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Balzac, La Peau de Chagrin
Résumé-analyse
1831, quand il publie La Peau de Chagrin, Balzac est encore jeune, il
répond aux attentes de sa génération — romantique — en quête de
nouvelles émotions, lassés des codes de l’Ancien Régime… Ce sera l’un
de ses premiers grands succès !
L’intrigue est avant tout fantastique* : le surnaturel déborde la réalité.
Mais justement, le genre fantastique interroge les limites de la science
et de la rationalité, trace déjà les contours de la grande fresque réaliste
de la Comédie Humaine — titre qu’il ne donnera qu’en 1842 !
Et voilà pourquoi Balzac placera à ce moment-là La Peau de Chagrin en
tête des Études philosophiques : ce roman constitue une métaphore de
la philosophie de l’énergie présente dans toute son œuvre.
Dans cette vidéo, je résume et j’analyse le roman au fur et à mesure.
Ensuite, mes analyses linéaires et mes dissertations thématiques se
trouvent en vidéo PDF et podcast sur mon site : www . mediaclasse . fr
Le Talisman
Un jeune homme entre dans une maison de jeu du Palais Royal. Pour
l’instant, on l’appelle « l’inconnu ». Le narrateur externe d’abord, devient
progressivement omniscient* (il accède aux pensées des personnages).
Le vieillard du guichet est comparé à Cerbère, le chien de garde des
Enfers. Et en effet, Balzac nous introduit dans La Comédie Humaine
comme Virgile emmène Dante aux Enfers dans La Divine Comédie.
Les habitués de la salle de jeu regardent l’inconnu attentivement. Son
portrait est révélateur, j’en réalise une analyse linéaire sur mon site.
Ange sans rayons, égaré dans sa route, [...] les ténèbres et la lumière, le néant et l’existence
s’y combattaient en produisant tout à la fois de la grâce et de l’horreur.
Le jeune homme joue sa dernière pièce et la perd… Ce Napoléon perdu
représente bien la détresse d’une génération qui a rêvé des conquêtes
de l’Empire et qui subit désormais un monde matérialiste et désabusé.
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Décidant d’attendre la nuit pour se jeter dans la Seine, il croise un
mendiant, puis une passante élégante, qui l’ignore. Enfin, il arrive quai
Voltaire, comme pour rappeler le poids de l’héritage des Lumières.
Et en effet, les tourments de Raphaël étaient un véritable phénomène
collectif, que Musset décrit dans ses Confessions d’un Enfant du Siècle :
La maladie du siècle présent vient de deux causes [...] : tout ce qui était n’est
plus ; tout ce qui sera n’est pas encore.
Alfred de Musset, La Confession d’un Enfant du Siècle, 1836.
Le jeune homme découvre alors un magasin d’antiquités… La
description de Balzac, transition vers un monde fantastique, nous fait
méditer sur les ruines des civilisations d’Orient et d’Occident.
L’inconnu compara [...] ces trois salles gorgées de civilisation, de cultes, [...] de
chefs-d’œuvre [...] à un miroir dont [chaque facette] représentait un monde.
Les descriptions de Balzac ont vraiment une dimension archéologique :
chaque objet porte les traces de son passé. Balzac fait même de Cuvier,
le paléontologue, un plus grand poète que Byron !
Vous êtes-vous jamais lancé dans l’immensité de l’espace et du temps, en lisant les
œuvres géologiques de Cuvier ? [L’âme est effrayée de découvrir] ces animaux
dont les dépouilles fossilisées appartiennent à des civilisations antédiluviennes.
Montrer toute la poésie, le drame, la philosophie enfouies sous le
monde présent… Le projet de Balzac dépasse de loin l’état-civil !
N’est-il pas [...] plus difficile de faire concurrence à l’État-Civil [...] que de rédiger
des théories ? [...] Ne devais-je pas [...] surprendre le sens caché dans cet immense
assemblage de figures, de passions et d’événements ?
Honoré de Balzac, Avant-Propos de la Comédie Humaine, 1842.
Dans la dernière salle, surgit soudain un vieillard, éclairé d’une lampe.
Un peintre [aurait fait] de cette figure une belle image du Père Éternel, ou le
masque ricaneur du Méphistophélès, car il se trouvait tout ensemble une
suprême puissance dans le front et de sinistres railleries sur la bouche.
Ici, le Père Éternel s’oppose à Méphistophélès, le diable du Faust de
Goethe. La lampe rappelle le génie d’Aladdin.
L’homme, la société, l’humanité seront décrits, jugés, analysés [...] dans une
œuvre qui sera comme les Mille et Une Nuits de l’Occident.
Balzac, Lettre à Mme Hanska, 26 octobre 1834.
Le vieillard dévoile d’abord un portrait du Christ de Raphaël :
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Cette peinture inspirait une prière, recommandait le pardon, [...] réveillait toutes
les vertus endormies. [...] Son triomphe était complet, on oubliait le peintre.
On voit bien ici que pour le jeune Balzac, l’artiste doit exprimer des
sentiments élevés. Mais peut-on encore, au XIXe siècle, faire une telle
peinture des vertus ? Non, il va falloir jouer sur les contrastes.
En face de ce fameux portrait du Christ, comme une antithèse* (un jeu
d’opposition) se trouve un morceau de cuir, avec un texte en sanskrit.
Si tu me possèdes, tu posséderas tout. / mais ta vie m’appartiendra. Dieu l’a
voulu ainsi. Désire, et tes désirs / seront accomplis. Mais règle / tes souhaits sur ta
vie. / Elle est là. À chaque / vouloir je décroitrai / comme tes jours. / Me
veux-tu ? / Prends. Dieu / t’exaucera. / Soit !
On devine tout de suite le caractère diabolique de ce pacte : chaque
vœu prendra un peu d’énergie vitale. Je réalise une explication
linéaire sur le moment où Raphaël découvre la Peau de Chagrin.
Le vieillard présente alors sa philosophie, une alternative implacable.
— Vouloir nous brûle et Pouvoir nous détruit ; mais SAVOIR laisse notre faible
organisation dans un perpétuel état de calme. [...] La pensée est la clef de tous les
trésors, elle procure les joies de l’avare sans donner ses soucis.
Mais où est la sagesse, si le Savoir reste un plaisir avare, égoïste ? En
tout cas le jeune homme décide d’arrêter ses études, pour entrer dans
une vie de débauche.
— J’avais résolu ma vie par l’étude et par la pensée ; mais elles ne m’ont même pas
nourri. [...] Voyons ! [...] Je veux une bacchanale digne [de ce] siècle.
— Vous avez signé le pacte : tout est dit. [...] Votre suicide n’est que retardé.
Fâché par le rire du vieillard, le jeune homme lui souhaite de tomber
amoureux… d’une danseuse ; et s’en va. La Peau de Chagrin s’amenuise.
Avec ces deux premiers vœux égoïstes, Raphaël entre dans la fatalité* :
sa mort devient inévitable… Dans ce roman, le tragique est comme
accéléré par le fantastique.
Les personnages de ce roman sont-ils donc fatalement condamnés à
l’épuisement de leur énergie vitale ? Je vous propose une dissertation à
ce sujet en vidéo, PDF et podcast, sur mon site.
Avant d’atteindre les quais, le jeune homme tombe sur des amis, qui
disent le chercher depuis une semaine. On apprend enfin son prénom…
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— Raphaël [...] mon cher, [...] nous gémissions sur la perte d’un homme doué
d’assez de génie pour se faire également chercher à la cour et dans les prisons.
Les amis de Raphaël commentent la situation politique : depuis les
Trois Glorieuses, Louis-Philippe est devenu Roi-citoyen, tous les camps
politiques se plaignent. C’est le moment de fonder un journal insolent.
— Sectateurs de Méphistophélès, [entreprenons] de recuire les républicains, de
réchampir les bonapartistes et de ravitailler les centres, pourvu qu’il nous soit
permis de rire in petto des rois et des peuples [...] et de passer une joyeuse vie.
Ils se rendent chez Taillefer, le banquier qui finance leur journal et
donne à cette occasion une grande fête dans sa somptueuse demeure.
— Ah ! Je veux vivre au sein de ce luxe ! [...] Et puis après mourir.
Balzac rapporte alors les discussions des convives : cyniques, ils
s’enivrent sur les ruines de la civilisation.
Entre [...] ces enfants de la Révolution [...] et les [...] joyeux buveurs [...] de
Gargantua, se trouvait tout l’abîme qui sépare le dix-neuvième siècle du seizième.
Celui-ci apprêtait une destruction en riant, le nôtre riait au milieu des ruines.
Pour Balzac, la Renaissance (Rabelais) puis les Lumières (Voltaire et
Rousseau) ont balayé la monarchie et la religion, privant le XIXe siècle
de ses repères moraux, ne laissant de place qu’à l’argent.
Arrivent alors deux prostituées : Aquilina, dont l’amant a été guillotiné,
et Euphrasie, danseuse au visage d’ange, mais parfaitement cynique.
— Vivre pour plaire et régner, tel est l’arrêt que prononce [...] mon cœur. La
société m’approuve ; ne fournit-elle pas sans cesse à mes dissipations ?
Les critiques de l’époque sont troublés par ces passages où Balzac fait
la satire d’un univers qui le fascine pourtant.
Gardez-vous de vous-même en lisant le livre de Balzac. [...] Il prend la débauche, [...] lui
peint le visage, en fait une jeune et jolie fille qu’il livre à vos embrassements.
La Quotidienne, 23 août 1831.
Voyant ces excès, Émile résume l’alternative de leur génération :
— Tuer les sentiments pour vivre vieux, ou mourir jeune en acceptant le martyre
des passions, voilà notre arrêt.
Mais Aquilina et Euphrosine s’endorment… Et on découvre bien vite que
la vie de Raphaël est déjà partagée entre deux autres femmes.
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La femme sans cœur
Dans les effluves du punch, Raphaël raconte sa vie à Émile. C’est une
analepse* (un retour dans le passé), sous forme de discours rapporté.
Un jour, au bal du duc de Navarreins, son cousin, il joue l’argent que
son père lui a confié, mais remporte sa mise : son père ne s’aperçoit de
rien et lui accorde même une petite rente pour faire ses études.
On apprend alors que Raphaël de Valentin est issu d’une famille noble :
son père a été ruiné par la Révolution. La fortune de sa mère leur a
permis d’acheter des terres conquises sous l’Empire… Mais la chute de
Napoléon les a fait crouler sous les procès.
On ne s’en rend pas bien compte aujourd’hui, mais ici, Balzac fait une
chose très originale : il applique les codes du roman historique à son
époque. Il s’inspire de Walter Scott, admiré par les romantiques, pour
parler d’un passé récent qui passionne ses contemporains.
Ensuite, toute la Comédie Humaine sera marquée par cette idée, qui fait
de Balzac un véritable précurseur du mouvement Réaliste, dont je parle
plus longuement dans mes vidéos d’Histoire Littéraire.
Après un an de procédures, Raphaël parvient à conserver l’île où sa
mère est enterrée et à rembourser les créanciers de son père.
— Les larmes que je vis dans les yeux de mon père [ont] souvent consolé ma
misère. Dix mois après avoir payé ses créanciers, mon père mourut de chagrin. Il
m’adorait et m’avait ruiné ; cette idée le tua.
Raphaël veut devenir écrivain, il s’enferme dans une pension, l’hôtel
Saint-Quentin, où Rousseau lui-même a vécu ! Balzac nous rappelle
implicitement l’influence des Lumières sur les jeunes esprits.
— Toi seul, mon cher Émile, [...] admiras ma Théorie de la volonté, ce long
ouvrage pour lequel j’avais appris les langues orientales, l’anatomie, la physiologie.
Balzac met beaucoup de lui-même dans la vie de Raphaël : étudiant en
droit, il travaille de nuit, fréquente les salons, les maisons d’édition,
dépense beaucoup… Mais dans sa préface, il prend ses distances avec
son héros : l’écrivain peut inventer le vrai sans le vivre !
Il se passe chez les poètes [...] un phénomène [inexplicable]. Une sorte de seconde
vue qui leur permet [d’inventer] le vrai par analogie.
Balzac, Préface de La Peau de Chagrin, 1831.
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Mme Gaudin, qui tient la pension, a une fille, Pauline ; c’est la filleule de
Pauline Bonaparte (sœur de Napoléon et princesse Borghèse) ! Son
père, officier de la garde impériale, a disparu à Bérézina…
Pauline rend des services à Raphaël, lui apporte du lait, des bougies…
Raphaël lui donne des leçons. Pauline est belle, vertueuse, mais…
Raphaël s’interdit de tomber amoureux d’elle…
— Je l’avoue à ma honte. [...] Mon indigence parlait son langage égoïste, et venait
toujours mettre sa main de fer entre cette bonne créature et moi.
Pauline est comparée à Galatée, la sculpture de Pygmalion, qui tombe
amoureux de sa propre création… Ou encore à Peau d’Âne, l’héroïne du
conte de Perrault, âme pure cachée sous la peau d’un animal…
L’onomastique* (l’étude des noms) oppose Pauline et Peau de Chagrin.
Son nom chrétien la distingue des autres femmes et la rattache au
tableau de Raphaël. Et si c’était elle le véritable talisman du roman ?
Bientôt, Raphaël rencontre Rastignac, jeune gascon qui perce dans la
société… Balzac en fait un intéressant jeu de contraste avec Raphaël.
— Moi, je suis bon à rien, [...] j’arriverai à tout. [...] La dissipation, mon cher,
n’est-ce pas la moralité de la comédie qui se joue tous les jours dans le monde ?
En 1834, Balzac se dit : et si Rastignac revenait dans Le Père Goriot ? Il
deviendrait cynique à la suite de la mort du vieil homme… Ce retour des
personnages pourrait même être généralisé ! C’est une idée novatrice à
l’époque. Sa sœur Laure raconte qu’il aurait couru la lui annoncer :
— Saluez-moi, car je suis tout bonnement en train de devenir un génie !
Rastignac invite Raphaël chez une femme à la mode, la comtesse
Fœdora, et lui donne quelques conseils pour l’aborder.
Je crus comprendre l’attrait qui amenait là [...] ces hommes de pouvoir. [...] Elle
ne s’était donnée à aucun pour les garder tous. — Fœdora ou la mort ! m’écriai-je.
Étrange alternative, où il se piège lui-même ! L’épuisement vital de
Raphaël commence dès ce deuxième chapitre, avec cette femme sans
cœur. Fœdora, la Société, la Peau de Chagrin sont symboliquement liés.
Foedus* en latin, le pacte, mais aussi l’horreur ou le malheur. Fœdora
partage plusieurs traits avec la Peau de Chagrin : froideur, dureté, une
touche d’orientalisme, la séduction, et même une certaine pilosité…
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Mollement couchée sur une ottomane, tenant à la main un écran de plumes [...] ses
lèvres rouges tranchaient sur un teint d’une vive blancheur. [...] Une rivale aurait
peut-être blâmé l’imperceptible duvet qui ornait les contours de son visage.
Un soir, Fœdora refuse d’accompagner Raphaël au théâtre. Le billet lui
ayant coûté son dernier écu, il s’y rend seul… Mais à peine arrivé, une
intuition l’avertit de sa présence… En effet, il l’aperçoit dans sa loge.
Fœdora me vit et devint sérieuse : je la gênais. Au premier entracte, j’allai lui faire
une visite. Elle était seule, je restai.
La comtesse lui demande de la raccompagner, mais il pleut, et il n’a pas
assez de monnaie pour payer le voiturier, Fœdora est glaciale :
— Sachez monsieur que des [...] richesses et des titres m’ont été offerts ; mais [...]
je n’ai jamais revu les personnes assez mal inspirées pour m’avoir parlé d’amour.
À cet instant, Fœdora incarne bien cette société, que Balzac dénonce :
dominée par l’ambition et l’argent. Raphaël de Valentin, aristocrate,
représente un ancien monde sur le point de disparaître. Les lieux du
roman représentent d’ailleurs très bien cette division. Rive droite : le
théâtre, les maisons de jeu, Taillefer, Fœdora. Rive gauche : la boutique,
le quai Voltaire, l’hôtel Saint-Quentin, la rue de Varenne.
Le lendemain, Rastignac présente Raphaël à un éditeur qui veut publier
de fausses Mémoires sur Marie-Antoinette. Il hésite, Rastignac insiste.
— Prends d’abord les cinquante écus et fais les mémoires. Quand ils seront
achevés, tu refuseras de les mettre sous le nom de [...] Madame de Montbauron.
[...] Le libraire [saura bien] payer ta tante ce qu’elle vaut.
Le lendemain, Raphaël reçoit une invitation de Fœdora au Jardin des
Plantes ! Il trouve quelques pièces au fond d’un tiroir et s’y rend à pied.
— La protection du duc de Navarreins votre cousin [...] me serait très utile [...]
[pour] la reconnaissance de mon mariage par l’empereur.
Raphaël accepte et passe de merveilleux moments avec Fœdora, mais
le charme retombe lorsqu’arrive le duc de Navarreins.
Fœdora [...] traita sans moi cette affaire mystérieuse [...] : j’avais été pour elle un
moyen. Elle paraissait ne plus m’apercevoir quand mon cousin était chez elle.
L’insensibilité de Fœdora obsède tellement Raphaël qu’il se cache un
soir derrière un rideau pour l’observer seule... Avant de s’endormir,
Fœdora laisse échapper une plainte « Mon Dieu » :
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Était-ce imprécation ou prière, souvenir ou avenir, regret ou crainte ? Il y avait
toute une vie dans cette parole [...] ! L’énigme [...] renaissait.
Peut-être que Fœdora a un cœur, après tout ? Deux jours plus tard,
Raphaël retourne la voir pour lui faire une déclaration d’amour.
— Le mariage est un sacrement [par lequel] nous ne nous communiquons que
des chagrins [...] et je vous aime si peu que cette scène m’affecte désagréablement.
Il est intéressant de voir que ce mot « chagrin » qualifie un mariage
malheureux, comme pour prolonger les analyses de sa Physiologie du
Mariage : pour Balzac, cette société égoïste met le mariage en péril.
En désespoir de cause, Raphaël lui avoue alors qu’il l’a entendue dire
« Mon Dieu ! » alors qu’elle croyait être seule.
— Avant-hier, oui ! [...] J’avais oublié de [...] convertir mes rentes.
Les jours qui suivent, Raphaël démoralisé achève ses fausses
Mémoires, et va les déposer chez son éditeur. Sur le chemin du retour,
il croise Rastignac à qui il confie ses pensées de suicide.
— Écoute, [...] à ta place, je tâcherais de mourir avec élégance. [...] Menons une
vie enragée, peut-être trouverons-nous le bonheur par hasard !
Raphaël va alors faire ses adieux à Pauline et déménage rue Taitbout :
C’était une chambre [...] de mauvais sujet [...]. La vie s’y dressait avec ses paillettes
et ses haillons, soudaine, incomplète comme elle est réellement, mais vive, mais
fantasque comme dans une halte où le maraudeur a pillé tout ce qui fait sa joie.
Raphaël raconte à Émile endormi les derniers événements de sa vie :
ruiné, il vend l’île de sa mère, perd son dernier Napoléon au jeu, et
songe au suicide. Soudain, il se souvient de la Peau Chagrin :
— Au diable la mort ! [...] Je suis riche, j’ai toutes les vertus. Rien ne me résistera.
Le jour se lève, les convives se remettent des excès de la veille, arrive
alors un certain M. Cardot, notaire, qui se tourne vers Raphaël :
— Monsieur, vous êtes [l’unique héritier] O’Flaharty, décédé en 1828 à Calcutta.
Toute la société acclame la bonne fortune de Raphaël et trinque en son
honneur. Mais Raphaël constate que la Peau de Chagrin a rétréci, il
comprend que c’est pour lui le début de la fin. Je propose une analyse
linéaire de ce passage-clé sur mon site.
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L’agonie
M. Jonathas, ancien domestique des Valentin, réembauché par Raphaël,
raconte à un visiteur le quotidien de son maître rue de Varenne, rive
gauche : malgré sa richesse, Raphaël est toujours dans l’ancien monde.
Monsieur le marquis n’a rien à souhaiter. Le menu est dressé pour l’année entière.
[S’il fait beau] je lui dis : Vous devriez sortir, monsieur ? Il me répond oui, ou non.
On devine que Raphaël pauvre voulait tout mais ne pouvait rien.
Raphaël riche peut tout mais évite de formuler le moindre désir !
Le visiteur n’est autre que M. Porriquet, l’ancien professeur de Raphaël !
Soupçonné par le pouvoir de soutenir Charles X, il a perdu son poste.
— Mon bon père Porriquet [...] je souhaite bien vivement que vous réussissiez…
Catastrophe, il vient de formuler un souhait : la Peau de Chagrin a
encore rétréci… Raphaël bouleversé se laisse conduire par Jonathas aux
Italiens pour voir la Semiramide de Rossini. Au théâtre, quelle n’est pas
sa surprise de croiser Euphrasie au bras du vieil antiquaire !
— J’avais pris l’existence au rebours. Il y a toute une vie dans une heure d’amour.
Le vieillard, comparé à un tableau de Rembrandt, est affecté par sa
nouvelle passion, exactement comme Raphaël après chaque vœu...
Balzac s’intéresse à la physiognomonie* (les traits physiques et moraux
sont liés) mais il en fait surtout une métaphore de l’âme. Oscar Wilde
reprendra ce principe dans son fameux Portrait de Dorian Gray en 1890.
Depuis sa loge, Raphaël aperçoit de loin Fœdora triomphante.
Un jeune pair de France [portait] sa lorgnette. Une joie inexprimable anima [sa] figure,
quand elle eut conscience d’écraser par sa parure les plus élégantes femmes de Paris.
Le jeune Balzac esquisse déjà une étude de mœurs dans ce roman,
mêlant noblesse, petite et grande bourgeoisie. Mais il n’approfondit pas
tous les personnages, Fœdora notamment reste une coquille vide.
Au second acte, une femme vient se placer près de Raphaël. Tout le
monde se tourne vers elle. Raphaël n’ose pas la regarder, mais…
Son imagination [...] lui dessina rapidement une femme en traits de feu. Il se
retourna brusquement. [...] — Pauline ! — Monsieur Raphaël !
Ils conviennent d’un rendez-vous et elle s’enfuit. Une fois seul, Raphaël
émet le vœu d’être aimé d’elle… La Peau de Chagrin ne rétrécit pas :
C’est à mon avis la clé du roman : l’amour de Pauline est bien réel.
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Le lendemain, ils se retrouvent dans son ancienne mansarde de l’Hôtel
Saint Quentin. Leur situation a beaucoup changé.
— Mon Raphaël ! Tu ne sais pas ? [...] Je suis une riche héritière. [...] Tu aimes le
luxe [...] mais tu dois aimer mon cœur aussi, [où] il y a tant d’amour pour toi !
Tout est là : Raphaël serait devenu riche et heureux s’il avait demandé
Pauline en mariage au lieu de signer le pacte.
— Tu seras ma femme, mon bon génie. Ta présence a toujours dissipé mes
chagrins et rafraîchi mon âme ; [...] ton sourire angélique m’a [...] purifié.
Balzac envoie des signaux forts : l’amour de Pauline est un bon génie,
dissipe les chagrins. Est-il trop tard pour faire le bon choix ? Raphaël
jette la Peau de Chagrin au fond d’un puits.
Raphaël se laissa donc aller au bonheur d’aimer, et vécut cœur à cœur avec
Pauline. Leur mariage [...] devait se célébrer dans les premiers jours de mars.
Mais fin février, le jardinier a repêché la Peau de Chagrin, étrangement
intacte, sèche… et rétrécie. Raphaël, horrifié, décide de faire appel à la
science, il consulte M. Lavrille, naturaliste.
— Il existe en Perse un âne très rare, l’onagre. Presque impossible à saisir dans les
montagnes, il semble voler comme un oiseau. De là vient sans doute notre
Pégase. Chagri (en Turquie) serait la ville où on traite ce cuir particulier.
Pour étendre la surface de cette Peau de Chagrin, Raphaël se rend chez
un spécialiste de la mécanique, M. Planchette, qui met la peau dans
une presse hydraulique. Balzac décrit longuement la machine et il cite
même Blaise Pascal qui en est le premier concepteur.
Mais la peau résiste à la presse, qui vole en éclats. Planchette
accompagne alors Raphaël chez un célèbre chimiste, Japhet :
Le chagrin sortit victorieux d’un épouvantable choc auquel il avait été soumis,
grâce à une quantité raisonnable de chlorure d’azote.
Ces échecs font donc surtout surgir de nouvelles questions… La Peau
exauce-t-elle vraiment les vœux ? Jusqu’où vont les coïncidences ? Au
fond, La Peau de Chagrin c’est le roman lui-même, dont nous tournons
les pages… Pour Balzac, l’art échappe à la science.
Raphaël tombe alors malade, sa mauvaise toux ressemble à un début
de phtisie (le nom qu’on donnait à l’époque à la tuberculose). Il consulte
alors quatre médecins, dans une scène très Moliéresque !
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Pour le premier, M. Brisset, la cause est mécanique, pour Caméristus,
elle spirituelle. Maugredie ne tranche pas : les sangsues nettoieront le
corps, et l’air de la montagne soignera l’âme. Le dernier médecin,
Horace Bianchon, est plus sage et plus modeste :
— Ils sont logiques [...] Caméristus sent, Brisset examine, Maugredie doute.
L’homme n’a-t-il pas une âme, un corps et une raison ? [...] Tâche donc de vivre
sagement [...] ; le mieux [...] sera toujours de se confier à la nature.
Raphaël se rend donc aux eaux d’Aix en Savoie… Il éprouve un réel
apaisement aux abords du lac du Bourget. Ce lac, c’est le fameux lac de
Lamartine, où il pleure la mort de sa bien-aimée Elvire dans ses
Méditations Poétiques. Ce recueil est fondateur pour les romantiques.
La Province laisse une place à la Nature, mais on y retrouve tout de
même la société, et Raphaël réalise bientôt que son air aristocrate lui a
attiré l’hostilité des autres pensionnaires. Un soir, un jeune homme le
provoque en duel. Raphaël le prévient de son pouvoir, en vain.
En tirant au hasard, Raphaël atteignit son adversaire au cœur. [...] Il chercha [...]
la Peau de Chagrin pour voir ce que lui coûtait une vie humaine. Le talisman
n’était plus grand que comme une petite feuille de chêne.
Raphaël se rend alors en Auvergne aux eaux du Mont-Dor. Cette fois-ci,
il loge à l’écart chez une famille locale. Mais un jour, Raphaël entend
Jonathas parler avec l’Auvergnate et réalise la pitié qu’il inspire.
— Pauvre jeune homme [...] il peut guère ben finir. C’te fièvre, [...] ça le ruine !
Balzac est l’un des premiers à s’intéresser aux dialectes locaux et
sociaux, qui vont fasciner des écrivains comme Hugo et Zola.
De retour rue de Varenne, Raphaël continue de s’affaiblir et garde le lit.
Un soir, Jonathas le conduit dans la grande galerie et ouvre la porte :
Une acclamation [éclata] rutilante comme les rayons de cette fête improvisée. [...]
Il vit ses amis convoqués, mêlés à des femmes [...] ravissantes.
Raphaël maudit le pauvre Jonathas, qui avait organisé cette fête sur les
conseils de Bianchon, et il retourne dans sa chambre.
Vers minuit, il est réveillé par Pauline qui lui reproche sa longue
absence. Raphaël lui révèle alors le secret de la Peau de Chagrin.
— [Ce talisman] accomplit mes désirs, et représente ma vie. Vois ce qu’il m’en
reste. Si tu me regardes encore, je vais mourir...
— Mourir, mais tu es jeune ! Mourir, mais je t’aime !
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Pauline prend la Peau de Chagrin qui rétrécit encore dans sa main au
moment où elle se tourne vers Raphaël.
Le moribond chercha des paroles pour exprimer le désir qui dévorait ses forces ;
mais [...] ne pouvant bientôt plus former de sons, il mordit Pauline au sein.
Ce dernier désir, qui n’a rien de platonique, libère toute la fatalité du
roman. Raphaël meurt juste avant son mariage, comme si son pacte
avec la Peau de Chagrin l’empêchait de prendre un nouvel engagement.
Je propose une explication linéaire de ce passage sur mon site.
Fait étonnant, Balzac lui-même mourra d’épuisement, 5 mois après son
propre mariage avec la comtesse Hanska… Il paraît que sur son lit de
mort, il aurait appelé Horace Bianchon…
Épilogue
Dans cet épilogue, Balzac donne rapidement la parole au lecteur qui
cherche à comprendre les deux personnages féminins. Le narrateur
décrit alors Pauline comme une allégorie, peut-être, de l’amour, de la
poésie, qui dépasse et réenchante la réalité, mais reste vague.
Reine des illusions, [...] vive comme un éclair [...] elle a revêtu je ne sais quel
corps de flamme ! [Voltigeant] dans les airs comme un mot vainement cherché.
Le lecteur s’interroge alors : et Fœdora, que représente-t-elle ?
– Oh ! Fœdora, vous la rencontrerez. Elle était hier aux Bouffons, elle ira ce soir à
l’Opéra, elle est partout, c’est, si vous voulez, la Société.