Memoire Merveille Tiba Radjabu Fin (Réparé)
Memoire Merveille Tiba Radjabu Fin (Réparé)
B.P. 127
Département d’Anthropologie
KINSHASA/LEMBA
Par
TIBA RADJABU Merveille
Diplômé d’Etat
Option : Anthropologie
Année–Académique 2023-2024
i
SIGLES ET ABREVIATIONS
UA : Union Africaine
ÉPIGRAPHE
DÉDICACE
A mes chers parents, Maman ARIDJA MULUMBI Élisabeth et mon défunt père RADJABU
AMISI ;
A mon cher oncle DJAFARI Ibrahim ;
A toute la famille (sœurs, frères, tantes, grands-parents, cousins et cousines, oncles, etc.) ;
À vous tous, je dédie ce travail, fruit d’abnégation et de la détermination.
REMERCIEMENTS
Le travail que j’ai l’honneur de présenter ce jour, n’est pas seulement le fruit de nos efforts
personnels ; il résulte de la communauté d’efforts conjugués à des multiples dimensions par les uns
et les autres pour qu’il se matérialise.
J’ adresse mes sincères remerciements à tous les intervenants et toutes les personnes qui, par
leurs paroles, leurs écrits, leurs conseils et leurs critiques ont guidé mes réflexions et ont accepté de
me rencontrer et de répondre à mes questions durant nos recherches de terrain.
Je remercie ma très chère mère et mon cher oncle DJAFARI Ibrahim, qui ont toujours été
là pour moi émotionnellement et financièrement. Je remercie mes chers pères Omari Assani et
Ngongo, mes sœurs Infante, Dorcas, Naomi, Winnie, Espérance, Gloria, Jeanne, Taslima et mes
frères, ONU, Junior Morisho, Ibrahim et Thierry, mes multiples tantes maternelles Rahma, Zuena,
Fatuma, Zizine, et mes oncles Mahmud, Abdoul Karim, Omari, Junior kina, Didi ONU, Papy, Issa
pour leurs encouragements. Je remercie mon beau-frère Serge KAZUNGU pour ses
encouragements et ses prières.
Enfin, je remercie mes ami-e-s et camarades de promotion Valérie, Jireh, Cathy, Charles,
Plamedi, Aurélie, Barnest, Daniel, Azenge, Cédric, Mariam Lavie, Iwoso et patient qui ont toujours
été là pour moi. Leur soutien inconditionnel et leurs encouragements ont été d’une grande aide.
A vous tous qui, de près ou de loin, avez soutenu la réalisation de ce travail, trouvez ici
l’expression de ma profonde reconnaissance.
INTRODUCTION GENERALE
1
Giorgio Blundo et Jean-Pierre Olivier de Sardan, « La corruption quotidienne en Afrique de l’Ouest », In : Politique
africaine, N°38-Octobre 2001, p.9.
2
Bourdieu, P., La distinction : critique sociale du jugement, Paris, Minuit, 1979, p.87.
3
Giorgio Blundo, « Décrire le caché. Autour du cas de la corruption », In : Giorgio Blundo et Jean-Pierre Olivier de
Sardan, Pratiques de la description, Paris, 2003, p.75.
4
Olivier de Sardan,J.P. « L’économie morale de la corruption en Afrique », In : Politique africaine,1996/n.63, p.97.
2
situation de gouvernance, des interactions entre les services publics et leurs usagers. Cela contribue
évidemment à réintégrer la corruption dans un ensemble de pratiques quotidiennes ordinaires.5.
En effet, les dernières enquêtes menées par l’OSCEP en 2019 renseignent qu’en
RDC, sept transactions sur dix sont entachées des pratiques de corruption. La frange de la
population la plus touchée par les méfaits de la corruption est composée des jeunes et des
femmes. Etant les plus vulnérables, ils voient leurs aspirations légitimes d’accès aux bonnes
études, aux emplois décents et aux meilleures conditions de vie s’envoler. L’abondance
d’initiatives anti-corruption explique, en grande partie, la prise de conscience de notre pays
face à ce phénomène. Pour s’en convaincre, la RDC n’a jamais dépassé le cap de 2.3/10
sur l’échelle des pays perçus comme les plus corrompus de la planète. Le dernier rapport
de Transparency International, de 2021, place la RDC à la 169ème position sur 180 pays
examinés, avec un indice de perception de la corruption de 1.9/10, soit le 11ème pays perçu
comme le plus corrompu au monde. Pour endiguer ce fléau, plusieurs tentatives ont été
menées mais sans résultats escomptés. En l’absence des lois spéciales anticorruption, la
lutte contre la corruption, privée d’ancrage politique nécessaire, a continué à être menée
avec un cadre légal non adapté6.
5
Giorgio Blundo et Jean-Pierre Olivier de Sardan, « La corruption comme terrain. Pour une approche socio-
anthropologique », In : Monnayer les pouvoirs : Espaces, mécanismes et représentations de la corruption, Genève :
Graduate Institute Publications, 2000, pp.21-46.
6
APLC, Stratégie National de lutte contre la corruption 2022-2026, 2023, p.31,32.
3
L’éducation est souvent perçue comme un moteur essentiel pour le développement durable
et la réduction de la pauvreté. Cependant, en RDC, l’accès à une éducation de qualité reste un
objectif difficile à atteindre. Un nombre alarmant d’enfants ne parviennent pas à accéder à l’école.
Les infrastructures éducatives sont souvent inadéquates, avec des bâtiments en mauvais état, un
manque de matériel didactique et des conditions d’apprentissage peu propices.
En outre, la formation des enseignants est souvent insuffisante, ce qui nuit à la qualité de
l’enseignement dispensé. Les inégalités de genre constituent un autre défi majeur. Les filles, en
particulier, rencontrent des obstacles supplémentaires qui limitent leur accès à l’éducation. Les
mariages précoces, les attentes culturelles et les responsabilités domestiques pèsent lourdement sur
leur parcours scolaire. Les disparités persistantes continuent de freiner leur scolarisation. Les écoles
publiques sont souvent surchargées7. La corruption et les pratiques non éthiques dans le système
éducatif aggravent la situation. Ces problèmes de gouvernance publique compliquent encore
davantage la mise en œuvre de réformes nécessaires pour améliorer l’éducation.
Pour analyser empiriquement les éléments les plus significatifs de ce phénomène dans la
gouvernance publique du secteur de l’éducation, qui n’est pas le fait des seuls agents de l’Etat, mais
résultant des interactions entre les principaux acteurs (élèves, parents, enseignants, administratifs,
chefs d’établissement, bureaux gestionnaires, inspecteurs, haut-fonctionnaires, ministères), nous
avons choisi pour thème : « Essai de socio-anthropologique politique des pratiques corruptives
quotidiennes dans le système éducatif congolais. Cas des Humanités dans le quartier Kimwenza ».
7
Unesco. (2021), « Rapport mondial de suivi sur l’éducation » ; ; Human Rights Watch (2019), « Education en danger :
la corruption dans le système éducatif en RDC », consultés respectivement le 02 novembre, le 03 novemebre et le 05
novemebre 2024.
8
Giogio Blundo et Jean-Pierre Olivier de Sardan, Op.cit, p.21.
4
2. Problématique
En RDC, l’Education a toujours été une priorité nationale et est considérée comme un
service public assuré principalement par l’Etat. Ce qui suppose donc l’existence d’un système
éducatif qui est un ensemble d’actions entreprises et encadrées par des règles dans la délivrance .
Pour évaluer la pertinence d’un système, on se focalise sur son « produit ». Actuellement, on
s’accorde à dire que le « produit » du système éducatif congolais est de moindre qualité. En cause,
les pratiques corruptives et logiques des acteurs éducatifs qui contrastent avec les normes
officielles en la matière.
Dans quelques écoles du quartier Kimwenza enquêtées à titre exploratoire, tous les acteurs
éducatifs affrontent quotidiennement les affres de la corruption : des élèves et des parents qui se
rapprochent des enseignants , des administratifs et des chefs d’établissement, dans le souci d’obtenir
des notes fallacieuses, voire d’avoir une gratification ou accéder à un niveau supérieur non mérité.
Ces écoles sont le théâtre de pratiques corruptives qui compromettent non seulement la qualité de
l’éducation, mais également l’équité d’accès aux ressources éducatives. Dans ce quartier où les
9
Kibanda Matungila et alü, « Le monstre appelé corruption », In : Le Programme d’éducation civique, 2005, N.2,p.2.
5
écoles privées comme publiques jouent un rôle crucial dans la formation des jeunes, la corruption
s’ est enracinée dans le fonctionnement quotidien des établissements scolaires. Les écoles privées,
censées offrir une éducation de qualité, et souvent considérées comme des alternatives aux
établissements publics surchargés et mal financés, ne sont pas exemptes de pratiques corruptives qui
10
compromettent la confiance des parents et des élèves envers le système éducatif . Les
manifestations de la corruption dans ces écoles sont variées et incluent la vente des notes et des
épreuves, la fraude, le favoritisme, le trafic d’influence, le pot de vin, falsification des bulletins,
ainsi que la manipulation des résultats d’examen et le détournement de fonds.
Au quotidien, tous les acteurs s’adonnent à ces pratiques corruptives. Il n’est pas rare que
des administratifs demandent des sommes d’argent pour des services qui devraient être gratuits, ou
que des enseignants acceptent des pots-de-vin pour donner des notes plus élevées. Ces
comportements ne sont pas seulement illégaux, mais ils dévalorisent également l’éducation et créent
un climat d’inégalité parmi les élèves11. Les élèves qui travaillent mal vont voir les enseignants pour
qu’on améliore leurs notes, et comme ça ils ne se font pas gronder par les parents. Les trucs comme
l’annulation des heures d’absence pour l’argent existent aussi fréquemment. Parfois, les élèves sont
souvent contraints de payer des frais supplémentaires pour des services qui devraient être couverts
par l’État, ce qui renforce les inégalités12. Ces élèves cherchent à obtenir des avantages illégitimes
pour réussir dans un système éducatif qu’ils perçoivent comme injuste. De même, les parents,
désespérés de voir leurs enfants réussir dans un système éducatif perçu comme défaillant, peuvent
encourager ces comportements, pensant que cela est nécessaire pour garantir un avenir meilleur
pour leurs enfants. Les parents et les élèves se heurtent ainsi à des pratiques telles que le
favoritisme, les pots-de-vin pour l’admission et la fraude aux examens, qui sapent la confiance dans
le système éducatif. Les administratifs, souvent motivés par des objectifs financiers, adoptent
souvent des comportements corrompus, croyant maximiser les revenus de l’établissement.
10
Institut National de Statistique (INS). (2021). « Rapport sur l’analphabétisme et l’éducation en RDC ». Consulté le 7
novembre 2024.
11
Transparency International (2022). « Corruption dans le secteur éducatif en RDC : un rapport d’analyse ». Consulté le
7 novembre 2024.
12
Ibid.
6
montants. Dans leurs pratiques courantes, certains enseignants interpellent les élèves en leur
exigeant de l’argent ou un service quelconque, condition pour attribuer des notes arbitraires et par
là, contribuer à la mauvaise formation de ces élèves. Chacun à son niveau se trouve obligé de le
faire dans une discrétion parfois totale, pour sauver les apparences.
Pourtant, les conséquences de ces pratiques sont réelles et ont pour noms baisse de niveau,
perte de crédibilité des formations et des diplômes scolaires.. Lorsque des élèves obtiennent des
diplômes sans avoir acquis les compétences nécessaires, cela crée un environnement où le mérite et
l’effort personnel sont éclipsés par ces pratiques.
Cette situation engendre une perception négative du système éducatif, où les parents
commencent à douter de la valeur de l’éducation dispensée. Cela entraîne un désengagement de
certaines familles vis-à-vis de l’école formelle, et certains parents peuvent même choisir de retirer
leurs enfants du système éducatif formel, préférant les inscrire dans des programmes non formels ou
des formations alternatives. Les acteurs impliqués dans ces pratiques sont variés et incluent des
administrateurs, des enseignants et des élèves. Somme toute, la corruption en milieu scolaire influe
sur l’accès à la ressource éducative, la qualité du système éducatif et l’équité même du système
éducatif. La qualité des enseignements-apprentissages ainsi que l’image générale de l’école
congolaise s’en trouvent entachés et compromis. Tout ceci contre les bonnes pratiques
pédagogiques et la bonne délivrance du service public éducatif de qualité ; bref, contre bonne
gouvernance publique.
En nous basant sur ce qui précède, notre problématique tourne autour de la question
principale suivante : Comment se manifeste la corruption dans le système éducatif congolais, plus
particulièrement dans les humanités au quartier Kimwenza , et que faire pour y mettre fin ou en
réduire l’ampleur ? Cette question principale appelle trois questions secondaires, à savoir :
- Quelles sont les pratiques corruptives récurrentes aux humanités, leurs causes et
conséquences ?
- Quelles sont les acteurs qui sont impliqués, leurs raisons et stratégies ?
- Comment combattre la corruption dans le milieu scolaire et avec quels moyens ?
3. Objectifs de l’étude
L’intérêt scientifique de notre sujet est que la « corruption » est devenue un objet d’étude
légitime pour les sciences sociales, non pas en des termes normatifs, mais comme un « phénomène
social » en s’attachant en décrire les formes, les processus et les légitimations du point de vue des
acteurs13. C’est en raison de son ubiquité à la fois spatiale et temporelle, que la corruption offre un
terrain de recherche intéressant : c’est une « entrée » dans des sujets plus vastes ; elle est intégrée à
une socio-anthropologie politique de l’Etat, de ses « appareils » et de ses agents. Elle débouche
ainsi sur une socio-anthropologie des interactions entre les prestataires des services publics de
l’éducation et les usagers . Cela contribue à réintégrer la corruption dans un ensemble de pratiques
ordinaires
13
Jean-Pierre Olivier de Sardan, « L’économie morale de la corruption en Afrique », In : Politique africaine, 1996,
p.98.
8
5. Délimitation du sujet
6. Méthodes et techniques
Notre démarche de recherche s'est appuyée sur une méthodologie qualitative, en suivant une
série d'étapes permettant d'assurer la rigueur de la recherche: identification de l'objet de la
9
recherche, collecte des données, analyse et traitement des données. Plusieurs techniques de la
recherche documentaire et de l’approche socio-anthropologique ont été mises à contribution, à
savoir : 1) l’examen des sources écrites ; 2) l’observation participante ; 3) les entretiens semi-
directifs , 5) le focus-groupe et 6) les études de cas . Après description et reconstruction de cas,
nous avons procédé à l’analyse de contenus des corpus, à l’analyse causale des pratiques
corruptives et à l’analyse stratégique des conduites des acteurs impliqués.
7. Subdivision du travail
Outre l’introduction et la conclusion générales , ce modeste travail comprend deux chapitres.
Le premier chapitre est consacré aux cadres conceptuel, théorique et empirique. Le deuxième
chapitre présente, analyse et discute les résultats.
10
Selon les tenants de la « théorie de pratiques14 », une pratique « est un type de comportement
routinisé qui consiste en plusieurs éléments interconnectés entre eux : des formes d’activités
corporelles, des formes d’activités mentales, des « choses » et leur usage, des connaissances de base
constituées de compréhension, savoir-faire, états émotionnels et motivations15 ».
Les pratiques quotidiennes sont des actions régulières qui structurent la vie quotidienne,
influencées par les normes culturelles et les conditions socio-économiques. Elles évoluent avec le
temps et reflètent les dynamiques sociales et les structures de pouvoir.
14
Sophie Dubuisson-Quellier et Marie Plessz, « La théorie des pratiques », Sociologie [En ligne], N°4, vol. 4 | 2013,
mis en ligne le 28 janvier 2014, consulté le 15 novembre 2024.
15
Reckwitz A. (2002), « Toward a theory of social practices : A development in culturalist theorizing », European
Journal of Social Theory, vol. 5, n° 2, 2002, p. 249.
16
Lopez H, Le pleurer-rire , Paris, Présence africaine, 1982, p. 138.
11
Les « normes pratiques » sont des comportements, qui caractérisent la plupart des agents de
l’État. Les fonctionnements des services des États en Afrique en général se base sur les modalités
clientélistes, corruptibles, etc. Ces derniers évoquent « un certain système de gestion des affaires
publiques, de délivrance des services publics et d’interactions entre agents de l’État et citoyens,
autrement dit un certain mode de gouvernance, placé, chacun le sait, sous le signe de l’informel, de
l’enrichissement et des détournements, du copinage et des réseaux » 17 . Telles sont les réalités
desdites sociétés, dominées par des pratiques informelles.
Quant aux normes officielles, retenons avec Olivier de Sardan qu’ « elles ne se réduisent pas
aux lois ou aux règles juridiques. Il peut s’agir, selon l’auteur, des conventions particulières, de
règlements locaux, de procédures administratives ou professionnelles. Dans le champ de l’action
publique ou des pratiques professionnelles, poursuit-il, elles sont nécessairement formalisées ou
codifiées, et expriment des prescriptions, un mode d’emploi ».
Achille Mbembe soutient que ‹‹ les États africains sont profondément marqués par les
héritages des pratiques et institutions coloniales. Il examine également la manière dont le pouvoir
est exercé et consolidé, en soulignant les pratiques de prédation et de corruption qui sont désormais
partie intégrante du quotidien ».18
J-P. Olivier de Sardan, « A la recherche des normes pratiques de la gouvernance réelle en Afrique », In
17
20
J.-P. Oliver de Sardan, Op.cit., p.100.
21
BAYART F, (1989), L’Etat et l’Afrique. La Politique du ventre, Paris, Fayard, p.45.
22
J. S. Nye, 1967, « Corruption and political development. A cost-benefit analysis », American Political Science Review, 61 (2), p. 417-427.
23
Hallak, J. et Posson M., Ecoles corrompues, universités corrompues : que faire ?, Archive Paris, IIEP-UNESCO, p.9.
24
https://transparencymaroc.ma/wp-content/uploads/2019/12/Barom%C3%A8tre-mondial-de-la-corruption-2009-
01.pdf. Consulté le 24 novembre 2024 à 18h00'.
13
Pour étudier les formes, stratégies et logiques corruptives en contexte congolais, nous
reprenons le tableau-synthèse proposé par Joseph Indeka aux apprenants en Anthropologie politique.
.
3.Stratégies corruptives 1) Les investissements corruptifs : donner de « cadeaux anticipateurs » plaçant le bénéficiaire en
quelque sorte en position de dette symbolique ;
2) La construction des relations pérennes : relations sociales stabilisées de type clientélistes par un
échange de services et faveurs ;
3) La recherche de l’enrichissement rapide ;
4) Les mutualisations de la corruption : être solidaire dans la pratique corruptive ;
5) La manipulation des registres normatifs et réglementaires : par des sanctions et pratiques illicites ;
6) La stratégie discursive : en recourant aux capacités rhétoriques, une ressource capitale de
marchandage.
5. Les logiques sociales et a) le pluralisme normatif ; b) l’échange généralisé des services et « la personne avant l’institution
culturelles de la corruption (capital relationnel) ; c) l’intermédiation et le courtage (les intermédiaires) ; d) les cadeaux incessants,
l’ostentation, la surmonétarisation (mettre la main à la poche) ; e) le coût social de l’intégrité ; etc.
Source : « Tableau-synthèse sur la corruption », adaptation de Joseph Indeka (2021 ) à partir de « Economie morale de la corruption en
Afrique » ; « La corruption quotidienne en Afrique de l’Ouest » ; « Sémiologie de la corruption » ( Blundo et Olivier de Sardan).
14
25
KOUROUMA A, En attendant le vote des bêtes sauvages, Paris, Seuil, 1998, p. 178.
26
https://upac.gouv.qc.ca/prevention. Consulté le 29 mai 2024 à 12h05'.
15
La Province éducationnelle désigne une entité administrative au sein d'un pays qui est
responsable de la gestion et de l'organisation du système éducatif dans sa région. Elle joue un rôle
crucial dans la mise en œuvre des politiques éducatives, la supervision des établissements scolaires,
et l'allocation des ressources nécessaires à l'éducation. Dans une province éducationnelle, on trouve
généralement des écoles publiques et privées, des collèges, des lycées et parfois des institutions
d'enseignement supérieur. Les autorités provinciales sont responsables de la définition des
programmes scolaires, de la formation des enseignants et de l'évaluation des performances des
élèves. Les provinces éducationnelles peuvent également être impliquées dans des initiatives visant
à améliorer l'accès à l'éducation, à réduire les inégalités et à promouvoir des pratiques pédagogiques
innovantes. Elles collaborent souvent avec des organisations locales, des ONG et des partenaires
internationaux pour renforcer la qualité de l'éducation. Les défis auxquels ces provinces peuvent
faire face incluent le manque de ressources, les disparités entre les zones urbaines et rurales, et la
nécessité d’adapter les programmes aux besoins spécifiques de la population locale. En somme, la
province éducationnelle est un acteur clé dans le développement et l’amélioration du système
éducatif à l’échelle régionale.
Le milieu scolaire désigne l'environnement dans lequel se déroule l'éducation des élèves.
Il inclut les établissements scolaires, tels que les écoles primaires, les collèges et les lycées, ainsi
que les interactions entre les élèves, les enseignants et le personnel éducatif. Le milieu scolaire joue
un rôle crucial dans le développement des élèves, tant sur le plan académique que social. Il est
composé de plusieurs éléments, notamment la classe, les installations (bibliothèque, laboratoires,
terrains de sport), et les relations interpersonnelles. Un bon milieu scolaire favorise l'apprentissage,
la créativité et le bien-être des élèves. Il doit être inclusif, stimulant et sécurisant, permettant à
chaque élève de s'épanouir. Les activités parascolaires, telles que les clubs et les sports, enrichissent
également l'expérience des élèves en leur offrant des opportunités d'interaction et de développement
personnel. Cependant, le milieu scolaire peut aussi rencontrer des défis, comme le harcèlement, les
inégalités d'accès aux ressources et les pressions académiques. Il est essentiel de créer un
environnement positif pour garantir que tous les élèves puissent réussir et se sentir valorisés.
27
Jonathan Enguta Mwenzi, Le système éducatif de la République démocratique du Congo et ses principaux défis,
article consulté le 19 novembre 2024
16
Les acteurs de l'éducation sont les personnes et les groupes qui jouent un rôle clé dans le
processus éducatif. Ils contribuent à la création, à la gestion et à l'amélioration des systèmes
éducatifs. Les principaux acteurs sont entre autres :
Élèves : Les élèves sont les principaux bénéficiaires de l'éducation. Leur engagement et leur
motivation sont essentiels pour un apprentissage réussi.
Parents : Les parents jouent un rôle crucial en soutenant l'éducation de leurs enfants.
Ils participent aux activités scolaires et collaborent avec les enseignants.
Enseignants : Les enseignants sont au cœur de l'éducation. Ils transmettent des
connaissances, développent des compétences et accompagnent les élèves dans leur
apprentissage.
Administrateurs : Les administrateurs, comme les directeurs d'école et les responsables de
l'éducation, gèrent les établissements et mettent en œuvre les politiques éducatives.
Personnel de Soutien : Le personnel de soutien, y compris les conseillers, les psychologues
scolaires et les assistants, aide les élèves à surmonter des défis académiques et personnels.
la 3ième année des humanités s’appelle désormais 1ère année des humanités ;
la 4ième des humanités s’appelle 2ème année des humanités ;
la 5ième des humanités est devenue 3ème année des humanités ;
la 6ième des humanités devient la 4ème année des humanités.
Pour les responsables du système éducatif congolais, ce changement vise à assurer une
cohérence entre la nomenclature des classes du cycle terminal de l’éducation de base et celles des
humanités. Emery Okundji, alors Ministre ai de l’EPSP qui a signé l’arrêté était clair lorsqu’il
déclarait que : « Cette nouvelle nomenclature doit être d’application au niveau de tous les
28
Jonathan Enguta Mwenzi ; Le système éducatif de la République démocratique du Congo et ses principaux défis,
article consulté le 19 novembre 2024.
17
établissements d’enseignements publics et privés agréés à partir de septembre 2019 29 ». Et cela est
effectivement d’application depuis lors dans le système éducatif congolais à travers toute l’étendue
du territoire national de la République Démocratique du Congo. Mais avec quelles perspectives
théoriques faudra-t-il aborder la corruption dans le système éducatif ?
Une seule théorie ne peut en effet rendre intelligible le phénomène complexe qu’est la
corruption dans le système éducatif. Cinq perspectives théoriques ont ainsi été croisées afin de
mettre en exergue notre démarche sur les pratiques corruptives en milieu scolaire. La corruption
n’étant pas une réalité « naturelle » mais un construit social , nous avons recouru au 1) au socio-
constructivisme pour comprendre sa construction par les acteurs (corrupteurs, corrompus et
intermédiaires ). Puisqu’au quotidien les pratiques corruptives se font concrètement sous la forme
de don, 2) la théorie du don réciproque associée à 3) l’interactionnisme symbolique se sont imposés
à nous. Des perspectives 4) structuro-fonctionnalistes et 5) théorique systémique nous ont enfin
permis de prendre en compte à la fois les disfonctionnements et l’ensemble des facteurs, divers et
complexes, qui expliquent la corruption devenue endémique dans le système éducatif congolais.
2.1. Le socio-constructivisme
Le constructivisme est un courant qui émerge au 20e siècle dans diverses disciplines selon
lesquelles son usage et son sens varient. Cette hétérogénéité de réflexions a contribué à une
confusion par rapport à ce que l’on entend par des termes comme « constructivisme », «
construction sociale » ou « réalité », dont les significations peuvent varier considérablement d’un
auteur à l’autre. Il consiste en l’étude de phénomènes sociaux qui, apriori semblent naturels et
allant de soi, et propose d’en faire la genèse, de montrer qu’ils sont construits, contingents, et
historiquement situés. Ne niant pas que la réalité existe, cette posture se propose par exemple
d’étudier la manière dont ont été formées des catégories sociales, plutôt que leurs caractéristiques
intrinsèques.
Les constructivistes ne nient pas l’existence de la réalité, mais affirment qu’on ne peut la
connaître. Pour eux, la connaissance de la réalité est une construction: le chercheur participe à
construire son objet, de par la façon dont il observe, de par ses aprioris, ses représentations, etc. Le
chercheur n’a pas un accès direct au monde réel, mais seulement à une représentation de celui-ci,
que chacun construit, et qui est influencée par ses idées ou sa culture. La connaissance n’est donc
29
https://www.mediacongo.net/article-actualite
55199_enseignement_des_septembre_2019_les_4_annees_des_humanites_changent_d_appellation.html#:~:text=De%20nouvelles%20appel, consulté
le 05 novembre 2024.
18
pas indépendante du contexte dans lequel elle est créée, elle dépend de l’action humaine.
Le constructivisme se base sur trois affirmations générales:
premièrement, la thèse « ontologique », selon laquelle ce qui apparait comme étant «
naturel » est en réalité le résultat de pratiques sociales;
deuxièmement, la thèse « épistémologique », selon laquelle la connaissance des phénomènes
sociaux est elle-même produite socialement;
enfin la thèse « méthodologique », selon laquelle la recherche sur la construction sociale de
la réalité doit être prioritaire.
En sociologie, le constructivisme est une approche qui envisage la réalité sociale comme
une construction sociale. Peter L. Berger et Thomas Luckmann sont les premiers à développer
cette approche dans un ouvrage de référence: « The Social Construction of Reality » (1966)30. Ils se
proposent de montrer comment la réalité sociale est construite par des acteurs sociaux.
La construction sociale se fait à travers deux processus:
l’externalisation (l’être humain construit la réalité sociale) et
b) l’internalisation (à travers la socialisation, l’être humain intériorise cette réalité).
En rapport à cette étude sur la corruption en milieu scolaire, le socio-constructivisme est une
théorie convoquée pour mettre en exergue notre démarche. Dans ce travail, la corruption dans le
système éducatif congolais est une « construction sociale de la réalité », effectuée par les élèves,
les parents et les enseignants. Il est de plus en plus admis que l’on peut effecteur une dichotomie
entre le milieu où l’enfant évolue et sa conception du réel. Non pas que ce milieu influence l’enfant,
sujet passif de son environnement, mais qu’il constitue une manière dans le « processus de
construction, déconstruction et reconstruction d’identités liées aux diverses sphères d’activité (…)
que chacun rencontre au cours de sa vie et dont il doit apprendre à devenir acteur »31. Il s’agit bien
de la socialisation de l’enfant, en tant que « processus progressif et cumulatif par lequel l’enfant,
au cours de son développement, assimile les comportements, valeurs, normes, codes rôles, rites,
coutumes, conventions et modes de pensée propres à l’environnement socioculturel32 ».
Donc, un élève qui fait face à des valeurs, codes et comportements de corruption, peut avoir
tendance à les reproduire même s’il sait pertinemment que cela est immoral. Mais la corruption ne
s’impose pas de fait à l’individu, même si une grande partie de son environnement y baigne, c’est
au fil des expériences que cet élève se fera une ‘’construction ‘’ de la corruption et prendra position
par rapport à cette pratique.
30
Berger et Luckmann, La construction sociale de la réalité , 1966, p.42.
31
Dubar, C. La Socialisation, 3ième éd., Paris, Armand Colin, 2000, p.10.
32
Jalley E. et Richelle M. , « Rubrique ‘Socialisation’ » , In : Doron R. et Parot F., (Edts.) , Dictionnaire de
psychologie, Paris, PUF, 2000, p.635.
19
C’est du don réciproque évidement. Quand il s’agit de comprendre la nature du don, il est presque
inévitable désormais de se référer à l’Essai sur le don de Marcel Mauss33.
Quand Mauss publie ce texte en 1925, il a eu le mérite de voir ce qui fait l’unité des diverses
pratiques de don dans de multiples cultures traditionnelles non seulement actuelles mais appartenant
à des civilisations anciennes. Mauss comprend que ces rituels d’échanges de dons observables
partout ne sont pas des échanges économiques, ni même de simples pratiques de civilités ; il
comprend qu’il s’agit de formes essentielles de cohésion sociale, de choix pour la paix contre la
guerre, de célébrations où s’expriment tous les aspects de la vie du groupe et que pour cela il
appelle « fait social total ». Mais, plus précisément, Mauss souligne le caractère obligatoire de ces
échanges : il faut donner, il faut accepter de recevoir et il faut donner en retour. Cette obligation lui
paraît mystérieuse (car qu’est-ce qu’un don obligatoire ?) mais en même temps il pressent qu’il
s’agit à chaque fois d’un pacte, ce qui suppose que chaque partenaire y souscrit et donc répond.
Mauss ne le dit cependant pas assez clairement ; il prend encore le don oblatif inconditionnel
comme référence.
Il faut aller au-delà de ces analyses et affirmer que ce qui importe dans ce rituel, c’est
d’abord, à travers les biens offerts, le fait de se reconnaître publiquement, d’accepter le partenaire
comme un autre humain et comme un allié parce que ce qui est en jeu, c’est la formation d’un lien
durable entre les groupes. Les biens échangés sont des symboles de cette alliance, non d’abord des
biens à consommer. Ils incarnent le Soi des partenaires. Ce sont donc aussi des gages, des preuves
de l’accord conclu ou renouvelé. Il n’y a alliance qu’à deux ; c’est en cela que répondre est
obligatoire. C’est en cela que cet engagement des uns envers les autres est nécessairement
réciproque. En RDC où les valeurs de générosité et de convivialité restent fortes, la corruption y
trouve un terreau plus favorable.
Dans cet essai d’anthropologie politique, nous considérons la corruption comme un « don
perverti 34 ». La corruption peut être comprise comme une forme pervertie du don, une confusion
entre échange généreux et échange marchand, ce qui pourrait permettre de saisir pourquoi elle
33
Marcel Mauss, Essai sur le don [1925], dans Sociologie et anthropologie, Paris, Puf, coll. « Quadrige », 2013.
34
Marcel Hénaff, « Le don perverti. Pour une anthropologie de la corruption », In : Esprit, février 2014, p1.
20
est présente dans des pays où cette culture du don est encore forte, et se heurte à de nouvelles
normes économiques globalisées. Bien que les formes de la corruption soient multiples, on s’en
tient ici à un seul aspect du problème, celui auquel on pense le plus spontanément quand on
prononce le mot corruption : celle qui a lieu par l’argent ou du moins passe par un échange de
services assurant des bénéfices financiers ou des avantages sociaux permettant l’accès à des biens
recherchés.
1) « Les humains agissent à l’égard des choses en fonction du sens que ces choses ont pour
eux ;
2) Ce sens est dérivé ou provient des interactions avec autrui ;
21
3) C’est dans un processus d’interprétation mis en œuvre par chacun dans le traitement des
objets rencontrés que ce sens est manipulé et modifié ».35
Une interaction dans le champ des sciences sociales signifie une relation interpersonnelle entre deux
individus au moins par laquelle les comportements de ces individus sont soumis à une influence
réciproque. 36»
Howard Becker (1928-) et Erving Gofman considèrent que les acteurs sociaux se
comportent en fonction du sens qu’ils donnent aux objets, aux institutions, et aux acteurs engagés
dans les interactions. Ce sens peut changer en fonction des circonstances données dans la société.
Les acteurs sociaux attribuent une valeur symbolique à leurs gestes et à leurs actions. A une époque
où l’intérêt des sociologues était focalisé sur les enquêtes par questionnaire et les traitements
statistiques, Becker contribue à un renouveau d’intérêt sur le travail de terrain en sociologie et en
particulier pour l’usage de l’observation « in situ ».37
Les sociologues de l’interaction rejettent tout d’abord une conception de l’individu qu’ils
estiment commune au culturaliste et au fonctionnaliste, qui accordent une priorité à la culture ou au
système sur l’individu, ils reprochent à ce courant de pensée de présenter une vision fausse de
l’individu. Le courant interactionniste se différencie aussi par ses méthodes de travail ; alors que
les fonctionnalistes privilégient une sociologie quantitative basée sur le recueil et l’analyse des
données sous forme d’enquêtes ou des sondages, les interactionniste eux, prône une sociologie
qualitative issue de l’école de Chicago. Pour eux, rien ne remplace l’observation directe et
personnelle faite sur le terrain. Ils partent de l’hypothèse selon laquelle les individus sont des
sujets conscients ; et que les actions individuelles ont une signification pour les individus eux-
mêmes et ils ajoutent qu’il n’y a pas d’autres sens à chercher que celui donner par l’individu lui-
même. Le travail consiste donc selon eux, à reproduire les discours des individus, en l’occurrence
ici, la sémiologie de la corruption.
L’interaction est la relation sociale de base de la vie sociale pour les interactionnistes.
L’interactionnisme se résume en une multitude d’analyse du comportement des autres ; ces actions
ou comportements ont finalement une influence réciproque. Pour les interactionnistes, les normes et
les rôles sociaux ne sont pas des données qui s’imposent aux individus ; ce sont des constructions
qui apparaissent ou se transforment au cours des multiples interactions. Au cours de leurs relations
les acteurs créent, confirment et transforment les règles sociales. Ici, la corruption est le résultat
des multiples interactions entre un corrupteur et un corrompu et d’autres individus intermédiaires
( membres de sa famille, amis ou voisins…) et des institutions39.
Pour « ne pas perdre la face » dans ces échanges ou « rites d’interactions » au sens de
Goffman, les transactions corruptives se font généralement dans la discrétion totale. Il existe
toujours un écart entre l’identité réelle d’un individu et son identité sociale ; cet écart est à l’origine
des stratégies de la part de chaque individu enfin de ne pas ternir son image. 40
Merton part de l'observation que les individus dans une société agissent en fonction
d’objectifs et grâce à des moyens. Le sociologue prend l'exemple, dans les années 1950 aux États-
Unis, d’individus ayant pour objectif de s’enrichir mais qui, ne possédant pas les moyens de le faire
(manque d'argent comme les fonctionnaires précarisés en RDC), vont utiliser des moyens illégaux
dont la corruption, pour s'enrichir ou obtenir des avantages indus. L’origine du problème se trouve
donc dans la vie sociale. Merton est ainsi à l'origine de la notion de dysfonction sociale : lorsque
les conséquences d’un fait social , en l’occurrence ici la corruption, empêchent le fonctionnement
normal du système éducatif et entraîne, par ricochet, des conséquences dysfonctionnelles dans la
gouvernance publique du secteur éducatif. On distingue les fonctions « manifeste » et « latente » :
39
Howard Becker, 1985, Outsiders. Etudes de la sociologie de la déviance. Ed.Métaillé p.115
40
Erving Gofman, 1974, Les rites d’interactions, Ed de Minuit. P.18
23
À travers cette distinction figure une tentative d'analyse de pratiques qui paraissent
socialement irrationnelles en allant plus loin que les jugements moraux. L'analyse fonctionnaliste
que Merton utilise se fait en cinq étapes :
Comme l’ont si bien dit Blundo et Olivier de Sardan, dans ce contexte « dysfonctionnel »,
le système éducatif est soumis à des pressions énormes. Cela crée un cercle vicieux où la corruption
devient une norme, affectant la qualité de l’éducation et la confiance du public dans les
institutions. Les pratiques corruptives (formes élémentaires et stratégies) sont indissociables de
toute une configuration des pratiques plus larges, banalisées au sein des administrations et de
services publiques de l’Etat, qui déterminent le fonctionnement réel des services publics. Autrement
dit, les pratiques sont enchâssées dans une gouvernance au quotidien dont elles sont plus ou moins
inséparables. Le fonctionnement routinier des administrations et des services publics favorise les
pratiques corruptives41.
La théorie systémique ou la systémique42 est basée sur un postulat selon lequel tout type de
phénomène doit être considéré comme un système, ou peut être conceptualisé selon une logique de
système, c’est-à-dire comme un ensemble complexe d’interactions. C’est la vision holistique qui
est le fondement même de la systémique, car ce sont bien dans les liens entre les parties, leurs
interactions et leurs conséquences, que se trouvent être ces éléments indispensables à une
compréhension totale d’un système ». C’est une « manière de définir, étudier ou expliquer tout type
de phénomène avant tout comme un système : un ensemble complexe d’interactions, souvent
entre sous-systèmes, le tout au sein d'un système plus grand. La systémique privilégie ainsi une
approche globale ; elle observe et étudie un système selon diverses perspectives et à différents
niveaux d'organisation ; et surtout elle prend en compte les diverses interactions existantes entre les
parties du système ».
41
Giogio Blundo et Jean-Pierre Olivier de Sardan, Op.cit, p.21.
42
https://theconversation.com/la-theorie-systemique-quest-ce-que-cest-120940#:
24
1) L’interaction (ou l’interrelation) renvoie à l’idée d’une causalité non linéaire. Une forme
particulière d’interaction est la rétroaction (ou feed-back);
2) La totalité (ou la globalité) : si un système est d’abord un ensemble d’éléments, il ne s’y
réduit pas, d’où la formule ‘’le tout est plus que la somme de ses parties’’ ;
3) L’organisation est l’agencement d’une totalité en fonction de la répartition de ses
éléments en niveaux hiérarchiques. On peut dire que, en s’organisant, une totalité se
structure (une structure est donc une totalité organisée). L’organisation est aussi un
processus par lequel de la matière, de l’énergie et de l’information s’assemblent et forment
une totalité, ou une structure. Il existe deux sortes d’organisation : l’organisation en
modules, en sous-systèmes (qui renvoie aussi à l’organisation en réseaux) et l’organisation
en niveaux hiérarchiques.
La notion d’organisation recouvre un aspect structurel (comment est construite la totalité)
et un aspect fonctionnel (ce que la structure lui permet de faire). On peut représenter une
structure par un organigramme, la fonction par un programme ;
4) La complexité d’un système tient au moins à trois facteurs : a) le degré élevé
d’organisation ; b) l’incertitude de son environnement ; et c) la difficulté, sinon
l’impossibilité, d’identifier tous les éléments et toutes les relations en jeu ».
Dans le cadre de cette étude, nous avons enfin fait recours à la théorie systémique pour
comprendre le phénomène de la corruption de façon holistique. La corruption est « un phénomène
complexe » qui regroupe un éventail de comportements. Elle fait partie d’une série d’actes
répréhensibles désignés par la Loi concernant la lutte contre la corruption. On parle désormais de
« système corruptif » et/ou de « complexe de la corruption ». Cette complexité du phénomène
corruptif nécessité une approche interdisciplinaire et une efficacité organisationnelle afin de
prévenir ses effets indésirables dans ce contexte congolais où la corruption est devenue un
« système de gouvernance » dans les administrations et services publics. La théorie systémique de
la corruption a permis d’envisager les infractions de corruption non pas isolément mais globalement
en tant que parties intégrantes d’un ensemble dont les règles sont dans une relation de dépendance
étroite.
La corruption devrait, ainsi, être perçue comme un « système » en tant que combinaison de
causes, de formes , de stratégies , de logiques et d’infractions réunies de manière à former un
43
Daniel Durant, La Systémique, Paris, PUF, Coll. « Que sais-je », n°1795, (1983), 2013, p.9
25
44
Blundo et Olivier de Sardan, 2001, p.12,21.
45
https://www.africmemoire.com/part.-analyse-du-systeme-educatif-congolais-1553.html/ consulté le 6 janvier 2025.
26
passé un examen d’admission portant sur la capacité d’entreprendre les études choisies (examen
d’État). Le diplôme d’État offre le choix d’accéder aux études supérieures46.
Depuis l’accession de la R.D.C à l’indépendance, le système éducatif a parcouru un
long chemin marqué par les reformes de 1961 et 1962. Celles-ci ont conduit à des réalisations
significatives, particulièrement en ce qui concerne le développement quantitatif tant dans le secteur
public que privé. Malgré le fait que le financement public de l’éducation s’est effondré dès 1985, le
système éducatif congolais a continué à se développer grâce au financement direct des ménages 47.
En 2002, le pays comptait plus de 8 000 écoles secondaires, 108 000 enseignants, 1,6 million
d’élèves.
46
https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Systeme_educatif_en_republique_democratique_du_Congo/ consulté le 6 janvier
2025.
47
Jonathan Enguta Mwenzi , Le système éducatif de la République démocratique du Congo et ses principaux défis /,p.
23-29, consulté le 19 novembre 2024.
27
Le système regroupe deux types d’écoles, publiques et privées. Dans les écoles publiques,
on trouve les écoles officielles et conventionnées. Les écoles officielles sont gérées par l’État alors
que celles qui sont conventionnées sont gérées par les congrégations religieuses signataires d’une
convention avec l’État. Les écoles privées ne bénéficiant pas de subvention de la part de l’État,
toutes les charges financières reviennent aux parents.
Après le cycle terminal de l’éducation de base, c’est une nouvelle nomenclature des classes
qui a été décidée. De nouvelles appellations ont été introduites en remplacement des anciennes
jusqu’ici d’usage à l’EPSP. Ainsi donc, dès la rentrée scolaire 2019-2020 qui avait eu lieu en
septembre 2019, les 4 années des humanités s’appellent dorénavant 1e, 2e, 3e et 4e des humanités au
lieu de 3e ,4e ,5e et 6e secondaire49. En des termes clairs :
– La 3ème année des humanités s’appelle désormais 1ère année des humanités ;
– La 4 ème des humanités s’appelle 2ème année des humanités ;
– La 5 ème des humanités a changé de nom pour devenir 3ème année des humanités ;
48
https://www.mediacongo.net/article-actualite
49
55199_enseignement_dès_septembre_2019_les_4_annees_des_humanites_changent_d_appellation.html/ Consulté le 7/01/ 2025.
28
Pour les responsables du système éducatif congolais, ce changement vise à assurer une
cohérence entre la nomenclature des classes du cycle terminal de l’éducation de base et celles des
humanités 50 . Emery OKUNDJI, ministre ai de l’EPSP qui a signé l’arrêté était claire : « cette
nouvelle nomenclature doit être d’application au niveau de tous les établissements d’enseignements
publics et privés agréés à partir de septembre 2019 ».
Il faut rappelé qu’ connaissait déjà la 7 ème année de l’éducation de base secondaire qui,
elle, avait remplacé la 1 ème année Cycle d’Orientation , et puis la 8 ème année de l’éducation de base
au lieu de la deuxième CO comme auparavant. Après le cycle terminal de l’éducation de base, c’est
cette nouvelle nomenclature des classes ci-dessus qui a été décidée et mise en application avec de
nouvelles appellations en remplacement des anciennes jusqu’ici d’usage à l’EPSP.
50
Le système éducatif de la République démocratique du Congo et ses principaux défis /Jonathan Enguta Mwenzi , p. 23-29.
29
La République démocratique du Congo est l’un des pays comptant le plus grand nombre
d’enfants non scolarisés au monde. Par ailleurs, les frais de scolarité élevés, le manque de matériel
pédagogique, les difficultés de gestion des écoles et la faible formation des enseignants impactent la
qualité mais aussi la rétention des élèves ainsi que leur réussite dans le système scolaire actuel 51. En
2002, une étude menée par la Banque mondiale a identifié quatre problèmes importants qui minent
l’enseignement de la RDC dans son ensemble, à savoir : 1° une couverture relativement faible au
niveau primaire, avec de grandes inégalités dans l’accès et une extension incontrôlée au niveau du
secondaire et du supérieur ; 2° une grave détérioration de la qualité de l’éducation à tous les
niveaux, 3° un système d’administration scolaire lourd et désuet et 4° un très bas niveau de
dépenses et un système de financement inefficace et inéquitable52.
Pour ce qui est de l’enseignement secondaire, les causes observées sont :
1) L’inégalité social dans l’accès ;
2) Des curriculums obsolètes ;
3) Un manque d’enseignant qualifiés pour certaines disciplines ;
4) Les moyens de fonctionnement et les équipements limités ;
5) Le manque de livres et de matériels pédagogiques et
6) Le coût élevé de l’enseignement privé.
Dans quelques écoles du quartier Kimwenza enquêtées, tous les acteurs éducatifs affrontent
quotidiennement les affres de la corruption : élèves, parents, enseignants , administratifs et des
51
https://fr.scribd.com/document/754293949/Le-systeme-educatif-en-RDC-L1
52
https://www.solidarite-laique.org/informe/les-defis-educatifs-de-la-republique-democratique-du-congo-a-lhorizon-
2025/consulté le7 janvier 2025
30
chefs d’établissement. Ces écoles publiques comme privées sont le théâtre de pratiques
corruptives.
Avec une superficie de 3,8km2, le quartier Kimwenza est une entité Urbano-rurale situé
dans le secteur sud de la commune de Mont-Ngafula, à l’ouest de la Ville-province de Kinshasa. Ses
limites se présentent comme suit :
53
https://fr.scribd.com/document/754293949/Le-systeme-educatif-en-RDC-L1https://www.solidarite-laique.org/informe/les-defis-
educatifs-de-la-republique-democratique-du-congo-a-lhorizon-2025/consulté le7 janvier 2025.
31
54
Arsène Matungulu Wa Matungulu, « Evaluation des impacts environnementaux de l’exploitation des grès par la Carrikim dans le
Quartier Kimwenza/ Mont-Ngafula-Kinshasa (RDC), Mémoire consulté le 27 novembre 2024.
32
Le Quartier étant subdivisé en localités et en rues, dans chacune des localités du quartier, il
y’a un comité des notables. Et chaque rue compte deux chefs au maximum. La sélection de ces
responsables se fait selon une organisation informelle. Ceux-ci sont en réalité des informateurs
auprès des membres du bureau du quartier. Ils sont choisis par l’agent recenseur suivant quelques
critères comme la discrétion, l’ancienneté dans le quartier, l’ouverture sur les autres membres des
communautés. Cette organisation permet au bureau d’obtenir le maximum d’informations sur le
quartier et ses habitants. L’information va de la population aux chefs de la rue, aux chefs de la
localité, aux membres du bureau. Le quartier Kimwenza est administrativement subdivisé en 8
localités, 23 avenues, 92 Rues et plus de 1075 Parcelles.
Compte tenu des circonstances et de nombreuses difficultés rencontrées au niveau des bureaux
de gestion des écoles, une cartographie scolaire du Quartier Kimwenza n’a pas été mise à notre
disposition . Pour pallier à cette difficulté, nous avons dressé, à l’issue de nos enquêtes de terrain,
la liste ci-dessous de 15 écoles ayant servi des sites d’enquêtes de terrain. Il s’agit de :
1. Complexe scolaire les Oscars : école privée située dans le quartier Kimwenza, cette école est au bord de
la route qui mène vers la gare de Kimwenza . C’est une école de 656 élèves, et compte 5 options.
2. École Les Bons Petits : école privée située à Kimwenza-mission. Elle compte 422 élèves et plusieurs
enseignants ; elle a 16 ans d’existence depuis sa création.
3. Collège Pierre Bouvet : école privée située à Kimwenza-mission avec un effectif de 634 élèves, elle a 14
ans d’existence depuis sa création.
4. Complexe scolaire Marguerite : école protestante situé à Kimwenza-gare, elle compte 548 élèves et à
réaliser 19 ans d’existence depuis sa création.
5. Collège Sainte Rita : école conventionnée catholique des frères de Kisantu, elle compte plus au moins
1323 élèves ; elle est située à Kimwenza , juste à l’entrée du petit marché de la cité verte.
6. École Jésus-Christ : école protestante et situé à Kimwenza entre l’arrêt « entrée des sœurs » et « deux
chemins » ; elle compte 457 élèves.
7. Collège Eden : école privée située à Kimwenza-gare, elle compte 422 élèves avec 3 options (sections
organisées).
8. École Marie-mère : École conventionnée catholique située à Kimwenza, village de Tekizala, elle a 386
élèves et organise 3 options ou sections.
9. Lycée Kimwenza : école conventionnée catholique situé à Kimwenza mission.
55
Arsène Matungulu Matungulu, Op.cit, Mémoire consulté le 27 novembre 2024.
34
10. École Kinkwemi : école privée située à Kimwenza, compte 4 options ou sections organisées, et elle a 20
ans d’existence depuis son ouverture.
11. Collège Yves Marcel : école conventionnée catholique située à Kimwenza, village de Tekizala, elle
compte 8 ans d’existence.
12. École Kwetima : école privée située à Kimwenza-mission, elle dispose de 765 élèves et 5 options
organisées.
13. Ecole Monseigneur Moke : école conventionnée catholique situé à Kimwenza-gare, elle compte 431
élèves et organise 3 options.
14. Institut Kimpangi : école privée située à Kimwenza-mission, elle comptabilise 877 élèves et 5 options.
15. École Kinzazi : école privée située à Kimwenza-mission avec un effectif de 679 élèves et 3 options.
Notre démarche de recherche s'est appuyée sur une méthodologie qualitative, en suivant une
série d'étapes permettant d'assurer la rigueur de la recherche: identification de l'objet de la
recherche, collecte des données, analyse et traitement des données, etc. Pour « décrire le caché56»,
autrement dit pour « donner à voir ce qui reste le plus souvent caché aux yeux de l’observateur »,
il nous a cependant fallu faire feu de tout bois puisque, comme l’a bien dit Giorgio Blundo, « tantôt
occultées, tantôt banalisées voire largement encouragées, les pratiques corruptrices posent de
redoutables problèmes de recherche sur le plan méthodologique et déontologique57 ».
Dans ce point, il sera question d’expliquer les méthodes qualitatives mobilisées, les
techniques de collecte et production des données auxquelles on a fait recours, ainsi que les
méthodes de description et d’analyse desdites données. Un mot sera enfin dit sur les difficultés de la
méthode. Les résultats qui seront présentés dans le chapitre suivant font suite à 2,5 mois (deux
mois et demi : novembre, décembre 2024 et mi-janvier 2025 ) de recherche de terrain et d’enquêtes
documentaires menées sur le thèmes de la « petite corruption quotidienne », banalisée et systémique
dans 15 écoles dont 7 écoles privées , 2 écoles protestantes et 5 écoles catholiques dans le
Quartier Kimwenza. Sur un total de 30 entretiens, 20 ont requis l’anonymat et 10 entretien semi-
directifs à découvert, se sont ajoutés 5 focus focus -groups. Elèves, parents, enseignants, personnels
administratifs, agents de quartier, chefs d’établissement et promoteurs d’écoles y ont activement
participé.
56
Giorgio Blundo, « Décrie le caché. Autour du cas de la corruption », Op.cit., p ;75.
57
Giorgio Blundo et Jean-Pierre Olivier de Sardan, « La Corruption comme terrain. Pour une approche socio-
anthropologique », Op.cit.21 ?
35
Cette méthode est basée sur l’analyse des faits pendant une période bien précise ou d’un temps
bien délimité . Pour reconstituer les pratiques corruptives dans quelques écoles du quartier
Kimwenza de 2020 à 2024, nous avons recouru à la méthode historique pour déterminer
scientifiquement les faits corruptifs dans le temps, et les grouper en un système.. Elle nous a été
utile à plus d’un titres grâce à ses techniques dont la chronologie, la critique historique et la
technique documentaire.
1) Nous avons ainsi pu délimiter notre étude dans le temps 2020 jusqu’à 2024) et dans
l’espace (Quartier Kimwenza). Aussi, 2) grâce à cette méthode, il nous a été possible d’établir les
causes et les conséquences des pratiques corruptives dans le système éducatif congolais. Enfin, 3) la
brève histoire dudit système éducatif et du quartier Kimwenza a été également reconstituée. Comme
toute autre méthode scientifique, la méthode historique « comporte deux séries d’opérations :
1° étudier le document pour déterminer quels ont été les faits particuliers passés dont le document
est la trace ; 2° après avoir établi ces faits, les grouper en une construction méthodique pour
58
découvrir les rapports entre eux ». Parmi les sources documentaires primaires et secondaires
trouvées et analysées, citons : la littérature grise, les corpus des presses écrites et
audiovisuels(quotidiens et hebdomadaires, dépêches d’agence) , les archives administratives des
institutions de contrôle dont l’IGF, la Cour de Compte et l’APLC. Les archives judiciaires et
policières ne nous pas été accessibles.
On le voit, la recherche documentaire a été une source importante. Les archives ont permis
d’apprécier l’effectivité des mécanismes de répression et de sanction du phénomène et leurs
variations selon les contextes historiques et sociaux. La presse, qu’elle soit dénonciatrice,
prophétique, partisane, vénale ou documentée, a été mine d’information. Les articles de presse ont
fourni les matériaux bruts pour une « description dense » d’un phénomène translocal quoiqu’opaque
comme la corruption.
58
La méthode historique appliquée aux sciences sociales (openedition.org, https://books.openedition.org/enseditions/492, consulté le 15/11/ 2024.
59
Giorgio Blundo, « La corruption comme terrain. Pour une approche socio-anthropologique », Op.cit., p.21.
36
Comme Sjaak Van der Geest l’a bien écrit « l’approche anthropologique, armée de
l’observation participante et d’une posture holiste, serait la mieux à même de saisir le phénomène
complexe de la corruption60 ».
La méthode ethnographique « est celle qui implique une immersion prolongée du chercheur
dans une communauté pour observer et interagir avec ses membres ››. Comme il a été signalé plus
haut, nous avons effectué nos enquêtes en deux mois et demi, soit de novembre-décembre 2024 à
mi-janvier 2025 dans les Humanités de 15 écoles publiques et privées dans le quartier Kimwenza,
située sur plan scolaire, dans la Province éducationnelle de Kinshasa-Mont-Amba où nous avons
effectué des entretiens semi-directs, de focus-groups et l’observation participante dite « anodines»
ou « flottante » à défaut d’être très systématique par immersion prolongée.
Etudiant au quotidien en RDC, pays classé comme corrompu, nous participons directement
ou indirectement aux faits de corruption. A ce titre, l’observation participante a été constituée de
bavardages et des discussions informelles, par lesquelles s’échangent commérages, racontars et
rumeurs. Par la médisance, les gens parlent de la corruption des autres, décrivent ou stigmatisent
leurs actes, prononcent des jugements. L’analyse d’un corpus contextualisé des rumeurs a donné
accès à un ensemble de discours et de représentations sur la corruption. Il nous a été ainsi possible
de récolter et d’analyser les mots, termes et les expressions (sémiologie) utilisés pour désigner les
pratiques corruptives, mais aussi de reconstituer les canaux de transmission des accusations de
corruption, de distinguer les actes qui sont l’objet de la dénonciation, d’accusation et d’éventuelles
sanctions, de ceux qui sont soit justifiés , soit tolérés. C’est dire que ce qui a été observé reste à un
niveau anecdotique. Il s’agissait d’inclure dans l’enquête , les perspectives qu’offre l’inventaire des
différents usages sociaux de la rumeur.61
Les anecdotes observés, les discours et représentations, les termes et expressions ainsi que
les différents usages sociaux de rumeurs ont constitué un réservoir de descriptions émiques, un
corpus principal des données descriptives de notre enquête empirique sur la corruption. Cette
technique d’observation participante a restitué les pratiques corruptives dans leur banalité, leur
quotidienneté, leur dimension ordinaire et leur ambivalence à travers des « descriptions denses » .
La « Description dense » développée par Clifford Geertz « consiste à offrir une analyse approfondie
et contextualisée des pratiques culturelles et des comportements d’un groupe, en explorant les
significations sous-jacentes aux actions et interactions humaines ››.62
60
Sjaak Van der Geest, « Anthropology and pharmanceuticals in developing countries-II », p.88, cité par Giorgio
Blundo, Op.cit.21.
61
Giorgio Blundo, Op.cit. 28.
62
Clifford G., The interpretation of culture, New York, 1973, p. 78.
37
Elle s'est avérée particulièrement utile pour notre recherche car elle nous a permis d'approfondir
notre compréhension des formes, causes et des effets des pratiques de corruption en milieu scolaire ,
au-delà de ce qui est simplement observable.
Dans le cadre de notre recherche, nous avons mené des entretiens avec les acteurs éducatifs.
Nous avons utilisé un guide d'entretien avec des thèmes préparés à l'avance, mais nous avons aussi
adapté nos questions en fonction des réponses reçues et du déroulement des échanges. Sur un total
de 30 entretiens, 20 ont requis l’anonymat et 10 entretien semi-directifs à découvert, se sont ajoutés
5 focus focus -groups. Elèves, parents, enseignants, personnels administratifs, agents de quartier,
chefs d’établissement et promoteurs d’écoles y ont activement participé. Ces entretiens semi-
directifs non représentatifs ont été menés en complément à l’observation participante ci-dessus
expliquée, comme une autre façon « d’observer » la corruption, c’est-à-dire de produire les données
sur la corruption. Ces entretiens ont donné accès à des récits descriptifs ou des récits émiques. Par
ces entretiens compréhensifs, il s’agissait de voir avec les yeux d’autrui ce qui relève de
l’inobservable par soi-même. Nos interviews dont la plus part ont requis l’anonymat, ont été
conduits à exprimer des avoirs partagés sur les mécanismes, les causes, les effets, les acteurs, les
lieux et les actes corruptifs, en adoptant de ce fait plusieurs postures : consultants (experts,
journalistes, hommes politiques, auditeurs financiers…), récitants (situations concrètes , vécues,
témoignées et victimes) ou témoins (témoignages , aveux..).
L'étude de cas est une technique de recherche approfondie qui examine de manière détaillée
un cas spécifique dans son contexte réel. Dix (10) petites études de cas de pratiques corruptives ont
en effet été menées dans cette recherche. L’hétérogénéité des cas a été un choix obligé par les
hasards d’une observation qui s’est limitée à quelques cas trouvés sur terrain et dans les documents
qui nous ont été disponibles et accessibles. Ces études des cas représentent le troisième registre
descriptif à l’œuvre dans les études ethnographiques de la corruption, en mettant en scène des
situations d’interaction entre plusieurs acteurs en présence. Elles sont pour ainsi dire
« polyphoniques ». L’accent a été mis sur les détails jugés significatifs ou insignifiants à première
vue. Ces études de cas n’ont pas porté que sur les transactions particulières. « En croisant nos
comptes rendus d’observations avec les récits descriptifs émiques, il nous a été possible de
38
63
construire des descriptions ‘’archétypales ou modales’’ , synthétisant de fait plusieurs
descriptions singulières ».
Albert Bruno définit la méthode systémique comme : « l’étude des système dans leur
totalité, en se consacrant sur les interactions entre les éléments interconnectés pour comprendre leur
impact sur le fonctionnement global ››. Nous avons enfin fait recours à l’approche systémique pour
comprendre le phénomène de la corruption de façon holistique, la corruption étant un « phénomène
complexe » qui regroupe un éventail de comportements, un « système » en tant que combinaison de
causes, de formes , de stratégies , de logiques et d’infractions réunies de manière à former un
« ensemble », mieux « un ensemble de cercles concentriques » diraient Blundo et Olivier de
Sardan. C’est désormais un « système de gouvernance » et de délivrance de la ressource éducative.
C’est donc à l’issue d’une enquête combinant 1) recherche documentaire, 2) observation
ethnographique « flottante » , 3) description dense », 4) entretiens semi-directifs et 5) études des cas
que nous avons produit les données sur les pratiques corruptrices à la Gécamines de 2008 à 2024.
Après description et reconstruction de cas, nous avons procédé à l’analyse de contenus des
corpus, à l’analyse causale et stratégiques des pratiques corruptives.
63
J.-P. Olivier de Sardan, « Observation et description en socio-anthropologie », In : Pratique de la description, Paris,
2003, pp.13-39.
64
PARSONS T et MERTON R, (1937), piliers du fonctionnalisme sociologique, McGraw-Hill Book Compagnie, (New
York), p. 10. https://sociology.institute/introduction-to-sociology/talcott-parsons-robert-merton-sociological-
functionalism/ Consulté le 21 juin 2024 à 14h10'.
39
Suite à la cueillette des données, nous avons procédé à une analyse de contenu afin de nous
permettre d’aller en profondeur dans le traitement des informations recueillies. Le type d’analyse de
contenu adopté a été l’analyse thématique, à savoir la transposition d’un corpus donné en un certain
nombre de thèmes représentatifs du contenu analysé, et ce, en rapport avec l’orientation de la
recherche. L’analyse thématique a consisté dans ce sens, à procéder au repérage, au regroupement
et, subsidiairement, à l’examen discursif des thèmes abordés dans un corpus qu'il s’agisse d’un
entretien, d’un document ou des notes de terrain.
Nous n'avons pas la prétention d'avoir récolté les données sans difficultés. Aussi, avons-nous
rencontré divers obstacles au cours de nos investigations. C'est ici le lieu d’en évoquer quelques-
unes :
L 'accès à la littérature a été une limite importante de notre recherche. Certaines méthodes et
techniques utilisées nous étaient inconnues, nécessitant des recherches approfondies en
bibliothèque. Cependant, nos visites aux bibliothèques physiques n'ont pas toujours été
fructueuses pour obtenir les informations nécessaires. Heureusement, nous avons pu accéder
à certaines données grâce aux ressources disponibles en ligne.
Les quelques écoles enquêtées et études de cas menées ne permettent pas de généralisation
tant aux niveaux tant provincial que national, voire aux niveaux d’autres secteurs des
services publics et sociaux de base comme la santé, l’énergie ( électricité, eau), la police, etc.
Nous avons souvent été confrontés au non-respect des rendez-vous pour les entretiens et à
des refus systématiques d'accès à des documents importants tels des actions disciplinaires,
des demandes d’explication entre autres .
Etant donné la nature et la sensibilité de l’objet de recherche, la corruption, les données
recueillies se sont avérées parfois peu convaincantes en raison de la nature sensible d’un tel
objet : réticence et méfiance des informateurs quant à la transmission des données
importantes ; opacité, ubiquité de l’objet et discours normatifs sur cet objet n’ont pas non
plus facilité les enquêtes. Ainsi, nous avons été obligés de nous contenter de seules données
disponibles ou mises à notre disposition.
L’autre difficulté méthodologique était de savoir avec quelle (s) méthode (s) il nous fallait
étudier et « observer » la corruption ? Comment « observer » ce qui se cache à l’observation,
les « échanges occultes » ?
40
Comme l’a si bien écrit Giorgio Blundo, « les difficultés de la méthode sont liées aux
caractéristiques du phénomène sous étude, à savoir la corruption ». Il ne nous pas été facile de
« ‘’donner à voir’’ ce qui reste caché à l’observateur. Tantôt occultées, tantôt banalisées, voire
largement encouragées, les pratiques corruptives posent de redoutables problèmes de recherche sur
le plan méthodologique et déontologique ». A cet effet, l'application de la méthode inductive s'est
aussi avérée complexe, ce qui a rendu difficile la compréhension de cette approche, ainsi que de
l’objet d’étude et des problèmes à définir.
En dépit de toutes les difficultés ci-dessus énumérées et bien d’autres passées sous silence,
nous avons mené à bon port notre recherche dont les résultats sont présentés au chapitre suivant.
41
La méthodologie de la recherche a fourni des résultats saisissants. Ces résultats portent sur le
sens que les acteurs attribuent à la corruption, les déterminants de la corruption en milieux scolaire,
ses conséquences et les moyens de lutte contre ce phénomène social. Dans le but de présenter le
plus clairement possible ces résultats, nous avons choisi de les grouper en 3 sections suivantes :1)
les manifestations de la corruption dans les humanités à Kimwenza et au MINEPST; 2) les
stratégies de lutte contre la corruption au sein de ces écoles ; 3) Discussions, limites et
recommandations.
Cette section voudrait analyser les formes et types de pratiques corruptives les plus
récurrentes observées aux humanités dans le quartier Kimwenza et au MINEPST, leurs causes et
conséquences, les acteurs impliqués, ainsi que les raisons, stratégies et logiques qui sous-tendent
leurs actions.
Nous examinerons de cas de corruption aux humanités des écoles du quartier Kimwenza
depuis 2019 jusqu’en décembre 2024. Ces études de cas ne sont pas exhaustives et reposent sur
divers documents compilés : des rapports internes, des documents de presse, des articles en ligne et
des enquêtes sur le terrain. Ces sources nous ont permis de sélectionner 10 cas de corruption au sein
des écoles humanités qui sont décrits et analysés dans les lignes qui suivent :
« Nous sommes en 2021 au Complexe Scolaire les Oscars, une école privée située dans le quartier Kimwenza,
au bord de la route qui mène vers la gare de Kimwenza . C’est une école de 656 élèves, et qui compte 5
options. 7 filles et 9 garçons (dont les noms sont tus anonymat par notre informateur) de la 4ème année latin
philo ont loué une salle d’examen pour tricher librement auprès des surveillants. Après avoir commis leur
forfait et malgré la fuite de cette information de tricherie à ciel ouvert, l’école n’a pas eu à sanctionner ces
élèves. La raison de cette inaction n’ a jamais été élucidée ni communiqué »65.
« En 2019, les élèves d’une promotion de Biochimie avait volé les questionnaires d’un examen et en avaient
donnés aux gens de l’extérieur pour travailler, et leur fournir des réponses. L’affaire avait été portée à la
direction. Ces élèves avaient écopé comme punition, le nettoyage de tout le bâtiment scolaire . On ne sait rien
sur la suite dudit examen » (Source : Interview du 02 décembre 2024 avec André : enseignant).
65
https/ Dépêche.cd consulté le 18 novembre 2024 à 16h 22 et interview avec le Directeur-adjoint.
42
« Nous sommes en 2022 au Collège Sainte-Rita, une école conventionnée catholique des frères de Kisantu,
qui compte plus au moins 1323 élèves, et située à Kimwenza , juste à l’entrée du petit marché de la cité
verte. Une élève accuse son enseignant d’avoir retranché ses points parce qu’elle avait refusé les avances qu’il
lui a faites ; elle décida d’aller l’accuser auprès du Directeur des études mais le dossier a été classé sans suite
et elle a dû reprendre l’année ». (Source : interview avec Liliane , élève de la 5ème année biologie chimie )
« En 2018, dans le même Collège Sainte-Rita, 7 élèves ont coopéré avec les surveillants pour avoir la liberté
de tricher, après avoir acheté les questionnaires des examens à une source qu’ils ont refusé de mentionner
malgré la sanction. En conséquences, il leur avait été imposé présenter les examens éloignés de tous les autres
élèves et sous une haute surveillance, plus une expulsion de l’école à la fin de l’année scolaire ». ( Source :
Interview avec Directeur de discipline, 11 novembre 2024).
5ème cas : chantage
« Ce cas se passe 2021 au Collège Pierre-Bouvet, école privée située à Kimwenza-mission avec un effectif
de 634 élèves, elle a 14 ans d’existence depuis sa création. Un enseignant a fait échouer son élève à cause de
ses envies face à la mère de l’élève. Il a menacé son élève-fille plusieurs fois que si, elle ne dit pas à sa mère
de venir régulariser la situation, elle échouerait sans aucun doute. Effrayée, la fille est allée raconter l’histoire
à sa mère, qui à son tour, décida de poursuivre l’enseignant en justice mais a été freinée par le Préfet des
études de l’école, qui avait décidé de renvoyer cet enseignant pour avoir causé une honte sociale à l’élève par
rapport à la manipulation de l’histoire racontée par ses collègues ». (Source : interview Maman Béatrice,
parent de l’élève Benjamine, 13 novembre 2024.).
6ème cas : un enseignant victime de la rétro-commission après son pistonnage
« Au Collège pierre Bouvet, un enseignement avait été recruté grâce au pistonnage de son collègue. Ce
dernier lui a immédiatement exigé de lui reverser son salaire pendant trois mois pour le service lui rendu ,
arguant que trois mois de ses salaires ne représentaient rien comparativement à ce qu’il va gagner toute sa vie
en travaillant comme enseignant dans cette école si prestigieux. Le marché avait ainsi été conclu , mais en
pratique, le collègue-bienfaiteur finit par faire monter les enchères. Après avoir touché les trois premiers mois,
il en voulait plus, jusqu’à lui exiger la moitié de son salaire durant cinq mois de plus , puis jusqu’à 12 mois .
Mécontent et désabusé, l’enseignant nouvellement recruté finit par traduire son collègue-bienfaiteur en
justice. Mais l’affaire a été classée « sans suite » par les magistrats » (Source : Interview avec Okitandjeke ,
enseignant, 13 novembre 2024).
7ème cas : Les points sexuellement transmissibles
« Ce cas se passe en 2019 à l’Ecole Kinkwemi, une école privée située à Kimwenza et qui compte 4 options
ou sections organisées. Elle a 20 ans d’existence depuis son ouverture. Une maman qui est tombée enceinte de
l’enseignant de son fils. Elle avait un fils unique, Crispin, mais qui n’avait de compétences scolaires pour
obtenir de bonnes notes. Etant son fils unique et son seul espoir, la maman décida que ce dernier obtiendrait
son diplôme par tous les moyens. Pour réaliser son plan, elle s’est rendue séduire l’enseignant de son fils. Ce
dernier a cédé aux charmes de la dame et ils ont fini par ‘’kosiba’’, comme l’a dit la dame, c’est-à-dire,
forniquer. Et, un mois plus tard, la dame s’est retrouver grosse. Elle a gardé le secret pour elle et a fini par
avoir un enfant dont le père n’a jamais été au courant de sa venue au monde jusqu’à l’âge de 2 ans .
Conséquences : l’enfant obtint un diplôme non mérité et qu’il ne pourra défendre valablement, et une
grossesse indésirable ». (Source : Interview avec Maman Nancy Nzandu, mère de l’élève Crispin , 15
novembre 2024).
8ème cas : Détournement de fonds au Ministère de l’EPST
Un scandale de corruption a en effet secoué le MINEPST et fait la Une des journaux. « C’est le
Détournement des fonds au ministère de l’EPST par Michel DJAMBA et Delphin KAMPAYI, respectivement
Inspecteur Général de l’Enseignement primaire, secondaire et technique (EPST) et Directeur du Service de
contrôle de la paie du personnel enseignant (SECOPE). Reconnus coupables de détournement des deniers
publics, les inculpés ont été condamné à 20 ans de travaux forcés jeudi le 25 mars 2024 la cour d’appel de
Kinshasa-Gombe. Au moment où on prononçait l’arrêt, le condamne Michel DJAMBA s’est évanoui. Et le
43
juge a ordonné qu’il soit remis entre les mains de son médecin. En plus de la Condamnation aux travaux
forcés pendant 20 ans, la Cour d’appel a ajouté, à cette condamnation, les peines accessoires.
Il s’agit notamment de l’interdiction d’accéder aux fonctions publiques, la privation des droits civiques et
politiques, l’interdiction de droit à la libération provisoire, la restitution des fonds détournés ainsi que les
66
dommages et intérêts » .
Il est question ici du Ministère de l’Enseignement primaire congolais qui a été épinglé par
l’Inspection Générale des Finances (IGF) qui l’accuse d’avoir détourné près de 400 000 dollars
alloués à l’organisation du premier championnat de football scolaire d’Afrique en République
Démocratique du Congo.
« Pour cette compétition scolaire initiée par la Fédération internationale de football association (Fifa) et
organisée à Kinshasa, l’Etat congolais a apporté un financement de plus d’un million de dollars. Sur ce
montant, le ministère de l’Enseignement primaire, secondaire et technique (EPST) a reçu 400 000 dollars pour
contribuer à l’organisation de l’événement. Malheureusement, « les inspecteurs des finances ont découvert »67
notamment que sur un prétendu paiement de 120 000 dollars à Transco (entreprise publique de transport en
commun) pour la location des bus, rien que 16 000 ont été effectivement remis à ce transporteur, a dénoncé
Jules Alingete, chef de l’IGF. « Pour des impressions sur des T-shirts destinés à des élèves de Kinshasa invités
à suivre les matchs dans le plus grand stade du pays , les factures présentées ont été multipliées par dix par des
agents du ministère de l’EPST », a encore dénoncé M. Alingete. En outre, ce a déclaré avoir constaté que
« certaines personnes continuent à être des récidivistes ». « Elles continuent à être accro à des actes décriés
par la population congolaise, à savoir la prédation », a-t-il ajouté, soulignant avoir transmis le dossier au
parquet pour des poursuites judiciaires.
« En 2021, l’IGF avait déjà accusé le ministère de l’EPST d’avoir tenté de détourner 16 millions de dollars. Le
chef de l’IGF a un « agenda caché » contre le ministre de l’EPST et la politique de la gratuité de
l’enseignement primaire du président Félix TSHISEKEDI, a réagi dans une lettre Eddy MWANZO, directeur
de cabinet du ministre de l’EPST. Les « propos imprudents et incompréhensibles manifestent clairement
l’acharnement et le manque d’objectivité qui caractérisent votre enquête en cours dont les conclusions seront
à coup sûr biaisées », a- t- il ajouté en faisant allusion au chef de l’Inspection générale des finances tout en
annonçant son intention de saisir la justice 68 ».
10ème cas : Détournement des primes des enseignants, scandale à l’EPST après passage de 3 inspecteurs de
l’IGF
« Trois inspecteurs de l’Inspection générale des Finances (IGF) ont fait irruption, mercredi 31 janvier
2024, à 17 h 30, au ministère de l’Enseignement Primaire, Secondaire, technique et professionnel (EPST),
précisément à la Direction nationale de contrôle, de la préparation de la paie et de la maîtrise des effectifs des
enseignants et du personnel administratif des établissements scolaires (DINACOPE) 69.
D’après des témoins de l’événement, ces inspecteurs, sans ordre de mission de leur hiérarchie, ont
brutalisé le comptable et ravis des sommes estimées à 1300 USD et 300€. A côté de cela, ils ont confisqué
quelques chéquiers. C’est au motif d’un contrôle des frais de fonctionnement des écoles qui sont gérées au
66
https://www.mediacongo.net/publireportage-reportage
85081_detournement_de_fonds_a_l_epst_delphin_kambayi_et_michel_djamba_condamnes_a_20_ans_de_travaux_forces.html
67
https/ radiookapi.net / consulté le 18 novembre 2024 à 10h 35’
68
By Rédaction Africanews avec AFP Dernière MAJ : 13/08/2024)
69
https://www.jeuneafrique.com/1332662/politique/rdc-400-000-dollars-disparus-au-ministere-de l’enseignement
44
niveau des banques70… Aussitôt mis au parfum de cette irruption, le ministre de l’EPST, TONY MWABA
KAZADI est vite venu constater les dégâts.
Dans une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux, l’on peut voir le patron de l’EPST s’en prendre
verbalement à ces inspecteurs de l’IGF, leur promettant de les mettre entre les mains du parquet puisque «
n’étant pas au-dessus de la loi ». " Vous n’êtes pas au-dessus de la loi. Ce ministère a un chef. Vous n’êtes pas
passé par moi, et vous avez ravis l’argent au comptable. Le parquet va venir vous chercher. Je ne suis pas en
guerre contre IGF", peut-on entendre le ministre dans cette vidéo.
Des sources proches de l’IGF, " le ministre TONY MWABA serait à la base d’un détournement de prime
d’encadrement de la paie estimée à plus de 7 milliards CDF. Jules ALINGETE, IGF-chef de service, aurait
promis de communiquer là-dessus", dit notre source. Par contre à l’EPST, l’on affirme que : " la prime
d’encadrement de la paie est payée directement dans les comptes des bénéficiaires par le Ministère de Budget
et Finances".
« À l’EPST on ne manipule pas les chiffres ». Le cabinet du ministre MWABA promet de répondre dès
que le communiqué officiel de l’IGF sera rendu public. Ainsi, le suspense demeure, et la guerre entre Jules
71
ALINGETE et Tony MWABA refait surface sur la place publique ». Cette affaire est jusqu’à nos
classée sans suite. On en sait plus rien.
La corruption existe en milieu scolaire Congolais. La plupart des élèves enquêtés en ont
entendu parler, mais seulement une petite partie la définit clairement. L’on retient aussi que la
définition de la corruption prête à confusion. En effet pour la définir, le recrutement parallèle est
cité par au moins d’une partie des réponses, suivi par le trafic d’influence( un enseignant qui promet
la réussite à une élève à condition de lui laisser la toucher ) ; le pot-de-vin ( Les dons faites par les
parents aux enseignants ) ; le droit de cuissage, les notes de complaisance et le favoritisme ( une
inscription avec un grand retard, ou l’ajout des points ) .
Les termes suivant sont utilisés pour la définir : échanger, soudoyer, arranger, donner de
matériel ou son corps (fille) pour obtenir quelque chose en retour. A cela il faut ajouter la notion
d’illégalité de l’acte posé entre deux ou plusieurs individus. Pour ce qui concerne les résultats des
entretiens avec les enseignants et les membres de l’administration, il ressort que la corruption est un
phénomène culturel « les parents le font, les enfants le feront ». Un acte qui consiste à jouer sur la
conscience d’un individu à travers un moyen financier ou matériel pour obtenir des facilités ou des
services. De façon plus pratique, c’est le fait par exemple de soudoyer un professeur ou un chef
d’établissement afin d’obtenir des notes ou d’inscrire un protégé. Il s’agit en un mot de satisfaire ses
besoins par des moyens très souvent illégaux. Aussi certaines expressions telles que «
ramollissement», « libanga :caillou» « contexte », « fait nous faire», « qui donne reçoit », dans le
70
Makombo Bernetel. RDC : Scandale à l’EPST après le passage de 3 inspecteurs de l’IGF., consulté le 1 février 2024.
71
https/ radiookapi.net / consulté le 18 novembre à 10h 35’ MAKAMBO Bernetel.RDC : Scandale à l’EPST après le
passage de 3 inspecteurs de l’IGF.1 février 2024.
45
langage populaire servent parfois à désigner la corruption, tels que rapportés par les entretiens
individuels et de groupe.
Abondant dans le même sens dans le contexte de la Côte d’Ivoire, Aboou Karamoko,
renchérit lorsqu’il écrit que « les formes de corruption les plus répandues est la note de
complaisance, suivi par le trafic d’influence, les recrutements parallèles, le droit de cuissage, le pot-
de vin et le favoritisme »72. Le trafic d’influence se fait le plus souvent sur la base de chantage,
d’abus d’autorité ou de liens de parenté et/ou d’amitié. Le pot-de vin quant à lui se manifeste par
l’achat de diplôme, de moyenne, de notes ou d’épreuves en classe et aux examens et par la
falsification de notes dans les relevés ou les cahiers de note lors des orientations. Le droit de
72
https://fr.scribd.com/document/554957604/la-corruption-en-milieu-scolaire / consulté le 9 décembre à 11h 25’Konan
kouakou Armand. Corruption en milieu scolaire.25 janv. 2022
46
cuissage, pratique la plus citée au niveau des jeunes filles, se manifeste par l’entretien de rapports
sexuels entre élèves et enseignants ou membre de l’administration dans le but d’obtenir des faveurs
et des facilités. Enfin le favoritisme se manifeste à travers des cours de renforcements, la vente de
fascicules ou d’objets divers (tenues de sport, les friandises etc.), à des coûts variables d’un
enseignant à l’autre, puis par la tricherie et la fraude.
Les expériences sont multiples. Les cas les plus récurrents sont les échanges d’argent contre
des notes à l’oral pendant les examens de fin d’année. « Le professeur m’a dit à l’oral d’anglais
qu’en RDC, on ne parle pas l’anglais et que n’étant pas intelligent, pour réussir à mon examen, je
devais payer », tels sont les propos d’un élève de la classe de 3ième au lycée Kimwenza. Pendant les
épreuves écrites des examens, les élèves cotisent parfois pour les surveillants qui mettent à leur
disposition, les corrigés des épreuves. Puis « les opérations hibou » qui consistent à faire
recomposer un candidat et à remplacer sa copie initiale par la nouvelle. Des réseaux de
‘mercenaires » s’organisent pour vendre les corrigés des épreuves ou même composer à la place des
certains candidats à l’occasion de ces examens73. Ces propos et expériences ont été soutenus par
beaucoup d’élèves lors des focus groups dans les établissements visités. Plusieurs fois, des parents
d’élèves, élèves, collègues professeurs ou même des membres de l’administration, ont proposé aux
professeurs ou aux examinateurs de l’argent ou des présents pour acheter des notes, des diplômes,
des corrigés d’épreuves pendant les inscriptions ou les orientations. Un enseignant nous a déclaré ce
qui qui suit à Sainte Rita : « une élève lors de ma deuxième année de fonction, m’a demandé de
l’aider à avoir sa moyenne quel qu’en soit le prix ». "Tout le monde le fait dans le système éducatif
et celui qui ne le fait pas est taxé de méchant par son entourage", rapporte un autre enseignant de
français au lycée Kimwenza74.
Toutes ces expériences démontrent l’ampleur et les diverses formes que prenne ce
phénomène à l’école. Elles s’apparentent fondamentalement aux formes élémentaires de la petite
corruption quotidienne mises au jour par Giorgio Blundo et Olivier de Sardan dans le tableau ci-
dessus :
73
Enquête de terrain effectuée au lycée Kimwenza le 18 novembre 2024 à 10h 20
74
https://fr.scribd.com/document/554957604/la-corruption-en-milieu-scolaire / consulté le 9 décembre à 11h 25’
47
privatisation de la fonction
Tribut Extorsion Concussion
Perruque Détournement de biens publics,
Détournement abus de biens sociaux
Si dans le domaine pédagogique, les pratiques corruptives les plus visibles sont la
falsification de notes, la vente des sujets des examens à l’avance, l’exploitation ou maltraitance
d’élèves, le détournement de fonds destinés aux matériels pédagogiques et aux autres besoins
scolaires, dans les pratiques administratives scolaires, la corruption touche plus les domaines de
planification / gestion de la manière suivante :
75
Adaptation de Hallak and Poisson, 2009/ consulté le 20 novembre 2024 à 11h 25’ Konan kouakou Armand.
Corruption en milieu scolaire.25 janv. 2022
50
En effet, la fille est vue comme un être peu méritant, qui a toujours besoin d’aide. Cette
conception influence la fille qui finit par croire qu’elle est un être fragile qui a besoin de soutien, de
facilité dans toutes ses entreprises. Elle n’hésite pas à passer par des moyens même peu
recommandés pour atteindre ses objectifs. En ce qui concerne les enseignants, l’on retient qu’en
plus de pratiquer délibérément la corruption, ils subissent beaucoup de pressions de la part d’autres
acteurs (élèves, parents, administration, collègues). A ceux-là, s’ajoutent les membres de
l’administration, les secrétaires généraux, jury et surveillants de centres d’examen etc., et même les
policiers commis à la surveillance pendant les compositions. Il faut retenir des enseignants et du
personnel administratif que les élèves sont ceux qui pratiquent le plus la corruption. C’est le fait
surtout des filles par la séduction et des garçons par les moyens financiers.
Il faut dire les énoncés justificatifs de la corruption relevés par Olivier de Sardan77 et ses
collègues dans les études sur la corruption s’appliquent bien aux cas examinés ici. A cet titre, d’un
acteur à l’autre, « la corruption » peut-être perçue à la fois comme : « récupérer un dû » :
compensation pour une injustice ; « bonne manière » : gentillesse, bienséance, compassion, cadeau,
forme sociale par excellence dans le savoir–vivre ; courtoisie ; « mimétisme » : faire comme tout le
monde pour ne pas être le dindon ; « privilège » : corruption perçu comme avantage de la
fonction ; « rétribution» : le fait de savoir «profiter du poste occupé» ; « pression sociale » : de
l’entourage, des pairs, proches ; abandonner son éthique personnelle (anti-corruption) pour céder
à l’éthique du groupe ; « défis » : de dénonciation, de jalousie, d’envie d’un adversaire ; « emprunt
76
https://fr.scribd.com/document/554957604/la-corruption-en-milieu-scolaire/ consulté le 18 novembre à 20h 10
51
» : utiliser l’argent public, bien public, prétendument qui «chôment» pour rembourser ou restituer
plus tard ».
Pour ce faire, ils déploient plusieurs stratégies corruptives ci-après bien élucidées par Giorgio
Blundo et Jean-Pierre Olivier de Sardan, à savoir : « 1) Les investissements corruptifs : donner de
« cadeaux anticipateurs » plaçant le bénéficiaire en quelque sorte en position de dette
symbolique ; 2) La construction des relations pérennes : relations sociales stabilisées de type
clientélistes par un échange de services et faveurs ; 3) La recherche de l’enrichissement rapide ; 4)
Les mutualisations de la corruption : être solidaire dans la pratique corruptive ; 5) La
manipulation des registres normatifs et réglementaires : par des sanctions et pratiques illicites ; 6)
La stratégie discursive : en recourant aux capacités rhétoriques, une ressource capitale de
marchandage78 ».
Loin d’être fruits du hasard, les énoncés et stratégies ci-dessus sont fondamentalement dictés
par plusieurs logiques qui sous-tendent les conduites desdits acteurs. Il s’agit de :
« Logique mercantile (profit) : les corrupteurs ont un point de convergence, celui de vouloir
à tout prix faire de profits financiers et de réussite scolaire ce, peu importe la manière, d’où
les pratiques corruptives en son sein se répandent à tous les niveaux ;
Logique d’enrichissement :. les pratiques corruptives au sein des écoles pour les
enseignants et les personnels administratifs sont pour la plupart dues à de besoins
financiers trop grand à l’occurrence à l’enrichissement ;
Logique du don, échange et réciprocité : parler de la corruption nous ramène à des
échanges, à des dons, des réciprocités en termes financiers, en termes de service rendus ;
cette logique engendre la recevabilité ;
Le pluralisme normatif : les acteurs naviguent entre plusieurs normes applicables possibles
(normes officielles et normes réelles), en fonction de leurs ressources, stratégies et
contexte ;
L’échange généralisé de services par un investissement en sociabilité qui est à la fois une
ressource et une contrainte) permanente, activée en de multiples circonstances ;
L’intermédiation et le courtage impliquant l’intervention des « intermédiaires » dans les
échanges occultes(…)79».
78
Giogio Blundo et Olivier de Sarda, Op.cit, pp17-20.
79
Olivier de Sardan, J.-P., « Normes pratiques. Les régulations informelles au sein des bureaucraties publiques ( en
Afrique et au-delà », In : Devenir un chercheur. Ecrire une thèse en sciences sociales, Paris, éditions de l’HEHESS,
http://www.inverses.org/wp-content/uuploads/2013/olivier de Sardan-Normes-pratiques-articles-1.pdf ( consulté le 23
novembre 2024 : 15 p.
52
A titre d’illustration des énoncés justificatifs, des stratégies discursives et des logiques qui sous-
tendent les actions des acteurs corrupteurs , corrompus et témoins, nous nous sommes données à
recueillir les mots et expressions couramment utilisés pour traduire les pratiques corruptives.
Dans ce point, nous étudierons les signes et leur signification dans la communication en
lien avec la corruption aux humanités du quartier Kimwenza. Nous examinerons comment les
signes (tels que les mots et d’autres éléments) produisent et transmettent du sens, ainsi que les
relations entre les signes, leurs références et leurs interprétations. A l’issu de nos entretiens avec
certains cadres des écoles (personnels administratifs, enseignants, parents et élèves) à Kinshasa (qui
ont exigé l’anonymat), nous avons recueilli autour de 18 expressions couramment utilisées en
lingala, langue parlée par la majorité à Kinshasa.
1. ‘’Sombela nga mwa crédit, natalela yo’’ ( « Achète moi un peu de crédit, je regarde pour toi »: cette expression
pour le corrupteur , veut dire tout simplement, donne-moi et je te donnerai en retour ; l’échange étant souvent
basé sur l’argent , il minimise la demande pour la faire paraître insensée ou la normaliser. Cette technique est
devenu virale et presque normale dans les interactions sociales à Kinshasa où on ne peut te rendre un service
sans que tu ne puisses y participer, financièrement ou autrement.
2. ‘’Pesa ka mwa mayi’’ ( « Donne un peu d’eau, dimunitif » ) : une demande d’argent immédiate ; souvent
banalisée et considéré comme un moyen par lequel on s’excuse d’avoir utilisé le temps de la personne, de l’avoir
envoyée à faire quelque chose dont il n’a aucun bénéfice à y gagner, ce qui est socialement acceptable.
3. ‘’Opesa kaka, nakopesa pe ‘’( « Tu donnes seulement, je donnerai aussi à mon tour ») : cette expression est
souvent utilisée par les hommes pour demander le sexe à la personne en face (corrompu) ,ils parle d’un échange
sexuel comme si c’était une sorte de passage obligé pour atteindre un certain objectif.
4. ‘’Soki nasungi yo oko zala reconnaissant na ndenge nini’’ (« Si je t’aide, tu seras reconnaissant de quelle
manière » ) : c’est utilisé pour demander un service en retour ou en échange , la personne cherche à s’assurer que
le service qu’il compte offrir ne sera pas gratuit, il veut avoir des termes clairs sur le marché à conclure.
5. ‘’Tombola kaka jupe, nyoso eko kende bien’’ (« Soulève seulement la jupe, tout ira bien » ) : Souvent utilisé par
les hommes pour demander un corps à corps avec le sujet féminin ; c’est une demande de sexe direct , le sujet
évite les zones d’ombres dans le marché et s’assure que ses conditions sont soit acceptées, soit rejetées.
6. ‘’Pesa mbote ya likasu ‘’( « Donne une salutation d’argent » ) : Demande d’argent immédiate ; cette demande
s’effectue par un geste précis , celui de tendre la main à quelqu’un avec un billet de banque à lui laisser. Cette
salutation, les élèves la font avec les gardiens et les surveillants.
7. ‘’Crédit eza wapi ?’’ (« Où sont les unités ») : Le corrompu utilise ce terme pour vérifier si on lui a apporté ce
qu’il avait exigé avant de conclure le marché ou de rendre le service qu’on attend de lui.
8. ‘’Mbote yaba roulage’’ ( « La salutation des roulages » ) : Socialement connu comme les frais à donner pour
obtenir un laisser-passer sur la route, les conducteurs qui ne sont pas en accord avec les exigences de l’Office-
route en font usage, ce qui s’effectue aussi en milieu scolaire, entre enseignants et élèves, élèves et personnels
administratifs.
53
9. ‘’Olali balali yo’’ ( Tu dors , on dors sur toi ) : Cette expression pousse l’individu à tout faire pour avoir ce qu’il
cherche, à rester attentif à tous les gestes que poserai la personne de qui il attend un service , c’est une sorte de
mise en éveil.
10. ‘’Kozala kidiba té’’ ( « Ne sois pas distrait » ) : Une demande camouflée , souvent utilisée pour rappeler que les
échanges existent, que si la manière normale ne fonctionne pas, la personne qui cherche à être servie doit trouver
un moyen d’atteindre ses objectifs par un don et échange..
11. ‘’Fongola misu’’ (« Ouvre les yeux ») : Pour inciter la personne à corrompre ou accepter d’être corrompue, ce
terme est utilisé pour lancer une demande ou inciter quelqu’un à corrompre.
12. ‘’Sala kaka ndenge basalaka’’ (« Fais seulement comme on fait ») : Une demande d’argent ou de sexe immédiate
et camouflée, souvent utilisée par des grandes personnes qui tiennent à leurs fiertés malgré leurs demandes.
13. ‘’Tobongisa kaka’’ ( « Arrangeons seulement » ) : Expression utilisée souvent par le corrupteur comme le
corrompu pour demander l’échange ,une façon de dire ,bien que les normes ou l’éthique du travail ne permet pas,
nous trouverons une solution, qui est déjà bien préparée.
14. ‘’Le caresse de la main’’ : stratégie que les hommes utilisent pour exprimer les envies qu’ils ont face à la fille
vers qui ils tendent la main ; ce signe est socialement connu comme technique de drague ouverte.
15. ‘’Lomba ngai’’ (« Couvre moi d’argent ») : ici, il est question d’une demande claire et précise, qui exige une
bonne somme d’argent pour rendre un service.
16. « Pesa liboké nakatela yo kwanga » (« Donne le paquet, je te coupe la chikwangue » ) : expression souvent
utilisé pour demander le sexe et parfois l’argent, un partage des responsabilités, où chacun doit apporter une part
pour obtenir ce que chacun désire.
17. ‘’Okoki ko fungola sac to oponi masolo ya chambre’’ ( « Tu peux ouvrir le sac ou tu choisis les causeries de la
chambre » ) : C’est une offre qui inclut deux possibilités, donner de l’argent ou donner son corps.
18. ‘’Solola’’ ( « Parle « ) : Demande vague qui peut avoir comme réponse, l’argent ou le sexe ; la personne qui
attend un service est livrée à une multitude des possibilités pour obtenir le service attendu 80.
Les moments les plus propices à la corruption sont les périodes des examens et devoirs, des
tests de recrutement, d’attribution de bourse et aussi à l’occasion de transfert d’un établissement à
un autre. Concernant cette dernière pratique très présente dans les milieux scolaires secondaires et
humanités surtout, elle consiste à réinscrire un élève exclu d’un établissement public dans un nouvel
établissement public 81 . Toutes ces pratiques sont conditionnées par le versement des sommes
exigées qui varient selon la demande. Selon les enseignants et le personnel administratif, la période
la plus fréquente pour la corruption, est la période des examens scolaires, suivie par la période des
80
Enquête de terrain effectuée dans les écoles du quartier Kimwenza en 2024
81
Source : adapté de Hallak and Poisson, 2009/ consulté le 20 novembre 2024 à 11h 25’
54
inscriptions dans les établissements, la période de calculs des moyennes, et la période de retrait des
attestations82.
Au plan éducatif, la peur de l’échec, la volonté de réussir aux examens/ épreuves , la culture
du moindre effort, ainsi que l’insuffisance de connaissance, voire l’ignorance de la définition de la
corruption par certains élèves, sont les causes ou les facteurs amplificateurs du phénomène
corruptif.
Au plan socioculturel, l’on note les liens de parenté ou d’amitié, qui s’expriment parfois
sous la forme de pression sur les professeurs et les membres de l’administration. Aussi, pour
satisfaire les exigences des parents ou pour éviter leur sanction, les élèves, surtout les filles, sont
obligées de tout faire pour leur faire plaisir quel qu’en soit le prix. De plus, la recherche du gain
facile, la perte des valeurs morales, sociales et religieuses, la démission des parents dans l’éducation
de leurs enfants et leur intérêt beaucoup plus poussé vers les notes plutôt que l’enseignement même,
et l’effet de contagion sont des facteurs favorisants ce phénomène. L’éducation reçue en famille,
l’environnement scolaire et la nature de l’homme même, sont des facteurs explicatifs de la
corruption.
Beaucoup de chercheurs soutiennent que la corruption trouve ses origines dans la culture.
La culture influencerait ainsi le comportement des individus indépendamment des institutions
formelles (Gong et Wang, 2013). La culture est considérée comme l’un des facteurs pouvant
occasionner un certain « état mental » favorable à la corruption (De Graaf, 2007). Dans ce contexte
et selon Ashforth et al. (2008), la corruption peut se propager à d’autres fonctionnaires et peut
même devenir systémique en s’intégrant dans la culture de toute une société. Lorsque la corruption
devient systémique, elle devient également omniprésente et affecte tous les secteurs de la société
82
Konan kouakou Armand.Corruption en milieu scolaire.25 janv. 2022
55
(Chabal et Daloz, 1999). Dans ce cas, l’offre des services publics n’atteint pas vraiment les
citoyens. Pour cause, les détournements à grande échelle des ressources publiques créent des
mécanismes d’exclusion où une majorité des citoyens n’ont pas accès à ces ressources. Devant ce
fait accompli, tout et chacun pense qu’il faut pratiquer la corruption pour se protéger (Blundo et de
Sardan, 2007) et pour répondre à leurs besoins quotidiens (Prasad, da Silva et Nickow, 2019).
Conséquemment, la corruption devient la règle (bien ancrée dans la culture) et non l’exception.
D’ailleurs, Giorgio Blundo et Jean-Pierre Olivier de Sardan (2007 : 36) déclarent que
« le fait que tout un chacun pense qu’il faut se protéger des dysfonctionnements des services publics par la
corruption conduit tout un chacun à la pratiquer au quotidien. Ainsi les pratiques corruptives se généralisent-
elles et se banalisent-elles, augmentant encore les dysfonctionnements, les incertitudes quant à l’issue des
démarches administratives, et l’offre de corruption » (2007 : 36).
Au plan économique, l’on retient des élèves que la pauvreté et le faible revenu des
enseignants justifient cette pratique chez les parents. Chez les enseignants, c’est le faible revenu
pour l’administration. Ces raisons ne diffèrent pas de celles évoquées par les enseignants et le
personnel administratif. Ace titre et dans ces conditions, la corruption s’inscrit dans la logique de
survie. Mais il faut y adjoindre la crise socio-politique, qui secoue le pays depuis 2002, et les bas
salaires, la faiblesse du pouvoir d’achat, l’utilisation non rationnelle des revenus, le chômage qui
créent de mauvaises conditions de vie et augmentent les charges familiales et sociales.
Au plan politique, les facteurs explicatifs de la corruption sont selon les nos enquêtés,
l’impunité des enseignants, des membres de l’administration, des parents et des élèves. L’on note
en plus, l’abus du pouvoir, les programmes trop complexes et inadaptés aux exigences des
bénéficiaires, l’instabilité politique etc. Pour ce qui concerne les facteurs favorisants la corruption
chez les filles, aussi bien les élèves, les enseignants que le personnel administratif, évoquent des
raisons telles que l’amour de la facilité, le mimétisme (effet de mode), les pressions
environnementales, les stéréotypes, les ambitions, la perte des valeurs culturelles et morales, la
fragilité de la fille, la pauvreté, le manque de repère, la cupidité et l’égoïsme 83 . Les facteurs
explicatifs de la corruption sont multiples et varient d’un acteur à un autre.
83
Hallak et Poisson, 2009/ consulté le 20 novembre 2024 à 11h 25’
56
cours en classe sont survolés, dispensés avec négligence au profit des cours de renforcement.
L’enseignant manque de rigueur et son enseignement perd sa valeur instructive. On assiste à la
floraison des fascicules et des cours de renforcement, défavorisant les élèves les plus démunis qui
ne peuvent pas les acheter. Il perd aussi son rôle d’éducateur et de formateur, ce qui conduit souvent
à la démotivation, à des mauvais résultats, à une baisse du niveau des élèves et à la dévalorisation
de la fonction enseignante.
Les élèves ne sont peu motivés à l’étude et recourent à la facilité. Ils ne suivent plus les
cours. On observe des absences et des retards non justifiés aussi bien chez les élèves que chez les
enseignants. La paresse et la négligence naissent et on se conforte dans l’idée que l’argent peut tout
régler. On s’installe plus dans le souci de rechercher de quoi corrompre pour avancer que dans
l’amour de l’école et l’engouement pour les études. Il s’en suit un découragement chez les élèves
ayant la volonté de travailler et aussi chez ceux qui ne disposent pas de moyens pour corrompre. Ce
qui conduit à un manque de sérieux dans leurs études voire à l’abandon de l’école84.
Quand parents et élèves versent des pots-de-vin aux enseignants pour obtenir des résultats
non mérités, cela a des conséquences néfastes sur le système éducatif dans son ensemble, car cela
compromet la qualité de l’enseignement et de l’évaluation, et prive les élèves méritants de la
reconnaissance et de l’opportunité de poursuivre leur éducation de manière équitable. Voici
quelques-unes des conséquences négatives de la corruption dans l’achat des notes à l’école :
L’injustice pour les élèves méritants : Lorsque les notes sont achetées, les élèves les plus
méritants ne sont pas récompensés pour leurs efforts et leurs réalisations, ce qui peut miner
leur motivation et leur confiance en eux-mêmes.
La baisse de la qualité de l’enseignement : Lorsque les enseignants se sentent incités à vendre
des notes, ils peuvent être tentés de ne pas enseigner correctement ou de ne pas évaluer
correctement les élèves, ce qui peut entraîner une baisse de la qualité de l’enseignement.
La perte de confiance dans le système éducatif . Lorsque la corruption est répandue dans le
système éducatif, les élèves, les parents et les enseignants peuvent perdre confiance dans
l’intégrité et l’équité du système éducatif, ce qui peut miner l’ensemble du système éducatif.
L’accentuation des inégalités sociales : La corruption dans l’achat des notes à l’école peut
aggraver les inégalités sociales, car les élèves des familles les plus riches ont souvent plus de
moyens pour acheter des notes que les élèves des familles les plus pauvres.
84
Adapté de Hallak and Poisson, 2009/ consulté le 20 novembre 2024 à 11h 25’
57
Abordant les enjeux de la corruption en milieu scolaire, Hallak & Poisson (2009) montrent
que cette pratique influe sur l’accès à la ressource éducative, la qualité du système éducatif et
l’équité même du système éducatif. Les pratiques corruptives en milieu scolaire Congolais
entraînent des enjeux multiples qu’on peut observer non seulement au plan de la qualité des
enseignements, apprentissages mais aussi au niveau de l’image générale de l’école.
En effet, depuis une décennie, les examens de fin d’année ont toujours été entachés
d’irrégularité à cause des fraudes massives de tout genre constatées au niveau des candidats, des
parents et même des enseignants. Des diplômes d’Etat ou le Certificat de fin d’études primaire sont
désormais considérés comme des articles ou des produits qui s’achètent favorisant ainsi
l’émergence d’un marché de diplômes. Tout ceci envers et contre les bonnes pratiques
pédagogiques.
Mais à l’intérieur du système scolaire, les trafics d’influence, l’achat des notes et autres
comportements similaires contribuent à détériorer les rapports entre les différents acteurs. La
première conséquence est la perte de l’autorité de l’enseignant car, sachant que désormais tout peut
s’acheter à l’école, certains élèves s’adonnent volontiers à des pratiques malsaines caractérisées par
l’indiscipline ou l’incivilité dont les enseignants sont les principales victimes.
En effet, beaucoup de travaux mettent l’accent sur les cours privés organisés par les
enseignants (Abdourahamane, 2015). L’enseignant hanté par l’idée de renforcer son pouvoir d’achat
à travers les cours privés ou autres pots de vin se focalise plutôt sur le cours de remédiation que le
cours officiel. En outre, les élèves inscrits à la remédiation bénéficient plus de l’attention du maitre
que les autres. La mutation des pratiques des acteurs du système éducatif entraîne forcément la
transformation de la société au point où la corruption n’est plus perçue comme un
dysfonctionnement mais un préliminaire à chaque service 86 . La pratique de la corruption
compromet l’intégrité et la fiabilité des modes de certification de l’enseignement, en induisant le
85
https://cerc.cd/fr/la-corruption-entraine-une-baisse-de-la-qualite-de-lenseignement en rdc/#:~:text= Cela % 20 a %
20 des % 20 cons % C3 % A9 quences % 20 n % C3% A9 fastes, leur % 20% C3% A9 education % 20 de % 20mani %
C3% A8re% 20%C3% A9quitable.Consulté le 4 décembre à 10h 15
86
Konan kouakou Armand.Corruption en milieu scolaire.25 janv. 2022
58
scepticisme sur la validité des résultats et le soupçon sur la réalité des performances scolaires. Il est
de notoriété que la participation aux examens de fin d’années pour la surveillance et les corrections
des épreuves représentent un enjeu pour les enseignants. Car, en plus des primes dont ils
bénéficieraient, certaines pratiques officieuses permettraient d’avoir de l’argent. C’est la fameuse
pratique des réseaux de correcteurs. Ce qui, en partie, expliquerait aussi la baisse de niveau
constatée à tous les niveaux du système éducatif87
• Loi n° 04/016 DU 19 juillet 2004, portant lutte contre le blanchiment des capitaux et le
financement du terrorisme.
En 2005 :
• Loi n° 05/006 du 29 Mars 2005 modifiant et complétant le Décret du 30 janvier 1940 portant
Code Pénal Congolais/Section VII.
En 2006 :
87
Mohamed Moctar ABDOURAHAMANE/Etude des manifestations de la corruption dans le système Scolaire nigérien
à partir des collèges de Niamey / consulté le 18 novembre à 17h 14’
88
APLC, Stratégie nationale de lutte contre la corruption 2022-2026, Kinshasa, 2023, pp.65-68.
59
Selon le paragraphe 3 de l'article 180 de la Constitution de 2006, « la Cour des Comptes est habilitée à contrôler,
selon les modalités définies par la loi, la gestion des finances de l'État, des biens publics, ainsi que les comptes des
provinces, des entités territoriales décentralisées et des organismes publics. Elle doit publier un rapport annuel, remis
au Président de la République, au Parlement et au Gouvernement, et ce rapport est également publié au Journal
officiel ».89 Dès 2006, il est devenu impératif de renforcer les contrôles financiers afin de lutter contre la corruption.
En RDC, la lutte contre la corruption est devenue une priorité en réponse à divers facteurs et situations qui ont
révélé l'ampleur du problème et ses effets néfastes sur le pays, notamment la détérioration économique et la mauvaise
gestion, les nombreux conflits armés et guerres civiles, donnant naissance à plusieurs mesures. La Constitution de la
RDC « inclut des clauses concernant la lutte contre la corruption, promouvant des valeurs clés comme la
transparence, l'intégrité, la responsabilité et la bonne gouvernance. De plus, elle met en place des organes et des
mécanismes de surveillance pour prévenir et combattre la corruption ».
La Constitution de 2006 et la loi n° 15/006 du 17 mars 2015 réformant la Loi n° 06/006 du 09 mars 2006 sur la
gouvernance sont des références légales essentielles dans la lutte contre la corruption. Les mesures légales de lutte
anticorruption comprennent les éléments suivants :
Mise en place d'institutions anti-corruption : ‹‹ La Constitution prévoit l'établissement d'une entité
administrative autonome dédiée à la lutte contre la corruption, connue sous le nom de Commission Nationale
de Prévention et de Lutte contre la Corruption (CNPCC) ››. (Articles 211 à 214 de la Constitution) ;
Obligations des représentants élus et des fonctionnaires ;
Les élus et les fonctionnaires encourent des responsabilités pénales, civiles et disciplinaires en cas de
corruption ou de malversation dans l'exercice de leurs fonctions, selon l'article 72 de la Constitution.
La loi définit les peines pénales, administratives et disciplinaires qui s'appliquent en cas de corruption, de trafic
d'influence, de concussion, d'enrichissement illicite et d'autres infractions connexes. Elles sont stipulées dans la loi n°
15/006 (Articles 10 à 19) ›› :
Protection des informateurs : ‹‹ La loi n° 15/006 inclut des dispositifs de protection pour les individus qui
signalent de manière crédible des actes de corruption ou des pratiques illicites. Ces mesures englobent la
confidentialité, l'anonymat et l'interdiction de toute forme de représailles à l'égard des lanceurs d'alerte ››.
(Articles 57 à 61) ;
89
Constitution de la RDC de 2006, Journal Officiel 47è année, Kinshasa 18 février 2006, numéro spécial, p.100.
60
La loi n° 15/013 du 1er août 2015 sur la prévention et la répression de la corruption : Cette législation constitue
le cadre juridique global de la lutte contre la corruption en RDC. ‹‹ Elle précise les comportements constitutifs
de corruption, prévoit des sanctions pénales pour ces actes, instaure des dispositifs de prévention et de
détection de la corruption, et met en place des institutions spécialisées comme l'Autorité de lutte contre la
corruption (ALC) ››.;
Code pénal congolais comprend des articles spécifiques concernant la corruption, englobant des infractions
telles que la corruption active et passive, le trafic d'influence, la concussion, le détournement de fonds publics,
la prise illégale d'intérêts, ainsi que d'autres formes de corruption dans les secteurs public et privé.
L'article 145 du Code Pénal Congolais énonce que « toute personne exerçant des fonctions publiques ou
parastatales, ou représentant les intérêts de l'État dans des entreprises privées ou parastatales en tant
qu'administrateur, gestionnaire, commissaire aux comptes ou autre, ainsi que tout mandataire ou agent de ces
personnes, qui détourne des fonds publics ou privés, des biens assimilés, des documents, des titres, des actes ou des
biens meubles qui lui sont confiés en raison de ses fonctions, est passible d'une peine de un à vingt ans de travaux
forcés ››.
En 2011 la Constitution de 2006 a été modifiée « pour améliorer l'administration entre autres mais aussi
amélioré la lutte contre la corruption et les abus de pouvoir en établissant des institutions de contrôle indépendantes,
en augmentant la responsabilité des fonctionnaires, et en prévoyant des sanctions pour les actes de corruption et les
abus ».90
En 2012 :
• Décret n°16/020 du 16 juillet 2016 fixant les statuts d’un Etablissement Public dénommé
Observatoire de Surveillance de la Corruption et de l’Ethique Professionnelle, en sigle
‘’O.S.C.E.P.’’ ;
• Loi n°16/029 du 08 novembre 2016, autorisant la ratification de la Convention de l’Union
Africaine sur la Prévention et la lutte contre la Corruption.
En 2019 :
90
Constitution de la RDC de 2011, Journal Officiel 52è année, Kinshasa le 5 février 2011, numéro spécial p.20.
61
La corruption est un fléau qui entrave la croissance économique de la RDC et maintient le pays
dans une pauvreté persistante. Ces dernières années, les dirigeants ont jugé crucial de mettre en
place des structures pour soutenir les actions de lutte contre la corruption. La RDC a mis en place
diverses institutions de contrôle des finances publiques et de lutte contre la corruption, à savoir :
b. Le contrôle fait par l’Inspection Générale des Finances, IGF (contrôle administratif)
L’Inspection Générale des Finances (IGF) effectue des contrôles à la fois concomitants
et rétrospectifs sur la gestion financière des fonds publics, y compris les recettes et les dépenses
publiques. « En tant qu’institution chargée de la supervision, de l’audit et de la vérification des
finances publiques, l’IGF assure des contrôles financiers, de conformité, de gestion, de
Performance et de lutte contre la corruption. Ces actions sont essentielles pour garantir une gestion
transparente et efficace des finances publiques, renforçant ainsi la confiance des citoyens et
stimulant le développement socio-économique ».
62
91
https//actualitécd/2024/18/luttecontrelacoruptionenrdclodepdemande_felixtshisekdidedoterlacourdescomps Consulté
le 28 novembre 2024 à 8h30’
63
Établi sous l’égide des Nations Unies, « le GTIC facilite l’échange d’informations et de
bonnes pratiques entre les États membres afin de renforcer leurs capacités à prévenir et à combattre
la corruption »94.
C . Transparency International
92
https://doi.org/10.4000/ries.9985/Le système éducatif de la République démocratique du Congo et ses principaux
défis. Consulté le 8 décembre 2024 à 10h 24’ Bureau du quartier 2019 ) consulté le 2 décembre 2024 à 14h 12’
93
Mémoire Danny, scribd.cd consulté le 3 décembre 2024 à 10h 09’
94
https://doi.org/10.4000/ries.9985/Le système éducatif de la République démocratique du Congo et ses principaux
défis. Consulté le 8 décembre 2024 à 10h 24’ Bureau du quartier 2019) consulté le 2 décembre 2024 à 14h 12’
95
Mémoire Danny, scribd.cd consulté le 3 décembre 2024 à 10h 09’
64
« Forces
1. La ratification des instruments internationaux de lutte contre la corruption (la Convention des Nations Unies
Contre la Corruption « CNUCC » et le Protocole de la SADC contre la Corruption) ;
2. La signature du Pacte national anticorruption entre le secteur public, le secteur privé et la société civile ;
3. Des poursuites sont engagées et des jugements sont rendus ;
4. La tenue des états généraux de lutte contre la corruption ;
5. La révisitation de la stratégie nationale de lutte contre la corruption ;
6. Fréquence de participation de la RDC aux conférences internationales de lutte contre la corruption (ONUDC)
et le blanchiment des capitaux (GABAC et autres) ;
7. Implication du Président de la République dans la lutte (Volonté /Engagement Politiques exprimée par le
Président de la République ; présidence du Comité de Pilotage de l’APLC) ;
8. Médiatisation des procès de corruption ;
9. Existence de l’Agence de Prévention et de lutte contre la corruption.
Faiblesses
Opportunités
1. Tenues des états généraux de la lutte contre la corruption ;
2. Aspiration des citoyens à la bonne gouvernance et à la lutte contre la corruption ;
3. Bancarisation de la paie des Fonctionnaires de l’Etat ;
4. Existence des canaux diversifiés pour dénoncer ;
5. Existence des avant-projets, projets et propositions de loi pour compléter le cadre légal de lutte anti-corruption.
Menaces
1.Faible engagement de la classe politique dans la lutte contre la corruption ;
2. Complicité des agents publics de l’Etat dans les actes de corruption avec les tiers ;
3.Communautarisation ou tribalisation des procès anti-corruption ;
4.Les immunités et privilèges de juridiction ;
5. Interférences politiques dans les procès anti-corruption ;
6. Trafic d’influence dans les procès anticorruptions ».
96
APLC, Stratégie Nationale de Lutte contre la Corruption 2022-2026, 1 décembre 2021,pp.34-37.
65
Chez les enseignants, il faut les sensibiliser sur les méfaits de la corruption et sur l’éthique et la
déontologie de leur métier. Il faut les responsabiliser dans leur tâche. De plus, il faut rehausser leur
salaire et améliorer leurs conditions de vie et de travail par l’octroi de primes comme c’est le cas
dans les régis financières ; puis sanctionner quand il le faut. Enfin , ils doivent inciter les enfants au
travail et leur servir de modèle.
97
APLC, Op.cit, consulté le 24 novembre 2024 à 11h 12
66
Au niveau de l’administration
Dans l’administration, il faut que le personnel soit sensibiliser sur les dangers du
phénomène, mettre en place un système de contrôle pour punir les agents indélicats et créer des
clubs de lutte et des lignes vertes pour dénoncer et vulgariser les informations sur les corrompus et
les corrupteurs, afin de décourager les éventuels acteurs et instaurer la rigueur. Aussi, faut-il
améliorer les infrastructures existantes, construire de nouvelles écoles pour désengorger celles qui
existent et informatiser toute l’administration pour mettre en place des banques de données afin de
mieux contrôler les effectifs scolaires. Enfin, il faut rehausser les salaires et payer correctement les
indemnités d’examen puis être stricte dans le recrutement des enseignants98.
Au niveau des parents, ils doivent être sensibilisés à la morale et à l’éthique et aux effets
néfastes de la corruption. De plus, il faut les amener à renforcer l’éducation familiale pour éloigner
les enfants de la facilité99. Ils doivent également être plus responsables en évitant de se présenter
dans les centres d’examens lors des compositions, comprendre et accepter les résultats des enfants.
Enfin, ils doivent se former et s’informer pour lutter contre l’analphabétisme et l’ignorance en vue
d’être des modèles.
Au niveau des élèves, ils doivent être sensibilisés sur les valeurs morales (honnêteté, goût de
l’effort, rigueur), pour une prise de conscience de leur capacité et éviter la facilité. Il faut
encourager les plus méritants par des prix et des bourses et sanctionner les élèves corrupteurs et
corrompus.
Enfin, écouter et aider les victimes des actes de corruption par une meilleure communication
entre les acteurs de l’école à travers la création de structure ou de cellule d’écoute. Chez les filles en
particulier, il faut une réglementation des tenues scolaires et une sensibilisation sur les effets de la
séduction (Infections sexuellement transmissibles, grossesses précoces et/ou indésirées ou à risques,
abandon de l’école, etc.). De plus, il faut cultiver les valeurs religieuses, la confiance, l’ambition et
l’estime de soi. Enfin, montrer l’importance de l’instruction qui, au-delà des notes, vise la formation
intégrale et l’insertion sociale de l’individu.
98
Source : adapté de Hallak and Poisson, 2009/ consulté le 20 novembre 2024 à 11h 25’
99
Konan kouakou Armand.Corruption en milieu scolaire.25 janv. 2022
67
Le combat contre la corruption n’est pas l’exclusivité d’un secteur ou d’un acteur engagé de
manière isolée dans le processus. Il doit être mené en concertation et en synergie avec des services,
institutions et autorités impliqués dans la lutte. Chaque maillon de la chaîne du système devra placer
en orbite un inhibiteur anti-corruption susceptible de neutraliser la corruption. La coordination du
cadre fonctionnel du combat contre la corruption se définirait, en théorie de bonne gouvernance,
comme l’unité centrale de gouvernance qui met en interaction un ensemble de dispositifs, de
structures poursuivant le même objectif : l’éradication ou la réduction de la corruption. Il s’agit de :
Lutter contre la corruption permet aux gouvernements de renforcer leurs systèmes éducatifs :
c’est une condition préalable aux Objectifs de développement durable des Nations Unies, parmi
lesquels la nécessité d’assurer à tous une éducation de qualité. Lancé en 2001, le programme de
l’IIPE pour l’éthique et la lutte contre la corruption renforce les stratégies de planification qui
favorisent une culture de l’éthique et de la lutte contre la corruption dans le secteur de l’éducation,
en intégrant les principes de transparence et de redevabilité au niveau politique.
a. Manifestations de la Corruption
Les résultats de l’étude révèlent que la corruption dans le système éducatif à Kimwenza se
manifeste principalement par la vente de notes, les pots-de-vin, du favoritisme, des fraudes aux
examens, le trafic d’influence et les abus de pouvoir. Ces pratiques sont souvent perçues comme des
normes acceptées, ce qui souligne une culture de la corruption profondément ancrée. Par exemple,
68
le fait que des élèves paient pour obtenir de meilleures notes ou pour accéder à des ressources
éducatives montre une inégalité systémique qui désavantage les élèves issus de milieux défavorisés.
Les résultats montrent que tous les acteurs éducatifs y sont impliqués : les élèves, les
enseignants, les administrateurs, et même les parents s’adonnent à des pratiques corruptives. Les
enseignants, souvent mal rémunérés, peuvent être tentés de céder à la corruption pour améliorer leur
situation financière. Les parents, désespérés de voir leurs enfants réussir, peuvent également
encourager ces comportements. Ce cercle vicieux souligne la complexité du phénomène, où chaque
acteur est à la fois victime et complice.
d. Stratégies de lutte
Les stratégies proposées pour lutter contre la corruption incluent la sensibilisation des
acteurs, le renforcement des mécanismes de contrôle, et l’amélioration des conditions de travail des
enseignants. Cependant, la mise en œuvre de ces stratégies est entravée par plusieurs facteurs,
notamment le manque de ressources et l’absence d’une volonté politique forte.
La majorité des données provenant plus de nos enquêtes de terrain que des sources
documentaires dont les dossiers judiciaires, les rapports des institutions de contrôles (IGF, ODEP,
Cours de Compte), nous n’avons pas pu analyser des pratiques concrètes de la « grande
corruption ». Quelques entretiens menés avec quelques informateurs -clés sont insuffisants. Le
caractère opaque des pratiques corruptives ne nous ont pas permis de mesurer les ressources et
montants échangés, ni de déterminer l’ampleur du phénomène, voire d’analyser les issues des
affaires. Objet caché par nature, beaucoup d’aspects du «complexe de la corruption» n’ont pas été
dévoilés dans cette étude qui s’est voulue exploratoire et on en convient.
69
Quant à nos perspectives d’avenir, nous aimerions garder et être au contact avec notre objet
d’étude, à savoir, les pratiques quotidiennes de la corruption au sein des écoles. Ainsi, dans nos
études ultérieures, nous envisageons de faire des enquêtes de terrain intensives et d’élargir l’étude
du phénomène de la corruption dans d’autres écoles et dans d’autres secteurs et sous-secteurs de la
vie nationale. D’où la nécessité de considérer cet étude comme un essai, une ébauche à compléter et
à approfondir dans un avenir proche.
3.3. Recommandations
Au terme de notre étude sur les pratiques de la corruption au sein des écoles humanités du
quartier Kimwenza, nous proposons des recommandations aux acteurs du terrain (élèves, parents,
enseignants, Personnels administratifs) , des écoles et au Ministère de l’enseignement en tenant
compte des recommandations faites par l’APLC, que nous résumons en quelques points comme
suit :
Suivi et Évaluation : Les ONG peuvent mettre en place des mécanismes de suivi pour
évaluer l’impact des politiques éducatives et signaler les cas de corruption.
2. Associations de Parents d’Élèves
Mobilisation Communautaire : Ces associations peuvent mobiliser les parents pour qu’ils
s’engagent activement dans la lutte contre la corruption au sein des écoles ;
Création de Comités de Surveillance : Elles peuvent établir des comités pour surveiller les
pratiques scolaires et défendre les droits des élèves ;
Dialogue avec les Écoles : Faciliter un dialogue constructif entre les parents et les
établissements scolaires pour aborder les préoccupations relatives à la corruption.
3. Églises et Communautés Religieuses
Éducation Morale : Les églises peuvent jouer un rôle clé dans l’éducation morale des
jeunes, en prêchant des valeurs d’honnêteté et d’intégrité ;
Soutien aux Initiatives Anticorruption : Elles peuvent soutenir et participer à des initiatives
locales de lutte contre la corruption, en collaborant avec d’autres acteurs de la société civile ;
Médiation : Les leaders religieux peuvent agir en tant que médiateurs pour résoudre les
conflits liés à la corruption dans le milieu éducatif.
4. Partenaires Internationaux
Financement de Projets : Les partenaires internationaux peuvent financer des projets visant
à améliorer la transparence et l’intégrité dans le système éducatif ;
Partage de Bonnes Pratiques : Ils peuvent partager des expériences et des modèles de
réussite d’autres pays dans la lutte contre la corruption ;
Formation et Renforcement des Capacités : Offrir des formations aux acteurs locaux sur la
gestion éthique et la transparence dans le secteur éducatif.
Au Ministère de tutelle
1. Politiques anticorruption
Cadre Juridique : Établir des lois spécifiques contre la corruption dans l’éducation ;
Stratégies Nationales : Développer une approche coordonnée pour lutter contre la
corruption.
2. Transparence
Rapports annuels : Publier des rapports sur l’utilisation des fonds éducatifs.
Accessibilité : Rendre les informations éducatives publiques et faciles d’accès.
3. Formation et Sensibilisation
Formations Régulières : Proposer des sessions sur l’éthique pour le personnel éducatif ;
72
Sensibilisation des Élèves : Éduquer les élèves sur les dangers de la corruption.
4. Contrôle et Audit
Audits Fréquents : Effectuer des vérifications régulières des établissements scolaires ;
Signalement Anonyme : Mettre en place des systèmes pour signaler les abus.
5. Collaboration avec la Société Civile
Partenariats : Travailler avec des ONG et des associations de parents ;
Forums de Dialogue : Créer des espaces d’échange sur les problématiques de corruption.
6. Suivi et Évaluation
Indicateurs de Performance : Établir des critères pour mesurer l’efficacité des politiques ;
Rapports de Suivi : Évaluer régulièrement l’impact des initiatives anticorruption.
Aux pouvoirs publics : État central et local
Renforcer l’intégrité et la transparence dans le secteur éducatif à travers des actions
coordonnées entre l’État central et local. Principales recommandations ;
Promulguer des lois anticorruption et adapter celles-ci aux contextes locaux ;
Impliquer les communautés dans la budgétisation et assurer un suivi rigoureux des
dépenses ;
Publier des rapports réguliers sur les dépenses éducatives et créer des plateformes
d’information accessibles ;
Offrir des formations éthiques aux agents publics et lancer des campagnes de sensibilisation
sur les impacts de la corruption ;
Encourager les partenariats public-privé et faciliter la coopération entre différentes
institutions ;
Instituer des audits indépendants des établissements scolaires et mettre en place des
systèmes de signalement pour la corruption ;
Établir des indicateurs de performance et publier des rapports d’évaluation réguliers des
politiques éducatives.
CONCLUSION GENERALE
73
Menée dans une perspective qualitative, cette recherche est une reconstruction de cas de la
corruption quotidienne grâce à la recherche documentaire (archives et documents de presse) et à
l’approche socio-anthropologique ( observation participante et description ethnographique,
entretiens semi-directifs et études des cas). C’est ici le lieu de rappeler brièvement les résultats.
En effet, cette modeste étude révèle que l’école congolaise rencontre plusieurs difficultés en
l’occurrence le phénomène de la corruption qui prend de plus en plus de l’ampleur sous plusieurs
formes : ventes/ achat/ trafic des notes, tricherie, fraude, pot de vin, favoritisme, abus sexuel ou
droit de cuissage, abus de pouvoir, détournement ; etc. Bien que vécues tout au long de l’année
scolaire, les pratiques corruptives se manifestent de plus en plus en périodes des examens
(épreuves), et sont causées entre autres par la peur de l’échec, la culture de la facilité, la pauvreté et
le faible revenu des enseignants (débout et assis) , l’impunité dans un environnement socio-culturel
constituant lui-même un terreau favorable à la corruption. Tous les acteurs éducatifs y sont
impliqués, chacun avec ses raisons, stratégies et logiques d’actions. En conséquences, la qualité de
l’offre éducative/ enseignement s’effondre , rendant le produit (élève) médiocre, et l’école
congolaise a ainsi perdu sa crédibilité interne et externe. Pour y faire face, il convient de mettre en
œuvre des actions concertées: prévention de la corruption ; sensibilisation sur les effets de la
corruption ; communication pour le changement des mentalités, comportements et pratiques ;
promotion des bonnes pratiques ; la transparence dans la gestion et la gouvernance éducative ; la
détection et la sanction des actes corruptifs ; la promotion d’une culture de l’effort et de la
méritocratie ; etc.
citoyens envers le système éducatif. Ces changements ne se feront pas du jour au lendemain, mais
avec un engagement soutenu et une volonté politique forte, il est possible de bâtir un système
éducatif plus juste, équitable et performant.
Cette socio-anthropologie politique sur les pratiques de corruption dans les Humanités à
Kimwenza, a permis de comprendre et d’identifier les formes élémentaires régulièrement observées
de la petite corruption quotidienne, les facteurs favorables ainsi que les conséquences de ce fléau
sur les biens et services éducatifs. Il a également permis d’identifier les acteurs et les institutions qui
y sont impliqués, les stratégies et logiques qui sous-tendent leurs actions. Des recommandations et
suggestions ont été proposées pour combattre la corruption, sinon, en réduire l’ampleur et l’impact.
Nous espérons que cet essai d’analyse socio-anthropologie qui mérite d’être poursuivie et
complétée au niveau de notre Master, « en mettant au jour la complexité des processus corruptifs et
leur enchâssement dans toute une série de pratiques scolaires, administratives, sociales et
culturelles, pourrait aider à la mise en œuvre des réformes efficaces pour lutter contre la corruption,
et contribuer ainsi à la reconstruction du service public de l’éducation, loin des injonctions
inefficaces, des discours hypocrites et des mesures cosmétiques qui régissent trop souvent la
prétendue lutte anticorruption ».
La corruption a été pour nous une « entrée » plus qu’un objet de recherche autonome.
En déroulant et en suivant le fil des pratiques corruptives, nous débouchons finalement sur la
« gouvernementalité » ou la « gouvernance », sur la production et la délivrance des biens et services
publics, bref, sur « l’Etat au quotidien », les mécanismes concrets par lesquels l’Etat africain en
général et Etat congolais en particulier, fonctionne au quotidien et les logiques sociales, culturelles
et politiques qui contribuent à son déploiement ou à sa désarticulation, voire au disfonctionnement
de l’action publique dans le secteur éducatif.
Dans cette perspective, nous avons considéré la ‘’corruption’ ‘ comme une porte d’entrée
pour explorer le fonctionnement réel et le processus de socialisation des institutions publiques et
75
privées, en l’occurrence ici, l’école publique et privée congolaise, mais également pour repérer les
espaces de non-droit et en dehors du contrôle de l’Etat. A ce titre, la ‘’corruption’’ a pu servi
d’indicateur privilégié pour l’analyse des formes concrètes de l’espace public et de l’éthique
professionnelle des fonctionnaires ( enseignants, administratifs, chefs d’établissement, haut
fonctionnaires ministériels) ou encore des rapports entre administration scolaire et populations. Cet
espace est composé de relations et interactions entre fonctionnaires, usagers et intermédiaires qui
déterminent le fonctionnement réel, « pour de vrai », selon l’expression de Jaffré (1999).
Comme toute œuvre humaine, ce travail est perfectible ; il reste nécessairement incomplet et
est destiné à être dépassé par des recherches ultérieures. Tel est le souhait que nous formulons pour
cet essai, car alors, il aura accompli son œuvre. Ainsi s’ouvrent pour nous, de nouvelles
perspectives de recherches sur la corruption dans d’autres secteurs publics et sur de nouvelles
échelles.
76
I. Articles et ouvrages
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Bayard, J.-F., 1989, L’Etat et l’Afrique. La Politique du ventre, Paris : Fayard.
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- 2000, Monnayerlespouvoirs :Espaces,mécanismes etreprésentationsdelacorruption, Genève : Graduate Institute
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1. Constitution de la RDC de 2006, Journal Officiel47è année, Kinshasa 18 février 2006, numéro spécial.
2. Loi n° 08/008 du 7 juillet 2008, Journal officiel, 49 e année n° spécial du 12 juillet 2008.
3. Loi n° 08/008 du 7 juillet 2008, Journal officiel, 49e année n° spécial du 12 juillet 2008.
4. Le paragraphe 3 de l’article 180 de la Constitution de 2006.
5. La Constitution de 2006 et la loi n° 15/006 du 17 mars 2015 réformant la Loi n° 06/006 du 09 mars 2006.
6. La Constitution de 2006 et la loi n° 15/006 du 17 mars 2015 réformant la Loi n° 06/006 du 09 mars 2006.
7. 43Constitution de la RDC de 2006, Journal 18 février 2006.
8. L’article 72 de la Constitution (Articles 211 à 214 de la Constitution.
77
-Source : Agence de Prévention et de Lutte contre la Corruption • APLC/ consulté le 24 novembre à 11h 12
-Source ; enquête de terrain effectuée dans les écoles du quartier kimwenza en 2024
-https://cerc.cd/fr/la-corruption-entraine-une-baisse-de-la-qualite-de-lenseignement-
enrdc/# :~ :text=Cela%20a%20des%20cons%C3%A9quences%20n%C3%A9fastes,leur%20%C3%A9ducation%20de
%20mani%C3%A8re%20%C3%A9quitable. Consulté le 4 décembre à 10h 15
-Source : adapté de Hallak and Poisson, 2009/ consulté le 20 novembre à 11h 25’
-https://fr.scribd.com/document/554957604/la-corruption-en-milieu-scolaire/ consulté le 18 novembre à 20h 10
-Mohamed Moctar ABDOURAHAMANE/Etude des manifestations de la corruption dans le système Scolaire nigérien à
partir des collèges de Niamey / consulté le 18 novembre à 17h 14’
-Enquête de terrain effectuée au lycée kimwenza le 18 novembre à 10h 20
-https://fr.scribd.com/document/554957604/la-corruption-en-milieu-scolaire / consulté le 9 décembre à 11h 25’
-https://www.usabilis.com/definition-focus-group/
-Enquête de terrain effectuée à l’école sainte rita le 2 décembre à 10h 20
-Enquête de terrain effectuée au complexe scolaire pierre Bouvet, le 4 décembre à 12h 35’.
-Enquête de terrain effectuée au complexe scolaire pierre Bouvet le 5 décembre à 12h 50’.
-https/ radiookapi.net / consulté le 18 novembre à 10h 35’.
-Enquête de terrain effectuée au complexe scolaire les Oscars le 2 décembre 2024.
-https/ Dépêche.cd consulté le 18 novembre à 16h 22.
-https/ radiookapi.net / consulté le 18 novembre à 10h 35’.
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https://sociology.institute/introduction
-Tosociology/talcottparsonsrobertmertonsociologicalfunctionalism/ consulté le 20 novembre 2024 à 14h1
-https://www.linternaute.fr/expression/langue-francaise/17187/histoire-immediate/consulté lundi 9 décembre 2024 à 13h