Histoire de La Medecine 2018
Histoire de La Medecine 2018
FACULTE DE MEDECINE
2018-2019
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DESCRIPTIF DU COURS D’HISTOIRE DE LA MEDECINE
Enseignant : CT Dr BWANA KANGULU Ignace
Formation : Docteur en Médecine (UNILU, 2008), Spécialiste en Gynécologie et
Obstétrique (UNILU, 2018)
Objectifs
D’une manière générale, ce cours vise à donner aux étudiants des notions sur
l’évolution de l’histoire de la médecine que nous pratiquons aujourd’hui. Il va s’agir
donc de répondre aux questions suivantes : la médecine actuelle vient d’où ?, elle est
passée par où ? Elle est où ?).
De manière spécifique, l’étudiant devra avoir à la fin de ce cours les notions sur :
- La paléo médecine
- la médecine primitive magique
- la médecine archaïque
- La médecine grecque hippocratique
- La médecine du moyen âge européen
- L’humanisme et médecine
- La médecine moderne
- La médecine post-moderne
Contenus
Introduction
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Chapitre IX. La médecine post moderne
Méthodes d'enseignement
Enseignement de type magistral
Matériels d'apprentissage
Pour que l’étudiant maitrise le cours, un syllabus gratuit renfermant des notions
essentielles sera mis à sa disposition dès le début du cours.
Evaluation
Pour évaluer les performances de l’étudiant, des travaux pratiques et une interrogation
seront cotés sur 10. Un examen sur toutes les matières apprises sera coté de même sur
10 points. Dans l’ensemble, une cote sur 20 y ressortira à la fin de l’année
académique. Qu’il s’agisse de l’interrogation ou de l’examen, les questions seront de
type choix multiple (QCM).
Informations additionnelles, contacts
- Contacts : +243993625828, +243818322220,
- E-mail : [email protected]
- Pour des questions concernant le cours, les étudiants peuvent me rencontrer
chaque samedi de 12h00 à 14hOO sur rendez-vous à mon bureau aux Cliniques
Universitaires de Kamina
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INTRODUCTION
Toute science doit être située dans son contexte historique. Aucune
science ne peut être coupée de ses liens avec le passé.
Le présent cours pour un étudiant en médecine trouve son intérêt en deux faits :
Dans les lignes qui suivent, il sera question de donner d’une manière brève le cheminement de
l’histoire de la médecine.
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CHAPITRE I : PALEO PATHOLOGIE ET LA PALEO MEDECINE
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Parfois des tissus mous sont trouvés (momies, hommes des tourbières,
cadavres de l’âge de la pierre conservés dans un glacier: “Oetzi”). Ils peuvent être réhydratés,
radiographiés, soumis à la datation au carbone 14, isotope radioactif du carbone, et étudiés au
microscope électronique. Les viscères peuvent être examinés, ainsi que les protéines qui les
constituent; on peut même fixer ainsi le groupe sanguin ou tissulaire de personnes mortes
depuis plusieurs milliers d’années.
L'ADN peut être préservé dans des tissus mous (restes momifiés ou congelés) et des tissus
durs (os et dents).
L’étude de représentations artistiques de l’Homme préhistorique :
Citons les statuettes féminines telle la Vénus de Willendorf ou les
peintures rupestres représentant l’Homme préhistorique.
L’étude de l’habitat préhistorique:
L’étude de l’habitat préhistorique éclaire en partie les modes de
nutrition grâce à:
• la palynologie ou étude des pollens qui met en évidence les éventuelles plantes alimentaires;
• l’étude des déjections humaines minéralisées (coprolithes) qui fournit des indications
supplémentaires sur la composition de l’alimentation (présence de graines ou de noyaux de
plantes alimentaires, d’osselets ou de fragments d’os provenant des animaux ingérés);
• l’étude des ossements ou des coquillages d’animaux éparpillés autour des âtres ou
accumulés dans les “dépotoirs” préhistoriques.
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On hésite encore davantage à se prononcer sur les trépanations du
crâne, partiellement cicatrisées dans le cours de la vie de l’individu. Traumatismes
accidentels ou blessures délibérées?
Avaient-elles une signification religieuse, un but magique, ou plutôt un but thérapeutique
mécanique remédiant à un enfoncement de l’os, à une maladie nerveuse comme l’épilepsie ou
une paralysie? Dans ce cas, on pourrait supposer que l’Homme préhistorique attribuait déjà au
cerveau l’origine de la paralysie. Visaient-elles à amender des troubles mentaux, ce qui
permettrait de conclure que l’on mettait dans le crâne l’origine des comportements anormaux?
La question restera probablement sans réponse.
Mais on exhume des crânes trépanés dans le monde entier et jusqu’à l’époque récente des
Celtes. De nombreux musées en conservent des exemplaires. Les scientifiques émettent un
certain nombre d’hypothèses pour expliquer ces trépanations qui se pratiquent encore dans
diverses ethnies d’Afrique noire.
Elle fait appel à des forces occultes (invisibles pour l'homme : dieux, démons, êtres
surnaturels) pour expliquer les phénomènes de la vie courante, comme la souffrance et la
maladie
Principaux aspects
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L'homme primitif a une mentalité différente de la nôtre, puisqu'elle ne se limite pas au monde
rationnel. Son domaine de pensée est le « surnaturel », celui des bons et mauvais esprits
(mode de pensée dichotomique, qui ne laisse guère place aux nuances), des démons, des
tabous, des fantômes, etc. Elle personnifie les phénomènes, c'est à dire qu'elle les considère
comme des expressions des puissances humaines ou para humaines. Les aspects principaux de
la médecine magique sont, comme pour la médecine moderne :
- l'étiologie,
- le diagnostic,
- le traitement curatif et
- la prophylaxie.
L’étiologie
a) l'attaque par un mauvais esprit qui veut lui nuire ou se venger, parce qu'il l'a offensé,
volontairement ou involontairement. Comme la maladie provoque malaise et douleur, pour
lui, elle ne peut que provenir des êtres malfaisants, qui sont à l'origine de tous les maux.
b) l'offense des ancêtres qui envoient les mauvais esprits pour se venger,
c) des pratiques magiques faites par des personnes vivantes, pour nuire à quelqu'un.
d) la violation des tabous : les hommes primitifs se soumettent aux croyances et à leurs
exigences parfois très contraignantes, comme si cela allait de soi (malgré les souffrances que
cela les fait endurer), convaincus que toute transgression sera sévèrement punie.
Les diagnostics
Le traitement
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a) Entrer en contact avec les forces malfaisantes pour apprendre d'elles ce qui s'est passée et
ce qu'il faut faire.
Dans le cas d'une violation d'un tabou, le premier pas vers la guérison sera d'obtenir l'aveu du
patient. Pour entrer en contact avec les puissances cachées et leur demander conseil, le
guérisseur entre dans un état de « transe ». Pour cela, il a recours à divers moyens :
consommer des narcotiques (alcool, drogues, etc.), jeûner, s'infliger des douleurs, etc.
Inversement, il arrive aussi que les mauvais esprits s'emparent du guérisseur, pour faire
savoir par sa bouche, ce qui est arrivé au patient. Le combat contre « les puissances du mal »
implique le patient lui-même mais aussi le guérisseur, la famille et même les animaux
domestiques. Le guérisseur agit, non pas comme personnalité autonome, mais comme
incarnation et intermédiaire du pouvoir curatif de toute la tribu. Le patient, lui, ne se présente
pas au guérisseur en tant que cas isolé, mais comme « membre d'une communauté malade de
lui ». On dit que le processus thérapeutique en médecine primitive est « supra individuel ».
b) le transfert du démon sur un animal ou un objet, qui servira de « bouc émissaire », qui sera
sacrifié et détruit et jeté le plus loin possible. Par ce rite, le primitif croit avoir banni la
maladie du territoire de la tribu. On faisait aussi des offrandes, des sacrifices et des
incantations.
c) la « succion » faite par le guérisseur, au niveau de l'organe malade, qui sera suivi du
crachat d'une pierre, qu'il avait mis auparavant dans sa bouche. Ce crachat symbolise
l'extirpation du mal et la réussite de l'opération. En effet, la symbolisation joue un rôle très
important en médecine primitive et même actuellement, puisqu'il a été démontré que « la
plupart des êtres humains ont un fort penchant à prendre l'apparence pour la réalité ».
Sont aussi pratiquées pour éliminer les corps étrangers. En cas d'échec ou si malgré tous ces
remèdes la mort survient, les explications et les justifications ne manquent pas : « les esprits
maléfiques ont été plus forts que le guérisseur », « le malade ou l'entourage n'ont pas fait le
demandé comme il faut », etc.
La prévention
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Causes de succès de la médecine primitive
- L'efficacité objective de nombreux de ces procédés comme la saignée, les vomitifs, la
trépanation, etc.
- La maîtrise de l'art extrêmement puissant de la « suggestion » qui a été longtemps
négligé par la médecine moderne. Suggestionner revient à influencer le sujet en lui
suggérant des idées, des sentiments ou des images mentales, pour obtenir des réactions
physiques ou psychiques particulières. Même dans la médecine moderne, un grand
nombre de médicaments agit plus par son effet « placebo » que par son principe actif.
On pense que les suggestions peuvent libérer les forces, aussi bien négatives que
positives, qui sommeillent en chacun de nous, mais qui ont été atrophiées parce que
nous les avons longtemps ignorées. Ainsi, certains chamans peuvent, par la seule force
des suggestions, guérir des maladies graves ou rendre malades des bien-portants. Les
suggestions répondent des fois à certaines règles « pseudologiques » comme :
- La règle des similitudes (guérir la jaunisse ou ictère par des produits de couleur jaune
comme le safrane, la rougeole par le port de vêtements rouges, les maux des reins par
les fèves, etc.)
- La règle de proximité (agir sur quelqu'un à travers ses vêtements, des morceaux de ses
ongles ou cheveux, son image, sa statue, etc.)
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Chapitre II : LA MEDECINE ARCHAIQUE
Elle concerne l'Egypte ancienne, la Mésopotamie et la Grèce des premiers âges, mais aussi
l'Inde, la Chine et l'ancienne Amérique (Pérou, Mexique). Nous n'allons pas traiter chacune de
ces civilisations à part, mais au contraire, nous allons chercher ce qui est commun à ce stade
du développement de l'esprit humain et à ses caractéristiques, dominées essentiellement par la
coexistence de la raison et de la magie, qui s'influençaient mutuellement (ce n'est pas par
hasard qu'elle coïncide avec l'ère des grands empires orientaux).
- Le désir de s'élever et d'améliorer son existence, qui est profondément enraciné dans
la nature humaine, et qui fait qu' « on n'arrête pas le progrès ».
- Les modifications des conditions de vie humaine, à la période archaïque par rapport à
la période primitive. Le mode de vie rural et nomade cède de plus en plus place à la
vie urbaine avec des structures sociales différenciées, une économie fondée sur la
division du travail, des échanges commerciaux, la propriété privée et la monnaie. Dans
les maisons, le citadin vit plus en sécurité que dans les grottes ou sous les tentes et
avec une religion bien définie et structurée, la violation des tabous devient moins
terrifiante. Cela favorise l'apparition d'un sentiment nouveau, celui de la liberté
individuelle, qui va rompre pour la première fois le charme de la magie et favoriser la
libération des esprits.
- L'apparition de l'écriture, qui va permettre de mieux fixer les idées de chacun et
surtout de pouvoir transmettre le savoir d'une génération à une autre et d'une
civilisation à une autre. Pour la médecine, les acquis cliniques et thérapeutiques
peuvent être conservées et répandus. Le caractère mystérieux de la médecine s'atténue,
grâce à sa démythification.
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Pendant la longue période de la médecine archaïque, les innovations
suivantes ont vu le jour :
- Apparition de l'observation clinique : le malade est désormais pris pour un « cas particulier
», qui va être l'objet d'observation clinique minutieuse, en cherchant à relever les différents
signes cliniques qu'il présente et en les comparant avec ceux d'autres patients ou avec la partie
non malade du corps. Le soignant cherche aussi à distinguer les troubles qui touchent un
même organe ou un même système. Ainsi, pour les voies urinaires, les médecins de l'Egypte
ancienne distinguaient nettement entre rétention urinaire, incontinence, hématurie, mictions
douloureuses, etc. et prescrivaient une thérapeutique particulière pour chaque cas.
- Recherche de relation causale par les essais de systématisation des observations cliniques :
la maladie n'est plus attribuée à quelque influence magique, mais à des troubles pathologiques
objectifs. Les représentations magiques sont dépassées et on ne voit plus apparaître de
démons comme étiologie. Les essais d'explication sont souvent faux (vu les connaissances
limitées de l'époque) mais sont rationnels, même si elle va avoir le plus souvent recours aux «
spéculations » (exemple : le contact avec le lézard donne la lèpre, manger des pattes crues
crée des vers dans les selles, etc.)
- La thérapeutique devient rationnelle : elle sera basée sur des remèdes pharmacologiques ou
chirurgicaux très variés, qui sont rationnels et dénués de sens magique
- La prophylaxie est basée sur des règles d'hygiène de vie (lavage des mains, des lits et des
ustensiles de ménage) et d'hygiène publique (système de canalisation, égouts, salles d'eau,
etc.)
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- Le médecin n'est plus quelqu'un de mystérieux ou marginalisé mais un homme honoré et
apprécié par ses concitoyens. Il sera jugé selon ses actions : s'il avait de bonnes connaissances
et la main heureuse, il acquiert notoriété et pouvoir. Il ne devrait pas traiter les cas désespérés.
Les fautes professionnelles étaient souvent lourdement sanctionnées.
C. Principales civilisations
1. La Mésopotamie
La maladie était considérée comme une malédiction divine, qui touchait ceux qui n'ont pas
obéit au code moral et les premiers médecins babyloniens ont été des prêtres, dont le rôle était
de découvrir la faute commise et d'en obtenir l'expiation. Ils attribuaient les maladies internes
et les troubles mentaux à des causes :
Astrologiques : les babyloniens croyaient que les astres étaient divins et doués d'une
intelligence suprême et qu'ils commandaient le cycle menstruel (surtout la lune) et l'évolution
de certaines maladies. Le mot « influenza » (qui signifie actuellement la grippe), vient de la
croyance qu'elle était due à l'influence des astres sur l'homme.
Des oracles : (verdict prophétique énoncé par une divinité à l'adresse de ceux qui la
consultent).
2. L'Egypte Ancienne
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surnaturelles était si grand que lorsque les guérisons étaient obtenues, on les attribuait au saint
protecteur du temple.
3. Les Hébreux
Ont été très influencé par leurs voisins égyptiens et babyloniens, mais
ce qui caractérise leur médecine, c'est la croyance qu'un seul dieu est source de la santé et de
la maladie. La guérison était par conséquent, un attribut de la divinité et la maladie une
punition de l'homme, pour ses péchés. Le dieu unique était à la fois source de la santé, de tous
les maux et de leur guérison.
4. L'Extrême orient
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• Asklépios en latin Esculape, fils d’Apollon et de la nymphe
Coronis, a été l’élève de Chiron qui lui a appris à soigner les malades “par la parole, les
simples (médicament qui n’a subi aucune préparation pharmaceutique, ou qui ne contient
qu’une seule substance) et le couteau”.
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À partir du 7e siècle av. J.-C., le culte d’Asklépios s’étend en Grèce.
Des sanctuaires dédiés à Asklépios, les asklépiéions, surgissent un peu partout, dans la
péninsule et les îles, tout aussi bien qu’en Asie Mineure. L’un des plus prestigieux a été celui
d’Épidaure; l’un des mieux conservés est celui de Cos.
Le traitement était payant. En signe de reconnaissance, le malade guéri offrait souvent au dieu
un ex-voto représentant l’organe ou le membre malade. Les prêtres gravaient sur de grandes
stèles ou des plaques en pierre le compte rendu des guérisons particulièrement miraculeuses.
Le culte d’Asklépios n’est pas sans rappeler celui d’Imhotep. Asklépios est en fait la version
grecque d’Imhotep!
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Le serpent apparaît de même dans l’emblème des pharmaciens. Là il s’enroule autour d’un
vase (la coupe d’Hygie). Par analogie avec les médecins cet emblème est le “caducée” des
pharmaciens.
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CHAPITRE IV. LA MEDECINE GRECQUE HIPPOCRATIQUE
Hippocrate est né vers 460 dans l’île de Cos (Kos), proche des côtes
d’Asie Mineure et où existait un asklépiéion. Sa biographie est assez imprécise, souvent
influencée par la légende.
Hippocrate apprend la médecine auprès de son père Héraclide qui est médecin et prétend
comme tant d’autres descendre d’Asklépios. Le jeune Hippocrate complète son instruction
sans doute aussi en étudiant les cas des malades traités dans l’asclépéion de son île natale. À
l’âge de vingt ans, Hippocrate quitte l’île de Cos et parcourt la Grèce comme “périodeute”,
médecin voyageur. Il séjourne peut-être en Égypte et en Scythie, certainement en Asie
Mineure. Puis, il retourne dans l’île de Cos où il enseigne la médecine sous un platane, selon
la légende et il y écrit des ouvrages de médecine. Plus tard, il reprend ses voyages. Il est mort
vers 370 à Larissa, en Thessalie.
- Nature ou « physis »,
- D'ordre naturel ou « cosmos »
- Et de loi naturelle ou « nomos »
Ces notions ont créé les conditions nécessaires à l'élaboration scientifique. C'est grâce à ces
scientifiques qu'on a commencé à reconnaître la réalité de l'univers et la constance des
phénomènes naturels ; alors qu'avant, la nature était appréhendée comme un rêve, aussi
imprévisible et capricieux que le monde de la magie et donc, impossible de fonder des
théories sur elle. Hippocrate a reporté ces notions sur l'homme sain et malade. Il a emprunté
aussi le raisonnement analogique et quelques dogmes typiquement coaques, à sa pratique
médicale. Ainsi, aux « quatre éléments fondamentaux de la nature » d'Empédocle (air, eau,
feu et terre) correspond « les quatre humeurs hippocratiques » :
Tout excès de production de l'une de ces sécrétions entraîne une rupture de l'équilibre
fondamental ce qui est susceptible d'entraîner une maladie. Cette rupture de l'équilibre peut
être la conséquence de facteurs intrinsèque (congénital, racial, constitutionnel, etc.) ou
extrinsèque (environnement, atmosphère, alimentation, mode de vie, etc.). La guérison ne
peut être obtenue que par l'élimination de l'excès d'humeur, par les médicaments (capables de
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déplacer l'humeur et de la faire revenir à sa place d'origine) ou l'excision (pour faire sortir
l'humeur en trop)
B. La pathologie hippocratique
- Le sanguin (impulsif, agressif) : qui est conçu comme le résultat d'un excès du sang,
par rapport aux autres humeurs
- Le flegmatique (impassible, imperturbable) : en rapport avec un excès de flegme
- Le colérique (coléreux, irritable et susceptible) en rapport avec un excès de bile jaune
- Le mélancolique (triste, déprimé) : en rapport avec une prépondérance de la bile noire,
par rapport aux autres humeurs.
Le tempérament « sanguin » n'aura pas les mêmes maladies que le flegmatique ; celles du
colérique évolueront autrement que celles du mélancolique. La maladie était considérée
comme due à un déséquilibre des humeurs à une rupture de leur harmonie. Exemple : devant
un abcès, il se forme un écoulement (ou catarrhe), qui est le pus et qui était considéré comme
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humeur viciée spécifique. Cet écoulement est au début abondant, puis se raréfie et s'épaissie
lorsque l'évolution est favorable. Il faut le faire sortir du corps, pour que le patient guérisse et
l'équilibre des humeurs revient. Pour le médecin hippocratique, le moral entre aussi en compte
: « celui qui veut guérir se rétablit plus vite que celui qui perd tout espoir ». Le médecin
coaque est particulièrement attentif à l'entité, qu'il cerne avec une grande sûreté. Si un
symptôme manque ou paraît inhabituel, il enregistre immédiatement cette anomalie. La même
chose est faite en cas d'anomalie dans l'évolution clinique. Donc, la médecine hippocratique
est la première doctrine positive de la maladie. Elle s'est déroutée résolument de l'impasse
spéculative pour insister sur « la phénoménologie clinique » (en grec, phainomenon = ce qui
apparaît). Pour chaque phénomène, le médecin coaque cherchera ce qu'il y a de général,
d'universellement valable, donc, le principe, la loi ou la norme.
C. La clinique hippocratique
2. puis regarde si ce dernier a le « faciès hippocratique » (le visage de la mort) ou non. S'il le
retrouve, il sait qu'il est en présence d'un agonisant. Il ne l'abandonnera pas, mais préviendra
aussitôt l'entourage pour éviter les reproches par la suite.
3. Le médecin s'approche lentement du malade et tente de se faire une idée plus exacte sur son
état : est-il calme ou agité, inerte ou gesticulant, cohérent ou délirant, etc.
4. Puis, le médecin s'installe à côté du lit et interroge le malade, quand celui-ci est conscient :
c'est « l'anamnèse » : a-t-il fait un repas copieux ou s'est-il trop fatigué avant que sa maladie
se déclare ? etc.
5. Puis le corps du malade est dénudé et examiné avec soin, et les signes cliniques recherchés
par palpation.
6. Enfin, le praticien scrute les selles, les urines, les vomissements et les expectorations.
Toutes les visites suivent ce schéma, qui doit aider le clinicien à se rendre compte du genre de
la maladie et de l'état du patient.
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Le clinicien doit suivre l'évolution du patient de près et si elle s'annonce défavorable, il
prescrira au patient de manger peu ou pas du tout, afin de ne pas aggraver son état par les
fatigues de l'indigestion.
D. La thérapeutique hippocratique
Une édition complète des textes éparpillés dans les bibliothèques du monde a été réalisée au
19e s par Littré. Elle comprend une soixantaine d’écrits, dont:
• Des airs, des eaux et des lieux. [une sorte de traité antique d’écologie humaine]
• De l’art.
• Des fractures.
• Des articulations.
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F. Le serment d’hippocrate
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CHAPITRE V. LA MEDECINE BYZANTINE
En 395, Théodose (379-395) partage avant de mourir l’Empire romain
entre ses deux fils. L’aîné (Arcadius) régnera sur l’Orient avec Constantinople (Byzance)
comme capitale. Le cadet (Honorius) régnera sur l’Occident.
L’Empire d’Occident s’effondra bientôt sous les coups des invasions barbares du Ve siècle
(Wisigoths, Vandales, Huns, etc.); il disparaîtra en l’an 476 où le dernier empereur établi à
Ravenne sera déposé. L’empire d’Orient durera jusqu’en 1453, année de la prise de
Constantinople par les Turcs.
La période byzantine s'étend sur de nombreux siècles : depuis la fondation de Byzance vers
330 par l'empereur Constantin jusqu'à sa prise par les Turcs, en 1453. Elle a été modelée par
deux forces : « Rome » et le « christianisme ». Sa plus grande caractéristique a été l'apparition
du christianisme, qui va modifier radicalement la vie politique et culturelle et surtout le mode
de vie de l'homme. Ainsi, grecs et romains, qui étaient centrés sur eux-mêmes et sur leur
environnement, vont devenir des chrétiens, tournés vers leur prochain et préoccupés par l'au-
delà.
• Oribase de Pergame (env. 325-400), médecin grec qui, après la chute de l’Empire, a fui
Rome pour se réfugier à Constantinople. Il est l’auteur d’une monumentale encyclopédie
médicale qui par son envergure a dépassé le Corpus hippocratique et les traités de Galien.
• Paul d’Égine (env. 600-650), auteur d’un Abrégé de médecine en sept livres, œuvre
intéressante surtout par sa partie chirurgicale. L’auteur y décrit des techniques précises
comme la trachéotomie, l’ablation des ganglions, l’ablation de tumeurs superficielles, etc.
1. La rédaction de manuels en plusieurs volumes, dans lesquels sont présentées, dans l'ordre,
les connaissances. En cela, ils se sont inspirés de « l'esprit d'organisation romain ».
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2. L'introduction des soins infirmiers dans les hôpitaux, pour aider ceux qui souffrent. Les
premières infirmières de l'histoire ont été des « sœurs en Chrétienté ». Il y avait aussi des «
frères », dans le même sens. Si Hippocrate se considérait au service de l'art médical, le
praticien byzantin, miséricordieux de l'ère chrétienne, a été le premier à se mettre au service
de ses patients, par obligation religieuse et bienfaisance envers ses frères de religion.
3. Les romains ont apporté aussi de grands progrès pour l'hygiène publique : ils ont asséché
les marées, construit des aqueducs et des égouts, des thermes monumentaux (bassins publics)
où des centaines de personnes peuvent se baigner en même temps, etc.
4. Les premiers moines chrétiens, se réfugient dans la solitude, vivent en ascète et pour gagner
leur vie, certains d'entre eux copiaient des manuscrits, ce qui a permis de sauvegarder les
manuscrits helléniques, mais aussi d'introduire la médecine, les sciences naturelles et la
philosophie de la Grèce ancienne dans d'autres pays et d'autres continents, à travers les
croisades.
5. Le byzantin contourne le corps humain pour s'intéresser à l'âme et au spirituel, ce qui est
typique du christianisme oriental.
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Au 8e siècle, le calife Haroun-al-Raschid fonde Bagdad, sur le Tigre,
et en fait la capitale de son empire. Il y construit des hôpitaux, des écoles et une grande
bibliothèque. Le calife fait rassembler dans cette bibliothèque tous les manuscrits grecs qu’on
peut trouver. Il charge les Juifs de les traduire en arabe. L’œuvre d’Hippocrate et de Galien a
ainsi survécu. Galien est particulièrement apprécié par les Arabes. Par l’intermédiaire de
traductions d’arabe en latin son œuvre gagnera peu à peu, du XIIe au XVe siècle, l’Europe
occidentale. Trois siècles environ après la fondation de Constantinople, le flambeau de la
science grecque est repris par les Arables et le Levant islamique, qui ont été les héritiers de la
science de l'Occident grec. L'Europe médiévale n'a pas reçu la philosophie grecque
directement, mais indirectement, par l'intermédiaire des savants musulmans (syriens, perses et
arabes). Il en va de même pour les sciences naturelles et la médecine hippocratico-galénique.
L'essor de l'Islam coïncide avec la « période sombre » de Byzance et ses troubles politiques
aussi bien que religieux. On considère l'irruption de l'Islam comme le véritable tournant de
l'histoire mondiale, entre l'Antiquité et le Moyen Age, en médecine aussi. Les médecins et
philosophes musulmans ont réussi à gérer avec intelligence le vaste patrimoine intellectuel
gréco-romain et à faire une œuvre novatrice.
AVICENNE (IBN SINA) : surnommé le « Prince des médecins », auteur de 150 livres,
dont le célèbre « Canon de la médecine », qui était considéré comme l'ouvrage médical de
référence, jusqu'au XVII siècle.
MOÏSE MAIMONIDE, qui a écrit des textes sur l'hygiène, les régimes et les premiers soins
AVENZOAR de Séville (IBNU ZOHR), auteur de « Taysir », dans lequel il a décrit la gale,
les épanchements péricardiques, l'épilepsie et la trachéotomie. Il a eu aussi l'idée de
l'alimentation artificielle par sonde œsophagienne.
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AVERROES de Cordoue (IBNU ROCHD), auteur de « Kollyat » ou le Colliget. Il s'est
intéressé à l'obstétrique, à l'ophtalmologie et à l'épidémiologie
HUNAYN IBN ISHAQ, qui est l'auteur du plus ancien traité d'ophtalmologie « Anatomie
de l'œil, ses maladies et ses traitements », qui fut plagié par Constantin l'Africain.
IBN ANAFIS, qui a donné une description précise de la petite circulation pulmonaire.
1. La première phase se caractérise par un phénomène que l'on a très justement appelé une «
fièvre de traduction » : les Arabes, successeurs immédiats du prophète, s'efforçaient déjà avec
une largeur de vue digne d'admiration, de s'approprier la culture des pays conquis par eux.
Dans le domaine de la médecine, il n'y a pas de moyen plus efficace que la traduction. Par ce
procédé, le patrimoine classique de l'Antiquité a été transféré dans une autre zone culturelle.
Les arabes ne tardent pas à créer leurs propres centres de traduction à Damas et Bagdad. Vers
900, toute la médecine hippocratique, galénique et byzantine est accessible en langue arabe.
Les noms de certains traducteurs sont parvenus jusqu'à nous, comme celui du nestorien
Hunain Ibn Ishaq (809-873), qui traduit des centaines de manuscrits médicaux avec une
méticuleuse précision. Des siècles plus tard, les écrits arabes seront traduits dans le latin de la
scolastique. L'Occident a découvert la médecine de l'Antiquité dans des textes qui avaient
presque tous ce « périple linguistique » derrière eux : grec–arabe–latin.
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réalisant ainsi de véritables institutions. Et celui d'Avicenne a été non seulement la Bible des
Arabes et des scolastiques, mais treize fois réimprimée au XVIe siècle, à l'époque de
Paracelse et de Vésale. La dernière édition complète en latin a paru en 1608 ! Cependant, les
médecins arabes ne se bornent pas seulement à reprendre, à tirer et à classer (ou à commenter)
des matériaux anciens. Ils observent et cherchent eux-mêmes. De nombreuses choses sont
révisées, d'autres discernées et accomplies pour la première fois. Cette nouvelle vague de
recherches est soutenue par le développement du « système hospitalier» arabe. Le médecin n'y
joue pas un rôle secondaire, comme dans les établissements médiévaux, il en est au contraire
le directeur responsable. Les patients sont régulièrement visités, les malades mentaux sont
soignés dignement dans des services spéciaux. Les hôpitaux disposent de pharmacies et de
bibliothèques à eux. Razi découvre deux nouvelles maladies : la variole et la rougeole, les
décrivant selon le modèle des Epidémies hippocratiques. Il sait beaucoup de choses, dont le
maître de Cos ne se doutait même pas. Comme les affections des yeux étaient parmi les plus
répandues dans les pays arabes, il n'est pas surprenant que nous constatons précisément dans
ce domaine de nouvelles connaissances physiologiques, de nouveaux diagnostics et
traitements. Et Razi a été le premier à décrire la réaction de la pupille à la lumière. La
pharmacie prend un nouvel essor. Les médicaments affluent des contrés les plus diverses. Le
camphre et le seigle ergoté de nos pharmacopées sont des remèdes d'origine arabe. De
nouveaux procédés chimiques sont mis au point pour préparer les drogues : distillation,
sublimation, cristallisation. Enfin, un changement fondamental intervient dans le traitement
des malades mentaux. Bien loin d'être considérés comme des possédés, ils sont soignés avec
gentillesse et attention dans des services à part. Parmi les actes psychothérapiques, figurent la
danse, la musique et le théâtre, pour distraire l'esprit malade.
- Averroès né dans le califat espagnol de Cordoue, rédige entre autres « le Livre de Tous », ou
« Colliger ».
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- Ibn Abi Uçaibia (1203-1273), traite de la vie et des œuvres de médecins syriens, arabes et
indiens.
- Abd Al-Latif (1162-1231, Syrie, le Caire), médecin, naturaliste et philosophe, corrige les
erreurs de Galien en anatomie humaine, grâce à ses propres observations. Il montre que notre
maxillaire inférieur doit être considéré comme un os unique (il était conçu avant comme
formé de deux os, ancrés au menton). Il a distingué aussi nettement l'observation objective de
la spéculation galénique, affirmant avec audace que les preuves reposant sur le témoignage de
nos propres sens sont supérieures à celles qui n'ont que l'autorité comme base.
- Ibn An-Nafis (1210-1288, Damas, le Caire), qui a été le premier, trois siècles avant Michel
Servet et les anatomistes de la Renaissance, à décrire « la petite circulation du sang », au
cours d'un commentaire sur l'anatomie du Canon d'Avicenne. Pour lui, Galien, extrêmement
loué, n'est pas reconnu comme une autorité infaillible ; il réfute en effet le dogme galénique
selon lequel les deux ventricules du cœur communiquent par de nombreuses ouvertures. « Au
contraire, écrit-il, la cloison est épaisse et étanche ». Il en arrive à conclure que le sang ne peut
passer du ventricule droit au gauche qu'après avoir fait un détour par les poumons, qu'il s'y
purifie et s'y charge d'air frais. Il s'insurge aussi contre l'opinion d'Avicenne, qui prétendait
que le cœur était nourri par le sang du ventricule droit. Il est arrivé à la conclusion que ce
résultat est obtenu grâce à des vaisseaux spéciaux qui pénètrent dans les tissus du cœur
(appelés actuellement les coronaires). Ce n'est sans doute pas un hasard, si ce sont les
médecins arabes tardifs, comme Abd Al Latif et Ibn An Nafis, qui se sont opposés si
victorieusement à Galien. En effet, les premières générations avaient eu d'autres tâches :
recueillir et assimiler la tradition hippocrato-galénique. Ils l'ont complété par de nouvelles
connaissances, mais sans la corriger notablement. Ce sont leurs successeurs, pour qui la
médecine grecque était depuis longtemps un patrimoine familier, qui ont osé adopter une
attitude critique envers elle.
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vieux, fut exilé pendant un certain temps, cependant que ses œuvres philosophiques étaient
brûlées sur ordre du calife marocain. Ses disciples l'abandonnèrent, le peuple l'insulta. Les
médecins étaient contraints de faire cadrer leurs pensées et leurs actes avec les croyances du
public. S'ils ne tenaient pas compte des cercles religieux, cela pouvait leur nuire. Pour y
échapper, ils dissimulaient leurs opinions véritables. Pour de nombreux musulmans croyants,
les philosophes et les médecins, ayant une culture philosophique, étaient des hérétiques. Cet
état d'esprit va à l'encontre de l'essence de l'Islam, qui a toujours prôné la tolérance et
l'ouverture. En effet, le prophète MOHAMED (Mahomet) a été un exemple éclatant de
tolérance et n'hésitait pas à se faire soigner par un praticien « infidèle ». Les califes ont été
aussi des mécènes compréhensifs, qui ont protégé et aidé les savants.
Le "Moyen Age" est une partie de l'histoire qui s'étend sur une période de dix siècles environ
(du 5ème au 15ème siècle), située entre deux évènements historiques importants :
La chute de l’Empire Gréco-Romain d'Orient (Constantinople) en 1453, sous les coups des
Turcs. Historiquement, cette période correspond aussi, à celle de l'essor de la civilisation
arabo-islamique dans le monde entier connu de l'époque : Asie, Afrique, et Europe. Elle se
caractérise, en Europe, par l'obscurantisme et le dogmatisme de l'église, qui contrôle
l'enseignement et domine les gens instruits. Pendant cette période, la production scientifique
et l'innovation sont très réduites, ce qui contraste avec la richesse de l'innovation chez les
Arabes.
A. La médecine monacale.
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Les monastères ont généralement une infirmerie servant à soigner les moines, mais aussi des
laïques. St Benoît (480-547) impose d’ailleurs la présence d’une infirmerie pour les
monastères de son ordre, l’ordre des Bénédictins.
À côté de ces infirmeries, il existe des hôpitaux ou hospices dont la mission primaire est
d’accueillir les pèlerins et d’héberger les pauvres. Ce n’est qu’accessoirement que l’hôpital
intervient dans des soins médicaux. Au départ, l’hôpital a donc avant tout une mission
philanthropique.
- Elles avaient aussi une main mise sur le savoir, car l'enseignement était assuré par les
hommes de l'Eglise.
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- La scolarité était encouragée, non comme but en soi, mais comme instrument
indispensable pour étudier l'Ecriture sainte.
- Le principal souci des ecclésiastiques était de sauvegarder la religion, en l'imposant
comme doctrine officielle, et en pourchassant tous les déviants, qui seront accusés soit
de manquer à la foi religieuse chrétienne, soit carrément de la trahir.
- L'église prétend aussi contrôler les actes et les pensées de ses fidèles, de peur pour
eux, qu'ils ne se fassent séduire par le diable, surtout à leur insu !
Le malade, du fait même de sa maladie, est religieusement impur : le soigner revient à lui
purifier le corps et l'âme. D'où la nécessité d'isoler certains malades, comme les lépreux,
moins par hygiène que par soucis religieux (pour ne pas influencer les autres, par leurs
impiétés).
La "punition du déviant" par la mort (brûlé vif, « pour qu'au moins l'âme du sujet monte au
ciel, purifiée par le feu, de toute influence diabolique !! ») n'était pas rare. On luttera aussi
contre la maladie par la prière, l'exorcisme (chasser du corps les démons), l'isolement et les
pèlerinages. Le moyenâgeux avait donc un triple rapport avec la maladie :
C'est une conséquence du péché original (commis par nos ancêtres : Adam et Eve, qui ont
désobéit à Dieu).
Elle est le châtiment pour une faute commise par la victime elle-même. Le châtiment peut
frapper soit l'individu seul, soit plusieurs individus, soit des peuples entiers. Ceci nous
rappelle la médecine magique primitive, mais contrairement à cette dernière, dans la
chrétienté, la crainte de représailles divines débouche sur l'espérance. A partir de ce moment,
il n'y a plus de cas désespérés et même la mort est vaincue, puisqu'une vie nouvelle s'ouvre
dans « l'au-delà ». Donc, la maladie avait un sens, qui a ses racine dans le surnaturel : elle est
adressée par Dieu, au patient pour l'amener à une prise de conscience, lui permettant de
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réviser sa conduite passée, de méditer sur sa nature mortelle et le mystère du monde et mieux
croire.
C'est une forme d'expiation (rachat) et de purification, que le malade doit supporter avec
soumission. C'est une épreuve pour le malade et une occasion pour lui d'acquérir des mérites,
pour mériter le paradis. Certains pères de l'Eglise ont poussé cette idée jusqu'à l'extrême,
affirmant que « la maladie est une grâce et la santé un malheur » !!
Le pape Grégoire le Grand (vers 540 – 604) accueillait la peste comme une bénédiction, parce
qu' « elle délivrait les hommes des atrocités barbares ».
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nombre "d'instructions" contraignantes, au nom de la religion, qui gênaient celui qui
voulait étudier ou pratiquer la médecine, et qui ne pouvait qu'être homme de religion.
E. Difficultés des chirurgiens avec l'église : cas des dissections
1. se cantonner dans un verbiage creux, en parlant latin et grec, pour ne pas être compris et
éviter très soigneusement de toucher aux malades : C'est le style des médecins critiqués par
Molière: "Thomas DIAFOIRUS" dans "le Malade Imaginaire" par exemple, ou le Doyen
PATIN dans la querelle de la circulation sanguine.
2. faire des dissections en cachette, et gagner la protection d'un roi ou d'un prince : C'est la
solution choisie par Vésale, le médecin de l'Empereur espagnol Charles-Quint. Mais, quand
Charles Quint avait abdiqué en faveur de son fils, les ennuis ont commencé pour Vésale :
condamnation à mort par l'Eglise, changée par le jeune empereur en un pèlerinage à
Jérusalem, et il décèdera d'un naufrage du bateau au retour.
3. Ruser pour obtenir une autorisation de disséquer, par l'Eglise: disséquer le cadavre d'un
condamné à mort, dissection des cadavres suspects d'avoir été empoisonnés (expertise
médico-légale dirait-on de nos jours)
F. Ebauches de changements
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remplacera l'enseignement par les religieux. L'arabisme a exercé donc, une influence décisive
sur l'Europe cultivée. Par leur exemple, les philosophes et les médecins arabes ont libéré chez
les clercs scolastiques des forces, sans lesquelles l'épanouissement de l'esprit européen n'eût
pas été concevable. Ainsi, c'est vers le milieu du XIIIe siècle, qu'on aborde pour la première
fois en Europe moyenâgeuse, le problème du monde matériel indépendamment de Dieu.
Albert Le Grand (vers 1200-1280) (canonisé par la suite) reconnaît que la raison humaine est
capable d'appréhender par ses propres moyens la réalité à laquelle elle est affrontée. Un
gouffre commence à se creuser progressivement entre « la connaissance » et « la foi », «
l'explication rationnelle du monde » et « la Révélation chrétienne ». Une sorte d'illumination
philosophique rejette la Révélation chrétienne à l'arrière-plan et révèle aux clercs éperdus, ce
qu'est en réalité le monde et comment sa nature peut être élucidée par la seule raison humaine.
Il surgit un conflit entre la Bible et les philosophies gréco-arabes, qui obligeaient à cesser les
efforts pour réconcilier la science et la foi. Mais l'Eglise est intervenue rapidement pour
réprimer ces hérésies et certains astrologues ont été torturés et brûlés, comme protagonistes et
propagateurs de sciences occultes gréco-orientales.
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CHAPITRE VIII. HUMANISME ET MEDECINE
La découverte de l'Amérique, en 1492 : des plantes, des animaux, des peuples et leurs
mœurs qu'aucun auteur ancien n'avait jamais décrits font leur apparition sur la scène
européenne.
L'imprimerie, inventée précisément à cette époque, a permis la diffusion rapide des toutes
dernières connaissances.
Grâce à ces ouvertures d'horizons et d'esprits, des problèmes qui ont continuellement occupé
le Moyen Age pendant un millénaire et qui ont même constitué le fonds de sa nature
spirituelle la plus intime, paraissent tout à coup accessoires et sont mis de côté, ou se bloquent
dans une impasse. De toute évidence, les deux piliers de la société médiévale, « l'empereur »
et « le pape », ne tiennent plus. La chrétienté s'émiette en nations, qui se battent indéfiniment
les unes contre les autres.
Face aux catastrophes du XIVème siècle (la guerre de 100 ans entre la
France et l'Angleterre depuis 1338, la peste noire de 1348, le schisme de l'occident de 1378 à
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1417), l'Eglise va faire des efforts désespérés pour imposer, par la violence et l'arbitraire, ce
que la conviction n'a pas pu opérer.
C'est le cas de :
Le « don des larmes », qui est supposé apporter des mérites aux croyants : on pleure et on
sanglote à toute occasion : aux exécutions, aux prières, aux visites officielles, etc. On apprend
à se tourner soi-même en dérision.
Désormais, les auteurs datent et signent régulièrement leurs livres et leurs tableaux. Il y a là
un sens du temps et de l'histoire, qui contraste nettement avec la recherche médiévale de
valeurs éternelles et absolues. Avec leur doctes manigances, les scolastiques perdent de vue
l'essentiel : l'individu, ses devoirs et son destin. Cette attitude n'a fait que détourner l'homme
du but véritable de son existence : le développement harmonieux de sa personnalité au sein de
la société.
Le centre de gravité vital passe du cosmos divin, vers l'homme lui-même. A partir de ce
moment, ce n'est plus l'ordre universel divin qui se trouve au centre de l'évènement, mais
l'homme, avec ses souffrances, ses espoirs et son désir passionné de valeurs authentiques.
Les humanistes cherchent à répandre parmi leurs semblables une nouvelle image du monde
et de l'homme, agissant en éducateurs par leur exemple et leurs œuvres. Ils étaient de bons
orateurs. C'est par la perfection du langage que l'homme se révèle dans sa plus haute
humanité, c'est la rhétorique qui fait de lui un homme.
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CHAPITRE IX. LA MEDECINE MODERNE
A. La médecine hospitalière
2. L'anatomie pathologique qui s'est développée grâce à la pratique intensive des autopsies
cadavériques, qui répondaient à des buts différents :
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Mettre en lumière les rapports, riches d'enseignements pratiques, entre le tableau clinique et
les lésions organiques. On recherchait, lors des dissections, le siège des maladies dans les
organes et les autres parties du corps.
satisfaire le goût du baroque pour l'étranger, l'insolite et le monstrueux. Lors des autopsies,
les médecins ont été frappés par l'existence d'un nombre limité de « formes fondamentales »
d'altérations morbides, qui sont retrouvées au niveau des organes et tissus les plus divers :
atrophie, hypertrophie, inflammation, formation tumorale, etc. C'est à partir de ces constations
que va se développer « l'anatomie pathologique générale », dès le début du XIXème siècle,
avec Xavier BICHAT, Théodore SCHWANN et Rudolf VIRCHOW.
La méthode statistique, pour rechercher les relations (au moins numériques) entre certains
phénomènes (mais elle n'explique rien). En obstétrique, le hongrois SEMMELWEIS (1818-
1865), qui exerçait à Vienne, n'a pas cessé de rappeler que la propreté des mains diminuait la
mortalité due à la fièvre puerpérale, qui représentait un véritable fléau et ce au moyen de
conclusions logiques et statistiques. Malheureusement, on ne l'a pas cru faute de preuve
bactériologique, qui fut rapportée par la suite par Pasteur.
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se déroule dans l'ordre qui nous est familier : anamnèse, examen clinique, examens de
laboratoire.
De son côté, la bactériologie va jouer un rôle considérable, surtout avec Louis PASTEUR
(1822-1895), qui a introduit la vaccination contre la rage (il en a été accusé de commettre un
crime, par l'Académie de Médecine française !). Il a aussi remporté une victoire contre la
doctrine spéculative de « la génération spontanée », qui était répandue à l'époque et qui
postulait que la vie (surtout des insectes) peut naître à partir de substances inorganiques, sous
l'effet de facteurs physico chimiques, comme l'air, la teneur en oxygène, en électricité ou en
magnétisme ! Pasteur a démontré que la vie ne pouvait naître que de germes (de parents) et
que la chaleur pouvait stériliser un milieu en tuant ses germes. Pour ses opposants, renier la «
génération spontanée revient à renier la création divine ». Depuis, les germes de plusieurs
maladies ont été reconnus : charbon (DAVAINE et KOCH : 1863 et 1876), gonorrhée
(NEISSER 1879), typhoïde (EBERTH 1880), lèpre (HANSEN 1880), malaria (LAVERAN
1880), tuberculose (KOCH 1882), choléra, tétanos, peste, syphilis. Ainsi, avec la
bactériologie commence une nouvelle ère étiologique. Et les premiers bactériologistes étaient
convaincus qu'avec la découverte de l'agent causal, la nature même de la maladie était
élucidée et que la maladie était le microbe lui-même. Pour eux, causes et conséquences se
confondaient. Actuellement, on sait que pour le patient infecté, les microbes ne sont pas
toujours dommageables par leur seule présence (il existe de nombreux cas de « porteurs sains
»), mais par leur action directe ou indirecte sur l'organisme (toxines, allergie, attaques des
cellules, etc.). La constitution et la disposition du patient interviennent aussi.
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C. Principes de la médecine moderne
1. Les faits sont au centre de la médecine scientifique. L'accent est mis sur un pragmatisme
militant
2. Les faits les plus indiscutables nous les devons à l'expérience : donc, l'idéal est « la
méthode expérimentale ». Il faudra l'employer partout et toujours.
3. Faire profiter la médecine des progrès de la physique, la chimie, la biologie, qui l'ont
dépassé, grâce à l'expérimentation. La médecine devient ainsi, elle aussi, une science
naturelle. C'est « le naturalisme médical ». Par contre, « les sciences morales » sont
considérées comme appartenant exclusivement à « la culture générale » ou alors, si elles
veulent être prises au sérieux, elles doivent être remaniées sur le modèle des sciences
naturelles (c'est la voie qui a été suivie effectivement par nombre de psychologues). On
comprend le peu d'importance voire le mépris initial, accordé à la psychologie dans la
médecine moderne jusqu'au début du XXème siècle. Mais depuis la fin de la 2ème guerre
mondiale, le temps du « naturalisme médical » est révolu et les sciences humaines ont fait leur
percée en médecine, ouvrant ainsi la voie à « la médecine post moderne ».
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convient pas humainement, surtout que la « solidarité moderne » est plus impersonnelle que «
l'amour du prochain » islamique ou chrétien. Combien d'opérés dans les hôpitaux ne
connaissent pas le nom de leur chirurgien ou n'éprouvent pas le désire de le connaître !! Dans
notre société de masse, beaucoup de praticiens « travaillent à la chaîne », ou deviennent des «
fonctionnaires de la médecine », ou succombent au « mercantilisme » voire même à la
criminalité et on arrive à des cas où la seule vue du médecin provoque chez le malade un effet
plus grave que la maladie elle-même !! Le contact avec les guérisseurs est plus direct, plus
naturel et plus humain (qu'avec beaucoup de médecins !!). En plus, ils parlent le même
langage qu'eux et ont la même culture qu'eux (contrairement à certains médecins tunisiens
acculturés par quelques années de stages à l'étranger ou par une admiration inconditionnelle
voire naïve de l'occident, rapidement constatée et dépréciée par le malade). D'où le nombre de
plus en plus important de guérisseurs, qui contraste avec le nombre croissant d'insatisfaction
et même de procès intentés contre les médecins, qui se trouvent de plus en plus obligés de se
regrouper (conseils de médecins, syndicat, etc.), de se faire assurer et d'engager des hommes
de loi pour défendre leurs droits !! Ainsi, paradoxalement, au moment où la médecine actuelle
va de succès en succès, et devrait donc être admirée comme jamais, c'est le contraire qui se
produit : elle est mise en question et le praticien d'aujourd'hui accuse une situation de plus en
plus difficile par rapport à ses prédécesseurs. Les progrès de la médecine semblent ainsi
profiter aux malades mais pas à la profession médicale.
Telles que :
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C. Ere de la thérapeutique
Paraît prometteuse avec les efforts fournis pour l'amélioration des programmes de
l'enseignement, le contact avec les malades dès les stages et l'ouverture de l'horizon
intellectuel sur d'autres disciplines (psychologie, philosophie des sciences, médecine sociale,
histoire de la médecine, etc.), à côté des disciplines traditionnelles.
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