Michel A.
Thérien
Terre de faïence
P O É S I E
Couverture :
Frédérique Riba Sarat
Terre de faïence
Technique mixte
(sténopé, encre, calligraphie), 2006.
TER R E DE FAÏENCE
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DU MÊME AUTEUR
Fleuves de mica, Éditions David, 1998.
Corps sauvage, Éditions David et Art le Sabord, 2000.
Première édition.
Eaux d’Ève, Éditions David et Art le Sabord, 2002.
L’aridité des fleuves, Éditions David, 2004.
J’écris à rebours, Éditions David, 2005.
Corps sauvage, Éditions David, 2007. Deuxième édition.
Du vertige et de l’espoir. Carnets africains, Éditions
David, 2007.
Traductions
The Wilderness Within/Corps sauvage, Borealis Press,
2005.
Cuerpo salvaje/Corps sauvage, Écrits des Forges et
Université nationale autonome du Mexique, 2006.
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Michel A. Thérien
Terre de faïence
Poèmes
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Les Éditions David remercient le Conseil des Arts du Canada,
le Secteur franco-ontarien du Conseil des arts de l’Ontario et la Ville
d’Ottawa.
En outre, nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du
Canada par l’entremise du Programme d’aide au développement de
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L’auteur remercie le Conseil des arts de l’Ontario et la ville d’Ottawa.
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives Canada
Thérien, Michel A., 1947-
Terre de faïence : poèmes / Michel A. Thérien.
(Voix intérieures)
ISBN 978-2-89597-112-2
I. Titre. II. Collection : Voix intérieures (Ottawa, Ont.)
PS8589.H4313T47 2009 C841’.54 C2009-902324-5
Sténopés : Frédérique Riba Sarat
Maquette de la couverture, typographie et montage :
Anne-Marie Berthiaume graphiste
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265, rue St-Patrick, Bureau A Télécopieur : (613) 830-2819
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[email protected] www.editionsdavid.com
Tous droits réservés. Imprimé au Canada.
Dépôt légal (Québec et Ottawa), 2e trimestre 2009
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Merci
à Christiane Melançon
et à Patrick Imbert
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Au Groupe des huit,
à Gérard et à Pierre
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Il faut savoir qu’imprégner le papier
d’une seule goutte d’encre n’est pas
une mince affaire : il faut que le cœur
se fasse immense et vide, sans plus
contenir un seul objet.
Li Rihua
xvie siècle
Tu fais route vers la vie.
Tu ne chemines pas vers la mort.
Pyramide de l’Ancien Empire
Texte 833 a-b
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Argile fissurée
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Silence
dans les sédiments
de la terre
son tumulte
en nos doigts
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Argile
L’argile fissurée
dans l’inexorable cri du monde
terre de faïence
brèves lumières d’orages
sur le mutisme d’un versant
notre liberté
parmi décombres
et champs de guerre
nous plantons ses arbres
sur les cendres de barbelés
leurs crêtes s’agitent
dans une vacuité féconde
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Passages
J’ai broyé le roseau
de nos nuits impavides
délesté l’instant
à la brisure des mots
j’apprivoise à corps rompu
les hautes-sphères de l’indicible
j’effeuille de l’intérieur
l’arbre qui m’écrit
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Désert d’eau
L’intangible abandon
et sa plainte viscérale
l’absence creusée
dans l’atmosphère
comme autant de trous noirs
le grand nord fond ses glaces
vers d’autres alchimies
nous sommes dans l’apesanteur
où le poids de la terre
ne nous supporte plus
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Marée noire sur Bali
Nous ne possédons plus
que l’espace
et nos regards entrebaîllés
sur la certitude du granit
qui attend
nous n’interrogeons plus
le miracle du pollen
mais le néant qui nous viole
de son mystère dans la stèle
de l’horizon
nous habitons un pays
qui ne nous abrite plus
pendant que la terre
se cherche un refuge
en nos paumes
une marée noire se déverse
sur Bali
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Mers
Débusquer le réel
jusqu’au dernier
gémissement de la terre
pénétrer les colonnes
du soleil à même la fragilité
poreuse du désert
la mort vit ici
ses odeurs
de sables bitumineux
dans l’air d’acier
tout autour la fissure
jusque dans les profondeurs
des mers
les mers atrophiées
les vestiges de nos passages
sur elles
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Hivernages
Montréal
et nos visages galvaudés
par ses pluies
sur l’enclume des vents
rien n’écarte la nostalgie
des ridules striant nos paupières
à peine ouvertes sur les forges
de nos bouches
nos regards
sur les outardes et les oies blanches
dans les battures des automnes
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Elles n’ont
que l’agitation de nos ailes
pour les transporter
ne laissent
que leurs plaintes affolantes
adieux sur la langueur
qui attend les hivernages
ailleurs
plus loin encore
que cette montagne où brûlent
des amas de vies perdues
jusqu’à nous
parmi les saisons des hauts-fonds
qui empoignent l’absence
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Dualité
Le soleil se déploie
dans le hasard
et les replis du destin
la charpente s’érige
dans la futilité des craintes
une à une conquises
une à une s’ouvrant
à la nuit de l’éclipse
où se croisent l’obscur
et une lumière sans fin
les deux en nous
dans la contrainte et le refus
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Fêlure
Il nous fallait marcher
dans l’ombre des cendres
dire l’instant venu
la déchirure du silence
qui jonche le sentier de l’éclair
sa lumière
comme des écailles
à nos chairs écorchées
une fêlure
à nos voix terreuses
pour écrire le friable
sur l’ardoise des continents
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Étreinte
Nous marchons en nous-mêmes
défroissés du vide et de son étreinte
redevenons ces galets de fleuves
de rivières parmi les sables
les joncs et les plages
l’immense a frayé en nos ventres
des matins nouveaux
naviguant à la dérive
dégorgeant de feu
dans la brèche du jour
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Le refuge des paumes
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En nos mains calleuses
le talus des mots
métamorphoses fragmentées
des arbres et des ombres
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Filigrane
Les mots en filigrane
tous ces chemins creusés
dans les lignes de nos mains
rivières et fleuves
cherchant l’immensité
du corps et son poème
écrit à l’usure du sang
les mots suivent le rythme
creux de la calebasse
leur cadence lourde légère
un battement
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Rien
un battement
dans l’acuité de l’instant
sur une terre de faïence
devient bruit
au creux de la main
qui écrit
refuge où le vide
est présence
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Rien
seulement ce lieu où le mot
devient battement
à l’entendre
l’immensité
laisse couler l’eau
des fleuves aux mers
dans le refuge des paumes
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Seul
l’inaltérable battement
dans le littoral du corps
sonorité palpable
où une main tendue
tordue par la souffrance
défie les tourbillons tièdes
de l’anéantissement
les mots insensés des voûtes
leurs sédiments de roc
et leurs bourrasques nocturnes
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Des mots écrits par effraction
arrachés au corail fossilisé
de nos origines
mots au sexe doux
sans embûche ni trajectoire
ni naufrage
mots en amont des émeraudes
et des semences galactiques
mots crachés par les chiens
derrière les grilles rouillées
de la terre en exil
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Instant fragmenté
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L’instant se fige
à nos paupières
nous rend le pouls
de la pierre
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Instant
L’envoûtant
l’exaspérant instant
jamais le même parcours
jamais le même arrivage
depuis le souffle en soi
notre seule raison
ou folie
celle d’y consentir
de l’aimer
jusqu’à brûler les chaînes
de ses révoltes en nos poitrines
pour mourir à chaque mot
afin que chaque mot par lui
soit sans fin
dans le désenchantement
de la terre de faïence
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En son parcours
de méandres de sable
de sel de limon
de feuilles broyées
et mortes de vie
il creuse son lit
dans la constante métamorphose
de la lumière et de la beauté
et la peur qu’elles cessent d’exister
l’instant du poème
une tache d’encre
sur le vide du monde
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Béance
Il y a aussi ce lieu
où appréhender l’instant
est déjà écrire son destin
un lieu apprivoisé
où nous débusquons
l’inconnu
confrontons toute croyance
abritons le rêve
l’instant
pour conférer aux mots
le superbe et le rebelle de nos nuits
sachant que l’ombre est toujours
le double de la lumière
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Le poème
parcelle de l’instant éclaté
fusion entre la pensée
l’âme
ce qu’il en reste
dernière lueur
de la braise mourante
en nos cendres
la nuit
seules les couleurs dorment
jamais le noir et le blanc
où l’écriture se crée
béance de tous les instants
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Ellipse
Fumerolles de silence
où l’instant s’effrite
ici
brûlent
sulfures incessants
une aimance
subtile de l’inachevé
perpétue le désir
dans la vacuité
s’écrase
sous le poids des solitudes
au seuil de
rien
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Silence
Plutôt le silence du vide
que le vide du silence
l’absence
dans les contrepoids du jour
ce lieu où la frénésie urbaine
s’effondre se désintègre
dans le mouvement de
rien
ainsi
meurent les mots mépris
guerre génocide suicide faim sida
souffrance esclave holocauste
nègre terroriste kamikaze
viol américain
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Rien
Un lieu où la plénitude
prend naissance sur l’instant ténu
d’un souffle intérieur
méconnu
l’invisible ouverture
sur l’immensité d’un désert
que nous portons en nous
le silence
dans l’absence d’une architecture
d’une forme ou d’une question
ni temple ni sanctuaire ni vocable ni prière
seulement le mot dépouillé
la naissance de rien
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Enclaves
Ces lieux où la vérité
est le vide habité
par nos consciences
personne
pour la posséder
colombe aux ailes d’or
sur un fond d’obscurité
le jour la transperce
dans l’aisance placide
de la lumière tamisée
de l’indicible
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Les penseurs
en ont l’avide propension
les poètes
chantent sa parole onirique
scandant la résonance
de ses pulsions les plus lointaines
les plus sauvages
les dieux la possèdent
quelque part
de l’autre côté de la lune
là où l’opacité
fait nuit à l’intelligence
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Notre acharnement pour elle
traîne des carcasses
dans les sillons de la nuit tombante
sur une terre de faïence
son écho trouble nos os
dans un instant de frayeur
et d’écorchures
sur les récifs du chaos
pourtant
l’instant de vérité chante
la précarité du souffle
dans le refuge d’une paume
perdue
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Effritement
Par les nuits de grandes traversées
aurons-nous perdu le goût des cimes
l’escalade vers d’autres sphères
plus lumineuses encore
le jour était en nos mains
comme l’effritement de l’instant
que l’oubli bascule
dans la chair blanchie
des saisons
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Nous avions la fragilité
de l’abandon
au bord des lèvres
les bras vides mais lisses
de l’étreinte cachée
dans les hautes voltiges
d’un muscle tendu
nous étions
au balancier du monde
suspendus
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Le poème viscéral
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Poème
étreinte de la terre
en nos gestes
au tranchant de la violence
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Le sacre de l’eau
La mer
réapprendre son immensité
quelque part
entre le roulement de l’eau
et le battement de la terre
apercevoir de la plage
le mouvement assidu
de l’avenir insoumis
dans la chute de l’oiseau
par-delà l’homme si petit
rendu inutile à lui-même
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Dans la revanche de l’arbre
asséché de ses sèves
sentir le feu du sable
sous nos pieds
comme autant de vide
de présence
et laisser la vague les emporter
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Lettre
Voraces
les mots qui brûlent
en toi
nos gestes s’entrechoquent
écrivent la chair calcinée
de la conscience qui nous a taillés
du même arbre
couverts de la même écorce
et nourris de la même sève
nos sexes suspendus
dans la vacuité de l’espace
nos yeux greffés
sur une même page blanche
parmi les taches rougies
du sang juré de nos passages sur elle
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Tes mots
se fendent à mon socle
du haut d’un promontoire
d’où le poème
s’extirpe plonge et plane
dans une liberté d’oiseaux
d’ailes et d’envols
pour échapper
aux mortiers métalliques
d’une cage
et doucement aller mourir
dans l’apesanteur
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Failles
Ton corps
au tranchant de la terre
son aorte en péril sous les lames mutilées
de l’inceste violence tatouée à ta peau
sous les balafres des couteaux et des aiguilles
tu transmues l’esthétisme des miroirs
aux reflets sanguins
ton corps percuté lapidé
et dans chaque brisure de la peau
chaque petite faille
au rasoir d’une autre folie
tu enfouis la blessure
dans un néant que tu n’as pas choisi
tu portes des anneaux à la pointe des seins
comme à tes lèvres
tu les portes au sommet du monde
et tu greffes ta souffrance à mon front
à mes yeux déjà crevés de la blessure
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Poème en friche
Je marche
dans l’apesanteur
sur des clous de lumière
je les bois comme la mer
dévore ses fleuves
mon cœur
est un coquillage sans muscle
que la vague déverse dans l’épave
s’allonge dans l’avoine
et le foin des plages
où meurt le soleil
pourtant
je marche toujours vers toi
dans la dérive et le ressac
je m’arrache à toi
comme à ce poème
que tu as laissé en friche
et que la poésie attend
dans les étangs gisants
de l’absence
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Primitif
L’odeur de l’isolement
dans la pièce sans heure
ton artère exsangue
ta chair de fatigues
ta hargne de vases clos
ton corps fêlé au lieu sacré
de son cri primitif
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Anémones
Et nous partons
les jours de grandes mouvances
aspirés par les crues du désir
fuyant les regards
qui exacerbent la nuit
nous rompons les parois du jour
déchirons la vie et ses trahisons
en nos poitrines
nous nous laissons dormir
dans la nudité mauve des anémones
derniers sursauts de beauté
cueillis à chaque gémissement
de la terre de faïence
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La nuit était en nous
comme des brins de poussière
des cendres de lumière mauve
et j’enfouis dans mes poings
serrés contre l’oubli
les fossiles de nos deux corps
embrasés
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Alvéoles
Le travail de l’ongle
dans le givre de la fenêtre
et l’ossature des mots
prend forme
nous ne quittons plus la maison
nous habitons ton corps de silence
sculpté dans le cristal glacé
la lumière s’étiole sur les carreaux
et nos doigts se croisent
dans les alvéoles secrètes
de nos écritures
et nous regardons
l’alchimie de la blessure
dans la fissure du jour
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La nuit intenable
Suinte la nuit intenable
dans l’éclosion vibrante d’une chambre
des ombres dans l’embrasure
se calquent à l’encre de la flamme
quelques mots dans les rainures du bois
un craquement dans la voix
le froissement des corps ruisselle
dans l’heure brève inachevée
l’enclos des mains se referme
sur un balbutiement dans la paroi des seuils
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Amour
L’attente
comme une césure dans le battement
et le souffle qui dispense la vie
dans l’abondance insouciante du vertige
le heurt hallucinant de la blessure
dans les pores du bas-ventre
voici l’heure venue de l’émergence
où le corps devient affluent de l’autre
des feux de forêts dans le sang
des pierres dans les muscles
et l’odeur sauvage d’un désir innommable
l’amour est une violence qui étreint
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Frontières
Soudain le souffle vulnérable
aux frontières du corps
des phrases coulent dans les ruelles léchées
par les chats de gouttières
des brisures de bleu dans le sombre du ciel
un vortex de lumière à nos poings
l’indolence limpide des mots
perce nos chairs
pourtant nous aimions à pierre fendre
sur le roc fissuré de la terre
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L’aube dénudée
Nous sommes dans le nu
de l’aube
sa transparence comme unique lieu
de nos paumes
dans la croisée des années
amarrées entre nos doigts
la nuit fuit
cherche la pérennité
de l’instant
insoumis et tranquille
je t’attends sur une autre rive
un autre bout du monde
où encore se rencontrer
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Lieux intérieurs
(Épilogue)
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J’effeuille de l’intérieur
l’arbre qui m’écrit
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Horizon
Nous avançons dans les forêts
mûres du fruit
où nos blessures ne sont plus
que des mots inédits incendiant
nos pupilles
la juste lumière abonde
dans les collines
parmi l’odeur de l’écorce
et de vies triturées
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Lieux intérieurs
La terre intérieure
suit le courant des sources
s’arrache à la terre de faïence
boit en son sein les glaciers en fonte
terre intérieure
où je tue tout ce qui nous tue
je nous broie et nous brûle
jusqu’aux cendres du mensonge
qui nous a trompés quand nous dormions
les yeux clos sur l’amour
terre intérieure
où j’habite nu notre nudité
j’embrasse le fer mauve
de nos lèvres et notre chair blanchie
d’autant de noirceur
je tue en nous tout ce qui nous tue
et au petit jour j’irradie toute vie extérieure
pour qu’au soleil levant
le soleil se lève encore
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Dédicaces
Hivernages, à Suzanne Paris
Dualité, à Nancy Houston
Filigrane, à François Cheng
Enclaves, à Anne Hébert
Le sacre de l’eau, à Jean-Bernard Pontalis
Poème en friche, à Amadou Lamine Sall
Anémones, à René Char
L’aube dénudée, à Hubert et à Andrea
Horizon, à Sylvie Germain
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Table
Argile fissurée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
Le refuge des paumes. . . . . . . . . . . . . . . . 29
Instant fragmenté. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
Le poème viscéral . . . . . . . . . . . . . . . . . . 57
Lieux intérieurs (Épilogue). . . . . . . . . . . . 77
Dédicaces. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 85
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LES ÉDITIONS DAVID
VOIX INTÉRIEURES
Collection dirigée par Marc Pelletier
Antoine, Yves. La mémoire à fleur de peau, 2002.
Beaulac, Guy. Nord-Sud, 1999.
Bérubé, Sophie. La trombe sacrée, 2002.
Blanchet, Michèle. Sous la lampe-tempête, 2008.
Brunet, Jacques. Accords et cris. Jeux de mots, 1995.
Carducci, Lisa. Pays inconnu / Paese sconosciuto, 2002.
Charlebois, Éric. Péristaltisme. Clystère poétique, 2004.
Charlebois, Éric. Centrifuge. Extrait de narration.
Poésie faite de concentré, 2005.
Charlebois, Éric. Cinérite. Fertilité des cendres ou
Tradition du mouvement, 2006.
Charlebois, Éric. Circa trices, 2008.
Christensen, Andrée, et Jacques Flamand. Que
l’apocalypse soit ! Chants nouveaux de la Sybille,
2000.
Cossette, Marcil. Sur le parvis des nuages, 2009.
Deschênes, Marjolaine. L’étreinte ne sera plus fugace,
2007.
Dorval, Jean, et Daniel Gagné. La Trilogie échiquéenne,
2004.
Duhaime, André. d’hier et de toujours, 2003.
Estigène, Eugène Benito. Mémoire d’une nuit à genoux,
2001.
Forget, Carole. Elle habite une metropolis, 2002.
Jean, Stéphane. Poisons obscurs, 2001.
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Jean, Stéphane. Cortège mémoire, 2002.
Jeaurond, Gaétan. Pays en palabres perdus, 1996.
Lacombe, Gilles. Blancs gris et noirceurs, 1996. Épuisé.
Lacombe, Gilles. Les petites heures qui s’avancent en
riant, 1998.
Lacombe, Gilles. Le brouillard au-dessus de la douceur,
1999.
Lalonde, Lucie. Icônes, 1999.
Lavallée, Loïse. Une faim de louve. Cantiques charnels,
2000.
Major, Jean-Louis. Antifables, 2002.
Milat, Christian. Douleureuse aurore, 2006.
Morin, Danyelle. Cante Jondo, 2003.
Motard, Chantal. Les enfarges du temps, 2005.
Muir, Michel. Les armes convoitées du cœur. Suite
poétique, 1994. Épuisé.
Muir, Michel. Carnets intimes — 1993-1994, 1995.
Épuisé.
Muir, Michel. L’inépuisable tremblement des vivants,
2000.
Ouellet, Marie-Belle. Un peu de ciel au bout d’une
corde, 2006.
Pelletier, Louise de gonzague. Errances poétiques,
2004.
Pelletier, Louise de gonzague. Rêves inachevés, 2007.
Perrot-Bishop, Annick. Femme au profil d’arbre, 2001.
Perrot-Bishop, Annick. En longues rivières cachées,
2005.
Pierre, Claude C. Débris d’épopée…, 2004.
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Pleau, Michel. La lenteur du monde, 2007. Deuxième
tirage, 2008.
Raimbault, Alain. L’absence au jour, 2002.
Raimbault, Alain. Partir comme jamais, 2005.
Richard, Lyne. La patience des cerfs-volants suivi de Le
bruissement des cendres, 2007.
Richard, Lyne. Marcher pieds nus sur nos disparitions,
2009.
Savoie, Paul. Crac, 2006.
Thérien, Michel A. Fleuves de mica, 1998.
Thérien, Michel A. Corps sauvage, 2000. Épuisé.
Thérien, Michel A. Eaux d’Ève, 2002.
Thérien, Michel A. L’aridité des fleuves, 2004.
Thérien, Michel A. J’écris à rebours, 2005.
Thérien, Michel A. Corps sauvage, 2007. Nouvelle
édition.
Thérien, Michel A. Du vertige et de l’espoir. Carnets
africains, 2007.
Thérien, Michel A. Terre de faïence, 2009.
Voldeng, Évelyne. Brocéliande à cœur de neige suivi de
Mon herbier sauvage, 2002.
Zalitis, Dominique. Entre les murs de la Baltique, 2007.
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Imprimé sur papier Silva Enviro
100 % postconsommation
traité sans chlore, accrédité Éco-Logo
et fait à partir de biogaz.
Achevé d’imprimer
en mai 2009
sur les presses de Marquis Imprimeur
Cap-Saint-Ignace (Québec) Canada
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JEAN-MARC CARISSE
Michel A. Thérien consacre
tout son temps à la poésie.
Ses recueils ont, tour à tour,
reçu diverses reconnaissances.
Poète de l’ellipse, il construit
son oeuvre dans le silence,
matière première du poème.
Terre de faïence est son septième
livre aux Éditions David.
le grand nord fond ses glaces
vers d’autres alchimies
nous sommes dans l’apesanteur
où le poids de la terre
ne nous supporte plus
La Terre. Impossible de dire son nom sans
souffrir avec elle.
Pourrons-nous un jour lui inventer des
frontières moins meurtrières, loin des versants
de la violence ? Rendre aux rivières des eaux
plus limpides venues de sources si loin en soi ?
L’aimer jusqu’à la cicatrice ?
Terre de faïence respire la ferveur de
l’abandon et du désir, tient parole en nous,
de son premier souffle à son dernier mot.
VOIX INTÉRIEURES