The Project Gutenberg EBook of L'esquisse mystérieuse,
by Emile Erckmann and Alexandre Chatrian
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Title: L'esquisse mystérieuse
Author: Emile Erckmann
Alexandre Chatrian
Release Date: April 15, 2011 [EBook #35876]
Language: French
*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK
L'ESQUISSE MYSTÉRIEUSE ***
Produced by Michael John Wooff
L'esquisse mystérieuse
par Erckmann-Chatrian
New York
HENRY HOLT AND COMPANY
1899
Copyright 1899,
BY
HENRY HOLT & CO.
I
En face de la chapelle Saint-Sébalt, à Nuremberg, sélève
une petite auberge, étroite et haute, le pignon dentelé, les
vitres poudreuses, le toit surmonté dune Vierge en plâtre.
Cest là que jai passé les plus tristes jours de ma vie. Jétais
allé à Nuremberg pour étudier les vieux maîtres allemands;
mais, faute despèces sonnantes, il me fallut faire des
portraits…et quels portraits! De grosses commères, leur
chat sur les genoux, des échevins en perruque, des
bourgmestres en tricorne, le tout enluminé docre et de
vermillon à plein godet.
Des portraits je descendis aux croquis, et des croquis aux
silhouettes.
Rien de pitoyable comme davoir constamment sur le dos
un maître dhôtel, les lèvres pincées, la voix criarde, lair
impudent, qui vient vous dire chaque jour: «Ah, çà! Me
payerez-vous bientôt, monsieur? savez-vous à combien se
monte votre note? Non, cela ne vous inquiète pas…
Monsieur mange, boit et dort tranquillement… Aux petits
oiseaux le Seigneur donne la pâture. La note de Monsieur
se monte à deux cents florins et dix kreutzer… ce nest pas
la peine quon en parle.»
Ceux qui nont pas entendu chanter cette gamme ne
peuvent sen faire une idée; lamour de lart, limagination,
lenthousiasme sacré du beau se dessèchent au souffle dun
pareil drôle… Vous devenez gauche, timide; toute votre
énergie se perd, aussi bien que le sentiment de votre
dignité personnelle.
Une nuit, nayant pas le sou, comme dhabitude, et menacé
de la prison par ce digne maître Rap, je résolus de lui faire
banqueroute en me coupant la gorge. Dans cette agréable
pensée, assis sur mon grabat en face de la fenêtre, je me
livrais à mille réflexions philosophiques, plus ou moins
réjouissantes. Je nosais ouvrir mon rasoir, de peur que la
force invincible de ma logique ne minspirât le courage den
finir. Après avoir bien argumenté de la sorte, je soufflai ma
chandelle, renvoyant la suite au lendemain.
Cet abominable Rap mavait complètement abruti. Je ne
voyais plus, en fait dart, que des silhouettes, et mon seul
désir était davoir de l'argent, pour me débarrasser de son
odieuse présence. Mais cette nuit-là, il se fit une singulière
révolution dans mon esprit. Je méveillai vers une heure, je
rallumai ma lampe, et, menveloppant de ma souquenille
grise, je jetai sur le papier une rapide esquisse dans le
genre hollandais…quelque chose détrange, de bizarre, et
qui navait aucun rapport avec mes conceptions habituelles.
Figurez-vous une cour sombre, encaissée entre de hautes
murailles décrépites… Ces murailles sont garnies de
crocs, à sept ou huit pieds du sol. On devine, au premier
aspect, une boucherie.
A gauche sétend un treillage en lattes; vous apercevez à
travers un buf écartelé, suspendu à la voûte par dénormes
poulies. De larges mares de sang coulent sur les dalles et
vont se réunir dans une rigole pleine de débris informes.
La lumière vient de haut, entre les cheminées, dont les
girouettes se découpent dans un angle du ciel grand
comme la main, et les toits des maisons voisines
échafaudent vigoureusement leurs ombres détage en
étage.
Au fond de ce réduit se trouve un hangar…sous le hangar
un bûcher, sur le bûcher des échelles, quelques bottes de
paille, des paquets de corde, une cage à poules et une
vieille cabane à lapins hors de service.
Comment ces détails hétéroclites soffraient-ils à mon
imagination? … Je lignore; je navais nulle réminiscence
analogue, et pourtant, chaque coup de crayon était un fait
dobservation fantastique à force dêtre vrai. Rien ny
manquait!
Mais à droite un coin de lesquisse restait blanc…je ne
savais quy mettre… Là quelque chose sagitait, se
mouvait… Tout à coup jy vis un pied, un pied renversé,
détaché du sol. Malgré cette position improbable, je suivis
linspiration sans me rendre compte de ma propre pensée.
Ce pied aboutit à une jambe…sur la jambe, étendue avec
effort, flotta bientôt un pan de robe… Bref, une vieille
femme, hâve, défaite, échevelée, apparut successivement,
renversée au bord dun puits, et luttant contre un poing qui
lui serrait la gorge…
Cétait une scène de meurtre que je dessinais. Le crayon
me tomba de la main.
Cette femme, dans lattitude la plus hardie, les reins pliés
sur la margelle du puits, la face contractée par la terreur,
les deux mains crispées au bras du meurtrier, me faisait
p e ur… Je nosais la regarder. Mais lhomme, lui, le
personnage de ce bras, je ne le voyais pas… Il me fut
impossible de le terminer.
«Je suis fatigué, me dis-je, le front baigné de sueur, il ne
me reste que cette figure à faire, je terminerai demain…
Ce sera facile.»
Et je me recouchai, tout effrayé de ma vision. Cinq minutes
après je dormais profondément.
Le lendemain jétais debout au petit jour. Je venais de
mhabiller, et je mapprêtais à reprendre luvre interrompue,
quand deux petits coups retentirent à la porte.
«Entrez!»
La porte souvrit. Un homme déjà vieux, grand, maigre, vêtu
de noir, apparut sur le seuil. La physionomie de cet
homme, ses yeux rapprochés, son grand nez en bec daigle
surmonté dun front large, osseux, avait quelque chose de
sévère. Il me salua gravement.
«M. Christian Vénius, le peintre?» dit-il.
«Cest moi, monsieur.»
Il sinclina de nouveau, ajoutant:
«Le baron Frédéric Van Spreckdal.»
Lapparition, dans mon pauvre taudis, du riche amateur Van
Spreckdal, juge au tribunal criminel, mimpressionna
vivement. Je ne pus mempêcher de jeter un coup dil
dérobé sur mes vieux meubles vermoulus, sur mes
tapisseries humides et sur mon plancher poudreux. Je me
sentais humilié dun tel délabrement… Mais Van Spreckdal
ne parut pas faire attention à ces détails, et sasseyant
devant ma petite table:
«Maître Vénius, reprit-il, je viens…»
Mais, au même instant, ses yeux sarrêtèrent sur lesquisse
inachevée… il ne termina point sa phrase. Je métais assis
au bord du grabat, et lattention subite que ce personnage
accordait à lune de mes productions, faisait battre mon cur
dune appréhension indéfinissable.
Au bout dune minute, Van Spreckdal levant la tête:
«Êtes-vous lauteur de cette esquisse?» me dit-il le regard
attentif.
«Oui, monsieur.»
«Quel en est le prix?»
«Je ne vends pas mes esquisses… Cest le projet dun
tableau.»
«Ah!» fit-il, en levant le papier du bout de ses longs doigts
jaunes.
Il sortit une lentille de son gilet, et se mit à étudier le dessin
en silence.
Le soleil arrivait alors obliquement dans la mansarde. Van
Spreckdal ne murmurait pas un mot; son grand nez se
recourbait en griffe, ses larges sourcils se contractaient, et
son menton, se relevant en galoche, creusait mille petites
rides dans ses longues joues maigres. Le silence était si
profond que jentendais distinctement le bourdonnement
plaintif dune mouche, prise dans une toile daraignée.
«Et les dimensions de ce tableau, maître Vénius?» fit-il
enfin sans me regarder.
«Trois pieds sur quatre.»
«Le prix?»
«Cinquante ducats.»
Van Spreckdal déposa le dessin sur la table, et tira de sa
poche une longue bourse de soie verte, allongée en forme
de poire; il en fit glisser les anneaux…
«Cinquante ducats! dit-il, les voilà.»
Jeus un éblouissement.
Le baron sétait levé, il me salua, et jentendis sa grande
canne à pomme divoire résonner sur chaque marche
jusquau bas de lescalier. Alors, revenu de ma stupeur, je
me rappelai tout à coup que je ne lavais pas remercié, et je
descendis les cinq étages comme la foudre; mais, arrivé
sur le seuil, jeus beau regarder à droite et à gauche, la rue
était déserte.
«Tiens! me dis-je, cest drôle!… »
Et je remontai lescalier tout haletant.
II
La manière surprenante dont Van Spreckdal venait de
mapparaître me jetait dans une profonde extase: «Hier, me
disais-je en contemplant la pile de ducats étincelant au
soleil, hier je formais le dessein coupable de me couper la
gorge, pour quelques misérables florins, et voilà
quaujourdhui la fortune me tombe des nues… Décidément,
jai bien fait de ne pas ouvrir mon rasoir, et si jamais la
tentation den finir me reprend, jaurai soin de remettre la
chose au lendemain.»
Après ces réflexions judicieuses, je massis pour terminer
lesquisse; quatre coups de crayon, et cétait une affaire
faite. Mais ici mattendait une déception incompréhensible.
Ces quatre coups de crayon, il me fut impossible de les
donner; javais perdu le fil de mon inspiration, le
personnage mystérieux ne se dégageait pas des limbes
de mon cerveau. Javais beau lévoquer, lébaucher, le
reprendre; il ne saccordait pas plus avec lensemble quune
figure de Raphaël dans une tabagie de Téniers… Jen
suais à grosses gouttes.
Au plus beau moment, Rap ouvrit la porte sans frapper,
suivant sa louable attitude, ses yeux se fixèrent sur ma pile
de ducats, et dune voix glapissante il sécria:
«Eh! eh! je vous y prends. Direz-vous encore, monsieur le
peintre, que largent vous manque…»
Et ses doigts crochus savancèrent avec ce tremblement
nerveux que la vue de lor produit toujours chez les avares.
Je restai stupéfait quelques secondes.
Le souvenir de toutes les avanies que mavait infligées cet
individu, son regard cupide, son sourire impudent, tout
mexaspérait. Dun seul bond je le saisis, et le repoussant
des deux mains hors de la chambre, je lui aplatis le nez
avec la porte.
Cela se fit avec le cric-crac et la rapidité dune tabatière à
surprises.
Mais dehors le vieil usurier poussa des cris daigle:
«Mon argent! voleur! mon argent!»
Les locataires sortaient de chez eux et demandaient:
«Quy a-t-il donc? Quest-ce qui se passe?»
Je rouvris brusquement la porte, et dépêchant, dans
léchine de maître Rap, un coup de pied qui le fit rouler plus
de vingt marches:
«Voilà ce qui se passe!» mécriai-je hors de moi. Puis je
refermai la porte à double tour, tandis que les éclats de rire
des voisins saluaient maître Rap au passage.
Jétais content de moi, je me frottais les mains…Cette
aventure mavait remis en verve, je repris louvrage et jallais
terminer lesquisse lorsquun bruit inusité frappa mes
oreilles.
Des crosses de fusil se posaient sur le pavé de la rue… Je
regardai par ma fenêtre et je vis trois gendarmes, la
carabine au pied, le chapeau à claque de travers, en
faction à la porte dentrée.
«Ce scélérat de Rap se serait-il cassé quelque chose?»
me dis-je avec effroi.
Et voyez létrange bizarrerie de lesprit humain: moi qui
voulait la veille me couper la gorge, je frémis jusquà la
moelle des os, en pensant quon pourrait bien me pendre,
si Rap était mort.
Lescalier semplissait de rumeurs confuses… Cétait une
marée montante de pas sourds, de cliquetis darmes, de
paroles brèves.
Tout à coup on essaya douvrir ma porte. Elle était fermée!
Alors ce fut une clameur générale.
«Au nom de la loi….ouvrez!»
Je me levai, tremblant, les jambes vacillantes…
«Ouvrez!» reprit la même voix.
Voyant que la fuite était impossible, je mapprochai de la
porte en chancelant, et je fis jouer la serrure.
Deux poings sabattirent aussitôt sur mon collet. Un petit
homme trapu qui sentait le vin, me dit:
«Je vous arrête!»
Il portait une redingote vert bouteille, boutonnée jusquau
menton, un chapeau en tuyau de poêle…il avait de gros
favoris bruns… des bagues à tous les doigts, et sappelait
Passauf…
Cétait le chef de la police.
Cinq têtes de bouledogue, à petite casquette plate, le nez
en canon de pistolet, la mâchoire inférieure débordant en
crocs, mobservaient du dehors.
«Que voulez-vous?» demandai-je à Passauf.
«Descendez,» sécria-t-il brusquement en faisant signe à
lun de ses hommes de mempoigner.
Celui-ci mentraîna plus mort que vif, pendant que les autres
bouleversaient ma chambre de fond en comble.
Je descendis, soutenu sous les bras, comme un phtisique
à sa troisième période…les cheveux épars sur la figure, et
trébuchant à chaque pas.
On me jeta dans un fiacre, entre deux vigoureux gaillards,
qui me laissèrent voir charitablement le bout de deux
casse-tête, retenus au poignet par un cordon de cuir…puis
la voiture partit.
Jentendais rouler derrière nous les pas de tous les gamins
de la ville.
«Quai-je donc fait?» demandai-je à lun de mes gardiens.
Il regarda lautre avec un sourire bizarre, et dit:
«Hans…il demande ce quil a fait!»
Ce sourire me glaça le sang.
Bientôt une ombre profonde enveloppa la voiture, les pas
des chevaux retentirent sous une voûte. Nous entrions à la
Raspelhaus…des griffes de Rap je tombais dans un
cachot, doù bien peu de pauvres diables ont eu la chance
de se tirer.
De grandes cours obscures; des fenêtres alignées comme
à lhôpital et garnies de hottes; pas une touffe de verdure,
pas un feston de lierre, pas même une girouette en
perspective…voilà mon nouveau logement. Il y avait de
quoi sarracher les cheveux à pleines poignées.
Les agents de police, accompagnés du geôlier,
mintroduisirent provisoirement dans un violon.
Le geôlier, autant que je men souviens, sappelait Kasper
Schlüssel; avec son bonnet de laine grise, son bout de
pipe entre les dents, et son trousseau de clefs à la ceinture,
il me produisit leffet du dieu Hibou des Caraïbes. Il en avait
les grands yeux ronds dorés, qui voient dans la nuit, le nez
en virgule, et le cou perdu dans les épaules.
Schlüssel menferma tranquillement, comme on serre des
chaussettes dans une armoire, en rêvant à autre chose.
Quant à moi, les mains croisées sur le dos, la tête inclinée,
je restai plus de dix minutes à la même place. Puis, je
regardai ma prison. Elle venait dêtre blanchie à neuf, et
ses murailles noffraient encore aucun dessin, sauf dans un
coin un gibet grossièrement ébauché par mon
prédécesseur. Le jour venait dun il-de-buf situé à neuf ou
dix pieds de hauteur; lameublement se composait dune
botte de paille et dun baquet.
Je massis sur la paille, les mains autour des genoux, dans
un abattement incroyable…
Presquau même instant, jentendis Schlüssel traverser le
corridor; il rouvrit le violon et me dit de le suivre. Il était
toujours assisté des deux casse-tête; aussi jemboîtai le
pas résolûment.
Nous traversâmes de longues galeries, éclairées, de
distance en distance, par quelques fenêtres intérieures.
Japerçus derrière une grille le fameux Jic-Jack, qui devait
être exécuté le lendemain. Il portait la camisole de force et
chantait dune voix rauque:
«Je suis le roi de ces montagnes!»
En me voyant, il cria:
«Eh! camarade, je te garde une place à ma droite.»
Les deux agents de police et le dieu Hibou se regardèrent
en souriant, tandis que la chair de poule sétendait le long
de mon dos.
III
Schlüssel me poussa dans une haute salle très sombre,
garnie de bancs en hémicycle. Laspect de cette salle
déserte, ses deux hautes fenêtres grillées, son Christ de
vieux chêne bruni, les bras étendus, la tête
douloureusement inclinée sur lépaule, minspira je ne sais
quelle crainte religieuse daccord avec ma situation
actuelle, et mes lèvres sagitèrent, murmurant une prière.
Depuis longtemps, je navais pas prié, mais le malheur
nous ramène toujours à des pensées de soumission…
Lhomme est si peu de chose!
En face de moi, sur un siège élevé, se trouvaient assis
deux personnages tournant le dos à la lumière, ce qui
laissait leurs figures dans lombre. Cependant je reconnus
Van Spreckdal à son profil aquilin, éclairé par un reflet
oblique de la vitre. Lautre personnage était gros; il avait les
joues pleines, rebondies, les mains courtes, et portait la
robe de juge, ainsi que Van Spreckdal.
Au-dessous était assis le greffier Conrad; il écrivait sur une
table basse, se chatouillant le bout de loreille avec la barbe
de sa plume. A mon arrivée il sarrêta pour me regarder dun
air curieux.
On me fit asseoir, et Van Spreckdal, élevant la voix, me dit:
«Christian Vénius, doù tenez-vous ce dessin?»
Il me montrait lesquisse nocturne, alors en sa possession.
On me la fit passer…Après lavoir examinée, je répondis:
«Jen suis lauteur.»
Il y eut un assez long silence; le greffier Conrad écrivait ma
réponse. Jentendais sa plume courir sur le papier et je
pensais: «Que signifie la question quon vient de me faire?
Cela na point de rapport avec le coup de pied dans léchine
de Rap.»
«Vous en êtes lauteur, reprit Van Spreckdal. Quel en est le
sujet?»
«Cest un sujet de fantaisie.»
«Vous navez point copié ces détails quelque part?»
«Non, monsieur, je les ai tous imaginés.»
«Accusé Christian, dit le juge dun ton sévère, je vous invite
à réfléchir. Ne mentez pas!»
Je rougis, et dun ton exalté, je mécriai:
«Jai dit la vérité.»
«Écrivez, greffier,» fit van Spreckdal.
La plume courut de nouveau.
«Et cette femme, poursuivit le juge, cette femme quon
assassine au bord dun puits…lavez-vous aussi
imaginée?»
«Sans doute.»
«Vous ne lavez jamais vue?»
«Jamais.»
Van Spreckdal se leva comme indigné; puis, se rasseyant,
il parut se consulter à voix basse avec son confrère.
Ces deux profils noirs, se découpant sur le fond lumineux
de la fenêtre, et les trois hommes, debout derrière moi…le
silence de la salle…tout me faisait frémir.
«Que me veut-on? quai-je donc fait?» murmurai-je.
Tout à coup Van Spreckdal dit à mes gardiens:
«Vous allez reconduire le prisonnier à la voiture; nous
partons pour la Metzgerstrasse.»
Puis sadressant à moi:
«Christian Vénius, sécria-t-il, vous êtes dans une voie
déplorable… Recueillez-vous et songez que si la justice
des hommes est inflexible, il vous reste la miséricorde de
Dieu… Vous pouvez la mériter en avouant votre crime!»
Ces paroles mabasourdirent comme un coup de
marteau…Je me rejetai en arrière les bras étendus, en
mécriant:
«Ah! quel rêve affreux!»
Et je mévanouis.
Lorsque je revins à moi, la voiture roulait lentement dans la
rue; une autre nous précédait. Les deux agents de sûreté
étaient toujours là. Lun deux, pendant la route, offrit une
prise de tabac à son confrère; machinalement jétendis les
doigts vers la tabatière, il la retira vivement.
Le rouge de la honte me monta au visage, et je détournai la
tête pour cacher mon émotion.
«Si vous regardez dehors, dit lhomme à la tabatière, nous
serons forcés de vous mettre les menottes.»
«Que le diable tétrangle, infernal gredin!» pensai-je en
moi-même. Et comme la voiture venait de sarrêter, lun
deux descendit, tandis que lautre me retenait par le collet;
puis, voyant son camarade prêt à me recevoir, il me
poussa rudement dehors.
Ces précautions infinies pour sassurer de ma personne ne
mannonçaient rien de bon; mais jétais loin de prévoir toute
la gravité de laccusation qui pesait sur ma tête, quand une
circonstance affreuse mouvrit enfin les yeux, et me jeta
dans le désespoir.
On venait de me pousser dans une allée basse, à pavés
rompus, inégaux; le long du mur coulait un suintement
jaunâtre, exhalant une odeur fétide. Je marchais au milieu
des ténèbres, deux hommes derrière moi. Plus loin
apparaissait le clair-obscur dune cour intérieure.
A mesure que javançais, la terreur me pénétrait de plus en
plus. Ce nétait point un sentiment naturel: cétait une anxiété
poignante, hors nature comme le cauchemar. Je reculais
instinctivement à chaque pas.
«Allons donc! criait lun des agents de police en mappuyant
la main sur lépaule; marchez!»
Mais quelle ne fut pas mon épouvante, lorsque au bout du
corridor, je vis la cour que javais dessinée la nuit
précédente, avec ses murs garnis de crocs, ses amas de
vieilles ferrailles, sa cage à poules et sa cabane à lapins…
Pas une lucarne grande ou petite, haute ou basse, pas une
vitre fêlée, pas un détail navait été omis!
Je restai foudroyé par cette étrange révélation.
Près du puits se trouvaient les deux juges, Van Spreckdal
et Richter. A leurs pieds gisait la vieille femme, couchée
sur le dos…ses longs cheveux gris épars…la face bleue…
les yeux démesurément ouverts… et la langue prise entre
les dents.
Cétait un spectacle horrible!
«Eh bien! me dit Van Spreckdal dun accent solennel,
quavez-vous à dire?»
Je ne répondis pas.
«Reconnaissez-vous avoir jeté cette femme, Thérésa
Becker, dans ce puits, après lavoir étranglée pour lui voler
son argent?»
«Non, mécriai-je, non! Je ne connais pas cette femme, je
ne lai jamais vue. Que Dieu me soit en aide!»
«Cela suffit,» répliqua-t-il dune voix sèche.
Et, sans ajouter un mot, il sortit rapidement avec son
confrère.
Les agents crurent alors devoir me mettre les menottes. On
me reconduisit à la Raspelhaus, dans un état de stupidité
profonde. Je ne savais plus que penser…ma conscience
elle-même se troublait: je me demandais si je navais pas
assassiné la vieille femme!
Aux yeux de mes gardiens, jétais condamné.
Je ne vous raconterai pas mes émotions de la nuit à la
Raspelhaus, lorsque, assis sur ma botte de paille, la
lucarne en face de moi et le gibet en perspective, jentendis
le watchmann crier dans le silence: «Dormez, habitants de
Nuremberg, le Seigneur veille! Une heure!… deux heures!
…trois heures sonnées!»
Chacun peut se faire lidée dune nuit pareille.
Le jour vint; dabord pâle, indécis, il éclaira de ses vagues
lueurs lil-de-buf …les barreaux en croix, …puis il sétoila
contre la muraille du fond. Dehors la rue sanimait; il y avait
marché ce jour-là: cétait un vendredi. Jentendais les
charretées de légumes, et les bons campagnards chargés
de leurs hottes. Quelques cages à poule caquetaient en
passant, et les marchandes de beurre causaient entre
elles. La halle en face souvrait…on arrangeait les bancs.
Enfin le grand jour se fit, et le vaste murmure de la foule qui
grossit, des ménagères qui sassemblent, leur panier sous
le bras, allant, venant, discutant et marchandant, mannonça
quil était huit heures du matin.
Avec la lumière, la confiance reprit un peu le dessus dans
mon cur. Quelques-unes de mes idées noires disparurent;
jéprouvai le désir de voir ce qui se passait dehors.
Dautres prisonniers, avant moi, sétaient élevés jusquà lil-
de-buf; ils avaient creusé des trous dans le mur pour
monter plus facilement. Jy grimpai à mon tour, et quand,
assis dans la baie ovale, les reins pliés, la tête courbée, je
pus voir la foule, la vie, le mouvement…des larmes
abondantes coulèrent sur mes joues. Je ne songeais plus
au suicide…jéprouvais un besoin de vivre, de respirer,
vraiment extraordinaire.
«Ah! me disais-je, vivre, cest être heureux!…Quon me
fasse traîner la brouette, quon mattache un boulet à la
jambe… Quimporte! pourvu que je vive!…»
Or, pendant que je regardais ainsi, un homme, un boucher
passa, le dos incliné, portant un énorme quartier de buf sur
les épaules; il avait les bras nus, les coudes en lair, la tête
penchée en dessous… Sa chevelure flottante me cachait
son visage, et pourtant, au premier coup dil, je tressaillis…
«Cest lui!» me dis-je.
Tout mon sang reflua vers le cur…Je descendis dans la
prison, frémissant jusquau bout des ongles, sentant mes
joues sagiter, la pâleur sétendre sur ma face, et balbutiant
dune voix étouffée:
«Cest lui! Il est là…là…et moi je vais mourir pour expier
son crime… Oh Dieu!…que faire?…que faire?…»
Une idée subite, une inspiration du ciel me traversa
lesprit…Je portai la main à la poche de mon habit!…ma
boîte à fusain sy trouvait.
Alors, mélançant vers la muraille, je me mis à tracer la
scène du meurtre avec une verve inouïe. Plus dincertitudes
et plus de tâtonnements. Je connaissais lhomme… Je le
voyais… Il posait devant moi.
A dix heures, le geôlier entra dans mon cachot. Son
impassibilité de hibou fit place à ladmiration.
«Est-ce possible?» sécria-t-il, debout sur le seuil.
«Allez chercher mes juges,» lui dis-je en poursuivant mon
travail avec une exaltation croissante.
Schlüssel reprit:
«Ils vous attendent dans la salle dinstruction.»
«Je veux faire des révélations,» mécriai-je en mettant la
dernière main au personnage mystérieux.
Il vivait; il était effrayant à voir. Sa figure, de face, en
raccourci sur le mur, se détachait sur le fond blanc avec
une vigueur qui était prodigieuse.
Le geôlier sortit.
Quelques minutes après, les deux juges parurent. Ils
restèrent stupéfaits.
Moi, la main étendue et tremblant de tous les membres, je
leur dis:
«Voici lassassin!»
Van Spreckdal, après quelques instants de silence, me
demanda:
«Son nom?»
«Je lignore…mais il est, en ce moment, sous la halle…il
coupe de la viande dans le troisième étal, à gauche, en
entrant par la rue des Trabans.»
«Quen pensez-vous?» dit-il en se penchant vers son
collègue.
«Quon cherche cet homme,» répondit lautre dun ton grave.
Plusieurs gardiens, restés dans le corridor, obéirent à cet
ordre. Les juges restèrent debout, regardant toujours
lesquisse. Moi, je maffaissai sur la paille, la tête entre les
genoux, comme anéanti.
Bientôt des pas retentirent au loin sous les voûtes. Ceux
qui nont pas attendu lheure de la délivrance et compté les
minutes, longues alors comme des siècles…ceux qui nont
pas ressenti les émotions poignantes de lattente, la terreur,
lespérance, le doute…ceux là ne sauraient concevoir les
frémissements intérieurs que jéprouvai dans ce moment.
Jaurais distingué les pas du meurtrier, marchant au milieu
de ses gardes, entre mille autres. Ils sapprochaient… Les
juges eux-mêmes paraissaient émus… Moi, javais relevé
la tête, et le cur serré comme dans une main de fer,
jattachais un regard fixe sur la porte close. Elle souvrit…
Lhomme entra… Ses joues étaient gonflées de sang, ses
larges mâchoires contractées faisaient saillir leurs muscles
jusque vers les oreilles, et ses petits yeux, inquiets et
fauves comme ceux du loup, scintillaient sous dépais
sourcils dun jaune roussâtre.
Van Spreckdal lui montra silencieusement lesquisse.
Alors, cet homme sanguin, aux larges épaules, ayant
regardé, pâlit… puis, poussant un rugissement qui nous
glaça tous de terreur, il écarta ses bras énormes, et fit un
bond en arrière pour renverser les gardes. Il y eut une lutte
effrayante dans le corridor; on nentendait que la respiration
haletante du boucher, des imprécations sourdes, des
paroles brèves, et les pieds des gardes, soulevés de terre,
retombant sur les dalles.
Cela dura bien une minute.
Enfin, lassassin rentra, la tête basse, lil sanglant, les mains
garrottées sur le dos. Il fixa de nouveau le tableau du
meurtre… parut réfléchir, et, dune voix basse, comme se
parlant à lui-même:
«Qui donc a pu me voir, dit-il, à minuit?»
Jétais sauvé!!!…
…………………
Bien des années se sont écoulées depuis cette terrible
aventure. Grâce à Dieu! je ne fais plus de silhouettes, ni
même de portraits de bourgmestre. A force de travail et de
persévérance, jai conquis ma place au soleil, et je gagne
honorablement ma vie en faisant des uvres dart, le seul but,
suivant moi, auquel tout véritable artiste doit sefforcer
datteindre. Mais le souvenir de lesquisse nocturne mest
toujours resté dans lesprit. Parfois, au beau milieu du
travail, ma pensée sy reporte. Alors, je dépose la palette et
je rêve durant des heures entières! Comment un crime
accompli par un homme que je ne connaissais pas…dans
une maison que je navais jamais vue…a-t-il pu se
reproduire sous mon crayon, jusque dans ses moindres
détails?
Est-ce un hasard? Non! Et dailleurs, le hasard, quest-ce,
après tout, sinon leffet dune cause qui nous échappe?
Qui sait? La nature est beaucoup plus audacieuse dans
ses réalités que limagination de lhomme dans sa fantaisie!
End of the Project Gutenberg EBook of L'esquisse
mystérieuse, by Emile Erckmann and Alexandre Chatrian
*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK
L'ESQUISSE MYSTÉRIEUSE ***
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