Accompagnement PSCHT TR Apprentissages Scolaire
Accompagnement PSCHT TR Apprentissages Scolaire
difficultés scolaires
Souad Faridi-Corbet
Michèle Mazeau.1
Julien De Ajuriaguerra2
Je formule mes remerciements aux enfants avec qui j’ai pu travailler dans le cadre de mes
stages et je leur envoie de tendres pensées de résilience.
3 Approches théoriques................................................................... 33
3.1 Théorie du développement de l’intelligence de Piaget .......................................... 33
3.2 Théorie de Wallon................................................................................................... 37
3.3 Théorie de Vygotsky................................................................................................ 39
3.4 Théorie des intelligences multiples ........................................................................ 40
3.5 Développement psychomoteur .............................................................................. 42
3.6 Prérequis psychomoteurs aux « apprentissages scolaires » .................................. 43
3.7 Prérequis psychoaffectifs aux apprentissages ........................................................ 50
Conclusion .......................................................................................... 89
Bibliographie ....................................................................................... 92
GLOSSAIRE
Terme Définition
CFTMEA Classification Française des troubles mentaux de
l’enfant et de l’adolescent
CIM Classification internationale des maladies
CNRS Centre national de la recherche scientifique
CLIS Classe d’Inclusion Scolaire
DSM Manuel diagnostique et statistique des troubles
mentaux, le sigle DSM est un acronyme anglais :
Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders)
DE Diplôme d’État
DYS Tous les troubles spécifiques des apprentissages :
dyslexie dyspraxie, dysgraphie, dysorthographie,
dyscalculie, TDA/H.
HAS Haute Autorité de Santé
MDPH Maison Départementale des Personnes Handicapées
PPRE Programmes Personnalisés de Réussite Éducative
RASED Réseaux d’Aides Spécialisées aux Élèves en Difficulté
TAC Trouble d’acquisition des coordinations
TDV Trouble du développement des coordinations
TDA/H Trouble de l’attention avec ou sans hyperactivité
OMS Organisation mondiale de santé
INTRODUCTION
J’ai choisi d’axer ma thématique de mémoire sur l’accompagnement en psychomotricité,
des enfants avec des difficultés scolaires.
Parmi les enfants rencontrés lors de mes stages, suivis en psychomotricité pour ces motifs,
certains ont un diagnostic posé de troubles spécifiques des apprentissages. Toutefois,
plusieurs enfants ayant des difficultés scolaires n’ont pas de diagnostic posé. Au-delà du
diagnostic, l’accompagnement et la prise en charge de ces enfants doit considérer l’enfant
dans sa globalité et sa singularité.
Lors de mes stages dans différents cabinets, j’ai remarqué que les parents sont désemparés
devant les difficultés scolaires de leur enfant et souvent confrontés à une certaine errance
médicale.
Comment accompagner au mieux les enfants avec des difficultés scolaires vers une
meilleure prise de conscience de leurs compétences, dans le souci de leur
épanouissement ?
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Combien de fois certains parents lors de l’entretien d’anamnèse, mettent en avant le
trouble de l’enfant « Il est dyslexique », « il est dysgraphique », au lieu de présenter
l’enfant comme il est : « un être singulier ». Ce n’est certainement pas par manque d’amour
pour l’enfant, mais probablement par raccourci de langage, que l’enfant prend à chaque
fois de plein fouet.
Il est clair que l’enfant ne se résume pas à sa difficulté. Devant des symptômes de
difficultés scolaires identiques, chaque enfant reste unique et réagit différemment selon
son histoire, son milieu et sa personnalité. Il est un être pensant et agissant avec sa
complexité et sa singularité.
Cela m’a amené à me questionner sur : « comment accompagner les enfants avec des
difficultés d’apprentissage, en psychomotricité et comment adapter l’approche à la fois
multidimensionnelle et globale ? Comment adapter ma posture dans cette approche pour
un accompagnement thérapeutique ajusté, prenant en compte les éléments pouvant
entraver l’accès aux apprentissages comme les problèmes émotifs ? »
Pour aborder ces questions, je m’appuierai sur des vignettes cliniques d’enfants rencontrés
lors de mes stages et sur des éléments théoriques.
Ce mémoire constitue aussi une opportunité de nourrir ma propre réflexion sur les
problématiques des difficultés d’apprentissage, qui peuvent conduire parfois à l’échec
scolaire. Prévenir cette issue, est de la responsabilité de tous et non unilatéralement celle
de l’école ou encore de la famille ou des soignants. C’est un enjeu de société, car il y va de
l’avenir de nos enfants.
3 Décret n°88-659 du 6 mai 1988 relatif à l'accomplissement des actes de rééducation psychomotrice
4 Les compétences référencées dans le décret sont listées en annexe E.
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Premiere Partie
1 APPROCHES
J’ai effectivement conscience de la vaste étendue du champ des difficultés scolaires et des
troubles spécifiques des apprentissages.
1.1.2 Contexte
Ce mémoire s’inscrit dans le cadre de la formation du Diplôme d’Etat (DE) de
psychomotricien, que j’ai entreprise dans une démarche de reconversion professionnelle.
Entamer une reconversion professionnelle est une expérience intense. Elle demande un
ajustement permanent à différentes situations : à l’apprentissage en soi, aux regards des
autres, à son propre regard.
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Ce chemin franchi confirme mon choix d’orientation professionnelle vers le métier de
psychomotricien. Le parcours de formation m’a beaucoup apporté dans la façon de prendre
les sujets dans leur globalité et avec une sensibilité propre à la psychomotricité.
J’aborderai comment le bilan peut apporter des éléments de compréhension, sur les
compétences et les difficultés de l’enfant, pour mieux adapter les axes thérapeutiques de la
prise en charge. Enfin, je terminerai avec une analyse et une conclusion.
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La nature du travail de consultant est d’être en capacité continuelle de s’adapter et de
s’informer pour proposer de nouvelles technologies et méthodologies qui répondent aux
attentes professionnelles.
De la posture de consultant à la posture du thérapeute, je ne peux pas dire qu’il n’y a qu’un
pas, mais plutôt tout un monde, alors que beaucoup de points communs les rassemblent :
l’écoute, l’empathie, l’adaptabilité, ….
Mon expérience passée fait partie intégrante dans la construction de cette posture qui
serait la mienne, enrichie par les précieux apports de la formation en psychomotricité et
des stages pratiques et sera orientée vers l’intérêt du patient dans sa globalité.
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1.2.5 Mes difficultés de postures
Autant dans le monde de l’entreprise, il faut arriver avec des convictions et réussir à les
appliquer pour convaincre, autant dans la posture de thérapeute dans le domaine du soin,
il ne faut jamais devancer le patient. Il faut plutôt savoir s’adapter à sa temporalité et être
dans la posture d’écoute et de ‘’co-création‘’ du soin qui lui est ajusté.
Au début des stages, j’ai compris que dans un premier temps, je devais m’affranchir de
plaquer les concepts théoriques aux situations rencontrées et d’adopter une attitude
d’écoute pour comprendre les particularités et rester entière et engagée dans la relation.
Les apports de la formation me sont indispensables pour disposer de fondamentaux et
comprendre ce qui se joue dans les situations, tout en adoptant une certaine sérénité.
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2 APPRENTISSAGE ET COMPLICATIONS D’APPRENTISSAGES SCOLAIRES
Avant d’aborder la question des difficultés des apprentissages, je définirai rapidement le
concept des apprentissages en restant assez factuelle, car s’il convient de l’aborder en
profondeur, il faudrait en dédier un autre mémoire, voir un autre apprentissage.
2.1.1 Apprentissage
Larousse5 définit l’apprentissage comme un ensemble des processus de mémorisation mis
en œuvre pour élaborer ou modifier les schèmes comportementaux spécifiques sous
l'influence de son environnement et de son expérience.
7 Lieury A. (2015), p. 66
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Pour apprendre, l’enfant doit disposer d’un équipement biologique non altéré et d’un
développement soutenu par les interactions avec un environnement qui lui offre la sécurité
nécessaire et la contenance psychique pour soutenir son désir d’apprendre.
Renaud Pujade8 dans un travail novateur questionne le corps en classe à partir du point de
vue des élèves. Le résultat est cinglant de vérité, il est question d’immobilisme, de
passivité, d’absence et de besoin d’évasion.
« Etonnante, voire troublante, description d’un vécu corporel de ‘l’absence’ ! Tout se passe
comme si le corps refoulé. […] Corps en lévitation, l’élève laisse une apparence charnelle à
sa place et s’offre quelque ’voyage’ : une école buissonnière de dedans ? »9
Or pour certains enfants, il est important de passer par les expériences corporelles pour
pouvoir se représenter les concepts. Le passage par les jeux corporels est indispensable
pour amener l’enfant à bien intégrer les notions de l’espace et du temps, qui font partie des
acquisitions attendues par l’école et qui sont des organisateurs fondamentaux pour les
habilités visuo-spatiales utiles dans la lecture, l’écriture, et dans les concepts
mathématiques. La motricité concerne le contrôle de la posture et du geste, qui sont
fortement impliqués dans la praxie de l’écriture et de la lecture….
8 Pujade R. (2005), p 16
9 Ibid, p 18
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2.2 De la difficulté d’apprentissage à l’échec scolaire
Dans ce qui suit, je m’attache à définir les termes et les concepts en lien avec les difficultés
des apprentissages.
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L'étude internationale TIMMS10 révèle que le niveau scolaire des élèves en France est en
dessous des moyennes internationale et européenne en mathématiques et en sciences. De
même, la proportion des élèves en difficulté est passée de 21% en 2006 à 22% en 201511
toutes classes confondues. Près de 15 % des élèves dans le primaire sont en grande
difficulté en France12, disparités géographiques ou sociales mises à part.
In fine, les difficultés bien que temporaires, sont des obstacles à l'apprentissage scolaire.
Elles peuvent relever de troubles des apprentissages et, si elles perdurent, peuvent
engendrer un retard scolaire, voire un échec scolaire et perte de confiance et d’estime de
soi et en ses compétences (cercle vicieux).
Les troubles d'apprentissage peuvent être limités à une fonction spécifique : le langage, la
mémoire, l'attention/concentration, le calcul, les repères dans le temps et dans l'espace ou
étendus à plusieurs domaines.
10 Etude qui mesure les performances des élèves à la fin de la quatrième année de scolarité
11 https://www.latribune.fr, consulté le 20 mars 2018
12 http://www.rfi.fr/france/difficulté_scolaire, consulté le 15 février 2018
13 Touzin M., & Vaivre-Douret, L. (1999), pp 30-37.
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cognitifs spécifiques neurodéveloppementaux, sans déficience intellectuelle, sans déficit
d’acuité visuelle ou auditive non corrigé, sans autres troubles mentaux ou neurologiques,
sans trouble psychologique, ni carence socioculturelle grave ou d’enseignement inadéquat.
Ils perdurent tout au long de la vie.
Certains de ces troubles affectent les apprentissages précoces dont le langage et le geste.
D’autres affectent plus spécifiquement les apprentissages scolaires comme l’expression
orale /écrite ou le calcul. Ils concernent les acquisitions scolaires et se révèlent
préférentiellement dans les classes d’apprentissage (CP, CE1, CE2).14.
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Au niveau de la sémiologie psychomotrice, on retrouve des troubles de l’équilibre, de
l’orientation dans le temps et l’espace, et la lenteur. La difficulté majeure rencontrée
chez les enfants dyslexiques est celle de l'accommodation au rythme, qu’il s’agisse d’un
rythme frappé, perçu ou vécu.
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• La Dysgraphie : trouble spécifique d’apprentissage de l’écriture. Elle est définie par une
atteinte de la fonction graphique scripturale.
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L’impulsivité et l’hyperactivité pénalisent l’enfant fortement dans le domaine
scolaire, sur le plan de ses apprentissages, du comportement ou dans ses relations
sociales.
Dans chacune de ces classifications, les troubles des apprentissages sont classés par
catégorie : troubles du langage pour la dysphasie, trouble de la lecture pour la dyslexie,
troubles des apprentissages (ou des acquisitions scolaires), troubles des habiletés motrices
(ou du développement moteur) pour la dyspraxie.
21 Jumel,B. (2015)
22 DSM : Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders) est un ouvrage de référence en psychiatrie
23 CIM : Classification internationale des Maladies
24 CFTMEA : Classification française des troubles mentaux de l’enfant et de l’adolescent
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La classification des troubles des apprentissages dans la CIM 10, reconnue par l’OMS est la
suivante :
Dans la classification française CFTMEA, les troubles des apprentissages sont regroupés
sous la catégorie « Troubles du développement et des fonctions instrumentales », qui se
divisent en 3 grandes catégories et sous catégories :
Classification française (CFTMEA Révisé en 2012)
6 Trouble du développement et des fonctions instrumentales
6.0 Troubles de la parole et du langage
6.01 Troubles cognitifs et des acquisitions scolaires
6.02 Troubles psychomoteurs
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2.2.5.2 Critères de diagnostic des troubles spécifiques des apprentissages
Le DSM et la CIM sont des classifications descriptives basées sur les symptômes et la
sémiologie des troubles, alors que la CFTMEA est une classification psychopathologique.
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Les retards scolaires peuvent être :
Placé en situation d'échec, l’enfant perd confiance en lui, en ses capacités et dans son
« estime de soi », ce qui a d’importantes conséquences sur sa qualité de vie.
Le décrochage est un processus qui conduit chaque année un grand nombre de jeunes à
quitter le système de formation initiale sans qualification équivalente au baccalauréat ou
un diplôme à finalité professionnelle, de type certificat d'aptitude professionnelle (CAP) ou
brevet d'études professionnelles (BEP).
Tout l’enjeu, est de prévenir ces situations d’échec et d’accompagner l’enfant dès les
premières difficultés et auparavant, dans son développement psychomoteur et affectif.
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2.3 Diagnostic
Les difficultés et les troubles spécifiques des apprentissages ne constituent pas en soi un
diagnostic. Ils ne sont que le constat de difficultés hors normes, dans l'apprentissage et
dans un domaine précis (lecture écriture, praxie, orthographe, …). Ce ne sont que des
symptômes qui selon l’intensité peuvent être qualifiés de pathologiques. Le diagnostic de
troubles d’apprentissages ne peut être posé, que si le décalage représente plus d’un an de
retard par rapport à la norme.
Le diagnostic se fait par exclusion. Il s’agit d’une étape et non d’une finalité. Une fois le
diagnostic posé, cela peut être le début du parcours du combattant pour l’enfant et ses
parents. Parfois, il peut être vécu comme un soulagement, ou il peut aussi entraîner du
découragement et un certain fatalisme.
Un diagnostic fiable est la première étape pour une prise en charge et un accompagnement
adéquat, avec les aides nécessaires et appropriées pour combler au mieux tout retard
naissant.
La prise en charge précoce et adaptée d’un enfant atteint de ces troubles vise à prévenir ou
atténuer leurs conséquences fonctionnelles et parfois psychologiques. Elle nécessite une
démarche diagnostique et thérapeutique le plus souvent pluridisciplinaire.
Dans le cadre des troubles des apprentissages, le diagnostic est clinique, basé sur
l’observation, l’entretien et les bilans objectifs des différents soignants. Il doit prendre en
compte le retentissement du trouble dans les différentes dimensions inter et intra-
personnelles de la vie quotidienne de l’enfant : familiale, sociale, psychique et scolaire.
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2.4 Bilan psychomoteur
Le bilan psychomoteur s’inscrit donc dans une perspective d’évaluation pluridisciplinaire
permettant de souligner et d’évaluer, les compétences et les difficultés de l’enfant, dans les
domaines psychomoteurs. L’objectif étant d’affiner les perceptions cliniques en vue de
poser un diagnostic et d’envisager une prise en charge.
Le premier acte qui figure dans le décret du psychomotricien est la réalisation du bilan
psychomoteur, qui permet d’explorer les différents prérequis psychomoteurs.
La réalisation du bilan outre le diagnostic, permet d’élaborer le projet thérapeutique et
d’adapter la prise en charge. L’évaluation psychomotrice se base sur des épreuves de tests
standardisées ou de l’observation en s’appuyant sur la connaissance des stades de
développement de l’enfant et son fonctionnement affectif.
Le bilan revêt un caractère particulier dans le contexte des troubles des apprentissages.
Ingrid Zammouri, psychomotricienne, précise : « Le bilan psychomoteur, dans ce cadre de
consultation, s’inscrit dans une démarche d’évaluation pluridisciplinaire son objectif
principal est d’évaluer l’organisation psychomotrice de l’enfant d’une manière globale, tout
en recherchant un TAC, une dyspraxie ou une dysgraphie de manière plus précise. »26
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2.4.1.2 Reconnaissance de handicap
Les troubles spécifiques d’apprentissage sont considérés comme un handicap invisible, en
raison d’absence de déficit intellectuel et sensoriel. Ils sont reconnus par la loi de 2005
comme des handicaps se répercutant sur le quotidien et les apprentissages scolaires.
Les parents sont souvent perdus devant la complexité des démarches à réaliser et la
reconnaissance n’est pas systématique. Certains parents ne sont pas informés de cette
possibilité et d’autres font le choix de ne pas faire cette reconnaissance pour ne pas
stigmatiser l’enfant.
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2.5 La réponse aux difficultés des apprentissages
28 Cf Annexe A.
29 Potel C. et Saint-Cast, (2013). p. 26
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d’ancrage des expériences sensorimotrices, émotionnelles et affectives, cognitives et
sociales. » 30
30 (Ajuriaguerra, 1980)
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2.5.4 L’aspect réglementaire
La loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances des personnes handicapées
impose que le service public d’éducation veille à l’inclusion scolaire de tous les enfants,
sans aucune distinction. Une approche nouvelle est consacrée : quels que soient les besoins
particuliers de l’élève, c’est à l’école de s’assurer que l’environnement est adapté à sa
scolarité.31
La loi d’orientation du 23 avril 2005, sur l’avenir de l’école, crée le socle commun de
connaissances et de compétences indispensables. Elle est également à l’origine des
programmes personnalisés de réussite éducative (PPRE), dispositif de pure remédiation qui
vise à prendre en charge la difficulté scolaire.
L’article L.321-4 du Code de l’éducation modifié par la loi du 8 juillet 2013, précise les
modalités des aménagements pour les élèves en difficulté. « Dans les écoles, des
aménagements particuliers et des actions de soutien sont prévus au profit des élèves qui
éprouvent des difficultés, notamment les élèves atteints de troubles spécifiques du langage
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écrit et/ou oral, tels que la dyslexie. Lorsque ces difficultés sont graves et permanentes, les
élèves reçoivent un enseignement adapté. »33
Les adaptations et aménagements consistent donc à éviter les situations de double tâche
et à favoriser l’émergence de compétences de haut niveau : s’exprimer, analyser,
argumenter, résumer, démontrer, déduire, expliquer, en contournant la difficulté d’accès
aux compétences de bas niveau que sont lire, écrire, orthographier.
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2.6 Étiologie des troubles des apprentissages
Il n’y pas de consensus sur l’étiologie de chacun des troubles, encore moins une étiologie
commune valable pour les troubles des apprentissages. Néanmoins, leur origine est
multifactorielle, à la fois neuro-développementale, génétique, mais également affective et
environnementale.
Pour les troubles spécifiques des apprentissages, il est néanmoins admis que l’origine de
ces troubles neuro-développementaux est multifactorielle. Elle implique la participation de
facteurs de vulnérabilité génétique et neurobiologique, ainsi que des facteurs
environnementaux et psychoaffectifs.
Mazeau34 met en avant schématiquement trois situations des troubles des apprentissages,
qui sont non exclusives :
• La performance insuffisante de l'enfant est assimilée à du « retard », en lien avec
l'immaturité et la lenteur d'acquisition ;
• L'enfant n'est pas « disponible » pour les apprentissages en raison de problèmes
psychoaffectifs et/ou socioculturels, d'un désintérêt, d'une inhibition intellectuelle, d'un
« blocage » en lien avec des conflits inconscients non résolus, ou encore de troubles de
personnalité ;
• L'enfant présente une pathologie neuro-développementale qui touche spécifiquement
tel ou tel aspect de la cognition, ou tel aspect des apprentissages.
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• L’hémisphère droit : le visuo-spatiale, l’orientation dans l’espace, la motricité fine et
la coordination.
M. Habib36, dans le cadre d’une étude sur des enfants « dys » fait la conclusion qu’il existe
un ensemble croissant et convergent d'arguments montrant que les troubles
d’apprentissage sont associés du point de vue anatomique à des anomalies de connectivité
entre des zones fonctionnelles de modalités différentes (en particulier hémisphériques
gauches) et que l’entraînement rééducatif (en particulier phonologique) s’accompagne de
remise en place des circuits anormalement connectés.
Pour des raisons de problèmes psychoaffectifs et/ou socioculturels, l’enfant peut ne pas
être « disponible » pour les apprentissages, ou peut les freiner par opposition. Cette
inhibition intellectuelle, peut être en rapport avec des conflits inconscients non résolus,
une immaturité, ou des troubles de comportements ou de personnalité.
Les troubles émotionnels, de type dépendance affective et immaturité, sont fréquents dans
les troubles des apprentissages. Ces derniers ont souvent une conséquence sur l’estime de
soi et une répulsion de l’école, qui aggrave les troubles.
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« ... L’origine psychologique est vaste, elle étend ses préjudices du plus simple au plus
compliqué. Les différents facteurs de trouble agissent tous azimuts. Ils peuvent
insidieusement bloquer la pensée et ainsi entraver les processus des apprentissages. »37.
2.6.4 Épidémiologie
L’estimation de la prévalence des troubles spécifiques des apprentissages est difficile. Selon
le rapport de la HAS38, les estimations globales pour l’ensemble des troubles, issues
d’études internationales révèlent une fréquence de 6 à 8 % des enfants par classe d’âge.
L’association de plusieurs troubles est fréquente.
37 Revol, O. (2007)
38 Haute Autorité de Santé (2017), disponible sur www.has-sante.fr
39 Habib, M. (2014), p117
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3 APPROCHES THEORIQUES
Après avoir clarifié les difficultés, les troubles des apprentissages et leurs évolutions, je
propose de préciser le développement de l’intelligence chez l’enfant, car celui-ci est en lien
étroit avec les apprentissages.
L’apport de Piaget peut facilement être mis en parallèle avec celui de Freud dans la
psychanalyse et le développement psychique chez l’enfant. Freud a décrit les étapes et
stades du développement affectif et sexuel de l’enfant, tandis que Piaget a décrit les étapes
cognitives et stades du développement de l’intelligence chez l’enfant.
Piaget, dès 1923, développe sa théorie, en réaction au béhaviorisme qui, d’après lui,
réduisait l’apprentissage à l’association stimulus-réponse, il se démarque ainsi des courants
théoriques de son époque en proposant une approche « constructiviste » loin de la dualité
du tout « inné » (innéisme) et du tout acquis (empirisme).
Selon Piaget, la pensée humaine n'est pas innée, elle se développe non par copie du réel,
mais à travers l’expérience. La pensée se construit progressivement par interaction de
l'enfant avec son monde et évolue tout au long de la vie, en passant par différentes étapes
caractéristiques au cours de son développement.
La construction des structures cognitives assurant le progrès intellectuel est possible, dans
l’interaction de l’enfant avec son environnement, grâce à trois processus dynamiques et
complémentaires : l'assimilation, l'accommodation et l’adaptation.
• L’assimilation : le sujet reçoit les informations nouvelles dans son interaction avec le
milieu. A chaque fois que le sujet perçoit un objet réel ou en pensée, il essaie de
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l’assimiler et l’intègre dans des structures cognitives préexistantes. Dans
l’assimilation, le sujet incorpore un nouvel élément dans une structure cognitive
déjà en place.
• L’accommodation : Si cette intégration de l'objet aux structures préexistantes
échoue alors commence un processus de modification de structures cognitives pour
absorber, comprendre et appliquer des informations nouvelles. L'accommodation
contribue à différencier et à enrichir les conduites disponibles du sujet.
• L’adaptation est un processus d’équilibration dynamique des deux mécanismes
distincts et complémentaires : l’assimilation et l’accommodation.
« Dans une perspective biologique, l’intelligence humaine doit être considérée comme la
forme la plus poussée, sur le plan mental, de l’adaptation qui permet les échanges entre
l’homme et son milieu. L’adaptation est un processus d’équilibre entre deux mécanismes
complémentaires : l’assimilation et l’accommodation qui assurent les échanges avec le
milieu. »40.
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3.1.1 Le concept de stades dans la théorie de Piaget
Le fonctionnement de la théorie de Piaget avec sa conception structurale des stades, est
fondé sur trois « systèmes » successifs : les actions, les représentations et les opérations.
La perception de l’objet sert d’appuis pour se construire des représentations mentales qui
progressivement se détachent de sa réalité pour assimiler les symboles abstraits.
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3.1.2.3 Stade des opérations concrètes ; de 6/7 à 11/12 ans
L’intelligence devient de plus en plus mobile, l’enfant peut faire des opérations concrètes,
autrement dit des actions exécutables en pensée et réversibles. Il ne peut pas encore
raisonner dans l'abstrait ou faire des hypothèses. Dans ce stade l’enfant acquière la
réversibilité de la pensée, d’où la possibilité de réaliser des opérations de classification et
de sériation.
Les apprentissages sont dépendants du développement. C’est à partir d’un certain niveau
de développement, que l’enfant peut entreprendre un nouveau type d’enseignement à
l’école. Les constructions individuelles fournissent des compétences pour interagir avec
l'autre. C’est lorsque sa pensée devient opératoire, que l'enfant va pouvoir accéder à la
conservation du nombre, de la quantité et donc le respect des règles, base de l’interaction
avec les autres.
Piaget a critiqué l’enseignement à dominance verbale et met l’accent sur l’activité des
élèves lors de l’appropriation de connaissances nouvelles. Il estime que le dispositif
pédagogique et les situations d'acquisition des connaissances ne sont pas toujours adaptés
à l’âge du développement de l’enfant.
42 Piaget, J. (1936)
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Dans la perspective de Piaget, l'apprentissage suit le développement, sans forcément le
déterminer. La dynamique de l'apprentissage est orientée depuis les processus
intrapsychiques et les prérequis structuraux, vers les fonctionnements inter-psychiques.
« Mais là s'arrête selon nous cet apport fondamental de Piaget à l'étude des processus
d'apprentissage. Sa théorie cognitiviste et constructiviste fonde une psychologie ou une
épistémologie génétique, mais en aucune façon, elle ne peut inspirer une psychologie des
apprentissages, une psychologie de la socialisation et de l'éducation telles que celles qui ont
émergé à la suite des travaux de Wallon, Vygotsky … »43
« L’émotion quelle que soit sa nuance, a toujours pour conditions fondamentales, des
variations dans le tonus des membres et de la vie végétative. »44.
Wallon distingue des stades qui sont une alternance entre des périodes de latence relatives
et des périodes de plus grande activité, d'exploration du monde extérieur, de maturation et
d'exercice fonctionnel, bien que dans un stade peuvent coexister les deux types de phases.
43 Larroze-Marracq, H. (1999)
44 (Wallon H. (1934) p. 55
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« Ces mutations exigent pour se produire des périodes de latence, elles rendent la
croissance discontinue. […] Cependant le chevauchement des progrès suivant les niveaux de
la fonction parait à certains effacer la distinction des périodes. »45
• Le stade émotionnel, de trois mois à un an, qui est le stade de la symbiose affective,
des expressions émotionnelles et des fonctions tonico-émotionnelles dans
l’interaction de l’enfant avec son entourage. Les gestes deviennent utiles et
l’émotion devient organisatrice du comportement de l’enfant. Ce stade est riche par
les grandes fonctions psychiques comme le sourire social. Pour Wallon, les origines
du caractère émanent de ce stade. « L'enfant est tout entier dans son émotion. »47
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o Période d'opposition et d'inhibition (attitude de refus et conscience de soi),
o Période de grâce (âge de narcissisme et de déduction de l’entourage),
o Période d’imitation (l’enfant accède à l’imitation de rôle et de personnage).
Ce projet global fut élaboré par les membres de la « Commission ministérielle d'études
pour la réforme de l'enseignement » qui a été successivement présidée par deux grands
intellectuels Paul Langevin puis Henri Wallon. Ce plan projetait pour la France un grand
système éducatif démocratique pour lui permettre de rattraper son retard dans ce
domaine décisif de la compétition avec les autres pays développés.
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pas simplement s'évaluer à partir de ses performances en situation individuelle mais il faut
aussi tenir compte de compétences cognitives et sociales qui apparaissent dans la relation à
l'autre et qui constituent des connaissances potentielles que l'enfant pourra actualiser
ensuite.
Son succès dans le monde anglo-saxon depuis sa parution en 1983 a été considérable, en
particulier dans l’éducation, la formation permanente et le développement personnel.
Gardner définit 7 intelligences, puis une 8ème en 1996, citées ci-dessous dans l’ordre
d’édition dans son livre sur les intelligences multiples51, bien qu’aucune hiérarchie ne soit
recherchée entre elles :
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• Intelligence Kinesthésique : faculté d’accomplir des mouvements volontaires, à
utiliser son corps d’une manière fine et élaborée et d’être habile avec les objets. Elle
est particulièrement développée chez les danseurs, les acteurs, les athlètes, …
52 Gardner, H. (1996), p. 42
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En France, seuls deux établissements d’enseignement en maternelle, se sont lancés dans
l’expérimentation d’une pédagogie basée sur les intelligences multiples.
Il est souvent présenté par des étapes, ou stades définis par des tranches d’âge pour
donner des repères de normalité. C’est en 1965, qu’Irène Lézine 55 et Odette Brunet
mettent en place l’échelle de développement psychomoteur Brunet-Lézine, qui porte sur 4
domaines : la coordination oculo-manuelle, la posture, la socialisation et le langage.
A chaque étape de son développement, l’activité de l’enfant, les expériences et les jeux
stimulent directement ses capacités intellectuelles, motrices et son affect, tout en
résonnant sur son développement psychomoteur dans sa globalité.
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3.6 Prérequis psychomoteurs aux « apprentissages scolaires »
Les expériences psychomotrices mettent en jeu pour l’enfant les dimensions de la
sensorialité et de la motricité dans l’interaction relationnelle. Elles permettent l’intégration
de prérequis nécessaires à une entrée dans une dynamique « d’apprentissage scolaire ». Ils
permettent à l’enfant de mobiliser ses capacités cognitives et affectives (attentionnelles,
mnésiques, relationnelles, …).
L’enfant agit sur son monde et c’est progressivement qu’il sera capable de se représenter
les choses par la pensée. Il passera de l’action immédiate et du concret, à des conduites
plus élaborées. Le moteur aide l’intelligence à se construire et inversement.
« Ces notions fondamentales, auxquelles s’adosse la pratique psychomotrice, sont celles sur
lesquelles va se construire la structure identitaire du sujet. Nous retrouvons ces
fondamentaux sous le terme d’items dans le bilan psychomoteur … »56
Je présente ici les prérequis psychomoteurs, qui sont fortement impliqués dans les
difficultés et troubles des apprentissages et qui sont sollicités dans les cas cliniques que je
présente.
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relation à l’autre. Les assises corporelles sont les appuis de la construction affective et
psychique.
« La tonicité est directement liée à l’affect par l’intermédiaire de la sensation et ces trois
éléments participent à la fonction ‘sémiotique’ du système émotionnel. Ce système lie deux
fonctions, ‘une fonction d’orientation’ par rapport au corps propre et ‘une fonction sociale
de communication’ par rapport à l’autre. »59
Le tonus représente l’interface entre d’une part la signature génétique, l’histoire psychique
et affective de la personne, ses besoins et d’autre part son environnement dans une
dynamique tonico-émotionnelle.
« Les attitudes, la forme du corps dans l’espace nous imposent d’emblée une vision de l’état
tonique de l’autre et nous met dans un état affectif particulier. »60
Le travail sur le tonico-émotionnel et sur la régulation tonique est essentiel dans la thérapie
psychomotrice car « le tonus est la toile de fond des émotions », comme le souligne Wallon
et que la composante émotionnelle est capitale dans les apprentissages.
3.6.1.3 Latéralisation
La latéralisation est un processus progressif qui repose sur la notion d’asymétrie
fonctionnelle hémisphérique.
59 Robert-Ouvray, (2010). p. 42
60 Robert-Ouvray, (2010). p. 43
61 Lièvre, B. D., Staes, L. (2012).
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L’utilisation d’un membre ou d’une partie du corps d’une façon préférentielle ou plus
performante, induit une asymétrie « instrumentale », appelée la latéralité.
L’enfant utilise les deux mains, sans que cela soit pathologique jusqu’à 5 ans.
Vers 5/6 ans, la latéralité neurologique s’installe, pour devenir définitive entre 5 et 8 ans.
Il existe deux types de latéralité : l’innée et l’acquise. L’innée correspond à la dominance au
niveau neurologique d’un hémisphère et se manifeste au niveau du tonus. La latéralité
acquise correspond à l’utilisation prédominante d’un côté dans les gestes du quotidien.
Pour que la latéralité se mette en place correctement, il faut que l’enfant ait pris
conscience de son axe corporel.
Sami-Ali62 affirme que la latéralisation sous-tend les troubles instrumentaux.63
3.6.1.4 Espace
L’espace est un organisateur fondamental à l’adaptation de tout être à son environnement.
Sa perception chez l'enfant est progressive et dynamique. Elle dépend de l’équipement
neuro-moteur et neurosensoriel, des expériences et de la construction affective. L’enfant
intègre la notion d’espace par son corps. Son axe corporel est son premier repère spatial.
Vers 4/5 mois et jusqu’à 2 ans, ses progrès moteurs et la manipulation d'objets, lui
permettent d'interagir dans l'espace. Dans cet espace vécu, l'enfant intègre des rapports
spatiaux de voisinage, d'ordre, de continuité et la permanence de l’espace.
A partir de 2/3 ans et jusqu'à 7/8 ans l’enfant s'oriente dans l'espace et oriente les objets
dans l’espace. La connaissance spatiale est intimement liée au vécu corporel. L'enfant peut
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s'orienter à partir de sa gauche ou de sa droite. Il connait des formes géométriques
simples : rond, carre, rectangle, losange.
A partir de 8/9 ans, l'espace devient projectif. L'enfant prend des repères extérieurs au
corps propre. Il est capable d'utiliser la droite en tant que droite d'un objet. Il est capable
d'intérioriser des formes et les projeter sur l'espace. Il commence à maitriser l'espace
euclidien. Il accède à la réversibilité sur soi et sur autrui. Les praxies et l'organisation
spatiale s'élaborent.
Pour Sami-Ali, l'espace se constitue à travers le corps propre et ce qu’il nomme l’espace
imaginaire se situe aux confins du dedans et du dehors, de la représentation et de
l'expression, de l'affect et de la perception. Il identifie les espaces relevant de la dimension
de la psychosomatique : l'espace de la vision binoculaire, l’espace primitif, l'espace du
fantasme et l'espace du rêve.
En psychomotricité, travailler l’espace, c’est avant tout travailler sur le corps, premier
repère spatial.
3.6.1.5 Temps
Le temps est indissociable de l’espace, en effet toute action ou mouvement se font à un
laps de temps donné et dans un espace.
La notion du temps est abstraite. Il est difficile de la faire percevoir à un enfant. Le temps
présente plusieurs caractéristiques qui sont intégrés progressivement par l’enfant au cours
de son développement. Ses composantes sont : l’ordre, la succession, la durée,
l’irréversibilité, la vitesse, l’intervalle, la périodicité et le rythme.
Il y a une part subjective dans l’évaluation de l’écoulement du temps selon que l’on
s’ennuie ou qu’on savoure un moment agréable. Cette impression subjective du temps
dépend donc des émotions ressenties par la personne qui l'évalue. Mais le temps a sa
réalité physique celle de l’horloge.
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« Le temps est un organisateur fondamental qui permet à l’enfant d’organiser sa perception
du monde, de son corps propre, de son environnement, d’agir et de penser. »65
3.6.1.8 Rythme
Le rythme forme une répétition d’une structure qui vient nous apporter des repères. De ce
fait, il représente un véritable facteur de structuration temporelle soutenant l’adaptation
au temps.
65 Galliano A-C., Pavot C., Potel C., in Manuel d’enseignement de psychomotricité (2014), p224
66 Galliano A-C., Pavot C., Potel C., in Manuel d’enseignement de psychomotricité (2014), p227
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In utéro puis dès sa naissance, le nourrisson est confronté à de nombreux rythmes, tant
internes (rythme cardiaque, rythme respiratoire, digestion, …) qu’externes
(présence/absence du parent, une journée, une semaine, les saisons, …).
Par ailleurs, le rythme peut être choisi comme médiation corporelle, qui peut se nourrir de
structures rythmiques marquées à l’aide de percussions par exemple en amenant un travail
sur la pulsation et sur le respect du tempo.
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Le temps scolaire institutionnel est à la fois linéaire et circulaire, il a pour unité la journée,
divisé en heures de cours et séquence de travail, alors que l’unité de temps pour l’élève se
situe d’avantage au niveau de la semaine scolaire, avec une attente du week-end.
Cette contrainte des rythmes scolaires peut être l’origine ou un facteur aggravant des
difficultés scolaires d’apprentissages.
Jean-Luc Chabanne souligne le paradoxe du rythme en institution, entre ce qui est affiché
et ce qui est réellement mis en place.
« On constate que les rythmes individuels se développent dans le cadre d’une organisation du
temps géré le plus souvent à la mesure du rythme institutionnel d’enseignement. Les
difficultés scolaires que peuvent rencontrer les élèves sont éventuellement dues à une
situation rendue paradoxale entre les intentions déclarées par l’institution et les pratiques. » 68
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3.7 Prérequis psychoaffectifs aux apprentissages
La construction psychique commence dans les interactions précoces et les relations
affectives de la petite enfance. Elle est en étroite imbrication avec le développement
moteur et cognitif. Le processus d’apprentissage commence tôt dans la vie de l’enfant,
avant même les exigences de l’apprentissage scolaire.
Certes les tâches scolaires mettent en jeu les fonctions cognitives, mais entrer dans les
apprentissages et réussir des activités complexes (lecture, écriture, calcul, …) implique une
réactivité considérable du cerveau et une disponibilité psychique basée sur des assises et
prérequis psychomoteurs, psychiques et cognitifs.
Catherine Potel cite : « … le développement de l’enfant est tel que l’on ne peut pas
segmenter le plan cognitif des autres secteurs du développement psychique. Très tôt la
genèse de l’appareil psychique est globale, comprenant plusieurs plans interdépendants : le
plan psychomoteur, psychosomatique, affectif et intellectuel. On ne peut pas séparer ces
différents secteurs intriqués et étroitement liés les uns aux autres. »69
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Deuxieme partie
4 CLINIQUE & DISCUSSION
Les champs de la prévention et de l’éducation sont certainement les champs qui peuvent
avoir une portée fructueuse sur l’accompagnement des enfants, en utilisant des approches
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multisensorielles, corporelles, ou cognitives adaptées à leurs stades de développement,
leur permettant une sérénité devant les apprentissages.
J’effectue mes stages de troisième année dans deux cabinets libéraux qui reçoivent des
enfants allant de 3 à 13 ans, ayant des besoins de prise en charge différents. Parmi la
patientèle, il y a des enfants qui viennent soit sur recommandation de l’école, soit par une
démarche des parents, ou sur indication médicale. Les premiers symptômes mis en avant
sont : la question de l’écriture, les difficultés scolaires, l’agitation motrice, ou un retard de
développement.
Un des deux cabinets est situé en banlieue parisienne, il est partagé par deux
psychomotriciennes travaillant sur des jours de présence disjoints. La salle de
psychomotricité est assez grande, bien équipée avec plusieurs matériels de parcours
moteur, sensoriels et jeux ludiques qui invitent à l’exploration et l’expérimentation.
Le deuxième cabinet est situé dans Paris, il est partagé par deux professionnels du
paramédical, une psychomotricienne et une ostéopathe. La psychomotricienne est
présente un seul jour par semaine dans le cabinet.
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Parmi les enfants que j’ai pu suivre en cabinet lors de mon stage, j’ai choisi de parler de :
Nathan71 un enfant de 8 ans, scolarisé en CM1 ; de Fleur, une fille de 10 ans en classe de
CM2 et de Perceval, un garçon de 9 ans actuellement CM1.
J’ai été aussi séduite par leurs potentiels dans leurs domaines de confort. Je vois encore le
regard pétillant d’un enfant, en classe adaptée, qui malgré ses difficultés généralisées, a
une habilité hors du commun dans le sport et l’organisation visuo-spatiale.
Certains se sentent écrasés par le poids des devoirs et des attentes scolaires, d’autres
oscillent entre motivation et découragement.
71 Les prénoms des patients sont modifiés pour préserver leur anonymat.
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4.3 Rencontre avec Nathan
Je rencontre Nathan le premier jour de mon stage de troisième année, en cabinet libéral,
dans la petite couronne de la région parisienne, un samedi après-midi, début septembre.
Ce qui a le plus retenu mon attention, lors de cette première rencontre avec Nathan, c’est
son regard, un regard pétillant et expressif, qui est, en soit, un mode de communication,
permettant d’interagir et d’être en relation en se passant des mots.
La psychomotricienne me présente à la fois à Nathan et aux parents qui tous les deux
l’accompagnent, ce jour, pour la reprise des séances de prise en charge en psychomotricité
après l’interruption des vacances scolaires d’été.
Cela me confère la place de stagiaire comme tiers dans le dispositif thérapeutique, à la fois
vis à vis de Nathan et de ses parents. Ceci m’a permis d’intégrer, de cette place, les
différentes étapes de déroulement des séances, allant de l’accueil des parents et du
patient, au débriefing à la fin de séance avec les parents et d’être, également, actrice dans
les échanges et propositions lors des séances.
Par la suite, j’ai pu participer à la réalisation de bilans psychomoteurs et être actrice dans
les séances avec Nathan. J’ai également pu participer à la cotation et la rédaction de
certains bilans et axes thérapeutiques, dans une relation d’échanges constructifs avec ma
maitre de stage.
4.3.2 Présentation
Nathan est un garçon de 9 ans (né le 26 décembre 2008), scolarisé dans une école privée,
en CM1. Il est très agréable, souriant, avec un regard rieur. Il vit avec ses deux parents et
ses deux demi-frères maternels de 12 et 17 ans.
Nathan est né en fin d’année et la rentrée au CP a été difficile pour lui. Les parents
rapportent que Nathan comprenait les leçons et les exercices à l’école, mais ne voulait pas
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travailler. Il préférait que ses parents l’aident le soir à la maison, à revoir le travail qu’il ne
réussissait pas à produire dans sa journée d’école.
En 2015, il commence les prises en charge après un bilan psychomoteur dans le cabinet où
il est suivi actuellement en séance individuelle hebdomadaire en psychomotricité, hors
vacances scolaires et ce depuis 2015.
En 2018, Nathan est en CM1, il rencontre des difficultés scolaires liées à la lenteur de
production d’écrits, impactant la faculté de suivre le rythme scolaire. Il continue la prise en
charge en psychomotricité et les parents préoccupés par la situation scolaire, ont mis en
place en parallèle de la psychomotricité, une prise en charge en ergothérapie, ainsi que
quelques séances de kinésiologie.72
Nathan se montre disponible dans les séances de psychomotricité, prend les initiatives pour
certaines activités, mais il est beaucoup dans le jeu et il est rapidement distrait, bien qu’il
puisse mieux se mobiliser sur une activité qu’il trouve intéressante.
4.3.3 Anamnèse
Nathan est né à terme, la grossesse et l’accouchement se sont bien passés. La deuxième
échographie révèle une agénésie rénale gauche. Il a marché vers 15 mois, a commencé à
parler vers 18 mois. La propreté de jour comme de nuit a été acquise vers 2 ans et demi.
Nathan fait plusieurs activités extra-scolaires depuis son l’âge de 3 ans, il a fait de l’éveil
musical. A la maison il joue du piano et de la guitare. Il a fait du tennis et du dessin en 2015.
4.3.4.1 Comportement
Nathan est un enfant agréable, volontaire, mais il est souvent en recherche du regard de
l’adulte pour une réassurance. L’ensemble du bilan sera ponctué par des difficultés
attentionnelles et une agitation psychomotrice quasiment incessante.
72 La kinésiologie est une discipline scientifique qui étudie les mouvements et postures du corps d'un point de vue
biomécanique, articulaire et musculaire.
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Lors du premier entretien avec ses parents, il est intéressé et attiré par plusieurs jeux
différents, qu’il découvre, sans arriver à se poser dans une activité.
Pendant le bilan, il est plutôt coopérant, souriant mais néanmoins intimidé. Au début, il
souhaite que sa mère reste pendant les épreuves mais accepte assez facilement qu’elle
l’attende dans la salle d’attente. Il parle beaucoup. Il ne peut rester en place lors de la prise
des notes à l’issue des épreuves, il part immédiatement à l’autre bout de la salle pour
jouer. Il accepte de revenir à la demande mais repart aussitôt dès que l’adulte le quitte des
yeux. Dans les épreuves où il est assis au bureau, il bouge beaucoup.
Lors de la réalisation des épreuves présentant une difficulté pour lui, Nathan cherche à se
rassurer dans le regard de l’adulte. Son discours lorsqu’il se trouve en difficulté montre une
dépréciation de soi et une mauvaise estime de lui-même. A plusieurs reprises, il dit : « Je
suis nul. » ou « Je ne suis pas doué. », en cherchant du regard, une réaction rassurante. Il
montre des signes d’anxiété et il porte très souvent ses doigts à sa bouche.
4.3.4.2 Tonus
Nathan présente des difficultés de relâchement musculaire volontaire des membres
supérieurs : il accompagne, par moment, le mouvement des mobilisations passives dans la
flexion et résiste dans l’extension. Il présente également des difficultés de régulation
tonique en particulier dans l’écriture. A contrario, à la fin d’une activité, il peut s’effondrer
sur le sol.
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4.3.4.4 Latéralité
Nathan présente une latéralité manuelle dominante à gauche sur le plan neurologique. Elle
est mal établie sur le plan fonctionnel, mais à dominante à gauche. Sa latéralité pédestre
est dominante à droite et sa latéralité oculaire est dominante à gauche.
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Concernant le dessin du bonhomme : sur le plan quantitatif, Nathan obtient un score de 15,
correspondant au niveau attendu à son âge.
Au niveau qualitatif : les membres du dessin du bonhomme sont tracés en traits simples
ainsi que le tronc ; les mains sont représentées par de simples traits perpendiculaires au
bras, les pieds sont absents. Sur le visage, les traits sont représentés de façon très
simplifiée.
Le test de la Figure de Rey A met en exergue des difficultés dans l’organisation visuo-
spatiale et visuo-constructive. Son score est de 20/72 pour la copie ce qui le place entre le
10ème et 25ème percentile et à -1 écart type. Son score pour la reproduction de mémoire est
de 21/72 ce qui le place dans le 50ème percentile, à + 0,25 écart type. Il a mis 350 secondes
pour la copie (entre le 25ème et 50ème percentile : la moyenne étant à 399 secondes) et 56
secondes pour la reproduction de mémoire (10ème percentile). Sa construction lors de la
copie est très singulière. Il a reproduit la figure à l’envers en plaçant les éléments situés à
droite de la figure, vers le haut et ceux situés en haut, vers le bas à droite de la feuille.
Lors des épreuves des pas comptés et des voyages de Marthe Vyl, Nathan manifeste des
difficultés d’orientation et d’adaptation spatiale. Il présente également des difficultés de
transposition de l’espace tridimensionnel à l’espace graphique.
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4.3.4.9 Conclusion du bilan
Nathan manifeste un manque de confiance, une impulsivité et une agitation importante
lors de la passation du bilan entravant l’expression de son réel potentiel, en effet,
l’ensemble de son bilan sera marqué par des difficultés attentionnelles et une agitation
psychomotrice permanente.
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4.4 Discussion
Il n’y a pas de consensus sur l’étiologie de la TDA/H mais il est admis que c’est un trouble
neuro-développemental, défini comme tel dans le DSM-5.
Pour les psychanalystes, l’agitation motrice est une adaptation de réponse à une insécurité,
bien qu’elle ne soit pas la seule cause. C’est une manière d’auto-assurance, mais qui
malheureusement entrave l’entrée dans les apprentissages scolaires.
Pour Nathan, le diagnostic de TDA/H n’est pas posé. En effet c’est un enfant qui a des
grandes capacités d’adaptation et son environnement est stimulant et bienveillant ; Il
compense par un suivi rapproché de sa scolarité.
Par ailleurs, le fait que le diagnostic ne soit pas tranché est appréciable dans certains cas
pour ne pas réduire l’enfant dans un entonnoir de champs de possibles ou le regarder à
travers un prisme le réduisant aux symptômes plaqués du trouble.
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Ce qui apporte dans la thérapie psychomotrice, est d’abord de garder en perspective le
projet de soins élaboré sur la base de l’évaluation des compétences et des difficultés de
l’enfant, de privilégier la relation et l’alliance thérapeutique, tout en offrant à l’enfant un
espace relationnel thérapeutique contenant où il peut se libérer de son statut d’élève, pour
exprimer ses potentialités et progresser.
Il est né fin décembre, ce qui fait de lui, un des plus jeunes de sa classe et de toutes les
classes qu’il a pu fréquenter. De la même manière, dans les activités culturelles et
sportives, il se retrouve être un des plus jeunes, voire le plus jeune. Malheureusement,
l’école ne peut pas toujours tenir compte du différentiel de maturité entre les élèves.
Une étude de Julien Grenet (2010)74, chercheur au CNRS75, montre que les natifs du mois
de décembre ont plus de risques de connaître une scolarité difficile que leurs camarades
nés en janvier. En effet, les enfants de fin d'année, plus jeunes, seraient intellectuellement
moins mûrs. Dès lors, ils obtiennent des résultats scolaires moins bons. En effet, l’école
française n’adapte pas toujours l’approche éducative. Malheureusement, les difficultés de
ces enfants peuvent perdurer au-delà du primaire.
« En primaire, 34% des élèves nés en décembre redoublent contre 17% des natifs de janvier.
Deux fois plus. Voilà comment la machine infernale de l'école ferme la porte de son lycée
général à toute une frange d'élèves pour cause d'anniversaire tardif. »76
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Les apprentissages sont dépendants du développement. C’est parce que l’élève a atteint un
certain niveau de développement qu’il peut entreprendre un nouveau type
d’enseignement à l’école.
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De ce fait, la prise en charge a évolué progressivement. Par ailleurs, Nathan a fait des
progrès dans les domaines psychomoteurs du schéma corporel, des coordinations motrices
et de l’équilibre. Il a également bien progressé sur la gestion de la frustration, ainsi que sur
la concentration, dans un cadre de suivi stable avec une relation établie et nourrie au fil des
séances passées.
Rituel début de séance : pour inscrire la séance dans une continuité temporelle, un rituel
de début de session a été instauré. Ce rituel permet aussi un repérage et ancrage dans le
temps, pour une meilleure disponibilité pendant la séance.
Structuration du temps : Nathan peut ne pas prêter attention à la notion du temps, par
exemple quand une activité lui plait, il n’aime pas l’interrompre.
De ce fait, lors chaque début de séance, nous définissons à l’avance les activités, souvent
deux, qui se déroulent sur deux temps distincts de la séance. La première activité est
orientée vers le vécu corporel et les manipulations (parcours, activité de modelage, jeux
ludiques, …) et en second, un temps de graphomotricité ou un prérequis psychomoteur
comme l’organisation spatiale avec reproduction de la représentation spatiale du parcours.
Il est parfois nécessaire de rappeler le temps restant à Nathan pour l’aider à se repérer et
s’inscrire dans l’ancrage du temps pour focaliser son attention.
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Structuration de l'espace : La salle de psychomotricité est organisée avec des espaces bien
déterminés et fonctionnellement séparés : un grand espace pour les activités motrices et
l’expression corporelle (foot, parcours, danse, mime, jeux moteurs, ...) ; le bureau pour la
graphomotricité, les activités sensorielles et les jeux à consignes ; un espace aménagé pour
la relaxation et la lecture de contes.
Rituel Fin de séance : un rituel de fin de séance est instauré, par un jeu ludique, qui prend
tout son sens dans un travail axé sur la mémoire. Il consiste à un jeu de lancer de balles
(avec des petits coussins lestés).
Il ne s’agit pas d’attaquer un travail direct sur le geste graphique de l’écriture mais plutôt
de passer par des étapes préalables nécessaires pour l’aisance motrice dans l’écriture.
L’objectif est de l’aider à développer ses capacités de modulation tonique, de viser
l’amélioration des positions segmentaires, de renforcer ses repères corporels. Il convient de
travailler sur la pression de l’écrit. Pour obtenir la détente en cours de mouvement, il
convient de chercher à l’atteindre en suivant un ordre proximo-distal tout en demandant à
l’enfant de prendre conscience de sa posture et des segments utilisés.
Nathan n’aime pas les activités qui font appel au graphisme, y compris celles qui
demandent de mobiliser une compétence autre que l’écriture. Pour l’amener à ce travail
qui reste en lien avec ses axes thérapeutiques. Je lui propose de travailler au tableau. Il
s’agit de travailler la fluidité du geste, avec mobilisation de l’axe corporel et l’amplitude du
mouvement graphique, au niveau des poignets, des coudes et des épaules.
Le travail consiste à dessiner des ronds pour former une grande chenille et des ponts pour
former ses pattes. Je fais en parallèle le même dessin et j’interviens juste ponctuellement
pour corriger la posture ou lui faire prendre conscience d’une zone du corps, qui serait trop
ou pas assez engagée. A travers des bulles nous entamons une discussion et un
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échange. Nathan trouve un malin plaisir à complexifier les questions de l’échange et
retrouve une spontanéité d’expression.
Dans ces moments, Nathan est concentré et moins distrait par les quelques bruits qui
peuvent parvenir de l’extérieur.
« Les jeux graphiques […]. Ils stimulent les capacités neuromotrices, instrumentales,
attention et cognitives. Le professionnel guide le patient vers l’acceptation des contraintes
du cadre structuré par des règles (la calligraphie, la syntaxe, etc.). » 79
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Nathan, qui s’est installé sur la chaise, face au bureau, au lieu de me répondre
verbalement, prend une feuille disposée sur le bureau et dessine une chenille, trace une
Je prends une feuille, je dessine une chenille, je lui réponds et un dialogue s’entame ainsi
sur plusieurs pages.
D’ordinaire, Nathan est réticent à écrire au bureau, mais ce que je peux relever à travers
cette vignette, --en toute prudence-- : il a choisi un mode d’expression graphique
spontanément avec une conceptualisation de la pensée comme mode de communication,
au lieu d’opter pour une agitation motrice. Ce jeu graphique ouvre à l’échange par trace
interposée.
« Petit à petit, pour donner ou redonner le goût d’écriture, […] faire comprendre à l’enfant
que l’écriture est un mode d’expression personnelle et de communication. Nous avons
éprouvé que si l’enfant prend plaisir à s’exprimer par écrit, s’il réalise vraiment ce que
représente l’écriture, il parvient beaucoup plus facilement à s’intéresser au mouvement
graphique et il parvient à une écriture plus libre, plus aisée, plus lisible, donc plus
communicable. » 80
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4.4.5 Vignette d’affirmation de soi
La maman, lors de la dernière séance (en avril), nous rapporte que Nathan se montre
davantage opposant et que les devoirs sont devenus très difficiles. Elle projette de prendre
une aide scolaire à domicile, avec un (une) étudiant(e), pour ne pas avoir à se retrouver en
conflit ouvert avec Nathan.
Nathan s’en défend en disant qu’il n’aime pas faire les devoirs le matin alors que
d’ordinaire, il n’intervient pas dans la discussion qui peut se dérouler parfois entre les
parents et la psychomotricienne, en fin de séance. Souvent, il préfère mettre à profit ce
temps pour continuer à jouer à des jeux de Lego-train par terre à quatre pattes, ou allongé
sur le ventre. Nous avons évoqué avec la maman d’instaurer un contrat morale avec lui
respectant certaines termes définis en accord avec lui, tout en restant ferme sur l’objectif
(préférences, heures, objectifs).
Nathan, par ce comportement d’opposition, manifeste un souhait, qui peut être un premier
pas vers l’affirmation de soi et l’autonomie, ou une simple marque de l’excès de pression
qu’il peut éprouver en ce moment.
Dans tous les cas, ce comportement, renseigne sur l’évolution de Nathan et son souhait à
faire évoluer sa relation avec son entourage et notamment avec sa mère. Il cherche ainsi à
s’affirmer en attaquant directement le cadre de la sphère.
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4.4.6 Vignette de travail sur la mémoire
Avec Nathan, nous avons instauré un jeu de balle, comme dernier temps de la séance,
l’ancrant dans une temporalité et préparant la séparation. Nous nous lançons, à tour de
rôle, un petit sac lesté et, en même temps, il faut citer un mot. Au début du jeu, nous avons
défini une lettre et celui qui reçoit le sac, dit un mot commençant par cette lettre. Puis nous
avons fait des variantes en limitant le choix des mots parmi des villes, ou des pays. Au fil du
jeu, il devint difficile de trouver de nouveaux mots, car la consigne requière de ne pas
répéter un mot déjà prononcé par soi ou par l’autre. Cela se répercute sur la cadence du
jeu, nous passions plus de temps à réfléchir pour trouver un mot, que de jouer et être en
interaction et en relation. Nous étions même bloqués à certains moments aussi bien l’un
que l’autre.
Le jeu a été tout de suite ressuscité et dynamisé et Nathan a retrouvé le sourire et une
certaine énergie et plaisir à participer, avec plus de liberté induite par l’association libre
d’idées. Ses propositions furent variées et les mots proposés pouvaient appartenir à une
même catégorie du mot ou dériver sur une nouvelle catégorie.
Exemple : si je donne un mot comme Jaune, il peut rester sur le même registre et
répondre : vert, orange, rouge, (Catégorie : « Couleur ») ou changer de registre selon ce
que le jaune lui évoque : Soleil, Banane, …
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4.4.6.1 Articulation mémoire et apprentissage
Ce jeu instauré de façon ludique a connu différents ajustements. Il a permis des moments
d’échange et de relation. J’ai été agréablement surprise quand j’ai découvert le
fonctionnement de la structuration de la mémoire et comment elle est mise en jeu dans les
apprentissages, ainsi qu’un article81 dans la revue ANAE mettant en évidence l’importance
du travail de la mémoire courte dans l’amélioration de l’attention et la concentration.
Dans cette prise en charge psychomotrice, il a été possible de faire un travail sur des
fonctions exécutives, dans une dynamique ludique et thérapeutique, permettant un
renforcement positif et un engagement total du corps, à la fois du patient et du thérapeute.
81 Majerus, S.(2017)
Page 69 sur 99
Les conditions d’apprentissage, le degré d’attention, la motivation, l’état physiologique et
affectif doivent être optimisés pour un codage et une mémorisation efficace.
Dans les apprentissages, toutes les mémoires sont impliquées, avec une implication plus
forte de la mémoire de travail et la mémoire sémantique.
La mémoire de travail est la capacité de retenir des informations à court terme, quelques
secondes ou quelques minutes, pour réaliser des opérations cognitives.
Elle fait partie des habilités de haut niveau des fonctions exécutives, qui sont : attention,
mémoire de travail, planification, inhibition et flexibilité mentale.
Les limites du modèle hiérarchique ont conduit Collins et Loftus en 1975, à élaborer un
modèle de réseau non hiérarchisé pour le fonctionnement de la mémoire, dans lequel les
concepts sont connectés entre eux sans hiérarchisation et interconnectés dans un modèle
en étoile. La hiérarchisation de l’information est supprimée au profit de l’interconnexion.
Page 70 sur 99
« La récupération de l’information en mémoire s’effectuerait grâce à l’activation :
l’activation d’un concept entraînerait l’activation des concepts qui lui sont reliés. Ces liens
peuvent être aussi bien de nature sémantique. »82
Dans le modèle en réseau, les nœuds sont des unités d’informations liés par des forces
associatives différentes. Selon l’information traitée, plusieurs nœuds peuvent s’activer en
même temps constituant ainsi un patron d’activité qui se répartit sur une partie du réseau,
l’activation se fait de façon dynamique et plus ou moins partielle..83
82 Grebot E. (2006), p 81
83 http://cours-psycho.com/2008/01/organisation-de-la-memoire/, consulté le 12/12/2017
84 Majerus S. (2017)
Page 71 sur 99
4.5 Rencontre avec Fleur
4.5.1 Présentation
En 2017/2018, Fleur est scolarisée dans une école privée, en CM2. Elle est très souriante,
coopérante et montre une certaine confiance en elle. Elle porte des lunettes pour
astigmatisme et hypermétropie, qui accentue sa divergence oculaire.
Fleur est suivie en orthophonie pour suspicion de dyslexie.
4.5.3 Anamnèse
Lors du bilan réalisé en 2015, Fleur a présenté une certaine agitation.
Fleur vit avec ses parents et son grand frère de 14 ans, qui, du fait de la différence d’âge,
met de la distance avec elle.
Activités extrascolaires : Fleur fait de la danse classique pour la sixième année consécutive
et de la danse moderne jazz depuis la rentrée de septembre 2015.
A l’école : l’apprentissage de la lecture et de l’écriture s’est relativement bien passé à sa
rentrée en CP. Fleur a quelques difficultés avec les problèmes en mathématiques. Par
ailleurs, elle aime aller à l’école.
Sommeil et alimentation : elle a besoin de dormir au moins 12h ou 13h par nuit.
Grossesse et accouchement : la maman a déclaré une pneumopathie dans le dernier mois
de grossesse et a dû prendre des antibiotiques et des corticoïdes. Elle a fait de
l’hyperinsulinisme ce qui explique les mensurations de Fleur à la naissance : 4,5 kg pour 55
cm. Fleur est née 15 jours avant le terme. L’accouchement s’est bien passé.
Page 72 sur 99
L’ophtalmologue confirme la possibilité que le strabisme puisse provoquer une légère
déviation de l’axe. Fleur a subi une opération de l’œil en avril 2015.
Autres prises en charge : un suivi en kinésithérapie a été initié en 2015 et continue à ce jour
à raison de deux séances par semaine. Il vise à favoriser sa musculation du dos.
4.6 Discussion
Les séances de prise en charge de Fleur sont centrées actuellement sur la structuration
spatiale, après avoir travaillé la perception spatiale, l’orientation spatiale et l’organisation
du geste graphique dans l’espace de la feuille.
On dispose 2 feuilles blanches sur le bureau. La psychomotricienne dépose sur 1 des 2
feuilles, des structures en bois (utilisées dans les jeux de construction) représentant
différentes formes géométriques en 3D. La consigne est de reproduire sur la 2ème feuille (en
2D), les formes 3D : cube carré, tétraèdre triangle, parallélépipède rectangle,
cylindre cercle (principe de transposition de l’espace tridimensionnel à l’espace
graphique).
Fleur reproduit les formes correctement, mais sans respecter ni la taille réelle ni la
disposition, qui restent approximatives.
Les formes disposées plus proches du bord (limites de la feuille), ont été mieux reproduites,
grâce à l’accroche visuelle des limites du bord de la feuille.
Nous lui posons la question si la disposition et la taille des objets sont bien respectées.
Page 73 sur 99
Elle répond par l’affirmative. Elle trouve qu’elle a bien respecté la forme des structures et
leurs tailles. Elle ne remet pas en question la différence entre la taille du modèle (réel) et le
modèle représenté.
Pour l’aider à mieux repérer cette différence, je l’invite à prendre la structure dans la main
et à en faire le contour manuellement, puis de la poser sur la forme représentée et ainsi
dessiner le contour avec un crayon.
Elle a pu, par expérimentation, mieux appréhender les dimensions des objets, la bonne
structuration spatiale et la perception des dimensions des objets dans l’espace, ainsi que
leur emplacement. Les reproductions suivantes se sont nettement améliorées. Elle a même
tenu à faire l’essai les yeux fermés.
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Le cadre, c’est aussi l’utilisation d’une médiation et d’un médium adapté.
Il ne s’agit pas de plaquer à l’avance le choix de l’un ou de l’autre, mais de se laisser inspirer
à la fois de sa propre sensibilité à certaines médiations et du besoin du patient, pour
trouver dans une dynamique de co-création, un espace de travail qui favorise l’alliance
thérapeutique et la confiance.
L’utilisation des bâtons de bambou permet d’aborder un travail autour de l’axe corporel, de
la verticalité et du redressement postural. Du fait de leurs longueur, ils permettent une
adaptation à l’espace et permettent d’instaurer une distance relationnelle, dans un
accordage tonico-émotionnel entre l’enfant et le psychomotricien.
En travaillant l’axialité, on aborde un travail de présence à soi par rapport à l’espace. En
effet, l’axialité est un processus qui relie le corps avec toutes les directions de l’espace. Le
corps propre devient référence et axe de repère des mouvements dans l’espace.
Ce travail permet l’intégration des informations sensorielles pour soutenir l’intégration du
schéma corporelle, ajuster les réponses motrices et entretenir la conscience corporelle.
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La composante relation est forte et vient soutenir l’estime de soi, un facteur important
dans la construction identitaire et l’ajustement de la posture.
« C’est donc grâce à l’axe que les constituants du mobile qu’est le corps vont s’articuler,
s’inscrire dans un rapport juste et harmonieux avec l’ensemble. »87.
L’intégration de l’axe corporel dépend de l’ancrage au sol du sujet et de ses appuis. Du fait
de sa pratique de la danse classique, Fleur est plutôt dans un flux de mouvement libre
(selon la grille de lecture de LABAN). Ce travail d’accordage permet, dans une maîtrise du
mouvement à un rythme donné, une approche de l’axialité, dans sa globalité.
Après la consolidation du travail de l’axe corporel et en lien avec les difficultés de Fleur
dans l’abstraction mathématique, nous convenons avec ma maître de stage de concevoir
un travail autour de la symétrie.
Le but étant d’amener Fleur à se représenter ce concept, de l’intégrer par
l’expérimentation pour le transposer dans les apprentissages.
J’ai décidé alors de faire passer à Fleur (sur une partie de la séance) le test du Frostig89 pour
m’assurer de ses capacités visuo-motrices, de discrimination figure-fond et de la constance
de formes géométriques.
Fleur réussit les épreuves du test du Frostig, sauf la dernière épreuve la plus complexe. Cet
item consiste à reproduire le modèle à l’identique.
Pour les figures simples, Fleur reproduit le modèle à l’identique et non en symétrie par
rapport à l’axe.
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Dans le cas de la figure complexe, elle se lance dans une reproduction du modèle en
symétrie par rapport à l’axe. Elle se rend compte de son erreur, une fois confrontée à la
difficulté. Elle souhaite recommencer la production. Etant donné que l’item est échoué, je
la laisse reproduire le modèle en lui conseillant de changer de couleur. Elle reprend, mais
ne réussit pas à reproduire le modèle en entier.
Fleur est ravie d’avoir réussi la reproduction de la dernière figure complexe du Frostig.
Néanmoins, au regard de son âge et l’étalonnage du bilan du Frostig jusqu’à 7ans, Fleur est
supposée réussir l’ensemble des items. Cela montre que le travail sur l’axe et la relation
spatiale reste à consolider au fil des prochaines séances.
Par ailleurs, Fleur a une divergence oculaire, qui peut générer des problèmes de perception
des longueurs dans l’espace et pénaliser ses performances en géométrie.
Page 77 sur 99
Le travail sur l’organisation et la structuration spatiale permet de passer par les étapes :
corps vécu, corps manipulé et corps représenté90.
« En ce qui concerne l’approche de la géométrie et des mesures de grandeurs, les prérequis
sont essentiellement spatiaux. »91.
Fleur est contente du travail qu’elle vient d’accomplir, et fière de le montrer et le partager
avec sa maman en fin de séance. Cette réussite dans un domaine, et plus particulièrement
celui de ses difficultés, est importante pour souffler une brise de satisfaction. Elle permet
de renforcer le sentiment de réussite et d’avoir un regard valorisant sur son propre travail.
L’enfant pourra s’appuyer sur cette expérience pour prendre confiance et moins
appréhender le domaine de difficulté.
93 Habib M. (2014). P. 91
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4.7 Rencontre avec Perceval
Je suis en stage, depuis quelques mois, dans un cabinet libéral de Paris. Ma maître de stage
m’informe que nous recevrons ce jour, un nouveau enfant pour un début de bilan.
Lors de cette première rencontre, Perceval est accompagné de ses deux parents. C’est
essentiellement le papa qui parle et explique le contexte et l’indication de psychomotricité.
La maman intervient lors des questions d’anamnèse.
Pendant l’entretien, Perceval se montre introverti, n’intervient pas, mais il suit les échanges
de la discussion en étant présent et concentré, à priori non distrait. Il est même en état de
vigilance. Quand on lui pose une question en le regardant, souvent il se contente de sourire
pour une réponse positive et s’il voit qu’on attend plus de précision, il répond « oui » avec
un haussement des épaules et une gestuelle des mains qui peut signifier : « C’est évident,
pourquoi posez-vous la question ? ».
Perceval est un enfant Haut Potentiel Intellectuel (HPI), dont le bilan et le diagnostic ont été
fait en 2015.
Les parents font remarquer qu’ils trouvent que Perceval a tendance à préférer ce qui est
compliqué et ne pas réussir un problème évident. Il a tendance à fournir une vision globale
et générale des problèmes. Il réussit mieux les devoirs difficiles et peut buter sur un
exercice simple, dont la réponse attendue est triviale.
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En conclusion du bilan psychologique, il est précisé que « l’ensemble des problèmes de
flexibilité mentale et praxiques observés lors de la passation du test laissent penser qu’un
approfondissement du bilan avec l’aide d’un psychomotricien pourrait être bénéfique, de
même qu’un bilan orthoptique. »
Les parents ont mis en place, en premier, les séances d’orthoptie et, à la suite, souhaitent
faire un bilan psychomoteur comme préconisé.
Il est scolarisé en CM1 dans une école privée élitiste. Il porte des lunettes de correction
d’hypermétropie, dont il en a essentiellement besoin à l’école ou pour des activités de
précision, mais il peut très bien s’en passer.
A l’école, Perceval a des bons résultats, il est autonome pour faire ses devoirs et
socialement bien à l’école. Il a pratiqué quelques sports en activités extrascolaires (tennis,
natation, …) qu’il a arrêté car il ne se considère pas comme « un grand sportif ». Il fait
actuellement du Hip Hop et du Judo.
4.7.3 Anamnèse
La grossesse et la naissance se sont bien déroulées. Perceval est né à terme et la maman a
été alitée en fin de grossesse.
En termes d’antécédents médicaux, Perceval a fait une intolérance au lactose quand il était
petit, qui s’est résorbée avec le temps. Actuellement, il n’a plus de problème d’allergie.
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La maman évoque que Perceval devra bientôt avoir recours à des corrections avec semelles
orthopédiques, pour corriger un défaut de posture et nous signale qu’étant bébé, il a dû
porter un bandage des pieds pendant 6 mois, pour corriger une flexion intérieure de la
cheville.
J’ai pu ainsi initier la rédaction du bilan, échanger avec ma maître de stage et le finaliser en
prenant en compte les retours. Je transpose les éléments du bilan ci-dessous :
4.7.4.1 Comportement
Perceval est un garçon agréable, calme et posé. Pendant le bilan, il participe volontiers aux
épreuves proposées, mais il garde un certain niveau de réserve et de vigilance.
Toutefois, il est très préoccupé par ses résultats et il est souvent en recherche de feedback,
ce qui souligne une anxiété de performance et une remise en question de l’estime de soi.
4.7.4.2 Tonus
L’examen du tonus de fond avec mobilisation passive des membres supérieurs et l’épreuve
du bras tendu, révèlent une bonne capacité de relâchement volontaire.
L’évaluation du tonus d’action montre des diadococinésies de qualité avec une baisse de
fluidité à l’accélération.
Les épreuves de latéralité fonctionnelle révèlent une latéralité hétérogène, à droite pour la
main et le pied mais à gauche pour l’œil. Cependant, Les épreuves de latéralité innée
montrent une dominance à gauche. Perceval utilise dans certaines situations (jeux de
construction, le lancer de balles, …) aussi bien la main gauche que la main droite.
Cela évoque une possible latéralité contrariée, qui peut influer sur les capacités motrices et
l’organisation spatiale.
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4.7.4.3 Motricité globale et fine
Coordinations dynamiques générales : Perceval a de bonnes capacités d’organisation dans
les épreuves motrices d’équilibre statique et dynamique, de sauts pieds joints et sauts
unipodaux sur place et en déplacement. Mais il présente une certaine raideur
essentiellement au niveau du haut du corps.
Dextérité manuelle : Les temps d’exécutions manuelles sont proches entre la main droite et
gauche. Cependant, la prise de stylo est meilleure à gauche et la dissociation bras/reste du
corps, ne se fait pas aisément, avec participation active de la tête dans les activités
graphiques.
En MABC-2, dans le domaine lancer/attraper, Perceval obtient une note Standard de 11, le
situant dans la norme.
Page 82 sur 99
L’épreuve d’organisation spatiale de M. Vyl (pas comptés) est réussie, Perceval parvient à
adapter sa motricité dans l’espace. Les repères temporels de base sont acquis.
L’épreuve de tempo spontané et de reproduction de structures rythmiques (Stambak) est
réussie et démontre les capacités de compréhension de la symbolisation et une bonne
appréhension perceptive de la structuration rythmique. Il est à noter que le tempo
spontané de Perceval est plutôt lent.
L’orientation spatio-temporelle est satisfaisante.
4.7.4.6 Graphisme
Le stylo est tenu à droite en pince à 3 doigts (tridigitale). La main est orientée
correctement. L'écriture est homogène, mais petite. L'espace graphique est bien géré, mais
la position posturale est crispée, avec persistance de raideurs au niveau du haut du corps.
La tête participe aussi au geste graphique, positionnée en avant avec apparition de
plusieurs syncinésies faciales. On note des crispations dans les doigts et l’épaule
principalement et un manque de déliement des articulations coude et poignet. Sur le plan
clinique, Perceval a un geste graphique lent pour son âge.
Page 83 sur 99
4.7.4.9 Conclusion et projet thérapeutique
L’orientation spatio-temporelle est bien appréhendée. L’organisation motrice peut être
précaire dans les nouvelles expériences mais les bonnes capacités de Perceval l’aident,
grâce à un bon étayage, à une intégration de manière efficace.
L’attention visuelle est bonne. Elle est un élément facilitateur dans les apprentissages.
Perceval aime la complexité et intellectualise beaucoup ses faits et gestes. Il est à l’aise
dans les épreuves intellectuelles et peut utiliser ses capacités cognitives de façon calme et
minutieuse. Cependant, face à la difficulté, il peut se bloquer et ne pas persévérer.
Un suivi hebdomadaire en psychomotricité pourrait donc lui être bénéfique. Il sera axé sur
des activités mettant en œuvre des exercices moteurs et un travail sur les émotions et le
lâcher-prise.
Page 84 sur 99
4.8 Discussion
4.8.1.1 Précision
Il peut paraître provocateur de choisir de parler d’enfant Haut Potentiel Intellectuel (HPI)95,
dans les difficultés des apprentissages. Il n’en est rien. En effet, il y’a une association assez
importante entre Le HPI et les troubles spécifiques des apprentissages. Par ailleurs 70 %
des enfants HPI sont en échec scolaire96. D’après l’Afep (Association Française des Enfants
Précoces), seulement un tiers des enfants surdoués font des études supérieures
Page 85 sur 99
4.8.1.2 Spécificité de la prise en charge
La prise en charge de Perceval met en œuvre les axes et objectifs identifiés, à travers des
exercices moteurs, un travail des ressentis, une disponibilité et une finesse d’ajustement de
postures et de l’approche, qui mêlent assurance, écoute et créativité.
Un autre défi, dans le cas des enfants HPI, est de les amener, lors de la séance de
psychomotricité, à accepter de moins intellectualiser les faits et gestes pour se permettre
une certaine spontanéité. Cela peut être obtenu effectivement avec un travail engageant le
corps, ou autour des activités créatives, comme par exemple le modelage avec l’argile,
médium malléable97 pour un meilleur lâcher prise.
Lors d’une séance, nous avons opté de travailler avec de l’argile. Perceval est sceptique au
début, il est gêné par la sensation de l’argile, il hésite beaucoup, il regarde ce que nous
fabriquons, ma maître de stage et moi. Il refait plusieurs fois sa construction
recommençant dès le début. Pour cadrer à minima la séance, nous avons choisi la mer
comme thème. Concentrés sur nos créations de bateaux, cela m’évoque la chanson « Il
était un petit navire ». Ma maître de stage me dit qu’elle ne la connait pas. Je reprends
donc la chanson dès le début. Perceval m’accompagne de sa propre initiative et continue
de finaliser sa fabrication de frégate, concentré sans nous regarder et en chantant. Il a par
ailleurs une belle voix.
97 Roussillon, R. (2001).
98 Roussillon, R. (2001).
Page 86 sur 99
Perceval a réussi ainsi à être spontané, à prendre l’initiative de manière naturelle, lui qui
est souvent dans l’observation et la crainte du jugement de l’autre.
Bien que leur fonctionnement cognitif domine, c’est plutôt du côté du fonctionnement
émotionnel et affectif que se révèle leur plus profonde personnalité, très singulière.
Lors de la passation de l’item de copie de la figure de Rey, Perceval s’est figé, probablement
submergé par d’autres idées, souvenirs ou pensées en association à l’évocation de cette
image. Ce fonctionnement se retrouve chez les enfants HPI, avec « une pensée en
arborescence » et non linéaire. Bien que Michèle Habib102 opte pour la force des
connexions entre les hémisphères, qui facilite l’accès à des circuits impliqués dans les
fonctions cognitives, et exécutives, permettant un raisonnement rapide.
« L’image produit un halo de sens qui n’arrive pas à se condenser dans le langage. Le
surdoué n’arrive plus à trier et réorganiser sa pensée. » 103.
Page 87 sur 99
Par ailleurs un manque d’estime de soi, ou du moins un manque de confiance en soi, peut
aboutir à des situations de blocage de la pensée.
Pour les enfants Haut Potentiel, il est nécessaire de passer par une revalorisation et mise en
confiance, pour leur permettre de prendre conscience dans leurs potentialités et laisser
exprimer leurs compétences.
Il faudrait également les rendre plus actifs dans la prise de décision en les confrontant à des
prises d’initiatives dans le choix des activités et pendant le déroulement.
Ces deux termes ont une racine latine commune : « mote », origine du terme : « moteur ».
L’émotion est identifiable par la nature des sensations subjectives qui l’accompagnent tout
autant que par les manifestations extérieures qu’elle provoque.
Dans cette activité, Perceval investit la séance et s’inscrit dans une temporalité du présent.
Ce qui lui offre une ouverture sur l’expressivité, la créativité, la spontanéité et le plaisir
partagé.
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Conclusion
Considérer la question des difficultés d’apprentissage sous différents aspects, nous amène
à mieux cerner les leviers de la prise en charge en psychomotricité. Cette dernière peut
opérer dans le sens de la prévention, de la contenance de la difficulté pour la réduire ou sur
le volet de l’accompagnement ajusté au besoin de l’enfant pour qu’il puisse évoluer et
retrouver le plaisir d’apprendre.
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Ils poussent le thérapeute à puiser dans ses ressources pour être disponible, contenant,
créatif... Ils peuvent déstabiliser, tester les limites, la solidité du cadre, interroger leurs
fragilités dans le regard de l’autre. Ils peuvent être dans des positions contradictoires, des
espaces différents et une temporalité propre. Ce qui s’exprime en séance de
psychomotricité par des attitudes, tel que « C’est quand je veux », « comme je veux », « Je
sais tout », « Je ne suis capable de rien », « Je fais, s’il le faut », « Je fais car j’ai envie », « Je
fais pour faire plaisir »...
L’approche psychomotrice, dans le cadre des difficultés des apprentissages, s’articule dans
un cadre pluridisciplinaire. Elle peut rencontrer certaines limites et éprouver des
ambivalences de différents ordres : entre l’approche rééducative versus thérapeutique ;
entre l’approche soin et son pendant prévention et pédagogie ; entre l’approche holistique
globale, ou l’approche orientée vers un domaine ou un résultat objectif.
La question des difficultés des apprentissages est vaste et ce mémoire en aborde certains
aspects, mais certainement pas l’intégralité. Dans ce cadre, d’autres réflexions s’ouvrent à
moi et me font m’interroger sur jusqu’où va le rôle du psychomotricien vis-à-vis de l’enfant,
des parents, de l’école et dans le parcours de soin.
Page 90 sur 99
Comment aborder un travail auprès des parents, et des enseignants pour soutenir le
dialogue sans stigmatiser l’enfant ? Affiner la demande des aménagements pour l’enfant
avec des troubles spécifiques des apprentissages pour ne pas le pénaliser ? Comment
amorcer les processus d’autonomisation de l’enfant, sans chatouiller l’anxiété et l’envie de
ne pas grandir ?
Pourquoi, malgré la corrélation des difficultés scolaires avec les domaines de compétence
de la psychomotricité comme stipulé dans le décret, l’intervention de la psychomotricité
reste parfois absente dans le parcours de diagnostic et de soins des enfants avec des
troubles des apprentissages ? En effet, certains grands centres référents des troubles des
apprentissages n’ont pas de psychomotricien dans leur service.
Mais à mon sens, ce qui prime c’est que la psychomotricité trouve sa juste place et
positionnement dans l’accompagnement des enfants avec des difficultés des
apprentissages, pour leur bien-être et réussite scolaire.
« Le plaisir reste aussi un moteur formidable au désir d’apprendre et le psychomotricien le
prend largement en compte dans ses médiations. »105
Page 91 sur 99
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.Articles
Page 93 sur 99
Annexes
Annexe A : Pyramide des profils de situation et des niveaux de
recours aux soins correspondants
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Annexe C : Planches relatives à la symétrie
Figure simple.
La reproduction est faite à l’identique
Page 95 sur 99
Annexe D : La correspondance des classifications CIM10 et
CFTMEA106
Page 96 sur 99
Annexe E : Décret de compétence Extrait (Article 1)
Décret n°88-659 du 6 mai 1988 relatif à l'accomplissement de certains actes de
rééducation psychomotrice
NOR: ASEP8800683D
Le Premier ministre,
Vu le décret n° 74-112 du 15 février 1974, modifié notamment par le décret n° 85-188 du 7 février 1985,
portant création du diplôme d'Etat de psychomotricien ;
Les personnes remplissant les conditions définies aux articles 2 et 3 ci-après sont habilitées à accomplir,
sur prescription médicale et après examen neuropsychologique du patient par le médecin, les actes
professionnels suivants [*compétence, attributions*]:
1. Bilan psychomoteur.
- troubles de la latéralité ;
- dysharmonies psychomotrices ;
- troubles tonico-émotionnels ;
- débilité motrice ;
- inhibition psychomotrice ;
- instabilité psychomotrice ;
4. Contribution, par des techniques d'approche corporelle, au traitement des déficiences intellectuelles,
des troubles caractériels ou de la personnalité, des troubles des régulations émotionnelles et
relationnelles et des troubles de la représentation du corps d'origine psychique ou physique.
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Annexe F : Les sept compétences du socle commun
– la culture humaniste ;
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Resume
Les difficultés d’apprentissage sont un enjeu majeur de la société et au cœur des
préoccupations du monde scolaire, familial, médical et politique. Elles concerneraient des
dizaines de milliers d’élèves en France.
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Key Words: Learning difficulties, Specific learning disabilities, Psychomotricity,
psychomotor prerequisites, accompaniment, therapeutic framework, psychomotor development
Summary: Learning difficulties are a major issue in society; they are the focus of school,
family, medical and political worlds. They would concern tens of thousands of students in
France.
The psychomotrician relies on his knowledge of the psychomotor, cognitive and emotional
development of the child, in order to consolidate the psychomotor prerequisites, which
are necessary for learnings and school achievement.
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