Mémoire Licence (1) 241126 223556
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EPIGRAPHE
« Parmi les peines et la manière de les infliger, il faut donc choisir celle qui, proportion
gardée, doit faire l'impression la plus efficace et la plus durable sur l'esprit des hommes et la
moins cruelle sur le criminel ».
DEDICACE
Nous vous dédions ce travail, fruit de notre dur labeur, qui met un terme à
notre deuxième cycle d’études à la faculté de Droit.
REMERCIEMENTS
Que les condisciples de la promotion avec qui nous avions partagé le moment
opportun de notre parcours académique dans la faculté, ainsi que nos amis et connaissances
trouvent par ici l’expression la plus intime de notre considération.
A : Alinéa
Art : Article
B.A : Bulletin des Arrêts
C/ : Contre
CP : Code Pénal
C.S.J : Cours Suprême de Justice
CC : Cour constitutionnelle
CSRTS : Consorts
Ed. : Edition
EUA : Éditions Universitaires et Africaines
Ibidem : Même auteur, même endroit
Idem : Même auteur
J.O : Journal Officiel
JORDC : Journal Officiel de la République Démocratique du Congo
JORZ : Journal officiel de la République du Zaïre
L.G.D.J : Librairie Générale de Droit et de Jurisprudence
MP : Ministère Public.
NCPF : Nouveau Code Pénal Français
P. : Page
Pp. : Pages
P.U.C : Presses Universitaires du Congo
P.U.F : Presses Universitaires de France
SP : Servitude pénale
SPP : Servitude pénale à perpétuité
RJZ : Revue juridique du zaïre
RP : Rôle Pénal.
TIG : Travail d’intérêt général
V : Voir ou voyez
1
INTRODUCTION
I. POSITION DU PROBLÈME
Dans son acceptation la plus large, le droit pénal, branche des sciences criminelles,
est au cœur de la société humaine dans laquelle il est en vigueur. Il est la protection des
valeurs partagées par le plus grand nombre dans la société considérée et impose des sanctions
à ceux qui, par leur faute, viendraient à les violer ou y porter atteinte. Il est considéré comme
un instrument au service de l'ordre public et de la tranquillité publique2.
1
« Le droit pénal est la branche du droit criminel ayant pour objet de prévenir par la menace et au besoin, de
punir par l'application des différentes sanctions : peines ou mesures de sûretés ; les actions ou inactions
susceptibles de troubler l'ordre public au sein d'une société ». N. LIKULIA BOLONGO, Droit pénal spécial
zaïrois, paris, LGDJ, 1985 ; citant son droit pénal militaire zaïrois,T1, l'organisation et la compétence des
juridictions des forces armées, paris, LGDJ, 1977, p.1.
2
R. NYABIRUNGU Mwene SONGA, Droit pénal général zaïrois, Kinshasa, DES, 1989, p.9.
3
J.CARBONIER, Flexible droit pour une sociologie du droit sans rigueur, Paris, 7ème éd., LGDJ, 1992, p.174.
2
C'est ainsi que, ne pouvant échapper à cette frénésie, le droit pénal congolais
prévoit des peines applicables aux infractions. Et c'est à l'article 5 du décret du 30 janvier
1940 tel que modifié et complété à ce jour portant code pénal. Cet article dispose ce qui suit :
« les peines applicables aux infractions sont : la mort, les travaux forcés, la servitude pénale,
l'amende...»4.
En effet, la peine de travaux forcés a été introduite en droit pénal congolais par la
loi N°73-017 du 05 janvier 19735. Elle consiste en une prestation manuelle que doit remplir le
condamné pendant une période déterminée par le juge6. Les traces de cette peine remontent
vers les années 1800, on note que l’Allemagne, le Cuba, les USA, la France et les anciennes
colonies africaines ont eu à instituer cette peine afin d’utiliser les prisonniers comme une
main d’œuvre dans les chantiers les plus emblématiques7.
Mais, il faut se rendre compte qu'au moment où cette peine était adoptée en RDC,
elle était critiquée et rejetée dans d'autres pays, car considérée comme désuète, ambiguë,
dépassée et équivoque10.
Le professeur LUZOLO BAMBI enseigne même que dans un siècle où les peines
corporelles et infamantes perdaient leurs valeurs et pendant qu'était fustigée la notion des
traitements cruels, inhumains et dégradants, la peine de travaux forcés était de plus en plus
4
Article 5 du Décret du 30 janvier 1940 portant code pénal.
5
R. NYABIRUNGU MWENE SONGA, Traité de droit pénal général congolais, Kinshasa, 2ème éd., Éditions
universitaires africaines, 2007, p.375
6
E.J. LUZOLO BAMBI Lessa et N.A. BAYONA ba MEYA, Manuel de Procédure Pénale, Kinshasa, PUC,
2011, p.522.
7
https://fr.m.wikipedia.org/w/index.php?title=Travaux_forc%C3%A9s&action=edit§ion=0., Consulté le 07
septembre 2023.
8
A. SITA MUILA, Manuel de Droit pénal Général Congolais, Paris, L'Harmattan, 2020, p.267
9
À ce propos, lire E.J. LUZOLO BAMBI Lessa et N.A. BAYON ba MEYA, Op.Cit., p.523 ; R.
NYABIRUNGU Mwene SONGA, Op.Cit., p.376.
10
En Belgique notamment, la peine de travaux forcés a été mise à l’écart en 1996. Voir Exposé des motifs de la
loi belge du 10 juillet 1996 portant abolition de la peine de mort et modifiant les peines criminelles.
3
perçues comme une mesure d'asservissement qui rappelait à la mémoire les douloureux
souvenirs des époques d'esclavagismes11.
Par ailleurs, précisons que le maintien de la peine de travaux forcés dans l'arsenal
répressif congolais présente, en ligne de mire, de grands problèmes d'ordre normatif d'une part,
et d'ordre scientifique d'autre part, créant ainsi une insécurité considérable des normes et
principes consacrés en droit congolais à telle sorte qu'au bout de la réflexion, on la trouve
plutôt inutile.
11
E.J. LUZOLO BAMBI Lessa et N.A. BAYONA ba MEYA, Op.Cit, p,523.
12
Article 16, al.4, Constitution du 18 février 2006.
13
Article 122, al.6, Constitution du 18 février 2006
14
Lire l'article 5 du Décret du 30 janvier 1940 portant code pénal
4
En effet, la loi qui a institué cette peine annonçait l'édiction, par le président de la
République, d'un règlement portant mesures d'exécution. L'article 6 bis alinéa 2 du code
pénal livre 1er dispose dans le même sens en des termes clairs15.
Mais, l'on est en droit de se questionner sur l'atteinte effective de ces buts
proclamés d'autant plus que, comme l'enseigne le professeur NYABIRUNGU, l'effet
intimidant d'une peine dépend essentiellement de la façon dont elle est organisée. Le même
argument est formulé quant à l'effet économique16. S’il ne s’agit que de ça, la peine d’amende
suffirait. À quoi bon la peine de travaux forcés ? La peine de travaux forcés ne comportant
pas un règlement devant organiser son régime d'exécution, par conséquent, on peut bien
affirmer qu'elle n’apporte rien de significatif à l'Etat congolais.
15
Cet article dispose que les condamnés aux travaux forcés subissent leur peine conformément au règlement fixé
par l'ordonnance du président de la République.
16
Cet effet économique postule qu'au lieu que l'Etat puisse utiliser d'autres personnes dans des travaux publics
pour ensuite les payer, il utilise plutôt les condamnés aux travaux forcés pour exécuter ces travaux, afin
d'économiser les rémunérations qu'il aurait dû payer aux autres travailleurs.
5
productif ? Les témoignages concordent pour répondre par la négative. La peine de travaux
forcés ne peut donc prétendre à une plus grande efficacité préventive.
Pourquoi alors maintenir une peine qui n'apporte rien de significatif à l'Etat
congolais ? Et comment prôner et vanter les fonctions et buts assignés à une peine là où rien
est organisé ; là où il n’y a aucune mesure d‘exécution, il y a des décennies, pour quitter de la
théorisation à la concrétisation en vue d’une matérialisation, mieux d’une effectivité de la
répression ?
Aussi, il se pose une question liée à la plus grande expression pénale dotée à la
peine de travaux forcés par la loi. La peine de travaux forcés est-elle réellement plus grave
que les autres peines ?
En effet, observons que d’après la position qu'elle occupe juste après la peine de
mort, la peine de travaux forcés est dotée par le législateur d'une plus grande gravité que la
servitude pénale. En conséquence, on relève plusieurs incohérences pratiques lorsqu'il faut lui
appliquer par exemple le principe d'atténuation, incohérences qui nous pousse à mettre en
cause la gravité de la peine des travaux forcés par rapport aux autres peines telles que
hiérarchisées dans le code pénal.
Si, d’après le Code pénal, la peine des travaux Forcés est immédiatement
inférieure à la peine de mort, c’est elle qui devrait normalement prendre la place de celle-ci en
cas de circonstances atténuantes. Pourtant, d’après la loi, les travaux forcés ne peuvent pas
aller au-delà de 20 ans. Il se pose alors une question pratique de savoir si logiquement,
17
Article 6 bis al. 3 du Décret du 30 janvier 1940 portant code pénal
6
travailler pendant 20 ans est plus grave qu’être enfermé toute la vie si l’on sait qu’en plus de
l’emprisonnement, le condamné est astreint à travailler en prison. Remarquons que
contrairement au vœu du législateur, on constate dès lors que c'est plutôt la peine de SP à
perpétuité qui est plus grave que celle de travaux forcés.
Dès lors, on constate donc les incohérences auxquelles donne lieu le maintien de
la peine de travaux forcés en droit pénal congolais.
18
Article 18 du Décret du 30 janvier 1940 portant code pénal.
19
Le 19 Novembre 2008, Radio Okapi avait fait état des débats parlementaires déroulés au sénat pour la
suppression de la peine des travaux forcés en RDC. La raison était que cette peine est contraire à la Constitution.
Le texte avait été transféré pour harmonisation à la commission politique, administrative et judiciaire, www.
Radiookapi.net / Senat-justice. Consulté le 25/09/2023.
20
R. NYABIRUNGU Mwene SONGA, Op.Cit. p.376.
7
Cela étant dit, il sied de signaler qu'une recherche scientifique, et digne de ce nom,
naît toujours de l'existence du problème à résoudre. Du problème à la problématique. La
problématique est l'expression ou la préoccupation majeure qui circonscrit, de façon précise
et déterminé, la clarté absolue des dimensions essentielles de l'objet de l'étude que le
chercheur se propose de mener21. C'est-à-dire qu'elle désigne l'ensemble des questions posées
dans un domaine de la science, en vue d'une recherche des solutions 22.
II. HYPOTHÈSE
Selon GRAWITZ, une hypothèse est une proposition des réponses à la question,
elle tend à formuler une relation être les faits significatifs23. Elle cherche donc à établir une
vision provisoire du problème soulevé en invoquant la réponse supposée entre les faits
sociaux dont le rapport constitue le problème et en indiquant la nature de ce rapport24.
21
QUIVY et C. HONDT, Manuel de recherche en sciences sociales, Paris, Bordas, 1998, p.85.
22
J. ESUNGU ASIRY, Méthodologie de recherche scientifique, note de cours destinée aux étudiants de G2 droit
et économie, inédit, Urkim, p.28.
23
M. GRAWIT, Les méthodes de sciences sociales, Paris, 3ème éd Dalloz, 1991, p.263.
24
R. REZSOHAZY, Théories et critiques des faits sociaux, Bruxelles, La Renaissance du livre, 1971, p.72.
25
8
d'aucun doute qu'ils n'ont pas été atteints. Et cela, en raison de l'inexistence, depuis 1973, du
régime devant organiser sa mise en œuvre ou, disons-le bien, son exécution. En l'absence de
toute organisation, on ne peut s'attendre à rien.
Voilà pourquoi, tout au long de ce travail, nous allons nous articuler sur les
tenants et les aboutissants des problèmes que fait susciter le maintien de la peine de travaux
forcés en droit pénal congolais ; et préconiser sa suppression ainsi que son remplacement par
d’autres peines, et dans une large mesure, d’autres mesures alternatives à même de mieux
remplir les objectifs lui assignés. Débarrasser le droit pénal congolais de cette « peine-
problèmes » serait une solution non moins bien réfléchie.
A. CHOIX DU SUJET
Le choix du sujet se présente comme le premier acte que l'on pose dans le
processus de toute recherche scientifique. Il n'existe pas à ce propos de procédé unique
présidant à la détermination d'un thème d'investigation. Ce choix peut provenir de l'intuition
personnelle du chercheur, comme il peut être le résultat d'une influence directe subie par lui 26.
Le seul choix ne suffit pas, encore faut-il que le sujet soit intéressant pour le chercheur. Le
chercheur doit évoquer les motivations qui ont suscité son choix pour le sujet. C'est important.
Car une recherche entreprise sans motivation peut devenir pénible et vouée à la stagnation27.
C'est ainsi que notre choix pour ce sujet a été motivé par le fait que non seulement
celui-ci correspond le mieux à notre domaine, le Droit pénal, mais aussi et surtout parce que
la peine de travaux forcés, instituée par la loi du 05 janvier 1973 et consacrée à l'article 5 du
code pénal, est le nœud d'un tas de controverses en droit pénal congolais tant sur le plan
normatif que scientifique. Nous allons donc élucider toutes ses énigmes qui du reste ne
26
SHOMBA KINYAMBA, Méthodologie de la recherche scientifique, Kinshasa, PUZ, 1996, p.36.
27
P. N'DA, Recherche et méthodologie en sciences sociales et humaines : Réussir sa thèse, son mémoire de
master ou professionnel, et son article, Paris, L'Harmattan, p.58.
9
favorisent pas son maintien dans notre pays et tenter d'apporter notre contribution à son
éradication tout en proposant des mécanismes de remplacement.
Remarquons dès lors que le choix portant sur ce sujet n'est pas le fruit du hasard ;
cette peine que nous qualifions de « peine-problème » est un facteur d'affaiblissement du droit
pénal congolais en raison de ses incohérences et violations des textes consacrés.
B. INTÉRÊT DE L'ÉTUDE
Ainsi, pour mieux analyser notre sujet et pour l'enchaînement logique de notre
travail, nous ne saurons échapper à la règle. Pour ce faire, nous ferons usage de certaines
méthodes et techniques.
A. MÉTHODES
Tout travail scientifique doit passer par une voie ou suivre un certain
cheminement pour atteindre les objectifs qu'il s'est assignés ; le nôtre n'y fait aucune
exception. Comme l'a dit René DESCARTES « Il vaut beaucoup mieux ne jamais songer à
chercher la vérité sur aucune chose, que de la faire sans méthode »29.
De cette manière, pour la réalisation de notre travail, nous avions recouru à trois
méthodes, à savoir :
28
M. GRAWITZ, Op.cit., p.264.
29
René DESCARTES, cité par Jacqueline RUSS, Le chemin de la pensée, Paris, Bordas, 1999, p.170.
30
J-L. LAUBET DEL BAYLE, Initiation aux méthodes de recherche en sciences sociales, Paris, L'harmattan,
2000, p.121.
31
J.M. MBOKO ND'JANDIMA, Principes et usages en matière de rédaction d'un travail universitaire,
Kinshasa, éd. Cadiac, 2004, p.22.
32
R. KIENGE-KIENGE INTUDI, La recherche en criminologie en République Démocratique du Congo,
Louvain-la-Neuve, L'harmattan, 2015, p.35.
11
B. TECHNIQUES
Seule la technique documentaire sera utilisée tout au long de cette étude. Elle nous
permettra d'interroger différentes doctrines et documents pouvant nous éclairer sur les
questions de droit qui nous concernent dans cette étude, grâce aux lectures des ouvrages, lois,
fascicules, notes des cours, Revues juridiques traitant de cette matière afin d'en donner une
contribution.
V. DÉLIMITATION DE L'ÉTUDE
Pour tout travail scientifique, il est impérieux que tout chercheur s'impose des
limites. Restreindre son champ d'investigation est une loi de la démarche scientifique. Pour
bien mener ses recherches, le chercheur doit se circonscrire dans le temps et dans l'espace.
À propos de la délimitation de cette étude, elle est délimitée dans le temps et dans
l'espace.
33
M. DUVERGER, Méthode de sciences sociales, Paris, PUF, 1964, p.256.
12
Cette section sera analysée en deux paragraphes dont les notions de peine (§1), et
les traits essentiels de la peine (§2).
A. Definition
Le code pénal ne définit pas ce qu’on doit entendre par « peine ». Néanmoins,
nombreuses définitions ont été élaborées par la doctrine et la jurisprudence au sujet de la
peine.
Mais on peut aussi admettre que la peine est difficile à définir en droit tout en
avançant que philosophiquement elle est une réponse « nécessaire et naturelle au crime » ;
que politiquement elle est l’expression d’une domination ; que sociologiquement elle sert,
comme le pensait Durkheim, moins à corriger le coupable et à intimider ses imitateurs qu’à
maintenir la cohésion sociale, en faisant vivre la conscience commune ; qu’étymologiquement
14
elle est synonyme de « poids » (poena du latin ponere) et que vulgairement elle désigne une
affliction, une douleur ou une infamie34.
En principe, une « peine » n’est qualifiée ainsi que lorsqu’elle figure dans la
catégorie des sanctions que le Code pénal qualifie ainsi35. Il s’agit là du critère formel de la
définition de la peine, qui se traduit par le principe de « la légalité des peines ». C’est en cette
occurrence que Jean-Claude SOYER enseigne que « la peine relève d'un caractère formel. Il y
a peine lorsque la mesure figure à la catégorisation des peines édictées par le code
pénal…»36.
De cette manière, l’on peut comprendre que la peine se définit comme étant un
mal infligé à titre de punition par le juge à celui qui est reconnu coupable d'une infraction 40.
C’est-à-dire qu’elle est une forme de « réponse pénale », à finalité essentiellement rétributive,
prononcée par une juridiction répressive, à la suite d’une déclaration de culpabilité.
Autrement dit, deux critères combinés permettent de la définir : sa pénibilité essentiellement
rétributive (il s’agit ici de souffrir soi-même pour la punition de sa propre faute) et la nature
judiciaire et répressive de l’autorité qui la prononce.
34
XAVIER PIN, Droit pénal général, Paris, 10ème.ed. Dalloz, 2019, p.346.
35
XAVIER PIN, Op.Cit., p.361.
36
J-C. SOYER, La commission des droits de l'homme, Paris, 19é.ed. PUF, 1999, p.615.
37
La sanction pénale ou peine n’est plus portée uniquement que par la loi ( le code pénal ) et il existe
actuellement une diversité de normes pénales, faisant à ce que, pensons-nous, serait-il plus exact, à la place du «
principe de la légalité », de parler du principe de « normativité ou de textualité des peines ».
38
XAVIER PIN, Op.Cit., p.361.
39
J-C. SOYER, Op.cit.
40
J. CONSTANT, Traité élémentaire de Droit pénal, ll, Liège, Imprimeries nationales, 1966, p.615.
15
La peine ne doit pas être confondue avec les autres mesures punitives ou «
sanction ayant le caractère d’une punition » émanant d’autorités administratives, fiscales ou
disciplinaires en marge d’un éventuel procès pénal, même si elles peuvent être ressenties
comme telles par ceux qui les subissent43.
Ces sanctions, parfois lourdes, émanent soit de l’administration (fiscale ou
douanière), soit d’autorités administratives indépendantes telles que l’Autorité de régulation
des marchés financiers, le Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication, mais
elles ne sont pas la conséquence juridique d’une infraction et ne supposent pas une
condamnation judiciaire. Elles ne relèvent donc pas du droit pénal.
Nonobstant, il y a lieu de signaler que parfois la peine se confond avec d’autres
sanctions avec lesquelles il arrive qu’elle présente des similitudes, car ces sanctions le plus
souvent découlent des instances judiciaires, mais aussi quelquefois sont des conséquences des
infractions.
Cependant, en raison du rigorisme caractérisant les critères de la définition de la
peine tels que développés plus haut, ces sanctions ne peuvent pas être qualifiées de peines. Tel
est le cas des sanctions civiles (1), disciplinaires (2), administratives (3) et des mesures
éducatives (4).
41
Bulletin des arrêts de la cour suprême de justice, 1980 à 1984, Kinshasa, Édition du service de documentation
et d'études du Ministère de la justice et des affaires parlementaires, 2001, p.124.
42
NYABIRUNGU Mwene SONGA, op.cit. p.343.
43
M. DELMAS-MARTY et C. TEITGEN-COLLY, punir sans juger ? De la répression administrative au droit
administratif pénal, Paris, Economica, 1992, p.191.
16
des préjudices individuels subis par des sujets de droit. Les sanction civiles se situent donc en
dehors du droit pénal et consistent en des annulations, déchéances, obligations de faire,
astreintes ou dommages-intérêts44.
44
A.SITA MUILA, op.cit., p.259.
45
A. SITA MUILA, op.cit., p.260.
46
A. SITA MUILA, Ibidem.
47
Signalons à cet effet qu'au regard de l'article 96 de la loi n°09/001 du 10 janvier 2009 portant protection de
l'enfant, seuls les enfants âgés de moins de 14 ans bénéficient d'une présomption irréfragable d'absence de
discernement. En conséquence, les enfants âgés de 14 ans à moins de 18 ans ne bénéficient pas de cette
présomption irréfragable d'absence de discernement ( mais plutôt d'une présomption irréfragable
d'irresponsabilité pénale comme tous les mineurs d'ailleurs, dans la mesure où aucune peine ne doit être leur
appliquée « article 95 de la loi précitée »), et donc, sont capables de discernement. Ainsi, les mesures éducatives
dont nous faisons allusion peuvent être prises à leur égard.
17
remise de l'enfant, après réprimande, aux parents, tuteur ou toute autre personne exerçant
l'autorité parentale, avec instruction d'assurer une meilleure surveillance, ou à un couple de
bonne moralité, à une institution privée agréée ou à une institution publique à caractère social,
ou à un centre médical ou médico-éducatif approprié ou enfin à un établissement de garde et
d'éducation de l'Etat48.
Classifier les peines, c'est les répartir chacune dans une catégorie bien déterminée.
Ainsi, les peines peuvent être classifiées en envisageant les rapports qui existent entre elles,
d'une part, et d'après le mal infligé au délinquant, d'autre part.
48
Ces mesures sont prévues à l'article 113 de la loi n°09/001 du 10 janvier 2009 portant protection de l'enfant.
49
Lire en ce sens, B. WANE BAMEME, op.cit., p.179
50
Article article 5 du code pénal.
51
J. BORRICAND et A.-M. SIMON, Droit pénal, procédure pénale., Paris, 6ème.Ed. Dalloz, 2008, p.179.
18
52
R. NYABIRUNGU Mwene SONGA, Droit pénal général zaïrois, op.cit., pp. 315-316.
19
53
Voir B. BOULOC, Droit pénal général, Paris, 25è édition, Dalloz, 2017, p.433 ; J. BORRICAND et A-M.
SIMON, Droit pénal, procédure pénale, Paris, 8 ème édition Dalloz, 2013, p.181. ; T. GARE et C. GINESTET,
Droit pénal, procédure pénale, 3éme édition Dalloz, 2004, p. 178.
54
T. GARE et C. GINESTET, op.cit.
55
B. BOULOC, op.cit., n°509.
56
T. GARE et C. GINESTE, loc.cit.
57
Pour reprendre le terme de J. PRADEL, Manuel de droit pénal général, Paris, 16éme éd. Cujas, 2006, p. 526.
21
Benthamien : l'agent doit avoir plus d'intérêt à respecter la loi qu'à la violer58. L'application de
la peine est donc censée détourner le condamné de toute récidive.
L'intimidation collective ( ou prévention générale ou encore général deterrence
des anglo-saxons ) suppose que la peine infligée au délinquant constitue un avertissement,
une mise en garde adressée à tous les citoyens qui seraient tentés de l'imiter59, la menace
d'une grande sévérité devant décourager d'éventuels délinquants. Comme le disait Montaigne :
« On ne corrige pas celui qu'on prend, on corrige les autres par lui » 60.
3. La fonction de réadaptation
La fonction de réadaptation (on parle aussi d’amendement) suppose que la peine
peut retenir l'ancien délinquant dans la bonne Voie en lui inspirant des attitudes honnêtes vis-
à-vis de la société. On espère surtout que, par les peines privatives de liberté, on peut
soumettre le détenu à un traitement de resocialisation et de relèvement... Cette fonction est
jusqu'à ce jour considérée comme la plus importante de la peine61. Sous l'influence des idées
positivistes, on estime que la peine doit avoir pour objet de réadapter le délinquant à la société
afin que, plus tard, il ne retombe pas dans la délinquance. L'objectif est incontestablement
généreux et socialement utile62. Bernard BOULOC estime même qu'une répression qui ne
s'occupe pas de réadapter les délinquants fait une œuvre vaine et inhumaine63.
4. La fonction d'élimination
La fonction d'élimination consiste en ce que, par l'application l'exécution de la
peine, le délinquant est mis hors d'état de nuire. La peine qui remplit par excellence ce rôle est
la mort. Mais on peut aussi dire que les peines privatives de liberté comportent une dimension
éliminatrice en ce sens que, pendant leur application, le condamné n'est pas en mesure de
recommencer64.
58
R. NYABIRUNGU Mwene SONGA, op.cit., p. 345.
59
NYABIRUNGU Mwene SONGA, op.cit., p. 347.
60
MONTAIGNE, Essais, Livre 2, chap. 7., Cité par J. PRADEL, op.cit., p.526.
61
NYABIRUNGU Mwene SONGA, op.cit., p. 347.
62
T. Garé et C. GINESTET, loc.cit.
63
B. BOULOC, Droit pénal général, Paris, 23ème éd. Dalloz, 2013, n°502., Cité par NGOTO Ngoie
NGALINGI, L'essentiel du Droit pénal congolais, Kinshasa, PUC, 2018, p. 71.
64
NYABIRUNGU Mwene SONGA, Op.Cit., p. 347.
65
B. BOULOC, Op.Cit., p.439.
22
s'accorde à reconnaître à la peine plusieurs caractères. Mais, en principe, toute peine est, par
nature, afflictive, infamante, déterminée et définitive66.
1. Le caractère afflictif
Ce caractère découle essentiellement du but de rétribution ; la peine est un
châtiment, elle est ressentie par l'individu comme quelque chose de pénible, une souffrance ou
tout au moins une privation, une gêne sensible. Pour remplir le but d'intimidation, on peut être
amené à renforcer ce caractère afflictif67. Pour favoriser la réadaptation, le juge personnalise la
peine68.
2. Le caractère infamant
La peine désigne le condamné à la réprobation publique. Elle constitue une sorte
de « chemin de la honte »69. La condamnation atteste qu'il est bien l'auteur de l'infraction,
d'une infraction plus ou moins grave, résultat d'une faute plus ou moins lourde, le degré de
l'une et de l'autre étant marqué par l'importance de la peine infligée. Toute peine est infamante
en soi ; le caractère infamant est même proportionnel au caractère afflictif70.
3. Le caractère déterminé
À en croire Bernard BOULOC, Pour atteindre son but d'intimidation et de
rétribution, la peine doit être déterminée 71 . Le condamné doit savoir combien de temps il
passera en prison et/ou connaître le montant de l'amende qu'il doit payer. Ce caractère est une
garantie contre l'arbitraire des services administratifs chargés d'exécuter les condamnations
pénales.
4. Le caractère définitif
Il importe de souligner que le jugement pénal qui prononce une peine, après
l'expiration des voies de recours, acquiert l'autorité de la chose jugée. La peine prononcée
n'est plus susceptible de modification : elle devient donc définitive. C'est elle qui, sans
préjudice des assouplissements apportés par les causes d'effacement de la condamnation 72,
demeurera inscrite au casier judiciaire de l'individu, et qui entraînera certaines déchéances et
incapacités.
66
Ibidem
67
Idem, n°514., p.440.
68
JC. LEROY, Droit pénal général, Montchrestien, 5ème édition, LGDJ, 2014, n°573.
69
JC. LEROY, op.cit., n°574
70
B. BOULOC, op.cit., p.440.
71
Idem, p.442.
72
Citons en ce sens : L'amnistie, la réhabilitation et la révision, telles qu'organisées en droit congolais.
23
73
Cet article dispose ce qui suit : « Aucune peine ne peut être infligée si elle n'a pas été prévue au moment où
l'infraction a été commise ».
74
Statut de la CPI, article 23 : « Une personne qui a été condamnée par la cour ne peut être punie que
conformément aux dispositions du présent statut ».
75
Voire notamment l'Article 12 de la constitution du 2006 : «Tous les Congolais sont égaux devant la loi et ont
un droit à une égale protection des lois ».
76
R. NYABIRUNGU Mwene SONGA, Op.Cit., p. 352.
24
4. Le principe de proportionnalité
Appelé aussi principe de la nécessité des peines ou encore, celui de juste mesure,
le principe de la proportionnalité consiste dans l'équilibre nécessaire entre la gravité ou le
peu de gravité de l'infraction et la peine applicable. Il doit être pris en compte aussi bien par
le législateur au moment de l'élaboration de la loi pénale que par le juge au moment de la
détermination de la peine qui doit être effectivement prononcée78. Un crime plus grand appelle
un châtiment plus grand79. En France, L'exigence de la proportionnalité des peines procède de
l'article 8 de la déclaration de 1789, selon lequel la loi ne doit établir des peines strictement et
évidemment nécessaires80. C'est ainsi que Patrick KOLB enseigne que le législateur est ténu
d'édicter des peines proportionnelles, c'est-à-dire des peines qui ne sont ni excessivement
sévères, ni dérisoires par rapport au comportement interdit81.
5. Le principe du respect de la dignité humaine
Il est impérieux que toute peine soit respectueuse de la dignité inhumaine82. La
dignité humaine est donc l'une des exigences les plus fondamentales du temps moderne. Elle
est le fondement et la finalité de la charte des nations unies et de la déclaration universelle des
droits de l'homme, lorsque celle-ci proclame au premier alinéa de son préambule que « La
reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs
droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix
dans le monde ». Elle est le fondement et la finalité du pacte international relatif aux droits
civils et politiques, de la charte africaine des droits de l'homme et des peuples et tant d'autres
instruments internationaux.
77
Voire l'article 17 de la constitution du 18 février 2006.
78
HAUS, principes généraux du droit pénal belge, 1, Gant, 1897, n°85., cité par R. NYABIRUNGU Mwene
SONGA, Op.Cit., p. 355.
79
R. NYABIRUNGU Mwene SONGA, op.cit.
80
Lu sur www. Conseil-constitutionnel.fr., 02 juillet 2008., Consulté le 03 novembre 2023.
81
P. KOLB, Cours de droit pénal général, 1ère édition, Gualino, Issy-les-Moulineaux, 2015-2016, n°164.
82
R. NYABIRUNGU Mwene SONGA, op.cit., p. 357.
25
D'ailleurs, c'est en vertu des exigences de la dignité humaine que les châtiments
corporels, tels que les coups de fouet, ont été abolis dans la plupart des législations modernes.
La stérilisation et la castration de même ont été combattues et rejetées à cause de l'atteinte
irréparable portée à la dignité humaine.
83
Voir en ce sens, code pénal français, édition originale et seule officielle, Paris, impériale, 1810.
26
de travaux forcés consiste en une prestation manuelle que doit remplir le condamné pendant
une période déterminée par le juge84. Elle est donc une peine de détention assortie de travail
obligatoire qui peut être infligée aux individus condamnés à l'emprisonnement pour des
crimes ou des délits85. Une source renseigne avec appuie que la peine de travaux forcés est
une peine prononcée par les juridictions et forçant les prisonniers à faire des travaux
pénibles86. Elle se diffère et n'est donc pas à confondre avec le travail auquel sont soumis les
pensionnaires des prisons tel qu'institué par l'alinéa 1er de l'article 64 de l'ordonnance n°344
du 17 septembre 1965 portant régime pénitentiaire, qui par ailleurs, ne constitue pas une peine
au vrai sens du mot.
Pour mieux cerner la quintessence conceptuelle de la peine de travaux forcés, il
conviendrait de l'appréhender de par son contexte historique.
La peine de travaux forcés a été une pratique courante dans de nombreux pays à
différentes périodes de l'histoire. Elle remonte à l'Antiquité, où les prisonniers de guerre
étaient souvent utilisés comme main-d'œuvre forcée pour la construction de monuments et de
structures publiques.
Au cours du Moyen Âge en Europe, les peines de travaux forcés étaient souvent
utilisées pour punir les crimes graves. Les prisonniers étaient contraints de travailler dans des
conditions difficiles, généralement dans des mines, des carrières ou des chantiers de
construction.
Au XVIIIe et au XIXe siècle, la peine de travaux forcés a été largement utilisée
dans les colonies européennes et américaines. Les prisonniers étaient employés dans des
plantations agricoles ou dans des industries telles que la construction navale et la manufacture.
Cela faisait partie intégrante du système colonial de gestion de la main-d'œuvre, fondé sur
l'esclavage, le travail forcé et l'exploitation économique des populations autochtones et des
esclaves africains.
Au fil du temps, l'opinion publique s'est tournée contre la pratique des travaux
forcés en raison de ses abus et de ses violations des droits de l'homme. Dans de nombreux
pays, les lois ont été modifiées pour abolir cette peine et la remplacer par d'autres formes de
84
E.J. LUZOLO BAMBI Lessa et N.A. BAYONA ba MEYA, op.cit., p. 522.
85
fr.m.wikipedia.org/wiki/Travaux_forcés., Consulté le 29 octobre 2023
86
Définition tirée du dictionnaire français Reverso dictionnaire., Lien : https ://dictionnaire.reverso.net/fr.,
( Consulté le 29 octobre 2023 ).
87
Https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Travaux_forc%C3%A9s., ( Consulté le 29 octobre 2023 ).
27
sanctions pénales, tel cependant, il est que dans certains pays, les travaux forcés sont encore
utilisés, parfois sous des formes modernes telles que le travail pénitentiaire. Ces pratiques
soulèvent des questions concernant les droits de l'homme et la dignité des prisonniers, et font
l'objet de débats et de contestations internationaux.
La peine de travaux forcés a une longue histoire en France et aux États-Unis. En
France, les travaux forcés étaient utilisés dès le Moyen Âge comme une forme de peine pour
les crimes graves. Au 18e siècle, les travaux forcés étaient souvent utilisés comme alternative
à la peine de mort. Les détenus étaient envoyés dans des bagnes ou des colonies pénitentiaires
où ils étaient forcés de travailler dans des conditions souvent très dures. Au fil du temps, des
critiques ont émergé concernant les abus et les atteintes aux droits de l'homme dans ces
institutions.
Au XIXe siècle, ils ont été réformés et codifiés dans le Code pénal français. Les
travaux forcés étaient souvent exécutés dans des bagnes, où les prisonniers étaient soumis à
des conditions de vie extrêmement dures.
La situation aux États-Unis est similaire. La peine des travaux forcés était
courante pendant la période coloniale et a continué d'être utilisée après l'indépendance. Les
travailleurs forcés étaient principalement des esclaves africains et afro-américains. Après
l'abolition de l'esclavage, les travaux forcés ont été utilisés comme peine pour les délinquants
condamnés, en particulier dans les États du Sud. Cette pratique a suscité de vives critiques en
raison des inégalités raciales et des conditions de travail déplorables. Donc aux États-Unis, les
travaux forcés étaient également utilisés pendant une grande partie de leur histoire. Pendant
l'époque coloniale et l'esclavage, les esclaves étaient souvent forcés de travailler dans des
plantations et d'autres lieux de travail, sans salaire et dans des conditions inhumaines. Après la
fin de l'esclavage, les travaux forcés ont été maintenus sous différentes formes, notamment
grâce au système de la chaîne du Sud, où les prisonniers étaient loués à des entreprises privées
pour effectuer des travaux pénibles.
Cependant, au fil du temps, les critiques contre les travaux forcés ont augmenté en
raison des problèmes liés aux droits de l'homme et à la dignité des prisonniers. Ces critiques
ont conduit à des réformes légales visant à abolir ou à limiter l'utilisation des travaux forcés.
Aujourd'hui, la plupart des pays, y compris la France et les États-Unis, ont aboli les travaux
forcés en tant que forme de peine.
28
En droit positif congolais, la peine de travaux forcés est une peine à domaine
unique. Elle n'est donc prévue que pour réprimer une seule infraction : le détournement des
deniers publics ou privés. Son taux est d'un an au minimum et de vingt ans au maximum.
À ce propos, l'article 145 du code pénal livre 2 est explicite « tout fonctionnaire
ou officier public, ou toute personne chargée d'un service public ou parastatal, toute
personne représentant les intérêts de l'Etat ou d'une société étatique au sein d'une société
privée, parastatal ou d'économie mixte en qualité d'administrateur, de gérant, de commissaire
aux comptes ou à tout autre titre, tout mandataire ou préposé des personnes énumérés ci-
dessus, qui aura détourné des deniers publics ou privés, des effets en tenant lieu, des pièces,
titres, actes, effets mobiliers qui étaient entre ses mains, soit en vertu, soit à raison de sa
charge, sera puni de un à vingt ans de travaux forcés »88.
Donc, la peine de travaux forcés a pour champs d'application, a pour mode
opératoire, l'infraction de détournement des deniers publics.
L'infraction de détournement des deniers publics peut se définir comme étant un
fait des fonctionnaires, officiers, personnes chargées d'un service public représentant des
intérêts de l'Etat dans les sociétés, de disposer indûment des fonds, titres, choses mobilières
qu'ils détenaient en vertu de leurs fonctions 89 . Il en découle de soi que pour parler de
détournement des deniers publics, il faut que le fonctionnaire ait eu l'argent ou les biens à sa
disposition. Ces choses doivent lui avoir été confiées à l'occasion de l'exercice de ses
fonctions, soit par l'Etat ou une autre collectivité publique, soit par les particuliers
88
Article 145 du code pénal congolais livre 2.
89
P. AKELE ADAU et alli, Droit pénal spécial, notes des cours, inédit, G3 Droit UPC, 2003-2004, p. 253.
29
(administrés, redevables, contribuables etc. ), Soit enfin par les utilisateurs d'un service public
qui peut opérer des transferts des fonds90.
Cette infraction mérite que soient analysées ses composantes. Nous allons y
procéder en dégageant ses particules extrinsèques ou conditions préalables et ses particules
intrinsèques ou éléments strictement constitutifs91.
Ces particules que nous allons analyser ne sont pas à proprement parler des
éléments constitutifs, car elles ne relèvent pas forcément directement du droit pénal et ne sont
pas répréhensibles. Elles n'ont pas forcément de caractère illicite. Voilà pourquoi l'expression
« particules extrinsèques » ou « conditions préalables » est utilisée dans l'analyse. Il y a en
effet condition préalable lorsqu'une situation particulière doit d'abord être établie avant que
le résultat décrit par le droit ne se produise92.
Cela étant, de par une observation minutieuse de l'article 145 du code pénal
congolais livre 2, qui constitue la condition préalable à l’existence de l’infraction des
détournements des deniers publics ou privés, il s'en dégage que les conditions préalables à
l’établissement de cette infraction sont au nombre de quatre : la qualité de l'agent ; La qualité
de la victime ; l'objet de l'infraction ; La détention préalable de l'objet par l'agent.
1. La qualité de l'agent
L'infraction de détournement des deniers publics ne peut pas exister si l'auteur n'a
pas la qualité officielle. Il doit donc d'agir :
- D'un fonctionnaire public ou d'un officier public : Un fonctionnaire public est une
personne qui participe à un service d'Etat d'intérêt public après un acte de nomination
par une autorité publique, et après une prestation de serment, tandis qu'un officier
public est une personne chargée d'un emploi public dont le concours est nécessaire
pour des actes d'intérêt public93.
- D'une personne chargée d'un service public ou parastatal. Il s'agit d'une personne
dépositaire ou comptable qui, sans être fonctionnaire ni officier public, est investie
90
BONY CIZUNGU NYANGEZI, Les infractions de A à Z, Kinshasa, édition Laurent NYANGEZI, 2011, p.
223.
91
Au sujet de la répartition des composantes d'une infraction en particules extrinsèques et intrinsèques, lire
utilement la brochure de B. WANE BAMEME, Cours de droit pénal spécial, Kinshasa, inédit, 2021, pp 15-16.
92
B. WANE BAMEME, op.cit., p.16.
93
P. AKELE ADAU, Op.Cit., p.253.
30
d'un mandat public, et qui reçoit des deniers ou effets en vertu de sa charge. Ex : un
ministre, un bourgmestre.
- Une personne représentant les intérêts de l'Etat ou d'une société d'Etat au sein des
sociétés telles que les sociétés privées, des sociétés para étatique, des sociétés mixtes.
Ces représentant doivent participer à la direction de ces sociétés avec pouvoir de
décision. C'est-à-dire qu'ils doivent être nommés administrateurs, gérants ou
commissaires aux comptes94.
Toutes ces personnes énumérés ci-dessus peuvent donner mandat à d'autres
personnes d'intervenir dans la gestion de ces sociétés. Ainsi, ces dernières peuvent être
auteurs de l'infraction de détournement des deniers publics ou privés.
2. La qualité de la victime
La victime de l'infraction de détournement des deniers publics est généralement
l'Etat et les collectivités publiques qui sont les démembrements de l'Etat. La victime peut
aussi, dans certains cas, être une personne morale semi-publique 95 , ou même, dans une
certaine mesure, les particuliers96.
3. L'objet de l'infraction
Pour que l'infraction sous examen puisse être établie, il est nécessaire, voire
indispensable qu'il puisse s'agir de certains biens d'une nature donnée et bien déterminée qui
puissent constituer l’objet de celle-ci. Aussi, comme vu plus haut, ces biens doivent appartenir
à l'Etat ou les collectivités publiques ou encore les autres personnes assimilées, telles
qu’énumérées précédemment.
Le texte incriminateur parle :
- Des deniers publics ou privés. Le denier est une ancienne monnaie française de
cuivre ou argent, qui valait la douzième partie d'un sou tournois ou le tiers d'un liard 97 .
L'extension progressive en donne le sens large d'espèce monnayée. Dans le cas sous examen,
les deniers s'agissent donc des sommes d'argent de l'Etat et, dans une certaine mesure, l'argent
des particuliers.
94
Article 145 du code pénal congolais livre 2.
95
Il faut voir à ce titre, les personnes morales dans lesquelles l'Etat possède des intérêts, soit seul ( sociétés et
entreprises d'Etat ), soit en association avec d'autres personnes morales de droit privé ( sociétés d'économie
mixte ).
96
La victime du détournement prévu à l'article 145 du code pénal peut, en effet, être une personne privée, c'est-à-
dire un tiers, un administré, un redevable, un justiciable, une société privée qui avait confié la chose, le titre, le
document ou parfois les fonds, au fonctionnaire ou aux personnes citées à l'article 145, mais sans perdre son
droit de propriété sur cette chose.
97
Wiktionnaire, dictionnaire électronique
31
- Des effets en tenant lieu. Par-là, il faut entendre tout effet de commerce (un
chèque par exemple)
- Des pièces, titre, acte. Par pièces ou actes, il faut entendre de tous les écrits
pouvant servir de preuve, et dont la perte peut nuire à un tiers. Un acte de reconnaissance de
dette par exemple ; Par titres, il faut entendre tout titre à ordre ( lettre de change, trait,
warrant, etc. )98.
- Les effets mobiliers. Il s'agit de tout objet mobilier commerciable, tel qu'un
véhicule99. C'est-à-dire, tout ce qui selon le droit civil des biens est réputé meuble100.
98
Voir P. AKELE ADAU, Ibidem ; B. WANE BAMEME, op.cit., p.298.
99
Kinshasa, 03 novembre 1972, R.J.Z. 1973, p.187.
100
G. MINEUR, Commentaire du code pénal congolais, Bruxelles, 2e édition, Larcier, 1953, p. 321.
101
Article 145 du code pénal congolais livre 2.
102
Kinshasa, 30 décembre 1973, R.J.Z. 1974, n°2, p.99.
32
103
G. STEFANI et G. LEVASSEUR, Droit pénal général, Paris, 11e éd., Dalloz, 1980, n°157, p.183.
104
B. BOULOC, op.cit., p. 213. Les termes d'actes et de fait sont au demeurant souvent ténus pour synonyme.
105
En ce sens, P. BOUZAT et J. PINATEL, Traité de droit pénal et de criminologie, Paris, 1963,. n°111, p.182.
106
BONY CIZUNGU NYANGEZI, op.cit., p. 227.
107
Kinshasa, 07 juin 1974, R.J.Z. 1974, n°3, p. 2364.
108
G. MINEUR, op.cit., p. 322.
33
préparatoire qu'aux audiences, soit aussi sur base de présomptions résultant de la non-
justification concluante de sommes détenus à titre précaire109.
En Droit congolais, il s'observe que la peine des travaux forcés pose, en ligne de
mire, une série des problèmes qui sont, d'une part, relatifs à sa régularité et dont l'insistance
est portée sur sa conformité à la constitution (une question controversée) et, d'autre part,
relatifs à son applicabilité. L'observation, mieux l'analyse de ces problèmes nous pousse, au
bout de la réflexion, à clamer l'inopportunité du maintien de la peine des travaux forcés en
droit congolais.
Le débat autour de la régularité de la peine des travaux forcés est alimenté par la
question tendant à apprécier la conformité de la peine de travaux forcés à la constitution.
Cette question tire son origine à partir d'un regard croisé de l'article 16 alinéa 5 de la
constitution et l'article 5 du code pénal congolais.
En effet, ce débat houleux divise les opinions en deux tendances. Il y a d'un côté
la tendance antithétique 110, précurseur même du débat, qui estime que la peine de travaux
109
CSJ, RPA 26, 04/05/1974., B.A 1973-1974, kin 2001, p.76
110
Nous appelons « tendance antithétique de la régularité de la peine de travaux forcés », l'ensemble des
différentes opinions émises par les auteurs estimant que la peine de travaux forcés n'est pas régulière au regard
des règles juridiques en vigueur en droit congolais. Mais, le terme « règles » étant pluridimensionnelle, nous
faisons allusion plus particulièrement ici à la constitution. C'est-à-dire que cette tendance constitue une antithèse
de la tendance qui pense que la peine de travaux forcés est régulière ou encore conforme à la constitution. Bref,
c'est une tendance qui prône l'inconstitutionnalité de la peine de travaux forcés.
34
forcés serait irrégulière dans l'ordonnancement juridique congolais, car non conforme à la
constitution congolaise du 18 février 2006. De l'autre côté, il y a une autre tendance que nous
qualifions d' « approbative »111, qui estime que cette question de l'appréciation d'une peine au
regard de la constitution n'a pas sa raison d'être, car dans une perspective de rectitude
juridique, on apprécie plutôt la légalité d'une peine. Ainsi, la peine de travaux forcés étant
prévue par le code pénal, demeure-t-elle donc régulière.
Analysons d'abord les détails des arguments développés par ces deux tendances,
avant de donner notre opinion sur cette question.
Précurseur du débat sous examen, cette tendance s'oriente plutôt vers la prise en
considération de la loi fondamentale en la mettant au centre, mieux au commencement de tout,
au-dessus de tout.
C’est essentiellement au regard de ces deux arguments que cette tendance opine
que la peine de travaux forcés serait irrégulière dans l’ordonnancement juridique congolais.
La suprématie de la constitution sur les autres règles juridiques implique que des
mécanismes soient mis en œuvre pour que soit assurée la conformité de celles-ci à celle-là.
C'est à cette seule condition qu'est dit « Au commencement du droit est la constitution112».
111
La tendance approbative de la régularité de la peine de travaux forcés consiste ici en un ensemble d’opinions
émises par les auteurs estimant que la peine de travaux forcés est régulière, et donc la question de sa conformité
à la constitution est sans pertinence.
112
F. DELPEREE, Droit constitutionnel, Bruxelles, Larcier, 1981, p. 54.
35
Cela signifie que si une loi, ancienne ou nouvelle soit-elle, est contraire à la
constitution, la loi doit être révisée pour se conformer à la constitution qui est le saint esprit
des autres lois. Par conséquent, toute loi, ancienne ou nouvelle, révisée ou non qui est
contraire à une disposition constitutionnelle devient caduque, et de ce fait, ne saurait être
utilisée dans les instances judiciaires, et même dans les institutions du pays.
Et, les auteurs de cette tendance rappellent que la peine des travaux forcés est
prévue par l'article 5 du code pénal congolais parmi les peines à infliger aux personnes dont la
culpabilité est établie après un jugement juste et équitable. Mais, ce code pénal date de 1940
et a subi sa dernière révision en 2015, et peut-être que le législateur n'avait pas pris soin de
mener une étude profonde avant sa révision afin de déceler la non-conformité de la peine de
travaux forcés à la constitution.
Mais, avancent-ils, cela importe peu car, même si le législateur, motu proprio,
n'avait pas pris soin de mener une étude profonde lors de sa révision du code pénal afin de
déceler la non-conformité de la peine de travaux forcés à la constitution, la suprématie de la
constitution autorise la censure juridictionnelle de toute loi qui lui est contraire. Elle-même, la
constitution donc, prévoit que toute règle qui lui est contraire serait annulée pour
inconstitutionnalité et elle a institué une cour constitutionnelle à cet effet (articles 157-169).
C'est alors qu'on parle du contrôle juridictionnel de la constitutionnalité d'une loi, contrôle
113
B. OMEONGA TONGOMO, Droit constitutionnel, cours à l’usage des étudiants de première année de
Graduat de la faculté de Droit des universités congolaises, inédit, 2019, p. 79.
114
J.L. ESAMBO KANGASHE, Le droit constitutionnel, Louvain-la-Neuve, Academia, 2013, p. 94.
36
qui s'exerce par voie d'action ou d'exception115. En ce sens, poursuivent-ils, il est estimé que
les dispositions du code pénal prévoyant la peine des travaux forcés auront d'énormes
difficultés à résister face au contrôle de leur conformité à notre constitution, et par ricochet,
sont-elles appelées à se conformer à la constitution du 18 février 2006, actuellement en
vigueur, car ce texte est non seulement postérieur, mais aussi et surtout supérieur au code
pénal.
C'est donc en vertu de la corrélation de ces deux dispositions que les partisans de
cette tendance clament l'inconstitutionnalité de la peine de travaux forcés 117 . Par ailleurs,
précisent-ils que, la disposition constitutionnelle sus évoquée n'a assortie aucune exception
quant à l'interdiction de l'infliction du travail forcé.
115
Voir J.L. ESAMBO KANGASHE, Traité de droit constitutionnel congolais, Paris, L'Harmattan, 2017, p. 86.
116
Définition déjà citée. Voir supra : De la définition de la peine de travaux forcés.
117
Voir notamment B. WANE BAMEME, Droit pénal général, op.cit., p. 176 ; A. SITA MUILA, op.cit., p. 270.
37
En poursuivant, cette tendance fait observer que la peine de travaux forcés touche
à la dignité de la personne obligée de travailler dans des conditions difficiles et humiliantes.
D'ailleurs, c'est en se basant sur les considérations fondées sur les droits humains que les
instruments juridiques internationaux et particulièrement la charte des nations unies en son
article 55 oblige les États d'encourager le respect universel et effectif des droits de l'homme et
des libertés fondamentales. De même, l'article 5 de la déclaration universelle des droits de
l'homme et l'article 7 du pacte international relatif aux droits civils et politiques prescrivent
tous deux que « nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels,
inhumains ou dégradants »119. C'est ainsi que historiquement certains États ont aboli la peine
de travaux forcés en raison des problèmes liés aux droits de l'homme et à la dignité des
détenus120.
Outre l'argument consistant à dire que dans une perspective de rectitude juridique,
il n'est pas aisé, moins encore pertinent de se fonder sur la constitution pour apprécier la
régularité d'une peine (A), les auteurs de cette tendance avancent également d'autres
arguments pour justifier leur position (B).
118
Alinéa 1 du préambule de la déclaration universelle des droits de l'homme, adoptée par l'Assemblée générale
des nations unies le 10 décembre 1948 à Paris.
119
Article 5 de la déclaration universelle des droits de l’homme ; Article 7 du pacte international relatif aux
droits civils et politiques
120
V. Supra : Du contexte historique de la peine de travaux forcés
38
Les auteurs de cette tendance font observer que si l'on doit se fonder sur la
constitution pour apprécier la régularité d'une peine, décidément, toutes les peines prévues à
l'article 5 du code pénal congolais seraient inconstitutionnelles, car toute peine renferme en
son sein une certaine violence, et qui porte atteinte aux droits et libertés des citoyens.
Ainsi, de la même manière que la peine de mort porte atteinte à la vie, alors même
que toute personne a droit à la vie et à l'intégrité physique121 ; la peine de servitude pénale
porte atteinte à la liberté, alors que la liberté est sacrée122, mais aussi l'honneur ( l'honneur
d'une personne est tout aussi sacrée ) ; la peine d'amende porte atteinte au droit de
propriété123... C'est également de cette manière que la peine de travaux forcés porte atteinte à
la liberté et l'honneur. Et donc, il n'y pas de peine qui serait bonne, car déjà par définition, la
peine consiste à infliger un mal ou une souffrance à l'auteur d'une infraction au titre de
rétribution124. Par ailleurs, précisent-ils, il ne faut pas perdre de vue que la peine a toujours été
retributive, la rétribution consistant pour le délinquant de payer pour le mal qu'il a causé à la
société à la suite de l'infraction. Aucune souffrance, aucun mal ne peut être consacré comme
un droit.
Et, concluent les partisans de cette tendance, si l'on doit se fonder sur la
constitution pour apprécier la régularité d'une peine, on finira par conclure que toute peine est
inconstitutionnelle. Par ailleurs, la question de la régularité d'une peine doit s'apprécier plutôt
au regard de sa conformité à la loi pénale. C'est ce qui justifie le principe de la légalité des
peines « nulla poena sine lege ». C'est dans cet élan que la constitution congolaise du 18
février 2006 renvoie elle-même l'organisation des peines à la loi pénale. C'est ce qui découle
de l'article 122 point 6 qui dispose que « sans préjudice des autres dispositions de la présente
constitution, la loi fixe les règles concernant : ... La détermination des infractions et des
peines qui leurs sont applicables »125.
B. Autres arguments
121
Article 16 alinéa 2 de la constitution du 18 février 2006
122
Article 17 alinéa 1 et 2 de la constitution du 18 février 2006
123
Article 34 de la constitution du 18 février 2006
124
Voir supra : la partie consacrée aux notions de peine
125
Article 122 point 6 de la constitution du 18 février 2006
39
Mais, la question qui se pose plutôt à propos de cette peine, c’est sa mise à
exécution après son prononcé par le juge, car il n'existe à ce jour aucune mesure d'exécution
en l'occurrence. Toutefois, cette question ne relève pas du juge, qui peut toujours la prononcer,
mais plutôt de l'administration pénitentiaire126.
Ainsi, les auteurs de cette tendance avancent en posant une question rhétorique de
savoir si n'est-il pas appris en droit pénal la réductibilité de certaines peines à la peine
d'emprisonnement, au point de conclure que la peine carrefour, la peine fourre-tout c'est la
peine d'emprisonnement. Et donc, à défaut de mesures d'application, la peine de travaux
forcés se réduit à la peine d'emprisonnement, et la personne condamnée passera son temps en
prison comme s'il exécutait une peine d'emprisonnement127.
126
Point de vue du professeur José TASOKI MANZELE. «
https://www.facebook.com/555312882/posts/pfbid02t6EgL1GDqKWRBb4CKnk5vYARBEnSrjCAZGqZ4to5vk
VQ3b1drCzmJfKaJeQrMNNsl/?mibextid=cr9u03 », consulté le 27 octobre 2023.
127
Idem
128
CSJ, 19 Août 2011, RCONST 166/TSR
40
Cet arrêt a le mérite de mettre en avant le fait que la peine de travaux forcés tient
sa régularité du fait du principe de la légalité (que l'on veut aussi textualité) consacré par la
constitution en son article 17, mais aussi du fait de la plénitude d'organisation des peines
laissée à la loi par l'article 122 point 6 de la constitution.
Nous pensons à notre avis que les arguments solides et solubles quant à cette
question doivent être recherchés ailleurs qu'aux arguments développés par les deux tendances
antagonistes.
En tant que non-aligné, nous devons d'abord rencontrer les arguments de ces deux
tendances ci-dessus développés (A), avant de donner notre approche de solution en ce qui
concerne cette question de la constitutionnalité ou non de la peine de travaux forcés (B).
Rappelons que les tenants de cette tendance prônent qu'il est logique et de bon
droit d'apprécier la régularité d'une peine en vertu de la constitution, ou disons le bien, la
constitutionnalité d'une peine, car la constitution est la loi suprême d'un État, et c'est d'elle que
toutes les lois tirent leur fondement. Ce qui implique que toute loi doit se conformer à la
constitution, au risque de subir la censure autoritaire. Ainsi, l'article 16 alinéa 5 de la
constitution ayant proscrit l'infliction d'un travail forcé, l'article 5 du code pénal qui prévoit la
peine de travaux forcés parmi les peines applicables aux infractions serait contraire à la
constitution.
Par ailleurs, le travail forcé dont fait allusion l'article 16 alinéa 5 de la constitution
se trouve plutôt défini à l'article 2 de la convention sur le travail forcé de 1930. Il découle de
cet article ce qui suit :
(a) tout travail ou service exigé en vertu des lois sur le service militaire
obligatoire et affecté à des travaux d'un caractère purement militaire ;
(b) tout travail ou service faisant partie des obligations civiques normales des
citoyens d'un pays se gouvernant pleinement lui-même ;
129
Voir S. GUICHARD et T. DEBARD, Lexique des termes juridiques, Paris, Dalloz, 2019.
130
Convention de l'OIT n°29 sur le travail forcé de 1930 ( entrée en vigueur le 01 mai 1932 ), ratifiée et entrée
en vigueur en RDC depuis le 20 septembre 1960
131
CSJ, 19 Août 2011, RCONST 166/TSR
42
(c) tout travail ou service exigé d'un individu comme conséquence d'une
condamnation prononcée par une décision judiciaire, à la condition que ce
travail ou service soit exécuté sous la surveillance et le contrôle des autorités
publiques et que ledit individu ne soit pas concédé ou mis à la disposition de
particuliers, compagnies ou personnes morales privées ;
(d) tout travail ou service exigé dans les cas de force majeure, c'est-à-dire dans
les cas de guerre, de sinistres ou menaces de sinistres tels qu'incendies,
inondations, famines, tremblements de terre, épidémies et épizooties violentes,
invasions d'animaux, d'insectes ou de parasites végétaux nuisibles, et en
général toutes circonstances mettant en danger ou risquant de mettre en danger
la vie ou les conditions normales d'existence de l'ensemble ou d'une partie de la
population ;
(e) les menus travaux de village, c'est-à-dire les travaux exécutés dans l'intérêt
direct de la collectivité par les membres de celle-ci, travaux qui, de ce chef,
peuvent être considérés comme des obligations civiques normales incombant
aux membres de la collectivité, à condition que la population elle-même ou ses
représentants directs aient le droit de se prononcer sur le bien-fondé de ces
travaux»132.
132
Article 2 de la Convention de l’OIT n° 29 sur le travail forcé de 1930, ratifiée et entrée en vigueur en RDC
depuis le 20 septembre 1960
133
La RDC est membre de l'OIT depuis le 20 septembre 1960
134
Convention de l'OIT n° 105 sur l'abolition du travail forcé de 1957, ratifiée et entrée en vigueur en RDC
depuis le 20 juin 2001
135
Article 2 de la Convention de l'OIT n° 105 sur l'abolition du travail forcé de 1957, ratifiée et entrée en vigueur
en RDC depuis le 20 juin 2001
43
Et, l'article 1er de cette convention dispose que « Tout membre de l'organisation
internationale du travail qui ratifie la présente convention s'engage à supprimer le travail forcé
ou obligatoire et à n'y recourir sous aucune forme : a) en tant que mesure de coercition ou
d'éducation politique ou en tant que sanction à l'égard des personnes qui ont ou expriment
certaines opinions politiques ou manifestent leur opposition idéologique à l'ordre politique,
social ou économique établi ; b) en tant que méthode de mobilisation et d'utilisation de la
main-d'œuvre à des fins de développement économique ; c) en tant que mesure de discipline
du travail ; d) en tant que punition pour avoir participé à des grèves ; d) en tant que mesure de
discrimination raciale, sociale, nationale ou religieuse136 ».
Cela est d'autant vrai en ce que, même l'article 8 alinéa 3 (ou paragraphe 3) du
pacte international relatif aux droits civils et politiques fait une démarcation entre « le travail
forcé » tel que défini dans les conventions de l'OIT sur le travail forcé et « les travaux forcés »
pris dans le sens d'une peine que doit prononcer le juge à l'issue d'un procès pénal, tout en
insistant sur la validité de « travaux forcés » comme peine. Cet article dispose ce qui suit :
b) L’alinéa A du présent paragraphe ne saurait être interprété comme interdisant, dans les
pays où certains crimes peuvent être punis de détention accompagnée de travaux forcés,
l'accomplissement d'une peine de travaux forcés, infligée par un tribunal compétent ;
c) N'est pas considéré comme "travail forcé ou obligatoire" au sens du présent paragraphe :
i) Tout travail ou service, non visé à l'alinéa b, normalement requis d'un individu
qui est détenu en vertu d'une décision de justice régulière ou qui, ayant fait l'objet
d'une telle décision, est libéré conditionnellement ;
136
Article 1er de la convention de l'OIT n°105 sur l'abolition du travail forcé de 1957, ratifiée et entrée en
vigueur en RDC depuis le 20 juin 2001
44
ii) Tout service de caractère militaire et, dans les pays où l'objection de conscience
est admise, tout service national exigé des objecteurs de conscience en vertu de la
loi ;
iii) Tout service exigé dans les cas de force majeure ou de sinistres qui menacent
la vie ou le bien-être de la communauté ;
iv) Tout travail ou tout service formant partie des obligations civiques normales
»137.
137
Article 8 alinéa 3 du pacte international relatif aux droits civils et politiques, entrée en vigueur le 23 mars
1976
138
Cet article dispose que « La peine de travaux forcés est d'un an au minimum et de vingt ans au maximum.
Les condamnés aux travaux forcés subissent leur peine conformément au règlement fixé par l'ordonnance du
Président de la République.
L'exécution de la peine de travaux forcés ne peut être assimilée, ni confondue avec la peine de servitude pénale.
Toutefois, toute détention subie avant la condamnation définitive par suite de l'infraction qui donne lieu à cette
condamnation, sera imputée, pour la totalité, sur la durée de la peine de travaux forcés prononcée. ».
139
NYABIRUNGU Mwene SONGA, Cours d'évolution du droit pénal, inédit, p. 40.
45
C'est pour sécuriser ou protéger cette exigence que les États prévoient les
mécanismes de contrôle de constitutionnalité des lois. Dans un même ordre d'idées, le
professeur ESAMBO enseigne que dans un État de Droit, la suprématie de la norme
constitutionnelle implique la mise en place d'un arsenal juridique capable d'assurer la
vérification de la conformité à la constitution des actes que prennent, dans la gestion courante
des affaires de l'État, les pouvoirs publics. Le respect des règles établies par la constitution y
joue, en ce cas, le rôle de première importance140.
De ce qui précède, nous pensons à notre avis (sous réserve de mis à l'écart de
l'argument tendant à insinuer que si l'on se fonde sur la constitution pour apprécier la
régularité d'une peine, toute peine serait inconstitutionnelle, argument qui du reste est un autre
débat très étendu, et que l'on ne pourra pas s'y accentuer dans le cadre de cette étude pour de
raisons de délimitation) qu’apprécier la régularité d'une peine en se fondant sur la constitution
n'est pas un crime scientifique.
140
J.L. ESAMBO KANGASHE, Le droit constitutionnel, op.cit., p. 103.
46
Avec une volonté claire du législateur, il ne nous paraît pas aisé de voir la doctrine
aller à l'encontre, sans dérogation expresse du code pénal. Donc en ce qui concerne la peine
de travaux forcés, cet argument de la « réductibilité » n'a pas sa raison d'être.
B. Approche de solution
141
Article 6 bis, alinéa 3 du code pénal congolais
142
L’article 162 alinéa 2 de la constitution du 18 février dispose que « Tout personne peut saisir la cour
constitutionnelle pour inconstitutionnalité de tout acte législatifs ou réglementaires ».
143
Le professeur KALUBA DIBWA enseigne que la survenance du contrôle a posteriori postule que la loi a été
votée et promulguée par le Chef de l’Etat alors qu’elle est infectée des vices d’inconstitutionnalité. Dans ce cas,
toute personne détient le droit de saisine vis-à-vis des lois, qu’elles soient organiques ou ordinaires, dans la
mesure où elles renferme un vice d’inconstitutionnalité. ( D. KALUBA DIBWA, La justice constitutionnelle en
République Démocratique du Congo, Louvain-la-Neuve, Academia, 2013, p. 508. )
144
Article 162 alinéa 3 de la constitution du 18 février 2006
47
soulevée comme moyen de défense. Et la cour constitutionnelle exerce tous ces contrôles en
vertu du pouvoir lui octroyé par la constitution de contrôler la constitutionnalité des lois145.
Donc, il est assez précis que les dispositions du code pénal ne peuvent
régulièrement être attaquées par voie d’action. C’est dans cette optique qu’il a été jugé qu’ «
est irrecevable pour forclusion, la requête visant l’inconstitutionnalité des certains articles du
code pénal ordinaire, du code de justice militaire et toutes les dispositions légales relatives à
la peine de mort, en République Démocratique du Congo, parce qu’introduite au-delà du
délai légal imposé par la loi n°13/026 du 15 octobre 2013 portant organisation et
fonctionnement de la cour constitutionnelle147 ».
145
Article 160 alinéa 1er de la constitution du 18 février 2006
146
Article 50 de la loi organique N° 13/026 du 15 octobre 2013 portant organisation et fonctionnement de la cour
constitutionnelle
147
Cour constitutionnelle, 29 janvier 2016, R.Const. 0007.
148
Par voie d’exception, la Haute Cour est saisie non d’une requête mais plutôt d’un jugement ou arrêt avant dire
droit ordonnant à la fois la surséance de l’examen de la question principale et renvoyant la question de
constitutionnalité à la connaissance de la Cour constitutionnelle. C’est ce qui résulte de l’arrêt sous R. CONST
1272 du 04 décembre 2020.
149
Article 52 alinéa 1er de la loi organique N° 13/026 du 15 octobre 2013 portant organisation et fonctionnement
de la cour constitutionnelle
48
150
Cette procédure suppose une partie à l’instance devant la juridiction de fond qui doit faire demande sous
forme d’une exception d’inconstitutionnalité contre une loi, en vigueur, mais dont l’application est dénoncée
dans une instance en cours. Saisie d’une telle requête, la juridiction de fond s’assure que la sollicitation porte
uniquement sur une loi ou un acte ayant force de loi, à l’exception de toute contestation sur les faits de la cause
ou la procédure encours devant elle.
Soulevé au cours du procès, le moyen d’inconstitutionnalité est invoqué, soit par une requête écrite, soit par un
argumentaire développé pendant l’instruction de la cause, soit encore dans une note de plaidoirie présentée par la
partie intéressée ; le juge peut, lui-même, l’invoquer d’office.
Portée devant la juridiction de jugement, l’exception d’inconstitutionnalité doit, en plus, avoir un lien juridique
avec le droit que celle-ci se propose de dire et préjuger de l’issue de l’instance en cours. Convaincue de cette
incidence, la juridiction sursoit à statuer, par un jugement ou un arrêt avant dire droit, notifié, selon la procédure
ordinaire, au greffe de la Cour constitutionnelle.
C’est, en effet, par lettre du greffe responsable de la juridiction de fond qu’est saisie la Cour constitutionnelle.
Ne sont communiquées à la juridiction constitutionnelle que les pièces nécessaires à l’examen de l’exception
d’inconstitutionnalité à ce compris la décision de surséance prise par la juridiction de fond.
Jusqu’à la décision de la Cour constitutionnelle, la juridiction du jugement met la cause en veilleuse, mais en
vue d’éviter la surcharge devant laquelle cette juridiction peut se trouver en raison de la répétition, dans la même
cause, des exceptions d’inconstitutionnalité devant la même juridiction, il est suggéré que ce moyen ne soit
soulevé qu’une seule fois et in limine litis (CSJ, 8 septembre 2014, R. Const. 310/311/TSR.). Voir J.L ESAMBO
KANGASHE, Traité de droit constitutionnelle congolais, op.cit., p. 87.
De la lecture de l’arrêt sous R. Const 310/311/TSR, il y a lieu de noter que c’est pour répliquer à une
circonstance exceptionnelle qualifié de « répétition » que le Premier Président de la Cour Suprême de Justice
à l’époque avait ordonné, dans sa circulaire, que l’exception d’inconstitutionnalité soit soulevée « in limine
litis ». On peut lire dans cette circulaire N°001 de la 7/03/2017 portant transmission des dossiers à la Cour
Constitutionnelle pour examen de l’exception d’inconstitutionnalité après surséance, ce qui suit : «
S’agissant des exceptions à répétition en cette matière, la Cour Suprême de Justice a, sous R. Const.
310/311 TSR, préconisé que cette exception est à soulever une seule fois devant le juge de fond et in limine
litis et à cette occasion la personne qui compte s’en prévaloir indique les dispositions législatives ou
règlementaires et les dispositions de la Constitution dont la violation est invoquée pour que la saisine de la
Cour Constitutionnelle soit dépouillée de tout dilatoire ».
Cependant, nul ne pouvant savoir quelle sera la loi qui sera appliquée la procédure durant, c’est à tort de dire
que cette exception doit être soulevé in limine litis, à moins que les justiciable soient magiciens pour savoir
toutes les dispositions des lois qui seront utilisées par les magistrats au cours d’un procès.
C’est ainsi que, dans son Arrêt sous R.Const 1272 du 04 décembre 2020, la Cour constitutionnelle avait relevé
que l’exception d’inconstitutionnalité, cette question prioritaire préjudicielle, est d’ordre public et doit être
invoquée, non pas in limine litis, comme l’a laissé entendre la circulaire n° 001 du 7 mars 2017 du Premier
Président de la Cour suprême de justice, mais plutôt à toute hauteur de la procédure, dès lors que même une
juridiction peut l’invoquer d’office.
151
La doctrine enseigne que, lorsqu’il est prévu, le contrôle de la constitutionnalité par voie d’action, la loi
qualifiée d’inconstitutionnelle est directement déférée devant une juridiction chargée de contrôler la
constitutionnalité. Au cas où la juridiction se prononce en faveur de l’inconstitutionnalité, elle prononce
l’annulation pure et simple de la loi. La décision s’impose à tous et bénéficie d’une autorité absolue de la chose
jugée. ( J.L. ESAMBO KANGASHE, Le droit constitutionnel, op.cit., p. 108. ).
49
cette loi bien qu’inconstitutionnelle152. Ce qui rend compte du caractère relatif de l'autorité de
la chose jugée qui y est rattachée.
Alors, quelle issue à donner à une affaire pendante devant une juridiction de
fond impliquant l’infraction de détournement des deniers publics, mais dont le prévenu
soulève l’exception d’inconstitutionnalité de la peine de travaux forcés, et qu’ayant été
saisie, la cour constitutionnelle décide que la peine de travaux forcés est inconstitutionnelle,
sachant alors que seule la peine de travaux forcés qui, étant la peine principale applicable
pour l’infraction de détournement des deniers publics, devrait être appliquée ?
152
B. OMEONGA TONGOMO, op.cit, p.133.
153
Martine HERZOG-EVANS, Droit de l'exécution des peines, Paris, 3ème éd., Dalloz, 2007, n°0.11-0.12., cité
par J.M TASOKI MANZELE, Procédure pénale congolaise, Paris, L'harmattan, 2016, p. 361.
50
Ainsi, dans son attribution d'organiser des peines telle que lui octroyée par la
constitution154, la loi ( le code pénal donc ) énumère les peines applicables aux infractions et
prévoit leurs exécutions selon les modalités qui doivent être déterminées ou fixées par le
président de la République.
La peine de travaux forcés a été introduite dans l'arsenal répressif congolais par la
loi n°73-017 du 05 janvier 1973155. Remarquons qu'il y a de cela 5 décennies qu'elle a été
consacrée parmi les peines applicables aux infractions. Comme vu plus haut, elle a été
consacrée pour être appliquée en matière de détournement des deniers publics ou privés. En
effet, d'après la loi, la consécration de la peine de travaux forcés devrait être suivie de la prise
des mesures d'exécution qui devraient préciser le modus operandi, le régime d'exécution de
cette peine. Malheureusement depuis le 05 janvier 1973, ces mesures d'exécution n'ont jamais
été prises.
154
Lire l'article 122 point 6 de la constitution du 18 février 2006
155
NYABIRUNGU Mwene SONGA, op.cit., p. 375.
51
Cela étant, l'impunité ne pouvant pas être favorisée dans un État qui se veut de
droit, et pour pallier à cette situation non-sécuritaire que fait surgir la peine de travaux forcés,
il s'observe que dans la pratique, par défaut du régime juridique approprié, la peine de travaux
forcés s'exécute concrètement dans les mêmes conditions que celle de servitude pénale. Une
pratique pourtant tout aussi contra legem. Car, l'exécution de la peine de travaux forcés ne
peut être assimilée, ni confondue avec la peine de servitude pénale156.
Il appert de préciser qu'en l'état actuel du droit positif congolais, c'est le premier
ministre, titulaire du pouvoir réglementaire général pour l'exécution des lois (en l'espèce le
code pénal) qui doit prendre un décret portant modalités d'exécution de la peine des travaux
forcés. Cela se justifie par ces raisons qui subsistent :
En effet, comme souligné déjà, la peine de travaux forcés a été introduite dans
notre droit en matière de détournement des deniers publics ou privés par la loi n°73-017 du 05
janvier 1973. Et, observons que cette loi a été élaborée sous l'égide de la constitution du 24
juin 1967 telle que modifiée successivement par plusieurs lois158.
156
Article 6 bis alinéa 3 du code pénal
157
C.S.J., R.P. 324, 7 octobre 1980, Affaire Mupemba c/ Ministère public et société Boukin, Bulletin des arrêts
de la cour suprême de justice, années 1980 à 1984, Kinshasa, année d'édition 2001, pp. 83-86.
158
Lire avec intérêt J. DJOLI ESENG'EKELI, Droit constitutionnel : l'expérience congolaise ( RDC ), Paris,
L'Harmattan, 2013, pp. 115-133.
52
C'est dans ce cadre que l'article 27 de cette constitution du 24 juin 1967 disposait
que « le président de la république assure l'exécution des lois et fait les règlements de police
et d'organisation interne de l'administration. Il exerce ce pouvoir par voie d'ordonnance »160.
Comme on peut bien le remarquer, il était donc logique que la prise des mesures
d'exécution de la peine de travaux forcés sus-évoquée soit conférée au président de la
république, car l'article 27 précité conférait au président de la république, chef de l'exécutif, le
pouvoir réglementaire général tout en déterminant le contenu de ce pouvoir161.
159
F. VUNDUAWE te PEMAKO, Traité de droit administratif, Bruxelles, Larcier, 2007, p. 363.
160
Article 27 de la constitution zaïroise du 24 juin 1967, JORZ, n°14 du 15 juillet 1967, p.568.
161
Lire le Mémoire explicatif sous l'article 27 du projet de constitution établi sur la base du texte de l'avant projet
présenté au président de la république et sur la base des discussions de la commission politique du
gouvernement., Constitution du 24 juin 1967, JORZ,n°14 du 15 juillet 1967, p. 554.
162
Article 92 de la constitution du 18 février 2006
163
L. YUMA BIABA, L'essentiel du droit administratif général, Kinshasa, kinpress, 2019, p. 41.
53
Ce que nous cherchons à analyser ici, c'est la plus forte expression pénale dotée à
la peine de travaux forcés par rapport aux autres peines, surtout par rapport à la servitude
pénale. Est-il réellement vrai que la peine de travaux forcés est plus forte que celle de
servitude pénale ? S'il faudrait suivre la logique et le vœu du législateur, nous répondrons à
cette question à l'affirmatif, étant donné que la peine de travaux forcés occupe la deuxième
place après la peine de mort. Pourtant, en analysant pratiquement cette question avec la mise
en œuvre des règles applicables aux peines, il ne nous paraît pas aisé d'y répondre à
l'affirmatif, car des incohérences subsistent à cette affirmativité.
En effet, d'après la position qu'elle occupe juste après la peine de mort, la peine de
travaux forcés est dotée, par le législateur, d'une plus grande gravité que les autres peines. Du
coup, on relève plusieurs incohérences pratiques lorsqu'il faut lui appliquer certaines règles
normalement applicables aux peines ; incohérences qui font qu'au bout de la réflexion, on la
trouve plutôt moins forte que la servitude pénale, contrairement au vœu du législateur. Cela se
témoigne du fait des interrogations demeurant sur le fait sur elle des circonstances atténuantes
(A); et sur les règles applicables en cas de concours des peines (B).
En effet, les règles consacrées en cas de reconnaissance, par les juridictions, des
circonstances atténuantes en faveur du prévenu, admettent que la peine la plus forte cède le
pas à la peine immédiatement inférieure166. Si d'après le code pénal, la peine de travaux forcés
est immédiatement inférieure à la peine de mort, c'est elle qui devrait normalement prendre la
place de celle-ci en cas des circonstances atténuantes. Pourtant, d'après la loi, la peine de
travaux forcés ne peut pas aller au-delà de 20 ans.
164
NYABIRUNGU Mwene SONGA, op.cit., p. 392.
165
Idem
166
Article 19 du code pénal
55
pour conséquence qu'en cas de circonstances atténuantes les travaux forcés seront remplacés
par la servitude pénale.
Mais, qui admettrait une telle logique, si on lui demandait de remplacer 20 ans de
travaux forcés par la servitude pénale à perpétuité ? En d’autres termes, l’on peut préférer
l’enfermement à la prison à vie (sachant qu’en sus de cet enfermement, l’on sera soumis aux
travaux internes de la prison) au détriment d’une peine de 20 ans de travaux forcés ? Nous
pensons que non, pour la simple raison que, la première punition s’avère plus grave que la
deuxième.
C'est ainsi que nous estimons, avec le professeur NYABIRUNGU, que face à ces
complications pratiques, devrait être rejetée l'idée de considérer la peine de travaux forcés
comme absolument plus forte que la peine de servitude pénale, même perpétuelle. On devrait
distinguer selon que la servitude pénale est à perpétuité ou à temps. Comme la peine de
travaux forcés est de 1 à 20 ans on devrait considérer la peine se SP à perpétuité comme
toujours plus forte. Vis-à-vis de SP à temps, les travaux forcés devraient être considérés
comme la peine la plus forte lorsqu'ils sont de durée égale ou supérieure à celle de SP à temps.
Nous pouvons comparer cette suggestion avec l'article 63 du code pénal belge qui dispose : «
La peine la plus forte est celle dont la durée est la plus longue. Si les peines sont de même
durée, les travaux forcés et l réclusion sont considérés comme des peines plus fortes que la
détention »167.
167
NYABIRUNGU Mwene SONGA, op.cit., p. 160.
168
Article 20 alinéa 2 du code pénal
56
dans une volonté unique et de prendre en compte chaque peine pour ne retenir que la plus
forte expression pénale169.
Dans les deux cas, des questions se posent. Dans le cas de cumul des peines, si les
sanctions à prononcer sont de natures différentes, la plus forte absorbera la plus faible. Il se
pose alors la question de savoir ce qu’il adviendra si, dans le cadre de ce concours, une peine
de servitude pénale à perpétuité vient à être en concours matériel avec celle de travaux forcés.
Concrètement, comment résoudre la question si les travaux forcés effectivement prononcés
sont portés à un an ? Faut-il considérer comme équitable la solution qui voudrait qu’une seule
année des travaux forcés absorbe la servitude pénale à perpétuité ? Suivant le même exemple,
faut-il considérer qu’en concours idéal, une année de travaux forcés constitue la peine la plus
forte devant l’emporter sur la prison à vie ?
Ces solutions sont à la fois absurdes et choquantes. Ici également, nous réitérons
avec l’emprunt de la formule écritoire du professeur NYABIRUNGU pour dire que face à ces
complications pratiques, devrait être rejetée l'idée de considérer la peine de travaux forcés
comme absolument plus forte que la peine de servitude pénale, même perpétuelle. On devrait
distinguer selon que la servitude pénale est à perpétuité ou à temps. Comme la peine de
travaux forcés est de 1 à 20 ans on devrait considérer la peine se SP à perpétuité comme
toujours plus forte et donc devant absorber les travaux forcés, qu'il s'agisse du concours
matériel (article 20, al. 2) ou du concours idéal (article 20 al. 1er). Vis-à-vis de SP à temps, les
travaux forcés devraient être considérés comme la peine la plus forte lorsqu'ils sont de durée
égale ou supérieure à celle de SP à temps170.
Tour à tour, après qu'il va falloir donner les éléments qui justifient qu'il n'est pas
opportun de maintenir la peine de travaux forcés dans le contexte actuel du droit congolais
(§1), nous allons faire des propositions en vue d'une réforme éventuelle (§2).
169
Article 20 alinéa 1 du code pénal
170
NYABIRUNGU Mwene SONGA, op.cit., p. 160.
57
Nous l'avions vu, la peine de travaux forcés a été introduite en droit pénal
congolais par la loi n°73-017 du 05 janvier 1973, pour réprimer l'infraction de détournement
des deniers publics ou privés. L'exposé des motifs de cette loi renseigne que l'introduction ou
la consécration de la peine de travaux forcés a été légitimée et justifiée parce qu'elle serait
intimidante, dissuasive et permet par ailleurs à l'Etat une certaine compensation de la perte
qu'il subit à la suite de l'infraction de détournement171. C'est-à-dire que le législateur de 1973
présentait cette peine comme une mesure efficace susceptible non seulement de dissuader les
détourneurs par l'intimidation, mais aussi susceptible d'aider l'Etat à tirer économiquement
profit par les travaux des condamnés, en guise de compensation.
Donc, la consécration de cette peine avait pour objectif de poursuivre deux buts :
l'intimidation ou la prévention et le profit économique.
171
Voir J.O. du 15 fév. 1973, Ed. Provisoire, n°4, p. 26.
172
R. NYABIRUNGU Mwene SONGA, op.cit., p.376.
58
C'est pourquoi certains auteurs affirment que le but d'intimidation d'une peine se
dédouble en intimidation individuelle et en intimidation collective. La première suppose que
le délinquant qui a déjà subi une peine en a pris la mesure, il connaît le désagrément qu'elle
comporte et doit autant que possible éviter de la subir de nouveau ; et la deuxième suppose
que la peine infligée au délinquant et subie par lui constitue un avertissement, une mise en
garde adressée à tous les citoyens qui seraient tentés de l'imiter.
Or, en RDC, il y a de cela 5 décennies que la peine de travaux forcés n'est pas
organisée, c'est-à-dire qu'elle n'a jamais été exécutée depuis plus de 50 ans. Un règlement
devant organiser son régime d'exécution aurait dû intervenir, mais sans succès jusque-là.
Concernant la fonction économique, elle aussi n'a pas été atteinte, étant donné
l'absence de l'organisation de cette peine, absence dû à l'inexistence du règlement devant fixer
le régime d'exécution.
173
ESIKA MAKOMBO eso BINA, Le code pénal Zaïrois annoté : des infractions et de la répression en général,
Lubumbashi, Ed.ESIKA, 1977 , p.111.
59
Par ailleurs, il ne faudrait pas perdre de vue que la justification du législateur dans
la consécration de la peine de travaux forcés tendant à se fonder sur l'effet économique de
celle-ci n'est pas pertinente, car l'institution de la peine de travaux forcés ne constitue pas une
innovation fondamentale en matière de travail pénitentiaire, puisque L'ordonnance n°344 du
17 septembre 1965 portant régime pénitentiaire, du reste abrogée par la loi du 15 juin 2023
déterminant les principes fondamentaux relatifs au régime pénitentiaire, prévoyait déjà que «
Le travail est obligatoire pour les détenus des prisons et des camps de détention »174. Ce
travail ainsi prescrit s'est-il avéré productif ? Les témoignages concordent pour répondre par
la négative.
S'il ne s'agit que de cet effet économique, la peine de travaux forcés n'a pas sa
raison d'être en droit congolais, la peine d'amende aurait suffi.
174
Article 64 alinéa 1er de L'ordonnance n°344 du 17 septembre 1965 portant régime pénitentiaire
En France notamment, la peine de travaux forcés a été mise à l’écart par l’ordonnance du 4 juin 1960 ; En
175
Belgique, la peine de travaux forcés a été mise à l’écart par la loi du 11 juillet 1996
60
et pendant qu'était fustigée la notion des traitements cruels, inhumains et dégradants, la peine
des travaux forcés était de plus en plus perçue comme une mesure d'asservissement qui
rappelait à la mémoire les douloureux souvenirs des époques d'esclavagisme 176 . Signalons
également que le contexte historique qu'a milité cette peine nous renseigne que des critiques
ont émergé concernant les abus et les atteintes aux droits de l'homme que suscitait son
exécution, et donc la plus part des pays qui l'ont aboli se sont fondés sur les considérations
d'humanisme.
Ainsi, il serait judicieux de tenir compte de cette approche pour s'en convaincre
que même si un jour l'on songerait à édicter enfin les mesures d'exécution de la peine de
travaux forcés en droit congolais pour couvrir les irrégularités qui surgissent dans son
applicabilité, cela serait inutile puisque les textes juridiques tant du droit interne
qu'international adoptés par la RDC proscrivent la soumission d'un être humain à des
traitements cruels, inhumains et dégradants. Or, la peine de travaux forcés présente tous ces
caractères.
Cela étant, il demeure vrai que l'aspect humanitaire que foule au pied l'imposition
des travaux forcés à un être humain est suffisant pour s'armer d'aversion contre une telle peine.
L'idéal serait qu'elle soit abolie. D'ailleurs, certaines voix se sont toujours exprimées pour sa
suppression, car elle ne présente aucun avantage pour notre droit. Au contraire, elle a
l'inconvénient de constituer une expression archaïque des fonctions de la peine qui ne se
réduiraient qu'à la répression et à l'infliction du mal pour le mal180.
176
E.J. LUZOLO BAMBI LESSA et N.A. BAYONA ba MEYA, op.cit., p. 523.
177
Article 16 alinéa 4 de la constitution du 18 février 2006
178
Article 5 de la déclaration universelle des droits de l'homme
179
Article 7 du pacte international relatif aux droits civils et politiques
180
R. NYABIRUNGU Mwene SONGA, op.cit., p. 376.
61
Compte tenu des considérations fondées sur les caractères cruel et inhumain de la
peine de travaux forcés, et par respect du principe de la dignité humaine, mais également en
raison du problème d'inexécutabilité dont elle est butée et toutes les conséquences qui en
découlent, ainsi que le défaut d'intérêt de son maintien dans l'arsenal répressif congolais, et
dans une perspective de faire triompher l'idéal de la resocialisation du délinquant que poursuit
par ailleurs le droit pénal contemporain, nous proposons l'abolition de la peine de travaux
forcés en droit pénal congolais.
Mais, puisqu’il est estimé nécessaire que la peine de travaux forcés soit abolie au
Congo (A), il faudrait alors d'ores et déjà réfléchir sur les peines de remplacement (B).
A. Nécessité d’abolition
Si les législations qui ont inspiré le droit pénal congolais se sont montrées
évolutives dans la conception de leurs politiques pénales tout en s’adaptant aux exigences du
droit pénal contemporain et ont aboli la peine de travaux forcés (1), il en demeure là encore
l’une des raisons exemplatives pour l’abolition responsable de cette peine en droit congolais
(2).
Cette approche est de loin un mimétisme, c’est une nécessité considérable ; les
raisons ayant été démontrées.
En France, la peine de travaux forcés a commencé par être mise à l’écart d’abord,
en matière criminelle, depuis l’ordonnance du 04 juin 1960 qui a unifié les travaux forcés et la
réclusion pour donner lieu à la réclusion criminelle 181 . Puis, en 1981 avec la loi portant
181
J. PRADEL, op.cit., p.556, n°584.
62
abolition de la peine de mort par François Mitterand182, la peine de travaux forcés, elle qui
était une peine de substitution à la peine de mort, a été également abolie par cette loi183.
En Belgique, la peine de travaux forcés a été abolie au même moment que la peine
de mort en 1996184. Avant cela, la peine de travaux forcés pouvait être prononcée pour certains
crimes graves. Cependant, l’évolution des mentalités et des conceptions de la justice a conduit
à l’abolition de cette peine, qui était perçue comme inhumaine et contraire aux droits de
l’homme.
La réclusion criminelle peut être assortie de période de périodes de sûreté, qui sont
des périodes pendant lesquelles le condamné ne peut bénéficier de remises de peine ou de
libération conditionnelle. Ces périodes de sûreté visent à protéger la société lorsque le crime
commis est considéré comme particulièrement grave.
182
Ancien président de la République Française du 21 mai 1981 au 17 mai 1995
183
Loi du 09 octobre 1981 portant abolition de la peine de mort
184
Lire la loi du 10 juillet 1996 portant abolition de la peine de mort et modifiant les peines criminelles
185
V. Ordonnance n• 60/529 du 4 juin 1960 modifiant certaines dispositions du code pénal, du code de
procédure pénale et des codes de justice militaire
186
Article 131-1 du code pénal français
63
mesures de réhabilitation et de suivi sont mises en place dans des établissements pénitentiaires
pour aider les détenus à se réinsérer dans la société après avoir purgé leur peine.
Nous pensons à notre avis que les voix doivent être levées en vue de stimuler
l'attention du législateur quant à la situation du maintien jusque-là de la peine de travaux
forcés dans notre droit. Déjà, il nous semble qu’en interdisant le traitement cruel, inhumain ou
dégradant à l'article 16 alinéa 4 de la constitution du 18 février 2006, le constituant congolais
a exprimé son vœu de voir être abolie la peine de travaux forcés. Cette interprétation est
confortée par l'article 61 point 2 de la constitution qui cite l'interdiction des traitements cruels
et inhumains parmi les droits non-derogeables, auxquels il ne peut être porté atteinte, en
aucun cas.
187
Il y a lieu de remarquer que et en France et en Belgique, c'est la même peine de réclusion criminelle qui a
remplacé la peine de travaux forcés. Ainsi, pour éviter des répétitions, il semblerait judicieux, en ce qui concerne
ce point, de se limiter là.
188
Le 19 Novembre 2008, Radio Okapi avait fait état des débats parlementaires déroulés au sénat pour la
suppression de la peine des travaux forcés en RDC. La raison était que cette peine est contraire à la Constitution.
La chambre haute du parlement comptait ainsi amender les articles 5 et 6 bis pour empêcher l’application de la
peine de travaux forcés. Le texte avait été transféré pour harmonisation à la commission politique, administrative
et judiciaire. L’initiateur de la proposition de loi, monsieur Robert Luhonge, estimait que la condamnation aux
travaux forcés entrave les droits humains. Ainsi, proposait-il que cette peine soit remplacée par la servitude
pénale. Au cours du débat, les sénateurs avaient souhaité revoir dans la mesure du possible le code pénal, en vue
de l’adapter aux réalités actuelles. Les sénateurs avaient toutefois souligné qu’il revenait d’abord au
gouvernement d’envoyer un projet de loi au parlement.Selon les défenseurs des droits de l’homme, au cours des
50 dernières années, cette peine (travaux forcés) a été rarement prononcée en RDC. Elle est souvent remplacée
par un emprisonnement simple ou le payement des lourdes amendes. www. Radiookapi.net / Senat-justice
( Consulté le 25/09/2023.).
64
critiques faites à l’égard de cette peine ), il revient au législateur de tirer toutes les
conséquences juridiques des articles 5 et 6 bis du code pénal, 16 alinéa 4 et 61 point 2 de la
constitution, en promulguant une loi d'abolition de la peine de travaux forcés. C'est-à-dire que
L'abolition que nous souhaitons doit être un acte de volonté exprimé clairement par le
législateur dans le cadre d'une loi ordinaire abrogeant expressément cette peine. Ce serait là
une abolition manifeste et responsable.
C'est pourquoi, nous préconisons que la peine de travaux forcés soit remplacée par
la peine d'amende en combinaison de celle d'emprisonnement189. Ces deux peines pourraient
être prononcées cumulativement à titre principal.
189
À propos de cette proposition consistant à remplacer la peine de travaux forcés par celle d'emprisonnement,
nous en détenons point la singularité de la préconisation. Ainsi, lors de la Conférence Nationale Souveraine, le
professeur NYABIRUNGU, l'un des éminents pénalistes de la RDC, avait préconisé avec succès que les travaux
forcés soient supprimés et remplacés par l'emprisonnement, quitte à organiser le travail pénitentiaire en vue de
rendre le détenu plus utile à la communauté et à lui-même., Rapport de la commission juridique., Cité par R.
NYABIRUNGU Mwene SONGA, op.cit., p. 376.
65
Mais, tenant compte des observations critiques faites par les auteurs à l'endroit de
ces deux principales peines préconisées « amende et emprisonnement » concernant leur
efficacité, il serait également judicieux de penser aux peines alternatives, dès lors qu'il y aurait
nécessité, à même de substituer quelques fois les deux principales peines préconisées. Et cela,
dans la perspective d'assurer l'efficacité et l'effectivité de l'interventionnisme du droit pénal.
C'est de cette manière que nous proposons par ailleurs, la consécration en droit
pénal congolais des alternatives suivantes :
Faisons d'abord une mise au point de toutes ces peines et mesures préconisées.
Rappelons que la peine d'amende et celle d'emprisonnement sont celles que nous
proposons dans le cadre de cette étude comme peines de remplacement à la peine de travaux
forcés. Ces peines doivent être envisagées à titre principal. Mais à côté, doivent être
envisagées également des peines complémentaires.
En effet, nous pensons que la peine d'amende est la mieux adaptée et appropriée
pour remplacer celle de travaux forcés dans la répression de détournement des deniers publics,
puisqu'elle aiderait l'Etat, alors victime d'un acte qui appauvri son patrimoine, d'être compensé
d'une manière proportionnelle. Là-dessus, il sied de remarquer que l’objectif que poursuit
cette approche est celui de justice retributive en imposant une sanction proportionnelle à la
gravité de l’infraction commise. Cela vise à rétablir un certain équilibre moral en faisant en
sorte que le délinquant subisse une conséquence correspondante à son acte répréhensible.
190
J. PRADEL, Op.Cit., p. 566, n° 596.
66
Cependant, les auteurs191 relèvent que la peine d'amende peut être butée à deux
éventuels problèmes : son inadaptation à la fortune du condamné ( car elle est légère aux
riches et lourdes aux pauvres ) et l'insolvabilité du condamné ( problème de recouvrement ).
C'est dans cet esprit que nous préconisons le système de jour-amende en vue
d'atténuer le problème d'inadaptation à la fortune du condamné que peut se voir butée la peine
d'amende. Et concernant le problème de recouvrement, l'Etat peut, en vertu du droit de gage
général que reconnaît la loi à tous les créanciers sur le patrimoine de leurs débiteurs 192 ,
prendre des mesures d'exécution sur les biens du condamné, les saisir, les vendre et se faire
indemniser. Bien plus, l'Etat dispose du privilège général sur les biens meubles et d'une
hypothèque légale sur les biens immeubles du condamné pour le recouvrement des amendes
et des frais de justice, depuis l'ordonnance-loi n°71-089 du 20 septembre 1971.
Il y a peu à dire ici. L’essentiel à retenir est que le législateur pourrait fixer
l’échelle du taux que doit encourir le condamné.
191
E.J. LUZOLO BAMBI LESSA et N.A. BAYONA Ba MEYA, op.cit., p. 527.
192
Article 245 de la loi N° 73-021 du 20 juillet 1973 portant régime général des biens, regimes fonciers et
immobilier et régime des sûretés telle que modifiée et complétée par la loi N°80-008 du 18 juillet 1980
67
surveillance, maintenance, etc) à la charge de l’Etat est plus élevé que celui d’un citoyen libre
et qui contribue à la recette de l’Etat.
C’est en tenant compte de cet état de choses que nous proposons le travail
d’intérêt général comme alternative à la peine d’emprisonnement. Ainsi, l’Etat pourrait
effectuer un peu d’économie, car le condamné soumis au travail d’intérêt général rapporterait
plus qu’il ne coûte à l’Etat.
Outre les deux peines principales préconisées, l'on pourrait également retenir
d'autres mesures complémentaires. Ainsi, il semblerait très important de retenir les mesures
ci-après :
Aussi, dans le but de rendre efficace et effective l'exécution de toutes ces mesures
alternatives, notons qu’il existe déjà toute une commission de suivi de l’application de peine,
à l’exemple du juge d’application des peines telle qu’instituée en France. Cette commission
de suivi de l’application des peines a été consacrée en droit congolais par la loi n°23/028 du
15 juin 2023 déterminant les principes fondamentaux relatifs au régime pénitentiaire. Ceci est
un effort louable du législateur qui profite au système pénal congolais dans son ensemble. Car,
signalons que, l’effectivité d’exécution des décisions de justice se voit souvant heurté à
plusieurs difficultés liées notamment à l’absence des mesures adaptés, et des structures
adéquates193.
Le professeur LUZOLO BAMBI, enseigne que Cette situation est due en partie
aux faiblesses des pouvoirs exorbitants du Ministère public. Davantage porté à soutenir
l'action publique et à requérir la sanction, le Ministère public n’a pas forcément la vocation
d’appliquer cette dernière au regard des fonctions qu’elle doit remplir au bénéfice de la
réadaptation sociale du délinquant194.
193
E.J. LUZOLO BAMBI LESSA, Traité de droit judiciaire, la justice congolaise et ses institutions, Kinshasa,
PUC, 2018, p. 950.
194
E.J. LUZOLO BAMBI LESSA, Idem, p.952
69
suit : « il est institué une commission de suivi de l’application des peines dans chaque
établissement pénitentiaire195 ».
Ceci dit, accentuons-nous, tour par tour, sur les alternatives que nous préconisons :
S'agissant des modalités de son exécution, dans un premier temps, le juge fixe le
nombre de jours-amende auquel le délinquant est condamné, et qui correspond à sa
responsabilité pénale et à la gravité objective du fait. Dans un deuxième temps, il détermine la
valeur monétaire de chaque jour, compte tenu des ressources et des charges du condamné.
Ainsi, deux prévenus condamnés au même nombre de jours-amendes pourront concrètement
payer des amendes dont le montant est différent, faible pour le pauvre, élevé pour celui dont
195
Article 45 de la loi n°23/028 du 15 juin 2023 déterminant les principes fondamentaux relatifs au régime
pénitentiaire.
196
Article 46 de la loi n°23/028 du 15 juin 2023 déterminant les principes fondamentaux relatifs au régime
pénitentiaire.
197
Lire l'article 131-5 du code pénal français
70
les revenus sont importants. Le NCPF fixe le maxima de jours-amendes à 1000 euros par jour
et 360 jours.
En France, le travail d'intérêt général a été introduit par la loi du 10 juin 1983. Sa
durée est comprise entre 40 et 240 heures et dans un délai de 18 mois 200 . Il n'est pas
incompatible avec une activité socio-professionnelle. Il s'accompagne des mesures
obligatoires de contrôle, telles que les convocations du juge chargée de l'application des
peines ou de l'agent de probation.
198
R. NYABIRUNGU Mwene SONGA, op.cit., p. 379.
199
Article 134 alinéa 1 point 8 et alinéa 2 de la loi portant protection de l'enfant
200
J. PRADEL, op.cit., p. 559, n° 587.
71
L'on pourrait ainsi envisager sa consécration en droit pénal ordinaire congolais 201
en vue de pallier aux méfaits de l'emprisonnement préconisée, surtout lorsque celui-ci est de
courte durée. Ainsi, le législateur pourrait donner faculté au juge de le prononcer lorsque
celui-ci estime opportun de le prononcer en se référant au consentement éclairé du condamné
qui doit effectuer ce travail pendant un temps bien défini et entouré de toutes les garanties
sécuritaires et hygiéniques. L’article 48 de la loi n• 23/028 du 15 juin 2023 déterminant les
principes fondamentaux relatifs au régime pénitentiaire, donne voie à cette occurrence
lorsqu’il dispose que « l’Etat définit une politique pénitentiaire centrée sur la réinsertion et la
resocialisation du détenu condamné en vue de la prévention de la récidive et de lutte contre la
délinquance… cette politique contient des programmes préparatoires à la libération des
detenus condamnés, axés sur des activités socio-éducative, culturelles et de formation
professionnelle. ».
CONCLUSION
201
Pourquoi introduire dans le droit positif congolais cette sanction ? La raison est le souci de réduire la nocivité
des courtes peines d'emprisonnement, cette nocivité que dénonçait déjà, au début du 20è siècle, l'allemand LISZT
dans son « Traité de droit pénal allemand, 17e éd., 1908, traduction française, 1910, p. 108. ».
72
le deuxième axe s’est circonscrit autour d’une réflexion sur des problèmes suscités par la
peine de travaux forcés en droit congolais.
Tout d'abord, il a été démontré que la peine de travaux forcés soulève une
controverse qui se circonscrit autour de la question de sa régularité en droit congolais,
question de régularité qui s’accentue spécialement sur sa conformité à la constitution
congolaise du 18 février 2006. En cette occurrence, les opinions s’avèrent divergentes et les
arguments multiples. Mais, dans la plupart des cas, la réalité à observer est que, bien qu’il
existe une ribambelle d’arguments autour de cette question, l’on s’accorde toujours à se
pencher soit dans une tendance de l’inconstitutionnalité de la peine de travaux forcés ; soit
dans celle de la constitutionnalité de la peine de travaux forcés. Et, en ce qui nous concerne, et
pour de raisons de conviction, nous pensons qu’avant toute affirmation de
l’inconstitutionnalité ou de la constitutionnalité de la peine de travaux forcés, la cour
constitutionnelle devrait d’abord se prononcer quant à ce. Néanmoins, cela n’exclut pas que
l’on puisse se livrer déjà aux réflexions en interrogeant les textes. Ainsi, C’est pour répondre à
ce devoir scientifique que nous avions essayé d’apporter notre pierre à l’édifice de la quête de
solution quant à cette question de la conformité ou non de la peine de travaux forcés à la
constitution, en développant les arguments qui nous semble, somme toute, pas moins justes.
Nous y sommes partis en alléguant que la peine de travaux forcés est contraire aux
standards internationaux en matière de droits de l'homme et de la dignité humaine. Elle peut
être considérée comme une forme de traitement cruel, inhumain et dégradant, en raison des
conditions de travail souvent pénibles et dangereuses auxquelles les condamnés sont soumis.
Pour s’en être convaincu, il faut et il suffit de faire une étude historique de la réalité de la
peine de travaux dans le monde. D’ailleurs, c’est sur base de cette considération fondée sur les
caractères cruels, inhumain et dégradant de la peine de travaux forcés que se sont fondés
certains pays pour l’abolir. Et, Au support de cet argument, doit être invoqué l’article 16
alinéa 4 de la constitution du 18 février 2006, pour se rendre compte de la non-conformité de
la peine de travaux forcés à la constitution congolaise en vigueur.
Cependant, ces arguments semblent moins pertinents et nous les avions critiqués pour leur
inefficacité et ineffectivité dues en raison de l’inexistence du régime d’exécution de cette
peine. Aussi, elle ne favorise pas la réhabilitation et la réinsertion des détenus, alors que le
droit pénal est aujourd’hui axé sur la poursuite du but de la réinsertion sociale des condamnés.
Au vu de cette analyse, nous avions été d’accord que la peine de travaux forcés est
une peine sans importance en droit congolais. L’intérêt de son maintien se trouve injustifié.
Il est temps de réévaluer cette peine et de promouvoir des alternatives plus justes
et efficaces pour punir l’infraction de détournement tout en respectant les droits
fondamentaux des individus.
Pour cela, nous avons examiné les réformes législatives et les tendances
mondiales en matière de peines alternatives, mettant en évidence la nécessité d’abolir la peine
de travaux forcés en droit congolais et d'adopter des mesures punitives plus humaines et
respectueuses des droits de l'homme dans le système pénal congolais.
faire l'impression la plus efficace et la plus durable sur l'esprit des hommes et la moins
cruelle sur le criminel202 ».
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202
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75
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6. Loi n° 73-021 du 20 juillet 1973 Portant régime général des biens, régime foncier et
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7. Loi n°024/2002 du 18 novembre 2002 portant code pénal militaire, in les Codes Larcier,
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35. REZSOHAZY (R), Théories et critiques des faits sociaux, Bruxelles, La Renaissance du
livre, 1971.
37. SITA MUILA (A), Manuel de Droit pénal Général Congolais, Paris, L'Harmattan, 2020.
38. SOYER (J-C), La commission des droits de l'homme, Paris, 19é.ed. PUF, 1999.
39. STEFANI (G) et LEVASSEUR (G), Droit pénal général, Paris, 11e éd. Dalloz, 1980.
40. TASOKI MANZELE (J-M), Procédure pénale congolaise, Paris, L'harmattan, 2016.
41. VINCENT (J) et alli., La justice et ses institutions, Paris, 3e éd., Dalloz, 1991.
42. VUNDUAWE te PEMAKO (F), Traité de droit administratif, Bruxelles, Larcier, 2007.
43. XAVIER PIN, Droit pénal général, Paris, 10ème.ed. Dalloz, 2019
44. YUMA BIABA (L), L'essentiel du droit administratif général, Kinshasa, kinpress, 2019.
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B. NOTES DE COURS
1. AKELE ADAU (Pierre) et alli, Cours de Droit pénal spécial, à l’attention des étudiants
de G3 Droit UPC, 2003-2004, 278 pages.
4. WANE BAMEME (Bienvenu), Cours de droit pénal général, destiné aux étudiants de G2
Droit, 2013-2014, 231 pages.
5. WANE BAMEME (Bienvenu), Cours de droit pénal spécial, destiné aux étudiants de G3
droit, 2020-2021, 338 pages.
C. ARTICLES DE REVUE
1. AKELE ADAU P., « Rapport de synthèse sur l’atelier de réforme du code pénal
congolais », in réforme du code pénal congolais, Tome I, état des lieux et inventaire des
problèmes du droit pénal congolais, Kinshasa, éd. CEPAS, 2009
2. LUZOLO BAMBI LESSA, « Quel droit judiciaire pour une meilleure prise en compte de
la réforme du code pénal ? », in Réforme du code pénal congolais, T.2, à la recherche des
options fondamentales du code pénal congolais, Kinshasa, éd. CEPAS, 2009.
WEBOGRAPHIE
1. www. Radiookapi.net / Senat-justice (Consulté le 25/09/2023).
5. www.facebook.com/555312882/posts/pfbid02t6EgL1GDqKWRBb4CKnk5vYARBEnSrj
CAZGqZ4to5vkVQ3b1drCzmJfKaJeQrMNNsl/?mibextid ( consulté le 27 octobre 2023 ).
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