L'enseignement de la sociologie au Maroc
sommaire :
intro
1. L’histoire de l’enseignement de la sociologie au Maroc :
2. L’enseignement de la sociologie au Maroc pendant l’ère colonial :
3. L’enseignement de la sociologie au Maroc après l’indépendance :
4. Fermeture de l’Institut de sociologie sur ordre du palais en 1970 :
5. La ré-institutionnalisation de la sociologie ou la reconnaissance universitaire :
6. Les curricula des départements de sociologie :
7. De nouvelles structures de recherche :
8. Les nouveaux défis de la pratique sociologique au Maroc :
9. Les sociologues qui ont travaillé sur l'enseignement de la sociologie au Maroc :
conclu
Introduction : (VERT -> HALA)
La sociologie marocaine a élaboré très tôt une série de problématiques en vue d’apporter une réponse
aux différentes dynamiques de la société, avec une attention particulière à « la nature de l’État », à la
place qu’il occupe dans le système politique, son rapport au couple « tradition » / « modernisation »,
etc. Cet intérêt était largement déterminé par les luttes et les enjeux politiques incessants qui ont
accompagné l'émergence de l’État-nation postcolonial, en tant qu'un des principaux outils de la
construction de l'identité nationale, ceci pendant le demi-siècle écoulé.
Si l’on remonte aux années 60 et 70 du siècle dernier, la tâche essentielle de la sociologie, aux yeux
d’un nombre prépondérant de sociologues marocains, se concentrait dans un double travail critique :
un travail se souciant à la fois de la déconstruction des concepts ethnocentristes de la sociologie
coloniale et de l’affirmation d’une critique du savoir et discours multiples produits par la société
marocaine sur elle-même.
I.L’histoire de l’enseignement de la sociologie au Maroc :
Dès le début de la colonisation au Maroc, la sociologie s'est organisée dans un esprit utilitaire et avec
un objectif de "pacification" et a soutenu l'administration ; la politique.
Notons que suivre le grand itinéraire de la sociologie en terre marocaine ne pouvait se faire sans
évoquer Ibn Khaldoun. La figure d'Ibn Khaldoun reste insolite dans l'histoire de la pensée sociologique
arabe.
En tout état de cause, la sociologie n'a pas émergé dans ce pays du seul cerveau d'Ibn Khaldoun, ni
même d'une influence indirecte de ses travaux, bien que son œuvre ait été enseignée aux étudiants
comme précurseur de la sociologie après l'indépendance. Il y a une rupture nette entre la pensée
sociale anticoloniale et l'importation de nouvelles techniques et méthodes d'investigation des donnés
sociologique scientifique. Certes, les orientalistes du Maghreb étaient conscients de l'importance de
l'œuvre de Khaldoun, souvent citée comme source fondamentale, mais Ibn Khaldoun était considéré
avant tout comme un historien.
L'introduction d'une science qui s'est développée dans des sociétés en voie d'industrialisation rapide
et dans des pays en expansion impérialiste a évidemment créé une certaine désorientation des
sciences sociales en situation coloniale. Ainsi, Ibn Khaldoun a longtemps vécu comme un étranger dans
sa propre civilisation. Il faudra attendre le grand élan nationaliste d'après 1945 pour que le retour de
ce brillant penseur s'opère au Maghreb et que son œuvre soit intégrée à la culture nationale.
Il y a une catégorie d'historiographes qui ont semblé être oubliés. La chronique historique et les rahalât
doivent être situées dans l'histoire de la pensée maghrébine ; elles ont été l'expression d'une époque
et d'une élite intellectuelle ; pourquoi nier leur importance pour nous et leur apport à la connaissance
du pays ?
II. L’enseignement de la sociologie au Maroc pendant l’ère colonial :
Un rappel historique de l’état des sciences sociales à l’époque coloniale nous paraît nécessaire pour
aider à mieux comprendre les enjeux passés et présents de l’instauration de cette discipline dans le
champ universitaire marocain.
Comme le souligne à juste titre Georges Balandier-un ethnologue et sociologue français- (1954) dans
un article publié dans les Cahiers internationaux de sociologie sous le titre « Sociologie de la
colonisation et relations entre sociétés globales », le fait colonial « a plus retenu les historiens – sous
la forme de l’impérialisme moderne – et des ethnologues-anthropologues – en tant que créateur de
contacts et conflits culturels – que des sociologues ». Sous l’égide du protectorat français, le corpus de
connaissances accumulé sur plus d’un demi-siècle par la « sociologie musulmane » répond d’abord à
un projet colonial de mettre la sociologie au service de l’encadrement scientifique de l’expansion
coloniale (Rachik et Bourqia, 2011).
C’est dans ce contexte qu’a été fonée en 1904 la Mission scientifique, soit la collecte et l'archivage
des données concernant le Maroc au Maroc, ceci par M. A. Le Chatelier, professeur au Collège de
France, d’abord à ses frais, puis avec une subvention du ministère de l’Instruction publique. La Mission
produisait, à son origine, une seule publication : Les Archives marocaines. En 1906, M. Le Chatelier y
ajouta la Revue du monde musulman. En 1914, d’accord avec le gouvernement du protectorat, une
troisième publication fut entreprise en collaboration avec la direction des Affaires indigènes et du
Service des renseignements, sous le nom de Villes et tribus du Maroc. et donc De nombreuses
monographies ont été réalisées et publiées par la mission scientifique dans ses nombreuses éditions :
Villes et tribus au Maroc, Les archives marocaines, Les archives berbères etc.
L’ensemble de ces travaux sociologiques conduits pour l’essentiel par des observateurs du monde
colonial (militaires et administrateurs), met en évidence la « politique musulmane du protectorat »
attisant les oppositions Arabes/Berbères, sédentaires/ nomades, plaines/montagnes, etc., pour
renforcer la domination et l’expansion coloniale. La thèse de Robert Montagne, chargé par Lyautey
d’étudier les tribus berbères du sud marocain, représente le « summum de la théorie coloniale »
(Rachik et Bourqia, 2011). La promulgation du dahir berbère en 1930, en faisant de l’opposition
Arabes/ Berbères un moyen d’asseoir durablement l’emprise coloniale est une illustration de la
mission civilisatrice du protectorat.
L’Institut des hautes études marocaines (IHEM) qui a succédé à la Mission scientifique au Maroc en
1925 va mettre en chantier deux atlas ; le premier portant sur la géographie des saints, des marabouts
et des confréries ; le second centré sur les parlers et dialectes marocains (Roussillon, 2001).
Certains auteurs comme Lucette Valensi- Historienne française-(1984) ont souligné la marginalité de
ces travaux, par rapport à la sociologie métropolitaine, structurée à cette époque par le durkheimisme.
Si les meilleurs observateurs du monde colonial, militaires comme administrateurs, étaient en gros des
agents de la colonisation, d’autres ont pris leurs distances vis-à-vis du système colonial. Ce fut le cas
de Jacques Berque qui a eu un parcours singulier qui l’a mené du poste d’administrateur colonial à
celui de professeur au collège de France de 1956 à 1982.
Influencés tout à la fois par Émile Durkheim et Max Weber, ses travaux sur les structures sociales du
Haut Atlas (1955) et sur les représentations et les interprétations de l’islam (zawia, confréries,
tombeaux des saints, etc.) font encore aujourd’hui autorité sur le plan académique.En effet, Certains
le considèrent comme le pionnier d’une « anthropologie de la décolonisation » (Roussillon, 2001,
p.199). Avec son article « Qu’est-ce qu’une tribu nord-africaine ? », Jacques Berque inaugure un
nouveau paradigme, « la théorie segmentaire », dont l’anthropologie sociale anglo-saxonne
s’emparera dans les années 1960. (Gelnner, 1969 ; Geertz, 1979)...tout cela dans une perspective
durkheimienne , soit qui tend vers l'étude scientifique de la société, la nécessité de traiter la sociologie
comme une discipline à part entière, et l'importance de comprendre la société en tant que système
complexe composé de nombreuses institutions interdépendantes.)
Ce que l’on retient de cette période coloniale c’est que la sociologie « musulmane » n’a
jamais pris le soin de s’adresser à l’indigène et était destinée exclusivement à fournir aux
administrateurs coloniaux les connaissances nécessaires à la légitimation et à la
consolidation de la domination coloniale. Les conditions de non réception de cette sociologie
dans la société marocaine ont eu pour conséquence de reporter sur les premières générations
de sociologues marocains la question de savoir que faire de tout ce savoir accumulé. Fallait-il
l’intégrer, le mettre à distance ou le rejeter ?
III. L’enseignement de la sociologie au Maroc après l’indépendance :
Après l’indépendance, les sciences humaines et sociales ont été considérées partout au Maghreb et
dans le monde arabe comme des « sciences dangereuses » et, par conséquent, mises sous contrôle.
Les pouvoirs publics, dans une perspective de rationalisme technocratique, ont orienté leurs efforts
vers les filières techniques et technologiques en formant des générations d’ingénieurs censées fournir
l’expertise nécessaire pour accompagner la marche vers la modernisation et le progrès. Cela s’est
traduit sur le plan universitaire par la primauté donnée aux disciplines scientifiques jugées en phase
avec l’idéologie développementiste. Le personnel politique et les hauts fonctionnaires de l’État
proviennent des professions techniques (ingénieurs, médecins, chimistes, etc.) et portent
généralement sur les sciences humaines et sociales un regard très négatif, voire même méfiant
(Madoui, 2007).
Par conséquent, au Maroc, pendant cette période, les sciences humaines et sociales apparaissent un
peu moins structurées en laboratoires de recherche que ne le sont les sciences exactes et naturelles.
Elles n’ont pas bénéficié comme les sciences dites « utiles » de la priorité gouvernementale, et
reposaient jusque-là sur quelques individus certes brillants mais atomisés et déconnectés du terrain
et des réalités socio-économiques du pays.
La fin du protectorat dans des conditions pacifiques et la proclamation de l’indépendance du Royaume
en 1956 marque le début de ce qu’il convient d’appeler la sociologie marocaine, dont la genèse est
fortement associée au nom de Paul Pascon qui prendra en 1964 la nationalité marocaine (Rachik,
Bourqia, 2011). Ce dernier a milité activement, aux côtés d’autres figures progressistes, pour
l’indépendance du Maroc et sera rejoint par toute une génération d’intellectuels marocains et de
coopérants très engagés qui poseront les premiers jalons d’un champ scientifique autochtone. Né à
Fès en 1932 juste après la promulgation du dahir (loi) Berbère, Paul Pascon se ralliera très vite à la
cause anticolonialiste. Il se dit lui-même « marxiste épistémologue » et fut un temps partisan du Parti
communiste en militant activement au sein de l’Union marocaine des travailleurs (umt) où il avait mis
en place et animé un réseau de jeunes chercheurs travaillant sur les problématiques du travail et du
mouvement ouvrier (Tozy, 2013).
+
Dans un article intitulé « La sociologie, pourquoi faire ? », Paul Pascon (1986) considère qu’une
sociologie en marge des transformations et des mouvements sociaux ne peut être que stérile. C’est
dans ce contexte qu’il a créé au début des années 1960 le cabinet d’études coopératif dont l’objectif
était de répondre à la commande publique désireuse de comprendre le social. Il sera intégré, avec son
équipe, dans la préparation du plan quinquennal 1960-1965 et profitera de sa position de directeur de
l’Office régional de mise en valeur agricole du Haouz de Marrakech et des enseignements qu’il a
dispensés à l’Institut agronomique et vétérinaire de Rabat, pour apporter sa clé de voûte à la
« nationalisation » de la sociologie marocaine (Roussillon, 2001, p. 20 8).
Dans le sillage de Paul Pascon, d’autres figures de l’intelligentsia marocaine ont participé à la genèse
de cette sociologie critique et engagée marocaine. Ce fut le cas de Mohammed Guessous, le « maître
formateur », pour reprendre l’expression d’Abdelfattah Ezzine, qui a formé à la faculté de lettres et
sciences humaines à Rabat toute une génération de sociologues marocains. La création en 1960 de
l’Institut de sociologie de Rabat constitue une étape décisive dans le processus d’institutionnalisation
de la sociologie dans l’univers académique marocain. C’est Abdelkebir Khatibi qui prend la direction
de cet institut de sociologie qui accueille 266 étudiants en 1965-1966 et auquel il donne pour mission
de poursuivre la tâche de la critique sociale. Dans un article qui fait date, « la décolonisation de la
sociologie », Khatibi (1981, p. 113) considère que « du point de vue de ce que l’on appelle encore le
tiers-monde, nous ne pouvons prétendre que la décolonisation a pu promouvoir une pensée
radicalement critique vis-à-vis de la machine idéologique de l’impérialisme et de l’ethnocentrisme, une
décolonisation qui serait en même temps une déconstruction des discours qui participent, de manières
variées et plus ou moins dissimulées, à la domination impériale… ». Cela doit passer selon lui par la
dissolution de l’ethnologie au profit de l’histoire et de la réappropriation de la langue arabe, condition
sine qua non pour décoloniser l’appareil conceptuel colonial et lui substituer un appareil conceptuel
conçu selon les codes de la langue arabe.
Dans ce vaste programme de recherche, il insiste sur l’importance pour les sociologues arabes de
mener un double travail critique : « D’abord une déconstruction des concepts issus du savoir et des
discours sociologiques qui ont parlé à la place du monde arabe, et qui sont marqués par une
prédominance occidentale et une idéologie ethnocentriste ; ensuite, voire en même temps, adopter
une critique du savoir et des discours élaborés par les différentes sociétés arabes sur elles-mêmes. »
(Khatibi, 1975, p. 9) Le marxisme était très présent à cette époque dans les rangs de l’université
marocaine et la recherche était focalisée, dans une perspective holiste, sur des problématiques liées à
l’urbanisation, à la langue arabe, aux stratifications sociales, au mouvement ouvrier, etc. Il s’agit d’un
marxisme davantage idéologique et politique qu’épistémologique qui tente tant bien que mal
d’articuler sociologie et mouvements sociaux (luttes ouvrières, syndicats et mouvements étudiants des
années 1967-1968, la popularité et l’influence du parti communiste…).
Toutefois, la situation est en train de changer depuis les années 2000. Le roi Mohammed VI semble
plus enclin que son père à développer des filières « humanistes », à l’université, notamment sous
l’impact de l’Initiative nationale pour le développement humain (indh) où l’on assiste à la réhabilitation
des shs (sciences humaines et sociales) au Maroc ; sans doute aussi sous l’effet du contexte politico-
social et de la mondialisation. Avec la montée de l’islamisme, d’une part, et l’ouverture à l’économie
de marché d’autre part, les pouvoirs publics ressentent le besoin de s’informer des mutations et des
transformations sociales, économiques et culturelles qui travaillent en profondeur la société
marocaine. Le besoin d’expertise est devenu quasiment « une affaire d’État » dans le Maroc du roi
Mohammed VI (Catusse, 2011) où les autorités n’hésitent pas à se tourner vers le monde universitaire
et les chercheurs pour les aider à se saisir de la sociologie afin de faire face à l’urgence de la question
sociale (pauvreté, chômage, exclusion, etc.).
IV. Fermeture de l’Institut de sociologie sur ordre du palais en 1970 :
Après la fermeture de l’Institut de sociologie, la recherche sociologique s’implante à partir de 1969 au
sein de l’Institut agronomique et vétérinaire Hassan II où Paul Pascon assure plusieurs fonctions :
responsable administratif, chercheur et enseignant. Il est à deux reprises directeur de l’Office régional
de la mise en valeur agricole dans le Haouz (1966-1970) et dans le Gharb (1972). Dans le domaine de
la recherche, Paul Pascon continue, jusqu’à son décès accidentel en 1985, avec les membres de son
équipe, de jeter les bases de la sociologie rurale. La majorité de ses recherches, à titre individuel ou en
collaboration avec les membres de son équipe, sont publiées dans le Bulletin économique et social du
Maroc. Cette revue est arrêtée, à son tour, en 1988.
La période qui suit se caractérise par l’isolement et le repli des sociologues. Ce repli se manifeste soit
par un changement d’objet d’étude ou de centre d’intérêt (c’est le cas d’Abdelkader Khatibi qui s’est
consacré par la suite à l’écriture littéraire) ; soit par l’investissement dans une carrière académique (la
recherche scientifique s’arrête avec l’accès au plus haut grade académique). La production scientifique
est à son tour très faible ; seuls une poignée de sociologues marocains, de par leurs liens étroits avec
des groupes de recherche internationaux, continuent à publier leurs travaux.
La production scientifique, si faible soit elle, est marquée par l’émergence de nouveaux objets de
recherche et de nouvelles orientations théoriques et méthodologiques.
Outre les transformations rurales, d’autres objets d’études voient le jour tels que la condition féminine
et l’évolution des structures familiales, les enjeux sociaux de la question éducative, les transformations
urbaines (Bourqia, Mernissi, El Harras, Bensaïd, Chekroun...).
Cette période voit apparaître également des travaux anthropologiques qui développent une approche
critique et analytique du modèle segmentaire. Fruits des initiatives individuelles, ces travaux explorent
des domaines divers comme la sainteté, les groupes religieux, le rapport entre le religieux et le
politique (Bourqia, Hammoudi, Rachik, Tozy...).
Au niveau académique, la sociologie (comme la philosophie et la psychologie) est enseignée
uniquement dans deux Facultés des Lettres et Sciences humaines : Rabat et Fès. Dans les autres
Facultés, la majorité des sociologues enseignent dans des départements annexes peu en rapport avec
leur formation. Ce sont ces derniers qui vont saisir la conjoncture politique et sociale (la transition
politique, la menace terroriste après les incidents du 16 mai) pour faire revenir la sociologie au sein
des universités.
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V. La ré-institutionnalisation de la sociologie ou la reconnaissance
universitaire :
Depuis la fin des années 1990, le nombre des étudiants et les départements de la sociologue
continuent à augmenter, ce qui marque l'autonomie des pratiques sociologiques et leur
institutionnalisation au Maroc.
Mais cette réinstitulisation diffère du département à autre en fonction des créateurs, leurs
disciplines (sociologie , anthropologie ou philosophie), conditions académique et local de
création(le cas du département du Mèknes).
Cette revalorisation de la sociologie au niveau politique et sociale est un moyen de contrer la
montée de l'islamisme parmi les jeunes.
Le nombre d'étudiant ne cesse d'augmenter ce qui traduit l'attrait qu'exerce la sociologie sur
eux et la place qu'il occupe dans l'université.
La sociologie souffert de manque d'enseignant ce qui cause des problèmes dans
l'enseignement et l'encadrement des étudiants et de la recherche, la plupart des sociologues
éprouvé du malaise par rapport à leurs conditions du métier.
VI. Les curricula des départements de sociologie
L’évolution institutionnelle de la sociologie a contribué à l’ouverture sur de nouveaux champs
sociologiques.
La comparaison des programmes d’enseignement, en particulier de l’année de licence , de six
départements de sociologie, permet de distinguer entre deux types de champs de sociologie :
• D'abord dans un premier lieu, les champs classiques de sociologie, soit ceux qui étaient
enseignés dans l’ancien système universitaire (avant la mise en place de la réforme LMD -
licence master doctorat en 2002)
On cite la sociologie rurale, la sociologie urbaine, la sociologie du monde arabe ou encore la sociologie
du développement.
Ce dernier, qui se questionne sur les processus de développement sociaux et économiques, est l’un
des champs les plus dominants, il est enseigné dans les six départements de sociologie. Justement, la
prédominance de ce champ s’inscrit dans une nouvelle orientation politique en faveur de la
suppression de toutes formes d’exclusion sociale.
• Dans un deuxième lieu, il y a les champs de sociologie émergents, soit les nouveaux champs
enseignés actuellement dans la majorité des départements de sociologie. On peut citer la
sociologie de la religion, de la santé, des entreprises, des organisations, de l’éducation, de la
famille, de la délinquance ou de la déviance.
On peut même y ajouter les nouveaux champs de l’anthropologie, comme anthropologie religieuse,
espaces anthropologiques, anthropologie urbaine, etc.. qui sont enseignés dans quelques
départements.
=> Le choix de certains champs sociologiques est le fruit d’une négociation interne, il dépend des
moyens du département, du parcours des enseignants et de leurs thèmes de recherches.
En effet, certains enseignants parlent non seulement d’une imposition de leur champ de recherche
mais également d’une nouvelle conception de la sociologie. (pas sure si on laisse cette phrase ou pas)
VII. De nouvelles structures de recherche :
La recherche sociologique a été réorganisée avec l'émergence de nouvelles structures de recherche
dans certains départements de sociologie. Cela a conduit à des collaborations internationales et
nationales dans certaines universités. Bien que cela reste limité, des contrats de recherche avec des
universités françaises ou des colloques internationaux ont été organisés. Des rencontres et des
échanges entre les sociologues marocains ont également lieu lors des séminaires ou des journées
d'études au niveau national.
Tableau : Structures de recherche dans les départements de sociologie au Maroc.
VIII. Les nouveaux défis de la pratique sociologique au Maroc :
De plus en plus , La sociologie au Maroc est un domaine d'intérêt pour le gouvernement, mais les
contributions des sociologues restent limitées en raison de plusieurs facteurs tels que le manque de
financement, de cadre juridique et de revue spécialisée en sociologie. Les recherches sont
principalement basées sur l'initiative individuelle et sont tributaires des demandes politiques et
sociales plutôt que des stratégies de recherche. Les thèmes actuels liés au développement répondent
à des demandes politiques plutôt qu'à des projets de recherche durables, ce qui nuit à l'accumulation
scientifique.
Un autre défi de la sociologie marocaine est la nécessité de définir clairement les orientations de
recherche, tant au niveau national qu'international, afin d'éviter que les structures de recherche
deviennent vides. Il est donc crucial de promouvoir la communication, la circulation de l'information,
la coordination et l'évaluation des études pour planifier le devenir scientifique de cette discipline.
D’un autre côté nous avons le concerne de la question linguistique au Maroc. L'arabisation de la
sociologie remonte aux années 1970, mais selon certains spécialistes, elle s'est avérée être un échec.
La première génération de sociologues marocains avait été formée dans la tradition sociologique
occidentale et leurs recherches étaient basées sur les paradigmes scientifiques forgés en Europe.
Cependant, les nouvelles générations ont été coupées de l'accumulation de savoir déjà réalisée dans
leurs disciplines et des courants contemporains des sciences sociales en raison de politiques
linguistiques mal menées. Cette coupure de la nouvelle génération des sources du savoir sociologique
pèse lourd sur l'avenir de la pratique sociologique au Maroc et sur son inscription dans les débats
scientifiques de la communauté internationale.
IX. Les sociologues qui ont travaillé sur l'enseignement de la sociologie au
Maroc :
Il existe plusieurs sociologues qui ont travaillé sur l'enseignement de la sociologie au Maroc. Voici
quelques références pour approfondir le sujet :
• "La pratique de la sociologie au Maroc : évolution institutionnelle et nouveaux
défis" de Khadija Zahi
Khadija Zahi est une sociologue marocaine spécialisée dans les études de genre et les migrations. Elle
est née à Fès en 1976 et a étudié la sociologie à l'Université Mohammed V de Rabat, où elle a obtenu
une maîtrise en 2001 et un doctorat en 2008.
Un ouvrage qui analyse l'évolution de la sociologie au Maroc depuis les années 1950 jusqu'à nos jours.
L'auteure explore les développements institutionnels de la sociologie, les défis auxquels elle est
confrontée et les perspectives d'avenir de cette discipline au Maroc. Elle souligne que la sociologie a
connu une expansion significative au Maroc ces dernières années, mais qu'elle est confrontée à de
nouveaux défis tels que la nécessité de former des sociologues qualifiés, de développer des liens plus
étroits entre la recherche sociologique et les politiques publiques, et de répondre aux besoins des
sociétés marocaines en mutation rapide.
• "État, pouvoir et société : étude des constantes et des changements dans les
relations entre l’État et les tribus au Maroc" de Rahma Bourqia
L'ouvrage de Rahma Bourqia "État, pouvoir et société : étude des constantes et des changements
dans les relations entre l’État et les tribus au Maroc" analyse en profondeur les relations entre l'État
et les tribus au Maroc, en mettant en lumière les dynamiques historiques et contemporaines qui ont
façonné ces relations.
L'auteur souligne que les relations entre l'État et les tribus ont été marquées par des constantes,
telles que la décentralisation du pouvoir, la coexistence entre les formes traditionnelles et modernes
de gouvernance, et le rôle central de la tribu en tant que structure sociale et politique. Cependant,
ces constantes ont été soumises à des changements significatifs, notamment avec la construction de
l'État-nation moderne, l'intégration de l'économie marocaine dans l'économie mondiale, et la
montée du mouvement berbère.
L'auteur met également en évidence l'importance des relations entre l'État et les tribus dans la
construction de la nation marocaine, ainsi que les tensions et les conflits qui ont émergé de ces
relations. Elle souligne en particulier l'impact des politiques de développement et de modernisation
sur les relations entre l'État et les tribus, ainsi que sur les dynamiques sociales et politiques au sein
des tribus elles-mêmes.
Dans l'ensemble, l'ouvrage de Rahma Bourqia offre une analyse approfondie et nuancée des relations
entre l'État et les tribus au Maroc, en mettant en évidence les constantes et les changements qui ont
façonné ces relations au fil du temps. Cet ouvrage constitue une contribution importante à l'étude de
la politique et de la société au Maroc, ainsi qu'à la compréhension des dynamiques des relations entre
l'État et les structures sociales traditionnelles dans les pays en développement.
• "Arguments sur la question sociale" de Mohamed Guessous
"La Question Sociale" de Mohamed Guessous est une œuvre qui aborde les problèmes sociaux
auxquels la société marocaine est confrontée. Les principaux arguments du livre sont les suivants :
La pauvreté est l'un des principaux problèmes sociaux du Maroc, en particulier dans les zones rurales
où l'accès aux services de base est limité. Pour lutter contre la pauvreté, il est nécessaire de mettre
en place des politiques de développement rural qui favorisent la création d'emplois et la croissance
économique.
L'éducation est essentielle pour le développement social et économique du Maroc. Le taux
d'analphabétisme reste élevé dans le pays, en particulier chez les femmes et dans les zones rurales.
Pour améliorer l'accès à l'éducation, il est nécessaire d'investir dans la construction d'écoles et de
centres de formation, ainsi que de recruter et de former des enseignants qualifiés.
Le chômage est élevé au Maroc, en particulier chez les jeunes. Pour lutter contre le chômage, il est
nécessaire de développer des politiques économiques qui favorisent la création d'emplois, notamment
dans les secteurs de l'agriculture, du tourisme et de l'industrie.
Conclusion :
L'enseignement de la sociologie au Maroc a une histoire riche et complexe qui s'étend sur plusieurs
périodes, y compris la période coloniale et après l'indépendance.
Pendant la période coloniale, l'enseignement de la sociologie au Maroc était principalement limité aux
écoles et universités françaises. La sociologie a été introduite au Maroc par les colons français pour
comprendre la société marocaine et améliorer leur gouvernance coloniale. Cette approche a conduit
à une sociologie orientaliste et colonialiste qui ne reflétait pas la réalité de la société marocaine.
Après l'indépendance en 1956, le Maroc a commencé à développer son propre système éducatif et à
introduire des études sociologiques dans ses universités. Le premier département de sociologie a été
créé à l'Université Mohammed V à Rabat en 1963. Les années 1960 ont été une période de
développement rapide de la sociologie au Maroc, avec l'émergence d'un groupe de sociologues
marocains formés en France et en Algérie.
Dans les années 1970, la sociologie au Maroc a subi des changements importants. Les universités
marocaines ont commencé à introduire des programmes d'études supérieures en sociologie et à
établir des centres de recherche. Les sociologues marocains ont commencé à développer une
approche plus critique de la sociologie et à s'intéresser à des sujets tels que la migration, la pauvreté,
l'inégalité sociale et les mouvements sociaux.
Au cours des dernières décennies, la sociologie au Maroc a continué de se développer et de se
diversifier. De nouvelles universités ont ouvert des départements de sociologie, et la sociologie a été
intégrée dans des programmes d'études dans des domaines tels que le droit, la communication et la
santé publique. Les sociologues marocains ont également commencé à collaborer avec des chercheurs
étrangers pour mener des études comparatives et internationales.
Ce développement de nouvelles structures de recherche a entraîné des collaborations internationales
et nationales en sociologie au Maroc, mais le financement et le cadre juridique restent limités. Les
thèmes de recherche sont souvent tributaires des demandes politiques plutôt que de stratégies de
recherche durables, ce qui nuit à l'accumulation scientifique. Il est crucial de promouvoir la
communication et la coordination pour planifier l'avenir scientifique de la discipline. En outre,
l'arabisation de la sociologie a été un échec selon certains spécialistes, car elle a coupé la nouvelle
génération de sociologues marocains de l'accumulation de savoir déjà réalisée dans leurs disciplines
et des courants contemporains des sciences sociales. Cette coupure pèse lourd sur l'avenir de la
pratique sociologique au Maroc et sur son inscription dans les débats scientifiques internationaux.
« En conclusion, l'enseignement de la sociologie au Maroc a évolué depuis la période
coloniale jusqu'à nos jours, passant d'une approche orientaliste et colonialiste à une
approche plus critique et diversifiée. Malgré les défis persistants, la sociologie continue
d'être une discipline importante pour comprendre la société marocaine et pour
développer des politiques sociales efficaces. »