CHAPITRE I LES SAISIES MOBILIERES
Nous avons les saisies conservatoires (SECTION 1), la saisie-vente (SECTION 2) et la saisie-
attribution (SECTION 3).
SECTION 1 LES SAISIES CONSERVATOIRES
- Dans la saisie conservatoire, il y a le juge, le créancier le débiteur, l’huissier ou l’agent
d’exécution
- Coopération entre le débiteur et l’huissier : lui indiquer les biens qui ont fait l’objet d’une
saisie antérieure
- Le débiteur peut assister aux opérations de saisie ou pas
- La saisie peut se faire auprès d’un tiers
- Dans la saisie conservatoire des créances, il y a trois personnes : le créancier, le débiteur et le
débiteur du débiteur. C’est le cas de la saisie conservatoire des valeurs mobilières
Le législateur OHADA a prévu des règles générales applicables à toutes les saisies
conservatoires. Les dispositions y relatives concernent les conditions, les effets, le contenu de
la décision autorisant la saisie-conservatoire, et enfin la neutralisation de la saisie-
conservatoire.
Les conditions de la saisie-conservatoire générale sont relatives à la créance qui doit paraître
fondée en son principe et dont le recouvrement est menacé. Ainsi, le créancier n’a même pas
besoin que sa créance soit certaine, liquide et exigible. Mais il doit démontrer que ses intérêts
sont menacés et que tout retard serait susceptible de lui causer un grave préjudice1.
Ici, le créancier n’a certes pas besoin de commandement préalable, mais plutôt d’une
autorisation judiciaire sauf si le créancier se prévaut d’un titre exécutoire ou s’il établit un
défaut de paiement d’une lettre de change acceptée, d’un billet à ordre, d’un chèque ou d’un
loyer impayé après commandement de payer. Il doit s’agir d’un contrat de bail d’immeuble
écrit et ce, quel que soit l’usage qu’on en fait (habitation ou professionnel).
La saisie conservatoire rend indisponibles les biens corporels ou incorporels du débiteur. De
même, la décision autorisant la saisie conservatoire doit préciser le montant des sommes dues
ainsi que la nature des biens objet de la saisie. La sanction du non-respect de ce contenu, c’est
la nullité de la décision autorisant la saisie conservatoire. Elle peut même devenir caduque si
dans les trois mois après autorisation judiciaire de la saisie, celle-ci n’a pas été pratiquée. Dans
un délai d’un mois après avoir pratiqué la saisie conservatoire, le créancier doit chercher à
obtenir un titre exécutoire, à peine de caducité, sauf si la saisie conservatoire a été faite cet
instrumentum.
1
Y.NDIAYE, Les voies d’exécution, Titre V, in Encyclopédie juridique de l’Afrique, les nouvelles
éditions africaines, 1982, p.251.
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La saisie conservatoire peut être neutralisée par le biais de sa mainlevée. La demande bien sûr
émane du débiteur et des conditions sont requises notamment lorsque le créancier ne parvient
pas à prouver que sa créance paraît fondée ou que son recouvrement est menacé entre autres.
En tout état de cause, il se pose le problème du juge compétent pour accorder mainlevée. En
principe, c’est le juge qui a autorisé la mesure conservatoire ; mais dans l’hypothèse où la saisie
conservatoire est pratiquée sans autorisation, le juge compétent est celui du domicile du
défendeur.
Le législateur OHADA distingue les saisies conservatoires portant sur les biens meubles
corporels (PARAGRAPHE 1) et les saisies conservatoires afférentes aux biens meubles
incorporels (PARAGRAPHE 2). Cette distinction s’infère de l’article 54 AUPSRVE.
PARAGRAPHE 1 LES SAISIES CONSERVATOIRES DE BIENS CORPORELS
Il s’agit des saisies de droit commun (A), de la saisie foraine (B), de la saisie-revendication (C) et
de la saisie conservatoire du bétail (D).
A/ LA SAISIE CONSERVATOIRE DE DROIT COMMUN
Elle est prévue aux articles 64 à 72 AUPSRVE. D’entrée de jeu, le législateur OHADA met en
confrontation le débiteur et l’huissier ou l’autorité chargée d’exécution. Ces derniers doivent
dresser procès-verbal de saisie après avoir rappelé au débiteur qu’il est tenu de lui indiquer les
biens ayant déjà été saisis et de lui en communiquer le procès-verbal.
Ce procès-verbal de l’huissier ou de l’agent d’exécution est soumis à peine de nullité à un
formalisme.
Le débiteur peut assister aux opérations de saisie ou ne pas le faire.
Dans le premier cas2, l’huissier ou l’agent d’exécution lui rappelle que les biens saisis sont
indisponibles, qu’ils sont placés sous sa garde ou celle d’un tiers désigné d’un commun accord
des parties ou à défaut par le juge statuant sur requête et à bref délai, que les biens ne peuvent
ni être aliénés, ni déplacés sauf cause légitime, sous peine de sanctions pénales, que le débiteur
doit faire connaître la présente saisie à tout créancier qui pratiquerait une nouvelle saisie des
mêmes biens.
Quant au point 7, le rappel porte sur le droit du débiteur à demander la mainlevée de la saisie
si les conditions de validité de celle-ci ne sont pas réunies.
2
. Les points qui retiennent le plus notre attention sont les points 6 et 7. Voir l’explication du 6 e point à l’article
65 AUPSRVE
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Toujours dans la même hypothèse, l’huissier ou l’autorité chargée d’exécution remet au
débiteur présent un PV de saisie qui vaut signification. De même, les articles 99 (réitération de
la demande de paiement) et 103 (le débiteur peut continuer à user des biens rendus
indisponibles sauf s’il s’agit de biens consomptibles) AUPSRVE s’appliquent
Si le débiteur n’est pas présent aux opérations de saisie, une copie du procès-verbal de saisie
lui est signifiée lui intimant l’ordre dans les huit jours de faire connaître à l’huissier ou à
l’autorité chargée de l’exécution l’existence d’une éventuelle saisie antérieure et qu’il lui en
communique le procès-verbal.
Le créancier peut convertir la saisie conservatoire en saisie-vente. C’est dire qu’il n’y a pas de
cloison étanche entre les différentes saisies. Mais pour cela, il faut qu’il soit muni d’un titre
exécutoire. Cette affirmation peut être corroborée par le fait que les articles 99 et 103
applicables dans la saisie-vente puissent être invoqués dans la saisie conservatoire. Ainsi, le
législateur OHADA a voulu donner une chance au débiteur présent aux opérations de saisie
conservatoire de droit commun en ne la rendant pas automatique. C’est pourquoi, l’huissier ou
l’autorité chargée de l’exécution réitère verbalement la demande de paiement au débiteur et
l’informe qu’il doit lui révéler ses biens qui ont déjà été saisis.
Quant à l’article 103, il permet au débiteur de toujours continuer à user des biens rendus
indisponibles par la saisie sauf s’il s’agit de biens consomptibles. Mais, le juge peut demander
à ce que les biens soient remis à un séquestre (non seulement le juge doit être saisi par
assignation, mais il doit entendre les parties ou les appeler dûment). Cette décision peut
intervenir à tout moment et même avant le début des opérations de saisie. Si parmi les biens
saisis se trouve un VTM, le juge peut ordonner son immobilisation jusqu’à son enlèvement en
vue de la vente par tout moyen n’entraînant aucune détérioration du véhicule.
Dans le même sillage, les articles 107 à 110 relatifs à la saisie-vente sont applicables à la saisie
conservatoire de droit commun. Il s’agit d’une saisie-vente effectuée auprès d’un tiers.
L’autorité chargée de l’exécution ou l’huissier invite le tiers à lui montrer les différents biens
qu’il détient pour le compte du débiteur et ceux qui ont déjà été saisis. Plusieurs attitudes du
tiers peuvent être relevées :
- Un refus de déclaration ou une déclaration inexacte ou mensongère (dans ce cas, le
tiers peut être condamné au paiement des dommages et intérêts et des causes de la
saisie)
- Le tiers déclare ne détenir aucun bien du débiteur ou refuse de répondre (l’huissier
dresse un acte remis ou signifié au tiers avec la mention des sanctions sus-évoquées)
- Le tiers déclare détenir des biens pour le compte du débiteur (l’huissier ou l’autorité
chargée de l’exécution dresse un inventaire des biens détenus. Le contenu de cet
inventaire est visé à l’article 109 AUPSRVE)
Si les tiers est présent aux opérations de saisie, l’huissier ou l’autorité chargée de l’exécution
lui rappelle le contenu des 5), 7 et 8) de l’article 109. Mention de cette déclaration est faite
dans le PV dont une copie lui est remise.
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Si le tiers n’a pas assisté aux opérations de saisie, la copie du procès-verbal de saisie lui est
signifiée. Un délai de 8 jours lui est imparti pour qu’il informe l’huissier ou l’agent d’exécution
de l’existence d’une éventuelle saisie antérieure sur les mêmes biens et qu’il lui en
communique le procès-verbal.
Les articles 112 à 114 s’appliquent également. Ainsi, le tiers peut refuser la garde des biens
saisis et peut, à tout moment, demander à en être déchargé. Dans ce cas, l’huissier ou l’autorité
chargé de l’exécution nomme un gardien et enlève les biens. Le juge peut, sur requête,
ordonner la remise d’un ou de plusieurs objets à un séquestre qu’il désigne. Le droit d’usage
du tiers doit être respecté. Il en est de même de son droit de rétention
Dans tous les cas, le procès-verbal de saisie est signifié au débiteur dans un délai de 8 jours. En
outre, le créancier signifie au débiteur un acte de conversion qui , à peine de nullité, a un
contenu précis. La conversion peut être signifiée au débiteur dans l’acte portant signification
du titre exécutoire. Dans cet acte, il lui est fait commandement d’avoir à payer les sommes
décomptés distinctement en principal, frais et intérêts échus (article 69 AUPSRVE) dans un délai
de 8 jours
Huit jours après la date de l’acte de conversion, l’huissier ou l’agent d’exécution procède à la
vérification des biens saisis. Si des biens manquent ou sont dégradés, mention en est faite dans
un procès-verbal. Dans ce procès-verbal, il est donné connaissance au débiteur qu’il dispose
d’un délai d’un mois pour vendre à l’amiable les biens saisis. Si les biens ne se retrouvent plus
au lieu où ils avaient été saisis, l’huissier ou l’agent d’exécution fait injonction au débiteur de
l’informer du lieu où ils se trouvent et s’ils ont fait l’objet d’une saisie-vente, de lui
communiquer le nom et l’adresse, soit de l’huissier ou de l’agent d’exécution qui y a procédé,
soit du créancier pour le compte de qui elle a été diligentée.
Si le débiteur ne répond pas, le juge ordonne la remise de ces informations sous astreinte sans
préjudice d’une action pénale pour détournement d’objets saisis.
A défaut de vente amiable dans le délai prévu, il est procédé à la vente forcée des biens saisis
selon la procédure prévue pour la saisie-vente (article 71 AUPSRVE).
Il peut y avoir des incidents dans le cadre de la saisie conservatoire de droit commun. Ainsi, un
créancier ayant saisi de façon conservatoire les biens de son débiteur, peut être en concurrence
avec un autre qui a pratiqué soit une saisie de même nature, soit une saisie-vente.
Dans cette occurrence, l’huissier ou l’agent d’exécution signifie respectivement copie du PV de
saisie à chacun des créanciers dont les diligences sont antérieures aux siennes et signifie le PV
de saisie aux créanciers qui ont pratiqué antérieurement les saisies conservatoires.
De même, l’acte de conversion d’une saisie conservatoire en saisie-vente doit être signifié aux
créanciers ayant pratiqué une saisie conservatoire avant ladite conversion.
Si le débiteur fait une proposition de vente amiable, tout créancier saisissant qui l’accepte doit
en communiquer la teneur aux autres créanciers conservatoires avant l’acte de saisie ou de
conversion. Tout créancier a un délai de 15 jours à compter de la réception de la LRAR ou de
tout moyen laissant trace écrite, pour donner ses appréciations sur cette vente amiable et
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informer de la nature et du montant de sa créance ; à défaut de réponse, il est présumé avoir
accepté les propositions du débiteur.
Si dans le même délai, le créancier ne fournit aucune indication sur la nature et le montant de
sa créance, il perd le droit de concourir à la distribution des deniers résultant de la vente
amiable, sauf à faire valoir ses droits sur un solde éventuel après répartition.
Il peut arriver que le créancier saisissant procède à l’enlèvement des biens pour leur vente
forcée. Dans ce cas, il doit en informer les créanciers qui ont pratiqué une saisie conservatoire
sur les mêmes biens avant l’acte de saisie ou l’acte de conversion, selon le cas. Chaque
créancier doit faire connaître à l’auxiliaire de justice chargé de la vente, la nature et le montant
de sa créance au jour de l’enlèvement sinon il perd le droit de concourir à la distribution des
deniers résultant de la vente forcée, sauf à faire valoir ses droits sur un solde éventuel après
répartition.
B/ LA SAISIE FORAINE
Elle est destinée à garantir les créances sur les débiteurs de passage, étrangers à la citée. Elle
est généralement pratiquée par les hôteliers et garagistes sur les biens meubles corporels de
leurs débiteurs. Aux termes de l’article 73 AUPSRVE : « lorsque le débiteur n’a pas de domicile
fixe ou lorsque son domicile ou son établissement se trouve dans un pays étranger, la juridiction
compétente pour autoriser et trancher les litiges relatifs à la saisie de ses biens est celle du
domicile du créancier ». Ici, le créancier n’a pas besoin d’avoir un titre et ne doit pas faire
commandement au débiteur ; une simple autorisation du juge de son domicile suffit. Certains
auteurs ont pensé que cette procédure est peu usitée de nos jours parce que les voyageurs
s’abstiennent de plus en plus de se transporter avec d’importants effets mobiliers et qu’il y a
existence de moyens techniques plus efficaces3. Toujours dans la même lancée, mais ce pour
les hôteliers uniquement, on se demande si du fait que beaucoup d’Africains, même en voyage,
préfèrent vivre chez l’habitant, cette saisie présente une certaine efficacité.
En tout cas, la procédure applicable dans le cadre de la saisie conservatoire de droit commun
est celle qui prévaut en l’espèce. Ici, bien que l’on soit en matière mobilière, le juge compétent
n’est pas celui du domicile du défendeur. C’est bien sûr en raison du caractère complexe de la
procédure, et dans un souci de protection du créancier. La voie de droit eut été fortement
sclérosée voire inefficace s’il avait été exigé du créancier qu’il recherchât le domicile d’un
« voyageur » et de souffrir les moyens de toutes sortes afin de saisir la juridiction de ce débiteur
de mauvaise foi4. Cette voie d’exécution nous inspire une autre réflexion. En effet, qu’entendre
par pays étranger ? Est-ce tout Etat différent d’un Etat Partie à l’OHADA? Où est-ce tout Etat
membre de l’OHADA dès lors que le créancier et le débiteur sont de nationalités différentes ?
C’est dire que cette procédure pouvait ne même pas faire son apparition dans l’AUPSRVE s’il y
avait une véritable circulation des titres exécutoires dans l’espace OHADA.
3
J.DJOGBENOU, op.cit., p.170.
4
J. DJOGBENOU, op.cit., p.171.
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C/ LA SAISIE-REVENDICATION
Elle prélude à l’appréhension d’un bien meuble corporel (par la saisie-appréhension, le bien
est remis par la force. L’article 219 exige un commandement de délivrer ou de restituer.
Cependant, sur la seule présentation d’un titre exécutoire, un bien peut être appréhendé
immédiatement). C’est en tout cas ce qui résulte de l’article 218 AUPSRVE alinéa 2 : ces mêmes
biens-il s’agit des biens meubles corporels devant être délivrés et restitués- peuvent aussi être
rendus indisponibles, avant toute appréhension, au moyen d’une saisie-revendication. Deux
remarques s’imposent : d’abord, la saisie-appréhension peut se faire sans la saisie-
revendication5, ensuite, l’effet recherché dans la seconde saisie est l’indisponibilité des biens
et non leur vente. Du coup, elle s’éloigne des mesures d’exécution. En outre, ici, le créancier
n’a pas besoin que sa créance soit certaine, liquide et exigible ; il lui suffit d’être apparemment
fondé à requérir la délivrance ou la restitution d’un bien meuble corporel. Comme dans le cadre
de la saisie conservatoire de droit commun prévue à l’article 54 AUPSRVE, la notion
d’apparence resurgit. Les conditions visées à l’article 60 et 61 sont applicables à la saisie-
revendication.
La saisie-revendication peut se faire partout et même auprès du détenteur du bien. Pour cela,
il faut présenter l’autorisation de la juridiction compétente ou un titre exécutoire au détenteur.
En revanche si la saisie doit se faire au lieu d’habitation du détenteur, il faut une autorisation
spéciale.
Information que le tiers doit donner à l’huissier ou à l’agent d’exécution (le tiers doit indiquer
si le bien a fait l’objet d’une saisie antérieure et le cas échéant, communiquer le PV. Dans ce
cas, l’huissier ou l’agent d’exécution dresse un acte de saisie. Cet acte est remis au détenteur
en lui rappelant les points 5 et 6 de l’article 231 AUPSRVE. Pour rappel, le bien peut cependant
être remis au sequestre)
Informer le débiteur dans les 8 jours sous peine de caducité, c’est-à-dire signifier l’acte
D-La saisie conservatoire du bétail
+
5
Ces deux saisies sont prévues au Titre VI du Livre II sous l’intitulé « Saisie-appréhension et saisie-
revendication des biens meubles corporels ».
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