Le Role Du Sentiment Dexclusion Et Des Perceptions de La Societe Dans Le Processus Didentification Chez Les Jeunes Francais Issus de Limmigration
Le Role Du Sentiment Dexclusion Et Des Perceptions de La Societe Dans Le Processus Didentification Chez Les Jeunes Francais Issus de Limmigration
The role of the feeling of exclusion and the perception of the society on
the identification process of french young descendants of immigrants
L’objectif de cet article est d’analyser l’impact du sentiment d’exclusion The purpose of this article is to analyze both the impact of the feeling
et des perceptions de la société française sur les choix d’identification à la of exclusion and the perception of the french society on the choice of
culture d’origine des jeunes français issus de l’immigration. L’étude com- identification with the culture of origin of French young descendants of
parative menée auprès de 334 jeunes issus de l’immigration maghrébine et immigrants. The comparative study conducted among 334 young people
de 158 jeunes issus de l’immigration turque indique que les jeunes issus de born from Maghreb immigrants and 158 young people born from Turkish
l’immigration maghrébine ont davantage recours à des signifiants ethniques, immigrants indicates that the sons of Maghreb immigrants make greater
nationaux et religieux propres à la culture d’origine de leurs parents pour se use of ethnic, national and religious characteristics pertaining to the culture
définir. Les données de cette recherche montrent que la prévalence de l’iden- of their parents, to define themselves. This research data show that the
tification à l’origine ethnique est corrélée positivement avec la perception prevalence of the ethnic identification is positively correlated with the high
défavorable des Français et l’origine des parents. negative perception of the French and the origin of parents.
Identification – sentiment d’exclusion – perception – jeunes issus de l’im- Identification – feeling of exclusion – perception – immigrants’ sons.
migration.
La situation des jeunes français issus de l’immigra- cher à connaître les explications et les raisons réel-
tion maghrébine ne doit pas être confondue avec les et profondes de leurs actes et de leurs compor-
celle de leurs parents. Les processus acculturatifs de tements (Amin, 2005). En comparaison avec d’autres
la première génération d’immigrés se sont fait dans populations issues de l’immigration en France, les
un silence social et politique total ne soulevant ni jeunes français issus de l’immigration maghrébine
polémique, ni recherche intensive, alors que leurs semblent présenter un mode de structuration et de
enfants, plus visibles et contestataires, continuent à fonctionnement qui s’apparente à la revendication
solliciter à ce jour les préoccupations des chercheurs identitaire et réactionnelle (Amin, 2007).
en Sciences Humaines.
L’augmentation des conflits communautaires, de
Aujourd’hui, la médiatisation des problèmes de l’exclusion sociale et du racisme, semble révéler un
banlieues, de violence, d’agressivité, d’insécurité ou phénomène d’ethnicisation des rapports sociaux,
d’échec scolaire fait implicitement et régulièrement c’est-à-dire, une mise en avant de l’origine ethnique
référence à cette population de jeunes, sans cher- et culturelle dans la vie sociale (Lepoutre, 1997). Ainsi,
* Azzam Amin, Université Lumière Groupe de Recherche en Psychologie Sociale, équipe PSeCO (EA4163), 5 avenue Pierre Mendès France, 69676
Bron cedex, France ou par courriel à <[email protected]>.
Marjorie Poussin, Université Lumière Lyon 2, Laboratoire Santé Individu et Société (EA 4129), 5 avenue Pierre Mendès France, 69676 Bron cedex,
France ou par courriel à <[email protected]>.
Frédéric Martinez, Université Lumière Lyon 2, Groupe de Recherche en Psychologie Sociale, équipe PSeCO (EA4163), 5 avenue Pierre Mendès
France, 69676 Bron cedex, France ou par courriel à <frederic.martinez@univ)lyon2.fr>.
Azzam Amin est l’auteur principal de l’article. Il a participé à la réalisation de la recherche, la rédaction, le traitement et les analyses des données.
Marjorie Poussin, deuxième auteur a participé à la rédaction (éléments théoriques et analyse des données). Frédéric Martinez, troisième auteur, à
participé aux traitements statistiques des données et à la rédaction partielle (élément d’analyses des données).
nous pouvons nous interroger sur les facteurs qui des situations et des enjeux qu’elles suscitent et des
conduisent ces jeunes à revendiquer l’identité d’ori- ressources de ceux-ci » (Taboada-Léonetti, 1990, p. 49).
gine de leurs parents ainsi qu’à l’instrumentaliser L’identification, comme mécanisme fondamental
dans leurs relations avec autrui ? de l’identité, est définie comme « un processus psy-
Nés en France, ces jeunes ont grandi au croisement chologique par lequel un sujet assimile un aspect,
des cultures, la culture (ou le reste de cette culture) une propriété, un attribut de l’autre et se transfor-
des parents ou grands-parents et celle de la société me, totalement ou partiellement sur le modèle de
française. Ils n’appartiennent ni à l’une ni à l’autre celui-ci » (Laplanche et Pontalis, 1967, p. 187). L’identifica-
mais à « l’entre-deux », à l’interculturel. L’enfant né tion à un groupe –social, culturel, politique, reli-
de parents immigrés et élevé dans un contexte inter- gieux – permet à l’individu de se reconnaître dans
culturel depuis son plus jeune âge est amené à inté- une appartenance sociale qui lui fournit en même
rioriser des objets, valeurs, codes et vision du monde temps des normes, des valeurs et des repères de ce
à la fois culturels (tels qu’ils sont transmis par les qu’il est et de ce qu’il n’est pas et trace les frontière
adultes de son entourage) et interculturels (donnés entre « Nous » et « Eux » (Tajfel et Turner 1979 ; Taboa-
par le croisement des signifiants, regards et sens) qui da-Léonetti, 2000). Ce processus permet à la personne
vont constituer son référentiel interne. Franchi (1999), de construire, dialectiquement, une hiérarchisation
dans une recherche menée sur l’identité auprès de des valeurs et des représentations, en équilibre entre
850 collégiens et lycéens dans la région parisienne, ses besoins de conformité et de différenciation par
français et issus de l’immigration (du Maghreb, de rapport à son groupe (Llorca, Poussin et Cazals-Ferré, 2004).
l’Afrique de l’Ouest et de l’Asie), a révélé que l’indi- En s’identifiant à d’autres (individus ou groupes),
vidu né et élevé dans une situation interculturelle se à des modèles et à des rôles, l’identification abou-
définit et définit le monde à travers un prisme inter- tit aux sentiments d’appartenance, à l’unité de sens
culturel qui juxtapose l’ensemble des absolus cultu- et à l’appropriation d’autrui. Il s’agit d’un processus
rels dans une matrice construite de leur croisement. réciproque : l’individu se reconnaît dans les modè-
Plusieurs chercheurs parlent d’une culture hybride, les identificatoires et les prototypes valorisés par la
d’une appartenance hybride, de valeurs hybrides communauté, cette dernière reconnaissant l’in-
voire d’un système linguistique hybride (Bouziri, 2002 ; dividu comme l’un de ses membres (Lipiansky, 1998).
Franchi, 1999). Selon Tap (1988), l’identification, comme processus
interactionnel aussi constructif que défensif, inter-
La perception et la gestion de l’identité dans une vient dans les relations conflictuelles et passionnelles
situation interculturelle révèlent donc une certaine en mettant en scène l’individu dans ses relations avec
complexité de la relation individuel/social et en- autrui (individu ou groupe).
gendrent parfois des situations conflictuelles inédites
auxquelles les individus, les groupes, les institutions, Si les travaux de Tajfel et Turner (1979, 1986) ont mis
et les chercheurs sont confrontés (Tanon, 1993). Dans en lumière les conséquences qu’implique pour l’in-
une telle situation, les caractéristiques culturelles et dividu son identification à un groupe, les chercheurs
ethniques sont ainsi mobilisées dans une activité de n’ont guère étudié encore les processus qui mènent
négociation identitaire face à deux champs d’influen- un individu à utiliser un système de catégorisation
ce culturelle. Ainsi, la tâche identitaire de ces jeunes plutôt qu’un autre (Doise et Lorenzi-Cioldi, 1991).
issus de l’immigration paraît difficile, car ils doivent L’objectif de cet article est d’analyser l’impact du
à la fois, mettre en place des stratégies d’identifica- sentiment d’exclusion et des perceptions de la socié-
tion et de différenciation (exclusion/inclusion, dis- té française sur le choix d’identification à la culture
tinction/ressemblance) par rapport aux parents et d’origine des parents ou grands-parents des jeunes
d’autres membres de leur culture d’origine et à ceux français issus de l’immigration maghrébine compa-
de la société d’accueil (Kastersztein, 1990). L’analyse des rativement à leurs pairs d’origine turque. La compa-
choix identificatoires des jeunes français issus de l’im- raison des jeunes issus de l’immigration maghrébine
migration devrait donc nous permettre de mettre en à un groupe de jeunes dont les parents sont origi-
lumière certaines de leurs stratégies identitaires. Ces naires d’un pays différent mais proche, la Turquie,
stratégies sont à la fois cognitives, affectives, conati- devrait nous permettre de mettre en lumière les fac-
ves et sociales, elles apparaissent comme « le résultat teurs déterminant leurs stratégies d’identification,
de l’élaboration individuelle et collective des acteurs facteurs trop souvent masqués par le raccourci qui
et expriment, dans leur mouvance, les ajustements renvoie les difficultés d’intégration sociale de cer-
opérés, au jour le jour, en fonction de la variation tains jeunes à leur « culture d’origine ».
Ces deux groupes diffèrent sur certains aspects telles, elles présentent des caractères spécifiques au
fondamentaux de leur identité et notamment l’his- plan de l’organisation des contenus, des opérations
toire coloniale. Néanmoins, les jeunes français mentales et de la logique. » (Jodelet, 1984, pp. 361-362).
d’origine maghrébine et turque ont certains points
La catégorisation sociale est basée sur une dynami-
en commun comme le fait d’être issus de l’immi-
que de comparaison sociale des individus et de leurs
gration (avoir des parents ou des grands-parents
caractéristiques. Pour Tajfel (1972), la catégorisation
venus d’ailleurs) et également de la même unité
« tend à ordonner l’environnement en terme de ca-
religieuse, ce qui pourrait aboutir à les percevoir
tégories : groupes de personnes, d’objets, d’événe-
comme semblables. En outre, les deux courants mi-
ments (ou groupes de certains de leurs attributs), en
gratoires (maghrébin et turc) constituent d’abord
tant qu’ils sont soit semblables soit équivalents les
une immigration de main-d’œuvre composée es-
uns aux autres pour l’action, les intentions ou les
sentiellement d’hommes seuls à laquelle est venue
attitudes d’un individu » (p. 272).
s’ajouter une immigration liée au regroupement
familial composée de femmes et d’enfants (Irtis-Dab- En référence aux travaux de Doise (1982, 1986, 1990)
bagh, 2003). et ceux de Tajfel (1972), les représentations sociales
et la catégorisation sociale ont les mêmes fonctions :
Analyser la manière dont les jeunes français issus
l’une, « cognitive », permettant à l’individu de struc-
de l’immigration perçoivent la société française
turer et d’organiser l’environnement (le simplifier,
se révèle indispensable dans la compréhension
l’expliquer et le maîtriser). L’autre, « identitaire »,
de leurs choix identificatoires. Comment ces jeu-
permet à l’individu de définir son identité et celles
nes perçoivent-ils la société qui les entoure ? Les
des autres en lui fournissant des repères identifica-
travaux en psychologie sociale sur cette question
toires établissant les frontières entre son groupe et
sont rares (Amin et Gonin, 2007). Dans le débat public
les autres.
et scientifique, le rapport des jeunes français issus
de l’immigration à la société (travailleurs sociaux, Le contenu des représentations sociales et des caté-
enseignants, policiers…) est essentiellement abor- gorisations à l’égard d’un groupe se forme et évolue
dé du point de vue de cette dernière. Mais que sa- dans l’interaction sociale. La connotation de leur
vons-nous du point de vue de ces jeunes ? contenu (positive ou négative) dépend de la nature
(ou plus précisément de l’évaluation de la nature) des
Dans cette recherche, nous emploierons le terme
rapports entre ces groupes. Ainsi, nous pensons que
de perception de la société française afin d’arti-
la perception des rapports sociaux en termes d’ex-
culer, sous le même vocable, deux cadres théori-
clusion pourrait jouer un rôle central dans le pro-
ques complémentaires : celui des représentations
cessus d’identification. Les expériences d’injustice,
sociales (Moscovici, 1961) et celui de la catégorisation
de rejet, de discrimination (stéréotypes, préjugés…),
sociale (Tajfel, 1972). Plusieurs chercheurs ont déjà
de contrôle policier abusif ou d’arrestation musclée
précisé leurs imbrications et leurs ressemblan-
se traduisent chez les jeunes par un fort sentiment
ces (Moliner et Vidal, 2003). Si ces deux cadres théo-
d’exclusion (Dubet, 1987 ; Dubet et Lapeyronnie, 1992 ; Peyrat,
riques différencient l’organisation structurelle de
2004). Si ce sentiment d’exclusion tient rapidement
ces deux processus (noyau central/stéréotypes…),
lieu de mémoire collective, cette dernière peut être
dans les deux cas, il s’agit de savoir naïf que les
ravivée à tout moment. Les issues sont alors multi-
individus élaborent et partagent à propos d’un ob-
ples (agressivité, violence, …) et tentent de donner
jet. Nous avons affaire à des cognitions permettant
un sens à l’exclusion vécue. De nombreux travaux
la compréhension et l’évaluation (op.cit.). Donc, la
ont mis en lumière les impacts négatifs du sentiment
perception de la société française, telle que nous
d’exclusion sur l’adaptation psychologique et la san-
l’entendons, repose aussi bien sur des processus
té mentale : dévalorisation de soi, sentiment d’im-
de représentations sociales que de catégorisation
puissance, sentiment de solitude, dépression, stress,
sociale.
comportements perturbateurs, troubles de conduite
Les représentations sociales sont un ensemble de au sein de l’école et à l’extérieur (Boutry-Avezou, Sabatier
connaissances, de savoirs, d’opinions et de croyan- et Brisset, 2007). Selon Dubet et Lapeyronnie (1992), le
ces socialement élaborés et partagés à propos d’un sentiment d’exclusion provoque deux types de réac-
objet saillant et controversé. Elles sont des « moda- tions complémentaires chez le jeune. Soit il intério-
lités de pensée pratique orientées vers la commu- rise ce sentiment comme un destin, ce qui aboutit à
nication, la compréhension et la maîtrise de l’en- un « conformisme déviant » marqué par l’aliénation
vironnement social, matériel et idéel. En tant que et l’impuissance. Dans cette situation, il ne semble
plus déterminer ses projets et son image de soi. Soit jeunes français1 issus de l’immigration maghrébine
le jeune a recours à la violence afin de détruire la et turque, âgés entre 15 et 25 ans et scolarisés dans
situation sociale qui, selon lui, l’oppose à la partici- différents établissements de la région Rhône-Alpes2.
pation et à l’intégration. 334 sujets sont d’origine maghrébine (53,9% sont
des lycéens et 46,1% des étudiants ; 56,3% de filles
S’interroger sur ce sentiment et son rôle dans la
et 43,7% de garçons) et 158 sujets sont d’origine tur-
construction identitaire implique la nécessité d’une
que (49,4% sont des lycéens et 50.6% sont des étu-
définition explicite, capable de refléter le vécu de
diants ; 55,7% de filles et 44,3 % de garçons).
l’exclu et de le relier à la réalité de l’exclusion. Notre
objectif n’est pas de faire un état de lieu épuisant Au niveau de la situation professionnelle des pa-
l’éventail des études et des définitions de ce concept, rents, les sujets issus de l’immigration turque décla-
mais de rendre intelligible le rôle que ce sentiment rent, pour 62% d’entre eux que le père est ouvrier,
pourrait jouer dans la genèse des perceptions de la 11,4% commerçant et artisan, 10.1% sans activité
société chez les jeunes issus de l’immigration et leurs professionnelle (au chômage ou RMI), 8,9% em-
identifications sociales. Le sentiment d’exclusion se ployé, 6,3% retraité et 1,3% agriculteur. Quant aux
construit, à notre avis, à partir des expériences jour- sujets issus de l’immigration maghrébine, 42,5% des
nalières, contextuelles de rejet, d’inégalité, de non- pères sont ouvriers, 21,6% retraités, 18% sans acti-
reconnaissance et de discrimination. Quelles que vité, 9,6% commerçants et artisans, 4,8% employés
soient les sources de l’exclusion, c’est la construction et 3,6 % cadres et professions intermédiaires.
subjective de la réalité (Poussin, Latron-Gorsse, Sordes-Ader, Pour les professions des mères, 81% des jeunes is-
2001) et son rôle sur les processus identificatoires que sus de l’immigration turque indiquent que leurs
nous interrogeons. Le terme de « sentiment » met mères n’ont pas d’activité professionnelle ou fem-
l’accent sur la tonalité affective de la façon dont l’in- mes au foyer, contre 62,3% pour les jeunes issus de
dividu perçoit et se situe dans son rapport aux autres l’immigration maghrébine. 12,7% de jeunes issus
(Costalat-Founeau, 1997). de l’immigration turque déclarent que leurs mères
Comment le sentiment d’exclusion et les perceptions sont ouvrières et 2,5% agricultrices, contre 13,2%
de la société chez les jeunes issus de l’immigration et 4,8% des jeunes issus de l’immigration maghré-
maghrébine et turque interviennent-ils dans leur bine. 16,2% de ces derniers affirment que leurs mè-
processus d’identification ? Quel est le rôle respectif res sont employées, ainsi que 2,5% pour leurs pairs
de chacune de ces variables ? Pour répondre à ces d’origine turque.
questions, nous proposons les hypothèses suivantes : L’administration du questionnaire a été réalisée di-
En premier lieu, nous nous attendons à ce que les rectement sur le terrain (dans les quartiers, devant
jeunes issus de l’immigration maghrébine privilé- les lycées et les différents établissements universitai-
gient l’identification à l’origine de leurs parents, ex- res). La participation à l’enquête a été basée sur le
priment une perception plus défavorable de la so- principe du volontariat.
ciété et un sentiment d’exclusion plus élevé que leurs
pairs d’origine turque. Instruments de mesure
Les outils de la recherche ont été mis en place à par-
Ensuite, en référence aux travaux de Vala (1998),
tir de l’exploitation de 29 entretiens semi-directifs
nous supposons que le sentiment d’exclusion est lié
menés auprès des jeunes français issus de l’immigra-
à la perception de la société chez les jeunes issus de
tion maghrébine et turque3. Les données qualitati-
l’immigration maghrébine et turque.
ves nous ont permis de mettre au point un question-
Enfin, nous stipulons que les perceptions défavora- naire organisé autour de deux thèmes, à savoir la
bles de la société et le sentiment d’exclusion élevé perception de la société et le sentiment d’exclusion.
déterminent l’identification à l’origine des parents Ainsi, les participants devaient indiquer leur degré
chez les jeunes issus de l’immigration maghrébine d’accord avec des items sur une échelle (échelle po-
et turque. larisée « 1 » correspondant à “pas du tout d’accord”
à « 5 » correspondant à “tout à fait d’accord”), 12
Méthode items pour la perception de la société et 15 items
Population et procédure pour le sentiment d’exclusion.
La recherche a été réalisée auprès d’un échantillon Le sentiment d’exclusion : nous avons procédé à une
de 492 (dont 56,1% de filles et 43,9% de garçons) analyse factorielle exploratoire à partir d’une ana-
lyse en composantes principales (Rotation de type le test du « Qui suis-je ? », le sujet devant répon-
Varimax) avec le logiciel SPSS 11.0. L’indice d’adé- dre à cette question ouverte en se décrivant. Cette
quation de l’échantillon à la factorisation est satis- méthode permet au sujet lui-même de définir son
faisant (Test de Kaiser-Meyer-Olkin, KMO = .88). ou ses appartenance(s) sociale(s) à un ou plusieurs
L’examen des valeurs propres (supérieures à 1, et groupe(s) et non par rapport à un cadre prédéfini
au-dessus « de la pente douce ») fait apparaître et imposé, qui pourrait de ce fait lui être extérieur,
deux facteurs expliquant 44,62% de la variance. voire étranger (Chauchat, 1999). Ce test présentait éga-
Le premier que nous avons appelé sentiment de lement l’intérêt d’avoir été utilisé dans plusieurs re-
rejet (8 items, rendant compte de 22,49% de la cherches qui ont révélé, malgré ses limites, la riches-
variance totale ; VP = 3.82 ; α = .76) se réfère à se des informations qu’il avait fourni (Taboada-Leonetti,
des expériences de rejet, de non-reconnaissance et 1975 ; Malewska-Peyre et Taboada-Léonetti, 1982 ; Franchi, 1999).
de stéréotypes dans les rapports sociaux (exemple : Le « Qui suis-je ? » a été présenté à la fin de notre
« J’ai l’impression de ne pas être accepté(e) par les questionnaire.
Français »). Le second facteur renvoie aux senti- Lorsque nous avons demandé aux jeunes de répon-
ments d’injustice (7 items, expliquant 22,13% de la dre au test en complétant à cinq reprises la phrase
variance totale ; VP = 3.59 ; α = .78) relatifs au « Je suis », leurs réponses faisaient référence à dif-
mérite et à l’égalité de droits et de chances ressen- férentes façons de se nommer et de s’identifier. Ces
tis face au système scolaire, législatif et dans la vie réponses ont été soumises à une série d’analyses de
journalière (exemple : « Si j’ai des problèmes avec la contenu thématiques catégorielles permettant d’éta-
loi, je serai puni(e) de la même façon que n’importe blir une typologie des modes d’identification. Nous
quel(le) autre Français(e) »). Nous avons ainsi pu cal- avons côté les six catégories suivantes :
culer4, pour chaque participant, un score global du
sentiment de rejet ainsi que des sentiments d’injus- – « Identité d’origine » lorsque les jeunes ont re-
tice. Plus ces scores sont élevés, plus ces sentiments cours à des signifiants raciaux, ethniques, natio-
sont ressentis. naux et religieux, tels que « je suis arabe », « je
suis turc », « je suis musulman »... Dans ce cas-
La perception de la société française : une analyse fac- là, ils construisent leur représentation de soi en
torielle exploratoire (Rotation de type Varimax) instrumentalisant des éléments identitaires domi-
sur cette échelle, composée de 12 items, au niveau nés par la culture d’origine de ses parents, c’est
individuel a été réalisée. L’indice d’adéquation de une modalité d’« identification ethnique » (Lepoutre,
l’échantillon à la factorisation est satisfaisant (Test 1997).
de Kaiser-Meyer-Olkin, KMO = .84). L’examen
des valeurs propres (supérieures à 1, et au-dessus – « Identité française » quand les sujets répondent
« de la pente douce ») fait apparaître deux facteurs en affirmant leur appartenance à la France et à la
expliquant 38,92% de la variance. Le premier fac- société française : « Je suis français », « je suis de
teur regroupe 7 items et correspond à la percep- ce pays », « je suis citoyenne »… Dans cette situa-
tion que les jeunes se font des Français (expliquant tion, ils construisent leur identité par adhésion à
23,53% de la variance totale ; VP = 3.40 ; α = .82). la société et à la culture française.
Ce facteur fait référence à des attributions positi- – « Identité interculturelle » quand ils caractérisent
ves ou négatives à l’égard des Français (tolérants, leur appartenance par des formes synthétiques
racistes, accueillants, ouverts… exemple : « Les interculturelles articulant les deux cultures en
Français sont, en général, intolérants »). Le second contact : « Je suis français d’origine turque », « je
facteur, constitué de 5 items (expliquant 15,39% de suis française et marocaine », « je suis d’ici et de
la variance totale ; VP = 3.20 ; α = .81), évoque là-bas »... Ce type d’identification n’est pas vécu
la perception de la France comme pays des droits partiellement et d’une manière fragmentaire, mais
de l’Homme, de justice, d’égalité… (exemple : « La comme un « lieu d’où procède et s’énonce à tra-
France est un pays d’égalité »). Nous avons ainsi pu vers une fiction la rationalisation d’une trajectoire
calculer5, pour chaque participant, un score global entre des cultures » (Denoux, 1994, p. 269), c’est « une
de la perception des français ainsi que de la percep- troisième culture, au sens de tierce, à partir de la-
tion de la France. Plus ces scores sont élevés, plus les quelle tentent de se relire les prémisses de l’une et
perceptions sont favorables. de l’autre » (op. cit., 1994, pp. 75-76).
Le test du « Qui suis-je ? » : nous avons choisi de met- – « Identité par affiliation » quand les jeunes s’af-
tre en évidence la variable de l’identification par filient au fait d’être d’origine immigrée pour se
définir : « Je suis d’origine immigrée », « je suis par individuation (25,1%). Inversement, les jeunes
un immigré », « je suis fille d’immigré », « je suis issus de l’immigration turque se définissent d’abord
issu de l’immigration »… Ici, l’histoire migratoire en fonction de leurs caractéristiques personnelles (i.e
constitue un facteur fondamental de l’image de « identité par individuation ») (52,7%), de leur iden-
soi chez le jeune. tité interculturelle (20,3%) et enfin de leur identité
– « Identité par individuation » lorsqu’ils revendi- d’origine (17,6%).
quent leurs caractéristiques personnelles, profes-
Les variations des sentiments de rejet, d’injustice,
sionnelles, physiques et/ou psychologiques (étude,
de la perception de la France et des Français
sexe, beauté, ouverture d’esprit, intelligence…) :
« Je suis un homme », « je suis honnête », « je suis Une analyse de variance a été menée selon un fac-
belle », « je suis mince »… Dans ce cas-là, l’iden- teur inter-sujet sur les différentes variables. Les ré-
tification implique, selon Tap (1988), « la prise en sultats révèlent un effet principal significatif de l’ori-
compte de la genèse et du rôle de la conscience gine des parents sur le sentiment de rejet (F (1,490)
et de la connaissance de soi, des conduites d’in- = 402.21, p <.001, η2 = .45), sur les sentiments d’in-
dépendance et d’autonomisation, du besoin de justice (F (1,490) = 477.19, p <.001, η2 = .49), sur la
s’affirmer et de se singulariser, de s’opposer et de perception des Français (F (1,490) = 26.26, p <.001,
s’unifier » (p. 68). η2 = .05) et sur la perception de la France (F (1,490)
= 162.39, p <.001, η2 = .25). Plus précisément,
– Enfin, « Identité par stigmate »6 dans le cas où ils d’une part les jeunes français issus de l’immigration
se définissent en se référant à leurs expériences du maghrébine expriment des sentiments de rejet et
racisme et du rejet qu’ils estiment subir dans la d’injustice [respectivement (M = 3.54, s =.53) ; (M
société : « Je suis fatigué et énervé de ce racisme », = 3.45, s =.56)] significativement plus élevés que
« je suis en colère quand on me demande si je suis leurs pairs d’origine turque [respectivement (M =
français », « je suis étonné par les réactions que les 2.56, s = .45) ; (M = 2.19, s =.67)]. D’autre part,
gens ont à mon égard », « je suis déçu », « je suis les jeunes français issus de l’immigration maghrébi-
mal vu à cause de mes origines »... Dans cette si- ne ont des perceptions des Français et de la France
tuation, la dynamique identitaire s’organise dans [respectivement (M = 2.85, s =.69) ; (M = 2.63, s
une confrontation sociale avec tous les effets du =.69)] significativement moins favorables que leurs
rejet et de l’injustice ressentis par le jeune. pairs d’origine turque [respectivement (M = 3.19, s
=.63) ; (M = 3.47, s =.64)].
Résultats
Dans un premier temps, nous avons vérifié, par l’in- Analyses de corrélations
termédiaire du Khi-Deux et du test t de Student, Ces analyses portent sur l’étude des corrélations en-
l’effet de l’origine des parents sur les choix identi- tre les sentiments de rejet, d’injustice et les percep-
ficatoires, les perceptions de la France et des Fran- tions des Français et de la France. Les résultats ré-
çais, les sentiments de rejet et d’injustice. Dans un vèlent une corrélation significative et positive entre
second temps, des analyses de corrélations ont été les sentiments de rejet et d’injustice chez les jeunes
pratiquées afin de tester les liens entre la perception issus de l’immigration maghrébine et tendancielle
de la France, des Français et le sentiment de rejet et chez les jeunes issus de l’immigration turque [res-
d’injustice. Enfin, une analyse de régression a per- pectivement (r (334) = .43 ; p < .001) ; r (158) = .11 ;
mis de vérifier si et dans quelle mesure, ces quatre p < .09)].
variables ainsi que l’origine des parents déterminent
l’identification à l’origine. La corrélation est également positive et significative
entre les perceptions de la France et des Français
Analyses comparatives chez les jeunes issus de l’immigration maghrébine
Les variations de l’identification aussi bien que chez leurs pairs d’origine turque [res-
pectivement (r (334) = .44 ; p < .001) ; r (158) = .30 ;
Le test du Khi-deux montre qu’il existe une dépen-
p < .001)].
dance significative entre l’origine des parents et le
mode d’identification7 mesuré par la réponse au Les corrélations entre le sentiment de rejet et la per-
test8 de « Qui suis-je ? » : [χ2 (5, N = 482) = 36.58 ; ception des Français sont significatives et négatives
p < .001]. Les jeunes issus de l’immigration ma- chez les jeunes issus de l’immigration maghrébine et
ghrébine mettent (cf. Tableau 1) davantage l’accent également chez ceux issus de l’immigration turque
sur l’identité d’origine (47,3%), ensuite sur l’identité [respectivement (r (334) = -.54 ; p < .001) ; r (158) =
Tableau 1 : Les modes d’identification chez les jeunes issus de l’immigration maghrébine (JIM) et turque (JIT)
Tableau n° 2 : Les analyses de variances des sentiments de rejet, d’injustice, de la perception des Français
et de la France
Tableau n°3 : Taux de corrélation entre des scores des sentiments de rejet, d’injustice, de la perception de
la France et des Français en fonction de l’origine des parents
* p <.001, ** p =.09
Variables indépendantes B ES B
Origine des parents -.205 .076 -.195*
Sentiment de rejet -4.52 .048 -.064
Sentiments d’injustice 4.70 .042 .081
Perception des Français -.105 .038 -.151*
Perception de la France -4.73 .036 -.076
Note. R² ajusté = .11 pour p < .001 ; * p <.01
-.31 ; p < .001)]. Plus le sentiment de rejet est élevé, ceux issus de l’immigration turque [respectivement
plus la perception des Français est défavorable. (r (158) = -.37 ; p < .001) ; r (158) = -.46 ; p < .001)].
Plus les sentiments d’injustice sont élevés, plus les
Les sentiments d’injustice et les perceptions de la
perceptions de la France et des Français sont défa-
France et des Français corrèlent négativement et
vorables.
de façon significative chez les jeunes issus de l’im-
migration maghrébine [respectivement (r (334) = La corrélation entre le sentiment de rejet et la per-
-.49 ; p < .001) ; r (334) = -.42 ; p < .001)] et chez ception de la France est significative et négative chez
les jeunes issus de l’immigration maghrébine (r (334) uniques et distincts d’autrui » (op. cit., 1987, p. 50). Ce
= -.29 ; p < .001). Plus le sentiment de rejet est élevé, mécanisme psychologique réduit le rôle de l’identité
plus la perception de la France est défavorable. En individuelle ou de la consistance intra-individuelle
revanche, elle n’est pas significative pour leurs pairs selon Tap (1988), au profit de l’identité sociale et ren-
d’origine turque (r (158) = .06 ; p = .25 ; n.s). force l’homogénéité des comportements et des re-
présentations entre les membres d’un groupe ou la
Les prédicteurs de l’identification à l’origine des parents consistance interindividuelle (op. cit.). Toutefois, nous
Une analyse de régression multiple a été menée afin restons perplexes devant une telle interprétation :
d’isoler les facteurs prédisant l’identification à l’ori- Tout d’abord, l’émergence de l’identité sociale
gine (cotée -1, non identification à l’origine et +1, comme identification à l’origine n’élimine pas pour
identification à l’origine). L’origine des jeunes (co- autant l’identité personnelle. Selon les travaux de
tée -1, jeunes issus de l’immigration turque et +1, Deschamps (1972, 1977), la différenciation intergrou-
jeunes issus de l’immigration maghrébine), la per- pe (nous/eux) et la différenciation interpersonnelle
ception de la France, la perception des Français, les (soi/autrui) sont des phénomènes qui peuvent se
sentiments d’injustice et le sentiment de rejet ont été manifester de façon concomitante.
simultanément injectés comme variables indépen-
dantes dans l’analyse de régression multiple. Ensuite, l’identification à l’origine des parents au
dépend de caractéristiques personnelles ne souli-
Les résultats (cf. Tableau 4) indiquent que l’origine gnerait-elle pas plutôt l’influence des statuts sociaux
des parents et la perception des Français exercent des groupes (rapports intergroupes) sur l’identité
un poids explicatif sur l’identification à l’origine personnelle ? Selon Lorenzi-Cioldi (1988), une po-
des parents. Ainsi, le fait d’être issu de l’immigra- sition favorisée (groupe au prestige élevé) stimule
tion maghrébine et les perceptions défavorables des l’affirmation de spécificités individuelles ; alors que
Français entraînent une prévalence de l’identifica- les membres du groupe défavorisé (ou dominé) for-
tion à l’origine. geraient leur identité autour de propriétés caractéri-
sant le groupe, absorbant la spécificité individuelle.
Discussion
Enfin, nous devons souligner que l’exploitation des
L’objectif de cet article est d’analyser l’impact du
réponses des sujets concernant la catégorie « identi-
sentiment d’exclusion et des perceptions de la socié-
té par individuation » peut prêter à confusion, celle-
té française sur le choix d’identification à la culture
ci regroupant à la fois des modalités diverses telles
d’origine des jeunes français issus de l’immigration
que l’ouverture d’esprit, amoureux, fidèle, belle…
maghrébine comparativement à leurs pairs d’ori-
et des critères tels que le sexe, le statut d’étudiant.
gine turque.
En effet, certains termes et phrases sont ambigus,
Les résultats relatifs à l’identification montrent que vagues et à sens multiples, comme par exemple le
les jeunes issus de l’immigration maghrébine se ré- fait de dire « je suis femme » ou par exemple, le fait
fèrent nettement plus à des éléments identitaires do- de dire « je suis mate ou brun » : le sujet se référant
minés par la culture d’origine de leurs parents (iden- soit à une communauté en choisissant un trait com-
tité d’origine) qu’à des caractéristiques personnelles, mun, soit à son identité personnelle en désignant un
physiques et/ou psychologiques, pour définir leur trait personnel. Dans ces cas-là, le sujet se définit-il
identité (identité par individuation) contrairement à selon des attributs personnels ou des appartenan-
leurs pairs d’origine turque. Ces résultats nous amè- ces catégorielles reflétant son statut ou rôle dans la
nent à plusieurs interrogations. société ? On ne peut donc pas savoir si les jeunes
Cette identification à l’origine des parents indiquant dont les parents ou grands-parents étaient Turcs ont
la saillance des similitudes intracatégorielles témoi- effectivement fait davantage référence à leur iden-
gne-t-elle d’une identification/fusion aux caracté- tité personnelle que les jeunes issus de l’immigra-
ristiques du groupe culturel ? Turner (1981) appelle tion maghrébine ou s’ils ont fait le choix d’autres
appartenances catégorielles que celles de l’origine
cette référence à l’identité sociale au détriment de
de leurs parents, mais tout aussi sociales, comme le
l’identité personnelle, la « dépersonnalisation » qui
sexe par exemple.
« renvoie au processus d’auto-stéréotypie au moyen
duquel les individus en viennent à se considérer Cette difficulté dans l’analyse de contenu des ré-
avant tout comme des exemplaires interchangeables ponses au test concerne la notion même d’identité
d’une catégorie plutôt que comme des individus qui est à la fois personnelle et sociale et se construit
comme un jeu entre la similitude et la différence l’embauche affirment que le taux de chômage des
par comparaisons interpersonnelles et intergroupes. jeunes (16 à 24 ans) d’origine française (20%) est
L’identité individuelle « constitue l’appropriation deux fois moins élevé que chez leurs pairs issus de
subjective de l’identité sociale : la conscience qu’un l’immigration (40%) (Schnapper, 2007). Ce constat s’ap-
sujet a de lui-même est nécessairement marquée par plique plus particulièrement aux jeunes d’origine
ses catégories d’appartenance et par sa situation de maghrébine, surtout algérienne, qu’aux autres jeu-
relation avec autrui. En même temps, les multiples nes (issus de l’immigration portugaise par exemple)
dimensions de l’identité sociale seront plus au moins (Dubet et Lapeyronnie, 1992).
investies et chargées de sens selon la personnalité du
S’ajoute à cette discrimination selon l’origine, une
sujet » (Lipiansky, 2000, p. 174).
discrimination spatiale : habiter une banlieue en-
Les résultats relatifs au sentiment d’exclusion indi- traîne fréquemment des images et préjugés négatifs.
quent que les sentiments de rejet et d’injustice des Dans certains cas, il suffit de mettre une adresse aux
jeunes issus de l’immigration maghrébine sont si- Minguettes, Vénissieux ou Vaulx-en-Velin9 pour
gnificativement plus forts que ceux des jeunes issus que le CV soit éliminé. Ainsi, les jeunes des ban-
de l’immigration turque. La question se pose alors lieues, Français et issus de l’immigration, partagent
à propos de cette observation : pourquoi les jeunes les mêmes conditions sociales, les mêmes Cités, la
français issus de l’immigration maghrébine se sen- même culture de masse de la banlieue, les mêmes
tent davantage exclus que les jeunes français issus comportements et la même « galère »10. Mais le sen-
de l’immigration turque ? timent d’exclusion chez le jeune issu de l’immigra-
tion demeure plus aigu car cette situation n’est pas
De nombreuses enquêtes ont souligné la spécificité
simplement une question d’ascension ou de mobilité
de la situation des jeunes issus de l’immigration ma-
sociale, elle prend une connotation ethnique. Pour
ghrébine en France qui seraient davantage victimes
ces jeunes, leur « galère » est le résultat de rejet,
de l’exclusion et de la discrimination. Dubet et La-
d’injustice, d’inégalité, de racisme et d’un échec de
peyronnie soulignent qu’« un racisme anti-maghré-
projet d’intégration (Dubet et Lapeyronnie, 1992).
bins soft s’étend comme une marée noire partout,
en tout lieu de la vie sociale et en tout point du ter- Suivant la théorie de l’identité sociale (Tajfel et Turner,
ritoire, y compris lorsque la communauté maghré- 1986), les processus des influences de la perception
bine est absente, c’est-à-dire là où les problèmes de de l’inégalité et de la discrimination sont comple-
cohabitation ne se posent pas » (1992, p. 148). Les xes. Les effets dépendent de la source et de la cible,
personnes originaires des pays européens semblent percevoir que le rejet et l’injustice sont dirigés vers
mieux perçues que celles d’origine non-européen- soi, à titre personnel, ou vers son identité sociale et
ne. D’autre part, les originaires des pays du Sud-Est ethnique atteint les individus de façon différente.
asiatiques, de la Turquie et de la Chine sont égale- Selon la théorie de la privation relative (Guimond et Tou-
ment mieux perçus que les Maghrébins qui sont les gas, 1999), lorsque les sentiments de rejet et d’injustice
moins acceptés après les Noirs (Dubet, 1989 ; Boutry-Avezou sont fondés sur une comparaison interpersonnelle,
et al., 2007). Un sondage mené par la Commission des ils engendrent des comportements visant à amélio-
Droits de l’Homme en 1990 a montré que 42% des rer la situation individuelle. Ainsi les contestations
Français affirment éprouver de l’antipathie pour les peuvent-elles être exprimées par une forte affirma-
Maghrébins en général et 37% pour les jeunes issus tion de soi tout en suivant un cheminement subjec-
de l’immigration maghrébine. Environ 40% ont dé- tif/individuel. Lorsque ces sentiments sont activés
claré qu’il est difficile de les intégrer, car ils sont trop par une comparaison sociale intergroupe, ils provo-
différents. Dans la même étude, 48% des Français quent des comportements de revendication collec-
disent voir ces jeunes d’abord comme des Arabes, tive de justice et de changement social.
contre 32% comme des Français.
Pour certains jeunes issus de l’immigration maghré-
Dans un rapport sur la discrimination à l’égard des bine, leurs différences ethniques et culturelles sont à
étrangers mais aussi des Français issus de l’immigra- l’origine de l’inégalité sociale dont ils estiment être
tion, le Haut Conseil à l’intégration (1998) révèle que victimes. C’est la situation de leur groupe d’origine
les pratiques discriminatoires en matière d’emploi qui est définie comme une situation de rejet, d’injus-
sont de plus en plus préoccupantes. Il n’en demeure tice, d’oppression, de domination ou d’exclusion. Ils
que les jeunes issus de l’immigration maghrébine et remettent alors en question la légitimité du système
africaine noire sont les plus touchés (Chignier-Riboulon, politique et social en entier. Leurs revendications
1999). Les enquêtes récentes sur la discrimination à collectives de justice peuvent s’exprimer par des
comportements militants (associatifs, par exemple) La question qui se pose est de savoir si c’est l’expé-
et/ou par des comportements révoltés (l’affirmation eth- rience qui crée les jugements, les préjugés, les sté-
nique, la marche des beurs en 1981, les émeutes dans les quartiers popu- réotypes ou au contraire ces derniers qui orientent
laires en 2005). les pratiques, provoquent les expériences. Autre-
ment dit, les pratiques sociales déterminent-elles les
Par ailleurs, les résultats relatifs aux perceptions de
représentations sociales, stéréotypes ou l’inverse ?
la société française révèlent que les perceptions des
Ou les deux sont-elles indissociablement liées et
Français et de la France chez les jeunes français issus
interdépendantes ? Une question qui donne lieu à
de l’immigration maghrébine sont plus négatives
un débat et à des polémiques qui restent d’actua-
que celles des jeunes français issus de l’immigration lité (Abric, 1994). Si le contenu des représentations in-
turque. tergroupes est lié à la nature des rapports entre ces
Nous sommes partis du principe selon lequel la groupes, il semble que les représentations ne sont
perception de la société française repose aussi bien pas seulement le reflet du déroulement de l’inte-
sur des représentations sociales ainsi que sur des raction intergroupe : elles interviennent activement
processus de catégorisation sociale. Selon Doise et dans ce déroulement en justifiant la manière dont
Lorenzi-Cioldi (1991), il faut ancrer les représenta- cette interaction se déroule et dans l’anticipation
tions sociales dans les phénomènes identitaires et des rapports sociaux (Doise, 1973).
les rapports entre groupes pour les étudier, celles- Enfin, les résultats obtenus par les analyses de ré-
ci étant en quelque sorte des productions conjonc- gressions montrent que le recours à l’identité d’ori-
turelles et situationnelles reflétant la nature des gine est déterminé par les perceptions défavorables
rapports sociaux. Moscovici (1976) distingue deux des Français et l’origine des parents. Ces résultats
formes particulières de représentations sociales : mettent en évidence le rôle modulateur de la per-
la première résulte des rapports de domination, de ception des Français sur les processus d’acquisition
conflits sociaux implicites ou explicites et des com- et d’expression de l’identité des jeunes français is-
munications qui en découlent. Ce sont les représen- sus de l’immigration maghrébine. Il semble en effet
tations dites « polémiques ». La deuxième forme de qu’une perception défavorable des Français active/
représentation est générée par des expériences de renforce une identification à l’origine. L’impact des
coordination et des échanges de partage et de par- représentations sociales sur la création des catégo-
ticipation ; dans ce cas-là, les représentations socia- ries identitaires et l’actualisation contextuelle des
les sont dites « émancipées ». Dans une recherche processus d’identification (Kaës, 1989) a déjà été sou-
sur 96 étudiants dans deux universités privées de ligné par plusieurs théories en psychologie sociale
Lisbonne, Vala (1998) a pu montrer le rôle des re- (Vala, 1998).
présentations sociales polémiques dans la formation
d’attitudes intergroupes. Lorsque les rapports entre La différenciation intercatégorielle permet de ren-
l’endogroupe et l’exogroupe sont ressentis positifs, dre compte de la valorisation de son groupe d’ap-
les représentations sociales attribuées à l’exogroupe partenance (Deschamps et Moliner, 2008). En d’autre ter-
font l’objet d’une valence positive (représentations me, la mise en avant de l’identification à l’origine
émancipées) ; lorsque ces rapports sont ressentis s’accompagne d’une dévalorisation des français et
négatifs (sentiments de rejet et d’injustice), les re- d’une valorisation du groupe d’origine des parents.
présentations sociales de l’exogroupe sont négatives Dans ce sens, la perception défavorable des français
(représentations polémiques). peut être un moyen (stratégie) pour les jeunes issus
de l’immigration maghrébine d’affirmer leurs parti-
Nos résultats rejoignent ceux obtenus par cette cularités et leurs différences. En tant que minorité,
étude, mettant en évidence une corrélation négative « leur identité se forge dans la conscience et la re-
entre les sentiments de rejet et d’injustice des jeunes vendication de leur différence, et dans la démarche
issus de l’immigration maghrébine et leurs percep- qu’ils entreprennent pour devenir visibles et obtenir
tions de la société française, soulignant encore une de la reconnaissance sociale » (Aebischer et Oberlé, 1998,
fois les apports de cette approche à la compréhen- p. 83). Le besoin d’être reconnu, de se rendre visible
sion des phénomènes sociaux. Ainsi, le degré élevé aux yeux des autres, est fondamental dans les stra-
des sentiments de rejet et d’injustice chez les jeunes tégies de différenciation adoptées par les groupes
issus de l’immigration maghrébine les conduirait à minoritaires pour exister. Selon le modèle « rejet-
développer des représentations « polémiques » de la identification » (Branscombe, Schmitt et Harvey, 1999), l’iden-
société française. tification à l’endogroupe (affirmation ethnique) et
la perception défavorable de l’exogroupe jouent un 3. Notre échantillon était composé de 9 lycéens et 8 étudiants issus de
l’immigration maghrébine ; 6 lycéens et 6 étudiants issus de l’immi-
rôle modérateur en modifiant le lien entre la discri- gration turque.
mination ressentie et l’estime de soi (Boutry-Avezou et al., 4. Les items inversés ont fait l’objet d’un recodage pour calculer le score
2007). global.
5. Les items négatifs ont fait l’objet d’un recodage pour calculer le score
En s’identifiant à un groupe, le jeune se procure des global.
sentiments d’appartenance, de reconnaissance so- 6. Aucune réponse des jeunes issus de l’immigration turque n’appar-
ciale et de solidarité face à l’angoisse déclenchée par tient à cette catégorie.
les sentiments de rejet, d’injustice et par l’image dé- 7. Seule la première réponse des sujets au test a été analysée. Celle-ci
valorisante renvoyée par autrui. L’identité d’origine reflète, selon nous, la réponse la plus saillante et spontanée des indi-
vidus interrogés.
peut donc constituer pour ces jeunes un étayage
8. Dix jeunes issus de l’immigration turque n’ont pas répondu au test.
identitaire « refuge » moins fragile qu’une identité
9. Quartiers et villes de la banlieue lyonnaise.
française qui leur est, ou leur semble être, déniée
10. Selon l’expression de Dubet (1987).
par une partie de la société.
Comme le souligne Deschamps et Moliner (2008), RÉFÉRENCES
les représentations sociales sont des produits identi- – Aebischer V. et Oberlé D. (1998): Le groupe en psychologie sociale. Paris,
taires et des instruments de l’affirmation du groupe. Dunod.
Dans le cas des jeunes issus de l’immigration, la – Amin A. (2005): L’intégration des jeunes Français issus de l’immigration,
perception des Français jouerait un rôle de mar- le cas des jeunes issus de l’immigration arabo-musulmane et turque :
Maghreb, Moyen-Orient et Turquie. Connexions : Différence culturelles,
queur identitaire en suscitant des prises de positions intégration et laïcité, 83, pp. 131-147.
communes, d’affirmation identitaire (ici à la culture – Amin A. (2007): Dynamique interculturelle et processus d’interculturation :
d’origine des parents) et de régulateur identitaire en représentations sociales, identifications et sentiment d’exclusion. Thèse de
modulant leurs rapports avec la société. Doctorat en psychologie, non publiée. Lyon, Université Lyon 2.
– Amin A. et Gonin A. (2007): Discours des acteurs sociaux et processus
Ainsi, le recours à l’identité d’origine chez les jeu- d’intégration des jeunes français issus de l’immigration. Migrations
nes issus de l’immigration maghrébine – aussi re- société, 113, pp. 57-70.
construite et mythique qu’elle soit – pourrait té- – Boutry-Avezou V., Sabatier C. et Brisset C. (2007): Bien-être,
adaptation et discrimination. Les adolescents de seconde génération à
moigner d’une contre-identification en réaction à l’école. Revue Francophone du Stress et du Trauma, Vol. 7, N°3, pp. 205-216.
leur perception défavorable des Français et de leurs – Bouziri R. (2002): Les deux langues maternelles des jeunes Français
rapports avec ces derniers. Il correspondrait à un d’origine maghrébine. Diversité : Ville-ecole-Intégration enjeux. 130, pp.
processus « de ré-interprétation qui sélectionne des 104-116.
traits culturels ou des faits de mémoire en fonction – Branscombe N. R., Schmitt M.T. et Harvey R. D. (1999): Perceiving
pervasive discrimination among African Americans: Implication for
de différents enjeux, psychologiques et familiaux, group identification and well-being. J Pers Soc Psychol, Vol. 77, N°1,
mais aussi et peut-être surtout sociaux et économi- pp. 135-149.
ques » (Taboada-Léonetti, 2000, p. 112). Néanmoins, cette – Caillet V. (2004): Le sentiment d’injustice chez les jeunes en échec
stratégie d’ethnicisation peut s’avérer ambivalente scolaire. In E. Callu, J. P. Jurmand et A. Vulbeau (Dirs.), La place des
jeunes dans la cité (pp. 45-56). Paris, L’Harmattan.
car elle conduit fréquemment vers une plus grande
– Chauchat H. (1999): L’association de mots – Du « Qui suis-je » à
stigmatisation et une plus grande exclusion (Caillet, l’IMIS de M. Zavalloni et C. Louis-Guérin. In H. Chauchat et A.
2004). Durand-Delvigne (Dirs.), De l’identité du sujet au lien social : l’étude des
processus identitaires (pp. 29-51). Paris, Presses Universitaires de France.
Malgré ses limites, cette étude met en évidence les – Chignier-Riboulon F. (1999): L’intégration des Franco-Maghrébins :
caractères dynamiques et stratégiques de l’identité l’exemple de l’est lyonnais. Paris, L’Harmattan.
qui naissent de l’interaction sociale dans une situa- – Commission nationale consultative des droits de l’homme
tion de contact des cultures et la nécessité d’articu- (1990/1991): La lutte contre le racisme et la xénophobie. Paris, La
Documentation française.
ler plusieurs niveaux d’analyse (Doise, 1982) dans l’ex-
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plication des choix identificatoires des jeunes issus représentationnelle. Rennes, Presses Universitaires de Rennes.
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Paris, École Normale Supérieure de St Cloud/L’Harmattan.
NOTES – Denoux P. (1994): L’identité interculturelle. Bulletin de psychologie :
1. Nous précisons que les sujets sont tous nés en France et de nationalité Contacts de cultures, Processus identitaires, appartenances, intégrations, exclusions.
française. Tome, XXLVIII, 419, pp. 264-270.
2. La région Rhône-Alpes se situe au second rang, après l’Ile-de-Fran- – Deschamps J.-C. (1972): Imputation de la responsabilité de l’échec
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