Dr, Sociologie de l'éducation
Abderrahim ANBI
Introduction à la sociologie de l'éducation
Il existe peu d'écrits sociologiques qui ne mentionnent pas la société dans son ensemble ;
cependant, certains - parfois sous un titre qui ferait plutôt patienter. Une étude spécifique,
sous un titre général, se concentre entièrement sur les liens entre les caractéristiques
essentielles d'une société et le type d'établissements éducatifs qu'elle se propose. Évidemment,
l'approche dynamique est la plus courante, car la société est tellement caractérisée par le type
de change. Ment qui l'impact.
La sociologie de l'éducation est une discipline qui examine les structures, les institutions et
les processus sociaux liés à l'éducation. Elle s'intéresse aux interactions entre l'éducation et la
société, ainsi qu'aux facteurs sociaux qui influent sur le système éducatif.
Qu’est-ce que la sociologie ?
La sociologie est née au 19ème siècle mais les questions qu’elle traite avaient déjà été abordées
avec Platon et Aristote. Par la suite, on peut citer Machiavel, Rousseau et Spinoza.
La sociologie est une science (repose sur des postulats, des méthodes et des hypothèses)
positive (elle implique l’idée de phénomènes sociaux : l’homme est un acteur mais il obéit à
des lois positiviste car il doit être replacé dans le contexte de l’évolution de la pensée
scientifique) qui repose sur une démarche rationnelle (rejet de l’autorité, prima de
l’observation, application de la logique).
Contexte de la naissance de la sociologie au 19ème siècle :
Succession de régimes politiques opposés avec différentes idéologies
Développement industriel : prolétariat, naissance de la question sociale. La statistique
apparaît à cette époque
Développement scientifique (biologie et chimie)
Au 18ème siècle, les phénomène sociaux = ordre naturel, la nature sociale est soumise à des
lois universelles (ordre rigide)
Au 19ème siècle, changement avec :
Développement histoire et ethnographie
Introduction de l’idée de contradiction
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Biologie : développement des théories transformiste, les structures sont soumises à une
évolution incessante
D’où organisme : infinité d’éléments inter-dépendants ayant chacun sa fonction = évolution
des espèces liées à l’adaptation
Loi : le rapport entre des éléments changeants est différent de la flexibilité des formes et des
institutions.
La sociologie, une démarche d’analyse scientifique du social
Définition de la sociologie de l'éducation
La sociologie de l'éducation est une branche de la sociologie qui se concentre sur l'étude des
interactions sociales, des structures et des processus qui façonnent les systèmes éducatifs et
leur impact sur la société dans son ensemble. Cette discipline examine comment les
institutions éducatives telles que les écoles, les universités et d'autres organisations éducatives
fonctionnent, comment les individus et les groupes interagissent au sein de ces institutions, et
comment ces interactions influent sur les résultats éducatifs et sur la reproduction sociale.
En d'autres termes, la sociologie de l'éducation cherche à comprendre comment les facteurs
sociaux tels que la classe sociale, le genre, l'ethnicité, la culture, l'économie et les politiques
publiques influencent les processus éducatifs, les opportunités d'apprentissage et les résultats
éducatifs des individus. Elle explore également les mécanismes de reproduction sociale par
lesquels les inégalités sociales sont perpétuées ou remises en question à travers le système
éducatif.
En outre, la sociologie de l'éducation examine les concepts tels que la socialisation, la mobilité
sociale, la stratification sociale, la reproduction culturelle, l'accès à l'éducation, l'équité et
l'inégalité éducative, ainsi que les politiques éducatives et leurs effets sur les individus et la
société.
Historique et évolution du domaine
La sociologie de l'éducation est une discipline qui s'intéresse à l'étude des interactions sociales
au sein du système éducatif, ainsi qu'aux effets sociaux de l'éducation. Son développement a
été influencé par divers courants de pensée et a connu une évolution significative au fil du
temps.
L'histoire de la sociologie de l'éducation remonte au 19ème siècle, période marquée par les
transformations sociales et politiques induites par la révolution industrielle. Les premiers
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penseurs à explorer ces questions étaient notamment Émile Durkheim et Max Weber.
Durkheim, dans son ouvrage "L'éducation morale", a souligné l'importance de l'éducation
dans la transmission des valeurs et dans la cohésion sociale. Weber, quant à lui, a abordé la
question de l'éducation dans le cadre de ses réflexions sur le capitalisme et la rationalisation
de la société.
Au début du 20ème siècle, plusieurs sociologues ont contribué à l'émergence de la sociologie
de l'éducation en tant que champ d'étude distinct. Parmi eux, John Dewey, avec sa théorie de
l'apprentissage expérientiel, et Karl Mannheim, qui a examiné les liens entre l'éducation et la
structure sociale.
Principales théories sociologiques appliquées à l'éducation
L'éducation est un domaine crucial qui façonne non seulement les individus mais aussi les
sociétés dans leur ensemble. En sociologie, plusieurs théories ont été développées pour
comprendre les dynamiques sociales à l'œuvre dans le système éducatif. Ces théories offrent
des perspectives variées sur la manière dont l'éducation est structurée, distribuée et perçue au
sein de la société. Parmi les principales théories sociologiques appliquées à l'éducation, on
retrouve le fonctionnalisme, le conflit social et l'interactionnisme symbolique.
Le fonctionnalisme considère l'éducation comme une institution sociale essentielle, chargée
de transmettre les connaissances, les normes et les valeurs nécessaires à la cohésion et au bon
fonctionnement de la société. Selon cette perspective, l'école remplit plusieurs fonctions,
notamment la socialisation des individus, la sélection et la formation de la main-d'œuvre, ainsi
que la promotion du mérite et de la mobilité sociale. Les théoriciens fonctionnalistes comme
Émile Durkheim insistent sur le rôle de l'éducation dans la création d'un consensus social et
dans la reproduction des structures sociales existantes.
En revanche, la théorie du conflit social perçoit l'éducation comme un champ de lutte où les
intérêts et les inégalités de pouvoir se manifestent. Selon les théoriciens du conflit, tels que
Karl Marx, l'école reflète et renforce les divisions de classe existantes en favorisant les élites
économiques et en perpétuant l'exploitation des classes laborieuses. Les inégalités dans l'accès
à une éducation de qualité sont donc interprétées comme le résultat des luttes de pouvoir entre
les différentes classes sociales. Cette perspective met l'accent sur les structures de domination
et les processus de reproduction sociale qui limitent les opportunités des groupes défavorisés.
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Enfin, l'interactionnisme symbolique se concentre sur les interactions sociales et les processus
de construction de la réalité à travers le langage, les symboles et les interactions quotidiennes.
Pour les interactionnistes, comme George Herbert Mead, l'éducation est un lieu où se
déroulent des processus de construction de l'identité et de la perception de soi. Les interactions
entre enseignants et élèves, ainsi que les dynamiques de groupe au sein de la classe,
influencent la manière dont les individus se voient et se positionnent dans la société. Cette
perspective met en lumière l'importance des relations sociales et des significations partagées
dans la construction des expériences éducatives.
En conclusion, les principales théories sociologiques appliquées à l'éducation offrent des
cadres analytiques distincts pour comprendre les mécanismes sous-jacents du système
éducatif. Que ce soit en mettant l'accent sur la fonctionnalité de l'éducation, les conflits de
classe qui la traversent, ou les interactions symboliques qui s'y déroulent, ces théories
fournissent des outils précieux pour analyser les enjeux sociaux et politiques liés à l'éducation
dans nos sociétés contemporaines.
L’objet de la sociologie :
A. Définition de la sociologie : connaissance des phénomènes sociaux, qui implique la
description des phénomènes sociaux, leur explication (causes), la relation entre phénomènes
sociaux (interdépendance)
1. La sociologie postule que les faits sociaux ne sont pas le fruit du hasard (pas d’explication
théorique)
2. Même si les facteurs qui influencent les faits sociaux sont nombreux, on peut dégager des
lois
3. Lois = régularité, prévision
La sociologie traite de :
1. Action sociale : Conduite due au fait que les hommes vivent ensemble et tiennent compte
de l’existence d’autrui pour agir. A pour effet de produire ou de modifier un ou plusieurs
faits sociaux
2. Fait social : : Résultat non intentionnel d’actions sociales intentionnelles, qui se
produisent dans un cadre donné (contexte)
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B. Caractéristiques des faits sociaux :
1. Les faits sociaux sont de faits (ex : élection) de nombre (ils se rapportent à des
groupes, ce qui implique des interactions entre individus, catégories, collectivités)
2. Les faits sociaux sont extérieurs aux individus et contraignants (ex : traditions, lois,
coutumes,…). Le degré d’extériorité du social est variable. Contraignants : qui entraîne une
action physique ( obligation d’intériorisation partielle) sur un individu.
! ! La notion de contrainte est liée à l’ordre social. Celui-ci est posé comme normal par la
société. Si les individus ne respectent pas les règles de l’ordre social, il y a pression le
contrôle social (qui peut donner lieu à des sanctions). Cette notion de contrôle social renvoie
au process de socialisation : c’est l’intériorisation des schemes sociaux.
3. Les faits sociaux ont toujours une histoire, ils proviennent de faits reproduits ou
transférés par l’action sociale.
La méthode sociologique :
La règle de totalité : on ne peut comprendre un fait social sans s’en référer à la société
globale.
Les faits sociaux doivent être considérés comme des choses : pour saisir un fait social, il
faut l’observer, le mesurer et faire des expérimentations, cela implique le rejet des idées
reçues, des préjugés. ( = règle de l’ignorance constante)
La cause d’un fait social doit être recherchée dans d’autres faits sociaux : il n’y a que dans
le social que l’on peut expliquer un fait social (le géographie n’explique pas tout, un même
substrat géographique peut donner lieu à deux régimes politiques différents)
La règle de la construction du fait : il y a hiérarchie des actes scientifiques :
- Le niveau technique : ensemble des procédés mis en œuvre pour arriver à
un résultat (enquête)
- Le niveau des méthodes : le chemin que l’on se donne à l’avance pour
arriver à un résultat : l’importance du choix de la technique d’analyse des données
sociologiques (recherche de la causalité des faits).
- Le niveau des problèmes d’ordre théorique : construire une théorie en
rapport à l’ensemble de faits sociaux (on ne veut pas que la recherche soit livrée au hasard)
Les institutions éducatives
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Est-ce que l'école est le seul établissement éducatif important dans notre société? C'est la
question que nous pose Lawrence A. Cremin dans son dernier volume intitulé Public
Education. Il est issu des conférences que l'auteur a données en 1975 devant les membres de
la Société Dewey.
Lorsqu'il définit l'éducation, Cremin souligne l'effort volontaire qui est impliqué dans tout
acte qui se présente comme éducatif. Il est défini comme suit : L'éducation désigne "l'action
délibérée, méthodique et soutenue visant à transmettre, à partager ou à acquérir des
connaissances, des compétences ou des émotions, ainsi que tout ce qui découle de cette
action". Il est important que le lecteur garde à l'esprit cette définition afin de comprendre
l'ampleur de la critique que Cremin fait de la théorie de l'éducation de Dewey. Audacieux
devant les membres de la société Dewey, l'écrivain ose affirmer que la théorie de l'éducation
de Dewey ne peut plus expliquer la complexité du phénomène éducatif dans la société dans
laquelle il vit en 1975.
Selon cette théorie, on observerait une certaine division de la pensée autour des notions
d'école et de société, comme si l'école était entièrement responsable de l'éducation de la
société. Selon Cremin, Dewey aurait commis cette erreur en ne prêtant pas. L'intention
formelle d'enseigner de manière systématique à d'autres institutions qu'à l'école, tout en
reconnaissant qu'une certaine forme d'éducation soit accomplie, sans être formellement
voulue, par d'autres institutions.
École en tant qu'institution sociale
La sociologie de l'école s'inscrit dans la réflexion sur la question de l'école. En permanence
et de manière approfondie à partir des problématiques majeures suscitées. En ce qui concerne
l'école, tels que la reproduction (Durkheim), l'école de l'équité (François Dubet), etc. La
question de la généralisation de l'enseignement et de l'égalité des chances dans le cadre de la
vision stratégique 2015/2030 est également abordée dans cette réflexion.
La plupart des acteurs sociaux considèrent l'institution scolaire comme jouant trois rôles
majeurs qui sont tous trois inscrits dans son histoire, depuis le début du XIXe siècle. Ces
fonctions ou tâches sociales de l'école sont au cœur d'un imaginaire collectif et sont donc
considérées comme une sorte d'évidence reconnue par tous.
La première mission de l’institution scolaire, nous les nommons l’école de l’Éducation. Le
rôle de l’école est ici d’apprendre à chacun à penser par soi-même à travers le savoir de la
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Science et de la Raison. Il s’agit de former le « je », c’est-à-dire l’Individu-Sujet « éclairé »,
en forgeant sa liberté de conscience, son esprit critique. L’école qui veut ouvrir à tous l’accès
à l’instruction et émanciper chacun par le savoir rationnel, un savoir défini avant tout
comme objectif et universel, voilà une conquête sociale du 19e siècle correspondant à l’école
de l’Éducation.
L’école de la Socialisation
Le deuxième pôle, la deuxième grande mission de l’institution scolaire correspond à l’école
de la Socialisation. Cette fois-ci, ce n’est pas le « je » ou le « moi » qui est mis en avant mais
le « nous ». L’école doit contribuer à créer un sentiment d’appartenance collective qui permet
de dépasser non seulement les points de vue individuels mais aussi les particularismes locaux
de type communautaristes, autrement dit un sentiment d’appartenance qui combat « l’esprit
de clocher ». Ce dernier se traduit dans des dialectes locaux, des croyances religieuses, des
allégeances idéologiques, des particularités vestimentaires. Poursuivant le but de forger un
grand « nous », l’école du 19e siècle contribue à construire la « citoyenneté » autour de
l’appartenance nationale s’opposant à toutes les formes de particularismes culturels. C’est
pourquoi elle promeut, outre le droit de vote et la démocratie parlementaire, la reconnaissance
d’une seule langue, l’uniforme (ou tout au moins un code vestimentaire), le respect du
caractère sacré des lois, le rôle transcendant de l’État vu comme l’incarnation du bien
commun (lui-même doté d’un caractère sacré), la nécessité de la laïcité ou de la neutralité
idéologique voulant écarter de la sphère publique les croyances religieuses et les options
idéologiques pour les réserver à la sphère privée. La mission de Socialisation prise en charge
par l’école vise à délégitimer les représentations du monde et les conceptions de vie
traditionnelles et à les remplacer par de nouvelles représentations partagées par tous, en tant
que « citoyens » membres d’un même « nous ».
L’École de la Socialisation répond à une logique symbolique. Celle-ci passe par l’affirmation
des valeurs universelles héritées de la Déclaration des droits de l’Homme (1789) et
reformulées dans la Déclaration universelle des droits de l’homme (1948). La logique
symbolique conduit à constituer ces valeurs en une nouvelle sorte de Religion laïque, une
nouvelle sorte de Foi commune autour d’une série de convictions, de propositions non
discutables, de sortes de dogmes érigées en Absolu comme, par exemple, l’Égalité, l’Individu,
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la Démocratie vue comme expression de la Volonté collective, l’État vu comme l’incarnation
du Bien commun, le Progrès, la Raison, etc.
Depuis les années ‘1970, le pôle de la Socialisation s’est lui aussi progressivement élargi et
profondément transformé. L’école de la Socialisation actuelle met l’accent sur une nouvelle
citoyenneté construite autour du principe du « vivre ensemble ».
L’école de l’Utilité
Le troisième pôle du triangle, la troisième mission de l’institution scolaire correspond
à l’école de l’Utilité. La préoccupation est ici plus pragmatique que dans le cas des deux autres
pôles et répond à la logique instrumentale. L’école est censée préparer chacun à avoir un bon
métier, à être compétent et efficace dans sa vie professionnelle et, si possible, à faire carrière.
L’insertion socioprofessionnelle se joue via l’enjeu de l’acquisition de diplômes.
Les enseignants et leur rôle sociologique
L'établissement scolaire est une structure matérielle, visible et connue de tous. Les
investissements concrets (temps, argent, personnel et ressources diverses) qui sont
objectivables sont particulièrement recherchés par elle. Les dépenses sont effectuées à
l'échelle personnelle, familiale et publique. Cependant, l'école est également une réalité non
matérielle, bien moins visible et moins connue. En tant qu'institution, elle représente de
nombreuses attentes, projections et normes qui se trouvent elles-mêmes dans un autre registre,
celui du culturel et symbolique. Ces attentes sont inhérentes à la subjectivité de chaque
individu (incluant l'intelligence et l'affectivité) et sont liées aux représentations collectives. Il
s'agit de constructions mentales, créées et intériorisées tant au niveau des individus que des
instances collectives.
Sociologie de l’école
La sociologie de l’école est marquée par un questionnement dominant, qui guide la grande
majorité des travaux : l’enjeu de la démocratisation scolaire. La notion de démocratisation
correspond ici à deux processus distincts : d’une part la massification de l’accès à l’école et à
des niveaux de plus en plus élevés de la formation initiale (démocratisation quantitative),
d’autre part l’enjeu de l’égalité des chances scolaires, qui renvoie à la question de savoir dans
quelle mesure la réussite scolaire est dépendante ou indépendante des caractéristiques sociales
des élèves (démocratisation qualitative). Ces deux aspects sont successivement étudiés dans
ce chapitre, à partir de l’analyse du cas français.
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En ce qui concerne la généralisation de l’accès à la formation initiale (partie I), plusieurs
étapes importantes peuvent être distinguées : alors que les politiques scolaires de la IIIème
République ont permis la généralisation de l’accès à l’école primaire (lois Ferry, 1881-1886),
les réformes adoptées à partir des trente glorieuses ont permis une massification de l’accès au
secondaire (1959 : scolarité obligatoire jusqu’à 16 ans ; 1975 : mise en place du collège
unique) puis, plus récemment, à l’enseignement supérieur (loi Jospin en 1989 :
Les diverses définitions historiques des missions de l'école cohabitent.
Les trois figures d'individus mises en avant par l'institution scolaire au fil du temps se
prolongent dans une certaine continuité dans le cas du pôle de l'éducation. Aujourd'hui, elles
se superposent sans sembler être en conflit majeur entre elles. Les deux modèles de
citoyenneté développés par l'institution solaire cohabitent également dans le pôle de la
socialisation. Toutefois, ils ont de graves contradictions entre eux et sont sujets à de vives
controverses. La mission de l'école se manifeste par deux versions successives très différentes
l'une de l'autre sur le pôle de l'Utilité. De nos jours, elles semblent vivre en harmonie alors
qu'elles semblent incompatibles.