Cours D'institutions, Organisation, Economie Et Société 2024-2025
Cours D'institutions, Organisation, Economie Et Société 2024-2025
Janvier 2025
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Pr Hilaire Nkengfack-Cours de « Institutions, Organisations, Economie et Société, Master 2 Recherche EPU 2024-2025
Sommaire
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Objectifs et Descriptif du cours EPU5069 : Institutions,
organisations, économie et société
Objectifs : ce cours a pour ambition de familiariser les apprenants aux nouvelles approches
d’analyse des politiques, des institutions, des organisations et des acteurs cruciaux de
l’économie contemporaine.
Descriptif : Méthodes comparées des sciences sociales de l’économie ; institutions et pouvoirs
économiques ; firmes, organisations, marchés ; travail, capital, accumulation ; droits et
régulation internationale de l’économie.
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Introduction générale
Les institutions ont longtemps été tenues à l’écart du paradigme dominant en économie.
Toutefois, elles semblent faire un retour triomphal dans les discours et les travaux
académiques après les échecs des politiques d’austérité menées par les institutions de
Bretton Woods durant les années 80-90. Ces échecs ont été expliqués, entre autres raisons,
par l’absence d’une prise en compte suffisante des contextes institutionnels des différents pays.
Cependant, il convient de relever déjà que les institutions portées par le courant néo-
institutionnaliste sont différentes de celles qu’avaient identifiées les anciens
institutionnalistes.
La question institutionnelle est récurrente chez les auteurs tels que Veblen, Commons, North,
Greif, Rodrik, etc. Comme tous les sujets importants, elle apparaît, disparaît et réapparaît au
gré des progrès de l’analyse, des transformations du fonctionnement de l’économie et des
modifications de la représentation dominante du monde : les idéologies. Durant, les années
1950 jusqu’au milieu des années 1980, la question n’apparaît pas centrale pour les deux
courants économiques dominants qui vont se succéder.
Pour la perspective de la synthèse keynésienne, la question du bon fonctionnement de
l’économie semble se ramener à deux choses. D’une part, elle est réduite au réglage fin du
cycle économique par des interventions idoines de politique économique, fondées sur des
modèles macroéconomiques structurels. Ainsi, la critique adressée par Lucas à ces
modèles concernait alors la stabilité des relations structurelles. Cette stabilité peut être
appréhendée comme l’absence de transformation des institutions1. D’autre part, la
question du bon fonctionnement de l’économie peut s’interpréter comme l’expression
d’une si grande stabilité que malgré des mouvements mineurs, la configuration
institutionnelle est conservée.
Dans la perspective des anticipations rationnelles, au contraire, pour des agents individuels
rationnels, la stabilité des relations de comportement n’est pas justifiée a priori puisqu’elles
représentent une actualisation permanente d’une fonction d’utilité par adéquation des
préférences des agents face à un environnement changeant. Cette mouvance, tant des
comportements individuels que de l’environnement économique, a donné lieu à une
modélisation des comportements sous forme de VAR. L’absence de relation théorique a
1L’absence de changement de comportement est considérée comme une bonne approximation de l’absence de
changement de l’environnement institutionnel, car les acteurs pris globalement dans une perspective
macroéconomique on un comportement statistiquement moyen et stable en l’absence de grande évolution.
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priori dans les relations de comportement revient à supposer une faible importance de
l’influence des institutions sur les comportements des agents.
En définitive, les deux courants qui ont surplombé l’analyse économique des années 1950
jusqu’au milieu des années 1980 ont évacué la question des institutions.
Aussi, dans le courant des années 1980, malgré la présence à l’orée des courants dominants,
d’auteurs hétérodoxes néoclassiques et keynésiens qui entretenaient une réflexion approfondie
sur l’encastrement institutionnel des économies, la réappropriation de la question
institutionnelle par le courant dominant a pu apparaître comme une nouveauté pour les auteurs
qui se sont nourris aux analyses orthodoxes keynésiennes et néoclassiques.
Au titre des hétérodoxies néoclassiques, on peut citer les travaux des auteurs autrichiens
Friedrich Von Mises et Friedrich Von Hayek. Dans ce cadre d’analyse2, la seule institution
qui vaille est celle du marché et de la monnaie, les autres, lorsqu’on leur reconnaît une
influence est systématiquement jugée négative (intervention de l’État, syndicat). Seules les
institutions attachées au bon fonctionnement du marché sont jugées importantes : respect du
droit de propriétés et des contrats, importance du libre fonctionnement de la monnaie.
Selon Hayek, c’est la gestion de la politique monétaire qui est à l’origine de l’inflation des
années 1970. Mais il n’explique pas à l’inverse la prospérité de la période qui date du début
de la seconde guerre mondiale pour les Etats-Unis et après-guerre pour les autres pays
développés qui a pourtant été caractérisée par la poursuite de l’économie de guerre à
travers une planification plus ou moins indicative.
A l’opposé, les auteurs régulationnistes soulignent la symbiose transitoire de l’après-
guerre entre les institutions et le fonctionnement de l’économie pour expliquer les
performances de « l’Age d’or ».
Le mouvement actuel du néo-institutionnalisme est produit par les tensions de la guerre froide.
Il s’agit de fonder théoriquement la supériorité de l’économie de marché. Ce débat avait
déjà eu lieu durant les années 1930 (voir J. Sapir.).
Pour répondre à la question des performances comparées des économies libérales de marchés
et des économies planifiées où les libertés publiques étaient limitées, les premiers travaux
d’envergure ont été menés pour construire des bases institutionnelles sur la question des libertés
publiques, de la nature de l’intervention de l’État. Mais ces travaux sont caractérisés par un fort
biais idéologique où l’on tente de montrer la supériorité des économies de marché sur les
économies planifiées. Ce biais est probablement à l’origine du faible développement de cette
2
Cette question faisait partie du noyau dur du paradigme néoclassique C'est-à-dire que l’hypothèse implicite
centrale que l’on ne questionne plus dans le cadre du développement d’un paradigme particulier (I. Lakatos)
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perspective, en plus des difficultés inhérentes à la réalisation sur de nombreux paramètres, sur
de nombreux pays et sur plusieurs périodes de base institutionnelle.
L’avènement de l’informatique et de technologie de la communication ont vraisemblablement
aidées au développement de cette approche. Au-delà des aspects techniques, l’apparition de
faits inexplicables dans le cadre de référence dominant explique en partie le regain d’intérêt
pour cette approche.
Les items qui vont être représentés dans les bases de données concernent les variables de base
tentant de représenter le bon fonctionnement du marché et des libertés économiques et
politiques. On demeure malgré le raffinement des techniques économétriques dans un cadre
statique et linéaire alors que le fait institutionnel possède une dimension dynamique et
systémique que rendent mal les approches usuelles. La théorie des jeux peut constituer une
solution partielle. Elle permet de représenter l’émergence d’institution mais elle ne permet pas
de représenter la dynamique de l’histoire.
Dans une première partie nous allons rappeler en les passant en revue les différents courants de
l’institutionnalisme, puis dans une deuxième, nous présenterons quelques champs de
développement de la théorie économique, avec prise en compte des aspects institutionnels.
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Première partie. Les courants institutionnalistes
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Introduction à la première partie
Par définition, l’économie institutionnelle peut être considérée comme une famille de
théories qui partagent la thèse selon laquelle « les institutions comptent dans l’étude de
l’économie ». Dès lors, ces théories se distinguent de celles pour lesquelles l’économie n’a pas
à prendre en compte les institutions, au motif que ces dernières relèvent plutôt d’autres
disciplines comme la science politique, la sociologie ou l’histoire.
Si l’école classique anglaise, dont l’influence a dominé presque tout le 19e siècle,
s’intéressait aux institutions économiques, comme la propriété qui déterminait la
constitution des classes sociales, ce sont des courants contestataires de la tradition classique qui
ont d’abord élaboré une approche institutionnelle de l’économie : d’une part, l’école
historique allemande et d’autre part l’institutionnalisme américain. Leur influence
internationale a été importante à la fin du 19e S et dans les trente premières années du 20e S, en
particulier aux Etats-Unis d’Amérique. Mais dès l’origine, l’école autrichienne avait aussi
développé une dimension institutionnelle, dans sa polémique avec l’école historique
(allemande).
Toutefois, à partir des années 1940, l’institutionnalisme va connaitre un léger déclin,
notamment avec l’avènement du courant néoclassique qui va gagner une hégémonie
internationale incontestable, à partir des Etats-Unis, et évincer presque entièrement les héritages
institutionnalistes. Pour cette approche (néoclassique), qui a finalement dominé l’ensemble
du 20e S, l’économie comme discipline a pour thématique centrale le marché ; elle
raisonne en termes d’équilibre à partir de l’action d’individus rationnels, calculateurs et
utilitaristes et se préoccupent principalement de l’efficacité. Les questions institutionnelles,
la dimension historique des processus économiques y sont fortement minimisées, parfois
totalement évacuées.
Cependant, au cours des vingt dernières années du 20e S, un changement graduel s’est opéré
dans les relations complexes entre les diverses théories économiques (Hodgson, 1994). Issue
de la tradition néoclassique, encore une fois d’origine américaine, une « nouvelle économie
institutionnelle » vigoureuse va s’affirmer, en prenant ses distances avec l’ « ancienne » sur
le plan des hypothèses et en soulignant l’importance d’institutions comme les droits de
propriété ou les « modes de gouvernance » alternatifs tels que le marché et la hiérarchie
des firmes. A la même époque, un renouveau de la première école institutionnaliste, i.e. la
vieille économie institutionnelle, s’opère à partir du foyer américain mais surtout en Europe,
révèlent une filiation manifeste avec cette tradition. Enfin, le retour de l’école autrichienne, qui
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accompagne le grand courant néolibéral de la fin du siècle, contribue à réactiver une autre
branche d’économie institutionnelle qui avait connu une longue traversée de désert. Une
tentative d’explication à tous ces changements met en avant le contexte historique de l’époque
qui n’est pas étranger à cette évolution. En effet, l’ampleur des changements institutionnels
dans le monde capitaliste à partir des années 1980, la crise, puis la transformation des
systèmes socialistes, la différentiation considérable des économies en développement, tous
ces bouleversements appellent une analyse institutionnelle que le paradigme de l’équilibre
et l’hypothèse conventionnelle (cetéris paribus) ne sont guère en mesure de construire. En
outre, à la suite d’un essoufflement certain de son programme de recherche et sous l’impact des
approches institutionnelles renouvelées, même la famille néoclassique cherche davantage à
étendre sa méthode et ses concepts aux questions institutionnelles, comme on le voit avec
les théories les théories du public choice, des droits de propriété, du droit et économie, de
l’économie constitutionnelle, des contrats, de l’agence, etc.
Au début du 21e S, les oppositions théoriques et méthodologiques entre les différents courants
de la pensée économique à propos du rôle des institutions sont ainsi sensiblement redessinées.
Un consensus assez large et nouveau domine la période actuelle : en économie désormais, « les
institutions comptent ».
Cette partie porte sur l’institutionnalisme où sont successivement abordés dans un premier
chapitre les différents courants de l’institutionnalisme originaire, puis dans un deuxième la
« nouvelle économie institutionnelle » (NEI). Le chapitre troisième termine cette présentation
par les courants européens contemporains.
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Chapitre 1. Les courants de l’institutionnalisme originaire
L’institutionnalisme originaire démarre avec l’école historique de Schmoller (Section 1). Elle
se poursuit par l’institutionnalisme américain avec des auteurs tels que Veblen, Hamilton,
Commons, ainsi que Polanyi (Section 2). L’école autrichienne de l’institutionnalisme prend
enfin le relais avec Menger et Hayek ; et sans oublier l’ordolibéralisme d’Eucken (Section 3).
La figure majeure de l’école historique allemande est Gustav von Schmoller (1838-1917). Il
représente une source essentielle mais parfois méconnue des courants institutionnalistes.
Promoteur de l’approche en termes d’ « économie nationale », Schmoller défend les réformes
sociales menées par un souverain éclairé, en l’occurrence le monarque prussien, s’opposant tant
au libéralisme manchestérien qu’au socialisme. On retient surtout de lui sa controverse avec
Carl Menger sur la querelle des méthodes et sa pensée a souvent été caricaturée ou oubliée par
la suite. Il contribue à relier premièrement les institutions et les organes (ce dernier terme
entendu comme organisation), deuxièmement les institutions, la liberté et le progrès ; et enfin
les institutions, la coutume et le droit.
A. Institutions et organes
Dans ses Principes d’économie politique (1900-1904), Schmoller pose que l’étude comparative
de l’économie politique des différentes économies nationales et des différentes époques doit se
concentrer sur les « institutions et les organes », à côté des conditions naturelles et techniques.
« L’étude de l’organe et de l’institution est, pour une connaissance du corps social, ce qu’est
l’anatomie pour celle du corps physique » ; l’ancienne économie politique qui se concentre sur
les prix et la circulation est « comme une physiologie des humeurs économiques non précédée
d’une anatomie du corps social ». « Par institution politique, juridique, économique, nous
comprenons un arrangement pris sur un point particulier de la vie de la communauté, servant à
des buts donnés, arrivé à une existence et à un développement propre, qui sert de cadre, de
moule à l’action des générations successives pour des centaines ou des milliers d’années : ainsi,
la propriété, l’esclavage, le servage, le mariage, le marché, la monnaie, la liberté
industrielle. Une institution représente donc un « ensemble d’habitudes et de règles de la
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morale, de la coutume et du droit, qui ont un centre ou un but commun, qui se tiennent
entre elles, qui constituent un système ». Le concept d’organe (ou formation organique) est
directement lié à celui d’institution : « par organe constitué, nous comprenons le côté personnel
de l’institution ; le mariage est l’institution, la famille est l’organe. Les organes sociaux sont les
formes constantes que revêt l’union des personnes et des biens en vue des buts déterminés : la
famille, les sociétés, les corporations, les confraternités, les communes, les entreprises, l’Etat,
voilà les organes essentiels de la vie sociale ».
Les premiers organes de l’histoire sont ceux de la communauté comme la tribu, le clan, la
famille : ils embrassent originellement tous les buts qui, en se différenciant, et en se séparant,
donnent naissance à d’autres organes sociaux, comme les organisations spatiales (villageoise,
urbaine, nationale) avec des objectifs d’intérêt public et les entreprises privées orientées vers le
profit.
Schmoller observe que plus la société devient complexe, « plus l’homme peut être membre de
nombre d’organes sociaux les plus divers, auxquels il appartient tantôt pour toujours, tantôt
pour un temps, tantôt tout entier, tantôt par une petite fraction de son intérêt ». Et au sein des
organes, s’imposent des rapports de domination et de dépendance ou des rapports de
confraternité. Mais il y a dans les grands organes des autorités supérieures à l’individu, qui se
maintiennent au-delà du remplacement et de la rotation de leurs membres et leur confèrent une
grande durabilité.
Les différentes sciences de l’Etat et du droit, ainsi que celles de la société et de l’économie
avaient tendance à surestimer ou à sous-estimer les institutions et les formations organiques.
Toutefois, pour Schmoller, l’état social souhaitable est celui où les institutions ne sont pas
un obstacle mais un stimulant, « où les institutions stables et le libre jeu des forces
individuelles se complètent par une juste réciprocité ; où les institutions n’empêchent pas sans
raison la liberté de se mouvoir mais, au contraire, poussent dans le sens du développement
souhaité ». Il propose en définitive une vision plutôt positive des institutions : « ce sont des
méthodes objectives qui ont pris corps, des maximes de ce que l’expérience et la sagesse des
siècles ont trouvé de mieux en ce qui concerne le traitement rationnel et juste des rapports de la
pratique ». S’il est vrai que le progrès historique de l’économie se caractérise par une plus
grande abondance de biens économiques, il reste qu’il « ne se produit qu’avec de meilleures
institutions, des formations organiques toujours plus compliquées ». Les grandes époques de
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progrès sont celles de la réforme des institutions et de la création de nouveaux organes,
comme récemment avec les corporations, les associations ouvrières, les sociétés par
actions, les cartels, la législation du travail dans les fabriques, l’organisation de
l’assurance, etc.
Pour Schmoller, il y a une relation essentielle entre morale, coutume et droit. La coutume est
le fait de l’habitude, de la pratique, qui se transforme en usage par l’intermédiaire des
sentiments moraux. Chaque usage s’explique par l’histoire des mœurs.
L’importance des règles de la coutume, des mœurs est fondamentale pour la vie économique ;
celui qui ne s’en tient qu’à l’aspect matériel et technique, quantitatif, pour comprendre cette
dernière « n’embrasse pas justement ce qui lui donne sa couleur, son aspect déterminé ».
Historiquement, le droit se différencie de la coutume à partir de celle-ci : il confère la
sanction du pouvoir à certaines règles qu’il précise et qu’il rationalise. Dans la plupart des
domaines de l’action humaine, coexistent la coutume et le droit : le mariage, la vie de famille,
les relations d’affaires, l’organisation économique, la sociabilité, la vie politique « ont leurs
pratiques coutumières et leur droit ». Les injonctions de la coutume s’appuient sur l’opinion
publique, celles du droit sur le pouvoir de l’Etat, et celles de la morale sur la conscience.
Plusieurs thèmes importants que développera l’institutionnalisme américain sont ainsi présents
dans la jeune école historique allemande représentée par Schmoller au début du 20e S. c’est
notamment le cas pour le rapport entre institution et organisation, la distinction entre la
formation spontanée et délibérée des institutions, la relation entre coutume et droit formel.
Ces courants sont animés par les auteurs tels que Veblen, Hamilton, Commons et Polanyi.
Thorstein Veblen (1857-1929) est l’une des figures majeures de l’étude économique de
l’évolution des institutions. La critique fondamentale de Veblen aux théories économiques
établies est qu’elles avaient un caractère « prédarwinien », et non « darwinien ».
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A titre de rappel, le darwinisme désigne, en son sens strict, la théorie formulée dans L’Origine
des espèces publiée en 1859 par le naturaliste anglais Charles Darwin, qui explique «
l'évolution biologique des espèces par la sélection naturelle et la concurrence vitale ». Cette
théorie considère que l'évolution des espèces se fait par des variations aléatoires d'une
génération à la suivante, variations héréditaires sur lesquelles opère ensuite une sélection par
les conditions environnementales. Revenant à Veblen, le darwinisme représente non seulement
une théorie de l’évolution biologique, mais surtout le modèle général d’une « science
évolutionniste », qui a influencé nombre de disciplines à la fin du 19e S, à l’exception de
l’économie. Pour lui donc, l’économie n’était pas au début une science évolutionniste. A cet
égard, il est l’inventeur du terme « néoclassique », par lequel il caractérise les
« conceptions classiques » de l’économie mais « modernisées », en particulier celles de
Marshall, et non des conceptions « évoluées ». Le terme « néoclassique » possède chez-lui
un contenu critique et souligne ainsi la continuité entre l’école classique et les théories de
la fin du 19e S, bien que l’auteur ne néglige nullement les changements et les inflexions
intervenus dans le courant dominant de la « science économique ». Rappelons au passage que
si J.M. Keynes emploie le terme « classique » pour désigner aussi bien l’école classique que les
« néoclassiques », c’est parce qu’il considère la continuité entre ces deux traditions. Ces deux
auteurs s’opposent ainsi aux marxistes et aux postkeynésiens qui mettront au contraire l’accent
sur la rupture entre l’école classique et le courant néoclassique.
Veblen reproche aux classiques anglais leur utilitarisme ainsi qu’une confusion entre l’approche
normative et les analyses factuelles (positives). Leur tradition est « taxinomique », i.e. basée
sur l’établissement des classements des catégories. Elle n’est nullement « génétique » ou
« évolutionniste », et invente un stade originaire de l’économie afin de justifier sa position
normative. Aux auteurs néoclassiques, bien qu’ils se réfèrent superficiellement à
l’évolutionnisme, Veblen leur reproche leur conception des lois de l’économie considérée à
l’équilibre qui les confine à une approche statique et les empêche de penser en termes de
« séquence causale cumulative » opaque et non téléologique (i.e. qui concerne la finalité).
Pourtant c’est cette séquence qui constitue selon Veblen le fondement de la science de
l’évolution après Darwin. Ainsi pour les néoclassiques, les facteurs institutionnels sont
« considérés comme donnés, ou ils sont déniés ou encore leur explication est rejetée » à
l’extérieur de la discipline (Veblen, 1909).
Ainsi donc, la société en général et l’économie en particulier sont des ensembles évolutifs
d’institutions ; la science économique évolutionniste que cherche à construire Veblen est
donc centrée sur les institutions. Les institutions sont des habitudes de pensée et d’action
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dominantes dans la communauté sociale. Leur caractère essentiel est une inertie relative au
regard de l’évolution sociale : elles se sont formées dans le passé et elles sont héritées du
passé.
Influencé par Veblen, Walton Hamilton (1881-1958) est un important défenseur de l’économie
institutionnelle entre les deux guerres aux Etats-Unis. Il emploie pour la première fois
l’expression « institutionnal economics » en 1918. Il oppose cette dernière approche à la
« value economics » qui représente un courant dominant depuis Adam Smith. L’économie
institutionnelle se révèle une théorie plus prometteuse que l’économie néoclassique » sur
plusieurs points décisifs. Elle est susceptible d’unifier la science économique dans la mesure
où, en décrivant en termes généraux l’organisation économique, elle « éclaire le genre de monde
industriel dans lequel des choses particulières comme la monnaie, l’assurance et la finance
d’entreprise existent » : elle révèle leur nature en soulignant leur rôle au sein d’un ensemble
plus vaste. Elle répond au problème moderne de contrôle, en montrant que les institutions
constituent des arrangements sociaux susceptibles de changer plutôt que des phénomènes
naturels, mais aussi en soulignant que l’activité apparemment consciente est contrôlée par des
conventions et habitudes de pensée. La nouvelle approche selon Hamilton souligne que le
véritable objet de la théorie économique, ce sont les institutions. Elle met l’accent sur les
processus et non pas sur l’équilibre. Les institutions telles que la concurrence, la propriété,
la structure des prix sont prises dans un processus de développement, « tant par des
changements subtils en leur sein ». Enfin, l’économie institutionnelle repose sur une théorie
acceptable du comportement humain, en se référant à la psychologie sociale moderne qui
souligne notamment le rôle joué par les impulsions et les instincts au lieu de l’individualisme
rationaliste et d’utilitarisme caricaturaux de l’économie néoclassique. Elle cherche dans la
diversité des situations institutionnelles la source principale des différences dans les
comportements.
Pour Hamilton, l’économie institutionnelle est elle-même prise dans un processus de
développement. Elle ne s’oppose pas aux contributions importantes des écoles classique,
néoclassique, autrichienne, socialiste, mais cherche à les inclure dans une théorie de
l’ordre économique adaptée aux problèmes de l’époque.
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C. Organisations et institutions selon Commons
John Roger Commons (1862-1945) est la deuxième grande figure du courant institutionnaliste
américain après Veblen. S’il existe des thèmes et des concepts communs aux deux auteurs,
particulièrement l’importance décisive des institutions en économie, leurs approches
diffèrent cependant sensiblement sur un certain nombre de questions.
En effet, Veblen était un analyste critique des institutions et affirmait que les
considérations pratiques ne devaient pas interférer avec la science. Commons quant à lui
voit les institutions de façon plus positive et est directement préoccupé par les problèmes de
réforme sociale auxquels il consacre une grande partie de son activité. Veblen affirmait
s’opposer en principe à l’intrusion de critères normatifs dans la théorie, tandis que
Commons est à la recherche d’un « capitalisme raisonnable » ; l’un condamnait l’action
collective des organisations patronales et des syndicats qui n’exprimaient que des intérêts
établis ; l’autre cherche au contraire à la promouvoir et à l’institutionnaliser. Veblen
défendait une science évolutionniste de l’économie fondée sur des concepts d’inspiration
darwinienne comme la causalité cumulative et l’évolution non téléologique, Commons prône
une théorie conjuguant le droit, l’économie et l’éthique, sans insister sur une vision générale de
l’évolution des institutions. Sa démarche consiste à développer l’économie institutionnelle en
combinant les « visions pénétrantes » mais partielles des écoles économiques du passé avec une
théorisation fondée sur les innovations institutionnelles intervenues dans le capitalisme
américain de la fin du 19e S et du début du 20e S, en s’appuyant sur l’interprétation juridique
qu’en donnent les juges et les tribunaux du common law (droit civil ou droit civil dans le
système latin) ainsi que la Cour suprême des Etats-Unis.
Par ailleurs, Commons définit les organisations actives et la théorie des transactions
1. Les organisations actives
L’organisation active ou le going concern, avec ses règles d’activité, est pour Commons ce qui
caractérise le capitalisme évolué. En effet, il existe plusieurs catégories d’organisations.
Toutefois, Commons en relève trois principales : économiques, politiques et culturelles.
Les individus sont simultanément membres de diverses organisations, autre nom des
institutions. L’économie comme la société représentent des ensembles complexes
d’organisations, depuis les plus petites comme la famille jusqu’à la plus grande et englobante,
l’Etat. Les organisations actives possèdent, au-delà de leurs différences manifestes, des
caractéristiques communes : ce sont la durée (elles survivent à l’entrée et à la sortie des
individus), la souveraineté ou pouvoir autonome, les autorités légitimes, les règles
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d’activité, les sanctions, les transactions. Mais le modèle général des organisations repose en
fait sur l’interprétation que donne Commons de la plus large d’entre elles, celle qui les
surplombe toutes : l’Etat. On peut observer à ce propos que, comme la majorité des théoriciens
du capitalisme, il conçoit en fait ce dernier dans un cadre national. La théorie qu’il construit
est toutefois explicitement fondée sur le capitalisme américain ; Commons n’aborde guère le
thème des formes nationales diverses du capitalisme.
Toute organisation active possède, comme l’Etat, des « figures d’autorité » légitimes,
détentrices de la « souveraineté », qui ont notamment pour rôle d’édicter et de sanctionner les
règles d’activité de l’organisation ; ces dernières sont principalement établies selon la méthode
du common law, à l’occasion de conflits, par une sélection artificielle des règles inorganisées
qui deviennent de ce fait des règles organisées. C’est ainsi le modèle du droit juridique du droit
coutumier que Commons généralise ; il qualifie comme on l’a vu les membres d’une
organisation de « citoyens » de cette dernière. L’Etat (démocratique américain du début du 20e
S) devient en quelque sorte le modèle générique de toute organisation active (Chavance, 2012).
2. Une théorie des transactions
La richesse a selon Commons une double signification : premièrement une chose matérielle ;
et deuxièmement une propriété de cette chose. La conception moderne de la propriété, qui
inclut la propriété corporelle, incorporelle et intangible, devient la base de l’économie
institutionnelle, qui est aussi appelée proprietary economics.
Alors que les théories antérieures étaient centrées sur les marchandises, le travail, les
désirs, les individus ou l’échange, cette dernière prend pour objet central ou pour unité
d’analyse la transaction, un concept qui inclut à la fois le conflit, la dépendance et l’ordre.
La transaction est l’ « unité de transfert du contrôle légal » (Commons, 1934). Elle
intervient entre la production du travail, analysée par les classiques ; et les plaisirs de la
consommation considérés par les économistes hédonistes. Elle ne se réduit pas à l’échange
de marchandises, mais elle consiste dans le transfert des droits de propriété future des
choses physiques entre individus (Commons, 1934). Le lien juridico-économique ou legal-
economic nexus est donc affirmé comme central. Chez Marx, la sphère du droit constitue une
superstructure vis-à-vis de la base économique de la société, qui la détermine ; en évoquant au
contraire les « fondations légales du capitalisme », Commons renverse en quelque sorte la
métaphore marxienne.
Ainsi selon Commons, l’organisation active est définie comme l’anticipation commune de
transactions bénéfiques, réglées par des règles d’action (working rules). Les transactions
prennent trois formes : les transactions marchandes (bargaining), managériales et de
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répartition (rationing). Cette typologie a selon Commons une validité générale et exhaustive,
elle cherche à distinguer ce que les économistes confondaient auparavant sous le concept unique
de l’échange. Les transactions marchandes ont lieu entre des parties qui sont égales d’un
point de vue juridique, mais qui peuvent être inégales d’un point de vue économique, sous
l’angle du pouvoir de marchandage. Les transactions managériales et de répartition
impliquent un rapport légal de supérieur à inférieur, de dirigeant à dirigé. Dans les
premières, le dirigeant est un individu ou une hiérarchie qui émet des ordres ; dans les secondes,
le supérieur a un caractère collectif (comme par exemple un conseil d’administration, un
parlement, tribunal d’arbitrage, gouvernement autoritaire, autorité fiscale, etc.), il répartit entre
les subordonnés du concern ses contraintes et ses avantages. Les trois modes de transactions
comportent des dimensions tant économiques que juridiques et éthiques.
Commons distingue également les transactions stratégiques des transactions routinières.
Les premières portent sur le « facteur limitatif » de l’action ; les secondes sur ses
« facteurs complémentaires ». Le facteur limitatif de l’action est celui dont le contrôle,
effectué sous la forme adéquate, en temps et en lieu utiles, activera les facteurs complémentaires
afin d’obtenir les résultats désirés. Le facteur limitatif est l’objet de l’action présente, tandis
qu’en ce qui concerne les facteurs complémentaires, l’individu anticipe qu’ils seront stables
dans le futur.
D’après Maucourant (2005), Karl Polanyi (1886-1964), auteur du célèbre ouvrage La Grande
Transformation paru en 1944, peut être considéré comme un classique de l’analyse
institutionnelle hétérodoxe. Polanyi définit en particulier dans cet ouvrage le libéralisme du
19e S comme une utopie dangereuse qui consiste à universaliser le principe du marché
autorégulateur en l’étendant à des marchandises fictives telles la terre, le travail, la
monnaie. On a en réalité plutôt assisté à un contre mouvement de protection qui aurait conduit
à une limitation relative de l’extension des échanges.
Il serait excessif de qualifier Polanyi d’économiste institutionnaliste, car il est surtout historien
et anthropologue, et l’écho de l’école historique allemande ou l’institutionnalisme américain
n’est pas directement manifeste dans son œuvre. Cependant, il n’est pas abusif de la
rapprocher de cette tradition et l’influence qu’il exerce sur le courant de
l’institutionnalisme originaire à partir des années 1950 est importante.
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Pour Polanyi, l’économie présente des formes d’intégration (encastrement) et la tendance
moderne observée à un désencastrement est problématique.
1. Les formes d’intégration
L’économie en général représente un « processus institutionnalisé » : elle est encastrée et
englobée dans des institutions économiques et non économiques (Polanyi, 1957). Polanyi,
pour étudier les divers modes d’institutionnalisation observées, a recours au concept de
« formes d’intégration ». Celles-ci « désignent les mouvements institutionnalisés par
lesquels les éléments du processus économique sont reliés, depuis les ressources
matérielles et le travail jusqu’au transport, au stockage et à la répartition des biens »
(Polanyi, 1977). Ici, la notion d’intégration est proche de celle de coordination, elle
concerne en fait la « réunification » de ce que la division du travail a séparé. S’appuyant
sur une vaste étude comparative des systèmes économiques historiques, l’auteur affirme qu’il
y a dans ce domaine trois modèles fondamentaux : la réciprocité, la redistribution et
l’échange. Dans La Grande Transformation, Polanyi évoque une quatrième forme
d’intégration, qui consiste dans la production et le stockage directs pour les besoins du
groupe fermé ; mais il ne le conserve pas dans son schéma ultérieur, suggérant qu’il relève de
la distribution sur une petite échelle.
Tous les systèmes ayant existé jusqu’à la fin de la féodalité en Europe occidentale « étaient
organisés selon les principes soit de la réciprocité ou de la redistribution, soit de l’administration
domestique, soit d’une combinaison des trois » (Polanyi, 1944). Le système de l’économie de
marché ou du capitalisme est au contraire caractérisé par la domination de l’échange, qui tend
à devenir exclusive.
Observons pour terminer sur ce point que la théorie de Polanyi peut être considérée comme
l’une des sources principales des thèses institutionnalistes qui mettent l’accent sur la diversité
des modes de coordination qui coexistent dans un système économique, à la différence des
théories de la coordination économique qui ont recours à des modèles essentiellement dualistes
(marché contre Etat ou marché contre organisation).
2. Un désencastrement problématique
L’une des thèses les plus connues de Polanyi est celle du « désencastrement » de
l’économie à l’égard de la société toute entière, à l’époque du capitalisme moderne.
S’appuyant sur Aristote, Polanyi définit l’ « économie substantielle » comme celle des
activités destinées à assurer la subsistance humaine en général. Il affirme qu’avec le passage
à la domination d’un système autorégulateur de marché, s’effectue historiquement un
désencastrement ou une autonomisation relative de l’économie, à la différence de toutes les
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sociétés antérieures où celle-ci était insérée dans la société et où les activités et les motivations
économiques étaient imbriquées dans les pratiques et des finalités sociales, de parenté,
politiques, religieuses, etc. tant que dominent la réciprocité et la redistribution, le concept même
d’ « économie » comme sphère autonome de la vie ne peut vraiment se constituer (Polanyi,
1968). L’objectif du profit qui est à la base du système autorégulateur conduit au contraire
à la domination d’une conception « formelle » de l’économie qui se distingue de celle,
traditionnelle, de l’économie substantielle ; la sphère économique semblant désormais se
mouvoir exclusivement par ses propres lois (1977). La société devient l’auxiliaire du
marché : « Au lieu que l’économie soit encastrée dans les relations sociales, ce sont les relations
sociales qui se sont encastrées dans le système économique » (1944). Polanyi, qui était partisan
d’un socialisme démocratique, espérait que « la grande transformation » en voie de s’imposer
après la seconde Guerre mondiale permettrait de limiter le désencastrement déstabilisateur de
l’économie et de trouver une meilleure pondération dans la combinaison des formes
d’intégration de la réciprocité, de la redistribution et de l’échange.
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de difficulté particulière. Il n’en va pas de même des institutions qui se sont formées de
façon organique, dont Menger souligne l’importance pour la théorie économique.
En analysant un exemple d’institution organique comme la monnaie, Menger dans ses Principes
(1871), avait formulé une théorie des origines de la monnaie comme effet non voulu des actions
des individus en vue d’améliorer leur situation. La monnaie est en effet l’aboutissement d’une
procédure sociale qui constitue « le résultat spontané, la conséquence non préméditée d’efforts
individuels des membres de la société » (Menger, 1892). Dans ses Recherches sur la méthode
(1883), il généralise cette théorie à de nombreuses autres institutions, comme le droit, le
langage, les marchés, l’origine des communautés et de l’Etat lui-même. D’après lui, le véritable
problème que doit résoudre la « recherche exacte » en économie et en sciences sociales est de
comprendre « comment des institutions qui servent le bien-être commun, et sont
particulièrement importants pour son développement, en viennent à exister en l’absence d’une
volonté commune destinée à les établir. (1883). De même que la monnaie est involontairement
issue des tentatives intéressées des individus de sortir des contraintes du troc en acquérant des
marchandises possédant un degré élevé d’ « échangeabilité», les nouvelles localités se sont
constituées parce que des individus ayant des professions et des compétences différentes se sont
établis dans des endroits nouveaux où ils pensaient trouver un marché meilleur pour leurs
diverses capacités, et les Etats se sont formés initialement car des familles vivant dans un même
voisinage ont jugé qu’il était avantageux de s’unir. On est ici en présence d’un « développement
organique » où des institutions sociales se forment comme conséquence non anticipée d’actions
humaines orientées vers des objectifs d’intérêt individuel. Certains individus se révèlent plus
prompts ou plus habiles que d’autres à promouvoir leurs intérêts en suivant certaines règles ou
en utilisant certains moyens et, selon Menger, les autres individus vont observer leur succès et
tenter alors de les imiter ; de cette manière se consolident en définitive ces « institutions qui
servent le bien commun », sans avoir été programmées ou conçues par quiconque dans un tel
dessein.
B. Ordres et règles chez Hayek
1. Les institutions de la liberté
Friedrich von Hayek (1899-1992) est, avec von Mises, le grand acteur du maintien et de
l’extension de la tradition autrichienne au 20e S. Ses travaux sont consacrés à la refondation du
libéralisme économique et politique, ce qui va le conduire à graduellement s’éloigner des
éléments communs que l’école autrichienne avait initialement partagés avec la tradition
néoclassique, comme la référence à l’équilibre, l’hypothèse de connaissance complète, la
centralité des prix, tout en conservant et en approfondissant l’individualisme méthodologique.
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Sa critique du socialisme et, plus généralement, de l’interventionnisme l’amène
progressivement à mettre l’accent sur les questions de la coordination des actions dans un
contexte de complexité, d’ignorance relative et de fragmentation des connaissances
individuelles et à caractériser la concurrence comme un processus de découverte. Dans ses
écrits des années 1960 à1980, en particulier La Constitution de la liberté (1960), Droit,
législation et liberté (1973-1978) et la Présomption fatale (1988), il construit une théorie
élaborée des règles que l’on peut considérer comme une contribution importante à l’économie
institutionnelle au sens large.
La constitution d’institution est étroitement liée aux notions d’ordre et de règle que Hayek va
développer en s’appuyant sur diverses traditions intellectuelles relevant de différentes
disciplines, l’économie mais aussi le droit, la théorie politique, la psychologie, la philosophie,
donnant à son œuvre une portée considérable. Deux sources importantes de sa vision sont l’idée
de la main invisible de Smith et de la distinction de Menger entre les institutions engendrées de
façon organique ou pragmatique, distinction qu’il va élargir et appliquer aux « ordres ». Comme
Menger, ses exemples d’institution favoris sont le langage, la monnaie, la morale, l’Etat, mais
aussi la propriété et surtout le droit. Il range également les ordres dans la catégorie des
institutions.
Ainsi, les concepts d’ordre et de règle d’une part, et de l’Etat et de droit d’autre part ; occupent
une place particulière dans l’analyse « hayékienne » en ce qui concerne l’analyse des
institutions.
2. Ordres et règles
Le concept d’ordre évoque une certaine cohérence et permanence, il se rapproche des notions
de « système », « structure » ou « modèle ». Dans les domaines social et économique, il est,
selon Hayek, essentiel de distinguer les ordres construits ou fabriqués délibérément, autrement
dit les organisations, des ordres spontanés, qui se sont formés et ont grandi par évolution non
dirigée, à travers un processus d’auto-organisation. Les ordres organisés et spontanés coexistent
à divers niveaux de l’économie et de la société. Mais les ordres étendus et complexes ne sont
pas susceptibles d’être organisés ; c’est le cas en particulier des deux exemples privilégiés de
la théorie hayékienne que sont l’ordre de marché et la société dans son ensemble.
Il y a donc une différence essentielle ou même des contrastes majeurs entre l’organisation et
l’ordre spontané. L’ordre organisé est relativement simple, il possède des objectifs, il a une
direction qui formule les directives et établit des règles, la coordination des actions y est
consciente et délibérée. L’ordre spontané au contraire est complexe, il ne connait pas
d’organisateur, de directeur ou de planificateur et est dépourvu de finalité, la coordination des
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actions s’y opère de manière inconsciente mais effective. L’ordre organisé est concret, l’ordre
spontané abstrait.
Les deux types d’ordre ont ceci de commun qu’ils reposent tous deux sur des règles. Mais deux
différences doivent être soulignées : l’organisation est gouvernée à la fois par des instructions
de la direction et par des règles édictées par cette dernière, directives et règles étant liées aux
objectifs de l’organisation, tandis que l’ordre spontané ne se fonde que sur des « règles de juste
conduite » ; d’autre part, les règles de l’ordre organisé présentent des contrastes marquants avec
celles de l’ordre spontané. Les premières ont un caractère finalisé, nous dirions téléologique,
elles sont concrètes, établies délibérément et ont une nature prescriptive ; les secondes ne sont
pas orientées vers des buts, elles sont arbitraires car indépendantes des circonstances, elles se
sont formées de façon spontanée, évolutive, et ont un caractère surtout prohibitif.
3. L’Etat et le droit chez Hayek
La tradition anglo-américaine, celle du common law, est le modèle essentiel auquel se réfère
Hayek dans sa théorie du droit. Elle est la seule qui à ses yeux, est vraiment conforme à l’idéal
libérale, contrairement aux traditions juridiques « continentales » (française et allemande) du
droit légiféré jugées typiquement constructivistes. Il affirme que l’ « l’idéal de la liberté
individuelle semble avoir fleuri surtout parmi les peuples qui, au moins pendant de longues
périodes, ont vu prédominer le droit fait par les juges » (Hayek, 1973).
Il entrevoit deux genres de droits : le premier est le nomos des Grecs, entendu « norme,
règle ». Il s’agit d’un droit fondé sur des règles ancestrales, qui s’imposent au législateur
et qui doivent être découvertes. Le second est le thésis qui consiste en des règles
« édictées », qui sont posées ou établies par une autorité. Les deux genres sont souvent
confondus sous un seul terme « droit » ou « loi », ce qui revient à confondre les règles de juste
conduite propres à un ordre spontané et les règles d’organisation finalisées. Pour Hayek, qui
s’oppose au positivisme juridique, le droit au sens des règles évoluées de la coutume ou de la
tradition, préexiste à la législation. Celle-ci, suivant le modèle du common law, sera conforme
à son rôle de formulation de règles abstraites de juste conduite si elle s’appuie sur les bonnes
coutumes et les conforte ; si, au contraire, elle procède a priori dans un esprit rationaliste et
constructiviste supposant un législateur omniscient visant à des objectifs de type
organisationnel, elle mettra en péril l’ordre spontané de la « grande société ».
Dès lors, l’Etat possède une double mission et un double caractère. D’un côté, il a pour rôle de
formaliser et de sanctionner les règles de juste conduite, qui sont « découverts » par le processus
judiciaire du common law, de même que, le cas échéant, de les perfectionner ou de les ajuster.
Autrement dit, l’Etat doit être le garant du nomos. D’un autre côté, il est lui-même un ordre
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organisé, qui repose sur des règles finalisées et des institutions internes, en particulier dans son
rôle de fournisseur de certains services publics, c’est-à-dire le thésis. L’authentique Etat de droit
fait donc d’une part respecter dans la société globale les règles abstraites du nomos, c’est-à-dire
le droit civil ou « privé » résultant du common law ; et d’autre part, il possède ses règles internes
d’organisation, qui relèvent du thésis avec le droit « public » (Nemo, 1988).
La confusion de ces deux fonctions de l’Etat est pour Hayek l’une des erreurs propres aux
traditions constructivistes et socialistes, qui tendent à voir la société comme une grande
organisation et confondent en conséquence nomos et thésis. Cette confusion favorise donc des
interventions intempestives dans l’ordre spontané qui non seulement compromettent sa
reproduction, mais engendrent des effets pervers inévitables conduisant à de nouvelles
interventions correctrices, porteuses du risque de conduire in fine la société sur la « route de la
servitude ». Le libéralisme classique est donc ici réaffirmé, sur la base d’une intégration de sa
dimension politique (l’ordre spontané du marché ou « catallaxie ») et de sa dimension politique
(la liberté individuelle), appuyée sur une ambitieuse théorie des institutions ayant pour centre
la morale et le droit.
C. L’ordolibéralisme de Eucken
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Pour Eucken, le critère principal de distinction des grands ordres économiques n’est pas la
propriété, mais la répartition du pouvoir de planification (droit de disposition). Ainsi par
exemple, la Russie soviétique et l’Allemagne nazie constituent deux types d’économie
centralement planifiée, la première avec une propriété collective, la seconde avec une propriété
privée des moyens de production. Si l’on classe les théories des grands systèmes économiques
en celles qui privilégient le critère de la propriété et celles qui mettent en avant le critère de la
coordination, Eucken relève clairement les secondes.
Pour Eucken, l’Etat est également le garant de l’ordre concurrentiel. L’ordolibéralisme de
l’école de Fribourg se distingue du libéralisme manchestérien par l’importance qu’il accorde à
l’Etat en tant que « gardien de l’ordre du marché ». Tout en privilégiant la liberté des agents
économiques, il met l’accent sur les règles constitutionnelles de l’économie qui engendrent un
ordre au sein duquel cette liberté peut se déployer de façon bénéfique. Puisque l’ordre
économique et social est fondé sur des règles et des institutions, l’ordolibéralisme est donc une
politique centrée sur le cadre légal et institutionnel, on pourrait la qualifier de « politique
institutionnelle ». La concurrence ne saurait se développer et s’entretenir spontanément, avec
un Etat qui se limiterait à garantir les droits de propriété ; laissée à elle-même, celle-ci tend à
être minée par les tendances monopolistiques et les groupes d’intérêt. C’est le rôle de l’Etat que
d’assurer l’établissement et le maintien de la concurrence. On peut relever au passage qu’une
thèse similaire figurait chez Walras : « Instituer et maintenir la libre concurrence
économique dans une société est une œuvre de législation, et de législation très compliquée,
qui appartient à l’Etat » (Walras, 1898).
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Chapitre 2. La nouvelle économie institutionnelle
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respectivement la firme et l’entreprise), auxquelles l’auteur ajoute les « formes hybrides »
constituées de relations durables entre entreprises telles que la sous-traitance, les partenariats,
les alliances diverses, etc.). Dans un schéma postérieur, les « bureaux » (étatiques) complètent
les trois structures originelles : Williamson évoque les « institutions de gouvernance (marchés,
hybrides, hiérarchies, bureaux) », se rapprochant ainsi des théories institutionnelles hétérodoxes
où l’on trouve des modèles composites de la coordination capitaliste conjuguant marché,
organisation, réseaux et Etat.
La question posée est celle désormais du « choix » organisationnel : faut-il pour divers types de
transactions passer par le marché ou par la hiérarchie ? Ces institutions constituent des
« structures de gouvernance » alternatives.
Douglass North, prix Nobel d’économie 1993, est un auteur significatif de la « NEI ». En effet,
son œuvre d’historien de l’économie a évolué à partir d’une position néoclassique assez
radicale, mettant l’accent sur les méthodes quantitatives de mesure en histoire (c’est-à-dire la
« cliométrie ») et sur la problématique de l’efficacité fondée sur la rationalité maximisatrice des
individus, vers la découverte de l’importance des institutions et un éloignement progressif et
même une critique des limites de la tradition néoclassique, jusqu’au développement d’une
théorie institutionnelle originale à partir des années 1990. Il est donc au départ un néoclassique
radical, mais ne se gêne d’en formuler quelques critiques. Il fait également une distinction entre
les institutions formelles et les institutions informelles.
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plutôt en se référant à Herbert Simon (Prix Nobel 1978) la rationalité limitée (Simon, 1947).
En effet North souligne lui-aussi les limites que rencontrent les connaissances de l’individu de
même que sa capacité de traitement de ces informations, en évoquant le contexte d’incertitude
de la plupart des choix économiques et politiques.
Dans son article précité de 1994, Douglass North définit « les institutions comme des
contraintes établies par les hommes qui structurent les interactions humaines. Elles se
composent de contraintes formelles (comme les règles, les lois, les constitutions), de
contraintes informelles (comme des normes de comportement, des conventions, des codes
de conduite auto-imposés) et des caractéristiques de leur application ». Plusieurs points
méritent d’être soulignés dans cette définition : d’abord la notion de « contrainte », ensuite la
distinction entre les institutions formelles et informelles, et enfin la prise en compte des
modalités de la mise en œuvre ou d’application. Toutefois, depuis son ouvrage de 1990 intitulé
Structure and Change in Economic History, North insiste de plus en plus sur le rôle des
croyances. Si l’hypothèse néoclassique de rationalité est contestable, c’est que « l’histoire
démontre que les idées, les mythes, les idéologies, les dogmes les préjugés comptent ».
1. La distinction de North entre pouvoir et efficacité
Dans ses premiers travaux, North adoptait une approche néoclassique des institutions, dans
laquelle ces dernières représentent des solutions efficaces à des problèmes économiques. Par
une évolution progressive, il abandonne en définitive cette conception et semble même la
renverser en affirmant désormais que celles-ci sont en réalité fondées sur le pouvoir. Pour lui,
« les institutions ne sont pas nécessairement ni même habituellement créées en vue d’être
socialement efficaces ; elles sont plutôt créées, tout au moins les règles formelles, afin de servir
les intérêts de ceux qui détiennent le pouvoir de négociation pour créer de nouvelles règles »
(North, 1994). Il en résulte que ce n’est qu’exceptionnellement que des marchés économiques
se rapprochent des conditions d’efficacité, tandis que les marchés politiques, eux ne le font
jamais. Concernant le thème de l’efficacité, l’auteur distingue l’efficacité allocative de
l’efficacité adaptative (cf. Nelson, Winter, Pelikan). « La clé de la croissance à long terme
réside dans l’efficacité adaptative plutôt qu’allocative. Les systèmes
politiques/économiques qui ont rencontré le succès, ont développé des structures
institutionnelles flexibles qui peuvent survivre aux chocs et aux changements qui font
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partie d’une évolution réussie. Mais ces systèmes ont été le produit d’une longue gestation.
Nous ne savons pas comment créer l’efficacité adaptative à court terme » (North, 1994).
2. La distinction de North entre organisations et institutions
L’économie institutionnelle originelle confondait institution et organisation. North quant à
lui affirme qu’il est essentiel de distinguer les deux concepts. « Si les institutions sont les
règles du jeu, les organisations et leurs entrepreneurs en sont les joueurs ». Les règles
définissent la manière dont les joueurs jouent le jeu, tandis que les équipes (constituées de
joueurs) cherchent à gagner dans le cadre de ces règles en utilisant la stratégie, la coordination,
des compétences et des moyens honnêtes ou pas. Les organisations sont faites de groupes
d’individus liés par un projet commun en vue d’atteindre des objectifs. On peut distinguer des
organisations politiques, économiques, sociales et éducatives. Elles sont un lieu
d’apprentissage. La compréhension de l’interaction entre les institutions et les organisations est
essentielle selon North. En effet, le cadre institutionnel conditionne le genre d’organisations qui
seront créées, de même que leur évolution, mais, à leur tour, les organisations vont être à la
source du changement institutionnel.
3. Le temps et les institutions : le changement institutionnel
La théorie institutionnelle de North a un côté syncrétique (qui fusionne beaucoup de doctrines),
ce qui réduit parfois sa cohérence. Pour lui, les causes du changement institutionnel peuvent
être diverses : elles peuvent provenir du changement des prix relatifs, des préférences, ou
bien dans l’activité intéressée soit des organisations et leurs entrepreneurs, soit des
détenteurs du pouvoir ou de l’Etat, ou encore, ce qui est différent, dans l’évolution des
croyances et des modèles mentaux. Les institutions formelles et informelles ne sont pas
soumises aux mêmes temporalités de changement : s’il est relativement facile de changer
rapidement ou même d’un seul coup les premières, les secondes ne se modifient que très
progressivement. « C’est ainsi que les économies qui adoptent les règles formelles d’une autre
économie obtiendront des caractéristiques de performances différentes de celle-ci à cause de
normes informelles et d’un enforcement différents. C’est pourquoi le transfert ou l’imitation
des institutions formelles d’un pays à l’autre n’aboutissent pas aux résultats espérés. Il en
découle que le transfert des règles politiques et économiques formelles d’économies de
marché occidentales ayant réussi, à des économies du tiers monde ou d’Europe de l’Est
ne constitue pas une condition suffisante pour une bonne performance économique »
(North, 1994).
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4. Institutions et performances économiques
Les institutionnalismes contemporains partagent en commun l’idée d’une liaison entre les
formes institutionnelles et les performances macroéconomiques de moyen et de long terme.
Toutefois, North considère que ce sont les incitations qui constituent la principale médiation
entre les institutions et les performances. Les formes institutionnelles ne se limitent pas aux
institutions économiques, mais elles incluent également les institutions politiques et
juridiques, l’ensemble du réseau de règles formelles et informelles interdépendantes,
propre à chaque économie, conditionne son évolution dépendante du chemin historique suivi,
et ses performances en termes de croissance à long terme. En effet, les systèmes politiques
conduisent à des droits de propriété (ils définissent l’usage, les droits au revenu et l’aliénabilité
des actifs) sûrs et clairement définis. Ils ont été la source de la prospérité en Occident. North
intègre donc une thèse centrale de la théorie des droits de propriété. « On obtient des
institutions efficaces par un système politique (polity) qui incorpore des incitations à créer
et à faire respecter des droits de propriété efficaces » (North, 1990). Mais il s’agit ici
d’efficacité allocative que d’efficacité adaptative.
5. Une autre prise en compte des institutions par la théorie des jeux à travers l’ « analyse
institutionnelle comparée »
La théorie des jeux constitue un autre champ à travers lequel l’économie du mainstream (i.e.
l’économie néoclassique) a (re)découvert les institutions. La théorie des jeux se situe en effet
dans le paradigme standard de l’économie dans la mesure où elle présuppose des agents
rationnels, utilitaristes et maximisateurs, où elle raisonne dans le cadre de l’individualisme
méthodologique et possède un caractère ahistorique et décontextualisé, mais aussi parce que
les « règles » qui constituent un jeu sont considérées comme données au départ : elles sont
exogènes.
Toutefois, la centralité du thème de la « coordination » ou de la « coopération » (à partir de
l’exemple classique du dilemme du prisonnier) et la prise en compte de jeux répétés impliquant
des processus d’évolution ont conduit à relier progressivement la théorie des jeux à la question
des institutions (Walliser, 1989). L’analogie entre les règles d’un jeu et les institutions s’est
graduellement imposée. Lorsque certains jeux sont répétés, les joueurs tendent ainsi à
développer de nouvelles règles implicites (rules of thumb), des normes, des conventions et des
« institutions » fondées sur un accord social et qui seront transmises aux générations
successives de joueurs. De telles institutions constituent alors « des mécanismes pour fournir
de l’information sur les actions possibles des autres agents » (Schotter, 1981).
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Toutefois, le fait que les règles initiales demeurent données au départ (exogènes et inexpliquées)
constitue une difficulté majeure dans ces approches. Ces règles fixées au départ conditionnent
de nouvelles règles qui vont surgir dans le processus d’apprentissage. Ce qui fait dire que
l’explication de la genèse des institutions implique alors une circularité du raisonnement (Field,
1994), liée à l’absence d’un concept de hiérarchie ou d’historicité des règles, sauf à faire
intervenir des superjeux ou des métajeux.
Partie d’une réflexion logique destinée à expliquer certaines situations économiques
déterminées, la théorie des jeux est appliquée à l’occasion à des expériences ou à des institutions
historiques. C’est le cas de l’ « analyse institutionnelle comparative », illustrée notamment
par Aoki (2000) et Greif (1998, 2006). Elle se donne pour objectif de comparer des institutions
ou des systèmes nationaux historiques. Proche de North par son objet, elle s’en distingue
néanmoins par son recours à la théorie des jeux.
En effet, la théorie de Masahiko Aoki repise sur une conception des institutions en tant
qu’équilibres au sens de la théorie des jeux. Dans celle-ci, un équilibre de Nash est défini
comme une situation où aucun joueur ne peut améliorer sa situation en agissant seul (i.e. sans
coopérer avec les autres), si les autres joueurs conservent leur stratégie antérieure. On relève
selon Aoki trois approches qui partent de l’analogie avec les jeux : certains voient les
institutions comme des joueurs (des grandes organisations), d’autres comme des règles du jeu
(North, Hurwicz), d’autres encore comme des résultats d’équilibre ou des croyances de jeux
(Schotter, Greif, Young, ou même Aoki lui-même). Cette dernière conception des institutions
comme équilibres a, selon l’auteur, l’avantage de pouvoir considérer les origines et
l’enforcement des institutions comme endogènes (Aoki, 2000). Toutefois, tout modèle de jeu
présuppose en fait implicitement ou explicitement des institutions humaines déjà établies
antérieurement. Par conséquent, Aoki admet qu’en plus de la théorie des jeux qui figure à la
base de l’analyse institutionnelle, il faut avoir recours comme compléments à des informations
historiques et comparatives.
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Chapitre 3. Les courants européens contemporains
La théorie de la régulation est une théorie économique qui vise à tenter d'expliquer le
passage de la croissance à la crise, sans invoquer de chocs externes.
À partir des travaux fondateurs de Michel Aglietta et de Robert Boyer, et Gérard Destanne
de Bernis, elle apparaît au milieu de la décennie de 1970, passage de la croissance à la crise
aux États-Unis et en Europe, signifiant la fin des Trente Glorieuses (période de croissance
élevée de 1945 à 1973).
Cette école de pensée est, avec l’économie des conventions, l’une des deux principales
approches hétérodoxes de l’économie en France.
N.B. : Cette théorie de la régulation ne doit pas être confondue avec les théories de la
réglementation et de la régulation développés en microéconomie.
La genèse
C’est au sein de l’administration française (Insee, DP) que l’École de la régulation a pris
naissance. Il s’agissait de trouver les origines de l’enrayement de la croissance des Trente
Glorieuses et du fordisme qui correspond à la hausse simultanée de la productivité et des
salaires. Ont été étudiées les crises en général ainsi que les périodes de stabilité ou d’instabilité
économiques. Les chercheurs ont d'abord constaté qu’un même régime économique, le
capitalisme en l’occurrence, prenait des formes différentes selon les nations. D’autre part,
les mêmes causes ne produisaient pas toujours et partout les mêmes effets. Ainsi, lors d’un
colloque organisé par la Banque de France, Christian De Boissieu constatait des disparités
dans les courbes de Phillips qui expriment la relation entre le chômage et l'inflation et
dans les lois d’Okun qui étudient les liaisons entre le PIB et le chômage selon les nations,
voire les régions. Les modes de réaction spécifiques à chaque nation engendrent des
situations économiques différentes. Ces divergences de réaction proviennent de leurs
institutions, héritées de l'histoire propre à chaque nation. Les chercheurs ont établi que
c’est l’adéquation entre les institutions et le régime économique qui détermine la stabilité
ou l’instabilité de l’économie. Si l’on considère l’ensemble des pays, la stabilité n’a caractérisé
que deux périodes soit une première allant de 1850 à 1913, ainsi que la période fordiste allant
de 1950 à 1970.
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Les régulationnistes s’intéressent aux facteurs de déstabilisation lors d’une crise. Ils
recherchent quelle configuration institutionnelle a permis de surmonter les crises. L’étude
porte sur l’Etats-nation car les institutions sont intimement liées à leur cadre national.
L'économie des conventions est une approche hétérodoxe de l'économie qui étudie la
diversité des formes de coordination entre les individus, que ce soit la règle, l’opinion
majoritaire, la norme ou le marché walrassien.
Le courant de l'économie des conventions propose une théorie économique hétérodoxe qui se
diffuse, en France, à partir des années 1980 (notamment avec un numéro spécial de la Revue
économique de mars 1989). Ce programme de recherches soutient que l'on ne peut pas se
coordonner sans se faire une idée du collectif que l'on forme avec l'autre. Cette
représentation du collectif est elle-même conventionnelle, et il n'y a donc pas de
coordination sans convention, quelle que soit la nature de la règle employée pour se
coordonner.
Elle est, avec la théorie de la régulation, l'une des deux principales approches hétérodoxes
de l'économie en France. Cette théorie des conventions ne doit pas être confondue avec la
théorie des contrats (étude des relations d'échange entre des agents économiques, en tenant
compte des contraintes institutionnelles et informationnelles qui s'imposent à eux).
Le point de départ de la théorie des conventions consiste à comprendre comment les
individus parviennent à mettre en place des règles de coopération et de comportements
dans des situations d’incertitude avec pour hypothèse centrale que les individus ont une
rationalité limitée. Il est très clair pour les conventionnalistes que « sans le secours d’objets
collectifs irréductibles à la rationalité individuelle, les interactions entre acteurs individuels
rationnels seraient incapables de produire à elles seules une réalité sociale déterminée »
(Dupuy, 1989). Une convention est ainsi la solution à un problème de coordination qui, ayant
réussi à concentrer sur elle l’imagination des acteurs, tend à se reproduire avec régularité. C’est
une règle de comportement qui a sa source dans les interactions sociales, mais se présente aux
acteurs sous une forme objectivée, réifiée, naturalisée et ayant une dynamique qui échappe en
partie aux acteurs.
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Deuxième partie 2. Institutions et Développement Economique
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Chapitre 4. L’institutionnalisme au cœur des questions de
développement
Les institutions, les « contraintes conçues par l’homme, qui façonnent les interactions humaines
» (North, 1990a, p. 3), définissent les règles du jeu. Ce sont les règles formelles et les
conventions informelles ou normes comportementales, ainsi que leurs caractéristiques
d’application. Les institutions formelles (celles qui nous intéressent le plus ici) se déclinent en
trois niveaux. Premièrement, les règles fondamentales, découlant des droits humains
élémentaires, sont normalement énoncées dans la Constitution d’un pays. Deuxièmement,
le système juridique, basé sur ces règles fondamentales, contient les lois régissant la
propriété et les contrats, ainsi que les règles relatives à la structure de l’État et au
processus de décision politique. Ces institutions politiques définissent notamment le caractère
démocratique ou autocratique d’un État. Les règles fondamentales et le système juridique
forment ensemble l’environnement institutionnel (Davis et North, 1971, pp. 6–8).
Troisièmement, à l’intérieur de cet environnement institutionnel, des individus et des
organisations nouent des contrats ou arrangements institutionnels pour coordonner leurs
activités. Les trois niveaux d’institutions sont fortement interdépendants. La valeur d’un
arrangement entre deux individus/organisations ou plus dépend de manière décisive de la
qualité de l’environnement institutionnel.
Que sont de « bons » droits de propriété et droits contractuels ? Donner une définition normative
des institutions économiques efficientes n’est pas si difficile, mais expliquer formellement leur
« qualité » l’est beaucoup plus. On peut aborder cette question formelle par une analyse
empirique des déterminants de la qualité institutionnelle, à laquelle la recherche n’a pas encore
donné de définition précise.
Pour North (1981, 1990a) ou Umbeck (1981), par exemple, un système de droits de propriété
est efficient dès lors que les droits sont parfaitement spécifiés et exécutés en toute circonstance.
Autrement dit, la « mauvaise qualité institutionnelle » qui transparaît dans le domaine
économique est liée à de mauvaises institutions politiques, c'est-à-dire à un système dans lequel
les organes de représentation de la société se montrent incapables d’adopter les réformes qui
permettraient aux mécanismes de marché de fonctionner de façon efficace.
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La littérature ne fait pas non plus réellement de distinction claire entre les institutions
économiques et politiques. Les travaux empiriques les associent souvent en leur donnant des
étiquettes comme « instabilité politique » ou « bon gouvernement » (voir par exemple, Alesina
et al. 1996 ou La Porta et al. 1999).
Les institutions politiques définissent le processus, et les institutions économiques en sont le
produit. Les institutions économiques efficientes ne tombent pas du ciel comme une manne et
elles ne découlent pas nécessairement de l’intérêt personnel rationnel. Elles doivent au contraire
être créées consciemment et collectivement. La signification donnée précédemment à la qualité
institutionnelle appelle une question centrale. Comment expliquer que certains pays ont de
bonnes institutions et d’autres non ? L’État a pour mission de définir et de faire respecter une
grande partie des droits de propriété et des droits contractuels. Son comportement a donc une
influence décisive sur la qualité institutionnelle.
Une autre question paraît centrale dans l’analyse. Comment mesurer la qualité des institutions ?
Les analyses empiriques récentes retiennent plusieurs indicateurs. Nous pouvons les synthétiser
en trois catégories d’indicateurs [Daniel Kaufmann, Art Kraay et Pablo Zoido-Lobaton,
1999] :
La première est le processus par lequel les gouvernements sont choisis, contrôlés et
remplacés (indicateur de transparence et responsabilité démocratique et indicateur de stabilité
politique et absence de violence).
La deuxième est la capacité du gouvernement à formuler et mette en œuvre des politiques
saines (indicateurs d’efficacité du gouvernement et de qualité de la réglementation).
La troisième est le respect des citoyens et de l’Etat envers les institutions qui gouvernent
les relations économiques et sociales (indicateurs d’état de droit et de contrôle de la
corruption). Actuellement de nombreuses études économétriques et statistiques ont été faites,
mais les travaux de Daniel Kaufmann, Art Kraay et Pablo Zoido-Lobaton [1999] restent le pivot
incontournable de l’étude de la qualité institutionnelle.
Toutefois, ces résultats doivent être interprétés avec prudence, car l’identification de l’effet des
institutions se heurte à deux problèmes importants.
Les indicateurs de qualité institutionnelle proposent de mesurer l’incertitude liée à
l’environnement institutionnel. Mais un indicateur de ce type est impossible à construire pour
au moins deux raisons.
- D’une part, ce calcul nécessite d’affecter des pondérations objectives aux différentes
composantes de l’environnement institutionnel. Or la manière dont se combinent et
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interagissent les dotations institutionnelles n’est pas clairement établie et une
pondération semble donc difficile et forcément subjective.
- D’autre part, certaines caractéristiques des sociétés ayant un impact sur la qualité des
institutions sont inobservables et susceptibles de varier d’un pays à un autre, ce qui crée
nécessairement un biais dans les mesures de la qualité des institutions observables.
Au-delà de ces deux problèmes, les indices de qualité institutionnelle évaluent la perception des
spécialistes et des investisseurs, et non les aspects formels de la situation institutionnelle.
L’important est le sentiment de sécurité des investisseurs, indépendamment de la façon dont
cette sécurité est atteinte. Les régimes autoritaires et dictatoriaux, sont donc capables d’avoir
un bon indice de qualité institutionnelle, même s’ils sont des Etats de non droit. Ainsi, on
observe des Etats qui font un semblant d’exercice du droit de propriété, en l’absence de
propriété privée (la Chine). Ces pratiques sont possibles parce que les indices se basent sur la
perception et non sur la réalité de la situation institutionnelle.
Une large littérature s’est constituée pour montrer l’importance des institutions dans la
détermination des performances économiques de long terme tant sur le plan théorique
que sur le plan empirique. Les travaux théoriques de la Nouvelle Economie Institutionnelle
(NEI) occupent une place majeure dans ce corpus. Elles se déclinent à travers des analyses
théoriques et empiriques. Dans ces dernières, les analyses sont fondées majoritairement sur
l’étude de bases institutionnelles couplées à des variables macroéconomiques plus classiques
cherchent à établir une relation entre la qualité des institutions et la croissance économique.
Ces analyses, malgré une certaine popularité auprès des institutions internationales, posent de
nombreuses questions méthodologiques. Leur intérêt est fondé sur la possibilité de comparer
les institutions de différents pays mais cette comparabilité fait fi de l’Histoire. D’un point de
vue normatif, elle contribue a renforcé l’idée de benchmarcking (typologie) institutionnel. C'est-
à-dire la possibilité de comparer les institutions des différents pays indépendamment de leur
niveau de développement et de leurs idiosyncrasies et que ces conclusions peuvent donner lieu
à des conseils en termes d’imitation des bonnes pratiques institutionnelles voire des bonnes
institutions que l’on devrait transposer pour favoriser de bonnes performances économiques.
Si les institutions possèdent une influence sur les performances économiques, comment
mesurer l’influence de ces institutions ? N’inverse-t-on pas le rapport qui unit les bonnes
performances économiques avec les institutions ? Ne sont-ce pas les bonnes performances
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économiques qui autorisent de bonnes institutions ? Une perspective plus évolutionniste
consisterait en envisager une co-évolution des institutions et des performances économiques ?
Ces questions peuvent être traitées d’un point de vue empirique à travers des tests de causalités
à condition de posséder suffisamment de degrés de liberté.
Si les institutions ont une influence sur les performances économiques mesurées par le PIB ou
un autre indicateur, comment ce manifeste-t-elle ? Il existe deux types d’institutions : formelles
et informelles.
Les institutions formelles consistent en règles consignées dans le droit par l’Etat, en règles
codifiées et adoptées par les institutions privées et en organisations publiques et privées
opérant en vertu de la législation publique. Elles peuvent être les entreprises régies par le
droit des sociétés. Les institutions informelles, qui opèrent souvent en marge du système
juridique officiel, expriment des codes de comportement social non écrits. Elles sont très
présentes dans les pays en développement.
Idéalement, les institutions informelles et formelles doivent se compléter, leur combinaison
permet de lutter plus efficacement contre la corruption et de réduire plus fortement les coûts de
transactions qu’aucune d’entre elles ne pourrait le faire isolément. Les créateurs d’institutions
peuvent être, les gouvernants, les milieux d’affaires, ou les membres d’une communauté. Le
droit des sociétés et la législation des garanties sont des institutions publiques, de même que le
système judiciaire, les systèmes et les entités de réglementation. Beaucoup d’institutions
privées fonctionnent sous l’égide d’institutions publiques. L’existence de mécanismes
d’exécution externes, tels que les systèmes judiciaires indépendants, est indispensable pour
lutter contre la corruption. Ils élargissent en effet l’accès aux opportunités économiques à un
plus grand nombre de participants. Pour que ces mécanismes externes puissent être efficaces, il
est crucial que l’entité responsable de l’application jouisse d’une légitimité incontestée.
L’existence de mécanismes internes assurant le respect des engagements est une garantie
d’efficacité, car il existe un système de récompenses et de sanctions accepté par tous les
intéressés.
North (1990) soutient que les institutions ont une influence sur la croissance économique mais
ne sait pas réellement les canaux de l’influence. De nombreuses études sur les institutions
insistent sur l’importance d’un groupe particulier d’institutions, à savoir celles qui protègent
les droits de propriété et qui garantissent l’exécution des contrats. On pourrait les appeler
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institutions « créatrices de marchés3 », puisse qu’en leur absence, les marchés n’existent pas
ou fonctionnent très mal. Les fonctions des institutions sont entre autres :
- Les institutions créent, sélectionnent et compactent l’information pertinente pour les
acteurs. Elles acheminent l’information sur la situation des marchés, les biens et les
participants. La bonne circulation de l’information aide les agents économiques à trouver des
partenaires, des activités fortement rentables et à évaluer leur cote de crédit. L’information sur
les entreprises et sur le système économique d’une manière globale, aide les gouvernements à
bien réglementer les marchés. Les institutions peuvent influer sur la production, la collecte,
l’analyse, la vérification et la diffusion des données et de connaissances intéressant les
participants, au sein du marché.
- Les institutions réduisent l’incertitude liée aux comportements stratégiques des acteurs.
Elles définissent la nature des droits de propriété et des contrats et en assurent le respect,
en fixant qui obtient quoi et quand. Le fait de connaître les droits qu’on détient sur des actifs
et des revenus et de pouvoir protéger ces droits, y compris pour le secteur privé vis-à-vis de
l’Etat, est fondamental pour le développement des marchés. Des institutions comme la
constitution d’un pays et son système judiciaire peuvent réduire le risque de différends et
contribuer à assurer le respect des contrats.
- Les institutions aident à la coordination et la coopération entre acteurs individualistes.
Elles accroissent la concurrence sur les marchés. En effet la concurrence incite les individus à
mieux faire, favorisant l’égalité des chances. Sur les marchés concurrentiels, les ressources ont
davantage tendance à se porter sur un projet pour ses mérites. L’existence d’une certaine
concurrence stimule aussi l’innovation et la croissance économique. Mais s’il est des
institutions qui facilitent la concurrence, d’autres y font obstacles. Ainsi, en réglementant
exagérément l’entrée de nouvelles entreprises, les pouvoirs publics peuvent gêner la
concurrence. Les coûts de transactions liés à l’acquisition d’information et aux mesures
permettant d’assurer le respect des droits de propriété, de même que la restriction de la
concurrence, peuvent empêcher la création de marchés bénéfiques à tous. Des institutions
efficaces peuvent toutefois réduire ces coûts.
– Les institutions jouent un rôle dans la distribution du revenu et contribuent à
l’allocation des ressources. Elles façonnent l’interaction entre le rapport salarial, les formes
de concurrence et le système fiscal. Elles délimitent les limites au-delà desquelles l’équilibre
du système de distribution du revenu est rompu.
3
Rodrik et Subramanian, la primauté des institutions, p.32, Finances & Développement, Juin 2003
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Chapitre 5. Le rôle des institutions dans le développement
économique
Il faut distinguer les institutions des organisations. Ces dernières, les entreprises, les
administrations, les groupes de pression, les associations, etc., sont justement appelées dans le
langage courant « institutions ». Mais pour les institutionnalistes, les organisations ne sont pas
les institutions. Elles ne sont que les acteurs ou les joueurs, tandis que les institutions sont les
règles du jeu. Celles-ci changent avec le temps, s’adaptent aux nouvelles techniques, aux
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modifications des prix relatifs, aux nouvelles idées, de façon essentiellement continue,
progressive, selon des voies tracées par la structure institutionnelle passée.
C’est ce qu’on appelle la dépendance par rapport au sentier, formule imagée qui implique que
le présent est dans une large mesure conditionnée par le passé, et que des tendances lourdes se
maintiennent à cause des forces d’inertie propres aux sociétés et aux comportements, ce que
John Stuart Mill appelait déjà « l’esclavage des circonstances antérieures ». Le phénomène de
« path dependence » explique qu’il soit difficile de sortir des structures institutionnelles
données d’une société.
Appliqué à l’évolution à long terme, le cadre théorique ainsi posé permet à North (1992)
d’affirmer que « l’Essor du monde occidental est l’histoire d’innovations institutionnelles
réussies qui sont venues à bout de la faim et des famines, des maladies et de la pauvreté, pour
produire le monde développé moderne. » Entre le XVe et le XVIIIe siècle, certains pays mettent
en place des institutions favorables au progrès économique (la Hollande et l’Angleterre), tandis
que d’autres échouent à le faire (les also-rans comme l’Espagne et la France). Ces institutions
permettent de contenir la montée des coûts de transaction, d’accroître la productivité de telle
façon que la tendance aux rendements décroissants dans l’agriculture soit contrée, de
récompenser les innovateurs, bref de rassembler finalement les conditions favorables à la
révolution industrielle.
Celle-ci consiste en une spécialisation accrue permise par un élargissement des marchés, et un
changement dans l’organisation économique pour limiter les coûts de transaction, ce qui a
favorisé à son tour les innovations techniques et la croissance. Mais c’est la deuxième
révolution industrielle à la fin du XIXe siècle, caractérisée par la « croissance du stock des
connaissances » et l’interpénétration totale de la science et de la technologie, qui constitue en
fait le point de rupture majeur, comparable à ce qu’a été la révolution néolithique (l’apparition
de l’agriculture il y a dix mille ans, première révolution économique), et North peut alors parler
d’une seconde révolution économique, amenant « une courbe d’offre élastique des
connaissances nouvelles, une technologie capitalistique et la nécessité de changements majeurs
de l’organisation économique pour réaliser le potentiel de cette technologie. » (1981)
Ces changements sont ceux que nous connaissons au XXe siècle, c’est-à-dire
l’hyperspécialisation et la hausse sans précédent des niveaux de vie, et là encore le
développement de tout un secteur tertiaire qui devient dominant et dont le rôle est de coordonner
et de faire fonctionner une société de plus en plus compliquée, « de permettre des échanges
complexes » (North, 1994), en réalisant une « adaptation efficace ».
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La croissance n’est donc possible que par le jeu d’équilibre entre les deux types de coûts : les
coûts de production qui baissent avec les changements technologiques, les coûts de transaction
qui augmentent avec la complexification de la société, et les institutions qui s’adaptent pour
limiter cette augmentation.
Si cette adaptation n’est pas réussie et si les coûts de production ne baissent pas suffisamment
pour compenser la hausse des coûts de transaction, la croissance peut être bloquée comme dans
nombre de sociétés à l’Est et au Sud. Le sous-développement persistant en Afrique ainsi que
les difficultés énormes de la transition en Russie s’expliquent par des coûts de transaction
exorbitants liés à divers facteurs institutionnels : faiblesse de l’État, insécurité générale,
corruption, népotisme, forte influence des groupes de pression ou des groupes ethniques,
puissance des mafias, manque d’intégrité des administrations, mauvais fonctionnement du
marché, etc.
La seule voie possible du développement réside donc dans l’élaboration progressive
d’institutions capables de maîtriser ces coûts. L’expérience des pays développés montre que le
marché ne peut fonctionner qu’avec un cadre institutionnel favorable, un cadre dont l’État ne
représente qu’un élément.
Section 5. Quelques réflexions sur le rôle des institutions dans l’exploitation des
ressources naturelles en Afrique subsaharienne
L'exploitation des ressources naturelles (RN) est une source importante de revenus pour de
nombreux pays en développement, dont l'Afrique subsaharienne (Mehlum et al, 2006 ; Epo et
Nochi, 2020 ; Lashitew et Werker ; 2020 ; Hodler et al., 2023 ; Liu et al., 2023 ; Wang et al.,
2023 ; Li, et al., 2024). Selon la Commission économique des nations unies pour l’Afrique, le
continent africain est incontestablement la région la plus riche en ressources naturelles au
monde (CEA, 2012). À l'échelle mondiale, il est estimé que l'Afrique représente 40 % des
réserves d'or, 30 % des réserves de minerais et 12 % des réserves de pétrole, 54% des réserves
mondiales de platine, 78% de celles de diamant, 40% de celles de chrome et 28% de celles de
manganèse, etc. Des pays comme la RDC, la Zambie, le Niger, l’Afrique du Sud, regorgent des
matières premières stratégiques, comme le cuivre, le coltan (utilisé dans la fabrication des
téléphones), l’uranium (CEA, 2012).
Si ces richesses sont potentiellement un argument en faveur du développement du continent,
elles ne profitent malheureusement pas encore assez aux populations (Mehlum et al., 2006 ;
Wiens, 2013 ; Destek, 2023 ; Narh, 2023 ; Sibanda et al., 2023). De nombreuses économies
africaines peinent en effet à les convertir en développement économique stable. Deux
principales raisons expliquent cette situation décrite comme une « malédiction des ressources
naturelles » par Auty (1990). D'abord, la volatilité des prix des matières premières, qui a un
impact majeur sur le PIB des pays exportateurs, puis le fait que ces ressources et la manne
financière qu'elles génèrent entraînent d'importants problèmes de gouvernance et de corruption,
impliquant à la fois les gouvernements locaux, mais aussi des firmes multinationales ou des
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puissances étrangères (Adams et al., 2019 ; Gaudiaut, 2022). La littérature économique suggère
que, selon la nature des ressources, l'exploitation des RNR peut être une arme à double
tranchant, notamment dans les pays en développement. D’un côté et très généralement, elle a
des effets négatifs sur la qualité des institutions (Sala-i-Martin et Subramanian, 2003 ; Adams
et al., 2019(a) ; Adams et al., 2019(b) ; Mehlum et al., 2006 ; Isham et al, 2005), ce qui peut à
son tour entraver la croissance économique et le développement. De l’autre, dans de rares cas,
elle peut être une source de revenus importante pour les pays en développement (Bulte et al.,
2004 ; Brunnschweiler, 2008 ; Gao et al., 2024). Ainsi, les pays africains qui dépendent des
RNR doivent être conscients de ces risques potentiels et prendre des mesures pour les atténuer.
L'une des principales préoccupations est que l'exploitation des RNR peut conduire à une
augmentation de la corruption (Couttenier, 2008 ; Adams et al., 2019(b) ; Asiamah et al., 2022 ;
Chebab et al., 2022 ; Destek, 2023 ; Joarder et Ahmed, 2023). En effet, les revenus tirés des
RNR peuvent fournir aux gouvernements des ressources importantes, ce qui peut les rendre
plus susceptibles de s'engager dans des activités corruptives. La corruption peut nuire à la
qualité des institutions en affaiblissant l'État de droit, en réduisant la transparence et la
responsabilité, et en créant un environnement incertain pour les investisseurs. Une autre
préoccupation est que l'exploitation des RNR peut conduire à une augmentation des inégalités.
Les revenus tirés des RNR peuvent être concentrés entre les membres d’une petite élite, ce qui
peut exacerber les inégalités sociales et économiques (Wiens, 2013 ; Ha Pham et al., 2024). Les
inégalités peuvent nuire à la qualité des institutions en affaiblissant la cohésion sociale et en
créant un climat de méfiance et de ressentiment. Enfin, l'exploitation des RNR peut conduire à
une augmentation de la violence. Les revenus tirés des RNR peuvent être une source de conflit,
car ils peuvent être utilisés pour financer des groupes armés ou pour corrompre les forces de
l'ordre. La violence peut nuire à la qualité des institutions en sapant l'autorité de l'État et en
créant un climat d'insécurité (Goetschel et Péclard, 2006 ; Hugon, 2009 ; Pourtier, 2012 ;
Hellendorff, 2012).
Cette étude examine l'effet de l'exploitation des RNR sur la qualité des institutions en Afrique
subsaharienne. La préoccupation des auteurs est la suivante : aujourd’hui encore, l'exploitation
des RNR continue-t-elle d’affecter négativement la qualité des institutions en Afrique
subsaharienne ? Une approche économétrique est utilisée pour analyser les données de 47 pays
africains sur la période 2002-2020. Les résultats obtenus suggèrent que, malgré de nombreuses
alertes données par d’importantes études sur la question, l'exploitation des RNR continuent
malheureusement d’avoir un effet négatif sur la qualité des institutions.
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Cette étude contribue à la littérature économique en fournissant des preuves empiriques de
l'effet négatif persistant de l'exploitation des RNR sur la qualité des institutions en Afrique
subsaharienne, en tout cas dans les pays africains de l’échantillon constitué. Les résultats de
l'étude suggèrent que les pays africains qui dépendent des RNR devraient enfin prendre des
mesures drastiques pour atténuer les risques potentiels associés à l'exploitation de ces
ressources. L'étude contribue également à la littérature sur la croissance économique en
suggérant que la qualité des institutions est un facteur important qui détermine la capacité des
pays à tirer profit de leurs ressources naturelles (Lashitew et Werker, 2020 ; Li et al., 2024 ;
Gao et al., 2024). Dès lors, les résultats de l'étude recommandent que les pays africains qui
souhaitent tirer parti de leurs RNR pour stimuler la croissance économique investissent
fortement dans l'amélioration de la qualité de leurs institutions.
La littérature économique suggère que l'exploitation des RNR peut avoir des effets négatifs ou
positifs sur la qualité des institutions. Cette revue de la littérature présente les principaux
résultats théoriques et empiriques sur l'effet de l'exploitation des RNR sur la qualité des
institutions en Afrique subsaharienne.
Les mécanismes théoriques par lesquels l'exploitation des RNR peut nuire à la qualité des
institutions sont complexes et interdépendants. Cependant, les études théoriques suggèrent que
les mécanismes suivants sont les plus importants :
- La corruption : les revenus tirés des RNR peuvent fournir aux gouvernements des ressources
importantes, ce qui peut les rendre plus susceptibles de s'engager dans des activités
corruptives. La corruption peut nuire à la qualité des institutions en affaiblissant l'État de
droit, en réduisant la transparence et la responsabilité, et en créant un environnement
incertain pour les investisseurs (Couttenier, 2008 ; Adams et al., 2019(b) ; Asiamah et al.,
2022 ; Chebab et al., 2022 ; Destek, 2023 ; Joarder et Ahmed, 2023).
- Les inégalités : les revenus tirés des RNR peuvent être concentrés entre les mains d’une
petite élite, ce qui peut exacerber les inégalités sociales et économiques. Les inégalités
peuvent nuire à la qualité des institutions en affaiblissant la cohésion sociale et en créant un
climat de méfiance et de ressentiment (Baland et Platteau, 1997 ; Acemoglu et al., 2001 ;
Bellan et al., 2007).
- La violence : les revenus tirés des RNR peuvent être une source de conflit, car ils peuvent
être utilisés pour financer des groupes armés ou pour corrompre les forces de l'ordre. La
violence peut nuire à la qualité des institutions en sapant l'autorité de l'État et en créant un
climat d'insécurité (Goetschel et Péclard, 2006 ; Hugon, 2009 ; Pourtier, 2012 ; Hellendorff,
2012 ; Khan et al., 2023).
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Ces différents mécanismes ont été soutenu théoriquement par bon nombres d’auteurs.
Acemoglu et Robinson (2003) ont appliqué leur théorie à l'effet de l'abondance des ressources
naturelles sur la qualité des institutions. Ils ont trouvé que l'abondance des ressources naturelles
peut avoir un effet positif ou négatif sur la qualité des institutions, selon les institutions
existantes dans le pays. Dans les pays qui ont des institutions inclusives, l'abondance des
ressources naturelles peut conduire à une augmentation de la croissance économique et de la
prospérité. Cependant, dans les pays qui ont des institutions extractives, l'abondance des
ressources naturelles peut conduire à une augmentation de la corruption, de la violence et de
l'instabilité (Persson et Tabellini, 2003 ; Tsani, 2013). Persson et Tabellini (2003) ont développé
un modèle théorique de l'effet de l'abondance des ressources naturelles sur la corruption. Ils
soutiennent que l'abondance des ressources naturelles peut conduire à une augmentation de la
corruption, car elle fournit aux gouvernements des ressources importantes qui peuvent être
utilisées pour acheter le soutien des électeurs ou des groupes d'intérêt. Persson et Tabellini
(2003) ont également étudié l'effet de l'abondance des ressources naturelles sur la croissance
économique. Ils soutiennent que l'abondance des ressources naturelles peut conduire à une
diminution de la croissance économique, car elle peut décourager l'investissement et
l'innovation (Ni et al., 2022 ; Wang et al., 2023 ; Ganda, 2024). Levitt (1997) a étudié l'effet de
l'abondance des ressources naturelles sur la violence politique. Il a trouvé que l'abondance des
ressources naturelles est associée à une augmentation de la violence politique, y compris les
coups d'État, les guerres civiles et les troubles civils. Enfin, Barro (1991) a étudié l'effet de
l'abondance des ressources naturelles sur la croissance économique. Ses résultats montrent que
l'abondance des ressources naturelles est associée à une diminution de la croissance
économique, car elle peut décourager l'investissement et l'innovation.
Les travaux des auteurs clés mentionnés ci-dessus suggèrent pour l’essentiel que l'abondance
des ressources naturelles peut avoir un effet négatif sur la qualité des institutions, la croissance
économique, la pauvreté et le développement durable, selon les institutions existantes dans le
pays.
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