Analyse Du Cycle de Vie Comparative Vehicule Electrique - Vehicule Thermique
Analyse Du Cycle de Vie Comparative Vehicule Electrique - Vehicule Thermique
Auteurs:
Niels Warburg PE INTERNATIONAL AG
Alexander Forell PE INTERNATIONAL AG
Laura Guillon PE INTERNATIONAL AG
Hélène Teulon Gingko21
Benjamin Canaguier Gingko21
Face aux défis globaux tels que le changement climatique ou la dépendance énergétique,
mais aussi aux défis locaux tels que l’amélioration de la qualité de l’air en ville, le véhicule
électrique peut présenter un réel intérêt. Des constructeurs automobiles mondiaux
commencent à mettre en œuvre cette nouvelle solution de mobilité et les gouvernements
proposent des dispositifs d’incitations relatifs au développement de la filière.
Dans ce contexte, l’ADEME a commandé une étude pour établir une comparaison des bilans
environnementaux des véhicules électriques et des véhicules thermiques essence et diesel.
L’étude réalisée est une analyse de cycle de vie classique, complétée par une mise en
perspective des résultats sur deux sujets clés : les nuisances locales et les matières critiques.
Les données primaires ont notamment été collectées auprès d’un Comité Technique
regroupant les différentes parties prenantes de la mobilité électrique. Ce comité est composé
d’une trentaine de membres qui apportent leur expertise, fournissent les données
nécessaires à la modélisation et valident les hypothèses proposées. Les résultats obtenus
sont analysés suivant différents scénario afin de qualifier leurs plages de variabilités. Enfin,
pour rendre compte des perspectives d’évolution technologique, deux horizons temporels
sont considérés : 2012 et 2020.
1 Périmètre de l’étude
L’unité fonctionnelle (unité de référence à laquelle les flux comptabilisés sont ramenés)
retenue pour cette étude est la mise à disposition sur des trajets inférieurs à 80 km par jour
et pendant une durée de vie de 150 000 km :
d’un véhicule de segment B (citadine polyvalente) pour le transport de personnes
(jusqu’à 4 ou 5 personnes) ;
d’un véhicule utilitaire léger (VUL) pour le transport de marchandises (jusqu’à 3,3
m3) ;
Il est considéré que les véhicules (et batteries) étudiés sont produits sur le territoire
métropolitain français. Ils sont utilisés en France et en Europe, ce qui permet d’évaluer
l’impact de différents mix électriques européens.
3
1-2 Frontière du système étudié
L’étude couvre l’ensemble du cycle de vie des véhicules, hormis la construction des
infrastructures. La filière de distribution de carburant et les infrastructures de recharge des
véhicules électriques ont été exclues sans vérification de leur impact respectif sur les
résultats finaux ce qui constitue une limite à l’étude. Les infrastructures feront l’objet d’un
travail ultérieur. Elles sont cependant considérées comme un investissement qui s’amortit
sur plusieurs années.
4
1-4 Données et hypothèses en 2012 et en 2020
Des données primaires ont été collectées auprès du Comité Technique, dont les deux
constructeurs automobiles français, et trois fournisseurs de batteries. Celles-ci ont été
moyennées pour assurer la confidentialité, puis complétées par des valeurs issues de la
littérature technique pour construire les scénarios prospectifs à l’horizon 2020.
Les facteurs d’émissions CO2eq/kWh sont issus de la base de données GaBi Professional,
dont la documentation est disponible publiquement. Le facteur d’émission CO2eq/kWh pour
la France en 2012 est de 110 g CO2-eq/kWh et de 623 g CO2-eq/kWh pour l’Allemagne.
5
Scénario de référence 2020
Dans le cadre de la « base carbone » gérée et animée par l’ADEME, les travaux relatifs à la
détermination des facteurs d’émissions CO2 de production d’électricité pour le véhicule
électrique étaient encore en cours de réalisation au moment de la publication de ce rapport.
Leurs résultats n'étant pas disponibles, les données utilisées sont issues de l’IEA
(International Energy Agency) - statistics Electricity Information 2010 (IEA 2010) pour
l’horizon 2012 et de l’étude « EU energy trends to 2030 » pour l’horizon 2020.
1Rapport du Centre d’Analyse Stratégique, La voiture de demain : carburants et électricité, juin 2011, page 51, tableau
comparatif établi par SAFT.
6
Variabilité des données d’entrée
La filière du véhicule électrique étant émergente, il existe une variabilité importante des
données d’entrée que les retours d’expérience, encore trop parcellaires, ne permettent pas
de réduire. Afin de tenir compte de cette variabilité, des analyses approfondies ont donc été
réalisées.
Pour le véhicule électrique, nous avons fait varier les paramètres significatifs suivants :
La composition de la batterie, en modifiant les proportions des métaux utilisés dans la
production de la cathode (nickel, cobalt et manganèse)
o Scénario de référence : 33% de lithium nickel, 33% de cobalt et 33% d’oxyde
de manganèse
o Scénario avec 80% de Nickel : 80% de lithium nickel, 10% de cobalt et 10%
d’oxyde de manganèse
o Scénario avec 80% de Manganese : 10% de lithium nickel, 10% de cobalt et
80% d’oxyde de manganèse
La densité énergétique de la batterie
o Haute densité énergétique de la batterie avec une réduction de 20% de la
masse active de la cathode par rapport au scénario de référence
o Faible densité énergétique de la batterie avec une augmentation de 20% de la
masse active de la cathode par rapport au scénario de référence
La durée de vie de la batterie,
o Scénario de référence avec une durée de vie batterie équivalente à celle du
véhicule
o Scénario comprenant 1,2 batterie durant la durée de vie du véhicule
électrique
o Scénario comprenant 2 batteries afin de maximiser son impact potentiel
Le pays de production de la batterie,
o La valeur minimale correspond à la production française des matériaux actifs
de la batterie
o La valeur maximale correspond à la production japonaise
La consommation énergétique pendant la phase d’usage (comportement du
conducteur et température extérieure).
Les variabilités dues aux cycles de conduite et à l’utilisation des systèmes de confort
thermique ont été étudiées pour les véhicules électrique et thermique.
Nous noterons que l’étude ne s’est intéressée qu’au mode de recharge normal (~3kW) alors
que les pertes pendant les recharges accélérées, voire rapides sont plus importantes.
7
2 Présentation des principaux résultats pour le véhicule
particulier
L’étude a porté sur l’unité fonctionnelle définie au paragraphe 1-1, incluant un volet sur le
véhicule particulier (VP) et un autre sur le véhicule utilitaire léger (VUL). Seuls sont fournis
dans ce résumé les résultats du VP.
Pour chaque indicateur considéré, les résultats du véhicule particulier sont présentés de
manière synthétique selon le scénario de référence 2012. Les plages de variabilités sont
ensuite analysées. Enfin, une interprétation des domaines de pertinence environnementale
en découlant est proposée sur un kilométrage variant de 0 à 200 000 km, sachant que le
scénario de référence est de 150 000 km.
Deux hypothèses de production d’électricité sont également étudiées :
Mix électrique Français considéré comme faiblement carboné : facteur en équivalent
CO2 pour la production d’un kWh en France de 110 g CO2-eq/kWh en 2012
Mix électrique Allemand considéré comme fortement carboné : facteur en équivalent
CO2 pour la production d’un kWh en Allemagne de 623 g CO2-eq/kWh en 2012
L’objectif est de présenter la diversité des situations du véhicule électrique correspondant
aux deux cas différenciés en Europe en termes de contenu carbone de la production
d’électricité : ceux de la France et de l’Allemagne. Il convient de noter que la moyenne en
équivalent CO2 pour la production d’un kWh en Europe est de 489 g CO2-eq/kWh en 2012.
L’étude montre que la consommation d’énergie primaire du véhicule électrique est inférieure
à celles d’un véhicule thermique essence sur l’ensemble de son cycle de vie et légèrement
supérieure à celles d’un véhicule thermique diesel. Les résultats sont équivalents en France
et en Allemagne.
8
Indicateur de consommation d'énergie primaire totale [GJ]
450
PRODUCTION USAGE FIN DE VIE
400
350
300
250
200
150
100
50
0
Production 0 km 25 000 km 50 000 km 75 000 km 100 000 km 125 000 km 150 000 km Fin de vie
Distance parcourue [km]
VP électrique 2012 - mix Fr VP électrique 2012 - mix All VP diesel 2012 - NEDC VP essence 2012 - NEDC
Figure 1-1 : Indicateur de la consommation d’énergie primaire totale pour les véhicules
électriques français et allemand et les véhicules thermiques essence et diesel en 2012 selon le
scénario de référence
9
Analyse des variabilités
Le graphe ci-après souligne les variabilités obtenues en faisant varier les paramètres
significatifs décrits précédemment (§1-4). Par exemple, à 100 000 km, la consommation
d’énergie primaire peut varier de :
215 Giga Joules (GJ) pour le véhicule thermique diesel à 325 GJ pour le véhicule
thermique essence
259 GJ à 403 GJ pour le véhicule électrique en France
264 GJ à 411 GJ pour le véhicule électrique en Allemagne
600
500
Energie primaire totale [GJ]
400
300
200
100
0
0 20 000 40 000 60 000 80 000 100 000 120 000 140 000 160 000 180 000 200 000
Distance parcourue [km]
VT VEFRFr.
EV - 1 bat; VE FR
EV - 2 bat; All. EV - 1 bat; DE EV -Durée
2 bat; de
DE vie de référence
Gasoline = 150 000 km
Diesel
Figure 1-2 : Variabilités de la consommation d’énergie primaire totale pour les véhicules
électriques français et allemand et les véhicules thermiques essence et diesel en 2012
10
Domaines de pertinence environnementale
VE (Allemagne)
vs.
VT
11
2-2 Potentiel de changement climatique
Les contributions à l’effet de serre étant plus fortes pour le véhicule électrique dans les
phases de fabrication, le gain environnemental se retrouve à l’usage après une période de
roulage plus ou moins importante selon le mix de production d’électricité.
Les graphiques suivants montrent, pour le véhicule électrique (scénario français) et le
véhicule diesel, la contribution des différentes étapes du cycle de vie en 2012 au potentiel de
changement climatique sur la durée de vie de 150 000 kms. Notons que les résultats sont
comparables entre les motorisations essence et diesel pour cet indicateur d’impact potentiel.
Total
Total ::89982
t CO2-eq
kg CO2-eq
Total
Total : :2222 t CO2-eq
171 kg CO2-eq
100%
Production
90% d'électricité
pour la
recharge
80% batterie : 26%
70%
Assemblage : 4%
Emissions en
phase d'usage :
60% Fabrication 72%
des
composants
50% hors batterie :
34%
40%
30%
Elaboration du
Fabrication de carburant : 11%
20%
la batterie :
Assemblage : 2%
35%
10%
Fabrication des
composants : 15%
0%
VE 2012 VT 2012
12
Scénario de référence 2012
25 000
20 000
15 000
10 000
5 000
0
Production 0 km 25 000 km 50 000 km 75 000 km 100 000 km 125 000 km 150 000 km Fin de vie
Distance parcourue [km]
VP électrique 2012 - mix Fr VP électrique 2012 - mix All VP diesel 2012 - NEDC VP essence 2012 - NEDC
Figure 1-5 : Potentiel de changement climatique pour les véhicules électriques français et
allemand et les véhicules thermiques essence et diesel en 2012 selon le scénario de référence
13
Analyse des variabilités
La figure suivante montre que les résultats obtenus à 100 000 km pour le potentiel de
changement climatique, varient de :
14 t CO2e à 21 t CO2e pour le véhicule thermique
8 t CO2e à 12 t CO2e pour le véhicule électrique en France
15 t CO2e à 23 t CO2e pour le véhicule électrique en Allemagne
40000
Potentiel de changement climatique [kg CO2e]
35000
30000
25000
20000
15000
10000
5000
0
0 20 000 40 000 60 000 80 000 100 000 120 000 140 000 160 000 180 000 200 000
Distance parcourue [km]
VT VE - 1 VE
bat; Fr.
FR VE - VE
2 bat; FR
All. VE - 1 bat; ALL Durée
VE deALL
- 2 bat; vie de référence
Essence= 150 000Diesel
km
Figure 1-6 : Variabilités du potentiel de changement climatique pour les véhicules électriques
français et allemand et les véhicules thermiques essence et diesel en 2012
14
Domaines de pertinence environnementale
Les conclusions par rapport à ces plages de variabilité peuvent être synthétisées par la
figure suivante montrant 5 domaines de pertinence environnementale des véhicules
électriques par rapport au véhicule thermique sur le potentiel de changement climatique.
Pour l’exemple du cas français :
« Favorable au véhicule thermique » entre 0 et 15 000 km étant donné que la plage
de variabilité du véhicule électrique est située au-dessus de celle du véhicule
thermique
« Plutôt favorable au véhicule thermique » entre 15 000 km et 30 000 km, la plage de
variabilité du véhicule électrique étant globalement au-dessus de la plage de
variabilité du véhicule thermique malgré un recouvrement
« Equivalent » entre 30 000 km et 50 000 km tant les plages de variabilité des
résultats du véhicule électrique et du véhicule thermique se recouvrent
« Plutôt favorable au véhicule électrique » entre 50 000 km et 80 000 km, la plage de
variabilité du véhicule thermique étant globalement au-dessus de celle du véhicule
électrique malgré un recouvrement
« Favorable au véhicule électrique » entre 80 000 km et 200 000 km étant donné que
la plage de variabilité du véhicule thermique est située au-dessus de la plage de
variabilité du véhicule électrique. Quelles que soient les variations des paramètres
significatifs, le véhicule électrique français a un impact potentiel de changement
climatique inférieur au véhicule thermique à partir de 80 000 km.
VE (Allemagne)
vs.
VT
15
2-3 Potentiel d’épuisement des ressources fossiles
350
300
250
200
150
100
50
0
Production 0 km 25 000 km 50 000 km 75 000 km 100 000 km 125 000 km 150 000 km Fin de vie
Distance parcourue [km]
VP électrique 2012 - mix Fr VP électrique 2012 - mix All VP diesel 2012 - NEDC VP essence 2012 - NEDC
Figure 1-8 : Potentiel d’épuisement des ressources fossiles pour les véhicules électriques
français et allemand et les véhicules thermiques essence et diesel en 2012 selon le scénario de
référence
16
Analyse des variabilités
500
400
300
200
100
0
0 20 000 40 000 60 000 80 000 100 000 120 000 140 000 160 000 180 000 200 000
Distance parcourue [km]
VT VEFRFr.
EV - 1 bat; VE FR
EV - 2 bat; All. EV - 1 bat; DE Durée
EV deDE
- 2 bat; vie de référence
Gasoline= 150 000Diesel
km
Figure 1-9 : Variabilités du potentiel d’épuisement des ressources fossiles pour les véhicules
électriques français et allemand et les véhicules thermiques essence et diesel en 2012
VE (Allemagne)
vs.
VT
17
2-4 Potentiel d’acidification
80,0
70,0
60,0
50,0
40,0
30,0
20,0
10,0
0,0
Production 0 km 25 000 km 50 000 km 75 000 km 100 000 km 125 000 km 150 000 km Fin de vie
Distance parcourue [km]
VP électrique 2012 - mix Fr VP électrique 2012 - mix All VP diesel 2012 - NEDC VP essence 2012 - NEDC
Figure 1-11 : Potentiel d’acidification pour les véhicules électriques français et allemand et les
véhicules thermiques essence et diesel en 2012 selon le scénario de référence
18
Scénario de référence 2020
Cet indicateur est principalement affecté par les émissions de NOx et de SO2 lors de
l’extraction du cobalt et du nickel utilisés pour les batteries. Le scénario utilisé à l’horizon
2020 montre une amélioration potentielle.
70
60
50
40
30
20
10
0
Production 0 km 25 000 km 50 000 km 75 000 km 100 000 km 125 000 km 150 000 km Fin de vie
Distance parcourue [km]
VP électrique 2020 - mix Fr VP électrique 2020 - mix All VP diesel 2020 - NEDC VP essence 2020 - NEDC
Figure 1-12 : Potentiel d’acidification pour les véhicules électriques français et allemand et les
véhicules thermiques essence et diesel à l’horizon 2020 selon le scénario de référence
19
Analyse des variabilités
L’analyse des variabilités dévoile l’importance des matériaux rentrant dans la composition de
la batterie, offrant des marges de progression importantes. Pour les véhicules thermiques,
les variabilités sont faibles et uniquement induites lors de la phase d’usage. Les fortes
variabilités de cet indicateur pour le véhicule électrique apparaissent lors de la phase de
fabrication en faisant varier les hypothèses de composition et de durée de vie de la batterie.
120
Potentiel d'acidification [kg SO2-eq
100
80
60
40
20
0
0 20 000 40 000 60 000 80 000 100 000 120 000 140 000 160 000 180 000 200 000
Distance parcourue [km]
VT VE Fr. VE All.
VE - 1 bat; FR VE - 2 bat; FR VE - 1 bat; ALL Durée
VE de vie
- 2 bat; ALL de référence = 150 000Diesel
Essence km
Figure 1-13 : Variabilités du potentiel d’acidification pour les véhicules électriques français et
allemand et les véhicules thermiques essence et diesel en 2012
Potentiel d’acidification
VE (France)
vs.
VT
0 km 40 000 km 80 000 km 120 000 km 160 000 km 200 000 km
20 000 km 60 000 km 100 000 km 140 000 km 180 000 km
VE (Allemagne)
vs.
VT
20
2-5 Potentiel d’eutrophisation de l’eau
6,0
5,0
4,0
3,0
2,0
1,0
0,0
Production 0 km 25 000 km 50 000 km 75 000 km 100 000 km 125 000 km 150 000 km Fin de vie
Distance parcourue [km]
VP électrique 2012 - mix Fr VP électrique 2012 - mix All VP diesel 2012 - NEDC VP essence 2012 - NEDC
21
Analyse des variabilités
Pour l’analyse des variabilités de cet impact, une distinction a donc été effectuée entre le
véhicule diesel et le véhicule essence.
9,00
Potentiel d'eutrophisation de l'eau [kg PO4-eq]
8,00
7,00
6,00
5,00
4,00
3,00
2,00
1,00
0,00
0 20 000 40 000 60 000 80 000 100 000 120 000 140 000 160 000 180 000 200 000
Distance parcourue [km]
VT EV -VE Fr.FR
1 bat; EVVE
- 2 All.
bat; FR EV - 1 bat; DE EVDurée deDEvie de référence
- 2 bat; Gasoline= 150 000 km
Diesel
Figure 1-16 : Variabilités du potentiel d’eutrophisation pour les véhicules électriques français
et allemand et les véhicules thermiques essence et diesel en 2012
22
2-6 Potentiel de création d’ozone photochimique
Le véhicule électrique affiche un net bénéfice par rapport au véhicule thermique. Le potentiel
de création d’ozone photochimique est principalement dû aux émissions de composés
organiques volatiles (COV) des motorisations essence et diesel en phase d’usage.
S’agissant d’un problème de pollution locale, le véhicule électrique favorise la diminution de
cet impact potentiel à l’endroit où le véhicule est utilisé (notamment en milieu urbain).
10,0
8,0
6,0
4,0
2,0
0,0
Production 0 km 25 000 km 50 000 km 75 000 km 100 000 km 125 000 km 150 000 km Fin de vie
Distance parcourue [km]
VP électrique 2012 - mix Fr VP électrique 2012 - mix All VP diesel 2012 - NEDC VP essence 2012 - NEDC
23
Analyse des variabilités
L’analyse des variabilités montre de faibles écarts en phase d’usage pour les véhicules
thermiques sur cet indicateur. Les variabilités sont dues aux différents cycles considérés.
Pour les véhicules électriques, les émissions en phase de production sont plus importantes
que les véhicules thermiques avec une forte variabilité due à la composition et à la durée de
vie de la batterie.
14
12
10
0
0 20 000 40 000 60 000 80 000 100 000 120 000 140 000 160 000 180 000 200 000
Distance parcourue [km]
VT EV - 1VE
bat;Fr.
FR EV -VE All.FR
2 bat; EV - 1 bat; DE Durée
EV de DE
- 2 bat; vie de référence = 150 000Diesel
Gasoline km
Figure 1-19 : Variabilités du potentiel de création d’ozone photochimique pour les véhicules
électriques français et allemand et les véhicules thermiques essence et diesel en 2012
VE (Allemagne)
vs.
VT
24
2-7 Synthèse des domaines de pertinence environnementale
2012
En synthèse des résultats précédents, nous pouvons récapituler les domaines de pertinence
environnementale des indicateurs considérés pour le cas du véhicule électrique comparé
aux véhicules thermiques essence et diesel en France, en 2012.
Potentiel de contribution globale Potentiel d'épuisement des Potentiel d'acidification Potentiel d'eutrophisation de
France 2012 Impact énergétique Potentiel d'ozone photochimique
à l'effet de serre ressources fossiles atmosphérique l'eau
Il convient de préciser que les résultats pour le véhicule utilitaire montrent les mêmes
domaines de pertinence environnementale.
25
Mise en perspective des résultats
Pour mettre en perspective ces résultats d’ACV, une « normation » est proposée pour le cas
français. Pour chaque indicateur, la contribution des véhicules est divisée par la contribution
de tous les secteurs d’activité au niveau mondial, par habitant et par an. Cette approche
permet de déterminer à quels impacts les véhicules contribuent le plus, relativement aux
autres secteurs d’activités. Il peut donc s’agir d’un outil efficace pour considérer les différents
enjeux sur une échelle globale. Il est toutefois essentiel de préciser que la plus grande
contribution ne correspond pas nécessairement à l’impact le plus préjudiciable. Compte-tenu
de l’incertitude des données statistiques utilisées pour le calcul, seuls les ordres de grandeur
sont significatifs.
A titre explicatif, le paragraphe suivant montre par exemple que la consommation
énergétique d’un véhicule électrique sur toute sa durée de vie représente 5 fois la
consommation mondiale d’énergie primaire totale par habitant par année.
5
habitant.an
VE
4
VT Diesel
VT Essence
3
0
Consommation Potentiel de Potentiel d'épuisement Potentiel d'acidification Potentiel Potentiel de création
d'énergie primaire totale changement climatique des ressources fossiles d'eutrophisation de l'eau d'ozone photochimique
Figure 1-22 : Normation des six impacts potentiels retenus pour le VP en France en 2012
Cette figure montre que les contributions majoritaires des véhicules thermiques actuels sont
concentrées sur la consommation d’énergie primaire totale, le potentiel de changement
climatique et le potentiel d’épuisement des ressources fossiles.
La substitution d’un VP thermique par un VP électrique dans le cas du scénario de référence
France 2012 permettrait d’améliorer significativement les contributions du potentiel de
changement climatique et du potentiel d’épuisement des ressources fossiles. En revanche,
la contribution d’un VE à la consommation d’énergie primaire totale n’est pas moins
importante que celle d’un VT. Nous pouvons également noter la contribution plus importante
du VE pour le potentiel d’acidification.
26
2-8 Tendances 2020 par rapport à 2012
La plupart des interprétations faites pour le scénario de référence de 2012 sont valables pour
le scénario 2020.
Les principales évolutions sont les suivantes :
La batterie Lithium Fer Phosphate (LiFePO4), qui représente 50% de la composition
de la batterie pour le scénario 2020, réduit les impacts potentiels de la batterie de 20
à 40% à l’exception du potentiel d’épuisement des ressources minérales
L’évolution des bouquets électriques nationaux à l’horizon 2020 ne change pas les
conclusions de l’étude. En effet, l’accroissement de la part d’énergie renouvelable
n’est pas suffisante pour modifier sensiblement les indicateurs, notamment pour
l’indicateur du changement climatique en Allemagne
A l’horizon 2020, l’impact du confort thermique et de la performance de la batterie
seront moindres pour le véhicule électrique comparé au scénario 2012, ainsi les
plages de variabilités tendent à rétrécir
En 2020, la consommation d’énergie primaire des véhicules diesel et essence est
plus faible qu’en 2012 grâce à l’allégement des véhicules. Pour le véhicule électrique,
les hypothèses de production d’électricité et de fabrication de la batterie entraînent de
fortes variabilités. Le Plan climat-énergie européen fixe des objectifs visant à
diminuer de 20% les émissions de gaz à effet de serre, de réduire de 20% la
consommation d’énergie et d’atteindre 20% d’énergie renouvelables dans le mix
énergétique d’ici 2020. Ainsi, les scénarios 2020 reflètent les changements à venir
des mix électriques nationaux et du mix moyen européen liés aux politiques de
réduction de gaz à effet de serre, de sûreté énergétique, d’électricité d’origine
nucléaire, en Europe et dans les différents états membres. Pour les scénarios 2020,
les mix énergétiques utilisés proviennent de la Commission Européenne EU Energy
Trends to 2030 (EC 2010) 2 . Pour la France, deux scénarios additionnels sont
calculés à partir des informations issues de l’étude « des scénarios prospectifs
Energie-Climat-Air à l’horizon 2030 » de la DGEC
Nous pouvons synthétiser les tendances 2020 par rapport à 2012 en comparant les
indicateurs d’impact potentiel à 150 000 km pour les véhicules électrique, diesel et essence
de référence à ces deux horizons temporels.
Véhicule Amélioration
Quasi-équivalent Quasi-équivalent Quasi-équivalent Quasi-équivalent Amélioration
électrique importante
Figure 1-23 : Evolutions attendues à l’horizon 2020 pour les véhicules électrique, thermiques
essence et diesel sur les six impacts potentiels retenus
27
3 Matières critiques et nuisances locales
Des matières considérées comme critiques sont mobilisées pour la production des batteries
des véhicules électriques, mais aussi dans les pots catalytiques des véhicules thermiques ou
la fabrication de carburants. Une estimation des volumes consommés à l’horizon 2020 par
les véhicules européens a été comparée à la production annuelle, ainsi qu’à la taille des
ressources estimées. La flotte européenne de véhicule électrique à l’horizon 2020 est
estimée à un parc entre 110 000 et 638 000 unités. Ces prévisions s’appuient sur l’étude
JRC « Plug-in Hybrid and Battery Electric Vehicles Market penetration scénarios of electric
drive vehicles ».
Il ressort de cette analyse que le développement du véhicule électrique en Europe à l’horizon
2020 ne constitue pas une menace pour l’approvisionnement des matériaux critiques
identifiés dans l’étude. Seul l’approvisionnement en cobalt dont la consommation annuelle
liée au véhicule électrique représenterait près de 7% de la production annuelle mondiale
peut être sensible. Du fait de son coût, les fabricants de batteries cherchent d’ores et déjà à
le substituer. La réduction de la proportion de cobalt dans la batterie entrainera une
amélioration de la performance environnementale du véhicule électrique.
Il est important de rappeler ici que les impacts considérés dans une ACV classique ne
permettent pas de prendre en considération les bénéfices locaux du véhicule électrique en
ville en termes de pollution atmosphérique et de bruit. Une étude spécifique sur les effets
potentiellement bénéfiques de l’introduction de VE sur la pollution atmosphérique locale a
donc été menée. Les résultats sont présentés dans le deuxième module du présent rapport.
Bien que ciblées sur le développement du véhicule électrique en milieu urbain, les émissions
générées par les centrales de production d’électricité et par la filière de fabrication du
véhicule électrique ont été évaluées afin de considérer l’éventuel report des émissions du
lieu d’usage des véhicules vers ces sites de production.
L’étude propose ainsi une première analyse de la contribution d’un parc de véhicule
électrique sur la pollution atmosphérique locale et le bruit. Les volumes estimés pour une
ville de 500 000 habitants à l’horizon 2020 sont basés sur les prévisions nationales de 2M de
VE à l’horizon 2020 dont 2/3 d’hybride et 1/3 de tout électrique. Comformément au Livre
3
Vert , l’objectif de 2M de VE sur le territoire national se traduit en un parc de 5 000 VE à
l’échelle d’une ville de 500 000 habitants. Cependant, une telle taille de parc ne représente
que 1,8% du parc de véhicules particuliers de la ville et n’est pas suffisant pour conduire à
un effet sensible sur la qualité de l’air et les nuisances sonores.
3
Livre Vert, 2011, Negre, L., Livre Vert sur les infrastructures de recharge ouvertes au public pour les
véhicules « décarbonés », Avril 2011
28
Cependant, dans le but de renforcer la lutte contre la pollution de l’air dans les
agglomérations, l’Union Européenne a mis en chantier des directives au niveau de la
réduction des émissions atmosphériques. A l’horizon 2020, des contraintes sur la qualité de
l’air pourraient être imposées aux grandes villes Européennes renforçant ainsi l’attractivité du
véhicule électrique comme solution de mobilité.
En matière d’émissions polluantes, les impacts négatifs du véhicule électrique sont
principalement localisés aux points de production d’électricité et de fabrication de la batterie.
Le véhicule électrique présente donc un net avantage sur son équivalent thermique en cas
de sévérisation des mesures sur la qualité de l’air dans des zones dédiées.
Certains points méthodologiques peuvent être approfondis afin d’enrichir la qualité des
résultats :
L’indicateur du potentiel d’épuisement des ressources minérales ne prend pas en
compte l’Uranium nécessaire à la production d’énergie nucléaire. D’autres
méthodologies de cet indicateur potentiel existent mais ne permettent pas d’identifier
l’impact de l’épuisement de cette ressource,
Les facteurs d’émissions utilisés pour les véhicules thermiques ainsi que des valeurs
prospectives du contenu carbone de l’électricité sont en cours de mises à jour. Ces
dernières sont étudiées dans la Base Carbone gérée et animée par l’ADEME. Les
résultats de l’étude ACV pourraient ainsi bénéficier de ces dernières évolutions.
Les méthodologies disponibles pour les indicateurs potentiels de toxicité et
d’écotoxicité (non pris en compte dans le cadre de cette étude) mériteraient d’être
étudiées.
En complément de la présente étude, il apparaît également souhaitable de consolider les
travaux sur les infrastructures de recharge et les conditions d’usage réel du véhicule
électrique.
Cette étude met en évidence l’importance cruciale du bouquet électrique pour l’intérêt
environnemental du véhicule électrique. Dès lors, il apparaît nécessaire d’étudier :
l’impact de la décarbonisation progressive de l’électricité explicitement au cœur de
certaines politiques énergétiques européennes
les effets d’un système incitatif de « réseau intelligent » ou « smart grid » visant à
éviter de recourir aux modes de production d’électricité «de pointe», plus coûteux
économiquement et souvent plus impactant en termes d’environnement4
4Les moyens dits « de pointe » couvrent la production d’électricité thermique (qui est plus impactante que la production
d’électricité nucléaire de base en termes de gaz à effet de serre, d’acidification, d’eutrophisation) et dans une moindre
mesure l’hydraulique (qui affiche en revanche des impacts moindres).
29
4-3 Approfondissements sur l’évolution de la batterie
Cette étude a été faite sur des véhicules électriques dont les caractéristiques (taille, masse,
puissance…) sont très proches des véhicules thermiques actuels. Une étude ciblée sur des
véhicules très légers, aux performances adaptées à la ville (accélération, vitesse max),
possédant soit une batterie de taille réduite pour le véhicule électrique soit un moteur
thermique adapté pour le véhicule thermique permettrait de comparer le potentiel des
technologies électrique et thermique, voire hybride, sur de telles utilisations, notamment
dans le cadre de services de mobilité.
Le développement de ces nouveaux services de mobilité peut également générer une
utilisation plus intensive des véhicules électriques permettant ainsi d’amortir la phase de
fabrication. Une évaluation complémentaire pourrait être nécessaire, notamment si ces
services font appel à de la recharge rapide, mode qui n’a pas été considéré dans l’étude.
30
L’ADEME EN BREF