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Le Prisme Interculturel de La Traduction

L'article explore la relation entre traduction et communication interculturelle, soulignant l'importance de traduire non seulement les langues mais aussi les cultures. Il aborde des problématiques telles que le littéralisme et l'implicite culturel, tout en plaidant pour une approche interdisciplinaire qui intègre linguistique et psychosociologie. La thèse propose de considérer la traduction comme un paradigme essentiel pour comprendre les dynamiques interculturelles et les enjeux politiques des langues.

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Le Prisme Interculturel de La Traduction

L'article explore la relation entre traduction et communication interculturelle, soulignant l'importance de traduire non seulement les langues mais aussi les cultures. Il aborde des problématiques telles que le littéralisme et l'implicite culturel, tout en plaidant pour une approche interdisciplinaire qui intègre linguistique et psychosociologie. La thèse propose de considérer la traduction comme un paradigme essentiel pour comprendre les dynamiques interculturelles et les enjeux politiques des langues.

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16.03.

2023 00:45 Le prisme interculturel de la traduction

Palimpsestes
Revue de traduction

11 | 1998
Traduire la culture

Le prisme interculturel de la
traduction
Jean-René Ladmiral
p. 15-30
https://doi.org/10.4000/palimpsestes.1525

Résumés
Français English
L'expression de "communication interculturelle", un peu galvaudée depuis quelque temps, prend
tout son sens quand on se donne pour objet d'étude la traduction dans la communication
interculturelle. Dans le prolongement de cette recherche, il se dégage un axe de réflexion dont on
pourra formuler le programme sous l'intitulé suivant : traduire les langues, traduire les cultures.
Le problème fondamental qui se trouvera dès lors posé est la fameuse question du littéralisme,
qui non seulement met en cause le statut de la littérature et de l'objet textuel, mais encore nous
confronte à l'échéance d'un enjeu politique des langues et de ce dont elles se révèlent porteuses.
De fait, le dispositif de la traduction détermine le niveau socio-culturel dont relève le texte-
source, de façon paradoxalement rétrospective. C'est aussi la question de savoir si on traduit le
non-dit, et particulièrement l'implicite culturel, qui est posée. Il est clair qu'il y a là des clivages
polémiques essentiels.
Ces différentes réflexions débouchent sur un élargissement de la problématique linguistique à un
questionnement d'ordre proprement philosophique concernant le rapport entre traduction et
communication interculturelle. Ma thèse veut thématiser la traduction comme paradigme de la
communication interculturelle et comme dispositif réflexif d'analyse critique des impensés de la
modernité.

The expression "intercultural communication" has of late lost a little of its sense and significance
from overuse. It regains its intellectual lustre, though, when brought together with "translation in
intercultural communication". In being so combined, it produces an object of study that may be
formulated as "Translating language, translating culture".
The fundamental problem involved in this formulation is literalness. This calls into question not
only the status of literature and of the text-object, but in the end, confronts us with the political
burden of languages and with all that a language brings with it. In fact, the manner in which a
text is translated determines the socio-cultural level of the source text and does this in a
paradoxically retrospective manner. We must, as well, know whether we should translate what is
implicit, particularly, culturally implicit. It is clear that in this there are clear divides.
The above considerations will bring us to a wider linguistic problematic, toward a philosophical
questioning of the link between translation and intercultural communication. I shall attempt to
construct translation as a paradigm of intercultural communication and as a critical-analytical
reflex for dealing with the impensés de la modernité.

https://journals.openedition.org/palimpsestes/1525 1/12
16.03.2023 00:45 Le prisme interculturel de la traduction

Dédicace
à Baty Ba

Texte intégral
1 Les limites quantitatives imparties à la présente étude nous ont imposé de lui laisser
un caractère prolégoménal, pour ainsi dire, et notamment de l'alléger de tout le
matériel des exemples dont nous l'avions au départ étayée.
2 D'une façon générale, le statut des exemples au sein du discours traductologique est
problématique. En toute rigueur, il faudrait en effet que la réflexion théorique soit
couplée avec un travail d'atelier qui en permette la validation par la pratique
traduisante. En fait, c'est une possibilité qu'offre Palimpsestes en éditant les Textes de
références ; mais nous avons renoncé ici à cette possibilité pour pouvoir rester dans les
limites de l'épure1.
3 Notre propos restera donc général et programmatique. Plutôt qu'à creuser un point
de détail dans une communication ponctuelle, il ira à esquisser quelques idées, c'est-à-
dire quelques "théorèmes pour la traduction"2. Dans le cadre de la problématique
d'ensemble que dessine le défi d'avoir à traduire la culture, le thème dont nous
entendons traiter ici plus précisément est celui des rapports entre traduction et
communication interculturelle3.

I
4 Notons d'abord qu'il y aura lieu d'entendre l'intitulé général "Traduire la culture" au
sens anthropologique ou "franglais" qu'y prend le terme culture. En sorte que traduire
"traduire la culture", c'est déjà traduire la "culture"... Cela implique du même coup la
pluralité des cultures, par opposition à la Culture (en y mettant la majuscule d'une
valorisation emphatique et traditionnaliste, voire élitiste). Ainsi la traduction se révèle-
t-elle être une modalité de la communication inter-culturelle — avec un trait d'union
(sinon de désunion...), puisqu'aussi bien traduire la culture, c'est en fait traduire les
cultures.
5 D'une façon générale, le concept de communication interculturelle est un peu
galvaudé depuis quelque temps et mis à toutes les sauces. Il s'agira de lui redonner tout
son sens et de prendre pour objet la traduction dans le cadre concret d'une conjoncture
de communication interculturelle réelle. C'est ce qu'il nous a été donné d'étudier sur le
"terrain" des groupes bilingues, au sein d'un programme de recherche-action mettant
en œuvre un dispositif de groupe4. Au sens un peu élargi de ce qui est le cœur de
l'opération traduisante, la traduction peut faire l'objet d'une recherche relevant
notamment de la psychologie sociale, au sein de ces groupes restreints que la
dynamique de groupe prend pour objet. D'où l'intérêt d'un travail interdisciplinaire,
associant notamment linguistes et psychosociologues. En paraphrasant une formule de
Clémenceau, voire de Jacques Soustelle : les langues (et, en l'occurrence, les cultures)
sont une affaire trop sérieuse pour être laissée aux (seuls) linguistes !
6 A la faveur du dispositif mis en place, on peut voir comment la traduction interfère
substantiellement avec la dynamique du groupe bilingue dans le cadre duquel elle
fonctionne. Cela nous a conduit à cataloguer tout un ensemble de scénarios de
communication interculturelle mettant en jeu spécifiquement la traduction, que nous
ne pouvons indiquer ici qu'allusivement
7 Mentionnons seulement en passant l'alourdissement et, de proche en proche, le
blocage de toute communication qu'induit la nécessité d'intercaler pour les unilingues
une "traduction" entre chaque item d'un dialogue. Il peut y avoir aussi des effets de
prolifération de la traduction dès lors qu'il apparaît là explicitement de par ladite
"traduction" que le sens que prend effectivement telle remarque est différent selon les

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individus, notamment dans un climat conflictuel, et que du coup elle nécessite une
herméneutique traduisante qui peut devenir envahissante. D'une façon générale, se
pose la question : qui traduit qui ? comment ? et pourquoi ? dès lors que la traduction
est prise en charge "sur le tas", par le groupe lui-même, et ne relève plus de la
compétence "technique" d'un professionnel extérieur au groupe. Il peut se faire que
traduire soit une tentative de prise de pouvoir sur le groupe. Mais, inversement, il
arrive souvent aussi que le supposé pouvoir linguistique d'un individu aboutisse à une
érosion de son "pouvoir groupai" dans la mesure où les tâches de traduction qu'il assure
le mettent trop en avant de la scène aux yeux d'autres participants du groupe, etc.5
8 Cela dit, "la traduction" dont il s'agit — et qui est constamment demandée par les
participants du groupe — doit être conceptuellement recentrée sur son sens-noyau,
c'est-à-dire redéfinie comme une opération de transfert linguistique, sous-jacente à
l'interaction plurilingue qui est en jeu. Du même coup, on verra s'estomper la frontière
classiquement établie entre la traduction (stricto sensu), qui est censée ne concerner
que les textes écrits, et la dite "traduction orale", comme il arrive qu'on appelle parfois
le travail de l'interprète. Sans parler de la récente bataille terminologique touchant le
doublet interprétariat et interprétation, qui renvoie en fait à la hiérarchie socio-
professionnelle distinguant les interprètes de conférences et les interprètes de contact
(liaison interpreting), voire les interprètes d'accueil.
9 Dans le contexte qui nous occupe, on ne s'étonnera donc sans doute pas que nous
travaillions à définir, en décalage par rapport à la hiérarchie qui vient d'être évoquée, le
profil professionnel spécifique de ce que nous appelons des animateurs de
communication interculturelle6. Ces traducteurs-animateurs auront à traduire les
langues, mais aussi les cultures, et à gérer de la relation. Cela implique la possibilité de
traduire, c'est-à-dire d'abord d'expliciter, et de commenter le non-dit. Concrètement :
tout énoncé-cible d'une traduction devra être conçu comme précédé par l'embraycur
métalinguistique implicite suivant : "X pense que..." ou, mieux encore, "Je comprends
(ou Je crois comprendre) que X pense que..." (X étant l'auteur du texte-source)7.
10 A vrai dire, ces spécificités ne font que développer certains aspects déjà immanents à
la traduction en général. Dans cet esprit, il conviendra d'affranchir la traduction de
l'illusion positiviste d'objectivité et d'y réinvestir la part fondamentale de subjectivité
qui lui est inhérente. Mais lesdits animateurs de communication interculturelle devront
associer à leurs compétences linguistique et culturelle une aptitude au contact
relationnel qu'auront développée chez eux les éléments de la formation
psychosociologique que permet d'acquérir la participation à des stages de dynamique
de groupes bilingues et interculturels comme celle à laquelle il vient d'être fait
référence.
11 Ces différentes réflexions trouveront un début d'illustration dans quelques exemples
qui, pour des raisons de commodité, seront des mots isolés mais au contexte implicite.
D'une façon générale, on aura noté qu'en français on emploie volontiers le vocabulaire
politique ainsi que la terminologie psychopathologique en un sens métaphorique. Les
termes en question étant des internationalismes, c'est-à-dire qu'on a quasiment le
même signifiant dans plusieurs langues, on est porté à les transférer tels quels quand
on traduit en anglais ou en allemand, par exemple, l'énoncé où ils ont leur place.
12 En français, donc, tel pourra trouver que la discipline qu'impose le bilinguisme tend à
rendre le bilingue "schizophrène" ; mais il n'est en rien avéré qu'en anglais-cible il
convienne de qualifier le bilingual de schizophrenic... De la même façon, toujours en
français et toujours métaphoriquement, il nous est arrivé de diagnostiquer un certaine
"hystérie" chez le bilingue, dans la mesure où le changement de langue entraîne à l'oral
une mise en scène différentielle du corps8— à laquelle, avouons-le, nous prenons
personnellement un plaisir extrême... Faisant récemment une conférence sur ces
problèmes à l'Université de Bordeaux, nous nous sommes attiré les critiques d'une
auditrice américaine touchant ce point précis. Comment interpréter le décalage auquel
faisaient écho ces critiques ?
13 Avant tout, nous faisons l'hypothèse qu'il y a eu là un brouillage de la communication
induit par ce que nous appelons un artefact de traduction. En l'occurrence, c'est le
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signifié anglo-américain qu'avait évoqué chez l'auditrice le signifiant que nous avions
employé en français, à la faveur du fait que le terme d'hystérie est un internationalisme
et tant est forte la prégnance sémantique de la langue maternelle. Ceci posé, il resterait
deux interprétations possibles, selon l'importance respective qu'on accordera au facteur
linguistique ("traduire les langues"...) et au facteur culturel (..."traduire les cultures").
14 D'une façon générale, il nous apparaît qu'il n'est pas illégitime de hasarder
l'hypothèse que l'empan de métaphorisation est plus grand en français qu'en anglais
(ou qu'en allemand), avec toute la prudence qu'impose la généralité d'un tel principe et
en ne lui reconnaissant notamment qu'une validité stylistique. En somme, en anglais, il
conviendrait de ne pas métaphoriser le vocabulaire de la psychiatrie, ou en tout cas de
moins le métaphoriser qu'en français. Comme on le voit, cette interprétation
linguistique intègre déjà la dimension culturelle ; une donnée stylistique comme celle
qui vient d'être évoquée en appelle à la subjectivité du traducteur : c'est un choix de
traduction. Il y a là quelque chose qui se situe à la marge culturelle de la langue au sens
strict et que nous désignons par le concept de périlangue9.
15 Mais il y aurait aussi une autre interprétation, encore plus "culturelle", du décalage
sémantique dont procède la divergence de points de vue discutée ici. Ce qui en
l'occurrence a pu faire obstacle à la communication inter-culturelle que supposait la
traduction implicite mise en œuvre, c'est précisément le non-dit. On peut penser que
c'est, à la limite, le mot d'hystérique lui-même qui fait problème pour une Américaine,
en tant que femme nourrie par la socioculture anglophone et nord-américaine, dans la
mesure où ce que peut véhiculer historiquement un tel terme est perçu comme n'étant
pas politically correct ! alors qu'il n'y a là qu'un élément de la nosographie clinique, au
demeurant métaphorisé, et surtout applicable de nos jours à l'un et l'autre sexe.
Insistons-y : il y a aussi des hommes hystériques ; et, comme pour les femmes, il n'est
pas sûr que ce ne soit pas les moins charmants... Il ne nous paraît pas douteux que la
pratique du bilinguisme (vocalisé, et jusqu'à en être parfois théâtral), l'exercice de
l'enseignement ou le plaisir ressenti à faire une communication à un colloque
s'appuient le plus souvent chez les sujets concernés sur des traits de caractère
hystérique, au sens minimaliste et métaphorisé dont il est question ici (et il est clair que
le signataire de ces lignes ne s'excepte pas lui-même de son propre diagnostic).
16 Ainsi qu'il a été indiqué plus haut, ce qui est vrai ici de la terminologie psychiatrique
l'est aussi du vocabulaire politique. On se souviendra de la publicité encore récente
pour la Citroën AX : "révolutionnaire !" et ce, dans un contexte "chinois" imaginaire qui
en est le démenti... On pourra aussi parler d'une "contre-révolution sémanticiste"
faisant suite au positivisme béhaviouriste dans l'histoire de la linguistique. De même,
dans les groupes franco-allemands avec lesquels nous avons travaillé, il a pu arriver que
les participants français qualifient un peu légèrement un comportement de fasciste ! Il
n'y avait là qu'une métaphorisation consciente du terme, ludique et rhétorique, et non
pas bien sûr un étiquetage rédhibitoire (labeling). Mais si l'on doit traduire cet abus de
langage dans un contexte franco-allemand, cela fait problème : un problème de
traduction, qui renvoie à un vrai problème relationnel et culturel. Nous y voyons, si l'on
s'en tient au niveau proprement traductologique, une illustration de ce que nous
appelons le théorème de dichotomie.
17 L'idée est la suivante. Sauf à supposer une sorte d'harmonie préétablie
panlinguistique — ce que ne cesse de contredire la pratique réelle des traducteurs — il
arrive très souvent qu'à un item de langue-source (Lo) il n'y ait pas à proprement parler
d'équivalent exact en langue-cible (Lt), soit la formule :

X (Lo) => [Ø] (Lt)

18 Le traducteur se trouve dès lors confronté à la dichotomie d'un choix de traduction.


Si, dans le cas qui vient d'être évoqué, on traduit le français fasciste par l'allemand
Faschist (comme nous y convie le fait qu'il y ait là un internationalisme), on aura en fait
procédé à une surtraduction : une surtraduction massive, en l'occurrence, car le signifié
de ce mot en allemand est "nazi". Cela reviendra à traiter un Allemand de "Nazi !" : on

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peut imaginer comment cela pourra être reçu par un jeune d'outre-Rhin né après 1945.
Surtout, ce n'est pas ce qu'on voulait dire. Ce qui n'était qu'un effet de langue orale en
français-source (Lo) est devenu une parole gravement injurieuse, dirons-nous en
donnant aux termes respectifs de langue et de parole tout leur sens saussurien. On a
fait une surtraduction, selon la formule :

X (Lo) =>Y+(Lt).

19 Et en surtraduisant, le traducteur a procédé à ce que nous appelons la parolisation


d'un élément de langue (Lo).
20 Dans le contexte qui nous occupe, il conviendra plutôt d'opter pour la sous-
traduction, selon la formule :

X (Lo) => Z- (Lt)

21 Ainsi traduira-t-on en allemand ce mot français, fasciste, par autoritär, par exemple,
ou par toute autre périphrase. On aura tenu compte de ce que l'abus de langage en
question est un phénomène de langue ou, plus précisément, de "périlangue" (cf. sup.).
22 Notons que ce même "théorème de dichotomie" s'appliquait à l'exemple d'hystérique
discuté plus haut. De même, ce que fait apparaître l'exemple de fasciste, c'est aussi que
l'empan de métaphorisation est plus large en français qu'en allemand et sans doute
qu'en anglais, comme on l'a vu. Au reste, la volonté de "traduire la culture" prend ici un
sens particulier et pose un problème qu'il y aura lieu d'approfondir : c'est la langue elle-
même qui devient un élément de la culture, et donc un élément de la culture-source à
"traduire", c'est-à-dire qu'il conviendra de le surtraduire, en l'explicitant par une
parolisation, ou de le sous-traduire, voire de le non-traduire, en n'en faisant plus qu'un
résidu de la périlangue-source.
23 On pourra visualiser les aspects qui viennent d'être évoqués du théorème de
dichotomie par le schéma suivant :

II
24 Le programme de la traduction apparaît donc double : traduire les langues et traduire
les cultures.
25 Quand la langue elle-même devient un élément de la culture et qu'il s'agit de savoir si
le phénomène culturel connoté relève de la seule périlangue-source ou devra être
parolisé en langue-cible, ainsi qu'on vient de le voir, le problème posé n'est pas
seulement un problème cognitif : il requiert la subjectivité du traducteur non pas
seulement au niveau de l'interprétation du texte, mais aussi plus fondamentalement
encore peut-être en tant qu'il en appelle à l'arbitrage du traducteur. L'essentiel pour ce
dernier sera de prendre une décision : c'est là tout le sens de notre théorème de
dichotomie. Bien sûr, cette prise de décision se fera en fonction d'une analyse des
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différents paramètres du problème de traduction considéré et en fonction d'une


interprétation des priorités qui est déjà de l'ordre de la décision. Au reste, l'analyse de
ces différents paramètres n'est pas préalable à la prise de décision traductive, elle lui est
immanente : c'est la décision du traducteur qui fait apparaître quelle avait été son
analyse implicite.
26 Au demeurant, les problèmes de traduction que pose l'interférence entre langue et
culture trouvent à s'illustrer souvent, et bien au-delà d'exemples un peu aberrants
comme le détournement sémantique résultant d'une métaphorisation du vocabulaire de
la psychiatrie ou même de la politique. C'est notamment la règle quand le texte-source
est rédigé, partiellement ou totalement, dans une variante de la langue
systématiquement déviante par rapport à la norme. Comment convient-il de traduire ce
qui est rédigé en dialecte ou en créole ? Que faut-il faire si la langue du texte-source est
une langue archaïque, vieille de quelques siècles ? Nous nous contenterons d'avoir
indiqué ici au passage cette problématique des variantes diachroniques et, pour ainsi
dire, "diatopiques" de la langue dans les textes-source à traduire ; car elle appellerait à
elle seule une étude sui generis10.
27 Quoi qu'il en soit de ce qui se joue à la lisière de la langue et de la culture — et avant
de s'attaquer à ce type de problèmes spécifiques — "traduire la culture", ce sera le plus
souvent traduire la composante culturelle d'un texte-source. Quand la distance inter-
culturelle est grande, il est clair que cette importation est très difficile sinon impossible.
On en trouvera plusieurs exemples dans le présent volume. A ce niveau, c'est le concept
même de traduction qui fait problème et qu'on sera amené à redéfinir en fonction des
limites historiquement assignées aux structures d'accueil immanentes à la culture-cible
comme à la langue-cible.
28 Dans tous les cas, et quelle que puisse être la difficulté, le dernier mot revient à la
subjectivité du traducteur, à son interprétation et à sa décision. Prenons un exemple
trivial. Comment traduire en français le mot pancake ? Walter Benjamin remarquait
déjà que le Brot allemand n'est pas le même que le pain français (qu'il connaissait
bien). De même, un(e) pancake américain(e) n'est pas une crêpe bretonne, et encore
moins une "galette" (au sarrasin). Eh bien ! là encore, on devra appliquer le théorème
de dichotomie. Soit le traducteur décide, en fonction de sa lecture du texte, que la
spécificité culturelle américaine y est en l'occurrence inessentielle ; et alors il la
cantonne dans la périlangue-source ; et il traduira par dissimilation en français-cible
par crêpe. Soit il décide que le référent de cette spécificité culturelle américaine
participe de ce dont parle le texte, qu'elle contribue à lui donner sa couleur locale, sa
"saveur"... ; et alors il va la paroliser en traduisant par transparence, par le recours à
l'emprunt pan-cake en franglais-cible.
29 Le problème fondamental de savoir dans quelle mesure il conviendra de traduire le
non-dit (vide supra) relève lui aussi, de la subjectivité du traducteur et il y aura lieu d'y
appliquer le théorème de dichotomie. Mais il y a là deux ou trois problèmes imbriqués.
Il faut en effet faire la différence entre d'une part l'implicite culturel proprement dit et,
d'autre part, le non-dit : là encore, nous distinguerions le non-dit linguistique qui tient
au fait que les langues n'explicitent pas les mêmes aspects du réel global qu'elles ne
verbalisent nécessairement que sélectivement, et le non-dit discursif qui relève de la
statégie du locuteur (ou du scripteur).
30 Mais très vite, l'échéance de traduire la culture, au sens où il s'agit bien de l'implicite
culturel, débouche sur des clivages polémiques essentiels. En effet, on retrouve ici un
aspect de la question du littéralisme que nous avons thématisée dans les termes de
l'opposition entre ceux que nous appelons les sourciers et les ciblistes. Comme on sait
sans doute, les "sourciers" s'attachent au signifiant de la langue-source, alors que les
"ciblistes" prennent en compte non pas le signifiant, ni même le signifié, mais le sens
d'une parole (au sens saussurien), c'est-à-dire d'un discours ou d'un texte, d'une œuvre,
qu'il conviendra de traduire en mobilisant les ressources propres à la langue-cible11.
31 C'est là sans doute le problème fondamental de la traduction, qui au demeurant
traverse toute l'histoire de la réflexion sur la traduction ; et ce qui est en cause, c'est le
statut même de la littérature et de l'objet textuel. De fait, le dispositif de la traduction
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16.03.2023 00:45 Le prisme interculturel de la traduction

détermine en l'espèce le niveau socio-culturel dont relève le texte-source, de façon


paradoxalement rétrospective.
32 On a là encore une version inter-culturelle du théorème de dichotomie. Les sourciers
entendent mettre l'accent sur l'altérité culturelle du texte-source. Dans l'impossibilité
qu'ils sont de trouver des items-cible équivalents à l'idiosyncrasie de la culture-source,
ils vont paroliser la périlangue culturelle du texte original en même temps que la
langue elle-même dans laquelle il est rédigé. Ils vont dissimiler la spécificité culturelle
du texte-source, qui se voit du même coup reconnaître une importance décisive dans
l'économie du texte.
33 D'autres iront même jusqu'à poser le problème en termes éthiques, voire
idéologiques et politiques. Ainsi le regretté Antoine Berman instruisait-il le procès des
traductions ciblistes en les qualifiant de traductions "ethnocentriques" ; il y
diagnostiquait même une "espèce de narcissisme" et un fantasme de "pureté"
identitaire12. Quant à Henri Meschonnic, il ne craint pas de parler à ce propos de
linguistique colonialiste : les traductions ciblistes sont des "annexions" relevant, à l'en
croire, d'un projet occidental "européocentrique, logocentrique, colonialiste"13 et de son
"impérialisme culturel"... Contre cette "pratique 'annexionniste' de la traduction" —
comme dit encore H. Meschonnic — ce dernier pose que la traduction doit être un
"décentrement" culturel autant que linguistique, reprenant en cela une leçon de Louis
Massignon14. La "traduction-texte" (c'est-à-dire la bonne traduction, par opposition à ce
qui n'est à ses yeux que "traduction-introduction") sera dès lors un "rapport entre deux
cultures-langues"15 ou deux langues-cultures ; "ce qui rejoint l'ethnolinguistique",
comme il le reconnaît lui-même.
34 Disons-le d'emblée : nos propres analyses se situent à l'extrême opposé de cette
position. Nous en ferons donc la critique, sur trois ou quatre points fondamentaux qui,
dans l'esprit "prolégoménal" de la présente étude, ne pourront faire ici l'objet que d'une
indication programmatique.
35 D'une façon générale, nous plaidons pour ce que nous avons appelé les traductions
ciblistes. Reprenons les termes du théorème de dichotomie, pour faire apparaître le
squelette de l'argumentation qui sous-tend la logique de cette position. D'abord, il n'est
que trop évident qu'il n'y a pas d'équivalent direct du texte original, au sens d'une
identité totale du texte-cible au texte-source (To = Tt) avec prédation totale du sens,
mais aussi de la forme du texte original. Certes, il n'est pas moins clair que la traduction
est hantée par ce fantôme de l'identité ; mais il est encore plus certain qu'il y a là un
fantasme, sauf à imaginer que le traducteur répète le texte original et, donc, ne le
traduit pas !16 Le traducteur se retrouve donc confronté à une alternative ; et chacun
des deux termes de cette alternative l'oblige à prendre quelque distance par rapport au
texte-source, mais chacun de façon différente.
36 Une traduction sourcière, qui se veut littéraliste et qui prétend prendre en compte
essentiellement la langue-culture où s'insérait le texte-source, tend à réduire ce texte
original à n'être plus qu'un document-cible. On pourra même distinguer deux
variantes : selon que l'accent aura été mis sur le versant linguistique ou sur le versant
culturel de ce complexe ethnolinguistique de la langue-culture, il y aura eu
philologisation ou ethnologisation du texte-source, et éventuellement les deux.
Remarquons au passage qu'il n'est nullement assuré que le littéralisme soit la meilleure
façon de traduire la culture.
37 Surtout, l'objet de la traduction, ce n'est pas l'étrangeté culturelle et linguistique d'un
texte-source, mais sa singularité en tant qu'œuvre. Quoi qu'il en soit de sa spécificité
culturelle, l'enjeu d'un texte littéraire n'est pas culturel mais littéraire ; et l'enjeu d'un
texte philosophique n'est pas culturel mais philosophique, etc. A moins, évidemment,
qu'on ne veuille faire des traductions savantes de documents ; mais il est clair que, dans
ce cas, on a affaire à une modalité de la traduction qu'on pourra dire proprement
aberrante dans la mesure où elle se situe à la marge, puisque non seulement elle est très
minoritaire et n'intéresse qu'un public restreint, mais encore qu'elle est en fait à mi-
chemin de ce qu'est proprement une traduction et de ce qui est déjà une glose érudite.
En règle générale, on ne traduit pas des langues, ni des cultures, ni même des langues-
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16.03.2023 00:45 Le prisme interculturel de la traduction

cultures : on traduit des textes ! C'est pourquoi il faudra faire le choix d'une traduction
cibliste. Du texte-source, il faudra réussir à faire une œuvre-cible ; car la traduction
littéraire relève d'une esthétique littéraire de la traduction. Plus généralement : il
faudra prendre le risque de trouver une écriture seconde supposée être l'équivalent de
l'écriture première du texte original.
38 Il n'est pas vrai qu'on puisse jamais procéder autrement qu'en faisant fond sur les
ressources linguistiques et périlinguistiques, c'est-à-dire culturelles, de la langue-cible.
Prétendre le contraire est un pur fantasme : quand on croit "violer" la langue-cible, on
ne fait en réalité qu'y faire affleurer des possibles qui sommeillaient en elle17 ; et ce qui
est vrai de la langue l'est aussi de la culture. Cela dit, il faudra bien assumer la finitude
de toute traduction, qui ne peut se faire qu'au prix d'une irréductible marge d'entropie.
N'y a-t-il pas là une leçon philosophique, voire psychologique de sagesse ? Aussi ne
devra-t-on pas parler à ce propos de "traduction ethnocentrique" mais, dirons-nous, de
traduction ethnocentrée !
39 "Prétendant ne traduire que la langue, on a traduit la culture" : ainsi H. Meschonnic
critique-t-il la façon dont Eugene A. Nida a travaillé sur les traduction de la Bible. Au
lieu de cela, il veut que la traduction soit "la production et le produit d'un contact
culturel au niveau des structures mêmes de la langue"18. L'argumentation s'autorise de
ce concept de "culture-langue" (ou de langue-culture) auquel il a été fait référence. Or il
nous apparaît qu'un tel concept est spécieux et induit en erreur. Il fait partie de ces
concepts doubles, à trait d'union, qu'affectionne H. Meschonnic —et dont certains,
comme celui de "forme-sens", sont des signifiants certes fascinants mais nullement des
concepts, dans la mesure où le passage d'une langue à une autre qu'implique la
traduction en fait éclater le caractère contradictoire. De même, le "concept" de langue-
culture globalise deux instances qu'il s'agit de distinguer et d'articuler l'une à l'autre.
Certes, la langue fournit un paradigme précieux pour thématiser la culture dans le
contexte spécifique de la traduction et de la communication interculturelle19. Mais c'est
une régression intellectuelle ou épistémologique que de vouloir déconceptualiser la
langue et la culture en les fondant l'une avec l'autre pour en faire un pseudo-concept à
tout faire.
40 En réalité, il ne s'agit pas d'une entité globale totalisant la langue et la culture, mais
d'un couple articulant d'une part un état de langue déterminé et d'autre part des
éléments qu'y a sédimentés la socioculture. Précisons que nous entendons ici le terme
de "socioculture" au sens de ce que peut véhiculer la langue et qui va du social au
culturel, c'est-à-dire autant les pratiques sociales plus ou moins passagères d'une
époque que la culture qui tend à faire tradition. S'assigner pour tâche de traduire la
langue-culture dans sa totalité, ce peut être un mot d'ordre théorique, mais qui reste
précisément purement théorique ; car c'est un pari intenable dans la pratique
traduisante.
41 Sauf, encore une fois, à fantasmer l'identité imaginaire entre le texte-source et le
texte-cible, le traducteur sera toujours confronté à la nécessité d'opérer certains choix
en fonction de ce que peuvent accepter la langue-cible et la culture de ses locuteurs à
une époque donnée. Faute de quoi, la traduction ne fonctionne pas, elle n'est pas
comprise — si ce n'est par ceux qui connaissent déjà l'original, mais alors peut-on parler
vraiment de "traduction" dans ce cas ? C'est pourquoi nous préférons poser le problème
que pose l'obligation de traduire la culture non pas en l'élargissant aux dimensions
inassignables d'une langue-culture, mais dans les termes d'un couple d'opposition
articulant les concepts de périlangue et de parolisation, ce qui permettra de déterminer
les choix de traduction qui resteront à faire20.
42 Pour parler très généralement, ce qui est en cause, ce n'est pas un je-ne-sais-quel
statut ontologique du texte original — qui en ferait un texte originaire, comme
voudraient le penser certains traducteurs de la Bible, voire des philosophes allemands.
Les choix de traduction que ne cesse d'opérer le traducteur doivent avoir une certaine
cohérence stylistique et conceptuelle entre eux en fonction d'un projet de traduction21.
Ce dernier ressortit à la subjectivité décisionnelle du traducteur, informée par sa

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culture, sa connaissance des textes, mais aussi par la liberté (relative) d'interprétation à
laquelle il ne saurait échapper.
43 Nous voudrions maintenant conclure sur deux aperçus philosophiques, dans l'esprit
de ce que suggèrent déjà les éléments critiques qui viennent d'être indiqués — non sans
avoir d'abord proposé un second schéma figurant le sens qu'a pris le théorème de
dichotomie dans le contexte de l'opposition entre sourciers et ciblistes.

44 Au-delà de la critique proprement traductologique et méthodologique de la position


"sourcière" que nous faisons, il nous est apparu qu'il y avait un arrière-plan plus
profond à ces débats touchant la traduction. Il arrive en effet qu'ils prennent trop
souvent un tour polémique et violent pour qu'on ne soit pas fondé à supposer qu'il y a là
"quelque chose d'autre"(άλλο τι)22 qui est à l'œuvre. Sans argumenter plus avant, et
nous contentant de renvoyer encore une fois aux études que nous avons antérieurement
publiées sur le sujet, nous réaffirmons que la sacralisation du signifiant, dont procède la
position sourcière, manifeste la persistance de ce que nous avons appelé l'inconscient
théologique de la modernité, dont la violence est celle-là même qui accompagne le
retour du refoulé23.
45 A quoi vient s'ajouter le fait que l'agressivité tend à prendre à notre époque une forme
politique ou idéologique. C'est bien ce que confirme le procès instruit contre des
traductions prétendues "ethnocentriques" par Antoine Berman, qui en brocarde le "bon
goût français", et contre l'"impérialisme culturel" de l'Occident que veut y voir un Henri
Meschonnic (vide supra). Pour conclure provisoirement et laconiquement sur ce
dernier point, disons que nous y voyons un symptôme de la haine de soi qui nous
semble être une maladie de la culture occidentale de notre temps.
46 Par quoi l'on entrevoit que la traduction n'est pas seulement le bricolage d'une
écriture seconde, mais qu'elle se révèle être pour ainsi dire un dispositif philosophique
qui permet inopinément le retour réflexif d'une prise de conscience critique de la
modernité et des identités vacillantes qui sont maintenant les nôtres...

Notes
1 Il y aura lieu de revenir sur ce problème des exemples en traductologie, qu'au demeurant nous
avons abordé dans notre étude : "Sémantique et traduction". Actas del primer coloquio
internacional de traductología (2, 3, 4 de mayo de 1989), Universitat de València : 1991
(Quaderns de filología), p. 33 sq. — Compte tenu du caractère "prolégoménal", voire
sténographique, des pages qu'on va lire et pour éviter les redites, nous serons conduit à renvoyer
ici à plusieurs de nos publications antérieures — conformément aussi, à vrai dire, à une
(mauvaise ?) habitude de plus en plus répandue en sciences humaines...
2 Nous tenons que ce mode d'énonciation théorique fragmentée est celui qui convient
proprement au discours traductologique, ainsi que nous nous en sommes expliqué à maintes
reprises, cf. notamment J.-R. Ladmiral, Traduire : théorèmes pour la traduction, Paris : rééd.
Gallimard, 1994 (coll. "Tel", n° 246). Au reste, nous avons jugé bon de signaler au passage
quelques-uns de ces "théorèmes" en usant des italiques.
3 Cela dit, même une fois précisée ainsi la thématique abordée, il y aurait beaucoup à dire et
matière à plusieurs approches différentes. Aussi la présente étude ne recoupe-t-elle nullement
celle que nous avions publiée en son temps, en dépit de la similitude des intitulés : "L'Europe des
langues : traduction et communication interculturelle", in Psychologie Europe, Vol. II/N° 2, Déc.
1992-Janv.-Fév. 1993, pp. 25-34.

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4 Il s'agissait en l'occurrence de groupes franco-allemands — ce programme de recherche pluri-
annuel étant financé par l'OFAJ (Office franco-allemand pour la Jeunesse) — en attendant de
pouvoir travailler sur le binôme français-anglais, au Québec et avec l'aide de l'OFQJ... Nous avons
publié un premier état de ces recherches dans notre livre : J.-R. Ladmiral & E. M. Lipiansky, La
Communication interculturelle, Paris : Armand Colin, 1989 rééd. 1991 et 1995 (Bibliothèque
européenne des sciences de l'éducation).
5 Encore une fois, nous ne pouvons ici que renvoyer à la psychosociologie de la traduction que
nous avons thématisée in La Communication interculturelle, op. cit., pp. 21-76.
6 Cf. J.-R. Ladmiral, "Traducción y comunicación intercultural". Actas del I Simposio
international de traducción, Universidad de Las Palmas de Gran Canaria, 29 enero—1 febrero de
1990 (à paraître). Là encore, et toujours sous le même titre, il s'agit d'une communication
spécifique, définissant le profil de ces nouveaux professionnels dont aura de plus en plus besoin
l'Union européenne...
7 Cf. La Communication interculturelle, op. cit., p. 53.
8 Cf. notre étude sur "Le corps entre deux langues", in La Communication interculturelle, op.
cit., pp. 77-94.
9 Traduire : théorèmes pour la traduction, op. cit., pp. 61, 178 et passim. Nous reviendrons plus
systématiquement dans ce qui suit sur la problématique qui nous a conduit à produire ce concept
et sur le contexte traductologique où il prend son sens.
10 Nous en traitons thématiquement dans notre contribution aux Actes du colloque de Grenoble
sur la traduction littéraire (18-20 juin 1992), sous le titre : "Pour une esthétique de la traduction
littéraire" (à paraître).
11 Dans le cadre limité qui est le nôtre ici, nous ne pouvons que renvoyer à notre étude :
"Sourciers et ciblistes." Revue d'esthétique 12 (1986) : pp. 33-42.
12 A. Berman, L'Epreuve de l'étranger. Culture et traduction dans l'Allemagne romantique,
Paris : Gallimard, 1984 (coll. Les Essais), p. 16 et passim.
13 H. Meschonnic, Poétique de la traduction, in Pour la poétique II, Paris, Gallimard, 1973 (coll.
Le Chemin), p. 309.
14 Ibid., p. 411 et passim.
15 Ibid., p. 413.
16 Nous avons fait la critique de cette "utopie sourcière" de la traduction dans notre étude : "La
traduction proligère ? — Sur le statut des textes qu'on traduit". Meta. Journal des traducteurs
(Les Presses de l'Université de Montréal) mars 1990, p. 113 sq.
17 C'est la position que nous défendons dans nos deux études : "Sourciers et ciblistes", loc. cit., p.
39 sq. et "La langue violée". Palimpsestes 6 (1991), pp. 23-33.
18 Poétique de la traduction, in Pour la poétique II, op.cit., pp. 412 et 413.
19 Cf. La Communication interculturelle, op. cit., p. 75.
20 Cf. Traduire : théorèmes pour la traduction, op. cit., p. 178.
21 Cf. J.-R. Ladmiral, "La traduction : philosophie d'une pratique". Les Gens du passage, éd.
Christine Pagnoulle, Université de Liège : 1992 (L3 - Liège Language and Literature), p. 126 sqq.
C'est à A. Berman que l'on doit d'avoir thématisé le concept de "projet de traduction".
22 Cf. Platon, Le Banquet 192d.
23 Nous avons développé cette idée, dont n'est indiqué ici que le "sténogramme" pour ainsi dire,
dans les trois études suivantes : "La traduction proligère ? — Sur le statut des textes qu'on
traduit", loc. cit., pp. 102-118 et "Pour une théologie de la traduction". TTR. Traduction,
Terminologie, Rédaction. Etudes sur le texte et ses transformations (Concordia University,
Montréal) 2 (1990), pp. 121-138 ; ainsi que "Entre les lignes, entre les langues". Revue
d'esthétique 1 (1981), pp. 67-77.

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Pour citer cet article


Référence papier
Jean-René Ladmiral, « Le prisme interculturel de la traduction », Palimpsestes, 11 | 1998, 15-30.

Référence électronique
Jean-René Ladmiral, « Le prisme interculturel de la traduction », Palimpsestes [En ligne],
11 | 1998, mis en ligne le 01 janvier 1998, consulté le 15 mars 2023. URL :
http://journals.openedition.org/palimpsestes/1525 ; DOI :
https://doi.org/10.4000/palimpsestes.1525

Cet article est cité par


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10.1590/01031813v61n120228667725

Auteur
Jean-René Ladmiral
Jean-René LADMIRAL est philosophe, linguiste et germaniste. Maître de conférences à
l'Université Paris X-Nanterre, il enseigne la philosophie allemande et la traductologie, et il dirige
le CERT (Centre d'études et de recherches en traduction). Il a traduit les philosophes allemands :
Jürgen Habermas et l'Ecole de Francfort, mais aussi Kant, Nietzsche, etc. Sa première
traduction était de l'anglais : Crisis of Psychoanalysis d'Erich Fromm. Outre ses travaux sur la
philosophie allemande et la didactique des langues, ses recherches ont porté principalement sur
la traduction. Il a publié de nombreux articles et dirigé plusieurs numéros spéciaux de revues
(Langages n° 28 & n° 76, Langue française n° 51, Revue d'esthétique n° 12, etc.), ainsi que deux
ouvrages : Traduire : théorèmes pour la traduction (rééd. 1994) et, en collaboration avec Edmond
Marc Lipiansky, La Communication interculturelle (1989, rééd. 1991 & 1995).
CERT (Centre d'études et de recherches en traduction) - Université Paris X-Nanterre 200,
avenue de la République - 92001 NANTERRE CEDEX

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