Mobilisations Et Trajectoires Cairn - Info - 1605999912110
Mobilisations Et Trajectoires Cairn - Info - 1605999912110
Article
Jordaan insiste à dessein sur la signification politique du fait que la Coupe du monde 2
se tienne en Afrique du Sud. Selon The Guardian, il aurait même comparé la
mobilisation destinée à convaincre le monde de la candidature sud-africaine à la
lutte contre le gouvernement de l’apartheid [3]. Dans les années 1970, Jordaan rejoint
le South African Council on Sport (Sacos), qui fait alors campagne contre l’apartheid
dans le sport, avec pour slogan : « pas de sport normal dans une société anormale ».
À la fin des années 1980, il devient membre du National Sports Congress (NCS)
a filié à l’ANC, qui lance des négociations pour obtenir la fin de la ségrégation dans
le sport, et conduit à la création en 1991 de la South African Football Association
(Safa). En 1992, l’Afrique du Sud est réadmise au sein de la Confédération africaine
de football (CAF) et de la Fédération internationale de football association (Fifa),
dont elle avait été exclue en raison du régime d’apartheid. En 1996, l’Afrique du Sud
accueille la Coupe d’Afrique des nations et l’équipe nationale, les Bafana Bafana
(« les boys »), gagne la finale.
Alors que la Fifa annonce dès 2008 que l’édition 2010 de la Coupe sera encore plus 4
rentable que la précédente, certains mettent en doute les bénéfices économiques et
les retombées en termes d’emplois de cet événement, les investissements
touristiques trop lourds qu’il implique, au détriment d’autres engagements sociaux,
et la sélection des sites pour la construction des nouveaux stades [8]. Le journaliste
Christopher Merrett, spécialiste de l’histoire politique du sport en Afrique du Sud,
qualifie la politique de la Fifa de « nouvelle forme de colonialisme [9] », transformant
l’Afrique du Sud en scène de théâtre sur laquelle se joue un événement médiatique
hautement lucratif. Selon lui, les médias sud-africains profitent et participent de ce
mythe de la construction nationale à travers le sport, et les contribuables paieront
très cher cet« acte de prostitution nationale » qui laissera comme héritage un
ensemble de stades coûteux, véritables « éléphants blancs ». D’autres, en revanche,
soulignent la dimension symbolique d’un tel événement : Ciraj Rassool suggère dans
une récente interview que jouer au Green Point Common au Cap peut être
interprété comme une manière de « rendre justice à l’histoire » – cet endroit était en
e fet l’un des terrains de football utilisés par des équipes « noires » avant leur
expulsion vers les Cape Flats dans les années 1960 [10].
Bien sûr, l’héritage à long terme de cette Coupe n’est pas encore connu. Ce qui est 5
évident, en revanche, c’est que la Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud est au
croisement de significations, d’actions et d’aspirations politiques multiples, et que
des intérêts locaux et nationaux s’y entremêlent. Cette Coupe du monde fournit
ainsi une opportunité pour explorer les relations entre football et politique et se
demander comment la politique entre quotidiennement dans l’arène du football et
comment, en retour, le football in luence l’espace politique. Dans un dossier spécial
sur« Sport et politique », Je frey Hill remarque que sportives et sportifs ont toujours
entretenu le « mantra » d’un sport « non-politique [11] ». Cette seule insistance invite
les chercheurs en sciences sociales à se pencher sur les liens entre sport et politique.
Notre dossier sur le football en Afrique souhaite apporter un éclairage sur les
relations intimes et ambiguës entre football et politique, en Afrique du Sud, sur le
reste du continent, et dans les communautés africaines autour du monde. Les
contributions de ce dossier s’intéressent aussi bien à la politique quotidienne du
football qu’à l’économie politique internationale de ce sport ; elles observent des
équipes locales, et les préparatifs d’un méga-événement global ; elles analysent les
singularités nationales et les dynamiques transnationales. Notre objectif est de
mettre l’accent sur les pratiques politiques (quotidiennes) expérimentées et vécues
dans le football et le sport en général, et de comprendre la politique dans ses formes
les plus concrètes – la politique telle qu’elle se joue sur le terrain.
La politique du football
Les relations entre football et politique sont multiples et complexes. Malgré les 7
a firmations répétées de représentants d’institutions sportives nationales ou
internationales comme le Comité international olympique (CIO) ou la Fifa, selon
lesquelles le sport est une « arène non politique », ces institutions ont, dès leur
création à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, des implications politiques.
En e fet, depuis les premiers Jeux olympiques de 1896, ces institutions ont été
rattrapées par des rivalités nationales concernant l’organisation des Jeux ou la
couverture des coûts financiers [12]. De plus, les idéaux olympiques de Pierre de
Coubertin avaient eux-mêmes une signification profondément politique. De
Coubertin insistait notamment sur le fait que le sport devait contribuer à une
« éducation démocratique ». Il décrivait le « fair-play », la « justice » et la« franchise »
comme des principes centraux de la « petite république du sport », qu’il comparait à
« un modèle d’État démocratique miniature » où le self-control et la discipline des
athlètes étaient censés tempérer toute brutalité et encourager la paix [13].
La Fifa a été créée en 1904 et, depuis lors, s’est appuyée sur le concept d’État- 8
nation [14]. En inaugurant la Coupe du monde en 1930, les dirigeants de la Fifa étaient
conscients des sentiments nationaux que le football pouvait inspirer, et les
dirigeants politiques n’ont pas hésité à les utiliser pour servir leurs ambitions
nationales. De plus, avec 208 associations a filiées, la Fifa est aujourd’hui un acteur
international d’importance et une puissance économique qui peut avoir un impact
sur les politiques nationales [15]. John Sugden et Alan Tomlinson notent que la Fifa
concentre les trois champs du pouvoir, de l’argent et du nationalisme, faisant du
football un terrain « quasi-politique » dans lequel « des collectivités de pouvoir
façonnent et sont façonnées par des relations de domination et d’oppression », qui
conduisent parfois à « l’a firmation d’une volonté politique plus explicite [16] ».
Comme le souligne Jacques Defrance, le choix des villes hôtes, le recrutement de
cadres et la mise en place de nouvelles régulations fournissent autant d’occasions
pour des con lits d’intérêts politiques [17].
Pierre Bourdieu estime que l’histoire du sport est« une histoire relativement 9
autonome [18] ». Mais il avance aussi que les partis politiques, les syndicats, les
entreprises et l’Église ont utilisé le sport pour éduquer les masses, contrôler leur
temps libre et rendre leurs institutions plus populaires. Il souligne également la
compétition entre di férentes entités politiques pour le contrôle des associations et
des infrastructures sportives au niveau local et national. Selon lui, depuis que l’État
reconnaît les associations sportives et les finance, celles-ci, comme l’État, cherchent
à entretenir l’idée selon laquelle le sport est autonome par rapport au politique.
Pourtant, « de manière de plus en plus masquée », l’arène sportive est devenue l’« un
des enjeux de la lutte politique [19] ».
Le football est l’un des sports les plus répandus et les plus populaires dans le monde, 11
ce qui en fait une activité particulièrement susceptible d’être exploitée
politiquement. Sugden et Tomlinson estiment que la popularité du football explique
qu’il soit utilisé comme « vecteur d’acquisition du pouvoir, et comme expression
d’un statut dans la communauté internationale [22] ». De plus, selon eux, ceux qui
contrôlent le football international agissent sur les « espoirs et les passions »
populaires [23]. D’autres analyses sont allées encore plus loin. Dans les années 1970, la
populaires [23]. D’autres analyses sont allées encore plus loin. Dans les années 1970, la
critique radicale du sport, en France, forge l’expression « d’opium sportif », voyant
notamment dans le football « l’opium du peuple [24] ». Jean-Marie Brohm, fondateur
du journal Quel Corps ?, l’un des organes principaux de cette critique, estime que le
sport obscurcit les logiques de l’ordre social et ses con lits, facilitant la mystification
et l’exploitation de l’opinion publique. Ainsi, il observe que presque tous les régimes
totalitaires du XXe siècle ont utilisé le sport comme moyen d’organiser les masses et
de les incorporer dans des formes de représentation de leur pouvoir [25].
De leur côté, Dominique Bodin, Luc Robène et Stéphane Héas reviennent sur cette 12
idée d’un sport « dépolitisant les masses » et insistent sur la nécessité d’aller au-delà
d’une telle approche, qu’ils jugent « superficielle ». À partir de l’exemple de la loi
française de 1901 sur la liberté d’association, ces auteurs montrent que le sport,
même s’il tend à se commercialiser, fournit une arène dans laquelle « les gens
s’entraident et sont ouverts au débat, si ce n’est à la démocratie [26] ». Christian
Bromberger, quant à lui, va jusqu’à considérer le stade de football comme « le lieu
par excellence où se concrétise l’imaginaire démocratique [27] ».
Les connexions entre sport et politique sont ainsi complexes. Si le sport en général et 13
le football en particulier peuvent être utilisés par des dirigeants politiques, des partis
ou des gouvernements dans leur propre intérêt, le résultat de telles interventions
reste variable. Le football peut être une force de mobilisation pour tous ceux qui y
sont impliqués – joueurs, spectateurs, supporters et organisateurs – et ceci peut aller
bien au-delà d’un contrôle direct par des autorités politiques. En e fet, cette énergie
mobilisatrice du sport et du football produit di férentes formes d’agency. Elle peut
participer au développement d’une prise de responsabilité et d’une conscience
politiques.
Cette force mobilisatrice du football se lit durant toute l’histoire africaine du sport, 16
de la période coloniale à la période postcoloniale. À partir du cas du Congo-
Brazzaville colonial, Phyllis Martin montre comment la reconnaissance obtenue sur
un terrain de sport pouvait venir défier la domination européenne et compenser les
humiliations vécues au travail et dans le cadre du régime de l’indigénat [32]. À
Zanzibar, les joueurs et supporters locaux remettaient souvent en question les
décisions de l’arbitre. Laura Fair estime que cela ne traduit pas « une mauvaise
compréhension des “règles" » mais plutôt une volonté d’exprimer « des objections
face à la manière injuste dont ces règles étaient appliquées [33] ».
Peu de recherches approfondies ont été menées sur les rapports entre football et 20
politique en Afrique, re létant une tendance plus générale de la recherche sur le
sport et la politique. Hill critique les recherches académiques antérieures qui
estiment que la politique n’a que peu à voir avec le sport et les activités
récréatives [38]. Il observe que les chercheurs se sont davantage intéressés à la
politique du sport qu’au rôle du sport dans des processus politiques plus larges.
D’ailleurs, les rapports entre sport et politique ont été étudiés plutôt par des
historiens du sport que par des historiens du politique [39].
Bien sûr les e fets de ces forces mobilisatrices animées par le football sont 23
ambivalents. Le football est avant tout un jeu et le score final – si le match n’a pas été
arrangé – est imprévisible. Les dirigeants politiques, gouvernements et régimes
africains peuvent utiliser le sport et le football pour accroître leur in luence sur les
« masses ». Certains ont cherché à contrôler les associations sportives et les clubs et à
mettre en œuvre une politique d’« encadrement ». Mais l’impact de la régulation, de
la manipulation et du contrôle est souvent resté limité, alors même que gagner ou
perdre un match, un tournoi ou un championnat peut avoir des conséquences
politiques importantes dans le monde du football et au-delà.
Au Sénégal, en 2002, le gouvernement et l’opposition ont cherché à s’approprier les 24
succès de l’équipe nationale, et à bénéficier du « but décolonisateur » marqué lors du
match d’ouverture contre la France pendant la Coupe du monde. À l’inverse, Vidacs
montre que le gouvernement camerounais a su mieux instrumentaliser la défaite
des Lions indomptables lors de la Coupe du monde 1998 que leur qualification en
quart de finale en 1990, alors même que l’équipe camerounaise était la première
équipe africaine à aller aussi loin dans cette compétition [42]. Schatzberg s’intéresse
ici au cas de la Fédération ougandaise de football (la Fufa) qui s’est vue contestée à
partir du moment où l’équipe nationale a perdu un match important de qualification
pour la Coupe d’Afrique des nations.
En Côte d’Ivoire, en pleine guerre civile, des personnalités et divers médias ont 25
présenté l’équipe nationale de football comme une force unificatrice pour le pays lors
de sa qualification pour la Coupe du monde 2006 et alors qu’elle atteignait la finale
de la CAN– même si Andreas Mehler indique que chaque camp politique présentait
ce succès di féremment [43]. Richard Banégas et Abdramane Kamaté montrent dans
ce dossier comment un match nul de la Ligue européenne des clubs champions
permettant au FC Barcelone de se qualifier pour la finale est devenu un enjeu de
débat en Côte d’Ivoire. Au centre de ces débats, Didier Drogba, attaquant de Chelsea,
l’équipe défaite, et Yaya Touré, le défenseur de Barcelone, tous deux incarnant à leur
corps défendant les clivages entre ressortissants du Sud et du Nord de la Côte
d’Ivoire.
Ce dossier propose une idée plus précise du paysage riche et complexe du football 26
sur le continent africain. Dans son dernier ouvrage, African Soccerscapes, Peter Alegi
décrit comment, en Afrique, les joueurs, les entraîneurs, les o ficiels et les supporters
se sont réapproprié ce sport dans un contexte international de luttes de pouvoir et
d’intenses transformations politiques [44]. Le terme soccerscape, inspiré des travaux de
Arjun Appardurai, suggère combien les relations locales et transnationales sont
connectées dans l’arène du football et peuvent in luer sur les pratiques sociales et
culturelles liées au foot en Afrique [45].
Dans ce dossier, nous souhaitons explorer les articulations actuelles qui se nouent 27
entre les intérêts locaux, nationaux et internationaux du football. Les contributions
se placent à diverses échelles, du local au global, et rendent compte de réalités à la
fois individuelles et institutionnelles. Même à une échelle très locale, on constate que
le potentiel politique du foot est tel qu’il prend rapidement des significations autres
que purement sportives, et ce d’autant plus que le football à l’échelon local ou
national est souvent déterminé par des institutions internationales et des
contraintes économiques externes. Dans ce contexte, les limites de l’in luence
politique de chaque échelle (locale, nationale, internationale) ne sont pas fixes : par
exemple, le fait que les fédérations nationales soient membres de la Fifa ne signifie
pas qu’elles soient les seuls acteurs importants du monde du football à l’échelle
nationale.
Cette double logique est encore plus claire si on considère les migrations liées au 29
football et le marché des transferts de joueurs, qui constituent « un enjeu
politique [47] ». Dans une perspective marxiste, on peut considérer que les joueurs de
foot sont des « travailleurs aliénés par l’entreprise capitaliste de l’industrie du
football professionnel [48] ». Dans les années 1990, les médias et les ONG ont ainsi
accusé le football professionnel international de faire du « trafic » de jeunes joueurs
alors que, dans le même temps, la Cour de justice de l’Union européenne
condamnait la Fifa pour ne pas avoir respecté la liberté de circulation des
footballeurs professionnels [49]. L’interdiction finalement posée par la Fifa des
transferts de joueurs de moins de 18 ans a encouragé la multiplication des académies
de football en Afrique, dont certaines sont l’objet d’investissements de la part de
clubs de foot professionnels européens alors que d’autres constituent des
institutions plus indépendantes [50].
Éliane de Latour dévoile quant à elle l’agency des footballeurs africains qui 31
poursuivent leur rêve de carrière en jouant dans des pays situés en marge des
circuits principaux de la migration footballistique : elle s’intéresse plus
particulièrement aux petits (mais de plus en plus in luents) clubs indiens. Son travail
rappelle que dans une économie globale mouvante, les opportunités et les défis se
trouvent aussi dans les Suds. Il faut cependant reconnaître que beaucoup de ces
joueurs restent bloqués dans des championnats de second rang, loin des
compétitions des clubs européens, toujours plus prestigieux et plus puissants. Pour
les recherches à venir, il serait intéressant d’en savoir davantage sur les lux
régionaux en Afrique, comme ceux générés par la Ligue des femmes nigérianes, qui
recrute des joueuses dans d’autres pays du Sud, ou par les clubs professionnels en
Afrique du Sud, en Guinée-Équatoriale et dans d’autres pays africains [51].
Tous ces auteurs montrent que ces campagnes politiques peuvent échouer : non 33
seulement les résultats des matchs peuvent ne pas être à la hauteur des espérances
mais di férents groupes – joueurs, supporters, groupes d’opposition politique –
interviennent, souvent de manière imprévue, dans ces processus. Les exemples
récents de l’Érythrée et du Togo illustrent une fois de plus combien il est important
de tenir compte des aspects régionaux et continentaux. La disparition des joueurs de
l’équipe érythréenne au Kenya en décembre 2009, au cours de la Coupe du Cecafa
(Council of East and Central Africa Football Association), témoigne du fait que le
football n’est pas seulement un vecteur de promotion économique mais peut aussi
constituer un moyen d’« évasion » politique [54]. Elle vient ainsi remettre en cause le
lien mécanique établi entre football et « nation ».
L’attaque subie par l’équipe nationale du Togo pendant la Coupe d’Afrique des 34
nations de 2010 aurait pu n’être qu’un malheureux accident dû à l’omission des
précautions élémentaires de sécurité. Pourtant, l’historien Benjamin Lawrance
observe que l’animosité entre l’Angola et le Togo date de la guerre avec l’Unita durant
laquelle le Togo avait soutenu Savimbi, un héritage qui pourrait également
contribuer à expliquer la tragédie et le rappel de l’équipe par le gouvernement
togolais [55]. Même si le poids de cet héritage dans l’attaque reste di ficile à évaluer
concrètement, la polémique suscitée par le retour forcé des Éperviers à Lomé montre
bien que l’investissement politique du football peut être à risque et le capital
symbolique d’une participation à une grande compétition internationale volatil.
Cela ne signifie pas que les intérêts locaux, nationaux et internationaux s’opposent 36
nécessairement dans le football. Les acteurs des di férents niveaux peuvent plutôt
tenter d’utiliser les institutions et les autres acteurs comme des ressources.
L’exemple du football amateur local en Afrique en témoigne. Susann Baller a par
exemple montré comment les tournois de quartiers au Sénégal sont devenus la cible
d’une « o fensive de charme des politiciens [58] », mais également un tremplin pour
les carrières politiques des membres des clubs [59]. Présentée ici, l’étude de Désiré
Manirakiza sur les tournois amateurs au Cameroun montre l’impact exercé par le
football local sur les politiques nationales, et vice versa. Les tournois destinés à
proposer des alternatives à l’ennui des jeunes sont devenus des espaces pour la
promotion des politiciens et un espace où montrer leurs largesses. Ces tournois
constituent ainsi un marché politique où s’échangent des connaissances et où se
créent des rapports de patronage. Les clubs amateurs, qui s’insèrent dans une
tendance plus large au développement des regroupements associatifs et politiques
fondés sur l’appartenance ethnolinguistique, peuvent en outre être utilisés par des
dirigeants politiques pour tenter d’élargir leur base électorale.
Ce dossier s’inscrit dans une large production de livres, de rapports et d’études sur le 39
football africain drainée par la Coupe du monde 2010. Un examen rapide des
librairies en ligne anglophones, francophones et germanophones révèle que plus de
trois douzaines de travaux ont été publiées entre 2009 et 2010. Le football africain
n’a jamais reçu autant d’attention. Certaines études scientifiques ainsi que certains
reportages proposent une analyse fine, tandis que d’autres ne dépassent pas le stade
de l’hagiographie opportuniste de joueurs et d’institutions. Le développement rapide
d’Internet explique certainement une partie de cet engouement, mais bon nombre
d’ouvrages re lètent également une tendance récente à la fascination populaire pour
l’Afrique. Ce « rêve d’Afrique » a historique est problématique mais il ne nous
appartient pas de revenir là-dessus ici. Si cette fascination engendre davantage de
recherches fondées sur des enquêtes de terrain et des archives, nous parions avec
optimisme sur une avancée significative de la recherche et des débats théoriques sur
les liens entre football et politique en Afrique.
Notes
[2] Danny Jordaan cité dans « World Cup 2010 Mascot Revealed : A Leopard Named
Zakumi », 22 septembre 2008, worldcup2010southafrica.com.
[3] D. Smith, « Danny Jordaan – from “Coloured" Footballer to World Cup Main
Man », The Guardian, 4 mars 2010.
[4] P. Alegi, « “Feel the Pull in Your Soul" : Local Agency and Global Trends in South
Africa’s 2006 World Cup Bid », Soccer and Society, vol. 2, n° 3, 2001, p. 13-14.
[5] G. L. Jones, « South Africa to Stage Soccer World Cup », Los Angeles Times, 16 mai
2004.
[6] « Presentation of the President of South Africa, Thabo Mbeki, to the FIFA
Executive Committee on South Africa’s Bid for the 2010 Soccer World Cup, Zürich,
Switzerland », 14 mai 2004, disponible sur sa2010.gov.za.
[7] « 2010 New Year’s Message to the Nation by President JG Zuma », 31 décembre
2009, disponible sur thepresidency.gov.za.
[8] U. Pillay, R. Tomlinson et O. Bass (dir.), Development and Dreams : The Urban Legacy
[8] U. Pillay, R. Tomlinson et O. Bass (dir.), Development and Dreams : The Urban Legacy
of the 2010 Football World Cup, Le Cap, HSRC Press, 2009.
[9] C. Merrett, « The World Cup : We Don’t Need It », APDUSA Views, 11 novembre
2009, disponible sur politicsweb.co.za.
[10] « “Das ist ein Akt historischer Gerechtigkeit" », entretien avec Ciraj Rassool réalisé
par Adrien Reymond, Basler Zeitung, 28 janvier 2010, p. 27. L’exposition « Fields of
Play » du District Six Museum au Cap relate l’histoire du football sur le site du
Green Point Common.
[11] J. Hill, « Introduction : Sport and Politics », Journal of Contemporary History, vol. 38,
n° 3, 2003, p. 355-361.
[12] C. Hill, Olympic Politics. Athens to Atlanta, 1896 -1996, Manchester, Manchester
University Press, 1996.
[16] J. Sugden et A. Tomlinson, FIFA and the Contest for World Football : Who Rules the
People’s Game ?, Cambridge, Blackwell, 1998, p. 4.
[23] Ibid.
[24] J.-M. Brohm, La Tyrannie sportive : théorie critique d’un opium du peuple, Paris,
Beauchesne, 2006.
[25] Ibid., p. 89 et 214-215. Voir également J.-P. Escriva et H. Vaugrand (textes présentés
par), L’Opium sportif : la critique radicale du sport de l’extrême gauche à Quel Corps ?,
Paris, L’Harmattan, 1996.
[26] D. Bodin, L. Robène et S. Héas, Sport and Violence in Europe, Strasbourg, Conseil de
l’Europe, 2005, p. 163-164.
[29] P. de Coubertin, « Les sports et la colonisation », Revue olympique, vol. 12, 1912, p. 9.
[33] L. Fair, Pastimes and Politics : Culture, Community, and Identity in Post-Abolition Urban
Zanzibar, 1890-1945, Oxford, James Currey, 2001, p. 246.
[34] K. Nkrumah,« Sports and African Unity. Kumasi, February 20, 1960 », in S. Obeng
(dir.), Kwame Nkrumah. Selected Speeches. Vol. 1, Accra, Afram Publications, 1960, p.
26.
[35] P. Darby, Africa, Football and FIFA. Politics, Colonialism and Resistance, Abingdon,
Frank Cass, 2002.
[37] Voir par exemple D. Booth, The Race Game. Sport and Politics in South Africa, Londres,
Cass, 1998 ; J. Nauright, Sport, Cultures and Identities in South Africa, Londres,
Leicester University Press, 1997.
[40] Une recension des 115 publications parues entre mars 2009 et mars 2010 et listées
dans les dossiers de l’African Politics Conference Group, montre que deux
publications seulement abordent la question de la culture populaire. Voir
africanpoliticsgroup.org.
[41] B. Vidacs, « Through the Prism of Sports : Why Should Africanists Study Sports »,
Afrika Spectrum, vol. 41, n° 3, 2006, p. 336.
[43] A. Mehler, « Political Discourse in Football Coverage. The Cases of Côte d’Ivoire
and Ghana », Soccer and Society, vol. 9, n° 1, 2008, p. 96-110.
[44] P. Alegi, African Soccerscapes. How a Continent Changed the World’s Game,
Athens/Londres, Ohio University Press/Hurst & Co., 2010.
[46] J. Hargreaves, Sporting Females. Critical Issues in the History and Sociology of Women’s
Sports, Londres/New York, Routledge, 1994, p. 36-37 et 174-208. Voir aussi M.
Saavedra, « Football Feminine. Development of the African Game : Senegal,
Nigeria and South Africa », Soccer and Society, vol. 4, n° 2/3, 2003, p. 225-253.
[47] P. Dietschy, « Football Players’ Migration : A Political Stake », Historical Social
[47] P. Dietschy, « Football Players’ Migration : A Political Stake », Historical Social
Research, vol. 31, n° 1, 2006, p. 31-41 ; R. Poli, Le Marché des footballeurs. Réseaux et
circuits dans l’économie globale, Berne, Peter Lang, 2010.
[48] M. Taylor, The Association Game. A History of British Football, Harlow, Pearson, 2008,
p. 226.
[49] Pour une analyse plus détaillée, voir P. David, Human Rights in Youth Sports. A
Critical Review of Children’s Rights in Competitive Sports, New York, Routledge, 2005,
p. 160-178.
[50] Voir par exemple P. Darby, G. Akindes et M. Kirwin, « Football Academies and the
Migration of African Football Labor to Europe », Journal of Sport and Social Issues,
vol. 31, n° 2, 2007, p. 143-161.
[51] Voir par exemple S. Cornelissen, « Sport Mobility and Circuits of Power : The
Dynamics of Football Migration in Africa and the 2010 World Cup », Politikon, vol.
34, n° 3, 2007, p. 295-314. Il existe aussi des coupures de presse sur ces trajectoires.
Voir par exemple G. Nsigué, « Guinée Équatoriale : eldorado ou calvaire des
joueurs camerounais ? », Camfoot.com, 21 mars 2006.
[52] K. S. Fridy et V. Brobbey, « Win the Match and Vote for Me : The Politicisation of
Ghana’s Accra Hearts of Oak and Kumasi Asante Kotoko Football Clubs », The
Journal of Modern African Studies, vol. 47, n° 1, 2009, p. 19-39.
[53] Voir par exemple A. Mehler, « Political Discourse…», art. cit. ; B. Vidacs, « Through
the Prism… »,art.cit.
[56] C. Bénit-Gba fou, « In the Shadow of 2010 : Democracy and Displacement in the
Greater Ellis Park Development Project », in U. Pillay, R. Tomlinson et O. Bass
(dir.), Development and Dreams…, op. cit., p. 200-222.
[57] Peter Alegia montré comment la construction du tout nouveau stade au Capa été
contestée au niveau local. Voir P. Alegi, « “A Nation To Be Reckoned With" : The
Politics of World Cup Stadium Construction in Cape Town and Durban, South
Africa », African Studies, vol. 67, n° 3, 2008, p. 397-422.
[58] T. Kassé, « National Pop. O fensive de charme des politiciens », Sud Hebdo, 14
septembre 1989, p. 3.
[59] S. Baller, Spielfelder der Stadt. Fußball und Jugendpolitik im Senegal seit 1950, Cologne,
Böhlau, 2010 (sous presse).
Plan
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La politique du football
Auteurs
Susann Baller
Université de Bâle
Martha Saavedra
Traduction :
Laurent Fourchard
Marie-Emmanuelle Pommerolle
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