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Texte Complexe Scolaire Abbe Jean Muela Prof Pierre 5ème Toutes

Le document présente une série de textes qui explorent des thèmes variés tels que la jeunesse, l'éloquence, l'éducation, l'amitié et l'amour. Chaque texte offre une perspective unique sur ces sujets, allant de la valorisation de l'idéal et de la beauté de la jeunesse à la critique de l'éducation moderne et des relations humaines. Les auteurs, allant de Général Mac Arthur à Léopold Sédar Senghor, partagent des réflexions profondes sur la condition humaine et les valeurs essentielles de la vie.

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TEXTE N° 1 : ETRE JEUNE

La jeunesse n’est pas une période de vie. Elle est un


état d’esprit, un effet de la volonté, une qualité d’imagination,
une intensité émotive, une victoire du courage sur la timidité,
du goût de l’aventure sur l’amour du confort.

On ne devient pas vieux pour avoir vécu un certain


nombre d’années : on devient vieux parce qu’on a déserté son
idéal. Les années rident la peau ; renoncer à son idéal ride
l’âme. (…)

Les préoccupations, les doutes, les craintes et les


désespoirs sont les ennemis qui, lentement, nous font pencher
vers la terre et devenir poussière avant la mort.

Jeune est celui qui s’étonne et s’émerveille. Il défie


les événements et trouve la joie au jeu de la vie.

Vous restez jeune tant que vous restez réceptif à ce


qui est beau, bien et grand. Réceptif aux messages de
l’homme, de la nature, de l’infini. (…)

Si un jour votre cœur allait être mordu par le


pessimisme et rongé par le cynisme, puisse Dieu avoir pitié de
votre âme de vieillard.
Général MAC ARTHUR 1880-
1964

TEXTE N°2 : UN ORATEUR SE JUGE LUI-MEME

Ce jour-là m’a beaucoup rapproché de Crassus ; mais


je n’en ai pas moins été sensible à tout ce que l’autre a pu
m’accorder d »éloges plus ou moins enveloppés. Et quand à
moi, ah ! Bons dieux ! Quels frais de toilette j’ai faits pour
Pompée, qui ne m’avait pas encore entendu ! Si jamais je fus
riche en périodes bien arrondies, en transitions habiles, en
raisonnements serrés, en argumentations savantes, ce fut bien
ce jour-là. Enfin quoi ? Le grand vacarme. Le thème, en effet,
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était celui-ci : la dignité de l’ordre sénatorial sauvegardée,


l’accord de l’ordre équestre avec lui, l’union de toute l’Italie, les
restes de la conjuration en train d’agoniser, la vie moins chère,
la paix rétablie. Tu sais si ma voix s’enfle sur ce sujet : ah ! Quel
tonnerre ! Je ne t’en dis pas plus long, car tu as dû m’entendre
d’où tu es.
CICERON

TEXTE N°3 : EDUCATION ANCESTRALE, EDUCATION NOUVELLE

TACITE 1er Siècle

Autrefois, dans chaque famille, né d’une mère chaste,


était élevé non pas dans le réduit d’une nourrice achetée, mais
dans le giron et entre les bras d’une mère, dont toute la gloire
était de garder la maison et de se faire l’esclave de ses enfants.
On choisissait, en outre, une parente d’un âge mûr, et à ses
vertus éprouvés, à ses hauts mérites on confiait toute la
descendance d’une même famille, et devant elle l’on n’eût osé
rien dire qui blessât la décence, ni rien faire dont l’honneur pût
rougir. Et ce n’étaient pas seulement les études et les devoirs,
mais les délassements et les jeux de ses enfants que la mère
réglait avec je ne sais quelle sainte et modeste retenue. Ainsi
cornélie, mère de César, ainsi Atia, mère d’Auguste,
présidèrent, nous dit-on, à l’éducation de leurs enfants, dont
elles firent de grands hommes. Par cette discipline et cette
sévérité, on voulait que ces âmes pures et innocentes, dont rien
n’avait encore faussé la droiture primitive, se saisissent
avidement de toutes les belles connaissances, et que, vers
quelques science qu’elles se tournassent ensuite, art militaire,
jurisprudence, éloquence, elles s’y livrent sans partage et la
dévorent tout entière.

Aujourd’hui le nouveau-né est remis aux mains d’une


misérable servante grecque, à laquelle on adjoint un ou deux
esclaves pris au hasard, les plus vils d’ordinaire et les plus
incapables d’un emploi sérieux. Ce sont leurs contes et leurs
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préjugés qui imprègnent des âmes neuves et ouvertes à toutes


les impressions. Nul dans la maison ne prend garde à ce qu’il
dit ni à ce qu’il fait en présence du jeune maître. Il y a plus : les
parents même accoutument les enfants non à l’honnêteté ou à
la modestie, mais à une dissipation, à un persiflage qui après
eux font entrer insensiblement l’effronterie et le mépris de soi-
même et des autres. Mais Rome a des vices propres et
particuliers, qui me semblent saisir l’enfant presque dans le
sein de la mère : je veux dire l’enthousiasme pour les histrions,
la passion des gladiateurs et des chevaux. Quelle place une
âme obsédée, envahie par ces viles passions, a-t-elle encore
pour les arts honnêtes ? Combien trouveras-tu de jeunes gens
qui à la maison parlent d’autre chose ? et quelles autres
conversations frappent nos oreilles, si nous entrons dans une
salle de cours ?
Dialogue des Orateurs, 18-19 trad. H. Goelzer éd. Belles-
Lettres.

TEXTE N° 4 : NE GATEZ PAS VOS FILS


Térèse d’AVILA. 1515-
1582

Lettre à Laurent de Cepeda, son frère, à Avila

(…) N’ayer dans votre maison que le moins de


domestiques que vous pourrez : il vaut mieux en augmenter le
nombre que d’être forcé à le diminuer. J’ai écrit à Valladolid
pour qu’on envoie le page. Il importe peu que vos fils en soient
privés pendant quelques jours ; comme ils sont deux, ils
peuvent aller ensemble. Vous êtes porté, tant par votre
caractère que par coutume, au faste et à l’éclat ; il faut vous
mortifier en ce point. (…)

Considérez que souvent on s’abîme sans y penser, et


qu’il vaut bien mieux, devant Dieu et devant le monde, ne pas
faire toute la dépense qu’on souhaiterait de faire, et avoir de
quoi donner l’aumône. Cela sera sans comparaison plus
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avantageux à vous et à vos enfants. Je ne suis pas d’avis que


vous achetiez maintenant de mule, mais bien un cheval très
commun, qui serve soit pour les chemins, soit pour la maison. Il
n’y a mule nécessité pour le moment que vos fils fassent leurs
promenades autrement qu’à pied ; laissez-les étudier.
Votre servante,

Térèse de Jésus
Juillet 1576 Tolède
Lettres de Sainte Thérèse
Trad. Marel Bouix.

TEXTE N° 5 : LE GRAND LIVRE DU MONDE


René DESCARTES 1595-
1650

Sitôt que l’âge me permit de sortir de la sujétion de


mes précepteurs, je quittai entièrement l’étude des lettres ; et
mes résolvant de ne chercher plus d’autre science que celle qui
se pourrait trouver en moi-même, ou bien dans le grand livre du
monde, j’employai le reste de ma jeunesse à voyager, à voir
des cours et des armées, à fréquenter des gens de diverses
humeurs et conditions, à recueillir diverses expériences, à
m’éprouver moi-même dans les rencontres que la fortune
proposait, et partout à faire telle réflexion sur les choses qui se
présentaient que j’en pusse tirer quelque profit.
Discours de la Méthode.

TAXTE N°6 : TANT QUE TU SERAS HEUREUX

OVIDE 1er siècle

Tant que tu seras heureux, tu compteras nombre


d’amis ; si le temps devient nuageux, tu seras seul ; Vois
comme les colombes vont vers les toits brillants, tandis qu’une
tour salie ne reçoit point d’oiseau. Vers les greniers vides
jamais ne se dirigent les fourmis, aucun ami n’ira vers les
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fortunes ruinées. Comme l’ombre qui nous accompagne quand


nous marchons aux rayons du soleil et qui s’enfuit dès qu’un
nuage la cache, de même le vulgaire inconstant suit l’éclat de
la fortune et s’en va dès qu’un nuage l’obscurcit. Je souhaite
que cela te semble toujours faux : par ce qui m’arrive, je dois
reconnaître que c’est vrai. Tant que je fus solide, ma maison,
connue certes, mais non fastueuse, fut fréquentée par une foule
suffisante, mais dès qu’elle fut ébranlée, tous redoutèrent
l’effondrement et tournèrent prudemment le dos dans une fuite
commune. Je ne m’étonne pas s’ils craignent la foudre cruelle
qui met le feu à tout ce qu’ils voient aux alentours.
Les Tristes, I. IX. 5-22 trad. E. Ripert, éd. Garnier.

TEXTE N° 7 : AIMER, C’EST AVOIR QUELQU’UN POUR QUI MOURIR

SENEQUE
1er siècle
Le sage, même s’il se suffit, aime pourtant avoir un
ami, ne serait-ce que pour pratiquer l’amitié et ne pas laisser
sans emploi une si noble vertu. Ce n’est pas du tout pour la
raison, que donnait Epicure dans la lettre dont j’ai parlé : « Le
sage, disait-il, aura ainsi quelqu’un pour veiller sur lui s’il est lui-
même malade, pour le secourir s’il est prisonnier ou
misérable ». Ce n’est pas cela : il y aura un ami sur qui veiller,
si cet ami est malade, il aura quelqu’un à tirer de la prison où
l’aura enfermé l’ennemi. Ne songer qu’à soi pour contracter une
amitié, c’est mal penser. De telles amitiés finissent comme elles
ont commencé. Prends un ami pour obtenir son aide si tu es
prisonnier : au premier bruit que fera ta chaîne il s’échappera.
Ce sont des amitiés à terme, comme dit le peuple. L’ami choisi
par intérêt plaira tant qu’il sera utile. De tels amis sont légion
autour de l’homme heureux : que la fortune croule, c’est la
solitude ; tous fuient, quand ils sont mis à l’épreuve. Que de
tristes exemples nous avons de gens qui s’éloignent par peur !
Fatalement, la fin est en rapport avec le début : contracter une
amitié par intérêt, c’est se résoudre à sacrifier plus tard cette
amitié à un avantage que l’on préfère à l’amitié même. Quel est
mon but quand je cherche un ami ? Je veux avoir quelqu’un
pour qui mourir, quelqu’un à suivre en exil, défendre contre la
mort en le dévouant à lui. La liaison dont tu parles n’est pas
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amitié, mais spéculation : elle a pour objet notre avantage,


notre profit.
Lettres à Lucilius. IV. éd. Garnier.

TEXTE N° 8 : L’AMI, QUELQU’UN AVEC QUI ECHANGER


ST. AUGUSTIN
IVème siècle
Il y avait chez mes amis d’autres charmes qui mes
captivaient davantage encore le cœur : c’était de causer, de
rire ensemble, c’étaient les regards d’une bienveillance
mutuelle, la lecture en commun des beaux livres, les
plaisanteries entre camarades et les attentions réciproques ;
quelquefois un désaccord sans aigreur, comme on en a avec
soi-même, et ces rares dissentiments assaisonnant une
unanimité presque constante ; c’était d’être chacun tour à tour
le maitre et l’élève d’autrui ; le regret impatient des absents,
l’accueil joyeux fait à ceux qui arrivent ; tous ces signes et
d’autres du même genre, qui, jaillissant du cœur de ceux qui
s’entr’aiment, se manifestent par l’expression, la langue, les
yeux, par mille démonstrations charmantes. Voila à quels
aliments s’opère la fusion des âmes qui, de plusieurs, en
viennent à n’en plus former qu’une seule.

C’est tout cela qu’on aime dans les amis, et on l’aime


à ce point que notre conscience se sent coupable quand on
n’aime pas qui vous aime et qu’on ne rend pas amour pour
amour, sans rien demander à l’être aimé que les gages de son
affection. De là ce deuil à la mort d’un ami, ces ténèbres de
douleurs, cette douleur qui se change en amertume pour le
cœur tout noyé de larmes, et la perte de la vie de ceux qui
meurent devenant la mort de ceux qui survivent.

Heureux celui qui vous aime, qui aime son ami en


vous et son ennemi pour l’amour de vous ! Celui – là seul ne
perd aucun être cher, à qui tous sont chers en celui qui n peut
perdre. Et qui est celui – là, sinon notre Dieu qui crée le ciel et
la terre et qui les remplit parce qu’il les a créés en les
remplissant.
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Confessions, IV. VIII. 13 – IX, 14 trad. P. de


Labriolle
éd. Belles – Lettres.

TEXTE N° 9 : PARDONNE – MOI


Charles van LERBERCHE
1961 – 1907
Pardonne – moi ô mon Amour,
Si mes yeux pleins de toi ne te voient pas encore,
Si je m’éveille en ta splendeur.
Sans la comprendre, comme une fleur
S’éveille dans l’aurore ;
Pardonne – moi si mes yeux aujourd’hui
Ne te distinguent de la lumière,
S’ils ne séparent ton sourire
De leurs pleurs éblouis.

Pardonne – moi, si je t’écoute


Sans t’entendre, et ne sais pas
Si c’est toi, mon amour, qui parles,
Ou mon cœur qui gémit tout bas ;
Pardonne – moi, si tes paroles
Autour de mes oreilles volent,
Comme des chants dans les airs bleus,
Ou l’aile du vent dans mes cheveux.

Pardonne – moi, si je te touche


Dans le soleil, ou si ma bouche
En souriant, sans le savoir,
T’atteint dans la fraîcheur du soir ;
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Pardonne – moi, si je crois être


Près de toi – même où tu n’es pas,
Si je te cherche, lorsque peut – être
C’est toi qui reposes dans mes bras.
La Chanson
d’Eve.

TEXTE N° 10 : FEMME NOIRE


Léopold Sédar SENGHOR
1906 –
Femme nue, femme noire
Vêtue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté !

J’ai grandi à ton ombre ; la douceur de tes mains bandait mes


yeux.

Et voilà qu’au cœur de l’Eté et de Midi, je te découvre Terre


promise, du haut d’un haut col calciné

Et ta beauté me foudroie en plein cœur, comme l’éclair d’un


aigle.

Femme nue, femme obscure

Fruit mûr à la chair ferme, sombre extases du vin noir bouche


qui fais lyrique ma bouche

Savane aux horizons purs, savane qui frémit aux caresses


ferventes du Vent d’est

Tam – tam sculpté, tam – tam tendu qui grondes sous les doigts
du Vainqueur

Ta voix grave de contralto est le chant spirituel de l’Aimée.

Femme nue, femme obscure

Huile que ne ride nul souffle, huile calme aux flancs de l’athlète,
aux flancs des princes du Mali

Gazelle aux attaches célestes, les perles sont étoiles sur nuit de
la peau.
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Délice des jeux de l’esprit, les reflets de l’or rouge sur ta peau
qui se moire

A l’ombre de ta chevelure, s’éclaire mon angoisse aux soleils


prochains de tes yeux.

Femme nue, femme noire

Je chante ta beauté qui passe, forme que je fixe dans l’Eternel,


Avant que le Destin jaloux ne te réduise en cendres pour nourrir
les racines de la vie.
Chant d’ombre, éd. du Seuil.

TEXTE N° 11 : L’AMOUR
KHALIL GIBRAN 1883-1931

Peuple d’Orphalese, de quoi puis-je parler si ce n’est de ce qui


émeut actuellement vos âmes ?

Alors Almitra dit : Parlez-nous de l’Amour.

Et il leva la tête et regarda le peuple, et un silence tomba sur


eux. Et d’une voix forte il dit :

Quand l’amour vous fait signe, suivez-le,

Bien que ses voies soient dures et escarpées.

Et lorsque ses ailes vous enveloppent, cédez-lui,

Bien que l’épée cachée dans son pennage puisse vous blesser.

Et lorsqu’il vous parle, croyez en lui,

Malgré que sa voix puisse briser vos rêves comme le vent du


nord saccage vos jardins.

Car de même que l’amour vous couronne, il doit vous crucifier.

De même qu’il est pour votre croissance il est aussi pour votre
élagage.
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De même qu’il s’élève à votre hauteur et caresse vos branches


les plus légères qui tremblent dans le soleil,

Ainsi pénétrera-t-il jusques à vos racines et les secouera dans


leur attachement à la terre.

Comme des gerbes de blé il vous emporte.

Il vous bat pour vous mettre à nu.

Il vous tamise pour vous libérer de votre balle.

Il vous broie jusqu’à la blancheur.

Il vous pétrit jusqu’à ce que vous soyez souples ;

Et alors il vous livre à son feu, pour que vous puissiez devenir le
pain sacré du festin de Dieu.

Toutes ces choses, l’amour vous les fera pour que vous puissiez
connaître les secrets de votre cœur et devenir, en cette
connaissance, un fragment du cœur de la vie.

Mais si dans votre peur, vous ne recherchez que la paix de


l’amour et le plaisir de l’amour,
Alors il vaut mieux couvrir votre nudité et sortir de l’aire de
l’amour,
Pour vous rendre dans le monde sans saisons où vous rirez,
mais non pas tous vos rires, et pleurerez, mais non pas toutes
vos larmes.
L’amour ne donne que de lui-même et ne prend que de lui-
même.
L’amour ne possède pas, et ne veut pas être possédé ;
Car l’amour suffit à l’amour.
Quand vous aimez, vous ne devez pas dire « Dieu est dans
mon cœur », mais plutôt, « je suis dans le cœur de Dieu ».

Et ne pensez pas que vous pouvez guider le cours de l’amour,

Car l’amour s’il vous trouve dignes, dirigera votre cours.


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L’amour n’a point d’autre désir que de s’accomplir.


Mais ni vous aimez et devez avoir des désirs, qu’ils soient ceux-
ci :
Se fendre et être un ruisseau coulant qui chante sa mélodie à la
nuit.
Connaître la douleur de trop de tendresse.
Etre blessé par sa propre intelligence de l’amour ;

Et saigner volontiers et joyeusement.

Se réveiller à l’aurore avec un cœur ailé et rendre grâce pour


une autre journée d’amour ;

Se reposer à l’heure de midi et méditer sur l’extase de l’amour ;


Rentrer en sa demeure au crépuscule avec gratitude,
Et alors dormir avec en son cœur une prière pour le bien-aimé,
et sur les lèvres un chant de louange.
Le prophète, éd.
Casterman
Cahier des Poètes
catholiques.

TEXTE N° 12 : LETTRE D’ADIEU A CHARLOTTE


GOETHE 1749-1832

« Tout est si calme autour de moi ! et mon âme est si


paisible ! Je te remercie, ô mon Dieu, de m’avoir accordé cette
chaleur, cette force, à ces derniers instants !
« Je m’approche de la fenêtre, ma chère, et à travers
les nuages qui passent, chassés par la tempête, je distingue
encore quelques étoiles éparses dans ce ciel éternel. Non, vous
ne tomberez point. L’Eternel vous porte dans son sein, comme il
m’y porte aussi. Je vois le timon du chariot, la plus chérie des
constellations. La nuit, quand je sortais de chez toi, quand je
passais sous le porche, elle était en face de moi. Avec quelle
ivresse je l’ai souvent contemplée ! Combien de fois, les mains
élevées vers elle, je l’ai prise à témoin, comme un signe,
comme un monument sacré de la félicité que je goûtais alors, et
encore… O Charlotte ! qu’est-ce qui ne me rappelle pas ton
12

souvenir ? Ne suis-je pas environné de toi ? Et comme un


enfant, ne me suis-je pas emparé avidement de mille bagatelles
que tu avais sanctifiées en les touchant ?
« Oh silhouette chérie ! je te la lègue, Charlotte, et je
te prie de l’honorer. J’y ai imprimé mille milliers de baisers ; je
l’ai mille fois saluée lorsque je sortais de ma chambre, ou que
j’y rentrais.
« J’ai prié ton père, par un petit billet, de protéger
mon corps. Au fond du cimetière sont deux tilleuls, vers le coin
qui donne sur la campagne : c’est là que je désire reposer. Il
peut faire cela, et il le fera pour son ami. Demande-le-lui aussi.
Je ne voudrais pas exiger de pieux chrétiens que le corps d’un
pauvre malheureux reposât auprès de leurs corps. Ah ! je
voudrais que vous m’enterrassiez auprès d’un chemin ou dans
une vallée solitaire ; que le prêtre et lévite, en passant près de
la prière marquée se signassent, et que le samaritain y versât
une larme !
« Donne, Charlotte ! Je prends d’une main ferme la
coupe froide et terrible où je vais puiser l’ivresse de la mort ! Tu
me la présentes, et je n’hésite pas. Ainsi donc sont accomplis
tous les désirs de la vie ! Voilà donc où aboutissaient toutes
mes espérances ! toutes !à venir frapper avec cet
engourdissement à la porte d’airain de la vie !
« Ah ! si j’avais eu le bonheur de mourir pour toi,
Charlotte, de me dévouer pour toi ! Je mourrais
courageusement, je mourrais joyeusement, si je pouvais te
rendre le repos, les délices de ta vie. Mais hélas ! il ne fut donné
qu’à quelques hommes privilégiés de verser leur sang pour les
leurs, et d’allumer par leur mort, au sein de ceux qu’ils aiment,
une vie nouvelle et centuplée.
« Je veux être enterré dans ces habits ; Charlotte, tu
les a touchés, sanctifiés : j’ai demandé aussi cette faveur à ton
père. Mon âme plane sur le cercueil. Que l’on ne fouille pas mes
poches. Ce nœud rose, que tu portais sur ton sein quand je te
vis pour la première fois au milieu de tes enfants ! oh !
embrase-les mille fois, et raconte-leur l’histoire de leur
malheureux ami. Chers enfants, je les vois, ils se pressent
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autour de moi ; ah ! comme je m’attachai à toi ! dès le premier


instant, je ne pouvais plus te laisser… Ce nœud sera enterré
avec moi ; tu m’en fis présent à l’anniversaire de ma
naissance ! Comme je dévorais tout cela ! Hélas ! je ne pensais
guère que ma route me conduirait ici !... Sois calme, je t’en
prie ; sois calme.
« Ils sont chargés… Minuit sonne, ainsi soit-il donc !
Charlotte ! Charlotte ! adieu, adieu ! ».

Souffrances du jeune Werther


Trad. B. Groethuysen

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