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Le de Incarnatione Et Contra Arianos CPG 2806 Faus

Le document présente une étude sur le traité théologique 'De incarnatione et contra arianos' faussement attribué à Athanase d'Alexandrie, en explorant son authenticité et son histoire de transmission. Il met en lumière les différentes traductions et manuscrits du texte, ainsi que son impact dans les débats théologiques au fil des siècles. L'édition critique du texte est en préparation, intégrant des recherches sur ses citations bibliques et son influence dans la tradition chrétienne.

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Le document présente une étude sur le traité théologique 'De incarnatione et contra arianos' faussement attribué à Athanase d'Alexandrie, en explorant son authenticité et son histoire de transmission. Il met en lumière les différentes traductions et manuscrits du texte, ainsi que son impact dans les débats théologiques au fil des siècles. L'édition critique du texte est en préparation, intégrant des recherches sur ses citations bibliques et son influence dans la tradition chrétienne.

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Annuaire de l'École pratique des hautes

études (EPHE), Section des sciences


religieuses
Résumé des conférences et travaux
130 | 2023
Annuaire de l’EPHE, section des Sciences religieuses
(2021-2022)

Patristique grecque et histoire des dogmes


Le De incarnatione et contra arianos (CPG 2806)
faussement attribué à Athanase d’Alexandrie : un
traité de controverse théologique de la fin du
IVe siècle

Matthieu Cassin

Édition électronique
URL : https://journals.openedition.org/asr/4438
DOI : 10.4000/asr.4438
ISSN : 1969-6329

Éditeur
Publications de l’École Pratique des Hautes Études

Édition imprimée
Date de publication : 1 octobre 2023
Pagination : 271-286
ISBN : 978-2909036-51-9
ISSN : 0183-7478

Référence électronique
Matthieu Cassin, « Le De incarnatione et contra arianos (CPG 2806) faussement attribué à Athanase
d’Alexandrie : un traité de controverse théologique de la fin du IVe siècle », Annuaire de l'École pratique
des hautes études (EPHE), Section des sciences religieuses [En ligne], 130 | 2023, mis en ligne le 31 juillet
2023, consulté le 03 août 2023. URL : http://journals.openedition.org/asr/4438 ; DOI : https://doi.org/
10.4000/asr.4438

Creative Commons - Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International
- CC BY-NC-ND 4.0
https://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/4.0/
Patristique grecque et histoire des dogmes
Matthieu Cassin
Chargé de conférences

Le De incarnatione et contra arianos (CPG 2806)


faussement attribué à Athanase d’Alexandrie :
un traité de controverse théologique de la fin du ive siècle

P armi les œuvres que la tradition manuscrite attribue à Athanase d’Alexan-


drie, nombreuses sont celles qui sont pseudépigraphes ; ces textes ont reçu, au
cours des siècles, une attention très variable, mais la plupart d’entre eux n’ont que
fort peu suscité d’études dans les dernières décennies. Ce n’est pas tout à fait le
cas du traité assez court connu sous le titre latin De incarnatione et contra aria-
nos (CPG 2806 ; abrégé ensuite DICA) : son authenticité a été mise en cause au
moins depuis le xviie siècle ; depuis son attribution à Marcel d’Ancyre par Martin
Tetz dans les années 19601, plusieurs savants se sont prononcés en faveur de cette
hypothèse ou se sont élevés contre elle, mais c’est cette attribution, pourtant peu
fondée, qui a polarisé largement les discussions2. Cependant, ces travaux se sont
toujours appuyés sur le texte du DICA tel qu’il figure dans la Patrologia grae-
ca de Jacques-Paul Migne (PG 26, 984-1028), laquelle reproduit pour l’essentiel
celui que publia Bernard de Montfaucon en 16983, en mentionnant éventuellement

1. M. Tetz, « Zur Theologie des Markell von Ankyra I. Eine Markellische Schrift De Incar-
natione et contra arianos », Zeitschrift für Kirchengeschichte 75 (1964), p. 217-270.
2. Voir en particulier M. Simonetti, « Sulla paternità del De incarnatione Dei Verbi et
contra Arianos », Nuovo Didaskaleion 5 (1952), p. 5-19 ; Id., « Su alcune opere attri-
buite di recente a Marcello d’Ancira », Rivista di storia e letteratura religiosa 9 (1973),
p. 313-329 ; G. M. Rapisarda, « La questione dell’autenticità del De incarnatione et
contra arianos di S. Atanasio », Nuovo Didaskaleion 23 (1973), p. 23-54 ; A. I. C. Heron,
« The Pseudo-Athanasian Works De Trinitate et Spiritu Sancto and De incarnatione
et contra Arianos: A Comparison », dans G. D. Dragas, M. G. Phougias (éd.), Aksum
Thyateira: A Festschrift for Archbishop Methodios of Thyateira and Great Britain,
Londres 1985, p. 281-298.
3. Τοῦ ἐν ἁγίοις πατρὸς ἡμῶν Ἀθανασίου ἀρχιεπισκόπου Ἀλεξανδρείας τὰ εὑρισκόμενα
ἅπαντα, Parisiis, Sumptibus Joannis Anisson, 1698, I.2, p. 871-890.

Annuaire EPHE, Sciences religieuses, t. 130 (2021-2022)


Résumés des conférences (2021-2022)

quelques variantes prises aux notes des éditions ou aux manuscrits eux-mêmes,
voire à l’une des deux traductions arméniennes. La découverte, par Pierre-Marie
Hombert, d’une deuxième traduction latine du DICA a été l’occasion, à l’initiative
de ce dernier, de préparer enfin une édition critique du texte, qui s’appuie sur l’en-
semble de la documentation conservée. Ce travail éditorial a également conduit à
reprendre la question de la paternité du texte, de sa datation et de son origine. Il
sera publié dans la quatrième série des Athanasius Werke, consacrée aux textes
pseudépigraphes. Les conférences de l’année 2021-2022 ont été consacrées à l’étude
du début de ce texte, en prêtant une attention particulière au texte biblique des très
nombreuses citations scripturaires qu’il comporte ainsi qu’aux parallèles exégé-
tiques qu’il était possible de repérer ; elles ont aussi permis de tracer un premier
tableau de l’histoire du texte et de sa réception.

Transmission et réception du De incarnatione et contra arianos


Le traité De incarnatione et contra arianos, relativement court (un peu plus
de 7 000 mots), est uniquement transmis, en grec, au sein des corpus d’œuvres
d’Athanase et figure dans au moins quarante-six manuscrits grecs, qui se répar-
tissent en deux branches d’inégale importance (α et β) ; la première est représentée
seulement par une quinzaine de témoins, la seconde par le double de manuscrits.
Un fragment très réduit d’un papyrus qu’on peut dater du vie-viie siècle est égale-
ment conservé et présente un témoignage qui n’est pas tout à fait négligeable pour
l’établissement du texte4.
On connaissait jusqu’à présent une seule version latine, transmise par un célèbre
manuscrit conservé aujourd’hui à Florence (Biblioteca Medicea Laurenziana, San
Marco 584), du deuxième tiers du ixe siècle, et qui rassemble une série de traduc-
tions de textes patristiques probablement tardo-antiques5. P-M. Hombert, dans le
cadre de ses travaux sur Vigile de Tapse, a pu identifier non seulement un autre
témoin latin, mais une autre traduction, conservée dans un unique manuscrit (Vic,
Biblioteca Episcopal, 40), de la fin du xie siècle ; ce dernier livre comporte en outre
d’importants ajouts à divers endroits du texte, par rapport au reste de la tradition
tant grecque qu’en d’autres langues.

4. Philadelphie, University of Pennsylvania Museum, E 16694, frgs 6 + 19, 3 et 11.


5. Voir en dernier lieu A. Capone, Sancti Gregorii Nazianzeni Opera. Versio latina I,
Epistulae 102 et 101, Turnhout 2021 (Corpus Christianorum, Series Graeca 99, Cor-
pus Nazianzenum 32), avec le compte rendu que j’en ai donné, M. Cassin, « Bulletin
de patrologie », Revue des Sciences philosophiques et théologiques 107 (2023), p. 69-
156, ici p. 101-103.

272
Matthieu Cassin

Une version syriaque est connue depuis assez longtemps et a été éditée par
R. W. Thomson en 19726 ; elle n’est conservée que dans un unique témoin (Lon-
don, British Library, Or. 8606), copié en 723 à Édesse7. Le manuscrit ne contient
que des traductions de textes patristiques grecs – à l’exception d’Éphrem – qui
concernent pour l’essentiel l’Incarnation. Cette traduction ne sera pas rééditée dans
le volume que nous préparons avec P.-M. Hombert, mais elle est prise en compte
comme un témoin à part entière pour l’édition critique du texte grec. Flavia Ruani
(IRHT) collabore avec nous pour l’étude de cette traduction et a présenté de pre-
miers résultats lors d’une séance des conférences de cette année. La traduction
syriaque telle qu’elle nous est parvenue résulte d’un processus d’élaboration com-
plexe et a fait l’objet de révisions : probablement élaborée en milieu miaphysite,
elle aurait été ensuite retravaillée en milieu chalcédonien. Sa première élaboration
daterait de la seconde moitié du ve siècle ou du début du vie, au vu des modalités
de traduction ainsi que du traitement des citations bibliques, et témoignerait d’une
étape intermédiaire entre les traductions libres, plus anciennes, et les traductions
littéralistes un peu plus tardives.
Enfin, deux traductions arméniennes différentes sont conservées ; elles seront
toutes deux publiées dans le volume, grâce à la collaboration de Bernard Outtier,
et sont prises en compte pour l’établissement du texte ; B. Outtier a présenté un
premier état de ses recherches lors de l’une des séances cette année. L’une des deux
traductions avait été publiée dès 1899, à partir d’un manuscrit vénitien8. Une autre
traduction, identifiée dès 1911, est de nouveau signalée en 19319 ; elle est conservée
dans deux manuscrits des mékhitaristes de Vienne mais n’avait pas été publiée.
Cette dernière, de type pré-hellénophile, pourrait être datée de la fin du ve siècle ;
l’autre, un peu plus littérale, a été réalisée de manière indépendante, à l’articula-
tion des périodes pré-hellénophile et hellénophile, et peut être située au vie siècle,
d’après l’étude des deux traductions qu’a proposée B. Outtier. Des éléments plus
complets figureront dans l’introduction de l’édition.
Le traité pseudo-athanasien a en outre bénéficié d’une abondante tradition indi-
recte, tant en grec que dans les autres langues de l’Antiquité chrétienne.

6. R. W. Thomson, Athanasiana Syriaca, III, Louvain 1972 (Corpus scriptorum chris-


tianorum orientalium 324-325, syr. 142-143), I, p. 1-19 (trad. angl. II, p. 1-20).
7. Sur ce manuscrit, voir en particulier P. Géhin, Les manuscrits syriaques de parchemin
du Sinaï et leurs « Membra disjecta », Louvain 2017 (Corpus scriptorum christiano-
rum orientalium 665, Subs. 136), p. 134-137, avec la bibliographie antérieure.
8. <E. Tayecʿi>, S. Atʿanasi Ałekʿsandracʿwocʿ hayrapeti čarkʿ, tʿułtʿkʿ ew ɘnddimascʿutʿiwnkʿ,
Venise 1899, p. 27-56.
9. R. P. Casey, « Armenian Manuscripts of St. Athanasius of Alexandria », Harvard
Theological Review 24 (1931), p. 43-59.

273
Résumés des conférences (2021-2022)

Les premières citations remontent à la controverse nestorienne et sont les seules


à rattacher le texte à d’autres auteurs qu’à Athanase10 ; par la suite, le DICA est una-
nimement attribué à l’évêque d’Alexandrie, dans les très nombreuses citations que
nous avons pu identifier – tant Flavia Ruani, pour le syriaque, que Bernard Outtier,
pour l’arménien, ont également pu repérer des citations assez nombreuses dans ces
deux langues, entre autres dans des florilèges doctrinaux. Cette postérité ne s’est
pas démentie par la suite et a même connu un regain à l’époque moderne. En effet,
un passage du traité a été lu comme une attestation que l’Esprit procédait aussi
du Fils (οἶδε γὰρ παρὰ τῷ πατρὶ ὄντα τὸν υἱὸν τὴν πηγὴν τοῦ ἁγίου πνεύματος,
« car il sait que le Fils, la source du Saint-Esprit, est auprès du Père »11) et a jus-
tifié que les lecteurs occidentaux lui accordent une place privilégiée, à cause des
controverses avec l’Église byzantine, au point que ce soit cette phrase qui figure
sur le livre ouvert que tient Athanase sur le frontispice de l’édition mauriste de
1698 des Opera omnia12. Au fur et à mesure des époques et des controverses, le
DICA a retenu l’attention de ses lecteurs et utilisateurs pour des questions variées,
trinitaires, christologiques, pneumatologiques, en particulier.
L’étude de la tradition directe et indirecte conduit à reconstituer deux branches
principales ; la première (α) est formée de deux familles clairement distinctes. L’une
d’entre elles (α1) est connue par quelques témoins grecs, ainsi que par la traduction
latine conservée dans le manuscrit de Florence. La seconde (α2) est connue par
des témoins grecs, mais aussi, en un état plus ancien, par la traduction syriaque,
la traduction latine du ms. de Vic, ainsi qu’au moins l’une des deux traductions
arméniennes (ArmV). L’autre traduction arménienne (ArmW) occupe une posi-
tion plus difficile à situer, entre α2 et la deuxième branche, β. Le texte d’α2 dans
l’état dont témoignent les manuscrits grecs est marqué par d’importantes inter-
ventions de différentes natures : réécriture à visée stylistique ; alignement des
citations bibliques sur le texte reçu ; ajouts doctrinaux, dont voici les principaux
exemples (en italique) :

– Πῶς οὖν, φησίν, δύναται ὅμοιος εἶναι ἢ ὁμοούσιος ὁ ἐγειρόμενος ἐκ νεκρῶν τῷ


ἐγείραντι αὐτόν; « Comment donc, dit-il, celui qui a été relevé d’entre les morts
peut-il être semblable ou consubstantiel à celui qui l’a relevé ? »13 ;

10. Eusèbe de Dorylée, Contestatio, 4 (ACO I.1.1, p. 102, 15-20), vers 429, qui attribue le
texte à Eustathe d’Antioche ; Cyrille d’Alexandrie, Oratio ad Dominas, 16 (ACO I.1.5,
p. 67, 26-28), vers 431, qui attribue le texte à Sévérien de Gabala.
11. [Athanase d’Alexandrie], De incarnatione et contra arianos, 15 (PG 26, 1000, § 9).
Les références sont d’abord données aux paragraphes tels qu’ils figureront dans la
nouvelle édition, puis aux colonnes et paragraphes dans la Patrologie grecque.
12. Voir sur ce point, ainsi que sur certains aspects de la réception du traité, H. C. Bren-
necke, Athanasius von Alexandrien auf dem Konzil von Florenz, Berlin, Boston 2016
(Hans-Lietzmann-Vorlesungen 13), en particulier p. 5-7. Pour les références de cette
édition, voir supra, n. 3.
13. [Athanase d’Alexandrie], De incarnatione et contra arianos, 2 (PG 26, 985, § 1).

274
Matthieu Cassin

– ἐκ παρθένου θεοτόκου Μαρίας, « de la vierge mère de Dieu Marie »14 ;


– γέγονε σάρξ, ἄνθρωπος τέλειος, « est devenu chair, homme parfait »15 ;
– Μία γὰρ ἡ θεότης καὶ εἷς θεὸς ἐν τρισὶν ὑποστάσεσι, « Car une est la divinité et
un est Dieu, en trois hypostases »16 ;
– Καὶ οὐ λέγομεν τὸ σῶμα υἱὸν εἶναι φύσει τοῦ θεοῦ, ἀλλὰ τὸ σῶμα τοῦ υἱοῦ καὶ
θεοῦ, « Et nous ne disons pas que le corps est par nature Fils de Dieu, mais le
corps du Fils et Dieu »17 ;
– καθὼς καὶ ὁ Λουκᾶς λέγει τὸν ἄγγελον Γαβριὴλ εἰρηκέναι πρὸς τὴν θεοτόκον
παρθένον περὶ τοῦ κυρίου, « de même, Luc aussi dit que l’ange Gabriel a dit à la
Vierge mère de Dieu à propos du Seigneur »18 ;
– Θεὸς οὖν ἐστιν ὁ γεννηθεὶς ἐκ τῆς παρθένου, καὶ γενόμενος ἄνθρωπος ἐκ Μαρίας
τῆς θεοτόκου, « Donc celui qui a été engendré de la vierge est Dieu, même s’il est
devenu homme à partir de Marie mère de Dieu »19.
Tous ces ajouts, sauf l’avant-dernier, figurent dans l’édition mauriste reproduite
par la Patrologia graeca et ont donc longtemps été considérés comme partie inté-
grante du texte, voire ont servi à discuter l’éventuelle paternité athanasienne, même
si le recours direct aux manuscrits ou aux traductions a permis dès le xxe siècle
d’écarter certains d’entre eux20. On voit qu’ils sont entre autres marqués par un
fort accent mis sur le rôle de la Vierge, Mère de Dieu.
Le titre du texte varie également beaucoup dans la tradition directe et indirecte ;
en confrontant les différents témoignages, on peut proposer un titre qui prendrait la
forme suivante : περὶ τῆς ἐνσάρκου ἐπιφανείας τοῦ θεοῦ λόγου καὶ περὶ τρίαδος,
« Sur la manifestation incarnée du Dieu Verbe et sur la Trinité ». Les mentions des
adversaires, ariens ou apolinaristes, sont clairement secondaires. Il est impossible
de savoir si le titre remonte à l’auteur, ou à une étape ancienne de la diffusion.

Plan et contenu du traité


La structure du texte est assez simple dans sa composition générale, même si
elle est loin d’être linéaire. Voici une proposition de plan :
§ 1-2, exorde (avec présentation d’une série de thèses adverses, fondées sur
des versets scripturaires)
§ 3-13, le Fils

14. Ibidem, 13 (PG 26, 996, § 8).


15. Ibidem, 13 (PG 26, 996, § 8).
16. Ibidem, 16 (PG 26, 1000, § 10).
17. Ibidem, 17 (PG 26, 1004, § 11).
18. Ibidem, 40 (PG 26, 1020, § 20).
19. Ibidem, 44 (PG 26, 1025, § 22).
20. Voir par exemple J. Lebon, « Pour une édition critique des œuvres de S. Athanase »,
Revue d’histoire ecclésiastique 21 (1925), p. 524-530.

275
Résumés des conférences (2021-2022)

§ 3, relever d’entre les morts


§ 4, sanctifier
§ 5, abandonner à la mort
§ 6, exalter
§ 7, glorifier
§ 8, plus grand
§ 9, Passion et mort
§ 10, créer
§ 11, bon
§ 12, connaissance du dernier jour
§ 13, récapitulation, Père et Fils
§ 14-16, la Trinité
§ 14, Esprit vient de la divinité, Père et Fils
§ 15, source d’eau vive
§ 16, interprétation trinitaire d’Is 6, 3
§ 17, le Fils

§ 18-39, Actions des trois de la Trinité ou envers Dieu


§ 18, création
§ 19, connaître / révéler
§ 20, engendrer
§ 21, mentir à Dieu
§ 22, parler par les prophètes
§ 23, temple
§ 24, faire vivre
§ 25, œuvres de l’Esprit, du Père, du Fils
§ 26, héritage
§ 27, marquer, baptiser
§ 28, bon
§ 29, pain
§ 30, guider Israël dans le désert
§ 31, appeler, envoyer les apôtres
§ 32, parler par les prophètes
§ 33, contrister, mettre à l’épreuve
§ 34, justifier
§ 35, mettre Dieu à l’épreuve

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Matthieu Cassin

§ 36, remplir l’univers


§ 37, gloire
§ 38, confesser Dieu
§ 39, chasser les démons
§ 40-45, Fils
§ 40, royauté et temps
§ 42, Ac 2, 36
§ 42, Mt 26, 39.41 (coupe et volonté)
§ 43, vrai Dieu
§ 44, Is 53, 2 ; Ph 2, 7
§ 45, Dieu vient sauver
§ 46, conclusion
Comme on le voit, le traité procède en deux, voire trois vagues successives,
traitant trois fois du Fils (§ 3-13, 17, 40-45) et deux fois des Trois de la Trinité
(§ 4-16 et 18-39), c’est-à-dire en particulier de la divinité de l’Esprit, mais aussi
du Fils. Les différentes sections qui traitent du même sujet se recoupent parfois
étroitement. Une telle disposition du texte a bien sûr donné lieu à des hypothèses
génétiques, qui y vont vu la preuve du recours à des sources multiples, voire du
caractère composite du texte. La discussion a en outre trouvé des arguments dans
les parallèles étroits qui existent entre certaines sections du DICA et le De Trini-
tate et de Spiritu sancto, douzième livre d’un ensemble hétérogène sur la Trinité
conservé uniquement en latin (CPG 2233, CPL 105), mais qui est très probable-
ment une traduction du grec21 ; ces parallèles ont été discutés en dernier lieu par
A. Heron22, et leur étude figurera de manière détaillée dans le commentaire de
P.-M. Hombert qui accompagnera l’édition et traduction du DICA.
Au vu des rapports étroits entre les deux textes pour certaines sections, il est
probable qu’ils puisent tous deux à une source commune, dont le DICA présente
un état plus réduit, voire abrégé. Cette dépendance ne suffit cependant pas à mon-
trer que le traité est composite ou relèverait d’une pluralité d’auteurs, même s’il a
pu faire usage, bien sûr, d’une pluralité de sources. La chose est commune pour
les écrits antiques, et d’autant plus probable lorsque le texte se présente comme
un compendium d’arguments, ce qui est le cas de notre traité.

21. Les parallèles ont d’abord été relevés par A. J. F. Stülcken, Athanasiana: litterar- und
dogmengeschichtliche Untersuchungen, Leipzig 1899 (Texte und Untersuchungen zur
Geschichte der altchristlichen Literatur 19.4), p. 61-66.
22. A. I. C. Heron, Studies in the Trinitarian Writings of Didymus the Blind: his Author-
ship of the Adversus Eunomium IV-V and the De trinitate, Eberhard-Karls Universi-
tät, Tübingen 1972, p. 17-60 ; A. I. C. Heron, « The Pseudo-Athanasian Works », cité
n. 2.

277
Résumés des conférences (2021-2022)

La forme littéraire adoptée par l’auteur du DICA mérite en effet plus qu’une
mention fugitive. À une lecture rapide, le traité semble se résumer à une accu-
mulation de citations bibliques, dont l’explication est souvent réduite à sa plus
simple expression. De ce fait, le texte est formé pour une part essentielle de cita-
tions scripturaires, dont un bon nombre est fréquemment utilisé pendant toutes
les controverses trinitaires du ive siècle, et commentées pour réfuter les thèses qui
tendent à nier l’égale divinité du Fils et de l’Esprit. La structure interne des sec-
tions qui, dans le plan ci-dessus, concernent la Trinité, est remarquable : l’auteur
sélectionne des versets où une même action, ou un même type d’action, est dit
respectivement du Père, du Fils et de l’Esprit, afin de prouver leur unité d’action,
de gloire et de nature. Il les énonce successivement, en soulignant à chaque fois la
personne concernée. En voici un exemple particulièrement ramassé :
18. Et lorsque l’Écriture dit à propos du Père : N’est-ce pas un seul Dieu qui nous
a créés ? (Ml 2, 10), de même elle dit à propos du Fils aussi : par lui, tout fut créé
(Col 1, 16), et les mêmes choses sont dites à propos de l’Esprit saint aussi : Tu reti-
reras leur Esprit, dit-on, et ils expireront, et ils retourneront à leur poussière ;
tu enverras ton Esprit et ils seront créés, et tu renouvelleras la face de la terre
(Ps 103, 29-30)23.
De même, la fin du traité est extrêmement ramassée et ce qui tient lieu de conclu-
sion laisse au lecteur d’aujourd’hui une impression d’urgence, voire de négligence :
46. J’ai écrit cela de manière partielle (cf. Rm 15, 15), afin, comme le dit l’Apôtre,
que nous ne soyons plus des nourrissons ballottés et emportés par tout vent d’en-
seignement, par le jeu hasardeux des hommes, par astuce pour les faire s’égarer
(Ep 4, 14)24.
Pourtant, on a bien là une conclusion, claire quoique brève, et qui souligne en
outre que le traité a été écrit ἀπὸ μέρους, ce qui est très probablement une allusion
à un passage paulinien (Rm 15, 15 : τολμηρότερον δὲ ἔγραψα ὑμῖν ἀπὸ μέρους,
ὡς ἐπαναμιμνῄσκων ὑμᾶς διὰ τὴν χάριν τὴν δοθεῖσάν μοι ὑπὸ τοῦ θεοῦ). Le sens
à donner ici à l’expression n’est pas évident : soit on comprend avec les traduc-
tions bibliques modernes « par endroits » (Bible de Jérusalem, TOB), « on some
points » (New Standard Revised Version) ; soit on comprend que le traitement de
la question qu’a proposé l’auteur est partiel, voire fragmenté et fragmentaire, ce
qui me semble ici plus probable. En tout cas, même si la conclusion de l’ouvrage
est fort ramassée, ce qui est loin d’être sans exemple dans les textes de l’Antiquité

23. [Athanase d’Alexandrie], De incarnatione et contra arianos, 18 (PG 26, 1004, § 13) :
Καὶ ὅτε λέγει ἡ γραφὴ περὶ πατρός· Οὐχὶ θεὸς εἷς ἔκτισεν ἡμᾶς; ὁμοίως καὶ περὶ υἱοῦ
λέγει ὅτι δι’ αὐτοῦ ἐκτίσθη τὰ πάντα· τὰ δὲ αὐτὰ καὶ περὶ πνεύματος ἁγίου λέγεται·
Ἀντανελεῖς, φησί, τὸ πνεῦμα αὐτῶν, καὶ ἐκλείψουσι, καὶ εἰς τὸν χοῦν αὐτῶν ἐπιστρέψουσιν.
Ἐξαποστελεῖς τὸ πνεῦμά σου, καὶ κτισθήσονται, καὶ ἀνακαινιεῖς τὸ πρόσωπον τῆς γῆς.
24. Ibidem, 46 (PG 26, 1025, § 22) : Ταῦτα δὲ ἀπὸ μέρους ἐγράψαμεν, ἵνα, καθὼς εἶπεν ὁ
ἀπόστολος, Μηκέτι ὦμεν νήπιοι κλυδωνιζόμενοι καὶ περιφερόμενοι παντὶ ἀνέμῳ τῆς
διδασκαλίας ἐν τῇ κυβείᾳ τῶν ἀνθρώπων, ἐν πανουργίᾳ πρὸς τὴν μεθοδείαν τῆς πλάνης.

278
Matthieu Cassin

tardive, elle est bien présente et assure que l’auteur a considéré qu’il donnait une
forme achevée à son texte.
Celui-ci est en outre pourvu d’une introduction claire et marquée, qui s’ouvre
par des appuis scripturaires explicites :
Ceux qui veulent comprendre les divines Écritures avec une technique mauvaise
veulent produire les paroles humaines de la pauvreté du Fils de Dieu pour confor-
ter leur blasphème. Mais l’exactitude entière du christianisme se trouve dans les
mots et faits ordinaires. Donc, s’ils avaient pu entendre le bienheureux Paul écrire
aux Corinthiens : Connaissez en effet la grâce de notre Seigneur Jésus Christ : il
s’est fait pauvre à cause de nous, alors qu’il était riche, afin que nous, nous soyons
rendus riches par sa pauvreté (2 Co 8, 9), ils n’auraient jamais osé dire que le Fils
était dissemblable au Père, si précisément ils avaient su quel était le mode de sa
pauvreté et quelle était la puissance de sa croix. De là, le même Paul dit ailleurs
aussi : Afin que vous ayez la force de comprendre avec tous les saints quelle est
la largeur, la longueur, la profondeur et la hauteur, et de connaître l’amour qui
surpasse la connaissance de Dieu, afin que vous soyez remplis jusqu’à contenir
toute la plénitude de Dieu (Ep 3, 18-19). C’est pourquoi il ne craint pas d’écrire, en
sa pauvreté et ses souffrances : Pour moi, puissé-je ne pas me glorifier sinon par
la croix de notre Seigneur Jésus Christ, par qui le monde est crucifié pour moi et
moi, pour le monde (Ga 6, 14) ; et : J’ai jugé bon de ne rien connaître parmi vous,
sinon Jésus Christ, et celui-ci, en croix (1 Co 2, 2) ; et : S’ils avaient su, ils n’au-
raient pas crucifié le Seigneur de la gloire (1 Co 2, 8)25.
Cet exorde oppose les adversaires de l’auteur et lui-même autour de la compré-
hension juste et droite des Écriture, qui fait l’appartenance véritable au christia-
nisme. La connaissance du Fils, de son Incarnation et de sa relation au Père, sont les
conditions nécessaires de l’être chrétien, et elles émergent, d’après l’auteur, d’une
juste interprétation du texte biblique – sans mention des Pères ou de la tradition en
un sens large ou étroit. La deuxième partie de l’exorde énumère un certain nombre
de positions erronées des adversaires, avant d’annoncer les réponses à venir :

25. Ibidem, 1 (PG 26, 984-985, § 1) : Οἱ κακοτέχνως τὰς θείας γραφὰς βουλόμενοι νοεῖν
τὰ ἀνθρώπινα ῥήματα τῆς πτωχείας τοῦ υἱοῦ τοῦ θεοῦ παράγειν βούλονται πρὸς τὸ
συστῆσαι τὴν ἑαυτῶν βλασφημίαν. Πᾶσα δὲ ἀκρίβεια Χριστιανισμοῦ ἐν τοῖς εὐτελέσι
ῥήμασι καὶ πράγμασιν εὑρίσκεται. Εἰ οὖν ἠδύναντο ἀκούειν τοῦ μακαρίου Παύλου
γράφοντος πρὸς Κορινθίους· Γινώσκετε γὰρ τὴν χάριν τοῦ κυρίου ἡμῶν Ἰησοῦ Χριστοῦ,
ὅτι δι’ ἡμᾶς ἐπτώχευσε πλούσιος ὢν, ἵνα ἡμεῖς τῇ ἐκείνου πτωχείᾳ πλουτήσωμεν· οὐκ
ἄν ποτε ἀνόμοιον τῷ πατρὶ τὸν υἱὸν ἐτόλμησαν εἰπεῖν, εἴπερ ἔγνωσαν, τίς ὁ τρόπος
τῆς πτωχείας αὐτοῦ, καὶ τίς ἡ δύναμις τοῦ σταυροῦ αὐτοῦ. Ὅθεν καὶ ἀλλαχοῦ λέγει ὁ
αὐτὸς Παῦλος· Ἵνα ἐξισχύσητε καταλαβέσθαι σὺν πᾶσι τοῖς ἁγίοις τί τὸ πλάτος καὶ μῆκος
καὶ βάθος καὶ ὕψος, γνῶναί τε τὴν ὑπερβάλλουσαν ἀγάπην τῆς γνώσεως τοῦ θεοῦ, ἵνα
πληρωθῆτε εἰς πᾶν τὸ πλήρωμα τοῦ θεοῦ. Διὰ τοῦτο ἐγγράφως ἐν τῇ πτωχεία αὐτοῦ καὶ
τοῖς παθήμασι παρρησιάζεται λέγων· Ἐμοὶ δὲ μὴ γένοιτο καυχᾶσθαι, εἰ μὴ ἐν τῷ σταυρῷ
τοῦ κυρίου ἡμῶν Ἰησοῦ Χριστοῦ, δι’ οὗ ἐμοὶ κόσμος ἐσταύρωται, κἀγὼ τῷ κόσμῳ· καὶ·
Οὐδὲν ἔκρινα εἰδέναι ἐν ὑμῖν, εἰ μὴ Ἰησοῦν Χριστόν, καὶ τοῦτον ἐσταυρωμένον· καί· Εἰ
ἔγνωσαν, οὐκ ἂν τὸν Κύριον τῆς δόξης ἐσταύρωσαν.

279
Résumés des conférences (2021-2022)

Nous avons présenté ces quelques points pris d’un plus vaste ensemble afin que,
une fois ces points résolus, le reste aussi soit aisément compris. Ιl nous faut donc,
nous, expliquer le sens de ces points, autant qu’il est possible26.
On s’attendrait donc, ensuite, à ce que l’auteur reprenne point par point les
arguments des adversaires, qui écartaient la formule de Nicée (« Comment peut-il
être semblable ou “issu de la substance du Père” »27) en lui opposant une série de
citations scripturaires (Jn 5, 26 ; Mc 10, 18 ; Mt 27, 46 ; Mc 13, 32 ; Jn 10, 36 ; Ac 3,
15 et parallèles). Or il n’en est rien ; la plupart de ces citations sont certes expli-
quées ou du moins interprétées dans la suite du traité, mais pas dans cet ordre, et
d’autres versets bibliques sont insérés dans la discussion. En outre, comme on le
voit ici, la question de la divinité de l’Esprit, qui occupe pourtant une place essen-
tielle dans l’ouvrage, n’est en rien annoncée dans cette introduction, tant sous le
calame de l’auteur que dans les paroles qu’il prête à ses adversaires. Je ne pense
cependant pas qu’un tel constat conduise à privilégier l’hypothèse d’un caractère
composite du traité, où les parties trinitaires seraient secondaires. En effet, dans
la mesure où la construction d’ensemble du texte est plutôt lâche, avec des sec-
tions plus ou moins élaborées, et puisque les éléments de l’introduction ne trouvent
même pas de correspondant exact et univoque dans la première section de l’œuvre,
il me semble qu’il faut plutôt considérer que le texte a fait l’objet d’une élaboration
limitée et incomplète, au moins d’un point de vue littéraire. Certes, d’autres sec-
tions témoignent d’un réel travail d’écriture et de capacités littéraires chez l’auteur,
comme dans une série d’oppositions entre l’abaissement du Fils et les bienfaits qu’il
apporte aux hommes, qui structure le § 9 :
9. Et lorsqu’il dit : Lui qui n’a pas épargné son propre Fils, mais l’a livré pour nous
tous (Rm 8, 32), il dit ailleurs : De même que le Christ a aimé l’Église, il s’est livré
précisément lui-même pour elle (Ep 5, 25). Car ce n’est pas lui-même que le Fils
immortel est venu sauver, mais nous qui sommes condamnés à mort, et il n’a pas
souffert pour lui-même, mais pour nous. Aussi, pour cette raison, il a pris sur lui
notre bassesse et notre pauvreté, afin de nous faire don de toute sa richesse.
Car sa passion est pour nous impassibilité ;
sa mort est pour nous immortalité ;
ses pleurs, notre joie ;
son tombeau, notre résurrection ;
son baptême, notre sanctification, car c’est pour eux, dit-il, que je me sanctifie moi-
même, afin qu’eux aussi soient sanctifiés par la vérité (Jn 17, 19) ;
et sa meurtrissure est notre guérison, car par sa meurtrissure, nous, nous avons
été guéris (Is 53, 5) ;

26. Ibidem, 2 (PG 26, 985-988, § 2) : Ταῦτα δὲ ἀπὸ πολλῶν ὀλίγα παρεθέμεθα ὅπως, τούτων
λυθέντων, καὶ τὰ λοιπὰ εὐχερῶς νοηθῇ. Ὀφείλομεν οὖν ἡμεῖς κατὰ τὸ δυνατὸν τὴν
δύναμιν αὐτῶν ἐξηγήσασθαι.
27. Ibidem, 2 (PG 26, 985, § 1) : Πῶς δύναται ὅμοιος, ἢ ἐκ τῆς τοῦ πατρὸς οὐσίας εἶναι.

280
Matthieu Cassin

et son instruction est notre paix, car l’instruction qui nous donne la paix est sur lui
(Is 53, 5), c’est-à-dire que c’est en vue de notre paix qu’il est, lui, instruit ;
et son obscurité est notre gloire ; c’est pourquoi il demandait pour nous la gloire,
lorsqu’il disait : Toi, Père, glorifie-moi devant toi de la gloire que je possédais avant
que le monde soit, devant toi (Jn 17, 5), car ceux qui sont glorifiés par lui, c’est nous ;
et sa descente est notre montée, selon ce qui est écrit : il nous a relevés et il nous a
fait siéger dans les cieux par le Christ Jésus, afin de leur montrer dans les siècles
qui viennent la richesse surabondante de sa grâce en sa bonté, pour nous par le
Christ Jésus (Ep 2, 6-7).
Et dire sur la croix : Père, en tes mains je remets mon esprit (Lc 23, 46), remet
par lui-même au Père tous les hommes, qui sont vivifiés par lui. Car ils sont ses
membres, et les membres nombreux sont un seul corps, qui est précisément l’Église,
comme le bienheureux Paul l’écrit aux Galates : Car vous tous, vous êtes un dans
le Christ Jésus (Ga 3, 28). Donc il les remet tous au Père28.
Cependant, des passages de ce genre sont extrêmement rares dans le DICA,
où la matière théologique et exégétique est présentée, en général, de manière fort
sèche, voire décharnée. De ce fait, il n’est pas facile de situer la production du

28. Ibidem, 9 (PG 26, 989-992, § 4-5) : Καὶ ὅτε λέγει· Ὅς γε τοῦ ἰδίου υἱοῦ οὐκ ἐφείσατο, ἀλλ’
ὑπὲρ ἡμῶν πάντων παρέδωκεν αὐτόν, ἀλλαχοῦ λέγει· Καθὼς καὶ ὁ Χριστὸς ἠγάπησε τὴν
ἐκκλησίαν, καὶ ἑαυτὸν παρέδωκεν ὑπὲρ αὐτῆς. Οὐ γὰρ ἑαυτὸν ἦλθε σῶσαι ὁ ἀθάνατος
υἱός, ἀλλὰ ἡμᾶς τοὺς θανατωθέντας· καὶ οὐχ ὑπὲρ ἑαυτοῦ ἔπαθεν, ἀλλ’ ὑπὲρ ἡμῶν.
Ὥστε διὰ τοῦτο τὴν εὐτέλειαν ἡμῶν καὶ τὴν πτωχείαν ἡμῶν ἀνεδέξατο, ἵνα ἡμῖν πάντα
τὸν πλοῦτον αὐτοῦ χαρίσηται.
Τὸ γὰρ πάθος αὐτοῦ, ἡμῶν ἀπάθειά ἐστι·
καὶ ὁ θάνατος αὐτοῦ, ἡμῶν ἀθανασία ἐστί·
καὶ τὸ δάκρυον αὐτοῦ, χαρὰ ἡμετέρα·
καὶ ἡ ταφὴ αὐτοῦ, ἡμῶν ἀνάστασις·
καὶ τὸ βάπτισμα αὐτοῦ, ἡμῶν ἁγιασμός· Ὑπὲρ αὐτῶν γὰρ, φησίν, ἁγιάζω ἐμαυτόν, ἵνα
ὦσι καὶ αὐτοὶ ἡγιασμένοι ἐν ἀληθείᾳ·
καὶ ὁ μώλωψ αὐτοῦ, ἡμῶν ἴασις· Τῷ γὰρ μώλωπι αὐτοῦ ἡμεῖς ἰάθημεν·
καὶ ἡ παιδεία αὐτοῦ, ἡμῶν εἰρήνη· Παιδεία γὰρ εἰρήνης ἡμῶν ἐπ’ αὐτόν· τουτέστιν
ἕνεκεν τῆς ἡμῶν εἰρήνης αὐτὸς παιδεύεται·
καὶ ἡ ἀδοξία αὐτοῦ, ἡμῶν δόξα· ὅθεν ἤτει τὴν δόξαν δι’ ἡμᾶς, λέγων· Δόξασόν με σύ,
πάτερ, παρὰ σεαυτῷ τῇ δόξῃ ᾗ εἶχον, πρὸ τοῦ τὸν κόσμον εἶναι, παρὰ σοί. Ἡμεῖς γάρ
ἐσμεν οἱ ἐν αὐτῷ δοξαζόμενοι·
καὶ ἡ κάθοδος αὐτοῦ, ἡμῶν ἐστιν ἄνοδος, κατὰ τὸ γεγραμμένον· Καὶ συνήγειρε καὶ
συνεκάθισεν ἐν τοῖς ἐπουρανίοις ἐν Χριστῷ Ἰησοῦ ἵνα ἐνδείξηται ἐν τοῖς αἰῶσι τοῖς
ἐπερχομένοις τὸν ὑπερβάλλοντα πλοῦτον τῆς χάριτος αὐτοῦ ἐν χρηστότητι, ἐφ’ ἡμᾶς
ἐν Χριστῷ Ἰησοῦ.
Καὶ τὸ λέγειν αὐτὸν ἐν τῷ σταυρῷ· Πάτερ, εἰς χεῖράς σου παρατίθημι τὸ πνεῦμά μου,
πάντας ἀνθρώπους παρατίθεται τῷ πατρὶ δι’ ἑαυτοῦ, τοὺς ἐν αὐτῷ ζωοποιουμένους.
Μέλη γὰρ αὐτοῦ εἰσι, καὶ τὰ πολλὰ μέλη ἕν ἐστι σῶμα, ὅπερ ἐστὶν ἡ ἐκκλησία, καθὼς
καὶ ὁ μακάριος Παῦλος γράφει Γαλάταις· Πάντες γὰρ ὑμεῖς εἷς ἐστε ἐν Χριστῷ Ἰησοῦ·
τοὺς πάντας οὖν παρατίθεται ἐν αὐτῷ.

281
Résumés des conférences (2021-2022)

texte, chronologiquement et géographiquement, faute de pouvoir s’appuyer sur


une analyse stylistique et littéraire.

Datation et origine du De incarnatione et contra arianos


Il semble clair, au vu de son contenu, que la composition du DICA doit être
située dans le contexte des controverses trinitaires du ive siècle et de leurs suites
immédiates. Comme on l’a vu dans l’exorde cité plus haut, c’est au premier chef
la divinité du Fils qui est en cause, ou plutôt les modalités de son rapport au Père
(πῶς δύναται ὅμοιος, ἢ ἐκ τῆς τοῦ πατρὸς οὐσίας εἶναι). Plus précisément, la posi-
tion rejetée par l’auteur est celle que sont accusés de tenir Aèce et Eunome, à savoir
l’affirmation d’une dissemblance entre le Fils et le Père (οὐκ ἄν ποτε ἀνόμοιον
τῷ πατρὶ τὸν υἱὸν ἐτόλμησαν εἰπεῖν, cité supra : DICA, 1). De telles formulations
nous placent nécessairement dans la seconde moitié du ive siècle, et même plus
probablement après 360.
Il est cependant un autre aspect du texte qu’il convient de rappeler ici : outre la
divinité du Fils, c’est en effet aussi celle de l’Esprit que défend l’auteur, avec des
formules très claires non seulement sur l’égale divinité de l’Esprit par rapport au
Père et au Fils, mais aussi sur sa consubstantialité. En effet, un passage essentiel
en la matière a été déformé dans les éditions depuis celle de B. de Montfaucon.
Voici le texte tel que nous l’éditons (et tel qu’il figure, pour l’essentiel, dans l’édi-
tion Felckmann) :
Ἀσεβὲς οὖν ἐστι κτιστὸν ἢ ποιητὸν λέγειν τὸ πνεῦμα τοῦ θεοῦ, ὁπότε πᾶσα γραφή,
παλαιά τε καὶ καινή, μετὰ πατρὸς καὶ υἱοῦ συναριθμεῖ αὐτὸ καὶ δοξάζει, διότι τῆς
αὐτῆς θεότητός ἐστι καὶ τῆς αὐτῆς οὐσίας.
Il est donc impie de dire que l’Esprit de Dieu est créé ou produit, quand l’Écriture
tout entière, Ancienne et Nouvelle, le conumère avec le Père et le Fils et le glorifie,
parce qu’il est de la même divinité et de la même substance29.
B. de Montfaucon, au contraire, édite :
Ἀσεβὲς οὖν ἐστι κτιστὸν ἢ ποιητὸν λέγειν τὸ πνεῦμα τοῦ θεοῦ, ὁπότε πᾶσα γραφή,
παλαιά τε καὶ καινή, μετὰ πατρὸς καὶ υἱοῦ αὐτὸ συναριθμεῖ καὶ δοξάζει, διότι τῆς
αὐτῆς θεότητός ἐστι καὶ τῆς αὐτῆς ἐξουςίας καὶ οὐσίας30.

Il précise en note : Mox Gobl. & Felckm. 1 ἐξουσίας καὶ ούσίας. In editis & alii
haec, ἐξουσίας καὶ desunt31. Cependant, aucun témoin manuscrit ne semble contenir
cet ajout, ἐξουσίας καὶ, y compris dans les différents fascicules du ms. de Genève,
Bibl. Publique, gr. 29 désignés par Montfaucon comme « Felckmann I-III ». En

29. Ibidem, 14 (PG 26, 989-992, § 997).


30. Éd. citée n. 3, I.2, p. 876.
31. En outre, la variante τῆς αὐτοῦ relevée également en note par Montfaucon est en fait
très isolée dans la tradition, puisqu’elle ne figure que dans F (Firenze, Biblioteca Medi-
cea Laurenziana, San Marco 695) et ses copies.

282
Matthieu Cassin

outre, la Patrologia graeca, lorsqu’elle reproduit le texte de Montfaucon, tout en


donnant la note de ce dernier, ne conserve que τῆς αὐτῆς ἐξουσίας (PG 26, 997),
omettant καὶ οὐσίας. De ce fait, les savants qui ont ensuite utilisé le texte de la
Patrologie sans prêter attention aux notes et sans remonter à ses modèles n’ont pas
vu cette affirmation pourtant claire de la consubstantialité de l’Esprit, qui oriente
elle aussi vers une date relativement tardive au ive siècle, en particulier dans ses
dernières décennies. L’affirmation est pourtant redoublée, à propos du Père et du
Fils, en une claire formulation de la consubstantialité des Trois et de leur unité :
Et s’opposent à lui ceux qui ne confessent pas que lui et son Esprit sont de la même
substance que le Père et qu’il n’y a pas de Dieu si ce n’est lui, et ceux qui ont honte
de sa passion et de sa pauvreté32.
Ces éléments confirment donc une datation à la fin du ive ou au début du ve siècle.
L’étude de l’usage des citations scripturaires, de leur interprétation mais aussi de
leur forme textuelle a fait apparaître des parallèles assez nombreux et significatifs
avec plusieurs textes de Sévérien de Gabala, ainsi qu’avec des textes du florilège De
essentia dont l’origine n’avait jusqu’ici pas été identifiée33. P.-M. Hombert a mené de
ce fait une enquête assez systématique pour identifier des parallèles entre le DICA
et Sévérien, qui s’est révélée très fructueuse, mettant en évidence des constellations
rares de citations bibliques ainsi que des similitudes argumentatives qui rapprochent
nettement le DICA de plusieurs autres textes de Sévérien34. On serait donc presque
tenté d’attribuer le De incarnatione et contra arianos à Sévérien, augmentant ainsi
les textes qui lui ont été réattribués ces dernières décennies35 ; cependant, du fait
du caractère extrêmement restreint des parties dont la rédaction revient à l’auteur
du DICA, il est fort difficile, pour ne pas dire impossible, de mener une étude stylis-
tique pour confirmer ces rapprochements. Il faut cependant également rappeler que
l’une des deux citations les plus anciennes du texte, celle de Cyrille d’Alexandrie,
attribue précisément le DICA à Sévérien de Gabala. Cependant, dans la mesure
où les attributions des florilèges cyrilliens sont loin d’être toujours probantes, on

32. [Athanase d’Alexandrie], De incarnatione et contra arianos, 38 (PG 26, 1017, § 19) :
Ἀντίκεινται δὲ αὐτῷ οἱ μὴ ὁμολογοῦντες αὐτὸν καὶ τὸ πνεῦμα αὐτοῦ τῆς αὐτῆς τῷ
πατρὶ οὐσίας, καὶ πλὴν αὐτοῦ μὴ εἶναι θεόν, καὶ οἱ τὸ πάθος αὐτοῦ καὶ τὴν πτωχείαν
ἐπαισχυνόμενοι.
33. Comme l’a montré S. J. Voicu, ce florilège puise une grande partie de ses sources – mais
non pas toutes – dans les textes de Sévérien de Gabala : S. J. Voicu, « Il florilegio De
communi essentia (CPG 2240), Severiano di Gabala e altri Padri », Sacris erudiri 55
(2016), p. 129-155.
34. On en trouvera le résultat dans le commentaire qui accompagnera l’édition et traduc-
tion du texte.
35. Voir entre autres J. Leemans, G. Roskam et J. Segers (éd.), John Chrysostom and
Severian of Gabala: Homilists, Exegetes and Theologians, Louvain 2019 (Orientalia
Lovaniensia Analecta 282).

283
Résumés des conférences (2021-2022)

restera prudent dans l’utilisation de cet argument36 ; il convient en outre de rappeler


que, à la même époque, Eusèbe de Dorylée attribue le texte à Eustathe d’Antioche
– ce qui est, cette fois, tout à fait improbable. On conclura plus prudemment que
le DICA est d’origine antiochienne et que son écriture ne peut être située avant les
années 380, et sans doute plutôt au début du ve siècle.
L’étude des citations bibliques, pourtant nombreuses, qui a été menée au cours
de cette année n’a pas permis d’aboutir à des résultats probants, à part les quelques
rapprochements avec des formes textuelles attestées seulement ou principalement
chez Sévérien, signalées plus haut. L’état du texte, tant vétéro- que néo-testamen-
taire, ne permet pas de rapprochements stables ou cohérents, que ce soit avec des
familles de manuscrits bibliques ou avec les citations de tel ou tel auteur. Si l’en-
quête doit encore être poursuivie, on peut cependant faire déjà l’hypothèse que cet
état de fait découle directement de la forme du traité : dans la mesure où celui-ci
constitue une sorte de compendium d’arguments établi alors que les controverses
dans lesquelles il s’inscrit, tant sur la divinité du Fils que sur celle de l’Esprit,
touchent à leur fin ou du moins en sont déjà à un stade avancé de leur déroulement,
l’auteur du DICA a probablement réuni des arguments et des citations bibliques
en puisant à des sources diverses, ce qui pourrait expliquer, au moins en partie,
la dispersion des rapprochements textuels et la variété des apparentements pour
les citations bibliques.

Conclusion
Le De incarnatione et contra arianos, attribué par la tradition manuscrite directe
à Athanase d’Alexandrie, est donc un traité de controverse théologique consacré à
la divinité du Fils et de l’Esprit. Il s’appuie pour l’essentiel sur l’étude de citations
bibliques, et en particulier sur l’identification des personnes divines qui parlent ou
agissent dans les versets cités. Se distingue au premier chef une forme argumen-
tative singulière, où l’auteur juxtapose des versets évoquant une même action ou
un même attribut, rapportés successivement aux trois Personnes divines. L’auteur
tient pour la consubstantialité des Trois, qu’il affirme explicitement y compris à
propos de l’Esprit saint, mais sans parler de trois hypostases.
Contrairement aux hypothèses de M. Tetz, le texte doit être situé à la fin du
ive siècle ou au début du ve, probablement en milieu antiochien. Les liens les plus
étroits qui ont pu être relevés sont avec les écrits de Sévérien de Gabala.
La tradition de l’œuvre, très ample, est également assez variée et témoigne de
l’existence de différents états du texte, qui peuvent quasiment être considérés comme
des recensions, au moins pour le texte grec de la famille α2, marqué tant par des
interventions doctrinales que par une réécriture stylistique et des modifications

36. Pour la fragilité des attributions cyrilliennes, je me permets de renvoyer au résumé des
conférences de l’année précédente : M. Cassin, « Citer, collecter : florilèges et citations
d’auteurs patristiques dans les controverses doctrinales », Annuaire de l’École pratique
des hautes études (EPHE), Section des sciences religieuses. Résumé des conférences
et travaux 129 (2022), p. 271-284.

284
Matthieu Cassin

des citations scripturaires. Cette ampleur de la tradition, tant directe qu’indirecte,


aussi bien dans le monde hellénophone que dans d’autres domaines linguistiques
du christianisme antique (latin, syriaque, arménien37), témoigne de l’importante
réception du DICA : il était donc grand temps de s’atteler à l’édition et à l’étude
détaillée de ce texte assez déroutant. Le mérite d’une telle entreprise revient entiè-
rement à Pierre-Marie Hombert.

37. La « traduction » éthiopienne relevée par la Clauis patrum graecorum concerne en


fait les citations du texte dans le contexte du concile d’Éphèse, et est donc doublement
indirecte.

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