Droit canonique
ensemble d'ordonnances et de
règlements pris par l'autorité
ecclésiastique (l'autorité dirigeante
de l'Église) concernant le
gouvernement d'une organisation ou
d'une église chrétienne et de ses
membres
Le droit canonique ou droit canon (du grec ancien : κανών, kanon, « un mètre
mesureur droit, une règle ») est un ensemble d'ordonnances et de règlements pris par
l'autorité ecclésiastique (l'autorité dirigeante de l'Église) concernant le gouvernement
d'une organisation ou d'une église chrétienne et de ses membres. Il s'agit de la loi
ecclésiastique interne, ou politique opérationnelle, régissant l'Église catholique (à la
fois l'Église latine et les Églises catholiques orientales), les Églises orthodoxes et
orthodoxes orientales, et les Églises nationales individuelles au sein de la
Communion anglicane1.
La manière dont une telle loi ecclésiale est légiférée, interprétée et parfois jugée varie
considérablement entre ces quatre communions d'Églises. Dans ces trois traditions,
un canon (en) était à l'origine2 une règle adoptée par un concile d'église ; ces canons
ont formé le fondement du droit canonique.
Le terme vient du grec κανών / kanôn, la règle, le modèle. Le terme a rapidement pris
une connotation ecclésiastique en désignant au ive siècle les ordonnances des
conciles, par opposition au mot νόμος / nómos (la coutume, la loi) utilisé surtout
pour les lois des autorités civiles. Du fait de cet usage, le terme canoniste renvoie
ordinairement à un expert de ce droit interne de l'Église, tandis qu'un juriste peut être
expert de droit religieux ou ecclésiastique s'il connaît le droit de son pays touchant
aux diverses religions.
Dans l'Église catholique, le droit canonique (Jus canonicum en latin) est l'ensemble
des lois et des règlements adoptés ou acceptés par les autorités catholiques pour le
gouvernement de l'Église et de ses fidèles3.
Histoire
En Occident
Article détaillé : Histoire du droit
canonique.
Les canonistes du Moyen Âge, par un gigantesque travail de compilation des sources
(ordonnances des conciles, décrets des papes, etc.) parviendront progressivement à
l'unifier. Le premier d'entre eux, à la fin du ive siècle, est le moine Denys le Petit,
auteur des Dionysiana. Ensuite au ixe siècle apparaîtront les Capitulaires de Saint
Enguerrand de Metz (capitula Angilramni), les Faux capitulaires de Benoît de Mayenne
et les Fausses décrétales du Pseudo-Isidore de Séville. Lors de la Réforme
grégorienne apparaîtront aussi d'autres collections comme le Decretum de Burchard
de Worms, ainsi que le fondamental Dictatus papæ de Grégoire VII, définissant, selon
le point de vue du pape, la relation entre les pouvoirs temporels et le Saint-Siège.
Yves de Chartres a également une importance primordiale grâce à son encyclopédie
méthodique, la Panormia. Les collections canoniques se multiplient aux xie et
xiie siècles4.
Jusqu'au xie siècle pourtant, le droit canonique est traité sur un mode avant tout
littéraire, sur le mode de la compilation plus que du traité raisonné. Au même
moment à l'université de Bologne, le droit civil est en train de devenir rationnel. C'est
alors que vers 1140 Gratien publie sa Concordia discordantium canonum (« Concorde
des canons discordants »), un traité méthodique du droit, connu sous le nom de
Décret de Gratien, qui servira jusqu'en 1917. Le Décret de Gratien n'est pas pensé
comme un texte normatif à portée universelle : il s'agit d'un manuel à l'usage des
juristes de l’Église, réalisé selon les principes de la scolastique et compilant de
manière ordonnée des textes « de référence », éventuellement contradictoires,
Gratien formulant ponctuellement des synthèses sous forme de dicta. Quoique
connu sous ce nom de Décret de Gratien, le texte a plusieurs rédacteurs, à partir
d'une première recension qui serait l'œuvre de cet auteur, complétée et amendée
dans les décennies suivantes5.
En 1234, le pape Grégoire IX publie les Décrétales qui portent son nom, recueil rédigé
par saint Raymond de Peñafort, composé de cinq livres regroupant 185 titres. Venant
après le Décret, il sera appelé le Liber Extra (X en abrégé). En 1298, le pape
Boniface VIII publie un nouveau recueil, faisant suite aux cinq livres des Décrétales :
le Sexte (« sixième livre », qui en fait est lui aussi composé de cinq livres).
En 1317, Jean XXII publie les Clémentines, recueil dressé sur l'ordre du pape
Clément V. Viendront ensuite, de par leur insertion au CIC par l'imprimeur et
professeur parisien Jean Chapuis en 1500 et 1503, les Extravagantes de Jean XXII et
les Extravagantes communes, décrétales de plusieurs papes. Chaque recueil de
décrétales reprend le plan de celui de Grégoire IX en 5 livres ou parties, plan
qu'adoptent également leurs commentateurs, les décrétalistes. Le recueil le plus
commenté reste le Liber extra (notamment les commentaires de Bernard de Parme,
Jean le Teutonique, Innocent IV, Henri de Suse dit l'Hostiensis). Les Décrétales, qui
sont des lettres des papes répondant à un problème concret qui leur a été posé, sont
à rapprocher de la jurisprudence ; l'intégration d'une lettre pontificale à un recueil
officiel de Décrétales lui donne force de loi6.
Une vague de systématisation a lieu au xvie siècle sous l'impulsion du pape
Grégoire XIII. Durant le concile de Trente, Pie IV crée une commission, les correctores
romani (correcteurs romains) pour réviser le Décret de Gratien. Sous Grégoire XIII, leur
nombre est augmenté et finalement, en 1582 est promulgué le Corpus juris canonici.
En 1917 prend place une réforme du code de droit canonique afin de créer un code
de croit canon codifié et unifié pour l'Église latine : le Code de droit canonique de
1917. Par après, ce code de droit canon sera révisé afin d'en produire un autre en
1983.
Codes de droit canon
catholiques
Code de droit canonique de 1917
Article détaillé : Code de droit
canonique de 1917.
L'ère du droit canonique contemporain, s'ouvre, sous l'impulsion des Pères du concile
Vatican I, lorsqu'en 1904 Pietro Gasparri (futur cardinal secrétaire d'État) est nommé
à la tête de la commission de codification. Encore une fois, les canonistes s'inspirent
des avancées réalisées par le droit civil, en l'espèce le Code Napoléon. En 1912, le
premier livre du code, qui en comportera cinq, est envoyé aux évêques du monde
entier. Le 27 mai 1917, finalement, le pape Benoît XV promulgue le nouveau Code de
droit canonique par la constitution apostolique Providentissima mater7.
Code de droit canonique de 1983
Article détaillé : Code de droit
canonique de 1983.
À l'heure actuelle, le Code faisant autorité dans l'Église latine est celui de 1983. Il a
été promulgué par Jean-Paul II le 25 janvier 19838 et tient compte des profonds
changements apportés par le concile Vatican II. Les Églises catholiques orientales
sont soumises, elles, au Code des canons des Églises orientales (1990).
Code des canons des Églises
orientales de 1990
Article détaillé : Code des canons des
Églises orientales.
Différentes Églises catholiques orientales ont, avec l'approbation de la papauté,
adopté des textes reprenant leur droit propre.
En 1929 Pie XI crée une commission cardinalice pour la codification de l'ensemble
aboutit à un premier projet, dont certaines parties sont promulguées entre 1947 et
1954. Toutefois, le travail est suspendu pendant le concile Vatican II. À l'issue du
concile, Paul VI décide de constituer une commission pour la révision du code
oriental. En 1989, cette dernière propose à Jean-Paul II la rédaction définitive.
Le Code des canons des Églises orientales (en latin, Codex canonum Ecclesiarum
orientalium, abréviation CCEO en français comme en latin) est promulgué le
18 octobre 1990 par la constitution apostolique Sacri canones. Il est entré en vigueur
le 1er octobre 1991.
Quelques canonistes
contemporains français et
belges célèbres
Jean-Paul Durand O.P., doyen
honoraire de la Faculté de droit
canonique de l'Institut catholique de
Paris ;
Philippe Greiner, doyen honoraire de
la Faculté de droit canonique de
l'Institut catholique de Paris ;
Dominique Le Tourneau, économiste
et canoniste, juge ecclésiastique à
l'Officialité de Lille, professeur au
Studium de droit canonique de
l'archevêché de Lyon, auteur de près
de 80 articles scientifiques, et d'un
Manuel de droit canonique9 ;
Jean-Pierre Schouppe, prêtre,
professeur à la faculté de droit
canonique de l'Université pontificale
de la Sainte-Croix de Rome, nommé
Consulteur du Conseil pontifical pour
les textes législatifs le 21 avril
201110 ;
Rik Torfs, recteur de la Katholieke
Universiteit Leuven ;
Patrick Valdrini, coauteur du Précis
Dalloz, doyen honoraire de la Faculté
de Droit canonique de Paris et
Recteur émérite de l'Institut
catholique de Paris, Professeur à
l'Université Pontificale du Latran.
Alphonse Borras, ancien vicaire
général du diocèse de Liège,
professeur émérite à l'Université
catholique de Louvain.
Notes et références
1. Boudinhon, Auguste. "Canon Law." (htt
p://www.newadvent.org/cathen/09056
a.htm) [archive] The Catholic
Encyclopedia. Vol. 9. New York: Robert
Appleton Company, 1910. 9 août 2013
2. (en) Merry Wiesner-Hanks, Gender in
History: Global Perspectives, Wiley
Blackwell, 2011, p. 37
3. Abbé Ludovic Danto, « Pourquoi un
droit dans l’Église ? (https://www.droit
canonique.fr/blog/thematiques-approf
ondies-3/post/pourquoi-un-droit-dans-l
eglise-25) [archive] », sur
droitcanonique.fr, 16 mai 2018
(consulté le 30 juin 2018)
4. Fournier P., Histoire des collections
canoniques en Occident, des Fausses
décrétales au Décret de Gratien, Paris,
1931.
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k
5463100w [archive] ; Fransen G., Les
collections canoniques, Turnhout,
Brepols, 1973.
5. Winroth A., The Making of Gratian's
Decretum, Cambridge University Press,
2005 (ISBN 0-521-63264-1)
6. Fransen G., Les décrétales et les
collections de décrétales, Turnhout,
Brepols, 1972.
7. Yves Chiron, Benoît XV, Le pape de la
paix, Perrin, p. 203-205
8. « Canonique Droit (https://www.univer
salis.fr/encyclopedie/droit-canoniqu
e/) [archive] », sur universalis.fr
9. Dominique Le Tourneau, Manuel de
droit canonique, Collection Gratianus,
Wilson et Lafleur Ltée, Montréal, 2010,
605 p.
10. « Un juriste de l'église belge devient
conseiller auprès du Vatican (https://
www.rtbf.be/info/societe/detail_un-juri
ste-de-l-eglise-belge-devient-conseiller-
aupres-du-vatican?
id=5991023) [archive] », sur rtbf.be,
22 avril 2011
Voir aussi
Bibliographie
Université de Navarre et Université
Saint-Paul, Code de droit canonique
bilingue et annoté, Montréal, 1999²,
très souvent désigné sous le nom de
« Code annoté ».
Jean Gaudemet :
Église et cité. Histoire du droit
canonique, Cerf, Paris, 1994
(ISBN 2707605875)
Les Sources du droit canonique
(viiie – xxe siècle), Cerf, coll. « Droit
canonique », Paris, 1993
(ISBN 2204047643)
Jean Gaudemet et Gabriel Le Bras
(dir.), Histoire du droit et des
institutions de l'Église en Occident,
Sirey, Paris, 18 tomes
Germain Lesage, La nature du droit
canonique, Éditions de l'université
d'Ottawa, 1960, 224 p.
Jean des Graviers, Le droit canonique,
PUF, coll. « Que sais-je ? », n° 779,
1958
Patrick Valdrini, Jean-Paul Durand,
Olivier Échappé et Jacques Vernay,
Droit canonique, Dalloz, coll.
« Précis », Paris, 2e éd. 1999
(ISBN 2247031552) [détail des éditions]
Jean Werckmeister, Petit dictionnaire
de droit canonique, Cerf, coll. « Droit
canonique », Paris, 1993
(ISBN 2204046639)
Anne Bamberg, Procédures
matrimoniales en droit canonique,
Paris, Ellipses Édition, 2011, 127 p.
Raoul Naz (dir.), Dictionnaire de droit
canonique, Letouzey et Ané, 1935-
1965, 7 vol.
Revues en langue française :
Revue de Droit canonique, éditée à
l'Université de Strasbourg II ;
L'Année canonique, éditée à l'Institut
catholique de Paris par la Faculté de
droit canonique et la Société
internationales de droit canonique et
de législations religieuses
comparées.
Studia canonica, éditée à l'Université
d'Ottawa ;
Le Nouvel Agenda canonique, édité
par le Groupe des canonistes
francophones de Belgique à
l'Université catholique de Louvain.
Articles connexes
Magistère de l'Église
Pape
Concile
Officialité
Corpus juris canonici
Documents de l'Église catholique
In utroque jure
Reconnaissance de nullité du
sacrement de mariage
Privilège paulin
Mariage en common law dans les
pays anglo-saxons
Autres droits religieux : talmud,
charia, Kanun (droit)
Liens externes
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