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Morale Des Sages de Tous Les Pays Et de Tous Les Siècles

Le document présente une collection de pensées morales extraites de divers moralistes anciens et modernes, compilée par Jean-Baptiste Chemin-Dupontès. Il souligne l'importance de la morale universelle et de la tolérance, tout en précisant les conditions d'utilisation des contenus de Gallica, la bibliothèque numérique de la BnF. L'ouvrage est destiné à l'enseignement de la morale dans les familles et les institutions éducatives.

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Morale Des Sages de Tous Les Pays Et de Tous Les Siècles

Le document présente une collection de pensées morales extraites de divers moralistes anciens et modernes, compilée par Jean-Baptiste Chemin-Dupontès. Il souligne l'importance de la morale universelle et de la tolérance, tout en précisant les conditions d'utilisation des contenus de Gallica, la bibliothèque numérique de la BnF. L'ouvrage est destiné à l'enseignement de la morale dans les familles et les institutions éducatives.

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Morale des sages de tous les

pays et de tous les siècles ,


ou Collection épurée des
moralistes anciens et
modernes ; par [...]

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France


Chemin-Dupontès, Jean-Baptiste (1760-1852?). Auteur du texte.
Morale des sages de tous les pays et de tous les siècles , ou
Collection épurée des moralistes anciens et modernes ; par J.B.
Chemin... Seconde édition. 1798-1799.

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MORALE DES SAGES
DE TOUS LES PAYS
ET DE TOUS LES SI%ÔLES,

OU
COLLECTION ÉPURÉE
DES
MORALISTES ANCIENS ET MODERNES i

PAR J. B. CHEMIN»

Ouvrage dédié aux familles vertueuses et à


,
toutes les institutions qui ont pour objet l'en-
seignement de 1A morale.

la morale profite plus quand elle s'insinue par


pensées détachées. Les discours d'rppatcil fonc
plus de bruirct moins d'etret. ( Scncque. )

SECONDE ÉDITION,

A PARIS,-
Chez VAUTEUR Pont Michel, au coin de la rue
, Louis.

AN VII.
?E mets cet ouvrage sous la
protection des Lois & sous la sauve-
garde de la probité des Citoyens,
Je poursuivrai devant les tribunaux
f
conformément a la loi tout Con-
3
trefacteur ou Débitant d*édition
contrefaite.
^ /
INTRODUCTION.
41 »»»
\Ju a commencé une collection
de Moralistes précieuse comme
,
monument historique , mais non
comme livre de morale ; car elle
présente l'erreur à côté de la vé-
rité, et d'ailleurs elle est trop vo-
lumineuse pour être un livre de
famille.
J'ai réuni dans un cadre étroit
beaucoup de moralistes qu'on ne
trouve pas dans cette collection.
Je crois n'avoii recueilli que des
maxime pures, des maximes pro-
pres à faire le bonheur de l'homme,
sans rien exiger de lui qui soit
au-dessus de ses forces.
J'ai peut-être élevé un beaumo-
A3
vj Introduction,
miment à la morale. Il prouvera
qu'elle est une, qu'elle est éternelle.
En effet, si la raison gémit des ab-
surdités auxquelles les différentes
sectes ontentraîné l'esprit humain,
c'est pour elle un spectacle bien
consolant de voirtoutes ces sectes
rendre hommage à la morale uni-
verselle et leurs chefs même, mal-
,
gré les erreurs qu'on peut leur re-
procher, nous en transmettre purs
les principes fondamentaux.
Cet ouvrage ne doit pas être
parcouru d'un trait, comme un li-
vre d'histoire. Il est divisé en courts
chapitres pour être lus pendant
,
le cours de l'année dans les fa-
,
milles et dans toutes les institu-
tions où l'on s'occupe de morale.
Puissent ceux qui le méditeront
,
Introduction. vij
s'attacher à des principes sur les-
quels ont été d'accord tant d'hom-
mes célèbres, et qui ont vécu dans
des pays et dans des siècles si dif-
férens ! Puisse sur-tout le tableau
de cet accord rapprocher le mo-
ment qui, seul peut-être , commen-
cera le bonheur du monde , celui
de la tolérance universelle ! C'est
particulièrement dans cette vue
,
que j'ai recueilli la Morale des Sa-
ges , de manière à pouvoir la pré-
senter , non pas à un peuple , non
pas à une secte , mais à toutes les
sectes , à toutes les nations. Tou-
tes y trouveront des noms qui leur
sont chers; et aucune , je crois ,
n'y trouvera de principes qu'elle
puisse rejeter.
Je n'ai pas besoin de dire qu'il
A 4
viij Introduction.
ne faut pas considérer les premiers
moralistes cités dans cet ouvrage,
comme inventeurs de la morale.
Elle est éternelle ; et l'homme
,
sortant des mains de la nature,en
s; trouvé dans son coeur les prin-
cipes foniii.nentaux ; sa raison lui
a appris à en étendre les consé-
à
quences , mesure que les socié-
tés se sont formées et perfection-
nées. Les préceptes écrits ont
même de beaucoup précédé le Vé-
dam et la Bible. Il y avait avant
ces ouvrages des livres indiens
,
égyptiens, qui ne sont pas parve-
nus jusqu'à nous.
On a vu par l'épigraphe l'opi-
nion de Sénèque sur les maximes
détachées. L'illustre Bacon qui
,
avait l'esprit très-méthodique, était
Introduction. ix
du même avis. Il dit que la morale
n'est pas faite; pour recevoir la loi
de la méthode et que des maximes
,
éparsesetsans suite feront toujours
plus d'effet sur le coeur que l'ar-
,
rangement le mieux combiné. Quot-
qu'indépendamment de ces autori-
tés respectables j'aie plus d'une
,
raison de préférer un bon choix
de maximes détachées à un traité
suivi de morale je crois cepen-
,
dant qu'une série d'instructions
simples en forme de discours
, ,
sur les sujets les plus importansde
cette science, serait utile sous plu-
sieurs rapports ; et c'est ce que je
me propose de faire. Ce sera comme
un supplément à cet ouvrage. Au-
tant qu'il me sera possible, je pui-
serai le fond de ces discours dans
A 5
x Introduction.
de bons écrits particulièrement
,
dans les modernes dont je n'ai ci-
,
té qu'un petit nombre dans ce vo-
lume pour ne pas faire de répé-
,
titions inutiles attendu que les
,
anciens ont presque épuisé le genre
sentencieux.
Ce livre contient la théorie de
la morale : j'offrirai incessamment
de beaux exemples de la pratique
de ses lois, dans un autre ouvrage,
qui sera intitulé : Annales de .la
vertu , ou Choix de belles actions
puisées dans l'histoire ancienne et
moderne.
MORALE DES SAGES
D E
TOUS LESPAYS
K T
DE TOUS LES SIÈCLES.

I.
PENSÉES MORALES
EXTRAITES DU VÉDAM.(i)

JLJIE-TOI d'amitié avec tout ce qu'il y a


d'hommes vertueux. Le commerce que
tu auras avec eux servira à dissiper tes
erreurs , et te donnera du ^oût pour la
vérité.
Quels sont les hommes qu'on peut
appeler vertueux ?

(i) Le Védam est le livre religieux des anciens


peuples de l'îiule. Nous n'en counaisson-. pas
l'auteur, ni l'époque où cet ouvrage a paru. Ii
remonte à la plus Jiaute antiquité.
A6
a* Pensées morales
Ce sont ceux qui n'aiment que la
vérité ; qui se font un devoir et un
plaisir d'en instruire les autres ; qui,
touchés de compassion sur le sort des
malheureux et des ignorons emploient
,
tous les moyens et profitent de toutes
les occasions de les soulager et de les
instruire. Voilà ceux que tu dois fré-
quenter , et auxquels tu dois te lier
d'amitié.
Ce ne sont pas des jetines des péni-
,
tences , ni autres pratiques extérieures
qui effacent le yice : c'est une bonne
conduite.
Au lieu de te livrer à des pratiques
extérieures > stériles et infructueuses ,
profite du peu de momens que tu as
à ta disposition dans cette vie , pour
pratiquer la vertu , le seul bien -véri-
table.
Tu demandes comment Dieu , dont
la bonté est l'essence , a pu créer lo
vice?
11 ne peut en être l'auteur lui qui
,
du Vcdam. i3
la
est sagesse et la sainteté mêmes; il
ne le fut jamais que de la vertu. 11 a
mis dans nos coeurs sa loi quinouspres-
crit ce que nous devons faire. Le Yice
est une transgression de cette loi ; s'il
régne sur la terre , c'est nous-mêmes
qui en sommes \o< auteurs.
Dieu n'a ni r ni figure ; lui seul
,,
eôt grand, et uun ne peut lui être com-
paré ; lui seul mérite exclusivement le
nom de créateur. Le soleil , que des
peuples ont divinisé n'est qu'un corps ;
,
il est dans les mains de Dieu ce qu'est
,
un flambeau dans les mains del'homme;
créé par lui pour éclairer le monde, il
obûit à sa voix et répand par-tout la
,
lumière.
.
Toi seul, grand Dieu , mérites l'hom-
mage de toutes les créatures. Tu n'es
point sujet au changement ; tu es l'ame
par excellence, parce que lu donnes la
vie à tout, et que tu la conserves ; tu es
le principe de toutes choses et tu es
,
toi-même sans principe ; tu es le maître
44 Pensées morales
du monde , et tu n'as ni maître ni égal ;
tu es le père de tous les hommes, mais
tu n'as jamais eu ni père,ni naissance.
Quoiqu'invisible de ta nature tout pu-
,
blie ta puissance et ta grandeur. En
communiquant aux hommes un rayon
de cette lumière qui t'environne tu
,
dissipes leurs ténèbres et leur ignorance.
Tu possèdes seul toutes les perfections
et toutes les vertus.
Pénétrés de respect et de reconnais-
sance , nous te consacrons notre culte,
nous t'adressons nos voeux. Reçois nos
adorations et nos hommages : nous ne
cesserons de te les offrir.
des livres hébreux. ï5

1,
PENSÉES MORALES
EXTRAITES
DES LIVRES HÉBREUX, (i)
CHAPITRE PREMIER.
JLJIEU est ton créateur et ton maître.
Tu n'adoreras que lui.
Tu ne te feras point d'image ni en
peinture , ni en sculpture pour l'adorer,
ni pour lui rendre aucun culte.
Tu dresseras à Dieu un autel simple,
et tu lui feras ton offrande.
As tu des enfans ? Instruis-les, et ac-
coutume-les de bonne heure à faire le
bien.

(1) On a donné le nom de hible h la collée-


tion de ces livres. Moyso, à qui l'on attribue les
premiers, et qui donna aux Hébreux un code
religieux et civil, vivait il y a environ 3409 ans.j
*6 Pensées m orales
Celui qui instruit ses enfans , y trou-,
vera son bonheur et sa gloire.
L'enfant mal instruit est la honte de
son père.
Honore ton père et ta mère , afin que
tu sois heureux.
Pense aux douleurs que ta mère a
souffertes lorsqu'elle te portait dans son
sein , et qu'elle t'a mis au monde.
Soulage ton père et ta mère dans leur
vieillesse et ne les attriste pas durant
,
leur vie.
Celui qui afflige son père et sa mère
est infâme et malheureux.
Tu ne tueras pas.
Tu ne déroberas pas-,
Tu ne commettras pas d'adultère.
Tu ne désireras pas la femme de ton
prochain ni sa maison , ni son servi-
,
teur , ni rien qui soit à lui.
Tu aimeras ton prochain comme toi •

même.
Tu ne le calomnieras pas j et tu ne
l'opprimeras point par la riolence»
des livres hébreux. ij
Tu ne seras ni un calomniateur pu-
blic ni un médisant se t.
,
Quand tu peux donner à un ami ce
qu'il te demande ne le remets pas au
,
lendemain.
Ne trompe pas la confiance de ton
ami..
Ne fais pas de procès à un homme
sans sujet.
Celui qui est ami aime en tout tems ;
et l'amitié se connaît dans le malheur.
Lorsque tu verras le boeuf ou la bre-
bis de ton frère égarés, tu ne passeras
pas ton chemin ; mais tu les ramèneras
à ton frère quand même il ne serait
,
pas ton parent ni ton ami , quand même
ce serait ton ennemi.
Si tu vois l'âne ou le boeuf dé ton
frère même de celui qui te hait tom-
, ,
ber dans le chemin tu ne passeras pas
,
sans l'aider à le relever.
Pardonne à ton frère le mal qu'il t'a
fait.
Tu ne chercheras pas a te venger efe
t
i8 Pensées morales
tu ne conserveras pas le souvenir de
l'injure qu t'aura été faite.
Tu ne feras aucun tort à la veuve et
à l'orphelin.
Si tu prêtes de l'argent à celui qui
est pauvre , lu ne le prêteras pas comme
un créancier impitoyable, et tu ne lac-
cableros pas d'usure.
Lorsque tu demanderas à ton frère
quelque chose qu'il te doit, tu n'en-
treras pas dans sa maison pour empor-
ter de force quelque gage ; mais il te
donnera lui même ce qu'il pourra.
S'il est pauvre , le vêtement qu'il
t'aura donné en gage ne passera pas la
nuit chez toi ; mais tu le lui rendras
avant le coucher du soleil , afin qu'il se
couvre de son vêtement pendant qu'il
dort, et qu'il te bénisse.
des livres hébreux, îg

3-
P E NSÉES MORALES
EXTRAITES
DES LIVRES HÉBREUX.
CHAPITRE SECOND.
J. u ne refuseras pas à l'indigent ce que
tu lui dois ; mais tu lui donneras, le jour
même, lu prix de son travail, parce qu'il
est pauvre , et qu'il n'a que cela pour
vivre.
Ne méprise pas celui qui a faim, et ne
diffère pas de donner à celui qui souffre.
Prête l'oreille au pauvre et réponds-
,
lui favorablement et avec douceur.
Fais du bien avec discernement.
Prête à ton frère quand il a besoin , et
rends exactement ce qu'on t*a prêté.
Un peu de pain est la vie des pauvres:
celui qui le leur ôte est un homme dû
sang.
20 Pensées morales
Tu ne mentiras pas.
Tu ne porteras pas faux témoignage.
Tu ne suivras pas l'avis du plus grand
nombre pour condamner le pauvre en
faveur du riche.
Tu ne recevras pas de présens, parce
qu'ils aveuglent les plus sages , et cor-
rompent les plus justes.
Tu ne feras rien contre l'équité. Tu ne
mettras aucune différence entre le pau-
vre et entre le riche , entre le faible et
entre l'homme puissant, mais tu jugeras
selon la justice.
Tu ne tromperas pas ton frère.
Ne fais rien contre l'équité, ni dans
les jugemens ni dans ce qui sert de
,
règle ni dans les poids ni dans les
, ,
mesures.
Lève-toi devant ceux qui ont les che-
veux blancs j honore la personne du vieil-
lard.
Tu ne parleras pas mal du sourd, et
tu ne mettras rien devant l'aveugle qui
puisse le faire tomber,
! des livres hébreux. ti
I Tu ne feras point de peine à l'étranger.
j Si un étranger habite parmi vous, qu'il
iy soit comme s'il était né dans votre
îpays; aimez le comme vous mêmes.
! On ne punira pas les enfans pour les
! pères, ni les pères pour les enfans.
Le coupable ne sera puni que pour le
crime qu'il aura commis personnelle-
ment.
Si tu es diligent, ta moisson sera abon-:
dante et l'indigence fuira loin de toi.
,
L'ouvrier sujet au vin ne deviendra
jamais riche.
Le vin pris modérément est la joie du
coeur ; le vin , bu avec excès, produit la
colère _et l'emportement et attire de
,
grands maux.
L'insomnie et les maladies sont le par>
tage de l'h »nme intempérant.
Celui qui mange sobrement jouit ordi^
nairement d'une bonne santé.
22 Pensées morales

4.
PENSÉES MORALES
EXTRAITES
DES LIVRES HÉBREUX.
CHAPITRE TROISIEME.
J_V
pas séduire parles artifices
E te laisse
des femmes sans moeurs et vis content
,
avec colle que tu as choisie pour épouse.
Trois chose-- sont agréables à voir: des
frères qui s'aiment; des parens bien unis;
un mari et une femme qui s'accordent
bien ensemble.
Celui qnita trouvé une femme ver-
tueuse , a trouvé un grand bien et la
source de son bonheur.
Elle est plus piécieuse que-l'or. Son
mari met sa confiance en elle ; elle est
attentive à son ménage j elle est l'orne-
ment de sa maison.
Son mari est heureux ; et elle lui fait
passer en paix tous les jours de sa Yic\
I des livres hébreux. Q5
} Peu de chose avec la joie vaut mieux:
| que beaucoup de bien avec des querelles.
| La bonne réputation vaut mieux que
Iles grandes richesses ; l'amitié est plus
I estimable
que l'or et l'argent.
I L'homme colère excite des querelles >
celui qui est patient les appaise.
Il ne fautNqu'une parole de douceur
! pour calmer la colère, et une parole dure
pour exciter la fureur.
Ne va pas chercher ceux qui se disent
magiciens et garde-toi ue les consulter.
,
Leurs prédictions ne sont que vanité.
Celui qui s'attache à des visions est
,
comme celui qui embrasse l'ombre et qui
poursuit le vent.
Les songes ne sont que l'effet de l'ima-
gination.
Imite la résignation et la bienfaisance
de ce bon vieillard qui ayant été fait
,
prisonnier de guerre, distribuait tous les
jours aux compagnons de sa captivité ce
qu'il pouvait avoir.
Il nourrissait ceux qui avaient fainij
S"4 Pensées morales
et donnait des vètemens à ceux qui n'en
avaient pas.
Il recouvra la liberté, et revint dans sa
patrie ; mais il lui arriva un autre mal-
heur : il devint aveugle et hors d'état de
travailler.
Sa femme allait tous les jours faire de
la toile pour procurer à son mari et à
elle même de quoi vivre ; elle apportait
è la maison ce qu'elle pouvait gagner du
travail de ses mains.
Ce vertueux patriarche, sentant la fin
de sa vie approcher, appela son fils, et
lui dit :
» Mon fils, écoute mes conseils, et
» mets-les dans ton coeur.
Honore ta mère tous les jours de ta

vie en pensant à ce qu'elle a souffert,


,
et à combien de dangers elle était expo^
sée lorsqu'elle te portait dans son sein.
» Ne consens jamais à aucune mauvaise
action.
«Sois charitable autant que tu le
pourras.

Si
des livres hébreux. &S
» Si tu as beaucoup de bien ,
donnes
beaucoup pour soulager tes ftères.
» Si tu as peu donne de ce peu et
, ,
de bon coeur.
» Que l'orgueil ne dirige ni tes pen-
sées ni tes paroles ni tes actions.
, ,
» Lorsqu'un homme aura travaillé pour
toi, paye-lui aussi-tôt ce qui lui est dvk
pour son travail.
«Prends garde de faire jamais à un\
autre ce que tu serais fâché qu'on te fit.
» Demande toujours conseil à un hom>.
me sage.
» Sois tranquille mon fils : il est vraî
,
que nous sommes pauvres ; mais nous
serons toujours assez riches , si noua,
sommes vertueux. »

B
s6 Pensées morales

5-
PENSÉES MORALES
DE ZOROASTRE ( i ).
JLJES hommes seront jugés suivant le
bien et le mal qu'ils auront fait. Leurs
actions seront pesées dans les balances -
de l'équité.
Qui est bienfaisant est véritablement
homme.
Honore ton père et ta mère, si tu veux
vivre heureux.
Marie-toi, autant que tu le pourras ,
dans ta jeunesse : ce monde n'est qu'un
passage. Il faut que ton fils te suive, et

( i) Ces maximes sont tirées du Zend Avestat


recueil qui contient la doctrine que Zoroastre
enseigna aux anciens Perses, aux Bactriens, aux
Mèdes, etc. On ne sait pas précisément dans quel
tems il vécut ; on croit que ce fut il y a environ
2400 ans*
de Zoroastre* bf
que la chaîne des êtres ne soit pas inter-
rompue.
Quand tu seras dans le doute si une ac->
tion est bonne ou mauvaise, ne la fais pas.;
Que les grandes libéralités ne soient
répandues que sur les plus digne s mais
s'il s'agit du nécessaire, donne-le à tout
homme indistinctement, donne-le même
aux animaux.
Que ton caractère soit bon , ton ame
sensible à l'amitié, ton coeur et ta langue
toujours d'intelligence; éloigne - toi de
toute débauche, de toute injustice.
Ne mens jamais : cela est infâme.
Evite toute familiarité arec les cour-
tisanes.
Dans les afflictions offre à Dieu ta
,
patience ; dans le bonheur, rends-lui des
actions de grâces.
Jour et nuit , pense à faire du bien*]
La vie est courte.
Si, pouvant servir tonprochain aujour-
d'hui tu attends à demain tu fais mal»;
, ,
Vole au secours de l'opprimé.
ç8 Pensées morales
Sois pur dans tes pensées, dans tes
paroles dans tes actions.
,
C'est faire mal, de donner sa parole et
de ne pas la tenir; de mettre sans bonne
foi sa main dans celle d'un autre.
Ne prends pas le bien d'autrui. Ne
cherche pas à séduire la femme de ton
prochain.
L'homme qui emprunte et ne rend pas
ce qu'il a demandé , fait un vol. Quand
même celui qui a prêté serait riche il
,
n'en faudrait pas moins penser jour et
nuit aux moyens de le satisfaire.
Ne t'emporte pas de colère. Ne te laisse
aller ni à l'avarice ni à la violence qui
,
blesse, ni à l'envie, ni à l'orgueil, ni à
la vanité.
Mets de l'attention dans tout ce que
tu fais.
Ne dispute pas avec l'envieux.
Ne va pas avec celui qui fait du mal
à son prochain.
Ne te lie pas avec les mauvais caractères.
Réponds avec douceur à ton ennemi.
de Zoroastre* 2{)
Sois aimable à tes amis.
Respecte l'innocence et la simplicité.
Travaille à te rendre plus habile que-
ton père.
Conserve ton corps en santé, ton coeutf
pur; cultive ton intelligence.
Sois toujours attaché à la loi.
Comme l'ame et le corps sont amis t*

sois-le de tes frères, de ta femme et da


tes enfans.
Heureux le pays dont les habitans sone
bons, et où l'on n'entend prononcer que)
des paroles de paix; où l'on cultive bien
la terre où l'on sème beaucoup da
,
grains, où l'on plante beaucoup d'arbres i
et sur-tout d'arbres fruitiers ; où l'on
donne de l'eau au terrein qui n'en a pas >i

où Ton dessèche celui qui en a trop ; o&


l'on multiplie les bestiaux ! Ceux qui ses
livrent à ces occupations remplissent les
desseins de la Providence.
Malheureux le pays 6ù l'on néglige
ces travaux , et qui est le séjour dej
la violence et de l'injustice !
B 3
5o Pensées morales

6.
PENSÉES MORALES
DE CONFUCIUS. (i)
CHAPITRE PREMIER.
Jus juste milieu où repose la vertu, est
toujours le but du sage. Il ne s'arrête
point qu'il n'ait su l'atteindre j mais il ne
tend jamais r.u-delà.
Il ne manque pas de gens qui, toujours
poursuivant quelques vertus extraordi-
naires et secrettes, franchissent les jus-:
tes limites du bien.
Ces prétendus sages dont l'orgueil
,
affecte tout ce qui s'éloigne des usages
communs., des idées ordinaires , em-
brassent trop souvent, avec témérité, ce
qui est au-dessus de leurs forces ; ou
,
s'ils entrent dans le véritable sentier de

(i) Il vivait en Chine il y a environ *400ans*


de Confucius» 3i
la vertu , ils l'abandonnent à la moitié
de la route, et s'arrêtent honteusement.
Dieu a lui • même imprimé dans
l'homme la raison naturelle. Suivre cette
raison dans la pratique, c'est obéir aux
véritables lois de la vertu.
Le germe des passions est naturel à
l'homme , ou plutôt il est la nature
même ; mais le sage impose à ses pas-
sions le frein que lui présente aussi la
nature, en tant qu'elle est le principe de
la raison. D'accord avec la raison, les
passions sont le principe de toutes les
belles actions.
Le milieu est le point le plus voisin de
la sagesse : il vaut autant ne point l'attein-
dre que de le passer. Mais combien peu
savent le tenir j Ce mal n'est point nou-
veau : c'est l'ancienne maladie de l'hu-
manité.
Je sais bien pourquoi la plupart de»
hommes s'écartent du vrai sentier de la
vertu. Les faux sages s'en éloignent par
mépris. Persuadés que leur intelligence
B4
5fl Pensées morales
est capable de s'élever bien plus haut, ils
le regardent comme indigne d'eux. Les
hommes ordinaires n'y parviennent pas,
parce qu'ils ne le connaissent point, ou
qu'effrayés par les difficultés, ils déses-
pèrent d'y atteindre. C'est faiblesse, c'est
ignorance.
Pour bien régler sa famille il faut
,
tf'abord se bien régler soi-même; il faut
trouver dans sa propre personnelle mo-
dèle qa'on doit se proposer dans le ré-,
gime d'une famille entière.
CommençVdonc par rectifier ton ame,
par dompter et modérer les affeciions qui
la détournent de sa première droiture.
C'est à quoi l'on ne peut parvenir qu'en
pénétrant son esprit de la vérité , en le
dépouillant de tout ce qui tient à l'erreur
au mensonge, au préjugé : alors la vo-
lonté devient pure, l'intention droite; on
ne veut plus que ce qui est honnête et
utile; on n'a plus d'éloignement que pour
ce qui est malhonnête et dangereux.
Le sage est circonspect dans ses moin-
de Confucius! 33
dres paroles. .S'il tombe dans quelque
faute, s'il ne remplit pas toutes les obli-
gations qu'il s'est prescrites , il se fait
violence à lui-même pour parvenir à s'en
acquitter. Se présente-il à sa bouche une
trop grande affluence de paroles, il sait
en retenir une partie. Sévère censeur de
lui-même, il vent que ses discours ré-'
pondent à ses oeuvres, et ses oeuvres à
ses discours. Comment ne serait-il pas
siable et constant ?
La raison est perfectionnée par le plus
heureux sentiment de l'ame par cet
,
amour vertueux qui unit l'homme à tous
les hommes. Cet amour universel n'est
point une qualité qui nous soit étran-
gère : il est l'homme lui même, ou si
,
l'on veut, c'est une qualité essentielle
de l'homme et innée avec lui, qui lui
inspire d'aimer ses semblables.

B 5
34 Pensées morales

7-
PENSÉES MORALES
DEC ON F U C I U S.
CHAPITRE SECOND.
JLJE
propre de l'homme est d'aimer ;
mais l'amour pour ses parens est son
premier devoir, et sert de règle pour
aimer les autres.
De cet amour général naît la justice
distributive qui rend à chacun ce qui
,
lui est dû ; mais le premier acte de cette
justice est de préférer à tous les autres
les sages et les hommes honnêtes.
Cet amour, cette charité pure que
nous recommandons , est une affection
constante de notre ame, un mouvement
conforme à la raison, qui nous détache
de nos propres intérêts nous fait em-
brasser ï humanité entière, regarder tous
,

les hommes comme s'ils ne faisaient


'de Confitciust 35
qu'un corps avec nous, et n'avoir avec
nos semblables qu'un même sentiment
dans le malheur et la prospérité.
Lorsque cette piété aura fermement
établi son empire dans tous les coeurs ,
l'univers entier na sera plus qu'une
seule famille ; tous les hommes ne se-*
ront plus que comme un seul homme ;
et par l'heureux lien et l'aimable accord
des hommes riches et bienfaisans de
,
ceux d'une condition médiocre, et de
ceux des dernières classes , l'humanité
entière semblera n'être qu'une seule
substance.
Aimons donc les autres comme nous-»,
mêmes ; mesurons les autres par nous
,
estimons leurs peines etleurs jouissances
par les nôtres. Quand nous comparerons
les autres à nous ; quand nous leur sou-
haiterons ce que nous désirons pour
nous-mêmes"; quand nous craindrons
pour eux ce qui fait le sujet de nos pro-;
près craintes , alors nous suivrons les
lois de la véritable charité.
B 6
56 Pensées morales
L'abondance d'amour et de bienfai-
sance par laquelle le sage embrasse tous
les hommes le fait tenir à l'univers en-
,
tier. L'ame abjecte du méchant se ren-
ferme en elle même : il n'est conduit
que par des affections particulières ; il
fait en quelque sorte une usure de l'ami-
tié ; livré san3 cesse à l'intérêt, il ne fait
pas le bien , il le vend.
Le sage, toujours attentif à se vaincre
lui même, se prête et s'accommode aux
moeurs et au génie des autres ; mais
,
toujours maître de lui même, il ne se
laisse amollir ni dépraver par les habi-
tudes et les exemples des hommes lâches
et efféminés.
Au milieu des hommes qui s'écartent
de la droiture, lui seul, toujours ferme ,
reste droit et juste , et n'incline vers
aucun parti.
' Si la vei tu, si les lois sont en vigueur
dans l'état, s'il exerce lui-même une
magistrature, aa laite des honneurs, ses
moeurs sont toujours les mêmes ; il suit
Confucius»
<le Zy
le même genre de vie qu'il menait dans
une condition privée , et ne se laisse
point enfler d'un vain orgueil.
Mais au contraire, si les vertus sont
,
négligées si tout est confondu lui-
, ,
même , pressé par la misère, assiégé par
la douleur et conduit à une mort hon-
,
teuse , il se montre inébranlable , ne
sait point changer , et reste attaché for-
tement au plan qu'il s'est formé. Voilà
le plus haut degré du courage.

8.
PENSÉES MORALES
DE CONFUCIUS.
CHAPITRE TROISIEME.

tjouvENnz-vous de la faiblesse humaine:


il est de notre nature de tomber et de
faire des fautes, lin avez-vous commis ?
ne craignez pas de les réparer , n'hési-
tez pas un instant ; n'épargnez pas les
58 Pensées morales
efforts pour vous relever et rompez
,
généreusement les liens qui YOUS embar«j
rassent.
Conduisez-vous toujours avec la même
retenue que si vous étiez observé par dix
yeux et montré par dix mains.
A quoi peut être bon l'homme sans
foi, qui trompe dans ses discours, et qui
manque à ses conventions ? On ne peut
lui confier une charge publique; on doit
s'en défier dans les affaires particulières,:
Où les discours sont apprêtés, où tous
les dehors sont flatteurs, ce n'est pas là
qu'il faut chercher la probité.
Examinez bien si ce que vous promet-
tez est juste, ou si vous pouvez le tenir:
la promesse faite ne doit plus être révo-
quée.
Rectifiez vos pensées. Sont-elles pures?
YOS actions le seront de même.
Apprenez à bien vivre, vous saurez
bien mourir.
Nourrissez-vous sans vous livrer aux
délices de la table j logez-vous sans re*
de Corifucius* 5$
chercher les aises de la mollesse ; agissez
avec soin, parle» avec prudence, et ne
vous applaudisses point à vous-même*
Recherchez sur-tout le commerce des
sages ; que leurs conseils soient vos lois,-
et vous voilà bien avancé dans l'étude de
la sagesse.
Ignorez-Yous une chose ? avouez ingé-
nument votre ignorance. L'homme ne
peut tout savoir, mois il doit apprendre
ce qui est de son devoir.
Gardez le silence sur ce qui vous pa-
rait douteux, et ne parlez même qu'aveu
circonspection de ce que vous croirez
certain ; c'est ainsi que vous pécherez
rarement en paroles.
Gardez-vous bien d'entreprendre au-
cune affaire qui pourrait nuire aux au-
tres, Soyez sur vos gardes pour celles
même que vous pourrez traiter, et diri-
gez-les avec ménagement ; c'est ainsi que
vous aurez bien rarement à vous repen-
tir , ou d'avoir entrepris une affaire avec
témérité , ou de l'avoir mal conduite».
4o Pensées 77iorales
Entretenir l'amour et la concorde dans
sa famille , faire régner la vertu parmi
ceux qui nous sont'soumis, c'est gou-
verner en effet, c'est exercer une ma-
gistrature utile et glorieuse.
La frugalité l'amour la concorde,
, ,
les égards mutuels des convives valent
mieux dans les repas que les mets recher-
chés. Une douleur sentie, des larmes
sincères valent mieux dans les pompes
funèbres que l'appareil somptueux.
Le bourg le plus faible, le plus res-
serré , le plus inconnu ne renfermât il
que vingt familles j est assez glorieux ,
si l'amitié , la bonne-foi régnent parmi
ses habitans. Heureux celui qui a établi
sa demeure dans cet asylede l'amour et
de l'innocence !
Les médians ne peuvent supporter
long-tems ni les douleurs et la pauvreté,
ni les richesses et les honneurs. Mais le
sage , quelle que soit sa fortune , se re-
pose dans sa seule vertu.
Aimer la yertu c'est avoir pour elle
,
de Cojifucius. 4i
une passion ardente enflammée, exclu-
,
sive, incapable de lui rien préférer. Haïr
le vice, c'est craindre d'en être un seul
instant souillé.
Celui qui suit la vertu le matin peut
,
mourir le soir : il ne se repentira pas
d'avoir vécu ; il se consolera de mourir.
La vertu occupe tout l'esprit du sage,
et l'intérêt, tout celui du méchant.
Haïssez le crime dans les médians.
Mais s'ils reviennent à la vertu, recevez-;
les dans votre sein, comme s'ils n'avaient
jamais fait de fautes.

9-
PENSÉES MORALES
DE C O N F U C I U S.
CHAPITRE QUATRIEME,
JtvouGissEz de ces paroles étudiées par
lesquelles on charme les oreilles de ce
,
sourire gracieux et trompeur par lequel
42 Pensées morales p

on flatte celui qu'on veut gagner ; de j


politesses excessives lesquelles I
ces par
on cherche à capter la bienveillance, i
C'est l'art des hommes légers et perfides,
qui disent tout ce qu'ils veulent, et ne
disent rien pour la vérité.
Il faut dans la société de la candeur
et de la bonne-foi : il est honteux de ca-
resser ceux qu'on hait ou qu'on méprise.
Que les vieillards reposent en paix ;
qu'on prenne de leurs dernières années
des soins respectueux, que la cordialité
règne entre les amis , entre les égaux;
qu'on traite avec douceur, avec condes-
cendance la tendre jeunesse qui n'a pas
encore acquis toutes ses forces : tel est
le voeu du genre humain,
Où trouver un homme qui soit pour
lui même un censeur sévère, un témoin,
un accusateur, un juge, qui reconnaisse
sa faute, s'appelle lui-même au tribunal
de sa conscience s'avoue coupable, et
,
le corrige ?
Que deux hommes seulement soient
de Confucius: 45
avec moi, je saurai bien trouver entre
eux un maître, et peut-être tous deux
me donneront-ils des leçons. Si l'un est
bon et l'autre méchant je suivrai les
,
vertus du premier ; j'observerai en si-.
lence les vices du second; je me sonde-
rai moi-même, et si je me trouve infecté
de quelqu'un de ses vices t je me corri-
gerai.
L'hommme honnête est toujours pai-
sible égal et tranquille. Toujours le
,
méchant vit dans le trouble, et des dou-
leurs secrètes dévorent son coeur.
Les fonctions de conciliateur sont pré-
férables à celles de juge. Il n'est pas
difficile d'entendre et de juger les plai-
deurs. Mais accorder les hommes entre
eux , prévenir entr'eux les procès et les
haines, voilà ce qui est difficile et glo-
rieux.
Quond la vertu est respectée, quand
les lois pont en vigueur, il est honteux
de languir dans le repos de la vie privée,
et de ne pas chercher à se rendre utile
'44 Pensées morales
à ses concitoyens. Quand la vertu fuit,
et que les lois se taisent, c'est un op-
probre de se conformer au tems et de
,
chercher les richesseset les grandeurs.
La constance peut avancer lentement,
mais elle n'interrompt jamais l'ouvrage
qu'elle a commencé, et produit enfin de
grandes choses.
Que celui qui veut se vaincre soi-
même , n'écoute rien qui choque la rai-
son , ne prononce aucune parole qui
blesse la raison , ne se livre à aucun
mouvement dont la raison soit offensée.
Accumulez toujours en vous de nou-
vdles vertus ; ne vous contentez jamais
de celles que déjà vous avez acquises.
Se déclarer une guerre opiniâtre, com-
battre ses défauts nuit et jour, ne pas
s'oublier soi même pour rechercher oisi-
vement et témérairement les défauts des
autres voilà ce que j'appelle habiter en
,*

effet avec soi ; voilà ce que j'appelle en


effet se corriger.
Chérir les hommes, les renfermer tous
de Confucius: 45
en quelque sorte dans son sein , telle
est la véritable piété. Les cçnnaitre, telle
est la véritable prudence
Mais s'il faut aimer tous les hommes
,
me demandera t-on, que sert de les con-
naître , et de discerner les bons des mé-
dians ? Aimez tous les hommes, ô vous
qui leur commandez ! mais que les
hommes honétes soient seuls accueillis;
que le3 médians soient néi;li^és : vous
verrez bientôt ceux-ci devenir vertueux.
Le sage se fait des amis par sa sagesse.
Ses amis l'aident à leur tour et lui
,
rendent plus facile le chemin de la per-
fection.
Avertissez avec douceur votre ami qui
s'égare ; remettez-le dans la bonne route
dont il s'est écarté; mais si vos soins sont
inutiles, si lui-même s'obstine à sa perte,
ne vous rendez pas ridicule pat une vaine
importunité.
46 Pensées morales

10.
PENSÉES MORALES
DE CONFUCIUS.
CHAPITRE CINQUIEME.-'

J E place aux premiers rangs de la so*


ciété les hommes qui , dans les grands
emplois répondant à l'espoir de la na-
,
tion , ont horreur de l'apparence môme
de la bassesse et de l'iniquité.
Je mets au second rang ceux qui mé-
ritent l'estime de leurs proches et de
eurs égaux.
Je donne enfin la troisième place à ces
hommes honnêtes qui, contensdans leur
obscurité, se livrent uniquement aux oc-
cupations qui leur sont propres et met-
,
tent tous leurs soins à s'en bien acquitter.
Leur esprit est borné , leurs talens sont
ordinaires mais ils ne nuisent à per-
,
sonne , et se donnant tout entiers à ce
'de Confucius» 47
qui leur convient , ils méritent des
éloges.
Ne vous hâtez pas d'approuver
l'homme qui est aimé du peuple, ni de
condamner celui qui en est haï ; mais
regardez comme un sage celui qui est
aimé des bons et haï des médians.
Le sage jouit delà plus profonde paixî
mais il ne connaît pas les vains plaisirs
de l'oigueil. L'insensé s'applaudit à lui-
même; mais il ne connaît pas la paix de
'l'aine parce qu'il ne connaît pas la
,
vertu.
Il est d'une grande ame de repousser
les injures par les bienfaits.
L'homme dune grande ame et solide-
ment vertueux ne demande point à vivre
au détriment de sa vertu; il prodigue
Iméme sa vie pour mettre à sa vertu le
'd.rnier sceau.
l
Le saj;e aime la société ; mais il ne se
!; laisse pas emporter dans le tourbil on.
Il est constant, et non pas opiniâtre.
Un homme entêté est près du prtci-,
48 Pensées morales f
pice ; et on ne l'avertit pas, parce qu'on |
sait qu'il reçoit impatiemment les avis, |
Il tombe ; et on ne le retient pas , parce |
qu'on sait que lui-même ;a voulu sa |
chute. I
On trouve de grandes richesses dans I
l'ami droit et sincère, dans l'ami fidèle, 1
et dans ce'ui qui écoute volontiers. Rien I

n'est plus dangereux que l'ami qui j


trompe p \r un ex»érieur composé, l'ami t
lâche et flatteur et l'ami babillard. I
,
11 est pernicieux de mettre sa joie dans j

l'orgueil et la vanité, dans la vie oisive !

et licencieuse , dans les festins et les


voluptés.
Le malheur d'un état n'est pas qu'il soit
pauvre, ni qu'il y ait peu de citoyens , \

mais que la justice ne soit pas exacte-


ment rendue à tous , et que la. paix et
la concorde n'y régnent pas. Qu'on sup-
prime les dépenses inutiles, le luxe im-
modéré ; qu'on rende à chacun ce que
prescrit la justice , il n'y aura pas de !

misère.
,
1
Des
de Confuciiis*' 4$
Des hommes abjects et vils pourront-
ils même avec des talens, servir la pa-
i
trie ? Non, sans doute. Tant qu'iis ne
sent pas élevés aux emplois , ils ne pen-
sont qu'à les obtenir : les ont-ils , ils ne
pensent qu'à ne les pas perdre. Il n'est
rien dont ils ne soient capables pour y
parvenir, ou pour les conserver ; ils no
craindront ni la honte ni le crime.
Conservez un front serein et tran-
quille.
Témoignez par votre maintien de
justes égards À ceux avec qui vous vous
trouvez.
Quand vous agissez donnez tous vos
,
soins à ce que vous faites.
Quand vous parlez soyez sincère et
,
vrai; que votre langue soit l'interprète
lidetle do votre coeur.
Dans les conjonctutes embarrassantes,
examinez bien qui vous devez sur tout
consulter.
Dans la colère,représentez vous forte-
ment les suites funestes delà v ngeauuv.
Q
5o Pensées i7iorales
Dans les moyens de vous enrichir ;
pensez toujours à la justice.
Quand l'homme honnête voit un hom-
me vertueux , il cherche à se conformer
à ce modèle : il sait même profiter du
spectacle du méchant, en cherchant s'il
n'a pas avec lui quelque ressemblance.
Il est des tempéramens à garder, même
avec la vertu. Celui qui veut aimer tous
les hommes et qui ne connaît pas les
,
bornes qu'il faut donner à cet amour,
se laissera emporter à une aveugle impé-
tuosité de bienveillance , et répandra
des bienfaits sans discernement. Celui
qui se pique de prudence, et qui néglige
de consulter, flottera dans une éternelle
incertitude. L'ami de la bonne-foi, de la
sincérité, qui ne voudra pas circonscrire
cette vertu dans de justes limites, et qui
n'aura pas d'égards pour le3 circons-
tances , offensera sans nécessité , et se
nuira souvent à lui-même et aux autres.
Avec là candeur et la haine de toute dis-
simulation on peut, si Ton n'est pas
,
de Confucius. Si
éclairé , se jeter, par sa propre simpli-
cité , ou par des ruses étrangères , dans
mille embarras, dont on ne se tirera que
bien difficilement. Le courabo aveugle
conduit à l'insolence, à la brouillonnerie.
La fermeté , si elle n'est pas modérée
sagement, dégénère en folle opiniâtreté.

II.
PENSÉES MORALES
D'UN ANCIEN SAGE DE L'INDE.
CHAPITRE PREMIER.

Sur les Devoirs individuels:


JicouTE les paroles de la prudence, suis
ses conseils , et rassemble les dans ton
coeur. Ses maximes sont universelles ;
elle est la base de toutes les vertus ; elle
est notre guide dans le cours de la vie.
Donne un frein à ta langue , de peur
C 2
5a Pcnsérs morales
que les mots qui s'en échappent ne nui-
sent à ta tranquillité.
Que celui qui se moque du boiteux ,
prenne garde de ta devenir. Quiconque
parle avec plaisir des défauts des autres.,
entendra parler.des siens avec honte.
Une plaisanterie amère est le poison
de l'amitié et celui qui ne peut retenir
,
sa langue vivra dans la peine.
Acquiers les talens convenables à ta
condition; ne dépense pas tout ce que
tu possèdes , afin que l'économie de ta
jeunesse puisse te soulager dans ta vieil-
lesse.
L'avarice est la mère des mauvaises
actions ; mais la frugalité est la sûre gar-
dienne de nos vertus.
Que tes amusemens ne soient pas dis-
pendieux, de peur que tu ne payes un
jour le plaisir par la douleur.
Ne telie point d'amitié avec le méchant.
Instruit par i'expérience des autres ,
apprends à être sage : que leurs défauts
servent à corriger les tiens.
d'un Sage de l'Inde. >
53.
Cependant n'attends pas toujours de
la prudence un succès infaillible ; car
l'insensé n'est pas toujours infortuné ,
ni l'homme sage toujours heureux. Mais
jamais un insensé n'eut une parfaite
jouissance, et jamais un homme sage ne
fut entièrement malheureux.
Fortifie de bonne heure ton esprit par
le courage et la patience, afin que tu'
puisses supporter la peine avec fermeté.
Tel que le chameau qui endure le tra-
vail la chaleur, la faim et la soif au
,
milieu des sables de l'Arabie, et ne suo;
combe pas, un homme de courage
soutient sa vertu dans les périls et le
malheur.
Le bonheur du sage ne dépend pas des
faveurs de la fortune, et en conséquence
il n'est pas épouvanté de sa disgrâce.
Il demeure ferme comme un rocher
dans la mer et le choc des vagues ne
,
l'ébranlé point.
Sa tranquillité allège le poids do se*
C 5
64 Pensées morales
malheurs, et il les surmonte par sa
constance.
Mais la faiblesse de l'homme sans
vertu le livre à la honte.
Tombé dans la pauvreté, il descend
bientôt à la basssesse.
Il ressemble au roseau qui est secoué
par l'haleine du zéphir. Le moindre re-
vers le fait trembler. Au moment du
danger il est embarrassé et confondu.
,
Dans le jour du malheur il est abattu ,
,
et le désespoir brise son ame.
Ce qui fait le bonheur sur la terre,
c'est la sagesse, la paix de l'ame et la
santé.
Si tu possèdes ces biens , et que tu
veuilles les conserver jusques dans la
vieillesse résiste aux attraits de la vo-
,
lupté et fuis ses tentations.
,
La joie qu'elle promet se change en
trisic">se et ses plaisirs conduisent aux
,
maladies et à la mort.
Observe ceux qui se sont laissés en-
iraincr à ses séductions, Les courts ins-
d'un Sage de l'Inde. 55
tans qu'ils ont passés dans la débauche
sont suivis des jours sombres durepen-,
tir. Leurs goûts sont blasés ; ils sont
abrutis. Les disciples de la volupté sont
devenus ses victimes : sort funeste, mais
justes, établi par Dieu dans l'ordre des
choses pour la punition de ceux qui
,
abusent de ses bienfaits.
Ah ! fuis la volupté , ferme l'oreille à
sa voix enchanteresse. La honte , les
maladies le besoin et le repentir l'ac-
,
compagnent, tandis que la santé brille
sur les joues de l'innocence , la gaieté
règne dans son coeur, une joie modeste
parait dans ses yeux.
La santé est le partage de ceux qui
joignent l'exercice à la tempérance.
La vigueur fortifie leurs membres et
,-

le travail fait leurs délices pendant tout


le jour.
Ils maîtrisent leurs passions, ils domp^
tent leurs mauvaises habitudes.
Leurs plaisirs sont modérés, et ils en
jouissent mieux.
C 4
66 Pensées morales
Leur sang est pur , leur esprit serein ;
leur repos est court, mais profond et
tranquille.

12
PENSÉES MORALES
D'UN ANCIEN SAGE DE LTNDE.

Continuation du chapitrepremier, sup


les devoirs individuels,

VJAROE-TOI de te vanter de ta sagesse/


et de te glorifier de tes connaissances.
Le premier pas vers la sagesse est de
savoir que tu es ignorant ; et si tu ne
veux^passer dans l'esprit des autres pour
un insensé, n'aie pas la folie de paraître
sage dans ta propre opinion.
Comme un vêtement simple est celui
qui donne le plus d'éclat a la beauté, un
air décent est le plus bel ornement de
la sagesse. \
d'un Sage de l'Inde. 5y
Le langage d'un homme modeste
donne du lustre à la vérité, et sa défiance
de lui même excuse ses erreurs.
Ne se fiant pas à sa propre sagesse ;
il pèse les conseils d'un ami, et sait en
profiter.
Il ferme l'oreille à la louange ; et ne
la croit pas. Il est le dernier à découvrir
ses bonnes qualités.
De même qu'un voile ajoute à la beau-
té ses vertus sont relevées par l'ombre
,
que sa modestie étend sur elles.
Considère l'homme vain et observe
,
l'arrogant ; il se couvre de riches habille-
mens , se montre dans les lieux les plus
fréquentés, y promène ses regards de
tous côtés, pour attirer sur lui, s'il était
possible, tous ceux de la foule qui l'enï
toure.
Il regarde avec dédain le malheureux;
il traite ses inférieurs avec insolence ;
mais ses supérieurs paient du mépris
son orgueil, et rient de sa folie.
Il rejette le jugement des autres, n'agit
C 5
58 Pensées morales
que d'après le sien , et se trouve con-
fondu.
Bouffi de vanité, son plus grand plai-
sir e?.t de parler de lui, et de ramener
à lui tous le<t discours.
Il dévore les louanges et le flatteur
,
vit à ses dépens.
Emploie le tems présent sans trop
,
compter sur l'avenir.
Cet instant seul est à toi. Le suivant
est dans le sein de l'avenir, et tu ne sais
pas ce qu'il peut amener.
Fais promptement ce que tu as résolu
de faire ; ne diffère pas jusqu'au soir ce
que tu peux exécuter, le matin.
La vigilance chasse la misère ; la pros-
périté et le succès accompagnent Vin-
dustrie»
L'homme heureux est celui qui ban-
nit la paresse de sa maison, et qui a dit
à l'oisiveté : Tu es mon ennemie.
Il se lève de grand matin ; il fortifie
son esprit p.u la méditation, et son corps
d'un Sage de l'Inde. 5Q
par le travail, et conserve la santé de
tous deux.
Le paresseux est à charge à lui-même ;
les heures pèsent et s'écoulent lente-
ment sur sa tête; il s'amuse et ne sait
quoi faire.
Ses jours disparaissent commeJ'ombre
d'un nuage qui ne laisse après lui au-<
,
cune trace de son existence.
Son corps est la proie des infirmités
causées par le défaut d'exercice ; il sou-
pire après le mouvement, et il n'a pas
la force de se remuer. Son esprit est dans
les ténèbres ,ses pensées sont confuses/
il désire de savoir, mais il ne peut s'ap^
pliquer.
Sa maison est dans le désordre ; il
court à sa ruine ; il le voit, il souhaite
la réforme, mais il n'a pas assez de fer-
meté pour l'exécuter. 11 dort en paix ,
jusqu'à ce que sa mi^e éclate tout-à-
coup ; et la honte et le repentir descen-
dent avec lui dans le tombeau.
Garde- toi des folies de l'ambition et
C 6
6o Pm.'.ézs viorales
des tourmens de l envia ; ivaî.s qit'uns
sage émulation dirige sans cesse tes ef-
forts vers un but utile.
Le chêne qui étend au loin ses bran-
ches a commencé par n'être qu'un
,
gland dans le sein de la terre,
Tâche d'être le premier dans ta pro-
fession quelle qu'elle soit : ne te laisse
,
surpasser par personne pour faire le
bien. N'envie pas néanmoins les talens
d'un autre ; mais perfectionne le3 tiens.
Dédaigne l'art d'abaisser ton concur-
rent par d'indignes manoeuvres ; ne
cherche à t'élever au dessus de lui que
par la supériorité du mérite.
Animé par l'émulation l'homme s'é-
,
lève comme le palmier, en dépit de
,
l'oppression.
Les exemples des hommes vertueux se
retracent dans ses songes , et son seul
plaisir est de les suivre à son réveil.
Mais le coeur de l'envieux n'est que
fiel et qu'amertume \ sa langue distille;
d'un Sage de l'Inde. 6ï
le venin ; les succès do son voisin trou-
blent fon repos.
Il médite tristement dans sa maison ;
et le bien qui arrive aux autres est un
mal pour lui,
La haine et la méchanceté rongent son
coeur, et il ne trouve aucun repos dans
lui-même.
Il n'éprouve aucun amour pour le
bien et juge son voisin d'après lui.
,
Il s'efforce de déprimer ceux qui le
surpassent, et n'interprète que mécham-
ment toutes leurs actions.
N'envie à qui que ce soit le bonheur
apparent dont il jouit; car tu ne connais
pas ses peines secrètes.'
Le pauvre ne voit pas les tourmens du
riche ; il ne sent pas les embarras ni les
désagrémens de la puissance ; il ne con-
naît pas le fardeau de l'oisiveté : et voilât
pourquoi il se plaint de son partage.
Si tu sens le mal-aise, la source en est
presque toujours dans ta folie, dans ton
orgueil, dans ton imagination égarée.
62 Pensées morales
Si, avec les faveurs de la fortune, tu
conserves la justice, la tempérance, la
charité et la modestie tu ne seras pas
,
malheureux, quoique riche ; mais tu ap-
prendras qu'un bonheur pur et sans
mélange n'est accordé clans cette vie à
aucun mortel, et qu'on ne peut y par-
venir qu'après avoir rempli la carrière
de vertu que Dieu nous a ordonné de
parcourir.

x3-
PENSÉES MORALES
D'UN ANCIEN SAGE DE L'INDE.
CHAPITRE SECOND.

Sur les Devoirs de famille.


IJOIS reconnaissant envers ton pire ,
car il t'a donné la vie; sois-le pour ta
mère , car elle t'a porté dans son sein.
• Ecoute les paroles qui sortent de leur
d'un Sage de l'Inde. 65
bouche, car ils te parlent pour ton bien ;
écoute leurs conseils , ils sont dictés par
l'amour.
Ils ont veillé pour ton bonheur , ils
ont travaillé pour ton bien-être ; honore
donc leur âge , et ne souffre pas que
leurs cheveux gris soient traités avec
irrévérence.
Rappelle-toi les faiblesses de ton en-
fance les égaremens de ta jeunesse, et
,
supporte les infirmités de tes parens
dans leur vieillesse.
Assiste les, soutiens-les sur le déclin
de leurs jours.
Ainsi leur tête blanchie descendra en
paix dans la tombe, et tes enfans imi-
tant ton exemple te récompenseront de
ta piété par un amour filial.
Que les liens de l'affection t'unissent
avec tes frères, afin que la paix et le
bonheur puissent habiter la maison pa-
ternelle.
Lorsque tu seras séparé d'eux dans le
monde, souviens-toi de ces liens, et ne
64 Pensées morales
préfère pas un étranger à ton propre
sang.
Si ton frère est dans l'adversité, vole
à son secours ; si ta soeur est danalla
peine, ne l'abandonne pas.
Ainsi la fortune de ton père contri-
buera au soutien de toute sa race et
,
ses soins seront continués pour vous
tous, même après sa mort , par votre
attachement l'un pour l'autre.
Et toi, vierge timide, prête l'oreille
aux instructions de la prudence, et que
les préceptes de la vérité se gravent pro-
fondément dans ton coeur. Alors les
charmes de ton esprit ajouteront un
lustre à ta beauté, et semblable à la rose
elle conservera sa douceur, lors même
que son éclat sera flétri.
Dans le printems de ta jeunesse , au
matin de tes jours , quand les yeux des
hommes se fixeront sur les tiens avec
délices, écoute avec précaution leur lan*
gage séducteur ; garde bien ton coeur ^
d'un Sage de l'Inde. 65
et qu'il ne s'enivre pas de leurs douces
flatteries.
Souviens-toi que tu fus faite pour être
la compagne raisonnable de l'homme, et
non pas l'esclave de ses passions.
Souviens-toi, quand tu auras uni ta
destinée à celle d'un époux, que la fin
de ton être est de l'assister dans les fati-
gues , de l'encourager par ta tendresse,
et de récompenser ses soins par de dou-
ces caresses.
Quelle est celle qui gagne le coeur de
l'homme et règne dans son sein ?
La voici :
Elle marche avec timidité; l'innocence
est dans son ame, elle se peint dans ses
yeux; la simplicité et la vérité reposent
dans son coeur ; la modestie brille sur ses
joues.
Sa main cherche le travail, et ses pas
ne volent point après les vains plaisirs.
Vêtue avec propreté elle se nourrit
,
avec sobriété ; la douceur du miel coule
de ses lèvres j la décence règne dans,
66 Pensées morales
toutes ses paroles ; la candeur et la vérité
brillent dans toutes ses réponses.
La soumission et l'obéissance sont les
leçons de sa vie ; la paix et le bonheur
sont sa réconin*R«e.
La prudence marche devant elle ; la
vertu l'accompagne.
Son regard doux a le langage de la
tendresse mais la pudeur est placée
,
sur son front.
La langue de l'homme licencieux est
muette devant elle ; le respect pour sa
vertu lui commande le silence.
Son coeur est l'asyle de la bonté; elle
ne soupçonne pas le mal dans les autres.
Heureux 1 homme qui l'a pourépouse!
Heureux l'enfant qui l'appelle sa mère!
Elle préside dans sa maison, et la paix
y règne ; elle commande avec jugement,
et elle est obéie.
Elle se lève de bonne heure ; elle visite
sa maison, et donne à chacun l'occupa-
tion qui lui convient.
Le soin de sa famille est son plaisir
d'un Sage de l'Inde. 6y
unique ; lui seul fixe son attention i l'or-
dre et la simplicité se rencontrent dans
sa demeure.
La prudence de sa conduite fait l'hon-
neur de son mari, et il entend ses louan-
ges dans un silence délicieux.
Elle forme l'esprit de ses enfans à la
sagesse ; et son exemple y grave les bon-
nes moeurs.
Ses paroles sont la loi de leur jeunesse;
un seul de ses regards commande leur
obéissance.
Dans la prospérité , elle n'est point
enflée d'orgueil ; dans l'adversité elle
,
guérit les plaies de la fortune par la
patience.
Les peines de son mari sont allégées
par ses conseils, et adoucies par ses ca-
resses ; il dépose son coeur dans son sein,
et reçoit des consolations.
Chéris-la, toi qui es son mari, comme
une i énédiction envoyée du ciel ! que
la douceur de ta conduite te rende cher
à son coeur.
68 Pensées m orales
Elle partage tes inquiétudes J qu'elle
partagé aussi tes plaisirs. Reprends ses
fautes avec bonté ; n'exige pas sa sou-
mission avec rigueur.
Dépose ton secret dans son sein : ses
conseils sont sincères tu ne seras pas
,
trompé.
Respecte la foi conjugale : ton bonheur
et le sien en dépendent.
Si la douleur ou la maladie l'accablent,
que ta tendresse adoucisse son affliction.
Considère la délicatesse de son sexe j
la fragilité de son corps et ne sois pas
,
trop sévère pour ses faiblesses ; mais
souviens-toi de tes propres imperfec-.
tions. •

Quand le ciel t'aura donné un enfant,


considère l'importance de ce dépôt ; il
est de ton devoir de soutenir l'être que
tu as produit ; c'est de toi que dépend
son sort.
C'est de toi qu'il dépend d'en faire
l'appui ou le fléau de tes jours, un mem-
bre utile à la société, ou indigne d'elle.
'd'un Sage de l'Inde, 6g
Prépare-le donc, en l'instruisant dès
son enfance, et fais- lui goûter de bonne
heure les maximes de la vérité.
Epie le moment où doivent naître ses
inclinations ; conduis-le bien dans sa
jeunesse , et ne laisse pas les mauvaises
habitudes accroître et se fortifier avec
les années.
Un fils méchant est un reproche per-
pétuel pour son père mais celui qui se
,
comporte bien fait honneur à ses che-.
veux gris.
Apprends-lui à obéir, et il te bénira ;
apprends-lui à être modeôte, et il ne sera
jamais confondu.
Apprends lui à être reconnaissant, et
on s'empressera de le combler de bien-
faits ; apprends-lui à être charitable, et
il sera chéri de tout le monde.
Apprends - lui la tempérance et il
,
jouira de la santé ; enseigne lui la pru-i
dence, et la fortune le suivra ; apprends-
lui à être juste et le monde l'honorera;
,
qu'il soit sincère, son coeur ne lui repro*
^o Pensées morales
chera rien ; apprends-lui à être vigilant,
et son bien augmentera.
Apprends- lui à être bienfaisant, et son
esprit sera élevé ; instruis-le dans les
sciences, et sa vie sera utile ; fortifie en
lui les principes de la religion et de la
morale, et il sera toujours heureux.

14.
PENSÉES MORALES
D'UN ANCIEN SAGE DE L'INDE.
CHAPITRE TROISIEME.

Sur les Devoirs sociaux.


rri
J nourriture, ton habillement, les
A
commodités de ta demeure ta sûreté
, ,
tes consolations, tes plaisirs , tu dois
tout à l'assistance des autres, et tu ne
peux en jouir que dans la société.
11 est donc de ton intérêt d'être juste
d'un Sage de l'Inde. 71
et sociable envers les autres , afin que
les autres le soient envers toi.
De la justice dépendent la paix de la
société et le bonheur des individus k qui
elle assure la jouissance de tous leurs
droits.
Restreins les désirs de ton coeur dans
les bornes de la modération ; que la jus-
tice les arrête clans leur essor.
Ne jette pas un oeil d'envie sur Îe3
biens de ton voisin. Quelle que soit sa
propriété qu'elle soit sacrée pour toi.
,
Ne le diffame pas ; n'invoque pas la
voix d'un faux témoin contre lui.
N'engage pas son serviteur à le trom-
per ou à le quitter , et ne cherche pas à
séduire sa femme.
Ce serait pour son coeur une peine que
tu ne pourrais jamais réparer.
Conduis tes affaires avec droiture et
équité.
Sois fidèle à ta promesse, et ne trompa
p*s l'homme qui compte sur toi.
Quand tu Yends pour gagner , écoute
^a Pensées ??iorales
.
la voix de ta conscience, et sois satisfait
d'un' gain modéré. Ne tire pas avantage
de l'ignorance de l'acheteur.
Paie exactement tes dettes ; car celui
qui t'a donné crédit, compte sur ta pa-
role et ce serait une bassesse et une
,
injustice de le tromper.
Examine ton coeur, appelle ta' mé-
moire à ton secours ; si tu te trouves
coupable d'avoir violé aucua de ces pré-
ceptes , sois-en honteux , et répare tes
fautes promptement et autant qu'il est
en ton pouvoir.
Ne te borne pas à ne point faire aux
autres d'injustice ; fais encore pour eux
ce que tu voudrais qu'ils fissent pour toi.
Heureux l'homme bienfaisant !
Semblable à une source intarissable,
son coeur produit naturellement et sans
cesse des actions utiles à ceux qui l'en-
tourent , à sa patrie, au genre humain.
H jouit de la tranquillité de sa cons-
cience ; ii jouit encore du bonheur et de
la prospérité des autres.
Les
d'un Sage de F Inde, 7*3
Les fautes et les malheurs des hommes
l'affligent , mais il ne cesse pas de les
aimer.
Son désir est de faire le bien, et il en
cherche les occasions ; en soulageant son
semblable il se soulage lui-même.
,
Son ame sublime embrasse , dans ses
voeux, le bonheur de tous les hommes ,
et son coeur généreux s'efforce de le leur
procurer.
Une censure pas son voisin ; il n'ouvre
pas l'oreille à la médisance ; il ne croit
pas les insinuations de l'envie et de la
méchanceté, et ne répète pas leurs ca-
lomnies.
Il pardonne les injures et les bannit de
son souvenir ; la vengeance et la haine
' n'ont pas de place en son coeur.
Il ne rend pas le mal pour le mal ; il
paie les injustices de ses ennemis par la
bienveillance.
Les peines et les inquiétudes de ses
frères excitent sa compassion ; il tâche
d'alléger le poids de leurs maux, et la
D
^4 Pensées ?n orales
plaisir du succès est la récompense de
ses efforts.
Il calme le furieux ; il appaise les que*,
relies des hommes irrités, et prévient les
malheurs qu'entraînent la dispute et
l'animosité.
Il fait fleurir dans son voisinage la paix
et la bienveillance , et l'on ne prononce
son nom qu'en l'accompagnant de louan-
ges et de bénédictions.
Indépendamment de la justice et de la
bienfaisance} la reconnaissance et la sin-
cérité sont des devoirs de la vie sociale.
Comme un fleuve rend à la mer les
eaux qu'elle n fournies à sa source , de;
même l'homme vertueux s'empresse de
rendre les bienfaits qu'il a reçus.
Il reconnaît son obligation avec plai-
sir; il regarde son bienfaiteur av„oc amour
et estime» S'il n'est pas en son pouvoir
de rendre le bienfait, il en nourrit soi-
gneusement le souvenir dans son coeur,
et chaque jour de sa vie le lui rappelle.
Le coeur d'un ingrat est semblable à ui.
d'un Sage de lin de, 75
désert de sable, qui engloutit avec avi-
dité , dans son sein stérile , les pluies que
le ciel envoie.
N'envie pas le sort de ton bienfaiteur;
n'essaie pas de cacher ses bienfaits : car
quoiqu'il soit plus flatteur d'obliger que
d'être obligé , quoiqu'un irait de géné-
rosité commande l'admiration , la recon-
naissance a aussi son mérite ; elle touche
le coeur, et est agréable h Dieu et aux
hommes.
Mais ne reçois pas une faveur de la
main de l'orgueilleux; ne contracte au-
cune obligation envers l'avare. La vanité
de l'orgueil t'exposerait à la honte, et la
cupidité de l'avarice ne serait jamais su».
tisfaite.
O toi, que les charmes de la vérité
favissent! toi, que son air naïf et simple
enchante, jure-lui une fidélité inviolable,-
et ne l'abandonne jamais ; la constance
de ta vertu te couronnera de gloire.
La langue de l'homme sincère a sa ra-
cine dans son coeur ; l'hypocrisie ni l'im-»
D a
76 Pensées morales
posture ne dictent jamais ses paroles.
Il soutient en homme la dignité de son
caractère, et il a un profond mépris pour
les artifices de l'hypocrisie.
Il est toujours d'accord avec lui-même
et n'est jamais embarrassé. Il parle avec
assurance le langage de la vérité, mais
il tremblerait pour mentir.
Sa sincérité ne lui fait pas oublier les
lois de la prudence et de la discrétion.
Il conseille avec amitié; il reprend avec
liberté, et quelque chose qu'il promette,
*1 l'accomplit exactement!

Mais le coeur de l'hypocrite est caché;


il masque ses paroles de l'apparence de
la vérité , pendant que tromper est l'u-
nique occupation de sa vie,
Il rit dans la peine ; il pleure lorsqu'il
se réjouit intérieurement, et ses paroles
sont toujours équivoques,
Il travaille clans l'obscurité comme la
taupe , et s'imagine qu'il est en sûreté;
mais la lumière paraît tout- à coup, et il
d'un Sage de l'Inde 77
est exposé à tous les regards, la face
couverte d'opprobre.
Il traîne ses jours dans une contrainte
perpétuelle ; sa langue et son Coeur sont
toujours en contradiction.
Il voudrait passer pour un homme
droit, lorsqu'il n'est que malice au de-
dans de son ame qu'artifice au-dehors.
,
L'insensé ! avec les peines qu'il prend
pour cacher ce qu'il est, il deviendrait
aisément ce qu'il veut paraître. Il en
coûte moins pour être réellement ver-
tueux, que pour conserver le masque de
la vertu. Les enfans de la sagesse se mo-
queront de sa duplicité , et lorsque le
masque tombera, le doigt de la dérision
le montrera à tous les yeux pour le
,
Youer à l'opprobre.

D3
78 Pensées morales

*5-
PENSÉES MORALES
D E

DIVERS AUTEURS CHINOIS.


CHAPITRE PREMIER.

ABONNEZ votre confiance aux gens de


bien, et rompez tout commerce avec les
hommes corrompus.
Pensez avant que d'agir; et ne corn-'
mencez rien sans avoir bien consulté les
circonstances.
On étouffe les vertus qu'on a, quand
:
on croit en avoir assez ; et l'on perd le
fruit de ses bonnes actions, quand on les
vante soi- même.
On s'éclaire en instruisant les autres.
Celui qui s'applique à donner aux autres
des préceptes, fait lui même des progrès
dont il ne s'apperçoit pas d'abord.
des auteurs chinois. 79
On a mal parlé de vous : que vous ser-
vira de vous irriter? Unissez-vous plutôt
à vos censeurs ; reprochez vous à vous-
même les fautes qu'on vous impute , et
faites des efforts pour devenir plus ver-,
tueux.
N'ayez ni aversion ni mépris pour le3
,
esprits bornés ; n'exigez pas qu'un hom-
me soit parfait en tout.
Il n'est pas difficile de reprendre dans
les autres ce qu'ils ont de vicieux : la
difficulté est de recevoir les avis et le3
réprimandes des autres, sans les laisser
couler comme l'eau.
Une fois accoutumé à l'obéissance fi-,
liale il est bien rare qu'on désobéisse
,
aux magistrats ; et quand on respecte les
magistrats , on ne trouble jamais l'Etat
par des factions.
Aimez-Yous les sages et les hommes
honnêtes respectez-vous vos pnrens
, ,
êtes-vous prêt à donner votre sang pour
votre patrie ? ce n'est pas tout encore.
Connaissez vous les devoirs de l'amitié,
D4
Co Pensées morales
craignez-vous de ne les pas observer,
êtes-vous vrai dans vos discours, de
bonne-foi dans vos actions ? vous êtes
savant , quand YOUS n'auriez fait d'ail-
leurs aucune étude.
De la chaleur du sang naît une valeur
machinale et désordonnée. Le véritable
courage est dirigé par la raison,
Si YOUS doutez de la justice d'une ar>;
tion, il faut vous en abstenir.
On aime la gloire, on craint la honte;
et cependant on ne résiste pas au vicey
C'est se loger au milieu d'un marais ,
quand on craint l'humidité.
Les anciens sages , les personnages
illustres dont les grandes qualités éton-
t
nèrent quelquefois l'univers , n'étaient
cependant que des hommes. Ne puis-je
pas les imiter, devenir leur égal? Pour-
quoi regarder leur gloire d'un oeil timide,-
lorsque je puis m'élever jusqu'à leurs
vertus ?
Il existe , il doit exister deux sortes
d'hommes. Les uns fatiguent leur esprit,
des auteurs chinois, 81!
et les autres leurs bras ; ceux-ci ont be-s
soin d'être conduits , et les autres diri-î
gent. Les premiers reçoivent des autres
la subsistance, et les seconds la leur pro-
curent. Tel est le fondement delà socié-
té. Si personne n'éclairait, ne conduisait
le peuple, que deviendrait le genre-*
humain ?
Tout se fait dans la société par des
échanges mutuels. Le laboureur donne
du blé au tisserand, et il en reçoit de la
toile. L'architecte vous bâtit une maison,
et par le prix que vou3 accordez à ses
travaux, il pourvoit à ses besoins , il
soutient sa famille. Le sage, par son
exemple et par ses leçons, communique
aux autres la sagesse : lui envierez-vous
les récompenses qu'il reçoit en échange?,
Si votre fils n'entend que de* paroles
honnêtes s'il ne voit que des actions
, ;
vertueuses, il ne pourra se plonger dans
le vice ; et quand il le voudrait chercher y
il n'en trouverait pas le chemin.
L'amour de ses semblables est l'asyle.
D5
8s Pensées morales
de l'homme et l'équité, le vrai chemin
,
qui le conduit au bonheur. Quitter un
asyle sûr, abandonner le meilleur che-
min , n'est-ce pas une folie digne de
pitié ?
Vous aimez à publier les défauts d'au-
trui : puissiez-vous prévoir les chagrins
que vous vous préparez à vous-même !

16.
.PENSÉESMORALES
D E
DIVERS AUTEURS CHINOIS.
CHAPITRE SECOND.

JLI'HOMMB n'est distingué des autres


animaux que par l'intelligence. Quel-
ques-uns la cultivent, le plus grand
nombre la néglige. Ils semblent vouloir
renoncer à ce qui les sépare de la brute.
Il ne suffit pas que l'homrne nourrisse
des auteurs chinois. 85
son corps ; il doit se nourrir tout entier ,;
et sur-tout alimenter son intelligence ,
qui est la pins belle partie de lui-même.:
Si les hommes cherchent la vertu ib
,
sont sûrs de la trouver ,• mais ils aiment
bien mieux chercher les richesses et les
honneurs qui dépendent des autres et
, ,
que peut-être ils n'obtiendront jamais.
L'horreur du mépris et de la pauvreté *
l'amour des honneurs et des richesses
,
voilà ce qui aveugle les hommes, O vé-.
ritablement sage celui que les honneurs
ni l'abjection ne peuvent détourner un
instant du juste et de l'honnête !
C'est peu de commencer à chercher
la vertu, il faut finir. Ainsi le merce-
naire qui creuse un puits , s'il s'arrête
sans trouver l'eau , après avoir fouillé
quelques toises , a perdu son tems et sa
peine.
Les grands hommes et les sages doit»?
nent, du fond de leurs tombeaux, de
grandes et utiles leçons à la postérité. Ita
ont cessé de Vivre ; niais leurs ouvrages
- D 0
84 Pensées morales,
et leurs exemples ne sont point sujets- à
la mort, et ils seront encore les maîtres
des siècles à venir.
Le vrai moyen de conserver un coeur
pur , c'est de prescrire des bornes à ses
désirs. Alors , si l'on s'écarte quelque
tems du sentier de la vertu, on y ren-
trera bientôt.
Ne dites jamais : Cette faute est légère,
je puis me la permettre sans danger.
Faire du bien à ceux qui ne peuvent
payer de retour, c'est amasser un trésor
de vertu, qui n'en est pas moins riche
pour être caché. C'est quelquefois pré-
parer un riche héritage à ses enfans.
Combien de fois on dissipe, pour un
plaisir d'un instant, ce qui pourrait ar-
racher à la mort des centaines d'infor-
tunés !
Vous ayez tort de mériter des répri-
mandes t vous avez un nouveau tort de
ne savoir pas les supporter.
Celui qui promet légèrement, est sou-
vent obligé d^ manquer à sa parole, et
des auteurs chinois. 85
se rend indigne de toute confiance. Mais
sur-tout ne YOUS fiez jamais à l'homme
qui dit lepour et le contre sur une même
affaire.
On m'attribue une mauvaise intention:
eh ! que m'importe si je ne l'ai point
,
en effet ? On m'attribue une action con-
damnable : eh f pourquoi m'affliger, si
j'en suis innocent ? L'opinion des autres
peut-elle me dépouiller de ma vertu ?
Accorder un bienfait, et en exiger en-
suite du retour , c'est rétracter le bien
qu'on a fait, et en perdre le mérite.
Quand j'entends dire du mal d'autrui,
dit un poëte, j'éprouve la même dou-
leur que me causeraient des épines ai-,
guës qui me perceraient le coeur ; mais
quand j'entends dire du bien de quel-
qu'un je sens le même plaisir qu'exci-
,
terait en moi l'odeur la plus suave des
fleurs.
Où le coeur doit-il chercher la paix?
Ce n'est pas dans la haute fortune; ce
n'est pas dans les plaisirs, S'ils durent
86 Pensées morales
long-tems ils nous lassent, et la satiété
,
va jusqu'au dégoût. Dans les grandes
places on désire la retraite ; dans les
,
grandes fète3 le repos. Il n'est que la
,
sagesse, qu'on aime d'autant plus, qu'on
y fait plus de progrès.
11 y en a qui gémissent de n'avoir pas

assez de bien ; qu'ils gémissent plutôt de


ne pas savoir se contenter du néces-»
saire.
En passant d'une humble condition à
des postes élevés, il ne faut ni oublier
les bienfaits qu'on a reçus, ni se ressou*
venir des injures.
Vieillir être malade et mourir, voilà
,
ce qu'on craint le plus dans la vie. Les
richesses n'apportent point de remède à
tout cela. Mais , par elles , souvent on
vieillit plutôt ; on tombe plus souvent
malade, et l'on parvient plutôt à la mort.
Ce qu'il faut pour se nourrir , se lo-
ger , se vêtir, est bien peu de chose. On
désire le reste pour se conformer au goût
des autres > ou pour les éblouir^
des auteurs chinois. 87

PENSÉES MORALES
b E -

DIVERS AUTEURS CHINOIS.


CHA.PITE TROISIEME;

jM'écRiVEZ pas dans l'émotion de la


colère. Un coup de langue est souvent
plus dangereux qu'un coup de poignard?
que ce sera-ce d'un coup de plume ?
Un bon livre, un bon discours peuvent
faire du bien ; mais un bon exemple
parle bien plus éloquemment au coeur.
On vous propose des honneurs du
,
profit : ne demandez pas si ces honneurs
sont grands, si ce profit est considérable»
mais si la chose est juste.
L'homme consume sa vie dans de vain»
projets. 11 espère il travaille t il s'agite*
>
88 Pensées, morales
pour le lendemain, jusqu'à ce qu'il n'y
ait plus de lendemain pour lui.
Peu de gens périssent par le poison,
et cependant il fait horreur.' Les délices
de la volupté tuent des hommes sans
nombre, et personne ne les redoute.
Ne recherchez pas trop sévèrement les\
fautes de l'homme qui se distingue par
de grands talens ou de grandes vertus.
Un diamant a-t-il quelques défauts ? il
est encore bien plus précieux qu'une
pierre commune qui n'en a pas.
Vous voulez attendre que vous ayez
du superflu pour soulager les pauvres... 1

Ah, malheureux I vous ne les soulagerez


jamais.
Le devoir du père est de corriger les'
défauts de ses enfans : le penchant de la
mère est de les excuser. Le père doit les
corriger, mais sans trop de rigueur : la
mère doit compatir à leur faiblesse, mais
sans trop de complaisance.
Instruisez l'enfance dès que son es-
,
prit devient capable d'instruction j mais
des auteurs chinois.' 8ç)
ménagez sa faiblesse, et sachez vous ac-
commoder à sa raison naissante.
Négliger l'éducation des filles, c'est
préparer la honte de sa propre famille7
et le malheur des maisons dans lesquelles
elles doivent entrer.
Les liens qui unissent le père à ses
enfans le frère à ses frères les amis à
, ,
leurs amis, les citoyens à leurs conci-
toyens , ont été précédés des noeuds qui
attachent l'époux à l'épouse. Rien n'est
plus sacré que cette union ; et du bon
ordre qui y règne, résulte celui de toute
la société.
Si, dans la pauvreté, en n'est point
frappé de la pompe des riches on ne
,
sera pas, dans la fortune, enorgueilli de
sa propre grandeur. Si, dans la fortune,
on ne détourne point ses regards du
malheureux, on ne sera pas abbattu par
l'adversité.
Vous regardez d'un oeil d'envie les ri-j
chdsses de3 autres; mais ces vains désirs
ne YOUS enrichiront pas ; ne vaudrait-il
90 Pensées morales
pas mieux fermer votre coeur à cette
folle cupidité ? Vous nourrissez la vo-
lonté de nuire à votre ennemi ; mais
cette impuissante volonté ne lui nuit
pas : ne vaudrait-il pas mieux lui par-
donner de bonne foi.
Celui-là jouit de la véritable richesse j
qui sait mesurer ses dépenses à ses re-
venus.
L'intrigant a quelquefois de grands
succès; mais il est sujet à de grands re-
vers. L'homme droit et sans ambition
fait rarement une grande fortune, mais
il craint peu les grands désastres.
N'entretenez pas de votre bonheur
l'homme qui vient d'éprouver une dis-
grâce.
Mortels appliquez-vous d'abord h
,
vous connaître : parlez ensuite des dé-
fauts d'autrui.
L'homme qui estime trop les richesses
et les honneurs , fut il un sage, ne so
défendra pas long tems de la corruption
du siècle.
des auteurs chinois. tf&
Nous sommes maîtres de ne point
donner de prise à la médisance , mais
non d'empêcher les médisans de parler,
Cacher les défauts des autres, et pu-
blier leurs vertus c'est le caractère de
,
l'homme honnête ; c'est le moyen de se
faite aimer.
Le railleur^s'attire toujours quelques
mauvaises affaires, et le grand parleur
'jne manque jamais d'ennemis.
Quand un mot est une fois échappé ,
un char attelé de quatre chevaux ne
pourrait l'atteindre; sachez donc veiller
sur vos paroles.
Si vous n'avez pas exercé de charges
publiques vous ne savez pas combien il
,
est difficile de gouverner le^ peuples. Si
vous n'avez pas eu d'en fans , vous ne
connaissez pas les soins et les sollicitudes
d'un père. Ne parlez jamais légèrement
des devoirs que vous n'avez pas eu l'oc^
en s ion de remplir.
Fier de votre rang , gonflé de votre
science, vous regardez les autres ayeq
ga Pensées morales
mépris. Vous ressemblez à cet enfant,
qui fièrement assis sur un monceau de
neige, s'applaudit de son élévation. Le
soleil darde ses rayons ; la neige se dis-
sout , et le petit orgueilleux tombe dans
la fange.

18.
PENSÉES MORALES

DIVERS AUTEURS CHINQIS.


CHAPITRE QUATRIEME.

JLY ^PRIMER
avec une douce sévérité
les fautes-de sa famille, c'est le moyen
d'y maintenir la paix. Ne point parler
des fautes de ses voisins, c'est le moyen
de vivre avec eux en bonne intelligence/
N'exigez pas, des personnes avancées
en âge, des complaisances qui puissent
des auteurs chinois. çfî
les fatiguer; ni des gens sans fortune ,
des services qui exigent quelque dé-
pense.
Quoique vous ayez raison, si l'on vous
dispute votre droit, et qu'il ne s'agisse
que d'un faible intérêt, cédez. Si la chose
est importante, cherchez de sages ar-
bitres.
Souvent un pied de terre disputé coûte
dix arpen3 en frais de procédure.
Si le riche veut faire du bien le bon-
,
heur qui naît autour de lui s'étend et se
propage. S'il se livre au vice , il va con-
sommer le malheur d'une foule d'infor-
tunés. De grands biens ou de grands
maux accompagnent toujours les gran-.
des richesses.
Un léger secours donné à propos et
dans un besoin extrême vaut mieux que
cent bienfaits mal distribués.
Il n'est personne qui ne cherche à se
rendre heureux; mais parviendra t-on au
bonheur par tous les mouvemens qu'on
f)4 Pensées morales
se donne ? Celui qui sait se contenter est
bientôt satisfait.
N'opposez au fourbe que la droiture,
vous allez voir ses ruses retomber sur
lui-même. Je n'ai jamais vu que la finesse
ait pu tenir long-tems contre la sincérité.
Soyez modeste, on ne se fera pas uno
peine de vous accorder de l'estime; mais.
si vous cherchez vous-même par vos dis-
cours à persuader les autres de votre
mérite , c'est assez pour qu'ils s'obsti-
nent à en douter.
Votre voisin est plongé dans la tris-
tesse : cachez-lui bien vos plaisirs. S'il
entend la joie retentir dans votre mai-
son , il croira que vous insultez à sa
douleur. -
Combattez-vous les défauts de quel-
qu'un ? ne soyez pas trop sévère ; car
vous le rendriez indocile. Si vous l'ex-
hortez à la vertu, ne lui proposez d'abord
rien de trop difficile : ce serait le rebuter
et perdre le fruit de vos leçons.
Vous méditez une affaire. Vous est-
des auteurs chinois; Q&
elle avantageuse sans nuire à personne?
entreprenez-la. N'y trouvez-vous votre
avantage qu'en faisant aux autres du
tort? ayez horreur de votre dessein, Mais
s'il peut être utile aux autres, et ne faire
de tort qu'à vous seul vous l'exécute-
,
rez, si vous avez une grande ame.
Rien n'est plus capable de nous con-
soler dans nos disgrâces que de réflé-,
,
chir sur la situation de tant d'infortunés
qui souffrent encore plus que nou3.
Ceux qui prêchent la Yertu opèrent
rarement le bien qu'ils espéraient. Mais
qu'ils ne se rebutent pas : c'est au tems
à faire mûrir les fruits qui seront dus à
leurs instructions.
t)6 Pensées morales

19.
PENSÉES MORALES
DE THÉOGNIS (1).
rri
J. u ne saurais plaire à tous ceux dont
tu recherches les suffrages. Dois-tu en
être surpris ? Le maître des humains ne
peut lui-même les contenter tous, soit
qu'il féconde la terre en lui prodiguant
le trésor des eaux vivifiantes, soit qu'il
les retienne suspendues dans les airs.
Cultive la vertu ; garde-toi de chercher
dans le vice et l'iniquité la gloire les
,
richesses, la puissance. Se tenir toujours
éloigné de la société des médians, re-
chercher constamment le commerce des
gens de bien c'est avoir beaucoup pro-
,
fité. Mérite de t'asseoir à la table de
ceux-ci ; mérite qu'ils te fassent une

(0 II vivait en Grèce il y a environ i3oo ans.


place
de Théognis, çfî
place auprès d'eux , et rends toi cligne de
plaire aux mortels qui réunissent les
vertus à la puissance. Avec les bons , tu
appiendras à chérir la vertu : auprès des
uu'chans, lu. sentiras s'affaiblir clans ton
coeur la haine du vice , et tu perdras
bientôt jusqu'à la raison qui t'éclaire.
Marche d'un pas tranquille dans la
voie moyenne : c'est elle qui conduit k
la vertu.
Vois cet homme injuste et ambitieux :
il n'est animé que de l'amour du gain.,
Toujours il est prêt à fouler aux pieds
la justice. Tu es ébloui de l'éclat qui
l'environne ; sa fortune t'en impose ; at-r
tends sa fin. Le ciel est juste quoique
,
sa pstice se cache quelquefois à l'oeil
peu clairvoyant des mortels. Garde toi
de croire que l'homme qu'on envie soit
toujours heureux : il payera la dette de
son crime. Insensé ! tu
oses murmurer
contre Dieu trop lent à punir le cou-
pable ! Ne vois-tu pas la mort assise siu\
s^s lèvres, et prête à le frapper ?
E
f)S Pensées morales
Insensés avec les fous, justes et sages
avec les amis de la sagesse et de l'équité,
nous prenons le caractère de ceux qui
nous environnent. N'ayons donc que des
amis .ertueux.
Préfère la pauvreté , dans le sein de
la justice , à l'abondance que procure
l'iniquité.
Toutes les vertus sont comprises dans
la justice ; si tu es juste, tu es homme
de bien.
Garde-toi, dans ta colère, de repro-
cher à l'indigent la pauvreté qui flétrit
l'ame.
L'orgueilleux se vante , s'élève , et
veut en imposer : sait-il comment le jour
finira pour lui? sait-il dans quel état la
nuit va le trouver ?
Qui sait mettre des bornes à sa for-
tune ? Celui qui possède le plus de ri-
chesses , veut au moins les doubler. Qui
jamais pourra sausfaire tant de gens qui
tous ont le même désir ? C'est l'amour
dû Théognis. gc)
des richesses qui cause la folie des hom-
mes et leur perversité.
Crains de t'exposer , pour une faute
légère , à perdre ton ami. Garde-toi
d'écouter le calomniateur qui l'accuse.
Dieu seul est exempt de faire des fau-
tes. Sans l'indulgence, l'amitié ne peut
plus exister.
Etudie les inclinations et les désirs de
ceux que tu fréqm tes. Apprends à t'y
conformer. Ton ami veut te quitter : ne
le force pas à rester auprès de toi. Il
voudrait rester : ne l'engage pas à sortir.
11 dort trouble pas son sommeil. Ne
: ne
l'engage pas à dormir, quand il a dessein
de veiller. Rien n'est plus insupportable
que la contrainte.
Cher et malheureux ami ! tu viens
dépouillé cle tout, dans les bras d'un ami
,
qui n'a rien. Je te prodiguerai du moins,
dans mon infortune, ce que j'ai de meil-
leur, l'u m'aimes et je ne te dirais pas:
,
Viens t'asseoir avec moi; et je te cache-
rais le peu que je possède ! Ce que j'ai
E a
100 Pensées morales
esta toi. Si l'on te demande comment je
vis réponds que je me soutiens avec
,
peine, mais qu'enfin je me soutiens; que
je suis trop pauvre pour secourir un
grand nombre de malheureux, mais que
je ne repousse pas l'ami qui se réfugie
dans mon sein.
Heureux qui peut dire : O ma jeunesse
désormais écoulée ô vieillesse qui t'ap-
!

proches ! jamais vous ne m'avez vu, vous


ne me verrez jamais trahir un ami fidèle;
jamais vous ne trouverez rien de vil dans
mon coeur.

20.
PENSÉES MORALES
DE THÉOGNIS.
CHAPITRE SECOND.
C/uoi ! dit l'infortuné, il est donc
arrêté que je ne serai jamais vengé des
scélérats dont la violence m'a tout ravi!
de Théognis. 101*
Dépouillé par eux, et réduit à la hon-
teuse nudité, je serai donc encore obligé
de traverser les fleuves pour me sous-
traire à leurs coups ! lo ciel me refusera
le spectable de leurs larmes ! Jamais j«
ne m'abreuverai de leur sang impur !....?
Malheureux ! tu blasphèmes. Tu as joui
du Lien supporte le mal avec courage.'
,
Le ciel t'a fait connaître l'une et l'autre
fortune ; apprends à te soumettre. De la
prospérité tu es tombé dans le malheur ;
ne te défie pas de la providence : du
malheur peut être elle va t'élever à la
prospérité. Mais épargne-toi sur-tout des
plaintes vaines et des cris de vengeance:
tu trouverais tous les coeurs insensibles
à ton infortune.
Il n'est difficile ni de louer, ni de blâ-:
mer : c'est un art familier aux médians.
L'intérêt leur inspire l'éloge ; la médi-;
sr.nce est leur plaisir. L'homme de bien
cait lui seul garder en tout des mesures;
il est toujours ami de la modération
toujours circonspect.
,
E 3
Jioa Pensées ??wralcs
La jeunesse donne à l'ame de l'éner-
gie ; mais souvent elle ne l'élève que
pour la plonger plus profondément dans
l'erreur. C'est ce qui arrive toutes les
fois que l'esprit a moins de force que les
passions et se laisse conduire par elles.
,
Quelque projet qui se présente à ton
esprit, consulte-toi deux et trois fois.
Quand on agit avec précipitation, on
ne peut éviter le reproche.
O patrie ! j'ai parcouru les plus belles
contrées; j'ai vu les richesse des nations
étrangères j'ai trouvé des hôtes cares-
,•

sans; mais la joie ne pouvait entrer dans


mon coeur. Le sentiment me rappelait
sans cesse vers toi !
Tu es juste : que ta vertu fasse ta ré-
compense et ta félicité. Les uns diront
du bien de toi les autres en parleront
,
mal. Le sage doit s'attendre à l'éloge, il
doit s'attendre à la satyre.
TvU» mortel a fait du bien, tout mor-
tel a fait du mal : nul ne peut se vanter
d'être parfaitement sage.
de Théognis. io3
Tiens un juste milieu entre l'avarice
et la prodigalité. J'ai connu un homme
riche ; il s'épargnait jusqu'à la nourri-i
ture. Pendant qu'il amassait pour vivre,
la mort est venue le surprendre. Il s'était
épuisé de travail ; jamais il n'avait fait
de bien à personne : des inconnus ont
envahi ses trésors. J'en ai vu un autre
qui se livrait aux plaisirs de la table. Je
mène disait-il, une vie délicieuse. Pen-
,
dant qu'il parlait, ses richesses se trou-
vèrent dissipées. Il implore aujourd'hui
l'assistance de ses amis, et ne trouve que
des coeurs impitoyables.
Jeune et brillant encore de toutes les
fleurs du bel âge profite bien de tes
,
avantages , et exerce ton ame à la vertu.
Dieu ne te permettra pas de parcourir
deux fois la carrière de la jeunesse. Les
humains ne peuvent se soustraire h la
me .-
la vieillesse vient saisir leur tête
de ses mains pesantes ; elle leur reproche
le tems vainement écoulé.

E4
fco4 Pensées nioral-s

21.
PENSÉES MORALES
ATTRIBUÉES
A P Y T H A G 0 R E. (i)

JCC^VKHE la divinité c'est ton pre-


:
mier devoir.
Respecte ton père et ta mère.
Choisis pour ton ami l'homme que tu
connais le plus vertueux. No résiste
point à la douceur de ses conseils, et suis
ses utiles exemples.
Fais le bien autant de fois que tu le
peux.
Prends l'habitude de commander à la
gourmandise, nu sommeil, à la luxure,
à la colère.

( i) naquit à Samos il y a emirou 2/juo ar s,


11

et alla professer sa doctrine en Italie, cm il mou-


lut clanstunc gr/imlo vieillesse
de Pythagore; îoS
Ne fais rien de honteux en présence
des autres ni dans le secret. Que ta
,
première loi soit de te respecter toi-
même.
Que l'équité préside t toutes tes ac-
tions ; qu'elle accompagne toutes tes pa-
roles.
Que la raison te conduise jusques dans
les moindres choses.
Souviens - toi que tous les hommes
sont destinés à la mort.
La fortune se plaît à changer. Elle se
laisse posséder. Elle, échappe. Eprouves-
tu quelques revers ? sache les supporter
avec patience ; ne t'indigne pas contre
le soit. Cherche à réparer tes malheurs,
et sois bien persuadé qu'il n'y en a pas
pour les mortels vertueux qui s; ient au-^
dessus de leurs forces.
Il se tient dans le monde de bons dis-
cours et de mauvais propos. Profite des
uns ; ne te laisse pas effrayer par les au-
tres, Que de Yaines paroles ne te détour-
E 5
jot> Pensées morales
«eut pas des projets honnêtes que tu as
formés.
Tu te vois attaqué par le mensonge :
(prends patience supporte ce mal avec
,
douceur.
Consulte-toi bien avant d'agir. Crains»
jpar trop de précipitation, d'avoir à rou-
gir de ta folie.
Que personne par ses actions, par
,
ses discours , ne puisse t'engager à rien
dire , à rien faire dont tu puisses te re-
jpentir dans la suite. Garde-toi d'entre-
prendre ce que tu ne sais pas faire, et
commence par t'instruire de ce que tu
dois savoir.
Ne néglige pas ta santé : donne à ton
corps , mais avec modération , le boire,
le manger, l'exercice. Tu ne pourrais
passer cette mesure sans te nuire.
Que ta table soit saine, que le luxe
en soit banni.
Evite de rien faire qui puisse t'attirer
l'envie.
Ne cherche point à briller par des dé-
de Pythagore. 107
penses déplacées. Ne ^te pique pas non
plus d'une épargne excessive.
N'abandonne pas tes yeux aux dou-'
ceurs du sommeil, avant d'avoir exami- .
né les actions de ta journée.... Quelle
faute ai-je commise ?... Qu'ai je fait?...
A quel devoir ai-je manqué?... Corn-:
nience par la première de tes actions ,
et parcours ainsi toutes les autres. Re-
proche-toi ce que tu as fait de mal; jouis
de ce que tu as fait de bien.
Embrasse le genre de vie le plus con-:
forme à la vertu. Il peut paraître d'abord
le plus pénible ; mais il devient le plus
agréable par l'habitude.
Médite ces préceptes. Travaille à les
mettre en pratique. Ils te conduiront sur
la route de la félicité.
Les hommes sont le plus souvent les
artisans de leurs malheurs. Infortunés!...
ils ne savent pas voir les biens qui sont
sous leurs yeux, Leurs oreilles se ferment
à la vérité,

E 6
io8 Pensé-js ?norales

22.
PENSÉES MORALES
DE PHOCYLIDE. (i)
CHAPITRE PU E M I E R.

\^UE tes premiers respects soient pour


la divinité; es seconds pour tes parens.
Respecte la pudeur; conserve toujours
la bonne-foi. N'aie point un sentiment
dans ton coeur, un autre sur tes lèvres.
Ne t'enorgueillis ni de tes richesses,,
ni de ta force, ni de ta sagesse.
Fuis toute action honteuse ; conserve
la tempérance. Ne suis point de dange-
reux exemples, et ne repousse l'injustice
que par l'équité.
Ne trame point de ruses ; ne trempe
pas tes mains dans le sang. Sache mettre

( i ) Ce philosophe et pocte grec vécut il y a


Sioo ans.
do. Phocylide. îop,
un frein à ta colère et commande à ta
,
main. Trop souvent celui qui frappe de-
vient meurtrier malgré lui.
Aie le faux témoignage en horreur.
Que ta langue soit l'organe delà vérité.
Dans tout ce que tu diras sois toujours
,
vrai ; ne permets pas à tu bouche le men-
songe. Tiens scrupuleusement la balance
égale et ne la laisse pencher d'aucun
,
côté. Que tes jugemerts soient dictés par
la justice. S'ils étaient iniques tu serais
,
jugé à ton tour par Dieu même.
Crains en tout les extrêmes. En quel-
que chose que ce soit, la beauté résulte
de la justesse des proportions.
Non content d'être juste , ne permets
pas i'iir ustiee. Sache vivre de co que tu
as justement ;:cquis. Méprise les riches-
ses ([ne procure l'iniquité. Satisfait de ce
que tu as , abstiens toi de ce qui ne t'ap-
partient pas.
Si tu possèdes des richesses partage-
,
les avec lo malheureux, et que l'indi-.
110 Pensées morales
gence reçoive une portion de ce que
Dieu t'a donné.
Ne dis pas au malheureux de revenir
demain : donne lui à l'instant même. Si
tu ne peux rien lui donner, ne le rebute
point. Ne sois pas pour le pauvre un
créancier rigoureux.
Présente la main à celui qui tombe.
Relève c^luiqui a fait une chute. Secou-
re l'infortuné qui ne peut trouver d'ap-
pui. Souviens-toi que l'infortune est
commune à tous les hommes, et que la
félicité n a rien de stable.
Ne ravis rien à personne : tout ravis-
seur est l'objet de l'exécration publique.
Ne reçois point en dépôt le fruit du
larcin. Celui qui vole et celui qui recèle
sont coupables du même crime.
C'est toujours être coupable que de
,
procurer au crime l'impunité.
Ne retiens pas le salaire de l'homme
laborieux et garde-toi d'opprimer ton
,
semblable.
Ceins l'épée pour te défendre, et non
de Phocylide. ni
pour attaquer. Plût à Dieu que tu n'eus-
ses jamais besoin de t'armer , même
pour une juste cause !
Ne traverse pas le champ de ton voi-
sin. Respecte son héritage. Respecte dans
la campagne le fruit qui ne t'appartient
pas.
Ne sois point prodigue. La prodigalité
conduit à i'indigenee. Mais ne sois pas
avare ; car l'avarice est la mère de bien
des crimes. C'est l'or qi' conduit et
égare les hommes.... Funeste métal, que
tu es un guide infidèle toi seul causes
!

notre perte ; par toi seul tout est ren-


versé. Plût au ciel que tu ne fusses pas
devenu pour nous un mal nécessaire !
C'est à toi que nous devons les combats,
les rapines les massacres. Par toi les
}(
pères ne trouvent quelquefois que de la
haine dans le coeur de leurs enfans ; par
toi les frères deviennent souvent les en-
nemis de leurs frères.
112 Pensées morales

23.
PENSÉES MORALES
D E P'H OCYLIDE,
CHAPITRE SECOND.'

V^OMPATIS aux maux de tes sembla-


bles. Ne sois point éhloui de l'éclat des
richesses et dus dignit-'s. L'excès de ces
biens passagers et inconstans e^t funeste
aux mortels. Plongés dans les délices,
ils recherchent de nouvelles voluptés. Le
trop grand pouvoir conduit à l'orgueil 9
et l'orgueil produit l'insolence.
Que les maux que tu as éprouvés ne
troublent plus ton ame. Il est impossible
que ce qui est fuit ne le soit pas.
La persuasion produit les plus grands
biens. Les querelle.! et les plaintes n'en-
gendrent que de nouvelles plaintes. Au
conttaire, l'homme d'un caractère doux
de Phocylide: n5
et aimable fait le bonheur de ses conci-
toyens.
Pour ton propre intérêt, mange, bois,
parle avec mesure. Conserve en tout la
modération. En tout évite l'excès qui
,
est toujours nuisible.
N'attire pas des flatteurs dans ta so-
ciété ni sur-tout des flatteurs parasites.
,
Les premiers n'ont en vue que leurs in-
térêts ; les seconds n'aiment que les fes-
tins. Us achètent un bon repas avec de
lâches caresses, se piquent aisément, et
ne sont jamais satisfaits.
Ne te laisse pas accabler par le mal-
heur. Que les événemens heureux ne
soient point pour toi l'objet d'une joie
immodérée. Apprends à te conformer
aux circonstances , et ne souffle jamais
contre le vent. L'instant qui amène la
douleur est suivi de l'instant qui amène
la consolation.
Mortels nous n'avons que peu de
,
tems à vivre. Fortunés , défions-noua
souvent dans h; vie de ce qui paraît as-
ii4 Pensées morales
sure; infortunés , sachons, non braver
le malheur mais le supporter avec ré-
,
signation avec constance. Nos jours ,
,
iros mois , nos années ne sont que des
instans dans l'immensité des siècles.
Notre ame seule ne peut éprouver la
vieillesse. Seule elle jouira d'une vie
éternelle.
Dieu a distribué des armes à tout ce
qui existe. L'oiseau a reçu la vitesse , et
le lion la force. Le taureau se défend
,
par ses cornes , l'abeille par son aiguil-
lon. La i aison est la défense de l'homme.
La sagesse est inspirée par Dieu mcVne.
Rien n'est supérieur à la raison qu'elle
conduit. Celui qui n'a que de la force ,
ne peut se mesurer avec la sagesse. C'est
la sagesse qui règle les travaux du la-
boureur ; c'est elle qui régit les cités,
c'est elle qui dompte les mers.
Homme , qui que tu sois, travaille. Tu
dois payer ta vie par des travaux. Le pa-
resseux fait un vol à la société. Devons
à nous moines notre subsistance , et no
de Phocylide, n5
l'achetons pas au prix de l'ignominie.
N'as-tu pas appris de métier/.... Va
bêcher la terre. Donne-toi de la peine :
tu ne manqueras pas de travaux Veux-
tu te livrer à la navigation ? les mers te
sont ouvertes. Veux-tu te livrer à des
occupations champêtres ? les campagnes
sont assez vîntes. \
Lorsque les fruits des campagnes dé-
pouillées par le tranchant de la faucille
viennent de récotnpenser les travaux du
laboureur les fourmis quittent leurs
,
demeures souterraines. Elles recueillent
le grain échappé de la gerbe et épars
clans les guérets. Chacune d'elles prend
sa charge, et est suivie par ses compa-
gnes , portant le même fardeau. Ce petit
peuple, faible et laborieux tout à-la fois,
ne se laisse point vaincre par la fatigue.
Vois encore la diligente abeille : elle
ne se livre pas à des travaux moins assi-
dus. Elle fait son atelier ou de la fente
d'un rocher, du creux d'un chêne an-
tique ou de la ruche que la prévoyante
,
ii6 Pensées morales
industrie lui a préparée. Elle y dépose
le suc précieux qu'elle a recueilli de
mille fleurs ; elle en forme des palais
innombrables de cire ; elle distille le
miel le plus délicieux.
Travaille donc. Si tu deviens riche ,
use sobrement de ce que tu possèdes, et
ne te condamne pas , par de folles pro-
fusions A une indigence méritée.
,

24
PENSÉES MORALES
DE PHOCYLIDE.
CHAPITRE TROISIÈME.

iSf E cherche pas à briller par tes dis-


cours , mais à les rendre utiles.
Sois obligeant remets dans son che-
,
min le voyageur qui s'égare. Arrache
à la fureur des flots le malheureux
qu'ils vont engloutir.
De Phocylide. 117
Relève ton ennemi s'il est tombé
,
sur la route ; relève son cheval. Il est
bien doux d'acquérir un ami sincère
dans la personne de son ennemi.
Ne garde pas le célibat si tu ne
,
veux pas finir tes jours dans l'isolement
et l'abandon.
Respecte les secondes noces de ton
pé:e ; révère sa nouvelle épouse comme
ta mère , dont elle a pris la place.
Ne te livre pointa des amours effré-
nées. C'est la plus dangereuse de toutes
les passions.
Crains d'épouser une femme qui ne
soit pas vertueuse. Que l'appât d'une
funeste dot ne te rende pas l'esclave
d'une femme indigne de toi.
Que les femmes ne se laissent pas
non plus éblouir par l'éclat de l'or ,
et qu'elles refusent de méprisables
époux , quelque riches qu'ils puissent
être.
Abstiens • toi de toute union qui ne
soit pas précédée d'un contrat, et qui
n8 Pensées morales
ne soit fondée que sur la violence ou
la séduction.
Lorsque tu auras choisi une épouse ,-

et serré avec elle les noeuds de l'hy-


ménée , chéris-la comme la compagne
de ton sort. Quelle douceur , quelle
félicité quand une sage épouse est
,
aimée de son époux jusqu'à la der-
nière vieillesse ! quand il lui rend toute
la tendresse qu'elle lui prodigue, quand
les querelles ne divisent pas ce couple
heureux !
Ne montre pas à tes enfans un visa-
ge sévère. Que ta douceur gagne leur
amour. Ne souffre pas qu'ils mettent
dans leur parure une vanité et des re-
cherches indignes d'une famille mo-
deste et vertueuse.
Tes filles ont-elles reçu le dangereux
avantage de la beauté ? veille sur elles
avec la sollicitude d'un père , et dé-
fends-les des attaques de la licence.
C'est une garde difficile que celle de
la jeunesse unie à la beauté.
de Phocylide. 119
Aime ta famille , et fais-y régner la
concorde. Respecte les cheveux blancs;
cède le pas à la vieillesse, et ne lui dis-
pute jamais les honneurs qui sont dus
à cet âge vénérable. Aie pour le sage
vieillard tous les égards que tu aurais
pour ton père.
Donn« à tes serviteurs une nourri-
ture saine et suffisante. Veux-tu qu'ils
te chérissent ? ne leur refuse pas ce
qu'ils ont droit d'attendre de toi. N'a-
buse pas du pouvoir momentané que
la fortune te donne sur eux. Songe
que > s'ils ne peuvent se passer de
toi, tu ne peux te passer d'eux ; qu'ils
sont tes semblables , et que l'accord
que vous avez fait ensemble , est un
échange de services réciproques. N'a-
joute donc pas de nouvelles peines à
leurs maux un nouvel avilissement à
,
leur humiliation.
N'accuse jamais légèrement auprès
de son maître un serviteur étranger.
T20 Pensées morales
Si ton inférieur est prudent, ne rou-
gis pas de prendre ses conseils.
Telles sont les lois de la justice.
Confonnes-y ton coeur et ta conduite.
La paix et le bonheur t'accompagne-
ront jusqu'à la dernière vieillesse.

M-
PENSÉES MORALES
DE
PLUSIEURS SAGES DE LA GRÈCE. (.)
CHAPITR E P 11 E M I E R.

JLi'nOMME de bien honore la divinité


,
même par son silence. Il lui plaît, non
par ses paroles , mais par ses actions.
Dieu ne peut éprouver la colère. 11

(i) Thaïes, Sillon, Kpiminule , etc., qui vé-


curent il y a emjron z\oo ans.
punira
des Sages de la Grèce. IÎX
punira sans cloute les coupables , mais
sans être irrité.
Les paroles du sage ressemblent à
ces baumes salutaires qui nous soula-
gent dans nos maux, nous réjouissent
dans la santé. Ils nous donnent la tran-
quillité de l'aine.
Que nous dit la sagesse ? de nous
connaître nous-mêmes , et d'éviter avec
soin que l'amour - propre n'exagère
noire mérite à nos propres yeux.
La bonne conscience est seule au-
dessus de la crainte. L'homme sage
met son esprit d'accord avec tous les
mauvais esprits , comme le musicien
sait accorder sa lyre.
Lorsque le vent est favorable , la
prudent nocher se précautionne contre
la tempête. Dans la prospérité, le sag.-»
se ménage des ressources contre lin-
for tu ne.
Observe la piété ; aie l'injustice en
horreur ; contribue au bonheur de tes
concitoyens ; réprime ta langue ; ne
F
i22ir Pensées morales
fais rien avec violence ; instruis tes en-
fans ; appaise les querelles : telles sont
les leçons de la sagesse et l'homme
,
qui les met en pratique peut être ap-
pelé vertueux.
Garder le secret, bien employer son
loisir,supporter les injures sont trois
,
choses bien essentielles au bonheur de
l'homme.
La vertu est immortelle ; la volupté
ne dure qu'un instant.
Redoute la volupté, elle est mère de
la douleur.
Ne laisse pas ta raison tomber dans
la langueur ; son sommeil est plus fu-
neste que celui de la mort.
Désirer l'impossible , être insensible
à la peine des autres , voilà les deux
grandes maladies de Pâme.
Le plus malheureux des hommes ,-

est celui qui ne sait pas supporter le


ni al heur.
L'homme prudent sait prévenir le
des Sages de la Grèce. \ £5
mal ; l'homme courageux le supporte
sans se plaindre.
Tu gémis de tes malheurs : si tu con-
sidérais tout ce que souffrent les autres,
tu te plaindrais plus doucement de tes
maux.
Il reste une bien douce consolation
GUX malheureux: c'est d'avoir fait leur
devoir.
Tu supportes des injustices: conso-
le-toi ; le vrai malheur est d'en faire.
Il est beau de s'opposer aux attentats
de l'homme injuste. Si tu n'en as pas
le pouvoir du moins ne te rends pas
,
son complice.
On ne peut te reprocher aucune
injustice... Ce n'est pas assez. Bannis
même l'injustice de ta pensée, Ce ne
sont pas seulement les actions , c'est
encore la volonté qui distingue le bon
du méchant.
Il se commettrait peu de crimes si
,
les témoins de l'injustice en étaient
F a
ia4 Pensées morales
aussi indignés que les malheureux qui
en sont les victimes.
Cruellement tourmenté par la con-
science de ses crimes l'homme injuste
,
porte son supplice dans son sein.
Evite les fautes non par crainte
, ,
mais parce que tu le dois.
Tu as fait une chose honteuse : com-
mence à rougir de toi-même. Le cou-
pable qui se repent n'est pas encore
perdu.

%6.

PENSÉES MORALES
DE
PLUSIEURS SAGES DE LA GRÈCE.
CHAPITRE SECOND.

JAMAIS
ne te mets du parti des rail-
leurs ; tu te ferais un ennemi de sa
victime.
des Sages delà Grèce* ia5
Ne te contente pas de reprendre ceux
qui ont fait des fautes ; retiens encore
ceux qui vont en faire.
Les peines que tu feras aux autres
ne tarderont pas à retomber sur toi-
même.
Ecoute beaucoup , et ne \arle qu'à
propos.
On ne te demande pas beaucoup de
paroles j on n'exige de toi que la vé-
rité.
La fausseté ne peut long-tems se
Soutenir ; elle n'a qu'un instant pour
tromper.
Fais ce que tu sais être honnête j
sans en attendre aucune gloire.
Se livrer aux perfides insinuations
du flatteur c'est boire du poison dais,
,
une coupe d'or.
Soyons tempérans. C'est dans le sein
de la tempérance que Famé .-réunit
tontes ses forces ; c'est dans le calme
des passions qu'elle est éclairée de la^
véritable lumière»
F3
%2$ Pensées morales
Tu parles mal des autres... tu ne
crains donc pas le mal qu'ils diront
de toi ?
Ne to. yante pas. Les hommes qui se
vantent le plus ressemblent trop sou-
vent à des armes dorées : le dehors
semble précieux j ôtez la superficie
,
vous ne trouverez qu'un vil métal.
Les envieux sont bien à plaindre*
d'être tourmentés par la félicité des
autres autant que par leurs propres
»
malheurs.
L'amitié d'un seul sage vaut mieux
que celle d'un grand nombre de fous.
La terré nous fait attendre une année
,
entière ses présens. On recueille à cha-,
que instant les doux fruits de l'amitié.
Ne donne pas à tes amis les con-
seils les plus agréables mais les plus
,
avantageux.
Répands sur eux tes bienfaits. afin
,
qu'ils t'aiment plus tendrement. Ré-
pands-les aussi sur tes ennemis afin
,
des Sages de la Grâce, 127
qu'ils apprennent de toi à goûter les
douceurs de l'amitié.
Quand tu parles de ton ennemi
,
songe qu'un jour peut-être tu devien-
dras son ami.
Que tes amis soient br'llans de tout
l'éclat de la fortune , ou accablés de9
plus affreux revers, qu'ils te trouvent
toujours le même.
L'homme qui chérit celle qu'il a
prise pour épouse , qui a pour elle les
égards et les attentions dus A la mère
de ses enfans jouit d'une tranquillité
,
désirable.
C'est un spectable bien doux, que
celui d'un mari qui sait assez estimer
son épouse pour lui faire part de ses
desseins la consulter dans ses entre-
,
prises , et lui prodiguer tous les soins
qu'exige la faiblesse de son sexe ; et
d'une femme qui ne connaît d\rutre
plaisir que celui de chérir son époux
,
de partager ses peines de le consoler
,
F 4
128 Pensées morales
dans ses afflictions et de concourir
,
avec lui à l'éducation dô leurs enfans.
Une femme qui ne veut plaire qu'à
son époux, trouve sa parure dans sa
vertu. Elle ne cherche pas a réunir , à
captiver les suffrages quelquefois offen-
sans des étrangers. L'attrait de sa sa-
gesse et de sa modestie lui prête bien
plus de charmes que l'or et les éme-
raudes. Son fard est la rougeur aimable
de la pudeur. Ses soins économiques,
son attention à plaire à son époux ,-
sa complaisance , sa douceur ; telles
sont les parures qui relèvent sa beauté,
Une femme estimable regarde comme
«ne loi sacrée la volonté de son époux.
Elle lui a apporté une riche dot, sa
vertu. Car les richesses et la beauté de
l'ame sont préférables à des charmes
qui seront bientôt flétris , et aux pré-
sens trompeurs et passagers de la for-
tune. Une maladie peut effacer la
beauté des traits ; celle de l'ame dure
autant que la Yie.
des Sages de la Grèce. 129

PENSÉES MORALES
D E

PLUSIEURS SAGES DE LA. GRÈCE.;


CHAPITRE TROISIÈME.

U N bon père et line bonne mère ne


négligent rien pour que leurs enfans
leur ressemblent.
Ils savent qu'il en est des jeunes-gens
comme des plantes ; que c'est à leurs
premiers fruits qu'on connaît ce qu'on
doit en attendre pour l'avenir.
La force et la beauté font le prix du
coursier ;les bonnes moeurs celui de
,
la jeunesse et des hommes de tout âge.
Le devoir, des pères et mères n'est
pas de préparer leurs enfans à la vo-
îupté, niais de les. former à la tempé-j
*v ;' J F5
i5o" Pensées morales <

rance. S'ils entretiennent leur enfance


dans la molesse jamais ceux-ci n'au-
,
ront la force d'y renoncer. Ils croyent
les élever, ils ne font que les cor-
rompre.
Est-il en effet de plus funeste cor-
ruption que celle qui détruit l'énergie
de l'ame d'un enfant qui énerve la
,
force de son corps et qui le rend
,
incapable de résister aux plus faibles
travaux ?

Craignez pères et mères de voir
, ,
vos enfans se refuser au travail. Le
travail est une préparation nécessaire
à leur âge.
Eloignez d'eux la délicatesse ,.si
yous voulez en faire des hommes. Que
ferez-vous d'un enfant qui se met à
pleurer à la moindre chose qui le con-
trarie ; qui se fâche , si l'on tarde un
instant à lui donner à manger; qui re-
fuse de prendre les alimens qu'on lui
donne si l'on ne hji présente pas les
>

mçta les plus friands \ qui tombe dam


des Sages de la Grec*; ifo
îa langueur lorsqu'il éprouve un peu
,
de chaud , ou qui grelotte au moindre*
froid; qui boude et qui se pique si or»
le reprend ; qui s'emporte si on ne
,
devine pas ses fantaisies, et qui ne con-j
tracte que des habitudes efféminées?
Soyez bien persuadés qu'une éduca-
tion voluptueuse ne produira jamais?
dans vos enfans que des esclaves de
leurs caprices et de leurs passions.
Apprenez-leur donc à braver les peines
et les dangers ; car un jour ils seront?
soumis aux fatigues , un jour ils con-i
naîtront la douleur. Préparez les dono
à n'être p.'S vaincus par elles.
Jetez dans leur coeur, jeune encore
les semences dé la vertu ; que le beaut
seul ait des charmes pour eux ; qu'ils
frémissent à la seule pensée du vice ;
qu'ils aient des égards de la complais
.
sance pour leurs égaux , du respect
pour leurs supérieurs ; c rst ainsi q.ua
vous leur imprimerez pour toujours lo
caractère de i'honnè ^etér
i3a Pensées morales
La négligence des parens dans l'édu-
cation de leurs enfans est souvent pour
eux la cause de bien des chagrins. La
vigne qu'on ne cultive pas ne donne
pas de fruits ; de même les enfans dé-
gradés par le vice le défaut
, ou par
d'éducation deviennent inutiles à la
,
société.
Jeunes gens aimez vos parens ; s'ils
,
vous causent quelques désagrémens '.,
apprenez à les supporter.
Un jour vous serez pères, et vous
aurez droit d'attendre de vos enfans
ce que vous-mêmes aurez fait pour les
auteurs de vos jours.
Ne les contristez pas par des que-
relles d'intérêt. Un fils voulait plaider
contre son père : Si votre cause est
moins juste que la sienne , lui dit un
homme de bien vous serez condamné ;
,
si elle est plus juste on YOUS condam-
,
nera encore.
des Sages de la Grèce. î33

28.
PENSÉES MORALES
D K

PLUSIEURS SAGES DE LA GRÈCE.


CHAPITRE QUATRIÈME.

XJA société est bien gouvernée quand


les citoyens obéissent aux magistrats
,
et les magistrats aux lois.
L'état est heureux quand les mé-
dians ne peuvent y commander.
Que les hommes revêtus d'une grande
puissance se la fassent pardonner par
leur douceur ; qu'ils redoutent d'être
craints ; qu'ils méritent d'être aimés.
En commandant aux autres, sache
te gouverner toi-même. Ou n'approche
pas des hommes puissans , ou dis-leur
ce qu'il est utile gu'ils entendent.,
i3{ Pensées morales
Combien ne trouve-t-on pas de mor-
tels opulens qui sont en même tems
malheureux ! Mais on rencontre aussi
des hommes qui vivent contens dans
la médiocrité.
Il est impossible au même homme
de rassembler en lui tout ce qui fait
le bonheur. Un seul pays ne réunit pas
les productions de toutes les espèces.
S'il en a quelques unes, il lui en man-
que d'autres , et le meilleur de tous est
celui qui en rassemble le plus* De
même un seul homme ne possède pas
tous les avantages. Il jouit de quelques-
uns ; d'autres lui sont refusés. Maia
celui qui en a constamment le plus
grand nombre et qui termine ses jours
,
en homme bien , voilà l'homme que
j'appelle heureux.
La famille qui n'a pas trop de ri-
chesses et qui ne souffre pas la pau-
,
vreté , jouit d'un bonheur désirable.
*
Les maisons les plus heureuses sont
celles qui ne, doivent pas leur état d'e-,
'des Sages de la Grèce i35
pulence a l'injustice qui ne conser-
,
vent pas leurs richesses par la mauvaise
foi et qui ne s'exposent pas par de
, ,
folles dépenses, à les repentirs.
Bien des médians s'enrichissent ;
bien des hommes vertueux languissent
dans la misère. Voudrions-nous don-
ner notre vertu pour les trésors du mé«î
chant? non. L'homme de bien ne con-
sentira jamais à cet échange. Il peut
conserver son coeur dans toute sa pu-
reté , tandis qu'il &ait que les richesse*
changent tous les jours de maîtres.
J'aime la maison où je ne Vois rien*
de superflu où je trouve le néces-
,
saire , dont le maître est persuadé qu'il
vaut mieux perdre que de faire un gain
honteux.
Soyons riches sans orgueil, pauvre*
sans abattement , et n'insultons pas
aux maux de l'infortuné.
Si l'ampleur des vétemens embap^
tasse les mouyemeiw de notre corps $•
*i36 Pensées m orales
souvent une trop grande fortune gêne
ceux de notre ame.
L'insensé ne fait usage de ses ri-
chesses que pour se nuire à lui-même.
Ainsi le furieux tourne ses armes contre
son propre sein.
tes avantages du corps et ceux de
la fortune ne font pas le bonheur. Il
ne se trouve que dans la droiture et
l'équité.
Il n'est pas inutile d'acquérir des ri-:
chesses ; mais rien n'est plus dange-
reux que d'en acquérir injustement.
Heureux celui qui , aux faveurs de
la fortune joint un jugement sain , un
,
esprit droit ! Dans l'occasion il saura
faire un bon usage de ses trésors.
N'appelons pas -heureux celui qui
fonde son bonheur sur des choses fra-
giles et périssables. Ne connaissons
d'autres appuis que la Divinité et nous-
mêmes. •.
'i

Faisons du bien selon nos facultés.


Il en coûte souvent si peu pour pbliger'
des Sages de la Grèce, \Zj
l'humanité souffrante ! Un faible bien-
fait répandu à propos peut quelque-
, ,
fois sauver l'honneur ou la vie de celui
qui le reçoit,. Mais dirat-on celui
.. ,
que je vais obliger est un fourbe qui
ne reconnaîtra mes bienfaits que par
son ingratitude... Que YOUS importe?
contentez votre coeur , faites du bien ,
et ne demandez pas de retour. . . C'est
ainsi qu'agit l'homme bienfaisant.
Soyons toujours vertueux j ne faisons
pas nous-mêmes ce qui nous déplaît
dans les autres ; tant que nous vivrons
,
cherchons à nous instruire et souve-
,
nons nous de ce conseil : que le sage
se retire modestement de la vie comme
d'un festin.
i58 Pensées morales

2.9.
PENSÉES MORALES
DE SOCRATK(i)
CHAPITRE PREMIER,
Sur la Divinité.
JliMBRÀSSBz
en imagination l'étendue
de la terre et tantd'oeuvres magnifiques,
innombrables le bel ordre de l'uni-
,
vers ; tout cela peut-il. vous sembler
l'ouvrage d'un aveugle hasard ?
Pouvez vous même ne pas recon-
nalire la Providence dans l'organisa-
tion seule de l'homme ?
Ces paupières qui servent de portes
à notre vue délicate s'ouvrent quand
,

(1) Il naquit à Athènes il y a environ


2270 ans*
de Sacra te* i3c)
il nous plaît de Faire usage de nos yeux ;
elles se baissent quand nous nous aban-
donnons au sommeil. Los vents au-
raient pu offenser nos prunelles ; mais
les cils sont comme des cribles qui les
défendent ; et les sourcils s'avançant
,
en forme de toit au-dessus de nos
yeux , ne permettent pas que la sueur
les incommode en découlant de notre
front.
Parlerai-je de l'ouie qui reçoit tous
les sons , et ne se remplit jamais ; des
dents dont les unes coupent et les
,
autres broient les alimens ? La bouche
est destinée à recevoir ce* qui excite
l'appétit : c'est la Providence qui l'a
placée près des yeux et des narines.
Eh quoi ! lorsque ces ouvrages sont
faits avec tant d'intelligence, vous dou-
teriez i|ii ils ^ont ta produit d'une in-
telligence, et vous ne reconnaîtriez pas
un t<nge ouvrier !
Ajoutons c|ii il a impr'mé d :ns 1^3
pères l'amour do se reproduire dans
ï4o Pensées morales
leurs enfans ; dans les mères , le be-
soin de les nourrir ; dans tous les ani-
maux , le plus grand désir de vivre ;
la plus grande crainte de mourir. Pou-
vez-vous méconnaître les soins d'un ou-,
vrier qui veut que les êtres qu'il a créés
existent ?
Ne croyez - vous pas avoir vous-
même une intelligence ? et vous ne croi-
riez pas qu'il existe une intelligence
hors de vous !
Je ne vois pas , dites-YOus , l'ouvrier
quia produit ces chefs - d'oeuvres
Mais vous ne voyez pas non plus votre
esprit qui gouverne votre corps. Dites
donc aussi que vous faites tout par
hasard et rien par intelligence.
,
«Vous reconnaissez la Divinité mais
,
vous ne croyez pas qu'elle prenne in-
térêt à ce qui regarde les hommes.
Dieu ne s'interresserait pas à nous !
lui qui nous a accordé comme aux
,
autres animaux , le goût, la vue, l'ouie .
mais qui nous a de plus permis de loyer
de S ocra te. i4i(
la face vers le ciel ! Par ce bienfait ,
nous voyons plus loin , nous regardons
plus facilement au-dessus de nos têtes ,
nous prévenons rilus sûrement les dan-
gers. Il a attaché les autres animaux
à la terre , et ne leur a donné que des
pieds pour changer de place. Il nous a
accordé des mains qui nous rendent
bien supérieurs aux. autres animaux,
11 a rendu notre langue capable par
,
ses divers mouvemens combinés avec
ceux des lèvres , d'articuler tous les
sons , et de faire connaître aux autres
toutes nos pensées.
Indépendamment de la bonté qu'il
nous a témoignée dans la conformation
do nos corps Dieu nous a donné l'in-
,
telligence. Quel est l'animal qui puisse
s'élever jusqu'à la connaissance du
grand être auteur de toutes les mer-
,
veilles que nous admirons? Quel autre
s;tit, d'une manière étendue et sûre ,
piévunir la faim , la soif , les rigueurs
opposées des saisons , guérir les mala-
%l\2 Pensées morales
dies augmenter ses forces par l'exer-
,
cice , ajouter à ses connaissances par
le travail se rappeler au besoin ce
,
qu'il a vu , ce qu'il a entendu, ce qu'il
a appris? Ne voyez-vous donc pas clai-
rement que l'homme est comme un
Dieu entre les autres animaux qu'il
,
est fait pour leur commander par la
conformation de son corps et la supé-
riorité de son ame ?
Avec tant d'avantages dignes de re-
connaissance , vous vous croyez né-
gligé par la Divinité î Que faut-il donc
qu'elle fasse pour vous persuader qu'elle
s'occupe de vous ? Quoi ! votre pensée
peut en même tems embrasser les évé-
nemens dont vous êtes témoin , et ceux
qui so passent loin de vous , et Dieu
ne pourrait embrasser à - la - fois tout
l'univers ! Oui Dieu voit tout d'un
,
seul regard entend tout, est par-tout,
,
et prend soin do tout ce qui existe.
Mais si c'est nue folie de ne pas re-
connaître , dans lout ce qui existe, une
do Socrate. ï43
Providence divine, c'en est une encore
plus grande de vouloir approfondir son
essence. L'esprit humain ne saurait per-;
cer ces mystères. Contentez-vous de vous
occuper des choses qui sont à la portée
de l'homme. Examinez ce qui est hon-
nête ou honteux, ce qui est juste ou in-
juste.
Les hommages rendus parla piété sont
plus agréables à Dieu que les plus riches
offrandes.
Que vos prières soient simples. De-
mandez à Dieu de vous accorder ce qu'il
vous est utile d'obtenir , bien sûr qu'il
connaît mieux que nous ce qui nous est
véritablement avantageux,
i44 Teusées morales

3°«
PENSÉES MORALES
DE SOCRAT E.
H A PITRE SI GOND.
<C

Snr la Tempérance,
xSf OUURISSCZ-vous avec sobriété, et tra-
vaillez sans vous épuiser de fatigue. Ce
régime est salutaire a la santé , et ne
nuit point aux facultés de l'esprit.
L'homme qui s'adonne au vice , ou
qui se laisse enchaîner par une passion,
n'a plus la même force pour observer
ses devoirs et pour s'interdire ce qu'il
doit éviter.
Craignez les suites funostes d'une pas-
sion aveugle. Il n'est pas aisé de s'y ex-
poser et de conserver sa sagesse.
Toutes h 9 bonnes qualités peuvent
s'acquérir par l'exercice et la tempé-
,
rance
de Socrate. i45
rance aussi bien que les autres. Dès que
les voluptés se sont emparées de notre
ame, elles lui font abjurer toute retenue,
et la soumettent en esclave aux appétis
déréglés du corps.
Le débauché nuit, sans tirer aucun
parti de ses vices ; il fait du mal aux au-
tres , mais il s'en fait bien plus à lui-
même. N'est-ce pas la plus dangereuse
de toutes les fureurs de ruinera -la-fois
,
sa maison , son corps et son .esprit.
Qui pourrait se plaire à la familiarité
d'un homme qui préfère le YJII la bonne
,
chère à ses meilleurs amis, et la conn
pngnie des filles perdues, a In société la
plus estimable ? On sait que la tempe-,
rance est le fondement de toutes les
vertus ; et l'on ne tacherait pas d'en or-,
lier son ame ! Comment sans elle con-
naître le bien , comment s'en occuper ?
11
y a des gens qui placent le bonheur
dans les délices et la magnificence ; et
moi je croisa que n'avoir besoin de rien,
c'est la félicité de DACU J qu'avoir besoin
G
l'iG Pensées morales
de peu de choses, c'est approcher de ce
bonheur.
Evitez les excès du vin et de la bonne
chère ; ne vous laissez vaincre ni par
l'amour, ni par le sommeil ; résistez aux
rigueurs de l'hiver et aux chaleurs de
l'été ; supportez le travail et la peine.
Avec ces habitudes, vous serez pro»
pre au métier des armes, aux travaux
de l'îigr culture ; vous serez digne de
commander aux autres : elles vous se-
ront utiles dans mille autres circonstan-
ces de la vie.
C'est eu vain que l'on cherche les plai-
sirs dans la mollesse on n'y trouve que
>

les soucis rongeurs.


Jeune homme , qui commences à te
conduire par toi même, c'est le moment
de te décider sur la route que tu dois
prendre dans la carrière de la vie. La vo-
lupté et la vertu t'appellent : choisis.
Veux tu me donner ton coeur, to dit
la volupté ? je te conduirai par une route
agréable? et facile et je te ferai goûter
,
de Socrate. \l\ij
tous les plaisirs , sans que tu éprouves
jamais aucune peine. Evite les fatigues,
méprise les affaires ; une seule te doit
occuper, c'est de chercher les mets les
plus délicieux, les boissons les plus ex-
quises , ce qui flattera le plus tes oreilles
et tes yeux, ce qui chatouillera tous tes
sens avec le plus douceur, quelles beau-
tés mériteront le plus de partager tes
plaisirs comment tu pourras dormir
,
avec plus de mollesse.
Voilà les délices que je te promets ; ne
crains pas qu'elles te manquent. Tu pro-
fiteras des peines des autres, tu ne refu*
seras aucun moyen d'en tirer avantage.
Tel est le langage de la volupté. Ecou-'
tons celui de Li vertu. Je n'étalerai pas k
tes yeux , nous dit-elle, les charmes de
la mollesse mais je t'apprendrai la vé-
,
rité. Tout ce qu'il y a de beau , d'hon-
nête , c'est au prix d'un travail assidu
que Dieu l'accorde aux mortels. Veux-
tu qu'il te soit propice ? commence par
le révérer,,. Que tes amis te chérissent?..)
G 2
i/\§ Pensées morales
rends-leur tous les services qui sont en
ton pouvoir.... Que ton pays t'honore?...
sois-lui utile...Que la terre te prodigue ses
fruits?... arrose-la de tes sueurs... Aimes-
tu mieux devoir tes richesses à tes trou-
peaux..., il faut qu'ils partagent tous tes
soins... Si tu recherches la gloire des
armes, étudie l'art de la guerre, exerce-
toi pour apprendre à le mettre en pra-
tique... Veux-tu posséder la force du
corps ? fatigue-le par les travaux et par
les sueurs.
La volupté t'offre de te conduire au
bonheur par un sentier agréable et fort
court. Riais quel bien peut connaître lo
voluptueux, de quels plaisir? peut-il
jouir, lui qui éprouve les débuts de la
satiété avant de sentir l'aiguillon du be-
soin , buvant toujours avant d'avoir soif,
et mangeant sans éprouver jamais l'ap-
pétit ? Il ne peut faire un bon repas sans
un habile cuisinier ;
il ne peut bohe avec
plaisir .s'il n'a pas les vins les plus ex*
,
cjruis j pout lui le sommeil n'aurait pas
de Socrate. i4g
de douceur , s'il n'était étendu sur le
duvet, s'il n'était entouré de riches ri-
deaux et si le travail le plus recherché
,
n'ajoutait à sa couche un nouveau prix.
Débile dans sa jeunesse il finit pat
,
traîner une vieillesse insensée, rougis-
sant de ce qu'il a fait ; il a couru de plai-
sirs en plaisirs dans la fleur de l'Age, et
s'est réservé les peines'pour le dernier
tems de sa vie.
L'homme au contraire, qui fuit la
,
mollesse et qui s'exerce à la vertu, n'a
pas besoin d'apprêts pour faire des repas
agréables. Le sommeil a pour lui des
charmes inconnus a ces hommes lâches
qui sont étrangers à la fatigue. Il se ré-
veille sans chagrins, et ne se livre pas
au repos quand le devoir lui impose de
veiller encore. Jeune il a le plaisir d'ê-
>

tre loué par les vieillards ; vieux , il jouit


des respects de la jeunesse ; il se ressou-
vient alors avec joie de ce qu'il a fait ; il
s'acquitte avec plaisir de ce qui lui reste
à faire, Il est cher à ses amis, respec-s
G 3
*5o Pensées morales
table aux yeux de ses concitoyens, agréa,
ble à la Divinité. Lors même qu'il a at-
teint le terme qui lui fut marqué, sa
mémoire vit encore, après lui, et son
nom est répété avec attendrissement.

3*-
PENSÉES ^MORALES
DE SOCRATE.
CHAPITRE TROISIEME*

Pensées diverses.
\J N des préceptes les plus importans
de la sagesse, est de se connaître soi-
même.
Celui qui se connaît, sait ce qui lui
est utile, ce que ses forces peuvent sup-
.

porter , ce qu'elles refusent. En ne fai-


sant que ce qu'il est capable d'entre-
prendre , il remplit ses besoins , et vit
heureux, En s'abstenant de ce qu'il ne
de Socrate. »
ii*i
sait pas faire , il évite les fautes , et n'a
pas la honte d'avoir mal fait. Il est en
é£at de mettre les hommes à leur juste
valeur , et de les employer utilement
pour lui-même. Par leur secours , il s'é-.
pargne de grands maux.
Mais celui qui ne se connaît pas, et
qui s'abuse sur ses facultés, ne sait pas
mieux juger les autres hommes qu'il no
se juge lui-même, il ne sait ni ce qu'il
lui faut, ni ce qu'il fait, ni ce qui peut
lui être utile; il se trompe en tout, perd
de grands avantages et tombe dans de
,
funestes inconvéniens,
Etre homme de bien, ne pas chercher
n le paraître , c'est le vrai chemin de la
gloire.
L'imposteur le plus dangereux est ce-
lui qui trompe ses concitoyens et leur
,
persuade qu'il est capable de gouverner
l'état.
Avant d'aspirer à gouverner l'état
,
gouvernez bien votre maison. Travaillez
à vous instruire avant d'entreprendre.,
G 4
&5a Pensées morales
Les ignorans ne recueillent que la honte
et l'opprobre. Quand vous remporterez
sur les autres par vos lumières , entrez
dans les affaires publiques et vous
,
pourrez avoir des succès.
Conformez-vous aux lois de votre pays,
vous remplirez les devoirs qu'exige la
piété,
Celui qui est soumis aux lois observe
la justice ; celui qui leur résiste se rend
coupable d'iniquité.
Tant que les citoyens obéissent aux
lois, les états conservent leur vigueur et
la plus brillante prospérité. Lorsqu'ils
cessent d'y obéir, l'état cesse d'être bien
gouverné \ le désordre se met dans les
familles, et la discorde règne dans la
nation.
de Socrate. i53

32.
PEN SÉES MORALES
DE SOCRATE,
CHAPITRE QUATRIEME.

Sur l'amour que nous devons à nos


parens.

J_jES bienfaits que nous avons reçus de


nos parens, senties plus grands de tous*
Aussi l'ingratitude envers eux est l'in-
justice la plus criante.
C'est à nos parens que nous devons le
spectable des merveilles de la nature j
c'est par eux que nous jouissons de tous
les biens que Dieu a départis aux mor-i
tels.
Le mari nourrit sa femme qui doit ïe
rendre père. Il amasse pour ses enfans 7
mémo ayant leur naissance, ce qui sera
G5
i54 Pensées morales
nécessaire à soutenir leur vie ; il fait en
leur faveur le plus d'épargnes qu'il lui
est possible.
Mais la mère fait encore plus pour
eux. Elle porte avec peine le fardear qui
la met en danger de sa Yie ; elle nourrit
de sa propre substance l'enfant qui est
encore dans son sein ; elle le met au jour
enfin avec de cruelles douleurs j elle
l'allaite et lui donne tous ses soins, sans
qu'aucun bienfait reçu puisse encore
l'attacher à lui, sans même qu'il puisse
connaître celle qui lui prodigue tant de
témoignages de sa tendresse. Il ne peut
indiquer ses propres besoins mais elle
,
cherche à. deviner ce qui lui convient,
ce qui peut lui plaire ; elle ne cesse de
se tourmenter nuit et jour , sans savoir
quelle reconnaissance elle recevra de
tant de peines.
Il ne suffit pas de nourrir les enfans :
'dés que l'âge les rend susceptibles de
quelque instruction, leurs parens s'eni
de
fessent leur enseigner ce qu'ils sai
de Socra te. r 55
vent, et ce qui pourra leur être utile un'
jour. Connaissent-ils quekju'un plus ca-,
pable qu'eux de les instruire ? ils les en.
voient recevoir ses leçons, et ne regret-
tent aucune dépense pour leur donner
la meilleure éducation qu'ils puissent*
leur procurer.
Tu te plains, mon fils , de ce que t.i
mère te dit des choses dures. Mais depuis
ton enfance combien de désagrémens
plus insupportables ne lui as tu pas
*
causés ! combien tes cris ne lui ont-ils
pas fait passer de mauvaises nuits ! com-
bien tes actions tes paroles ne l'ont-,
,
elles pas tourmentée pendant le jour
combien de chagrins tes maladies ne lui
ont-elles pas causés ! Si elle te fait des
reproches , n'es-tu pas assuré qu'elle ne
veut à personne autant de bien qu'à toi?
Tu as donc une tendre mère qui, dans
tes maladies, prend de toi des soins assi.
dus qui néglige sa santé pour te rendre
,
la tienne qui tremble que tu ne man-
,
ques de quelque chose f qui demande
G 6
i56 Pensées morales
pour toi les bienfaits de la'Providence
dans les voeux qu'elle lui adresse.... Et
tu n'aurais pas d'égards pour elle!... Tu
ne seras donc pas capable de vivre parmi
les hommes?.... Dis-moi ; ne penses-tu
pas que nos devoirs nous soumettent
toujours à que'qu'un ? Ne seras tu jamais
obligé de plaire à personne de suivre
,
"personne, d'obéir à personne, pas même
a un général, pas même à un magistrat?
Ne faudra t il pas aussi que tu plaises à
ton voisin , pour qu'il te permette au
besoin de prendre du feu à son foyer,
pour qu'il te rende de petits services
dans l'occasion , pour qu'il te donne
volontiers de prompts secours en cas
d'accident?.Estil indifférent d'avoir pour
amis ou pour ennemis ses compagnons
de voyage, de navigation, d'entreprises ?
Ne crois-tu pas qu'il faille travailler à
mériter leur bienveillance ?
Voilà bien des gens pour qui tu dois
avoir des égards , et tu n' en aurais pas
pou* une iièje nui t'omet autant qu'on
(VAristotc. i5/
puisse aimer ! Celui qui manque de
respect à ses parens , n'est capable de
rien de juste et d'honnête il doit être
,*

éloigné des magistratures ; il est re-.


gardé avec horreur. Comment, en effet,
ne pas croire que celui qui a des pro-
cédés offensans pour les auteurs de se»
jours , payera les bienfaits autrement
que de la plus noire ingratitude.

33-
PENSÉES MORALES
D'ARISTOTE. (i)
NCUSLLE chose peut rendre heureux
dans ce monde ?

( i ) Il naquit en Macédoine il y a environ,


2i83 ans , enseigna la philosophie à Athènes s
U fut précepteur d'Akxandrej
i53 Pensées morales.
Ce ne sont pas les plaisirs des sens $
qui , outre qu'ils ne sont pas de du-
rée , causent du dégoût , affaiblissent
le corps , et abrutissent l'esprit.
Ce rie. sont pas les honneurs qui font
le tourment des ambitieux , et les
portent souvent à commettre des ac-
tions injustes pour les obtenir ou pour
les conserver.
Ce ne sont pas non plus les ri-
chesses qui rendent malheureux ce-
lui qui les garde ou qui craint.de
,
s'en servir.
La félicité consiste dans la sagesse
et la prudence ; la santé , et des ri-
chesses dont on fait un bon usage
,
augmentent cette félicité.
Le vice seul suffit pour rendre mal-
heureux. Et quand un homme serait
dans une très - grande abondance et
,
qu'il jouirait d'ailleurs de toutes sortes
d'avantages il ne po-juriit jamais être
,
heureux tant qu'il serai' livré au vice.
\
L'étude contribue bem^copp faire
(VAristote. 15$
aimer la vertu j c'est la plus grande
consolation qu'on puisse avoir dans la
vieillesse.
11 y a autant de différence entre les

savans et les ignorans qu'entre les


,
vivans et les morts.
La science est. un ornement dans
la prospérité et un refuge dans l'ad-s
,
versité.
Ceux qui donnent une bonne édu-:
cation aux enfans , en sont bien da-
vantage lés pères que ceux qui les
ont engendrés , puisque les uns ne
leur ont donné que la vie , et les
autres leur ont donné les moyens de
la passer heureusement.
Les disciples qui veulent faire beau-
coup de progrès y doivent toujours
s!efforcer d'atteindre les plus avancés ,
et ne point attendre ceux qui sont
après eux.
Ne faites gloire d'appartenir à une
illustre patrie qu'autant que vous
,
êtes digne d'en être membre.
l6o Pensées ?no?*alcs
Que gagnent les menteurs ? C'est
qu'on ne les croit pas , lors même
qu'ils disent la vérité.
11 y a des gens qui amassent du
bien ayee autant d'avidité que s'ils de-
vaient vivre toujours. D'autres dépen-
sent ce qu'ils ont, comme s'ils devaient
mourir le lendemain.
Un ami est une même ame dans
deux corps.
Le fruit qu'on retire de la sagesse ;
c'est de faire de son plein gré ce que
d'autres ne font que par la crainte des
lois,
d'Isocrate, 16*1

34-
PENSÉES MORALES
D'ISOCRATE. (1)
CHAPITRE PREMIER.

V-/E qui sied davantage àht jeunesse ,


c'est la modestie la pudeur, l'amour
,
de la tempérance et de la justice. Ce
sont là les vertus qui doivent former
60n caractère.
S'il vous arrive de commettre quel-
qu'actioh honteuse ne vous flattezpas
,
qu'elle puisse rester absolument igno-
rée. Mais quand vous pourriez la dé*
rober à la connaissance des' autres ,ne
sera-1-elle pas connue de YOUS ?
Ne recherchez jamais que des plaisirs

i » iimn «i ——.1^
lllii 1 .'!
un. 11 »>

( 1 11 naquit à Athènes il y a aa3i> an^


i6a Pensées morales
honnêtes: Les plaisirs sont un bien
quand ils s'accordent avec l'honnêteté ;
ils deviennent un mal dès qu'ils s'en
écartent.
Tout ce que vous faites , faites le
comme devant être su du public. Ce
que vous aurez caché pendant quelque
tems se découvrira par la suite.
C'est sur-tout en ne vous permettant
pas vous-même ce que vous désapprou-
vez dans les autres, que YOUS mériterez
d'être estimé.
Tout ce que vous avez de loisir, em-
ployez-le à écouter les gens instruits.
Par là vous apprendrez sans peine ce
qu'ils n'ont appris que par un long
travail.
Ne vous contentez pas de louer les
gens de bien : imitez-les.
De toutes nos possessions , la sagesse
seule est immortelle.
Soyez poli dans vos manières et
affable dans vos discours. La politesse
et l'affabilité se concilient tous les
d'Isocrate. i63
toeurs.'La politesse défend de se mon-
trer chagrin et contredisant , de heur-
ter de front ses amis lorsqu'ils s'em-
portent même sans sujet. Elle veut
qu'on leur cède dans la colère et que
,
pour les avertir on attende qu'elle soit
calmée. L'homme civil oblige autant
par ses manières que par ses services ,
et craint d'imiter ces sortes d'amis qui
choquent même en obligeant. Il évite,
ce ton de reproches et de réprimandes
qui ne fait que révolter et aigrir les
esprits.
Civil envers tout le monde, ne vous
familiarisez qu'avec les gens vertueux i
c'est le moyen d'éviter l'inimitié des
uns , et de YOUS concilier l'amitié des
autres.
Préparez-vous par des travaux vo-
,
lontaires à supporter les fatigues
,
quand il en sera besoin.
Travaillez à maîtriser l'adversité ainsi
que les passions auxquelles ils vous
serait honteux d'être àssujéti la eu-
,
lG% Pensées morales
piditê la colère et la volupté. Vous
,
ne vous laisserez pas asservir par la cu-
pidité si vous comptez pour un gain
,
tout ce qui peut augmenter votre gloire
plutôt que vos richesses. Vous saurez
réprimer la colère , si YOUS YOUS.mon-
trez disposé à l'égard de ceux qui com-
mettent des fautes , comme vous vou-
driez qu'on le fût à votre égard si vous
,
en aviez commis vous-même. Vous na(
vous laisserez pas dominer par les plai-,
sirs , si vous regardez comme une
honte d'obéir à la volupté. Enfin , YOUS
VOUS affermirez contre l'infortune , en
jetant les yeux sur les misères d'autrui,
et en YOUS rappelant que YOUS êtes
homme.
Soyez aussi religieux à tenir votre
parole qu'à garder un dépôt, Celui
,
qui se pique de vertu doit être si exact
dans tous ses engagemens que sa sim-
,
ple parole soit plus sûre que le serment
des autres,
(VIsocrate. ïG£

35-
PENSÉES MORALES
D' I S O C IV A T E.
CHAPITRE SECOND.
ii' ' »

AVANT de
vous lier avec quelqu'un ,
sachez comment il s'est conduit dans
ses premières amitiés. Il est à croire
qu'il n'en usera pas autrement avec
YOUS qu'il n'en usait avec les autres.
Soyez aussi difficile à former des at-
tachemens
,
qu'attentif à ne pas les
rompre. Il est aussi honteux de chan-
ger sans cesse d'amis , que de n'en pas
avoir.
Vous connaîtrez vos amis à l'intérêt
qu'ils prendront à vos di^races et
,
au zèle qu'ils montreront xhns vos dé-
tresses. C'est dans le creuset qu'on
*6(5 Pensées morales
éprouve l'or ; c'est dans l'adversité qttg
l'on reconnaît l'ami véritable.
Un des principaux devoirs de. l'a-
mitié est de prévenir les demandes de
amis% et de s'offrir de soi-même
ses
pour les secourir dans l'occasion.
Cherchez dans vos habits la propreté,
non le luxe : le luxe ne se plaît que
dans une ostentation vaine; la propreté
s'en tient à une décence honnête.
Le flatteur et le trompeur doivent
vous être également odieux. Ils sont
également à craindre pour quiconque
leur donne sa confiance.
Fuyez les occasions de boire ; mais
si la société vou3 y engage retirez-
,
vous avant d\ ? surpris par le vin.
L'esprit une fois troublé par l'ivresse,
est comme ces chars dont les chevaux ,
ayant jeté bas leur conducteur , sont
abandonnés à eux-mêmes, et se préci-
pitent au gré de la fougue qui les em-
porte. De queU écarts l'homme n'est-

d'Isocrate, i6y

il pa3 capable quand la raison ne le


,
conduit plus !
Soyez lent à résoudre et prompt à
exécuter.
Si vous êtes en place éviter d'em-
,
ployer des hommes vicieux bien per-
,
suadé qu'on vous imputera ce qu'ils
pourront faire de mal.
Sortez des emplois plus estimé ;
non plus riche. Les éloges du publie
sont préférables aux richesses.
N'enviez pas la fortune du méchant
qui prospère , mais plutôt le sort de
l'homme de h'mt qui ne méritait pas
de souffrir. Celui-c n'eût-il pour le
,
présent aucun autre avantage aura
,
toujours de plus que l'homme injuste,
.
l'espoir d'un heureux avenir.
Contentez - vous d'un soin raison-
nable pour ce qui regarde le corps ;
mais cultivez soigneusement votre
esprit.
Fortifiez votre corps par le travail ,
et voire esprit par l'étude.
|68 Pensées morales
Il n'est rien de stable ici-bas. Que
cette vérité vous soit toujours présente,
et vous ne vous laisserez ni transporter
par la joie dans la prospérité, ni abattre
par la douleur dans la disgrâce.
Redoutez plus l'infamie que le dan-
ger. Il n'y a que le méchant qui doive
craindre la mort ; l'homme de bien no
doit appréhender que l'ignominie.
Ne vous jetez pas dans le péril sans
nécessité ; mais s'il vous faut courir
les hasards de la guerre ne craignez
,
que la honte , et ne cherchez votre
salut que dans votre courage. Mourir
ect la destinée commune des hommes ;
mourir avec gloire est le privilège do
l'homme vertueux.

HYMNE
Hymne de Clcanthei 16$

36.
HYMNE
DE CLÉANTHE. (1)

O pèftR des humains .auteur delà naturel


0 sagesse infinie l 0 loi sublime et pure t
Uniu!- souveraine à qui tous les mortels
,
Sous mille noms divers élèvent des autels *
Je t'adore ! Nos coeurs te doivent leur hommage?
Nous sommes les enfans, ton ombre ton image \
t
Et tout ce qui respire, animé par tes mains»
A célébrer ta gloire invite les humains.
Béni sois a jamais ! Ma voix reconnaissante
Comacie ses accensà ta bonté puissante.
Tu lé^is l'univers. Ce tout illimité
,
Qui renferme la terre en son immensité,
Ce tout harmonieux tlmauéde toi-mômo !
#
S'applaudit d'obéir à ton ordre sup; <?me.

(1) Philosophe Stoïcien, Dé en Asie il y a aojo


«os.
H
î^o Hymne
Ton sou fie intelligeut circule en ce grand corps,
fen féconde la niasse en meut tous les ressorts.
,
I.a.foudre étincelante en ta main redoutable ,
Porte un effroi vengeur dans l'ame du coupable.
Présenta tous les tems, tu remplis tous les lieux ;
La terre, l'océan , le ciel t'offre à nos yeux.
Tout dérive de toi ; j'en excepte nos vices,
Nos injustes projets nos fureurs, nos caprices.'
,
Par toi l'ordre naquit du cahos étonné î
Chaque être tient le rang par toi seul assigné;
Par toi des élémens la discorde est oannie ;
Et des biens et des maux la constante harmonie,
Les enchaînant entr'eux pur un secret lien
,
Forme de leur accord une source do bien.
L'homme insensé , qu'aveugle un jour perfide et
sombre,
Cherche par-tout ce bien et n'en saisit quo
,
l'ombre.
Ta loi seule, ta loi, vrai flambeau des humains,
De la félicité leur montra les chemin».
Mais l'un dort inutile au sein de la paresse ;
L'autre boit du plaisir la coupe enchanteresse i
De la spif des grandeurs cet autre est dévor' ,
Ou sèche auprès do l'or dont il est altéré.
Grand dieu , père du jour, et maître du tonnerre.
Du crime et de l'erreur daigno purger la terre;
Affranchis la raison du joug destts tyrans.
Laisse, laisse entrevoir aux mortels iguorans
de Cléantha. 171
Des éternelles lois le plan sage et sublime.
Puisse alors de nos coeurs lo concert unaniina
Te rendre un pur hommage égal à tes bienfaits»;
Et digne enfin de toi, s'il peut l'être jamais l

37.
PENSÉES MORALES
DE CICÊRON, ( î )
CHAPITRE P R E M 1 E R.

JLJN écartant la superstition \ conser-;


vons la religion inaltérable.
La beauté de la création , l'ordre
majostueux des corps célestes , nou9
obligent d'avouer qu'il existe un être
éternel et puissant, nous forcent à le
reconnaître et à l'admirer.
Quel est l'homme sensible que no
portent point à la reconnaissance en-

(1) Il vivait à Homo il y a igoo ans,


H a
\rj9. Pensées morales
vers le premier être , le cours réglé
des astres les vicissitudes des jours
,
et dos nuits , les différentes tempéra-
tures des mois , tant de richesses qui
naissent pour nous?Sans doute il existe
dans la uaturo une suprême intelli-
gence. Eh ! qui osera combattre une
opinion rus«.i utile ? Peut-on ne pas
reconnaître les avantages que Ton doit
à ce sentiment religieux ? Ignore-1-on
combien la ctainte de la justice di-
vine arrache do malheureux au crime ,
et combien est sainte la .société des ci*
toyens qui ont Dieu même pour té-
moin et pour juge ?
Nous ne sommes pas mortels : notre
corps seul est sujet à la mort; c'est l'ame
qui constitue l'homme , et non cette
forme extérieure qui sert à nous faire
reconnaître. Un Dieu étemel meut ce
momie moi tel : une ame incorruptible
fait agir nos fragiles otgattes
Conduit seulement par la sensibilité
physique l'animal n'est occupé que
,
de Cicéron. 17$
du présent ; mais Homme éclairé par
la raison , qui lui lait connaître ied
conséquences des choses , enchaîne le
présent à l'avenir , embrasse d'un coup
d'oeil le cours entier de la vie et pré-
,
pare ce qui lui est nécessaire pour en
remplir la durée.
La raison de l'homme a pénétré jus-
qu'au ciel même. Seuls de tous les
animaux nous
1 connaissons le lever
,
des astres leur coucher et leur cours :
>
c'est l'homme qui a marqué les limites
des jours des mois et des années.
,
Les éclipses du soleil et de la lune
sont prévues ; on les prédit pour le
long avenir; on marque leur grandeur,
leur tems et leur durée. L'homme doit
à ce grand spectacle la connaissance
do Dieu
,
d'où naissent la piété la
,
justice et toutes les vertus : elles seules
peuvent nous procurer le bonheur qui
nous rapproche de la divinité.
Que chacun de nous embrasse le
ciel la terre et les mers tous les
, ,
II 5
1^4 Pensées morales
objets que lui offre la nature ; qu'il
saisisse, en quelque sorte , par la pen-
sée , l'être qui les gouverne et leur
impose des lois ; qu'il se contemple
lui - même , non pas renfermé dati3
d'étroites murailles non pas resserré
,
dans un coin de la terre mais citoyen
,
du monde entier. Du haut de ces su-
blimes méditations que lui procure*
,
ront le spectacle et la connaissance de
la nature comme il saura bien se con-
,
naître lui - même ! comme il dédai-
gnera , comme il trouvera viles toutes
les futilités auxquelles le vulgaire at-
tache un si grand prix !
11 sentira qu'il possède en lui-même
quelque chose do divin et dès-lors il
,
n'aura que des pensées, il ne fera que
des actions dignes de ce présent du
créateur.
Dieu ne nous a pas formés pour
n'être occupés que de jeux et de ba-
gatelles ; il nous a plutôt destinés à
une sorte de sévérité , et à des oc-
de Cicéronî 17S
cupations graves et importantes. S'il
est quelquefois permis de se livrer aux
jeux et aux amusemens , c'est comme
on s'abandonne au repos et au som-
\

meil après avoir satisfait aux affaires


,
sérieuses.
11 est une première loi éternelle \
,
invariable et gravée dans le coeur de
tous les hommes : c'est la droite rai-
son. Ce n'est jamais en vain qu'elle
parle à l'homme vertueux, soit qu'elle
ordonne soit qu'elle défende : les
,
médians seuls ne sont pas touchés de
sa voix. Facile à comprendre * elle
n'est pas différente dans un pays et
différente dans un autre : elle est au-
jourd'hui ce qu'elle sera demain : elle
oblige toutes les nations et dans tous
,
les tems ou plutôt c'est Dieu mémo
,
qui, par elle, conduit tous les hommes
et leur commande. L'audacieux qui ,
s'oubliant lui - même et foulant aux
pieds l'humanité ne craint pas d'afr»
,
tenter a la droite raison , trouve la
H 4
fty6 Pensées morales
punition dans son crime même quand
,
il pourrait se soustraire aux chàtimens
des hommes.

3».
PENSÉE S MORALES
DECICÊRON.
CHAPITRE SECOND,'

X oui les peuples sont partagés par


des opinions diverses ; ils sont soumis
à des usages différons ; mais ils re-
connaissent tous la loi éternelle. Est-
il , en effet , un seul peuple sur la
terre qui ne respecte pas la bonté ,
la douceur , la reconnaissance ? En
est il un qui ne méprise pas , qui n'ait
pas en horreur l'orgueil , la méchan-
ceté la cruauté l'ingratitude ? Le
, ,
créateur , qui a voulu lier les hommes
jemr'eux par un commerce mutuel efc
de Cicéron, 177
des rapports réciproques , les a créés
amis de la justice.*
La raison , inspirée par l'auteur de
la nature a suffi des les premiers
, ,
âges du monde , pour exciter au bien ,
pour détourner du crime : elle obligea
avant que les lois fussent écrites.
Si la justice n'était que l'obéissance
aux lois écrites, on aurait droit de les
négliger ou de les enfreindre dès qu'on
le pourrait impunément.
Si la crainte du supplice et non
,
l'horreur du crime devait seule nous
,
arracher aux forfaits et à l'iniquité
,
nul homme ne serait injuste et les
>
médians ne seraient que des mal-
adroits. Si l'amour de la vertu ne nous*
conduit pas si nous ne sommes gen9
,
de bien que parce que nous y voyons
notre profit, nous sommes rusés, mais
nous ne sommes pas réellement gens
de bien. Que fera dans les ténèbres
celui qui ne caint que le té:ioi<.naoe
<et le jugement dea hommes ! Que fe-
115
178 Pensées morales
ra-t-il s'il trouve à l'écart un être fai-
ble chargé' de beaucoup d'or, et qu'il
,
pourra facilement dépouiller ? Si vous
êtes vraiment honnête et juste , vous
vous approcherez de ce malheureux
égaré, vous lui parlerez vous lui prê-
,
terez des secours , vous le remettrez
dans son chemin. Mais est-il difficile
de prévoir le parti que prendra celui
qui ne fait rien pour les autres et ,
qui mesure tout sur ses intérêts ?
Imposons à nos désirs de se sou-
mettre à la raison ; qu'ils soient tou-
jours tranquilles et que jamais ils ne
,
portent le trouble dans notre ame.
C'est de là que résultent la sagesse ,
la constance et la modération.
L'auteur de la nature ne s'est pas
âïtontré assez ennemi du genre humain,
pour lui avoir prodigué tant de subs-
tances utiles au corps, sans avoir rien
fait pour l'ame. Les remèdes pour les
maladies de l'ame sont dans la rai-
son* qui» sagement conduite, aperçoit
de Cicéron. 17g
toujours le plus grand bien et qui,
$

négligée s'embarrasse de mille er^


,
reurs.
Qu'y a-t-il de plus beau de plus
,
avantageux à l'homme , de plus digne
de lui que la raison ? Que peuvent
,
estimer ceux qui la méprisent?
C'est elle qui nous dirige dans les
sentiers de la vie , qui nous attache
à la vertu et qui nous éloigne du
,
vice. Elle a réuni les hommes en so-
ciétés ; elle les a liés entr'eux en rap-
prochant leurs habitations ; elle a res-
serré leurs noeuds par l'union conju-:
gale ; elle a adouci leur société par
l'heureuse communication de récri-
ture et de la parole : c'est à elle que
nous devons les lois ; elle est notre
consolation dans l'adversité. Un seul
jour passé suivant ses préceptes est
préférable à une coupable imn ortal.té.
Elle assure la tranquillité' d* n.»s jours,
et nous arrache au* terreur de la >

mort»
XI 6
ï8o Pensées morales
On s'est insensiblement écarté de îa
vérité ; on est venu jusqu'à séparer
l'honnête de l'utile, jusqu'à supposer
qu'il y a quelque chose d'honnête qui
n'est pas utile et quelque chose d'u-
,
tile qui n'est pas honnête. Il est im-
possible de concevoir une opinion plus
fausse à-la-fois et plus pernicieuse
,
plus funeste aux bonnes moeurs. Ce
qui est honteux ne peut jamais être
utile quand même il nous ferait ac-
,
quérir ce que nous appelons de grands
avantages,
Rien de plus aimable que la vertu ,
rien qui gagne plus sûrement les coeurs.
Nous aimons les hommes que nous
n'avons jamais vus sur le seul récit
,
de leurs belles actions et de leurs
bonnes qualités.
Ce n'est pas la justice des hommes,
trop souvent trompée , c'est la con-
science qui fait la peine du méchant \
c'est le remords dévorant et le souve-.
nir rongeur de son crime.,
de Cicéron. 181
C'est un grand pouvoir que celui de
la conscience : il ïie se fait pas moins
sentir , lorsqu'il ôte toute crainte à
l'innocent V qu'en offrant sans cesse
au coupable tous les supplices qu'il a
mérités.
Le lâche , l'insensé , le méchant ne
peuvent être heureux : mais l'homme
honnête l'homme courageux, le sage ,
,
ne peuvent être misérables. L'homme
ferme et vertueux no se repent jamais
d'avoir bien fait, quand il ne verrait
,
pour prix de ses vertus , que les ap-
prêts de son supplice.
Personne n'est libre que le sage.
Quest ce en effet que la liberté ?
, ,
le pouvoir de vivre conformément à
ses désirs. Et quel est l'homme qui vit
comme il veut ? N'est-ce pas celui qui
suit la justice , qui se plaît à son de-
voir , qui d'avance s'est imposé des
règles pour tout le cours de sa vie ;
celui qui ne se soumet pas aux lois
par la crainte , mais qui les suit, qui
182 Pensées morales
les respecte parce qu'il pense que
,
rien n'est plus utile qu'elles ; celui
qui juge les choses d'après lui-même ;
celui enfin qui maîtrise la fortune que
l'on croit si puissante ?

39-
PENSÉES MORALES
DE C I C É R O N.
CHAPITRE TROISIEME.

I lien le plus étroit de la société


JE ,
c'est la ferme persuasion que l'homme
ne doit rien enlever à l'homme , et
qu'il vaut mieux supporter les dis-
grâces de la fortune , les maladies du
corps , les maux de l'esprit , tout ce
qui peut enfin nous arriver de funeste ,
que de pécher contre la justice.
L'honnête homme près de périr de
,
faim ne pourra-t-il donc arracher la
,

de Qicéron. i85
subsistance à quelque misérable qui
n'est bon à rien?... Non , sans doute ;
car il est moins utile de vivre , que
d'être bien persuadé qu'on ne doit faire
de tort à personne.
Puisqu'il ne nous est pas accordé de
vivre avec des hommes parfaits ni
,
d'une sagesse consommée et que c'est
,
beaucoup de trouver dans la société
ordinaire quelque faible image de la
vertu, gardons - nous de négliger les
personnes en qui nous remarquons des
qualités louables ; mais cultivons sur-
tout ces caractères heureux , ces âmes
brillantes des vertus qui font le charme
de la vie, Ces vertus sont la modestie
et la modération.
Ayons grand soin de marquer une
sorte d'amour et de respect à ceux
avec qui nous conversons.
Evitons de donner , par nos dis-
cours , une mauvaise idée de notre
caractère s c'est ce qui ne manquera
pas d'arriver si nous cherchons l'oc^
,
i84 Pensées morales
casion de détruire les absens de les
*

couvrir de ridicule , de les juger avec


dureté de les déchirer par la médi-j
,
sance , de les couvrir d'opprobre.
Dans les contestations que nous pour-
rons avoir avec nos ennemis , lors
même qu'ils s'oublieront jusqu'à nous
accabler d'injures faisons un effort
,
sur nous-mêmes , gardons notre sang-
froid réprimons les accès de la colère.
,
Si nous nous laissons une fois troubler
,
nous ne saurons plus observer de me-
sure , et nous finirons par voir s'éle-
ver contre nous tous ceux qui pour-
ront nous entendre.
Donnons avec noblesse , retirons
sans dureté ce qu'on peut nous de-
voir. S'agit-il de vendre de louer ,
,
de régler avec nos voisins les limites
de nos possessions dans toutes nos
,
affaires enfin montrons* nous justes
,
et faciles. Evitons les procès autant
qu'on peut raisonnablement le mire. ,
j'oserais même dire un peu plus qu'on
de Ciceron. i85
ne le peut raisonnai lement ; car ce
n'est pas seulement une générosité ,
c'est souvent un grand avantage de re-
lâcher quelque chose de ses droits.
Ne regardons comme un mal rien
de ce qu'a déterminé l'auteur de la
nature. Nous n'avons pas été créés
par un aveugle hasard : il est une puis-
sance qui veille sur le goitre-humain j
et elle ne l'aurait pas formé , elle ne
l'aurait pas conservé pour le faire
,
tomber après un long cours de mi-,
,
eère dans le mal éternel de la mort.
,
Regardons plutôt la mort comme
un asyle qui nous attend , comme un
port assuré.
La mort devient facile à supporter ,
quand on peut se consoler en ses der-
niers instans par le souvenir d'une
belle vie.
Il ne nous est pas permis de quitter la
vie sans l'ordre de celui dont nous l'avons
reçue t ce serait abandonner le poste qui
nous a été assigné par Dieu mêmç»f
i86 Pensées morales

40.
PE NSÈES M ORALES
DE C I C Ê R O N.
CHAPITRE QUATRIEME.,

IJAKS gouvernement j une maison ,


une ville , une nation , le genre - hu-
main , le monde entier ne peuvent sub-
sister.
Celui qui commande doit obéir quel-
quefois.
Celui qui obéit avec modestie parait
digne de commander un jour.
Diriger, ordonner ce qui est juste ,
ce qui est utile , ce qui s'accorde avec
les lois telles sont les fonctions des
,
magistrats. Les lois commandent aux
magistrats ceux-ci aux citoyens ; et
,
l'on peut bien dire quo le magistrat est
de Cicéron, 187
une loi parlante, et la loi un magistrat
muet.
Le devoir du magistrat est de se sou-
venir qu'il représente l'état qu'il est
>

chargé d'en soutenir la gloire et la di-


gnité , et de maintenir les lois.
Celui de l'homme privé, est de vivre
avec ses concitoyens sans bassesse ,
sans abjection et sans hauteur, de ne
rien vouloir que d'honnête , et de con-
tribuer par sa conduite , à maintenir
,
le repos de la société.
Le meilleur moyen de conserver sa
puissance, c'est de se faire aimer. C'est
une mauvaise escorte que la terreur ,
mais la bienveillance est toujours une
garde fidelle.
Plaçons nos bienfaits sur ceux qui
en ont le plus grand besoin. C'est à
quoi Ton manque souvent. On s'em-
presse d'obliger ceux dont on espère le
plus., et qui n'ont besoin de rien.
Les hommes vraiment généreux ne
sont pas ceux qui dissipent leurs ri-
i88 Pensées m orales
chesses à donner des festins et des jeux :
ce sont ceux (jui consacrent leur for-
tune à t'rer de la misère des familles
vertueuses , à les établir , et à leur
donner des secours à propc
Quel est l'homme qu'on peut appeler
riche ? Celui dont la fortune lui suffit
pour vivre honnêtement, qui est con-
tent , qui ne cherche, qui ne désire rien
de plus. C'est en effet le coeur de
l'homme et non son coffre fort qui
, ,
doit être riche. Si vous avez une foule
de passions capables d'engloutir des
trésors , comment voulez-vous que je
vous appelle riche, lorsque vous sentez
tous-même toute votre misère ?
Jamais la soif de la cupidité ne peut
s'étancher jamais elle n'est satisfaite ;
,
on est tourmenté par le désir d'aug-
menter ce qu'on possède; on l'est aussi
par la crainte de le perdre.
Ce n'est pas le compte de nos reve-
nus , c'est notre manière de vivre qui
fait notre richesse. Etre sans cupidité,
de Ciccron» i8çj
c'est un fonds assuré. Ne rien acheter
par caprice , c'est un revenu. Etre con-
tent de ce qu'on possède, c'est la plus
grande c'est la plus certaine des for-
,
tunes.
Le meilleur héritage qu'un père
puisse laisser à ses enfans héritage,

,
préférable aux plus riches patrimoines,
c'est la gloire de ses vertus et de ses
belles actions. Les enfans doivent con-
server intact un si précieux héritage.
Imprimer une tache à la gloire de ses
ancêtres c'est un crime , c'est une
,
impiété.
C'est le devoir de la jeunesse de res*
pecterles hommes avancés en Age de
,
choisir entr'eux ceux à qui leur sa-,
gesse a mérité la meilleure réputation ,
et de se conduire par leurs conseils et
leur autorité ; car la jeunesse doit être
éclairée et conduite par la prudence
des vieillards 11 fiut .sur-tout l'éloi-
gner des plaisirs licencieux > et former
son corps et son esprit au travail et k
igo Pensées morales
la patience, afin de lui préparer toute
la vigueur nécessaire aux travaux de
la guerre et de la paix.
Le respect et l'amour de la jeunesse
font le charme de l'Age avancé. Comme
les sages vieillards se plaisent à la con-
versation des jeunes-gens qui montrent
un heureux caractère , de même la jeu-
nesse honnête aime à recevoir les le-
çons des vieillards,-^ à se laisser guider
par eux dans la pratique de la vertu.
La plus douce la plus solide de3
,
unions, est celle qui forment les per-
sonnes honnêtes , également liées par
la conformité de leurs vertus et par les
noeuds de l'amitié ; car la vertu nous
attire par un charme puissant, et nous
porte' à chérir ceux qui paraissent l'ai-
mer. Est-il rien de plus touchant , de
plus intéressant que l'heureux accord
des bonnes moeurs ? Des amis qu'ont
rapprochés les mêmes inclinations » les
mêmes goûts le même penchant à
,
de Chéron. loi
la vertu , se chérissent mutuellement
autant qu'ils s'aiment eux-mêmes.
Combien notie bonheur ne perdrait*
ifpas de ses charmes , si personne ne
daignait s'en réjouir î Que nos mal-
heurs seraient durs à supporter sans
,
un ami qui les ressentît encore plus
vivement que nous-mêmes 1

Mais quel amour est comparable à


celui de l'amour de la patrie ? Nous ai-
mons les auteurs de nos jours , nous
chérissons nos parens nos enfans ,
,
nos amis ; mois ces différentes affec-
tions la patrie les embrasse toutes.
,
Eh ! quel bon citoyen refuserait de mou*
rir pour elle , si, par sa mort, il pouvait
la servir ?
ijfjft Pensées morales

41
PENSÉES MORALES
DE PLUT ARQUE. (1)

V-/N croît communément que c'est des


habits dont on est vêtu qu'on tire sa
,
chaleur. Mais ces habits étant eux-
mêmes froids, comment pourraient-ils
échauffer 1P. corps ? Ne voyons - nous
pas , au contraire , que , pendant les
grandes chaleurs ou dans l'ardeur de
,
la fièvre on change souvent de linge
,
et d'habits pour se 1 a fraîchir ? L'homme
porte donc la chaleur en lui même ;
et les, vêtemens , en serrant lo corps ,
retiennent ce feu naturel , et l'empê-
chent do s évaporer et de se répandre.
». 1111 mi 11 < 11 m. » ».
(t)
1 1 1

Il naquit en iii'otie et vécut partie


,
h Rome, partie dans sa [ttirie il y a cnvùon
,
ittoo ans.
de Plntarqueî îf)3
Une erreur à-peu-prés semblable en
morale fait croire à la plupart des
,
hommes qu'en s'entourant de riches
,
maisons, de meubles magnifiques de
,
monceaux d'or et d'argent , ils joui-
ront du bonheur. Mais est-ce du dehors
que peut venir a l'homme la douceur'
et le charme de sa vie ? N'est-ce pas
plutôt de la sagesse de ses moeurs que
découlent, comme d'une source heu-
reuse , ses plaisirs et ses joies vérita-
bles ?
C'est le contentement de l'ame qui
rend agréable la possession des riches-
ses Î c'est de lui que la puissance et la
gloire tirent leur éclat le plus solide»-
La douceur et la facilité du caractère
font supporter avec égalité l'indigence
et la vieillesse.
Il n'est pas de genre de vie que la
vertu ne rende agréable et commode ;
mais avec le vice la gloire les ri-
, ,
chesses et les honneurs nous déplaisent
et nous tourmentent.
I
ig4 Pensées morales
En quoi consiste donc le plaisir du
vice , s'il est toujours accompagné d'in-
quiétudes et de peines si jamais il ne
,
goûte ni satisfaction ni repos ? Les plai-
sirs des sens dépendent nécessairement
de la bonne disposition du corps : de
même il ne peut y avoir pour l'ame
de joie véritable si une tranquille sé-
,
curité , si un calme inaltérable ne sont
les fondemens de ses plaisirs. Une es-
pérance flatteuse pourra lui sourire un
instant ; mais bientôt les soucis et les
alarmes viennent étouffer cette joie
naissante , comme un orage impétueux
trouble la sérénité de l'air. Vous aurez
beau être riche si vous ne domptez
,
pas vos passions , si une insatiable cu-
pidité vous dévore , si vous êtes en
proie aux craintes et aux sollicitudes ,
à quoi vous servira votre opulence ?
c'est donner du vin à un malade brûlé
par la fièvre; c'est charger un estomac
fatigué qui ne digère pa et pour qui
,
la nourriture se change en poison. Ne
de Plutarçue; ig5
voyez-vous pas les malades rejetter avec
dégoût les viandes les plus délicates ;
mais quand la s mté leur est revc-mie ,
ils mangent avec plaisir les alimens les
plus ordinaires.
La raison met dans notre ame une dis-
position semblable. Un homme qui aura
su goûter ce qui est bon et honnête ,
sera toujours content de sa fortune. Au
sein de la pauvreté il se trouvera plus
heureux qu'un riche aussi satisfait
,
dans sa vie obscure et privée que s'il
,
avait des armées à conduire et un état à
gouverner. Quand vous aurez fait des
progrès dans la sagesse , vous ne trou-i
veiez plus de situation fâcheuse. En tout
état, vous serez heureux : dans l'opu-
lence parce que vous pourrez étendre
,
davantage vos bienfaits ; dans la pau-
vreté, parce qu'elle vous épargnera bien
des inquiétudes ; dans les honneurs
,
parce qu'ils vous attireront de la gloire ;
et dans l'obscurité, parce que vous y se^
rez-à l'abri de l'envie.
I2
jç)G Pensées morales

PENSÉES MORALES
D'UN SAGE DE LA JUDÉE, (i)
ET DE SES DISCIPLES.
CHAPITRE PREMIER.
JritUREux
ceux qui ne mettent pas
leur affection dans les richesses !
Heureux ceux qui sont pacifiques ,
qui sont compatissans qui sont justes,
,
et qui ont le coeur pur !
Il a été dit à vos ancêtres : Vous ne
tuerez point. Et moi je vous dis de ne
pas même vous mettre en colère contre
votre frère , et de ne pas l'injurier.
Si, étant sur le point de faire votre
offrande à l'autel vous vous ressou-
,

( i ) Jésus i qui vécut il y a 1800 ans..


d'un Sage de la Judée. 197
venez que votre frère a quelque chose
contre YOUS , laissez-là votre offrande ,
et allez auparavant vous réconcilier
avec lui.
Il a été dit a vos ancêtres : Vous ne
commettrez point d'adultère. Et moi
je vous dis d'éloigner de vos coeurs les
mauvais désirs.
Il a été dit à vos ancêtres : Yous ne
prendrez pas le nom de Dieu en vain.
Et moi je vous dis de ne point jurer
du tout, et de vous contenter do dire :
oui, ou non j cela est , ou cela n'est
pas.
Vous avez entendu dire : OEil pour
coil
,
dent pour dent. Et moi je vous
dis do faire du bien à vos ennemis.
Ne rendez point mal pour mal ni
,
outrage pour outrage.
Ne vous vengez pas ; si votre ennemi
a faim , donnez- lui à manger ; s'il a
soif, donnez-lui à boire; ne vous lais-,
sez pas vaincre par le mal , mais tra-\
vaillez à. vaincre le mal par le bien,
I 3
ÏC>S Pensées morales
Soyez indulgens pour les défauts des
autres , et jugez-les comme vous vou-
driez être jugés YOUS mêmes.
Que celui qui est sans reproche jette
la première pierre au coupable.
N'imitez pas ce méchant serviteur
qui, après avoir obtenu de son maître
un délai pour une forte somme dont
il lui était comptable , alla prendre à
la gorge un de ses compagnons qui
lui devait cent deniers , et , malgré
toutes ses supplications , le fit mettre
en prison , et l'y retint jusqu'à ce qu'il
lui eût payé sa dette.
Le maître en ayant été informé le
,
Et venir et lui dit : Méchant serviteur
,
je t'avais remi ta dette , parce que tu
m'en avais prié ; ne devais - tu pas
avoir pitié de ton compagnon , comme
j'ai eu pitié de toi ?
Et il le livra entre les mains de la
f'Stice , jusqu'à ce qu'il lui eût payé
tout ce qu'il lui devait.
Aimez Dieu par-dessus toutes choses,
(ïun Sage de la Judée. 199
aimez votre prochain comme vous-
mêmes. Dans ces doux commandement
sont renfermées toute la religion et
toute la morale.
Adorez Dieu en esprit et en vérité.
Ne persécutez pas ceux qui l'adorent
autrement que vous ; car vous n'êtes
pas sur la terre pour vous perdre par
les haines mais pour vous rendre heu-
,
reux par un amour mutuel.
Il vous sera demandé compte des
talens que vous aurez reçus et vous
,
serez récompensés suivant l'usage que
Vous en aurez fait.
Travaillez à être de plus en plus
parfaits.
Rendez ser -ice h votre frère selon
,
votre pouvoir.
Ne vous en faites pas un sujet de
gloire comme les hypocrites mais
,
faites le bien sans ostentation.
Soulagez ceux qui souffrent, en pen-
sant que vous êtes exposés aux mêmes
souffrances.
14
2.00 Pensées morales
Donnez de bon coeur aux indigens
ce que vous pourrez.
Si un de vos frères n'a pas de quoi
se vêtir , ni ce qui lui est nécessaire
pour soutenir son existence , et quo
vous lui disiez sans lui rien donner :
Allez en paix je vous souhaite de quoi
,
vous vêtir et de quoi manger ; à quoi
lui serviront vos souhaits ?
Ne vous enflez pas d'orgueil ; no
mettez pas votre confiance dans les ri-
chesses incertaines et périssables ; soyez
charitables et rendez-vous riches en
,
bonnes oeuvres.
Si vous désirez que vos jours soient
heureux, empêchez votre langue de se
porter à la médisance ; que vos lèvres
ne soient pas trompeuses ; évitez le
mal, faites le bien , recherchez la paix,
,€t travaillez pour l'acquérir.
Ne pariez pas mal les uns des autres.
L'homme est capable de dompter
les bêtes sauvages et souvent il ne
,
peut dompter sa langue.
d'un Sage de la Judée,' noi'
Fuyez les procès et les querelles.
Soyez équitables et témoignez à tous
,
toute la douceur possible.
Bannissez d'entre vous l'aigreur j
l'emportement les mauvais propos.
,
Si vous avez un moment de vivacité
,
prenez garde de nuire à votre prochain,:
Aimez-vous les uns les autres comme
des frères. Prévenez-vous par des té-:
moignages de respect et de déférence.
Observez en tout l'humanité la dou~;
,
ceur ; supportez - vous mutuellement
avec une bonté compatissante.
Soyez bons et bien faisans à i'exeiiM
,
pie du père commun des hommes.
Réjouissez-vous avec ceux qui sont
dans la joie et pleurez ayez ceux qui
pleurent.
Soyez toujours prêts à faire une bonne
action.
Soyez unis tous ensemble. Vivez en
paix autant, qu'il est en vous avecs
, ,
toutes sortes de personnes.
15
ûoz Pensées morales
Soyez circonspects, prudens et mo-;
destes.
Ne vous élevez pas au-delà de ce que
vous devez , mais tenez-vous dans les
bornes de la modération.
Si vous êtes invités à un festin ne
,
recherchez pas les premières places ;
car quiconque s'élève sera abaissé , et
quiconque s'abaisse sera élevé.
,

43.
PENSÉES MORALES
D'UN SAGE DE LA JUDÉE ,
ET DE SES DISCIPLES.
CHAPITRE SECOND.
SOUMETTEZ-vous aux puissances,
obéissez aux magistrats non par crain-.
,
te , mais par devoir.
Rendez à chacun ce qui lui est dû +
(Tun Sage de la Judée. 2o3
les impôts à qui vous devez les impôts ,
l'obéissance à qui YOUS devez l'obéis-
sance , l'honneur à qui YOUS devez;
l'honneur.
Ne vous attachez qu'à ce qui est vrai ,
à ce qui est honnête à ce qui est juste,
,
à ce qui est louable.
Que les jeunes gens et les vieillards
soient tempérans.
Que les mères inspirent la sagesse h
leurs filles ; qu'elles leur apprennent
à aimer un jour leurs maris et leurs
enfans à être douces sobres, chastes ,
, ,
et attachées à leur ménage.
Que la parure des femmes soit mo^
deste.
Qu'elles aiment leurs maris.
Que les maris vivent bien avec leurs
femmes ; qu'ils leur soient fidèles ; qu'ils
les traitent avec déférence et avec
bonté comme le sexe le plus faible.
,
Celui qui aime sa femme s'aime
,
lui-même.
Que les chefs rendent à leurs servii
16
2o4 Pensées morales
teurs ce que l'équité et la justice de--
mandent.
Qu'ils aient de l'affection pour eux
,
et ne les traitent pas avec rigueur ni
avec menaces ; car nous avons tous un
maître commun qui n'aura pas d'é-
gards à la condition des personnes.
Que les serviteurs obéissent avee res-
pect à leurs chefs , et qu'ils remplissent
leurs devoirs non par crainte mais
, ,
par affection.
Que les enfans, pour être heureux ,
honorent leurs pères et mères et leur
,
obéissent.
Que les pères évitent d'aigrir et de
décourager leurs enfans par trop de
rigueur ; qu'ils aient soin de les bien
élever et les instruire.
L'apologue de l'enfant prodigue nous
offre une image touchante de la bonté
paternelle.
Un homme avait deux enfans. Il prit
fantaisie au plus jeune de quitter son
père j il lui demanda la part qui lui re-i
d'un S âge de la Judée. 20 5
venait, et l'ayant reçue,il s'en alla dans
un pays fort éloigné.
Il s'y livra au plaisir ; et comme il
vivait dans l'oisiveté il ne tarda pas à
,
donner dans toutes sortes d'excès et do
débauches.
Avec ce train de vie son bien fut
,
dissipé en peu de tems. Il se trouva sans
ressources , et forcé de se mettre au
service de l'un des habitans du pays
qui lui donna ses pourceaux à garder.
Il survint une grande famine qui ré-i
duisit ce jeune imprudent à la misère la
plus affreuse.
Il rentra en lui-même et dit : ce Com-
,
bien y a-t-il dans la maison de mon
père de gens à gages qui ont plus de
pain qu'il ne leur en faut ! et moi, je
suis ici à mourir de faim ! J'irai trouver
mon père , je lui avouerai ma faute , et
je lui demanderai à être traité comme
ceux qui sont à ses gages. »
Il partit donc et alla trouver son
,
père.
So6 Pensées morales
Ce bon vieillard l'ayant apperçu de
loin en fut ému ; il courut au-devant
,
de son fds , se jeta à son cou et l'em-
,
brassa. Et son fils lui disait : « Mon
père , j'ai fait une grande faute , et je
ne suis plui digne d'être appelé votre
fils. »
Mais le père ne pensant plus qu'au
plaisir de revoir son fils commanda
,
qu'on lui donnât des habits , qu'on lui
mît un anneau au doigt et des souliers
aux pieds. Il fit préparer un grand fes-
tin ; et cette fête se passa dans la joie
la plus vive, parce qu'un jeune homme
qui s'était égaré du sentier de la vertu
y rentrait, et parce qu'un bon père re-
trouvait son fils qu'il avait cru perdu.
de Sènèque. 207

44.
PENSÉES MORALES
DE SÉNÈQUE:(I)
CHAPITRE PREMIER.

J_j'jLUTrun de la nature en nous


,
formant des mêmes principes et pour la
même fin nous a rendus frères. C'est
,
lui qui nous a inspiré une bienveillance
mutuelle, et qui est la cause de notre
sociabilité; c'est lui quia établi la jus-
tice et l'équité ; c'est en vertu de ses
lois qu'il est plus malheureux de faire
du mal que d'en recevoir ; c'est lui qui
nous, a donné deux bras pour aider nos»
semblables. Ayons toujours dans le coeur
cette pensée : Je suis homme , et rien
de ce qui intéresse Vhumanité ne m est
«m . 1
1 1 ' M

( 1 ) Il vivait à Rome il y a îtioe fies.


2o8 Pensées ?norales
étranger. Nous avons une naissance
commune ; notre société ressemble aux
pierre3 des voûtes qui se soutiennent
mutuellement.
Supposez l'homme isolé : qu'est-il ?
La proie de tous les animaux la victi-
,
me la .plus faible et la plus facile à im-
moler ; faible et nu l'association fait
,
toute sa force. L'Auteur de la Nature
lui a donné deux ressources qui de
, ,
l'animal le plus exposé à toutes les atta-
ques , en ont fait le plus robusle : la
raison et la société.
Ainsi, un être, qui , pris séparément,
eût succombé sous tous ses adversaires,
est devenu le souverain du globe ; la
société lui a donné l'empire sur tous
les animaux. Né pour la terre la so-
,
ciété lui a soumis un élément interdit
à sa nature et l'a rendu maître de3
,
mers. C'est la société qui repousse les
attaques de la maladie , qui procure
des soutiens à la vieillesse, et des con-
solations contre la, douleur, C'est la, soj
de Sétièque? 209
ciété qui nous inspire du courage con-
tre les assauts de la fortune. Détruisez-;
la, vous rompez l'unité du genre-hu-
main le seul soutien de la vie.
,
Le devoir d<> l'homme est d'être utile
aux hommes , à un grand nombre, s'il
le peut, sinon à un petit nombre, sinon
à ses proches sinon à lui-même ; en se
,
rendant utile à lui-même , il travaille
pour les autres. Comme l'homme vi-;
cieux ne nuit pas seulement à lui-même,-
mais encore à ceux auxquels il eût pu
être utile , s'il eût été vertueux , de
même en travaillant pour soi, on tra-
vaille aussi pour les autres puisqu'on
,
leur forme un homme qui pourra leur
être utile.
Si les plus sages même commettent
des fautes, quel est l'homme dont les
erreurs ne soient pas excusables? Soyons
donc tolérans les uns envers les autres.
Une seule chose peut nous rendre la
tranquillité : c'est un tiaité d'indulgence
mutuelle.
JÊIO Pensées morales
La vengeance est contraire à l'huma-
nité , quoiqu'en apparence conforme
à la justice. Elle ne diffère de l'outrage
que par l'ordre du tems. Celui qui se
venge n'a que l'avantage d'être le se-
cond à mal faire.

45.
PENSÉES MORALES
DE S É N É Q U E.

CHAPITRE SECOND.
X\[K parlons ***s du bien que nou9
avons fait. Rappeler un service, c'est
le redemander.
Le devoir réciproque du bienfaiteur
et de l'obligé , c'est que l'un oublie
sur-le-champ qu'il a donné et que i'au«
tre n'oublie jamais qu'il a reçu.
C'est une usure honteuse que de te-
nir note de ses bienfaits, Quel que soit
de Sénèque, ail
p
le sort cfes premiers , continuez d'en
répandre quand ils devraient encore
,
être ensevelis chez des ingrats. La
honte ; l'occasion , l'exemple peuvent
les rendre un jour reconnaissans. Ne
vous lassez pas , faites votre devoir,
remplissez les fonctions d'un homme
de bien ; secourez l'un de votre fortune,
l'autre de votre crédit, celui-ci de vos
conseils celui-là de vos préceptes sa-i
,
Iutaires.
En général, c'est la manière de dire
et de faire les choses qui les caracté-
rise : ainsi les mêmes services diffèrent
par la manière dont on les rend. Quelle
grâce , quel prix ne donne-ton pas à
son bienfait , quand on ne souffre pas
que celui qu'on oblige en remercie ,
lorsqu'en faisant du bien on oublie qu'on
le fait !
Que les bienfaits se présentent sou3
les traits de la sensibilité, ou du moins
sous ceux de la douceur , de la séré-
nité ; que le bienfaiteur n'accable pa9
axo, Pensées morales
de sa supériorité celui qu'il oblige ;
qu'il ne s'élève pas au-dessus de lui ;
qu'il descende à son niveau , pour no
lui laisser voir que sa bienveillance ;
qu'il dépouille son bienfait d'une os-
tentation importune ; qu'il épié le mo-
ment favorable ; qu'il paraisse plutôt
saisir une occasion que soulager un
besoin.
Traitez votre inférieur comme vous
voudriez l'être par votre supérieur. Cet
homme que vous appelez votre servi-
teur , oubliez-vous qu'il est formé des
mêmes élémens que vous, qu'il jouit du
même ciel, qu'il respire le même air j
qu'il vit et meurt comme vous?
N'allez pas juger un homme heureux
parce qu'il a une cour nombreuse. On
se rassemble autour du riche , nomme
au bord d'un lac , pour y puiicn. '
iOù est l'homme assez riche assez
,
puissant , pour que la fortune ne le
mette pas dans le cas d'avoir besoin
même des plus faibles ?
de Sénèquc'è âl3>
L'homme heureux est celui dont
l'ame est supérieure aux événemens.
11 n'y a pas de paix pour l'homme

qui s'inquiète de l'avenir qui se rend


f
malheureux même avant le malheur,
,
qui prétend s'assurer jusqu'à la fin de
sa vie la possession des objets auxquels
il attache son bonheur. Le repos est
perdu pour un tel homme. L'attente
de l'avenir lui enlèvera même le présent
dont il pouvait jouir. Le regret et la
crainte des pertes sont deux états éga^
ment douloureux pour l'ame.
Il n'y a pas de bonheur pour celui
que tourmente l'idée d'un bonheur plus
grand. Considérez plutôt la multitude
qui vous suit que le petit nombre qui
,
vous précède.
Rien ne suffit A la cupidité; peu de
chose suffit à la nature. Tout ce qu'elle
a rendu nécessaire à l'homme elle l'a
,
rendu facile à trouver. Tout désir ulté-
rieur est le cri du Yice , et non pas du
besoin.
Ô14 Pensées m orales
la vraie mesure de la richesse est
de être ni trop près , ni trop loin de
la pauvreté. Sans l'économie , il n'y a
point de richesses assez grandes. Avec
l'économie il n'y en a pas de trop
,
petites.
Une chose inutile est trop chère
,
quand même elle ne coûterait qu'une
bagatelle.
Il manque bien des choses à l indi-
gence ; mais tout manque à la cupidité.
Un homme cupide n'est bon pour per-
sonne , et il l'est bien moins pour lui-
même.
Le mortel le plus indigent est celui
f]ui désire le moins: On a tout ce qu'on
veut , quand on ne Yeut que ce qui
peut suffire.
de Scnèque. si S

46*.

PENSÉES MORALES
DE SÉNÈQUE.
CHAPITRE TROISIÈME.

X ous les états sont autant d'esclava-


vages. Il faut donc se faire à son sort ,
s'en plaindre le moins possible et sai-
,
sir tous les avantages qui peuvent l'ac-
compagner. Il n'y a pas de condition si
dure où la raison ne trouve quelque
consolation.
L'inconstance est, de tous les vices,
le plus ennemi du repos.
Ne vous fiez jamais à la fortune.
Tous les avantages que sa faveur vous
accorde, ses richesses ses honneurs ,
,
sa gloire placez-les de manière qu'elle
,
puisse les reprendre sans YOUS ébranler,
fei6 pensées morales
et laissez toujours entr'eux et vous un
grand intervalle.
S'accommoder avec la pauvreté, c'est
être riche. On est pauvre , non pour
avoir peu mais pour désirer beaucoup.
,
L'adversité est l'épreuve de la vertu.
Le spectacle le plus digne de Dieu , est
celui de l'homme juste et courageux
aux prises avec la mauvaise fortune.
Les élémens du bonheur sont une
bonne conscience de l'honnêteté dans
,
les projets de la droiture dans les ac-
,
tions , de l'indifférence pour les biens
qui dépendent du caprice du sort ; de
la liaison de l'ensemble , de l'unifor-
,
mité dans la conduite.
Soyez en paix avec vous-même sans
,
trop vous embarrasser de la réputation.
Consentez qu'elle soit mauvaise, pour-
vu que vous en méritiez une bonne.
Les fausses interprétations de l'opi-
nion changent quelquefois la vertu en
vice. Quel autre but peut-on alors se
proposer , que'le témoignage d'une
bonne
de Sênèque. 217
bonne conscience , ce consolateur ca-
ché qui crie plus haut que la multi-
,
tude } et qui place tout son bonheuren
elle même ?
Le vrai calme est celui de la bonne
conscience. Les médians ne connais-
sent pas ce bonheur : pour eux , les
nuits sont orageuses comme les jours.
Ne croyez pas l'ame tranquille , parce
que le corps repose. Souvent le som-
meil n'est qu'un trouble d'une autre
espèce.
N

Le plus grand supplice des crimes


est en eux-mêmes; aussi-tôt qu'ils sont
commis , dans le moment même où.
on les commet, ils reçoivent leur chà->
thnent.
Le méchant craint à proportion du
mal qu'il fait. Avec une mauvaise con-
science on peut trouver do la sûreté
, ,
mais jamais de sécurité. On se croit dé-
couvert , quoique caché ; on est agité
pendant le sommeil ; on ne peut enten-
dre parler d'un crime sans penser au
K
ci 8 Pensées morales
sien ; on ne le trouve jamais assez effacé
ni caché. Le malfaiteur a quelquefois
eu le bonheur, mais jamais la certitude
de n'être point découvert.
L'homme à qui sa conscience ne re-
proche rien , peut seul revenir avec
plaisir sur le passé. Pour lui seul la
vieillesse est un bien. Il est agréable de
rester long-tems avec soi , quand on
*>'tfst rendu une jouissance digne de soi,
Que servent à tel homme quatre-
vingts ans passés dans l'inaction ? ce
n'est pas avoir vécu mais avoir tra-
,
versé la vie ; ce n'est pas être mort
tard , c'est avoir été mort très long-
tems. C'est par les actions , et non par
la durée, qu'il faut mesurer la vie.
L'homme ne tombé pas tout-à-coup
dans la mort ; il s'avance vers elle pas
à pas. Chaque jour nous mourons
,
chaque jour nous enlève une partie de
notre: existence , et notre croissance
même n'est qu'un décroissement de la
vie. Le jour où l'on cesse de vivre , ne
de Sénèque, a 19.
fait pas la mort mais la consomme.!
,
On arrive au terme , mais on était env
route depuis long-tems.
Ce n'est pas seulement les armes à las
main, et dans un champ de bataille;
qu'on peut donner des marques d'un
courage que rien ne peut abattre: c'est
aussi sur le lit de douleur.

47-
PENSÉES MORALES
DE SÉNÈQUE.
CHAPITRE QUATRIÈME.

Ljk vie heureuse est le fruit d'une sa-


gesse consommée ; la vie supportable ;
d'une sagesse commencée.
La sagesse est une espèce de sacer-
doce respecté des gens de bien res-
,
pecté même de ceux qui ne sont mé-,
chans qu'à demi ; tous les arts, tous
K a
»20 Pensées morales
les hommes , même les pervers lui
,
rendent hommage. Non , jamais la dé-
pravation ne sera assez forte ni la
,
ligue contre les vertus assez puissante
,
pour empêcher la sagesse d'être véné-
rable et sacrée.
La sagesse n'est pas une science de
parade : elle consiste dans les choses
et non pas dans les mots. Sa fonction
n'est pas d'aider à passer les jours dans
les délices de calmer l'ennui de l'oisi-
,
veté j c'est de forger et de façonner les
âmes , de diriger la conduite , de ré-
gler les actions d'enseigner à l'homme
,
ce qu'il doit faire ou omettre , d'être
son propre pilote, de le guider au mi-
lieu des écueils de sa navigation. Sans
sagesse'point de sûreté. Combien , à
chaque heure d'incidens qui exigent
,
des conseils! C'est d'elle qu'il en faut
recevoir.
La sagesse n'enseigne pas à parler
,
mais à faire. Elle veut que chacun se
conforme\aux régies quelle prescrit,
de Sénèqùe. ii<xi
aux lois qu'elle impose ; que les actions
ne démentent pas les discours ; que l'en-
semble de la vie soit d'un même ton et
sans nulle discordance.
Ne faites point parade de la sagesse :
c'est une vanité qui a coûté cher à bien
des gens. Que la sagesse vous corrige
de vos vices , mais qu'elle n'attaque
pas ceux d'autrui.
Ne heurtez J>as les moeurs publiques,
et ne cherchez pa3 à attirer les regards
par des singularités.
Celui qui se rend à l'école de la sa-
gesse , doit chaque fois en remporter
quelque chose d'utile ; il doit retour-;
ner ou meilleur , ou plus en état de le
devenir. Telle est en effet la force do
la sagesse, qu'il n'est pas possible qu'on
ne tire quelqu'avantage d'une pareille
école.
Que se propose le sage ? Le
voici ; je veux dit il, Voir arriver la
,
mort avec autant de fermeté que j'en
entends parler, Je me résignerai aux
' K 3
feaa Pensées morales
travaux , quels qu'ils soient. Je mépri-
serai les richesses présentes comme ab-
sentes , sans être ni plus triste pour
les savoir ailleurs ni plus fier pour les
,
voir autour de moi. Que la fortune
vienne à moi qu'elle me quitte je
, ,
ne m'en appercevrai pas. Je verrai tou-
tes les terres des autres comme si elles
m'appartenaient, et toutes les miennes
comme si elles appartenaient à d'au-
tres. Je vivrai persuadé que je suis né
pour les autres ; et j'en rendrai grâces
à l'auteur de la nature. Que pouvait-il
faire de mieux pour moi ? Il m'a fait
naître pour tout le monde , et tout le
monde pour moi. Les biens que je
pourrai posséder, je ne les garderai pas
en avare , je ne les dissiperai pas en
prodigue : je ne croirai vraiment jouir
que de ce que j'aurai donné avec dis-
cernement. Je ne compterai pas mes
bienfaits je les apprécierai d'après le
,
mérite de celui qui les recevra. S'il en
profite, je ne croirai pas avoir fait beau-
de Sénèque. sa3
coup. Je ne prendrai jamais l'opinion,
mais ma conscience pour règle de mes
,
actions, Je me rendrai agréable à mes
amis , doux et traitable avec mes en-
nemis. Je n'oublierai pas que Dieu
gouverne le monde ; qu'il est au-dessu3
de moi, et qu'il m'environne j qu'il a
les yeux ouverts sur toutes mes paroles
et sur toutes mes actions. Quand il me
redemandeia mon ame je sortirai de
,
la vie en assurant que j'ai toujours
,
chéri la vertu et les occupations hon-
nêtes.
Le sage ne se regarde pas comme in-
digne des biens de la fortune; il n'aime
pas les richesses , mais il les préfère à
la pauvreté ; il ne leur ouvre pas son
coeur , mais sa maison ; il ne les rejette
pas , mais il en modère l'usage.
Il ne se méprisera pas pour être d'u-
ne petite taille , tfîais il préférera une
haute stature. Il ne s'affligera pas pour
avoir quelques défauts corporels mais
,
il aimera mieux n'en point avoir j il
K.4
è24 Pensées morales
n'oubliera pas pour cela qu'il possède
en lui même un bien plus estimable. Il
supportera la mauvaise santé , mais il
souhaitera la bonne. Il y a des avan-
tages qui , tout modiques qu'ils sont
en eux-mêmes , et sans influer sur le
bien principal ajoutent cependant
,
quelque chose au contentement per-
pétuel qui naît de la vertu. Les richesses
causent au sage la même satisfaction ,
qu'au navigateur un vent heureux et
favorable qu'à tous les hommes un
,
beau jour et un lieu propre à garantir
,
des frimats de l'hiver.
Un homme qui connaît la vérité ,
qui sait distinguer le bien du mal, qui
n'apprécie les objets que d'après leur
nature , et non d'après l'opinion j un
homme dont la giandeur et la force
ont pour base la justice , qui résiste
aux menaces comme aux caresses , qui
commande à la mauvaise fortune comme
à la bonne , qui s'élève au-dessus des
^Yénemens nécessaires ou fortuits, qui
d'Epictèté. S25
ne voudrait pas de la beauté sans dé-
cence , de la force sans tempérance et
sobriété ; en un mot , un homme intré-î
pido* inébranlable, que la violence ne
,
peut abattre , ni le sort enorgueillir oui
humilier un tel homme est le portrait
,
du sage.

4$.
PENSÉES MORALES
D' É P I C T È T E. (1)
CHAPITRE PREMIER.

}S * demande pas que les événeinens


se règlent au gré de tes désirs ; mais
conforme tes désirs aux événemens ^
c'est le moyen d'être heureux.
Tout est dans nous , ou hors de, nous.1

(i) Il naquit en Phrigie et vécut à llonu»


l
%

Y. « M.0? ani.,
K- o.
226 Pensées riwrales
Ce qui est dans nous, ce sont les con-
naissances que nous avons acquises,
nos désirs, nos vertus. Ce qui est hors
de nous ce sont les richesses là répu-
, ,
tation les dignités les événemens. Le
, ,
moyen d'être heureux et indépendans,
c!est de ne mettre de prix qu'à ce qui
est en nous. Si nous nous attachons à
ce qui est hors de nous, et à ce qui dé-
pend des circonstances , nous serons à
chaque instant affligés et troublés; nous
accuserons Dieu et les hommes ; nous
rencontrerons des obstacles à chaque
pas.
Pendant que Dieu nous laisse jouir
des avantages extérieurs usons - en
,
comme d'un bien étranger , et comme
le voyageur use d'une hôtellerie.
Veux-tu que tes désirs aient toujours
leur effet ? ne désire que ce qui dépend
de toi.
Souviens-toi de te comporter dans la
vie comme dans un festin. On avance
un mets Vers toi : étends la main, et
(TEpictète. 227
prends-en modestement. S'il ne Vient
pas de ton côté , attends patiemment
qu'on l'approche. Use de la même mo-i
dération envers les honneurs et les ri-
chesses tu seras heureux. Si /pouvant
,
jouir de ses biens , tu les rejettes et les
méprises tu seras encore plus près do,
,
la perfection de la vertu.
Si tu vois un homme comblé d'hon-
neurs , ou élevé à une grande puissance,-
ou distingué par quelqu'autre avantage,
ne te laisse pas éblouir par ces vaines
apparences , et ne dis pas qu'il est heu-
reux ; car puisque le parfait bonheur,
et le repos de l'esprit consistent dans*
les choses qui dépendent de nous les
,
biens étrangers ne doivent pas exciter
notre envie.
Tu n'as point été invité à un festin 9<

tu ne dois pas t'en plaindre , puisque


tu n'as pas payé au maître de ce festin
le prix qu'il le vend. Ce prix, c'est une
flatterie une complaisance une sou-
, ,
mission. N'as-tu donc pas un avantage
ÊS8 Pensées morales,
préférable à ce frivole honneur ? cet
avantage , c'est de n'avoir pas donné
d'éloges à celui que tu en croyais in-
digne et de n'avoir pas souffert son
,
orgueil et ses dédains.
Si tu peux t'enrichir en conservant
l'honneur , la bonne-foi la magna-
,
nimité , n'épargne rien pour réussir ;
mais prends garde de perdre tes véri-
tables biens, pour en acquérir de faux.
Ne crains pas non plus d'être inutile
à ta patrie si tu restes pauvre. Le ci-
toyen le plus utile est celui qui est
honnête et vertueux.
Nous pouvons connaître l'intention
de l'auteur de la nature par les senti-
mens qu'il inspire à tous les hommes
dans ce qui ne les intéresse pas person-
nellement. Par exemple, lorsque le ser-
viteur de ton voisin a cassé un vase ou
quelqu'autre chose tu ne manques pas
v
do lui dire,' pour le consoler, que c'est
un accident très t commun. Sois donc
d'hpictète. 229
aussi tranquille, s'il arrive à ton ser-
viteur de faire la même faute.
Appliquons cetto maxime à des ob^
jets plus sérieux. Si quelqu'un perd une
personne qui lui est chère nous lui
,
disons que c'est le sort de l'humanité.
£prouvons-nous le même accident?,,,
nous nous désespérons. Tâchons de
voir ce qui nous arrive, du même oeil
que nous voyons ce qui arrive aux
autres.
Le principal fondement de la reli-
gion est d'avoir des idées saines et
raisonnables de Dieu ,,de croire qu'il
existe , qu'il gouverne le monde avec
autant de justice que de sagesse, d'être
persuadé que tu dois lui obéir, et te
soumettre , sans murmurer , à tous les
événemens comme étant produits par
,
une intelligence infiniment sage. Avec
cette opinion de la Providence , tu ne
pourras jamais te plaindre d'elle.
Mais il n'est qu'un moyen d'atteindre
ce but ; c'est de renoncer à toutes les-
B3O Pensées morales
choses sur lesquelles tu n'as aucun
pouvoir , et de ne placer ton bonheur
ou ton malheur que dans ce qui dé-
pend de toi ; car si tu le places dans ce
qui ,;St hors de loi , il faut nécessaire-
ment que , te voyant frustré de ce que
tu désires, ou affligé de ce que tu crains,
Dieu , que tu regarderas comme l'au-
teur de tes infortunes , devienne l'objet
de tes plaintes.
Nous avons grand tort d'accuser la
pauvreté de nous rendre malheureuxi
C'est l'ambition , ce sont nos insatiables
désirs qui nous rendent réellement mi-
sérables. Fussions - nous maîtres du
monde entier , sa possession ne pour-
rait nous délivrer de nos frayeurs et
de nos chagrins j la raison a seule ce
pouvoir.
d'Epictète. 231

49-
PENSÉES MORALES.

D' É P I C T È T E.
CHAPITRE SECOND.
JCLN toute occasion , sois prêt à suivre
la destinée que t'a imposée la Provi-i
dence, Quand tu t'obstinerais à lui ré-
sister , il faudrait toujours la suivre
malgré toi.
Souviens-toi que c'est une folie de
ne pas céder à la nécessité , et dis avec
le sage condamné à boire la ciguë :
si Dieu l'a ainsi résolu que sa volonté
,
s'accomplisse. Mes accusateurs peuvent
bien tuer mon corps : mais la partie la
plus précieuse de moi*mème est au-
dessus de leurs atteintes.
En toutes choses 4 il faut faire ce qui
dépend de soi, et rester ensuite ferma
5#a Pensées Inorales
et tranquille. Je suis obligé de m'em-
barquer: que dois-je faire? Bien choisir
le vaisseau, le pilote les matelots la.
, ,
saison , le jour, le vent ; voilà tout ce
qui dépend de moi. Dès que je suis en
pleine mer , s'il survient une tempête
,
ce n'est plus mon affaire , c'est l'affaire
du pilote. Si le vaisseau coule à fond ;
Je ne crie point , je ne me tourmente
point, je ne m'en prends point à Dieu,
Je sais que tout ce qui est né doit mou-
rir, c'est la loi générale ; il faut donc
que je meure. Je ne suis pas l'éternité,
je suis un homme j une partie du tout ,
comme une heure est une partie du
jour. Une heure vient, et elle passe j
je viens, et je passe aussi. La manière
de passer est indifférente : que ce soit
par le fer , par la fièvre ou par l'eau ,
tout est égal.
L'univers est un grand état dont Dieu
est le chef. C'est un tout à l'utilité du-:
quel chaque partie doit concourir et
rapporteuses actions^ sans préférer ja?
d'Eptctètc, 231
mais son avantage particulier à l'intérêt
commun. .
Tous les devoirs se mesurent par les
rapports qui lient les hommes entr'eux. 1

C'est ton père ?.. Ton devoir est d'en


.
prendre soin de lui céder de souffrir
, ,
ses réprimandes. Ton frère t'a fait une
injustice?.' Remplis tes devoirs en^
. .
vers lui, et ne considère pas ce qu'il a
fait, mais ce que tu dois faire, et ce que
la nature exige de toi.
Que la raison soit ta loi, et ne t'en
écarte jamais soit au milieu de la
,
société, soit quand tu seras seul avec
toi-même.
A chaque impression que tu reçois
des objets extérieurs rentre en toi-
,
même et cherche quelle vertu l'au-;
,
teur de la nature t'a donnée pour y ré-
sister. Contre un objet séduisant , tu
trouveras en toi la continence ; contre
la peine ou le travail, tu trouveras le
courage; contre les injures, la patience.
Si tu prends cette habitude, les fan-
234 Pensées morales
tomes de ton imagination n'auront plus
aucun empire sur toi.
Si quelque idée voluptueuse vient
s'offrir à ton imagination retiens-toi
,
comme sur les autres objets, de peur
que cette idée ne t'entraîne. Ne cède
pas d'abord à l'impulsion du désir et
,
prends quelque délai. Compare ensuite
les deux instans, celui de la jouissance
et celui du repentir qui la suivra. N'ou-
blie pas sur-tout la satisfaction inté-:
rieure qui t'attend , et les louanges que
tu te donneras à toi-même, si tu reN
sistes.
Tu veux te livrer à la sagesse ? at-
tends-toi à être moqué par la multitude
des insensés. Ne montre ni faste ni
,
fierté ; mais attache-toi fortement à ce
qui te paraîtra le meilleur, et restes y
comme au poste où Dieu lui-même t'a
placé. Souviens-toi de plus, que si tu
soutiens ce caractère avec fermeté ,
ceux qui avaient commencé par se mo-
quer de toi, finiront par t'admirer : au
'tVEpictète. 235
lieu que si leurs railleries te font chan-
ger de résolution, tu leur donneras un
nouveau sujet de te tourner en ridicule.

50.
PENSÉES MORALES
D'ÉPICTÈTE.
CHAPITRE TROISIÈME.

JX E fais pas une vaine ostentation de


savoir devant des ignorans, mais prouve
par tes actions , le bon usage que tu as
fait de la science.
Celui qui a fait des progrès dans la
sagesse, ne parle point de lui, comme
s'il était un homme important. Si on
le reprend il en profite pour se cor-
,
riger. Il est le maître de ses désirs. Il
ne souhaite rien avec trop d'empressé-*
ment. Si on le traite d'ignorant, il ne
s36 Pensées morales
s'en met pas en peine. Enfin il se défia
^de lui-même.
N'use des choses nécessaires au
corps , qu'autant que l'exige le simple
besoin et mets des bornes à tout ce
,
qui ne sert qu'à l'ostentation ou à la
mollesse.
Les besoins du corps doivent être
pour chacun la mesure des richesses.
En te renfermant dans ces bornes , tu
tiendras toujours un juste milieu, Si
tu les passes , tu seras entraîné dam
le désordre, comme dans un précipice;
car il n'y a plus de limites pour celui
qui a une fois passé celles du besoin.
Un signé certain de frivolité, c'est
de s'occuper beaucoup des soins pure-
ment corporels. On ne doit s'y livrer
qu'en passant. C'est à cultiver notre
esprit que nous devons donner toute
notre attention.
Jusqu'à quand différeras-tu d'obéir
en tout à la voix de la raison ? Si tu
persistes dans l'indolence, si tu ren-.
d'Epictbte. È3?
voies d'un jour à l'autre le soin do te
corriger , si tu ajoutes délais sur dé-
lais résolutions sur résolutions tu
, ,
vivras et mourras sans avoir fait aucuns
progrès dans la vertu.
Commence donc dès aujourd'hui à
tendre à la perfection. Que tout ce qui
te paraîtra très-beau et très-bon soit
pour toi une loi inviolable.
Chacun doit aimer son semblable,
veiller sur ses besoins les prévoir
,
même ; s'intéresser à tout ce qui le
regarde le supporter ; ne lui faire
,
nue un tort , et croire que l'injure ,
l'injustice sont une espèce d'impiété
, .
exercer envers lui la bienfaisance, être
fortement persuadé qu'on n'est pas né
seulement pour soi, mais pour l'avan-
tage de la société, et pour faire du bien
à tous les hommes selon ses forces et

ses facultés ; se contenter d'avoir fait


une bonne action et du témoignage de-
sa conscience s'oublier même en quel-
*,

que nuusière, au lieu de chercher des


238 Pensées morahs
témoins , ou de se proposer quelque
récompense , ou d'agir en vue de son
intérêt particulier ; passer d'une bonne
action à une autre, et ne se lasser ja-
mais de faire du bien ; mais pendant
tout le cours de sa vie, accumuler bonne
action sur bonne action , sans laisser
entre elles le moindre intervalle ni h
moindre vide parce que c'est là l'u-
,
nique avantage d'exister ; se croire suf-
fisamment payé par cela seul qu'on a
eu occasion de rendre service à autrui;
en témoigner sa reconnaissance à ceux
qui nous ont offert cette occasion,
comme une chose qui nous est utile
à nous-mêmes ; ne chercher par con-
séquent hors de soi , ni le profit , ni
la louange des hommes ; n'estimer et
n'avoir rien tant à coeur que la vertu
et l'honnêteté ; ne se laisser jamais dé-
tourner de son devoir, autant qu'on le
connaît , ni par le désir de la vie >

moins encore de quelqu'autre chose,


ni par la crainte des tourmens ou de la
(Vfpictète, *$9
niort, ni par celle de l'ignominie, pire
que la mort, moins encore par la crainte
de quelque malheur que ce soit ; tel est
l'abrégé de la sagesse.
Comporte-toi dans la vie de ma-
,
nière qu'en mourant tu puisses dire
à l'arbitre des destinées humaines :
Grand Dieu ! ai-je violé tes comman-
demens ? ai-je abusé des présens que
tu m'as faits ? ne t'ai-je pas soumis
mes sens, mes voeux et mes opinions ?
Me suis-je jamais plaint de toi ? ai-je
accusé ta providence ? J'ai été malade,
parce que tu l'as voulu, et je l'ai voulu
de même. J'ai été pauvre parce que
,
tu l'as voulu , et j'ai été content de
ma pauvreté. M'as-tu vu jamais triste
de mon état ? m'as tu surpris dans
-
l'abattement et le murmure? Je suis
encore tout prêt à subir tout ce qu'il
te plaira ordonner de moi. Le moindre
signal de ta part est pour moi un ordre
inviolable. Tu veux que je sorte de ce
spectacle magnifique : j'en sors , et je
2<fo Pensées morales
te rends mille actions de grâces de ce
que tu as daigné m'y admettre pour
me faire voir tes ouvrages , et pour
étaler à mes yeux l'ordre admirable
avec lequel tu gouvernes cet univers.

PENSÉES MORALES
EXTRAITES DU CORAN, (i)

.LOUANGE à Dieu souverain des


,
mondes !
La bonté est son partage.
Les ignorans disent : Si Dieu ne nous
parle ou si nous ne voyons un mira-
,
cle nous ne croirons pas.
,
Mais toute la création n'est - elle

< 1' Lu Coran est le code des préceptes et


V;'<tt if is que Mahomet donna aux Arabes il y

a uoo ans. Coran signifio lecture.


pas
du Corani s4t
pas un signe assez frappant de la di-
vinité ?
L'Eternel a étendu la terre sous nos
pas comme un tapis.
Il ouvre son sein et fait germer le)
,
grain, verdir l'herbe, pousser la vigne $
croître les arbres , qui ornent nos
champs et nos jardins.
Il y a mis tout ce qui sert d'aliment
aux hommes et aux animaux.
Il fait éclore toutes les plantes dans
un ordre admirable.
Il a affermi les montagnes. Il a tracé
le cours des fleuves.
La source do tontes choses est dans
ses mains. 11 les dispense avec une saga
économie.
Il envoie les vents précurseurs de
,
ses bienfaits , porter los nuages char-
gés d'eau sur les campagnes arides. La
pluie féconde la terre stérile et lui fait
,
produire des fruits en abondance.
Il a créé les troupeaux qui servent
à nous vêtir, à nous nourrir ; et dont
L
û42 Pensées morales
nous retirons plusieurs avantages. Ils
portent nos fardeaux aux lieux où nous
ne parviendrions qu'avec peine.
Il a formé les diverses couleurs que
la terre étale à nos yeux.
Il a soumis la mer à notre usage. Le3
poissons qu'elle renferme dans son sein
deviennent notre nourriture.
Voyez le vaisseau fendre les flots
,
vCt le navigateur chercher l'abondance,
et rendez grâces à l'Eternel.
Il a placé au firmament les étoiles,
©ù l'homme \i% la route qu'il doit
suivre.
Il a suspendu la lune pour réfléchir
la lumière , et le soleil pour la com-
muniquer.
Il nous couvre du manteau do la nuit,
11 l'a établie pour le repos. Le jour est
destiné au mouvement.
11 fait sortir la vie du sein de la mort,

et la mort du sein de la vie.


Il est impossible de nombrer se3
bienfaits,
,
' du Coran, a 43
Dieu n'a point d'égal et ne par-
,-

tage avec aucun être le gouvernement


de l'univers. Il a tiré du néant tout ce
qui existe, et il en fait subsister l'har-
monie.
Loué soit son nom ! Il créa pour
notre usage tout ce qui est sur la terre.
Nous n'avons de connaissances que
celles qui nous viennent de lui. La
•science et la sagesse sont ses attributs.
Nos actions publiques et secrètes
sont dévoilées à ses yeux.
Il lit au fond de nos coeurs. Il sait
si nous sommes justes.
Il connaît ceux qui nous ont précé-:
dés comme ceux qui nous suivront,
,
et il les jugera tous.
Ceux qui feront le bien, recevront
de lui la récompense.
O mortels ! adorez celui qù vous a
créés vous et vos pères et n'adorez
, ,
que lui.
Soyez bienfaisans envers les auteurs
de YOS jours. Soyez pour eux tendres
L 2
ô44 Pensées m orales
et soumis. Gardez-vous de leur mar-
quer du mépris , et ne leur parlez
qu'avec respect.
Faites du bien aux pauvres et ne
,
dissipez pas follement vos richesses.
Si YOUS ne pouvez secourir l'indigent,
parlez*lui du moins avec bonté.
Ayez de l'humanité pour tous les
hommes ; gardez vos promesses, sup-
portez patiemment l'adversité.
Que le tuteur s'abstienne de toucher
au bien de ses pupilles.
Si votre débiteur a de la peine à vous
payer , donnez-lui du tems.
Exercez la bienfaisance envers vos
ennemis , et vous en ferez des arhis
tendres.
Ceux qui souffrent avec patience
,
qui rendent le bien pour le mal , et
qui versent dans le sein de l'indigent
une portion de leurs richesses, seront
récompensés.
Les richesses font l'ornement de la
vie j mais, les vrais biens , ceux qui
du Coran. 245
sont agréables* à Dieu , et dont la ré-
compense est certaine, sont les bonnes
oeuvres.
Nous t'adorons, grand Dieu, et nous
implorons ton assistance !
Dirige-nous dans la carrière de la
yie.
Conduis-nous dans le sentier de ceux
qui se sont préservés de l'erreur.
Les ignorans sont semblables à ceux
qui entendent les sons de la voix sans
rien comprendre.
Lorsqu'on les presse d'embrasser la
yérité, ils répondent : Nous suivons la
culte de nos pères.
Doivent-ils le suivre si leurs pèrea
,
ont marché dans la nuit de l'ignorarica
et de l'erreur ?

L3
ô46 Pensées morales

5*.
PENSÉES MORALES
D E S A A D I,
SAGE pE LA PEÏISE. (1)

JJOUANGE au 33ieu tout puissant y


-
père des êtres , source de la vie , le
créateur et le moteur des zéphirs , chef
économe et sage de la nature , qui, dw
désordre des élémens fit naître l'ordre
,
et le monde ! Grand Dieu ! tu calmes
les tempêtes qui s'élèvent sur les mers
et dans les coeurs des êtres intelligens \
tu fais sortir lo bonheur du choc des
passions opposées. Chacun des globes
célestes contribue à éclairer les globes
célestes j les vents conduisent les nuages

( 1 ) Il natjvut il y a Coo ans.


de Saadn àty
et balancent les mers. Les états sont
tuiles aux états , l'homme aux animaux,
les animaux à l'homme. Tu ordonnes
aux zéphyrs d'étendre les tapis d'éme-<
raudes sur nos champs ; tu revêts les
plantes ei les arbres de verdure ; tu
prépares sur la terre un festin magni-
fique auquel tu invites les adorateurs
}
du feu les idolâtres, tous tes enfans ,
,
sans aucune distinction de leur culte..
Qu.ind tous les êtres sont utiles l'un à
l'autre, quel homme osera rester inu-(
tile à sa patrie et au monde ?
En donnant aux hommes la conscience
et la raison, Dieu leur a dit : Soyez-vous
utiles les uns aux autres et la terre
,
fleurira sous vos mains, et les animaux
féroces seront obligés de respecter votra
union,
L'homme oublia cette voix de la na-î
ture : le frère voulut commander au
frère , et ils furent ennemis ; les arme3
do l'injuste furent employées contre
l'innocent , et le soumirent ; et ses
L4
a4S Tcnsccs morales
esclaves dociles lui firent de nouveaux
esclaves.
Et Dieu parla encore aux coeurs des
hommes et leur dit ; Vous voilà ras-
,
semblés en grandes nations ;' peuples,
soyez-vous utiles les uns aux autres,
et que les productions du midi passent
au nord ; que les lumières de l'orient
éclairent l'occident ; restez unis : c'est
Yptre intérêt et celui de vos chefs.
Maie l'homme oublia ces conseils de
la raison ; des esprits pervers semèrent
la défiance d'un bout du monde h.
l'autre , et la crainte arma les nations
contre les nations ; bientôt les peuples
ne virent plus dans leurs chefs que des
ennemis , et les chefs ne virent dans les
peuples que des animaux indociles et
dangereux.
Chefs des nations, fermez l'oreille aux
discours des flatteurs j écoutez la nature :
elle vous crie que nous sommes tous les
membres d'une même famille.
Protégez Je faible j soulagez le pauvre}
de Saadi, 049
honorez l'homme utile ; récompensez
l'homme laborieux ; consultez le sn^e ;
éloignez l'insensé; rendez justice à tous,
et vous n'aurez pas d'ennemis.
Craignez les plaintes des malheureux:
elles parcourent la terre ; elles traver-.
sent les mers; elles pénètrenr les cieux;
elle changent la face des états. Il ne faut
qu'un soupir de l'innocent opprimé pour
remuer le monde.
Fondez des écoles, faites fleurir les
sciences, répandez la lumière.
Vous demandez si vous en serez mieux
obéis? — Oui, parce que le peuple ju--
géra mieux de la justice des lois :
S'il payera mieux les tributs? — Oui f
parce qu'il verra que vous ne lui en de-^
mandez que de nécessaires :
Si les soldats combattront avec plus
de zèle ? — Oui, parce qu'ils auront
des chefs plus éclairés.
Les sages , les hommes instruits di-
ront les fautes que vous aurez faites, et
vous apprendront à n'en plus faire.
L5
$.5o Pensées morales
Qu'ils puissent dire librement ce
qu'ils pensent. Si quelques-uns d'eux
répandent des erreurs, ces erreurs se-
ront combattues par d'autres sages, et
du choc des opinions naîtra la vérité.
Soyez sobres économes vigilans j
, ,
juste3 ; donnez des emplois à ceux qui
aiment le peuple ; punissez ceux qui
font haïr votre autorité ; récompensez
ceux qui la font aimer : c'est ainsi que
vous attacherez tous les citoyens à la
patrie.
Que ce soit la justice qui vous dirige ;
elle épure elle élève les coeurs des
,
peuples et de ceux qui les gouvernent;
elle leur rappelle sans cesse leurs de-
voirs mutuels ; elle entretient dans les
magistrats les égards pour les citoyens ;
elle nourrit dans ceux-ci l'amour de la
liberté et des lois ; elle inspire la bien-
faisance, mais une bienfaisance utile ,
modérée, et non celte bienfaisance fas-
tueuse , qui enricii.t quelques hommes
de Jo, substance du peuplé, et qui en-
de Saadi. a5tf
gendre la paresse et l'esclavage. Toutes
les vertus sont fondées sur la justice ;
elle est la seule dont l'excès n'est ja-f
mais à craindre.
Faites le bien avant qu'on ne dise de
Yous : Il n'est plus»
Un fils vint se plaindre au magistrat
d'un homme qui avait calomnié sa mére$
et en demander vengeance. O mon fils,*
lui dit-il, tu vas faire plus de tort à ta
mère que le calomniateur ! tu vas faira
penser qu'elle né t'a pas appris à par-*
donner.
Quelle différence y a-t-il entre un
ami des hommes et celui qui n'aima
que soi ? — Tous deux traversent un
grand fleuve à la nage avec plusieurs
de leurs frères : l'égoïste s'écarte de ta
troupe pour nager plus commodément,-
et arrive seul au rivage. L'ami des hom-
mes au contraire nnge avec la troupe,
et tend quelquefois la main à ses com-
pagnons.
O toi qui prétends k la perfection,-
L6
û5a Pensées morales
apprends d'abord à être indulgent pour
tes frères !
Donne de la force à ta raison ; fais-
toi des images vives du bonheur qui
est la récompense du sage , et des
malheurs dans lesquels tombe l'insensé:
tu intéresseras ton coeur à être vertueux.
Ne sépare pas dans ta mémoire le prc'-:
cepte de l'exemple ; que la vertu soit
sans cesse présente à tes yeux ; qu'elle
te paraisse si belle, qu'il te soit impos-
sible de ne pas l'aimer. Si, malgré tout
cela, tu chancèles encore quelquefois
dans le chemin de la vie , relève-toi
avec courage.
Jamais le souverain arbitre des des-
tinées ne laissa sans plaisir le coeur de
l'homme vertueux, ni une bonne action
sans récompense.
S'il accorde quelquefois le sommeil
aux méchans , c'est afin que les bons
soient tranquilles.
de la Bruyère* 253

53-
PENSÉES MORALES
DE LA D R U Y È R E. (1)

l_j'HOMME qui dit qu'il n'est pas né


heureux, pourrait du moins le devenir
par le bonheur de ses amis ou de ses
proches. L'envie lui ôte cette dernière
/essource.
Otez les passions l'intérêt, l'injus-
,
tice quel calme dans les plus grandes
,
villes ! les besoins et la subsistance n'y
font pas le tiers de l'embarras.
Il y a de certains biens que l'on dé-
sire avec emportement, et dont l'idée
seule nous entève et nous transporte.
S'il nous arrive de les obtenir on les
,

0( Il naquît k Dourdan il y a 160 ans


, et
(aourut il y a io3 anj,
a54 Pensées morales
sent plus tranquillement qu'on ne l'eut
imaginé ; on aspire encore à de plus
grands,
Il y a d'horribles malheurs auxquels
on n'ose penser , et dont la seule vue
fait frémir : s'il arrive que l'on y tombe,
on se trouve des ressources que l'on ne
connaissait point ; on se roidit contre
son infortune, et l'on fait mieux qu'on
ne l'espérait.
Il n'y a rien que les hommes aiment
mieux à conserver, et qu'ils conservent
moins que leur propre vie.
La mort n'arrive qu'une fois. Il est
plus dur de l'appréhender que de la
souffrir.
L'ennui est entré dans le monde par
la paresse; elle a beaucoup de part dans
la recherche que font les hommes des
plaisirs et du jeu. Celui qui aime le
travail a assez de lui-même.
La modestie est au mérite ce que les
ombres sont aux figures dans un ta-
de la Bru yère. 355
bleau Î elle lui donne de la force et du
relief.
Un homme vain trouve son compte
à dire du bien ou du mal de lui. Un
homme modeste ne parle pas de lui-
môme.
Nous cherchons notre bonheur hors
de nous et dans l'opinion des hommes
que nous connaissons flatteurs , peu
sincères sans équité pleins d'envie ,
, ,
de caprices et de préventions : quelle
bizarerie !
C'est par faiblesse que l'on hait un
ennemi, et que l'on songe à s'en ven-
ger.
Si on ne le voyait de ses eux, pour-
rait-on jamais imaginer l'é ange dis-
proportion que le plus ou 'e3 moins
de pièces de monnaie met nre les 1

hommes ?
Il y a des misères sur la tei e qui
saisissent le coeur. Il manque des
hommes jusqu'aux alimens ils r dou-
,•

tent l'hiver j ils appréhendent de yi "e;


s56 Pensées morales
tandis que d'autres mangent des fruits
précoces , forcent la terre et les saisons
pour fournir à leur délicatesse , et ont
l'audace d'avaler en un seul morceau,
,
la nourriture de plusieurs familles.
L'esclave n'a qu'un maître : l'ambi-
tieux en a autant qu'il y a de gens uti-
les à sa fortune.
Ceux qui emploient mal leur tems ;
sont les premiers à se plaindre de sa
brièveté. Comme ils le consument à
s'habiller, à manger à dormir , à de
,
sots discours , à se résoudre sur ce qu'ils
doivent faire et souvent à ne rien
,
faire, ils en manquent pour des occu-
pations utiles. Ceux , au contraire , qui
en font un meilleur usage , en ont de
reste.
C'est une chose monstrueuse que le
goût et la facilité qui est en nous de
railler d'improuver et de mépriser les
,
autres , et -, tout ensemble, la colère
que nous ressentons contre ceux quj
de la Bruyère, Q5J
nous raillent, nous improuvent et nous
méprisent.
Une grande ame est au-dessus de l'in-
justice , de la douleur, de la raillerie.
Elle serait invulnérable, si elle ne souf-
frait par la compassion.
On connaît ses moindres avantages ;
on est aveugle sur ses défauts.
On compte presque pour rien les
vertus du coeur ; et l'on idolâtre les ta-
lens du corps et de l'esprit.
Les hommes, en un même jour , ou-
vrent leur ame à de petites joies , et se
laissent dominer par de petits chagrins.
Le remède à ces mots est de n'estimer
les choses du monde précisément que
ce qu'elles valent.
Tout parait grand aux enfans , les
cours , les jardins , les édifices , les
meubles les hommes les animaux.
, ,
Les choses du monde paraissent de
même aux hommes, et , par la même
raison parce qu'ils sont petits.
,
C'est se venger contre soi-inéme, et
û58 Pensées morales
donner un trop grand avantage à ses
ennemis , que de leur imputer des cho-
ses qui ne sont pas vraies, et de men-
tir pour les décrier.
Si l'homme savait rougir de lui-même,
quels crimes non-seulement cachés ,
,
mais publics et connus , ne s'épargne-
rait-il pas ?

H-
PENSÉES MORALES
DE GUILLAUME PENN. (1)
CHAPITRE PREMIER.
» » i i i m

JM ous sommes très-enclins à censurer


les autres même d'une manière tran-
,

(1) Il naquit à Londres il y a i55 ans, donna


des lois à la Pensylvanie y fonda la ville de
,
Philadelphie, il y a îig ans, retourna en Angle-
terre , et y mourut il y a 81 ans. Il contribua
beaucoup à répandre la doctrine des Quakers.
de Guillaume Pcnnl 25g
chante et cependant nous ne saurions
,
souffrir qu'ils nous donnent des avis.
Jiieîi ne découvre mieux notre faiblesse,
que d'avoir de si bons yeux pour voir
lus défauts des autres et d'être aveu-
,
gles sur les nôtres.
La frugalité est louable si l'on y
,
joint la libéralité. La première nous
apprend à retrancher toutes dépenses
superflues et l'autre h. les employer
,
au profit de ceux qui en ont besoin.
La frugalité sans libéralité est le pre-
,
mier pas vers l'avarice ; et la libéralité
sans frugalité, est le premier pas vers
la prodigalité. Les deux réunies forment
un caractère excellent.
Si ces deux qualités se suivaient par-
tout, elles nous garantiraient des deux
extrêmes , le besoin et l'excès. ' L'un
porterait remède à l'autre , et nous
iatnenerait à ce juste milieu qui est
ici bas le point le plus près du bon-
heur.
C'est une honte pour les moeurs pu-
a6o Pensées morales
bliques, que l'on voie tant de pauvreté
d'un côté et tant d'excès de l'autre.
,
Si tu Yeux que le bonheur et l'ai-
sance régnent chez toi , tu dois par-
dessus tout y maintenir l'ordre et l'ac-
tivité.
Aime le travail ; car, même en sup-
posant que tu n'aies pas besoin de
travailler pour vivre tu t'en porteras
,
mieux. Le travail n'est pas moins sa-
lutaire a l'âme qu'au corps ; il prévient
les mauvais effets de l'oisiveté.
Un jardin , un laboratoire , un ate-
lier , des améliorations , sont , pour
ceux qui ont du tems de reste, des amu-
femens innocens et utiles. Ces sortes
d'occupations , en nous gardant des
mauvaises compagnies , nous font étu-
dier la nature et l'art, nous font décou-
vrir une variété de choses aussi agréa-
bles qu'instructives et entretiennent
,
la santé de l'ame aussi bien que celle
du corps.
Mange pour vivre et ne vis pas pour
,
de Guillaume Penn, sJSX
manger ; l'un est d'un homme , l'autre
est môme au dessous de la bête.
On a fait des volumes euiers de re»
cettes pour la cuisine ; mais il n'en est
point qui équivale à un bon appétit
,
que l'on peut presque toujours se pro-
curer par la tempérance et l'industrie.
Si tu veux te remettre à table avec
appétit, quitte-la avant de l'avoir tout-
à-fait perdu.
Moins les boissons sont fortes plus
,
on a la tête libre et les sens rassis >•

et nous en retirons un double avan-


tage , c'est d'être toujours d'une hu-
meur égale , et beaucoup plus propres
pour les affaires.
Les liqueurs fortes sont bonnes par
fois et en petite quantité ; niais on
,
devrait plutôt en user comme de re-
mèdes et de liqueurs cordiales , qu'en
faire une habitude continuelle.
Les choses les plus communes sont les
plus utiles j ce qui prouve la sagesse ec
la bonté du père commun des hommes.
2.GQ Pensées morales
Ne fais donc point un usage trop
fréquent de ce que le créateur nous
donne avec épargne de peur de chau«
,
ger l'ordre naturel des choses, et do
trouver , en t'adonnant à l'excès et à
la volupté ton châtiment dans ce qui
,
était fait pour ton bonheur.
Tout excès est un défaut ; mais la
pire de tous est celui de la boisson.
L'ivrognerie dérange la santé et l'es-
prit , et labaisse l'homme ou-dessou3
de lui«mêmo lui fait révéler ce qui
,
devait être secret, le rend querelleur
,
lascif impudent, dangereux insensé,
, ,
Enfin un homme ivre n'est plus un
homme ; car ce qui distingue l'homme
de la bête c'est ta raison : et l'homme
,
âvre est si éloigné d'en avoir l
L'extravagance dans la manière de se
vêtir est un autre genre de folie bien
,
dispendieux.
Quand tu choisis tes vétemens vise
,
à la commodité et à. la décence mais
,
point à laYanité»
de Guillaume Penn. 2Ô3
C'est avec vérité qu'on dit que la*
modestie et la douceur sont les plu3
riches et les plus beaux ornemens de
l'urne et que plus la parure est sim-
>
ple, plus la beauté de ces qualités pa«-
rait dans tout son lustre.

51-
PENSÉES MORALES
DE GUILLAUME PENN.
CHAPITRE SECOND,

JM
te marie jamais que par amitié ,

mais aie soin de n'aimer que ce qui
mérite de l'être.
Si l'amitié n'est ton principal motif
,
tu seras bientôt dégoûté du mariage ,
et tu oublieras bientôt tes promesses ,
pour aller chercher ailleurs des plaisirs
défendus.
j&64 Pensées morales
Ceux qui se marient par intérêt ne
sauraient se trouver heureux dans le
mariage : l'essentiel y manque.
Si tu a 5 fait injure à quelqu'un
,
avoue-le plutôt que de te défendre. H
y a des gens nni croyent que leur hon-
neur s'oppose à ce qu'ils fassent la ré-
paration d'une injure;'mais comment
peut-il y avoir de l'honneur à soute-
nir une action qu'il y a du déshonneur
à faire ?
Si Ton voulait disputer sur tout ce
qui peut donner lieu à des disputes ,
on n'en finirait pas.
Vise au bonheur , non à la richesse :
cette dernière consiste a avoir ses sacs
pleins ; pour l'autre, il ne faut qu'avoir
l'esprit content , et les richesses no
procurent point le contentement.
Si tu veux être heureux , ne porto
point tes idées plus haut que ta con-
dition ne le permet , et sois de la plus
grande indifférence pour tout ce qui
n'est point absolument nécessaire.
Il
de Guillaume Penn» s65
îl y a bien des gens pour qui c'est
un malheur d'être riche j l'homme do
plaisir prodigue ses richesses l'avare
,
entasse ; mais il n'y a que l'homme de
bien qui sache en faire un bon usage.
Que ton estime ou ton mépris soit
,
pour toi , soit pour les autres ; ne dé-,
pende point du plus ou du moins d'ar-i
gent. Sache plutôt qu'il n'y a que le
vice qui soit digne de mépris et que
,
la vertu seule a des droits à notre
estime.
On estime une montre qui va bien ;
jugeons des hommes de même.
Celui quia un autremotif pour ho-
norer un homme, se prosterne devant
une idole.
La colère est pour Famé une espèce
de fièvre qui laisse toujours le malade
,
plus faible que quand elle l'a pris.
Rien ne nous met tant hors d'état
de faire usage de notre raison ; elle
nous entoure'd'un nuage dépoussière
que nos yeux peuvent à peine percer.
M
ft66 Pensées moj'ales
Il y a cinq qualités requises pour un
homme en place : du talent , de l'in-
tégrité de l'activité, de la patience et
,
de l'impartialité.
Celui qui n'entend pas le genre d'af-
faires dont il est chargé , quelqu'ins-
iruit qu'il soit d'ailleurs , n'est pas fait
pour remplir la place qu'il occupe ,
et le public souffre de son ignorance.
Les talens doivent être accompagnés
de justice , sans quoi ils feront plus do
mal que de bien.
On devrait condamner ceux qui re-
çoivent des présens, ou qui se laissent
corrompre de quelque manière que ce
soit,. à une amende aussi sévète que
s'ils avaient fraudé l'état.
Il est de la sagesse aussi bien que
du devoir do l'homme en place de re«
fuser ou d'accorder sans délai.
Différer de rendre justice est une
injustice.
Rien ne fait mieux voir un mauvais
caractère,, que de diminuer le prix des
de Guillaume Penni 067
bonnes actions et d'aggraver les fautes
d'autrui.
Il y a des gens qui, plus ils man-
quent de réputation eux-mêmes , plus
ils envient aux autres la leur.
C'est faire voir que l'on a plus d'am-
bition que de mérite que d'envier aux
-f

autres la récompense qui leur est due j


et c'est en outre prouver un bien mau-
vais caractère d'aimer mieux refuser
,
aux autres ce qui leur appartient , que
de leur donner les louanges qu'ils me-*
ritent.
Rien ne fait voir tant de folie et de
mauvaise foi , que de retrancher tout
ce qu'on peut du mérite et de la répu-i
tation d'autrui.
Cette envie qui est enfant de l'or-
,
gueil fait passer la bienfaisance pour
,
ostentation , la sobriété pour avarice ,
la modestie pour finesse ; elle suppose
que l'homme vertueux a ses desseins.
Avec elles il y a toujours un mais qui
,
déprécie les meilleures qualités. Quelle
s68 Pensées morales
basse jalousie ! et combien elle rend
méprisables ceux qui l'ont!
Ceux qui ont une belle ame se ré-
jouissent au contraire du succès des
autres , et leur paient avec plaisir le
tribut des louanges qu'ils méritent.
C'est une preuve que l'amour de la
vertu existe chez eux /puisqu'ils preiv»
nent plaisir à la voir récompenser.

PENSÉES MORALES
DE GUILLAUME PENN.
CHAPITRE TROISIEME.

V^KUX qui veulent prendre un YOI trop


haut, font souvent de terribles chutes.
Les plus grands arbres sont exposés aux
coups de vent , et les ambitieux aux
revers de la fortune.
Ceux qui dans la prospérité, n'a-
,
' de Guillaume Penm a6*g>

valent point d'entrailles pour les mal-


heureux , ne doivent pas s'attendre
qu'on les plaigne dans leur chute.
L'ambition est la pire de toutes les
maladies; L'ambitieux demande tou-
jours ; il n'a jamais assez. Toujours
inquiet et haï , il est dans un délire
continuel, insupportable dans la pros-
périté, vindicatif quand ses espérances
sont trompées.
Nous sommes plus envieux de rece-i
Voir des louanges que de les mériter.
Mais pour les mériter vraiment, il faut
aimer la vertu plus que les louanges.
On doit être sûr ses gardes aussi
bien pour donner que pour revevoir
des louanges. Lorsqu'on loue, il faut
avoir soin de le faire avec mesure , et
ne dire que ce que l'on pense.
Si nous paraissons ne loueî qu'à re-
gret , cela a l'air de la jalousie , et , au
contraire , de Jlatterie , si nous passons
les bornes.
On ne saurait être trop sur ses gardes,
2jo Pensées morales
quand on reçoit des louanges. Comme
nous sommes toujours plus enclins à
croire ce qui nous flatte, que ce qui est
,vrai il pourrait bien se faire que les
,
complimens nous enflant le coeur
, »

nous fissent oublier la juste mesure de


notre propre mérite.
Un des grands plaisirs de la vie est
d'être exempt de toute gêne ; mais c'est
une aisance que les gens difficiles ne
sauraient se procurer.
Aussi vaut-il mieux accoutumer les
enfans à une nourriture grossière et
simple, que de leur apprendre à être
si recherchés et si délicats.
Celui qui a appris à se contenter de
peu , doit plus à la sagesse de son père,
que celui qui hérite de grands biens
ne doit à l'industrie du sien.
On ne saurait donner aux enfans une
éducation trop mâle et trop vigoureuse j
elle leur apprend à s'arranger de tout
,
en quelque passe qu'ils se trouvent ;
plie les rend plus f-'rts et plus actifs.
de Guillaume Penn, 6?1
Il est même certain qu'elle leur tient
l'esprit bien plus libre ; car alors l'es-
prit est le maître au lieu d'être l'esclave
du corps.
Je ne vois rien chez les anciens qui
mérite plus d'éloges que leur méthode
sévère et utile d'élever la jeunesse.
Ils avaient soin de prévenir chez eux
le luxe par le travail, jusqu'à ce que la
sagesse leur eût appris à y résister et
& le mépriser.

La charité , ou amour de nos sem-


blables nous porte à leur tendre la
,
main pour les retirer de la misère.
Ceux qui n'ont pas cette bienveiU
lance, ne méritent pas de partager le
nom de frère avec les autres hommes »
car comment peut-on être homme sans
entrailles ?
Appellerai-je homme celui qui voit ,•

sans être touché , les besoins et la min


sère de ceux qui sont formés du même
sang et de la même chair que lui.
La charité yoit tout du meilleur côté.
M 4
*7a .Pensées morales
aussi bien les personnes que les choses.
Elle n'espionne point, ne médit point;
elle sait excuser les faiblesses diminuer
,
les fautes ; donne la meilleure explica-
tion à tout j pardonne et rend service
à tous.
Dans les cas extrêmes. elle met de
la modération j elle sait trouver des
expédiens pacifier des querelles et
, ,
aime mieux perdre que de se venger.
Enfin elle est le remède universel
,
contre la discorde , et le lien le plus
sacré de la société.
Elle embrasse toute la religion, C'est
la seule chose nécessaire. Plût à Dieu
que celte vertu divine fût plus répan-
due et enracinée dans le coeur de tous
,
les hommes ! On les verrait s'occuper
de la vraie piété , plutôt que de con-
troverse ; se montrer lus uns aux autres
de l'amour et de la compassion plutôt
,
rjuo de se censurer et de se persécuter
en aucune manière que ce soit.
de Fénélon. k?3

57-
PENSÉES MORALES
DE FÉNÉLON, (i)
(CHAPITRE PRE M I E R^

J_jA simplicité est la plus aimable de


toutes les vertus. Si les hommes vou«
laient vivre simplement , on verrait
par-tout l'abondance t la joie , l'union
et la paix. Un jeune homme qui aime
àse parer vainement comme une femme*
est indigne de la sagesse et de la gloire.»
Une vie sobre et modérée , simple
exempte d'inquiétudes et de passions ,
réglée et laborieuse , retient dans les
membres d'un homme sage la vive jeu-

( i ) Il raquil éans la ci*ilevant province tin


Périgord il y a l-'fî ans » et mourut k < ambrai
il y a &} ans.
M5
27^ Pensées morales
nesse, qui, sans ces précautions , est.
toujours prête à s'envoler sur les ailes
du tems.
C'est une honte pour les hommes
qu'ils aient tant de maladies ; car les
bonnes moeurs produisent la santé.
Les pauvres sont souvent moins ma-
lades, faute de nourriture ,'que les ri-
ches né le deviennent pour en prendre
trop.
Les vrais biens sont la santé , la for-;
ce , le courage , la paix , l'union dès
familles, la liberté de tous les citoyens,
le simple nécessaire l'habitude du tra-
,
vail l'émulation pour la vertu et la
, ,
soumission aux lois.
Plus il y a d'hommes dans un pays
,
pourvu qu'ils soient laborieux , plus ils
jouissent de l'abondance.
Heureux les hommes à qui la vertu
se montre dans toute sa beauté ! Peut-
on la voir sans l'aimer? Peut-on l'aimer
sans être heureux ?
L'homme véritablement libre est ce?
de Fénélon» p.y3
lui qui , dégagé de toute crainte et
de tout désir n'est soumis qu'à la
,
raison.
Le malheur dépend moins dos choses
qu'on souffre que de l'impatience avea
,
laquelle on augmente son malheur.
Dans les plus terribles revers , le
vrai courage trouve toujours quelques
ressources.
Souviens-toi de la fragilité des choses
humaines : celui qui est dans la pros-i
périté doit craindre d'en abuser , et se-.
courir le malheureux.
Les hommes insolens pendant la pros-'
périté , sont toujours faibles et trem-
blans dans la disgrâce.
La nécessité apprend aux hommes
ce qu'ils ne pourraient jamais savoir
autrement,
Ceux qui n'ont jamais souffert ne sa-
vent rien ; ils ne connaissent ni les biend
ni les maux; ils ignorent les hommes ,*

ils s'ignorent eux-mêmes.


La gloire n'est due qu'à un coeur qui
2.J& Pensées morales
sait souffrir la peine et fouler aux pieds
les plaisirs.
Avant que de se jeter dans le péril
r
il faut le prévenir et le craindre ; mais
quand on y est il ne reste plus qu'à
,
le mépriser.
La valeur ne peut être une vertu ;
qu'autant qu'elle est réglée par la pru-
dence.
Quiconque préfère sa propre gloire
aux sentimens de l'humanité , est un
monstre d'orgueil , et non pas un
homme.
Il n'y a ni vertu , ni vrai courage , ni
gloire solide sans humanité.
Il ne faut jamais songer à la guerre
que pour défendre sa liberté.
Aimez votre famille plus que vous-
même ; aimez votre patrie plus que vo-
tre famille ; mais aimez le genre humain
encore plus que votre patrie.
Toutes les nations de la terre ne sont
que les différentes familles d'une même
République dont Dieu est le père conv
>
île Pénélon. 377
mun. La loi naturelle et universelle se-
lon laquelle il veut que chaque famille
soit gouvernée , est de préférer le bien
public à l'intérêt particulier.
Si les hommes suivaient cette loi na-
turelle , chacun ferait par raison et par
amitié ce qu'il ne fait souvent que par
intérêt ou par crainte. Mais les passions
nous aveuglent , nous corrompent, et
nous détournent de l'observation de
cette loi. 11 a fallu la commenter et la
faire exécuter par des lois civiles , et
créer une autorité qui juge de leurs im-
perfections , et qui maintienne l'oidre
public. Autrement il y aurait autant de
gouvernemens arbitraires que de têtes.
L'amour du peuple, le bien public,
l'intérêt général de la société est dono
la loi immuable et universelle de ceux
qui gouvernent, Cette loi est antécé-
dente à tout contrat ; elle est fondée
la
sur nature même ; elle est la source
et la règle de toutes les autres lois.
Ceux qui gouvernent doivent être le»
278 Pensées morales
plus obéissans à cette loi primitive ; et
ils ne sont dignes de gouverner, qu'au-
tant qu'ils s'oublient pour le bien pu-
blic.

58.
PENSÉES MORALES
DEFÉNÉLON.
CHAPITRE SECOND.

XJE despotisme des gouvernans est un


attentat sur les droits de la fraternité
humaine. C'est renverser-la grande loi
de la nature, dont ils sont les conser-
vateurs.
La sagesse de tout gouvernement con«
siste dans une liberté réglée par la leulo
autorité des lois.
Il faut que les gouvernans sachent
que l'abus du pouvoir est une frénésie
crui ruine leur autorité. Quand ils s'acj
de Fénélott, 270
coutument à ne connaître d'autres lois
que leurs volontés , ils sapent le fon-
dement de leur puissance.
Nulle puissance ne peut forcer lo
retranchement impénétrable de la liber-
té du coeur. La force ne peut jamais per-
suader les hommes : elle ne fait que des
hypocrites.
Que la liberté religieuse soit donc
acordée a tous qu'on souffre avec
,
patience ce que Dieu souffre, et qu'on
tAche de. ramener les hommes par une
douce persuasion.
Heureux celui qui n'étant point l'es-
clave d'autrui, n'a pas la folio ambition
de faire d'autrui son esclave 1

Le rempart le plus sûr d'un état est


la justice, la modération, la bonne foi.
La sagesse n'a rien d'austère ni d'af-;
fecté} c'est elle qui donne les vrais plai-
sirs ; elle sait mêler les jeux et les ris
avec les occupations graves et sérieuses;
elle prépare le plaisir par lo travail, et
le travail par le plaisir,,
280 Pensées morales
La fausse vertu est acre , critique ,•
sévère et implacable ; la vraie vertu
est toujours égale , douce , affable et
compatissante.
Elle s'accommode aux imperfections
des autres, pour les guérir patiemment.
Elle s'atendrit sur leurs maux ne
,
comptant pour rien les siens; elle con-
sole elle se proportionne elle se ra-s
, ,
petisse avec les petits, elle s'élève avec
les hommes élevés. Elle pleure avec
ceux qui pleurent ; elle se réjouit avec
ceux qui se réjouissent. Elle est toute
à tous non par une apparence forcée
,
et par une démonstration séché } mais
par l'abondance du coeur. Rien n'est
si sec si dur, si froid si resserré,
, ,
qu'un coeur qui s'aime seul en toutes
choses. Rien n'est si tendre si ouvert,
,
si vif, si doux si aimable qu'un coeur
, ,
qui est plein de l'amour de ses sem-
blables.
On doit se consoler aisément des ri-
des qui viennent sur le Yisage pendant;
>
de Fênélon* 281
que le coeur s'exerce et se fortifie dans
la pratique de la vertu.
C'est faiblesse c'est vanité c'est
, ,
ignorance grossière de son propre in-
térêt, que d'espérer de pouvoir cacher
ses fautes, en affectant de les soutenir
avec fierté et avec hauteur.
Les méchans se défient des méchans
et les détestent; mais ceux qui ont le-
goût de la vertu, rie peuvent être en-
semble sans être unis par la vertu qu'ils
aiment.
Le sage agrandit sa sagesse par toute
celle qu'il recueille en autrui.
Un champ fertile et bien cultivé est
le vrai trésor d'une famille assez sage
pour vivre frugalement comme ses pères
ont vécu.
Le coeur des mortels compte toujours
pour rien ce qu'il a le plus désiré, dès
qu'il le possède ; et il est ingénieux
pour se tourmenter sur ce qu'il ne pos-
sède pas encore.
Soyez en garde contre votre humeur;
28a Pensées morales
elle obscurcit tous les talens, rend un
homme inégal, vil, insupportable , et
fait perdre les occasions les plus impor*
tantes.
Il n'est jamais'permis d'être ingrat,
même envers les méchans.
Le biôn qu'on fait n'est jamais perdu,

59.
PENSÉES MORALES
D' Y O U N G. ( i )
CHAPITRE PREMIER,
Sur l'emploi du temss
J_JE tems bien plus sacré j plus pré-
, ce
cieux que l'or , est pour l'homme un
fardeau plus pesant et plus vil que le

( 1 ) Il naquit en Angleterre il y a n5 nns,


et y mourut, ministre du culte protestant, il y
a 34 ans.
d'Young. û85
plomb. Nous recevons avec indifférence
et sans en tenir compte, les jours qui
nous sont distribués ; nous dissipons les
années l'une après l'autre sans acquit-
,
ter la dette de la vertu. Mortel! tu ne
sais pas ce que vaut un instant ! cours
le demander à l'homme étendu sur son
lit de mort.... Soyons avares du tems;
ne laissons les heures sortir de nos ma ns
qu'avec épargne, qu'avec fruit, qu'aveo
regret, comme nous cédons notre or,
ou une portion de notre sang, et ne
souffrons pas qu'aucun de nos jours
s'écoule sans avoir grossi le trésor de
nos vertus,
La nature tient sous nos yeux une
école où elle instruit le genre-humain:
l'emploi du tems est la leçon qu'elle lui
répète. Nous mourons tous les soir3 ;
nous renaissons tous les matins; chaque
jour est une vie complète et différente.
Cette différence nous échappe, et nous
confondons le jour qui nous luit avec
celui qui l'a précédé. Cependant, commç
I284 Pensées morales
on ne se baigne jamais deux fois dans
les mêmes eaux d'un fleuve, on ne se
réveille jamais deux fois dans la mémo
vie. Le ileuve et la vie s'écoulent et
changent sans cesse sans paraître chan-
ger. Nous ne remarquons pas ce volume
immense et des ondes et des jours qui
est allé s'abîmer pour jamais dans le se*
jour des mers et dans celui des tems,
Occupés d'amusemens frivoles nous
,
suivons gaiement les flots qui nous en-
traînent ; nous descendons doucement,
et les yeux fermés, la pente rapide qui
nous mène à la mort.
Les siècles ont vu naître assez do
philosophes qui ont raisonné sur le prix
du tems , et qui en ont recommandé
l'emploi. Mais que le sage qui sait ap-
précier une heure et lui faire rapporter
toute sa valeur, est un être rare ! Il en
fut un cependant qui vs'écria : J'ai perdu
un jour ! parce qu'il l'avait passé sans
faire du bien.
Cet honmie vertueux a parlé comme
d'Young: £>$5
la raison parle à tous les hommes : elle
leur crie que le tems est clans nos mains
un instrument fécond en merveilles ,
et l'agent tout-puissant du bien ou du
mal.
Loin de racheter le tems perdu, nous
achetons à grands frais les moyens d'en
perdre le reste. Nous l'aliénons sans re-
mords pour de vaines bagatelles. Nous
laissons des vides stériles et nombreux
dans l'espace de notre vie. Ce n'est pas
là l'exemple que nous donne la nature;
elle emploie tous les instant Actif et
laborieux comme elle, l'homme de bien
féconde tous les moniens de sa durée.'
Le tems ne le surprend jamais sans trou--
ver la vertu dans ses actions ou dans
ses projets. Elle remplit, elle immortas
lise tous les instans de son existence
fugitive. Aucun ne passe sans l'enrichir;
il lève sur ses heures un tribut, et cha-
cune lui paye , en fuyant, un revenu
immense.
N'accusons que nous de l'ennui que
286 Pemèes morales
nous éprouvons quand nous sommes
oisifs, et rendons justice à la nature,
Cest une loi de l'éternel, que l'homme
qui abuse du tems , et qui consume
sa vie dans la frivolité, sera tourmenté
de sa propre existence.
Dieu attache le plaisir à l'emploi du
tems , la peine à sa. perte. Si l'ennui
nous gagne, courons au travail : le re-
mède est infaillible. Ne prenons jamais
l'inaction pour le repos. Les soins de la
vie en font la consolation et l'agrément.
Celui qui n'en a point, est obligé de
s'en créer, de s'en imposer de volon-
taires , sous peine de rester malheureux,
L'ame jouit quand elle est occupée;
oisive, elle éprouve des tourmens in-
supportables. La joie C3t un fruit qui ne
peut croître que dans le champ du tra-
vail, et quand ce n'est pas un plaisir,
c'est un supplice d'exister.
Voyez ces sybarites efféminés : la
moindre fatigue les accablerait, leur
main serait blessée du poids d'un lu-
d} Young, %$?
seau ; leur existence même leur est à
charge. Sans les amusernens variés qui
soutiennent et renouvellent leur être,
ils succomberaient. Tant que le jour
dure, on les voit comme ces insectes
légers et brillans folâtrer et s'ébat ire.
,
Les deux mondes leur doivent des par-
fums des sucs esquis. Il leur faut dus
,
folies changeantes des plaisirs frais
, ,
pour les aider à traîner sans murmure
le poids do leur existence pendant
,
l'inépuisable longueur d'une rapide
journée. Hommes toujours en enfance,
et que les erreurs bercent en riant,
songez-vous que vous abusez d'une ame
immortelle et quo vous prenez des
,
hochets dans un jour de combat? Pour
vous, s'amuser c'est vivre. Mais tel est
le sort réservé à l'homme frivole : il fuit
l'ennui ; l'ennui s'attache à ses pas, et
le poursuit tonte sa vie. Voulez-vous
jouir des heures et n'être pas sujet à
,
les regretter quand elles .sont écoulées ?
consacrez-les à la vertu, Leur fuite est
*88 Pensées morales
insensible pour l'homme de bien ; il ne
se plaint ni du tems, ni de la vie, ni de
la mort : il marche en paix, et d'un
pas égal avec la nature.

60.
PENSÉES MORALES
D' Y O U N G.
CHAPITRE SECOND,
Sur le bien et sur le mal.
SS 'ATTRinuoKS pas nos maux à la
providence. Des maux, Dieu bienfai-
teur ! ils ne sont pas de toi ; tu n'en as
pas fait; ils sont l'ouvrage de l'homme:
il en a créé une loule. Nous sommes
les artisan3 de nos peines. Nous souf-
frons de nos vices de nos erreurs et de
,
notre folie , et nous osons en accuser
la nature ! Tout ce que Dieu fait est
bon,,
d'Young. 289
bon. La peine est un bien : elle nous
avertit d'être vertueux. La mort est un
bien : elle nous immortalise. Tout ce
qui est un mal dans l'ordre physique
peut devenir un bien dans l'ordre moral.
Il n'est point de mal absolu, que le vice;
il n'est point de vrai malheureux, que
le vicieux.
Et même dans le monde physique n'y
a-t-il que les phénomènes brillans et
les scènes riantes de la nature qui aient
droit à notre reconnaissance. Nous la
devons encore à son auteur pour les
tristes révolutions et les scènes de ter-
reur dont elle nous épouvante. Le som-
bre hiver est utile comme le printems.
La foudre, qi'. nous effraie de ses éclairs,
»

n'est pas moins nécessaire que le soleil,


qui réjouit nos yeux de ses r.t)ons. Une
masse immobile de vapeuts croupissan-
tes rendrait l'air contagieux et mortel »
les orages qui l'épurent et le renouvel-
lent sont bons comme l'haleine cares-
sante des zéphyrs, 11 est bon que le3
N
s:/58 Pensées morales
insensible pour l'homme de bien ; il 119
se plaint ni du tems, ni du Li vie, ni de
la mort : il marche en paix , et d'un
pas égal avec la nature.

60.
PENSÉES MORALES
D' Y O U N G.
CHAPITRE SECOND.
Sur le bien et sur le mal.
J\ 'ATTRIBUONS pas nos maux à la
providence. Des maux, Dieu bienfai-
teur ! ils ne sont pas de toi ; tu n'en as
pas fait; ils sont l'ouvrage de l'homme:
il en a créé une ioule. Nous sommes
les artisans de nos peines. Nous souf-
frons de nos vices de nos erreurs et de
,
notre folie , et nous osons en accuser
la nature ! Tout ce que Dieu fait est
bon,
d'Youi?g. 289
bon. La peine est un bien : elle nous
avertit d'être vertueux. La mort est un
bien : elle nous immortalise. Tout ce
qui est un mal dans l'ordre physique
peut devenir un bien dans l'ordre moral.
Il n'est point de mal absolu, que le vice;
il n'est point de vrai malheureux, que
le vicieux.
Et même dans le monde physique ny
a-t-il que les phénomènes brillans et
les scènes riantes de la nature qui aient
droit à notre reconnaissance. Nous la
devons encore à son auteur pour les
tristes révolutions et les scènes de ter-
reur dont elle nous épouvante. Le som-
bre hiver est utile comme ie printems.
La foudre, qui nous effraie de ses éclairs,
n'est pas moins nécessaire que le soleil,
qui réjouit nos yeux de ses rajons. Une
masse immobile de vapeuis croupissan-
tes rendrait l'air contagieux et mortel.
les orales qui l'épurent et le renouvel-
lent sont bons comme l'haleine cares-
sante des zéphyrs. Il est bon que les
N
aç)0 Pensées morales
volcans mugissent et s'allument : leurs
flammes, concentrées dans le sein des
montagnes, pourraient miner, ébranler
le fondement du globe. L'Etna sert
l'homme quand il vomit ses feux. La
comète , que l'ignorant contemple avec
effroi, sourit à l'astronome qui sait la
voir. L'astre se dégage plus brillant des
ombres qui l'ont éclipsé.
C'est l'emblème de la vertu. Dans la
prospérité , elle est sous un voile qui
l'ombrage. Le malheur le déchire : elle
sort du nuage, et se montre dans tout
son éclat. La joie que produit l'ivresse
de la fortune, nous trahit ; elle est vaine
comme elle, elle expire avec elle. La
paix , dans l'adversité , élève et fortifie
l'aine. Dans cette pénible arène, la vertu
combat et triomphe, L'athlète coura-
geux , luttant avec le malheur, est un
spectacle qui rend la terre et les cieux
attentifs. 11 remplit alors la tâche d'un
homme. Le héros se juge dans une ba*
taille, le pilote dans la tempête, et
,
d'Young. £f)
l'homme vertueux, dans les calamités.
Que nous sommes aveugles de perdra
nos malheurs ! Le plus infortuné devrait
sourire dans ses larmes. Bannissons la
tristesse ; c'est un blasphème contre la
créateur écrit sur nos fronts. Soyons tou^
jours calmes et sereins, mais sur-tout
dans l'infortune.
Non , je ne croirai pas que ce soit un
malheur d'être homme. Je paierai, sans
murmurer , le faible tribut imposé sur
la vie. Il faut renoncer à l'existence
,
ou accepter les maux qui en sont insé-i
parables. Le premier pas vers le bon«<
heur, c'est d'être convaincu que c'est
une nécessité de souffrir.
Connaissons notre dignité , ne nous
attachons pas à des fantômes, renon-;
çons à toutes les petites passions , et
nous ne serons pas malheureux. Le
bonheur n'est fait que pour une ama
grande dans ses désirs et dans ses vues.
Tout ce qui est petit et vil, en nous
éloignant de la vertu, nous rapproche
Na
5? 9 2, Pensées morales
du mal et de la peine. La vertu ne peut
entrer dans un coeur étroit. Le vice est
un défaut de capacité dans l'ame , et
d'étendue clans la pensée.
Toi qui cherches la grandeur dans les
dignités et non dans la vertu, dis-moi
,
quel est le poste où ton ambition as-
pire ?.. . La fortune l'accorde à tes
voeux : t'y voilà placé Regarde-toi
maintenant : te trouves-tu plus grand?
Si tu le crois cet orgueil qui t'enile
,
décèle ta bassesse. Tu avais donc be-
soin d'un échafaud pour t'ëlever au-
dessus des autres ? Il importe peu sur
quelle base tu es placé , mais quelle
est ta propre grandeur. Voilà ce qu'il
faut considérer pour t'apprécier. Portez
ixn pygmée sur le sommet des Alpes,
vous l'exhausserez , mais vous ne le
rendrez pas plus grand. C'est l'homme
qui crée ses propres dimensions l'é-
.*

tendue de sa vertu est la mesure de sa


grandeur.
J'ai pitié, de tous ces mortels qui
,
d'Young. 295
après s'être glissés par des chemins
tortueux dans le sein de la richesse ,
ou s'être élevés en rampant vers les
,
honneurs, veulent ensuite nous insul-:
ter , en levant au-dessus de nous leurs
tètes orgueilleuses. Qu'elle est mépri-
sable et fragile , cette gloire qui em-
prunte de la fortune un faux éclat que
le moindre souffle peut éteindre Tou-
!

tes les distinctions de cette courte vie


ne sont qu'une écorce appliquée , et
non pas unie à notre être. Enlevons ce
fard imposteur dont la fortune orne ses
favoris; dépouillons leur corps de sa.
vaine parure ; pénétrons leur ame jus-,
qu'au vif; détachons d'elle tout ce qui
n'est pas elle : alors jugeons sur ce qui
reste , de leur petitesse ou de leur granr
deur.
I\ien n'est plus auguste sur la terre
qu' .ne ame honnête et un coeur pur ;
rien de plus noble que les vertus obsr
cures et les vertus secrètes de l'homme
de bien. Il coule dans la paix ses jours
N 3
2Q4 Pensées morales
tranquilles ; il arrive plein d'espérance
à la borne fatale où les faux héros
succombent et se désespèrent. Il a vé-
cu en grand homme ; il meurt en grand
homme, quels qu'aient été ses destins
et sa renommée.

61.
PENSÉES MORALES
DE VOLTAIRE, (1)
CHAPITRE PREMIER.

JLJES vrais philosophes sont les apô-


tres de la divinité. On dit à des enfans
qu'il y a un dieu ; mais Newton le
prouve à des sages.
A Londres après les guerres de
,
Cromwel sous Charles II comme à
, ,

(i) Il naquit à Paris il y a ic>5 an$, et y mou--


rut il y a A I ans.
de Voltaire. 9,0,5
Paris après les guerres des Guises
} ,
sous Henri IV , on se piquait beaucoup
d'athéisme. Les hommes ayant passé
de l'excès de la cruauté à celui des
plaisirs et ayant corrompu leur esprit
,
successivement dans la guerre et dans
la mollesse ne raisonnaient que très-;
,
médiocrement. Plus on a depuis étudié
la natu-e plus on a connu son auteur.
,
Quand nous voyons une belle ma-
chine nous disorn qu'il y a un bon
,
machiniste et que ce machiniste a un
,
excellent entendement. Le monde est
assurément une machine admirable ;
donc il y. a dans le monde une admira-
rable intelligence quelque part où elle
,
soit. Cet argument est vieux et n'en
,
est pas plus mauvais.
Il y a moins d'athées depuis que les
physiciens ont reconnu qu'il n'y a au-
cun être végétant sans germe , aucun
germe sans dessein , etc. , et que le
blé ne vient pas de pourriture.
Le plus bel hommage qu'on puisse
N4
2 <JJ Pensées ?n orales
rendre à Dieu c'est de prendre sa dé-
,
pense sans colère ; comme le plus in-
digne portrait qu'on puisse faire de
lui, est de le peindre vindicatif et fu-
rieux. Il e*t la vérité même : la vérité
est sans passion. C'est être disciple de
Dieu , que de l'annoncer d'un coeur
doux et d'un esprit inaltérable.
Les cérémonies religieuses ont par-
tout quelque ressemblance et quelque
différence ; mais on "adore Dieu par
toute la terre.
Faut-il que ceux qui le reconnaissent
pour leur père , lui donnent toujours
le spectacle de ses enfans qui se dé-
testent , qui s'anathématisent, qui se
poursuivent , qui se massacrent pour
des argumens ?
Les hommes étant tous frères , et
reconnaissant le même Dieu , il est
exécrable que des frères persécutent
leurs frères parce qu'ils témoignent
,
leur amour au père de famille d'une
manière différente. Quel est en effet
de Voltaire. 297
l'honnête homme qui ira tuer son frère
aîné ou son frère cadet parce que l'un
,
aura salué leur père commun à la
chinoise et l'autre à la hollandaise ?
,
Celui qui en userait ainsi serait plu-
t
tôt un mauvais frère qu'un bon fils.
La tolérance doit être l'apanage de
l'humanité. Nous sommes tous pétris
de faiblesse et d'erreurs ; pardonnons-
nous réciproquement nos sottises ; c'est
la. première loi de la nature.
Il est clair que tout particulier qui
persécute un homme , son frère , parce
qu'il n'est pas de son opinion est un
,
monstre. Cela ne souffre JKÏS de diffn
cuites.

N 5
£198 Pensées morales

6%.
PENSÉES MORALES
DE VOLTAIRE.
CHAPITRE SECOND.

VJHÀQTIE animal a son instinct ; et


l'instinct de l'homme fortifié par la
,
raison , le porte à la société comme au
manger et au boire. Loin que le be-
soin de la société ait dégradé l'homme,
c'est l'éloignement de la société qui le
dégrade. Quiconque vivrait absolument
seul perdrait bientôt la faculté de
,
penser et de s'exprimer ; il serait à
charge à lui-même ; il ne parviendrait
qu'à se métamorphoser en bête.
Qui nous a donné le sentiment du
juste et de l'injuste ?.. ; Dieu , qui
nous a donné un cerveau et un coeur.
Mais quand notre raison nous ap-j
de Voltaire. 299
prend-elle qu'il y a vice et vertu?. .
.
Quand elle nous apprend que deux et
deux font quatre. Dieu nous fait naître
avec des organes qui , à mesure qu'ils
croissent, nous font sentir tout ce que
notre espèce doit sentir pour la conser-
vation de cette espèce.
Comment ce mystère continuel s'o-
père-t-il ? dites-le moi habitans de
,
l'Asie Africains et Canadiens et vous
, ,
Platon Cicéron Épictéte. Vous sen-
, ,
tez tous également qu'il est mieux de
donner le superflu de votre pain de
,
votre riz , ou de votre manioc à l'indi-
gent , que de le tuer ou de lui crever
les deux yeux. Il est évident à toute la
terre qu'un bienfait est plus honnête
qu'un outrage , que la douceur est
préférable à l'emportement. Il ne s'a-t
git donc que de nous servir de notre
raison pour discerner les nuances ae
l'honnête et du déshonnête. Le bien et
le mal sont souvent voisins : nos pas-
sions les confondent : qui nous éclai-
N 6
Zoo Pensées morales
rera ? nous-mêmes,quand nous sommes
î'dnquilles.
La morale est une elle vient donc
,
de Dieu comme la lumière. Il n'a
point changé et ne peut changer. Nos
principes de raison et de morale se-
ront donc éternellement les mêmes.
De quoi servent à la vertu de sub-
tiles distinctions et des persécutions
,
fondées sur ces distinctions ? La na-
ture , effrayée et soulevée avec hor-
reur contre toutes ces inventions bar-
bares crie à tous les homraei : Soyez
,
justes et non des sophistes persécu-
,
teurs.
Il n'y a qu'une morale ; comme il
n'y a qu'une géométrie. Mais me di-
,
ra-1-on , la plus grande partie des
[hommes ignore la géométrie. Oui
,
mais dès qu'on s'y applique un peu
,
tout le monde est d'accord. Les agri-
culteurs les manoeuvres les artistes
, ,
n'ont point fait de cours de morale ;
ils n'ont lu ni Cicéron ni Aristote ;
de Voltaire. 3oi
mais sitôt qu'ils réfléchissent, ils sont,
sans le savoir , les disciples de Cicé-
ron. Le teinturier indien , le berger
tartare , et le matelot d'Angleterre con-
naissent le juste et l'injuste. Confu-
cius n'a point inventé un système de
morale comme on invente un système
de physique ; il l'a trouvé dans le coeur
de tous les hommes.
Cette morale était dans le coeur du
préteur Festus, quand les Juifs le pres-
sèrent de faire mourir Paul, qui avait
amené des étrangers dans leur tem-
ple. Sachez leur dit-il que jamais
, ,
les Romains ne condamnèrent personne
sans l'entendre.
5o2 Pensées morales

63.
PENSÉES MORALES
DE VOLTAIRE.
CHAPITRE TROISIÈME.

X OUT annonce d'un Dieu l'éternelle existence.


On ne peut le comprendre, on ne peut l'ignorer.
La voix de l'Univers annonce sa puissance ,
Et la voix de nos coeurs dit qu'il faut l'adorer.
Mortels, tout est pour votre usage ;
Dieu vous comble de ses présens.
Ah ! si vous êtes son image ,
Soyez comme lui bienfaisans.

Pères, de vos enfans guidez le premier âge ;


Ne forcez point leur goût, mais dirigez leurs paj.
Etudiez leurs moeurs , leurs talens, leur courage ;
On conduit la nature , on ne la change pas.

Enfant, crains d'être ingrat, ôois soumis ; soii


eincère.
,
de Voltaire; 3o5
Obéis, si tu veux qu'on t'obéisse un jour.
Vois ton Dieu dans ton père ; un Dieu veut ton
amour.
Que celui qui t'instruit te soit un nouveau père.

Qui s'élève trop s'avilit :


De la vanité nait la honte ;
C'est par l'orgueil qu'on est petit ;
On est grand quand on le surmonte.:
La politesse est à l'esprit
Ce que la grâce est au visage;
De la bonté du coeur elle est la douce image t
Et c'est la bonté qu'on chérit.
Soyez vrai, mais discret ; soyez ouvert, mais sage \
Et sans la prodiguer, aimez la vérité :
Cachez-la sans duplicité ,
Osez la dire avec courage.

Le premier des plaisirs et la plus belle gloire ,-


C'est de répandre des bienfaits.
Si vous en recevez publiez-le à jamais ;
,
Si vous en répandez, perdez-en lar mémoire.-

Fuyez l'indolente paresse ;


C'est la rouille attachée aux plus brillans métaux;
L'honneur, le plaisir mi' me, est le fils des travaux {
)Lc mépris et l'ennui sont nés de <a muJIesse.
3o4 Pensées morales
Réprimez tout emportement :
On se nuit alors qu'on offense;
Et l'on hâte son châtiment,
Quand on croit hâter sa vengeance;
La dispute est souvent funeste autant que vaine:
A ces combats d'esprit crigntz de vous livrer.
Que le flambeau divin qui doit vous éclairer
Ne soit pas en vos mains le flambeau de la haine;.
\
De l'émulatiou distinguez bien l'envie :
L'une mène à la gloire, et l'autre au déshonneur.
L'une est l'aliment du génie ,
Et l'autre est le poison du coeur.'
Far un humble maintien qu'on estime et qu'on
aime ,
'Adoucissez l'aigreur de vos rivaux jaloux.:
Devant eux rentrez en vous-même %

Et ne parlez jamais de vous.


tToutes les passions s'éteignent avec l'âge;
L'amour-propre ne meurt jamais.
Ce flatteur est tyran : redoutez ses attraits %

Et vives avec lui sans être en esclavage.


de Franklin» 3oç

64.
PENSÉES MORALES
D E F R A N R L I N. (1)
CHAPITRE PREMIER.

UN trouve les impositions fort lour-


des : cependant si nous n'avions à
payer que celles que le gouvernement
nous demande , nous ne penserions
guère à nous en plaindre ; mais nous
en avons une quantité d'autres plus
onéreuses et dont nous nous char-
,
geons nous-mêmes.
Par exemple, notre pa?'esse nous prend
deux fois autant que le gouvernement j
JN otre orgueil, trois fois ;

(1; Il naquit a Boston il ag3 ans, et mourut


à Philadelphie il y a 9 ans après avoir puis*,
,
«animent contribué à la liberté de son pays.
3o6 Pensées morales
Et notre imprudence , quatre fois
autant encore.
S'il y avait un gouvernement qui
obligeât les citoyens à donner régu-
lièrement la dixième partie de leur
tems pour son service, on trouverait
assurément cette condition fort dure.
Cependant la plupart r\ entre nous sont
taxés , par leur paresse , d'une ma-
nière beaucoup plus tyrannique. En
effet si vous comptez le tems que
,
vous passez dans une oisiveté absolue ,
c'est-à-dire , ou b ne rien faire , ou
dans des dissipations qui ne mènent
à rien vous trouverez que je dis vrai.
,
L'oisiveté amène avec elle des incom-
modités et racourcit sensiblement la
,
durée de la vie. ce L'oisiveté ressemble
» à la rouille ; elle use beaucoup plus
» que le travail. Si vous aimez la vie,
» ménagez le tems j car la vie est faite
j) du tems. A
Combien de tems ne donnons-nou3
pas au sommeil au-delà de ce que nou3
de Franklin. 5oy
devrions habituellement lui donner ?
»Si le tems est le plus précieux des
«biens, la perte du tems est donc la
»plus grande des prodigalités puis-
,
» que le tems perdu ne se retrouve ja-
» mais. »
Courage donc et agissons pendant
,
que nous le pouvons. Moyennant l'ac-
tivité nous ferons beaucoup plus aveo
,
moins de peine : « L?oisiveto rend tout
»
difficile j l'industrie rend tout aisé. »
Celui qui se lève tard s'agite tout le
jour , et commence à peine ses affuires
qu'il est déjà nuit.
« La paresse va si lentement, que la
«pauvreté l'atteint tout d'un coup. »
« Se coucher de bonne heure et se
» lever matin sont les deux meilleurs
,
» moyens de conserver sa santé sa for-
,
» tune et son
jugement. »
Que signifient les espérances et les
voeux que nous formons pour des tems
plus heureux ? Nous rendrons le tems
bon en sortant de notre paresse. L'in-i
5o8 Pensées morales
dustrie n'a pas besoin de souhaits,
3)
Celui qui vit sur l'espérance court
,
» risque de mourir de faim. Il n'y a
» pas de profit sans peine. «
Si je n'ai point de terre, il faut me
servir de mes mains. « Un métier vaut
» un fonds de terre. » Une profession
est un emploi qui réunit toujours pour
vous l'honneur et le profit. Il faut tra-
vailler à son métier et soutenir sa ré-
putation.
a Quiconque est industrieux n'a
» point à craindre les dettes. »
« La faim regarde à la porte de
» l'homme laborieux ; mais elle n'ose
» pas y entrer. »
Il n'est pas nécessaire que vous trou-
viez des trésors , ni que des parens
riches vous laissent leur succession.
« La vigilance est là mère de la pros-
» périté , et la providence ne refuse
» rien à l'industrie. »
Labourez pendant que le paresseux
dort j YOÙS aurea du blé à vendre et
de Franklin, 509
à garder ; labourez pendant tous les
instans d'aujourd'hui ; car vous ne pou-
vez pas savoir tous les obstacles que
vous rencontrerez demain.
Si vous étiez sous les ordres d'un
bon maître ne seriez-vous pas hon-
,
teux qu'il vous appelât paresseux ?
Mais vous êtes votre maître ; rougis-
sez donc d'avoir à vous reprocher la
paresse. Vous avez tant à faire pour
votre patrie, pour votre famille , pour
vous-même! levez-vous donc dès le
point du jour ; que le soleil , en re-
gardant sur la terre , ne puisse pas
dire : <<
Voilà un paresseux qui som-
» meille. » Point de remise mettez-
,
vous à l'ouvrage. Vous me direz qu'il
y a beaucoup à laire , et que vous
n'avez pas la force. Cela peut être ;
mais avec la volonté et la persevê-?rice,
vour ferez des merveilles. « L'eau ,
3)
qui tombe constamment goutte à
» goutte, parvient à consumer la pierre.
» Avec du travail et de la patience ,
5îo Pensées morales
» une souris coupe un cable et de
,
>:
petits coups répétés abattent de
5)
grands chênes. »
Il me semble entendre quelqu'un de
vous me dire : Est-ce qu'il ne faut pas
prendre quelques instans de loisir ? Je
vous répondrai : Employez bien votre
tems , si vous voulez mériter le repos,
et ne perdez pas une heure , puisque
vous n'êtes pas 6Ûrs d'une minute. Le
loisir est un tems qu'on peut employer
à quelque chose d'utile. Il n'y a que
l'homme vigilant qui puisse se procurer
cette espèce de loisir, auquel le pares-
seux ne parvient jamais. La vie tran-
quille et la vie oisive sont deux choses
fort différentes. Croyez-vous que la pa-
resse vous procurera plus d'agrémens
que le travail ? Vous avez tort ; car la
paresse engendre les soucis, et le loisir
sans nécessité produit des peines fâ-
cheuses ; l'industrie au contraire ,
,
amène toujours l'agrément, l'abondance
et la considération.
de Franklin,' Zil
Mais indépendamment de l'industrie,
il faut encore avoir de la constance
,
de la résolution et des soins. Il faut
voir ses affaires avec ses propres yeux
,
et ne pas trop se confier aux autres j car
je n'ai jamais vu un arbre qu'on change
souvent de place , ni une famille qui
déménage souvent, prospérer autant que
d'autres qui sont stables. « Trois démé-
» nagemens font autant de tort qu'un
» incendie. Il vaut autant jeter l'arbre
» au feu que de le changer de place. «
,
« L'oeil d'un maître fait plus que ses
» deux mains. » Le défaut de soins fait
plus de tort que le défaut de savoir.
Les soins qu'on prend pour soi-même
sont toujours profitables ; car le savoir
est pour l'homme studieux, et les ri-
chesses pour l'homme vigilant, comme
la puisance pour la bravoure, et le ciel
pour la vertu.
Savez-vous le moyen d'avoir un Ser-
viteur fidèle et que vous aimiez? Ser-
vez-Yous vous-même.,
3i2 Pensées morales
Ayez de la circonspection et du soin
par rapport aux objets même de la plus
petite importance , parce qu'il arrive
souvent qu'une légère négligence pro-
duit un grand mal. Faute d'un clou, le
fer du cheval se perd; faute d'un fer,
on perd le cheval ; et faute d'un cheval,
le cavalier lui-même est perdu, parce
que son ennemi l'atteint, et le tout pour
n'avoir pa3 fait attention à un clou, au
fer de sa monture.

65.
PENSÉES MORALES
DR F R A N K L I N.
CHAPITRE SECOND.
L^I un homme ne sait pas épargner
autant qu'il gagne, il mourra sans avoir
un sou , après avoir été toute sa vie
collé sur son ouvrage.
Bien
de Franklin. 3i5
Bien des fortunes se dissipent en
.
même tems qu'on les gagne depuis
,
qu'hommes et femmes ont quitté pour
le plaisir les occupations utiles.
« Si vous voulez être riches , n'ap-i
» prenez pas seulement comme on
«gagne , sachez aussi comment on
» ménage. »
Renoncez donc à vos folies dispen-
dieuses et vous aurez moins à vous
,
plaindre de l'ingratitude du tems de
,
la dureté des impositions et de l'en-
,
tretien onéreux de vos maisons.
a II en coûte plus cher pour main-
» tenir un vice , que pour élever deux
» enfans. »
Vous pensez peut-être que quelques
délicatesses pour la table quelques
,
recherches de plus dans le3 habits et
,
quelques amusemens de tems en tems,
ne peuvent pas être d'une grande im-
portance ; mais soyez en garde contre
les petites dépenses. « Il ne faut qu'une
O
3i4 Pensées morales
» légère voie d'eau pour submerger un
grand navire. »
Vous achetez des curiosités et des
brinborions précieux : vous appelez cela
des biens ; mais , si vous n'y prenez
garde il en résultera de grands maux
,
pour quelques-uns de vous. Vous re-
gardez ces objets comme vendus à bon
marché , c'est-à-dire moins qu'ils n'ont
coûté ; mais s'ils ne vous sont pas réel-
lement nécessaires , ils sont toujours
beaucoup trop chers pour vous. « Si
» vous achetez ce qui est superflu pour
» vous vous ne tarderez pas à vendre
,
» ce qui vous est nécessaire. Faites tou-
v jours réflexion avant de profiter d'un
»bon marché. »
Souvent un bon marché n'est qu'il-
lusoire et , en vous gênant dans vos
,
affaires, il vous cause plus de tort qu'il
ne vous fait de profit. J'ai vu quantité
de gens ruinés pour avoir fait de bons
marchés.
L'orgueil de la parure est un travers
de Franklin, 3i5
funeste. Avant de consulter votre fan-
taisie , consultez votre bourse. « L'or- *

3>
gueil est un mendiant qui crie aussi
5>
haut que le besoin mais qui est
,
» infiniment plus insatiable. » Si vous
avez acheté une jolie chose , il vous en
faudra dix autres encore afin que l'as-
,
sortiment soit complet. Aussi il est plus
aisé de réprimer la première fantaisie
,
que de satisfaire toutes celles qui vien-
nent ensuite.
Pensez vous bien à ce que vous faites
lorsque vous vous endettez ? Vous don-
nez des droits à un autre homme sur
vous. Si vous ne payez pas au terme
fixé vous êtes honteux de voir votre
,
créancier; vous êtes dans l'appréhension
en lui parlant ; vous vous abaissez à des
excuses pitoyables.
L'emprunteur et le débiteur sont deux
esclaves l'un du préteur l'autre du
, ,
créancier. Ayez horreur de cette chaîne ;
conservez votre liberté et votre indé-
pendance. Soyez industrieux, soyez mo-
02
3i6 Pensées morales
destes , et vous serez libres. Peut-être
pensez-vous dans moment être dans un
éiat d'opulence qui vous permet de
satisfaire quelques fantaisies sans ris-
quer de vous faire tort ; mais épargnez
pour le tems de la vieillesse et du be-
soin pendant que vous le pouvez. Le
gain est incertain et passager , mais la
dépense est continuelle et certaine. Ga-
gnez ce qui vous est possible , et sachez
ménager ce que YOUS avez gagné ; c'est
le véritable secret de changer votre
plomb en or. Il est bien sûr que lorsque
vous posséderez ce secret, vous ne vous
plaindrez pas de la rigueur des tems ,
ni de la difficulté de payer les impôts.
Cette doctrine est celle de la raison et
de la prudence.
N'allez pas cependant vous confier
uniquement à ^votre industrie , à votre
vigilance et à votre économie. Ce sont
d'excellentes choses à la vérité ; mais
il faut encore à votre bonheur les béné-
dictions du ciel. Rendez vous-en dignes
de J. J. Rousseau? £17
par la pratique de toutes les vertus ; ne
soyez pas insensibles aux besoins de vos
frères mais donnez leur des consola-
,
tions et des secours.

66.
PENSÉES MORALES
DE J. J. R O U S S E A U. (1)
CHAPIT RE PREMIER.

X ENEZ votre ame en état de désirer


toujours qu'il y ait un Pieu, et vous
n'en douterez jamais.
Ce qui nous intéresse c'est que cha-»
,
cun sache qu'il existe un arbitre du sort
des humains, dont nous sommes tous
les enfans qui nous prescrit à tous
,

(0 II naquit à Genève il y 87 ans, et mourut


à Ermenonville il y a 21 ans.
03
3i8 Pensées morales
d'être justes, de nous aimer les uns les
autres, d'être bienfaisans et miséricor-
dieux de tenir nos engagemens envers
,
tout le monde, même envers nos enne-
mis ; qu'après cette vie il en est une
,
autre dans laquelle cet être suprême
sera le rémunérateur des bons , et le
juge des méchans.
Il est un livre ouvert à tous les yeux,
c'est celui de la nature. C'est dans ce
grand et sublime livre , qu'on apprend
à servir et à adorer son divin auteur.
Nul n'est excusable de n'y. pas lire , par-
ce qu'il parle une langue intelligible à
tous les hommes. Si nous exerçons notre
raison , si nous calculons , si nous usons
bien des facultés immédiates que Dieu
nous donne, nous apprendrons de nous-
mêmes à le connaître à l'aimer , à ai-
,
mer les autres , à vouloir le bien qu'il
veut , et à remplir, pour lui plaire ,
tous nos devoirs sur la terre.
Dieu est intelligent ; toutes les véri.
tés ne sont pour lui qu'une seule idée,
de J. /. Rousseau. 519
comme tous les lieux un seul point ,
et tous les tems un seul moment.
Il est tout puissant ; sa puissance agit
par elle-même. Il peut qu'il
, parGe
veut ; sa volonté fait son pouvoir.
Dieu est bon ; rien n'est plus mani-
feste. De tous les attributs de la divi-
nité toute puissante , la bonté est celui
sans laquelle on la peut moins conce-
voir. Sa bonté vient de sa puissance ; il
est bon parce qu'il est grand.
Dieu est juste , j'en suis convaincu ;
c'est une suite de sa bonté j l'injustice
des liommes est leur oeuvre , et non
pas la sienne. Le désordre moral qui
dépose contre la providence , aux yeux
de quelques hommes ne fait que la
,
démontrer aux miens.
L'Être éternel ne se voit ni ne s'en-,
tend : Use fait sentir. Il ne parle ni aux
yeux , ni aux oreilles mais au coeur.
,
Nous pouvons bien disputer contre son
essence infinie mais non pas le mé-j
,
en naître de bonne foi,
04
520 Pensées morales y.
Moins je le conçois plus je l'adore;
,
Je m'humilie, et lui dis : Être des êtres,
je suis parce que tu es ; c'est m'élever
à ma source que de méditer j le plus
digne usage de ma raison est de s'a-
néantir devant toi ; c'est mon ravisse-
ment d'esprit , c'est le charme de ma
faiblesse, de me sentir accablé de ta
grandeur.
Rien n'existe que par celui qui est,
C'est lui qui donne un but à la justice,
une base à là vertu , un prix à cette
courte vie bien employée. C'est lui qui
ne cesse, de crier aux coupables que
leurs crimes secrets ont été vus , et qui
fait dire au juste oublié : Tes vertus
ont un témoin.
L'idée de Dieu épure l'ame et l'é-
lève ; elle nous apprend à mépriser les
inclinations basses et à surmonter nos
,
vils penchans , à faire le bien; qui nous
coûte et à sacrifier les désirs de no-
,
tre coeur à la loi du devoir.
Plus je rentre en moi , plus je me
de /. /. Bousseaic, $zt
consulte et plus je lis ces mots écrits
,
dans mon ame : Sois juste et tu seras
heureux. Il n'en est rien pourtant à
,
considérer l'état présent des choses. Le
méchant prospère et le juste reste
,
opprimé. Voyez aussi quelle indigna-
tion s'allume en nous quand cetta
,
attente est frustrée ! La conscience s'é-ï
lève et murmure contre son auteur
,
elle lui crie en gémissant : Tu m'as
trompé. — Je t'ai trompé téméraire !
,
et qui te l'a dit ? Ton ame est-elle
anéantie ? as - tu cessé d'exister ? O
Brutus ! ô mon fils ! ne souille point
ta noble vie en la finissant j ne laisse
pas ton espoir et ta gloire, avec ton
corps, aux champs de Philippes. Pour-
quoi dis-tu: La vertu n'est rien, quand
tu vas jouir du prix de la tienne ? Tu
vas mourir , penses-tu ? non , tu vas
vivre , et c'est alors que je tiendrai tout
ce que je t'ai promis.
Si ràmé survit au corps la provi-
,
dence est justifiée. Quand je n'aurais*
--"-' * 0 5
52ft Pensées morales
d'autre preuve de l'immortalité de l'a-
me , que le triomphe du méchant, et
l'oppression du juste en ce monde
,
cela seul m'empêcherait d'en douter.
Une si choquante dissonnance dans
l'harmonie universelle me ferait cher^
cher à la résoudre. Je me dirais : Tout
ne finit pas pour nous avec la vie ;
tout rentre dans l'ordre à la mort.

67.
PENSÉES MORALES
DE J. J. ROUSSEA U.
CHAPITRE SECOND.

IL existe pour toute l'espèce humaine


wne règle antérieure à l'opinion, c'est
la conscience ; c'est à l'inflexible di-
rection de cette règle, que se doivent
rapporter toutes les autres, Elle juge le
de ./. 7. Bousseau, 3â3
préjugé même ; et ce n'est qu'autant
que l'estime des autres s'accorde aveo
elle que cette estime doit faire auto-,
,
rite pour nous.
Rentrons en nous mêmes ; examinons $
tout intérêt personnel à part , à quoi
nos penchans nous portent. Quel spec-.
tacle nous flatte le plus, celui des tour-
nions ou du bonheur d'autiui ? Qu'est-
ce qui nous est plus doux à faire , et
nous laisse une impression plus agréa-,
ble après l'avoir fait, d'un acte de bien-
faisance ou d'un acte de méchan-
,
ceté?. . . S'il n'y a rien de moral dans
le coeur de l'homme , d'où lui viennent
donc ces transports d'admiration pour
les actions héroïques ces ravissemens
,
d'amour pour les grandes âmes ? Cet
enthousiasme de la vertu , quel rap-
port a-til avec notre intérêt privé?...
Otez de nos coeurs cet amour du bien,
vous ôtez tout le charme de la vie. 1

Celui dont les Yiles passions ont étouffé


dans son ame étroite ces sentiment
06
52# Pensées morales
délicieux ; celui qui à force de se
-,

concentrer au-dedans de lui /vient à


bout de n'aimer que lui-même n'a
f
plus de transports ; son coeur glacé ne
palpite plus de joie ; un doux atten-
drissement n'humecte jamais ses yeux ;
il ne jouit plus de rien. Le malheu-
reux ne sent plus , ne vit plus j il est
déjà mort.
Mais il est peu de ces âmes cadavé-
reuses , devenues insensibles , hors leur
•intérêt, à tout ce qui est juste et bon.
L'iniquité ne plaît qu'autant qu'on en
profite. Dans tout le reste, on veut que
l'innocent soit protégé. Voit-on dans
une rue , ou sur un chemin , quel-
qu'acte de violence et d'injustice ? à
l'instant un mouvement de colère et
d'indignation s'élève au fond du coeur
,
et nous porte à prendre la défense de
l'opprimé. Au contraire si quelque acte
,
de clémence ou de générosité frappe
nos yeux $ quelle admiration , quel
amour jj[ nous inspire ! qui est-co .jû|
de J. J, Rousseau, 3s5
ne se dit pas; Je voudrais en avoir fait
autant ? Il nous importe assurément
fort peu qu'un ^omme ait été méchant
ou juste il y a deux mille ans ; et ce-
pendant le même intérêt nous affecte
dans l'histoire ancienne que si tout
,
cela s'était passé de nos jours. Que me
font à moi les crimes de Catilina ? Ai je
peur d'être sa victime ? Pourquoi donc
ai-je de lui la même horreur que s'il
était mon contemporain ? Nous ne
haïssons pas seulement les méchans
parce qu'ils nous nuisent, mais parce
qu'ils sont méchans. Non - seulement
nous voulons être heureux, nous vou-
lons aussi le bonheur d'autrui j et quand
ce bonheur ne coûte rien au nôtre , il
l'augmente. Enfin l'on a, malgré soi
,
pitié des infortunés ; quand on est té-
moin de leurs larmes , on en souffre.
Les plus pervers ne sauraient perdre
tout-à-fait ce penchant: souvent il les
met en contradiction avec eux-mêmes*
Le-voleur- qui dépouille les passant t
3a6 Pensées morales
couvre encore la nudité du pauvre ; et
le plus féroce assassin soutient un
homme tombant en défaillance.
Conscience ! conscience ! instinct di-
vin ! immortelle et céleste voix ! c'est
toi qui fais l'excellence de la nature de
l'homme , et la moralité de ses actions j
sans toi, je ne sens rien en moi que le
triste privilège de m'égarer d'erreurs
en erreurs.
Mais ce n'est pas assez que ce guide
existe j il faut savoir le reconnaître et
le suivre. La conscience parle à tous
les coeurs ; pourquoi donc y en a-t-il si
peu qui l'entendent ? Eh ! c'est qu'elle
nous parle la langue de la nature que
tout nous a fait oublier. La conscience
est timide. La voix bruyante des préju-
gés étouffe la sienne et l'empêche
,
de se faire entendre ; le fanatisme ose
la contrefaire et .dicter le crime en son
son nom. Elle se rebute enfin à force
d'être éconduite ; elle ne nous parle
plus ; elle n£ nous répond plus ; et,
de J, J. Rousseau* Zvf
après de si longs mépris pour elle, il
en coûte autant de la rappeler , qu'il
en coûti de la bannir.
Les lois étemelles delà nature et de
l'ordre tiennent lieu de loi positive du
sage j elles sont écrites au fond de son
coeur par la conscience et par la raison;
c'esttà celles-là qu'il doit s'asservir pour
être libre il n'y a d'esclave que celui
,
qui fait mal ; car il le fait toujours mal-
gré lui. La liberté est moins dans la
forme du gouvernement que dans le
coeur de l'homme libre ; il la porte par-
tout avec lui ; l'homme vil porte par-
tout la servitude. L'un serait esclave
au sein de la liberté, et l'autre libre au
milieu de l'esclavage.
Justice et vérité , voilà les premiers
devoirs de l'homme : humanité patrie,
,
voilà ses premières affections. Toutes
les fois que des ménagemens particu-
liers lui font changer cet ordre il est
>
coupable.
328 Pensées morales

6S,
PENSÉES MORALES
DE FONTINELLE
ET DE D'ALEMBERT. (i)

JLJES passions sont chez les hommes


des vents qui sont nécessaires pour
mettre tout en mouvement, quoiqu'ils
causent souvent des orages. Modérons-,
les et elles ne seront jamais qu'utiles.
,
Quel est ce mouvement impétueux
de notre ame , qui s'irrite contre les
maux qu'elle endure , et qui s'agite
comme pour en secouer le joug? Pour-;
quoi tâcher de les repousser loin de

(1) Lé premier vécut un siècle entier , et


termina sa carrière il y a i\Z ans ; le second
mourut il y a 16 ans^
de Fontenelle. 826
nous par des efforts violens , dont nous
sentons en même tems l'impuissance ?
Pourquoi prendre à partie une fortune
ou des destins qui n'existent que dans
notre imagination ? Que veulent dire
ces plaintes adressées à mille objets
dont elles ne peuvent être écoutées ?
Que veut dire cette espèce de fureur
où nous entrons contre nous - mêmes,
moins fondée encore que tous les autres
emportemens ? Malheureux , si nous
n'avons que des moyens si faux et si
peu raisonnables pour les soulager ;
insensés, si nous les redoublons. Mais
quel sujet d'en douter ? Cet effort que
nous faisons pour arracher le trait qui
nous blesse , l'enfonce encore davan-
tage. L'ame se déchire elle-même par
cette nouvelle agitation, et le mouve-.
ment extraordinaire où elle se met ,
excitant sa sensibilité, donne plus de
prise sur elle à la douleur qui la tour-,
mente.
L'ambition est aisée à reconnattrq
33o Pensées morales,
pour un ouvrage de l'imagination ; elle
en a le caractère j elle est pleine de
projets chimériques ; elle va au-delà de
ses souhaits dès qu'ils sont accomplis ;
elle a un terme qu'elle n'atteint ja-
mais. ( Fontenelle. )
La morale établit et détermine jus-
qu'où il est permis de porter l'ambi-
tion. Cette passion , le plus grand mo-
bile des actions et même des vertus
,
des hommes et que par cette raison
, , ,
il serait dangereux de vouloir éteindre,
a cela de singulier , que , lorsqu'elle
est modérée, c'est un sentiment esti-
mable la suite et la preuve de l'élé-
,
vation de l'âme", et que, portée à l'ex-
cès elle est le plus odieux et le plus
,
funeste de tous les vices. En effet, elle
est le seul qui ne respecte rien , ni
sang , ni liaisons , ni devoirs. L'ambi-
tieux sacrifie tout à l'objet qu'il veut
atteindre ou qu'il possède.
La raison permet sans doute d'être
flatté des honneurs, mais sans les exi-
de Dalembert. 531
ger ni les attendre. Leur jouissance
peut augmenter notre bonheur , leur
privation ne doit point l'altérer. C'est
en cela que consiste la véritable sagesse,
et non dans l'affection à mépriser ce
qu'on souhaite. C'est mettre un trop
grand prix aux honneurs , que de les
fuir avec empressement, ou de les re-
chercher avec avidité ; le même excès
de vanité produit ces deux effets con-
traires.
La simplicité est la suite ordinaire de
l'élévation des sentimens , parce que
la simplicité consiste à se montrer tel
que Ton est et que les belles âmes
,
gagnent toujours à être connues.
Un bienfaitaccordéest regardé, pour
l'ordinaire, comme une espèce de titre,
une prise de possession dé celui qu'on
oblige, un acte de souveraineté dont
on abuse pour mettre quelque mal-
heureux dans la dépendance. On a
beaucoup écrit, et avec raison , con-
tre les ingrats ; mais on a laissé les
33a Pensées morales
bienfaiteurs ( insolens ) en repos et
,
c'est un chapitre qui manque à l'his-
toire des tyrans.
L'existence de Dieu pour être re-,
,
connue , n'aurait besoin que de notre
sentiment intérieur , quand même le
témoignage universel des hommes, et
celui de la nature entière, ne s'y join-
draient pas.

6$.
PENSEES MORALES
DETHOMAS. (1)
S^UB peut craindre l'homme vertueux
quand il va rejoindre le premier être ?
N'a-1-il pas rempli le poste qui lui était
assigné dans la nature ? Il a été fidèle
aux lois qu'il a reçues ; il n'a point dé-.

{») Il mourût il y a 14 ans.


'de Thomas. ^533
figuré son ame aux yeux de celui qui
l'a faite. Peut-être a-t-il ajouté quelque
chose à l'ordre moral de l'univers.
L'heure sonne ; le tems a cessé pour
lui. Il va demander à Dieu la récom-,
pense du juste ; c'est un fils qui a Yoya-i
gé et qui retpurne vers son père.
,
La mort d'un homme vertueux est un
malheur pour l'humanité entière non
,
qu'il puisse toujours ê\re fort utile aux
hommes ( quelquefois il vit et. meurt
obscur ) ; mais il n'est pas moins vrai
qu'il orne la terre ; et donne plus de
dignité à la nature humaine.
L'ame est immortelle. Eh ! comment
so refuser à un domne si consolant et
a
si doux ? Peut on croire à un premier
être juste et bienfaisant sans croire
, ,
jii'il récompensera l'homme vertueux
qui tache de lui ressembler ? Cette es-
pérance n'est - elle pas :e soutien de
l'homme dans son malheur ,^soh ap-
pui dans sa faiblesse , son encourage-
ment dans les vertus ? Ah ! sans doute.
534 Pensées morales
il faut qu'il y ait un monde tout dif-
férent où les inégalités cruelles de ce-
lui-ci soient réparées , où l'homme
juste soit remis eh sa place, où les
oppressions cessent , où les persécu-
teurs n'aient plus de pouvoir, où l'hom-
me enfin soit l'égal de l'homme, sans ne
pouvoir plus être ni tourmenté, ni avi-
li; il faut que celui qui a souffert ou
qui est mort pour là vertu , puisse dire
à Dieu : ce Etre juste et bon , je ne me
» repens pas d'avoir été vertueux. »
Comment donc peut il y avoir des hom-
mes qui renoncent volontairement à
une si douce espérance? Pour moi, si
j'avais le malheur de douter de ce dog-
me , je chercherais bien plutôt à me
faire illusion ; je me garderais bien d'ô-
ter cette consolation aux faibles , ce
frein aux hommes puissans, cette res-
source d'un avenir à tous les malheu-
reux. Je me garderais bien de m'avilir
à mes propres yeux ; car plus l'homme
aura une grande idée de son être ., plus
de Thomas. 535
il sera disposé à ne rien faire d'indigne
de lui-même.
La liberté est le premier droit de
l'homme ; le droit de n'obéir qu'aux
lois, et de ne craindre qu'elles. Mal-;
heur à l'esclave qui craindrait de pro-
noncer son nom ! Malheur au pays où
le prononcer serait un crime ! Ou peut
combattre ce sentiment, mais non pas
le détruire ; il subsiste par-tout où il y
a des âmes fortes ; il se conserve dans
les chaînes ; il vit dans les prisons re-:
,
naît sous les haches des licteurs. L'hom-
me né libre, mais avec le besoin d'être
gouverné , s'est soumis à des lois, ja-
mais aux caprices d'un maître. Nul
homme n'a le droit de commander ar*
bitrairement à un autre. Qui usurpe ce
pouvoir , détruit son pouvoir même.
Le luxe est plus funeste que les sédi-
tions et les guerres , parce que celles ci
nedonnent que des convulsions passagè-
res a l'état ; au lieu que l'autre le mine
spurdement en détruisant les vertus.
536 Pensées morales
La mollesse, vice ordinaire de notre
éducation en affaiblissant les organes ,
,
détruit les principes des grandes choses,
et fait, pour ainsi dire mourir l'âme
,
avant qu'elle soit née.

7°-
PENSÉES MORALES
DE
DIVERS POÈTES ALLEMANDS, (i)
CHAPITRE PREMIER.

J. Dieu cela me suffit. La na-<


h y a un :

ture nous l'annonce , l'univers décou-


vre les traces de sa puissance. Ces ré-
gions lumineuses , où mille mondes
brillans roulent dans leurs sphères , où

(i) ïïaller, YVieland , Gessner , Kleist ; ils


ont tous vécu dans ce siècle,
mille
des poètes Allemands. 55^
mille soleils gardent un repos majes-
tueux, sont remplis de la splendeur di-*
vine. Ces êtres innombrables qui, d'un
pas toujours égal , et avec des rayons
dont le tems n'affaiblit pas l'éolat,mar-
chent dans un ordre réglé par des lois
secrètes., sans jamais s'écarter de leurs
orbites c'est Dieu qui trace leur rou-
,
le j sa volonté est leur force ; il leur
partage le mouvement , le repos et les
autres qualités , suivant les proportions
et les fins qu'il a prévues.
Les merveilles de sa sagesse se ma-
nifestent dans la pierre la plus chétive,-
dans l'animal le plus vil ; chaque partie
a son but. C'est un art supérieur à ce-
lui des hommes qui a formé et mesuré
ce tissu invisible de vaisseaux délicats
qui conduisent les humeurs dans une
circulation continuelle , par différens
détours et toujours à leur place. Rien
,
ne se heurte ; aucune partie n'occupe
la place d'une autre; rien ne manque,
rien n'est superflu ,' aucune partie ne
P
538 Pensées morales
se repose , aucune ne se meut avec
trop de précipitation. L'homme , né
pour être le maître de la terre , est un
composé de chef-d'oeuvres ; tout l'art et
toutes les beautés des corps sont réu-
nies en lui ; chaque membre aide à lui
assurer l'empire de la création.
Parcourez la vaste étendue du globe.
Ici la jeune rose couvre sa tendre rou-
geur des perles de la rosée. Là, dans
les entrailles de la terre l'or j encore
,
imparfait, s'embellit et croit pour don-
ner un jour des richesses au monde.
Dans les espaces de l'air , dans les
abymes de la mer, vous trouverez par-
tout l'empreinte de Dieu , vous n'y
verrez que des merveilles. ( Haller. )
O nature ! miroir de la divinité ,
que tu es féconde en beautés et en
plaisirs ! Source inépuisable de joies !
des milliers de créatures s'abreuvent
de tes eaux , depuis l'habitant des
sphères qui roulent sur nos têtes , jus-
qu'à l'homme , jusqu'aux citoyens des
des poètes Alternait ds. 33<J
itirs et des eaux jusqu'aux mondes
,
que nous avons découverts dans les
grains de sable , dans la poussière et
dans les gouttes de liqueurs ; tous ces
êtres divers boivent à longs traits dans
tes ruisseaux. Pourquoi l'homme , tout
environné qu'il est de tes richesses ,
se plaint-il et fuit-il la jouissance ? Il
évite la joie qui le cherche, et il la
cherche où elle ne se trouve jamais.}
En vain le créateur lui a donné des or-
ganes pour jouir de tes dons , ô bien-
faisante nature ! En vain tu avais mis la
beauté de tes ouvrages en harmonie
avec les cordes délicates de son ame :
l'insensé méprise tes soins ; et, dans le
tumulte des passions, il n'entend pas
la douce voix qui l'appelle.
Mortels apprenez à connaître cô
,
qui est à yotre portée, apprenez à en
jouir.
Jouir , sans que notre jouissance en»
traîne de dangers après elle c'est là
,
notre sagesse et notre devoir.
P 2
Zi& Pensées morales
Dieu a donné à l'homme tous \eè
moyens de jouir de la vie. L'homme est
plus cher à la divinité qu'il ne l'est à
lui-même. ( Wielànd. )

PENSÉES MORALES
DE ,

DIVERS POÈTES ALLEMANDS.

CHAPITRE SECOND.

JL/HOMMB n'est
pas né pour la misère. }\
est vrai qu'il peut être malheureux par sa
faute ; qu'il peut ne pas savoir jouir , et
se faire do la vie un supplice. Quand sa
raison succombe aux attaques des pas-
sions impétueuses, à la cupidité, aux
désirs criminels il devient misérable,
,
et tout ce qui était bon de &a nature »
des poètes Allt mands. 541
lui tourne en poison. Nous ne pouvons
pas commander à l'orage de n'être pas
furieux, ni aux torrens impétueux de
rester paisibles ; mais nous pouvons
dégager notre raison des nuages qui
l'obscurcissent : alors elle commande
impérieusement aux passions qui nous
gourmandent ; elle modère la cupidité ,
elle épure tous nos sentimens ; les vains
désirs disparaissent comme les brouil-
lards du matin disparaissent devant le
soleil. Appelons toujours à nous ce?
rayons de la divinité , la saine raison,
^
directrice des moeurs , et la vertu, sa
compagne inséparable : nous fixerons
la joie dans nos coeurs. ( Gessnct\ )
Un jeune homme éprouvait à la vue
des. beautés de la nature ce ravissement
qu'elle'inspire à toutes les âmes ver-
tueuses'et sensibles*
i
G) mon fils ! lui dit son père la na-:
,
ture .nous rend heureux et contens ;
elle te rendra toujours tel si tu con-
,
serves la droiture du coeur,, si la fougue
P 5
342 Pensées morales
des passions n'étouffé pas en toi le
sentiment de la beauté. O mon cher
Fils ! bientôt je te quitterai bientôt j'a-
,
bandonnerai cette belle contrée pour
recevoir la récompense de la probité.
Ah ! demeure toujours fidèle à la vertu.
Pleure avec l'affligé, et donne de tes
provisions à l'indigent. Contribue, au-
tant qu'il est en ton pouvoir , au bien-:
être de tes semblables. Sois laborieux.
Elève ton esprit vers le maître de la
nature * à qui les vents et les mers
obéissent, qui gouverne tout pour le
bien de l'univers. Choisis plutôt l'igno-
minie et la mort, que de consentir au
crime. Les richesses ne sont qu'une
chimère. Un coeur tranquille est notre
plus beau partage C'est en pen-
sant ainsi ,ô mon fils , que j'ai vu mes
cheveux blanchir au milieu de la joie ;
et quoique j'aie déjà vu quatre-vingts
fois fleurir le bocage qui entoure notre
cabane cependant mes années nom-
,
breuses se sont écoulées comme un jour
'des poètes Allemands: 543
serein du primeras , au milieu des plai-;
airs les plus doux J'ai essuyé , il
est vrai, plus d'un revers. Quand ton
frère expira , mes yeux versèrent un
torrent de larmes le soleil me parut
*,

sombre..... mais le tems et la nature;


ont ramené le calme dans mon coeur.
Maintenant le tombeau m'attend ; je
ne le crains pas. Le soir de ma vie se-v
ra aussi beau que Pont été le matin et
le midi. . ,. O mon fils ! sois bon , sois
vertueux , et tu seras heureux comme
je l'ai été, et la nature aura sans cesse»
des charmes pour toi. ( Kleist, )

p k
544 Préceptes

72.
PRÉCEPTES
DE LA SAGESSE, (i)

JL/iEu t'a créé ; tu n'adoreras que lui


seul. Tu ne parleras jamais de lui que
pour rendre grâces à sa bonté et ad-
mirer sa puissance. Tu ne prononceras
jamais son nom qu'avec respect.
Tu révéreras ton père et ta mère ;
car Dieu leur donna le pouvoir do te
faire naître et tu leur dois la vie et la
,
sagesse : tu leur seras soumis ; tu sui-
vras leurs leçons , afin que tu puisses
de même les enseigner et les voir sui-

sont extraits du livre des


( i ) Ces préceptes
'Adorateurs, ouvrage moderne.
de la Sagt'ssj. 34 5
vre par tes enfans. Quand ton père et
ta mère seront vieux , et que leurs
mains ne pourront plus travailler , tu
les nourriras ; car ils t'ont nourri dans
ton enfance impuissante , et c'est Dieu
qui voulut te donner l'occasion d'être
reconnaissant envers eux.
Sur toutes choses tu n'attaqueras
,
pas les auteurs de tes jours, et tu ne
conduiras pas leurs cheveux blancs de-:
vant les tribunaux. Car, dans ton en-
fance ils ont veillé sur tes jours et
, ,
ont travaillé à semer et à faire éclore
toutes lee vertus dans ton coeur.
Honore la vieillesse. Car Dieu mit la
sagesse dans l'esprit des vieillards ; et
l'expérience que leur donne la longé-
vité est le fruit qu'ils présentent à la
jeunesse. Ils ont combattu pour toi ,
lorsque tu étais au berceau. Ils ont
planté l'arbre. qui te reçoit sous son
ombre etIcelui qui te.nourrit de son
fruit j ils ont bâti-la maison où tu es h
l'abri des injures des saisons et ils
,
P5
346 Préceptes
t'ont transmis les préceptes de la sa-
gesse.
Tu ne t'élèveras jamais contre ton
frère} tu ne lanceras rien contre lui ;
car tu ne sais pas si ce coup ne lui
donnera pas la mort.
Tu ne tenteras jamais d'ôter la vie ;
car le sang répandu crierait contre toi,
et la punition serait terrible. Mais si
l'homme attaque ta maison et tes en-
fans défends-les avec courage. Si l'en-
,
nemi du peuple où tu vis vient l'atta-
quer , souviens-toi que tu fais cause
commune avec tous , qu'ils te défen-
dent, et que tu dois les défendre aussi.
Garantis ta mère des insultes, ton père
de la douleur, tes champs du pillage ,-
tes toits de la dévastation. Lorsque tu
étais au berceau, ton père te défendait;
il supportait les mêmes peines r était
exposé aux mêmes dangers que tu cours
aujourd'hui.... Enfin , tel est l'ordre de
Pieu, que tu défendes les tiens, et la
récompense des hommes, vertueux t'at-
de la Sagesse, 347
tend, quand tu auras rempli tes devoirs;
et la honte , l'opprobre , l'infamie te
suivront devant tes frères, si tu es ca-.
pable d'y manquer.
Lorsque tes désirs se porteront sur
une femme, pense si tu voudrais que
la tienne manquât à ses devoirs ; res-j
pecte celle de ton prochain, afin que
la tienne soit respectée. Garde-toi bien
de chercher à séduire la fille de ton"
ami, ou le déshonneur viendra se pla-
cer un jour sur le front de ta filler Tu
porteras le trouble dans ta famille et
le désordre dans celle de ton voisin,
la paix , le bonheur étaient dans sa
maison la concorde t'unissait avec tort
*r

prochain; vous viviez heureux.... et


voilà que, pour un instant d'erreur ta
>
divises les hommes ; tu romps les noeuds
de l'amitié et de la confiance; tu sèmes*
la haine, l'inimitié, la vengeance et ton»
leurs funestes effets sur la terre......
Si tu vois le feu dévorer la maisot»
de ton. frère ne dit pas; Qjiïaiieî be-
,
5/|8 Préceptes
soin d'y aller? le feu ne peut parvenir
jusqu'à moi. Car Dieu nous mit sur
cette terre à côté les uns des autres
pour nous aider ; et demain le feu pren-
dra à ta maison ; et l'homme que tu
n'as pas secouru dans son malheur
,
fermera l'oreille à tes cris et aux plain-
tes de tes enfans; et ton exemple aura
banni la bienveillance d'autour de toi.
Cours à la maison enflammée avec un
vase d'eau ; ne l'abandonne pas que le
feu ne soit éteint ; partage ton toit et
tes alimens avec celui que le feu a
chassé de son asyle.
Ne t'inquiète pas de ce qui se passe
dans la maison de ton prochain et ne
,
porte pas tes regards curieux dans l'in-
térieur de ses foyers ; tu troubles en
cela son repos et tu cherches ce qu'il
,
ne t'importe pas de savoir. Il doit y
pratiquer les vertus domestiques, et rem-
plir ses devoirs dans la situation où la
providence l'a mis. S'il n'en est pat
ainsi , tu ne dois point le savoir, ni
de la Sagesse. 34c)
chercher à soulever le voile qui couvre
le mal à tes yeux ; et si tu le vois tu
,
dois le cacher encore. Car c'est bien
assez que le mal se fasae , que Dieu le
voie et le juge sans que tu y participes
,
en le publiant, et que tu sois cause que
le mal se propage par l'exemple.
Lorsque toi ami ton parent, ton
,
voisin aura une querelle avec un autre

parle à ton ami cours chez ton parent
, ,
ton voisin; erigage^le à se rapprocher de
son adversaire. Un autre remplira le
même office auprès de l'adversaire et
,
vous les rapprocherez. Ainsi vous main-
tiendrez la paix entre les familles et
,
vous seconderez l'oeuvre du créateur ,*
qui nous fit pour nous aimer.... Que
s'ils ne peuvent convenir de leurs inté-!
rets, engage celui que tu invitas à la
paix , à désigner un ou deux vieillards,
de ceux que leur vertu et leur probité
rendent recommandables afin qu'ils
,
jugent entre lui et son adversaire^ et
celui-ci fera de même j et avant le jouç
55o Préceptes
du repos, les vieillards jugeront j et la
discorde sera arrêtée entre les frères
,
et ils s'embrasseront devant les vieil-
lards.
Lorsque l'affliction entrera dans la
maison de ton frère ne t'éloigne pa»
,
de lui mais va t'asseoir à son côté.
,
Console son ame en l'entretenant des
bienfaits de la providence, de l'obligaw
tion imposée à tout être vivant de se
•oumettre à l'ordre qu'elle a établi.
Ne lui dis pas que la peine qu'il éprouve
n'est pas un mal , car tu exaspérerais
son ame , et ses yeux mouillés te dé-
mentiraient ; mais pleure avec lui, et
parle lui avec ménagement de la perte
qu'il vient d'essuyer. Dis - lui que s»
douleur est juste et tu le consoleras
,
peu-à peu , et tu augmenteras la force
des liens d'affection qui l'unissent à*
toi ; et lorsque la douleur viendra dans-
ton ame, tu trouveras un consolateur ,
et les secours que tu donnas à ton frère
te seront rendus. Ils reviendront auss|
de la Sagesse, 35 i
dans ta mémoire, et adouciront ta peine
par le souvenir de celle que ressentait
alors celui que tu consolas au fôurde
sa tristesse» N
-

F IN.
TABLE DES MORALISTES
CITÉS DANS CET OUVRAGE.

INTRODUCTION,
Page 5
1 Pensées morales extraites du Vé~
dam, 1x
Pensées morales extraites des anciens
livres hébreux,
2 Chapitre premier. i5
3 Chapitre second. 19
4 Chapitre troisième. 22
5 Pettsées m orales de Zoroastre. 26
Pensées Tfiorales de Confucius.
6 Chapitre premier. 3o
7 Chapitre second. 34
8 Chapitre troisième. 'àj
9 Chapitre quatrième. 4i
îô Chapitre cinquième. 46
Pensées morales d'un ancien sage de
l'Inde.
11 Chapitre premier,; Devoirs indivis
duels, Ô>,
des Moralistes» 353
la Continuation du même chapitre. ^.56
i5 Chapitre second. Devoirs defamille.
6a
i4 Chapitre troisième. Devoirs sociaux.

Pensées morales de divers auteurs Chi*


nois.
ï5 Chapitre premier. 78
16 Chapitre second. 82
.%

17 Chapitre troisième. 87
18 Chapitre quatrième. 9a
Pensées morales de Théognis.
19 Chapitre premier. 96
ÊO Chapitre second. xoo
2i Pensées morales attribuées à Pytha*
gore. io4
Pensées morales de Phocylidc.
2a Chapitre premier. 108
23 Chapitre second. 112
24 Chapitre troisième. 116
Pensées morales de plusieurs Sages de
la Grèce.
a5 Chapitre premier. 12a
554 Table
26 Chapitre second. 124
27 Chapitre troisième. 129
28 Chapitre quatrième. i33
Pensées morales de Socrate.
»9 Chapitre premier. i38
5o Chapitre second. i44
5i Chapitre troisième. i5o
52 Chapitre quatrième. i53
33 Pensées morales d'Aristotc, 167
Pensées morales d'Isocrate,
54 Chapitre premier. i6i
35 Chapitre second. -
i65
26 Hymne de Clèantheî 169
Pensées morales de Cicèron,
37 Chapitre premier. 171
58 Chapitre second, 176
59 Chapitre troisième. 18a
4o Chapitre quatrième. 186
4i Pensées morales de Flutaraue, 192
Pensées morales d'un Sage de la Judée
et de ses disciples,
4a Chapitre premier. 196
des Moralistes, 555
43 Chapitre second. aoa
Pensées morales de Sénèque,
44 Chapitre premier. 207
45 Chapitre second. 210
46 Chapitre troisième. ai5
47 Chapitre quatrième. 219
Pensées morales d'Epictète,
2J8 Chapitre premier. 225
49 Chapitre second. s3i
60 Chapitre troisième. 255
5i Pensées morales extraites du Co-
ran» 24 o
5« Pensées morales de Saadi, 2^6
53 Pensées morales de la Bruyère. a53
Pensées morales de Guillaume Penn,
54 Chapitre premier. 258
55 Chapitre second. 263
56 Chapitre troisième. a68 •

: Penséesmorales de Fénélon,
67 Chapitre premier. 273
58 Chapitre second. 278
Pensées morales d'Young;
69 Chapitre premier, a8a
556 Table des Moralistes.
60 Chapitre second. 2S8
Pensées morales de Voltaire.
61 Chapitre premier. " 294
62 Chapitre second. '
298
63 Chapitre troisième. 3oa
Pensées m oral'es de Franklin.
64 Chapitre premier. 3o5
65 Chapitre second. 3ia
Pensées morales de J. J. Rousseau. !

66. Chapitre premier. $17


6j Chapitre eecond. 32»
68 Pensées morales de Fonteilclle et de
d'Alembert, .
328
69 Pensées morales de Thomas. 332
Pensées morales de divers^ poètes Alle-
mands, " j

70 Chapitre premier. 336


71 Chapitre second. 34o
72 Préceptes de la Sagesse. •
5/|4
:.•.. <ii .'. .''^ •;'
Fin de la Table, (Us Moralistes.
, •
TABLE
ALPHABÉTIQUE
DES MATIÈRES.
A
ACTION honteuse jamais impunie,
pag. i6r.—
Activité etamour du travail, 160.— Affection pour
ses frères, 63. — degies d'affection, 176. — Ambi-
tion , a$6 ao8, 319. — Ame grande ime, 157.
, ,
— sou immortalité , i*}l , 3a! , 333. — Ami ,
amitié Il 47 99 I«J 160, 165 190. —
, , , , ,
Amour de la Patrie 191. — Aigent, dispropor-,
tion qu'il met entre , les hommes 155 a59« —
Arrogant 57. •— Athéisme 2.94. , , Avarice
103 , m ,
i6o. , — ,
,
B
Bien et mal physique et moi al, 188. — Riens et
maux de la vie, ax5 et suiv. a.54. — Vrais biens,
,

674. — Bienfaisance , 71, 84 , 116 , 136 , a 10,


144.—Bienfaiteurs insolens 33 r. — Bienveil-
, 2.76.
lance universelle 34 , 45, 271, —Bonheur,
54. 8S » 93» »»i
,
n6, 157 , 193 , 116, i>5,
0.64. — Bonheur domestique <^o 134. — Bon-
, ,
heur des nations, 15 ,40 48 ija.— Bonté pa-
ternelle ,2.04. , ,
C
Candeur et bonne foi, 41. — Célibat, 117. —
Colère 49 87 165. — Conscience 180, i8i
, , ,
ai6 , 117 , 321.. — Connaissance de , ,
soi même,
150. — Conseils d'un vieillard à son fils, 24 341.
,
Constance,,44.—Contestations, 184 —Conver-
sation , 183. — Courage 53 ,168. — Culte, 1 J.
,
Despotisme, 178 — Débiteurs,comment il faut
agir envers eux, 18,244, — Dettes, a8, 31 j, —»
|$8 T A B t B
Devoirs individuels ,51. — Devoirs de famille ,61.
— Devoirs sociaux , 70.— Devois des maris t6jf
118,103. — Des pères, 15,68,81, 88 ,118,119,
a.04. — Des épouses et des mères, 2,03. — Des en-
fans 1$ 6a, 131,153 104,143. — Des chefs,
, , ,
2.03 , 212. — des serviteurs, 204 —Des magis-
trats , 186 , 2,48. — Des citoyens, 187. — Dieu ,
Ï3 , 97,172,, 331, 336. — Son essence, 317.—
Magnificence de ses oeuvres, 140 et suiv. 337. —
Sa bonté dans l'organisation de l'homme 138. —
Hommage à Dieu, 141, 246. — Comment l'hom- ,
me de bien l'honore, 12,0. — D'gnitéde l'homne,
174, Dispute, 164 — Douceur , 23 , lia.— Dou-
te , s'abstenii dens le doute, 27.
E
,
Economie 52. Éducation,
, 130 158, 170»
, — ,
—Egoïste, 251. Emploi du tems, 58 103 , 28*.
,
Emulation , 60, — Envie, envieux , 61 , 126,
a$3 ,167. — Estime , sur quoi il faut la fonder,
165. —Étrangers, il. — Examende sa conduite,
,07-
F
Faiblesse, 54. — Fatigue, 163. — Fautes, Us
avouer et les réparer , 37 , 44 , 264. — Femme
vertueuse, 12 .65. •— Femmes, leur véritable pa-
rure et beauté , 118. — Flatteurs, 113 , 125,166.
•—« Fonctions publiques, ce qu'il faut
fai-e avant
d'y aspirer, 151. — Quand on peut les rechercher,
44. •— Comment il faut en sortir, 167. — Frater-
nité 207. — Frugalité 259.
, ,G
Générosité la vraie 187. — Gloire, ce qui
, ,
y mène , z$i, — Gouvernement , 133 , 186. —
Guerre, 176. ^

H
Héritage le meilleur, 189. — Homme de bien,
,
ses avantages sur le méchant, 167, — Humanité,
DES MATIÈRES. 359
*76. — Humeur 281. — Hypocrite, 76.—
Hymne, à ,
l'Éternel, 169.

Ignorance 39 245. — Tmiter les grands hom-


, ,
mes , 80. — Indigens, comment il faut se conduire
envers eux , 19 , 110. — Indulgence , 99, 198,
209 , 252. — Intelligence , la cultiver, 82, —
Ivresse, ivrognerie , 166 ,262.
J
Jeunesse, ses vertus i6r. — Ses devoirs, 189.
,
— Joies et chagrins, 2,57.—« Justice, 20, 71, &7,
98,266.
L
Langue la réprimer, 51, 52, 82, 125. —Li-
,
béralité 259. Liberté Liberté des
, — ,1 274 ,335.
opinions, 279. — Liqueurs fortes, 161. — Loi na-
turelle. 17$, 199. —. Lois, leur obéir , 202. —
Louanges, comment il faut les donner et les rece-
voir ,269 —Luxe, 335.
M
Magiciens et visions, 23. — Malheur, 112,1131
122, 123 ,160 , 21$ , 216,275. — Mariage , le,
117 , 263. — Ménage , bon ménage, 127. — Mé-
rite le vrai, 46. — Modération , 113. — Modes-
,
tie, 56,04, 126,254.—Molltsse,336.—Mort,
185 218 254. — Mort de l'homme vertueux,
, ,
332.
N
Nature source du bonheur et des vraies jouis-
,
sances , 339 et suiv. — Nécessité, lui céder, 2 jr,
O
Orgueil et vanité. 315.
P
Pat don des injures, 197, af 1, — Paresse, pa-
resseux , 59 , 2"54 , 256 , 305. — Passions , 3î ,
2.33, 328. —P;.trip,l02, 159. — Pauvreté, 135,
—Pctuées, qu'elles soient pures comme les ac-
3^0 T'A BLE DES M'A T l'fc.ft S S,
-UPns, 28 ,123. — Plaisirs , 162. — Politesse ,
161. — Pratiques extérieures, 12. — Préceptes
généraux et divers 16, 20 et suiv. 104, 302, 344
,
et suiv. *-- Probité, no. — Propriétés,les respec-
ter religieusement , 181. — Procès, 93.— P:odi-
galité, 103 III, 160. — Piomesses,38 ,164.--*.
,
propos 105. -r Propreté dans le* habits, 166. —.
;
Prospérité et disgrâce, 168.«—Prudence, 51,102,
R \~
Raillerie, 256.—-Raison ,114,173, 178,179,
a52.•— Reconnaissance ,74. — Religion, 171 f
f 99. — Repentir, 124. —Richesses, 89,93, Q8,
112 , 135,188, 212 , a44. — Rougir de soi-mèmé
quand on pense à mal faire, ij8i -
S
Sage,sagesse,33,36,47,121,161,181,220,
*34 f a35 a37- — Science , 79. — Serviteurs,
comment ;ii faut les traiter, 119. «ïucérité, 7$.
»

— Simplicité 2.73 *8*, 331. — Sobriété 21 ,


, ,
261. — Sociabilité , 207 , 298. — .Société des bons
»

et <\es méch:-.H3, 43 , 50, 96 , 98. — Cultiver la


société de ceux qui ont de bonnes qualités, 183. —
Écouter les gens instruits, 162. — Soin*-'du corps,
l(n, 2)6. — Sommeil des méchans , 252.
T
Tempérance ,55, 125,144. — Tolérance, 209,
196.—Travail, 114.
U
Utile . 180.— Uti-
jamais séparé de l'honnôte,
,
lité générale, 232 247.
r

Valeur, quand elle eft une vertu, 276. — Ven-


geance , 100, 117 ,210,244,255. — Veitu , 30,
41,50, 83,109 ,.147:1180 , 257 , 280. — Vése-
mensj262. — Vieillesse, 119. —.XP-lupti , 541
^8,117, 122 , 146. ; %y
FIN DE IK TABLE
-
DIS/AIATIERIS» .
\

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