n° 13, contributions coordonnées par Richard Ghévontian, auteur de l’étude « La notion de sincérité du scrutin »,
p. 63-68.
16
que l’élection du parlementaire doit être invalidée, le Conseil constitutionnel (comme le Conseil
d’État d’ailleurs) a recours à une palette de critères que l’on voudrait brièvement revisiter : à
côté du critère dit de « l’écart de voix », coexistent d’autres critères d’appréciation de l’atteinte
à la sincérité du scrutin. Le critère tiré du différentiel ou de l’écart de voix entre les candidats
élus et battus est, quoi qu’on en dise, cardinal car, d’une part, c’est celui auquel se réfère le plus
communément le juge de l’élection. En effet, sa portée est donc générale. Il s’agit d’un critère
« rustique et robuste », pour reprendre les termes de Fabien Raynaud et Pascale Fombeur40,
rustique sans doute parce qu’il été créé et mis en œuvre par le Conseil d’État dès le milieu du
XIX siècle et qu’il n’a cessé et ne cesse de se déployer en 2012-2013, « robuste » aussi et sans
doute, par la volonté des juges des élections de l’appliquer avec constance. Il constitue en réalité
un véritable dogme jurisprudentiel que nous voudrions ici sommairement revisiter au risque de
paraître hérétique et d’être frappé d’excommunication républicaine41.
A l’analyse, avec toute lucidité, dans ces deux branches : grand écart de voix ; faible
écart de voix, ce critère n’est pas aussi satisfaisant qu’il n’y paraît, alors même que toute
référence arithmétique, mathématique dans un contentieux est censée constituer un élément
voire un gage d’objectivité qui fonde la décision du juge.
Tout d’abord, le grand écart de voix, sur le plan des principes, rien ne s’oppose admettre
qu’un scrutin ne soit pas vicié et que l’élu proclamé reste en fonctions lorsque plusieurs
centaines, plusieurs milliers de voix séparent le candidat élu de son adversaire malchanceux.
Pour illustration, telle est bien la position de la Haute instance dans le contentieux des élections
législatives de 2007, étant toutefois observé, sur la base d’une étude à paraître dans les Mélanges
en l’honneur du doyen Jean-Claude Masclet42, qui sont considérés comme grands des écarts
entre les candidats supérieurs à 148 suffrages.
Ensuite, le faible écart de voix, pour le Conseil constitutionnel, un faible écart de voix
est un nombre susceptible de varier entre 59 et 147 suffrages. Sur les 23 décisions dans
lesquelles la Haute instance s’est référée au critère de l’écart de voix dans le contentieux des

40
F. Raynaud et P. Fombeur, « Élection des exécutifs régionaux », AJDA, 1999, p. 135
41
B. MALIGNER, « Le Conseil constitutionnel, juge des opérations et des finances électorales », Dans Les
Nouveaux Cahiers du Conseil constitutionnel 2013/4 (N° 41), pages 47 à 98
42
Qu’il soit permis de renvoyer à B. Maligner, « Qu’est-ce qu’un faible écart de voix dans la jurisprudence
électorale récente du Conseil d’État et du Conseil constitutionnel ? », Mélanges en l’honneur du doyen J.-C.
Masclet, Éd. De La Sorbonne, à paraître en juin 2013.

17
élections législatives de 2007, il faut noter que, dans une seule décision seulement43, l’écart de
voix a été jugé « fiable » pour que le scrutin concernant cette circonscription soit invalidé.
Par ailleurs, l’invalidation totale d’une élection est un acte grave ; parce qu’elle signe
l’échec circonstanciel de la démocratisation, elle ne peut être que la sanction exceptionnelle
d’irrégularités majeures et massives, de fraudes de grande ampleur et/ou d’anomalies
substantielles. C’est bien ainsi que l’entendent les juridictions constitutionnelles africaines. En
1995, au Bénin, le scrutin législatif a été annulé dans le Borgou, au motif que « les irrégularités
qui y ont été commises, par leur nombre et leur gravité, retirent au scrutin tout caractère de
sincérité », ainsi qu’à Cotonou, circonscription acquise au parti présidentiel, où se présentait
l’épouse du Chef de l’État, en raison du « retard anormal » de deux semaines accusé pour la
transmission des documents électoraux44. En 2002, au Cameroun, les élections législatives ont
été totalement invalidées dans neuf circonscriptions, notamment pour « falsification » des
chiffres par une commission électorale et acheminement tardif de bulletins de vote d’un parti,
ne comportant pas les noms des candidats officiellement retenus.
Par conséquent, l'annulation partielle ou totale emporte l'organisation de nouvelles
élections. Il est fait exception à ce principe, en matière d'annulation partielle d'élections frappant
un candidat de liste, lorsque, dans les scrutins de listes bloquées, la juridiction est en mesure de
proclamer élu le candidat suivant celui qui a été écarté.

En vérité force est de constater que, fréquemment sollicitée par les perdants,
l’annulation intégrale, à l’échelle nationale, des élections législatives et présidentielle a peu de
chances d’être prononcée, même en cas de menace de crise grave ; et que le juge, pris dans la
tourmente électorale, est, en partie, prisonnier d’un système qui le dépasse et l’empêche de
rendre, en tout temps, la « bonne » décision. Ainsi, la Cour constitutionnelle du Mali a annulé,
à bon droit, les opérations électorales des élections législatives du 13 avril 1997 sur tout
l’étendue du territoire national, au motif principal que « aucune liste électorale » ne lui avait
été « fournie pour se prononcer sur la régularité et la sincérité » desdites opérations45.
Seulement, elle a validé d’office en l’absence de toute réclamation l’élection présidentielle du

43
Cons Constitutionnel., déc. n° 2007-3888/3967 AN du 29 nov. 2007, A.N., Eure-et-Loir (1 circ.), M Dominique
Chéron, M Françoise Vallet, J.O. 5 déc., p. 19674, Rec., p. 411 : AJDA,2008, p. 464, note B. Maligner ; LPA, 22
fév. 2008, n° 39, p. 15, note S. Lamouroux ; RDP, 2008, p. 1217, note J.-P. Camby.

44
Cour constitutionnelle du Bénin, Proclamation des résultats des élections législatives du 28 mars 1995 (16 avril
1995).
45
Cour constitutionnelle du Mali, Arrêt EL 97-046 CC du 25 avril 1997.

18
11 Mai suivant, en ne prenant acte du retrait de 8 des 9 rivaux du Président sortant que le jour
de la proclamation des résultats, où elle a considéré « comme nuls et non avenus les suffrages
exprimés en leurs noms »46. Cette même méfiance du juge électoral d’annuler le scrutin s’opère
dans la jurisprudence électorale sénégalaise ou le juge électoral s’enferme dans l’analyse de la
forme de la requête en déclarant irrecevable les différents recours pour éviter l’annulation. Pour
illustration en 2017 lors des élections législatives, le conseil constitutionnel avait déclaré
irrecevable la totalité des recours introduits par les opposants47.

En somme le juge des élections bénéficie des pouvoirs de droit commun notamment le
pouvoir d’annulation du scrutin mais également il est attribué d’un pouvoir de réformation ou
de modification du scrutin.

B. Le pouvoir de réformation ou de modification du juge des élections


En droit, la réformation est toujours définie de façon à renvoyer à deux hypothèses
distinctes. Il s’agit : d’une part, d’une « espèce d'information consistant, pour le juge d’appel, à
modifier en tout ou en partie la décision par ailleurs valable du premier juge », d’autre part,
d’une « modification par le supérieur hiérarchique d’un acte administratif émanant d’une
autorité inférieure ». Ainsi transposée cette définition en matière électorale, cela veut dire qu’en
cas d’anomalies caractérisées, le juge rectifie le nombre de voix obtenues par un candidat, il
peut dans ce cas attribuer à un candidat des suffrages et les soustraire à celui qui était
bénéficiaire de suffrages irréguliers. Sur la base de ces nouveaux calculs, il peut proclamer élus
certains candidats, au lieu et place d'autres candidats dont il annule l'élection. Mais il n'a le
pouvoir de le faire que si les éléments dont il dispose lui permettent de rétablir avec certitude
la volonté des électeurs. C’est de cette remarque que Bernand Maligner définit que la
reformation est cette prérogative du juge de la régularité électorale de « réviser, rectifier les
résultats du scrutin, ce qui peut le conduire à annuler l’élection d’un candidat, à proclamer élus
des candidats autres que ceux qui l’ont été par l’organe de recensement, voir à inverser les
résultats »48

46
Cour constitutionnelle du Mali, Proclamation des résultats des élections présidentielles du 11 Mai 1997 (24 mai
1997).
47
DÉCISION N° 5/E/2017 DU 14 AOÛT 2017 (N° D’ORDRE : 143 – AFFAIRES N° 6 À 14/E/17) DÉCISION
N° 5/E/2017 DU 14 AOÛT 2017 (N° D’ORDRE : 143 – AFFAIRES N° 6 À 14/E/17)

48
B. MALIGNER, « Des conditions d’exercice du pouvoir de réformation du juge de l’élection », in M. LONG,
G. DURRY, J. RIVERO et G. VEDEL(dir.), Droit administratif, Mélanges en l’honneur de René CHAPUS, Paris,
Montchrestien, 1992 p. 397.

19
En vérité, le pouvoir de réformation ou de modification du juge des élections détermine
réellement le pouvoir d’appréciation le plus étendu de la juridiction électorale. A cet effet, ce
n’est point un seul instant douteux qu’en matière des élections nationales : le Conseil
constitutionnel dispose du pouvoir de réformer les résultats de l’élection. Il tient cette
prérogative des dispositions de l’article 41 de l’ordonnance n° 58-1067 du 7 novembre 1958 en
France (Code électoral., art. L.O. 186), qui est clair : « Lorsqu’il fait droit à une requête, le
Conseil peut, selon les cas, annuler l’élection contestée ou réformer la proclamation faite par la
commission de recensement et proclamer le candidat qui a été régulièrement élu ».

Par ailleurs, les pouvoirs conférés au Conseil constitutionnel sont certainement


caractéristiques d’un contentieux de pleine juridiction. Or, s’il est exact que jamais jusqu’à
présent (au mois de mai 2013) le Conseil constitutionnel n’a procédé à la proclamation d’un élu
autre que celui qui l’avait été par la commission de recensement 49, peut-être « par révérence à
l’égard du suffrage universel »50, il n’a pas manqué dès lors que les conditions dont nous allons
faire état étaient réunies d’exercer son pouvoir de rectification ou, pour reprendre la formule de
Jean-Pierre Camby, de « correction des résultats »51.
En vérité, contrairement à ce que donne à penser ce texte et au vœu exprimé par certains
des meilleurs spécialistes de la matière qui souhaiteraient que la Haute instance réforme
l’élection (c’est-à-dire proclame élu un candidat autre que celui ou celle qui l’a été au lendemain
de l’élection) au lieu de l’annuler, notamment en cas de manœuvre particulièrement déloyale52,
en proclamant élu l’adversaire du parlementaire désigné par le suffrage universel. Ainsi le
Conseil constitutionnel n’est pas absolument libre d’user indifféremment de son pouvoir
d’annulation ou de réformation. Il ne peut user de son pouvoir d’annulation que dans le cas où
des irrégularités ou des faits considérés comme tels dénoncés dans la requête ont une incidence
indéterminée, non mesurable sur les résultats de l’élection53. A cet effet, il faut rappeler que le

49
B. MALIGNER, « Le Conseil constitutionnel, juge des opérations et des finances électorales », Dans Les
Nouveaux Cahiers du Conseil constitutionnel2013/4 (N° 41), pages 47 à 98
50
L. Touvet et Y.-M. Doublet, Droit des élections, Economica, Corpus Droit public, (dir.) D. de Béchillon, 2007,
préf. J.-C. Collard, n° 677, p. 555.
51
J.-P. Camby, Le Conseil constitutionnel, juge électoral, 5 éd., 2009, n 234 et s.
52
L. Favoureu et L. Philip, GDCC, 7 éd., p. 215 ; 13 éd., p. 211, n° 11 ; V. aussi Ghévontian, note au D., 2000,
Somm., p. 195 et RFDC, 1999, p. 148, sous Cons constitutionnel., déc. n° 98-2562/2568 AN du 3 fév. 1999, A.N.,
Bouches-du-Rhône (9 circ.), J.O. 5fév., p. 1886, Rec., p. 43 : AJDA, 1999, p. 245, note J.-D. Combrexelle.
53
Cons constitutionnel., déc. n° 93-1279 AN du 1 juill. 1993, A.N., Wallis-et-Futuna, J.O. 3 juill., p.9487,
tremblement de terre dans la nuit du 12 au 13 mars 1993, ayant limité les possibilités de déplacement d’une île à
l’autre. – perturbations n’ayant pas gravement nui au déroulement de la campagne ; difficultés rencontrées par tous
les candidats, Cons constitutionnel., déc. n° 93-1302 AN du 7 juill. 1993, A.N., Pyrénées-Orientales (7 circ.), J.O.
20
juge électoral n’utilise pas en principe son pouvoir de réformation ou de rectification non pas
d’une manière arbitraire mais seulement quand il est en mesure de déterminer avec précision
l’incidence d’une irrégularité, d’une manœuvre ou d’une fraude54, sur les résultats du scrutin.
En effet, la réformation n’intervient qu’à la suite des annulations partielles des résultats viciés
par des irrégularités. C’est à ce titre que le doyen PICHON nous enseignait qu’il est possible
pour le juge électoral « de procéder à cette réformation lorsqu’il dispose au dossier des éléments
lui permettant de refaire le décompte des voix, telles qu’elles auraient dû exister sans
l’irrégularité constatée. Dans une telle hypothèse, il substitue de nouveaux résultats à ceux qu’il
a annulés »55. Ainsi le juge électoral dans la mise en œuvre de son pouvoir de réformation ou
de rectification dans le contentieux des élections fait souvent référence à des techniques variées.
C’est dire que pour éviter l’usage abusif de ce pouvoir de réformation, le recours à celui-ci est
assujetti à des conditions strictes. A défaut de cet encadrement, soutient Bernard MALIGNER,
le juge de la régularité électorale pourrait être tenté d’un abus « de substituer [à sa guise] sa
propre décision à la proclamation faite par le bureau électoral à l’issue du scrutin et finalement
de remettre en cause la volonté du corps électoral »56.
Les techniques d’exercice du pouvoir de réformation sont certainement connues par les
spécialistes du contentieux électoral57, mais beaucoup moins par les néophytes. Il apparaît ainsi
que l’exercice du pouvoir de réformation se fait en deux temps, celui d’opérer les opérations
matérielles dans en premier lieu et celui de procéder aux rendements nécessaires et aux
annulations partielles dans un second temps. Lorsque le juge est en mesure de déterminer avec
précision l’incidence d’une ou plusieurs irrégularités sur le résultat de l’élection, il rectifie, en
principe58les résultats du scrutin dans des conditions différentes selon que les bénéficiaires ou

11 juill., p. 9858, attentat dont a été victime un candidat au 1tour à propos duquel il n’est pas établi qu’il ait eu
pour origine un mobile politique.
54
Ce qui permet d’indiquer au passage que l’adage « fraus omnia corrumpit », qui tendrait à faire croire que dans
ce cas l’élection est purement et simplement annulée, est inexact, dès lors que la fraude a un effet parfaitement
mesurable sur le résultat de l’élection.
55
C. PICHON, Droit des élections. Aspects juridiques et pratiques, JURIS-SERVICE, 1994, p.135.
56
B. MALIGNER, op.cit., p. 398.
57
V. J.-C. Masclet, Droit électoral, PUF, Coll. Droit fondamental, 1989, n 252 et s., p.358 à 362. Qu’il soit permis
de renvoyer aussi B. Maligner, Droit électoral, Coll. Cours magistral, Ellipses, 2007, n 846 et s.
58
Il faut réserver le cas où la modification à opérer est si mineure que le juge se dispense de rectifier expressément
: Cons constitutionnel., déc. n° 93-1184 AN du 30 sept.1993, A.N., Guyane (2 circ.), J.O. 12 oct., p. 14252, à
propos d’un électeur inscrit sur la liste électorale avant d’avoir acquis la nationalité française.

21
victimes de ces rectifications sont connus ou inconnus et que ces irrégularités se sont traduites
par l’émission de votes (cas le plus fréquent) ou l’absence de tout vote.
Pour s’en tenir à l’essentiel, dans la première hypothèse, c’est-à-dire si les bénéficiaires
ou victimes sont connus, la rectification s’opère par déduction réelle du nombre de suffrages
recueillis par les intéressés. Dans la seconde hypothèse (électeurs indûment empêchés de
prendre part au scrutin par exemple), la rectification des résultats ne peut évidemment être
qu’hypothétique et s’opère par adjonction ou addition au nombre des suffrages exprimés et à
celui des voix obtenues par le candidat malchanceux afin de s’assurer que l’élu conserve, en
tout état de cause, la majorité requise. Un exemple de l’exercice du pouvoir de réformation peut
être donné dans le défaut d’application des dispositions de l’article L. 64 alinéa 2 du code
électoral français aux termes duquel lorsqu’un électeur se trouve dans l’impossibilité de
signer59, l’émargement prévu par le troisième alinéa de l’article L. 62-1 est apposé par un
électeur de son choix qui fait suivre sa signature de la mention suivante « l’électeur ne peut
signer lui-même »60. En instituant cette formalité substantielle, le législateur a, on le sait,
entendu assurer l’authentification du suffrage de l’électeur se trouvant dans l’impossibilité de
signer lui-même la liste d’émargement. Si par exemple lors du scrutin, la mention en question
était apposée face aux noms de neuf électeurs sans être accompagnée de la signature d’un autre
électeur, ces neuf suffrages ont été exprimés dans des conditions non conformes à l’article L.
64 et doivent être soustraits de façon hypothétique tant du nombre de voix obtenues par le
candidat élu que du nombre total des suffrages exprimés61. De même, il y a lieu à soustraction
hypothétique d’un suffrage tant du nombre des suffrages obtenus par le candidat élu que du
total des suffrages exprimés lorsqu’une seule personne a été admise à voter deux fois (même
décision) et il y a également lieu à soustraction hypothétique tant du nombre des suffrages
exprimés que du nombre de voix recueillies par le candidat élu d’autant d’unités (en l’espèce
17) qu’il y a de procurations irrégulières, faute des signatures des mandants qui n’étaient pas

59
Article 80 alinéa 3 du code électoral sénégalais de 2021 dispose que « L’électeur qui, du fait de son handicap,
se trouve dans l’impossibilité de choisir un bulletin de vote, de l’introduire dans l’enveloppe ou de glisser celle-
ci dans l’urne est, sur sa demande, autorisé à se faire assister par un électeur de son choix ou par un membre du
bureau de vote.
60
Article 81 alinéa 4 du code électoral sénégalais de 2021 dispose que « Le vote de l’électeur est constaté par sa
signature ou, s’il ne sait pas signer, par l’apposition de l’empreinte digitale de l’un de ses doigts préalablement
roulés sur un encreur à tampon, sur la liste électorale en marge de son nom.
61
Cons constitutionnel., déc. n° 2007-3901 AN du 22 nov. 2007, A.N., Wallis-et-Futuna, Rec., p.397.

22
dans l’impossibilité de signer ces documents attestée par l’autorité devant laquelle ces
procurations ont été établies (même décision).
En vérité il faut admettre que selon le résultat de ces diverses opérations, l’élection est
le plus souvent confirmée62, mais pourrait être annulée si le candidat proclamé n'obtient plus la
majorité requise. Dans cette logique, la finalité de la réformation c’est la restitution de
l’exactitude volonté du corps électoral qui a été déviée par des irrégularités. Dans ce cas, la
réformation s’emploie à faire respecter la volonté populaire qui a été entachée par des
irrégularités. C’est dire que le pouvoir de réformation offre au juge électoral la possibilité
d’assumer les fonctions de juge supérieur de recensement de votes63 d’une part, et celle de
contrôle de l’exactitude des résultats d’autre part.
Enfin, en faisant une appréciation profonde sur le pouvoir de réformation ou de
rectification du juge électoral, on se rend compte tout de suite que ce pouvoir semble être un
pouvoir diffus dont son utilisation est source de conflit plutôt que de paix entre les acteurs
politiques. En effet, Les juridictions constitutionnelles africaines retiennent une conception
extensive de leur pouvoir de changer la proclamation primitive du verdict des urnes, à partir de
documents électoraux qu’elles revoient et corrigent, sur réclamations et/ou par elles-mêmes.
Cette conception s’exprime généralement par des formules du type « Après avoir, en sa qualité
de garante de la régularité des élections législatives, opéré diverses rectifications matérielles et
procédé aux redressements jugés nécessaires et aux annulations des votes au niveau de certains

62
Déductions hypothétiques et confirmation de l’élection (Cons constitutionnel., déc. n° 81-937AN du 5 nov.
1981, A.N., Haute-Corse (1 circ.), Rec., p. 184 : nombre d’émargements inférieur de deux unités au nombre des
votes à la suite d’un réarmement rapide d’une machine à voter ; déc. n° 93-1324 AN du 6 oct. 1993, A.N., Côte-
d’Or (3 circ.), J.O.9 oct., p. 14155). Déductions réelles et hypothétiques au profit du candidat élu et de son
adversaire ; maintien de l’élection (déc. n° 93-1277 AN du 30 sept. 1993, A.N., Morbihan (6 circ.), J.O. 12 oct.,
p. 14256). Déductions réelles, annulation de tous les suffrages émis en faveur d’un candidat ; maintien de l’élection
(déc. n° 93-1236 AN du 7 oct. 1993, A.N., Meurthe-et-Moselle (6 circ.), J.O. 14 oct., p. 14352 : bulletins
comportant le nom d’un suppléant différent de celui enregistré à la préfecture).Déduction de six unités du nombre
de voix recueillies par le candidat élu et du nombre des suffrages exprimés à la suite de différences (sensibles) de
signatures entre les deux tours ; l’écart de voix entre les deux candidats présents au 2 tour de scrutin s’établissant
au final à 82 suffrages (déc. n° 2012-4623 AN du 24 oct. 2012,A.N., Hérault (1 circ.), M. Claude Jean jan, J.O.
26 oct., p. 16658). Déduction de 39suffrages irrégulièrement exprimés (39 paraphes comportant des différences
très marquées entre les deux tours de scrutin) tant du total des suffrages exprimés que du nombre des voix
recueillies par le candidat proclamé élu (déc. n° 2012-4605 AN du 7 déc. 2012, A.N., Seine-et-Marne (7 circ.), M.
Rodrigue Kokouendo, J.O. 7 déc., p.19284). Déduction de 12 voix tant du nombre de suffrages obtenus par le
candidat proclamé élu, que du nombre total de suffrages exprimés ; l’écart de voix entre les deux candidats présents
au 2 tour de scrutin s’établit ainsi à 106 ; maintien de l’élection (déc. n° 2012-4588 AN du 7 déc. 2012, A.N., Pas-
de-Calais (11 circ.), M. Steeve Briois, J.O. 8 déc., p. 19281).
63
B. MALIGNER, « Des conditions d’exercice du pouvoir de réformation de juge de l’élection », op.cit., pp. 400

23
bureaux »64. Mais, il est regrettable que le juge de l’élection ne prenne pas toujours la peine de
détailler, dans le corps même de sa décision, les vices qu’il a relevés et sanctionnés,
circonscription par circonscription, bureau de vote par bureau de vote65; et qu’il se borne, trop
souvent, à dresser une liste générale souvent très impressionnante de violations substantielles
du droit électoral66, sans que les candidats et les électeurs soient dûment informés sur leur
matérialité et le lieu de leur commission67. En règle générale, l’ordre de classement des élus

64
Cour constitutionnelle du Bénin, Proclamation des résultats des élections législatives du 28 mars 1995 (16 avril
1995).
65
La Haute Cour constitutionnelle de Madagascar opte, traditionnellement, dans ses arrêts exemplaires, pour une
formule moins contraignante mais plus satisfaisante : elle distingue, dans les motifs, les opérations de contrôle
matériel des votes de celles du contrôle de légalité ; elle récapitule scrupuleusement ses conclusions, dans le
dispositif, qui indique le nombre de bureaux de vote où sont annulées les opérations électorales, la liste desdits
bureaux figurant en annexe.
66
Cour constitutionnelle du Bénin, Proclamation des résultats des élections législatives du 31 mars 2007 (7 avril
2007) : « Après avoir, en sa qualité de juge souverain de la validité des élections législatives, opéré diverses
rectifications matérielles et procédé aux redressements nécessaires ainsi qu’à des annulations de suffrages au
niveau de certains bureaux de vote ; […] il a été observé lors des opérations de vote un retard dans l’acheminement
du matériel électoral, un retard à divers degrés dans l’ouverture des bureaux de vote, mais rattrapé sur 1'heure
de clôture du scrutin, la rupture momentanée ou non des bulletins de vote entraînant une perturbation du scrutin
; […] les dysfonctionnements ainsi constatés dans l’organisation des opérations de vote n’ont cependant pas
entaché le bon déroulement des dépouillements ;
[…] il résulte néanmoins de l’examen de l’ensemble des documents électoraux que dans plusieurs bureaux de vote
des irrégularités ont été commises en violation des dispositions visées plus haut, notamment :
– absence des procès-verbaux de déroulement du scrutin et/ou des feuilles de dépouillement ;
– établissement des procès-verbaux de déroulement du scrutin et/ou des feuilles de dépouillement avec ratures et
surcharges ;
– contradiction entre les mentions portées sur les procès-verbaux et les feuilles de, dépouillement ;
– défaut de décomptes des voix au moyen de pictogrammes et/ou décomptes fantaisistes des voix en diminution ou
en augmentation sur les feuilles de dépouillement ;
– discordance entre le nombre de suffrages exprimés et le nombre des votants avec intention manifeste de fraude
;
– votes de mineurs ;
– tentative de bourrage d’urne ;
– absence d’isoloirs réglementaires compensée par l’installation d’isoloirs de fortune ;
– défaut d’annexion des bulletins nuls aux documents électoraux ;
– pression sur les électeurs ;
– défaut de mention d’identification des bureaux de vote ; […] toutes ces irrégularités commises en violation de
la Constitution et des lois électorales ne sont pas de nature à compromettre la régularité, la sincérité et la
transparence du scrutin ».
67
Cour constitutionnelle du Gabon, Décision n° 31/CC du 1er décembre 2005 de proclamation des résultats de
l’élection du Président de la République des 25 et 27 novembre 2005, où l’on lit « qu’à la suite de l’examen desdits
documents, la Cour a procédé à diverses rectifications d’erreurs matérielles, procédé aux redressements qu’elle
a jugés nécessaires et arrêté les résultats globaux ci-dessous ». Le contenu et l’ampleur de la réformation d’office
24
n’est pas modifié, à l’issue de l’opération de réformation, mais la proclamation définitive des
résultats rectifiés, qu’elle resserre les écarts de voix ou qu’elle les creuse, peut alimenter la
controverse au lieu d’y mettre fin. Par illustration à Madagascar, en 1998, le verdict de la Haute
Cour constitutionnelle officialisant la défaite, d’une courte tête, d’Albert Zafy (49,3 %),
Président destitué, face à Didier Ratsiraka (50,7 %), ex-Président de la République, a été plutôt
bien accepté ; en revanche, en 2002, la proclamation, à l’occasion d’une très longue et grave
crise électorale, de la victoire de Marc Ravalomanana a été très contestée et continue de l’être
par le vaincu officiel, Didier Ratsiraka. En 2001, c’est la réformation elle-même des résultats
qui a provoqué l’ire de l’opposition et a valu à la Cour constitutionnelle le sobriquet de « cour
des miracles ». Réfutant l’avance confortable en voix officiellement reconnue au Président
Kérékou68, ses concurrents Nicéphore Soglo, puis Adrien Houngbédji se sont retirés de la
compétition pour le second tour, obligeant la Cour constitutionnelle à régler « à chaud » une
situation non prévue par les textes69. Finalement, la Cour a été conduite à valider l’étrange
réélection de Mathieu Kérékou (83 %) face à Bruno Amoussou (16 %), son ministre d’État,
arrivé en quatrième position au premier tour. A l’analyse, il faut dire que l’exercice du pouvoir
juridictionnel de réformation, au lieu d’apporter une solution satisfaisante, acceptable par la
plus grande partie de la classe politique, peut donc être le catalyseur d’une crise électorale. En
effet, le risque grandit considérablement lorsque le juge, après avoir fait droit à des réclamations
ou procédé à des rectifications d’office, proclame l’élection d’un autre candidat que celui
désigné par la proclamation provisoire. Le cas s’est produit en Centrafrique, en 2006 : la Cour
constitutionnelle, tirant les conséquences de droit de permutations irrégulières de membres de
bureaux de vote ayant entraîné, à tort, des invalidations de suffrages, a déclaré élu député de la
circonscription de Bongandanga, avec 53,99 % des voix, le candidat initialement crédité de
48,85 % des voix70. La question se pose de savoir si une telle réformation, sanctionnant les
manquements d’une commission électorale locale, est souhaitable ou s’il ne vaudrait pas mieux
suivre l’exemple du Conseil constitutionnel français, qui n’en a jamais usé « sans doute par

échappent à tout regard extérieur. Par la suite, la Cour, par décision n° 2/CC du 5 janvier 2006, a procédé à une
autre réformation, contentieuse celle-là, et fort détaillée, pour modifier, à la marge – les résultats d’un seul bureau
de vote ont été annulés – sa proclamation.
68
La demande d’annulation du scrutin du 4 mars 2001, présentée par Nicéphore Soglo, candidat arrivé en seconde
position, a été rejetée par la Cour constitutionnelle, dans sa décision EL-P 01-049 du 15 mars 2001.
69
Voir Cour constitutionnelle du Bénin, Décisions EL-P 01-051 du 16 mars 2001, EL-P 01-053 du 17 mars 2001
et EL-P 01-054 des 17 et 18 mars 2001.
70
Cour constitutionnelle de Centrafrique, Décision n° 003/CC/06 du 23 juin 2006.

25
référence à l’égard du suffrage universel »71 ? Enfin, si l’utilité de la réformation ne fait aucun
doute, il convient de s’interroger sur la pertinence de taux officiels très élevés d’invalidation
jusqu’à un tiers des suffrages recensés, que l’on a pu observer au Bénin ou au Mali : du fait de,
l’annulation des résultats dans un nombre conséquent de bureaux de vote, des électeurs
parfaitement honnêtes n’auront pu, à leurs corps défendant, participer effectivement au choix
du ou des élus ; le juge, tout en apportant une réponse immédiate à certains troubles, ne
s’expose-t-il pas là à précipiter une perte de sens de l’élection ? Contribuer à résoudre une crise
électorale, par la validation, l’annulation ou la réformation des résultats initiaux n’est pas, loin
s’en faut, une sinécure.

En somme, le juge électoral dispose des pouvoirs spécifiques classiques notamment la


proclamation définitive des résultats des élections et la déclaration de l’inéligibilité d’un
candidat.

Paragraphe II : Les pouvoirs spéciaux du juge dans le contentieux des


élections
Il s’agira d’étudier d’une part, le pouvoir de déclaration d’inéligibilité d’un candidat par le
juge électoral (A) et d’autre part, de montrer le pouvoir de proclamation définitive des résultats
(B).

A. Le pouvoir de déclaration de l’inéligibilité d’un candidat


L’inéligibilité est la situation qui empêche une personne de se présenter à une élection.
L’inéligibilité se dit lorsqu'une demande de candidature ne remplit pas les conditions requises
par la législation électorale. Elle constitue « une inaptitude légale à acquérir un mandat »72. Au
cas où cette personne est malgré tout élue, l’élection est illégale et pourrait être nulle73.

Le Code électoral le définit généralement comme l'incapacité à briguer un mandat électoral.


Toutefois, il n’y a pas d’inéligibilité sans texte, nous rappelait Jean Claude MASCLET. Ce
principe tient du caractère fondamental attaché au droit de pourvoir à une fonction politique et
de participer à la gestion des affaires publiques. Ainsi, au Sénégal, le Code électoral consacre
de manière expresse les inéligibilités relatives aux élections nationales et aux élections locales.

71
Laurent TOUVET – Yves-Marie DOUBLET, op.cit., p. 555.
72
B. MALIGNER, op.cit., p.215.
73
Art.LO.162 du code électoral 2021 « Sera déchu de plein droit de son mandat de député celui dont l’inéligibilité
se révélera après la proclamation des résultats et l’expiration du délai de recours, ou qui, pendant son mandat, se
trouvera dans un cas d’inéligibilité prévu par le présent Code ».
26
La lecture des dispositions consacrées aux inéligibilités laisse entrevoir qu’elles ne peuvent
tenir que d’un texte. La source textuelle de l’inéligibilité montre qu’elle « ne doit pas se
présumer étant donné qu’elle porte atteinte à un droit et peut mettre en rupture l’égalité des
citoyens74. Aussi, l’inéligibilité peut-elle laisser paraître une similitude avec la notion
d’incompatibilité dont elle est en réalité distincte. L’incompatibilité et l’inéligibilité sont deux
« institutions différentes, qui n’ont ni la même portée ni la même raison d’être »75. En effet,
l’inéligibilité qui constitue cette incapacité juridique à se porter candidat à une élection, « doit
être vérifiée avant l’élection »76 par l’autorité administrative ou par le juge suivant la nature de
l’élection et le pays considéré. C’est ainsi qu’au Sénégal, pour les élections nationales, le juge
constitutionnel exerce exclusivement un contrôle de régularité des candidatures pour les
élections nationales. Le contrôle des candidatures aux élections locales relève du représentant
de l’État, sous la supervision de la C.E.N.A et du contrôle du juge de la Cour d’appel compétent
dans la circonscription concernée.

L’inéligibilité d’un candidat à une élection tire ses fondements dans des dispositions
constitutionnelles77 et législatives78. L’inéligibilité d’un candidat à une élection peut se
manifester sous plusieurs formes.

Tout d’abord, l’inéligibilité relative à la capacité électorale. Il s’agit des personnes privées
du droit électoral par suite d’une décision judiciaire79, des personnes qui ne remplissent pas les

74
J-C MASCLET. op.cit., p. 446.
75
M.WALINE, note sous CE, 7 janvier 1966, El., du maire de Marcoing, RDP 1966, p.577 cité par B.
MALIGNER, op.cit., p.136.
76
M. DE VILLIERS, « Aspects contentieux des élections », Atelier de formation électorale, mai 2003, p.26 cité
par Léon Dié KASSABO, « Le contentieux de l’élection présidentielle en Afrique », revue Afrilex Http://afrilex.u-
bordeaux4.fr/, janvier 2014, p. 6.
77
Article 28 de la constitution dispose que « Tout candidat à la Présidence de la République doit être exclusivement
de nationalité sénégalaise, jouir de ses droits civils et politiques, être âgé de trente-cinq (35) ans au moins et de
soixante-quinze (75) ans au plus le jour du scrutin. Il doit savoir écrire, lire et parler couramment la langue officielle
».
78
Article 57 du code électoral sénégalais de 2021 dispose que « Tout sénégalais électeur peut faire acte de
candidature et être élu, sous réserve des conditions d’âge et des cas d’incapacité ou d’inéligibilité prévus par la
loi ».
79
Conseil constitutionnel du Sénégal, DÉCISION N° 3-E-2019 AFFAIRES N° 13 à 24-E-19 SÉANCE DU 20
janvier 2019 « Considérant, sur le troisième moyen, que l’article L.31 du Code électoral constitue, en matière
électorale, une dérogation au principe selon lequel ce sont les tribunaux, statuant en matière pénale, qui prononcent
l’interdiction des droits civils et politiques en ce qu’il prévoit qu’un citoyen, puni d’une peine d’emprisonnement
sans sursis pour une infraction passible d’un emprisonnement d’une durée supérieure à cinq ans, est privé du droit
de s’inscrire sur les listes électorales et, en conséquence, de la qualité d’électeur ; que la décision de condamnation
comporte, par elle-même, la privation du droit de vote et la perte de la qualité d’électeur ;

27
conditions liées à la nationalité80, des personnes qui ne remplissent pas les conditions liées à
l’âge mais aussi des étrangers à qui on a refusé la nationalité sénégalaise.

Ensuite, l’inéligibilité relative au manquement grave au droit électoral. Il s’agit des


personnes condamnées pour avoir violé la législation électorale. Soit par faute, soit par atteinte
aux règles de la campagne électorale, soit par le dépôt de fausse déclaration liée à la personne
ou à son patrimoine.

Enfin, l’inéligibilité relative à l’exercice de certaines fonctions ou de certaines activités


professionnelles81. En effet, le code électoral a prévu une liste de personnes inéligibles au
mandat de conseiller départemental ou municipal en raison de l’exercice de toute fonction qui
pourrait influencer les électeurs. Cette raison permet d’éviter que la qualité du candidat puisse

Considérant qu’il y a lieu de rejeter la requête de Khalifa Ababacar SALL » ; Conseil constitutionnel du Sénégal,
DÉCISION N°2/E/2024 « Considérant qu'aux termes de l'article L.125 du Code électoral, « pour s’assurer de la
validité des candidatures déposées (...), le Conseil constitutionnel fait procéder à toute vérification qu'il juge utile
» ; que par arrêt n°1 du 4 janvier 2024, transmis par la Cour suprême, celle-ci a rejeté le pourvoi d'Ousmane
SONKO dirigé contre l'arrêt n°137 du 08 mai 2023 rendu par la première chambre correctionnelle de la Cour
d'Appel de Dakar, dans la procédure de diffamation qui l'oppose à Mame Mbaye Kan NIANG; qu'il en résulte qu'
Ousmane SONKO se trouve définitivement condamné à une peine d'emprisonnement de 6 mois avec sursis; que
cette condamnation le rend inéligible pour une durée de 5 ans, en application de l'article L.30 du Code électoral ;
que la requête est rejetée »;

80
Décision précitée, Considérant que le décret produit par Karim Meissa WADE prouve que ce dernier a perdu la
nationalité française à compter du décret du 16 janvier 2024,publié le 17 janvier 2024; que si, de ce fait, sa double
nationalité, cause potentielle d'irrecevabilité a cessé à compter de cette date, il reste que sa candidature a été
déclarée recevable sur la foi d'une déclaration sur l'honneur inexacte, dès lors qu'au moment de cette déclaration
datée du 21 décembre 2023,le candidat n'avait pas exclusivement la nationalité sénégalaise ; qu'il ressort, en effet,
des termes de l'article 27-1 précité que les effets du décret consacrant la perte d'allégeance de Karim Meïssa WADE
à l'égard de la France ne sont pas rétroactifs ; que la requête de Thierno Alassane SALL étant fondée, la candidature
de Karim Meissa WADE est irrecevable ;
81
Article 239 du code électoral dispose « Les inspecteurs généraux d’Etat nommés dans le corps et les agents de
l’Etat délégués dans les fonctions d’inspecteur général d’Etat sont inéligibles. Toutefois cette inéligibilité cesse
en cas de sortie définitive du corps.
Sont également inéligibles pendant l’exercice de leurs fonctions et pendant une durée de six mois après
l’expiration de celles-ci :
1° les membres du Conseil constitutionnel, les magistrats de la Cour suprême, de la
Cour des Comptes et des Cours et Tribunaux, sauf exceptions prévues par la loi ;
2° les gouverneurs, les préfets et les sous-préfets ainsi que leurs adjoints ;
3° le Trésorier général, le Receveur général, le Payeur, les trésoriers payeurs régionaux, les percepteurs et
receveurs des départements et les receveurs municipaux ;
4° les secrétaires généraux de département.
L’inéligibilité des personnes titulaires des fonctions définies à l’alinéa précédent s’étend, dans les mêmes
conditions, aux personnes qui exercent ou ont exercé, pendant une durée d’au moins six mois, ces mêmes
fonctions sans être ou avoir été titulaires.
28
influer le scrutin ou en fausser la sincérité du fait de sa proximité avec la population ou de son
implication possible dans la vie locale.

Par ailleurs, la déclaration de l’inéligibilité d’un candidat par le juge électoral peut avoir
lieu durant tout le long du processus électoral c’est-à-dire elle peut intervenir avant le jour du
scrutin, pendant le scrutin et après le scrutin. Cette déclaration de l’inéligibilité d’un candidat
peut avoir lieu selon le non-respect par les candidats des formalités administratives et
financières.

En premier lieu en ce qui concerne la compétence administrative du juge électoral sur la


question d’inéligibilité, le pouvoir du juge se manifeste sous plusieurs formes. En effet,
l’éligibilité n’est pas comme l’électorat un droit civique et individuel placé sous la sauvegarde
des tribunaux judiciaires ; c’est une aptitude d’ordre administratif, aptitude à la fonction ou au
mandat que l’élection a pour but de conférer. A ce titre, toutes les questions d’éligibilité
ressortissent en principe au juge de l’élection. Il est naturel qu’il en soit ainsi, car on ne saurait
statuer sur la validité d’une élection et consacrer ses résultats définitifs sans vérifier si elle a pu
conférer un titre légal à l’élu.

En vérité, il faut faire une analyse juridique pour comprendre que la plénitude de juridiction
qui doit appartenir au juge de l’élection sur les questions d’éligibilité a seulement pour limite
le droit qui appartient aux tribunaux judiciaires, de statuer par des décisions préjudicielles sur
les questions d’état et de capacité civile dont l’éligibilité peut dépendre. Mais ce droit n’est pas
plus étendu dans les contestations électorales que dans toutes les autres affaires administratives
contentieuses que peuvent soulever des questions de même nature, par exemple dans les affaires
de recrutement et de pensions : la compétence judiciaire est strictement limitée à l’application
des lois civiles sur l’état et à la capacité des personnes, et ne s’étend pas à l’application des lois
administratives sur l’aptitude légale du candidat et sur les cas d’inéligibilité et d’incompatibilité
qui peuvent faire obstacle à son élection. Ainsi le juge électoral aura à fonder son pouvoir de
déclaration de l’inéligibilité d’un candidat sur deux aspects distincts. D’une part, le juge
électoral peut déclarer inéligible un candidat pour des questions relatives à la capacité électorale
de l’élu. En effet, les questions de capacité électorale sont souvent liées aux questions
d’éligibilité, parce-que, pour être éligible, il faut d’abord être électeur82. Mais la possession de
la qualité d’électeur ne doit pas être confondue avec l’inscription effective sur les listes

82
Article 57 de la constitution dispose que « Tout sénégalais électeur peut faire acte de candidature et être élu,
sous réserve des conditions d’âge et des cas d’incapacité ou d’inéligibilité prévus par la loi.

29
électorales. L’article 31 de la loi du 5 avril 1884 déclare éligibles au conseil municipal « tous
les électeurs de la commune », sans exiger qu’ils soient réellement inscrits ; l’article 6 de la loi
du 10 août 1871 déclare éligibles au conseil général « tous les citoyens inscrits sur une liste
d’électeurs ou justifiant qu’ils devaient y être inscrits avant le jour de l’élection ».

En vérité, il faut rappeler que la condition de l’inscription sur les listes électorales est une
condition déterminante pour être éligible pour le législateur sénégalais83. Par conséquent, la
méconnaissance à cette formalité d’inscription sur les listes électorales donne compétence au
juge des élections de déclarer inéligible le candidat aux élections. A cet effet, le juge de
l’élection peut donc avoir à rechercher, pour résoudre une question d’éligibilité, si un candidat
non inscrit sur les listes électorales réunit les qualités requises pour être électeur. En cela il
n’empiète pas sur les attributions du juge de la liste, car il ne confère le droit de vote à personne,
et il n’inscrit personne sur les listes électorales ; il se borne à retenir, comme réalisant certaines
conditions d’éligibilité, des faits que le juge de la liste pourrait retenir de son côté comme
réalisant des conditions de l’électorat. Pour illustration, c’est pourquoi le Conseil d’État s’est
reconnu le droit de déclarer éligible, comme ayant acquis ou recouvré la capacité requise pour
être électeur : un candidat qui avait acquis la qualité de Français en vertu d’un décret de
naturalisation antérieur à l’élection84 ; un candidat qui avait cessé, à la date de l’élection, d’être
sous le coup d’une incapacité pour laquelle on lui avait refusé son inscription sur les listes
électorales85. Ainsi il faut dire qu’il n’appartient pas seulement au juge de l’éligibilité de
reconnaître la capacité électorale d’un citoyen non inscrit sur les listes, il lui appartient aussi de
dénier cette capacité à un électeur inscrit, et d’en conclure qu’il n’est pas éligible. C’est là une
application du principe souvent rappelé de l’indépendance respective des juridictions ; cette
indépendance n’existerait pas pour le juge de l’élection s’il était lié, au point de vue de
l’éligibilité qui ne relève que de lui, par des constatations faites par un autre juge au point de
vue de l’électorat.

En droit électoral français tout comme sénégalais, la qualité de citoyenneté est également
requise pour l’électorat et pour l’éligibilité; mais si un étranger a été inscrit par erreur sur les
listes électorales, cette erreur ne saurait liée le juge de l’élection et l’empêcher d’invalider le

83
Art. L270 du code électoral sénégalais de la loi N°2021-35 du 23 juillet 2021 dispose que « Sont électeurs, les
sénégalais âgés de dix-huit ans accomplis, régulièrement inscrits sur la liste électorale de la commune et n’étant
dans aucun des cas d’incapacité prévus par le présent Code ».
84
Conseil d’État, 30 janvier 1885, El. De Mangiennes.
85
Conseil d’État,15 mars 1878, El. De Moyenne ville ; — 26 novembre 1892 El. De Rougemontot.

30
candidat comme ne satisfaisant pas à la première condition de l’éligibilité, qui est de posséder
la qualité de Français. Il en est de même si l’inéligibilité résulte de condamnations86. Le juge
de l’éligibilité est donc appelé à apprécier ces déchéances aussi bien que le juge de l’électorat,
et l’on ne saurait lui opposer comme ayant autorité de chose jugée à son égard les décisions
rendues par un autre juge sur une question d’inscription sur les listes électorales 87. D’ailleurs,
le Conseil d’État s’est plusieurs fois prononcé en ce sens, notamment par ses arrêts du 7 août
1875 (Élection de Prades) et du 12 mai 1882 (Élection de Boynes)88.
En vérité en faisant une analyse concrète il faut admettre que le juge de l’élection est
compétent pour appliquer les jugements de condamnation dont le sens et la portée ne prêtent
pas à contestation; il n’a point à demander à l’autorité judiciaire si ces condamnations portent

86
Article 29 du code électoral sénégalais dispose que « Ne doivent pas être inscrits sur la liste électorale :

1° les individus condamnés pour crime ;


2° ceux condamnés à une peine d’emprisonnement sans sursis ou à une peine d’emprisonnement avec sursis d’une
durée supérieure à un mois, assortie ou non d’une amende, pour l’un des délits suivants : vol, escroquerie, abus de
confiance, trafic de stupéfiants, détournement et soustraction commis par les agents publics, corruption et trafic
d’influence, contrefaçon et en général pour l’un des délits passibles d’une peine supérieure à cinq ans
d’emprisonnement ;
3° ceux condamnés à plus de trois mois d’emprisonnement sans sursis ou à une peine d’emprisonnement d’une
durée supérieure à six mois avec sursis, pour un délit autre que ceux énumérés au deuxièmement ci-dessus sous
réserve des dispositions de l’article L.28 ;
4° ceux qui sont en état de contumace ;
5° les faillis non réhabilités dont la faillite a été déclarée soit par les tribunaux sénégalais, soit par un jugement
rendu à l’étranger et exécutoire au Sénégal ;
6° ceux contre qui l’Interdiction du droit de voter a été prononcée par une juridiction pénale de droit commun ;7°
les incapables majeurs ». Ainsi l’article 30 dispose que « Ne doivent pas être inscrits sur la liste électorale pendant
un délai de cinq ans à compter de la date à laquelle la condamnation est devenue définitive, les condamnés soit
pour un délit visé à l’article L.29, troisième tiret, à une peine d’emprisonnement sans sursis égale ou supérieure à
un mois et inférieure ou égale à trois mois ou à une peine d’emprisonnement avec sursis égale ou supérieure à trois
mois et inférieure ou égale à six mois, soit pour un délit quelconque à une amende sans sursis supérieure à
200.000 FCFA, sous réserve des dispositions de l’article L.28. Toutefois, les tribunaux, en prononçant les
condamnations visées au précédent alinéa, peuvent relever les condamnés de cette privation temporaire du droit
de vote et d’élection.
Sans préjudice des dispositions de l’article L.29 et du premier alinéa du présent article, ne doivent pas être inscrits
sur la liste électorale pendant un délai fixé par le jugement, ceux auxquels les tribunaux ont interdit le droit de vote
et d’élection par application des lois qui autorisent cette interdiction ».
87
Edouard Laferrière, « Chapitre VI – Contentieux électoral », Revue générale du droit on line, 2020, numéro
52432 (www.revuegeneraledudroit.eu/?p=52432)
88
Cet arrêt dispose que « Sur le moyen tiré de ce que l’arrêté attaqué aurait méconnu l’autorité de la chose jugée
en déclarant le sieur G… inéligible, ledit sieur G… ayant été inscrit sur la liste électorale en vertu d’une décision
de la commission municipale : Considérant que si ladite commission a, par sa décision du 8 février 1880,fait droit
à la réclamation du sieur G… et admis qu’il devait être inscrit sur la liste des électeurs de la commune de Boynes,
cette décision ne faisait pas obstacle à ce que le conseil de préfecture, juge des questions d’éligibilité, reconnût
que ledit sieur G… n’était pas éligible au conseil municipal. ».
31
ou non atteinte à l’éligibilité du candidat, car il est lui-même juge de toutes les questions
d’éligibilité qui ne soulèvent ni question d’état, ni question de capacité civile. Mais le juge de
l’élection cesse d’être compétent si, pour statuer sur l’incapacité, il est nécessaire d’interpréter
le jugement de condamnation, de trancher une contestation relative à la désignation du
condamné, à la nature de la condamnation encourue par lui, ou aux effets juridiques de cette
condamnation. La jurisprudence du Conseil d’État applique alors les règles ordinaires de
compétence sur l’interprétation préjudicielle des décisions émanées des tribunaux.
D’autre part, le juge de l’éligibilité peut aussi avoir à statuer sur la question de savoir si le
candidat est imposé ou tout au moins imposable à une contribution directe. En effet, la loi
départementale du 10 août 1871 abrogée par la Loi 64-1086 du 28 octobre 196489 et la loi
municipale du 5 avril 188490admettent à siéger dans les conseils généraux ou municipaux, mais
seulement jusqu’à concurrence du quart de leurs membres, des candidats non domiciliés dans
le département ou dans la commune, pourvu qu’ils y soient inscrits au rôle d’une des
contributions directes au 1er janvier de l’année de l’élection, ou qu’ils justifient qu’ils devaient
y être inscrits à cette date91.
En vérité, ces dispositions ont d’abord été interprétées comme exigeant qu’on fût
réellement imposées et non pas seulement imposables. Mais, depuis que la loi du 10 août 1871
a admis les candidats à justifier qu’ils devaient être inscrits sur le rôle des contributions, les lois
antérieures ont été interprétées comme soumettant à une même règle toutes les élections
départementales et communales92. Ainsi il faut reconnaître qu’à l’image du droit électoral

89
Article 6 de la Loi 64-1086 du 28 octobre 1964 dispose que « Sont éligibles au conseil général tous les citoyens
inscrits sur une liste d'électeurs ou justifiant qu'ils devaient y être inscrits avant le jour de l'élection, âgés de 23 ans
accomplis, qui sont domiciliés dans le département, et ceux qui, sans y être domiciliés, y sont inscrits au rôle d'une
des contributions directes au 1er janvier de l'année dans laquelle se fait l'élection, ou justifient qu'ils devaient y
être inscrits à ce jour, ou ont hérité depuis la même époque d'une propriété foncière dans le département.
Toutefois, le nombre des conseillers généraux non domiciliés ne pourra dépasser le quart du nombre total dont le
conseil doit être composé.
90
Article 31 de la loi municipale du 5 avril 1884 « Sont éligibles au conseil municipal, sauf les restrictions portées
au dernier paragraphe du présent article et aux deux articles suivants, tous les électeurs de 1a commune et les
citoyens inscrits au rôle des contributions directes ou justifiant qu’ils devaient y être inscrits au 1 er janvier de
l’année de l’élection, âgés de vingt-cinq ans accomplis. Toutefois, le nombre des conseillers qui ne résident pas
dans la commune au moment de l’élection ne peut excéder le quart des membres du conseil. S’il dépasse ce chiffre,
la préférence est déterminée suivant les règles posées à l'article 49. Ne sont pas éligible, les militaires et employés
des armées de terre et de mer en activité de service.
91
Le décret du 3 juillet 1848 sur les conseils d’arrondissement (art. 14) et la loi municipale du 14 avril 1871 (art.
4) ont conféré l’éligibilité à ceux qui « payent une contribution directe ».
92
; la loi du 5 avril 1884 a consacré législativement cette interprétation pour les conseils municipaux.). L’article 6
de la loi du 10 août 1871 déclare même éligible le candidat non imposé qui a hérité, depuis le 1 janvier, d’une
propriété foncière dans le département, parce qu’il est alors considéré comme continuant la personne de son auteur
qui était lui-même imposé ou imposable à la contribution foncière.
32
français, le législateur sénégalais suit la même logique par rapport à cette imposition comme
condition de rattachement à la commune93. Au regard de ces éléments matériels, le juge de
l’élection se trouve appeler par ces dispositions, non seulement à vérifier si le candidat est
inscrit sur le rôle d’une contribution directe, mais encore à rechercher s’il était susceptible d’y
être inscrit à la date du 1 janvier. Bien entendu, sa décision ne saurait empiéter sur les
attributions du juge de l’impôt, elle ne peut pas ordonner l’inscription du candidat au rôle ni, à
plus forte raison, lui assigner une cote de contribution, mais elle n’en constate pas moins
l’existence de la matière imposable et son attribution à une personne déterminée. De nombreux
arrêts ont ainsi décidé qu’un candidat était imposable comme ayant acquis, par acte ayant date
certaine avant le 1 janvier, un immeuble passible de la contribution foncière94; ou comme étant
devenu locataire d’une habitation meublée imposable à la contribution mobilière95. En plus,
d’autres arrêts ont prononcé sur la qualité de contribuable qui peut appartenir à un père ayant
la jouissance légale des biens de son fils96ou à un mari administrant les biens de sa femme, sous
le régime de la communauté ou sous le régime dotal97.
Par ailleurs, le juge de l’élection est également compétent pour vérifier si un candidat
qui justifie de son inscription au rôle est réellement imposable et a été régulièrement inscrit ?
Cette question peut paraître délicate. En effet, les dispositions précitées des lois du 10 août 1871
et du 5 avril 1884 déclarent éligibles les candidats non domiciliés « inscrits au rôle des
contributions directes… ou justifiant qu’ils devaient y être inscrits… », d’où il semble résulter

93
Article 34 du code électoral sénégalais « Les listes électorales des communes comprennent :

1° ceux qui y sont nés ;


2° ceux dont l’un des ascendants au premier degré y réside ;
3° tous les électeurs qui ont leur domicile réel dans la commune ou qui y résident depuis six mois au moins ;
4° ceux qui figurent depuis trois ans au moins sans interruption au rôle de la contribution foncière des propriétés
bâties ou non bâties, de la contribution des patentes, de l’impôt général sur le revenu et, sils ne résident pas dans
la commune, auront déclaré vouloir y exercer leurs droits électoraux : sont également inscrits, les membres des
familles des mêmes électeurs compris dans la déclaration de l’impôt général sur le revenu ;
5° ceux qui sont assujettis à une résidence obligatoire en qualité de fonctionnaires ou agents de l’Etat, des
collectivités territoriales et des établissements publics.
94
Conseil d’État, 16 décembre 1881, El. De Saint-Maurice ; 31 mars 1882, El. D’Aunay ; 21 avril 1882, El. De
Boulouzelles ; 14 février 1891, El.de Saint-Maur-les-Fossés ; — 10 mars 1894, El. De Tourreilles.
95
Conseil d’État, 8 août 1882, El. De Saint-Aubin ; — 11 juillet 1884, El. De Cancale ; — 17 mai 1889, El. De
Decazeville ; — 25 mars 1893, El. De Loxéville.
96
Conseil d’État, 10 novembre 1876, El. De Saint-Félicien.
97
Conseil d’État, 15 octobre 1878, El. De Cocurès ; — 23 mars 1880, El. De Saint-Maurice ; — 31 mai 1889, El.
De Dimechaux.

33
que les questions d’imposition ne peuvent être débattues devant le juge de l’élection que s’il
n’y a pas d’inscription au rôle ; si, au contraire, cette inscription existe, fût-elle erronée, on a
souvent soutenu que le bénéfice en est acquis au candidat, et que sa qualité de contribuable ne
peut plus être contestée devant le juge de l’élection.
Cependant, cette position doctrinale n’a pas prévalu devant le Conseil d’État. En effet,
l’administration des contributions directes, naturellement disposée à accueillir les déclarations
d’une personne qui s’offre elle-même comme contribuable, ne saurait être laissée libre de
conférer l’éligibilité par l’impôt, pas plus qu’elle n’est libre de la retirer par une omission au
rôle. Ce qui confère l’éligibilité, d’après le vœu de la loi, ce n’est pas une cote de contribution
et le versement de son montant dans une caisse publique, c’est l’existence d’une matière
imposable qui fait présumer une certaine solidarité d’intérêts entre le candidat non domicilié et
la commune ou le département qu’il aspire à représenter. Ainsi, le juge de l’élection a donc le
droit de rechercher si le candidat inscrit à la contribution foncière avait cessé d’être propriétaire
avant le 1 janvier et de considérer, dans ce cas, son inscription au rôle comme non avenue au
point de vue de l’éligibilité98.Il pourrait aussi vérifier si le candidat inscrit à la contribution
mobilière avait cessé, au 1 janvier, d’avoir une habitation meublée dans la commune ; si le
candidat porté sur le rôle des patentes exerçait ou non dans la commune une profession pouvant
servir de base à cette contribution99.
En second lieu pour ce qui est de la compétence financière du juge électoral pour
déclarer l’inéligibilité d’un candidat est tout de même possible. En effet, la compétence
financière du juge électoral se manifeste par le contrôle de comptes des campagnes électorales.
Les conditions dans lesquelles le juge, saisi de griefs tirés d’irrégularités dans le financement
de la campagne, peut prononcer l’inéligibilité d’un candidat sont régies par les dispositions de
l’article L. 118-3 du code électoral. Cette inéligibilité est prononcée pour une durée qui est fixée
par le juge et qui ne peut dépasser trois ans100. Ainsi, saisi par la Commission nationale des

98
Conseil d’État, 23 mars 1870, El. De Saint-Pierre-Église ; 21 février 1879, El. De Montagnac-d'Auberoche.
99
Conseil d’État, 21 mars 1883, El. De l’île de Cayenne.
100
Article 118- 3 du code électoral français dispose que « Saisi par la commission instituée par l'article L. 52-14,
le juge de l'élection peut déclarer inéligible le candidat dont le compte de campagne, le cas échéant après
réformation, fait apparaître un dépassement du plafond des dépenses électorales.
Saisi dans les mêmes conditions, le juge de l'élection peut déclarer inéligible le candidat qui n'a pas déposé son
compte de campagne dans les conditions et le délai prescrits à l'article L. 52-12.
Il prononce également l'inéligibilité du candidat dont le compte de campagne a été rejeté à bon droit en cas de
volonté de fraude ou de manquement d'une particulière gravité aux règles relatives au financement des campagnes
électorales.

34
comptes de campagne et des financements politiques, le juge « peut déclarer inéligible » le
candidat dont le compte de campagne, le cas échéant après réformation, fait apparaître un
dépassement du plafond des dépenses électorales ainsi que le candidat qui n’a pas déposé son
compte de campagne dans les conditions et le délai prescrits à l’article L. 52-12 du code
électoral101. Pour apprécier s’il y a lieu de déclarer inéligible un candidat sur ce fondement, le
juge électoral tient compte de la nature de la règle méconnue, du caractère délibéré ou non du

L'inéligibilité déclarée sur le fondement des premier à troisième alinéas est prononcée pour une durée maximale
de trois ans et s'applique à toutes les élections. Toutefois, elle n'a pas d'effet sur les mandats acquis antérieurement
à la date de la décision.
Si le juge de l'élection a déclaré inéligible un candidat proclamé élu, il annule son élection ou, si l'élection n'a pas
été contestée, le déclare démissionnaire d'office ».

101
Article 52-12 du code électoral français dispose que « Chaque candidat ou candidat tête de liste soumis au
plafonnement prévu à l'article L. 52-11 et qui a obtenu au moins 1 % des suffrages exprimés est tenu d'établir un
compte de campagne retraçant, selon leur origine, l'ensemble des recettes perçues et, selon leur nature, l'ensemble
des dépenses engagées ou effectuées en vue de l'élection, hors celles de la campagne officielle par lui-même ou
pour son compte, au cours de la période mentionnée à l'article L. 52-4. La même obligation incombe au candidat
ou au candidat tête de liste dès lors qu'il a bénéficié de dons de personnes physiques conformément à l'article L.
52-8 du présent code selon les modalités prévues à l'article 200 du code général des impôts. Sont réputées faites
pour son compte les dépenses exposées directement au profit du candidat et avec l'accord de celui-ci, par les
personnes physiques qui lui apportent leur soutien, ainsi que par les partis et groupements politiques qui ont été
créés en vue de lui apporter leur soutien ou qui lui apportent leur soutien. Le candidat estime et inclut, en recettes
et en dépenses, les avantages directs ou indirects, les prestations de services et dons en nature dont il a bénéficié.
Le compte de campagne doit être en équilibre ou excédentaire et ne peut présenter un déficit.
Au plus tard avant 18 heures le dixième vendredi suivant le premier tour de scrutin, chaque candidat ou candidat
tête de liste présent au premier tour dépose à la Commission nationale des comptes de campagne et des
financements politiques son compte de campagne et ses annexes accompagné des justificatifs de ses recettes ainsi
que des factures, devis et autres documents de nature à établir le montant des dépenses payées ou engagées par le
candidat ou pour son compte. Le compte de campagne est présenté par un membre de l'ordre des experts-
comptables et des comptables agréés ; celui-ci met le compte de campagne en état d'examen et s'assure de la
présence des pièces justificatives requises. Cette présentation n'est pas nécessaire lorsque aucune dépense ou
recette ne figure au compte de campagne. Dans ce cas, le mandataire établit une attestation d'absence de dépense
et de recette. Cette présentation n'est pas non plus nécessaire lorsque le candidat ou la liste dont il est tête de liste
a obtenu moins de 1 % des suffrages exprimés et qu'il n'a pas bénéficié de dons de personnes physiques selon les
modalités prévues à l'article 200 du code général des impôts.
Sous réserve du règlement de dépenses engagées avant le premier tour de scrutin, le compte de campagne des
candidats présents au seul premier tour ne peut retracer de dépenses postérieures à la date de celui-ci. La valeur
vénale résiduelle des immobilisations éventuellement constituées au cours de la période mentionnée à l'article L.
52-4 doit être déduite des charges retracées dans le compte de campagne.
La commission assure la publication des comptes de campagne dans une forme simplifiée.
Pour l'application de l'article L. 52-11, les frais de transport aérien, maritime et fluvial dûment justifiés, exposés
par les candidats aux élections législatives, aux élections sénatoriales et aux élections régionales à l'intérieur de
chacun des départements d'outre-mer, ne sont pas inclus dans le plafond des dépenses.
Par dérogation aux dispositions du deuxième alinéa, en Guadeloupe, en Guyane, en Martinique et à La Réunion,
le compte de campagne peut également être déposé à la préfecture ou la sous-préfecture ».

35
manquement, de l’existence éventuelle d’autres motifs d’irrégularité du compte, du montant
des sommes et de toutes les circonstances de l’espèce.
Par ailleurs, depuis les modifications apportées par la loi n° 2011-412 du 14 avril 2011,
l’article L. 118-3 du code électoral prévoit que le juge de l’élection « prononce également
l’inéligibilité du candidat dont le compte de campagne a été rejeté à bon droit en cas de volonté
de fraude ou de manquement d’une particulière gravité aux règles relatives au financement des
campagnes électorales ».
Enfin, le nouvel article L. 118-4 du code électoral français permet au juge de l’élection de
déclarer inéligible, pour une durée maximale de trois ans, le candidat qui a accompli des
manœuvres frauduleuses ayant eu pour objet ou pour effet de porter atteinte à la sincérité du
scrutin102.

B. Le pouvoir de proclamation du juge électoral des résultats du scrutin


La proclamation des résultats du scrutin consiste pour le juge électoral de valider le
candidat qui arrive en tête lors des élections. Ce pouvoir consiste pour le juge électoral de mettre
fin aux différentes contestations des résultats scrutin. Donc c’est un pouvoir énorme qui engage
la responsabilité morale du juge devant le peuple. Ainsi il faut rappeler que le pouvoir de

102
Article 118-4 du code électoral français dispose que « Saisi d'une contestation formée contre l'élection, le juge
de l'élection peut déclarer inéligible, pour une durée maximale de trois ans, le candidat qui a accompli des
manœuvres frauduleuses ayant eu pour objet ou pour effet de porter atteinte à la sincérité du scrutin.
L'inéligibilité déclarée sur le fondement du premier alinéa s'applique à toutes les élections. Toutefois, elle n'a pas
d'effet sur les mandats acquis antérieurement à la date de la décision.
Si le juge de l'élection a déclaré inéligible un candidat proclamé élu, il annule son élection. En cas de scrutin
binominal, il annule l'élection du binôme auquel ce candidat appartient ».

36
proclamation des résultats du scrutin repose sur des fondements juridiques de nature
constitutionnelle103 et législative104.

La proclamation des résultats des élections par le juge électoral diffère selon les types
d’élection. En effet, pour les élections nationales c’est le conseil constitutionnel qui fait la
proclamation des résultats définitifs. Par contre, pour les élections territoriales c’est la Cour
d’appel105 qui assure la proclamation des résultats définitifs. A cet effet, le pouvoir de
proclamation des résultats du scrutin obéit à deux impératifs : d’une part, il y’a une procédure
à suivre et d’autre part, il y’a un contentieux à vider par le juge électoral.

Pour la procédure à suivre, il faut dire qu’après les dépouillements, la proclamation des
résultats du scrutin se fait à différentes étapes suivant une procédure bien définie par le Code

103
Article 35 de la constitution sénégalaise dispose que « Les Cours et Tribunaux veillent à la régularité du scrutin
dans les conditions déterminées par une loi organique.
La régularité des opérations électorales peut être contestée par l'un des candidats devant le Conseil constitutionnel
dans les soixante-douze heures qui suivent la proclamation provisoire des résultats par une commission nationale
de recensement des votes instituée par une loi organique.
Si aucune contestation n'a été déposée dans les délais au greffe du Conseil constitutionnel, le Conseil proclame
immédiatement les résultats définitifs du scrutin.
En cas de contestation, le Conseil statue sur la réclamation dans les cinq jours francs du dépôt de celle-ci. Sa
décision emporte proclamation définitive du scrutin ou annulation de l'élection.
En cas d'annulation, il est procédé à un nouveau tour du scrutin dans les vingt et un jours francs qui suivent ».
Ainsi, l’article 92 de la constitution sénégalaise dispose en son alinéa 3 que « Le Conseil constitutionnel juge de
la régularité des élections nationales et des consultations référendaires et en proclame les résultats ».
104
Article LO142 alinéa 5 du code électoral sénégalais dispose que « (…) La proclamation provisoire des résultats
est effectuée par le Président de la commission sous la seule responsabilité des magistrats ». Ainsi, l’article 143
LO.143 du code électoral alinéa 4 et 5 dispose que « (…) Les résultats définitifs de l’élection présidentielle font
l’objet d’une publication dans le Journal officiel, bureau de vote par bureau de vote par les soins du Président du
Conseil constitutionnel.
Cette publication est faite également sur Internet ou par tout autre moyen de communication ». De plus l’article 2
alinéa 1 de la loi organique N°2016-23 du 14 juillet 2016 relative au conseil constitutionnel dispose
« Conformément aux dispositions des articles 29, 30, 33, 34, 35, 36, 37, 41 de la Constitution, le Conseil
constitutionnel reçoit les candidatures à la Présidence de la République, arrête la liste des candidats, statue sur les
contestations relatives aux élections du Président de la République, des députés à l’Assemblée nationale et des
hauts conseillers et en proclame les résultats. Il reçoit le serment du Président de la République et constate sa
démission, son empêchement ou son décès ainsi que la démission, l’empêchement ou le décès des personnes
appelées à le suppléer dans ces cas ».
105
Article L.260 du code électoral dispose que « Les résultats définitifs des élections départementales font
l’objet d’une publication dans le Journal officiel, bureau de vote par bureau de vote par les soins du Premier
Président de la Cour d’Appel.

Cette publication est faite également sur internet et par tout autre moyen de communication ».

37
électoral sénégalais plus particulièrement en son article LO. 86106. Après la lecture à haute voix
des résultats, le procès-verbal est signé par les différents membres du bureau de vote dont les
mandataires des partis et coalitions politiques qui disposent chacun des copies certifiées des
résultats sous la constatation des observateurs nationaux et internationaux. Les résultats sont
ensuite affichés devant la porte du bureau de vote par le Président dudit bureau avant que tous
les résultats du centre de vote (CV) soient communiqués à la Commission Départementale de
Recensement des Votes (CDRV) qui, après publication des résultats officieux, les transportent
vers la Commission Nationale de Recensement des Votes (CNRV). Le transport des résultats
du CV à la CDRV puis à la CNRV dans des enveloppes scellées se fait toujours sous escortes
policières. En amont, la proclamation des résultats du scrutin se fait de façon provisoire. En
effet, après la collecte de tous les résultats officieux des CDRV, la Commission Nationale de
Recensement des Votes dirigée par le Premier Président de la Cour d’Appel de Dakar (CAD)
procède à la publication des résultats provisoires du scrutin. Il faut rappeler que la proclamation
provisoire des résultats des élections nationales (élection présidentielle et élections législatives)
est du ressort de la CAD. Notons qu’en matière électorale, les magistrats ne dépendent pas du
Ministère de la Justice. Ce qui leur met, en principe, à l’abri de toutes pressions du pouvoir
exécutif. Pour mener à bien sa mission, la CAD désigne des représentants sur l’ensemble du
territoire national. A l’occasion de la dernière élection présidentielle, la CAD a mobilisé environ
250 magistrats dans l’ensemble des circonscriptions électorales. Trois magistrats sont affectés
dans chacune des 45 Commissions Départementales de Recensement des Votes (CDRV) et la
Commission Nationale de Recensement des Votes (CNRV) est présidée par le Premier
Président de la Cour d’Appel de Dakar. Les magistrats déployés sur le terrain vont venir en
appoint aux délégués de la CENA qui travaillent dans les commissions départementales de
recensement et de supervision du vote. Ces magistrats ont la charge de superviser les opérations
électorales le jour du scrutin. Toutefois, les prérogatives réservées à la Cour d’Appel en matière
électorale, plus particulièrement à l’occasion des élections nationales (présidentielle et
législatives), sont exercées par la Cour d’Appel de Dakar (CAD) conformément à l’article L.24

106
Article 86 du code électoral dispose que « Chaque membre du bureau de vote doit recevoir un exemplaire du
procès-verbal.
L’original ainsi que les pièces annexées sont transmis au président de la commission départementale de
recensement des votes prévue à l’article LO.142 Cette transmission est opérée sous pli scellé en présence des
membres du bureau de vote. La C.E.N.A est également destinataire d’un exemplaire du procès-verbal, sous les
mêmes conditions.
Une copie du procès-verbal est remise au préfet pour les archives du département ».

38
du Code électoral107. Pour les élections locales, chaque Cour d’appel est compétente dans sa
circonscription électorale.108 Il faut noter que non seulement les résultats sont diffusés en temps
réel dans les médias, mais depuis la présidentielle de 2012 ils ont été mis en ligne par
département. Ce qui renforce la sincérité et la transparence du scrutin.

Enfin, à la suite de la proclamation des résultats provisoires, la proclamation des résultats


définitifs des élections nationales (présidentielle et législatives) relève de la compétence du
Conseil constitutionnel (CC) et celle des élections municipales et départementales est du ressort
des Cours d’Appel. Les résultats officiels font l’objet de publication dans le journal officiel,
bureau de vote par bureau de vote, par les soins du Président du Conseil constitutionnel ou du
Premier Président de la Cour d’Appel en fonction des élections. Les décisions du Conseil
constitutionnel ne sont susceptibles d’aucune voie de recours109.

Pour ce qui est du contentieux de la proclamation des résultats que le juge électoral chargera
de vider, cela aura lieu après la proclamation provisoire des résultats du scrutin. En effet, la
proclamation des résultats est, également, profondément liée à l’activité contentieuse puisque
des décisions sur la régularité des élections vont dépendre des résultats définitifs du scrutin et
certaines institutions, comme en France ou au Sénégal, intègrent leurs décisions sur la régularité
des opérations de vote dans la décision de proclamation des résultats. En outre, la proclamation
des résultats provisoires constitue le point de départ du délai de saisine dans de nombreux États.
A cet effet, du dépôt des candidatures à la proclamation des résultats officiels du scrutin, les
organes chargés de proclamer lesdits résultats peuvent être amenés à vider le contentieux
électoral dans les conditions de délai bien déterminées par le Code électoral en fonction des
élections (nationales ou locales). Tout candidat, liste de candidats ou même électeur (dans le
cas des élections locales) peut contester la régularité des opérations électorales sous la forme

107
Article 24 de la loi N°2021-35 du 23 juillet 2021 portant code électoral dispose « Les compétences dévolues
en matière électorale à la Cour d’Appel dans le cadre du présent Code sont exercées par la Cour d’Appel de Dakar.
Toutefois, chaque Cour d’Appel est compétente pour les élections départementales et municipales au niveau des
circonscriptions électorales de son ressort. Dans le cas où la Cour d’Appel concernée n’est pas installée, la Cour
d’Appel de Dakar est compétente ».
108
Art L.24 « la compétence dévolue à la Cour d’Appel de Dakar revient à chaque Cour d’Appel pour les élections
départementales et municipales au niveau des circonscriptions électorales de son ressort. Dans le cas où la Cour
d’Appel concernée n’est pas installée, la Cour d’Appel de Dakar est compétente ».
109
Art 92 alinéa 4 de la Constitution sénégalaise dispose que « Les décisions du Conseil constitutionnel ne sont
susceptibles d'aucune voie de recours. Elles s'imposent aux pouvoirs publics et à toutes les autorités administratives
et juridictionnelles.
39
d’une requête adressée au Président du Conseil constitutionnel110 ou au Premier Président de la
Cour d’Appel111.
En matière électorale notamment lors des élections nationales, le Conseil constitutionnel
reçoit les candidatures et délibère sur leur validité, il reçoit les résultats provisoires proclamés
par la Cour d’appel de Dakar, statue sur les éventuels recours et réclamations avant de
proclamer les résultats définitifs. Ainsi après cette analyse descriptive du pouvoir de
proclamation des résultats par le juge électoral, il faut se poser la question de savoir : quelle est
la portée de ce pouvoir ? Le juge électoral, lorsqu’il confirme en bloc des élections très
contestées, peut renvoyer à tort ou à raison l’image d’une institution à la botte des gouvernants
; et ce, même si, au préalable, à l’instar du Conseil constitutionnel du Sénégal en 1993 112, il
règle audacieusement une situation de blocage affectant l’établissement provisoire des résultats.
Le sentiment de malaise, voire d’injustice, grandit chaque fois que les motifs de la décision du
juge, concluant à son incompétence, à l’irrecevabilité ou au rejet de la requête, se révèlent
lacunaires, peu fondées et/ou insolites. Quelques espèces anciennes témoignent de ces travers,
où le juge est apparu davantage comme un agent que comme l’arbitre de la crise électorale. La
validation des résultats peut résulter d’une sentence en la forme, qui limite drastiquement
l’office du juge électoral ou ruine le droit de contestation des élections113. C’est ainsi qu’en

110
Article LO.144 du code électoral dispose que « Dans les conditions de délai fixées par l’article 35 de la
Constitution, tout candidat ou liste de candidats au scrutin peut contester la régularité des Opérations électorales
sous la forme d’une requête adressée au Président du Conseil constitutionnel ».
111
Article 299 du code électoral dispose que « Tout électeur ou tout candidat à une élection municipale peut
réclamer l’annulation des opérations électorales. La Cour d’Appel de ressort est compétente. Les requêtes doivent
être déposées, en double exemplaire, dans les cinq Jours qui suivent la proclamation des résultats, à la préfecture
ou au greffe de la Cour d’Appel. Il en est donné acte par le préfet ou le greffier en chef. Lorsque la requête est
déposée à la préfecture, le préfet la transmet immédiatement au greffier en chef de la Cour d’Appel.
Sous peine d’irrecevabilité, la requête doit préciser les faits et les moyens allégués.
S’il estime que les conditions et les formes légalement prescrites n’ont pas été remplies, le préfet peut, également,
demander l’annulation des opérations électorales. A cet effet, il adresse une requête, en double exemplaire au
Ministre chargé des élections dans les huit jours suivant la proclamation des résultats. Le Ministre chargé des
élections transmet la requête au greffier en chef de la Cour d’Appel qui lui en donne acte ».
112
Le Conseil Constitutionnel du Sénégal, dans sa décision n° 5/93 du 2 mars 1993, a eu à régler une « situation
non prévue par la législation en vigueur », à savoir l’absence de proclamation provisoire des résultats de l’élection
présidentielle du 21 février, du fait du blocage des travaux de la Commission nationale de recensement des votes.
Le Conseil a imparti à la Commission un délai de 72 heures, « pour procéder à la proclamation provisoire prévue
par la Constitution et le Code électoral », tout en indiquant que l’intervention de celle-ci serait, le cas échéant, «
écartée devant le principe fondamental de la nécessité absolue du fonctionnement des institutions ». Le Conseil
Constitutionnel du Sénégal, par décision n° 6/93 du 13 mars, a dû se substituer à la Commission du fait de sa «
carence » ; après avoir rejeté tous les recours des candidats de l’opposition comme mal fondés, il a, alors, proclamé
les résultats définitifs de l’élection.
113
Stéphane Bolle « Les juridictions constitutionnelles africaines et les crises électorales », Centre d’études et de
recherches sur les droits africains et sur le développement institutionnel des pays en développement, membre du
40
1992 la Cour Suprême du Cameroun114 a proclamé la réélection très serrée du Président sortant,
après avoir considéré qu’en l’absence de contestation en bonne et due forme par un éligible, un
parti politique ou un candidat, il ne lui appartenait ni « [d’] apprécier », ni de « sanctionner le
cas échéant » les irrégularités relevées par la Commission Nationale de Recensement Général
des Votes. Cette interprétation très littérale de la loi ne pouvait convaincre et rassurer : elle
confinait malencontreusement la Cour dans une fonction d’homologation « aveugle » de
résultats jugés douteux par l’opposition ; et elle donnait donc à croire qu’il était « complice »
du pouvoir. Autre exemple : la Cour constitutionnelle du Gabon a épuisé le contentieux de
l’élection présidentielle du 5 décembre 1993115, en déclarant irrecevables les requêtes des
opposants au Président de la République proclamé réélu. L’irrecevabilité prononcée apparaît
ici comme la sanction prétorienne des agissements anticonstitutionnels des requérants, de la
mise en place d’un régime parallèle de fait : « au lendemain de l’annonce par le ministre de
l’Administration du territoire des résultats du scrutin du 5 décembre 1993, le sieur Paul MBA
ABESSOLE s’est autoproclamé Président de la République gabonaise ; […] le même jour il a
nommé un Premier Ministre en la personne du sieur Pierre-André KOMBILA, lequel a
immédiatement formé son gouvernement ; […] il a été créé une institution appelée Haut Conseil
de la République dont font partie les requérants ; […] de ce fait ceux-ci se sont mis délibérément
dans l’illégalité, faisant fi de l’existence de la Constitution et par conséquent des institutions
régulièrement mises en place ». Cette décision isolée, prise dans le contexte d’une crise aiguë,
était fort regrettable : dans un État de droit, le droit de contestation est ouvert à tous ceux qui
remplissent les conditions légales, même aux pires délinquants, même aux ennemis du régime
; une déclaration d’irrecevabilité évite au juge l’examen des allégations des contestataires mais,
en l’espèce, après son refus de sanctionner le comportement discriminatoire des médias
d’État116, le faisait passer pour le « bras armé du pouvoir »117.

La validation des résultats peut aussi encourir la critique lorsque le juge de l’élection, se
prononçant au fond, opte un rejet expéditif et/ou partial des réclamations. Au Togo, en 1993, la

groupement de recherches comparatives en droit administratif, constitutionnel et politique (Université


Montesquieu – Bordeaux IV).http://www.la-constitution-en-afrique.org/
114
Cour Suprême du Cameroun, Arrêt n° 1/PR/92/93 du 23 octobre 1992.
115
Cour constitutionnelle du Gabon, Décision n° 001/94/CC du 21 janvier 1994.
116
Cour constitutionnelle du Gabon, Décision n° 023/93/CC du 3 décembre 1993.
117
Stéphane BOLLE, « La paix par la Constitution en Afrique ? La part du juge constitutionnel », op. cit.
41
Cour Suprême118 a débouté un candidat à l’élection présidentielle crédité de 1,67 % des voix,
en quelques phrases sèches : « … eu égard aux éléments du dossier, il apparaît que dans son
ensemble, la présente requête est vague et fondée sur des suppositions, faute de précision et de
preuve ; … d’ailleurs, certains griefs même établis, ne sont pas de nature à influencer
l’ensemble des résultats ». L’analyse des griefs, quant à elle, n’est pas toujours un gage
d’impartialité : la lecture des motifs d’une décision de rejet donne parfois à penser que son
auteur a délibérément choisi une solution défavorable à l’opposition. La proclamation au Tchad
des résultats des élections présidentielles de 2001 et législatives de 2002119 illustre cette
dénaturation : le Conseil constitutionnel s’est borné, pour l’essentiel, à constater que les
plaignants n’avaient pas rapporté la preuve de leurs allégations, avec comme conséquence la
certification péremptoire de la réélection du Président sortant et de la victoire de son parti. Des
candidats « mal élus » ont donc pu échapper à toute sanction : la sincérité du suffrage se trouve
mise en cause puisque « le peuple qui s’est exprimé d’une façon donnée peut se voir imposer
un élu ou des élus qui ne sont pas issus de son choix réel »120. Préoccupantes sont enfin les
hypothèses où une sentence couvre les manœuvres douteuses, commises par les gouvernants,
en vue d’exercer une influence déterminante sur l’élection. Ainsi au Niger, en 1996, la Cour
Suprême a jugé que le chef de l’État provisoire et candidat à l’élection présidentielle, avait
pratiquement tout pouvoir pour gérer le processus électoral à sa convenance121. En l’espèce, le
colonel Ibrahim Maïnassara Baré avait modifié le Code électoral, par ordonnance et en cours
de scrutin, ce qui ne serait « pas en soi constitutif d’une faute ou d’une fraude mais procède(rait)
de l’exercice souverain des prérogatives du Conseil de salut National et du gouvernement ».
La Cour Suprême a avalisé la dissolution de la Commission Électorale Nationale Indépendante,
refusant de voir en elle l’expression d’un « contrat social entre les différents candidats aux
élections présidentielles avec les diverses couches de la nation nigérienne ». Elle a estimé que
les requérants n’avaient pas prouvé « par des faits objectivement vérifiables que la création de
la Commission Nationale des élections a nui à leurs intérêts ou influé sur la sincérité du vote
». Par ailleurs, la Cour a refusé de blâmer le gouvernement pour avoir placé en résidence
surveillée les candidats de l’opposition : « cette mesure n’est intervenue qu’après la

118
Cour Suprême du Togo, Chambre Constitutionnelle, Arrêt n° 03 du 20 septembre 1993.
119
Conseil constitutionnel du Tchad, Décisions n°s…/PCC/SG/01 du 12 juin 2001 et 004/PCC/SG/02 du 18 mai
2002.
120
Gilles BADET, op.cit., p. 87.
121
Cour Suprême du Niger, Chambre Constitutionnelle, Arrêt n° 96-08/CH. CONS. Du 27 juillet 1996.

42
proclamation des résultats globaux provisoires … en tout état de cause, elle ne constitue pas
un obstacle à l’exercice ou à la défense de leurs droits … ils ont du reste introduit leur première
requête en date du 19 juillet 1996 alors même que la mesure n’était pas encore levée ». Loin
d’apaiser les tensions provoquées par l’élection, la Cour Suprême s’est affirmée comme le
fidèle auxiliaire du chef de l’État, interdisant même à une centrale syndicale d’exercer le droit
de grève pour protester contre les agissements présidentiels122. La solidarité entre le Président
et la Cour apparaissait totale au détriment des libertés fondamentales, d’une paix sociale
durable, bref de la judicieuse résolution d’une crise électorale de grande ampleur.

En somme, en disposant des pouvoirs classiques divers, le juge électoral dispose des
pouvoirs modernes variés.

Section II : Les pouvoirs modernes du juge électoral dans le contentieux des


élections
Contrairement aux pouvoirs classiques du juge électoral dans le contentieux des
élections qui ont une consécration constitutionnelle, législative et réglementaire, les pouvoirs
modernes du juge électoral s’analysent comme des pouvoirs exorbitants qui tirent leurs
fondements de la jurisprudence électorale. L’emploi de l’adjectif « exorbitant » pour qualifier
les prérogatives du juge en matière électorale, peut laisser croire l’irruption d’une notion dans
une matière qui lui est étrangère.

L’irruption peut tenir sur deux raisons au moins. La première, c’est qu’en matière
électorale, les pouvoirs classiques du juge, bien que larges, n’ont jamais reçu cette qualification.
Ils sont qualifiés d’importants mais jamais d’exorbitants. La deuxième raison, c’est qu’en droit
public, la notion de pouvoirs et/ou de prérogatives exorbitants était un objet d’étude du Droit
administratif. Une branche du droit public considérée comme un droit exorbitant du fait qu’il
déroge au droit commun123.Telle est l’essence de la manifestation de l’exorbitance en Droit
administratif124.

122
Cour Suprême du Niger, Chambre Constitutionnelle, Arrêt n° 96-06/CH. CONS. Du 16 juillet 1996.
123
Pour approfondir sur la notion de l’exorbitance en Droit administratif, voir Jean LAMARQUE « Le déclin du
critère de la clause exorbitance », in Mélanges offerts à Marcel WALINE, Le juge et le droit public, Tome II, Paris,
L.G.D.J, 1974, pp. 497-517. Ainsi : Conclusion., commissaire du Gouvernement David sur TC, 8 février 1873,
Blanco, R. Dalloz, 1873, III, p.21.
124
Y. NIANG, Le contrôle juridictionnel du processus électoral en Afrique noire francophone : Les exemples du
Sénégal et du Bénin, Thèse de doctorat en droit public présentée et soutenue publiquement à l’Université de
Bordeaux le 06 Avril 2018, p.414.

43
Par ailleurs, l’évocation de l’adjectif « exorbitant » pour qualifier les pouvoirs du juge
en matière constitutionnelle est donc une nouveauté. Cette nouveauté confirme l’irruption
annoncée plus haut. Cependant, elle doit être relativisée, si l’on considère que le Droit public125
est, en général, un Droit exorbitant du fait de la place qu’il réserve à la puissance publique.
Toutefois, l’invocation d’un caractère exorbitant des pouvoirs d’un juge dans un contrôle de
légalité qu’est le contentieux électoral, demeure inhabituelle.

Qu’est-ce qu’un pouvoir exorbitant ? Au sens général, le caractère de ce qui est


exorbitant renvoie à quelque chose qui excède une mesure et qui sort de la règle commune 126.
Au sens juridique, est exorbitant ce qui déroge au droit commun.

L’attribut d’exorbitant des prérogatives du juge de régulation électorale traduit une


mesure qui met en relief l’intensité de ses pouvoirs dans cette fonction en comparaison à ses
pouvoirs classiques d’annulation, de rectification et de réformation des résultats de scrutins.
Cependant, dans l’exercice de sa fonction de régulation électorale, le juge déploie des
prérogatives exorbitantes, notamment l’injonction (Paragraphe I) et la substitution (Paragraphe
II) qui dérogent, par leur nature, aux pouvoirs classiques du juge électoral.

Paragraphe I : Le pouvoir d’injonction du juge électoral


La coexistence, dans la jurisprudence constitutionnelle africaine127, des modèles de
décisions typiques – le diptyque traditionnel de l’annulation ou du rejet et des formes atypiques
d’intervention du juge – l’injonction – interroge sur les transformations contemporaines de
l’office du juge. En effet, comme le soulignait le doyen GNAMOU « En tant que régulateur des
institutions et de l’activité des pouvoirs publics, la Cour s’est octroyée une grande marge
d’appréciation qui l’a conduite à donner des injonctions »128. Ainsi, le champ de la production
normative n’est plus étranger aux nouvelles figures du contentieux constitutionnel qui se
singularisent par l’intervention du juge constitutionnel dans l’adoption et l’exécution de la
norme. A ce titre, les réserves d’interprétation prescriptives, les décisions d’annulation partielle
qui entraînent une obligation de rectification de la norme, les décisions d’abrogation différée

125
E. SAILLANT, L’exorbitance en droit public, Paris, Dalloz, 2011, p. 12.
126
CORNU (dir.), Vocabulaire juridique, 11ème édition Paris, PUF, 2016, p. 435.
127
S.A. NDIAYE, « Le pouvoir d’injonction du juge constitutionnel en Afrique noire francophone », p.1.
128
D. GNAMOU, « La Cour constitutionnelle de Bénin en fait-elle trop ? In Frédéric Joël AIVO (dir.), Mélanges
en l’honneur de Maurice Ahanhanzo-GLELE, La constitution béninoise du 11 décembre 1990 : Un modèle pour
l’Afrique ?, Paris, L’Harmattan, p. 696.

44
assorties d’une indication du contenu ou du sens de la norme, à l’instar de l’injonction, se
définissent globalement par la participation du juge à la réécriture ou au complément de la
norme129. Ces formes d’intervention, qualifiées de positives par la contribution du juge dans le
processus normatif, rompent avec la théorie kelsénienne du juge législateur-négatif qui a
façonné le contentieux constitutionnel autour du diptyque traditionnel susmentionné130. Qu’est-
ce qu’une injonction ? Selon Michel de Villiers et Armel Le Divellec, le mot « injonction »
vient du verbe latin « Injungere »131 qui veut dire enjoindre et signifie un « ordre ou
commandement »132. Cependant, l’injonction n’est pas une simple manifestation de l’impérium,
car l’assimilation de l’injonction à un commandement ne permet pas de saisir son originalité133.
Elle impose une charge à quelqu’un en vue d’assurer la transcription du droit dans les faits »134.
L’auteure ajoute que « l’injonction vise à corriger un comportement illégal »135.

Dans son acception large, l’injonction renvoie à un ordre, une prescription, un


commandement émanant d’une autorité, en l’occurrence juridictionnelle136. Dans son sens
étroit, en droit judiciaire privé, la notion est duale en ce qu’elle se décline en une obligation de
faire – l’exécution des obligations contractuelles dans les délais et les conditions déterminées
par le juge et une obligation de payer destinée au débiteur en vue de l’acquittement d’une
dette137. Dans le contentieux administratif, elle se caractérise par l’imposition, dans l’intérêt des
parties, de mesures d’exécution dans un sens déterminé ou, plus rarement, l’adoption à nouveau
d’une décision après une nouvelle instruction138. La technique permet résolument au juge

129
J. GICQUEL, Droit constitutionnel et institutions politiques, 18e éd., Paris, Montchrestien, 2002, p. 599 ; N.
MOLFESSIS, « La réécriture de la loi relative au PACS par le Conseil constitutionnel », JCP, G., 2000, p. 399.
130
H. KELSEN, « La garantie juridictionnelle de la Constitution », RDP, 1928, p. 226.
131
Le verbe injungere signifie imposer quelque chose à quelqu’un. L’injonction (…) est plus
qu’un commandement qui n’a pas pour finalité spécifique de relier plusieurs éléments,
d’assurer le passage de l’un à l’autre. L’injonction (…) permet de faire la jonction du droit et
du fait.
132
DE VILLIERS (M.) LE DIVELLEC (A.), Dictionnaire du droit constitutionnel, Paris, Dalloz, 2013, p. 191.
133
PERRIN A., L’injonction en droit publique français, p.15.
134
Ibidem.
135
Ibid., p. 51.
136
G. CORNU, Vocabulaire juridique, PUF, 10ème éd., 2015, p. 548.
137
Les injonctions constituent ainsi « la matière première de l’imperium du juge ». V., L. CADIET, Dictionnaire
de la Justice, PUF, 2004, p. 612.
138
En France, Loi n° 95-125 du 8 février 1995 relative à l’organisation des juridictions et à la procédure civile,
pénale et administrative. V., Art. L. 911-1 et L. 911-2 du Code de justice administrative. V. aussi, CE Ass., 29 juin
45
d’assumer l’administration de ses propres décisions. L’injonction n’est donc pas une sanction
statique. Elle s’inscrit dans un processus139, dans un mouvement qui a commencé avant elle et
qui doit se poursuivre après elle mais en tenant compte de ses prescriptions. Elle s’apparente
alors à une mise en demeure. Contrairement à une idée répandue, le pouvoir d’injonction n’est
pas exclusivement lié à l’office du juge. Selon la doctrine, il existe deux grandes catégories
d’injonction en fonction de son auteur. Il y a l’injonction juridictionnelle (le juge) et l’injonction
administrative (l’autorité administrative)140. Ce constat est corroboré par le droit positif au
Bénin141comme en France142, où la loi permet aussi bien à l’Administration de donner des
injonctions aux administrés qu’aux juges administratif et judiciaire de donner des injonctions
aux justiciables. Même le juge international dispose du pouvoir d’injonction143. Si l’injonction
juridictionnelle a un certain succès en doctrine contrairement à l’injonction administrative, il
faut préciser que c’est plus le pouvoir d’injonction du juge administratif qui est largement étudié
par la doctrine et formalisé en droit. En revanche, le pouvoir d’injonction du juge

2001, Vassilikiotis, n° 213229 ou CE, 27 juill. 2001, Titran, n° 222509. Pour la doctrine, J. RIVERO, « Nouveaux
propos naïfs d’un Huron sur le contentieux administratif », EDCE, n° 31, 1979-1980, p. 28 ; F. Blanco, Pouvoirs
du juge et contentieux administratif de la légalité. Contribution à l'étude de l'évolution et du renouveau des
techniques juridictionnelles dans le contentieux de l'excès de pouvoir, Aix-en-Provence, PUAM, 2010, p. 376. ;
M. CHARITE, « Étrangère au pouvoir du juge constitutionnel, l’injonction, pourquoi le serait-elle ? », AJDA,
2015, p. 2257.
139
BRAHIC-LAMBREY C., L’injonction. Étude de la dynamique d’un processus, PUAM, 2003, p. 26.
140
DEVOLVE P., « La justice hors du juge », Les Cahiers du droit de l’entreprise, 1984, pp. 16-23 ; COLLIARD
C-A, « La sanction administrative », Annale de la faculté de droit d’Aix, 1943, pp. 3-74.
141
Cf. Les articles 584 (exécution forcée) 594, 595, 595-1 à 595-3 (astreinte), 597 (exécution provisoire) de la loi
n°2020-08 du 23 avril 2020 portant modernisation de la justice ; articles 132 à 143 (les mandats et leur exécution)
et 144 (contrôle judiciaire) de la loi 2012-15 du 18 mars 2013 portant code de procédure pénale en République du
Bénin ; article 569 (exécution forcée) de la loi 208-07 du 28 février 2011 portant code de procédure civile,
commerciale, sociale, administrative et des comptes, modifiée et complétée par la loi 2016-16 du 28 juillet 2016 ;
articles 13 à 20 (réquisition des travailleurs par les autorités administratives pour assurer le service minimum en
cas de grève) de loi 2001-09 du 21 juin 2002 portant exercice du droit de grève en République du Bénin, modifiée
et complétée par la loi 2018-34 du 05 octobre 2018, etc.
142
Cf. La loi du 8 février 1995 relative à l’organisation des juridictions et la procédure civile, pénale et
administrative ; le Code rural (art. R 161-21 etc.), le Code de la Santé publique (art. L. 182, L. 161, L. 193-5-III,
L. 1331-24 etc.), le Code de la Sécurité Sociale (art. 422-4 etc.), le Code de l’environnement (art. L. 226-8, L.435-
9, 514-1 etc.), le Code du commerce (art. L. 430-5, L. 430-6, L. 462-5, etc.), le Code des collectivités territoriales
(art. L. 2421-6), etc… Pour plus de détails, cf., BRAHIC-LAMBREY C., l’injonction. Étude de la dynamique d’un
processus, op.cit., 800 p. ; PERRIN A., L’injonction en droit public français, op.cit., p. 18.
143
Par une ordonnance du 17 avril 2020, la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples a enjoint aux
autorités béninoises, la suspension de l’élection des conseillers municipaux et communaux prévue pour le 17 mai
2020 dans l’attente de l’arrêt définitif rendu le 4 décembre 2020. Dans cet arrêt, la Cour enjoint à nouveau à l’Etat
béninois de garantir l’indépendance de la justice, de rétablir le droit de grève et d’abroger la loi de révision
constitutionnelle du 7 novembre 2019 ainsi que de toutes les lois incriminées dans un délai de 3 mois avant toute
élection, au motif qu’elles violent le « principe de consensus national » garanti par l’article 10 (2) de la Charte
africaine sur la démocratie, les élections et la gouvernance du 30 janvier 2007.

46
constitutionnel est nouveau, balbutiant et rencontre encore des résistances. Autrement dit,
naturellement, cette prérogative prétorienne achoppe sur la théorie classique du juge
constitutionnel législateur-négatif. Par conséquent, son intégration dans le contentieux
constitutionnel est non seulement atypique en soi mais concrétise la mutation de la nature de
l’office du juge. En effet, l’injonction, dans le contentieux constitutionnel, est significative d’un
pouvoir de décision revêtu d’un titre exécutoire que le débiteur législateur ou pouvoir exécutif,
dans le délai imposé, s’astreint à réaliser en se conformant au sens que le juge aura
unilatéralement déterminé. D’une part, lorsqu’elles sont adressées au législateur, les injonctions
renferment des « habilitations dotées d’un caractère obligatoire (…) pour la production de
normes législatives futures »144. D’autre part, les injonctions adressées à l’exécutif sous-tendent
la manifestation, pour le moins iconoclaste, d’une prescription qui vise à adopter ou corriger un
comportement dans un délai déterminé145.
Si le juge administratif tient son pouvoir d’injonction d’un texte, il en est autrement pour
le juge de régulation électorale. Celui-ci fonde son pouvoir d’injonction sur la nécessité et de
la particularité de la matière électorale. Cette prérogative prétorienne illustre l’exorbitance des
pouvoirs du juge de régulation en matière électorale et, de ce fait, renforce son office. Nous
partageons ce constat avec Alix PERIN lorsqu’il soutient que : « la consécration, par voie
prétorienne, d’un pouvoir d’injonction au-delà des textes et même sans texte est l’illustration
la plus marquante de l’extension de l’office du juge à l’exécution de ses décisions. Parmi les
injonctions prises par le juge qui ont une origine prétorienne, certaines ne reposent sur aucune
habilitation légale »146. L’examen de certaines décisions inédites du juge de régulation
électorale révèle que celles-ci comportent des injonctions dont l’Administration est destinataire
et/ou toute autre institution dont la défaillance perturbe le processus électoral.
Le pouvoir d’injonction du juge électoral se manifeste de deux manières. D’une part, le
pouvoir d’injonction est un moyen de contraindre les institutions à s’exécuter. En effet,

144
C. BEHRENDT, Le juge constitutionnel, un législateur-cadre positif. Une analyse comparative en droit
français, belge et allemand, Paris-Bruxelles, LGDJ-Bruylant, 2006, p. 249.
145
Décision n°1/C/2024 ; Affaires n°1/C/2024 à 9/C/2024 : en l’espèce le juge du conseil constitutionnel
sénégalais donnait injonction aux autorités administratives compétentes en affirmant « considérant qu'au regard
de l'esprit et de la lettre de la constitution et de la loi organique relative au conseil constitutionnel, le conseil
constitutionnel doit toujours être en mesure d'exercer son pouvoir régulateur et de remplir ses missions au nom de
l'intérêt générale, de l'ordre public, de la paix, de la stabilité des institutions et du principe de la nécessaire
continuité de leur fonctionnement ; considérant que le conseil constitutionnel, constatant l’impossibilité
d’organiser l'élection présidentielle à la date initialement prévue, invite les autorités compétentes à la tenir dans
les nielleurs délais ; »
146
A. PERIN, op.cit., p.748.
47
plusieurs jurisprudences illustrent, l’usage par le juge, des injonctions pour contraindre
l’institution concernée à se conformer à sa décision principale. Il en est ainsi de la décision de
la Cour constitutionnelle béninoise du 14 février 2011147. En l’espèce, par la requête en date du
05 février 2011, le Président de la Commission Électorale Nationale Autonome, a sollicité de
la Cour constitutionnelle, l’intervention d’une décision urgente en direction de l’Assemblée
nationale afin de mettre fin au retard accusé dans la désignation des membres devant siéger
dans les C.E.C148 et C.E.A149. A l’appui de sa requête, le Président de la Commission électorale
évoque que : « du fait de la défaillance de l’Assemblée nationale, le calendrier d’activités de la
C.E.N.A se trouve perturbé ». De ce fait, poursuit le Président, il fait recours à la Cour, en sa
qualité de régulateur du fonctionnement des institutions, pour interpeller l’institution
parlementaire pour la désignation dans les meilleurs délais des membres évoqués plus haut pour
une installation des structures essentielles du processus électoral. Il ressort de l’instruction du
recours, que les deux (02) sessions extraordinaires convoquées n’ont pas pu s’ouvrir faute de
quorum150 pour la première session et de l’absence des deux (02) secrétaires parlementaires
pour la deuxième session. Il ressort de l’analyse du recours que la Cour devrait résoudre deux
questions juridiques.
La première est de savoir si une session parlementaire peut se tenir valablement en
l’absence des secrétaires parlementaires ? La seconde question à laquelle la Cour devrait
répondre est de savoir quelle attitude adopter face à un refus délibéré de certains groupes
parlementaires de désigner leurs représentants dans les C.E.C et C.E.A sans méconnaître le
principe du respect de la configuration politique de l’Assemblée nationale ?
En réponse à ces questions, la Cour a considéré que l’absence des secrétaires parlementaires et
le retard accusé dans la désignation des membres devant siéger dans les démembrements de la
C.E.N.A relèvent de la défaillance. Sur cette base, la Haute juridiction, en convoquant les
exigences de continuité du processus électoral, a enjoint l’Assemblée nationale d’une part, « de
désigner sans délai leurs secrétaires parlementaires en remplacement des secrétaires
défaillants ». D’autre part, « de faire désigner par les groupes parlementaires présents aux

147
Cour constitutionnelle du Bénin, Décision EP 11-006 du 14 février 2011, http://www.courconstitutionnelle-
benin.org/doss_decisions/ep11006.pdf.
148
Commission électorale communale.
149
Commission électorale d’Arrondissement.
150
L’article 41 du règlement intérieur de l’Assemblée nationale Béninoise précise que : « l’Assemblée ne peut
délibérer que si la majorité absolue des députés est présente. Dans le cas contraire, la discussion est renvoyée à la
séance suivante qui ne peut être tenue moins d’une heure après ».

48
séances de l’Assemblée, les membres des Commissions Electorales Communales (C.E.C.) et
les Commissions Électorales d’Arrondissement (C.E.A) dans les proportions de nombre qui
leur échoient ». Le Président de l’Assemblée nationale était contraint d’appliquer cette décision,
mais c’est sans compter sur la persistance de certains députés de leur volonté de perturber la
séance parlementaire convoquée à cet effet. C’est ainsi que devant le refus des députés
d’exécuter la décision EP 11-006 du 14 février 2011 citée supra, le Président de l’Assemblée
nationale a saisi, à son tour, la Cour d’une requête relative à la mise en œuvre de la décision
sus-référencée. La Haute Cour, par la décision EP 11-014 du 22 février 2011, a indiqué « qu’il
ressort des éléments du dossier qu’au cours de la séance plénière du jeudi 17 février 2011, les
députés de la majorité, après s’être opposés à la lecture de la décision de la Cour, ont pris
d’assaut le perchoir, empêchant le Président de l’Assemblée Nationale ainsi que ses
collaborateurs d’accéder à leurs places et obligeant de la sorte le Président à suspendre la mise
en œuvre de la Décision EP 11-006 du 14 février 2011 ». En agissant ainsi, poursuit la Cour,
les députés concernés ont violé la Constitution et « se sont abstenus d’exercer leur mission,
entraînant de ce fait un blocage préjudiciable au fonctionnement normal de l’Assemblée
nationale et de la Commission Électorale Nationale Autonome151 ». Partant de ce qui précède,
la Cour a donné injonction au requérant, le Président de l’Assemblée nationale, en l’occurrence,
de désigner « d’office et chaque fois que nécessaire, un député pour assurer les fonctions de
secrétaires parlementaires (…) et transmettre à la C.E.N.A la liste des personnes devant siéger
dans ses structures décentralisées (C.E.C, C.E.A) ». En donnant des injonctions au Président de
l’Assemblée nationale, la Cour a réussi à lever le blocage pour permettre l’installation
immédiate de la C.E.N.A et de ses démembrements. En plus dans d’autres cas, le juge de la
régulation électorale peut, par correspondances, inviter les institutions (Président de la
République, Parlement, CENA), à plus de dynamisme afin que le calendrier électoral soit
respecté. Il en est ainsi, en vue de la tenue de l’élection présidentielle béninoise de 96, « devant
le retard considérable puis pour la finalisation et la promulgation de la loi sur l’élection
présidentielle et l’installation de la CENA, [lorsque] la Cour constitutionnelle a appelé
l’attention du Chef de l’Etat sur la nécessité de prendre des mesures urgentes appropriées afin
que les élections aient lieu à bonne date et que soit évitée la vacance de la présidence le 03 avril

151
Cour Constitutionnelle, Décision EP 11-014 du 22 février 2011, v. obs. de Arsène-Joël ADELOUI, in ABJC,
Revue de contentieux constitutionnel, I-2013, pp.421-429;

49
à minuit , date d’expiration du Président de la République152.La Cour adresse la même invite à
la CENA en lui demandant de se « conformer, dans l’exercice de sa compétence d’organisation
des élections, à certaines exigences électorales153 ». Enfin, tout récemment le conseil
constitutionnel sénégalais enjoint le pouvoir exécutif d’organiser les élections présidentielles
dans un meilleur délai sans dépasser la date du 02 Avril 2024. En effet, le conseil constitutionnel
dans sa Décision N°1/c/2024 dispose d’une part, dans son considérant 14 que « considérant que
la juridiction constitutionnelle a déjà décidé, d’une part, que la durée du mandat du Président
de la République ne peut être réduite ou allongée au gré des circonstances politiques, quel que
soit l'objectif poursuivi ; que le mandat du président de la République ne peut être prorogé en
vertu des dispositions de l'article 103 précité ; que la date de l'élection ne peut être reportée au-
delà de la durée du mandat ; que d’autre part, la loi attaquée introduit dans la constitution des
dispositions dont le caractère temporaire et personnel est incompatible avec le caractère
permanent et général d’une disposition constitutionnelle » ; d’autre part, il dispose dans son
considérant 20 que « considérant que le conseil constitutionnel, constatant l’impossibilité
d’organiser l'élection présidentielle à la date initialement prévue, invite les autorités
compétentes à la tenir dans les meilleurs délais ; ». Donc en faisant la jonction de ces
considérants il est à constater que le conseil constitutionnel fait une injonction aux autorités
compétentes pour l’organisation du scrutin car ils les mettent dans des intervalles en refusant
tout report de l’élection présidentielle.

Par ailleurs, l’une des raisons de l’emploi de l’injonction est la maîtrise des délais prévus
pour chaque étape du processus électoral. L’étude de l’injonction, à en croire Alix PERIN, « à
travers sa définition, son origine et sa pratique fait apparaître les rapports étroits qui l’unissent
au temps (…). L’intervention du juge dans l’exécution de ses décisions le rend particulièrement
attentif au temps qui s’écoule et au temps à venir »154. C’est dans cette logique que s’inscrit la
décision du Conseil constitutionnel sénégalais en date du 02 mars 1993155 par laquelle le juge
a enjoint la Commission nationale de Recensement des Votes, de proclamer les résultats
provisoires dans un délai de soixante-douze (72) heures. Cette injonction entendait mettre fin à
l’entrave du fonctionnement de cette Commission du fait de la divergence de point de vue des

152
Jean- Baptiste MONSI, « La Cour constitutionnelle et les élections présidentielles de mars 96 : quelles leçons
pour l’avenir » annexe du courrier du 17 juillet 1997, cité par S. BOLLE, in Le nouveau
153
Jean- Baptiste MONSI, cité par S. BOLLE, in ibidem.
154
A. PERIN, op.cit., p.730.
155
Conseil constitutionnel sénégalais, décision n°5/93-Affaires n°6/E/93du 02 mars 1993,

50
représentants des partis politiques qui y siégeaient. En plus, l’injonction du juge peut également
être destinée à une institution parlementaire en vue de mettre fin à l’entrave de son
fonctionnement pour faire aboutir l’élection du bureau de l’Assemblée nationale. Il en est ainsi,
des décisions du 07 mai 2003156 et du 12 mai 2003157de la Cour constitutionnelle du Bénin. En
réponse à ces allégations, la Haute juridiction constitutionnelle a invoqué sa qualité d’organe
régulateur des institutions et des activités des pouvoirs publics, pour soutenir qu’elle est fondée
à prendre toute décision pour éviter toute paralysie du fonctionnement des institutions de la
République. A ce titre, poursuit la Cour, elle est fondée à enjoindre la doyenne d’âge à
convoquer l’Assemblée nationale dès la date de la présente décision et de poursuivre sans
discontinuité, c’est-à-dire au cours de la même séance, l’élection des autres membres du bureau.
Dans l’hypothèse où la doyenne s’opposerait à cette injonction, la Cour préconise qu’elle serait
procédée immédiatement à son remplacement par le doyen d’âge suivant, et ainsi de suite
jusqu’à l’aboutissement du processus électoral.
Le recours à cette prérogative prétorienne a permis au juge de corriger les défaillances
inhérentes au fonctionnement de l’institution parlementaire. Il s’ensuit que l’usage de cet
instrument juridique a satisfait le pari de l’injonction tant cher à Alix PERIN consistant « à
remédier aux défaillances de l’autorité de la chose jugée en expliquant les mesures qu’implique
nécessairement l’exécution de la décision de justice ». Le pouvoir du juge de dire le droit,
poursuit l’auteur, n’a plus pour seule finalité de trancher le litige. Il vise au surplus, par
l’intermédiaire de l’injonction, à assurer l’exécution effective de la décision de justice.

Appréhendée ainsi, l’injonction renvoie à un mécanisme exécutoire qui accompagne les


décisions de justice et ordonne à son destinataire l’exécution de la décision prise. Il en est le cas
au Sénégal lorsque le sieur Sonko a été radié du fichier électoral après sa condamnation par
contumace et que par la suite le tribunal d’instance de Ziguinchor dans son ordonnance
N°01/2023 du 12/10/2023 Affaire OUSMANE SONKO contre ETAT DU SENEGAL déclaré
irrégulière la radiation et ordonne la réintégration par les services centraux du Ministère de
l’intérieur sur la liste électorale de la commune de Ziguinchor ainsi que sur le fichier général

156
Cour constitutionnelle du Bénin, DCC 03-077 du 07 mai 2003. En effet, par sa décision du 07 mai susvisée, en
réponse à un requérant contestant l’admission irrégulière d’une candidature par la doyenne d’âge, la Cour avait
soutenu que : « le doyen d’âge de l’Assemblée nationale, président de la séance consacrée à l’élection des membres
du bureau de l’Assemblée nationale ne peut que soumettre au vote les candidatures qu’il a reçues poste par poste
au cours de la même séance et qu’il n’a pas compétence ni pour remettre en cause les candidatures reçues ni pour
en susciter d’autres ».
157
Cour constitutionnelle du Bénin, DCC 03-078 du 12 mai 2003, Gougbédji Cyrille, Akobi Issifou Ahmed, R.
2003, p.317.

51
des électeurs158. Ainsi le tribunal d’instance hors classe de DAKAR a suivi la même démarche
en déclarant nulle la radiation du sieur SONKO sur le fichier électoral et en ordonnant son
intégration sur le fichier général des électeurs159.

Par ailleurs, au chapitre des injonctions du juge de régulation électorale, figure


également la décision de la Cour constitutionnelle du Bénin du 27 janvier 1996160. En effet,
suite au refus du ministère de l’intérieur, de la sécurité et de l’administration territoriale de
livrer directement à la C.E.N.A les enveloppes pour l’élection présidentielle du 03 mars 1996,
le Président de la C.E.N.A a saisi la Cour aux fins de dire et juger qu’il ne revient pas au Ministre
de livrer ces enveloppes dans les départements, sous-préfectures et circonscriptions urbaines.
En réponse à cette sollicitation, la Cour constitutionnelle, après mesures d’instructions urgentes
diligentées à l’endroit du Ministre de l’intérieur, a indiqué qu’en application de la loi en vigueur,
seule la C.E.N.A est habilitée à organiser toutes les opérations électorales. Par conséquent, en
vertu de l’article 117161 de la Constitution, il y’a lieu d’enjoindre au Ministre de livrer sans délai
ces enveloppes à la C.E.N.A.

En conclusion, l’injonction est cette prérogative exorbitante à laquelle le juge de


régulation électorale fait recours pour contraindre les acteurs impliqués dans le processus
électoral à s’exécuter. L’injonction peut même se prolonger après le scrutin et intervenir au
moment de la prestation de serment du Président de la République nouvellement élu. Il en est
ainsi de la décision de la Cour constitutionnelle du Bénin du 05 avril 1996162. En l’espèce, deux
requérants avaient saisi la Haute Cour en soutenant qu’au cours de la prestation de serment du
04 avril 1996, le Président de la République a omis de prononcer le membre de phrase : « les
Mânes des ancêtres… » ; que ce faisant, poursuivent les requérants, il n’a pas respecté la
Constitution. En réponse à ces moyens soulevés, la Cour a d’abord constaté, qu’effectivement,

158
Ordonnance N°01/2023 du 12/10/2023 du tribunal de Ziguinchor Affaire OUSMANE SONKO contre ETAT
DU SENEGAL
159
ORDONNANCE N°001/GREFFE du 14/12/2023 du tribunal d’instance hors classe de DAKAR Affaire
OUSMANE SONKO contre ETAT DU SENEGAL.
160
Cour constitutionnelle, EL-P-96-006 du 27 janvier 1996, http://www.cour-constitutionnellebenin. Org/doss
décisions/ep 96026.pdf.
161
Article 117 de la constitution Béninoise « (…) La Cour constitutionnelle Veille à la régularité de l'élection du
Président de la République; examine les réclamations, statue sur les irrégularités qu'elle aurait pu, par elle-même
relever et proclame les résultats du scrutin ; statue sur la régularité du référendum et en proclame les résultats »
162
Cour constitutionnelle du Bénin, DCC 96-017 du 05 avril 1996, Gangbé Aurélien, Fagninou Gilles R.B, R.,
1996, p.89 ;

52
le Président de la République n’a pas prononcé le membre de phrase cité ci-dessus. Sur le
fondement de ce constat, la juridiction constitutionnelle a considéré que : « le texte du
serment163 tel que fixé par la Constitution est une formule sacramentelle ; qu’il ne saurait donc
subir une quelconque modification et doit être prononcé dans son intégralité ; que, dès lors, il
y a lieu de déclarer non conforme à la Constitution le serment tel qu’il a été prêté par le
Président de la République ». Le Président de la République était contraint de suivre la voie
indiquée par la Cour en reprenant son serment pour se conformer à la volonté de la Haute
juridiction. Récemment, dans sa décision DCC 15-001 du 09 janvier 2015164 la Cour
constitutionnelle du Bénin « a mis fin aux spéculations, rétabli les certitudes des élections,
dissipé les craintes quant à l’avenir de la démocratie béninoise dont les élections constituent
une épine dorsale »165.Dans cette espèce, suite à un retard du Conseil d’Orientation et de
Supervision (C.O.S) dans la mise à disposition à la C.E.N.A de la liste électorale permanente
informatisée (L.E.P.I), un doute s’est installé sur la tenue des élections législatives d’avril 2015.
Déjà du fait de ce retard, les élections municipales et communales n’ont pas pu se tenir depuis
2013. Redoutant que le même sort soit réservé aux élections législatives, le requérant a introduit
un recours à la Cour constitutionnelle pour se plaindre de la non disponibilité de la L.E.P.I du
fait des défaillances du C.O.S et solliciter de la Haute juridiction de faire injonction au C.O.S
de produire, en urgence et dans un délai impératif, une L.E.P.I fiable, ou à défaut, de dire que
la L.E.P.I de 2011 sera utilisée pour les élections de 2015 et 2016. Dans ce climat« délétère,
l’accalmie et l’éclaircie sont venues de la Cour, qui, usant du pouvoir de régulation du
fonctionnement des institutions et de l’activité des pouvoirs publics que lui confère l’article 114
de la Constitution(…) elle mit fin à toute inertie, controverse et spéculation en fixant la date
des élections législatives, puis celle des élections municipale, communale et locale
respectivement au 26 avril 2015 et au 31 mai de la même année et en indiquant une date limite
au Président de la République pour convoquer le corps électoral pour ces élections ».
Concernant l’inquiétude soulevée par le requérant sur la non disponibilité de la L.E.P.I à temps,
la Cour a donnée injonction au C.O.S en décidant que « l’actualisation de la liste électorale
permanente informatisée doit dès lors être impérativement achevée le 15 janvier 2015, la

163
Le serment est prévu par l’article 53 alinéa 2 de la Constitution béninoise de 90 qui dispose ce qui suit : «
Devant Dieu, les Mânes des ancêtres, la Nation et devant le peuple béninois, seul détenteur de la souveraineté…
».
164
Cour constitutionnelle, DCC 15-001 du 09 janvier 2015, Polycarpe TOGNON.
165
Cour constitutionnelle du Bénin, Rapport d’évaluation des élections législatives d’avril

53
publication de la liste actualisée et l’établissement de la liste électorale permanente
informatisée réalisés pour le 25 février 2015 au plus tard ; qu’à défaut de la disponibilité de la
liste actualisée pour le 15 janvier 2015, la Commission électorale nationale autonome (CENA)
est autorisée à organiser les élections législatives, municipale, communale et locale de 2015
sur la base de la liste électorale permanente informatisée (LEPI) de 2011 ». Les injonctions de
la Cour ont été respectées par toutes les institutions concernées.

En vérité le pouvoir d’injonction du juge électoral à un fondement fragile du fait que ce


pouvoir prétorien ne repose pas explicitement d’un texte juridique. En effet, dans sa dimension
empirique, l’activité du juge constitutionnel africain se caractérise par une fonction politique
corrélée à ses attributions juridiques classiques166. Construit dans les linéaments de l’arbitrage
politique qui incombe au juge constitutionnel167, le pouvoir d’injonction ne relève pourtant pas
explicitement de la Constitution. Les dispositions constitutionnelles, d’où sont extraites les
habilitations de production normative obligatoire formulées par le juge, proposent des
fondements erratiques. En témoignent, les articles 99 et 114 des Constitutions togolaise 168 et
béninoise169 selon lesquels la Cour constitutionnelle « est l’organe régulateur du
fonctionnement des institutions et de l’activité des pouvoirs publics ». Le prisme de l’activité
régulatrice du juge constitutionnel élargit considérablement le spectre de son pouvoir
d’appréciation, voire de substitution au producteur naturel de la norme, en même temps qu’il

166
P. MASSINA, « Le juge constitutionnel africain francophone : entre politique et droit », RFDC, 2017/3 n° 111,
pp. 646 et s. V. aussi, A. SOMA, « Le statut du juge constitutionnel africain », in La Constitution béninoise du 11
décembre 1990 : un modèle pour l’Afrique ? Mélanges en l’honneur de Maurice AHANHANZO-GLELE, Paris
L’Harmattan, 2014, pp. 451-480.

167
J. MEUNIER, « Les décisions du Conseil constitutionnel et le jeu politique », Pouvoirs, 2003/2, n° 105, pp.
29-40.
168
Constitution togolaise du 27 septembre 1992 révisée par la loi n° 2002-029 du 31 décembre 2002.
169
Constitution béninoise du 11 décembre 1990.

54
servirait de fondement à l’injonction170. Fondée sur un « existentialisme juridique »171, la
régulation est soumise à la casuistique du juge constitutionnel. La constitutionnalisation de la
compétence politique de régulation du fonctionnement des pouvoirs publics se vérifie d’ailleurs
dans les Etats de l’Afrique francophone subsaharienne. C’est le cas du Gabon172, du Djibouti173,
du Mali174, du Togo175, du Cameroun176, du Tchad177, de la Côte d’Ivoire178 ou encore de la
Guinée Conakry179. En parallèle, les dispositions constitutionnelles relatives à la résolution des
crises politiques à caractère institutionnel ou des conflits d’attribution servent de prétexte, à
l’instar de la régulation, au recours à l’injonction180. Au Cameroun, le juge constitutionnel «
statue souverainement sur (…) les conflits d’attribution : entre les institutions de l’Etat ; entre
l’Etat et les régions ; entre les régions »181. Aux Comores182, au Niger183, à Madagascar184 ou

170
Dans le même ordre d’idées, le prisme de la protection des droits et libertés fondamentaux offre au juge
constitutionnel africain un pouvoir important. Au titre de l’article 121 de la Constitution du Bénin du 11 décembre
1990, il est prévu un mécanisme d’auto-saisine qui permet à la Cour de se prononcer d’office sur la
constitutionnalité de tout texte réglementaire qui porte atteinte à la violation des droits fondamentaux. V. aussi, G.
VEDEL, « Cours de droit constitutionnel et d’institutions politiques », Les cours de droit, 1960-1961, p. 183, B.
KANTE, « Les juridictions constitutionnelles et la régulation des systèmes politiques en Afrique », op. cit., p. 266
et O. NAREY « La régulation du fonctionnement des institutions par le juge constitutionnel », op. cit., pp. 57-93.
171
N. MEDE, Les grandes décisions de la Cour constitutionnelle du Bénin, Berlin, Editions universitaires
européennes, 2012, p. 52.
172
Art. 83 de la Constitution du Gabon du 26 mars 1991.
173
Art. 75 de la Constitution du Djibouti du 04 septembre 1992.
174
Art. 85, alinéa 2 de la Constitution du Mali du 27 février 1992.
175
Art. 99 de la Constitution du Togo du 14 octobre 1992.
176
Art. 46 de la Constitution du Cameroun du 18 janvier 1996.
177
Art. 161, alinéa 6 de la Constitution du Tchad du 31 mars 1996.
178
Art. 88 de la Constitution de la Côte d’Ivoire du 23 juillet 2000.
179
Art. 93 de la constitution de la Guinée Conakry du 07 mai 2010.
180
O. NAREY, « L’ordre constitutionnel », in Mélanges dédiés au professeur Francis V. WODIE, Presses
universitaires de Toulouse Capitole 1, 2016, p. 405.
181
Art. 47 de la Constitution du Cameroun du 18 janvier 1996.
182
Art. 36 de la Constitutions de l’Union des Comores du 23 décembre 2001 : la Cour constitutionnelle « est
chargée de statuer sur les conflits de compétence entre deux ou plusieurs institutions de l’Union, entre l’Union et
les îles et entre les îles elles-mêmes ».
183
Art. 126 de la Constitution du Niger du 25 nombre 2011 proclamant la VIIème République : la Cour
constitutionnelle se prononce sur « les conflits d’attribution entre les institutions de l’Etat ».
184
Art. 116 de la Constitution de Madagascar : la Haute Cour constitutionnelle « règle les conflits de compétence
entre deux ou plusieurs institutions de l’Etat ou entre l’Etat et une ou plusieurs collectivités locales décentralisées
ou entre deux ou plusieurs collectivités locales décentralisées ».

55
encore au Sénégal185, il est investi de prérogatives similaires. L’exégèse de ces dispositions, si
elle relativise la réalité d’une injonction constitutionnelle, interpelle sur les fondements du
pouvoir normatif du juge ; en l’occurrence, le déploiement de son acte de volonté186. En somme,
la fonction régulatrice ouvre des ressources normatives importantes qui, articulées autour de la
garantie positive de la Constitution, éloignent le juge du positivisme constitutionnel
kelsénien187. Concrètement, le juge justifie une technique de garantie normative de l’injonction
par l’abandon d’un formalisme juridique pur qui consisterait seulement à interroger le texte de
la Constitution et à nier les excroissances qui en seraient issues.

En somme, le juge de la régulation électorale peut aller plus loin en se substituant à une
institution ou Commission électorale défaillante dans le but de sauver un processus électoral
malmené.

Paragraphe II : Le pouvoir de substitution du juge électoral


L’une des prérogatives exorbitantes que détient le juge de régulation électorale est la
substitution. La substitution « est ce droit exorbitant accordé à une personne, dans certains cas,
par la loi et dans certaines conditions définies restrictivement de se substituer aux autorités sous
tutelle et d'agir en leur lieu et place »188. Dans sa thèse de doctorat consacrée à la substitution
en droit administratif français189, Ludivine CLOUZOT a démontré que toute substitution,
qu’elle soit administrative ou juridictionnelle, réunissait deux critères à des intensités
néanmoins variables ; d’une part, l’existence d’une carence dans le chef du substitué à savoir,
dans le cadre qui nous occupe, une autorité administrative ; d’autre part, la volonté de recourir
à la substitution dans le chef du substituant à savoir, le Conseil d’Etat.
Dans son acception restreinte, le concept de carence regroupe uniquement les situations
où « l’administration a refusé ou s’est abstenue d’agir en violation d’une compétence liée
d’action »190. En effet, au contentieux de l’excès de pouvoir, le Conseil d’Etat ne connaît que

185
Art. 92, alinéa 1 de la Constitution sénégalaise du 22 janvier 2001.
186
A. CABANIS, « Les cours et conseils constitutionnels, modernes régulateurs de la nouvelle gouvernance en
Afrique ? », in Mélanges dédiés au professeur Francis V. WODIE, op.cit., p. 101.
187
D. SY, « Les fonctions de la justice constitutionnelle en Afrique », in O. NAREY (dir.), La justice
constitutionnelle, Acte du Colloque international de l’ANDC, Paris, L’Harmattan, 2016, pp. 47-54. V., dans le
même sens, L. FAVOREU, « La régulation de l’activité normative des pouvoirs publics », RDP, 1967, pp. 5-120.
188
G. CORNU, Vocabulaire juridique, 11ème édition, Paris, PUF, 2016, p. 996.
189
L. Clouzot, Recherche sur la substitution en droit administratif français, Paris, Dalloz, 2012, pp. 37 à 169.
190
D. DORLENCOURT-DETRAGIACHE, Contribution à une théorie de la carence en droit administratif
français, Thèse Paris II, 1972, p. VIII cité dans B. PLESSIX, « Une prérogative de puissance méconnue : le pouvoir
56
de requêtes visant l’annulation d’un acte administratif unilatéral. Il est donc insusceptible de
connaître d’abstention ou même de refus délibéré d’agir191. L’acception contemporaine de la
notion de carence permet néanmoins d’appréhender ce mécanisme en raison d’un double
mouvement d’extension. Premièrement, l’obligation non exécutée à la source de la carence de
l’autorité administrative n’est plus limitée à l’existence d’une compétence liée192.
Secondement, la carence peut dorénavant se matérialiser de manière diversifiée : à l’inaction
de l’autorité administrative s’ajoute l’inadéquation de l’action de celle-ci193. Le seul critère
objectif préalable de la carence ne permet cependant pas de rendre compte pleinement de la
notion de substitution. Si celui-ci est primordial pour analyser le comportement du substitué,
encore faut-il qu’il se conjugue à une analyse poussée du comportement du substituant au
travers la notion de volonté194. Elle endosse deux rôles : le premier d’identité ; le second de
ponctualité. Premièrement, l’autorité substituante va avoir « à cœur de jouer un rôle identique
à celui normalement rempli par le substitué »195. L’élément essentiel et subjectif de la définition
réside donc bien dans la faculté offerte à l’autorité juridictionnelle de substituer sa propre
décision à celle de l’administration. Il ne s’agit, en principe, nullement d’une obligation ou
autrement dit, d’une compétence liée dans le chef de l’autorité substituante. En raison cependant
d’une potentielle atteinte à certains principes fondamentaux notamment celui de la séparation
des fonctions administrative et juridictionnelle, cette faculté restera fortement encadrée196.
Secondement, l’intervention de l’autorité substituante se doit d’être ponctuelle. Elle sera limitée
aussi bien dans le temps que dans l’espace. En effet, la substitution ne joue qu’en raison d’une

de substitution d’action », R.D.P., 2003, p. 623. Voy. Aussi C.-H. VIGNES, « Le pouvoir de substitution », R.D.P.,
1960, pp. 773 et 774.
191
M. LEROY, Contentieux…, pp. 173 et s. ; D. RENDERS e. a., Droit administratif – Tome III…, op. cit., pp.
212 et s. ; P. LEWALLE en coll. avec L. DONNAY, pp. 740 et s.
192
L. CLOUZOT, op.cit., pp. 66 et s. L’inscription de cette notion au sein de l’article 36, § 1er, alinéa 2 des lois
coordonnées n’est donc pas redondante avec la définition de la substitution. Elle vise bien à restreindre la portée
de cette dernière.
193
Ibid., pp. 101 et s.
194
Sur les différentes définitions du terme volonté : G. CORNU, Vocabulaire juridique, 9ème éd., Paris, P.U.F.,
2011, p. 1074. En droit administratif : P. PY, Le rôle de la volonté dans les actes administratifs unilatéraux, Paris,
L.G.D.J., 1976, 180 p.
195
L. CLOUZOT, op.cit., p. 145.
196

57
défaillance préalable de l’autorité administrative197 et « l’étendue du pouvoir de substitution et
la durée de son exercice » se limite à cette défaillance.

Au regard de toutes ces considérations, la substitution constitue dès lors un pouvoir par
lequel une autorité administrative ou juridictionnelle, dite autorité constituante, adopte un acte
en lieu et place d’une autre autorité administrative, dite autorité constituée, uniquement de
manière ponctuelle et identique à celle-ci et ce, dans le but de pallier une carence de cette
dernière.

L’appréhension des éléments centraux de la substitution permet un exercice de


distinction avec deux notions certes proches sur le plan des principes mais qui ne peuvent
cependant être intellectuellement confondues.

D’une part, les pouvoirs de substitution et de réformation sont comparables aux


Dioscures grecs. Souvent confondus en raison de leur similarité apparente, ils ne sont pas pour
autant assimilables l’un à l’autre198. En effet, des auteurs, issus principalement de la doctrine
française, se sont employés à les différencier.

Un premier courant se base sur une conception restrictive du pouvoir de réformation.


L’annulation constituerait la pierre angulaire permettant de distinguer les deux notions. En effet,
la réformation serait « une alternative à l’annulation pure et simple »199, elle permettrait de
conserver l’acte tout en modifiant sa substance, son contenu. La substitution supposerait
l’existence soit d’une carence de l’autorité administrative, soit une annulation préalablement
prononcée par le juge qui reprendrait par la suite l’élaboration de l’acte dans son ensemble 200.

197
E. JEULAND, « Quelques questions sur l’action de substitution « à la française » », in Justices et droit du
procès : du légalisme procédural à l'humanisme : mélanges en l'honneur de Serge Guinchard, Paris, Dalloz, 2010,
p. 754 ; F. DIEU, « Le pouvoir de substitution d’action du préfet en matière de police administrative n’engage que
rarement la responsabilité de l’Etat », Droit administratif, Revue mensuelle Lexis Nexis Jurisclasseur, 2008/1, pp.
23 à 31.
198
Le langage courant appelle cette distinction. En effet, linguistiquement et étymologiquement,
substituer signifie remplacer, c’est-à-dire mettre quelque chose en lieu et place de quelque chose
d’autre alors que réformer consiste plutôt dans l’action de modifier, d’amender, de rectifier ou
encore de corriger un acte préalable existant. Voir Le Petit Larousse illustré 2012, Paris,
Larousse, 2011, v° « réformer » et « substituer », pp. 928 et 1044.
199
Y. GAUDEMET, « Le pouvoir de réformation de la CA de Paris dans le contentieux des décisions du Conseil
de la concurrence », J.C.P., 1999, p. 2242.
200
En effet, le professeur GAUDEMET énonçait encore : « au contraire lorsque l’acte initial est annulé par le juge,
il n’y a plus rien à réformer et statuer à nouveau serait pour lui se substituer à l’Administration active ». Il précisait
plus loin : « [la différence entre les deux] réside dans l’attitude du juge qui, selon le cas, dans le dispositif de sa
décision, annulera d’abord l’acte attaqué ou bien se bornera à annoncer sa réformation ». Voy. Y. GAUDEMET,
58
Si cette conception a le mérite de la clarté, elle serait, selon ses propres défenseurs, « ruinée »
tant par la doctrine dominante que par la jurisprudence française201.

Un second courant conjugue l’intensité du contrôle opéré sur l’acte initial avec
l’importance de la modification apportée à celui-ci. L’annulation préalable ne constitue plus le
critère. Le pouvoir de substitution impliquerait « une modification radicale du contenu de l’acte,
de son économie générale »202 ou de sa substance. La réformation permettrait, une fois de plus,
la conservation de l’acte tout en y apportant des corrections, des rectifications, des
amendements avant tout minimes et destinés à le purger de ses vices. Selon cette conception, la
distinction entre les deux notions reposerait « davantage sur une différence de degré que sur
une différence de nature entre les deux pouvoirs »203.

Il ne faut néanmoins pas durcir les traits entre réformation et substitution sous peine de
confiner ces concepts « dans la sphère de la pure taxinomie juridique »204. Il reste que la
distinction entre ces notions n’est guère aisée205. D’ailleurs, nombre d’auteurs estiment que le
pouvoir de réformation ne constituerait même qu’une figure spécifique du pouvoir de
substitution206.

« Le pouvoir de réformation… », op.cit., pp. 2242 et 2243. Il rejoint en ce sens les conclusions formulées
antérieurement par le professeur CHEVALLIER : « au lieu de supposer une carence juridique ou matérielle, [le
pouvoir de réformation] implique l’existence d’un acte, dont le contenu est ensuite modifié par l’autorité de
contrôle (nous soulignons) ». Voy. J. CHEVALLIER, « L’interdiction pour le juge… », op.cit., p. 68 ou encore D.
BAILLEUL, L’efficacité comparée des recours pour excès de pouvoir et plein contentieux objectif en droit public
français, Paris, L.G.D.J., 2002, p. 267. Selon E. PREVEDOUROU : « le pouvoir de réformation s’analyse en une
annulation totale ou partielle de la décision litigieuse suivie d’une réfection conforme aux souhaits du supérieur
hiérarchique ». E. PREVEDOUROU, Les recours administratifs obligatoires : étude comparée des droits allemand
et français, Paris, L.G.D.J., 1996, p. 264.
201
Y. GAUDEMET, « Le pouvoir de réformation… », op.cit., p. 2242 et les réf. citées.
202
F. BLANCO, op.cit., p. 137.
203
Ibid. Voy. Aussi L. CLOUZOT, op.cit., pp. 371 et 372.
204
G. ZAGREBELSKY, « Avant-propos », in Liber Amicorum Jean-Claude Escarras : la communicabilité entre
les systèmes juridiques, Bruxelles, Bruylant, 2005, p. XVIII.
205
Le pouvoir exercé par le juge de l’élection dans le contentieux électoral illustre la difficulté de cette
qualification en droit français. Bernard MALIGNER y voit un pouvoir de réformation (B. MALIGNER, « Des
conditions d’exercice du pouvoir de réformation par le juge de l’élection », in Mélanges René Chapus. Droit
administratif, Paris, Montchrestien, 1992, p. 397 et les réf. citées) tandis que Florent BLANCO l’analyse comme
un véritable pouvoir de substitution. F. BLANCO, op.cit., p. 137 ; R. CHAPUS, op.cit., pp. 1000 et s.
206
L. CLOUZOT, op.cit., pp. 86 et s. ; A. PERRIN, op.cit., p. 215 ; J. CHEVALLIER, « L’interdiction pour le
juge… », op.cit., p. 68.

59
D’autre part, l’appréhension originelle des pouvoirs de substitution et d’injonction sous
l’angle du même principe que constitue la séparation des fonctions administrative et
juridictionnelle a engendré une confusion entre ceux-ci207. Ce principe, dans son acception
extensive, interdisait aux juridictions tant d’adopter des actes administratifs en la forme
juridictionnelle que d’exercer un pouvoir de commandement à l’égard de l’administration208.
Le pouvoir de substitution et celui d’injonction étaient donc analysés comme « les deux phases
d’un même problème »209, la doctrine affirmant qu’« une simple différence de degré dans la
contrainte séparerait ces deux procédés »210.

Alix PERRIN, dans sa thèse de doctorat consacrée à l’injonction en droit public français,
a néanmoins dégagé deux critères permettant de différencier ces mécanismes211. Le premier
analyse l’impact de la mesure sur son destinataire. L’injonction est un acte correctif. Elle vise
à modifier un comportement en imposant une obligation. Elle implique un acte d’exécution
volontaire de la part de son destinataire212. Son effectivité est donc médiate : elle est soumise
au bon vouloir de l’administration et dépend du caractère coercitif de l’injonction à l’égard de
celle-ci213. La substitution au contraire implique l’adoption d’un acte par l’autorité substituante
en lieu et place de l’autorité substituée. Elle n’impose à cette dernière aucune obligation et son
effectivité est immédiate214. Elle constitue cependant un bouleversement des compétences entre
l’administration et le juge administratif alors que l’injonction permet de sauvegarder l’ordre de

207
L. CLOUZOT, op.cit., p. 467, 470 à 473 et les réf. citées n.b.p. 1653 ; A. PERRIN, op.cit., pp. 213 et 214 ; J.
RIVERO, Droit administratif, 4ème éd., Paris, Dalloz, 1970, p. 171 (la distinction n’étant toujours pas clairement
effectuée dans la 21ème édition. Voir J. RIVERO & J. WALINE, Droit administratif, 21ème éd., Paris, Dalloz,
2006, p. 514) ; A. DE LAUBADÈRE, Traité élémentaire de droit administratif, T. 1, 2ème éd., Paris, L.G.D.J.,
1960, p. 449.
208
Appelé respectivement principe de prohibition du pouvoir de substitution et d’injonction.
209
J. CHEVALLIER, « L’interdiction pour le juge… », op.cit., p. 68.
210
Ibid., n.b.p. 4.
211
A. PERRIN, op.cit., pp. 214 à 217.
212
F. MODERNE, « Étrangère au pouvoir du juge, l’injonction, pourquoi le serait-elle ? », R.F.D.A., 1990, p. 800
; Y. GAUDEMET, Réflexions sur l’injonction dans le contentieux administratif, in Mélanges offerts à Georges
Burdeau. Le pouvoir, Paris, L.G.D.J., 1977, pp. 809 et 810.
213
A. PERRIN, op.cit., pp. 53 à 240.
214
B. PLESSIX, op.cit., pp. 606 à 608 ; C.-H. VIGNES, op.cit., pp. 753 à 756.

60
ces compétences. Le pouvoir de substitution est donc « une mesure plus grave que l’injonction
»215.

Le second critère concerne l’objet de la mesure. La substitution joue au niveau de


l’élaboration d’un acte administratif unilatéral. Il s’agit véritablement d’un « mode d’exercice
de compétence »216ce qui n’est pas le cas de l’injonction. En effet, cette dernière vise à s’assurer
de la correcte exécution d’une obligation préexistante. Elle s’intéresse uniquement à la mise en
œuvre de la décision prise en vertu de cette compétence. Elle joue au stade de l’exécution alors
que la substitution relève du domaine de l’action217.

Dans le contentieux électoral, la substitution constitue cette prérogative à laquelle le


juge de régulation électorale fait recours en agissant en lieu et place d’une Institution et/ou
d’une commission défaillante en invoquant son statut de régulateur pour résoudre un cas inédit.
Il ressort de la lecture de certaines jurisprudences du juge électoral, que celui-ci s’attribue la
prérogative de se substituer à une Institution ou à une commission qui a failli à sa mission
électorale. Il en est ainsi de la décision du juge constitutionnel sénégalais en date du 13 mars
1993218. Constatant l’impossibilité de la Commission nationale de Recensement des votes de
proclamer des résultats provisoires de l’élection présidentielle de 1993, du fait du blocage de
cette commission, le Conseil constitutionnel s’est substitué à celle-ci. La décision citée ci-
dessus a emporté la proclamation définitive des résultats du scrutin sans qu’intervienne la
proclamation provisoire qui était pourtant dévolue à la Commission nationale de Recensement
des Votes. En effet, par sa décision n°5/93 du 02 mars 1993219, le Conseil constitutionnel
sénégalais avait retourné à la Commission nationale de Recensement des Votes, l’ensemble des
procès-verbaux et pièces relatives aux opérations électorales du 21 février 1993. Le Haut
conseil avait assorti de sa décision d’une injonction à l’endroit de la Commission de proclamer
les résultats provisoires dans un délai de soixante-douze heures (72h) à compter du 02 mars
1993. Après l’expiration de ce délai, la Commission était toujours dans l’impossibilité de
proclamer les résultats provisoires prévus par la Constitution et le Code électoral. De ce fait,
Ce blocage constant a inspiré le Président de la Commission nationale de Recensement des

215
A. PERRIN, op.cit., p. 215. Voy. Aussi P. LEWALLE avec la coll. de L. DONNAY, op.cit., pp. 1154 et 1155.
216
Ibid., p. 216.
217
Ibid., pp. 215 et 216.
218
Conseil constitutionnel sénégalais, Décision n° 6/93 Affaires n°7 à 12/93 du 13 mars 1993.
219
Décision précitée.
61
Votes de saisir à nouveau la Haute juridiction pour l’informer que : « les travaux de la
Commission ont achoppé sur un certain nombre de points, entraînant à nouveau un blocage
rendant impossible toute proclamation provisoire des résultats ». Ce blocage persistant de la
Commission a conduit le juge constitutionnel sénégalais à se substituer à celle-ci afin de faire
aboutir le processus électoral malmené. C’est pour cette raison que le juge a précisé qu’: « en
cas de carence de la Commission nationale de Recensement des Votes, soit qu’elle n’a pas
procédé au recensement des votes, soit qu’elle n’a pas procédé à la proclamation provisoire
des résultats y afférents, le Conseil est en droit de se substituer à elle ». Il ressort de l’examen
de ce considérant que le Conseil constitutionnel semble dégager le principe de substitution à la
Commission défaillante. Cette substitution peut intervenir et elle est de droit lorsque la
Commission n’arrive pas à recenser les votes ou qu’elle soit dans l’impossibilité de proclamer
les résultats provisoires. Cette prérogative exorbitante de substitution constitue un moyen
efficace inventé par le juge pour éviter tout risque de blocage du processus électoral. Nous
observons à la suite de Ameth NDIAYE que cette substitution du juge constitutionnel
sénégalais à la Commission illustre une option prétorienne de sa jurisprudence 220.Ainsi, il est
constant que le conseil constitutionnel sénégalais utilise régulièrement son pouvoir de
substitution. En effet, récemment dans l’élection présidentielle de 2024, il a eu recours à ce
pouvoir prétorien pour régler une situation de carence liée à la non fixation d’une date pour la
tenue du scrutin221.

Par ailleurs, d’autres juges de l’Afrique francophone font également recours à cet
instrument juridique qu’est la substitution, pour corriger une carence d’une Commission ou
d’une institution impliquée dans le processus électoral. Il en est ainsi du juge constitutionnel
béninois. En effet, dans sa décision en date du 07 décembre 2000, la Haute Cour a érigé en règle
constitutionnelle le respect de la configuration politique du Parlement dans la composition de
la C.E.N.A de la République du Bénin. C’est à l’occasion du contrôle de constitutionnalité de
la loi n°2000-18 portant règles générales pour les élections en République du Bénin votée en

220
A. NDIAYE, obs. Décision n° 6/93 Affaires n 7 à 12/93 du 13 mars 1993 in I.M. FALL, Décision et avis du
Conseil constitutionnel sénégalais, Dakar, CREDILA, 2008, p.59.
221
Décision n°5/E/2024, Affaires n°45/E/24 à 59/E/24 : en l’espèce le CC affirme « Considérant qu’au regard de
l’urgence, le fait pour les autorités compétentes de ne pas fixer ladite du scrutin plus de 20 jours après la décision
n°1/C/2024 du 15 février 2024 s’analyse en une méconnaissance de leur obligation constitutionnelle d’exécuter
ladite décision ; Considérant que le conseil constitutionnel dispose en matière électorale d’une plénitude de
juridiction et d’un pouvoir de régulateur de maintien de la continuité de l’Etat et de la stabilité des
institutions ;Considérant qu’il y’a lieu ainsi, pour pallier l’inertie des autorités compétentes, de fixer la date de
l’élection présidentielle au 31 mars 2024 et de dire que le processus électoral, qui n’est pas annulé mais interrompu
doit être poursuivi ;
62
seconde lecture par l’Assemblée nationale en sa séance du 17 novembre 2000, que la Cour a
exigé qu’il soit précisé dans la loi soumise à son examen, que la composition de la C.E.N.A
doit tenir compte « de [la] configuration politique » de l’institution parlementaire. La mise en
œuvre de ce principe de prise en compte de la configuration politique de l’Assemblée nationale
pour la composition de la C.E.N.A, est source de difficultés et est à l’origine d’une abondante
jurisprudence. A l’analyse, les décisions de l’Assemblée nationale portant composition de la
C.E.N.A sont sans cesse contestées devant la juridiction constitutionnelle au motif qu’elles
n’ont pas tenu compte du principe sus évoqué. Cette voie ouverte aux députés de saisir le juge
constitutionnel pour le contrôle de la composition de la C.E.N.A est source de contentieux
abondants susceptibles de favoriser des retards dans la détermination des membres devant
composer la Commission électorale. Or, tout retard dans la désignation, par l’Assemblée
nationale, des membres devant siéger à la C.E.N.A, est de nature à différer le déclenchement
du processus électoral. Du fait que la gestion de ce processus est du ressort de la C.E.N.A.
Consciente de l’impact que ce retard peut occasionner sur le déroulement des élections, la Cour
reste intransigeante sur tout obstacle susceptible d’entraver la mise en place des Commissions
électorales. Ainsi, il fait même recours au mécanisme de substitution, si le contexte l’exige.
C’est ce qui ressort de sa décision en date du 12 janvier 2001984. En l’espèce, la Haute
juridiction a été saisie par plusieurs députés aux fins de déclarer contraires au règlement
intérieur et à la Constitution, d’une part, la procédure suivie par l’Assemblée nationale pour
l’établissement et l’adoption de la liste des dix-neuf (19) membres appelés à siéger à la C.E.N.A
(…) et des huit (08) membres de chacune des douze (12) Commissions Electorales
Départementales (C.E.D) et d’autre part, le mode de répartition desdits membres aux groupes
parlementaires. A l’appui de leurs requêtes, les députés soulignent que cette répartition ne tient
pas compte de la configuration politique de l’Assemblée nationale comme l’exige la Cour. En
réponse aux allégations relatives au mode de répartition des personnalités devant siéger à la
C.E.N.A et aux Commissions Electorales Départementales (C.E.D), la Cour a d’abord rappelé
le critère de configuration politique qu’il avait arrêté depuis sa décision du 07 décembre 2000
précitée. La Haute Cour revient sur la définition de ce critère en soutenant que : « la
configuration politique doit s’entendre comme l’ensemble des forces politiques représentées à
l’Assemblée nationale et organisées en groupes parlementaires et/ou en non-inscrits ».

En définitive, il ressort de l’étude relative aux pouvoirs du juge de régulation électorale


que ceux-ci sont exorbitants. Ils se déploient par la substitution et l’injonction. L’usage de ces
prérogatives est en adéquation avec la délicatesse de certains cas qui surviennent lors d’un
63
processus électoral. Il apparaît à la lecture des jurisprudences du juge de régulation électorale,
que dans l’exercice de cette fonction, il a désormais fait le choix du réalisme juridique. Ce choix
réaliste permet au juge de régulation électorale de combler les lacunes et d’écarter les défaillants
pour faire aboutir le processus électoral. Pour y parvenir, le choix qu’implique le réalisme
juridique est de mise en œuvre comme nous le fait remarquer l’Américain HOLMES qui
souligne que là où il y a un doute, « la simple logique ne constitue pas un instrument qui suffise,
et les juges, même s’ils s’en cachent ou le font d’une manière inconsciente, sont appelés à
exercer la prérogative souveraine du choix »222. Par l’usage de ces prérogatives exorbitantes
que sont la substitution et l’injonction, le juge enrichit son office. Autrement dit, il fait une
œuvre prétorienne pour trouver des solutions idoines aux questions complexes qui sont
inhérentes à la matière électorale. A partir de ce moment, il semble clair que la création du droit
par le juge n’est plus bannie, en matière électorale de surcroît. Même si, naguère, comme le
souligne Lord REID, « on regardait comme scandaleux de suggérer que les juges créassent le
droit au lieu simplement d’en déclarer le contenu »223Il faut en conclure que les carcans
procéduraux ne s’accommodent pas avec certaines situations qui se produisent lors du processus
électoral. Seul l’usage de la fonction de régulation électorale permet de s’en sortir. Cette
régulation électorale, s’empresse de préciser Morton G WHITE, est une révolte du formalisme.
Une révolte qui traduit une certaine liberté du juge de régulation électorale. Une liberté qui se
déploie dans l’exorbitance de ses pouvoirs bien qu’elle soit controversée.

222
O.W. HOLMES, law in science in law, 12 Haward L.R., 1899, p. 443 et s. et collected légal Papers, p. 210 et
s., cité par Maurice CAPPELLETTI, op.cit., p. 31.
223
Lord REID, The as Law Maker Maker, 12 J. of Society of Public Teachers of Law, 1972, -1973,

p.32, cité par Maurice CAPPELLETTI, Le pouvoir des juges, coll., droit public positif sous la (dir.) De L.
FAVOREU, Aix - province, PUAM, Paris, Economica, 1990, p. 36.

64
Chapitre II : Les pouvoirs extensifs du juge des élections dans le contentieux
des élections
Le processus électoral est un ensemble d’opérations qui s’enchaînent les unes aux autres
et qui concourent à la sélection des élus. Ces différentes opérations se répartissent entre les
différentes phases du cycle électoral, à savoir la phase préélectorale, la phase électorale et la
phase post-électorale. A chacune des phases de ce processus, il peut surgir un différend, source
de contestation. Les cas de contestation peuvent surgir soit avant le scrutin, soit pendant la
période électorale, ou encore dans la phase post-électorale. Ainsi durant toutes ces phases
susmentionnées, le juge électoral dispose un étendu des pouvoirs de contrôle sur le processus
électoral. A cet effet, ce pouvoir de contrôle du juge du scrutin s’opère à deux niveaux
extrêmement sensibles : d’une part, le juge des élections dispose des pouvoirs étendus sur les
décisions relatives au corps électoral (Section I) ; d’autre part, il bénéficie des pouvoirs étendus
sur l’opération électorale proprement dite (Section II).

Section I : Etendue des pouvoirs de contrôle du juge sur les décisions relatives
au corps électoral
Les scrutins politiques sont toujours précédés d'actes administratifs ayant pour objet
d'en préciser le déroulement et, d'abord, d'en décider l'organisation, le premier d'entre eux étant
le décret portant convocation des électeurs et la composition du corps électoral. S'agissant de
tels actes il ne devrait guère y avoir matière à s'interroger sur le juge compétent pour en
connaître, tant il semble évident qu'ils relèvent naturellement du juge administratif et plus
particulièrement, s'agissant de décrets, du Conseil d'État en premier et dernier ressort en
application de l'article R. 311-1 du code de justice administrative. Ce n'est pourtant pas
exactement de cette manière qu'on peut aujourd'hui présenter le droit positif, qui fait au
contraire une large place au Conseil constitutionnel pour statuer sur les recours dirigés contre
les actes préparatoires aux scrutins politiques nationaux, en tout cas ceux qui, comme le décret
de convocation des électeurs, ont une certaine portée. Ainsi dans le cadre de ce développement,
il ne peut être ici question des règles qui président à la détermination légale du corps électoral
: le législateur seul est, en effet, compétent pour décider de la composition du corps électoral :
sur le plan politique, il va de soi que l'autorité juridictionnelle sera incompétente.

Mais la loi ayant déterminé les conditions de l'électorat, reste toutes les mesures
d'exécution : les élections administratives qui relèvent des autorités juridictionnelles dont nous
étudierons l'étendue des pouvoirs exigent tout un ensemble de procédures préparatoires à la
consultation électorale. Le droit de vote des élections sera reconnu au moyen d'une liste
65
électorale : le corps électoral devra être convoqué ; dans certains cas la convocation aura lieu
dans des formations particulières (sectionnement). Quels seront les pouvoirs du juge sur ces
décisions administratives? Nous étudierons le rôle du juge électoral à l'égard des décisions
concernant la composition du corps électoral (Paragraphe I) et sa convocation (Paragraphe II).

Paragraphe I : Le pouvoir du juge électoral sur la composition du corps électoral


Le corps électoral est définit par le dictionnaire Wiktionnaire comme étant un ensemble
des électeurs pouvant participer à une élection (locale, nationale, professionnelle, etc.) donc
disposant du droit de vote pour cette élection224. Autrement dit, le corps électoral potentiel est
constitué par l’ensemble des personnes ayant la capacité juridique de voter lors d’un scrutin
particulier, qu’il soit politique, professionnel ou associatif. Cette capacité repose sur le principe
du suffrage direct et universel tel que précisé par la constitution et le code électoral. Ainsi tout
processus électoral nécessite des opérations de recensement de la population aux fins
d’établissement de listes électorales. Ce processus est régi par une procédure particulière qui,
pour être bien comprise, nécessite une connaissance du mécanisme d’établissement de ces
listes.

La procédure de la composition du corps électoral est régie au Sénégal par les articles L26
à L52 du code électoral de la loi N°2021-35 du 23 Juillet 2021. En effet, l’article 26 dispose
que « Sont électeurs :

● Les sénégalais des deux sexes, âgés de dix-huit ans accomplis, jouissant de leurs droits
civils et politiques et n’étant dans aucun cas d’incapacité prévu par la loi ;
● Les étrangers naturalisés sénégalais qui n’ont conservé aucune autre nationalité en
application de l’article 16 bis du Code de la Nationalité sénégalaise ;

 Les étrangers qui ont acquis la nationalité sénégalaise par mariage, sauf opposition du
gouvernement par décret pendant un délai d’un an en application de l’article 7 du Code
de la Nationalité sénégalaise ». Ainsi l’article 27 dudit code dispose que « Le droit de
vote est reconnu à l’ensemble des Membres des corps militaires et paramilitaires de tous
grades ainsi qu’aux fonctionnaires qui en sont privés par leur statut particulier.

224
https://www.lalanguefrancaise.com/dictionnaire/definition/corps-electoral consulté le 18/03/2024 à 15h 00mn

66
Les membres des corps militaires et paramilitaires ne votent pas aux élections territoriales. A
cette occasion, ils sont retirés des listes d’émargement des bureaux de vote où ils sont
régulièrement inscrits.

A l’enrôlement ou à l’occasion d’une révision, un signe particulier permet de distinguer le


militaire ou paramilitaire de l’électeur civil ».

En droit comparé, la procédure de la composition du corps électoral est régie au Burkina


Faso par les articles 42 à 67 de la loi n°014-2001/AN du 03 juillet 2001 portant code électoral
et ses lois modificatives225. L’article 42 dispose que le corps électoral « se compose de tous les
burkinabè des deux sexes, âgés de dix-huit ans accomplis, jouissant de leurs droits civiques et
politiques, inscrits sur les listes électorales et n’étant dans aucun cas d’incapacité prévue par la
loi ». Le code électoral ivoirien en son article 3 et le code électoral togolais en son article 40
s’inscrivent dans la même lignée des dispositions du code burkinabè. Par conséquent,
l’inscription à la liste électorale est un élément déterminant pour la composition du corps
électoral. De ce fait, le code électoral sénégalais en fait une exigence226. Ainsi, Les listes
électorales sont en principe permanentes, mais avant chaque élection, une révision
exceptionnelle peut être décidée227. Dans ce cas au Sénégal, compétence est donnée à la

225
Les modifications ont été opérées par les lois suivantes : loi n°002-2002/AN du 23 janvier 2002 ; loi n°013-
2004/AN du 27 avril 2004 ; loi n°024-2005/AN du 25 mai 2005 ; loi n°002-2006/AN du 27 février 2006 ; loi
n°019-2009/AN du 07 mai 2009 ; loi n°003-2010/AN du 25 janvier 2010 ; loi n°006-2012/AN du 05 avril 2012.
226
Art.L.28 du code électoral dispose «. - Nul ne peut refuser l’Inscription sur les listes électorales :

1° à un citoyen sénégalais jouissant de ses droits civils et politiques et remplissant les conditions fixées par les
articles L.34 à L.36 ;
2° à un citoyen sénégalais par naturalisation, après la date d’acquisition de la nationalité sénégalaise ou, pour l’un
des conjoints ayant acquis la nationalité sénégalaise par le mariage, après la date d’expiration du délai d’incapacité
prévu par l’article 7 du Code de la nationalité ;
3° aux personnes qui, frappées d’incapacité électorale à la suite d’une condamnation, bénéficient de la
réhabilitation ou font l’objet d’une mesure d’amnistie.
Les conditions dans lesquelles les sénégalais établis à l’étranger exercent leur droit de voter sont déterminées par
une loi ».
227
Art.L37 du code électoral sénégalais dispose « Les listes électorales sont permanentes. Elles font l’objet d’une
révision annuelle initiée par l’Administration. Sauf cas de force majeure, cette révision dite ordinaire se déroule
dans les délais fixés par le présent Code.
La révision est exécutée par les commissions administratives composées d’un président et d’un suppléant désignés
par le préfet ou le sous-préfet, du maire ou de son représentant et d’un représentant de chaque parti politique
légalement constitué ou coalition de partis politiques légalement constitués, déclarée à cet effet auprès de l’autorité
compétente.
Après validation de la liste des membres nommés par l’administration, la C.E.N.A est tenue de désigner un
contrôleur auprès de chaque commission administrative pour supervision et contrôle.

67
commission électorale nationale autonome228 (CENA) d’organisation de l’élection ainsi qu’à
ses démembrements -assistés d’un représentant de chaque organisation ou parti politique
légalement constitué et prenant part à l’élection.

La commission administrative compétente, dans le cadre de l’exécution de sa mission


peut procéder à des radiations d’office229 de certains noms des listes électorales ou peut omettre

Les commissions administratives des communes sont compétentes dans leur ressort pour procéder, sous la
supervision et le contrôle de la C.E.N.A, aux opérations d’inscription, de modification, de changement de statut et
de radiation dans les conditions fixées par décret.
Avant chaque élection générale, une révision exceptionnelle est décidée par un décret qui détermine la durée des
opérations et le délai des contentieux. Dans ce cas, il n’y aura pas de révision ordinaire. Toutefois, la révision
exceptionnelle peut être décidée dans la même forme en cas d’élection anticipée ou de référendum.
Si les délais d’organisation d’une élection anticipée ou d’un référendum ne permettent pas le déroulement normal
d’une révision exceptionnelle, l’élection ou la consultation est faite sur la base de la liste électorale révisée dans
l’année en cours ».
228
Art.L.12 du code électoral sénégalais dispose que « Pour les besoins de la supervision et du contrôle de la
gestion du fichier électoral par la C.E.N.A, l’Administration est tenue d’assurer le processus de la révision de tous
les enregistrements du fichier électoral.
L’organisation du traitement du fichier doit garantir toutes les possibilités de contrôle visant la reconstitution de
tout enregistrement vers son origine et vice-versa,
L’Administration est tenue, pour ce faire, d’assurer la conservation séquentielle et chronologique par lieu, date et
numéro d’ordre de tous les documents électoraux, en particulier des carnets d’inscription, de modification et de
radiation sur les listes électorales des registres de distribution des cartes d’électeur.
Toute inscription sur le fichier électoral doit porter date et lieu de présentation de l’électeur devant la commission
d’inscription ou de révision, ainsi que les références de la commission ».
229
Art.L.40 du code électoral dispose que « La radiation consiste à enlever un électeur régulièrement inscrit, de
la liste électorale, dans les conditions définies par le présent Code.
Un électeur inscrit sur la liste électorale ne peut être radié sans une décision motivée et dûment notifiée.
La commission administrative peut procéder à des radiations dans les cas suivants :
● le décès de l’électeur ;
● l’incapacité juridique de l’électeur ;
● la demande de l’électeur. Elle intervient sur demande exclusive de l’électeur concerné.
La procédure de la radiation d’office a principalement lieu lors de la période de consolidation du fichier, après la
publication des listes provisoires issues de la révision.
Elle est mise en œuvre par les autorités administratives compétentes et le service de gestion du fichier général des
électeurs. Elle est initiée pour l’électeur :
● dont le décès est dûment prouvé par un certificat de décès ;
● dont la contestation de l’inscription est avérée ;
● qui a perdu son statut d’électeur inscrit suite à une décision de justice ;
● qui a renoncé à sa nationalité sénégalaise.
Toutefois, si la constatation de l’autorité compétente a lieu pendant la révision, la commission administrative peut
enregistrer les résultats.
Les modalités pratiques de l’exécution de la radiation d’office sont déterminées par décret ».

68
d’en inscrire. Il peut arriver qu’elle inscrive d’autres noms. Ces radiations, omissions ou
inscriptions peuvent donner lieu à des contestations230, à un contentieux de l’inscription sur les
listes électorales231.

De ce qui précède, l’élection présidentielle à l’instar de toute autre élection fait appel à
des électeurs donc à la mise au point d’une liste électorale. La sélection de cette catégorie
d’acteurs fait l’objet d’un contentieux préélectoral souvent abondant. Il s’agit en effet, d’inscrire
sur la liste électorale les personnes qui ont le statut de citoyen et qui souhaitent exercer les droits
politiques qui s’y attachent. Dans la plupart des cas, il arrive que pouvoir et opposition ne soient
pas d’accord sur la fiabilité de liste électorale. Cela fut le cas au Bénin lors de la présidentielle
de 2011. En effet, l’opposition considérait que la liste avait laissé en marge 1 300 000 électeurs
là où le pouvoir estimait que seuls 300 000 Béninois n’étaient pas sur la liste.

Cependant de tout ce qui a précédé quel sera le rôle ou le pouvoir du juge dans la
composition du corps électoral ?

La composition du corps électoral évoque toutes les questions relatives à l'électorat.

Le rôle du juge pose essentiellement ici un problème de compétence. L'électorat est, en


effet, une capacité individuelle relevant des droits civiques. Le contrôle individuel des décisions
d'inscriptions sur la liste ou de refus d'inscription relève des tribunaux judiciaires : dans quelle
mesure le juge électoral pourrait-il en connaître ?

C'est également un problème de portée du contrôle ; dans quelle mesure les irrégularités
relevées rejailliront-elles sur la décision du juge de l'élection.

Le juge de l'élection aurait-il des pouvoirs à l'égard de la liste électorale ? Aurait-il le


pouvoir de reconnaître ou de refuser -le droit de vote à certains individus ?

230
Art.L.41. Du dudit code dispose que « Dans les conditions fixées par décret, l’électeur qui a fait l’objet d’une
radiation d’office, pour d’autres causes que le décès, conformément aux dispositions de l’article L.40 alinéa 4,
reçoit de la part de l’autorité administrative compétente, notification écrite des motifs de la procédure intentée
contre son inscription, à sa dernière résidence connue.
Il peut, dans les cinq jours qui suivent, intenter un recours devant le Président du
Tribunal d’Instance ».
231
Arrêt N° 0003, Du 27-01-2000, Boulandi KEBE c/ Etat du Sénégal ; Arrêt N° 0005, Du 27-01-2000, Louise
MBOUP c/ Etat du Sénégal ; Arrêt n°50 du 30 Août 2018 Yaya NIANG c/ État du Sénégal
69
A. Pouvoirs du juge de l'élection relatifs à la confection de la liste
électorale.
La capacité électorale est une capacité civile qui relève d'une procédure judiciaire : chaque
année, la liste électorale est révisée par une commission dite « administrative ». Ainsi les
électeurs peuvent critiquer ces décisions devant le juge du tribunal d’instance. Les jugements
de paix peuvent être déférés en Cassation devant la Cour suprême232 : ils sont définitivement
jugés par la Chambre des Requêtes. En vérité nous avons ici une procédure entièrement
judiciaire en vertu du principe de la séparation des autorités administratives et judiciaires : le
juge électoral n'aura donc en principe aucun pouvoir.

Cependant, le principe de séparation a comme corollaire le principe de l'indépendance des


autorités administratives et judiciaires ; par suite, le juge électoral intégré dans l'administration
aurait-il dans une certaine mesure, à tenir compte des opérations de la confection de la liste,
pour décider de la régularité de l'opération électorale elle-même.

Par ailleurs, le principe de la séparation des autorités administratives et judiciaires ne souffre


pas d'exception dans notre contentieux électoral. Le juge électoral doit se reconnaître
incompétent dès qu'il s'agit d'une question d'inscription sur la liste électorale. Son incompétence
s'étend aussi bien aux contestations portant sur l'inscription elle-même, qu'à celles concernant
les irrégularités relatives aux organes chargés de juger ce contentieux ; le juge électoral n'aurait
pas à sanctionner la composition irrégulière de la « commission municipale » prévue par l'article
2 de la loi du 7 juillet 1874233qui dispose que « Les listes seront déposées au secrétariat de la
mairie, communiquées et publiées conformément à l’article 2 du décret réglementaire du 2
février 1852. Les demandes en inscription ou en radiation devront être formées dans le délai de
vingt jours à partir de la publication des listes ; elles seront soumises aux commissions indiquées
dans l’article 1er, auxquelles seront adjoints deux autres délégués du conseil municipal ». En
droit électoral sénégalais, la composition des commissions administratives est prévue par
l’article L37 alinéa 2 du code électoral qui dispose que « La révision est exécutée par les
commissions administratives composées d’un président et d’un suppléant désignés par le préfet
ou le sous-préfet, du maire ou de son représentant et d’un représentant de chaque parti politique

232
Art.L.44 du code électoral dispose que « La décision du Président du Tribunal d’Instance est rendue en dernier
ressort.
Elle peut être déférée en cassation devant la Cour suprême, conformément aux dispositions de la loi organique sur
ladite Cour ».
233
Conseil d'Etat 24 juin 1912, Couillaud, Rec. p. 728.
70
légalement constitué ou coalition de partis politiques légalement constitués, déclarée à cet effet
auprès de l’autorité compétente ».

Cependant le fait que le juge électoral ne peut pas sanctionner la composition irrégulière de
la commission administrative, il faut dire que la compétence judiciaire est limitée au seul
contrôle individuel des inscriptions. En effet, l'opération de confection de la liste est une
opération administrative dont le contrôle lui échappe. Il existe, à cet égard, une procédure
spéciale. Seul le Préfet a le droit de critiquer les irrégularités concernant l'opération de révision
; seul il peut saisir le tribunal d’instance qui se trouve investi de pouvoirs spéciaux ; mais le
tribunal d’instance ne statue pas ici en tant que juge de l'élection : sa décision peut être déférée
au Conseil d'Etat ou Cour suprême soit par le Préfet, soit par le Maire représentant la collectivité
municipale. Cette procédure spéciale est autonome : en ce sens qu'elle fait obstacle au recours
pour excès de pouvoir ; les requérants qui saisissent directement le Conseil d'Etat par cette voie,
se verraient opposer une fin de non-recevoir234.

Mais, si absolue que soit l'application du principe de la séparation des autorités


administratives et judiciaires, le juge électoral peut avoir à connaître de la régularité des
opérations d'inscription au regard de la sincérité du scrutin : juge de l'élection, il doit examiner
l'ensemble de l'opération ; il peut retenir le grief relatif à la confection des listes, s'il estime qu'il
a pu avoir une influence sur le scrutin lui-même. Le juge électoral, en tant que tel, ne pourra
pas annuler l'opération de révision de la liste, il pourra la déclarer irrégulière, et par suite annuler
l'élection. Ainsi appartient-il au juge de l'élection d'examiner les irrégularités commises dans la
révision de la liste électorale, et constatées par l'autorité judiciaire, afin d'en apprécier
l'influence sur le résultat des opérations électorales235. Laferrière, pour synthétiser la
compétence spéciale du juge de l'élection, en cette matière, opposait les erreurs individuelles à
l'irrégularité des opérations qui seule d'après lui pouvait être retenue par le juge de l'élection236.

En vérité, il semble que la jurisprudence récente tienne compte de toutes les erreurs pour en
examiner l'influence.

Le juge électoral ne peut pas exercer le contrôle individuel de l'inscription, mais il est libre
d'apprécier la gravité de l'irrégularité au regard du scrutin. Ainsi a-t-il été admis que des erreurs
individuelles plus ou moins nombreuses ne pouvant faire l'objet de recours que devant la

234
CE, 18 janvier 1927, Rec. p. 1479.
235
CE, El, de Lille, 24 juin 1921, Rec. fi. 634. CE, El de Terriat, 17 janvier 1930, Bec. p. 68.
236
CE, 09 août 1880, El d'Aumale, Bec. p. 774.
71
commission- municipale ou le juge de tribunal d’instance, peuvent cependant être prises en
considération par le juge de l'élection pour apprécier la régularité du scrutin ; le juge de l'élection
annule les opérations lorsque les inscriptions et radiations irrégulières, constatées par l'autorité
judiciaire, sont en nombre suffisant pour modifier le résultat du scrutin237.

Par ailleurs, ce que peut aussi rechercher le juge de l'élection, c'est la manœuvre qui altère
le résultat238. Le principe de l'indépendance des autorités administratives et judiciaires doit être
appliqué sans réserve. Ainsi, une inscription, alors même qu'elle aurait été considérée comme
régulière par l'autorité judiciaire, peut cependant être prise en considération par le juge de
l'élection s'il estime qu'elle révèle une manœuvre ayant pour but de fausser le scrutin. Ainsi a-
t-il été décidé que l'achat, d'une simple parcelle de terre à seule fin d'être inscrit sur la liste d'une
commune peut constituer une manœuvre, alors même qu'elle aurait été reconnue régulière par
le juge de-paix239. Reste au juge de l'élection à apprécier si cette manœuvre a eu une influence
sur le scrutin.

En résumé, le juge de l'élection n'aura jamais à connaître du contentieux de la liste : il pourra


cependant s'inspirer de certaines irrégularités relatives aux inscriptions pour juger de la sincérité
des opérations électorales.

B. Pouvoirs du juge de l'élection sur la reconnaissance du droit de vote


La liste électorale est donc le document essentiel qui consacre le droit de vote. Est-ce à dire
que le juge de l'élection n'aura aucun pouvoir relatif à la reconnaissance ou au refus du droit de
vote ? Au prime abord, ainsi que le fait remarquer Laferrière, inscription sur la liste et
reconnaissance du droit de vote semblent deux problèmes qui se confondent : il n'en est rien.
Le juge de l'élection, toujours incompétent à l'égard de l'inscription proprement dite, aura un
rôle spécial à l'égard de la reconnaissance du droit de vote.

L'admission ou le refus du droit de vote sera décidé par un organe administratif : le bureau
électoral. Il est à noter que ce bureau n'aura pas toujours la même composition ; certaines
élections ayant lieu au sein d'assemblées constituées n'auront pas d'autre bureau électoral que
le bureau de l'assemblée elle-même (élection des maires et adjoints par exemple). Cet organe

237
CE, 31 janvier 1913, El de Linguizzetta, Rec. p. 150.
238
CE, 27 nov. 1925, El de Faux la Montagne, Bec. p. 952; CE, 11 juin 1926, El de Yenaco, Bec. p.506; CE, 24
décembre 1926, El de Puttelange lès Sarralbe, Bec. p. 1151. Affirmative: CE, 28 janvier 1927, El de Montussan,
Rec., p. 1479
239
CE, 16 juillet 1909, El de Charmois, Rec., p. 698.
72
aurait-il un pouvoir spécial à l'égard de la reconnaissance du droit de vote ? Ces décisions
pourront-elles être contrôlées par le juge de l'élection ? Dans quelle mesure ?

Le bureau électoral, chargé de veiller au fonctionnement de l'opération électorale, aura


certains pouvoirs sur l'admission matérielle du vote, et n'aura aucun pouvoir sur la
reconnaissance du droit de vote qui, reconnu par la liste électorale, s'impose à lui d'une manière
absolue.

Les décisions du bureau concernant l'admission matérielle du vote seront évidemment


contrôlées par le juge de l'élection. Ce sont des questions relatives à la tenue même de
l'opération.

Par ailleurs, Les décisions du bureau se fondent sur des irrégularités concernant le temps ou
le lieu de l'émission du vote : il refusera les votes émis avant la constitution du bureau 240 ou
après la clôture du scrutin241 ; de même, il n'acceptera pas le vote d'un électeur voulant voter
dans une section autre que la sienne.

Dans tous ces cas, il n'y a aucune contestation sur le droit lui-même ; l'électeur, bien qu'ayant
une inscription régulière, et par suite le droit de voter, ne remplit pas les conditions matérielles
pour que son vote soit admis.

Le bureau a pleins pouvoirs pour décider de l'admission de ces votes ; et le juge de l'élection
peut en connaître, puisqu'il ne s'agit au fond que d'une pure question de tenue de l'opération
électorale elle-même.

En est-il de même à l'égard des décisions que pourrait prendre le bureau électoral à l'égard
de la reconnaissance du droit de vote lui-même ?

En principe, le bureau n'a ici aucun pouvoir la liste électorale doit, seule, le guider il n'a qu'à
appliquer les décisions prises par l'autorité judiciaire. Ainsi, et en exécution de ce principe, le
bureau sera amené à admettre au vote des électeurs non-inscrits, mais porteurs d'une décision
judiciaire leur conférant le droit de vote. Ce cas est relativement fréquent : la procédure de
révision de la liste ne se fait que périodiquement tous les ans au début de l'année.

Les contestations nées lors de la révision annuelle peuvent ne pas être résolues lors de la
clôture de la procédure de révision. Les électeurs porteurs d'une décision judiciaire leur

240
CE, 20 février 1905, El de Byans, Rec. p. 184.
241
CE, 28 janvier 1921. El de Fontaine Heudebourg, Rec. p. 110.
73
reconnaissant le droit de vote doivent logiquement être admis à voter. A cet effet, les pouvoirs
du juge de l'élection ne seront pas en cette matière plus étendus que ceux du bureau électoral.

Le juge de l'élection n'aura d'autre rôle que celui de vérifier si la décision judiciaire, admise
par le bureau, avait bien effectivement une portée positive, il aura d'ailleurs à tenir compte de
toutes les décisions judiciaires régulièrement intervenues jusqu'au jour où il est appelé à
statuer242 ; c'est ainsi que le juge de l'élection a eu à décider qu'un jugement de paix conférant
le droit de vote doit être exécuté, alors même qu'il aurait été frappé d'un pourvoi en Cassation,
le pourvoi n'étant pas suspensif243. Il en a été décidé de même à l'égard d'un jugement de paix
qui aurait été cassé, dès lors que le juge de paix de renvoi n'a pas encore statué244.

En appliquant la même jurisprudence, le juge de l'élection a décidé que c'était à bon droit
que le bureau électoral avait admis au vote l'électeur porteur d'un arrêt de cassation, annulant
un jugement de paix ayant refusé l'inscription245 ; cependant, dans certains cas, le juge de
l'élection a exigé une nouvelle inscription246. De même, sans empiéter sur la compétence
judiciaire, le juge de l'élection peut contrôler le refus d'admission au vote, se fondant sur un
défaut d'inscription provenant d'une erreur matérielle247. La teneur de la liste électorale ne
s'impose d'ailleurs au bureau que dans la mesure où elle ne contient pas d'erreurs matérielles.
Ainsi a-t-il été décidé qu'à bon droit le bureau avait admis à voter un électeur omis sur la liste
à la suite d'une simple erreur de copie248.

En vérité le principe de la séparation des pouvoirs est strictement appliqué à l'égard de ce


premier ordre de difficultés. Mais il se peut aussi que l'électeur inscrit ne soit pas admis au vote.
A cet effet, le bureau électoral n'a, à cet égard, aucun pouvoir : il doit appliquer la teneur de la
liste il ne peut pas refuser le vote d'un électeur inscrit249. Par conséquent, le juge de l'élection
annulera donc toutes les décisions qui ne tiendraient pas compte de la teneur de la liste. C'est
ainsi que le juge de l'élection a pu décider que le bureau avait à tort refusé l'admission de vote

242
CE, 6 février 1931, 1er espèce, El de Casavecchia. p. 148; Jurisprudence instaurée par CE, 28 janvier 1910
El.de Riventoea, Rec. p. 77; Cf. également CE, 30 janvier 1929, El de Saint-Jean-de Védas, Rec. p. 121.
243
CE, 28 février 1913, El de Saint-Nauphary, Rec. p.196
244
CE, 27 juillet 1909, El de Mila de Tallans, Rec. p. 274.
245
Cons. D’Etat 21 juillet 1909, El de Balance, Rec. p. 723.
246
CE, 24 mars 1900, El de Rouffiac, Rec. p. 304.
247
CE, 6 avril 1909, El de Cox, Rec. p.420. CE, 25 avril 1913, El de l'Isle en Dodon, Rec. p. 476.
248
CE, 2 juillet 1926, El de Foyence, Rec. p. 681. CE, 17 janvier 1930, El de Terjat, Rec. p. 68.
249
CE, 10 mai 1890, El de Trégunc; CE, 1 er juillet 1893, El de Coste Suède; CE, 5 août 1893, El de Criqueboeuf.
74
de faibles d'esprit250, d'infirmes ou d'illettrés251. Bref, le bureau électoral doit admettre tous les
votes d'électeurs inscrits.

Cependant, le juge électoral se trouve en cette matière doté d'un pouvoir spécial. Si
l'inscription est un document dressé par l'autorité judiciaire et qui s'impose aux autorités
administratives, il n'en reste pas moins qu'il existe des textes retirant le droit de vote à certains
électeurs. Ceux-ci pourront être encore inscrits sur la liste ; leur vote devrait-il être admis ? Le
bureau électoral n'aura certainement pas à faire de distinction. Le juge électoral le pourrait-il ?

Après une jurisprudence hésitante, le Conseil d'Etat a consacré les pouvoirs du juge en cette
matière. C'est ainsi que le juge de l'élection pourra ne pas tenir compte des votes de militaires
non munis de congés réguliers (Loi du 30 novembre 1875, art. 5 ; Loi du 15 juillet 1889, Art
9), d'électeurs déchus de leurs droits électoraux par suite de condamnations judiciaires,
d'électeurs ayant bénéficié d'une double inscription sur la liste (Décret du 2 février 1852, art.
34), d'électeurs faillis et non réhabilités (Loi du 23 mars 1908). Il n'y a pas ici une exception au
principe de la séparation des pouvoirs.

En vérité le juge électoral, sans méconnaitre la portée de la procédure judiciaire de


l'inscription sur la liste, ne fait qu'appliquer la loi.

De même, mais dans un ordre d'idées légèrement différente, le juge de l'élection aurait-il
parfois à vérifier la portée d'une inscription : il pourra décider du refus d’admission au vote, dès
qu'il y aura doute sur l'identité l'électeur ; ou bien lorsque l'inscription faite sur la liste en dehors
de toute procédure sera manifestement, irrégulière252 : je vote a été ainsi refusé par le juge de
l'élection à un électeur inscrit sur une copie de la liste, à un électeur inscrit sans décision
judiciaire après clôture de la liste, à un électeur inscrit sur la liste le jour même du scrutin.

Par ailleurs, il faut reconnaître sans ambages que les difficultés de compétence concernant
l'électorat sont toutes résolues par une application stricte du principe de la séparation des
autorités administratives judiciaires.

En vérité, le juge de l'élection ne connaît pas du contentieux de la liste : il est compétent


pour refuser de reconnaître le droit de vote d'un électeur inscrit, lorsqu'un texte de loi formel
prononce la déchéance.

250
CE, 10 mars 1909, El de Saint-Dié, Rec. p. 262.
251
CE, 31 janvier 1914, El de Fournes, Rec. p. 137.
252
CE, 10 janvier 1930, 1er espèce, El de Brétigny, Rec. 36; CE, 11 janvier 1934, El de Vezins, n° 32.210
75
Enfin, en vertu du principe d'indépendance des juridictions, le juge de l'élection peut-il
apprécier la valeur de l'opération qui lui est soumise, en se fondant sur des irrégularités
concernant la procédure de l'inscription. Par conséquent le juge électoral se trouve donc investi
de pouvoirs relatifs à la composition du corps électoral ; mais la procédure administrative de
l'élection doit être précédée d'un autre ordre de décisions : celles concernant les modalités de
convocation du corps électoral. Le juge électoral pourrait-il en connaître ?

Paragraphe II : Le pouvoir du juge électoral sur la convocation du corps


électoral
Nous ne sommes plus ici en présence d'un conflit de compétence entre les autorités
administratives et judiciaires.

La convocation des électeurs est le préliminaire de 1'opération électorale : seules les


autorités administratives peuvent en assurer le contrôle. Mais les difficultés relatives à la
convocation du corps électoral posent un double problème ; il ne suffira pas, en effet,
d'examiner l'étendue des pouvoirs du juge électoral en étudiant les divers griefs qui pourront lui
être soumis : il faudra également préciser la place du juge de l'élection dans l'ensemble de notre
organisation administrative, tant à l'égard de l'administration active qu'à l'égard des autres
juridictions administratives et plus spécialement du juge de l'excès de pouvoir.

La convocation des électeurs présente divers ordres de difficultés : d’autre part, dans
quelles formations les électeurs devront-ils être convoqués ? C'est généralement le législateur
qui décide et qui fixe la circonscription électorale qu'il adapte au but recherché par la
consultation (canton, commune). Mais, pour les élections municipales, des intérêts divergents
peuvent se faire jour sur le même territoire ; ces intérêts devront avoir des représentations
distinctes ; c'est ce à quoi répond la procédure du sectionnement électoral (A). D’autre part, ce
premier ordre de difficultés étudié, il s'agira de préciser l'étendue du pouvoir du juge de
l'élection sur la convocation proprement dite (B).

A. Le pouvoir du juge électoral dans l’opération de sectionnement


électoral
Le sectionnement électoral253 a pour but de diviser le territoire communal suivant les
intérêts distincts de hameaux ou de quartiers, afin de permettre une représentation spéciale à

253
Article L.255 du code électoral français dispose que « Le sectionnement électoral des communes est fait par
le préfet, à son initiative, sur celle du conseil municipal ou d'électeurs de la commune intéressée.

76
chaque groupe d'électeurs. Ainsi la difficulté ici est tout administrative. En effet, le
sectionnement est une procédure administrative ; c'est le Conseil général qui prononce le
sectionnement à la demande du Préfet, du Conseil Municipal, d'électeurs de la commune ou de
Conseillers généraux après enquête et consultation du Conseil Municipal intéressé. Le juge de
l'élection aurait-il exercer ici un contrôle : quel sera son rôle à l’égard de l'administration active
? à l'égard des autres juridictions et spécialement du juge de l'excès de pouvoir ?

Le rôle du juge de l'élection est ici de toute première importance : procédure préalable à la
consultation électorale, le sectionnement fait partie de l'opération administrative de l'élection ;
les irrégularités qui peuvent entacher rejaillissent sur la valeur du scrutin. Le juge chargé du
contrôle de l'élection devra donc connaître du sectionnement électoral. Il devra apprécier la
régularité de l'opération du sectionnement, en appliquant les dispositions du bloc légal et
réglementaire, soit qu'il s'agisse de l'application d'une disposition claire et précise, soit qu'il ait
à interpréter une disposition, afin d'en tirer la règle à appliquer.

Par ailleurs, la portée de ce contrôle consiste dans l'examen de la régularité de forme et de


fond de l'opération de sectionnement. En effet, c'est ici l'application d'un contrôle juridictionnel
normal. D’une part, en la forme, le juge aura à vérifier l'exécution des formalités prévues par
les textes ; il aura à apprécier la gravité du manquement. Ainsi, l'absence d'enquête avant la
décision du Conseil général vicie toute la procédure254 : il en est de même de l'absence du plan
qui dressé, après la décision, est mis à la disposition des électeurs255. Par contre, il a été décidé
qu'il n'y avait aucune irrégularité dans le fait que la publicité du sectionnement avait eu lieu en
même temps que la convocation des électeurs plus de quinze jours avant le scrutin 256. D’autre
part, au fond, le juge de l'élection n'aura qu'à appliquer les règles légales qui imposent des
conditions différentes suivant que les communes ont plus ou moins de 10.000 habitants. Le juge
de l'élection aura parfois à interpréter la règle légale pour l'appliquer à un cas particulier ; ainsi
a-t-il été décidé que lorsqu'une ville était divisée en plusieurs cantons et comptait plus de 10.000

Une enquête est ouverte à la mairie de la commune intéressée et le conseil municipal est consulté par les soins du
préfet. Aucune décision en matière de sectionnement ne peut être prise avant l'expiration d'un délai de six mois à
compter de la date à laquelle le conseil municipal a été consulté.
Le délai étant écoulé et les formalités observées, le préfet se prononce sur chaque projet. Les sectionnements ainsi
opérés subsistent jusqu'à une nouvelle décision. Ce tableau sert pour les élections intégrales qui doivent avoir lieu
dans l'année ».

254
CE, 24 mars 1909, El de Carnavaggia, Rec. p. 326.
255
CE, 6 avril 1914, El de Saint-Laurent Montcuq, Rec. p. 494.
256
CE, 26 février 1905, El de Bouchard, Rec. p. 653.
77
habitants, le Conseil général pouvait comprendre deux cantons dans une même section
électorale. La loi de 1884 interdit seulement de former une section de fractions de territoires
appartenant à des cantons257 différents258.

En vérité, telle est l'étendue du contrôle du juge de l'élection à l'égard du sectionnement


électoral. Mais il y a lieu de préciser les limites de ce contrôle, tant à l'égard de l'administration
active, que des autres juridictions administratives. En effet, en tant qu'autorité juridictionnelle,
le juge de l'élection ne peut pas s'immiscer dans l'administration active. Ainsi, il n'a pas à
contrôler l'opportunité d'une décision prononçant un sectionnement électoral. Mais s'il n'est pas
juge de l'opportunité, il reste juge de la régularité du sectionnement dans toute l'acception du
mot ; tout ce qui relève de l'application d'un texte légal et réglementaire n'est pas une question
d'opportunité. Ainsi, le contrôle de la répartition des sièges et des électeurs dans les sections
n'est pas une immixtion dans le domaine de l'administration active259.

Par ailleurs, si le juge de l'élection ne peut contrôler l'opportunité d'une décision de


sectionnement, il ne peut pas non plus prescrire à l'administration l'exécution d'une mesure :
c'est sur ce point particulier l'application du principe général de la séparation du juge et de
l'administrateur. Ainsi a été annulée le jugement d'un tribunal administratif prescrivant
l'établissement d'un plan de sectionnement260.

En réalité, le juge de l'élection doit se limiter au contrôle des décisions : il ne peut pas
ordonner l'exécution d'une formalité, non plus que prescrire la prise d'une décision. Par
conséquent, il n'y a donc aucune difficulté spéciale dans la répartition des rôles des
administrateurs et du juge de l'élection, à l'égard des décisions de sectionnements : c'est
l'application des principes généraux. Plus délicate est la question de savoir si la compétence du
juge de l'élection en matière de sectionnement électoral va s'opposer à la mise en œuvre de tout
recours devant les autres juridictions administratives. En effet, cette difficulté concerne le rôle
du Conseil d'Etat, juge de l'excès de pouvoir. Le juge de l'élection, saisi d'un grief relatif au
sectionnement électoral, l'examine au regard du scrutin qui lui est déféré. Il pourra déclarer
l'irrégularité du sectionnement, et par suite annuler l'opération électorale, mais il ne pourra pas
annuler la décision administrative de sectionnement.

257
Division administrative regroupant plusieurs communes, élisent un conseiller général, et comportant en
principe un tribunal d'instance
258
CE, 17 juin 1913, El de Nîmes, Rec. p. 781.
259
CE, 26 juillet 1905, El de Capvern, Rec. p. 678.
260
CE, 17 février 1909, El de Bourcia, Rec. p. 178.
78
En vérité, Le seul recours d'annulation des décisions administratives est le recours pour
excès de pouvoir porté directement devant le Conseil d'Etat. Or, ce recours, dans notre
organisation juridictionnelle, n'a qu'un caractère subsidiaire, en ce sens qu'il ne peut être intenté
par l'intéressé que s'il ne lui est pas possible d'obtenir satisfaction par une autre voie de droit ;
dès qu'il existe un autre recours susceptible d'être mis en œuvre, l'intéressé ne peut pas intenter
le recours pour excès de pouvoir, et sa demande au Conseil d'Etat se voit opposer une fin de
non-recevoir tirée de l'existence du recours parallèle. Ainsi la question est donc de savoir si en
matière de sectionnement électoral, la déclaration d'illégalité que peut prononcer le juge de
l'élection donne aux intéressés un résultat équivalent à celui que leur donnerait le recours pour
excès de pouvoir. La jurisprudence du Conseil d'Etat a subi ici une évolution intéressante.
Pendant longtemps, la fin de non-recevoir261 tirée du recours parallèle a été opposée à tous les
recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'une décision de sectionnement électoral.
Un jugeait que la déclaration d'illégalité, prononcée par le juge de l'élection, et entraînant
l'annulation des opérations électorales faites conformément au sectionnement irrégulier,
donnait entière satisfaction aux intéressés. Mais une analyse plus précise de la situation a
conduit le Conseil d'Etat à consacrer la solution contraire : ce revirement de jurisprudence fut
opéré en 1903, et a toujours été respecté dans la suite262. En effet, la déclaration d'illégalité
prononcée par le juge de l'élection n'annule pas le sectionnement illégal ; tant que
l'administration ne le modifiait pas, il subsistait, et les élections suivantes devaient légalement
avoir lieu d'après le sectionnement qui avait entraîné l'annulation des opérations antérieures ;
de plus, les électeurs intéressés devaient attendre les élections pour faire valoir les griefs relatifs
au sectionnement. Ces deux inconvénients parurent suffisants pour admettre la recevabilité du
recours pour excès de pouvoir. Cette jurisprudence intéressante marque une étape de la tendance
générale de l'affaiblissement du caractère absolu de la fin de non-recevoir, tirée de l'existence
d'un recours parallèle263.

261
Article 122 du CPC dispose que « Constitue une fin de non-recevoir tout moyen qui tend à faire déclarer
l'adversaire irrecevable en sa demande, sans examen au fond, pour défaut de droit d'agir, tel le défaut de qualité,
le défaut d'intérêt, la prescription, le délai préfix, la chose jugée ».

262
CE, 24 juillet 1903, Commune de Massât, Rec. p. 555. CE, 7 août 1903, Chabot, Rec. p. 619. S. 1904.3.1 note
Hauriou.
263
L'exception de recours parallèle signifie que le recours pour excès de pouvoir n'est recevable que si le requérant
ne dispose pas d'un autre recours juridictionnel lui permettant d'obtenir une satisfaction équivalente à celle qu'il
cherche à se procurer.
79
En somme, le contentieux du sectionnement électoral permettra- t- il de préciser la
compétence du juge de l'élection tant à l'égard de l'administration active que du juge de l'excès
de pouvoir. Le contentieux de la convocation des électeurs va poser des problèmes analogues.

B. Le pouvoir du juge électoral dans la convocation du corps électoral


proprement dite
La convocation du corps électoral est un acte administratif qui consiste à préparer le scrutin.
Autrement dit, elle est l’acte qui marque l’ouverture du scrutin, en appelant les électeurs aux
urnes, en déterminant le champ électoral c’est-à-dire la cartographie électorale. Elle détermine
aussi la durée du scrutin c’est-à-dire l’heure d’ouverture des bureaux de vote et notamment de
leurs fermetures.

La convocation du corps électorale est régie par des dispositions constitutionnelles264 et


législatives265. Le juge de l'élection aura donc des pouvoirs analogues en vertu des mêmes
principes. Il nous reste à examiner si la jurisprudence en consacre l'application.

Nous étudierons successivement l'étendue et la portée des pouvoirs du juge de l'élection


relatifs aux décisions de convocation des électeurs ; nous préciserons ensuite la limite de ses
pouvoirs.

Les décisions de convocation sont évidemment antérieures à l'opération électorale ; mais il


en sera d'elles comme des décisions de sectionnement : leur irrégularité pourra être prise en
considération par le juge de l'élection pour apprécier la validité du scrutin qui lui est soumis.

L'étendue des pouvoirs du juge de l'élection concernant la convocation des électeurs


comprend l'appréciation de la régularité de la décision au regard des lois et des règlements. Il
pourra avoir à examiner des questions de forme et de fond de la décision.

264
Article 30 alinéa 2 de la constitution sénégalaise dispose que « Les électeurs sont convoqués par décret ».
265
Pour l’élection présidentielle c’est l’article LO137 du code électoral qui dispose que « Les électeurs sont
convoqués par décret publié au Journal officiel au moins quatre-vingt jours avant la date du scrutin.
En cas de deuxième tour, ou de nouveau tour de scrutin après l’annulation des élections, la publication du décret
de convocation a lieu au plus tard huit jours avant la date du scrutin.
Toutefois, en cas de vacance de la Présidence, par démission, empêchement définitif ou décès, le décret est pris
dans les soixante jours avant le scrutin ». Pour l’élection législative c’est l’article LO 190 du code électoral qui
dispose que « Les électeurs sont convoqués par décret publié au moins quatre-vingt-dix jours avant le scrutin ».
Pour les élections locales ce sont les articles L.259 et L.294 du code électoral qui disposent que « Les électeurs
sont convoqués par décret publié au Journal officiel au moins quatre-vingt-dix jours avant la date du scrutin ».

80
Les autorités qui doivent convoquer les électeurs sont nettement déterminées par les textes
: elles varient suivant qu'il s'agit d'un renouvellement intégral ou partiel des assemblées. Le juge
électoral n'aura qu'à vérifier l'application des prescriptions législatives ou réglementaires.

De même, les règles concernant la date de la convocation sont données par des textes précis
: la jurisprudence n'a eu qu'à déterminer le caractère du délai ; ainsi a-t-elle décidé que le dies
ad quem (Expression latine désignant le jour auquel expire un délai de procédure ou de
prescription) ne devait pas être compté266; elle a eu aussi à interpréter les prescriptions légales
à l’égard de l'époque à laquelle pouvait intervenir la convocation ; ainsi, notamment, il a été
décidé qu'aucune loi n'interdisait la convocation des électeurs lors d'un appel de Réservistes267.

Par ailleurs, le juge de l'élection a eu à contrôler le mode de publicité des convocations.


L'affichage des décisions de convocation est prévu par les textes. Ainsi le juge aura aussi à
apprécier la portée de la publicité mise en œuvre ; il suffit que l'affichage ait eu lieu dans les
délais à la porte de la mairie ; les affiches apposées dans les autres lieux ont pu l'être
tardivement268. Mais la convocation ni affichée ni publiée à son de caisse ou de trompe et qui
n'a reçu d'autre publicité qu'une insertion dans les journaux locaux n'est pas valable269.

De même les pouvoirs du juge relatifs aux modalités de convocation porteront aussi sur
la répartition des électeurs en bureaux de vote, et le lieu des élections : l'opportunité sera
toujours l'apanage de l'administration active : le juge électoral n'aura qu'à veiller à l'exécution
de la loi. Parfois n'aurait-il qu'à constater l'absence de disposition légale et par suite, à déclarer
le grief non fondé. Ainsi a-t-il été décidé que les arrêtés préfectoraux créant des bureaux
n'avaient pas à être publiés dans un délai spécial pour les élections départementales ; il suffit
que les électeurs en aient eu connaissance assez tôt270. De même, le juge électoral a-t-il eu à
constater qu'aucune disposition de loi obligeait l'administration à créer, pour les élections
départementales, des bureaux de vote distincts dans chaque section électorale d'une
commune271.

Enfin, le juge aura à vérifier la convocation en regard du nombre de membres à élire ;


ce nombre étant déterminé par le chiffre de la population, il doit être publié. Le juge électoral a

266
CE, 22 mai 1905, El des Mathes, Rec. p. 472.
267
CE, 5 mars 1909, El de Montaffnol, Rec. p. 240.
268
CE, 22 juin 1906, El de Meria, Rec. p. 563.
269
CE, 31 juillet 1914, El de Lancié, Rec. p. 974.
270
CE, 1er août 1908, El de Clarel, Rec. p. 849. CE, 28 mai 1905, El de Saint-Rémy-sur Durolle, Rec. 488.
271
CE, 31 juillet 1905, El de Castelnau de Montratier. Rec. p. 716.
81
eu à préciser ce qu'il fallait entendre par « population » ; il faut tenir compte de la population «
municipale » et non de la population totale272 : c'est-à-dire que les étrangers ne sont pas compris.
Le chiffre de la population est donné par le dernier recensement273. Ainsi les pouvoirs du juge
concernant la régularité de la convocation sont-ils étendus : il peut avoir à examiner la décision
de convocation sous ses différents aspects, pour tirer les conséquences nécessaires à
l'appréciation de la régularité du scrutin. Mais ce serait une erreur de croire que dans cet examen
le juge se borne à contrôler l'application de la règle légale, ou d'en interpréter les termes : il
devra apprécier la gravité du manquement à la règle ; nous allons trouver dans ce contentieux
de la décision de convocation une application particulière des directives générales qui guident,
le juge électoral dans son examen des griefs qui lui sont soumis. A cet effet, il sera fait état de
la gravité du grief dans l'appréciation du vice de forme. Le vice de forme, bien que patent et
constaté, ne sera pris en considération que si le juge estime qu'il a eu une influence sur le résultat
du scrutin ; si le vice de forme n'a empêché de voter qu'un petit nombre d'électeurs, le juge n'en
tiendra pas compte ; il en sera ainsi, alors même qu'il serait établi, que la convocation a été
tardive274, que les affiches n'ont pas été apposées à la porte de la mairie 275, que le lieu du vote
a été changé276, que l'arrêté de convocation indiquait à tort la répartition des électeurs en deux
bureaux de vote277.

Par ailleurs, le même travail d'appréciation du juge aura lieu à l'égard de ce qu'on peut
appeler le vice de consentement susceptible d'entacher la consultation électorale c'est
l'appréciation de la manœuvre. Si le juge estime que l'irrégularité n'a pas été intentionnelle, n'a
pas constitué une manœuvre, il rejettera le grief ; ainsi ne tient-il pas compte du fait que
plusieurs bureaux de vote ont fonctionné sur le territoire de la commune, alors que l'arrêté de
convocation ne les prescrivait pas278. Au contraire, le grief sera admis si le juge estime qu'il y a
eu manœuvre, et que cette manœuvre a pu avoir une influence, sur le résultat du scrutin : il
existe à ce sujet toute une jurisprudence caractéristique sur la modification du lieu du vote279.

272
CE, 27 mars 1905, El de Dainville-Bertheléville, Rec. p. 317.
273
CE, 10 février 1905, El d'Authume, Rec. p. 143.
274
CE, 11 décembre 1908, El de Sartène, Rec. p. 1013. CE, 9 Juillet 1909, El de Couiza, Rec. p. 685 (Rec. p. 69).
275
CE, 8 juillet 1907, El de Zuani, Rec. p. 642.
276
CE, 22 novembre 1912, E1 d'Espeyrac. Rec. p. 396.
277
CE, 11 mai 1928, El de Villefort, Rec. p. 396.
278
CE, 13 mars 1905, El de. Morleau. Rec. p. 356.
279
CE, 9 mars 1908, El.de Salice, p.342.
82
En vérité, la convocation du corps électoral ne peut pas être attaquée par le recours pour
excès de pouvoir. En effet, elle est considérée comme un acte de gouvernement280. Mais elle
pourrait être appréciée devant le juge de l’élection. Ainsi l'étude de l'étendue des pouvoirs de
contrôle du juge de l'élection sur les décisions relatives au corps électoral nous a-t-elle permis
d'examiner tout un ensemble de problèmes de compétences ; leur solution a concouru à situer
une partie de notre contentieux électoral dans l'ensemble de notre organisation juridictionnelle.

En abordant, maintenant, l'examen de l'étendue des pouvoirs de contrôle du juge de


l'élection sur l'opération électorale, elle-même, nous aurons surtout à préciser la portée de son
travail, à dégager les règles générales auxquelles il obéit pour décider de la validité ou de
l'irrégularité du scrutin.

Section II : Etendue des pouvoirs du juge électoral sur l’opération électorale


proprement dite
Le but de cette étude est de déterminer le sens et la portée des pouvoirs du juge dans le
contrôle qu'il exerce sur l'opération électorale.
Le contrôle qu'exerce le juge sera guidé par deux idées distinctes qui permettent de grouper les
griefs qui lui seront soumis : Il devra tout d'abord contrôler la régularité de l'opération électorale
en veillant au stricte respect de l'ensemble des prescriptions légales et réglementaires qui
régissent la tenue des scrutins (paragraphe I). Il devra en second lieu contrôler la sincérité de
l'opération électorale (paragraphe II). Ses investigations auront alors pour but de résoudre la
question suivante : l'opinion des électeurs a-t-elle pu se manifester librement, sans que, par des
moyens répréhensibles, on ait pu influer sur leur choix ?
Cette recherche met en valeur le côté consensuel de la consultation électorale ; le scrutin
ne sera valable que si la volonté des électeurs n'a pas été illégalement altérée.

Paragraphe I : Le contrôle de régularité de l’opération électorale par le juge


de l’élection
S’il est certain que le scrutin constitue une opération fondamentale dans un processus électoral,
il n’en demeure pas moins vrai, qu’il est précédé d’une multitude d’opérations et d’actes

280
Arrêt n°19 du 17 mars 2016 Ousmane SONKO c/ État du Sénégal « Constituent des actes de gouvernement
insusceptibles de recours pour excès de pouvoir, le décret portant fixation de la date du référendum et convocation
du corps électoral qui a été pris dans le cadre des pouvoirs constitutionnels du Président de la République, le décret
portant organisation du référendum et celui portant publication du projet de loi portant révision constitutionnelle ».

83
juridiques complexes. La régularité du processus électoral est en grande partie subordonnée au
contrôle de ces actes.

La diversité des actes juridiques fonde et justifie la pluralité des juridictions qui doivent
connaître le contentieux résultant de chaque opération. A cet effet, Richard GHEVONTIAN
affirmait à ce propos que : « les ordres de juridictions sont concernés, à un degré ou à un autre,
par le contentieux électoral, y compris le juge pénal qui est compétent pour sanctionner les
fraudes éventuelles »281. Ainsi, la régularité et la sincérité des élections politiques qu’elles
soient nationales ou locales, se déterminent par le contrôle général de régularité qu’effectue le
« juge antérieurement au scrutin »282. Cette fonction de régularité assignée au juge avant la
tenue du scrutin est primordiale dans le déroulement du processus électoral étant donné que
cette phase préalable a « des répercussions sur le scrutin dont elle peut affecter la régularité
»283. Ainsi, le pouvoir régulateur du scrutin du juge électoral tire son fondement de la
constitution284 mais également de la loi organique du conseil constitutionnel.
La série d’actes juridiques précédant le scrutin peut être classée en deux catégories,
notamment ceux qui se rapportent au cadre normatif du scrutin et ceux qui sont d’ordre
opérationnel ou organique.

La première catégorie d’actes renvoie à l’ensemble des instruments juridiques à


caractère constitutionnel, législatif et réglementaire destinés à fixer le régime du scrutin et à lui
conférer sa base juridique essentielle. C’est dans cette série d’actes juridiques précédant le
scrutin que se logent les lois et règlements en matière électorale. Il s’agit des sources textuelles
du droit électoral indispensables à l’organisation d’une élection transparente. Sur cette base, le
juge doit exercer un contrôle de régularité sur ces règles.

281
R. GHEVONTIAN, « Un labyrinthe juridique : le contentieux des actes préparatoires en matière d’élections
politiques », R.F.D.A., Juillet- Août 1994, pp.793-794
282
Bruno GENEVOIS, « Le Conseil Constitutionnel et l’élection présidentielle de 1988 », R.D.P., Janvier-Février
1989, pp. 20-44.
283
R. GHEVONTIAN, « Un labyrinthe juridique : le contentieux des actes préparatoires en matière d’élections
politiques », R.F.D.A., 1994, p.795 ;
284
Article 35 de la constitution sénégalaise dispose en son alinéa 1 et 2 que « Les Cours et Tribunaux veillent à la
régularité du scrutin dans les conditions déterminées par une loi organique.
La régularité des opérations électorales peut être contestée par l'un des candidats devant le Conseil constitutionnel
dans les soixante-douze heures qui suivent la proclamation provisoire des résultats par une commission nationale
de recensement des votes instituée par une loi organique ». Ainsi l’article 92 de la constitution dispose en son
alinéa 3 que « Le Conseil constitutionnel juge de la régularité des élections nationales et des consultations
référendaires et en proclame les résultats ».

84
L’établissement des règles du jeu électoral ne doit pas échapper au contrôle du juge vu
l’impact que ces règles peuvent avoir sur la crédibilité du scrutin.

La deuxième catégorie concerne cette phase de mise œuvre du cadre normatif. C’est
l’aspect opérationnel du processus qui renvoie à la détermination des acteurs du processus
électoral que sont, les candidats et les électeurs et la mise en place de l’ensemble des structures
qui concourent à l’organisation du scrutin. Il s’agit donc du cadre organique ou opérationnel
précédant le scrutin marqué par l’identification des personnes physiques, que sont les électeurs
et les candidats, et la mise en place des Commissions électorales.

Dans le cadre de ce contrôle de régularité du scrutin, le juge exerce une fonction de


régularité sur le cadre normatif précédant le scrutin (A) et dans le second cas, le contrôle de
régularité s’applique au cadre opérationnel ou organique (B).

A. La régularité du cadre normatif du scrutin par le juge électoral


Le contrôle portant sur les actes juridiques relevant du cadre normatif du scrutin renvoie au
contrôle de régularité qu’exerce le juge électoral sur l’ensemble des règles élaborées en vue de
préparer ou d’organiser les élections. Il s’agit d’un contrôle juridictionnel exercé sur les règles
juridiques qui interviennent dans les différentes étapes précédant le scrutin. Jean SALOMON
écrit à ce propos que : « l’opération électorale est une opération particulièrement complexe du
fait qu’un certain nombre d’actes administratifs interviennent avant le déroulement du scrutin
»285. C’est dire que le scrutin est précédé d’une multitude d’opérations ou d’actes qui
s'enchaînent pour l’organiser et le préparer. C’est ce que semble rappeler également Jacques
Arrighi de CASANOVA quand il affirmait que : « les scrutins politiques sont toujours précédés
d'actes administratifs ayant pour objet d'en préciser le déroulement et, d'abord, d'en décider
l'organisation (…) »286.Incontestablement, la préparation des élections nécessite certes, un
ensemble d’actes administratifs, mais il reste certain que ceux-ci « sont précédés par l’adoption
des lois qui fixent les modalités électorales »287. De ce fait, le lien étroit entre la sincérité de
l’élection et les actes qui préparent et organisent celle-ci, fonde et justifie leur soumission au

285
J. SALOMON, « Les opérations préparant les élections devant le juge de l’excès de pouvoir », R.D.P.et
Sciences Politiques, juillet et août 1957, p.40.
286
J. A de CASANOVA, « Le Conseil Constitutionnel, juge électoral », Nouveaux cahiers du Conseil
Constitutionnel n°41, octobre 2013, p.9.
287
S. DAKO, « Les élections devant la Cour Constitutionnelle », A.B.J.C., Revue de contentieux constitutionnel,
I.2013, p.629.

85
contrôle du juge afin d’assurer la régularité du scrutin. Au surplus « la légalité des actes
préparatoires a nécessairement des répercussions sur le scrutin lui-même dont elle peut affecter
la régularité (…) Ainsi, leur contrôle est donc indispensable si l’on veut mettre le processus
électoral à l’abri de toute manœuvre ou de toute pression »288.

La crédibilité de l’élection tient essentiellement de la régularité qui doit s’exercer sur ces actes
juridiques précédant le scrutin. Il apparaît en définitive, que le contrôle du juge porte sur le
cadre normatif préparatoire du scrutin, qui peut être d’une part, de nature législative ou
réglementaire, d’autre part.

En ce qui concerne le contrôle du juge électoral sur la loi, il faut dire qu’il procédera au
contrôle de la loi constitutionnelle et la loi organique portant sur le code électoral.

Dans le cadre de son contrôle de constitutionnalité d’une loi constitutionnelle relative à


la matière électorale, le juge électoral doit faire preuve de plus de fermeté lorsque celles-ci se
rapportent à la restriction de l’éligibilité. Ainsi, le juge serait dans les conditions d’exercer
pleinement ses compétences pour freiner les initiatives de révisions constitutionnelles mues par
un mobile d’écarter certains candidats. C’est dans cette logique que s’inscrit la décision la Cour
Constitutionnelle béninoise du 05 janvier 1996 dans laquelle le juge a retenu « que la loi ne
pouvait ajouter à la Constitution, en créant une condition d’éligibilité à la Présidence de la
République »289. En l’espèce, la Cour était saisie pour examiner la constitutionnalité de la loi
n° 95-015 du 11 décembre 1995 définissant les règles particulières pour l’élection du Président
de la République. L’article 5 de la loi sus indiquée stipulait qu’: « au cas où un citoyen se trouve
au bénéfice de plusieurs nationalités, il est tenu, lors du dépôt de sa candidature à la fonction
de Président de la République, de renoncer officiellement à toute nationalité autre que celle du
Bénin et d’en fournir la preuve en versant au dossier de candidature tous documents officiels
pouvant faire foi ». Cette disposition ainsi formulée visait à disqualifier Monsieur Nicéphore
SOGLO, candidat à sa propre succession qui détenait une double nationalité. La Haute Cour a
censuré cet article en considérant que l’article querellé ainsi stipulé, « crée une condition
supplémentaire en matière de nationalité pour l’élection du Président de la République, alors
que la seule condition exigée à ce titre par la Constitution en son article 44 est d’être de
nationalité béninoise de naissance ou acquise au moins depuis dix ans (…) ; qu’il en découle

288
R. GHEVONTIAN, op.cit., p.795.
289
D. KOKOROKO, « Réflexion sur la limitation jurisprudentielle du pouvoir de révision constitutionnelle en
Bénin », Revue de droit constitutionnel appliqué, Dalloz, juillet-septembre 2013, p.335

86
que le législateur impose une condition supplémentaire, au demeurant restrictive de celle prévue
par la Constitution ; qu’en conséquence, l’article 5 doit être déclaré inconstitutionnel ».
Le juge électoral a également procédé ainsi en invalidant « un texte durcissant les
conditions de résidence au moment de l'élection et susceptible d'éliminer Monsieur Yayi Boni
de la compétition électorale ». En effet, la Haute Cour avait pris cette décision, à la veille de
l'élection présidentielle de 2006, suite à l’adoption d’une loi qui obligeait les futurs candidats à
résider sur le territoire national « au moment des élections », c'est-à-dire « de la période allant
de l'installation de la Commission électorale nationale autonome à la proclamation des
résultats définitifs du scrutin »290Le juge constitutionnel béninois a précisé le sens du groupe
de mots « au moment des élections » et a tenu en échec les déviations du législateur qui visaient
à écarter le Président Yayi Boni de la compétition présidentielle de 2006.
Par ailleurs, le juge électoral a accepté de contrôler la constitutionnalité d’une loi
constitutionnelle portant sur le report d’une élection présidentiel291. En effet, il a avancé qu’en
matière électorale nationale qu’il a la plénitude de compétence donc c’est en bon droit qu’il
contrôlait la constitutionnalité de cette loi déclarée inconstitutionnelle.
En vérité, il semble nécessaire, pour déjouer les pratiques antidémocratiques sus
évoquées, d’exercer un contrôle de constitutionnalité des lois entrant dans le champ de la
révision constitutionnelle et dont l’objet porterait sur la matière électorale. Dans cette volonté,
surgit la problématique du contrôle de constitutionnalité des lois constitutionnelles. En Afrique
francophone, à l’exception de la Cour Constitutionnelle du Bénin, les juges restent réticents à
contrôler les lois constitutionnelles. C’est ce que Stéphane BOLLE nous enseigne lorsqu’il
souligne que : « seule la Cour constitutionnelle du Bénin, en 2006, a pu censurer, sans retour,
une loi constitutionnelle prorogeant la durée de la législature en cours ». Ainsi, « le contrôle
de constitutionnalité d’une loi avant sa promulgation peut, dès lors, apparaître comme le
remède le plus efficace pour purger le code électoral de tout vice »292.Aussi l’intervention du
juge à ce stade, par le truchement de ce contrôle de constitutionnalité des normes, doit-il
permettre de « déjouer les pièges de l'instrumentalisation des règles du jeu électoral afin de
prévenir les contestations violentes et garantir à tous les candidats, une compétition électorale

290
K. SOMALI, « les élections présidentielles devant le juge constitutionnel : Études de cas des
États d’Afrique Noire francophone, R.D.P., septembre-octobre 2013, p.1298.

291
Décision N°1/C/2024 du 15 Février 2024.

292
S. BOLLE, op.cit., p.535.

87
ouverte et loyale »293. Pour y parvenir, le contrôle de régularité doit s’élargir également aux lois
organiques plus particulièrement à celles qui se rapportent à la matière électorale.

Pour le contrôle de régularité de la loi organique portant code électoral, le juge électoral
aura à effectuer son contrôle lors de sa saisine pour contrôle de constitutionnalité des lois
organiques. En effet, le contrôle de constitutionnalité des lois organiques en général et celles
portant Code électoral en particulier varie suivant le pays considéré. Par exemple au Sénégal,
le contrôle de constitutionnalité de la loi organique fusse-t-elle celle relative au Code électoral,
n’était pas obligatoire de 2001 à 2016. Jusqu’à cette année, le contrôle constitutionnel des lois
organiques ne pouvait s’effectuer qu’à titre incident résultant de la saisine du Conseil
Constitutionnel sénégalais par le 1/10ème des députés composant l’Assemblée nationale ou par
le Président de la République. La réforme introduite par la loi n°2016-10 du 05 avril 2016 a
institué un contrôle de constitutionnalité obligatoire des lois organiques.

Malgré cette réforme, si le juge constitutionnel sénégalais ne fait pas preuve d’audace,
il n’est encore envisageable d’espérer que le pouvoir puisse « renoncer aux changements
fréquents et opportunistes des règles du jeu électoral au Sénégal (…) ». En République du
Bénin, à l’instar de la France294, les mécanismes de contrôle de constitutionnalité des lois
organiques semble se différencier de celui en vigueur au Sénégal. En effet, l’article 117 alinéa
1er de la Constitution béninoise de 1990 stipule sans ambiguïté aucune, que « la Cour
Constitutionnelle statue obligatoirement sur la constitutionnalité des lois organiques et des lois
en général avant leur promulgation ». Cette disposition renseigne que la loi portant Code
électoral rentre dans le champ d’application des lois soumises au contrôle obligatoire de
constitutionnalité.

En ce qui concerne le contrôle du juge électoral sur les règlements ou les actes
administratifs, il faut dire qu’il y a un risque de conflit de compétence entre le conseil
constitutionnel et le juge administratif que nous devons éclaircir. En effet, ce risque de conflit

293
K. SOMALI, « Les élections présidentielles devant le juge constitutionnel : Études de cas des Etats d’Afrique
Noire francophone », R.D.P., n°5, septembre-octobre 2013, p. 1298.
294
L’article 61 de la Constitution du 14 octobre 1958 édicte que : « Les lois organiques, avant leur promulgation,
les propositions de loi mentionnées à l'article 11 avant qu'elles ne soient soumises au référendum, et les règlements
des assemblées parlementaires, avant leur mise en application, doivent être soumis au Conseil constitutionnel qui
se prononce sur leur conformité à la Constitution.
Aux mêmes fins, les lois peuvent être déférées au Conseil constitutionnel, avant leur promulgation, par le Président
de la République, le Premier ministre, le président de l'Assemblée nationale, le président du Sénat ou soixante
députés ou soixante sénateurs ».

88
de compétence résulte du fait de l’irruption du conseil constitutionnel dans le contentieux des
actes administratifs préparant le scrutin. A cet effet, cette irruption du conseil constitutionnel
dans le contentieux des actes administratifs peut entretenir un paradoxe. En effet, le paradoxe
supposé résulte de cette compétence naturelle du juge constitutionnel de veiller à la
constitutionnalité des lois et non à la légalité des actes administratifs antérieurs aux scrutins.
Cette nouvelle compétence qui n’est pas consacrée295, peut laisser paraître une concurrence
entre le juge administratif, compétent naturellement pour ces actes, et le juge constitutionnel,
investi de la mission de subordonner la validité des actes législatifs à leur conformité à la loi
fondamentale.

Toutefois, la compétence du juge constitutionnel demeure logiquement fondée pour


connaître les actes administratifs pris dans le cadre de l’organisation des scrutins dont la
régularité relève de sa compétence. C’est dire que la compétence sus indiquée de la juridiction
constitutionnelle, peut être justifiée pour deux raisons au moins.

La première tient de ce vide consécutif à l’attitude du juge administratif consistant à


refuser de connaître, pour excès de pouvoir, les actes sus nommés.

La seconde raison se déduit de cette mission générale du juge constitutionnel de veiller


à la régularité des élections parlementaires et présidentielles. Ces raisons évoquées ci-dessus
ont été retenues à la lecture de la jurisprudence du Conseil Constitutionnel. En effet, dès
1981296, le juge constitutionnel français a pris un important arrêt en acceptant d’examiner un
recours dont les griefs portaient sur la contestation des décrets préparatoires des élections
législatives297.En l’espèce, les recours étaient d’abord portés devant le Conseil d’État pour
annulation « des décrets n° 81-627 du 22 mai 1981 portant convocation des collèges électoraux
pour l'élection des députés à l'Assemblée nationale et fixant le déroulement des opérations
électorales et des décrets n° 81-628 et 81-629 de la même date relatifs au même objet, le
premier pour le territoire de la Nouvelle-Calédonie et dépendances, le second pour les
territoires de la Polynésie française et des îles Wallis et Futuna ». En réponse aux requêtes

295
Jacques ARRIGHI DE CASANOVA, rappelait à propos du fondement de cette compétence, « qu’on le trouve
difficilement dans les textes qui définissent la compétence du Conseil Constitutionnel, qu’il s’agisse de la
Constitution ou de l’ordonnance organique du 0è novembre 1958 », p.14.
296
Conseil constitutionnel, Décision n° 81-1 ELEC du 11 juin 1981, J.O du 12 juin 1981, p.1725.
297
Le conseil constitutionnel avait déjà admis dès 1962 à examiner, à titre exceptionnel, des recours dirigés contre
des arrêtés. C’est la décision, C.C, Décision n° 81-1 ELEC du 11 juin 1981, J.O du 12 juin 1981, p.1725.

89
introduites, le juge administratif français, par sa décision du 03 juin 1981, s’était déclaré
incompétent « pour connaître de requêtes dirigées contre lesdits décrets au motif qu'il
n'appartient qu'au Conseil constitutionnel, juge de l'élection des députés à l'Assemblée
nationale, d'apprécier la légalité des actes qui sont le préliminaire des opérations électorales
». C’est à la suite de cette décision d’incompétence que le juge constitutionnel a été saisi par
François DELMAS pour annulation des décrets sus visés au motif qu’ils seraient contraires aux
dispositions législatives relatives aux campagnes électorales des élections législatives et
violaient des opérations électorales et l’égalité des citoyens.

Le Conseil Constitutionnel a tenu à justifier d’abord sa compétence par le fait que « les griefs
allégués mettent en cause (…) la régularité de l'ensemble des opérations électorales telles
qu'elles sont prévues et organisées par les décrets du 22 mai 1981 et non celle des opérations
électorales dans telle ou telle circonscription ; qu'il est donc nécessaire que, en vue de
l'accomplissement de la mission qui lui est confiée par l'article 59 de la Constitution, le Conseil
constitutionnel statue avant le premier tour de scrutin ». Ainsi, le juge constitutionnel,
conscient de l’évolution que sa jurisprudence va emporter, en acceptant de se prononcer sur les
actes préliminaires, a tenu à justifier sa compétence par le fait que les contestations soulevées
entrent dans sa mission de contrôle de régularité des opérations électorales. C’est dire que les
allégations du requérant, si elles sont établies, peuvent entacher définitivement la régularité du
scrutin. Autrement dit, ce sont les conséquences que peut engendrer l’acte litigieux qui a justifié
la compétence du juge et qui a fondé l’examen de la requête au fond.

Par ailleurs, la Haute juridiction constitutionnelle prendra une position similaire, mais
dans une formule différente, dans sa décision du 16 avril 1982298. En l’espèce, des requêtes
étaient dirigées contre les actes administratifs organisant les élections sénatoriales. C’est dans
cette décision que le juge constitutionnel a précisé davantage les conditions générales dans
lesquelles il peut statuer sur ces actes. C’est ainsi que la Haute juridiction a considéré qu’ : « en
vertu de la mission de contrôle de la régularité de l'élection des députés et des sénateurs qui
lui est conférée par l'article 59 de la Constitution, le Conseil constitutionnel peut
exceptionnellement statuer sur les requêtes mettant en cause la régularité d'élections à venir,
ce n'est que dans la mesure où l'irrecevabilité qui serait opposée à ces requêtes en vertu des
dispositions des articles 32 à 45 de l'ordonnance (…) du 7 novembre 1958 risquerait de

298
Conseil constitutionnel français, Décision n°82-2 ELEC du 16 avril 1982, Messieurs Jacques BERNARD,
Claude COLLIN du BOCAGE, Paul MERMILLOD et Olivier Roux, J.O du 21 avril 1982, p.1117, Recueil, p.109

90
compromettre gravement l'efficacité du contrôle par le Conseil constitutionnel de l'élection des
députés ou des sénateurs, viciait le déroulement général des opérations électorales et, ainsi,
pourrait porter atteinte au fonctionnement normal des pouvoirs publics ».

A la lecture de cet arrêt de principe, il apparaît que seule la réunion de trois éléments
doit pouvoir justifier que la juridiction constitutionnelle puisse statuer, exceptionnellement, sur
les requêtes qui contestent des actes réglementaires organisant les élections nationales dont la
régularité relève de son ressort. Selon le juge constitutionnel, l’examen de ces requêtes n’est
envisageable que lorsque l’établissement des griefs qu’elles soulèvent, risquerait de tenir en
échec le contrôle de régularité des élections, d’entacher le déroulement global des consultations
électorales et de faire obstacle au fonctionnement normal des pouvoirs publics. Par conséquent,
une fin de non-recevoir sera réservée à toute requête, qui ne satisferait pas aux conditions sus
évoquées. C’est ce qu’illustrent les deux décisions précitées. C’est cette même jurisprudence
que le Conseil Constitutionnel va confirmer aussi bien pour les élections législatives299,
sénatoriales300, présidentielles301que référendaires302.

En vérité, la lecture combinée des décisions du 23 août 2000 et du 22 mai 2002303,


permet de saisir sur quelle base le juge constitutionnel, peut-il conclure que les conditions
précitées, sont réunies pour examiner au fond, les requêtes dirigées contre les actes
réglementaires. Ainsi, la lecture combinée et croisée de ces deux décisions nous conduit à
conclure que le Conseil ne statue au fond sur les requêtes contestant l’illégalité des décrets, que
lorsque ceux-ci ont, par leur nature, un caractère général et permanent.

Par ricochet, le conseil constitutionnel sénégalais venait de rendre une décision salutaire
qui s’aligne dans le même sillage que son homologue français en la date du 15 février 2024. En

299
Conseil constitutionnel français, Décision n° 95-10 ELEC du 08 juin 1995 M. Louis BAYEURTE, J.O du juin
1995, P.9008 ; Recueil, p.213 ; Décision C.C, Décision n° 97-12 ELEC, du 20 mars 1997, Mme Anne Richard,
J.O du 23 mars 1993, p.4561, Recueil, p.43 ; C.C Décision 2002-19 ELEC du 22 mai 2002, M. Stéphane
HAUCHEMAILLE et l'association DÉCLIC du 22 mai 2002, J.O du 25 mai 2002, p.9547, Recueil, p.127.
300
Conseil constitutionnel français, Décision 2001-18 ELEC du 20 septembre 2001, MM. Stéphane
HAUCHEMAILLE et Philippe MARINI, J.O du 23 septembre 2001, p.15121, Recueil, p.121.
301
Décision C.C 2001-95 PDR, du 14 mars 2001, Monsieur Stéphane HAUCHEMAILLE, J.0 du 13 mars 2001,
p.4260, Recueil, p.53.
302
Conseil constitutionnel français, Décision n° 2000-24 REF du 23 août 2000, Monsieur Stéphane
HAUCHEMAILLE, J.O du 26 août 2000, p.13165 ; Recueil, p.134.
303
Conseil constitutionnel français, Décision 2002-19 ELEC du 22 mai 2002, M. Stéphane HAUCHEMAILLE et
l'association DÉCLIC du 22 mai 2002, J.O du 25 mai 2002, p.9547, Recueil, p.127.

91
effet, pour la première fois le conseil constitutionnel sénégalais admet de statuer et se déclare
compétent sur un recours portant sur un acte administratif (décret n°2024-106 du 03 février
2024 portant abrogation du décret convoquant le corps électoral pour l’élection présidentielle
du 25 février 2024). Dans cette décision le conseil constitutionnel affirme sans ambages dans
son considérant 7 que « considérant que s'il est vrai que la cour suprême est juge de l’excès de
pouvoir des autorités exécutives, le conseil constitutionnel, juge de la régularité des élections
nationales, dispose d'une plénitude de juridiction en matière électorale, sur le fondement de
l’article 92 de la constitution ; que cette plénitude de juridiction lui confère compétence pour
connaître de la contestation des actes administratifs participant directement à la régularité d’une
élection nationale, lorsque ces actes sont propres à ce scrutin ; »304.

En définitive, partant de ce qui précède, il est possible de conclure que dans sa


jurisprudence actuelle, le juge constitutionnel a pris l’option de préciser, à chaque occasion, la
jurisprudence Delmas sans la remettre en cause. C'est-à-dire que la voie du revirement n’est pas
encore envisagée par la juridiction constitutionnelle. Celle-ci s’emploie dans la constance pour
ce contentieux, ce qui n’est pas tout à fait le cas pour le Conseil d’État ou la Cour suprême. En
effet, dans un arrêt récent, la Cour suprême sénégalais venait de se déclarer incompétent pour
apprécier la légalité d’un décret305 portant convocation du corps électoral. Dans cet arrêt le juge
de la Cour suprême affirme que « Considérant qu'il s'infère de cette décision, qu'il appartient
au Conseil constitutionnel, en vertu de ses missions de contrôle de la régularité des
élections nationales et, y compris, en faisant usage de son large pouvoir de régulation en la
matière, de statuer sur les contestations portées contre les actes administratifs préparatoires à
l'élection du Président de la République, ayant pour objet de préciser leur déroulement et de
fixer leur organisation ; que ces actes, par leur nature, constituent une manifestation de la
fonction gouvernementale dans son expression purement politique et échappent au contrôle du
juge de l'excès de pouvoir dont l'intervention risquerait de compromettre gravement l'efficacité
du contrôle des opérations électorales, perturberait le déroulement général du processus
électoral et porterait atteinte au fonctionnement normal des pouvoirs publics ;

304
DÉCISION n° 1/c/2024-AFFAIRES n°1/C/24 à 9/C/24
305
Décret n°2024-691 du 06 mars 2024 portant convocation du corps électoral pour l’élection présidentielle du 24
mars 2024

92
Considérant qu'en l'espèce, les décrets dont les requérants demandent la suspension de leur
exécution fixent la date du prochain scrutin pour l'élection du Président de la République,
portant convocation des électeurs et déterminent la période de la campagne électorale ;

Que le Conseil constitutionnel disposant de la plénitude de compétence pour contrôler la


régularité des décrets ayant cet objet, leur légalité ne saurait être contestée en annulation devant
le juge de l'excès de pouvoir ; »306. Ainsi il faut dire que la plénitude de compétence entre juge
administratif et juge constitutionnel a été respectée dont le principe a été posé depuis 1999. En
effet, dans cet arrêt le juge administratif s’était déclaré incompétent en affirmant que
« L'établissement de la liste des bureaux de vote pour les élections législatives est un acte non
détachable des opérations électorales dont le contentieux relève de la compétence du juge
constitutionnel »307.

En somme, Dans la première catégorie d’actes, en l’occurrence les lois électorales,


l’examen des jurisprudences et textes y relatifs, ont révélé un contrôle juridictionnel du juge
qui valse entre la témérité et la souplesse suivant le pays considéré. Dans la seconde catégorie
d’actes, notamment, les actes administratifs destinés à organiser les élections, la détermination
du juge habilité à contrôler ces actes n’a pas été sans difficulté. L’analyse des jurisprudences
du Conseil d’État français, a révélé que cette difficulté date de très longtemps comme l’illustre
l’étude y relative. Cette difficulté demeure réelle pour les juges de l’Afrique noire francophone.

L’actualité de l’étude se rapportant au contrôle des actes administratifs organisant les


scrutins renseigne l’instauration d’un dialogue entre les juges compétents dans le cadre du
contrôle de ces actes.

Toutefois, ce dialogue n’est pas envisageable dans le cadre du contentieux relatif à la mise
en place du cadre opérationnel du processus électoral en l’occurrence, le cadre organique ou
opérationnel.

B. La régularité du cadre opérationnel du scrutin par le juge électoral


Un des aspects du cadre opérationnel des élections renvoie à la mise en place de l’ensemble
des structures qui accompagnent le processus électoral et qui sont destinées à organiser,
superviser ou contrôler les élections. Il s’agit, principalement, des Organes de Gestion des

306
Sénégal, Cour suprême, 15 mars 2024, J/106/RG/24

307
Arrêt N° 0001, Du 27-01-1999, Landing SAVANE, Bakary COLY et AND JEF/PADS c/ Etat du Sénégal

93
Élections (O.G.E)308 inventées pour améliorer la transparence du processus électoral et dont la
création est le résultat d’une évolution. En effet, à partir des années 1990, la plupart des pays
africains francophones ont institué des organes en charge de la supervision et/ou du contrôle du
processus électoral. C’est ce que nous renseigne El Hadj MBODJ lorsqu’il soutient que « les
régimes politiques africains issus des transitions démocratiques de la dernière décennie du
vingtième siècle avaient, pour la plupart, construit un système électoral qui reposait sur une
sorte de corrélation quasi axiomatique entre la légitimité électorale et la conduite du processus
électoral par un organe indépendant de régulation des élections »309.Aussi, précisait l’auteur,
la mise en place d’institutions électorales indépendantes des gouvernements, apparaît-elle
comme « une réponse appropriée à la méfiance manifestée à l’égard des administrations
électorales formatées dans la culture du système de parti unique de fait ou de droit et des
régimes militaires d’exception ».Ainsi, la mise en place de ces structures traduit une volonté
manifeste de les confier l’organisation des élections à la place de l’Administration de l’État
récusée par l’Opposition. Pourtant, la composition et le fonctionnement de ces structures en
charge de l’organisation des élections deviennent subitement un grand enjeu pour les
protagonistes. C’est dire que le ministère chargé des élections, ne constitue plus un lieu exclusif
où se concentrent les habiletés, les ruses et les soupçons de fraudes électorales. Au contraire,
ce ministère le partage désormais avec ces structures nouvellement créées si elles n’en
constituent pas les dépositaires exclusifs du choc des intérêts des acteurs politiques. Ce
changement est bien résumé par Hilaire de Prince POKAM, en ces termes : « les Commissions
électorales sont une ressource permanente convoitée aussi bien par l’opposition qui les
mobilisent afin d’accéder aux positions de pouvoir que par la majorité qui les mobilisent en
vue de conserver leurs positions face à la pression de leurs challengers »310. Toutefois, il n’est
pas sans intérêt de préciser que les commissions électorales ne sont pas les seules structures qui
font l’objet de convoitise de la part des acteurs du processus électoral. Cette convoitise se
manifeste lors de la mise en place de l’ensemble des organes qui doivent directement ou

308
Pour une étude approfondie, de ces structures, voir I. M. FALL, (dir.), rapport sur Organes de gestion des
élections en Afrique de l’Ouest : Une étude comparative de la contribution des commissions électorales au
renforcement de la démocratie, 2011.
309
El. MBODJ, « Faut-il avoir peur de l’indépendance des institutions électorales indépendantes en Afrique »,
http://afrilex.ubordeaux4.fr/sites/afrilex/IMG/pdf/Faut_il_avoir_peur_de_l_independance_des_institutions_en_A
frique.pdf, mars 2009, p.2.
310
Hilaire de Prince Pokam, « La neutralité électorale en Afrique : analyse des commissions électorales en Afrique
subsaharienne », in Revue juridique et politique des Etats francophones, n°3, janvier-mars 2006, p. 338, cité par
le Pr EL Hadj MBODJ, op.cit., p.5.

94
indirectement participer à la préparation des élections. Cette mise en place des structures
électorales que l’on a appelé cadre organique est source de plusieurs contentieux. C’est tout
l’intérêt qu’il faut placer sur le contrôle de régularité du juge dans le cadre de la mise en place
des structures en charge de la préparation et du déroulement des scrutins. L’étude est consacrée
à ce contrôle qu’exerce le juge pour une régularité de la création et de l’installation des
structures précitées, gage d’une élection crédible. Il faut préciser toutefois, que seules les
structures revêtant un statut d’autorités administratives indépendantes, notamment, les plus en
vues que sont, les Commissions Électorales Nationales, qui peuvent être Autonomes ou
Indépendantes, feront l’objet de développements dans cette étude. L’analyse sera ainsi
consacrée au contrôle de régularité sur la création des commissions électorales d’une part et à
leur fonctionnement d’autre part.

Pour ce qui concerne la création des commissions électorales, le juge électoral aura à
contrôler le fondement légal de la création de la C.E.N.A d’une part, et sur la constitutionnalité
de la structure d’autre part.

La création de commissions électorales par le législateur peut soulever un conflit de


compétences entre le pouvoir exécutif et législatif. Le juge est sollicité, dans certains cas, à
trancher en répondant à la question de savoir si l’organisation et la gestion du processus
électoral sont du ressort du législatif ou de l’exécutif. Cette interrogation appelle, de la part du
juge, l’exercice d’un contrôle de régularité de la création des commissions électorales. En effet,
la création des commissions électorales s’accompagne naturellement d’un retrait d’un certain
nombre de compétences, jusque-là confiées au ministère de l’intérieur, dans le cadre de
l’organisation des élections311. Pourtant, celui-ci préserve à la fois ses statuts de membre du
pouvoir exécutif et celui de militant du parti au pouvoir. Dans ces conditions, le fait de lui
confier l’organisation des élections, n’est pas sans suspicions légitimes de la part de
l’Opposition. C’est dans ce contexte que les Commissions électorales sont créées pour lever

311
Au Bénin, l’article 15 de la loi n°2013-06 du 25 novembre 2013 portant code électoral de la République du
Bénin précise que : « La Commission électorale nationale autonome (CENA) est chargée notamment de :
- la préparation, de l'organisation, du déroulement, de la supervision des opérations de vote et de la centralisation
des résultats ;
- l’organisation et de la supervision des opérations référendaires et électorales ;
- l’élaboration des documents, actes et procédures devant, d’une part assurer la régularité, la sécurité, la
transparence des scrutins et, d’autre part, garantir aux électeurs ainsi qu’aux candidats, le libre exercice de leur
droit ». En revanche, au Sénégal, le Ministère de l’intérieur garde toujours la compétence d’organiser les élections.
La C.E.N.A ne fait que contrôler et superviser le processus électoral.

95
toute suspicion dans la préparation du processus électoral et le revêtir d’un cachet de neutralité
en le confiant à des structures indépendantes. Cette nouvelle réalité ne s’est pas imposée
facilement aux partis au pouvoir qui considéraient que l’organisation des élections devrait être
de leur ressort et admettaient difficilement que cette attribution leur soit retirée par le
législateur. Cette querelle politique consécutive à la création des commissions électorales se
déporte devant les Institutions de la République dont l’exécutif et le Parlement. C’est ce
qu’illustre la décision de la Cour Constitutionnelle béninoise du 23 décembre 1994 312. En effet,
vers la fin de l’année 1994, l’Assemblée nationale béninoise a adopté la loi n° 94-013 du 23
novembre 1994 portant règles générales pour les élections du Président de la République et des
membres de l’Assemblée nationale. Cette loi créait la C.E.N.A et confiait à la nouvelle structure
des attributions énormes en matière électorale jusque-là dévolues au ministère de l’intérieur.
C’est à la suite que le Chef de l’exécutif, le Président Nicéphore SOGLO à l’époque, a considéré
que ladite loi empiète sur un domaine de compétence de l’exécutif et l’a déférée devant la Cour
Constitutionnelle pour inconstitutionnalité. A l’appui de sa requête, le Président de la
République, soutenait que l’organisation et la préparation des élections étaient du ressort de
l’Administration de l’Etat et que le régime électoral relève du pouvoir réglementaire. En créant
la C.E.N.A, poursuivait le requérant, le législateur a violé le principe de séparation des pouvoirs
et les domaines de compétences de l’exécutif. En réponse à ces allégations, la Haute Cour a
soutenu que : « la création de la Commission Électorale Nationale Autonome (C.E.N.A), en
tant qu'autorité administrative indépendante, est liée à la recherche d'une formule permettant
d'isoler, dans l'administration de l'État, un organe disposant d'une réelle autonomie par
rapport au gouvernement, aux départements ministériels et au parlement, pour l'exercice
d'attributions concernant le domaine sensible des libertés publiques, en particulier des
élections honnêtes, libres et transparentes ».

Au surplus, en se fondant également sur sa fonction de garant de la protection et de la


promotion des droits de l’Homme et des libertés publiques, la Cour a considéré que : « la
création d'une Commission Electorale Indépendante est une étape importante de renforcement
et de garantie des libertés publiques et des droits de la personne; qu'elle permet, d'une part
d'instaurer une tradition d'indépendance et d'impartialité en vue d'assurer la transparence des

312
Cour constitutionnelle du Bénin, DCC, n° 34-94 du 23 décembre 1994, Président de la République, R.1994,
p.159.

96
élections, et d'autre part de gagner la confiance des électeurs et des partis et mouvements
politiques ».

Une telle position du juge traduit tout l’esprit qui fonde la création de la C.E.N.A. Ainsi, la
Cour donne compétence au législateur béninois d’édicter des règles électorales et de «
descendre aussi loin qu’il plaît dans le détail de l’organisation du processus électoral, ou
laisser au Gouvernement le soin d’en arrêter les mesures d’application ». A la lecture de cette
décision, il apparaît que la Cour Constitutionnelle confie totalement la compétence du régime
électoral au législateur, sauf si ce dernier désirait, de sa propre initiative, attribuer au
gouvernement un pouvoir réglementaire subordonné dans ce domaine. C’est dire que le
législateur dispose de la latitude d’édicter toute règle électorale qui lui semble utile et confier,
dès qu’il le souhaite, une partie de sa compétence à l’exécutif.

Par ailleurs, sur la constitutionnalité de la création de la C.E.N.A., la Haute juridiction a conclu


dans sa décision précitée que le législateur ne viole nullement la Constitution. Au contraire,
rien dans celle-ci « ne s’oppose à la création, par l’Assemblée nationale, d’une Commission
Électorale Nationale » et qu’en procédant ainsi, elle n’a fait qu’exercer l’une de ses
prérogatives constitutionnelles. C’est dans cette logique également que s’inscrit la démarche de
la Cour malienne dans sa décision prise quelques mois plus tard dans la même année. L’un des
moyens qui étaient soulevés devant la Cour malienne, était relatif au domaine de compétences
du législateur. C’est l’article 70 de la Constitution malienne qui distinguait dans le domaine de
la loi, là où le législateur fixait les règles générales et là où il n’arrête que les principes
fondamentaux. La Cour a conclu que sur ce moyen, il : « n'existe pas une différence
fondamentale entre le fait que la loi fixe les règles et le fait que la loi fixe les principes
fondamentaux ; que les règles et les principes doivent s'énoncer clairement de façon à
constituer des normes juridiques sans équivoque ». Ainsi, par cette décision, la Cour donne un
cachet constitutionnel à la C.E.N.A, ce qui n’est pas sans effet juridique du point de vue de la
protection juridictionnelle de la structure. A propos de la constitutionnalisation des
Commissions électorales, El Hadj MBODJ écrivait qu’elle présente des avantages indéniables.
L’une des conséquences de la constitutionnalisation des Commissions électorales, soutenait
l’auteur, c’est qu’elles sont « placées de ce fait hors de portée du législateur, les institutions
électorales indépendantes ne pourront, dans le futur, être supprimées ou modifiées que dans
les conditions expressément prévues par la constitution ». En guise d’exemple illustratif, le
doyen MBODJ donne l’exemple « des controverses qui avaient alimenté le processus de mise
en place de la Commission électorale indépendante (C.E.I) de la République démocratique du
97
Congo (RDC) ». En effet, lors du vote de la loi portant création Commission électorale
indépendante, en application de la Constitution de transition du 3 avril 2003, les parlementaires
se sont rendus compte que : « la loi organique, elle-même votée sur invitation du constituant
de la transition, ne peut envisager la dissolution d’une institution constitutionnelle ».

En fin depuis la décision n°34-94 du 23 décembre 1994, la Cour constitutionnelle


béninoise élève le principe de création de la C.E.N.A au rang de principe constitutionnel du fait
que cette création « permet, d’une part, d’instaurer une tradition d’indépendance et
d’impartialité en vue d’assurer la transparence des élections, et d’autre part, de gagner la
confiance des électeurs et des partis et mouvements politiques ». Il en résulte que ce principe
constitutionnel de création de la C.E.N.A a inspiré toutes les dispositions électorales relatives
à la structure et qui sont postérieures à cette décision. C’est dire que les dispositions électorales
dont l’objet porte sur la C.E.N.A, tiennent leur validité constitutionnelle de leur conformité au
principe sus rappelé.

Pour ce qui concerne le fonctionnement des commissions électorales, le juge électoral


aura à vérifier l’exercice de leurs compétences. De ce fait le juge constitutionnel dans le cadre
de son contrôle pourra restreindre certaines compétences de la CENA mais également il pourra
faire extension de ses compétences au détriment du ministère de l'intérieur.

En définitive, le contrôle de la régularité de l'opération électorale, exercé par le juge de


l'élection, est différent du contrôle de légalité du juge de l'excès de pouvoir.

Le contrôle du juge de l'élection se confond en partie avec celui du juge de l'excès de


pouvoir ; l'un et l'autre recherchent les violations des règles légales. Il est logique que le juge
de l'élection s'inspire, en cela, des directives dégagées par la jurisprudence de l'excès de pouvoir.
Mais, juge d'une opération, le juge de l'élection poursuit plus loin son investigation : ce qui
l'intéresse, ce n'est pas l'illégalité prise en elle-même, mais la place qu'elle a dans l'opération
que constitue l'élection. Il a donc un pouvoir d'appréciation sinon plus étendu, du moins
différent de celui du juge de l'excès de pouvoir. Tel est l'aspect original de ce contentieux que
nous révèle la jurisprudence concernant le contrôle de la régularité de l'opération électorale.

Mais le juge de l'élection ne bornera pas le contrôle qu'il exerce sur l'opération électorale
elle-même au seul examen de l'irrégularité. L'opération électorale est une consultation ayant
pour but de traduire la volonté des électeurs : cet élément consensuel pose un autre problème :
celui de la sincérité de l'élection. Nous entendons par là la traduction exacte de la volonté du

98
choix des électeurs ; la jurisprudence ne fait pas d'ailleurs une distinction aussi nette. Il est
possible de trouver des décisions qui fassent allusion à la sincérité de l'élection, alors qu'en
réalité le grief examiné ne traite que d'une question de régularité313. C'est qu'en réalité, sur le
plan de la régularité, il se peut que des manœuvres soient venues altérer le résultat ; mais ces
manœuvres n'intéressent pas la volonté individuelle de l'électeur. Celui-ci aura librement
déposé dans l'urne le vote qu'il entendait émettre, mais des manœuvres externes (introduction
frauduleuse de bulletins dans l'urne — émargements irréguliers, etc.) ont altéré le résultat.

Sur le plan de la sincérité de l'élection, la « manœuvre » a une tout autre portée ; la


fraude aura ici pour but de modifier l'opinion intime des électeurs par des moyens
répréhensibles (fausses nouvelles, calomnies, interventions irrégulières). Extérieurement,
l'opération aura pu être parfaitement régulière ; mais, en réalité, elle aura été faussée par la
manœuvre tendant à altérer l'opinion des électeurs.

Ce ne sera plus ici l'étude de griefs faisant état d'une violation au sens large du mot : ce
sera l'étude du vice de consentement qui entache la consultation électorale ; c'est donc là un
côté tout à fait original du contentieux électoral.

Le juge aura à se demander si la volonté des électeurs a pu librement se manifester.

En cette matière, le contentieux électoral paraît se séparer nettement du contentieux de


l'annulation du juge de l'excès de pouvoir ; le juge de l'élection n’a plus à résoudre une question
de légalité, mais à rechercher si l'élément consensuel de l'opération n'a pas été altéré,

Il est inutile d'insister sur l'arbitraire de la classification adoptée : le même litige offre
souvent au juge de l'élection une série de problèmes à résoudre où sont entièrement mêlées des
questions concernant la régularité et la sincérité du scrutin. Mais ces deux notions de contrôle
sont juridiquement différentes et nous ont paru caractériser la progression de l'examen qu'exerce
le juge de l'élection sur l'opération électorale.

Paragraphe II : Le contrôle de sincérité de l’opération électorale par le juge


de l’élection
La notion de « sincérité du scrutin » est, sans doute, l'une des plus répandues du droit
électoral. Le juge électoral, quel qu'il soit, l'utilise très fréquemment dans ses décisions et lui

313
CE, 16 décembre 1910, El d'Amiens, Rec. p. 978.
99
fait même jouer un rôle majeur puisque c'est son respect ou son atteinte qui détermine, le plus
souvent, le sort du contentieux en cours.

Au cœur même du droit électoral, la notion de sincérité du scrutin souffre cependant


d'une sorte de défaut de visibilité.

Si sa perception « macroscopique » est relativement simple, elle s'avère beaucoup plus


complexe lorsque l'on passe au niveau « microscopique ».

Vue de loin, on peut définir la sincérité du scrutin comme le révélateur de la volonté


réelle de l'électeur dès lors que celle-ci ne peut pas être connue de manière certaine, et donc
qu'il est impossible de connaître avec certitude le choix majoritaire des électeurs, l'élection est
annulée par le juge314.

Toute la question est alors de savoir ce qui permet de garantir cette sincérité du scrutin.
Et il faut bien reconnaître, qu'ici, la réponse n'est pas aisée tant les cas retenus par la
jurisprudence sont nombreux et variés.

En réalité, en y regardant de près, on s'aperçoit que cette notion en apparence éclatée


trouve son unité autour du respect d'un certain nombre de principes fondamentaux du droit
électoral que l'on peut intégrer, pour reprendre l'expression de Pierre Garonne, dans le «
patrimoine électoral européen »315. Ainsi ces principes fondamentaux sont une base juridique
faisant intervenir le juge électoral pour exercer son contrôle sur la sincérité du scrutin.

Ces principes sont : l'égalité, la liberté et le caractère secret du vote. Ils sont d'ailleurs si
importants qu'ils font l'objet, dans la plupart des démocraties respectueuses de l'État de droit,
d'une consécration constitutionnelle. Ainsi, la Constitution française de 1958, proclame-t-elle
que « le suffrage est universel, égal et secret »316. Même si cet article ne fait pas référence de
manière expresse à la liberté de suffrage, celle-ci est implicite : toute violation de cette liberté

314
L'atteinte à la sincérité du scrutin est toutefois souvent liée à deux paramètres : l'écart de voix et l'influence
déterminante de l'irrégularité génératrice du défaut de sincérité.
315
P. Garonne, « Le patrimoine électoral européen. Une décennie d'expérience de la Commission de Venise dans
le domaine électoral », RD pub. 2001, n° 5, p. 1417.
316
Cf. par Exe.: déc. 2000-428 DC, 4 mai 2000, Loi organisant une consultation de la population de Mayotte, Rec.
70 ; déc. du 6 sept. 2000 ; déc. du 6 sept. 2000 sur une requête présentée par M. Charles Pasqua Rec. p. 144. Ainsi
l’article 3 alinéa 3 de la Constitution sénégalaise dispose que « Le suffrage peut être direct ou indirect. Il est
toujours universel, égal et secret ».

100
serait, en effet, directement contraire au principe démocratique réaffirmé à l'article premier de
la Constitution.
Les grands textes européens relatifs aux droits fondamentaux, de leur côté, s'inspirent
de ces principes. Si la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ne contient
pas de dispositions relatives aux droits politiques, le protocole additionnel du 20 mars 1952
amendé par le protocole n° 11 dispose dans son article 3 : « Les Hautes Parties contractantes
s'engagent à organiser, à des intervalles raisonnables, des élections libres au scrutin secret, dans
les conditions qui assurent la libre expression de l'opinion du peuple sur le choix du corps
législatif. ». Ainsi la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne de 2000, dans son
chapitre V consacré à la citoyenneté, précise que « les membres du Parlement européen sont
élus au suffrage universel direct, libre et secret » (art. 39, al. 2).

Par ailleurs, la charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance (30


Janvier 2007) consacre plusieurs principes relatifs aux élections. Son article 2 prévoit à son
principe 3 que la présente charte a pour objet de : « promouvoir la tenue régulière d’élections
transparente, libre et juste afin d’institutionnaliser une autorité et un gouvernement légitime
ainsi que les changements démocratiques de gouvernement ».

Le travail du juge de l'élection consiste, au fond, à déterminer la légitimité des


interventions et des moyens-employés afin d'agir sur l'opinion du corps électoral.

Toute personne a-t-elle le droit d'agir en vue d'influer sur le résultat de l'élection ? Le régime
démocratique exige une réponse affirmative ; encore faut-il que l'intervention reste dans certaines limites
: la liberté d'opinion et de parole ne doit pas se transformer en « fait de pression » en altérant la volonté
du corps électoral ; nous verrons si la jurisprudence est assez précise pour nous permettre de
déterminer ce qu'on peut entendre par « fait de pression. ».

Tous les procédés sont-ils admissibles pour agir sur le corps électoral ? La moralité de
la consultation électorale exige ici une réponse négative.

Le juge aura tout d'abord à exercer un contrôle sur les allégations des candidats ou
tierces personnes intéressées à l'élection ; il nous faudra préciser ce que la jurisprudence entend
par les limites de la « polémique électorale. » Mais en dehors des allégations, certains procédés
pourront être mis en œuvre, procédés de corruption notamment. La jurisprudence paraît se
référer à la notion du « système général de corruption » pour apprécier l'influence de ces
procédés répréhensibles. A cet effet, une remarque s'impose : si les notions de « faits de pression
», « polémique électorale », « système général de corruption », résument la jurisprudence
101
concernant le contrôle de la sincérité, elles font nettement apparaître l'étendue des pouvoirs du
juge ; il est évident que ces notions ne peuvent être que des directives, elles ne sont pas des
critères ; et l'opinion du juge dépend en réalité de sa seule appréciation. C'est à cette solution
d'ailleurs que nous avait amenés l'étude de la « présomption de fraude » qui est la notion
essentielle sur laquelle se fonde le juge pour décider d'un grief concernant la régularité de
l'opération électorale.

Juge de la sincérité de la consultation électorale , le juge de l'élection devra tenir compte de


tous les faits qui ont pu porter atteinte à la liberté de choix des électeurs ; il se peut d'ailleurs
que l'activité illégale des candidats ou des tiers se traduise par des infractions poursuivies devant
la juridiction répressive ; le juge de l'élection ne devra pas les ignorer; mais il ne les sanctionne
que s'il estime que ces faits délictueux ont eu une influence sur le résultat du scrutin ; le contrôle
du juge de l'élection est autonome ; il est juge de l'opération électorale et non pas de ses faits
constitutifs. Ainsi le contrôle du juge électoral sur la sincérité du scrutin s’effectuera d’une part,
sur les différents grands principes de la sincérité du scrutin (A) et sur le contrôle des procédés
mises en œuvre pour atteindre le corps électoral (B).

A. Le contrôle du juge électoral portant sur les grands principes de la


sincérité du scrutin
Le contrôle du juge de l’élection s'exerce sur ces grands principes selon le rapport qui existe
entre la sincérité du scrutin et le corps électoral, d’une part, mais également entre le rapport
qu’entretient la sincérité du scrutin et l'élection d’autre part.

En ce qui concerne le contrôle du juge de l’élection sur le rapport qui existe entre la sincérité
du scrutin et le corps électoral, son contrôle portera sur le principe de l’égalité et celui de liberté.

D'une manière générale, le principe d'égalité joue un rôle majeur dans la conception
démocratique de l'État de droit, comme l'atteste la place que le Conseil constitutionnel lui
accorde dans sa jurisprudence.

Il n'est donc pas étonnant que, s'agissant plus spécifiquement du droit électoral fondamental,
ce principe occupe une place toute particulière et conditionne le respect de l'exigence de
sincérité.

Par essence, ce principe d'égalité est, d'une manière générale, polymorphe et, naturellement,
il se présente, dans le domaine qui nous concerne, sous différentes formes.

102
Tout d'abord, il implique ce que l'on pourrait appeler l'égalité des conditions de la
compétition, ce qui signifie que toutes les candidatures (individuelles ou collectives) doivent
être soumises au même traitement. Cela concerne surtout les campagnes électorales aussi bien
à travers leur financement qu'à travers l'accès aux médias audiovisuels.

En deuxième lieu, il s'agit de l'égalité de décompte317 : chaque électeur doit disposer du


même poids que les autres électeurs ce qui peut se résumer dans une formule simple : un
électeur, une voix. S'il en était autrement, le résultat de l'élection ne serait pas fidèle à la volonté
de la majorité réelle du corps électoral. Ainsi, sont prohibés : les inscriptions sur plusieurs listes
électorales, le vote plural ou encore le vote familial. Cette exigence est si forte qu'elle s'applique
non seulement aux élections politiques mais aussi aux élections professionnelles comme l'a
décidé le Conseil constitutionnel318.

Enfin, et c'est sans doute pour ce qui nous concerne, le plus important, ce principe se décline
en égalité de représentation. En effet, la question du découpage électoral, c'est-à-dire la
technique par laquelle le territoire national (ou une partie de celui-ci) est divisé en
circonscriptions électorales dans lesquelles les électeurs sont répartis pour exercer leur droit de
vote est déterminante au plan collectif sur l'expression sincère de la volonté du corps électoral.

L'enjeu démocratique de ce découpage est particulièrement important, car, si sa finalité est


détournée, et sa mise en œuvre manipulée, le résultat électoral obtenu de façon déloyale, ne sera
dû qu'à un regroupement artificiel d'électeurs.

En vérité, il faut donc faire en sorte d'éviter, ici plus qu'ailleurs, l’arbitraire. On peut tout
d'abord y parvenir en confiant ce pouvoir de découper à un organe indépendant. Ce système est
rare même si, dans certains Etats, comme l'Allemagne une commission indépendante peut être
associée aux décisions de découpage.

Dans la plupart des cas, il appartient au gouvernement et au Parlement de procéder à ces


opérations qui, par nature, ont un caractère très politique. Ainsi, dans le système français
pareille pour le Sénégal, le découpage administratif des cantons est-il opéré par décret319, celui
des circonscriptions législatives par la loi. Par conséquent, cette intervention du pouvoir

317
Nous reprenons, ici, l'expression de P. Garonne, op.cit., p.1443.
318
Déc. 78-101 DC du 17 janv. 1979, Conseils de prud'hommes, Rec. p. 23, RJC I-67.
319
A. Roux, « Le découpage des circonscriptions administratives et électorales devant le Conseil d'État », AJDA
1983 p. 219.

103
politique dans un processus qui peut déterminer la physionomie d'un scrutin n'est pas
condamnable en soi au regard de l'État de droit et de la démocratie, dès lors qu'elle est assortie
de garanties fortes d'objectivité. En effet, la solution passe alors par un contrôle du juge à partir
de critères précis, objectifs et stables. C'est ce que fait en France le Conseil d'État pour les
découpages effectués par décret et le Conseil constitutionnel pour ceux effectués par la loi.

Par ailleurs, le Conseil constitutionnel a ainsi fixé sa jurisprudence dans deux importantes
décisions. Se fondant sur le respect du principe de l'égalité du suffrage, la Haute juridiction a
tout d'abord précisé la portée du principe d'équilibre démographique en le qualifiant de « règle
fondamentale » qui doit permettre une égale représentation des populations sans pour autant
exiger une stricte proportionnalité. Si le critère démographique est le principe, des écarts de
représentation peuvent être ainsi admis, pour tenir compte d'impératifs d'intérêt général précis
comme la nécessité d'assurer un lien étroit entre l'élu et l'électeur, ou la prise en compte de la
continuité territoriale. Ces écarts doivent cependant être exceptionnels et limités.

Le deuxième principe mis en avant est celui de l'équilibre politique. Ici, il s'agit de faire en
sorte que l'égalité entre candidats ou forces politiques soit respectée pour éviter tout arbitraire
politique. Ainsi non seulement ce découpage doit être équitable mais de plus, il doit être
régulièrement actualisé pour tenir compte des évolutions démographiques. Pour le Conseil
constitutionnel, « le respect dû au principe de l'égalité de suffrage implique que la délimitation
des circonscriptions électorales pour la désignation des députés fasse l'objet d'une révision
périodique en fonction de l'évolution démographique[...]»320.

Pour le contrôle du principe de liberté, pour atteindre l'objectif de sincérité, il est


indispensable que les électeurs pris dans leur ensemble soient à l'abri de toute pression de l'État
et plus généralement de l'autorité publique. C'est là, bien évidemment, la condition nécessaire
à la libre expression de la volonté du corps électoral. Et cette garantie de liberté passe par la
neutralité et l'objectivité de l'État. Ce dernier, s'il a une mission « naturelle » d'organisation des
élections, n'a pas à intervenir dans la compétition elle-même au profit de tel ou tel candidat ou
de telle ou telle formation politique, cela de manière directe ou indirecte.

La neutralité de l'État passe tout d'abord par la neutralité et l'objectivité respectées dans
l'organisation des élections. En effet, s'il appartient bien à l'État d'édicter les actes préparatoires
aux élections, il est absolument indispensable que ceux-ci puissent être contrôlés par le juge.

320
Décision n°86-208 DC.

104
En France, si le problème ne se pose pas pour les élections politiques locales, le Conseil d'État,
juge « naturel » de la légalité des actes administratifs étant aussi, en la matière juge de l'élection,
il s'est posé de manière aiguë pour les élections politiques nationales depuis 1958. Pour celles-
ci, en effet, le juge électoral étant le Conseil constitutionnel, s'est très vite posé un problème de
concurrence avec la Haute juridiction administrative321 pour savoir quel juge était compétent
pour statuer avant le scrutin sur la légalité de ces actes322. Après une « dispute » des juges de
20 ans, et face à la carence du législateur, le « dialogue » constructif établi entre les deux
juridictions a permis de trouver une solution empirique mais finalement satisfaisante à ce
problème323.

En ce qui concerne le contrôle du juge de l’élection sur le rapport qui existe entre la sincérité
du scrutin et l’électeur, son contrôle portera sur le caractère secret du vote d’une part, et la clarté
du choix de l’électeur, d’autre part.

À titre individuel, l'électeur doit pouvoir exprimer son choix en toute liberté, à l'abri de toute
pression. Mais à partir du moment où ces pressions sont exercées sur les individus, elles sont
très difficiles à déceler. En réalité, l'important ici, est qu'au bout du compte, l'électeur effectue
son vote en toute conscience et en suivant sa seule volonté.

La seule garantie de cette exigence est donc le caractère secret du vote qui permet d'en
assurer la liberté.

En vérité ce principe, trop souvent négligé, parce que sans doute considéré à tort comme
accessoire ou secondaire, est pourtant de toute première importance. S'appliquant « en bout de
chaîne », au moment décisif, c'est finalement sur lui que repose « in extremis » le respect de la
sincérité du scrutin. Ce n'est donc pas un hasard si la consécration de ce principe est considérée
comme une conquête de la démocratie. Ainsi le vote public, présenté malheureusement encore
par certains comme démocratique, est pourtant réservé aux situations révolutionnaires ou aux
régimes totalitaires. Il n'est, en aucun cas, compatible avec l'État de droit.

321
Cf. Déc. Cons constitutionnel du 11 juin 1981, François Delmas, Rec. 97 ; RJC, p. V-2.
322
La thèse de Sophie Lamouroux : Le contentieux des actes périphériques en matière électorale (Aix-en-Provence,
2000)
323
Voir la batterie contentieuse de septembre 2000 à propos des actes relatifs à l'organisation du référendum sur la
réduction de la durée du mandat présidentiel et notamment : Jean-Éric Schoettl, « Le contentieux des actes
préparatoires à un référendum : suite et fin ? », Les Petites Affiches, 2000 (183),13 sept. 2000, p. 15 ; R.
Ghévontian, « Conseil constitutionnel -Conseil d'État : le dialogue des juges », RFD adm. 2000 (5), pp.1004-1013.

105
En vérité, le secret du vote qui, comme on le voit, est non seulement un droit de l'électeur
mais aussi et peut être surtout une obligation qui s'impose à lui et à laquelle il ne peut pas
déroger, semble depuis quelque temps négligé, toutes les formalités qu'il impose (isoloir,
enveloppes, bulletins...) semblant trop lourdes et inutiles.

Par ailleurs, la sincérité du scrutin ne peut être attestée que si l'on peut connaître clairement
le choix et donc la volonté de l'électeur.

En outre, cette volonté et ce choix ne doivent pas être faussés par la fraude. En effet, la
connaissance claire du choix de l'électeur se retrouve à travers la notion de suffrages exprimés,
suffrages qui sont seuls pris en compte pour le calcul du résultat. A contrario, sont exclus de ce
décompte les bulletins nuls324.

En somme, le juge de l’élection dispose d'une prérogative étendue de contrôle de la sincérité


du scrutin en procédant à la bonne exécution des grands principes de la sincérité du scrutin à
savoir l’égalité, la liberté et secret. Mais également le juge de l’élection devra veiller au contrôle
strict de la sincérité du scrutin en vérifiant les procédés mises en œuvre par les candidats pour
atteindre le corps électoral.

B. Le contrôle du juge de l’élection des procédés mises en œuvre pour


atteindre le corps électoral.
Le contrôle de la sincérité de l'opération peut exiger du juge électoral un examen des
procédés mises en œuvre pour atteindre le corps électoral.

La propagande électorale325 doit pouvoir se faire en pleine liberté ; le régime démocratique


demande la manifestation libre de toutes les opinions ; mais, le droit de vote doit, lui aussi, être

324
Article 66 et 83 du code électoral français et sénégalais dispose qu’il s'agit de « ceux ne contenant pas une
désignation suffisante ou dans lesquels les électeurs se sont fait connaître ». La diversité de ces bulletins est bien
connue (bulletins raturés, pliés, signés, déchirés, contenant des indications manuscrites, enveloppes vides ou
encore bulletins multiples de plusieurs candidats...) et ne pose guère de problème au juge électoral.
325
Article 61 du code électoral sénégalais dispose que « Durant les trente jours précédant l’ouverture officielle de
la campagne électorale, est interdite toute propagande déguisée ayant pour support les médias nationaux publics
et privés.
Sont considérés au sens de la présente loi comme actes de propagande électorale déguisée, toute manifestation ou
déclaration publique de soutien à un candidat ou à un parti politique ou coalition de partis politiques, faite
directement ou indirectement par toute personne ou association ou groupement de personnes quelle qu’en soit la
qualité, nature ou caractère. Sont assimilées à des propagandes ou campagnes déguisées, les visites et tournées à
caractère économique, social ou autrement qualifiées, effectuées par toutes autorités de l’Etat sur le territoire
national et qui donnent lieu à de telles manifestations ou déclarations.
L’organe chargé de la régulation des médias est chargée de veiller à l’application stricte de cette interdiction.

106
libre : l'électeur averti par une campagne électorale honnête doit pouvoir choisir le candidat
qu'il préfère sans autre élément que sa conscience. Or, les candidats peuvent avoir recours à des
procédés de corruption, qui modifient d'une manière irrégulière et répréhensible l'opinion du
corps électoral. Dans quelle mesure le juge doit-il tenir compte de ces manœuvres ? Le seul
énoncé de cette question prouve encore que la décision du juge électoral dépend de son
appréciation ; nous en serons réduits à indiquer le sens général de la jurisprudence sans pouvoir
apporter un critère permettant de résoudre les problèmes que soulèvent les manœuvres de
corruption.

Trois éléments semblent être retenus par la jurisprudence : Le fait incriminé doit intéresser
directement l'électeur ; il doit avoir été accompli en vue de l'élection ; il doit avoir une influence
sur le résultat du scrutin. Si l'un de ces éléments fait défaut, le juge rejettera le grief.

Le fait de corruption pour être considéré comme tel doit intéresser directement l'électeur. Il
faut qu'il s'adresse personnellement à l'électeur. Ainsi ne seront pas considérées comme faits de
corruption les promesses faites par un candidat de tenter d'obtenir pour la commune ou pour un
hameau, la création d'un poste d'instituteur, ou d'un bureau de tabac326.

Par contre, les distributions des promesses de biens en argent ou en nature seront
considérées comme faits de corruption. Il pourra s'agir de secours administratifs : la manœuvre
apparaîtra dans l'emploi rapide de crédits de secours votés pour l'année entière327, dans la

En cas de contravention à cette interdiction, l’organe chargé de la régulation des médias doit proposer des formes
appropriées de réparations au bénéfice de tout candidat, de tout parti politique ou coalition de partis politiques
lésés. Ces derniers peuvent saisir directement l’organe de régulation des médias d’une plainte en cas de
contravention à cette interdiction.
Pendant la campagne électorale, sont interdites :
1° l’utilisation à des fins de propagande électorale de tout procédé de publicité commerciale par la voie de la
presse, de l’audiovisuel ;
2° l’utilisation des biens ou moyens publics aux fins de cette campagne sous peine de sanctions pénales prévues
par le présent Code. En cas de rupture de l’égalité entre les candidats du fait de l’utilisation des moyens publics,
la Cour d’Appel est tenue de délibérer dans les quarante-huit heures suivant la saisine.
Cette interdiction ne fait pas obstacle à l’exercice normal des fonctions administratives, gouvernementales et
parlementaires.
Les médias publics ou privés de l’audiovisuel, de la presse écrite ou utilisant tout autre support qui traitent de la
campagne sont tenus au respect rigoureux des règles d’équité et d’équilibre dans le traitement des activités des
candidats ou listes de candidats pendant la campagne électorale ».
326
CE, 3 avril 1908, El de Dommartin-sur-Yèvre, Rec. p. 348.
327
CE, 6 décembre 1912, El de Saint-Michel de Liotes, Rec. p. 1164.

107
distribution de secours pendant la période électorale328, dans l'augmentation des allocations aux
vieillards assistés329, dans les indications données par avance par le candidat élu sur la
répartition des secours pour les comités agricoles330.

Il pourra s'agir également de distribution de biens privés, soit sous forme de dons en
argent331, soit sous forme de distribution332 de vivres et de boissons, soit sous forme de
promesses d'aliénation333 au profit de la commune d'un champ, d'une source. Dans ce dernier
cas, il est vrai, l'électeur ne paraît pas être directement intéressé puisqu'il s'agit d'aliénation au
profit de la commune ; mais en réalité, la commune est ici personne interposée, dès lors que la
jouissance de ces biens reviendra aux électeurs. Ainsi l'intérêt direct de l'électeur est-il le
premier élément que retient la jurisprudence. Mais l'acte incriminé ne sera considéré comme
fait de corruption que s'il est établi qu'il a été fait en vue de l'élection334. Deux idées servent au
juge électoral pour discerner le but du fait allégué : le temps et caractère de la prestation. Si, en
effet, l'acte a eu lieu en une période éloignée des élections, le juge rejettera le grief ; ainsi a-t-il
été décidé qu’une offre de concours faite antérieurement ne pouvait pas constituer une
manœuvre, par le seul fait qu'elle était renouvelée au moment des élections335; de même n'a pas
été considéré comme un acte de corruption le fait d'avoir accordé une permission de chasse à
certains habitants de la commune à une époque où il n'était pas question d'élection 336 ; un
banquet offert quatre mois avant les élections337, des distributions de secours faites trois mois
avant les élections338 ne sont pas des manœuvres électorales.

Le juge retient également un autre élément, celui du caractère de la prestation. Si


l'instruction révèle, en effet, qu'il ne s'agit que de la rémunération de services rendus, le juge
n'admettra pas le grief ; ainsi en est-il de la rémunération accordée aux distributeurs de
bulletins339. Mais le juge conserve toujours son plein pouvoir d'appréciation; ainsi si le nombre
des distributeurs de bulletins lui paraît exagéré, il pourra y voir une manœuvre et considérer

328
CE, 17 avril 1905, El de Assier, Rec. p. 403.
329
CE, 24 février 1909, El de Romainville, Rec. p. 199.
330
CE, 4 décembre 1907, El de Chandieu, Rec. p. 892.
331
CE, 1er août 1908, El de Piedicorte, dit Gaggio Rec. p. 849.
332
CE, 28 mars 1923, El de Fenetrange, Rec. p. 323.
333
CE, 6 janvier 1908, El de Vaucluse, Rec. p. 9.
334
CE, 14 février 1908, El de Montereau, Rec. p. 152.
335
CE, 22 mai 1914, El de Bellerive-sur-Allier, Rec. p. 633
336
CE, 31 juillet 1905, El de Reyest du Bion, Bec. p. 720.
337
CE, 18 avril 1905, EL de tournes, Rec. p. 409.
338
CE, 2 juillet 1909, El de Salvetat, Rec. p. 646.
339
CE, 31 janvier 1914, El de Fournes. Rec. p. 137.
108
leur rémunération comme des actes de corruption340. Mais l'opinion du juge dépendra toujours
en définitive de l'influence que les actes allégués paraissent avoir eue sur le scrutin.
Le juge pourra se borner à l'examen du grief en lui-même ; le fait allégué peut lui paraître
de minime importance : ainsi en sera-t-il notamment des distributions de boisson le jour de
l'élection341. Mais le plus souvent, il remplace le grief dans l'ensemble de l'opération. Il tiendra
compte notamment du nombre de faits allégués ; alors, en effet, qu'un fait isolé peut être négligé
(distribution de boisson notamment), le grand nombre des participants peut rendre le grief
admissible342. Il est à noter d'ailleurs que lorsque les faits sont considérés comme ayant porté
atteinte à la sincérité du scrutin, ils entraînent l'annulation des opérations, alors même que les
deux candidats adversaires se seraient rendus coupables du même fait 343. Il est vrai que sur ce
point la jurisprudence hésite344. Mais le caractère absolu de la nullité entachant l'opération
viciée par des manœuvres de corruption milite en faveur de l'annulation.
En vérité, le juge de l'élection a donc les pouvoirs les plus étendus pour contrôler la
régularité et la sincérité de l'opération électorale. L'examen de la jurisprudence auquel nous
nous sommes livrés ne nous a pas révélé l'existence de critères auxquels le juge pourrait se
référer pour résoudre les litiges qui lui sont soumis ; nous avons pu discerner le sens des
décisions, indiquer les directives de la jurisprudence : cela n'a eu d'autre but que de prouver les
pleins pouvoirs d'appréciation du juge de l'élection. Pour reprendre une comparaison qui nous
paraît caractériser le rôle du juge électoral : l'élection est une lutte dont le juge est l'arbitre. Il
est logique que son opinion fondée sur des faits, soit aussi libre que possible et obéisse parfois
à la seule impression que suggère l'instruction de l'affaire.

340
CE, 20 mars 1914, El d’Hazebrouck, Rec. p. 377.
341
CE, 19 février 1908, El de Barbazan, Rec. p. 167.
342
CE, 31 juillet 1914, El de Taulé, Rec. p. 972.
343
CE, 24 décembre 1920, El d'Ardres, Rec. p. 1138.
344
CE, 29 février 1924, El de Pau Fast, Rec. p. 262.
109
CONCLUSION

« La juridicisation de la vie politique, corollaire de sa pacification, est une


manifestation de la saisie de la politique par le droit. Le rôle du juge consiste, à cet effet, à
statuer sur des contestations ou différends politiques qui peuvent survenir avant ou après une
élection »345. Cette thèse de l’auteur témoigne tout l’intérêt que l’on doit accorder aux pouvoirs
du juge dans le contentieux des élections, du fait que l’encadrement de la démocratie par le
droit apparaît de nos jours comme des fonctions les plus importantes du juge.

Dans l’étude qui ressort du juge et le contentieux des élections, il s’avère que le juge
électoral bénéficie des prérogatives multiformes : des pouvoirs réels et des pouvoirs extensifs.
Ces deux pouvoirs dont dispose le juge dans le contentieux des élections lui permettront de
jouer pleinement sa fonction en tant qu’acteur clé dans le processus électoral.

Les pouvoirs réels du juge électoral s’analysent sous deux angles : les pouvoirs
classiques du juge électoral et les pouvoirs modernes du juge électoral.

Pour ce qui concerne les pouvoirs classiques du juge électoral, il faut distinguer ce qui
relève du droit commun et ceux qui sont spéciaux au juge électoral. Le pouvoir d’annulation du
scrutin, de reformation du scrutin sont classés dans le droit commun tant disque le pouvoir de
déclaration de l’inéligibilité d’un candidat et le pouvoir de proclamation des résultats du scrutin
sont affiliés dans les pouvoirs spéciaux du juge électoral.

En ce qui concerne les pouvoirs modernes du juge électoral, il dispose d’un pouvoir
d’injonction et d’un pouvoir de substitution.

Les pouvoirs extensifs du juge électoral s’exercent sur deux niveaux différents : étendu
de pouvoir de contrôle du juge sur les décisions relatives au corps électoral et étendu de pouvoir
de contrôle du juge sur l’opération électorale proprement dite.

En amont, le pouvoir de contrôle du juge électoral sur les décisions relatives au corps
électoral s’étend sur la composition du corps électoral notamment la confection de la liste
électorale et sur la reconnaissance du droit de vote mais également sur la convocation du corps

345
L. FAVOREU, La politique saisie par le droit : alternances, cohabitation et Conseil constitutionnel, Paris,
Economica, 1998.

110
du corps électoral dont le contrôle de l’opération de sectionnement électoral et le contrôle de la
convocation électorale proprement dite.

En aval, le pouvoir de contrôle du juge électoral sur l’opération électorale elle-même


s’étudie d’une part, sur le contrôle de la régularité de l’opération électorale notamment sur le
cadre normatif et opérationnel du scrutin et d’autre part, sur le contrôle de la sincérité du scrutin
dont le contrôle des grands principes de sincérité du scrutin et le contrôle des procédés mises
en œuvres pour atteindre le corps électoral.

Au regard de tous ces pouvoirs dont dispose le juge électoral dans le contentieux des
élections, cela témoigne toute la pertinence de l’existence d’un contentieux électoral dans un
état de droit. En effet, le contentieux électoral est le baromètre de la démocratie électorale. Il
permet par le contrôle des élections de prendre la mesure de la régularité des élections. Avec
comme « unité de mesure » la démocratie en ses éléments fondamentaux que sont la liberté et
l’égalité, le contentieux participe à l’édification d’un État de droit. Ce rôle majeur serait
dépourvu d’intérêt et de pragmatisme si le contentieux électoral ne reposait sur aucune
procédure »346.

C’est en cela que l’organisation du contentieux tant en ce qui concerne l’organe en


charge que la procédure de règlement des litiges, loin d’alourdir le contentieux, le renforce en
le faisant reposer sur des principes constitutionnels, législatifs et réglementaires qui constituent
le droit électoral.

Cependant, s’il est nécessaire que le contentieux électoral repose sur le droit électoral
pour qu’il soit présumé démocratique, force est de reconnaître que cette présomption n’est pas
irréfragable. En effet, rien ne sert de proclamer des principes si ceux-ci ne sont pas appliqués.
Or, c’est dans la mise en œuvre du contentieux électoral que certains Etats et particulièrement
les Etats d’Afrique noire francophone pêchent. Ce péché, s’il peut s’expliquer par l’incohérence
et l’incomplétude des textes qui sont pour la plupart importés, demeure particulièrement fondé
sur la dépendance et la partialité du contentieux électoral qui reste un outil de manipulation aux
mains des hommes politiques. Par conséquent, pour éviter ces manipulations politiques notoires
et flagrantes, il est déterminant que le juge électoral soit au centre du processus électoral pour

346
En droit, une procédure est soit l'ensemble des formalités nécessaire à la validité d'un acte soit l'ensemble des
démarches à suivre pour mener à bien une action en justice. La procédure est aujourd’hui dans le cadre du droit
processuel qui est envisagé comme le droit comparé de l’ensemble des procédures. Voir : CIAUDO (A.), « La
maîtrise du temps en droit processuel », Jurisdoctoria, n° 3, 2009, p.21.

111
combler les limites qui jaillissent le contentieux des élections. A cet effet, convaincu qu’il serait
superflu de proposer des solutions en vue du renforcement de l’indépendance et de l’impartialité
de l’institution tant en ce qui concerne l’organe en charge que la conduite du contentieux, notre
approche de solutions se résume en deux points. Cette approche se fonde sur la considération
qu'il y a trois justifications essentielles de l’existence d’une juridiction électorale : « apaisement
des conflits politiques, facilitation et authentification des alternances et des changements de
majorité, protection des minorités contre les abus des majorités, adaptation progressive de la
constitution aux changements électoraux »347.

D’abord il y a une nécessité pour le juge constitutionnel électoral d’œuvrer pour un


renforcement de la législation électorale. Cette proposition repose sur deux constats : d’une
part, il est difficile à l’autorité auteure d’un texte de mesurer son applicabilité. Seul le juge
électoral est susceptible de déceler à travers le règlement des litiges qui lui sont soumis, les
travers des textes constitutionnels, législatifs et réglementaires pris en matière électorale.

D’autre part, les autorités auteures du droit électoral en Afrique noire francophone font souvent
preuve d’une mauvaise foi en adoptant des textes qui les assurent de remporter la compétition
électorale. Selon le doyen Hauriou, « on se doit de tenir compte de la nécessité de contrôler les
Parlements parce que leur législation, mue par les passions électorales, est devenue une
dangereuse menace pour l'avenir »348. Ainsi, rencontre-t-on dans les textes des « bizarreries »
dont le but est de servir les ambitions de leurs auteurs.

En définitive, le droit électoral n’assure pas souvent l’égalité et la liberté des candidats
à la compétition électorale. Il revient donc au juge électoral, en sa qualité d’arbitre du jeu
politique349, d’œuvrer à l’amélioration de la législation dans le sens d’une plus grande égalité.

Mais dans cette optique, une œuvre jurisprudentielle quelque courageuse qu’elle soit
demeure insuffisante si elle n’aboutit pas à un perfectionnement des textes. C’est dans ce sens
que les Cours, Conseils ou Tribunaux constitutionnels chargés du contentieux électoral feraient
œuvre bonne en établissant après la clôture du scrutin des rapports présentant leurs
recommandations. Ces rapports faisant le diagnostic du processus électoral comportent des

347
FAVOREU (L.), « Brèves réflexions sur la justice constitutionnelle en Afrique », in Conac Gérard (dir.), LES
Cours suprêmes en Afrique, T. II, La jurisprudence, Paris, Economica, 1989, p.43.
348
HAURIOU (M.), Précis de droit constitutionnel, Paris, Recueil Sirey, 2e éd., 1929, (rééditions du CNRS),
1965, p.636.
349
MEUNIER (J.), « Les décisions du Conseil constitutionnel et le jeu politique », Pouvoirs, n°105, 2003, pp.29

112
propositions d’amélioration de la législation électorale. La publication de ces rapports dans leur
exhaustivité au Journal officiel, sur les médias ainsi que leur envoi aux autorités et aux partis
politiques leur conférerait une autorité et une certaine force exécutoire. Cette solution s’inscrit
dans la mission générale de surveillance du scrutin assignée aux Cours350.

Ensuite, il est incontestable qu’au-delà de la garantie de la démocratie, le contentieux


électoral vise à établir la paix. Ce but ultime ne peut être atteint si les protagonistes à l’élection
ne sont pas satisfaits de la résolution du litige et des solutions proposées par le juge. Ainsi, dans
la perspective d’un apaisement des tensions électorales, les cours gagneraient à introduire dans
le contentieux électoral, les modes alternatifs de conflits351 qui constituent aujourd’hui un
ensemble de dispositifs et de pratiques qui, des fois, se distinguent des procédures judiciaires
classiques et les complètent. Ces modes comptent de la diversité des « voies nouvelles d’une
autre justice »352.

Le mode le plus approprié dans le cas du contentieux électoral est la médiation l’on
accorde du crédit au proverbe africain selon lequel « il n’y a pas deux hommes qui s’entendent
pas, il y a seulement deux hommes qui n’ont pas discuté », l’on serait tenté de dire que les
africains sont plus enclins à la négociation qu’au jugement diabolise les uns et sanctifie les
autres. D’ailleurs, le procédé de l’arbre à palabre Afrique en est la preuve.

Les avantages liés à l’appropriation de la médiation par le juge électoral sont multiples
: d’abord, la place de l'oralité dans la médiation est essentielle. De nombreux conflits électoraux
nécessitent effectivement qu'un espace de parole soit laissé aux parties ; la médiation permet
d'aménager la communication entre les individus, avec l'aide du ou des médiateurs. Ensuite, la

350
Certaines Cours béninoise, gabonaise, malgache, malienne et tchadienne font, jusqu’à maintenant, part de leurs
observations. La Cour constitutionnelle du Mali a exposé les raisons qui l’ont poussée à s’exprimer dans ses
observations et recommandations sur les élections générales de 2002: « La Cour constitutionnelle après avoir
accompli sa mission constitutionnelle relative à l’élection du président de la République et des députés à
l’Assemblée nationale, bien qu’aucun texte ni constitutionnel, ni législatif ne le lui prescrive, a cru devoir produire
un rapport général sur les élections politiques de 2002. Ce rapport […] évoque certaines des difficultés que posent
ou peuvent poser les dispositions de la Constitution et des lois de la République en matière d’élections du président
de la République et des députés à l’Assemblée nationale. Évoquer les contraintes liées à l’application de nos textes
fondamentaux en matière électorale permettra, certainement, aux décideurs d’analyser lesdites
contraintes afin de les juguler ».
351
On considère généralement que l’expression « modes alternatifs de règlement des différends » recouvre tout
mécanisme permettant de trouver des solutions acceptables par des parties en différends en dehors des procédures
judiciaires traditionnelles (d’où le terme « alternatif »). Ils ne se substituent pas à celles-ci mais doivent permettre
de « vider les conflits » de leur substance à la satisfaction des parties.
352
CHEVALIER (P.), DESDEVISES (Y.), MILBURN (P.), Les modes alternatifs de règlement des litiges : les
voies nouvelles d'une autre justice, Perspectives sur la justice, Mission de recherche Droit et Justice, 2003, p.288.

113
médiation laisse également une grande place à l'équité, grâce à laquelle les parties concourent
à l'élaboration de la règle utilisée dans le règlement de leur conflit. L'accord des deux parties,
même s'il demeure oral, est caractérisé par une plus grande efficience.

Enfin, il a été souligné par les professions judiciaires que le procès est toujours un mal,
et que les modes alternatifs de règlement des litiges notamment la médiation, en contribuant à
la pacification sociale, sont préférables à la fois du point de vue des parties et de celui du corps
social dans son ensemble. Ainsi, en lieu et place d’une médiation internationale initiée par une
communauté internationale aux intérêts multiformes le juge électoral serait capable avant,
pendant et après les élections en sa qualité d’arbitre de la compétition électorale, d’aplanir les
divergences et les différends entre les parties en recherchant des solutions de compromis.

Ce mode de résolution des conflits devrait susciter un grand intérêt chez les chercheurs
africains car l’affirmation de Montesquieu selon laquelle les mœurs font toujours meilleurs
citoyens que les lois, est toujours d’actualité. D’ailleurs, le précepte populaire est sage qui
préfère l’arrangement au procès353. Les Etats de la SADC semblent l’avoir compris354.

Il s’agit d’un plaidoyer en faveur d’une gestion plus souple mais plus efficace du
contentieux électoral. C’est par ce canal que la juridiction électorale deviendra « une juridiction
au service du droit »355 et que l’on pourra clamer en paraphrasant Dominique Rousseau qu’aux
gouvernants, les organes exécutifs et parlementaires ; aux citoyens, le contentieux électoral.

Par ailleurs, une piste relative à la création d’une juridiction autonome, spécialisée dans
le contentieux électoral mérite d’être explorée.

353
OUMAR SAKHO (P.), « Quelle justice pour la démocratie en Afrique ? », Pouvoirs, 2009/2, n° 129, p.61.
354
Ces pays affirment que : « Les conflits liés aux élections sont l’un des facteurs principaux qui menacent la
démocratie et la stabilité politique dans la SADC. Historiquement, les institutions judiciaires conventionnelles
telles que les tribunaux, et plus particulièrement les tribunaux électoraux, ont traité les conflits et les contestations
liés aux élections. Des processus alternatifs de gestion et de résolution des conflits, tels que la médiation, l’arbitrage
et la conciliation, sont potentiellement une autre façon plus accessible, moins coûteuse et plus rapide par laquelle
les différends électoraux peuvent être traités ». Seuls quelques pays sont parvenus à instituer ces processus au
niveau de la SADC. Source : Principes de Gestion, de Surveillance et d’Observation des Élections dans les Pays
de la SADC tels qu’adoptés le 06 Novembre 2003, Traduit du texte original paru en anglais sous le titre de
‘Principales for Election Management, Monitoring and Observation in the SADC Région’(PEMMO), Publié par
l’Institut Électoral d’Afrique Australe (EISA), Auckland Park Johannesburg, Afrique du Sud, 2006, p.14.
355
FAVOREU (L.), La politique saisie par le droit. Alternances, cohabitation et conseil constitutionnel, Paris,
Economica, 1988, p. 7.

114
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6 À 14/E/17)

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SÉANCE DU 20 janvier 2019

Conseil constitutionnel du Sénégal, décision n°2/E/2024 du 20 janvier 2024

Conseil constitutionnel du Sénégal, décision n°1/C/2024 du 15 Février 2024.

Conseil constitutionnel du Sénégal, décision n°5/E/2024 du 06 mars 2024

Conseil constitutionnel du Sénégal, décision n°2/C/2024 du 10 juillet 2024.

Conseil constitutionnel du Sénégal, décision n°8/E/2024 du 25 septembre 2024

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Conseil d'Etat 27 juillet 1909, El. de Mila de Tallans, Rec. p. 274.

Conseil d'Etat 16 décembre 1910, El. d'Amiens, Rec. p. 978.

Conseil d'Etat. 28 janvier 1910 El.de Riventoea, Rec. p. 77;

127
Conseil d'Etat 24 juin 1912, Couillaud, Rec. p. 728.

Conseil d'Etat, 22 novembre 1912, E1. d'Espeyrac. Rec. p. 396.

Conseil d'Etat 31 janvier 1913, El. de Linguizzetta, Rec. p. 150.

Conseil d'Etat 28 février 1913, El. de Saint-Nauphary, Rec. p.196

Conseil d'Etat 17 juin 1913, El. de Nîmes, Rec. p. 781.

Conseil d'Etat 31 janvier 1914, El. de Fournes, Rec. p. 137.

Conseil d'Etat 6 avril 1914, El. de Saint-Laurent Montcuq, Rec. p. 494.

Conseil d'Etat 22 mai 1914, El. de Bellerive-sur-Allier, Rec. p. 633

Conseil d'Etat 31 juillet 1914, El. de Taulé, Rec. p. 972.

Conseil d'Etat 31 juillet 1914, El. de Lancié, Rec. p. 974.

Conseil d'Etat 24 décembre 1920, El. d'Ardres, Rec. p. 1138.

Conseil d'Etal 28 janvier 1921. El. de Fontaine Heudebourg, Rec. p. 110.

Conseil d'Etat El. de Lille, 24 juin 1921, Rec. fi. 634.

Conseil d'Etat 28 mars 1923, El. de Fenetrange, Rec. p. 323.

Conseil d'Etat 29 février 1924, El. de Pau Fst, Rec. p. 262.

Conseil d'Etat 27 nov. 1925, El. de Faux la Montagne, Bec. p. 952;

Conseil d'Etat 11 juin 1926, El. de Yenaco, Bec. p .506;

Conseil d'Etat 2 juillet 1926, El. de Foyence, Rec. p. 681.

Conseil d'Etat 24 décembre 1926, El. de Puttelange les Sarralbe, Bec. p. 1151.

Conseil d'Etat. 18 janvier 1927, Rec. p. 1479.

Conseil d'Etat 28 janvier 1927, El. de Montussan, Rec, p. 1479

Conseil d'Etat 11 mai 1928, El. de Villefort, Rec. p. 396.

Conseil d'Etat. 30 janvier 1929, El. de Saint-Jean-de Védas, Rec. p. 121.

Conseil d'Etat 10 janvier 1930, 1er espèce, El. de Brétigny, Rec. 36;

128
Conseil d'Etat El. de Terriat, 17 janvier 1930, Bec. p. 68.

Conseil d'Etat 6 février 1931, 1er espèce, El. de Casavecchia .p. 148;

Conseil d'Etat 11 janvier 1934, El de Vezins, n° 32.210

CE, 13 décembre 1989, Élections municipales d’Aulnat, n° 108662

CE, 25 septembre 1995, Elections cantonales de Sainte-Luce, n° 160080

Cour Suprême du Niger, Chambre Constitutionnelle, Arrêt n° 96-06/CH. CONS. Du 16 juillet


1996.

Cour Suprême du Niger, Chambre Constitutionnelle, Arrêt n° 96-08/CH. CONS. Du 27 juillet


1996.

Arrêt N° 0001, Du 27-01-1999, Landing SAVANE, Bakary COLY et AND JEF/PADS c/ Etat
du Sénégal

Arrêt N° 0003, Du 27-01-2000, Boulandi KEBE c/ Etat du Sénégal ;

Arrêt N° 0005, Du 27-01-2000, Louise MBOUP c/ Etat du Sénégal ;

CE Ass., 29 juin 2001, Vassilikiotis, n° 213229

Arrêt n°19 du 17 mars 2016 Ousmane SONKO c/ État du Sénégal

Arrêt n°50 du 30 Août 2018 Yaya NIANG c/ État du Sénégal

Sénégal, Cour suprême, 15 mars 2024, J/106/RG/24

Ordonnance N°01/2023 du 12/10/2023 du tribunal de Ziguinchor Affaire OUSMANE SONKO


contre ETAT DU SENEGAL

ORDONNANCE N°001/GREFFE du 14/12/2023 du tribunal d’instance hors classe de


DAKAR Affaire OUSMANE SONKO contre ETAT DU SENEGAL.

LES TEXTES JURIDIQUES :

A. Les traités ou conventions internationales :

Déclaration Universelle des Droits de l'Homme adoptée le 10 décembre 1948 ;

Pacte international relatif aux droits civils et politiques entrant en vigueur le 23 mars

1976 ;
129
B. Constitutions et Lois

Constitution française du 14 octobre 1958

Constitution béninoise du 11 décembre 1990

Constitution du Gabon du 26 mars 1991.

Constitution du Mali du 27 février 1992.

Constitution du Djibouti du 04 septembre 1992.

Constitution du Togo du 14 octobre 1992.

Constitution du Cameroun du 18 janvier 1996.

Constitution du Tchad du 31 mars 1996.

Constitution de la Côte d’Ivoire du 23 juillet 2000.

Constitutions de l’Union des Comores du 23 décembre 2001

Constitution sénégalaise du 22 janvier 2001

Constitution de la Guinée Conakry du 07 mai 2010.

Constitution du Niger du 25 novembre 2011

Loi du 5 avril 1884 relative à l'organisation municipale

Loi nº 83-1096 du 20 décembre 1983 Journal Officiel du 21 décembre 1983 modifiée par la Loi
organique nº 88-226 du 11 mars 1988 Journal Officiel du 12 mars 1988 modifiée par la Loi
organique nº 90-383 du 10 mai 1990 Journal Officiel du 11 mai 1990 modifiée par la Loi nº 95-
62 du 19 janvier 1995 Journal Officiel du 20 janvier 1995 modifiée par la LOI n° 2011-410 du
14 avril 2011 modifiée par la Loi n°2017-1338 du 15 septembre 2017 modifiée par la LOI n°
2019-1269 du 2 décembre 2019 visant à clarifier diverses dispositions du droit électoral

Loi n° 95-125 du 8 février 1995 relative à l’organisation des juridictions et à la procédure civile,
pénale et administrative.

Loi n° 2001-03 du 22 janvier 2001 portant Constitution du Sénégal modifiée par la loi
référendaire n° 2016-10 du 05 avril 2016 portant révision de la Constitution, J.O.S, n° spécial
n° 6926 du 07 avril 2016, pp. 505 et s ;

130
Loi n°2013-06 du 25 novembre 2013 portant code électoral de la République du Bénin

Loi N°2021-35 du 23 juillet 2021 modifiée par la loi n°2022-15 du 03 mai 2022 et la loi n°2023-
16 du 18 aout 2023 portant code électoral du Sénégal.

Règlement intérieur de l’Assemblée nationale française du 04 juin 2019

C. DÉCRETS :

Décret n° 64-1087 du 27 octobre 1964 portant codification des règlements d'administration


publique et décrets en Conseil d'Etat concernant l'élection des députés, des conseillers généraux,
des conseillers municipaux et des sénateurs de la métropole et des départements d'outre-mer.

Décret n°2024-691 du 06 mars 2024 portant convocation du corps électoral pour l’élection
présidentielle du 24 mars 2024

DICTIONNAIRES :

CADIET (L), Dictionnaire de la Justice, PUF, 2004, 612p.

CORNU (G), Vocabulaire juridique, 9ème éd., Paris, P.U.F., 2011, 1074 p.

CORNU (G), (dir.), Vocabulaire juridique, 11ème édition Paris, PUF, 2016, 435p.

DE VILLIERS (M.), LE DIVELLEC (A.), Dictionnaire du droit constitutionnel, Paris,


Dalloz, 2013, 191 p.

REYNIÉ (D.), Dictionnaire du vote, Paris, PUF, 2001, 251 p

WEBOGRAPHIE :

https://www.persee.fr/doc/aijc_0995-3817_2019_num_34_2018_2679
https://www.venise.coe.int/webforms/documents/default.aspx2.pdffile=CDL-UD(2005)008-f.

www.revuegeneraledudroit.eu/?p=52432

https://www.la-constitution-en-afrique.org/

https://www.courconstitutionnelle-benin.org/doss_decisions/ep11006.pdf.

https://www.cour-constitutionnellebenin.org/doss_decisions/ep96026.pdf.

https://www.lalanguefrancaise.com/dictionnaire/definition/corps-electoral

https://afrilex.u-bordeaux.fr
131
132
TABLES DES MATIÈRES

AVERTISSEMENT i
DÉDICACES ii
REMERCIEMENTS iii
LISTE DES ABREVIATIONS iv
SOMMAIRE v
INTRODUCTION 1
CHAPITRE I : Les pouvoirs réels du juge dans le contentieux des élections 7
Section I : Les pouvoirs classiques du juge dans le contentieux des élections 9
Paragraphe I : Les pouvoirs de droit commun du juge dans le contentieux des élections 10
A. Le pouvoir d’annulation du juge des élections du scrutin 11
B. Le pouvoir de reformation ou de modification du juge des élections 18
Paragraphe II : Les pouvoirs spéciaux du juge dans le contentieux des élections 25
A. Le pouvoir de déclaration de l’inéligibilité d’un candidat 25
B. Le pouvoir de proclamation des résultats du scrutin 34
Section II : Les pouvoirs modernes du juge dans le contentieux des élections 41
Paragraphe I : Le pouvoir d’injonction du juge électoral 42
Paragraphe II : Le pouvoir de substitution du juge électoral 53
Chapitre II : Les pouvoirs extensifs du juge dans le contentieux des élections 62
Section I : Etendue des pouvoirs de contrôle du juge sur les décisions relatives au corps
électoral 62
Paragraphe I : Le pouvoir du juge électoral sur la composition du corps électoral 63
A. Pouvoirs du juge de l'élection relatifs à la confection de la liste électorale. 67
B. Pouvoirs du juge de l'élection sur la reconnaissance du droit de vote 69
Paragraphe II : Le pouvoir du juge électoral sur la convocation du corps électoral 73
A. Le pouvoir du juge électoral dans l’opération de sectionnement électoral 74
B. Le pouvoir du juge électoral dans la convocation du corps électoral proprement dite
77
Section II : Etendue des pouvoirs du juge électoral sur l’opération électorale proprement dite
80
Paragraphe I : Le contrôle de régularité de l’opération électorale par le juge de l’élection 81
A. La régularité du cadre normatif du scrutin par le juge électoral 82
B. La régularité du cadre opérationnel du scrutin par le juge électoral 90
Paragraphe II : Le contrôle de sincérité de l’opération électorale par le juge de l’élection 96

133
A. Le contrôle du juge électoral portant sur les grands principes de la sincérité du
scrutin 99
B. Le contrôle du juge de l’élection des procédés mises en 106
CONCLUSION 107
BIBLIOGRAPHIE 112
TABLES DES MATIÈRES 129

134

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