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Lettre Aì Mes Jeunes Colleì Gues Qui Voudraient Devenir Psychanalystes

Dans une lettre adressée à de jeunes psychologues, Réal Laperrière partage son parcours de psychologue clinicien devenu psychanalyste, en mettant en lumière les défis et réflexions liés à la formation psychanalytique. Il aborde des thèmes tels que le sexuel infantile, la fonction des mots et la position d'expert, tout en soulignant l'importance de la renonciation dans la pratique psychanalytique. L'auteur invite ses collègues à réfléchir sur leur propre rapport à la profession et aux attentes liées à leur formation.

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Lettre Aì Mes Jeunes Colleì Gues Qui Voudraient Devenir Psychanalystes

Dans une lettre adressée à de jeunes psychologues, Réal Laperrière partage son parcours de psychologue clinicien devenu psychanalyste, en mettant en lumière les défis et réflexions liés à la formation psychanalytique. Il aborde des thèmes tels que le sexuel infantile, la fonction des mots et la position d'expert, tout en soulignant l'importance de la renonciation dans la pratique psychanalytique. L'auteur invite ses collègues à réfléchir sur leur propre rapport à la profession et aux attentes liées à leur formation.

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Lettre à mes jeunes collègues qui voudraient devenir

psychanalystes
Réal Laperrière
Dans Psychothérapies 2009/4 (Vol. 29), pages 211 à 217
Éditions Médecine & Hygiène
ISSN 0251-737X
DOI 10.3917/psys.094.0211
© Médecine & Hygiène | Téléchargé le 23/11/2023 sur www.cairn.info par David Smolak (IP: 66.158.156.230)

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Psychothérapies, Vol. 29, 2009, N° 4, pp. 211-217

LETTRE À MES JEUNES COLLÈGUES QUI


VOUDRAIENT DEVENIR PSYCHANALYSTES
Réal LAPERRIÈRE 1

Résumé de professions cliniques (psychologie, psychiatrie) et non


cliniques (philosophie, anthropologie, etc.) de témoi-
S’adressant sous forme de lettre à de jeunes psychologues inté-
ressés par une formation psychanalytique, l’auteur rend compte de gner de leur pratique de psychanalyste, mais surtout
son parcours de psychologue clinicien devenu psychanalyste. A par- de la façon dont leur analyse personnelle et leur for-
tir d’une expérience de plus de 25 ans en pédopsychiatrie, il expose mation psychanalytique avaient pu influencer, modi-
quelques réflexions sur le sexuel infantile, la fonction des mots, la
position d’expert face au patient, la notion d’espace intermédiaire. Il fier et même troubler leur rapport à leur profession
parle de certaines difficultés rencontrées par le psychanalyste face à d’origine. Ainsi, dans mon cas, il s’agissait de rendre
l’évolution actuelle de la clinique et de la profession de psychologue. compte de mon parcours de psychologue clinicien
devenu psychanalyste et exerçant depuis vingt-cinq ans
Summary en pédopsychiatrie. J’avais cru comprendre que cette
initiative de la part de mes collègues professeurs visait
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By way of a letter addressed to young psychologist interested in à intéresser de futurs professionnels doués et promet-
psychoanalytic training, the author gives an account of his trajectory
as a clinical psychologist to becoming a psychoanalyst. From his
teurs à la psychanalyse comme champ théorique,
experience of over twenty-five years in pedopsychiatry, he exposes comme expérience personnelle et peut-être un jour
his views on the sexual characteristics of childhood, the function of comme formation. Je pensais évidemment devoir être
words, the position of the expert in front of the patient, the notion of ce soir-là un peu vendeur, ou au moins un peu convain-
intermediary space. He speaks of certain difficulties encountered by
the psychoanalyst with regard to the present evolution in the clinical cant, afin de leur donner le goût de vivre « les prodi-
approach to the profession of psychologist. gieuses victoires de la psychanalyse », pour reprendre,
ironiquement, le titre d’un livre de Pierre Daco très
connu au moment de mes études à l’université, et que
Mots-clés je n’ai d’ailleurs jamais lu.
Formation psychanalytique – Sexuel infantile – Espace intermé- Je dis « ironiquement », parce qu’au moment où je
diaire – Pédopsychiatrie. pensais à ce que je dirais lors de cette soirée, j’étais
loin de me sentir moi-même victorieux, mais plutôt aux
prises, professionnellement, avec la perte, le renonce-
Key-words ment, le deuil, et le retour en moi de ce « malaise de
Psychoanalytic training – Sexual characteristics of childhood –
l’imposteur » au sujet duquel j’écrivais il y a quelques
Intermediary space – Pedopsychiatry. années. Mon état intérieur ne m’apparaissait guère pro-
pice à susciter l’enthousiasme pour la psychanalyse. Je
venais en effet de compléter une formation à l’Institut
psychanalytique de Montréal qui s’était étendue sur
Il y a quelques mois déjà, des professeurs du dépar- sept ans, et j’étais en attente de la validation du cursus
tement de psychologie de l’Université de Montréal me devant me permettre de poser ma candidature au titre
demandaient de participer, le temps d’une soirée, à une de membre de la Société psychanalytique de Montréal.
série de rencontres avec des étudiants, au cours des- Malgré un sentiment d’accomplissement, je me retrou-
quelles on demanderait à des gens provenant au départ vais face à un deuil, lié d’une part à la fin de cette for-
mation et d’autre part à la fin de l’analyse d’un de mes
1
M.Ps., Psychologue clinicien, Membre de la Société psychana- cas-contrôles, après quatre ans et demi de séances tri-
lytique de Montréal (Société canadienne de psychanalyse). hebdomadaires.
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212 Psychothérapies, 2009, N° 4

L’acceptation à la formation psychanalytique, peut- la pratique de son métier. Mais surtout, elle en est venue
être à cause de l’engagement qu’elle implique, vient à réaliser qu’elle n’avait plus besoin de toujours « s’excu-
raviver en soi, plus ou moins secrètement, les désirs ser d’être là ». Je pense ici à Donald Meltzer, décédé il
infantiles, dont celui de devenir l’enfant merveilleux, y a peu, qui disait que la psychanalyse ne résout pas défi-
qui va combler les parents-formateurs, restaurer, par effet nitivement nos conflits mais nous apprend à les résoudre
de miroir, leur narcissisme, et qui va, enfin, acquérir à chaque jour.
par le savoir une maîtrise sur l’inconscient, le sien et Mais pour en revenir à cette soirée avec les étudiants,
celui des autres. Autrement dit, la formation va permettre j’ai choisi alors de ne pas parler de ma pratique auprès
d’atteindre ce à quoi l’analyse personnelle n’a pu nous des adultes en cabinet privé, mais plutôt de faire part
amener qu’à renoncer. En ce sens, la fin de la forma- de mes réflexions associatives issues de ma pratique en
tion ne peut inévitablement qu’être décevante, et nous milieu hospitalier auprès d’enfants et d’adolescents.
conduire à devoir faire le deuil de cet enfant merveilleux Pour un psychanalyste, cette pratique peut être passion-
que l’on n’est pas devenu. On est alors contraint, comme nante parce qu’elle permet la rencontre avec la psycho-
psychanalyste, à faire le mieux que l’on peut avec ce pathologie, et favorise celle de sa propre folie dans le
que l’on a. regard de l’autre (Bossé, 1993). Mais elle peut aussi
Il en va bien sûr de même avec l’analyse person- amener à s’en défendre par une distance bien établie
nelle : à la place de la réalisation de nos désirs infan- qui pose le malade d’un côté (qui devient alors, perdant
tiles, on y rencontre la renonciation (partielle, bien sûr, toute individualité, un TED, un TOC, un TP, un TAG, un
car au fond on ne renonce jamais), mais en contre-par- TDAH, etc.) et le spécialiste de l’autre. Et je pense que
tie, un savoir sur eux nous offrant une plus grande liberté les psychologues, actuellement, sont particulièrement
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intérieure, une prise de conscience de sa propre sub- sollicités à prendre cette position distante, la position
jectivité, de ses conflits, de ce qui en nous est resté pris de l’expert sur laquelle je reviendrai plus loin. C’est pour-
dans le champ infantile de la construction de son his- quoi cette pratique peut aussi être source d’un grand
toire (Bossé, 1993). inconfort pour le psychologue-psychanalyste, que j’ai
Enfin, de la même façon, l’analyse que l’on entre- déjà décrit dans un texte précédent (Laperrière, 1999).
prend avec un analysant ne peut se terminer que lorsque Au cours d’une analyse, certaines scènes, images,
tous deux ont pu arriver à suffisamment renoncer à ce souvenirs vont prendre de l’importance parce qu’ils
qui était espéré, consciemment ou non, au départ, et à reviennent régulièrement et qu’on sent bien qu’ils
en faire, partiellement encore une fois, le deuil (Bossé, condensent des aspects de notre conflictualité incons-
1984, 1993, 1995). ciente. Je parlerai ici de trois de ces scènes qui ont mar-
Ainsi cette jeune analysante, mon deuxième « cas- qué certains moments de mon analyse et qui dans leur
contrôle », musicienne de métier, qui attendait que l’ana- élaboration après-coup m’ont permis de comprendre
lyse, et moi, fassions d’elle une « grande artiste », de de l’intérieur, si on peut dire, ce que par ailleurs je
façon à réaliser ainsi les ambitions déçues de sa mère découvrais dans ma formation psychanalytique (je choi-
et réparer son narcissisme blessé, permettre un triomphe sis évidemment des souvenirs qui ne m’exposent pas
sur ses sœurs rivales et être enfin vue par son père. De trop…).
mon côté, l’espoir secret que l’avènement de cette Le premier de ceux-ci date de mon secondaire 1 ou
grande musicienne me renverrait, en miroir, l’image 2, j’avais donc 12 ou 13 ans. Le collège que je fréquen-
d’un grand analyste, celui qui a rendu le miracle pos- tais organisait, après les heures de classe, des confé-
sible. Or, cette analyse a connu une fin beaucoup plus rences, libres, sur divers sujets artistiques ou scienti-
modeste : cette patiente a pu, il est vrai, lever tranquille- fiques. Un de mes amis, plutôt intellectuel, m’avait
ment plusieurs obstacles intérieurs à la réalisation de convaincu de l’accompagner à l’une de celles-ci, don-
ses projets professionnels et amoureux, en perlaborant née par un psychanalyste et portant sur la sexualité
notamment le conflit entre les attentes contradictoires infantile. Je n’ai à peu près aucun souvenir du contenu
de la mère interne (« deviens ce que je n’ai pu être » vs de cette conférence, mais j’ai par contre un souvenir
« ne prends surtout pas la place qui me revient ») et la très net du malaise, voire de l’angoisse, que j’ai éprou-
culpabilité liée à son désir pour le père. Elle est deve- vés à me retrouver là, entouré d’élèves et de profes-
nue une artiste recherchée, vivant confortablement de seurs, d’amis, garçons et filles, à écouter un adulte qui
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de façon très sérieuse parlait ouvertement et avec Laurence Kahn, parlant de Winnicott, écrit : « L’ana-
aisance de choses que je ressentais comme troubles et lyste doit interpréter suffisamment afin que s’élaborent
confuses en moi, et qui me rendaient vaguement hon- la sécurité et la confiance nécessaires à l’acceptation
teux et coupable. Comment pouvait-il parler publique- de l’informe, mais il doit aussi veiller à ce que la rela-
ment et avec ce détachement de spécialiste de ce qui tion ne soit pas saturée de significations, essentiellement
m’apparaissait comme secret, caché et devant le rester ? destinées à lutter contre l’angoisse » (2004, p. 49). De
Je pense aujourd’hui que cette expérience me met- M’Uzan soutient que « les interprétations formulées dans
tait alors en contact avec deux choses : le scandale de un langage très secondarisé risquent de n’être que des
la sexualité infantile, et la fonction particulière de la explications, des informations reçues principalement
parole et des mots. comme des marques d’intérêt. Construite logiquement,
Les mots d’abord. Dans son ouvrage L’attention et sur un patron d’allure rationnelle, la phrase n’interpelle
l’interprétation, Bion écrit : « On oublie trop souvent que que les parties les plus différenciées du Moi, c’est-à-dire
le don de la parole, d’un usage si nodal, s’est élaboré celles-là, justement, qui participent de la construction
tout autant afin de masquer la pensée par dissimula- logique et disposent des mêmes instruments » (ibid.,
tion ou par mensonge qu’en vue de l’élucider ou de la pp. 76-77).Cette interprétation-explication, dit-il plus
communiquer » (1970, p. 26). Autrement dit, ce n’est loin, est propre à « fermer » la tendance qui pousse à la
que par les mots qu’on peut en arriver à amener à la découverte.
conscience ce qui cherche à s’y dérober. Mais en même Dans Jeu et réalité, Winnicott écrit : « Ce n’est que
temps, les mots ont un pouvoir dissimulateur qui fait depuis ces dernières années que je suis capable d’at-
que dès l’instant où l’on nomme quelque chose, c’est tendre et d’attendre encore l’évolution naturelle du
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pour en cacher une autre ; que dès que l’on fait la transfert que suscite l’accroissement de la confiance
lumière sur un aspect de la pensée, on en met inévita- du patient à l’égard de la technique et du cadre psy-
blement un autre dans l’ombre. Le refoulement est tou- chanalytiques, et aussi le souci d’éviter la rupture de ce
jours à l’œuvre, il n’est jamais levé définitivement, et une processus naturel en faisant des interprétations… Je suis
psychothérapie ou une analyse se fait toujours à travers consterné quand je pense aux changements profonds
ces deux mouvements : révéler-cacher. Comme l’écrit que j’ai empêchés ou retardés chez des patients appar-
de M’Uzan, « Reste évidemment à se demander… si la tenant à une certaine catégorie nosographique par mon
“ prise de conscience ” ne vient pas secondairement besoin personnel d’interpréter. Quand nous nous mon-
nourrir la résistance en se transformant en un seul savoir trons capables d’attendre, le patient parvient alors à
bloquant sur lui d’éventuelles disponibilités d’investis- comprendre de manière créative, avec un plaisir intense.
sement » (1994, pp. 75-76). J’ai souvent eu comme Et moi maintenant, je prend du plaisir à ce plaisir plus
image du processus se déroulant pendant mon analyse, que je n’en prenais à m’être montré intelligent. Je pense
celle du parcours de mes sentiers en forêt, chez moi à que j’interprète surtout pour faire connaître au patient
la campagne : dès qu’on cesse de les emprunter parce les limites de ma compréhension. Le principe est le
qu’on en choisit d’autres, la forêt se referme sur eux, ils suivant : c’est le patient, et le patient seul qui détient
deviennent impraticables, ils refoulent. Pour les parcou- les réponses » (1971, pp. 120-121).
rir à nouveau, un travail de débroussaillage est à refaire. Revenons maintenant à la sexualité infantile : comme
Une analyse nous amène à repasser souvent dans nos au temps où Freud a présenté ses Trois essais sur la théo-
vieux sentiers, pour les réouvrir. rie sexuelle (1905), comme au moment de cette confé-
Cette prise de conscience de ce double mouvement rence au début de mon adolescence, la sexualité infan-
du langage met évidemment en garde dans notre travail tile fait toujours scandale, malgré sa découverte et tout
clinique contre les « brillantes interprétations » qu’on a ce qu’on peut en dire. Le sexuel infantile fait scandale
tellement envie de faire, et besoin de formuler, au début en soi, comme chez nos patients, parce qu’il ne veut
de notre carrière, pour nous rassurer sur notre compé- rien savoir de la raison, du développement, de la matu-
tence et calmer l’angoisse soulevée en nous par la situa- ration, il continue à pousser en nous, à rechercher satis-
tion clinique. C’est surtout Winnicott qui a attiré notre faction, il n’est absolument pas éducable. C’est pour-
attention sur le danger de l’interprétation intelligente quoi on est porté à le « recouvrir » en le domestiquant
qui fait manquer à l’analyste l’ensemble du mouvement. par les mots : on peut tous, par exemple, parler de
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notre complexe d’Œdipe…, mais y croit-on vraiment, chanalystes. Le couple est à l’intérieur, les détenus le
pour soi ? prennent en otage. Les psychanalystes en viennent à
En clinique infantile, et plus particulièrement en craindre pour leur vie. Après de longues heures au cours
séance de psychothérapie avec un enfant, notre sexuel desquelles ils ont pu observer attentivement leurs ravis-
infantile va être particulièrement mobilisé en raison seurs, ils arrivent, simplement par la parole, à semer la
notamment de l’agir partagé qui caractérise le travail discorde entre eux et à convaincre un des deux de les
avec l’enfant. On peut alors être entraîné soit du côté libérer. Une dispute s’ensuit, avec pour conséquence
de la satisfaction (on s’excite avec l’enfant) ou bien du la mort de l’un des ravisseurs et la libération des otages
côté de la domestication, de l’éducation, par nos inter- par l’autre.
ventions cadrantes. Cette histoire, et l’impact qu’elle avait eu sur moi à
On peut aussi camoufler le sexuel infantile en le l’époque, m’est revenue en cours d’analyse. De plus, à
recouvrant par des modèles théoriques. C’est ce qui ma grande surprise, sa véracité m’était confirmée par
est en train de se passer actuellement, je crois, dans le mon analyste ! Or, je crois qu’elle venait mettre à jour
domaine des soins à l’enfance, avec l’engouement les fantasmes de toute-puissance qui infiltraient mes
pour les théories de l’attachement. Comme l’indique représentations de la psychanalyse et du métier de psy-
Jean Laplanche dans un texte récent (2000), ces théories chanalyste, celui qui par son savoir sur l’inconscient
« désexualisent » l’individu, et pourraient avoir pour effet peut avoir une maîtrise sur les forces pulsionnelles,
d’entraîner la disparition de l’inconscient, au sens freu- peut dominer celles-ci, chez lui comme chez l’autre.
dien, et de la fonction majeure du fantasme. Laplanche C’est celui qui connaît les motivations profondes de
suggère que les théories de l’attachement se servent de l’autre, mieux que lui-même.
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l’instinct, qui est fixe dans l’espèce, programmé généti- J’ai l’impression que ce fantasme du psychanalyste
quement, et qui a une visée essentiellement adapta- tout-puissant, qui voit tout en l’autre, a à une certaine
tive, pour mieux cacher la pulsion, qui elle est non- époque été entretenu par certains psychanalystes, alors
adaptative, parfois même anti-adaptative, et n’est qu’à que leur influence était dominante dans les milieux
la recherche de l’excitation et de la satisfaction. Ainsi cliniques et universitaires. Ils se présentaient en effet
par exemple, en clinique actuellement, on va beaucoup (ou nous apparaissaient) comme ceux qui savaient ce
plus facilement expliquer le comportement tyrannique que les autres ne savaient pas, qui voyaient ce qui res-
d’un enfant avec sa mère comme le résultat d’un attache- tait caché au regard des autres. Il semble qu’aujour-
ment insécure, plutôt que d’y voir comment le sexuel y d’hui les psychanalystes paient cher pour cette position
trouve là aussi son compte dans le sadisme et l’em- de maîtrise adoptée autrefois : le retour du balancier
prise. De la même façon on aura beaucoup plus de dif- fait en sorte qu’ils se font dire par les autres (cogniti-
ficulté à concevoir la satisfaction masochique chez un vistes, neuropsychologues) : « Vous ne savez rien du
enfant qui provoque le rejet que d’y voir la répétition tout : la maîtrise, le savoir, c’est nous qui l’avons. »
d’expériences traumatiques. Le sexuel infantile trouve Winnicott disait que c’est le patient seul qui sait. Le
toujours sa voie, s’appuyant d’abord sur la satisfaction psychanalyste, s’il veut être intérieurement disponible
des grands besoins (alimentation, défécation, etc.) pour pour écouter l’autre, le laisser résonner en soi et l’aider
ensuite s’en détacher et s’autonomiser dans l’auto-éro- à s’entendre et à se trouver, doit renoncer à une posi-
tisme et la liaison au fantasme. Comme le dit Laplanche, tion de savoir sur l’autre. Or, dans notre monde profes-
l’objet de l’autoconservation, du besoin, c’est le lait ; sionnel, c’est justement cette position que l’on demande
le sein est l’objet sexuel. aux cliniciens d’occuper. Or, de quel savoir, de quelle
Le deuxième souvenir dont je veux faire part consiste expertise le psychanalyste peut-il se réclamer ? Un chef
en une histoire, supposée véridique, qui m’a été racon- de département de psychiatrie disait récemment à ses
tée vers l’âge de 15 ans par la mère d’un ami, infir- psychologues d’orientation psychodynamique : « Com-
mière en psychiatrie. Elle se déroule à Joliette, ville où ment pouvez-vous être spécialistes de toutes les patho-
il y avait – et où il y a toujours – un pénitencier. Un logies mentales ? » Or le psychanalyste, affirme Ogden
jour, donc, deux détenus très dangereux s’évadent du (2006), doit continuellement apprendre à oublier ce
pénitencier en question, et entrent par effraction dans qu’il a appris. Serait-il, au moins, le spécialiste de l’in-
une maison de la ville, habitée par un couple de psy- conscient et de son interprétation ?
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Lettre à mes jeunes collègues qui voudraient devenir psychanalystes 215

Adam Phillips a écrit : « Si l’inconscient est ce que logue clinicien, et à sa disponibilité discrète pour nous
l’on ne peut anticiper, comment peut-il engendrer des entendre parler, sans jugement, de nos « cas » diffi-
experts ? » (1997, p. 44). Phillips rappelle qu’être un ciles, ma conception du travail de consultation auprès
expert de l’inconscient est une contradiction dans les d’équipes sur laquelle j’écrirai bien des années plus
termes et que puisque les patients souffrent de s’être tard. Mais dans mes rêves, c’est une autre dimension
oubliés eux-mêmes, le psychanalyste ne peut être de ce lieu qui faisait constamment retour : celle d’un
qu’un expert de l’ignorance. Christopher Bollas en fait « environnement facilitant » au sens de Winnicott, non
même une condition de son travail analytique, ce qui intrusif et permettant l’expérience du paradoxe et de
n’est pas sans poser problème : « Dans un pays comme l’espace potentiel. Or, par la suite, cette question d’es-
les Etats-Unis, où un grand nombre de gens n’hésitent pace a pris une importance cruciale dans mon travail
pas à entamer une action en justice, les psychanalystes de psychothérapie et de psychanalyse auprès des
peuvent vivre dans l’angoisse que leurs patients leur enfants, des adultes et des groupes.
intentent un procès pour la simple raison qu’ils ne savent Dans son texte « Le lieu où nous vivons » (dans Jeu et
pas ce qu’ils font. On peut dire après tout que les autres réalité, 1971), Winnicott pose la question suivante :
professionnels de la santé mentale, solidement armés « Où sommes-nous quand nous faisons ce à quoi nous
de leur manuel diagnostique (le DSM) sont à même passons, en fait, la plupart de notre temps, à savoir
d’exercer leur métier avec plus de certitude. Pour moi, quand nous prenons du plaisir à ce que nous faisons ? »
cette absence de savoir représente un accomplisse- (p. 146). Il nous rappelle que chaque individu vit à la
ment. Je suis convaincu qu’il m’a fallu exercer mon fois dans le monde intérieur, le dedans, et à la fois dans
métier d’analyste pendant des années avant de pouvoir le monde extérieur, le dehors. Mais il parle d’un troi-
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apprécier cette disposition d’esprit et l’estimer pour ce sième lieu, une zone intermédiaire entre le dedans et le
qu’elle est, à savoir une condition nécessaire à la créa- dehors. Je le cite : « Il est utile, selon moi, d’envisager
tion d’un espace potentiel… » (1989, pp. 89-90). une troisième aire de l’existence, qui n’est ni dans l’indi-
Spécialiste ou expert de la création d’un espace vidu, ni au-dehors, dans le monde de la réalité partagée.
potentiel : est-ce un titre qui peut nous faire embaucher On peut imaginer que ce mode d’exister intermédiaire
dans un service de pédopsychiatrie ? se situe dans un espace potentiel niant l’idée d’espace et
Venons-en enfin à mon troisième souvenir. Pendant de séparation entre le bébé et la mère ainsi que tout ce
toutes mes années d’analyse, mes rêves m’ont ramené qui résulte de ce phénomène. Cet espace potentiel varie
régulièrement à un lieu qui, ayant été dans mon passé largement d’un individu à l’autre. Il repose sur la
un milieu de vie, est devenu dans mon monde interne confiance qu’a le bébé dans la mère telle qu’il l’éprouve
la représentation du « lieu » au sens du texte de Winni- pendant une période suffisamment longue à ce moment
cott intitulé « Le lieu où nous vivons » (dans Jeu et réa- critique de la séparation entre le non-moi et le moi, à ce
lité, 1971). Ce lieu externe était une colonie de vacances moment où l’établissement d’un soi autonome en est à
pour enfants de milieux défavorisés, où j’ai passé mes son stade initial » (p. 152).
étés de l’âge de 15 à 22 ans, y occupant à peu près L’espace potentiel, cette aire mise à notre disposition
toutes les fonctions au cours des années. Cet endroit a pour le troisième mode de vie, c’est le lieu où se situent
été pour moi et pour plusieurs autres un formidable le jeu, la création, l’expérience culturelle. Cette troi-
lieu de formation clinique, d’où sont issus d’ailleurs sième aire est le produit des expériences de la personne
plusieurs professionnels de la santé mentale et de la individuelle dans l’environnement qui prévaut. Cette
réadaptation. Ce que j’y ai appris m’a servi tout autant aire est aussi le lieu où peut se passer, pour un individu,
dans mon travail auprès des équipes de soignants en une psychothérapie ou une psychanalyse.
hôpital psychiatrique ou en centre jeunesse, ainsi que La clinique nous amène souvent à rencontrer des
dans ma pratique actuelle avec des groupes, que ce individus qui ne disposent pas, ou très peu, de cette
que mes années d’université m’ont apporté. Je dois aire intermédiaire. Sans espace potentiel, ils vivent ou
notamment à un père franciscain 2, également psycho- bien enfermés dans leur monde intérieur, ou bien tota-
lement collés à la réalité extérieure, sans accès à un
2
Le père Régent Raymond, qui est toujours membre actif de espace psychique. Chez l’enfant, cela se manifeste par
l’Ordre des psychologues du Québec, et que je remercie. l’incapacité à jouer. N’ayant pas accès au jeu, ce que
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216 Psychothérapies, 2009, N° 4

j’appelle parfois le « système immunitaire psychique », de l’adolescence. Mais est-ce une bonne façon d’inciter
l’enfant est alors particulièrement vulnérable à l’inten- mes jeunes collègues psychologues à devenir psycha-
sité des excitations provenant de son monde interne, nalystes que de leur parler d’abord de l’expérience de
tout comme à celles provenant du monde extérieur. renoncement et de deuil qui traverse toujours une ana-
Les enfants n’ayant que peu de capacité à jouer peu- lyse, du côté de l’analysant comme de celui de l’ana-
vent être particulièrement anxieux lorsqu’ils se retrou- lyste, et aussi la formation psychanalytique ? De leur
vent dans le cadre analytique habituel, où on leur pro- faire part du malaise ressenti à travailler dans un hôpital,
pose d’associer librement à l’aide de mots, de dessins, à devoir régulièrement se heurter aux résistances soule-
de bricolage, de jeu. Les interventions de l’analyste vées par l’inconscient, le sexuel infantile, la nécessaire
entraînent presque automatiquement de vives réactions position de non-savoir et de renoncement à une identité
défensives, s’exprimant par l’agitation motrice, l’intel- d’expert, pour permettre la création de cet espace
lectualisation forcenée, les attaques contre le cadre, la potentiel entre le patient et soi ? Ces résistances sont
fuite, ou bien la soumission et l’adaptation en faux-self. d’ailleurs d’autant plus sournoises qu’elles font écran à
Le travail à faire avec ces enfants va donc être de créer un ces mêmes résistances à l’intérieur du psychanalyste
environnement facilitant en séance, aidant à la construc- lui-même, qui peut d’autant plus facilement éviter de
tion de cette zone intermédiaire permettant l’émergence les voir en lui-même qu’elles trouvent un support à la
de la capacité de jouer. projection dans le monde extérieur, projection sur « les
Antonino Ferro écrit : « Avant d’introduire des inter- autres », sur la pensée médicale, etc. Qu’y a-t-il donc
prétations, nous devons nous demander s’il y a un lieu d’invitant à l’idée de devenir expert de l’ignorance,
pour elles, et s’il ne vaut pas mieux construire d’abord imposteur, et, aux yeux de certains même, charlatan ?
© Médecine & Hygiène | Téléchargé le 23/11/2023 sur www.cairn.info par David Smolak (IP: 66.158.156.230)

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ce lieu avec le patient en lui permettant d’introjecter pro- On sait pourtant à quel point les psychanalystes,
gressivement une modalité relationnelle satisfaisante » peut-être davantage que tous autres cliniciens, inves-
(1992, p. 164). A ce moment, pour l’enfant, l’expé- tissent leur théorie, leur méthode, leur « fonction » ana-
rience de la séance, au sens où Pontalis parle de l’expé- lytique, parfois même de façon passionnelle. On sait
rience du rêve en opposition à son contenu et à sa tra- également comment la décision de devenir psychana-
duction par l’analyste, est beaucoup plus importante lyste est déterminée par ce qui s’est joué dans l’ana-
que sa signification. Dans ce contexte, interpréter appa- lyse personnelle, dans ce qui a été analysé ou non des
raît davantage comme une activité exercée sur l’enfant motifs de cette décision. On sait enfin comment une des
plutôt qu’avec lui. problématiques personnelles cherchant à se résoudre
Ce travail est beaucoup plus difficile qu’il n’y paraît par la décision de devenir analyste est souvent celle du
à première vue, puisqu’il exige du psychanalyste une deuil, Nathalie Zaltzman (1982) ayant parlé de la mélan-
position de retenue, de patience, une capacité de pas- colie comme étant au cœur de la vocation psychana-
sivation, et surtout une confiance, qui ne s’acquiert que lytique. Peut-être devient-on psychanalyste pour ne pas
par l’expérience, qu’on va ainsi arriver à quelque chose, mettre à fin à sa relation avec son propre analyste, lui-
que c’est le patient qui va nous indiquer le chemin. Les même incarnant les autres objets ; pour ne pas renoncer
étudiants que j’ai supervisés au cours des années vivent à ce qu’on a eu et qu’on a perdu, à ce qu’on n’a jamais
souvent difficilement cette position, qui soulève rapi- eu et qu’on n’aura jamais.
dement en eux de l’angoisse et une tendance à vouloir Mais il y a certainement un plaisir auquel les psy-
se soulager par des agirs interprétatifs. Ils me disent chanalystes n’arrivent pas à renoncer, celui qui consiste
souvent avoir l’impression de « dormir sur le job », et la à se placer, jour après jour, au plus près de l’expérience
question qui leur vient le plus souvent est : « Mais qu’est- humaine, et de ce qui fait de chaque individu une per-
ce que je dois faire, ou dire ? ». Cette position porte aussi sonne singulière, un sujet, et pas seulement le repré-
atteinte à leur image d’eux-mêmes comme profession- sentant d’une entité nosographique.
nels, comme « experts », et contribue à ce que j’ai appelé
autrefois le malaise de l’imposteur.
Voilà donc quelques-uns des tourments qui guet-
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Lettre à mes jeunes collègues qui voudraient devenir psychanalystes 217

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© Médecine & Hygiène | Téléchargé le 23/11/2023 sur www.cairn.info par David Smolak (IP: 66.158.156.230)

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