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Histoire de La Medecine 2018

Le cours d'Histoire de la Médecine à l'Université de Kamina, dirigé par le CT Dr Ignace Bwana Kangulu, vise à explorer l'évolution de la médecine à travers différentes époques, de la paléo médecine à la médecine moderne. Les étudiants, environ 60, suivront un programme de 15 heures, avec des évaluations basées sur des travaux pratiques et un examen final. Ce cours met l'accent sur l'importance de comprendre le contexte historique de la médecine pour mieux appréhender les pratiques actuelles et éviter de répéter les erreurs du passé.

Transféré par

Merlin Nsenga
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Histoire de La Medecine 2018

Le cours d'Histoire de la Médecine à l'Université de Kamina, dirigé par le CT Dr Ignace Bwana Kangulu, vise à explorer l'évolution de la médecine à travers différentes époques, de la paléo médecine à la médecine moderne. Les étudiants, environ 60, suivront un programme de 15 heures, avec des évaluations basées sur des travaux pratiques et un examen final. Ce cours met l'accent sur l'importance de comprendre le contexte historique de la médecine pour mieux appréhender les pratiques actuelles et éviter de répéter les erreurs du passé.

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UNIVERSITE DE KAMINA

FACULTE DE MEDECINE

Cours d’Histoire de la Médecine


Destiné aux étudiants de Troisième Doctorat en Médecine

Par : CT Dr Ignace BWANA KANGULU


Gynécologue Obstétricien

2018-2019

1
DESCRIPTIF DU COURS D’HISTOIRE DE LA MEDECINE
 Enseignant : CT Dr BWANA KANGULU Ignace
 Formation : Docteur en Médecine (UNILU, 2008), Spécialiste en Gynécologie et
Obstétrique (UNILU, 2018)

 Etablissement: Université de Kamina, Faculté de médecine


 Promotion : Troisième Doctorat Médecine
 Nombre approximatif d'étudiants qui suivront le cours: 60
 Volume horaire : 15 heures
 Pré-requis:
- Notions d’histoire en générale
- Anthropologie médicale,
- Médecine traditionnelle

 Objectifs
D’une manière générale, ce cours vise à donner aux étudiants des notions sur
l’évolution de l’histoire de la médecine que nous pratiquons aujourd’hui. Il va s’agir
donc de répondre aux questions suivantes : la médecine actuelle vient d’où ?, elle est
passée par où ? Elle est où ?).
De manière spécifique, l’étudiant devra avoir à la fin de ce cours les notions sur :

- La paléo médecine
- la médecine primitive magique
- la médecine archaïque
- La médecine grecque hippocratique
- La médecine du moyen âge européen
- L’humanisme et médecine
- La médecine moderne
- La médecine post-moderne
 Contenus

Le plan de cours suivant est proposé.

Introduction

Chapitre I. La médecine primitive magique


Chapitre II. La médecine archaïque
Chapitre III. La médecine grecque hippocratique
Chapitre IV. La médecine byzantine
Chapitre V. La médecine arabe
Chapitre VI. La médecine du moyen âge européen
Chapitre VII. Humanisme et médecine
Chapitre VIII. La médecine moderne

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Chapitre IX. La médecine post moderne
 Méthodes d'enseignement
Enseignement de type magistral
 Matériels d'apprentissage

Pour que l’étudiant maitrise le cours, un syllabus gratuit renfermant des notions
essentielles sera mis à sa disposition dès le début du cours.

 Evaluation
Pour évaluer les performances de l’étudiant, des travaux pratiques et une interrogation
seront cotés sur 10. Un examen sur toutes les matières apprises sera coté de même sur
10 points. Dans l’ensemble, une cote sur 20 y ressortira à la fin de l’année
académique. Qu’il s’agisse de l’interrogation ou de l’examen, les questions seront de
type choix multiple (QCM).
 Informations additionnelles, contacts
- Contacts : +243993625828, +243818322220,
- E-mail : [email protected]
- Pour des questions concernant le cours, les étudiants peuvent me rencontrer
chaque samedi de 12h00 à 14hOO sur rendez-vous à mon bureau aux Cliniques
Universitaires de Kamina

3
INTRODUCTION

La pratique médicale existe depuis toujours : bien que l’on ait


naturellement peu de traces des connaissances médicales (et notamment phytothérapiques)
des hommes de la Préhistoire, on a retrouvé des crânes de cette époque portant des marques
de trépanation. De deux grandes civilisations de l’Antiquité, la Mésopotamie et l’Egypte,
proviennent les plus anciens textes médicaux connus (si l’on fait exception, bien entendu, de
la Chine, dont la médecine se développa à l’écart de la civilisation occidentale, et sans
influence mutuelle). La médecine se rencontre également sur tous les continents ; dite «
traditionnelle », elle est toujours pratiquée par de nombreuses cultures, par exemple en
Afrique ou en Asie.

 Pourquoi de l’histoire de la médecine ?

Toute science doit être située dans son contexte historique. Aucune
science ne peut être coupée de ses liens avec le passé.

Le présent cours pour un étudiant en médecine trouve son intérêt en deux faits :

 Il nous apprend à nous « situer » le long de l'axe de l'évolution temporelle de la


médecine. Ceci nous permet de mieux comprendre l'évolution de notre savoir, en
sachant d'abord d'où il est venu et comment, dans quelles circonstances et dans quel
contexte, car les sciences évoluent et avec elles les conceptions du monde.
 Autre intérêts de l'histoire de la médecine, c'est de tirer des « leçons de l'histoire »,
celle des erreurs du passé, commises dans un pays ou dans un autre, mais dont la
connaissance intéresse toute l'humanité (« Ceux qui ne peuvent connaître le passé, se
condamnent à le répéter avec ses erreurs »).

Connaître l'histoire et l'étudier revient à reconstruire son


cheminement, donc à revoir les étapes d'acquisition de la connaissance et les nouvelles voies
d'acquisition du Savoir. Il y a là une dimension épistémologique, qui devrait intéresser tout
médecin, soucieux de se questionner sur son savoir, sur la validité de ce savoir et surtout sur
son espérance de vie.

Dans les lignes qui suivent, il sera question de donner d’une manière brève le cheminement de
l’histoire de la médecine.

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CHAPITRE I : PALEO PATHOLOGIE ET LA PALEO MEDECINE

1.1.La paléo pathologie


La paléo pathologie étudie les maladies de l’Homme en se basant sur
les restes humains trouvés dans certains sites préhistoriques ou archéologiques qu’elle analyse
à l’aide des méthodes scientifiques modernes.
La paléo pathologie se base essentiellement sur l’étude des squelettes et des os. Leur examen
permet d’identifier certaines affections qui frappaient nos ancêtres ou les traumatismes qu’ils
avaient subis.
 Etude des traumatismes:
Les traumatismes sont dus aux conditions de vie très dures qui ont
favorisé des accidents: climat, chasse au gros gibier tel que mammouths ou rhinocéros,
défense contre les animaux carnivores concurrents qui tuent les herbivores servant de
nourriture à l’Homme, luttes entre clans pour la conquête de nouveaux territoires, etc.
Les paléopathologistes trouvent ainsi de nombreuses traces de traumatismes: fractures des os
longs, fractures de la colonne vertébrale, fractures du bassin, pointes de flèche ou de harpon
fichées dans les os, etc.
 Etude des affections des os:
Le tissu osseux, grâce à sa résistance à la décomposition, représente
l’essentiel du matériel dont on dispose pour l’étude la paléo pathologie.
Les os peuvent présenter:
• des séquelles de rhumatismes déformant ou soudant les articulations;
• des altérations évoquant la tuberculose osseuse (mais, il faut être réservé: la médecine
contemporaine, en effet, apprend que le tissu osseux réagit de façon très voisine à des
agressions différentes comme la tuberculose, certaines parasitoses, l’atteinte par des germes
ressemblant aux tréponèmes de la syphilis);
• un cancer des os;
• des déformations ou malformations du squelette;
• une mauvaise denture. Certains restes de mâchoires comportent des dents qui manquent ou
sont déchaussées, signe d’infections fréquentes et graves des gencives.
On trouve également des dents atteintes de carie.

 Étude des tissus :

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Parfois des tissus mous sont trouvés (momies, hommes des tourbières,
cadavres de l’âge de la pierre conservés dans un glacier: “Oetzi”). Ils peuvent être réhydratés,
radiographiés, soumis à la datation au carbone 14, isotope radioactif du carbone, et étudiés au
microscope électronique. Les viscères peuvent être examinés, ainsi que les protéines qui les
constituent; on peut même fixer ainsi le groupe sanguin ou tissulaire de personnes mortes
depuis plusieurs milliers d’années.
L'ADN peut être préservé dans des tissus mous (restes momifiés ou congelés) et des tissus
durs (os et dents).
 L’étude de représentations artistiques de l’Homme préhistorique :
Citons les statuettes féminines telle la Vénus de Willendorf ou les
peintures rupestres représentant l’Homme préhistorique.
 L’étude de l’habitat préhistorique:
L’étude de l’habitat préhistorique éclaire en partie les modes de
nutrition grâce à:
• la palynologie ou étude des pollens qui met en évidence les éventuelles plantes alimentaires;
• l’étude des déjections humaines minéralisées (coprolithes) qui fournit des indications
supplémentaires sur la composition de l’alimentation (présence de graines ou de noyaux de
plantes alimentaires, d’osselets ou de fragments d’os provenant des animaux ingérés);
• l’étude des ossements ou des coquillages d’animaux éparpillés autour des âtres ou
accumulés dans les “dépotoirs” préhistoriques.

1.2.La Paléo médecine


En l’absence de textes, la paléo pathologie ne dispose pas de
documents qui permettent de savoir comment se soignait l’Homme préhistorique.
 Réduction de fractures:
On peut affirmer, d’après les squelettes exhumés que l’Homme
préhistorique sait réduire les fractures, en immobilisant les os cassés et en conservant leur
axe; mais comme des chevauchements des deux fragments subsistent, on peut conclure qu’il
ne sait pas exercer une traction sur les deux extrémités brisées qui aurait rétabli un parfait
alignement.
 Trépanations du crâne:

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On hésite encore davantage à se prononcer sur les trépanations du
crâne, partiellement cicatrisées dans le cours de la vie de l’individu. Traumatismes
accidentels ou blessures délibérées?
Avaient-elles une signification religieuse, un but magique, ou plutôt un but thérapeutique
mécanique remédiant à un enfoncement de l’os, à une maladie nerveuse comme l’épilepsie ou
une paralysie? Dans ce cas, on pourrait supposer que l’Homme préhistorique attribuait déjà au
cerveau l’origine de la paralysie. Visaient-elles à amender des troubles mentaux, ce qui
permettrait de conclure que l’on mettait dans le crâne l’origine des comportements anormaux?
La question restera probablement sans réponse.
Mais on exhume des crânes trépanés dans le monde entier et jusqu’à l’époque récente des
Celtes. De nombreux musées en conservent des exemplaires. Les scientifiques émettent un
certain nombre d’hypothèses pour expliquer ces trépanations qui se pratiquent encore dans
diverses ethnies d’Afrique noire.

CHAPITRE II. LA MEDECINE PRIMITIVE ET MAGIQUE

La première grande phase de l'histoire médicale est celle de la « magie


primitive », qui se présente à nous sous deux formes :

- Celle des premiers hommes, de la préhistoire (avant la découverte de l'écriture, 3000


ans avant JC) et
- Celle des peuples sauvages, vivant encore en Afrique, en Amérique du Sud et en
Océanie, dont le mode de vie, ne s'est pas modifié depuis les origines.

Elle fait appel à des forces occultes (invisibles pour l'homme : dieux, démons, êtres
surnaturels) pour expliquer les phénomènes de la vie courante, comme la souffrance et la
maladie

 Principaux aspects

C’est la première forme de médecine qui a existé chez l'homme. Elle a


conservé son originalité chez les peuples sauvages, mais aussi dans notre médecine
traditionnelle. Cela s'explique par le fait que l'instinct et la magie, dont procède cette
médecine primitive, représentent des ressorts fondamentaux de l'âme humaine, dont aucune
forme de médecine ne peut supprimer.

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L'homme primitif a une mentalité différente de la nôtre, puisqu'elle ne se limite pas au monde
rationnel. Son domaine de pensée est le « surnaturel », celui des bons et mauvais esprits
(mode de pensée dichotomique, qui ne laisse guère place aux nuances), des démons, des
tabous, des fantômes, etc. Elle personnifie les phénomènes, c'est à dire qu'elle les considère
comme des expressions des puissances humaines ou para humaines. Les aspects principaux de
la médecine magique sont, comme pour la médecine moderne :

- l'étiologie,
- le diagnostic,
- le traitement curatif et
- la prophylaxie.

 L’étiologie

S'il tombe malade, l'homme primitif pensera à :

a) l'attaque par un mauvais esprit qui veut lui nuire ou se venger, parce qu'il l'a offensé,
volontairement ou involontairement. Comme la maladie provoque malaise et douleur, pour
lui, elle ne peut que provenir des êtres malfaisants, qui sont à l'origine de tous les maux.

b) l'offense des ancêtres qui envoient les mauvais esprits pour se venger,

c) des pratiques magiques faites par des personnes vivantes, pour nuire à quelqu'un.

d) la violation des tabous : les hommes primitifs se soumettent aux croyances et à leurs
exigences parfois très contraignantes, comme si cela allait de soi (malgré les souffrances que
cela les fait endurer), convaincus que toute transgression sera sévèrement punie.

 Les diagnostics

Sont d'ordre magique, c'est à dire cachées et personnifiées. L'homme


primitif se plaindra par exemple d'un « mauvais esprit » ou « d'un mauvais œil », dans la tête,
l'estomac, etc.

 Le traitement

Les tâches du guérisseur seront multiples :

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a) Entrer en contact avec les forces malfaisantes pour apprendre d'elles ce qui s'est passée et
ce qu'il faut faire.

Dans le cas d'une violation d'un tabou, le premier pas vers la guérison sera d'obtenir l'aveu du
patient. Pour entrer en contact avec les puissances cachées et leur demander conseil, le
guérisseur entre dans un état de « transe ». Pour cela, il a recours à divers moyens :
consommer des narcotiques (alcool, drogues, etc.), jeûner, s'infliger des douleurs, etc.
Inversement, il arrive aussi que les mauvais esprits s'emparent du guérisseur, pour faire
savoir par sa bouche, ce qui est arrivé au patient. Le combat contre « les puissances du mal »
implique le patient lui-même mais aussi le guérisseur, la famille et même les animaux
domestiques. Le guérisseur agit, non pas comme personnalité autonome, mais comme
incarnation et intermédiaire du pouvoir curatif de toute la tribu. Le patient, lui, ne se présente
pas au guérisseur en tant que cas isolé, mais comme « membre d'une communauté malade de
lui ». On dit que le processus thérapeutique en médecine primitive est « supra individuel ».

b) le transfert du démon sur un animal ou un objet, qui servira de « bouc émissaire », qui sera
sacrifié et détruit et jeté le plus loin possible. Par ce rite, le primitif croit avoir banni la
maladie du territoire de la tribu. On faisait aussi des offrandes, des sacrifices et des
incantations.

c) la « succion » faite par le guérisseur, au niveau de l'organe malade, qui sera suivi du
crachat d'une pierre, qu'il avait mis auparavant dans sa bouche. Ce crachat symbolise
l'extirpation du mal et la réussite de l'opération. En effet, la symbolisation joue un rôle très
important en médecine primitive et même actuellement, puisqu'il a été démontré que « la
plupart des êtres humains ont un fort penchant à prendre l'apparence pour la réalité ».

d) les scarifications, les saignées, les purgations, les vomissements, etc.

Sont aussi pratiquées pour éliminer les corps étrangers. En cas d'échec ou si malgré tous ces
remèdes la mort survient, les explications et les justifications ne manquent pas : « les esprits
maléfiques ont été plus forts que le guérisseur », « le malade ou l'entourage n'ont pas fait le
demandé comme il faut », etc.

 La prévention

Passe généralement par le port de « talisman », le tatouage, les prières,


les rituels, etc.

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 Causes de succès de la médecine primitive
- L'efficacité objective de nombreux de ces procédés comme la saignée, les vomitifs, la
trépanation, etc.
- La maîtrise de l'art extrêmement puissant de la « suggestion » qui a été longtemps
négligé par la médecine moderne. Suggestionner revient à influencer le sujet en lui
suggérant des idées, des sentiments ou des images mentales, pour obtenir des réactions
physiques ou psychiques particulières. Même dans la médecine moderne, un grand
nombre de médicaments agit plus par son effet « placebo » que par son principe actif.
On pense que les suggestions peuvent libérer les forces, aussi bien négatives que
positives, qui sommeillent en chacun de nous, mais qui ont été atrophiées parce que
nous les avons longtemps ignorées. Ainsi, certains chamans peuvent, par la seule force
des suggestions, guérir des maladies graves ou rendre malades des bien-portants. Les
suggestions répondent des fois à certaines règles « pseudologiques » comme :
- La règle des similitudes (guérir la jaunisse ou ictère par des produits de couleur jaune
comme le safrane, la rougeole par le port de vêtements rouges, les maux des reins par
les fèves, etc.)
- La règle de proximité (agir sur quelqu'un à travers ses vêtements, des morceaux de ses
ongles ou cheveux, son image, sa statue, etc.)

L'influence de la société qui entretien et perpétue la notion de maladie magique et vénère


l'efficacité de la médecine magique, quitte à recourir à des mensonges. Cela lui est très utile,
car la peur de la maladie et des mauvais esprits remplace la police et le guérisseur redouté
devient le principal soutien de l'ordre public. Pour les peuples primitifs, la médecine magique
a donc, entre autres, une fonction sociale

Le besoin religieux ou mythique La médecine magique satisfait ce


besoin fondamental pour tous les hommes, de tous les temps. En effet, l'aspiration religieuse
se trouve enracinée au plus profond de notre âme et constitue même l'essentiel de l'homme.
Nous avons besoin de croire en un Dieu tout puissant, ou en des croyances mythiques, comme
l'horoscope, les superstitions, etc. Cela nous procure un sentiment de sécurité que jamais la
connaissance rationnelle ne pourra nous donner. Ces aspirations irrationnelles sont plus
intenses lors des moments difficiles de la vie (maladie, décès d'un proche, etc.).

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Chapitre II : LA MEDECINE ARCHAIQUE

La préhistoire est suivie par le temps des grandes civilisations


orientales, qui ont vu une nouvelle forme de médecine, succéder à la médecine primitive et
magique, à savoir « La médecine archaïque », qui est apparue 3000 avant JC et s'est étendue
jusqu'au 1er millénaire avant JC.

Elle concerne l'Egypte ancienne, la Mésopotamie et la Grèce des premiers âges, mais aussi
l'Inde, la Chine et l'ancienne Amérique (Pérou, Mexique). Nous n'allons pas traiter chacune de
ces civilisations à part, mais au contraire, nous allons chercher ce qui est commun à ce stade
du développement de l'esprit humain et à ses caractéristiques, dominées essentiellement par la
coexistence de la raison et de la magie, qui s'influençaient mutuellement (ce n'est pas par
hasard qu'elle coïncide avec l'ère des grands empires orientaux).

A. Origines des premiers essais de rationalisation en médecine

L'avancée de la médecine archaïque, par rapport à la médecine


primitive s'explique par plusieurs facteurs :

- Le désir de s'élever et d'améliorer son existence, qui est profondément enraciné dans
la nature humaine, et qui fait qu' « on n'arrête pas le progrès ».
- Les modifications des conditions de vie humaine, à la période archaïque par rapport à
la période primitive. Le mode de vie rural et nomade cède de plus en plus place à la
vie urbaine avec des structures sociales différenciées, une économie fondée sur la
division du travail, des échanges commerciaux, la propriété privée et la monnaie. Dans
les maisons, le citadin vit plus en sécurité que dans les grottes ou sous les tentes et
avec une religion bien définie et structurée, la violation des tabous devient moins
terrifiante. Cela favorise l'apparition d'un sentiment nouveau, celui de la liberté
individuelle, qui va rompre pour la première fois le charme de la magie et favoriser la
libération des esprits.
- L'apparition de l'écriture, qui va permettre de mieux fixer les idées de chacun et
surtout de pouvoir transmettre le savoir d'une génération à une autre et d'une
civilisation à une autre. Pour la médecine, les acquis cliniques et thérapeutiques
peuvent être conservées et répandus. Le caractère mystérieux de la médecine s'atténue,
grâce à sa démythification.

B. Progrès de la médecine archaïque

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Pendant la longue période de la médecine archaïque, les innovations
suivantes ont vu le jour :

- Apparition de l'observation clinique : le malade est désormais pris pour un « cas particulier
», qui va être l'objet d'observation clinique minutieuse, en cherchant à relever les différents
signes cliniques qu'il présente et en les comparant avec ceux d'autres patients ou avec la partie
non malade du corps. Le soignant cherche aussi à distinguer les troubles qui touchent un
même organe ou un même système. Ainsi, pour les voies urinaires, les médecins de l'Egypte
ancienne distinguaient nettement entre rétention urinaire, incontinence, hématurie, mictions
douloureuses, etc. et prescrivaient une thérapeutique particulière pour chaque cas.

- Apparition de la nosologie (classification des maladies) et de la nosographie (description


des maladies) : on voit apparaître les premières dénominations (donner un nom particulier à
une maladie particulière), qui prouvent qu'on distinguait des entités bien définies et bien
déterminées. Cela malgré des conceptions étiologiques souvent magiques ou magico-
rationnelles.

- Le pronostic devient individuel (indépendant du groupe ou de la tribu) : chaque malade va


être l'objet d'une évaluation pronostique, qui prédira de l'évolution de sa maladie (guérissable
ou fatale, aiguë ou chronique), en dehors de toute référence à sa tribu. On peut faire le
parallèle avec la notion de propriété privée, qui a fait son apparition à cette époque.

- Recherche de relation causale par les essais de systématisation des observations cliniques :
la maladie n'est plus attribuée à quelque influence magique, mais à des troubles pathologiques
objectifs. Les représentations magiques sont dépassées et on ne voit plus apparaître de
démons comme étiologie. Les essais d'explication sont souvent faux (vu les connaissances
limitées de l'époque) mais sont rationnels, même si elle va avoir le plus souvent recours aux «
spéculations » (exemple : le contact avec le lézard donne la lèpre, manger des pattes crues
crée des vers dans les selles, etc.)

- La thérapeutique devient rationnelle : elle sera basée sur des remèdes pharmacologiques ou
chirurgicaux très variés, qui sont rationnels et dénués de sens magique

- La prophylaxie est basée sur des règles d'hygiène de vie (lavage des mains, des lits et des
ustensiles de ménage) et d'hygiène publique (système de canalisation, égouts, salles d'eau,
etc.)

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- Le médecin n'est plus quelqu'un de mystérieux ou marginalisé mais un homme honoré et
apprécié par ses concitoyens. Il sera jugé selon ses actions : s'il avait de bonnes connaissances
et la main heureuse, il acquiert notoriété et pouvoir. Il ne devrait pas traiter les cas désespérés.
Les fautes professionnelles étaient souvent lourdement sanctionnées.

C. Principales civilisations

1. La Mésopotamie

(Actuellement Syrie et Iraq : du grec : mésos =milieu et


potamos=fleuve) : a été conquise par l'empire Babylonien sous le règne d'HAMMOURABI
(1728-1686 av. JC), qui nous a laissé son code célèbre, qui représente les premières lois qui
nous soient parvenues sous une forme méthodique (dont la plus célèbre est la loi du talion : «
œil pour œil et dent pour dent »).

La maladie était considérée comme une malédiction divine, qui touchait ceux qui n'ont pas
obéit au code moral et les premiers médecins babyloniens ont été des prêtres, dont le rôle était
de découvrir la faute commise et d'en obtenir l'expiation. Ils attribuaient les maladies internes
et les troubles mentaux à des causes :

magico-religieuses : la maladie est souvent attribuée aux démons et on attribuait à chaque


maladie un démon particulier. Les démons étaient servis par des sorciers, qui pouvaient faire
usage de : mauvais œil, potions magiques ou cérémonies.

Astrologiques : les babyloniens croyaient que les astres étaient divins et doués d'une
intelligence suprême et qu'ils commandaient le cycle menstruel (surtout la lune) et l'évolution
de certaines maladies. Le mot « influenza » (qui signifie actuellement la grippe), vient de la
croyance qu'elle était due à l'influence des astres sur l'homme.

Des oracles : (verdict prophétique énoncé par une divinité à l'adresse de ceux qui la
consultent).

2. L'Egypte Ancienne

Le premier guérisseur égyptien qui nous soi connu est IMHOTEP


(2780 av. JC). Il a été transformé en dieu de la médecine, après sa mort. Les Egyptiens
encourageaient leurs patients à s'occuper, en participant à des activités récréatives (excursion
sur le Nil, concerts, danse, peinture, dessin, etc.). Cependant, le besoin d'explications

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surnaturelles était si grand que lorsque les guérisons étaient obtenues, on les attribuait au saint
protecteur du temple.

3. Les Hébreux

Ont été très influencé par leurs voisins égyptiens et babyloniens, mais
ce qui caractérise leur médecine, c'est la croyance qu'un seul dieu est source de la santé et de
la maladie. La guérison était par conséquent, un attribut de la divinité et la maladie une
punition de l'homme, pour ses péchés. Le dieu unique était à la fois source de la santé, de tous
les maux et de leur guérison.

4. L'Extrême orient

En Inde, on connaissait la vaccination et en chine, on pratiquait


l'acupuncture, qui sont deux méthodes encore utilisées de nos jours, mais qui reflètent bien la
conception de la médecine archaïque, basée sur des spéculations.

5. La médecine en Grèce antique

La médecine grecque apparaît comme un art déjà ancien dans l’Iliade


et l’Odyssée, œuvres traditionnellement attribuées à Homère, un poète qui aurait vécu au 8e
siècle av. J.-C. Dans l’Iliade plus d’une centaine de types de blessures sont décrits. La
chirurgie grecque est déjà bien développée à cette époque.

Des dieux guérisseurs

À côté de ce savoir rationnel et pratique, se maintiennent des


conceptions plus transcendantales. Les anciens Grecs connaissent en effet de nombreux dieux
et demi-dieux guérisseurs. Ces divinités peuvent provoquer des maladies par courroux (vive
colère), par vengeance ou par punition à la suite d’un sacrilège. Elles peuvent également
guérir les maladies. Contrairement à celles des Mésopotamiens et des Égyptiens, ces divinités
ont le plus souvent une forme humaine.

• Apollon est le dieu-guérisseur le plus puissant.

• L’immortel centaure Chiron enseigne la médecine et pratique la


chirurgie.

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• Asklépios en latin Esculape, fils d’Apollon et de la nymphe
Coronis, a été l’élève de Chiron qui lui a appris à soigner les malades “par la parole, les
simples (médicament qui n’a subi aucune préparation pharmaceutique, ou qui ne contient
qu’une seule substance) et le couteau”.

Au départ, Asklépios apparaît encore comme un roi grec en même


temps grand médecin. Ses guérisons miraculeuses, il sait même faire ressusciter des morts
provoque la colère de Pluton, dieu de l’enfer, qui se plaint à Zeus. Craignant qu’Asklépios ne
change l’ordre du monde, Zeus le foudroie, mais le place dans l’Olympe au rang des autres
dieux.

• Parmi les descendants d’Asklépios, se trouvent deux filles dont les


noms ont donné naissance à des termes de médecine:

◊ Hygie (Hygieia), déesse de la santé, qui enseigne les manières les


plus saines de mener notre vie. Son nom est à l’origine du mot “hygiène”, science qui traite de
la santé humaine, des règles et des conditions d’existence nécessaires pour la conserver.

◊ Panacée (Panakeia), déesse de la médecine. Son nom se retrouve


dans le mot “panacée”, remède prétendu universel (allem.: Allheilmittel).

La médecine théurgique et le culte d’Asklépios

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À partir du 7e siècle av. J.-C., le culte d’Asklépios s’étend en Grèce.
Des sanctuaires dédiés à Asklépios, les asklépiéions, surgissent un peu partout, dans la
péninsule et les îles, tout aussi bien qu’en Asie Mineure. L’un des plus prestigieux a été celui
d’Épidaure; l’un des mieux conservés est celui de Cos.

Les prêtres attachés à ces temples, les asclépiades, y soignent les


malades. Le traitement comprend l’établissement de l’anamnèse, des bains, des prières et des
offrandes à Asklépios et à ses enfants. Il se caractérise surtout par la pratique de
l’incubation: le malade passe la nuit dans le temple. Le dieu ou ses enfants le guérissent
pendant son sommeil et lui donnent des conseils sous forme de rêve. Au réveil, les prêtres-
médecins interprètent ce rêve et en dérivent leur thérapeutique.

Dans les temples étaient élevés des serpents inoffensifs (Couleuvre


d’Esculape, Äskulapnatter, taille de 2 m) qui étaient censés intervenir eux aussi dans le traite-
ment nocturne. Il arrivait même qu’ils vinssent lécher les yeux des malades, les ophtalmies
étaient fréquentes à l’époque et les blessures ouvertes.

Le traitement était payant. En signe de reconnaissance, le malade guéri offrait souvent au dieu
un ex-voto représentant l’organe ou le membre malade. Les prêtres gravaient sur de grandes
stèles ou des plaques en pierre le compte rendu des guérisons particulièrement miraculeuses.
Le culte d’Asklépios n’est pas sans rappeler celui d’Imhotep. Asklépios est en fait la version
grecque d’Imhotep!

Le bâton d’Asklépios et le caducée

Asklépios se faisait accompagner par un serpent, symbole de la


prudence et des forces souterraines, du renouveau et de la régénération (mue du serpent!). Dès
le 6e s. av. J.-C., Asklépios est représenté ayant en main un bâton sur lequel s’enroule un
serpent. Nous retrouvons aujourd’hui ce bâton et ce serpent dans l’emblème des médecins, le
caducée (Äskulapstab).

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Le serpent apparaît de même dans l’emblème des pharmaciens. Là il s’enroule autour d’un
vase (la coupe d’Hygie). Par analogie avec les médecins cet emblème est le “caducée” des
pharmaciens.

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CHAPITRE IV. LA MEDECINE GRECQUE HIPPOCRATIQUE

La médecine grecque est apparu au 5e siècle avant JC, à l'époque des


premières écoles où l'on forme les praticiens, dont la plus célèbre est l'école hippocratique ou
coaque (c'est à dire de la ville de Cos, en Grèce, où a vécu et exercé Hippocrate). Une
appréciable partie des écrits d'Hippocrate nous a été conservé, grâce aux arabes et au levant
islamique, qui ont repris le flambeau de la science grecque, en traduisant la plupart des écrits
scientifiques de cette époque.

La véritable contribution apportée par Hippocrate est l'introduction de « la théorie scientifique


», dans le monde des représentations dépassées et insuffisantes de la médecine archaïque. Les
maladies avaient désormais une origine naturelle, qu'il faut découvrir.

Hippocrate est né vers 460 dans l’île de Cos (Kos), proche des côtes
d’Asie Mineure et où existait un asklépiéion. Sa biographie est assez imprécise, souvent
influencée par la légende.

Hippocrate apprend la médecine auprès de son père Héraclide qui est médecin et prétend
comme tant d’autres descendre d’Asklépios. Le jeune Hippocrate complète son instruction
sans doute aussi en étudiant les cas des malades traités dans l’asclépéion de son île natale. À
l’âge de vingt ans, Hippocrate quitte l’île de Cos et parcourt la Grèce comme “périodeute”,
médecin voyageur. Il séjourne peut-être en Égypte et en Scythie, certainement en Asie
Mineure. Puis, il retourne dans l’île de Cos où il enseigne la médecine sous un platane, selon
la légende et il y écrit des ouvrages de médecine. Plus tard, il reprend ses voyages. Il est mort
vers 370 à Larissa, en Thessalie.

Toutes ces données biographiques sont incertaines. Parmi les légendes


qui se sont tissées autour de la vie d’Hippocrate, citons celle selon laquelle il aurait refusé de
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soigner le roi des Perses Artaxerxès, en dépit des présents magnifiques qui lui auraient été
offerts. Par ailleurs, il aurait sauvé Athènes assiégée par les Spartiates et envahie par la
“peste” (vers 430 av. J.-C.) en conseillant aux Athéniens d’allumer dans tous les carrefours de
grands feux d’herbes aromatiques pour purifier l’air et chasser ainsi le fléau. Il est cependant
établi qu’à l’époque Hippocrate n’était pas à Athènes.

A. Environnement de la médecine hippocratique

L'époque d'Hippocrate était celle des grands philosophes et


scientifiques grecs, comme Thalès de Milet (624 – 546 av. JC), Démocrite d'Abdère (460 –
370 av. JC) et Socrate (470 – 399 av. JC), aux quels l'on doit les notions de :

- Nature ou « physis »,
- D'ordre naturel ou « cosmos »
- Et de loi naturelle ou « nomos »

Ces notions ont créé les conditions nécessaires à l'élaboration scientifique. C'est grâce à ces
scientifiques qu'on a commencé à reconnaître la réalité de l'univers et la constance des
phénomènes naturels ; alors qu'avant, la nature était appréhendée comme un rêve, aussi
imprévisible et capricieux que le monde de la magie et donc, impossible de fonder des
théories sur elle. Hippocrate a reporté ces notions sur l'homme sain et malade. Il a emprunté
aussi le raisonnement analogique et quelques dogmes typiquement coaques, à sa pratique
médicale. Ainsi, aux « quatre éléments fondamentaux de la nature » d'Empédocle (air, eau,
feu et terre) correspond « les quatre humeurs hippocratiques » :

- Le sang : élaboré au niveau du cœur,


- Le phlegme : secrétée par le cerveau
- La bile jaune : secrétée par le foie
- Atrabile ou bile noire : secrétée par les petites veines. A l'état normal, Hippocrate
estimait qu'il existait un équilibre entre les sécrétions de chacune de ces substances.

Tout excès de production de l'une de ces sécrétions entraîne une rupture de l'équilibre
fondamental ce qui est susceptible d'entraîner une maladie. Cette rupture de l'équilibre peut
être la conséquence de facteurs intrinsèque (congénital, racial, constitutionnel, etc.) ou
extrinsèque (environnement, atmosphère, alimentation, mode de vie, etc.). La guérison ne
peut être obtenue que par l'élimination de l'excès d'humeur, par les médicaments (capables de

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déplacer l'humeur et de la faire revenir à sa place d'origine) ou l'excision (pour faire sortir
l'humeur en trop)

B. La pathologie hippocratique

Pour l'école de Cos, la pathologie est la base de la clinique. Le


médecin hippocratique commence sa visite médicale par la recherche de la cause de la
maladie, grâce à l'examen de la région : situation et nature du sol, cours d'eau, action du soleil
et du vent sur le sol (« facteur étiologique général » et qui détermine l'évolution de la
maladie). Puis commence la recherche des « étiologies spécifiques » de la maladie. Pour
l'école hippocratique, chaque être humain, sain ou malade, a son propre tempérament,
représenté par un mélange d' « humeurs » qui lui est particulier. On distingue parmi les
tempéraments :

- Le sanguin (impulsif, agressif) : qui est conçu comme le résultat d'un excès du sang,
par rapport aux autres humeurs
- Le flegmatique (impassible, imperturbable) : en rapport avec un excès de flegme
- Le colérique (coléreux, irritable et susceptible) en rapport avec un excès de bile jaune
- Le mélancolique (triste, déprimé) : en rapport avec une prépondérance de la bile noire,
par rapport aux autres humeurs.

Le tempérament « sanguin » n'aura pas les mêmes maladies que le flegmatique ; celles du
colérique évolueront autrement que celles du mélancolique. La maladie était considérée
comme due à un déséquilibre des humeurs à une rupture de leur harmonie. Exemple : devant
un abcès, il se forme un écoulement (ou catarrhe), qui est le pus et qui était considéré comme

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humeur viciée spécifique. Cet écoulement est au début abondant, puis se raréfie et s'épaissie
lorsque l'évolution est favorable. Il faut le faire sortir du corps, pour que le patient guérisse et
l'équilibre des humeurs revient. Pour le médecin hippocratique, le moral entre aussi en compte
: « celui qui veut guérir se rétablit plus vite que celui qui perd tout espoir ». Le médecin
coaque est particulièrement attentif à l'entité, qu'il cerne avec une grande sûreté. Si un
symptôme manque ou paraît inhabituel, il enregistre immédiatement cette anomalie. La même
chose est faite en cas d'anomalie dans l'évolution clinique. Donc, la médecine hippocratique
est la première doctrine positive de la maladie. Elle s'est déroutée résolument de l'impasse
spéculative pour insister sur « la phénoménologie clinique » (en grec, phainomenon = ce qui
apparaît). Pour chaque phénomène, le médecin coaque cherchera ce qu'il y a de général,
d'universellement valable, donc, le principe, la loi ou la norme.

C. La clinique hippocratique

Quand il est appelé auprès d'un patient, le médecin hippocratique


suivra les étapes suivantes:

1. Il commence par saluer le malade et sa famille,

2. puis regarde si ce dernier a le « faciès hippocratique » (le visage de la mort) ou non. S'il le
retrouve, il sait qu'il est en présence d'un agonisant. Il ne l'abandonnera pas, mais préviendra
aussitôt l'entourage pour éviter les reproches par la suite.

3. Le médecin s'approche lentement du malade et tente de se faire une idée plus exacte sur son
état : est-il calme ou agité, inerte ou gesticulant, cohérent ou délirant, etc.

4. Puis, le médecin s'installe à côté du lit et interroge le malade, quand celui-ci est conscient :
c'est « l'anamnèse » : a-t-il fait un repas copieux ou s'est-il trop fatigué avant que sa maladie
se déclare ? etc.

5. Puis le corps du malade est dénudé et examiné avec soin, et les signes cliniques recherchés
par palpation.

6. Enfin, le praticien scrute les selles, les urines, les vomissements et les expectorations.
Toutes les visites suivent ce schéma, qui doit aider le clinicien à se rendre compte du genre de
la maladie et de l'état du patient.

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Le clinicien doit suivre l'évolution du patient de près et si elle s'annonce défavorable, il
prescrira au patient de manger peu ou pas du tout, afin de ne pas aggraver son état par les
fatigues de l'indigestion.

D. La thérapeutique hippocratique

Elle est issue de la pathologie humorale et repose sur quatre principes


fondamentaux :

- Etre utile ou au moins ne pas nuire « primum non nocere »


- Combattre le mal par son contraire : c'est « l'énantiothérapie » ou « contraria
contrariis » : un patient froid et moite, a besoin de remèdes échauffants ; un
pléthorique de rafraîchissants ou de vomitifs, etc.
- Mesure et modération
- Chaque chose en son temps : une intervention peut être nuisible un jour et sauver la
vie du patient le lendemain

E. Le corpus hippocratique (Corpus hippocraticum)

Hippocrate a été longtemps considéré comme l’auteur de nombreux


ouvrages médicaux qui ont été regroupés sous le titre de Corpus hippocraticum. En fait,
quelques- uns seulement de ces ouvrages sont dus à Hippocrate. La rédaction des autres est
due à divers auteurs et s’est étendue sur une longue période allant de 400 av. J.-C. à 100 après
J.-C. Ces écrits hippocratiques reflètent la doctrine de l’école de médecine de Cos inspirée par
Hippocrate.

Une édition complète des textes éparpillés dans les bibliothèques du monde a été réalisée au
19e s par Littré. Elle comprend une soixantaine d’écrits, dont:

• Des airs, des eaux et des lieux. [une sorte de traité antique d’écologie humaine]

• De la maladie sacrée. [= épilepsie]

• De l’art.

• Des fractures.

• Des articulations.

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F. Le serment d’hippocrate

Le célèbre serment d’Hippocrate qui figure également dans le Corpus


hippocraticum n’est pas dû à la plume d’Hippocrate. Il s’agit vraisemblablement d’un serment
véritable prononcé non pas par tous les nouveaux médecins, mais par ceux d’un certain
groupe, peut-être celui des pythagoriciens. On a cru voir leur marque dans les clauses
favorables à la conservation de la vie à tout prix (hostilité à l’égard de l’avortement,
interdiction du poison), l’horreur du sang versé (refus de l’opération de la taille d’un calcul
urinaire).

Je jure par Apollon médecin, par Esculape, par Hygie et Panacée,


par tous les dieux et toutes les déesses, les prenant à témoin que je remplirai, suivant mes
forces et ma capacité, le serment et l’engagement suivants:

Je mettrai mon maître de médecine au même rang que les auteurs de


mes jours, je partagerai avec lui mon savoir, et, le cas échéant, je pourvoirai à ses besoins;
je tiendrai ses enfants pour des frères, et, s’ils désirent apprendre la médecine, je la leur
enseignerai sans salaire ni engagement. Je ferai part des préceptes, des leçons morales et
du reste de l’enseignement à mes fils, à ceux de mon maître, et aux disciples liés par un
engagement et un serment suivant la loi médicale, mais à nul autre.

Je dirigerai le régime des malades à leur avantage, suivant mes


forces et mon jugement, et je m’abstiendrai de tout mal et de toute injustice. Je ne remettrai
à personne du poison, si on m’en demande, ni ne prendrai l’initiative d’une pareille
suggestion; semblablement, je ne remettrai à aucune femme un pessaire abortif.

Je passerai ma vie et j’exercerai mon art dans l’innocence et la


pureté. Je ne pratiquerai pas l’opération de la taille, je la laisserai aux gens qui s’en
occupent. Dans quelque maison que j’entre, j’y entrerai pour l’utilité des malades, me
préservant de tout méfait volontaire et corrupteur, et surtout de la séduction des femmes et
des garçons, libres ou esclaves. Quoi que je vois ou entendu dans la société pendant
l’exercice ou même hors de l’exercice de ma profession, je tairai ce qui n’a jamais besoin
d’être divulgué, regardant la discrétion comme un devoir en pareil cas.

Si je remplis ce serment sans l’enfreindre, qu’il me soit donné de


jouir heureusement de la vie et de ma profession, honoré à jamais parmi les hommes; si je
le viole et que je me parjure, puissè-je avoir un sort contraire! (Traduction de Littré)

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CHAPITRE V. LA MEDECINE BYZANTINE
En 395, Théodose (379-395) partage avant de mourir l’Empire romain
entre ses deux fils. L’aîné (Arcadius) régnera sur l’Orient avec Constantinople (Byzance)
comme capitale. Le cadet (Honorius) régnera sur l’Occident.

L’Empire d’Occident s’effondra bientôt sous les coups des invasions barbares du Ve siècle
(Wisigoths, Vandales, Huns, etc.); il disparaîtra en l’an 476 où le dernier empereur établi à
Ravenne sera déposé. L’empire d’Orient durera jusqu’en 1453, année de la prise de
Constantinople par les Turcs.

La période byzantine s'étend sur de nombreux siècles : depuis la fondation de Byzance vers
330 par l'empereur Constantin jusqu'à sa prise par les Turcs, en 1453. Elle a été modelée par
deux forces : « Rome » et le « christianisme ». Sa plus grande caractéristique a été l'apparition
du christianisme, qui va modifier radicalement la vie politique et culturelle et surtout le mode
de vie de l'homme. Ainsi, grecs et romains, qui étaient centrés sur eux-mêmes et sur leur
environnement, vont devenir des chrétiens, tournés vers leur prochain et préoccupés par l'au-
delà.

Parmi les médecins byzantins, relevons:

• Oribase de Pergame (env. 325-400), médecin grec qui, après la chute de l’Empire, a fui
Rome pour se réfugier à Constantinople. Il est l’auteur d’une monumentale encyclopédie
médicale qui par son envergure a dépassé le Corpus hippocratique et les traités de Galien.

• Paul d’Égine (env. 600-650), auteur d’un Abrégé de médecine en sept livres, œuvre
intéressante surtout par sa partie chirurgicale. L’auteur y décrit des techniques précises
comme la trachéotomie, l’ablation des ganglions, l’ablation de tumeurs superficielles, etc.

Tout en poursuivant la compilation, la médecine byzantine commence à y inclure ses propres


connaissances cliniques et à s’ouvrir au savoir médical arabe, perse et indien.

A. CARACTERISTIQUES DE LA MEDECINE BYZANTINE

1. La rédaction de manuels en plusieurs volumes, dans lesquels sont présentées, dans l'ordre,
les connaissances. En cela, ils se sont inspirés de « l'esprit d'organisation romain ».

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2. L'introduction des soins infirmiers dans les hôpitaux, pour aider ceux qui souffrent. Les
premières infirmières de l'histoire ont été des « sœurs en Chrétienté ». Il y avait aussi des «
frères », dans le même sens. Si Hippocrate se considérait au service de l'art médical, le
praticien byzantin, miséricordieux de l'ère chrétienne, a été le premier à se mettre au service
de ses patients, par obligation religieuse et bienfaisance envers ses frères de religion.

3. Les romains ont apporté aussi de grands progrès pour l'hygiène publique : ils ont asséché
les marées, construit des aqueducs et des égouts, des thermes monumentaux (bassins publics)
où des centaines de personnes peuvent se baigner en même temps, etc.

4. Les premiers moines chrétiens, se réfugient dans la solitude, vivent en ascète et pour gagner
leur vie, certains d'entre eux copiaient des manuscrits, ce qui a permis de sauvegarder les
manuscrits helléniques, mais aussi d'introduire la médecine, les sciences naturelles et la
philosophie de la Grèce ancienne dans d'autres pays et d'autres continents, à travers les
croisades.

5. Le byzantin contourne le corps humain pour s'intéresser à l'âme et au spirituel, ce qui est
typique du christianisme oriental.

6. A côté de la médecine hellénistique, se développe une médecine chrétienne, qui rejette


toute influence rationnelle, pour exercer une pratique primitive et magique, au nom et au
service de la nouvelle religion. Pour ces extrémistes, la charité chrétienne est tout et la science
grecque un phénomène marginal.

La médecine byzantine représente incontestablement une régression


dans l'évolution générale de l'esprit médical scientifique, mais elle a vu apparaître de
nouvelles dimensions spirituelles.

CHAPITRE VI. LA MEDECINE ARABE

Mahomet (vers 570-632), fonde l’islamisme. Ses successeurs


commencent à conquérir les pays de l’Orient (Jérusalem, Mésopotamie, Égypte). Alexandrie
est prise en 642; la bibliothèque est brûlée. Les Arabes vont conquérir ensuite l’Afrique du
Nord et l’Espagne.

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Au 8e siècle, le calife Haroun-al-Raschid fonde Bagdad, sur le Tigre,
et en fait la capitale de son empire. Il y construit des hôpitaux, des écoles et une grande
bibliothèque. Le calife fait rassembler dans cette bibliothèque tous les manuscrits grecs qu’on
peut trouver. Il charge les Juifs de les traduire en arabe. L’œuvre d’Hippocrate et de Galien a
ainsi survécu. Galien est particulièrement apprécié par les Arabes. Par l’intermédiaire de
traductions d’arabe en latin son œuvre gagnera peu à peu, du XIIe au XVe siècle, l’Europe
occidentale. Trois siècles environ après la fondation de Constantinople, le flambeau de la
science grecque est repris par les Arables et le Levant islamique, qui ont été les héritiers de la
science de l'Occident grec. L'Europe médiévale n'a pas reçu la philosophie grecque
directement, mais indirectement, par l'intermédiaire des savants musulmans (syriens, perses et
arabes). Il en va de même pour les sciences naturelles et la médecine hippocratico-galénique.
L'essor de l'Islam coïncide avec la « période sombre » de Byzance et ses troubles politiques
aussi bien que religieux. On considère l'irruption de l'Islam comme le véritable tournant de
l'histoire mondiale, entre l'Antiquité et le Moyen Age, en médecine aussi. Les médecins et
philosophes musulmans ont réussi à gérer avec intelligence le vaste patrimoine intellectuel
gréco-romain et à faire une œuvre novatrice.

A. QUELQUES NOMS DES MEDECINS LES PLUS CELEBRES

Plusieurs médecins ont laissé un acquis fondamental pour la


médecine, tels que :

RHAZES de Bagdad (ERRAZI) : qui a été le premier à décrire certaines maladies


éruptives, comme la variole et la rougeole.

AVICENNE (IBN SINA) : surnommé le « Prince des médecins », auteur de 150 livres,
dont le célèbre « Canon de la médecine », qui était considéré comme l'ouvrage médical de
référence, jusqu'au XVII siècle.

ABULCASIUS de Cordoue (ABULKACEM) : qui a écrit d'excellents traités de chirurgie,


dont le célèbre « Al Tarsif ». Il réalisait des incisions d'abcès, la cautérisation des plaies et des
boutons. Il pratiquait l'anesthésie au moyen d'éponge imbibée d'anesthésiques.

MOÏSE MAIMONIDE, qui a écrit des textes sur l'hygiène, les régimes et les premiers soins
AVENZOAR de Séville (IBNU ZOHR), auteur de « Taysir », dans lequel il a décrit la gale,
les épanchements péricardiques, l'épilepsie et la trachéotomie. Il a eu aussi l'idée de
l'alimentation artificielle par sonde œsophagienne.

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AVERROES de Cordoue (IBNU ROCHD), auteur de « Kollyat » ou le Colliget. Il s'est
intéressé à l'obstétrique, à l'ophtalmologie et à l'épidémiologie

HUNAYN IBN ISHAQ, qui est l'auteur du plus ancien traité d'ophtalmologie « Anatomie
de l'œil, ses maladies et ses traitements », qui fut plagié par Constantin l'Africain.

IBN ANAFIS, qui a donné une description précise de la petite circulation pulmonaire.

B. LES TROIS GRANDES PHASES DE LA MEDECINE ARABE

L'histoire de l'empire musulman s'étend sur plus d'un demi-millénaire.


Nous distinguons trois phases qui coïncident assez exactement avec celles qu'a connues
l'histoire de l'Islam.

1. La première phase se caractérise par un phénomène que l'on a très justement appelé une «
fièvre de traduction » : les Arabes, successeurs immédiats du prophète, s'efforçaient déjà avec
une largeur de vue digne d'admiration, de s'approprier la culture des pays conquis par eux.
Dans le domaine de la médecine, il n'y a pas de moyen plus efficace que la traduction. Par ce
procédé, le patrimoine classique de l'Antiquité a été transféré dans une autre zone culturelle.
Les arabes ne tardent pas à créer leurs propres centres de traduction à Damas et Bagdad. Vers
900, toute la médecine hippocratique, galénique et byzantine est accessible en langue arabe.
Les noms de certains traducteurs sont parvenus jusqu'à nous, comme celui du nestorien
Hunain Ibn Ishaq (809-873), qui traduit des centaines de manuscrits médicaux avec une
méticuleuse précision. Des siècles plus tard, les écrits arabes seront traduits dans le latin de la
scolastique. L'Occident a découvert la médecine de l'Antiquité dans des textes qui avaient
presque tous ce « périple linguistique » derrière eux : grec–arabe–latin.

2. La deuxième phase, créatrice, commence au Xème siècle. La langue scientifique


prédominante est désormais l'arabe ; cependant les grands médecins qui la parlent ne viennent
pas tous d'Arabie, mais aussi de Perse, comme Razi (vers 865 – 925), Ali Ibn Al Abbas (mort
en 994) et Avicenne (980-1073) ou de Syrie, d'Egypte et d'Espagne. Les médecins « arabes »
connaissent pratiquement par cœur Hippocrate et Galien. En outre, il y a dans l'aire islamique,
à côté des sources de connaissance grecques, d'autres qui sont persanes, indiennes, et
égyptiennes. La médecine arabe a, de ce fait, le même caractère cosmopolite que celle de
l'hellénisme. Ils nous ont laissé de nombreux documents célèbres, comme « le contenant » (ou
Continens) de Razi, « le livre royal » d'Ali Ibn Al-Abbas et le célèbre « Canon » d'Avicenne.
Et comme les Byzantins, les Arabes composent leurs écrits pour la commodité des praticiens,

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réalisant ainsi de véritables institutions. Et celui d'Avicenne a été non seulement la Bible des
Arabes et des scolastiques, mais treize fois réimprimée au XVIe siècle, à l'époque de
Paracelse et de Vésale. La dernière édition complète en latin a paru en 1608 ! Cependant, les
médecins arabes ne se bornent pas seulement à reprendre, à tirer et à classer (ou à commenter)
des matériaux anciens. Ils observent et cherchent eux-mêmes. De nombreuses choses sont
révisées, d'autres discernées et accomplies pour la première fois. Cette nouvelle vague de
recherches est soutenue par le développement du « système hospitalier» arabe. Le médecin n'y
joue pas un rôle secondaire, comme dans les établissements médiévaux, il en est au contraire
le directeur responsable. Les patients sont régulièrement visités, les malades mentaux sont
soignés dignement dans des services spéciaux. Les hôpitaux disposent de pharmacies et de
bibliothèques à eux. Razi découvre deux nouvelles maladies : la variole et la rougeole, les
décrivant selon le modèle des Epidémies hippocratiques. Il sait beaucoup de choses, dont le
maître de Cos ne se doutait même pas. Comme les affections des yeux étaient parmi les plus
répandues dans les pays arabes, il n'est pas surprenant que nous constatons précisément dans
ce domaine de nouvelles connaissances physiologiques, de nouveaux diagnostics et
traitements. Et Razi a été le premier à décrire la réaction de la pupille à la lumière. La
pharmacie prend un nouvel essor. Les médicaments affluent des contrés les plus diverses. Le
camphre et le seigle ergoté de nos pharmacopées sont des remèdes d'origine arabe. De
nouveaux procédés chimiques sont mis au point pour préparer les drogues : distillation,
sublimation, cristallisation. Enfin, un changement fondamental intervient dans le traitement
des malades mentaux. Bien loin d'être considérés comme des possédés, ils sont soignés avec
gentillesse et attention dans des services à part. Parmi les actes psychothérapiques, figurent la
danse, la musique et le théâtre, pour distraire l'esprit malade.

3. La troisième phase, celle de la décadence, qui s'amorce au XIIème siècle, associée à la


montée du fanatisme et de l'obscurantisme religieux. Néanmoins, les XIIème et XIIIème
siècles comptent encore des figures importantes, qui ont su déjouer les pressions exercées par
les dogmatiques sur eux. On peut citer :

- Averroès né dans le califat espagnol de Cordoue, rédige entre autres « le Livre de Tous », ou
« Colliger ».

- Le juif Maïmonide (1135-1204, Espagne, Egypte), médecin théologien et philosophe, n'est


pas moins apprécié comme médecin galéniste résolu.

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- Ibn Abi Uçaibia (1203-1273), traite de la vie et des œuvres de médecins syriens, arabes et
indiens.

- Abd Al-Latif (1162-1231, Syrie, le Caire), médecin, naturaliste et philosophe, corrige les
erreurs de Galien en anatomie humaine, grâce à ses propres observations. Il montre que notre
maxillaire inférieur doit être considéré comme un os unique (il était conçu avant comme
formé de deux os, ancrés au menton). Il a distingué aussi nettement l'observation objective de
la spéculation galénique, affirmant avec audace que les preuves reposant sur le témoignage de
nos propres sens sont supérieures à celles qui n'ont que l'autorité comme base.

- Ibn An-Nafis (1210-1288, Damas, le Caire), qui a été le premier, trois siècles avant Michel
Servet et les anatomistes de la Renaissance, à décrire « la petite circulation du sang », au
cours d'un commentaire sur l'anatomie du Canon d'Avicenne. Pour lui, Galien, extrêmement
loué, n'est pas reconnu comme une autorité infaillible ; il réfute en effet le dogme galénique
selon lequel les deux ventricules du cœur communiquent par de nombreuses ouvertures. « Au
contraire, écrit-il, la cloison est épaisse et étanche ». Il en arrive à conclure que le sang ne peut
passer du ventricule droit au gauche qu'après avoir fait un détour par les poumons, qu'il s'y
purifie et s'y charge d'air frais. Il s'insurge aussi contre l'opinion d'Avicenne, qui prétendait
que le cœur était nourri par le sang du ventricule droit. Il est arrivé à la conclusion que ce
résultat est obtenu grâce à des vaisseaux spéciaux qui pénètrent dans les tissus du cœur
(appelés actuellement les coronaires). Ce n'est sans doute pas un hasard, si ce sont les
médecins arabes tardifs, comme Abd Al Latif et Ibn An Nafis, qui se sont opposés si
victorieusement à Galien. En effet, les premières générations avaient eu d'autres tâches :
recueillir et assimiler la tradition hippocrato-galénique. Ils l'ont complété par de nouvelles
connaissances, mais sans la corriger notablement. Ce sont leurs successeurs, pour qui la
médecine grecque était depuis longtemps un patrimoine familier, qui ont osé adopter une
attitude critique envers elle.

C. TENSIONS ENTRE MEDECINE ARABE ET MENTALITE ISLAMIQUE

Ces avancées (et parfois même bouleversements) rapides et


nombreuses, se sont souvent heurtées à des résistances de la part des populations, en
particulier des fanatiques religieux et des obscurantistes. Il est rapporté par exemple que le
savant traducteur Ibn Ishaq fut attaqué par une foule en furie et Razi fouetté par un prince. Al
farabi lui-même (870-950), le plus grand philosophe arabe à qui le Moyen Age doit la
distinction fondamentale entre essence et existence, a souffert de persécutions. Averroès, déjà

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vieux, fut exilé pendant un certain temps, cependant que ses œuvres philosophiques étaient
brûlées sur ordre du calife marocain. Ses disciples l'abandonnèrent, le peuple l'insulta. Les
médecins étaient contraints de faire cadrer leurs pensées et leurs actes avec les croyances du
public. S'ils ne tenaient pas compte des cercles religieux, cela pouvait leur nuire. Pour y
échapper, ils dissimulaient leurs opinions véritables. Pour de nombreux musulmans croyants,
les philosophes et les médecins, ayant une culture philosophique, étaient des hérétiques. Cet
état d'esprit va à l'encontre de l'essence de l'Islam, qui a toujours prôné la tolérance et
l'ouverture. En effet, le prophète MOHAMED (Mahomet) a été un exemple éclatant de
tolérance et n'hésitait pas à se faire soigner par un praticien « infidèle ». Les califes ont été
aussi des mécènes compréhensifs, qui ont protégé et aidé les savants.

CHAPITRE VII. LA MEDECINE DU MOYEN AGE EUROPEEN

La chute de l’Empire d’Occident entraîne le rapide déclin de l’œuvre


de la civilisation romaine. Les médecins disparaissent. Ils sont remplacés par des superstitions
grossières, des exorcismes et la magie.

Le "Moyen Age" est une partie de l'histoire qui s'étend sur une période de dix siècles environ
(du 5ème au 15ème siècle), située entre deux évènements historiques importants :

La chute de l'Empire Romain Occidental (476 : disparition définitive de l'empire romain)

La chute de l’Empire Gréco-Romain d'Orient (Constantinople) en 1453, sous les coups des
Turcs. Historiquement, cette période correspond aussi, à celle de l'essor de la civilisation
arabo-islamique dans le monde entier connu de l'époque : Asie, Afrique, et Europe. Elle se
caractérise, en Europe, par l'obscurantisme et le dogmatisme de l'église, qui contrôle
l'enseignement et domine les gens instruits. Pendant cette période, la production scientifique
et l'innovation sont très réduites, ce qui contraste avec la richesse de l'innovation chez les
Arabes.

A. La médecine monacale.

Au milieu de ce chambardement, les monastères chrétiens représentent


des sortes de refuges où les textes anciens grecs et latins dont les textes médicaux qui ont
échappé aux envahisseurs barbares sont conservés, copiés et résumés.

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Les monastères ont généralement une infirmerie servant à soigner les moines, mais aussi des
laïques. St Benoît (480-547) impose d’ailleurs la présence d’une infirmerie pour les
monastères de son ordre, l’ordre des Bénédictins.

À côté de ces infirmeries, il existe des hôpitaux ou hospices dont la mission primaire est
d’accueillir les pèlerins et d’héberger les pauvres. Ce n’est qu’accessoirement que l’hôpital
intervient dans des soins médicaux. Au départ, l’hôpital a donc avant tout une mission
philanthropique.

B. Caractéristiques du moyen âge

Au moyen Age, le christianisme était tout puissant et où que l'on se


tourna, tout était imprégné de christianisme, d'où les qualifications de cette époque de : « âge
de la chrétienté », «époque théocentrique » (les temps modernes sont qualifiés de techniques,
bureaucratiques, etc., mais privés de centre).

1. Les caractéristiques de la pensée de l'homme moyenâgeux

- L'homme du Moyen Age ne distinguait pas entre « croire » et « savoir » ou privilégie


le « croire » sur le « savoir et la réflexion ».
- Sa pensée rationnelle se développait à l'intérieur de la foi, au sein du message chrétien,
sinon elle sera immédiatement rejetée et vigoureusement combattue, au nom de la
religion.
- Il a des réponses à toutes les questions et une vue d'ensemble sur le monde, dans le
message chrétien, qui manquait aux païens (grecs, romains et musulmans). Ce
message peut être élaborée, discutée et détaillée à l'infini.
- Il ne se sentait pas seul dans ce monde : deux guides sont toujours à se cotés : « Le
clergé » et « les Saintes écritures » (Bible). Pour lui, la bible était un ouvrage de
référence irremplaçable, qui donnait des informations non seulement sur la religion,
mais sur tous les problèmes de la vie quotidienne, sur l'Histoire mondiale, le droit, la
sociologie, etc. Et le clergé avait des réponses sur tout et dans tous les domaines, aussi
bien religieux que sociaux ou même scientifiques.

2. Position des autorités ecclésiastiques

- Elles avaient aussi une main mise sur le savoir, car l'enseignement était assuré par les
hommes de l'Eglise.

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- La scolarité était encouragée, non comme but en soi, mais comme instrument
indispensable pour étudier l'Ecriture sainte.
- Le principal souci des ecclésiastiques était de sauvegarder la religion, en l'imposant
comme doctrine officielle, et en pourchassant tous les déviants, qui seront accusés soit
de manquer à la foi religieuse chrétienne, soit carrément de la trahir.
- L'église prétend aussi contrôler les actes et les pensées de ses fidèles, de peur pour
eux, qu'ils ne se fassent séduire par le diable, surtout à leur insu !

C. Les significations de la maladie au moyen âge

Dans cette Europe chrétienne théocentrique, l'homme concevait la


réalité et les institutions humaines d'un point de vue religieux, qui avaient pour but ultime de
glorifier le caractère divin de la création. Pour lui, la maladie ne pouvait se concevoir que
sous l'influence du diable, qui hante les maisons et lieux de vie des Croyants, prêt à les
ensorceler.

Le malade, du fait même de sa maladie, est religieusement impur : le soigner revient à lui
purifier le corps et l'âme. D'où la nécessité d'isoler certains malades, comme les lépreux,
moins par hygiène que par soucis religieux (pour ne pas influencer les autres, par leurs
impiétés).

La "punition du déviant" par la mort (brûlé vif, « pour qu'au moins l'âme du sujet monte au
ciel, purifiée par le feu, de toute influence diabolique !! ») n'était pas rare. On luttera aussi
contre la maladie par la prière, l'exorcisme (chasser du corps les démons), l'isolement et les
pèlerinages. Le moyenâgeux avait donc un triple rapport avec la maladie :

C'est une conséquence du péché original (commis par nos ancêtres : Adam et Eve, qui ont
désobéit à Dieu).

Elle est le châtiment pour une faute commise par la victime elle-même. Le châtiment peut
frapper soit l'individu seul, soit plusieurs individus, soit des peuples entiers. Ceci nous
rappelle la médecine magique primitive, mais contrairement à cette dernière, dans la
chrétienté, la crainte de représailles divines débouche sur l'espérance. A partir de ce moment,
il n'y a plus de cas désespérés et même la mort est vaincue, puisqu'une vie nouvelle s'ouvre
dans « l'au-delà ». Donc, la maladie avait un sens, qui a ses racine dans le surnaturel : elle est
adressée par Dieu, au patient pour l'amener à une prise de conscience, lui permettant de

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réviser sa conduite passée, de méditer sur sa nature mortelle et le mystère du monde et mieux
croire.

C'est une forme d'expiation (rachat) et de purification, que le malade doit supporter avec
soumission. C'est une épreuve pour le malade et une occasion pour lui d'acquérir des mérites,
pour mériter le paradis. Certains pères de l'Eglise ont poussé cette idée jusqu'à l'extrême,
affirmant que « la maladie est une grâce et la santé un malheur » !!

Le pape Grégoire le Grand (vers 540 – 604) accueillait la peste comme une bénédiction, parce
qu' « elle délivrait les hommes des atrocités barbares ».

D. Difficultés posées par l'église aux médecins

Le progrès médical, à l'époque, était bridé par deux ordres de


phénomènes, où l'on retrouve l'attitude de l'Eglise:

- Dogmatisme et scolastisme : L'autoritarisme ecclésiastique s'attaquait à toutes les


nouveautés, en particulier face à tout ce qui dérange sa conception des choses, comme
par exemple les malades mentaux : avec peu, on peut les faire avouer ce qu'on voudra
: Sorcellerie, pacte avec le Diable, vision du Diable la nuit, etc. Des Malades mentaux
seront pris pour boucs émissaires, surtout face à une épidémie ou à une famine, où le
mécontentement social sera grand : ils sont considérés comme possédés du Démon et
sacrifiés. Beaucoup de malades périrent sur le bûcher, mais aussi des scientifiques,
pour avoir osé discuter l'opinion de l'Eglise, réputée "infaillible" à l'époque. Mais il est
arrivé que l'Eglise révise son opinion quelques siècles après avoir condamné une
personne ; on peut alors réhabiliter son âme, quelques siècles après sa mort. C'est ce
qui est arrivé à Galilée en 1633, condamné à mort par l'Eglise (Inquisition) pour avoir
affirmé que la terre tournait autour du soleil : on a reconnu après sa mort, l'erreur de
l'Eglise, et on a promis le Paradis à son âme.
- Obscurantisme, Inquisition et chasse au Diable et aux sorcières, qui rendaient les
suspicions faciles : on soupçonne les novateurs, et les médecins surtout. Les premiers
martyrs du devoir médical apparaîtrons : Petro Albano à PADOUE, en Italie, en 1311;
Arnaud De Villeneuve à MONTPELLIER, en 1311. On craint, on diabolise et on
culpabilise le corps, et toute la vie sexuelle (la vie sexuelle sans l'envie d'avoir un
enfant est un péché, pour l'Eglise catholique). Donc, l'église imposait un certain

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nombre "d'instructions" contraignantes, au nom de la religion, qui gênaient celui qui
voulait étudier ou pratiquer la médecine, et qui ne pouvait qu'être homme de religion.
E. Difficultés des chirurgiens avec l'église : cas des dissections

L'un des problèmes était, pour les chirurgiens, l'interdiction des


dissections anatomiques par l'Eglise, sous peine d'excommuniation. Elle refusait même que le
corps humain soit exploré, «pour ne pas troubler l'ordre divin ». Du coup, il y avait trois
attitudes possibles face à cette interdiction :

1. se cantonner dans un verbiage creux, en parlant latin et grec, pour ne pas être compris et
éviter très soigneusement de toucher aux malades : C'est le style des médecins critiqués par
Molière: "Thomas DIAFOIRUS" dans "le Malade Imaginaire" par exemple, ou le Doyen
PATIN dans la querelle de la circulation sanguine.

2. faire des dissections en cachette, et gagner la protection d'un roi ou d'un prince : C'est la
solution choisie par Vésale, le médecin de l'Empereur espagnol Charles-Quint. Mais, quand
Charles Quint avait abdiqué en faveur de son fils, les ennuis ont commencé pour Vésale :
condamnation à mort par l'Eglise, changée par le jeune empereur en un pèlerinage à
Jérusalem, et il décèdera d'un naufrage du bateau au retour.

3. Ruser pour obtenir une autorisation de disséquer, par l'Eglise: disséquer le cadavre d'un
condamné à mort, dissection des cadavres suspects d'avoir été empoisonnés (expertise
médico-légale dirait-on de nos jours)

F. Ebauches de changements

Commencent vers 1100, par le contact avec la science des Arabes,


beaucoup plus réaliste et fondée sur des bases aristotéliciennes. Avec l'écartement des moines
de la médecine (par une décision du pape, en 1130, l'Eglise catholique interdit toute activité
médicale aux membres de ses ordres religieux. A l'origine de cette décision, un désir d'éviter
les abus, qui ont été constatés chez certains moines médecins, qui avaient obtenus des
avantages matériels importants et une grande notoriété, en soignant des hauts personnages et
des célébrités de l'époque), ces derniers se sont consacrés à la traduction des documents
scientifiques arabes, à tel point qu'on parle « d'inondation du continent européen par la
philosophie et la médecine arabe sous ses vêtements latins ». Ce phénomène s'appelle «
arabisme ». Les nouveaux médecins seront formés dans des « écoles de médecine », qui ne
tardent pas à s'appeler « universités » et vont profiter pleinement de cet arabisme, qui

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remplacera l'enseignement par les religieux. L'arabisme a exercé donc, une influence décisive
sur l'Europe cultivée. Par leur exemple, les philosophes et les médecins arabes ont libéré chez
les clercs scolastiques des forces, sans lesquelles l'épanouissement de l'esprit européen n'eût
pas été concevable. Ainsi, c'est vers le milieu du XIIIe siècle, qu'on aborde pour la première
fois en Europe moyenâgeuse, le problème du monde matériel indépendamment de Dieu.
Albert Le Grand (vers 1200-1280) (canonisé par la suite) reconnaît que la raison humaine est
capable d'appréhender par ses propres moyens la réalité à laquelle elle est affrontée. Un
gouffre commence à se creuser progressivement entre « la connaissance » et « la foi », «
l'explication rationnelle du monde » et « la Révélation chrétienne ». Une sorte d'illumination
philosophique rejette la Révélation chrétienne à l'arrière-plan et révèle aux clercs éperdus, ce
qu'est en réalité le monde et comment sa nature peut être élucidée par la seule raison humaine.
Il surgit un conflit entre la Bible et les philosophies gréco-arabes, qui obligeaient à cesser les
efforts pour réconcilier la science et la foi. Mais l'Eglise est intervenue rapidement pour
réprimer ces hérésies et certains astrologues ont été torturés et brûlés, comme protagonistes et
propagateurs de sciences occultes gréco-orientales.

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CHAPITRE VIII. HUMANISME ET MEDECINE

A. PRESENTATION DE L'HUMANISME MEDICAL

La forme médicale de l'humanisme découle d'un évènement dont les


répercussions se font sentir de nos jours encore : « l'écoulement de l'ordre universel médiéval
». Son début fait suite au crépuscule du Moyen Age, vers 1400. L'humanisme a forgé et
cultivé les traits de caractère selon des modèles antiques : grandeur d'âme, maîtrise de soi,
sens des responsabilités, esprit de décision. Mais elle a été aussi pauvre en innovations et en
découvertes que le Moyen Age.

B. L'ECROULEMENT DE L'ORDRE MEDIEVAL

Après la phase de « réception » enthousiaste et respectueuse du


christianisme, succède inévitablement celle de la critique. Cette nouvelle attitude a été
favorisée par le fait que l'horizon intellectuel de l'européen cultivé s'est considérablement
élargi, grâce à plusieurs événements :

Les croisades, qui avaient ouvert de nouveaux horizons.

La découverte de l'Amérique, en 1492 : des plantes, des animaux, des peuples et leurs
mœurs qu'aucun auteur ancien n'avait jamais décrits font leur apparition sur la scène
européenne.

L'imprimerie, inventée précisément à cette époque, a permis la diffusion rapide des toutes
dernières connaissances.

Grâce à ces ouvertures d'horizons et d'esprits, des problèmes qui ont continuellement occupé
le Moyen Age pendant un millénaire et qui ont même constitué le fonds de sa nature
spirituelle la plus intime, paraissent tout à coup accessoires et sont mis de côté, ou se bloquent
dans une impasse. De toute évidence, les deux piliers de la société médiévale, « l'empereur »
et « le pape », ne tiennent plus. La chrétienté s'émiette en nations, qui se battent indéfiniment
les unes contre les autres.

1. Attitude de l'Eglise face aux catastrophes du XIVème siècle

Face aux catastrophes du XIVème siècle (la guerre de 100 ans entre la
France et l'Angleterre depuis 1338, la peste noire de 1348, le schisme de l'occident de 1378 à

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1417), l'Eglise va faire des efforts désespérés pour imposer, par la violence et l'arbitraire, ce
que la conviction n'a pas pu opérer.

C'est le cas de :

L’Inquisition (tribunal ecclésiastique chargé de réprimer l'hérésie), qui a été l'œuvre


diabolique du Moyen Age expirant, instituée en 1231/1232, et qui va avoir recourt à la torture
à partir de 1250.

Le « don des larmes », qui est supposé apporter des mérites aux croyants : on pleure et on
sanglote à toute occasion : aux exécutions, aux prières, aux visites officielles, etc. On apprend
à se tourner soi-même en dérision.

C. L'humanisme : Nature, Evolution et Tendances

L'humanisme a été pour l'homme une nouvelle attitude d'esprit en face


de lui- même, de ses semblables et du monde. L'avenir, jusqu'alors identifié au jugement
dernier, apparaît soudain comme une page blanche. Il n'est plus déterminé par avance (écrit)
et chacun est appelé à le modeler, selon des normes qu'il établit lui-même.

1. Les signes extérieurs du changement intervenu dans l'attitude envers le monde

Désormais, les auteurs datent et signent régulièrement leurs livres et leurs tableaux. Il y a là
un sens du temps et de l'histoire, qui contraste nettement avec la recherche médiévale de
valeurs éternelles et absolues. Avec leur doctes manigances, les scolastiques perdent de vue
l'essentiel : l'individu, ses devoirs et son destin. Cette attitude n'a fait que détourner l'homme
du but véritable de son existence : le développement harmonieux de sa personnalité au sein de
la société.

Le centre de gravité vital passe du cosmos divin, vers l'homme lui-même. A partir de ce
moment, ce n'est plus l'ordre universel divin qui se trouve au centre de l'évènement, mais
l'homme, avec ses souffrances, ses espoirs et son désir passionné de valeurs authentiques.

Les humanistes cherchent à répandre parmi leurs semblables une nouvelle image du monde
et de l'homme, agissant en éducateurs par leur exemple et leurs œuvres. Ils étaient de bons
orateurs. C'est par la perfection du langage que l'homme se révèle dans sa plus haute
humanité, c'est la rhétorique qui fait de lui un homme.

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CHAPITRE IX. LA MEDECINE MODERNE

Le grand virage de la médecine moderne a été amorcé au début du


XIXème siècle par le physiologiste, pharmacologue et médecin français François
MAGENDIE, qui a attaqué les « fabricants de systèmes », ainsi que les médecins romantiques
(ou littéraires) et empiristes (qui s'appuyaient uniquement sur l'expérience spontanée ou
commune, sans méthode ni rationalisme). Au cœur de la médecine nouvelle :

1. la recherche de faits scientifiques tangibles (palpables, évidents),


qui s'effectue par l'expérimentation active. L'expérimentateur avance des hypothèses, qui
seront confirmées ou infirmées par les résultats de son travail.

2. A partir de cette époque, les hospices selon le modèle médiéval


(lieu d'accueil pour les pauvres et les infirmes) se transforment en hôpitaux au sens moderne
du terme, traitant les malades et surtout les cas aigus ; puis peu à peu, les classes aisées ont
osé venir s'y faire soigner (alors qu'elles étaient traitées jusque-là chez elles, à domicile).

A. La médecine hospitalière

Elle s'appuie sur deux piliers : « l'exploration physique » et «


l'anatomie pathologique ». Son défaut, c'est qu'elle refoule à l'arrière-plan la tendance
expérimentale (annoncée par Magendie dès le début du XIXème siècle). Elle va développer
donc, ces deux aspects :

1. l'exploration physique a été initiée par le viennois Léopold VON AUENBRUGGER


(1722-1809), en particulier en systématisant le recours à la percussion. En 1819, LAENNEC,
à Paris, introduit l'auscultation des malades par le stéthoscope. L'usage du thermomètre et des
méthodes endoscopiques (ophtalmoscopie, laryngoscopie, cystoscopie, etc.) se répondaient à
partir de 1860. Le « marteau réflexe » a été utilisé pour la 1ère fois en 1870, par Wilhelm
ERB. En 1875, Carl WESTPHAL constate la disparition du réflexe rotulien dans le tabès et en
1896, Joseph BABINSKI décrit le signe qui porte son nom. Ainsi, à « la pathologie externe »
des chirurgiens, vient s'associer « la pathologie interne » des internistes.

2. L'anatomie pathologique qui s'est développée grâce à la pratique intensive des autopsies
cadavériques, qui répondaient à des buts différents :

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Mettre en lumière les rapports, riches d'enseignements pratiques, entre le tableau clinique et
les lésions organiques. On recherchait, lors des dissections, le siège des maladies dans les
organes et les autres parties du corps.

déterminer la cause de la mort

satisfaire le goût du baroque pour l'étranger, l'insolite et le monstrueux. Lors des autopsies,
les médecins ont été frappés par l'existence d'un nombre limité de « formes fondamentales »
d'altérations morbides, qui sont retrouvées au niveau des organes et tissus les plus divers :
atrophie, hypertrophie, inflammation, formation tumorale, etc. C'est à partir de ces constations
que va se développer « l'anatomie pathologique générale », dès le début du XIXème siècle,
avec Xavier BICHAT, Théodore SCHWANN et Rudolf VIRCHOW.

B. Caractéristiques de la médecine hospitalière

L'anatomie pathologique macroscopique va rapidement montrer ses


limites : elle n'a élaboré ni nouvelle étiologie ni nouvelle physiologie pathologique
(pathogenèse). Par exemple : l'autopsie peut nous montrer toutes les modifications visibles de
la forme d'un foie cirrhotique, mais elle ne nous donne aucune indication sur leurs causes
(étiologies), ni sur leurs processus morbides (physiologie pathologique). Dans la grande
majorité des cas, les modifications de la forme nous apprend très peu de choses sur la
modification de la fonction. Face à ce vide étiologique et pathogénique, la médecine
hospitalière s'est tournée vers d'autres issues (à partir de 1840) :

La méthode statistique, pour rechercher les relations (au moins numériques) entre certains
phénomènes (mais elle n'explique rien). En obstétrique, le hongrois SEMMELWEIS (1818-
1865), qui exerçait à Vienne, n'a pas cessé de rappeler que la propreté des mains diminuait la
mortalité due à la fièvre puerpérale, qui représentait un véritable fléau et ce au moyen de
conclusions logiques et statistiques. Malheureusement, on ne l'a pas cru faute de preuve
bactériologique, qui fut rapportée par la suite par Pasteur.

Le laboratoire : dès 1860, la médecine hospitalière découvre l'importance du laboratoire, et


en particulier du microscope et de la chimie dans les activités du clinicien. Ainsi, de plus en
plus d'analyses passèrent du domaine de la chimie à celui de la clinique : détection du sucre
dans les urines (glycosurie : TROMMER 1841 et FEHLING 1870), détection de l'albumine
dans les urine (albuminurie : HELLER 1852), dosage de l'hémoglobine dans le sang
(hémoglobinèmie : GOWERS 1879 et SAHLI 1902). A partir de cette époque, l'investigation

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se déroule dans l'ordre qui nous est familier : anamnèse, examen clinique, examens de
laboratoire.

De son côté, la bactériologie va jouer un rôle considérable, surtout avec Louis PASTEUR
(1822-1895), qui a introduit la vaccination contre la rage (il en a été accusé de commettre un
crime, par l'Académie de Médecine française !). Il a aussi remporté une victoire contre la
doctrine spéculative de « la génération spontanée », qui était répandue à l'époque et qui
postulait que la vie (surtout des insectes) peut naître à partir de substances inorganiques, sous
l'effet de facteurs physico chimiques, comme l'air, la teneur en oxygène, en électricité ou en
magnétisme ! Pasteur a démontré que la vie ne pouvait naître que de germes (de parents) et
que la chaleur pouvait stériliser un milieu en tuant ses germes. Pour ses opposants, renier la «
génération spontanée revient à renier la création divine ». Depuis, les germes de plusieurs
maladies ont été reconnus : charbon (DAVAINE et KOCH : 1863 et 1876), gonorrhée
(NEISSER 1879), typhoïde (EBERTH 1880), lèpre (HANSEN 1880), malaria (LAVERAN
1880), tuberculose (KOCH 1882), choléra, tétanos, peste, syphilis. Ainsi, avec la
bactériologie commence une nouvelle ère étiologique. Et les premiers bactériologistes étaient
convaincus qu'avec la découverte de l'agent causal, la nature même de la maladie était
élucidée et que la maladie était le microbe lui-même. Pour eux, causes et conséquences se
confondaient. Actuellement, on sait que pour le patient infecté, les microbes ne sont pas
toujours dommageables par leur seule présence (il existe de nombreux cas de « porteurs sains
»), mais par leur action directe ou indirecte sur l'organisme (toxines, allergie, attaques des
cellules, etc.). La constitution et la disposition du patient interviennent aussi.

La bactériologie a bouleversé l'hygiène (aussi bien individuelle que collective)

la médecine préventive a réalisé des progrès inestimables et a sauvé incontestablement plus


de vie que la médecine curative.

l'immunologie s'imposa également dans la pratique médicale. On pouvait désormais tester


les réactions cellulaires et humorales chez les patients atteints de maladies infectieuses : ce
sont les « sérodiagnostics » (pour la tuberculose, la syphilis, etc.)

La psychiatrie, a découvert les névroses : affection en rapport avec des perturbations de la


psychologie de l'individu, sans lésion organique observable ni germe détectable.

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C. Principes de la médecine moderne

1. Les faits sont au centre de la médecine scientifique. L'accent est mis sur un pragmatisme
militant

2. Les faits les plus indiscutables nous les devons à l'expérience : donc, l'idéal est « la
méthode expérimentale ». Il faudra l'employer partout et toujours.

3. Faire profiter la médecine des progrès de la physique, la chimie, la biologie, qui l'ont
dépassé, grâce à l'expérimentation. La médecine devient ainsi, elle aussi, une science
naturelle. C'est « le naturalisme médical ». Par contre, « les sciences morales » sont
considérées comme appartenant exclusivement à « la culture générale » ou alors, si elles
veulent être prises au sérieux, elles doivent être remaniées sur le modèle des sciences
naturelles (c'est la voie qui a été suivie effectivement par nombre de psychologues). On
comprend le peu d'importance voire le mépris initial, accordé à la psychologie dans la
médecine moderne jusqu'au début du XXème siècle. Mais depuis la fin de la 2ème guerre
mondiale, le temps du « naturalisme médical » est révolu et les sciences humaines ont fait leur
percée en médecine, ouvrant ainsi la voie à « la médecine post moderne ».

4. lutter contre toute idée dogmatique ou croyance scientifiquement non prouvée.

CHAPITRE X. LA MEDECINE POST-MODERNE

L'état actuel de la médecine est qualifié de post moderne, car il accuse


quelques différences avec la médecine moderne (de 1800 à 1945).

A. l'hégémonie de la méthode expérimentale a été brisé

Même si on fait plus d'expériences que jamais. Les médecins ne


peuvent plus pratiquer leur art comme une science « ésotérique », dont les lois régissent toute
la pensée humaine. La maladie ne peut jamais être assimilée à une « panne » et l'hôpital à un «
atelier de réparation ». Soigner un malade ne se réduit jamais «à réparer » ni à s'occuper de
l'organe malade, avec un aspect purement technique. Les patients ont tiré un avantage
considérable de ce progrès scientifique, mais ils constatent avec déplaisir que leur cas
particulier est traduit dans le langage technique et impersonnel de la science, qui leur est
étranger. La médecine moderne a été très profitable pour eux, mais d'une manière qui ne leur

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convient pas humainement, surtout que la « solidarité moderne » est plus impersonnelle que «
l'amour du prochain » islamique ou chrétien. Combien d'opérés dans les hôpitaux ne
connaissent pas le nom de leur chirurgien ou n'éprouvent pas le désire de le connaître !! Dans
notre société de masse, beaucoup de praticiens « travaillent à la chaîne », ou deviennent des «
fonctionnaires de la médecine », ou succombent au « mercantilisme » voire même à la
criminalité et on arrive à des cas où la seule vue du médecin provoque chez le malade un effet
plus grave que la maladie elle-même !! Le contact avec les guérisseurs est plus direct, plus
naturel et plus humain (qu'avec beaucoup de médecins !!). En plus, ils parlent le même
langage qu'eux et ont la même culture qu'eux (contrairement à certains médecins tunisiens
acculturés par quelques années de stages à l'étranger ou par une admiration inconditionnelle
voire naïve de l'occident, rapidement constatée et dépréciée par le malade). D'où le nombre de
plus en plus important de guérisseurs, qui contraste avec le nombre croissant d'insatisfaction
et même de procès intentés contre les médecins, qui se trouvent de plus en plus obligés de se
regrouper (conseils de médecins, syndicat, etc.), de se faire assurer et d'engager des hommes
de loi pour défendre leurs droits !! Ainsi, paradoxalement, au moment où la médecine actuelle
va de succès en succès, et devrait donc être admirée comme jamais, c'est le contraire qui se
produit : elle est mise en question et le praticien d'aujourd'hui accuse une situation de plus en
plus difficile par rapport à ses prédécesseurs. Les progrès de la médecine semblent ainsi
profiter aux malades mais pas à la profession médicale.

B. Des pathologies nouvelles sont apparues

Telles que :

La pathologie fonctionnelle : où on trouve des plaintes somatiques, ne révélant d'aucune


pathologie lésionnelle et ne pouvant être expliquées par des mécanismes physiopathologiques
définis. En effet, toutes les maladies ne provoquent pas de lésion organique. Dans ces cas, les
maladies organiques passent à l'arrière-plan, remplacées par les plaintes fonctionnelles.
Exemples : colopathie fonctionnelle, en gastro-entérologie ; syndrome d'hyper ventilation, en
pneumologie ; douleurs thoraciques non coronariennes, en cardiologie ; fibromyalgie, en
rhumatologie, etc.

La pathologie psychosomatique : dans laquelle une lésion organique est déclenchée ou


entretenue par des facteurs psychologiques. Exemples : l'hypertension artérielle, l'asthme
bronchique, l'ulcère peptique, les neuro- dermatoses (eczéma, psoriasis, etc.)

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C. Ere de la thérapeutique

Cette époque a été qualifiée « d'ère de la thérapeutique » et surtout de


la pharmacothérapie, qui a pris la place de « l'ère de la pathologie ». Aujourd'hui, chaque
année jette sur le marché des milliers de produits plus ou moins nouveaux et de génériques.
Pour le médecin, ils constituent une surcharge, qui encombre sa mémoire et ne l'incite guère à
penser, favorisant l'empirisme au détriment de la réflexion et du discernement. Empirisme et
technicité réunis sont en train de mener la médecine actuelle à une régression. Certes, nous
connaissons infiniment plus de choses que les médecins de l'Egypte ancienne ou de la
Mésopotamie, mais nous découvrirons soudain des ressemblances inquiétantes entre leurs
façons de penser et d'agir que les nôtres.

D. Fragmentation des connaissances

Nos connaissances sont non seulement d'une ampleur effrayante, mais


sans liens entre elles et compartimentées à l'excès. L'hyperspécialisation, poussée à
l'extrême, est devenue « un mal nécessaire », avec l'incapacité et surtout la répulsion des «
vues d'ensemble ». Chaque spécialiste se retranche dans son petit domaine et s'y complaît.

E. Effritement de l'enthousiasme scientifique

(par rapport à la médecine moderne). Ainsi, si la masse de la littérature médicale (publications


et communications) ne cesse de s'accroître exponentiellement, on remarque que le niveau
scientifique baisse, ce qui rappelle l'époque du verbiage stérile et de la rhétorique creuse. La
plupart des disciplines médicales, dans le monde entier, ont leurs sophistes et littérateurs.
Cette médiocrité est souvent associée à l'égoïsme.

F. La réforme de l'enseignement médical

Paraît prometteuse avec les efforts fournis pour l'amélioration des programmes de
l'enseignement, le contact avec les malades dès les stages et l'ouverture de l'horizon
intellectuel sur d'autres disciplines (psychologie, philosophie des sciences, médecine sociale,
histoire de la médecine, etc.), à côté des disciplines traditionnelles.

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