SAVOIR ET COMPRENDRE
© AFM / R. Bourguet
© AFM - L. Audinet
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REPÈRES
Évaluation
de la fonction
respiratoire
dans les maladies
neuromusculaires
FÉVRIER 2009
Les maladies neuromusculaires se caractérisent par le développement
d’une faiblesse musculaire qui atteint les muscles respiratoires.
Cette faiblesse retentit sur la qualité de la respiration. Des bilans réguliers
de la fonction respiratoire font la part des conséquences de la faiblesse
musculaire et guident les modalités de prise en charge pour les compenser
et améliorer la qualité de vie.
Comment fait-on l’évaluation clinique et biologique de l’atteinte respiratoire ?
Comment évalue-t-on la capacité vitale ? A quoi sert la mesure des
volumes pulmonaires ? Dans quel but mesurer les pressions sanguines
en CO2 et en O2 ? Pourquoi et comment évaluer la capacité à la toux ?
Ce “Repères” fait le point sur ces questions. Quatre autres “Repères”
le complètent : “Fonction respiratoire et maladies neuromusculaires”,
“Prise en charge respiratoire des maladies neuromusculaires”, “Ventilation
non invasive et maladies neuromusculaires”, “Trachéotomie et maladies
neuromusculaires”.
SAVOIR ET COMPRENDRE REPÈRES
Les bilans respiratoires :
suivre l’atteinte respiratoire
P OUR INFO
L’évaluation systématique et régulière de l’atteinte respiratoire dans
les maladies neuromusculaires permet de dépister une diminution de
Physiologie respiratoire
l’efficacité de la fonction respiratoire dès qu’elle apparaît. La prise en
et syndrome restrictif
charge la mieux adaptée peut alors être définie et mise en place.
La respiration comprend deux fonc-
tions :
Pourquoi effectuer un bilan tions (mucus) produites par les voies
• la ventilation (mouvements d’ins-
respiratoires et qui servent à capturer
respiratoire ? piration et d’expiration) réalisée par
les impuretés inhalées lors de la res-
la pompe respiratoire (muscles res-
Le bilan respiratoire fournit une éva- piration : lorsqu’elle est moins effica-
piratoires, thorax, rachis) ;
luation qualitative et quantitative ce, les sécrétions bronchiques s’ac-
• les échanges gazeux entre le CO2
de la fonction respiratoire. En effet, cumulent et encombrent les voies
et l’O2. Cet échange appelé héma-
dans les maladies neuromusculaires, respiratoires. La qualité de la ventila-
tose a lieu dans les alvéoles pul-
elle peut s’altérer progressivement à tion s’en trouve diminuée d’autant.
monaires, entre l’air alvéolaire et le
mesure que les muscles respiratoi-
sang des capillaires qui les entou-
res s’affaiblissent (diaphragme, mus- Les résultats des bilans respiratoires
rent. Ils permettent d’éliminer le
cles du thorax, abdominaux…). Les déterminent les modalités de la prise
CO 2 produit par l’organisme et
mouvements respiratoires (inspira- en charge pour qu’elle réponde aux
d’alimenter ce dernier en O2.
tion, expiration) perdent alors de leur spécificités de la personne.
Le syndrome restrictif correspond
amplitude : les volumes d’air inspirés
à une réduction des volumes d’air
et expirés deviennent inférieurs à la Quand réaliser un bilan mobilisés lors de la respiration :
normale (c’est le syndrome restrictif)
respiratoire ? les volumes d’air qui parviennent
et alimentent insuffisamment l’orga-
aux alvéoles ou qui en sortent sont
nisme en air riche en oxygène (O2). Un bilan respiratoire est proposé et
diminués et les échanges gazeux
Parallèlement, la faiblesse des mus- pratiqué systématiquement dans les
CO2/O2 sont moins efficaces.
cles expiratoires (muscles du thorax, maladies neuromusculaires connues
Le syndrome restrictif est la pre-
abdominaux) provoque une diminu- pour avoir un retentissement res-
mière manifestation de l’atteinte
tion de la qualité de la toux. Or, la piratoire : généralement, deux fois
respiratoire dans les maladies neu-
toux assure l’élimination des sécré- par an chez l’enfant et une fois par
romusculaires. À terme, il entraîne
an chez l’adulte. Il peut être propo-
une difficulté à éliminer le CO2 pro-
sé dans les autres pathologies éga-
duit par l’organisme qui entraîne à
Sommaire lement si nécessaire.
Certaines manifestations évocatri-
ces d’une insuffisance respiratoi-
son tour une diminution du renou-
vellement de l’O2 sanguin. Très pro-
Les bilans respiratoires : gressivement, lorsque la faiblesse
re doivent amener à consulter pour
suivre l’atteinte respiratoire 2 musculaire s’accentue, l’insuffi-
faire évaluer la fonction respiratoire :
Examen clinique sance respiratoire s’installe.
mauvais sommeil, réveils multiples
et imagerie ..............................4 au cours de la nuit, maux de tête au
Explorations fonctionnelles réveil, baisse de l’attention pendant liers pour mettre en route rapide-
respiratoires (EFR), la journée, augmentation soudai- ment une prise en charge adaptée si
Spirométrie ............................4 ne de la difficulté à respirer, encom- nécessaire.
Gazométrie : évaluer brements bronchiques à répétition, En effet, le déficit ventilatoire pro-
la qualité des échanges perte d’appétit, perte de poids, peti- gresse de manière imperceptible. Il
gazeux O2 /CO2 ........................6 tes difficultés à avaler. Les bilans peut s’accentuer brutalement à l’oc-
doivent être systématiques et régu- casion d’une complication médica-
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Évaluation de la fonction respiratoire dans les maladies neuromusculaires
Les bilans respiratoires regroupent un bilan clinique et des examens complémentaires
La plupart des examens complémentaires sont des examens utilisés couramment. Ils donnent des indices du niveau
de l’atteinte respiratoire. Ils peuvent être éventuellement complétés par des explorations plus complexes.
Bénéficier d’un suivi médical régulier sur le plan respiratoire c’est savoir où en est
son statut respiratoire pour prévenir les situations aggravantes et bénéficier d’une prise
en charge adaptée qui permet de se sentir mieux.
BILAN RESPIRATOIRE Explorations fonctionnelles
respiratoires (EFR)
QUAND ?
En fonction de la maladie et de l’atteinte respiratoire ➜ Mesure de la capacité vitale (CV)
(généralement au moins 1 fois par an chez l’adulte et des volumes pulmonaires (reflets de
et au moins 2 fois par an chez l’enfant). la composante ventilatoire de la fonction
respiratoire).
OÙ ?
En laboratoire d’exploration fonctionnelle. ➜ Mesure des pressions inspiratoires et
expiratoires (PI Max et PE Max).
➜ Mesure de la capacité à la toux (mesu-
re du débit expiratoire de pointe à la toux
Bilan clinique Gazométrie - oxymétrie - DEP) : indique la capacité à éliminer les
Imagerie (radiographie, sécrétions bronchiques avec ou sans aide
➜ Mesure de la quantité de CO2
scanner) extérieure.
et d’O2 dans le sang artériel
➜ Evaluation des poumons, nocturne ou diurne : détermine ➜ Polysomnographie, polygraphie
des muscles, des articulations, le degré d’insuffisance respira- Analyse de la fonction respiratoire
du squelette… toire (hypercapnie, hypoxie). pendant le sommeil.
POUR INFO
le (infection, surcroît de fatigue…)
Examen clinique et examens complémentaires
et provoquer une décompensation
aiguë, c’est-à-dire une incapacité Les bilans comprennent un examen clinique et, si nécessaire, des examens complémen-
(transitoire) de l’organisme à assu- taires.
rer la fonction respiratoire. De plus, L’examen clinique est la première étape à tout diagnostic. Il repose sur un interrogatoire
il entraîne une fatigue musculaire précis, l’observation, l’auscultation, la palpation… directe de la personne par le méde-
importante. cin. Ce dernier rassemble ainsi les premières informations et peut décider quels exa-
Le rythme des examens est adap- mens complémentaires seront utiles pour préciser le diagnostic.
té à la maladie, à l’importance et à L’ensemble des résultats fournit les éléments qui guident le choix des traitements et de
l’évolutivité de l’atteinte respiratoire, la prise en charge à mettre en place .
et à chaque situation. Lorsque des examens complémentaires sont prescrits, il ne faut pas hésiter à demander
des précisions les concernant : à quoi vont-ils servir ? Comment se déroulent-ils ? Sont-
ils longs, fatigants ou douloureux ? Nécessitent-ils une préparation particulière ?
Où les bilans sont-ils réalisés
et par qui ?
Les bilans prescrits par le médecin ratoire d’explorations fonctionnel- res, des kinésithérapeutes, des
qui réalise le suivi de la personne les respiratoires. Parfois, ils peuvent techniciens de laboratoires peuvent
sont pratiqués au sein de la consul- être réalisés à domicile. Selon l’orga- effectuer les examens. Les résul-
tation spécialisée dans les maladies nisation du service hospitalier dans tats sont toujours interprétés par un
neuromusculaires ou dans un labo- lequel ils se déroulent, des infirmiè- médecin.
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SAVOIR ET COMPRENDRE REPÈRES
Examen clinique et imagerie
L’examen clinique permet d’apprécier l’état général et l’état orthopé- Chez l’enfant, les radiographies per-
dique de la personne. L’imagerie complète le bilan clinique. mettent aussi de suivre le dévelop-
pement thoracique. Ces examens
Bilan clinique L’examen clinique permet au méde- doivent être pratiqués régulière-
cin d’identifier les résistances qui ment chez l’enfant et l’adolescent,
Lors de l’examen clinique, le méde- pourraient rendre les mouvements en raison de la croissance osseuse
cin ausculte les poumons avec un respiratoires plus difficiles. importante. Chez l’adulte, les radio-
stéthoscope ; il peut savoir s’il y a un graphies sont surtout demandées
encombrement bronchique. Il obser- Imagerie en cas de douleurs ou lorsque l’on
ve la morphologie du thorax et de la suspecte une affection pulmonaire
colonne vertébrale, ainsi que l’im- • Radiographies standard (bronchite, pneumonie…).
portance des déformations qui ont La radiographie enregistre une
pu s’installer. image formée par des rayons X plus • Scanner
L’amplitude et la rapidité des mouve- ou moins absorbés par l’objet qu’ils Cette méthode d’imagerie four-
ments respiratoires sont visualisées traversent. nit des images en coupe du corps
(cinétique respiratoire) ; les périmè- Les radiographies pulmonaires stan- humain grâce à une très faible émis-
tres du thorax et de l’abdomen sont dard visualisent les poumons et le sion de rayons X, comme si on
mesurés pendant l’inspiration et l’ex- diaphragme ainsi que les os du tho- observait des tranches très fines de
piration. L’observation et la palpation rax, le cœur et les gros vaisseaux. certaines zones.
des muscles respiratoires révèlent la Habituellement, les clichés sont réa- Le scanner permet de préciser l’état
répartition et l’importance de la fai- lisés de face et de profil, avec ou de l’ensemble de l’appareil respira-
blesse de ceux-ci. sans corset si la personne en porte toire en analysant les interactions
L’examen de l’abdomen est éga- un. Lorsque la personne a une tra- entre ses différents composants
lement important : constipation et chéotomie, les clichés permettent de (poumons, voies respiratoires infé-
aérophagie peuvent nuire à la qualité vérifier la position de la canule dans rieures et supérieures). C’est un exa-
de la ventilation. la trachée. men parfaitement indolore.
Explorations fonctionnelles
respiratoires (EFR) - Spirométrie
L’évaluation systématique et régulière de l’atteinte respiratoire dans nez est bouché par un pince nez.
les maladies neuromusculaires permet de dépister une diminution de Au signal donné, elle inspire le plus
l’efficacité de la fonction respiratoire dès qu’elle apparaît. La prise en profondément possible, puis souf-
charge la mieux adaptée peut alors être définie et mise en place. fle (expire) aussi vite et aussi fort
que possible en vidant les poumons.
Mesure de la capacité vitale La personne respire normalement Cette opération peut être répétée
par la bouche dans un embout buc- plusieurs fois. Le résultat du test
La capacité vitale est évaluée en cal relié au spiromètre connecté à apparaît sur un écran d’ordinateur
mesurant les volumes d’air mobilisés un appareil de mesure électroni- sous forme de courbe (cf. encadré
lors de la respiration. que ; pour éviter les fuites d’air, son page 5). Cet examen peut être réa-
4
Évaluation de la fonction respiratoire dans les maladies neuromusculaires
La capacité vitale est le reflet de la fonction respiratoire
La capacité vitale correspond au volume d’air mobilisé volon- Volume (en litres)
tairement entre une inspiration et une expiration forcées. Inspiration forcée CV CPT
1,5
La valeur de la capacité vitale dépend de l’âge et du sexe de
la personne ainsi que de sa taille. Son degré de coopération
(compréhension et suivi des consignes,…) et la facilité à pin-
cer l’appareil de mesure avec la bouche peuvent influencer les
mesures. 0
La capacité vitale est mesurée lors des épreuves fonctionnel-
les respiratoires (EFR). La valeur obtenue est comparée aux
valeurs théoriques : on peut ainsi évaluer l’atteinte respiratoire Respiration
et suivre son évolution au cours du temps. -1,5 normale
Les valeurs normales de la capacité vitale sont supérieures à Expiration forcée
VR
80 % de la capacité pulmonaire totale.
0 Temps (en secondes) 30
POUR INFO
lisé en position assise ou allongée, ou de l’expiration sur une membra-
Toux et débit expiratoire
avec ou sans corset. ne reliée à un manomètre. Cet exa-
de pointe à la toux
men permet de détecter précoce-
ment un affaiblissement des muscles La toux comprend plusieurs éta-
Mesure des pressions inspira- pes : inspiration ample, fermeture
respiratoires, avant l’apparition d’une
toire (PI max) et expiratoire (PE max) de la glotte, contraction des mus-
diminution de la capacité vitale. Ces
Cette mesure indique la force globa- mesures simples nécessitent une cles expiratoires (abdominaux…),
le des muscles inspiratoires (essen- bonne coopération de la personne ouverture de la glotte, expiration
tiellement le diaphragme) et expira- qui se prête à l’examen. explosive. L’expiration doit fournir
toires (abdominaux). Elle évalue la un flux d’air suffisant (en volume et
pression exercée lors de l’inspiration Pression inspiratoire maximale en force) pour mobiliser les sécré-
(PI max) tions et les évacuer de la trachée.
Ce flux dépend du volume d’air
P OUR I N FO
Le dispositif de mesure utilisé est
Le sniff test : une mesure inspiré, donc de la force des mus-
nasale de la pression un appareil muni d’un embout buc-
cal et relié à un enregistreur de pres- cles inspiratoires, mais surtout de
inspiratoire
sion. La personne dont le nez est la qualité des muscles expiratoi-
La mesure du PI max peut être res qui doivent être suffisamment
maintenu pincé souffle au maximum
aussi réalisée par le nez (sniff test puissants pour la phase finale de la
pour vider l’air des poumons. Puis,
nasal ou SNIP - sniff nasal inspira- toux : le débit expiratoire de pointe
elle inspire le plus fort possible à tra-
tory pressure) lors d’un reniflement à la toux évalue cette qualité.
vers l’embout (comme si elle aspi-
maximal, intense et rapide, bouche
rait l’air). C’est la pression qu’exerce
fermée. Une des deux narines est
cette inspiration que l’on cherche à
équipée d’un bouchon muni d’un
mesurer. L’effort est répété plusieurs pour mesurer la PImax. La person-
cathéter qui sert à mesurer la pres-
fois. Le meilleur résultat donne une ne inspire à fond puis souffle (expire)
sion inspiratoire, tandis que l’autre
valeur de pression que l’on compare d’un seul coup, le plus fort possible
est laissée libre. Le sniff test nasal
aux valeurs théoriques selon l’âge et dans l’embout buccal. Cet exercice
(SNIP) tend à être plus largement
le sexe. est répété plusieurs fois et le meilleur
utilisé aujourd’hui car la manœu-
résultat donne une valeur de pres-
vre est plus naturelle et la mesure
Pression expiratoire maximale sion que l’on compare aux valeurs
plus précise que celle obtenue par
(PEmax) théoriques pour l’âge et le sexe.
la bouche.
Le dispositif utilisé est le même que La valeur de PEmax est utile pour
5
SAVOIR ET COMPRENDRE REPÈRES
évaluer la capacité à la toux : son muscles expiratoires : c’est le débit Ensuite, si le seuil d’efficacité n’est
efficacité dépend essentiellement de expiratoire de pointe à la toux (DEP à pas atteint, la mesure peut être
la force des muscles expiratoires. la toux ou cough peak-flow). Un DEP effectuée avec une aide inspira-
à la toux supérieur à 270 litres/minu- toire (insufflation d’air à l’aide d’un
Mesure de la capacité à la toux te est nécessaire pour tousser effi- ventilateur ) et/ou éventuellement
cacement et éliminer les sécrétions une aide expiratoire (compres-
spontanée et assistée
de la trachée. sion abdominale ou thoracique) :
Cet examen évalue la capacité de la La mesure du DEP à la toux s’obtient c’est la mesure assistée. Cette
personne à éliminer les sécrétions en soufflant le plus vite et le plus fort mesure évalue l’effet d’une aide
bronchiques par la toux. Il mesure possible dans l’appareil de mesu- extérieure sur l’efficacité de la toux
sa capacité à expirer un volume d’air re (le débitmètre) : c’est la mesure et permet d’identifier une méthode
important grâce à la force de ses spontanée. de toux assistée efficace.
Gazométrie : évaluer la qualité des
échanges gazeux O2/CO2
Les mesures de gazométrie permettent d’évaluer la quantité d’O2 et évaluent l’efficacité des échanges
de CO2 dans le sang artériel (gaz du sang : PaO2 et PaCO2). Les mesu- gazeux CO2/O2. Une PaO2 inférieure
res d’oxymétrie indiquent le taux d’oxygénation du sang (saturation à 55-60 mmHg indique une insuffi-
en oxygène : SaO2). Toutes deux traduisent l’efficacité des échanges sance respiratoire.
gazeux et la qualité de la ventilation. Elles peuvent mettre en évi-
• La mesure de la PaCO2 renseigne
dence une insuffisance respiratoire.
sur la qualité de la ventilation. Une
PaCO2 supérieure à 45 mmHg indi-
Respiration et échanges gazeux et s’accumule dans le sang (hyper- que une hypercapnie et une hypo-
capnie). Cette accumulation freine ventilation.
L’échange gazeux O2 /CO2 entre l’air la diffusion inverse de l’O 2 dont la • Parallèlement, la mesure de la
et le sang (hématose), étape clé de la concentration diminue dans le sang saturation de l’hémoglobine en oxy-
fonction respiratoire, permet de trans- artériel (hypoxie). gène (SaO 2) dans le sang artériel
former le sang chargé en CO2 (sang (aussi appelée oxymétrie) indique le
veineux) en sang riche en O 2 (sang Qu’indiquent les mesures pourcentage d’O 2 fixé sur l’hémo-
artériel). L’échange gazeux se fait globine, la molécule transporteur de
de gazométrie ?
par diffusion : lorsque dans le sang et l’O 2 dans le sang. Lorsque la pres-
l’air alvéolaire la concentration (pres- Pour évaluer le quantité d’O 2 et sion artérielle en O 2 (PaO 2) chute
sion) de CO 2 et d’O 2 est différente, de CO 2, et comme ce sont des beaucoup, la saturation en O2 chute
ces gaz se déplacent naturellement gaz, on mesure la pression qu’ils également. Une SaO 2 inférieure à
(diffusent) du milieu le plus concen- exercent dans leur milieu (le sang 90 % révèle une PaO 2 insuffisante
tré vers le milieu le moins concentré artériel) : on obtient une valeur de (hypoxie).
jusqu’à ce que la concentration soit pression (PaO 2, PaCO 2) donnée
homogène de part et d’autre. en mmHg (millimètres de mercu- Polysomnographies,
Dans les maladies neuromusculaires, re) ou en Kpa (Kilo Pascal ; 1Kpa =
polygraphies
la faible ventilation (hypoventilation) 7,5 mmHg). En situation normale, la
empêche l’évacuation du CO 2 lors PaO2 varie de de 80 à 100 mmHg et La polysomnographie et la polygra-
de l’expiration : le CO2 reste concen- la PaCO2 avoisinne les 40 mmHg. phie permettent d’évaluer la fonc-
tré dans l’air alvéolaire. Il ne peut • La mesure des pressions artériel- tion respiratoire au cours du som-
diffuser du sang vers l’air alvéolaire les en O 2 (PaO 2) et en CO 2 (PaCO 2) meil et d’en détecter précocement
6
Évaluation de la fonction respiratoire dans les maladies neuromusculaires
cal, la mesure de la saturation du
sang en oxygène (oxymétrie) et du
CO 2 transcutané, ainsi que l’enre-
gistrement des mouvements thora-
ciques et abdominaux qui donnent
des informations sur la qualité de la
ventilation.
Les polygraphies sont des exa-
mens plus simples et moins contrai-
gnants qui consistent à n’enregistrer
que les mesures qui concernent la
qualité de la ventilation : flux aérien
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naso-buccal, saturation du sang en
oxygène (oxymétrie) et CO 2 trans-
cutané, enregistrement des mouve-
ments thoraciques et abdominaux.
Mesure de la saturation en oxygène grâce à un capteur infrarouge.
L’enregistrement s’effectue pen-
dant le sommeil mais sans analyser
les troubles. En effet, le sommeil est qui renseigne sur le rythme cardia- en parallèle la structure du sommeil
une période critique durant laquelle que ; (il n’y a pas d’EEG ni d’EOG, parfois
la respiration est moins efficace : l’in- - la mesure du flux aérien naso-buc- un ECG).
suffisance respiratoire se manifeste
d’abord pendant le sommeil, surtout
E N PR AT I QU E
pendant les périodes de rêves (som- Comment les mesures de gazométrie sont-elles effectuées ?
meil paradoxal) où le diaphragme • Mesures sur un prélèvement sanguin
fonctionne seul, les autres muscles La mesure des gaz du sang (PaO2, PaCO2 et SaO2) peut être réalisée sur un échantillon de
étant relâchés. L’insuffisance respi- sang prélevé au niveau d’une artère. Le plus souvent, ce prélèvement se fait au niveau du
ratoire, avant de devenir permanen- pli du coude ou du poignet, à l’aide d’une seringue ; ce geste peut être un peu douloureux.
te, est d’abord nocturne. On peut également prélever quelques gouttes de sang au niveau du lobe de l’oreille, en
réalisant un échauffement local qui provoque un afflux de sang (vasodilatation). Ce pré-
Les polysomnographies sont lèvement est plus confortable, et il ne faut pas hésiter à demander à en bénéficier préfé-
généralement réalisées au cours rentiellement chaque fois que cela est possible techniquement.
d’une nuit passée à l’hôpital. Elles • Mesures d’oxymétrie sans prélèvement, à l’aide d’un capteur : la SpO2
comprennent un ensemble d’enre- Les mesures de la saturation en oxygène s’effectuent à l’aide d’une petite pince
gistrements complémentaires réa- dotée d’un capteur à infrarouge que l’on place au bout du doigt. Cet appareil
lisés en même temps sur plusieurs mesure la SpO 2 (saturation pulsée de l’hémoglobine en oxygène) qui est
heures : analysées les unes par rap- l’équivalent de la SaO2 et à partir de laquelle on déduit la PaO2.
port aux autres, ces mesures per- Plusieurs mesures rapprochées peuvent être effectuées : cette méthode est utilisée
mettent de corréler les troubles ven- lorsque l’on veut apprécier l’évolution de la saturation en O2 sur une durée prolongée
tilatoires à certaines périodes de en situation de vie quotidienne (pendant l’effort, le sommeil, les repas…). Elle est
sommeil. indolore, la lecture des résultats est immédiate et ils peuvent être mémorisés. Des
Les différents enregistrements appareils récents permettent d’effectuer par voie transcutanée des mesures
consistent en : couplées de SpO 2 et de CO 2 ( tcPCO 2 pour PCO 2 transcutanée). Cette méthode
- un électro-encéphalogramme est plus pratique que celle nécessitant un prélèvement sanguin mais elle ne la rem-
(EEG) et un électro-oculogramme place pas toujours : il est nécessaire d’effectuer ponctuellement les mesures de gazo-
(EOG) qui permettent de visualiser le métrie sur un prélèvement sanguin afin de confirmer avec plus de précision un résultat
stade du sommeil ; d’oxymétrie.
- un électro-cardiogramme (ECG)
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+E N S AVOIR Site internet AFM
http://www.afm-telethon.fr
“Prévention et maladies neuromusculaires”,
© AFM 02/2009 • ISSN : 1769-1850 • Rédaction : M.-O. Schanen-Bergot • Validation : C. Devaux • e-mail : [email protected] • Mise en page : a2i graphic • Impression : Taag 01 65 25 40 40
Repères Savoir & Comprendre, AFM, 2003.
“Fonction respiratoire et maladies
neuromusculaires”,
Repères Savoir & Comprendre, AFM, 2009.
“Prise en charge respiratoire et maladies
neuromusculaires”,
Repères Savoir & Comprendre, AFM, 2006.
“Ventilation non invasive et maladies
neuromusculaires”,
Repères Savoir & Comprendre, AFM, 2008.
“Trachéotomie et maladies neuromusculaires”,
Repères Savoir & Comprendre, AFM, 2007.
Site internet d’éducation à la respiration
et la prise en charge respiratoire :
http://www.irrd.ca/education/defaultf.asp
Base bibliographique dédiée à la myologie :
http://www.myobase.org