Legalite2 Dag 2023-2024 Light v2
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DROIT ADMINISTRATIF
Cours de M. Coulibaly
Professeur agrégé des universités
Nota bene : Cette version « Examens » du cours est plus que suffisante
1. pour tout type d’épreuve d’examen (Oral et Écrit)
2. et, le cas échéant, pour les travaux dirigés.
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PREMIÈRE PARTIE :
L’encadrement normatif de l’activité administrative
*
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A P
E V
Notification ...........................................................13
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LES
PRESCRIPTIONS
DU PRINCIPE DE LÉGALITÉ
2/2
Le principe de la légalité exige, d’une manière générale, que l’administration respecte certaines
normes. Il exige, en particulier, qu’aucun acte administratif ne méconnaisse ces normes.
Un acte administratif qui contrevient à ces normes est entaché d’illégalité. Et cette illégalité per-
met souvent d’en obtenir l’annulation par la voie du recours pour excès de pouvoir.
C’est pourquoi les illégalités pouvant entacher les actes administratifs sont aussi appelées cas
d’ouverture du recours pour excès de pouvoir.
**
Il est possible de présenter les étapes du parcours d'un acte administratif de la manière sui-
vante :
1. la naissance de l'acte : adoption (synonyme : édiction), publicité et entrée en vigueur ;
2. la vie de l'acte : application (ou exécution) ;
3. la disparition de l'acte : abrogation, retrait ou annulation.
La publicité permet de porter l’acte administratif à la connaissance de ses destinataires ainsi que,
le cas échéant, des tiers intéressés (Nemo censetur ignorare legem)1.
Elle entraîne l’entrée en vigueur de l’acte - CE, Sect., 12 juillet 1991, Ministre de la jeunesse et des
sports, n° 127092.
Enfin, choisie et mise en œuvre d’une manière régulière, la publicité marque le point de départ du
délai de recours contentieux, lequel n’est pas lié à l’entrée en vigueur de l’acte en cause.
Du reste, la concomitance des deux événements n’est pas toujours réalisée - CE, 3 mars 1995, Mme
Memmi et M. Zimmermann, n° 162657. En effet, il arrive que soit différée l’entrée en vigueur d’un
texte déjà publié, mais cela n’a pas d’incidence sur le déclenchement du délai de recours.
*
1
Nul n’est censé ignorer la loi.
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*
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i – La publication
L'entrée en vigueur d'un acte réglementaire est subordonnée à l'accomplissement de formalités
adéquates de publicité, notamment par la voie, selon les cas, d'une publication ou d'un affichage,
sauf dispositions législatives ou réglementaires contraires ou instituant d'autres formalités préa-
lables (Article L221-2 du code des relations entre le public et l’administration).
Définition :
La publication d’un acte consiste à assurer sa diffusion sur un support accessible, simulta-
nément ou presque, au plus grand nombre.
En vertu d'un principe général du droit, l'autorité administrative a l'obligation de publier dans un
délai raisonnable les actes réglementaires qu'elle édicte - CE, 12 décembre 2003, Syndicat des com-
missaires et hauts fonctionnaires de la police nationale, n° 243430.
D’une manière générale, s’agissant des actes réglementaires, seule leur publication régulière (ou
leur affichage), en particulier « suffisante »1, déclenche le délai de recours contentieux à leur en-
contre.
Un acte réglementaire entre en vigueur le lendemain du jour de l'accomplissement des formalités
de publicité susmentionnées, sauf à ce qu'il en soit disposé autrement par la loi, par l'acte réglemen-
taire lui-même ou par un autre règlement. Toutefois, l'entrée en vigueur de celles de ses dispositions
dont l'exécution nécessite des mesures d'application est reportée à la date d'entrée en vigueur de
ces mesures (Article L221-2 du code des relations entre le public et l’administration).
Hypothèse : un acte réglementaire a été notifié à certaines personnes. Même dans ce cas,
c’est sa publication seule, effectuée d’une manière régulière (notamment suffisante), qui déclenchera
le délai à l’égard de ces personnes.
*
Outre les actes réglementaires, certains actes individuels tels que la nomination d’un fonctionnaire
doivent également faire l’objet d’une publication (Voir Schéma, page 11).
**
1
CE, Sect., 25 janvier 1974, Sieur Jean et autres, n° 82609.
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ii – La notification
Définition :
La notification d’un acte consiste à communiquer la connaissance de cet acte d’une
manière personnalisée : lettre recommandée, remise en mains propres1 par l’auteur
ou un intermédiaire, etc.
1
Exemple de notification par remise en mains propres au cours d’un entretien : CE, 20 septembre 1991, Régie nationale des
usines Renault, n° 107376.
2
« [Considérant] qu'il résulte de ces dispositions que cette notification doit, s'agissant des voies de recours, mentionner, le cas
échéant, l'existence d'un recours administratif préalable obligatoire ainsi que l'autorité devant laquelle il doit être porté ou,
dans l'hypothèse d'un recours contentieux direct, indiquer si celui-ci doit être formé auprès de la juridiction administrative de
droit commun ou devant une juridiction spécialisée et, dans ce dernier cas, préciser laquelle ; » - CE, 15 novembre 2006, M. A.,
n° 264636.
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1
Première conséquence de l’absence de publicité adéquate : l’absence d’effets juridiques de
l’acte.
L’acte qui n’a pas fait l’objet d’une mesure de publicité adéquate (omission de la mesure de
publicité prescrite ou irrégularité commise dans sa mise en œuvre) n’entre pas en vigueur. Il n’est pas
applicable :
il ne peut pas être opposé aux tiers, c’est-à-dire, principalement, aux administrés
– CE, Ass., 13 décembre 1957, Barrot et autres ;
inversement, il ne peut ni être invoqué par les tiers, ni faire naître de droits à leur
profit – CE, 24 novembre 1982, Sieur Vital, n° 37243 ; CE, 4 juillet 1975, Delfini,
n° 89349 ; CE, 18 novembre 1966, Laborde, p. 6101 ;
enfin, il ne saurait servir de base légale à d’autres actes – CE 20 mai 1996, Syndicat
Union des personnels de surveillance, d'encadrement pénitentiaire et postulants,
n° 143939 ; CE, Sect., 27 janvier 1961, Sieurs Daunizeau et autres, p. 57 ; CE, 26 oc-
tobre 1956, Pubreuil.
2
Deuxième conséquence de l’absence de publicité adéquate : le non-déclenchement du délai
de recours contentieux contre l’acte.
Le délai de recours contentieux contre l’acte qui n’a pas fait l’objet d’une mesure de publicité
adéquate (omission de la mesure de publicité prescrite ou irrégularité commise dans sa mise en
œuvre) ne court pas ; il n’est pas déclenché.
Mais délai non déclenché ne signifie pas impossibilité d’exercer un recours. Bien
au contraire, il signifie possibilité d’exercer un recours contentieux au-delà du délai
de droit commun, donc au-delà des deux mois réglementaires2.
1
Cf. aussi CE, Sect., 25 janvier 1974, Sieur Jean et autres, n° 82609.
2
On fera tout de même attention à la prescription, notamment en matière de responsabilité - cf. infra.
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**
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1 – Le privilège du préalable 17
2 – L’exécution forcée 17
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1 – Le privilège du préalable
Contrairement aux particuliers, l’administration a le droit de prendre des décisions qui peuvent
s’imposer aux administrés sans leur consentement (On sait que parfois ils sont consentants).
Donc, contrairement aux particuliers, l’administration n’a pas besoin, en principe, de s’adresser
préalablement au juge pour faire respecter sa volonté. Selon la formule d’Aucoc, « [s]es actes de
gestion, comme ses actes de commandement, sont exécutoires avant qu’il y ait eu décision de jus-
tice »1.
On illustre cette possibilité d’action en disant que l’administration dispose du privilège du préa-
lable. Au demeurant, elle ne peut renoncer à ce privilège ; elle ne saurait demander au juge le pro-
noncé de mesures qu’elle a le pouvoir de prendre2 : CE, 30 mai 1913, Préfet de l’Eure, p. 583.
**
2 – L’exécution forcée
Définition :
L’exécution forcée d’une décision administrative, c’est son application manu militari,
c’est-à-dire par la force, la contrainte.
Deux principes :
Problème :
Devant un éventuel refus d’obéissance des administrés, l’administration peut-
elle user de la force pour faire respecter sa décision ?
1
Aucoc (Léon), Conférences sur l’administration et le droit administratif, Dunod, Éditeur, Paris, 1878, Deuxième édition, tome
1er, p. 575-576.
2
Sauf, notamment, en matière contractuelle.
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Réponse :
NON.
En principe, l’administration n’a pas le droit de procéder à l’exécution
forcée de ses décisions.
1. L’autorisation 3. L’urgence
expresse de la loi
2. L’inexistence
d’autres voies de
droit pour assurer
l’exécution de la dé-
cision administrative
(absence de sanctions
pénales)
*
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*
Selon quelles modalités l’administration doit-elle procéder à l’exécution for-
cée de ses décisions ?
y
Constitue une voie de fait, si elle porte atteinte à la liberté individuelle ou provoque l’extinction
d’un droit de propriété,
1
l’exécution forcée d’un acte si grossièrement illégal qu’il apparaît en fait comme un acte
manifestement insusceptible d'être rattaché à un pouvoir appartenant à l'autorité adminis-
trative,
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2
ou l’exécution forcée d’un acte même légal lorsqu’elle n’est ni autorisée par la loi, ni
justifiée par l’urgence - Cf. supra Le partage juridictionnel des compétences.
Et, bien entendu, en cas de voie de fait, l’action en responsabilité relève de la compétence
du juge judiciaire - Cf. Supra, Cours : Les juges de l’action administrative.
**
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*
C – L’abrogation et le retrait des actes administratifs unilatéraux
Nicolas Boulouis observe avec pertinence : « Si l’espérance de vie humaine progresse, celle des
normes régresse. »1
*
Nota bene : L’abrogation et le retrait des actes administratifs unilatéraux sont régis par le titre IV
du code des relations entre le public et l’administration (ci-après dénommé le « CRPA »).
En pratique, les dispositions de ce titre IV sont entrées en vigueur à compter du 1er juin 2016.
*
Les règles varient selon la nature de l’acte sur lequel porte l’abrogation ou le retrait
o Décision créatrice de droits
o Acte non créateur de droits (par exemple, acte réglementaire)
1 – Le préalable de la distinction entre les décisions créatrices de droits et les actes non
créateurs de droits 23
a – Les décisions créatrices de droits 23
b – Les actes non créateurs de droits 23
2 – Définitions de l’abrogation, du retrait et de l’annulation 24
a – Définition de l’abrogation 24
b – Définition du retrait 24
c – Définition de l’annulation 25
d – Comparaison de l’abrogation, du retrait et de l’annulation 25
e – Comment répondre à une question pratique sur la légalité d’une abrogation ou d’un
retrait 26
3 – L’abrogation et le retrait des décisions créatrices de droits : les principes 29
a – L'abrogation ou le retrait à l'initiative de l'administration ou sur demande d'un tiers29
Le principe 29
b – L'abrogation ou le retrait sur demande du bénéficiaire de la décision 30
Le principe 30
3 – L’abrogation et le retrait des actes réglementaires et des actes non réglementaires
non créateurs de droits : les principes 32
a – L'abrogation des actes réglementaires et des actes non réglementaires non créateurs
de droits 32
Le principe 32
b – Le retrait des actes réglementaires et des actes non réglementaires non créateurs de
droits 33
Le principe 33
1
ABC de l’abrogation in Courrier juridique des finances et de l’industrie, numéro spécial, juin 2008, LDF.
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Définition :
Une décision créatrice de droits est une décision administrative non réglementaire
qui procure à son destinataire (ou parfois à un tiers) un avantage ou un intérêt juridi-
quement protégé 1 sur lequel l’administration n’est pas libre de revenir.
Définition :
Un acte non créateur de droits est un acte administratif, réglementaire ou non, qui
ne procure ni un avantage ni un intérêt juridiquement protégé sur lequel l’adminis-
tration n’est pas libre de revenir.
1
Selon le juriste allemand Rudolf von Jhering, « le droit est un intérêt légitime juridiquement protégé ».
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peut intervenir à toute époque, donc sans condition de délai. Exemple : une no-
mination pour ordre, c’est-à-dire le fait de nommer une personne à un emploi
qu’elle n’occupera pas (emploi fictif). Cas de nomination pour ordre à la Cour de
cassation : CE, Sect., 18 janvier 2013, Syndicat de la magistrature, n° 354218 ;
Les décisions obtenues par fraude (une fraude du bénéficiaire) ;
etc.
**
a – Définition de l’abrogation
Définition :
L’abrogation d’un acte administratif, c’est sa suppression non rétroactive décidée
par l’autorité administrative.
Définition :
Le retrait d’un acte administratif, c’est sa suppression rétroactive décidée par l'auto-
rité administrative.
Retirer (on dit aussi rapporter) un acte administratif, c’est le supprimer à la fois pour l’avenir et
pour le passé.
Le retrait d'un acte, c’est sa disparition juridique pour l'avenir comme pour le passé. Le retrait efface
les effets passés de l’acte.
Un acte retiré (sous-entendu : retiré de l'ordonnancement juridique) est réputé n’être jamais inter-
venu. Par là même, le retrait rappelle l’annulation prononcée par le juge (l’annulation contentieuse).
Voilà pourquoi le juge administratif rejette (ou prononce un non-lieu à statuer sur) toute requête
tendant à l'annulation d’une décision qui a déjà été retirée (synonyme : rapportée) par l’administra-
tion ; une telle requête est sans objet.
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Toutefois, avant de rejeter le recours (retrait intervenu avant l'introduction de l'instance) ou de pro-
noncer un non-lieu à statuer (retrait intervenu en cours d'instance), le juge s'assure que le retrait a
acquis un caractère définitif, faute d'avoir été contesté dans le délai du recours contentieux - CE, 19
avril 2000, Borusz, n° 207469.
**
c – Définition de l’annulation
Définition :
L’annulation d’un acte administratif, c’est sa suppression rétroactive décidée par le
juge administratif.
**
La comparaison des trois notions (abrogation, retrait et annulation) débouche sur les conclusions
suivantes :
L’abrogation, le retrait et l'annulation ont un effet en commun : ils font tous disparaître juridi-
quement l'acte administratif ;
L’abrogation comme le retrait sont décidés par une autorité administrative (contrairement à
l'annulation qui est l'œuvre du juge) ;
1
Cela dit, le juge peut moduler dans le temps les effets des annulations qu’il prononce, et décider de déroger au principe de
l’effet rétroactif de l’annulation d’un acte, lorsque cet effet « est de nature à emporter des conséquences manifestement
excessives en raison tant des effets que cet acte a produits et des situations qui ont pu se constituer lorsqu’il était en vigueur
que de l’intérêt général pouvant s’attacher à un maintien temporaire de ses effets » - CE, Ass., 11 mai 2004, Association AC !
et autres, n° 255886.
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**
e – Comment répondre à une question pratique sur la légalité d’une abrogation ou
d’un retrait
Il est nécessaire de garder à l’esprit le fait que l’abrogation ou le retrait, qui peut être explicite ou
implicite, nous met toujours en présence d'au moins deux actes :
1. l'acte X abrogé ou retiré et
2. l'acte Y qui abroge ou retire l’acte X.
Lorsque l’on nous demande « L’abrogation ou le retrait de l’acte X est-il vraiment légal ? », on nous
demande en fait « L’acte Y, qui réalise l’abrogation ou le retrait, est-il vraiment légal ? ».
Et pour répondre à cette question, nous devons commencer par nous poser des questions préa-
lables, car les règles dépendent principalement des réponses données à ces questions préalables :
L’acte X, qui est abrogé ou retiré, est-il un acte créateur de droits ou un acte non
créateur de droits, un acte légal ou acte illégal ?
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Quelles sont les règles qui régissent l’abrogation ou le retrait du type d’acte dont fait
partie l’acte X ?
L’acte Y, qui a abrogé ou retiré l’acte X, est-il intervenu dans le respect des règles
régissant l’abrogation ou le retrait du type d’acte dont fait partie l’acte X ?
**
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Nota bene : L’abrogation et le retrait des actes administratifs unilatéraux sont régis par le titre IV
du code des relations entre le public et l’administration (ci-après dénommé le « CRPA »).
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Arrêts à retenir parce que le CRPA (Code des relations entre le public et l’administration), qui ré-
git l’abrogation et le retrait des actes administratifs unilatéraux, s’en inspire largement :
CE, Ass., 26 octobre 2001, Ternon, n° 197018, pour le retrait des actes créateurs de droits ;
CE, Sect., 6 mars 2009, M. Coulibaly, n° 306084, pour l’abrogation des actes créateurs de droits.
Le principe :
L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits
- de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers
- que si les deux conditions suivantes sont réunies :
1
la décision créatrice de droits est illégale
2
et l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de
cette décision créatrice de droits (Article L242-1 du CRPA).
*
Autrement dit, la légalité de l’abrogation ou du retrait, réalisé à l’initiative de l’administration
ou à la demande d’un tiers, d’une décision créatrice de droits est d’abord subordonnée aux condi-
tions cumulatives suivantes :
1
La décision créatrice de droits est illégale ;
2
L’abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de la déci-
sion créatrice de droits. Il s’agit bien de la date à laquelle la décision créatrice de droits a été prise,
et non de la date de l’accomplissement, le cas échéant, des formalités de publicité.
À ces deux conditions, il faut ajouter une troisième qui résulte d’autres dispositions du CRPA et
que nous avons déjà étudiée :
L’abrogation ou le retrait doit être motivé et précédé d’une procédure contradictoire.
**
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Le principe :
Sur demande du bénéficiaire d’une décision créatrice de droits, l'administration est tenue de pro-
céder, selon le cas, à l'abrogation ou au retrait de cette décision créatrice de droits, si les deux
conditions suivantes sont réunies :
1
la décision créatrice de droits est illégale
2
et l'abrogation ou le retrait peut intervenir dans le délai de quatre mois suivant
l'édiction de cette décision créatrice de droits (Article L242-3 du CRPA).
*
En d’autres termes, à la demande du bénéficiaire d’une décision créatrice de droits, l’adminis-
tration est obligée, selon le cas, d’abroger ou de retirer cette décision créatrice de droits, si deux
conditions sont réunies cumulativement :
1
La décision créatrice de droits est illégale,
2
et l’abrogation ou le retrait peut intervenir dans le délai de quatre mois suivant l’édiction
de la décision créatrice de droits.
Ajoutons que l’abrogation ou le retrait doit être motivé, mais que, logiquement, il n’a pas
à être précédé d’une procédure contradictoire, étant donné qu’il intervient à la demande du bénéfi-
ciaire de la décision créatrice de droits.
*
Nota bene : Comme vous l’avez sans doute remarqué, à deux exceptions près, les mêmes conditions
sont exigées
pour l’abrogation ou le retrait d’une décision créatrice de droits à l'initiative de l'administra-
tion ou sur demande d'un tiers (voir a ci-dessus)
et pour l'abrogation ou le retrait d’une décision créatrice de droits sur demande du bénéfi-
ciaire de la décision (voir b ci-dessus).
Deux conditions communes : Dans les deux cas (a et b), il est exigé
que la décision créatrice de droits soit illégale
et que l’abrogation ou le retrait intervienne dans le délai de quatre mois suivant l’édiction (la prise)
de la décision créatrice de droits.
Deux différences :
L'abrogation ou le retrait à l'initiative de l'administration ou sur demande d'un tiers doit être mo-
tivé et précédé d’une procédure contradictoire.
L'abrogation ou le retrait sur demande du bénéficiaire de la décision doit seulement être motivé.
*
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**
a – L'abrogation des actes réglementaires et des actes non réglementaires non créa-
teurs de droits
Le principe :
L’administration est tenue d’abroger expressément un acte réglementaire ou un acte non ré-
glementaire non créateur de droits si l’une ou l’autre des deux conditions suivantes (qui peuvent se
cumuler) est remplie :
1
l’acte est illégal
2
ou (inclusif) l’acte est dépourvu d’objet.
Notez qu’aucun délai n’est imposé dans le cas examiné ici.
**
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b – Le retrait des actes réglementaires et des actes non réglementaires non créa-
teurs de droits
Rappelons que, par « actes non réglementaires », il faut entendre
les actes individuels
et les décisions d’espèce, c’est-à-dire des actes qui ne sont ni individuels ni réglemen-
taires (Voir Cours sur les actes administratifs unilatéraux).
Il est donc question ici des règles relatives au retrait
des actes réglementaires,
des actes individuels non créateurs de droits
et des décisions d’espèces non créatrices de droits.
Le principe :
L'administration ne peut retirer un acte réglementaire ou un acte non réglementaire non
créateur de droits que si les deux conditions suivantes sont réunies :
1
l’acte est illégal
2
et le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant l’édiction de cet acte (Article
L. 243-3 du CRPA).
*
En clair, la légalité du retrait d’un acte réglementaire ou d’un acte non réglementaire non
créateur de droits est subordonnée à deux conditions cumulatives :
1
L’acte à retirer est illégal ;
2
et le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de l’acte. Il s’agit
bien de la date à laquelle l’acte a été pris, et non de la date de l’accomplissement, le cas
échéant, des formalités de publicité.
*
Ainsi donc, le principe est le même
d’une part, pour l’abrogation et le retrait des décisions créatrices de droits (voir page 29)
et d’autre part, pour le retrait (examiné ici) des actes réglementaires et des actes non ré-
glementaires non créateurs de droits.
***
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Question : Quelle Pourquoi présente-t-on les circonstances exceptionnelles comme des déroga-
tions aux prescriptions du principe de la légalité ?
Réponse : On présente les circonstances exceptionnelles comme des dérogations aux prescriptions
du principe de la légalité pour la raison suivante :
Dans des circonstances exceptionnelles, une autorité administrative peut méconnaître les règles
ordinaires de la légalité sans commettre d'illégalité.
Autrement dit, dans des circonstances exceptionnelles, le juge peut tenir pour légales des décisions
administratives qu'il considérerait comme illégales en période normale.
Si les deux notions juridiques (Urgence et circonstances exceptionnelles) se distinguent par leur
nature, elles diffèrent également par leurs effets.
Dans une situation d’urgence, le juge admet qu’une autorité administrative puisse
empiéter sur la compétence d’une autre autorité administrative,
ou méconnaître les règles de forme ou de procédure obligatoires.
Mais, contrairement aux circonstances exceptionnelles, l’urgence ne permet pas à une auto-
rité administrative de sortir des limites de la compétence de l’administration. Par exemple, en cas
d’urgence, l’autorité administrative ne peut prendre des mesures qui relèvent des pouvoirs législatif
ou juridictionnel.
Ainsi donc, comme les circonstances exceptionnelles, l’urgence étend les pouvoirs de l’auto-
rité administrative. Mais, au contraire des circonstances exceptionnelles, l’urgence ne change pas la
nature des pouvoirs de l’autorité administrative.
**
2 – Circonstances exceptionnelles et situations institutionnalisées
Les circonstances exceptionnelles ne doivent pas être confondues avec des situations comme celles
que décrit la législation sur l’état de siège et l’état d’urgence.
Il est vrai que cette législation constitue « un véritable condensé des règles dégagées par la juris-
prudence en fait de circonstances exceptionnelles. » 2
Mais justement, ce constat montre bien la différence : l’état de siège et l’état d’urgence sont prévus
par des dispositions écrites, alors que les circonstances exceptionnelles sont une construction du juge
administratif.
Au demeurant, la déclaration de l’état de siège ou de l’état d’urgence n’exclut pas l’application de
la théorie jurisprudentielle des circonstances exceptionnelles.
La raison en est simple : « Les textes, même prévoyant des circonstances exceptionnelles, ne peuvent
pas prévoir toutes les situations qui peuvent se produire : il faut alors combiner le droit écrit et le
droit prétorien. »3
*
1
Raymond Odent, op. cit. p. 376.
2
Raymond Odent, op. cit. p. 387
3
Raymond Odent, op. cit. p. 387
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Outre l’existence de textes, deux autres facteurs distinguent l’état de siège et l’état d’urgence d’une
part, et les circonstances exceptionnelles d’autre part :
1. l’état de siège et l’état d’urgence sont décrétés en Conseil des ministres ; leur prolongation
au-delà de douze jours ne peut être autorisée que par une loi. En revanche, « l’existence de circons-
tances exceptionnelles n’a pas à faire l’objet d’une constatation formelle préalable »1 ;
2. les circonstances exceptionnelles habilitent toutes les autorités, voire les simples citoyens, à
agir. Les pouvoirs découlant de l’état de siège ou de l’état d’urgence sont attribués uniquement aux
autorités que désigne la législation.
*
Enfin, tout ce qui distingue les circonstances exceptionnelles de l’état de siège et de l’état d’ur-
gence les sépare également de l’application de l’article 16 de la Constitution. On peut donc re-
prendre mutatis mutandis l’exposé présenté ci-dessus.
**
1
Raymond Odent, op. cit. p. 388
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1 – Compréhension 40
2 – Extension 41
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1 – Compréhension
2
le service de l’intérêt général dont l’ordre public et la continuité des services publics constituent
les dimensions les plus importantes. Pèse, en permanence, sur l’administration le devoir général d’as-
surer l’ordre public et la continuité des services publics.
Normalement, le service de l’intérêt général s’effectue dans le respect de la hiérarchie des normes.
Toutefois, certaines circonstances rendent impossible cette conciliation ; elles contraignent l’admi-
nistration à faire un choix :
1
ou bien, respecter la hiérarchie des normes et renoncer au service de l’intérêt général ;
2
ou bien, assurer le service de l’intérêt général et renoncer à la hiérarchie des normes.
La seconde branche de l’alternative a la faveur du juge administratif.
Ce dernier a fait sienne l’idée que le droit n’est pas une fin en soi, mais un moyen - une technique -
au service d’une fin : l’intérêt général. Si les circonstances font apparaître une contradiction entre le
moyen et la fin, on devra sacrifier provisoirement le premier au bénéfice de la seconde.
C’est tout le sens de la formule : « Périsse un principe plutôt que périsse l’État ».
Encore faudrait-il que les circonstances revêtent un caractère réellement exceptionnel. Le
Conseil d’État se montre de plus en plus réticent à admettre ce caractère.
Définition :
On entend par circonstances exceptionnelles
- des situations
- qui présentent un plus haut degré d’anormalité que les situations d’urgence
- et dans lesquelles le respect de la légalité ordinaire étant incompatible avec le
service de l’intérêt général,
- l’autorité administrative a le droit de s’affranchir du respect des règles ordi-
naires de la légalité,
- sous réserve de nécessité et de proportionnalité.
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2 – Extension
À l’origine, la théorie des circonstances exceptionnelles était appelée théorie des pouvoirs de guerre.
Les circonstances de guerre étaient considérées par le Conseil d’État comme les circonstances excep-
tionnelles par excellence. La théorie a été élaborée à l’occasion de la première guerre mondiale. Le
Conseil d’État considérait alors que l’état de guerre entraînait ipso facto l’application de la théorie
des circonstances exceptionnelles.
Mais pendant la seconde guerre mondiale, il a infléchi sa jurisprudence. Il a reconnu qu’il y avait eu
circonstances exceptionnelles de mai à septembre 1940, ensuite du Débarquement à la Libération. Il
a rarement admis l’application de la théorie des circonstances exceptionnelles pour d’autres périodes
de la seconde guerre mondiale.
En dépit de cette circonspection, la jurisprudence a considéré comme des circonstances exception-
nelles
La propagation du virus covid-19 sur le territoire français. Ordonnance du juge des ré-
férés du Conseil d’État, 27 mars, 2020, n° 439720.
Les périodes immédiatement consécutives à des guerres - les suites de guerre,
les périodes critiques : éruption volcanique, séisme d'une certaine violence…
Dans ce domaine, comme dans d’autres, l’appréciation prétorienne n’est pas toujours prévi-
sible.
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Ainsi que cela a été esquissé plus haut, les circonstances exceptionnelles ont pour effet
d’élargir considérablement les pouvoirs de l’administration, voire d’en changer la nature.
L’autorité administrative a le droit de méconnaître les règles de compétence. Il lui est
permis d’empiéter sur la compétence d’une autre autorité administrative. Qui plus est, elle peut pren-
dre des décisions qui normalement n’entrent dans la compétence d’aucune autorité administrative.
Il s’agit, notamment, de mesures réservées au législateur ou aux juridictions.
Exemples :
Les restrictions aux libertés individuelles décidées par décret pour faire face à
la propagation du virus covid-19 sur le territoire français. Ordonnance du juge des
référés du Conseil d’État, 27 mars, 2020, n° 439720.
La suspension par le décret du 10 septembre 1914 de l’application de l’article
65 de la loi du 22 avril 1905 relatif à la communication de leur dossier aux fonc-
tionnaires menacés de sanctions disciplinaires : CE, 28 juin 1918, Heyriès,
n° 63412, (Rec. p.651) ;
La décision de fermer les débits de boissons : CE, 6 août 1915, Delmotte (Rec.
p.276) ;
Les atteintes portées à la liberté des débitants de boissons et des péripatéti-
ciennes : CE, 28 février 1919, Dames Dol et Laurent, n° 61593, (Rec. p.208) - Cf.
supra La police administrative ;
À la Libération, les arrestations et les exécutions - opérées sans décision judi-
ciaire - d’individus soupçonnés d’avoir collaboré avec l’ennemi : CE, Ass., 7 no-
vembre 1947, Alexis et Wolff (Rec. p.416) ; TC, 27 mars 1952, Dame de la Murette,
n° 01339, (Rec. p.626) ;
Sous la menace du volcan « la Soufrière », la décision prise par le préfet de la
Guadeloupe d’ordonner l’évacuation d’une partie de l’île et d’interdire, dans une
certaine zone, la circulation et la navigation des navires de commerce : CE, 18 mai
1983, Rodes, n° 25308, (Rec. p.199 ; AJDA 1984 p.44).
Exemple :
CE, 5 mars 1948, Marion et autres et Commune de Saint-Valéry-sur-Somme (Rec.
p.113 ; Sirey 1948, 3, 53). En mai 1940, la débâcle avait « emporté » le maire et les
conseillers municipaux de Saint-Valéry-sur-Somme. Certains habitants de la com-
mune ont constitué une municipalité de fait - le « Comité des intérêts valériens ». Ils
ont géré spontanément les services publics, évité les pillages, assuré le ravitaillement
en réquisitionnant et en vendant à la population les stocks des magasins de la com-
mune. Autant de décisions qui, en période normale, seraient entachées d’usurpation
de fonctions. Mais le Conseil d’État en a admis la légalité au regard du caractère ex-
ceptionnel des circonstances.
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Qui peut le plus peut souvent le moins. L’autorité administrative a également le droit de
méconnaître les règles de forme et de procédure.
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1
Conclusions sur CE, 16 avril 1948, Laugier (Rec. p.161 ; S. 1948, 3, 36, pour lesdites conclusions)
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Épreuves écrite et orale d’examen
Définitions à retenir
Définitions Pages
Exécution forcée p. 17
Décision créatrice de droits p. 23
Abrogation p. 24
Retrait p. 24
Annulation p. 25
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Arrêts à retenir
Arrêt Page
TC, 2 décembre 1902, Société immobilière de Saint-Just p.18
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