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Nonfiction Article 9534

L'ouvrage 'Les nazis en fuite' de Gerald Steinacher explore les itinéraires et les filières utilisées par les dirigeants nazis pour échapper à la justice après la Seconde Guerre mondiale. Il met en lumière le rôle involontaire du Vatican et de la Croix Rouge dans la facilitation de ces fuites, ainsi que l'attrait de l'Amérique du Sud, notamment l'Argentine, comme refuge pour ces criminels. Steinacher révèle comment ces nazis ont pu se fondre parmi les réfugiés et bénéficier de réseaux d'exfiltration, tout en soulignant la complexité de la Realpolitik de l'époque.

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Nonfiction Article 9534

L'ouvrage 'Les nazis en fuite' de Gerald Steinacher explore les itinéraires et les filières utilisées par les dirigeants nazis pour échapper à la justice après la Seconde Guerre mondiale. Il met en lumière le rôle involontaire du Vatican et de la Croix Rouge dans la facilitation de ces fuites, ainsi que l'attrait de l'Amérique du Sud, notamment l'Argentine, comme refuge pour ces criminels. Steinacher révèle comment ces nazis ont pu se fondre parmi les réfugiés et bénéficier de réseaux d'exfiltration, tout en soulignant la complexité de la Realpolitik de l'époque.

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Histoire
La grande vadrouille des nazis
PAR Nicolas CHARLES

Date de publication • 14 septembre 2018

Le s nazis e n fuite

Ge ra ld Ste ina che r

2018
Perrin
608 pages

Quels furent les différentes filières et moyens utilisés par les dirigeants nazis pour fuir à
la fin de la guerre et éviter d'être jugés pour leurs crimes ?

Gerald Steinacher, professeur à l'université Nebraska-Lincoln aux États-Unis, est un


spécialiste de l'histoire des crimes de guerre. A ce titre, il officie comme expert au sein de
différentes commissions internationales. Dans Les nazis en fuite, il ne s'intéresse ni aux
crimes, ni aux auteurs eux-mêmes, mais aux filières qui ont permis à de nombreux nazis
de quitter le IIIème Reich dans les dernières semaines du conflit, voire des années plus
tard.

Certains d'entre eux, tristement célèbres, comme Josef Mengele (le « docteur »
d'Auschwitz) ou Adolf Eichmann (un des décideurs de la « Solution Finale ») ont ainsi pu
rejoindre l'Amérique du Sud pour s'y cacher, parfois jusqu'à leur mort. Si certains sont
découverts par les « chasseurs de nazis » comme Simon Wiesenthal, dès la fin de la
Seconde Guerre mondiale, beaucoup réussissent à quitter l'Europe. Jusqu'à présent, la
recherche historique s'était surtout intéressée à l'histoire des personnages et peu aux
filières qui ont favorisé la fuite de dizaines de criminels de guerre, parfois avec toute leur
famille. C'est ce que nous propose d’explorer Steinacher qui, d'origine autrichienne,
connaît parfaitement les chemins empruntés par ces nazis dans leur fuite.

Chemins qui mènent quelque par t


Chemins qui mènent quelque par t

Les nazis en fuite répertorie et présente les différents itinéraires de fuite empruntés par les
nazis à partir de 1945. L'ouvrage s'ouvre d'ailleurs sur une carte centrée sur l'Italie. Les
passages alpins en provenance du Reich sont divers et empruntent tous les anciennes
filières de contrebande pour converger ensuite dans la région italienne du Tyrol du Sud,
principalement dans la localité de Bolzano où se rejoignent tous les fuyards. Ils se rendent
ensuite à Vérone puis se répartissent sur plusieurs itinéraires en direction du port de
Gênes ou de Rome pour se rendre par la suite vers leur lieu de refuge, principalement en
Amérique du Sud. L'Italie devient alors une véritable plaque tournante pour l'expatriation
des anciens hiérarques du IIIème Reich, même si d'autres itinéraires, via la Suisse ou
l'Espagne, sont eux aussi en place, mais beaucoup moins fréquentés que la voie
transalpine. C'était, selon Steinacher, « la voie la plus courte, mais aussi celle qui présentait
le moins d'obstacles bureaucratiques ».

Comment ces criminels pourtant connus ont-ils réussi à passer incognito ? Ils ont certes
bénéficié d'aide, nous le verrons par la suite, mais ils se sont surtout mêlés au flot de
réfugiés qui rentraient chez eux après la guerre. Dans cet imbroglio administratif, dans des
pays qui cherchaient encore une nouvelle organisation après des années de totalitarisme,
les nazis se sont fondus dans la masse, pour devenir des réfugiés parmi d'autres, sans que
les autorités locales ne cherchent vraiment à comprendre qui ils étaient. L'Italie est, en
1945, en plein chaos : elle se réveille après plus de vingt années de fascisme et surtout
après un conflit qui a tourné dans les derniers mois en une guerre civile entre les derniers
fascistes de la « République de Salo », soutenus par les Allemands, et les antifascistes qui
cherchaient à libérer le territoire.

L’aide involontair e de la Cr oix Roug e et du Vatican

Les nazis en fuite cherche aussi à comprendre quelles ont pu être les filières utilisées par
les criminels nazis pour fuir. En Italie, ils ont bénéficié de celles du Vatican, mais aussi de
la Croix Rouge internationale. En effet, cette dernière a délivré dans les derniers mois de la
guerre et dans les mois qui ont suivi des dizaines de milliers de titres de voyage que les
personnes pouvaient se procurer rapidement, sans que le CICR ne vérifie l'identité des
mandants. Steinacher montre bien que des centaines, voire des milliers de nazis, se faisant
passer pour des réfugiés, ont pu ainsi se procurer des papiers qui leur ont permis de
circuler tranquillement dans la péninsule italienne puis de prendre un bateau à destination
de l'Amérique du Sud. Profitant du désordre et de l'afflux de réfugiés, qui souvent avaient
tout perdu, ce qui rendait les identifications impossibles, des criminels de guerre ont ainsi
pu, tranquillement et légalement, quitter l'Europe avec des papiers valables, mais sous de
fausses identités.

Ce même schéma se reproduit chez les services du Vatican chargés de venir en aide aux
réfugiés. Les membres de Caritas International, qui ont eux aussi énormément œuvré pour
les réfugiés dans toute l'Europe, ont aussi servi malgré eux à aider des nazis à s'enfuir
incognito vers leur lieu de refuge. Pour les mêmes raisons que le CICR, même s'ils
tentaient de vérifier l'identité de ceux qui demandaient des papiers, cela était impossible, à
cause des destructions et des désorganisations administratives engendrées par la guerre.
Comme de nombreuses personnes l'ont suspecté à l'époque, le CICR et le Vatican se sont
rendus complices involontaires de la fuite de criminels, qui n'ont pu ainsi être jugés à la
Libération. Il faut dire aussi que certains nazis sont allés jusqu'à se faire baptiser pour
obtenir la protection de l’Église et surtout sa miséricorde. Tromperie suprême de la part de
personnes souvent ouvertement antireligieuses sous le IIIème Reich, qui voyaient là un
moyen d'absolution de leurs crimes et surtout de faciliter leurs déplacements dans une
Italie des années 1940 où la religion catholique est omnipotente. Le Pape ayant accordé sa
protection aux réfugiés, personne dans le pays n'osait contrôler ces milliers de réfugiés
présents dans la péninsule.

Il y eu aussi de véritables réseaux d'exfiltrations qui se mirent en place, depuis l'Europe


centrale, souvent aidés par les Américains, qui voyaient là un moyen de « retourner » des
anciens nazis pour devenir des espions ou des informateurs face aux Communistes. Ainsi,

alors que la Guerre froide débute à partir de 1947, ces réseaux d’exfiltration servent à
évacuer du bloc communiste des agents qui aident les États-Unis ; parmi eux, il y avait
d'anciens nazis, « criminels de guerre reconvertis » selon Steinacher.

Pour quoi l'Amér ique du Sud et l'Ar g entine en par ticulier ?

Après 1945, la majorité des anciens criminels nazis a choisi la fuite vers l'Amérique du Sud,
et plus particulièrement l'Argentine qui est alors leur première destination. À la chute du
IIIème Reich, l'Argentine Péroniste manifesta sont intérêt à l’égard des anciens nazis qui
pouvaient l'aider à la fois à moderniser son économie, mais aussi la doter de scientifiques
et de militaires de premier plan. Perón avait une admiration certaine pour les puissances
de l'Axe : Buenos Aires chercha donc à recruter les anciens nazis, mais dû le faire de façon
détournée car elle ne pouvait avouer être le lieu de refuges de personnes à l'origine du
plus important génocide de l'Histoire. L'Etat argentin mis en place un véritable réseau,
avec des agents discrets en Italie, pour attirer ces anciens nazis.

Cette immigration nazie était facilitée par la tradition migratoire ancienne des pays
germaniques vers l'Amérique du Sud et en particulier l'Argentine qui comptait avant 1945
selon Steinacher plus de 240 000 individus germanophones. Paradoxalement, une partie
d'entre-eux étaient des Allemands qui avaient fui le Reich depuis 1933 à cause de leur
opposition à Hitler ou de leur judéité. Après la défaite de l'Axe, l'Argentine apparu donc
pour beaucoup de nazis comme une destination naturelle, car ils savaient qu'ils pourraient
passer inaperçus parmi tous les anciens réfugiés germanophones.

Dans la foulée des émissions de Michel Pomarède, « Les chasseurs de nazis », diffusées
durant l'été 2018 sur France Culture, Les nazis en fuite de Gerald Steinacher se lit comme un
« roman-vrai », comme une véritable enquête policière construite à partir de nombreuses
sources éparses et souvent peu accessibles au public. Cela montre aussi que, malgré leurs
crimes, beaucoup de nazis sont apparus, après-guerre, utiles à des régimes, notamment
dans un contexte de Guerre froide. En lisant Steinacher, on découvre ainsi la dure réalité de
la Realpolitik américaine ou argentine au lendemain de la guerre la plus meurtrière de
p g g p
l'Histoire, marquée par la Shoah. Dans leur fuite, sous une nouvelle identité, ces bourreaux
se sont alors achetés une virginité que quelques « chasseurs de nazis » comme Simon
Wiesenthal ou le Mossad ont parfois pu percer.

NICOLAS CHARLES

Nicolas Charles est professeur agrégé d'histoire. Spécialiste de la Grande Guerre et de l'occupation du
Nord de la France durant ce conflit, il est actuellement doctorant sur ce thème à l'université de Paris 1
Panthéon-Sorbonne. Il a notamment publié en 2015 Enseigner la Grande Guerre pour les Editions
Canopé.

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