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Mobilisations Et Trajectoires Cairn - Info - 1605999912110

L'article explore les implications politiques de la Coupe du monde de football 2010 en Afrique du Sud, soulignant son rôle dans la lutte contre l'apartheid et la construction de l'identité nationale. Il met en évidence les tensions entre les bénéfices économiques promis par la FIFA et les critiques sur l'héritage durable de l'événement, tout en examinant comment le football peut servir de vecteur de mobilisation politique. Enfin, il aborde les relations complexes entre le football et la politique en Afrique, illustrant comment le sport peut être à la fois un outil de contrôle et un moyen d'émancipation sociale.

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L'article explore les implications politiques de la Coupe du monde de football 2010 en Afrique du Sud, soulignant son rôle dans la lutte contre l'apartheid et la construction de l'identité nationale. Il met en évidence les tensions entre les bénéfices économiques promis par la FIFA et les critiques sur l'héritage durable de l'événement, tout en examinant comment le football peut servir de vecteur de mobilisation politique. Enfin, il aborde les relations complexes entre le football et la politique en Afrique, illustrant comment le sport peut être à la fois un outil de contrôle et un moyen d'émancipation sociale.

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Introduction au thème

La politique du football en Afrique : mobilisations et


trajectoires
Susann Baller, Martha Saavedra, Traduction Laurent Fourchard, et
Marie-Emmanuelle Pommerolle
Dans Politique africaine 2010/2 (N° 118), pages 5 à 21

Article

L a Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud est annoncée comme un tournant


majeur pour le pays hôte, mais aussi pour l’ensemble du continent. Audacieuse
alternative à l’afro-pessimisme, elle permettrait désormais à « l’Afrique » de se
1

placer au cœur de la scène internationale. La Fifa et les organisateurs de la Coupe


entendent explicitement célébrer l’humanité du continent. La mascotte du Mondial,
Zakumi (un léopard jaune et vert), est censée représenter« l’Afrique du Sud et le reste
du continent, par son assurance, sa fierté, son hospitalité, ses qualités humaines et
sa chaleur [1] ». Danny Jordaan, le directeur du comité organisateur sud-africain de la
Coupe du monde, a expliqué à plusieurs reprises que Zakumi est né en 1994, c’est-à-
dire « la même année que la démocratie sud-africaine [2] ».

Jordaan insiste à dessein sur la signification politique du fait que la Coupe du monde 2
se tienne en Afrique du Sud. Selon The Guardian, il aurait même comparé la
mobilisation destinée à convaincre le monde de la candidature sud-africaine à la
lutte contre le gouvernement de l’apartheid [3]. Dans les années 1970, Jordaan rejoint
le South African Council on Sport (Sacos), qui fait alors campagne contre l’apartheid
dans le sport, avec pour slogan : « pas de sport normal dans une société anormale ».
À la fin des années 1980, il devient membre du National Sports Congress (NCS)
a filié à l’ANC, qui lance des négociations pour obtenir la fin de la ségrégation dans
le sport, et conduit à la création en 1991 de la South African Football Association
(Safa). En 1992, l’Afrique du Sud est réadmise au sein de la Confédération africaine
de football (CAF) et de la Fédération internationale de football association (Fifa),
dont elle avait été exclue en raison du régime d’apartheid. En 1996, l’Afrique du Sud
accueille la Coupe d’Afrique des nations et l’équipe nationale, les Bafana Bafana
(« les boys »), gagne la finale.

La candidature du pays à l’organisation du Mondial 2006 échoue à une voix. 3


Beaucoup, en Afrique du Sud, interprètent cet échec comme une réticence de la Fifa
à soutenir le football africain. Immédiatement après la di fusion de la nouvelle, le
président Thabo Mbeki annonce à la radio : « nous gagnerons la prochaine fois [4] ».
Les dirigeants politiques sud-africains placent la Coupe du monde en haut de leur
agenda. À côté de Mbeki, la délégation présentant la candidature de l’Afrique du Sud
comprend Nelson Mandela, Frederik de Klerk, et Desmond Tutu. Mandela souligne
alors le rôle du football dans la lutte contre l’apartheid et rappelle que le « football
était la seule joie des prisonniers » sur Robben Island [5]. Mbeki ajoute que le projet
d’accueillir la Coupe du monde invite à un« voyage d’espoir pour l’Afrique du Sud,
l’Afrique et le monde », un voyage qui « nous donne la force et l’endurance dont nous
avons besoin pour marcher sur le di ficile chemin qui nous sépare encore de la
renaissance africaine [6] ». Six ans plus tard, le président Jacob Zuma estime dans son
discours du Nouvel An que 2010 sera « l’année la plus importante pour notre pays
depuis 1994 », et qu’elle devra réitérer « notre engagement pour l’unité et la
construction nationale. […] Ce doit être l’année durant laquelle nous travaillons
ensemble pour faire de la Coupe du monde un tournant majeur pour la promotion
de notre pays [7] ».

Alors que la Fifa annonce dès 2008 que l’édition 2010 de la Coupe sera encore plus 4
rentable que la précédente, certains mettent en doute les bénéfices économiques et
les retombées en termes d’emplois de cet événement, les investissements
touristiques trop lourds qu’il implique, au détriment d’autres engagements sociaux,
et la sélection des sites pour la construction des nouveaux stades [8]. Le journaliste
Christopher Merrett, spécialiste de l’histoire politique du sport en Afrique du Sud,
qualifie la politique de la Fifa de « nouvelle forme de colonialisme [9] », transformant
l’Afrique du Sud en scène de théâtre sur laquelle se joue un événement médiatique
hautement lucratif. Selon lui, les médias sud-africains profitent et participent de ce
mythe de la construction nationale à travers le sport, et les contribuables paieront
très cher cet« acte de prostitution nationale » qui laissera comme héritage un
ensemble de stades coûteux, véritables « éléphants blancs ». D’autres, en revanche,
soulignent la dimension symbolique d’un tel événement : Ciraj Rassool suggère dans
une récente interview que jouer au Green Point Common au Cap peut être
interprété comme une manière de « rendre justice à l’histoire » – cet endroit était en
e fet l’un des terrains de football utilisés par des équipes « noires » avant leur
expulsion vers les Cape Flats dans les années 1960 [10].

Bien sûr, l’héritage à long terme de cette Coupe n’est pas encore connu. Ce qui est 5
évident, en revanche, c’est que la Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud est au
croisement de significations, d’actions et d’aspirations politiques multiples, et que
des intérêts locaux et nationaux s’y entremêlent. Cette Coupe du monde fournit
ainsi une opportunité pour explorer les relations entre football et politique et se
demander comment la politique entre quotidiennement dans l’arène du football et
comment, en retour, le football in luence l’espace politique. Dans un dossier spécial
sur« Sport et politique », Je frey Hill remarque que sportives et sportifs ont toujours
entretenu le « mantra » d’un sport « non-politique [11] ». Cette seule insistance invite
les chercheurs en sciences sociales à se pencher sur les liens entre sport et politique.
Notre dossier sur le football en Afrique souhaite apporter un éclairage sur les
relations intimes et ambiguës entre football et politique, en Afrique du Sud, sur le
reste du continent, et dans les communautés africaines autour du monde. Les
contributions de ce dossier s’intéressent aussi bien à la politique quotidienne du
football qu’à l’économie politique internationale de ce sport ; elles observent des
équipes locales, et les préparatifs d’un méga-événement global ; elles analysent les
singularités nationales et les dynamiques transnationales. Notre objectif est de
mettre l’accent sur les pratiques politiques (quotidiennes) expérimentées et vécues
dans le football et le sport en général, et de comprendre la politique dans ses formes
les plus concrètes – la politique telle qu’elle se joue sur le terrain.

À partir de ces contributions, et en guise d’introduction, nous proposons trois pistes 6


problématiques. D’abord, nous soulignons la nature ambivalente du politique dans
le sport et le football. Ensuite, nous dessinons les relations complexes entre les
niveaux local, national et transnational du football, qui vont au-delà de la question
usuelle des rapports entre football et nationalisme. Enfin, nous démontrons que le
football est une force mobilisatrice pour des acteurs sociaux divers, tout en
soulignant les limites de la capacité d’action de ces acteurs dans l’économie globale
du football international.

La politique du football

Les relations entre football et politique sont multiples et complexes. Malgré les 7
a firmations répétées de représentants d’institutions sportives nationales ou
internationales comme le Comité international olympique (CIO) ou la Fifa, selon
lesquelles le sport est une « arène non politique », ces institutions ont, dès leur
création à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, des implications politiques.
En e fet, depuis les premiers Jeux olympiques de 1896, ces institutions ont été
rattrapées par des rivalités nationales concernant l’organisation des Jeux ou la
couverture des coûts financiers [12]. De plus, les idéaux olympiques de Pierre de
Coubertin avaient eux-mêmes une signification profondément politique. De
Coubertin insistait notamment sur le fait que le sport devait contribuer à une
« éducation démocratique ». Il décrivait le « fair-play », la « justice » et la« franchise »
comme des principes centraux de la « petite république du sport », qu’il comparait à
« un modèle d’État démocratique miniature » où le self-control et la discipline des
athlètes étaient censés tempérer toute brutalité et encourager la paix [13].

La Fifa a été créée en 1904 et, depuis lors, s’est appuyée sur le concept d’État- 8
nation [14]. En inaugurant la Coupe du monde en 1930, les dirigeants de la Fifa étaient
conscients des sentiments nationaux que le football pouvait inspirer, et les
dirigeants politiques n’ont pas hésité à les utiliser pour servir leurs ambitions
nationales. De plus, avec 208 associations a filiées, la Fifa est aujourd’hui un acteur
international d’importance et une puissance économique qui peut avoir un impact
sur les politiques nationales [15]. John Sugden et Alan Tomlinson notent que la Fifa
concentre les trois champs du pouvoir, de l’argent et du nationalisme, faisant du
football un terrain « quasi-politique » dans lequel « des collectivités de pouvoir
façonnent et sont façonnées par des relations de domination et d’oppression », qui
conduisent parfois à « l’a firmation d’une volonté politique plus explicite [16] ».
Comme le souligne Jacques Defrance, le choix des villes hôtes, le recrutement de
cadres et la mise en place de nouvelles régulations fournissent autant d’occasions
pour des con lits d’intérêts politiques [17].

Pierre Bourdieu estime que l’histoire du sport est« une histoire relativement 9
autonome [18] ». Mais il avance aussi que les partis politiques, les syndicats, les
entreprises et l’Église ont utilisé le sport pour éduquer les masses, contrôler leur
temps libre et rendre leurs institutions plus populaires. Il souligne également la
compétition entre di férentes entités politiques pour le contrôle des associations et
des infrastructures sportives au niveau local et national. Selon lui, depuis que l’État
reconnaît les associations sportives et les finance, celles-ci, comme l’État, cherchent
à entretenir l’idée selon laquelle le sport est autonome par rapport au politique.
Pourtant, « de manière de plus en plus masquée », l’arène sportive est devenue l’« un
des enjeux de la lutte politique [19] ».

Plus encore, Jacques Defrance souligne « la politique de l’apolitisme [20] » du sport. Il 10


estime que l’apolitisme est en fait une autre façon de faire de la politique. Il montre
que les o ficiels du sport ont plaidé pour le concept d’associations sportives « non
politiques », dans le cadre d’une campagne anti-socialiste des années 1920 et 1930
visant à a faiblir les activités sportives organisées par les mouvements syndicaux et
socialistes. Les associations sportives et l’État clamaient alors que le sport produisait
des « citoyens vigoureux », « de bons chrétiens » et des « personnes saines », tout en
a firmant qu’« en faisant du sport, on ne fait pas de politique [21] ».

Le football est l’un des sports les plus répandus et les plus populaires dans le monde, 11
ce qui en fait une activité particulièrement susceptible d’être exploitée
politiquement. Sugden et Tomlinson estiment que la popularité du football explique
qu’il soit utilisé comme « vecteur d’acquisition du pouvoir, et comme expression
d’un statut dans la communauté internationale [22] ». De plus, selon eux, ceux qui
contrôlent le football international agissent sur les « espoirs et les passions »
populaires [23]. D’autres analyses sont allées encore plus loin. Dans les années 1970, la
populaires [23]. D’autres analyses sont allées encore plus loin. Dans les années 1970, la
critique radicale du sport, en France, forge l’expression « d’opium sportif », voyant
notamment dans le football « l’opium du peuple [24] ». Jean-Marie Brohm, fondateur
du journal Quel Corps ?, l’un des organes principaux de cette critique, estime que le
sport obscurcit les logiques de l’ordre social et ses con lits, facilitant la mystification
et l’exploitation de l’opinion publique. Ainsi, il observe que presque tous les régimes
totalitaires du XXe siècle ont utilisé le sport comme moyen d’organiser les masses et
de les incorporer dans des formes de représentation de leur pouvoir [25].

De leur côté, Dominique Bodin, Luc Robène et Stéphane Héas reviennent sur cette 12
idée d’un sport « dépolitisant les masses » et insistent sur la nécessité d’aller au-delà
d’une telle approche, qu’ils jugent « superficielle ». À partir de l’exemple de la loi
française de 1901 sur la liberté d’association, ces auteurs montrent que le sport,
même s’il tend à se commercialiser, fournit une arène dans laquelle « les gens
s’entraident et sont ouverts au débat, si ce n’est à la démocratie [26] ». Christian
Bromberger, quant à lui, va jusqu’à considérer le stade de football comme « le lieu
par excellence où se concrétise l’imaginaire démocratique [27] ».

Les connexions entre sport et politique sont ainsi complexes. Si le sport en général et 13
le football en particulier peuvent être utilisés par des dirigeants politiques, des partis
ou des gouvernements dans leur propre intérêt, le résultat de telles interventions
reste variable. Le football peut être une force de mobilisation pour tous ceux qui y
sont impliqués – joueurs, spectateurs, supporters et organisateurs – et ceci peut aller
bien au-delà d’un contrôle direct par des autorités politiques. En e fet, cette énergie
mobilisatrice du sport et du football produit di férentes formes d’agency. Elle peut
participer au développement d’une prise de responsabilité et d’une conscience
politiques.

« Jouer le jeu » : football et politique en Afrique

L’histoire du football en Afrique démontre l’extrême ambivalence de ces processus. À 14


la fin du XIXe siècle et, surtout, au XXe siècle, administrateurs coloniaux, soldats,
missionnaires, commerçants et travailleurs itinérants ont introduit le football en
Afrique. Tim Couzens observe que l’implantation très large du sport et du football,
notamment dans le contexte minier sud-africain, avait pour objectif de « moraliser
le temps de loisir [28] ». On retrouve cette visée dans les écrits de De Coubertin. Il était
persuadé que le sport pouvait jouer un rôle « e ficace » dans la colonisation : « les
sports sont en somme un instrument vigoureux de disciplinarisation. Ils engendrent
toutes sortes de bonnes qualités sociales d’hygiène, de propreté, d’ordre, de self-
control [29] ». Il estimait aussi que gagner un match pouvait aider les colonisés à
supporter leur soumission. De Coubertin notait cependant que les colonisateurs ne
devaient pas célébrer abondamment la victoire d’une équipe africaine, au risque de
lui donner une trop grande signification politique [30].
Les fonctionnaires coloniaux et les missionnaires en Afrique ont e fectivement 15
cherché à di fuser leurs idéaux sportifs de discipline, de self-control et de respect des
règles. Ils ont utilisé le sport pour populariser leurs institutions et contrôler la
population. Mais cette promotion du sport, en particulier du football, a aussi ouvert
une arène de contestation et un lieu à partir duquel certains pouvaient s’émanciper
socialement et politiquement. « Jouer le jeu », pour reprendre l’expression forgée par
James Mangan pour désigner l’un des concepts centraux de l’éducation coloniale [31],
pouvait aussi signifier « gagner un match » – et contester le jeu.

Cette force mobilisatrice du football se lit durant toute l’histoire africaine du sport, 16
de la période coloniale à la période postcoloniale. À partir du cas du Congo-
Brazzaville colonial, Phyllis Martin montre comment la reconnaissance obtenue sur
un terrain de sport pouvait venir défier la domination européenne et compenser les
humiliations vécues au travail et dans le cadre du régime de l’indigénat [32]. À
Zanzibar, les joueurs et supporters locaux remettaient souvent en question les
décisions de l’arbitre. Laura Fair estime que cela ne traduit pas « une mauvaise
compréhension des “règles" » mais plutôt une volonté d’exprimer « des objections
face à la manière injuste dont ces règles étaient appliquées [33] ».

Avec l’indépendance, de nombreux dirigeants et gouvernements africains cherchent 17


à utiliser le potentiel mobilisateur du football en s’appuyant sur sa popularité et sa
charge symbolique pour porter leurs projets de construction nationale et leurs
idéaux panafricains. En 1960, Kwame Nkrumah inaugure un stade au Ghana en
a firmant dans un discours intitulé « Sport et unité africaine » :

« Ce stade […] est le signe extérieur et visible du désir et de la détermination de 18


notre peuple d’être compté parmi les meilleurs sportifs du monde. […] Non
seulement le sport peut contribuer au développement de notre nation et améliorer
la santé physique des jeunes hommes et femmes, mais il peut aussi jouer un grand
rôle dans la construction de l’unité et du dialogue entre les régions du Ghana […]
[34]
[et] contribuer à la réalisation de notre idéal d’unité en Afrique ».

Paul Darby montre comment la création de la CAF et la croissance de la participation 19


africaine à la Fifa (qui compte plus de trente États africains au milieu des années
1960) ont in luencé la politique de cette dernière et remis en cause son biais
européen. Une question importante était alors celle de la position de la Fifa vis-à-vis
de l’Afrique du Sud. La CAF a exclu l’Afrique du Sud de la Coupe d’Afrique des
nations en 1957 à cause de son refus de faire jouer une équipe mixte [35]. De plus, la
CAF plaidait pour l’exclusion de la Fifa de la Fédération sud-africaine de football,
alors exclusivement blanche. L’Afrique du Sud fut suspendue de la Fifa en 1961, et
formellement exclue en 1976 après le soulèvement de Soweto [36]. L’histoire du sport
en Afrique du Sud illustre bien comment le politique opère à travers le sport, tant
dans la manière dont l’apartheid et la ségrégation politique ont été imposés et vécus
dans le milieu du sport que dans celle dont ils ont été remis en cause par le sport, au
niveau local, national et international [37].

Peu de recherches approfondies ont été menées sur les rapports entre football et 20
politique en Afrique, re létant une tendance plus générale de la recherche sur le
sport et la politique. Hill critique les recherches académiques antérieures qui
estiment que la politique n’a que peu à voir avec le sport et les activités
récréatives [38]. Il observe que les chercheurs se sont davantage intéressés à la
politique du sport qu’au rôle du sport dans des processus politiques plus larges.
D’ailleurs, les rapports entre sport et politique ont été étudiés plutôt par des
historiens du sport que par des historiens du politique [39].

La science politique classique ne s’intéresse quant à elle que rarement directement 21


aux phénomènes culturels comme le sport, et encore moins à ceux liés au football.
Les intérêts principaux de la discipline, en Afrique, concernent la démocratie, la
guerre, et les transitions post-con lits [40]. Expliquant la réticence des universitaires,
et en particulier des anthropologues, à étudier le sport et le football, Bea Vidacs
estime que beaucoup perçoivent le football comme « trivial et frivole, un “simple jeu"
qui ne mérite pas une attention soutenue [41] ». La même auteure démontre pourtant
que le sport et le football sont ancrés dans la société et qu’ils peuvent servir de
prismes pour mieux comprendre les processus sociaux et politiques à l’œuvre en
Afrique.

Comme le note Michael Schatzberg dans sa contribution à ce dossier, s’intéresser à 22


la politique quotidienne du football permet de jeter un nouvel éclairage sur les
fondements de la légitimité politique, et de mieux comprendre les « institutions
directement politiques, comme celle que nous appelons coutumièrement l’État ». Les
pratiques et l’organisation du football drainent ainsi des questions directement
politiques. Le sport est une véritable entreprise commerciale, qui génère des revenus
et mobilise des ressources humaines. Tout ceci peut être converti en ressources
politiques, utilisées ensuite de mille manières – lors d’élections, de prises de
décisions politiques quotidiennes, de grands discours sur l’unité nationale, ou pour
avancer symboliquement un projet ou une idéologie politique spécifique.

Bien sûr les e fets de ces forces mobilisatrices animées par le football sont 23
ambivalents. Le football est avant tout un jeu et le score final – si le match n’a pas été
arrangé – est imprévisible. Les dirigeants politiques, gouvernements et régimes
africains peuvent utiliser le sport et le football pour accroître leur in luence sur les
« masses ». Certains ont cherché à contrôler les associations sportives et les clubs et à
mettre en œuvre une politique d’« encadrement ». Mais l’impact de la régulation, de
la manipulation et du contrôle est souvent resté limité, alors même que gagner ou
perdre un match, un tournoi ou un championnat peut avoir des conséquences
politiques importantes dans le monde du football et au-delà.
Au Sénégal, en 2002, le gouvernement et l’opposition ont cherché à s’approprier les 24
succès de l’équipe nationale, et à bénéficier du « but décolonisateur » marqué lors du
match d’ouverture contre la France pendant la Coupe du monde. À l’inverse, Vidacs
montre que le gouvernement camerounais a su mieux instrumentaliser la défaite
des Lions indomptables lors de la Coupe du monde 1998 que leur qualification en
quart de finale en 1990, alors même que l’équipe camerounaise était la première
équipe africaine à aller aussi loin dans cette compétition [42]. Schatzberg s’intéresse
ici au cas de la Fédération ougandaise de football (la Fufa) qui s’est vue contestée à
partir du moment où l’équipe nationale a perdu un match important de qualification
pour la Coupe d’Afrique des nations.

En Côte d’Ivoire, en pleine guerre civile, des personnalités et divers médias ont 25
présenté l’équipe nationale de football comme une force unificatrice pour le pays lors
de sa qualification pour la Coupe du monde 2006 et alors qu’elle atteignait la finale
de la CAN– même si Andreas Mehler indique que chaque camp politique présentait
ce succès di féremment [43]. Richard Banégas et Abdramane Kamaté montrent dans
ce dossier comment un match nul de la Ligue européenne des clubs champions
permettant au FC Barcelone de se qualifier pour la finale est devenu un enjeu de
débat en Côte d’Ivoire. Au centre de ces débats, Didier Drogba, attaquant de Chelsea,
l’équipe défaite, et Yaya Touré, le défenseur de Barcelone, tous deux incarnant à leur
corps défendant les clivages entre ressortissants du Sud et du Nord de la Côte
d’Ivoire.

Football et mobilisation : trajectoires locales et


globales

Ce dossier propose une idée plus précise du paysage riche et complexe du football 26
sur le continent africain. Dans son dernier ouvrage, African Soccerscapes, Peter Alegi
décrit comment, en Afrique, les joueurs, les entraîneurs, les o ficiels et les supporters
se sont réapproprié ce sport dans un contexte international de luttes de pouvoir et
d’intenses transformations politiques [44]. Le terme soccerscape, inspiré des travaux de
Arjun Appardurai, suggère combien les relations locales et transnationales sont
connectées dans l’arène du football et peuvent in luer sur les pratiques sociales et
culturelles liées au foot en Afrique [45].

Dans ce dossier, nous souhaitons explorer les articulations actuelles qui se nouent 27
entre les intérêts locaux, nationaux et internationaux du football. Les contributions
se placent à diverses échelles, du local au global, et rendent compte de réalités à la
fois individuelles et institutionnelles. Même à une échelle très locale, on constate que
le potentiel politique du foot est tel qu’il prend rapidement des significations autres
que purement sportives, et ce d’autant plus que le football à l’échelon local ou
national est souvent déterminé par des institutions internationales et des
contraintes économiques externes. Dans ce contexte, les limites de l’in luence
politique de chaque échelle (locale, nationale, internationale) ne sont pas fixes : par
exemple, le fait que les fédérations nationales soient membres de la Fifa ne signifie
pas qu’elles soient les seuls acteurs importants du monde du football à l’échelle
nationale.

Cette question renvoie à notre seconde problématique : comment le foot fonctionne- 28


t-il en pratique, comment fonctionne-t-il comme force mobilisatrice, et comment
peut-il générer et contraindre les capacités de décision des acteurs ? Les recherches
sur le football féminin ont bien montré la nature ambiguë du foot, à la fois
possibilité de dépassement des discriminations et espace de domination
masculine [46]. Le foot mobilise massivement individus et communautés, mais il est
di ficile de discerner qui bénéficie de ces énergies mobilisatrices, quand, comment
et pourquoi. Pour beaucoup, le foot peut devenir une arène de mobilisation politique
en créant des opportunités d’accès à des ressources. Même ceux qui sont contraints
par des ressources et des pouvoirs limités peuvent manœuvrer à l’intérieur du
monde du football pour trouver et susciter des opportunités. Si le football est une
force mobilisatrice du niveau local au niveau international, il faut toutefois noter les
con lits liés au contrôle des ressources générées par ce sport et les limites de l’agency
sociale et politique qu’il produit. Ces contraintes n’opèrent pas seulement du haut
vers le bas. La Fifa peut certes restreindre les opportunités ouvertes à un club ou un
joueur, mais elle peut aussi être utilisée, par le biais soit de ses financements, soit de
ses règles, qui peuvent fournir autant d’opportunités aux clubs ou aux joueurs,
parfois au-delà des intentions initiales de l’organisation internationale.

Cette double logique est encore plus claire si on considère les migrations liées au 29
football et le marché des transferts de joueurs, qui constituent « un enjeu
politique [47] ». Dans une perspective marxiste, on peut considérer que les joueurs de
foot sont des « travailleurs aliénés par l’entreprise capitaliste de l’industrie du
football professionnel [48] ». Dans les années 1990, les médias et les ONG ont ainsi
accusé le football professionnel international de faire du « trafic » de jeunes joueurs
alors que, dans le même temps, la Cour de justice de l’Union européenne
condamnait la Fifa pour ne pas avoir respecté la liberté de circulation des
footballeurs professionnels [49]. L’interdiction finalement posée par la Fifa des
transferts de joueurs de moins de 18 ans a encouragé la multiplication des académies
de football en Afrique, dont certaines sont l’objet d’investissements de la part de
clubs de foot professionnels européens alors que d’autres constituent des
institutions plus indépendantes [50].

Dans ce dossier, deux contributions s’intéressent explicitement à la question du 30


marché du travail du foot. Gary Armstrong and James Rosbrook-Thompson
enquêtent sur une franchise de football au Cap, c’est-à-dire sur l’investissement d’un
club européen, l’Ajax Amsterdam, dans un club de foot sud-africain, baptisé l’Ajax
Cape Town. Ils dévoilent que les marges de manœuvre locales sont restreintes dans
le contexte du marché international du football professionnel, mais révèlent aussi les
capacités de contestation et de négociation du club du Cap. En fait, le cas de l’Ajax
Cape Town indique que la culture locale du foot reste prégnante et ne s’accommode
pas facilement de ce qui est proposé par le club européen. Il montre également que
les directeurs, les entraîneurs et les fans du club remettent en cause une conception
du foot enracinée dans la métropole européenne du club d’origine, Amsterdam.

Éliane de Latour dévoile quant à elle l’agency des footballeurs africains qui 31
poursuivent leur rêve de carrière en jouant dans des pays situés en marge des
circuits principaux de la migration footballistique : elle s’intéresse plus
particulièrement aux petits (mais de plus en plus in luents) clubs indiens. Son travail
rappelle que dans une économie globale mouvante, les opportunités et les défis se
trouvent aussi dans les Suds. Il faut cependant reconnaître que beaucoup de ces
joueurs restent bloqués dans des championnats de second rang, loin des
compétitions des clubs européens, toujours plus prestigieux et plus puissants. Pour
les recherches à venir, il serait intéressant d’en savoir davantage sur les lux
régionaux en Afrique, comme ceux générés par la Ligue des femmes nigérianes, qui
recrute des joueuses dans d’autres pays du Sud, ou par les clubs professionnels en
Afrique du Sud, en Guinée-Équatoriale et dans d’autres pays africains [51].

La contribution de Banégas et Kamaté ne s’intéresse pas directement aux questions 32


migratoires, bien que ses auteurs abordent le cas de deux joueurs ivoiriens ayant
atteint les plus hauts niveaux du football européen, Didier Drogba et Yaya Touré. Les
principaux acteurs de cette histoire sont, ici, les leaders politiques et les médias, qui
utilisent le match qui a opposé Chelsea et Barcelone en 2009 pour mobiliser des
sentiments régionaux et nationaux. Alors que les médias ivoiriens ont d’abord tenté
de faire vibrer la fibre nationaliste en présentant ce match comme opposant la Côte
d’Ivoire et le Cameroun (Samuel Eto’o, l’attaquant du FC Barcelone, étant
camerounais), la rencontre est devenue un symbole des tensions politiques entre le
Nord et le Sud de la Côte d’Ivoire. Afin d’arrondir les angles, le gouvernement a
finalement transformé la situation en une opportunité politique et a fêté Yaya Touré
en « héros national ». Cette étude montre ainsi comment un match entre clubs
européens peut devenir un vecteur de l’ethno-nationalisme dans un pays d’Afrique.
Mais elle en dit aussi beaucoup sur la manière dont le foot est utilisé comme un
instrument de mobilisation dans les politiques de l’identité. La Côte d’Ivoire n’est
pas le seul pays concerné : Kevin Fridy et Victor Brobbey ont en e fet montré
comment l’ethnicité et la localité étaient partiellement politisés par les supporters
des deux meilleures équipes du Ghana, les Accra Hearts of Oak et les Kumasi Asante
Kotoko [52]. D’autres auteurs ont également étudié les connexions étroites entre
football et nationalisme et la manière dont les gouvernements postcoloniaux ont
essayé d’utiliser le foot pour construire la « nation » [53].

Tous ces auteurs montrent que ces campagnes politiques peuvent échouer : non 33
seulement les résultats des matchs peuvent ne pas être à la hauteur des espérances
mais di férents groupes – joueurs, supporters, groupes d’opposition politique –
interviennent, souvent de manière imprévue, dans ces processus. Les exemples
récents de l’Érythrée et du Togo illustrent une fois de plus combien il est important
de tenir compte des aspects régionaux et continentaux. La disparition des joueurs de
l’équipe érythréenne au Kenya en décembre 2009, au cours de la Coupe du Cecafa
(Council of East and Central Africa Football Association), témoigne du fait que le
football n’est pas seulement un vecteur de promotion économique mais peut aussi
constituer un moyen d’« évasion » politique [54]. Elle vient ainsi remettre en cause le
lien mécanique établi entre football et « nation ».

L’attaque subie par l’équipe nationale du Togo pendant la Coupe d’Afrique des 34
nations de 2010 aurait pu n’être qu’un malheureux accident dû à l’omission des
précautions élémentaires de sécurité. Pourtant, l’historien Benjamin Lawrance
observe que l’animosité entre l’Angola et le Togo date de la guerre avec l’Unita durant
laquelle le Togo avait soutenu Savimbi, un héritage qui pourrait également
contribuer à expliquer la tragédie et le rappel de l’équipe par le gouvernement
togolais [55]. Même si le poids de cet héritage dans l’attaque reste di ficile à évaluer
concrètement, la polémique suscitée par le retour forcé des Éperviers à Lomé montre
bien que l’investissement politique du football peut être à risque et le capital
symbolique d’une participation à une grande compétition internationale volatil.

La lecture des relations entre football et politique de l’identité ethnique ou nationale 35


doit nécessairement s’intégrer dans un cadre d’analyse plus large incluant les
acteurs locaux, nationaux et internationaux du soccerscape africain. La Coupe du
monde 2010 en donne justement l’occasion. À partir du projet de développement du
Greater Ellis Park à Johannesburg, Claire Bénit-Gba fou a montré que l’événement
de la Coupe du monde était « avant tout considéré comme un projet national »
promouvant la vision d’une« ville globale », tandis que les résidents locaux, en
particulier les citadins pauvres, étaient considérés comme « insignifiants », ce qui
rend leur participation et leur implication extrêmement di ficiles [56]. Dans ce
numéro, Gary Baines se penche aussi sur le sort d’une ville sud-africaine, Port
Elizabeth, qui se saisit de la Coupe du monde 2010 pour accélérer son
renouvellement urbain. Alors que les conséquences à long terme restent à évaluer,
Baines étudie les contorsions municipales de Port Elizabeth pour accueillir la Coupe
du monde et montre combien il est di ficile de résister à la puissance de la Fifa et des
intérêts internationaux du football, qui se combinent en l’occurrence à ceux de l’élite
nationale. Il suggère que la Coupe du monde en Afrique du Sud sert avant tout une
élite politique et économique, qui a l’intention de transformer Port Elizabeth en une
« ville mondiale ». Mais il met également en évidence les dynamiques locales, telles
que les grèves des chau feurs de taxi qui contestent ce récit national de la Coupe du
monde [57].

Cela ne signifie pas que les intérêts locaux, nationaux et internationaux s’opposent 36
nécessairement dans le football. Les acteurs des di férents niveaux peuvent plutôt
tenter d’utiliser les institutions et les autres acteurs comme des ressources.
L’exemple du football amateur local en Afrique en témoigne. Susann Baller a par
exemple montré comment les tournois de quartiers au Sénégal sont devenus la cible
d’une « o fensive de charme des politiciens [58] », mais également un tremplin pour
les carrières politiques des membres des clubs [59]. Présentée ici, l’étude de Désiré
Manirakiza sur les tournois amateurs au Cameroun montre l’impact exercé par le
football local sur les politiques nationales, et vice versa. Les tournois destinés à
proposer des alternatives à l’ennui des jeunes sont devenus des espaces pour la
promotion des politiciens et un espace où montrer leurs largesses. Ces tournois
constituent ainsi un marché politique où s’échangent des connaissances et où se
créent des rapports de patronage. Les clubs amateurs, qui s’insèrent dans une
tendance plus large au développement des regroupements associatifs et politiques
fondés sur l’appartenance ethnolinguistique, peuvent en outre être utilisés par des
dirigeants politiques pour tenter d’élargir leur base électorale.

En Ouganda, bien que la Fédération ougandaise de football (la Fufa) soit 37


théoriquement une entité indépendante, Schatzberg montre à travers l’examen du
« microcosme footballistique » la manière dont l’État, la société civile et une
organisation internationale – la Fifa – font pression pour in luer sur le résultat de
l’élection des dirigeants de cette organisation. Les enjeux sont élevés car ils
renvoient aussi bien aux passions nationales qu’à l’accès aux financements et aux
voyages internationaux. Alors que la politique interne de la Fufa est contestée, la
contribution de Schatzberg éclaire la manière dont di férents acteurs sociaux
s’organisent afin d’accroître leur in luence sur le contrôle de l’administration du
football. L’utilisation par Schatzberg du terme de polity est intéressante et pourrait
être étendue aux associations de football, clubs et réseaux qui se forment ailleurs,
autour des tournois et des ligues. Ces organisations, qui ne relèvent complètement
ni de l’État ni de la société civile, constituent des espaces semi-autonomes de
pouvoir et d’accumulation de ressources qui re lètent la nature ambivalente des
relations entre football et politique. C’est sans doute leur dimension « apolitique »
qui les rend si attrayantes pour les acteurs intéressés, qui peuvent s’en servir comme
d’instruments de mobilisation autour de leurs propres intérêt tout en prétendant ne
servir que ceux de l’équipe, du club ou du tournoi.

Notre incursion dans le monde du football et de la politique en Afrique est destinée à 38


o frir des cadres d’analyse et à encourager le développement d’autres recherches
empiriques. Le football n’est ni un « espace autonome » ni « l’opium du peuple » : il
s’agit clairement d’une force de mobilisation sociale et politique. Le football implique
fondamentalement la mobilisation de groupes variés et de réseaux institutionnels,
du plus informel et local au plus complexe et global. Il peut être utile de recourir à la
notion de « champ de concurrence » telle qu’elle a été formulée par Bourdieu et de
prendre en compte les di férents agents sociaux impliqués dans le sport
(formateurs, entraîneurs, joueurs, journalistes, hôtes et organisateurs, producteurs
d’équipements et d’autres marchandises circulant autour des événements sportifs),
qui ont tous des intérêts spécifiques dépendant de leur relation aux activités

sportives [60]. Toutefois, contrairement à ce que suggère Bourdieu, ce champ ne peut


sportives [60]. Toutefois, contrairement à ce que suggère Bourdieu, ce champ ne peut
pas être considéré seulement comme une arène de concurrence entre institutions
politiques, économiques et sportives visant à en prendre le contrôle. En e fet, ce
champ est également producteur d’opportunités spécifiques pour des individus et
des groupes qui se saisissent de ses logiques pour agir sur leur propre situation. Ce
constat renvoie à nos deux préoccupations principales – dynamique spatiale et
agency. La moindre pratique footballistique, même réduite à sa plus simple
expression, peut engager des institutions, des ressources et du pouvoir à di férents
niveaux et connecter le local au global ou vice versa.

Ce dossier s’inscrit dans une large production de livres, de rapports et d’études sur le 39
football africain drainée par la Coupe du monde 2010. Un examen rapide des
librairies en ligne anglophones, francophones et germanophones révèle que plus de
trois douzaines de travaux ont été publiées entre 2009 et 2010. Le football africain
n’a jamais reçu autant d’attention. Certaines études scientifiques ainsi que certains
reportages proposent une analyse fine, tandis que d’autres ne dépassent pas le stade
de l’hagiographie opportuniste de joueurs et d’institutions. Le développement rapide
d’Internet explique certainement une partie de cet engouement, mais bon nombre
d’ouvrages re lètent également une tendance récente à la fascination populaire pour
l’Afrique. Ce « rêve d’Afrique » a historique est problématique mais il ne nous
appartient pas de revenir là-dessus ici. Si cette fascination engendre davantage de
recherches fondées sur des enquêtes de terrain et des archives, nous parions avec
optimisme sur une avancée significative de la recherche et des débats théoriques sur
les liens entre football et politique en Afrique.

Notes

[1] Voir « South Africa 2010. Ke Nako. Celebrate Africa’s Humanity »,


<fifaworldcup2010.us>.

[2] Danny Jordaan cité dans « World Cup 2010 Mascot Revealed : A Leopard Named
Zakumi », 22 septembre 2008, worldcup2010southafrica.com.

[3] D. Smith, « Danny Jordaan – from “Coloured" Footballer to World Cup Main
Man », The Guardian, 4 mars 2010.

[4] P. Alegi, « “Feel the Pull in Your Soul" : Local Agency and Global Trends in South
Africa’s 2006 World Cup Bid », Soccer and Society, vol. 2, n° 3, 2001, p. 13-14.

[5] G. L. Jones, « South Africa to Stage Soccer World Cup », Los Angeles Times, 16 mai
2004.

[6] « Presentation of the President of South Africa, Thabo Mbeki, to the FIFA
Executive Committee on South Africa’s Bid for the 2010 Soccer World Cup, Zürich,
Switzerland », 14 mai 2004, disponible sur sa2010.gov.za.

[7] « 2010 New Year’s Message to the Nation by President JG Zuma », 31 décembre
2009, disponible sur thepresidency.gov.za.

[8] U. Pillay, R. Tomlinson et O. Bass (dir.), Development and Dreams : The Urban Legacy
[8] U. Pillay, R. Tomlinson et O. Bass (dir.), Development and Dreams : The Urban Legacy
of the 2010 Football World Cup, Le Cap, HSRC Press, 2009.

[9] C. Merrett, « The World Cup : We Don’t Need It », APDUSA Views, 11 novembre
2009, disponible sur politicsweb.co.za.

[10] « “Das ist ein Akt historischer Gerechtigkeit" », entretien avec Ciraj Rassool réalisé
par Adrien Reymond, Basler Zeitung, 28 janvier 2010, p. 27. L’exposition « Fields of
Play » du District Six Museum au Cap relate l’histoire du football sur le site du
Green Point Common.

[11] J. Hill, « Introduction : Sport and Politics », Journal of Contemporary History, vol. 38,
n° 3, 2003, p. 355-361.

[12] C. Hill, Olympic Politics. Athens to Atlanta, 1896 -1996, Manchester, Manchester
University Press, 1996.

[13] P. de Coubertin, Olympism. Selected Writings, Lausanne, International Olympic


Committee, 2000, p. 273-275, 240-241 et 149-150.

[14] P. Dietschy, Y. Gastaut et S. Mourlane, Histoire politique des Coupes du monde de


football, Paris, Vuibert, 2006, p. 1.

[15] Ibid., p. 26-32.

[16] J. Sugden et A. Tomlinson, FIFA and the Contest for World Football : Who Rules the
People’s Game ?, Cambridge, Blackwell, 1998, p. 4.

[17] J. Defrance, « La Politique de l’apolitisme. Sur l’autonomisation du champ sportif »,


Politix, vol. 13, n° 50, 2000, p. 26.

[18] P. Bourdieu, « Comment peut-on être sportif ? », in Questions de sociologie, Paris,


Minuit, 1980, p. 175.

[19] Ibid., p. 187.

[20] J. Defrance, « La politique de l’apolitisme… », art. cit.

[21] Ibid., p. 16 et 20.

[22] J. Sugden et A. Tomlinson, FIFA and the Contest…, op. cit., p. 4.

[23] Ibid.

[24] J.-M. Brohm, La Tyrannie sportive : théorie critique d’un opium du peuple, Paris,
Beauchesne, 2006.

[25] Ibid., p. 89 et 214-215. Voir également J.-P. Escriva et H. Vaugrand (textes présentés
par), L’Opium sportif : la critique radicale du sport de l’extrême gauche à Quel Corps ?,
Paris, L’Harmattan, 1996.

[26] D. Bodin, L. Robène et S. Héas, Sport and Violence in Europe, Strasbourg, Conseil de
l’Europe, 2005, p. 163-164.

[27] C. Bromberger, avec A. Hayot et J.-M. Mariottini, Le Match de football. Ethnologie


d’une passion partisane à Marseille, Naples et Turin, Paris, Éditions de la Maison des
sciences de l’homme, 1995, p. 197.

[28] T. Couzens, « An Introduction to the History of Football in South Africa », in B.


[28] T. Couzens, « An Introduction to the History of Football in South Africa », in B.
Bozzoli (dir.), Town and Countryside in the Transvaal. Capitalist Penetration and Popular
Response, Johannesbourg, Ravan Press, 1983, p. 198-214.

[29] P. de Coubertin, « Les sports et la colonisation », Revue olympique, vol. 12, 1912, p. 9.

[30] Ibid., p. 8-9.

[31] J. A. Mangan, « Ethics and Ethnocentricity : Imperial Education in British Tropical


Africa », in W. J. Baker et J. A. Mangan (dir.), Sport in Africa. Essays in Social History,
New York/Londres, Africana Publishing Company, 1987, p. 139-171.

[32] P. Martin, Leisure and Society in Colonial Brazzaville, Cambridge, Cambridge


University Press, 1995, p. 99-112.

[33] L. Fair, Pastimes and Politics : Culture, Community, and Identity in Post-Abolition Urban
Zanzibar, 1890-1945, Oxford, James Currey, 2001, p. 246.

[34] K. Nkrumah,« Sports and African Unity. Kumasi, February 20, 1960 », in S. Obeng
(dir.), Kwame Nkrumah. Selected Speeches. Vol. 1, Accra, Afram Publications, 1960, p.
26.

[35] P. Darby, Africa, Football and FIFA. Politics, Colonialism and Resistance, Abingdon,
Frank Cass, 2002.

[36] Ibid., p. 81.

[37] Voir par exemple D. Booth, The Race Game. Sport and Politics in South Africa, Londres,
Cass, 1998 ; J. Nauright, Sport, Cultures and Identities in South Africa, Londres,
Leicester University Press, 1997.

[38] J. Hill, « Introduction… », art. cit., p. 58.

[39] Ibid., p. 355.

[40] Une recension des 115 publications parues entre mars 2009 et mars 2010 et listées
dans les dossiers de l’African Politics Conference Group, montre que deux
publications seulement abordent la question de la culture populaire. Voir
africanpoliticsgroup.org.

[41] B. Vidacs, « Through the Prism of Sports : Why Should Africanists Study Sports »,
Afrika Spectrum, vol. 41, n° 3, 2006, p. 336.

[42] Ibid., p. 338-344.

[43] A. Mehler, « Political Discourse in Football Coverage. The Cases of Côte d’Ivoire
and Ghana », Soccer and Society, vol. 9, n° 1, 2008, p. 96-110.

[44] P. Alegi, African Soccerscapes. How a Continent Changed the World’s Game,
Athens/Londres, Ohio University Press/Hurst & Co., 2010.

[45] A. Appadurai, Modernity at Large. Cultural Dimensions of Globalization, Minneapolis,


University of Minnesota Press, 1996, p. 33-40.

[46] J. Hargreaves, Sporting Females. Critical Issues in the History and Sociology of Women’s
Sports, Londres/New York, Routledge, 1994, p. 36-37 et 174-208. Voir aussi M.
Saavedra, « Football Feminine. Development of the African Game : Senegal,
Nigeria and South Africa », Soccer and Society, vol. 4, n° 2/3, 2003, p. 225-253.
[47] P. Dietschy, « Football Players’ Migration : A Political Stake », Historical Social
[47] P. Dietschy, « Football Players’ Migration : A Political Stake », Historical Social
Research, vol. 31, n° 1, 2006, p. 31-41 ; R. Poli, Le Marché des footballeurs. Réseaux et
circuits dans l’économie globale, Berne, Peter Lang, 2010.

[48] M. Taylor, The Association Game. A History of British Football, Harlow, Pearson, 2008,
p. 226.

[49] Pour une analyse plus détaillée, voir P. David, Human Rights in Youth Sports. A
Critical Review of Children’s Rights in Competitive Sports, New York, Routledge, 2005,
p. 160-178.

[50] Voir par exemple P. Darby, G. Akindes et M. Kirwin, « Football Academies and the
Migration of African Football Labor to Europe », Journal of Sport and Social Issues,
vol. 31, n° 2, 2007, p. 143-161.

[51] Voir par exemple S. Cornelissen, « Sport Mobility and Circuits of Power : The
Dynamics of Football Migration in Africa and the 2010 World Cup », Politikon, vol.
34, n° 3, 2007, p. 295-314. Il existe aussi des coupures de presse sur ces trajectoires.
Voir par exemple G. Nsigué, « Guinée Équatoriale : eldorado ou calvaire des
joueurs camerounais ? », Camfoot.com, 21 mars 2006.

[52] K. S. Fridy et V. Brobbey, « Win the Match and Vote for Me : The Politicisation of
Ghana’s Accra Hearts of Oak and Kumasi Asante Kotoko Football Clubs », The
Journal of Modern African Studies, vol. 47, n° 1, 2009, p. 19-39.

[53] Voir par exemple A. Mehler, « Political Discourse…», art. cit. ; B. Vidacs, « Through
the Prism… »,art.cit.

[54] « Eritrea Football Team “Absconds" in Kenya », BBC, 14 décembre 2009.

[55] Benjamin Lawrance, correspondance personnelle, 1er février 2010.

[56] C. Bénit-Gba fou, « In the Shadow of 2010 : Democracy and Displacement in the
Greater Ellis Park Development Project », in U. Pillay, R. Tomlinson et O. Bass
(dir.), Development and Dreams…, op. cit., p. 200-222.

[57] Peter Alegia montré comment la construction du tout nouveau stade au Capa été
contestée au niveau local. Voir P. Alegi, « “A Nation To Be Reckoned With" : The
Politics of World Cup Stadium Construction in Cape Town and Durban, South
Africa », African Studies, vol. 67, n° 3, 2008, p. 397-422.

[58] T. Kassé, « National Pop. O fensive de charme des politiciens », Sud Hebdo, 14
septembre 1989, p. 3.

[59] S. Baller, Spielfelder der Stadt. Fußball und Jugendpolitik im Senegal seit 1950, Cologne,
Böhlau, 2010 (sous presse).

[60] P. Bourdieu, « Comment peut-on être sportif… », art. cit., p. 174.

Plan
Plan
La politique du football

« Jouer le jeu » : football et politique en Afrique

Football et mobilisation : trajectoires locales et globales

Auteurs
Susann Baller

Université de Bâle

Martha Saavedra

Center for African Studies, University of California, Berkeley

Traduction :
Laurent Fourchard

Marie-Emmanuelle Pommerolle

Mis en ligne sur Cairn.info le 15/11/2012


https://doi.org/10.3917/polaf.118.0005

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