Dossier documentaire:
Extraits de « Cobalt Blues : la sape d’un géant – Congo
1960-2020 », Erik Bruyland.
Extraits de C. Boltanski, Minerais de sang, Grasset, 2012
Observation de la localisation de Bisie
https://www.google.be/maps/search/bisie+mining/@-1.0250409,27.7282415,10z
Extraits de C. Boltanski, Minerais de sang, Grasset,
2012
Extraits de C. Boltanski, Minerais de sang, Grasset, 2012
http://webdoc.solsoc.be/creuseursdukatanga/#section
-teddy
En décembre 2000, grâce à la demande des marchés occidentaux, la valeur marchande de la colombo-tantalite (coltan) a
atteint sa valeur record. En outre, le tantale, un élément présent dans le coltan, passa en quelques mois de 60 $ US le
kilo à plus de 1000 $ US, inflation plutôt inhabituelle dans le secteur minier, pour ensuite revenir à son prix « de base »
quelques mois plus tard.
Par conséquent, on vit en République démocratique du Congo (RDC) une véritable euphorie minière lors de cette
période inflationniste puisque la région regorge de cette ressource. En quelques mois seulement, la filière coltan vint
même surclasser la filière artisanale de l’or dans ce grand pays d’Afrique où les activités minières font partie de la
dynamique sociale depuis l’époque coloniale.
Le coltan suscitait ainsi de grandes attentes chez une population épuisée et déchirée par des conflits armés chroniques
et, à cet égard, l’implication directe et indirecte d’intérêts étrangers ne fait plus aucun doute. Nous savons aussi à
présent que les bénéfices reliés au coltan ont permis à certains groupes politico-militaires de cette région, maintenant
mus par des intérêts économiques, de mener leurs opérations à terme en plus d’enrichir des groupes illicites étrangers.
Bien qu’il soit revenu au prix d’avant « la grande surchauffe », le coltan continue, aujourd’hui, d’alimenter attentes et
questionnements non seulement en raison de son rôle prédominant dans les luttes régionales, mais aussi pour les
bénéfices qu’il procure à certains intérêts privés et pour son statut de matériau « critique » et «stratégique» pour certains
pays occidentaux, notamment aux États-Unis. En fait, puisque le coltan est essentiel à plusieurs secteurs industriels de
pointe, dont ceux des hautes technologies et de la défense, il demeure donc une ressource extrêmement précieuse pour
certains membres de l’Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE) et pour quelques
intérêts privés en leur sein. La faible concurrence internationale dans son processus de commercialisation suscite
également quelques réflexions.
Mais qui profite réellement de l’exploitation de cet « or gris », et quels sont les acteurs prédominants dans ce marché ?
Comment s’articule la dynamique commerciale de cette filière ? (….)
D’entrée de jeu, rappelons que les activités minières ne sont pas récentes dans la grande région du Kivu. Elles
remontent aux années 1920 où or et cassitérite (minerai d’étain) constituaient les principales sources d’exploitation.
Selon certains, nous pouvons parler d’une relative prospérité pour les locaux de l’époque. Cependant, le contexte
politique et social découlant des événements survenus au lendemain de l’indépendance politique – tels l’assassinat de
Patrice Lumumba et l’arrivée au pouvoir de Mobutu –, remit en cause l’engagement de plusieurs entreprises. C’est donc
à cette époque que plusieurs d’entre elles quittèrent le navire congolais jugeant ce contexte trop houleux pour mener à
terme des activités rentables malgré cet océan de richesses minières.
En fait, ces divers troubles, une lente dégradation de l’administration publique et une instabilité des cours mondiaux
gêneront considérablement le bon fonctionnement des pôles miniers de cette région. Depuis, ce secteur d’activité est
caractérisé par une multitude de rebondissements parfois tragiques, parfois suspects, dont plusieurs événements
mériteraient d’être soulignés ici.
(…)
En octobre 1998, Kabila perdit complètement le contrôle de l’Est de la RDC lorsque éclata une rébellion soutenue entre
autres par le Rwanda. Cette rébellion devint par la suite le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), et
celui-ci prit le contrôle des activités minières de cette région en juillet 2000. D’ailleurs, les minerais du
Kivu constituèrent une source importante de conflits entre les factions et le contrôle du coltan devint rapidement objet
de pouvoir.
(…)
Apparemment, l’entrée du coltan dans les circuits mondiaux profite à un nombre limité d’acteurs et le marché peut
s’organiser dans un cadre illicite, mais qui, grâce entre autre à la globalisation des marchés, réussit à trouver preneur
dans les circuits reconnus et légaux.
Au total, on peut affirmer que dans le domaine de la production, l’autorité économique est exercée par six firmes
(l’australienne Sons of Gwalia; l’allemande H.C. Strack; les américaines Cabot Corp.; Kemet Corp.; AVX Corp. et Vishay
Intertechnology). Ces autorités privées contrôlent la quasi-totalité de l’entrée du coltan dans les marchés mondiaux.
Elles ont le loisir de conclure des accords formels et informels entre elles pour fixer des prix, limiter la production,
empêcher la diffusion de leur avance technologique et gérer en coordination leurs parts de marché. En conséquence, il
semble qu’elles disposent de l’autorité nécessaire pour contrôler l’essentiel des facteurs de changement qui caractérisent
la filière et qu’elles détiennent l’influence nécessaire pour définir les règles du jeu de leurs échanges.
Source : LA ROUTE COMMERCIALE DU COLTAN CONGOLAIS : UNE ENQUÊTE, Grama, 2003.
Liens vidéo :
https://www.youtube.com/watch?v=WpHydxuy5-w
https://www.youtube.com/watch?v=VLNyGMQb1A0 -> 5’30
http://viewpure.com/mines : de 41’40 à 45’26 ; de 1’38-1’45 ‘11 et de 9.40 à 11’
Source : Fondements de la géographie Régionale - Hobbs