La Bible Illustré
La Bible Illustré
I L L U S T R E E
H I S T O I R E S A I N T E
POUR GARÇONS ET FILLES
DEUXCOQS D'OR
L A B I B L E
ILLUSTREE
HISTOIRE SAINTE
POUR GARÇONS ET FILLES
Introductions et commentaires
du Révérend Père R. Tamisier,
prêtre de Saint-Sulpice
Ancien professeur d'exégèse à l'Institut catholique de Paris
et à l'Université catholique d'Angers
NllllL OBSTAT: F. AMIOT p. s/^^-^'^WPRIMATUE : J. HOTTOTVie. Gen.
Paris, le 28 novembre 1963 fi}/ \s v^t Paris, le 30 novembre .1963
ë!lJL V! '
LE TRIOMPHE DE JOSEPH
Jacob, fuyant la juste colère de son frère gré la mauvaise volonté de Laban, le bon-
Esaü, part de Bersabée; quelques jours heur qu'il conçoit à la manière de son
plus tard, il campe à Béthel. Durant la nuit, temps : avoir de nombreux enfants et pos-
il voit en rêve une sorte d'échelle avec des séder une solide fortune. Il s'y emploie en
anges et le Seigneur lui-même : cela rap- dépouillant Laban du meilleur de ses trou-
pelle la ziggurat ou tour à étages, que les peaux. Puis, d'accord avec ses femmes, il
Babyloniens qualifiaient de tour pénétrant part en secret pour rentrer en Canaan. Aux
le ciel et de lien avec la Divinité. Dieu abords du pays, le souvenir d'Esaü et de sa
renouvelle àJacobles promesses qu'il avait colère s'impose de plus en plus :comment
formulées à Abraham et Isaac. l'apaiser? Malgré de somptueux cadeaux
Mais, si Jacob reconnaît la présence queJacob lui envoie, Esaümarche à sa ren-
divine, il refuse de se rendre au vrai Dieu; contre avec une troupe nombreuse : tout
il ne compte que sur sa propre habileté. semble désespéré. Jacob prend quelques
Quant au Seigneur, on verra plus tard, s'il mesures de protection, maisnepeut riende
daigne le protéger! plus. Il se tourne alors vers Dieu dans une
Après bien des jours, il arrive chez son vraie prière, à base d'humilité.
oncle Laban qui l'accueille et veut bien C'est la conversion de Jacob, qui met fin
l'agréger à son clan, à condition qu'il tra- à toute une lutte intérieure. L'auteur sacré
vaille pour lui pendant des années; moyen- la raconte commeune lutte de Jacob contre
nant quoi, il lui donne comme épouses les Dieu, lutte qui soudain fait place à une sou-
deux sœurs Lia et Rachel. mission totale. Cette nuit mystérieuse
Jacob voit se réaliser peu à peu, et mal- débouche dans la pleine lumière de Dieu.
Et la rencontre avec Esaü marque leur Il leur impose sept épreuves :il les accuse
réconciliation. d'espionnage; il retient Siméon comme
Dès lors, le patriarche fait avec les siens otage; les autres trouvent au retour, dans
le pèlerinage de Béthel; il expulse toutes leurs sacs, l'argent qui avait payé leurs
les idoles qu'on trouve dans la caravane. Et achats.
Rachel meurt en donnantle jour à Benjamin, Lors d'un second voyage, nécessité par
le douzième fils de Jacob. Désormais, celui- , la famine persistante, les onze frères reçoi-
ci est bien Israël (« Dieu est fort »);par ses vent un accueil trop empressé (ne va-t-on
fils il est devenu le père des douze tribus pas les réduire tous en esclavage?). Le vizir
d'Israël. les invite à son repas et les place par rang
Parmi tous ses enfants, Joseph illustre à d'âge (n'est-il pas un devin?). Apeine par-
quel point Dieu veille sur les siens. Sonhis- tis, on les rattrape et on les accuse d'avoir
toire se déroule sur le fond historique des volé la coupe divinatoire du vizir; Benjamin
Hycsos,pharaons sémites quirégnèrent sur est accusé du vol, mais tous ses frères se
la Basse Egypte (environ 1720 à 1580);elle solidarisent avec lui.
est racontée avec art et sens dramatique. La septième épreuve n'est pas la moin-
Josephest d'abord le juste persécuté :de dre :Joseph se fait reconnaître, à la stupeur
grandes épreuves succèdent à des brèves et à la frayeur de ses frères. Mais il les ras-
périodes de réussite : l'esclavage (vendu sure : tout a été providentiel; il s'agit main-
par ses frères jalouxde lui, il est acheté par tenant de faire venir en Egypte Jacob et sa
l'Egyptien Putiphar); la prison (victime de tribu, avec l'agrément du pharaon.
la femme de Putiphar, il est emprisonné); Le vieux patriarche et tous les siens quit-
l'oubli (le grand échanson rétabli dans son tent donc Canaan et s'installent au pays de
office selon la prédiction de Joseph, ne Goshèn (partie orientale du Delta); dans la
pense plus à lui). sécurité du grand empire, les Hébreux vont
Le triomphe du juste. - Les sages se multiplier et devenir un peuple.
d'Egypte étant incapables d'interpréter les Atravers tous ces faits d'origine familiale
rêves du pharaon, on fait venir Joseph; il ou tribale, s'esquisse déjà la religion du
explique les songes du souverain et lui sug- salut. Les promesses divines, les interven-
gère quelques conseils pour échapper à la tions du Seigneur et les réponses plus ou
famine menaçante. Nommé vizir du pha- moins spontanées des hommes en donnent
raon sémite, il reçoit les attributs de cette les grands traits : Dieu assure aux patriar-
haute dignité et organise sagement l'admi- ches un bonheur conforme à leur dévelop-
nistration du royaume. pement intellectuel et culturel; mais, sous
Sauveur des siens. -Joseph apparaît peine de châtiment, il exige en retour cer-
comme le modèle de la justice tempérée taines pratiques ou certaines abstentions,
par le pardon. Unpremier voyage amène l'obéissance à sa Parole, la fidélité, la foi.
ses frères en Egypte pour ytrouver du blé.
SALOMON LE MAGNIFIQUE
1.Salomon le Magnifique. - Lorsque meurt sur les tribus, exceptée celle de Juda; le
David, sonfils Salomonlui succède (970-932 mécontentement général, habilement
avant J.-C.). Onvoit en lui le roi magnifique entretenu par la diplomatie égyptienne, va
et tout-puissant, le constructeur du Temple, grandissant.
le prince de la sagesse. Cette sagesse est
encore bien humaine; elle est un savoir- 2. La révolution de 932 est une consé-
faire pratique plus qu'une réflexion sur les quence directe du règne de Salomon et de
grands problèmes du monde visible. la maladresse de son fils Roboam. Les tri-
L'auteur du livre des Rois en donne quel- bus du Nord se donnent un roi en la per-
ques exemples :l'habileté pour éliminer les sonne de Jéroboam 1er;désormais, les deux
rivaux; l'organisation du royaume à la royaumes frères n'entretiendront que rare-
manière égyptienne; le fameux jugement mentdes relations pacifiques. Mais,fait plus
de Salomon. grave, cette sécession s'accompagne d'un
Leroi donne à l'œuvre de David tout son schisme religieux :les rois du Nord organi-
essor; il réalise le projet de son père :cons- sent un culte et des sanctuaires officiels (à
truire à Yahvé un Temple splendide. Dans Dan et à Béthel) :leurs taureaux d'or (sym-
cette période de paix et de prospérité, les bolisant la puissance de Yahvé) ouvrent la
constructions se multiplient. Toutcela exige voie à toutes les compromissions avec le
des ressources toujours plus grandes; on paganisme. De fait, sous le règne d'Achab
pratique le commerce et même le trafic à Samarie (875-853), sa femmeJézabel pré-
maritime avec les pays lointains; les rela- tend imposer, aubesoin par la force le culte
tions internationales se multiplient (voyage de Baal. Il en sera de même àJérusalem où
de la reine de Saba). Athalie, fille (ou peut-être jeune sœur) de
Mais ce brillant tableau comporte des' Jézabel, usurpera pour un temps le pou-
ombres que l'auteur biblique n'a pas voir. Leprophète Elie combat avec énergie
cachées. Salomon devient pour ses sujets cette introduction officielle du paganisme;
un monarque lointain. Sa conduite person- son disciple Élisée continue la lutte; une
nelle est peu conforme aux exigences divi- révolte militaire abat la dynastie d'Achab et
nes; impôts et corvées pèsent lourdement porte au pouvoirJéhu et sa dynastie en 841.
Lapaix et la prospérité, qu'assure bientôt tarder aux Assyriens; malgré cela, leur roi,
cette dynastie, favorisent la corruption des Sennachérib, se prépare en 701 à assiéger
mœurs et les injustices sociales, que stig- Jérusalem : la délivrance merveilleuse de
matisent les prophètes Amos (vers 750) et la ville sainte, annoncée par Isaïe, atteste
Osée (à partir de 750). Mais, après le long l'intervention de Dieu en faveur des siens.
règne deJéroboam II (783-743), le royaume
du Nord tombe dans l'anarchie. A ce 4. Près d'un siècle plus tard, l'écroule-
moment, précisément, l'Assyrie, sous la ment de l'Assyrie fait croire que les mena-
direction de Téglath-Phalasar III, cherche à ces extérieures ont disparu. Le roi Josias
s'étendre vers la Méditerranée; l'Égypte (640-609) entreprend une profonde
tente de s'y opposer : les petits royaumes réforme religieuse inspirée du Deutéro-
syro-palestiniens seront les victimes de ces nome et répandue par plusieurs prophètes
deux géants. dont Jérémie est le plus marquant. Mais,
après la mort tragique de Josias, l'expan-
3. Répondant à l'appel d'Achab de Juda sion rapide de la puissance babylonienne
(qui refuse de suivre les conseils du grand précipite les événements; les successeurs
prophète Isaïe), le roi d'Assyrie occupe la de Josias ne savent pas rester en dehors
Galilée et, après diverses révoltes, ruine des intrigues diplomatiques. Après une
définitivementle royaume du Nord :c'est la première défaite, suivie d'une déportation
prise de Samarie en 722 et la déportation de notables en 597,Jérusalem est prise une
des Israélites du Nord en Assyrie. Désor- deuxième fois par .Nabuchodonosor en
mais, le petit royaume de Juda est le seul 586 :la ville sainte est pillée, incendiée et la
espoir des fidèles, en un temps troublé où plupart des Israélites sont déportés en
s'affrontent les grands empires. Sous Babylonie. C'est là que, durant l'Exil, les
l'influence d'Isaïe et de Michée, Eséchias fidèles du vrai Dieu comprendront les
(716-687) tente un redressement national leçons de l'histoire et que le rédacteur défi-
appuyé sur uneréforme religieuse; enpoli- nitif du Livre des Rois fera pour ainsi dire
tique étrangère, Isaïe lui conseille la non- l'examen de conscience de la nation : les
intervention. Ezéchias s'éloigne une fois de multiples infidèlités à l'Alliance ont provo-
cette ligne de conduite mais se soumet sans qué cette ruine du Royaume.
L'EXIL A BABYLONE
1.L'Exil à Babylone (586-538). - Après la parfois l'apostasie; mais le prophète Ezé-
chute de Jérusalem en 586, tout semble chiel s'emploie avec succès à ranimer la foi
perdu : il n'y a plus ni roi ni capitale; le et le courage d'un petit reste fidèle; sous
royaume est détruit la plupart des Israéli- son influence on médite les leçons du
tes sont déportés à Babylone. Dieu a-t-il passé, on découvre les valeurs authenti-
abandonné son peuple? Or, ce temps ques des païens au milieu desquels on vit;
d'épreuve est un temps de grâce. on attend, on demande, on prépare le
Certes, le bouleversement de la défaite retour promis par Dieu. L'imprévisible his-
provoque chez beaucoup le désespoir et torique va se produire : Cyrus le Grand
(557-529) commence sa conquête de cle où les Psaumes prennent leur forme
l'Orient. Le deuxième Isaïe salue en lui le définitive, psaumes qui chantent la vie
libérateur qui accomplit l'œuvre de Dieu. d'Israël, ses épreuves et ses joies, et surtout
En539Babylone est prise et, quelques mois sa grande espérance du salut messianique
plus tard, Cyrus rend un édit permettant universel.
aux Juifs qui le désirent de rentrer dans Trois siècles encore vont mettre à
leur patrie. l'épreuve cette grande espérance. LesJuifs
2. Leretour à Sionse fait dans lajoie. Sans sont asservis aux Lagides d'Égypte de 301
tarder, les rapatriés se heurtent à l'hostilité à 198; puis, c'est la domination des Séleuci-
des païens qui avaient occupé la Palestine; des (Antioche de Syrie), de 198 à 167. A
la pauvreté règne et, même parmi les fidè- cette date Antiochus IV Épiphane déclen-
les, les fautes morales se multiplient. Un che une terrible persécution religieuse qui
redressement est nécessaire, qu'accom- suscite la guerre sainte menée par les frè-
plissent le gouverneur Néhémie et le res Maccabées (167-134); la Judée retrou-
scribe Esdras, de 445 à 397; sur l'ordre ver son indépendance, mais les rois Asmo-
d'Artaxercès II, la loi. de Moïse est procla- néens (descendants des Maccabées) s'avè-
mée loi d'État pour la Judée : le Judaïsme rent bientôt des tyrans. Legouverneur Anti-
est fondé. Pendant ce premier siècle qui pater appelle le général romain Pompée
suit le Retour, on entend les derniers pro- (63) et prend le pouvoir; il le transmet,
phètes, comme Aggée et Zacharie, dont après bien des péripéties, à sonfils Hérode
l'action permet de reconstruire enfin le le Grand (37-4 avant notre ère).
Temple en 515; on reste fidèle au courant Parmi tant d'épisodes et de souffrances,
universaliste qui avait pris son essor durant l'espérance messianique s'avive (livre de
l'Exil (Livres de Ruth et de Jonas, écrits Daniel), les écrits d'encouragement se mul-
entre 500 et 450). C'est aussi la grande tiplient (livres d'Esther, de Judith, des Mac-
période des Sages d'Israël :ils enseignent cabées) ;onchante les éloges de la sagesse
commentvivre sousle regard de Dieupour traditionnelle qui vient de Dieu et qui
trouver le bonheur; il faut nommer parmi l'emporte sur la sagesse grecque (l'Écclé-
eux les auteurs des Proverbes et du Livre siastique en 180; le Livre de la Sagesse,
de Job (Ve siècle); puis, au IIIe siècle, vers 80-50). Lesmystiques se plaisent à lire
l'Ecclésiaste, en ce temps où maints philo- le Cantique des Cantiques eny découvrant
sophes de formation hellénistique s'interro- la certitude que l'amour divin triomphera.
gent, avec confiance d'ailleurs, sur l'homme Il faut surtout noter le Livre de la
et son destin. LesSages d'Israël essaient de Sagesse, dernier écrit inspiré de l'Ancien
résoudre le problème du mal et de faire la Testament :c'est unlivre d'espérance et de
critique des éléments du bonheur : leurs foi, qui a vu le jour dans l'importante com-
recherches dans l'obscurité attestent une munautéjuive d'Alexandrie et qui veut atti-
immense espérance d'éternité. rer les païens. Seule la Sagesse divine
3. D'Alexandre à Hérode. L'attente du donne tout le sens de la vie :rechercher ici-
Messie. - Les années 330 voient le monde bas la volonté de Dieu; être certain
ancien se transformer sur les pas d'Alexan- qu'après le jugement on jouira sans fin de
dre le Grand; la pensée helléniste s'impose l'amour de Dieu et du prochain :c'est là le
unpeu partout; les rêves de dominationter- vrai bonheur. Onse trouve ainsi au seuil du
restre semblent bien échapper aux Juifs. Nouveau Testament.
Par contre, la prière s'intensifie. C'est le siè-
LE DISCOURS SUR LA MONTAGNE
LES ÉVANGILES ne sont pas des vies de catéchèse primitive, axée sur la Résurrec-
Jésus, au sens actuel du mot : on ne com- tion et sur le mystère de la Rédemption.
prendrait pas qu'il y en ait quatre. En réa- Mais, à partir des années 50, on chercha à
lité, leurs auteurs ont voulu fixer par écrit pénétrer plus avant dans le mystère de
l'annonce de la Bonne Nouvelle, telle l'Incarnation : c'est pourquoi Matthieu et
qu'elle était proclamée, durant les années Luc commencèrent leurs œuvres en rédi-
60 à 70, dans les milieuxjuif (Matthieu), hel- geant les traditions, d'ailleurs complémen-
léniste (Luc, disciple de Paul) et romain taires, qui provenaient de l'entourage de
(Marc, porte-parole de Pierre), ou telle Joseph ou de Jean, confident de Marie elle-
qu'on l'avait mieux approfondie encore à la même. Avant la mort d'Hérode le Grand,
fin du siècle apostolique (Jean, vers 95). Ils probablement en 6 avant notre ère, c'est
veulent montrer commentle Règne de Dieu l'annonce faite à Marie et la naissance à
annoncé par les prophètes s'est réalisé par Bethléem du Messie attendu. Luc a relevé
Jésus et en lui, car il est le Messie attendu, la joie des humbles, par exemple des ber-
le Fils de Dieu, l'unique Sauveur. gers. Matthieu raconte comment, quelques
Cette proclamation de la BonneNouvelle mois plus tard, des mages s'en viennent
(en grec Evangile) s'appuie sur les faits et d'Arabie oùvituneforte communautéjuive;
sur les paroles de Jésus, que les apôtres et ce sont des personnages riches, experts en
leurs collaborateurs rappellent constam- astronomie et qui connaissent peut-être
mentet expliquent. Cesmultiples souvenirs l'attente messianique des Juifs :ils symboli-
historiques, fidèlement transmis par la pre- sent l'espérance universelle d'un Sauveur.
mière génération chrétienne, demeuraient Mais leur passage alerte le soupçonneux
bien vivants : car la grande lumière de la Hérode qui réagit selon sa cruauté bien
Résurrection en manifestait toutes les connue. Lasainte famille connaît le sort des
richesses de vie. Aussi bien, chacun. des réfugiés; pour sauver l'Enfant, ils partent
évangélistes a-t-il choisiles faits et les paro- vers les déserts du Sud, vers l'Egypte.
les du Christ qui lui semblaient plus Quelque temps plus tard, la mort d'Hérode
expressifs et qui, entout cas, convenaient le provoque enJudée une série de troubles et
mieux aux lecteurs auxquels il s'adressait Joseph décide de retourner en Galilée,
et au but qu'il poursuivait : proclamer le alors plus calme. Trente ans de vie cachée
mystère du Christ et montrer en lui la règle à Nazareth, avec toutes les humbles tâches
toujours actuelle de la vie chrétienne. Mais, quotidiennes: Jésus devient un homme;
en confrontant les quatre Evangiles on Marie découvre toujours plus clairement le
décèle aisément les lignes majeures de la mystère de son fils.
vie publique du Christ et, surtout, son mys-
tère : «Jésus a fait encore, en présence de 2.Le Précurseur, Jean-Baptiste, cousin
ses disciples, bien d'autres signes qui ne du Seigneur, annonce et prépare l'action de
sont pas relatés dans ce livre. Ceux-là l'ont Jésus dès la fin de l'année 27. Il désigne
été pour que vous croyiez que Jésus est le même Jésus comme le Messie attendu et
Christ, le Fils de Dieu,et qu'en croyant vous l'apôtre saint Jean a gardé le détail très
ayez la vie par sonnom. »(Jean, chapitre 20, vivant de ces témoignages qui jalonnèrent
versets 30, 31). toute une semaine, au début de l'an 28; ils
Aprèsl'enfance, laviepublique duChrist ont pour couronnement le miracle de Cana,
se déroule comme un double drame : l'un le premier que Jésus réalisa sur la
en Galilée (printemps 28 à mai 29), l'autre demande de Marie, et qui inaugura sa vie
surtout en Judée et à Jérusalem (juin 29 à publique (mars 28).
mai 30), qui s'achève par la victoire du
Christ ressuscité.
3. Dès le printemps galiléen de cette
1.Enfances: ces récits, consignés par même année 28, Jésus proclame la Bonne
Matthieu et Luc,ne faisaient pas partie de la Nouvelle : le Royaume ou Règne de Dieu
est arrivé. Il vient l'inaugurer et se présente les Douze, qui en seront les assises, et pro-
comme l'envoyé de Dieu. Son enseigne- nonce le discours sur la Montagne, qui en
ment, qui fait choc et ses premiers miracles est la charte et qui découvre aux hommes
déterminent l'enthousiasme populaire, mais le vrai bonheur et ses conditions :les Béa-
aussi la surprise et l'opposition de nom- titudes, qu'il explique longuementcejour-là
breux pharisiens. De premiers conflits sur- et par la suite, mettent en pleine lumière
gissent à propos du sabbat : le Maître l'essentiel de la Loi, qui est l'amour :il a sa
déclare que l'amour fraternel, la charité source enDieuet doit se réaliser par l'effort
divine, ne peuvent être limités par des rites et la prière :ainsi toutes les activités humai-
extérieurs. nes en sont pénétrées, préparant la réalisa-
4. Sans tarder, Jésus veut établir les tiondes grandes promesses messianiques :
bases du vrai Royaume de Dieu :il choisit joie et paix universelles.
LA NAISSANCE DE L'ÉGLISE
LaPassion, la Résurrection et l'Ascension çoivent les Romains. Comme ils cherchent
du Seigneur Jésus sont à la fois un achève- le moyen de s'emparer de lui sans provo-
ment et une inauguration : la Rédemption quer de réactions populaires, Judas se pro-
est désormais acquise; mais, pour qu'elle pose : il sait où trouver Jésus pendant la
porte ses fruits, il faut que tous les hommes nuit; ainsi pourra-t-on le saisir à l'insu de la
la connaissent et s'y unissent : l'Église, qui foule. Au soir du jeudi saint, à la fin de la
est le Christ, doit annoncer partout la Bonne Cène ou repas pascal, Jésus institue
Nouvelle et lui attirer tous les hommes. l'Eucharistie qui assure à la fois sa pré-
C'est la mission des apôtres et de tous les sence jusqu'à la fin des temps et l'union de
Chrétiens qui, sous l'action de l'Esprit du tous, de l'Eglise, en lui et en Dieu.
Père et du Christ, comprennent l'Évangile
et ont l'audace de le proclamer. 2.La Passion et la gloire. Dans la nuit,
après l'entretien qui suivit la Cène, le
1.La grande semaine. La présence de drame se précipite. Le petit groupe des
Jésus à Béthanie, chez Lazare le ressuscité, ennemis, qui représente non pas le peuple
précipite le dénouement. Sonentrée àJéru- juif, toujours aimé de Dieu,maisles excès et
salem accomplit l'annonce de Zacharie la dureté de l'orgueil humainet de la haine,
(chapitre 9, verset 9:voir le tome 8, page arrête Jésus au Jardin des Oliviers; on le
340) :c'est unemanifestationmessianique et conduit d'abord chez l'ancien grand prêtre
une suprême invite à l'accueillir. Mais tous Anne, puis, au point dujour, chez Caïphe où
ses ennemis s'unissent, faisant taire les opi- le Sanhédrin s'est réuni en hâte : on le
nions qui les séparent; ils s'efforcent de déclare passible de mort. Mais, sous le
compromettre le Christ aussi bien vis-à-vis régime de l'occupation romaine, le Sanhé-
de la foule que par rapport aux autorités drin n'avait pas le droit de faire exécuter
romaines; ils le harcèlent de questions insi- une sentence de mort : elle devait être
dieuses, par exemple sur l'impôt que per- sanctionnée par le gouverneur. Onle traîne
devant Pilate et onl'accuse de rébellion; le providentiels qui vont pousser les Chré-
gouverneur n'est pas dupe, mais, fonction- tiens hors de Jérusalem.
naire timoré, il cède aux menaces et
condamne Jésus à l'affreux supplice de la 4.L'Église se tourne vers les païens.
croix. Jésus meurt, abandonné de presque Sous la motion divine, Pierre baptise le
tous. Lanuitde Pâques (9 avril 30) s'illumine romain Corneille et sa famille, cependant
de sa victoire :la Résurrection, dont les dis- qu'à Antioche de nombreux païens se
ciples, avertis par quelques femmes, convertissent : c'est là que, pour la pre-
deviennent les témoins, et l'Ascension achè- mière fois, les disciples reçurent le nomde
vent l'œuvre rédemptrice : désormais, le Chrétiens. Antioche devient la capitale
Christ, présent parmi les siens, est égale- dynamique du Christianisme; la pensée
ment dans la gloire divine, à la fois Dieu et des multitudes païennes préoccupe ses
«premier-né de toute la création ». chefs : ils délèguent Barnabé et Paul pour
accomplir en leur nom l'œuvre mission-
3. C'estla naissance de l'Église, corps du naire. De 45 à 49, ces derniers parcourent
Christ. Les Actes des apôtres continuent Chypre et quelques provinces du sud de
l'Évangile. Luc y a réuni divers documents l'Asie Mineure; malgré bien des difficultés,
anciens, les témoignages des premiers dis- ils y établissent plusieurs églises bien
ciples qu'il a rencontrés et ses propres sou- vivantes dont les membres sont en grande
venirs. Cette histoire, qui relate les princi- majorité issus du paganisme :c'est l'entrée
paux événements des années 30 à 63, en masse des païens dans l'Eglise.
trouve de précieux compléments dans les Aleur retour, en 49,surgit la grave ques-
lettres des apôtres. Transformés par tion :ne faut-il pas imposer aux païens qui
l'Esprit-Saint au jour de la Pentecôte, les se convertissent tous les rites duJudaïsme?
apôtres proclament la Bonne Nouvelle du Cette question lourde de conséquences
Salut par le Christ, d'abord à Jérusalem. provoque l'assemblée générale des autori-
Pendant deux ou trois ans, les disciples y tés de l'Eglise :ce qu'on appellera plus tard
demeurent groupés. Leur vie n'est pas tou- un concile général. A la suite de discus-
jours facile :le Sanhédrin, qui pensait bien sions serrées, l'assemblée prend une déci-
avoir fait disparaître le Christ à tout jamais, sion d'importance majeure :la foi au Christ
s'en prend plusieurs fois aux apôtres, cher- rédempteur et présent dans l'Eglise suffit
chant à les intimider pour étouffer leur voix, pour être sauvé. L'action de Paul est
mais en vain. Autour d'eux et sous leur approuvée, et son ministère auprès des
direction s'ébauche une première organi- païens, reconnu. Ona compris ce qu'écrira
sation; la vie chrétienne est caractérisée Paul quelques années plus tard (Galates,
par la foi enJésus, le baptême, l'eucharistie chapitre 3, verset 28) :«Il n'y a plus ni Juif
(ou fraction du pain) et l'amour fraternel. Le ni Grec, ni esclave ni homme libre, ni
nombre des croyants grandissant, les apô- homme ni femme : vous n'êtes tous qu'un
tres confient aux premiers diacres les ser- dans le ChristJésus. »Libre de la liberté du
vices de la charité. Lemartyre d'Étienne et Christ, l'Eglise va proclamer la Parole à
la conversion de Paul sont des événements tous les hommes.
LES GRANDES MISSIONS DE PAUL
1.La proclamation de la Bonne Nouvelle à Ephèse) se trouve en péril. Paul doit quitter
tous les hommes a été approuvée et encou- la ville sans tarder. Il séjourne paisiblement
ragée par l'assemblée de Jérusalem en 49. à Corinthe (hiver 57-58), puis rejoint Jérusa-
Dès lors, se sont les grandes missions de lem, y portant le produit d'une grande col-
Paul :il annonce jusqu'en Europe le Christ lecte organisée en faveur des pauvres de
crucifié. De 50 à 53, il parcourt avec Silas la ville sainte.
les routes d'Asie Mineure qu'il connaît bien. Il garde sans cesse «le souci de toutes
A Lystras, il s'adjoint le jeune homme qui les églises » qu'il a fondées. Il est parfois
deviendra son disciple le plus cher, Timo- obligé d'écrire aux Chrétiens qui lui posent
thée. La maladie l'immobilise pendant tout des questions ou dont il apprend les diffi-
l'hiver 50-51 sur les plateaux d'Anatolie, cultés doctrinales ou morales. C'est ainsi
dans un village galate. Au printemps, il se que commence de s'élaborer le Nouveau
hâte vers Troas, à proximité des Dardanel- Testament : lettres aux Thessaloniciens
les; il y rencontre Luc, le médecin d'Anti- (51), aux Corinthiens (56 et 57), aux Galates
oche, quisemble bien avoir eu des contacts et aux Romains (57).
avec des habitants de la ville de Philippes
en Macédoine. Paul et ses compagnons l'y 2. Captivité et dernières années de Paul.
suivent; les villes importantes de Philippes, Paul revoit donc Jérusalem, mais ses enne-
de Salonique (ou Thessalonique) et de mis provoquent contre lui une émeute et la
Bérée sont évangélisées avec succès. garde romaine le sauve de justesse; pour
Attiré par la fameuse Athènes, centre de la assurer sa sécurité, on le transfère à Césa-
pensée grecque, Paul s'efforce d'adapter rée, la capitale de la province romaine de
son discours à la sagesse grecque : mais Judée. Il y reste deux ans, car le gouver-
c'est un échec et une leçon qui dévelop- neur Félix espère obtenir de lui une bonne
pera son audace apostolique dès son arri- somme :cela permet à Luc de parcourir la
vée à Corinthe, capitale de la province Palestine et de rencontrer les témoins de la
d'Achaïe, ville importante, riche et corrom- vie du Christ, dont Jean, confident de la
pue autant que cosmopolite. QuelquesJuifs Vierge Marie. En 60, Paul, exhibant de sa
netardent pas de l'accuser de menées poli- qualité de citoyen romain, obtient de Fes-
tiques, mais le pro-consul Gallion refuse tus, le nouveau gouverneur, d'être envoyé
d'intervenir. Lajeune église de Corinthe se au tribunal impérial de Rome. Paul et ses
développe rapidement; elle réunit quel- compagnons sont donc conduits à Romeoù
ques Juifs, beaucoup d'esclaves et de tra- ils parviennent après unetraversée mouve-
vailleurs avec quelques riches. Unissant mentée (séjour de tout l'hiver à Malte). Paul
patience, tendresse et autorité parfois yreste deux ans, aurégime de la «custodia
sévère, Paul parvient à défendre et à gui- libera »(liberté surveillée). Il yproclame le
der ce troupeau singulier et attachant. Christ et écrit les «lettres de la captivité ».
Après dix-huit mois de séjour, Paul juge Ses dernières années nous sont connues
que son oeuvre est solidement assise; il par les épîtres qu'il adresse à Tite et à
s'éloigne avec ses compagnons et regagne Timothée. Il porte le suprême témoignage
Antioche par Ephèse, Césarée et Jérusa- du martyre en 67.
lem.
Nouveau départ pour la grande mission 3.LaRévélation s'achève avec les autres
d'Ephèse où Paul restera de 54à 57, ensei- écrits du Nouveau Testament : épître aux
gnant l'après-midi dans une école louée au Hébreux, lettres de Jacques, de Pierre et
rhéteur Tyrannos. L'expansion du christia- de Jude, ouvrages de Jean (Apocalypse,
nisme y est telle que l'orfèvre Démétrius trois lettres, et le quatrième Evangile, vers
ameute ses collègues et ses ouvriers dont 95).LeChristest le Verbe incarné, la Parole
l'activité (fabriquer et vendre des statuettes mêmede Dieu :Parole confiée aux apôtres,
de la déesse Artémis, ou Diane, adorée à intégralement transmise par eux ou sous
leur approbation; elle n'a donc besoin qui il a fait les mondes »(Hébreux, chapitre
d'aucun complément; jusqu'à la fin des 1,versets 1-2), «Et le Verbe s'est fait chair,
temps, l'Église a pour mission de l'invento- et il a habité parmi nous. Et nous avons
rier, de la comprendre toujours mieux, d'en contemplé sa gloire, celle que le Père
vivre et de la proclamer pour le Salut du donne àsonFilsunique. Personnen'ajamais
monde : «Après avoir bien souvent et de vu Dieu; mais le Fils unique, qui est dans le
multiples manières parlé jadis à nos pères sein du Père, lui, l'a révélé. »(Jean, chapitre
par les prophètes, Dieu, en ces jours qui 1, versets 14, 18).
sont les derniers, nous a parlé par le Fils, R. TAMISIER, p.s.s.
qu'il a établi héritier de toutes choses et par
LA CRÉATIONDU MONDE
En utilisant des images de son temps,
l'auteur inspiré veut enseigner que tout
l'univers créé vient de Dieu. Mais son
oeuvre est absolument bonne : le mal ne
vient pas de lui.
LE PARADIS
1
Dieu forma l'homme de la poussière
du sol et il lui insuffla un souffle de vie
et l'homme devint un être vivant.
Dieu planta un jardin en Éden du côté
de l'Orient et il y mit l'homme qu'il avait
formé. Le Seigneur fit sortir du sol toutes
sortes d'arbres d'agrément et d'arbres
fruitiers. Au milieu du jardin, il planta
l'arbre de vie et l'arbre de la connaissance
du bien et du mal.
Un fleuve sortait d'Éden pour arroser le
jardin et se divisait en quatre bras. Le
premier se nommait Phison, le deuxième
Gihon ; le troisième était le Tigre et le
quatrième, l'Euphrate. Dieu prit l'homme
et le plaça dans le jardin d'Éden pour
qu'il le cultive et le garde.
Et Dieu donna cet ordre à l'homme :
Tu pourras manger librement tous les
fruits du jardin, mais tu ne mangeras
pas ceux de l'arbre de la connaissance
du bien et du mal. Ne mange pas les fruits
de celui-là car, le jour où tu en mangerais,
tu mourrais sûrement!
Dieu dit alors : Il n'est pas bon que
l'homme soit seul. Je vais lui faire une
aide semblable à lui. Dieu amena d'abord
à l'homme toutes les bêtes des champs et
"ERRESTRE 1i
tous les oiseaux du ciel pour voir comment fond. Tandis que l'homme dormait, le Sei-
l'homme les appellerait et tous ces ani- gneur prit une de ses côtes. De cette côte,
maux prirent les noms que l'homme leur il forma une femme qu'il présenta à
donna. l'homme. Et l'homme dit : Voici cette fois
. L'homme donna des noms au bétail, aux celle qui est os de mes os et chair de ma
oiseaux du ciel, à tous les animaux des chair. Son nom sera Femme parce
champs. Mais, parmi eux tous, l'homme ne qu'elle a été tirée de l'Homme. Or
trouva pas de compagnon. Alors Dieu l'homme et la femme étaient nus, mais ils
plongea l'homme dans un sommeil pro- n'en avaient point honte.
La côte, chair et os, prépare l'expression courante en hébreu :«os de mes os et chair de ma chair »; nous
dirions : «de mêmenature ». Ce qu'doivent
expriment aussi une
réaliser les noms
unionhébreux
intime. : Ish (le mari) et Ishâ (l'épouse) qui
LE PÉCHÉ
ENTRE DANS LE MONDE
Poussés par l'Esprit du mal, le Serpent, dieu La femme répondit : Nous pouvons
adoré par les Païens, la femme et l'homme se manger les fruits des arbres du jardin,
révoltent contre Dieu : l'orgueil et la désobéis- excepté ceux de l'arbre qui est au milieu.
sance les séparent de lui. Dieu a dit de celui-là : « Vous n'en man-
gerez point et vous n'y toucherez point
La bête la plus rusée que le Seigneur sous peine de mort ».
ait faite était le serpent. Celui-ci dit à la — Vous ne mourrez pas, dit le serpent,
femme : Dieu vous a-t-il défendu de mais Dieu sait que, le jour où vous en
manger les fruits des arbres du jardin ? mangerez, vos yeux s'ouvriront. Alors
vous serez comme des dieux, connaissant
le bien et le mal.
La femme regarda l'arbre et vit que son
fruit était appétissant et semblait bon à man-
ger. Il lui parut désirable puisqu'il pouvait
donner la sagesse. Elle en cueillit un et le
goûta ; puis elle le partagea avec son
époux qui était près d'elle, et il en mangea
aussi. Alors leurs yeux à tous deux s'ouvri-
rent et ils furent troublés en se voyant nus.
Ayant cousu ensemble des feuilles de
figuier, ils s'en couvrirent.
Dans la fraîcheur du soir, le Seigneur
entra dans le jardin. L'homme et la femme
entendirent sa voix et se dérobèrent à sa
présence au milieu des arbres. Le Sei-
gneur Dieu appela l'homme et lui dit :
Où es-tu ?
— J'ai entendu ta voix dans le jardin,
répondit l'homme, j'ai eu peur parce
que je suis nu et je me suis caché.
— Qui t'a appris que tu étais nu ?
demanda le Seigneur Dieu. Aurais-tu
mangé le fruit de l'arbre que je t'avais
interdit de toucher?
L'homme dit : La femme que tu m'as
donnée pour compagne m'a présenté
du fruit de cet arbre et j'en ai mangé.
Le Seigneur Dieu dit à la femme :
Qu'as-tu fait?
— Le serpent m'a tentée répondit la
femme, et j'en ai mangé.
ADAM ET ÈVE CHASSÉS DU PARADIS TERRESTRE
Dieu doit punir les révoltés, mais il leur toi et la femme, entre ta descendance et la
laisse l'espérance. Fidèle à son amour, il sienne. Celle-ci t'écrasera la tête et tu la
leur promet un salut futur. mordras au talon.
Il dit à la femme :Je multiplierai tes souf-
LeSeigneur Dieudit au serpent :Puisque frances. Tu enfanteras dans la douleur ;
tu as fait cela, sois maudit entre toutes les tout teportera vers ton mari, mais lui agira
bêtes des champs. Tu ramperas sur le comme un maître.
ventre et tumangeras lapoussière tousles Il dit à l'homme : Puisque tu as écouté
jours de ta vie. J'établis une inimitié entre la voix de ta femme et mangé le fruit
défendu, le sol sera maudit à cause de toi. revêtit. Et il dit : Voici que l'homme est
C'est à force de peine que tu en tireras devenu comme l'un de nous qu'il prétend
ta nourriture tous les jours de ta vie. Il déterminer par lui seul le bien et le mal ;
produira pour toi des épines et des qu'iln'étendepas la main et neprennepas
ronces et tu mangeras l'herbe des champs. le fruit de l'arbre de vie qui lui donnerait
Tu gagneras ton pain à la sueur de ton la vie éternelle !
front jusqu'à ce que tu retournes à la Alors le Seigneur Dieu chassa l'homme
terre, puisque tu en as été tiré : car tu du jardin d'Éden pour lui faire cultiver
es poussière et tu retourneras en pous- la terre d'où il avait été tiré. Il le bannit,
sière. et il posta à l'orient du jardin des chéru-
Le Seigneur Dieu fit à l'homme et à sa bins avec un glaive flamboyant afin d'in-
femme des tuniques de peaux dont il les terdire l'accès à l'arbre de vie.
CAÏN ET ABEL
Le mal progresse dans l'humanité : Caïn fut irrité et la tristesse se répandit sur son
et ses descendants représentent les consé-
quences désastreuses du péché. Quelques
visage.
hommes cependant, à l'exemple d'Abel et Dieu lui dit : Caïn, pourquoi es-tu irrité
de Seth. restent fidèles à Dieu. et pourquoi ton visage est-il abattu ? Caïn
ne répondit point. Plus tard, lorsqu'ils
furent aux champs, Caïn se jeta sur son
frère et le tua.
Adam donna le nom d'Ève à sa femme Et Dieu dit à Caïn : Où est ton frère
et elle devint la mère de tous les vivants. Abel? —Je ne sais pas, répondit Caïn.
Elle enfanta Caïn et dit : Le Seigneur m'a Suis-je le gardien de mon frère ?
donné un fils. Puis elle enfanta Abel. Abel — Qu'as-tu fait ?dit Dieu. La voix du sang
fut pasteur de troupeaux et Caïnlaboureur. de ton frère crie de la terre jusqu'à moi.
Un jour, Caïn offrit à Dieu des produits La terre elle-même, qui a reçu de ta main
de la terre tandis qu'Abel lui consacrait le sang de ton frère, te maudit maintenant.
quelques-uns de ses agneaux les plus Lorsque tu cultiveras le sol, il ne te don-
gras et les plus beaux. Dieu fut satisfait nera plus sa richesse. Tu seras errant et
d'Abel et de son offrande, mais il ne le vagabond sur la Terre.
fut point de Caïn et de son offrande. Caïn Caïn dit au Seigneur : Mon châtiment
est trop grand pour être supporté. Voici aussi ceux qui jouent de la harpe et du
que tu me chasses aujourd'hui de la face chalumeau.
de la terre et je devrai me cacher loin Ève enfanta un autre fils. Elle l'appela
de ta face. Je serai errant et vagabond sur Seth, car Dieu le lui avait donné pour
la terre et quiconque me trouvera me remplacer Abel. Dieu bénit Adam en lui
tuera. donnant en Seth un fils à sa ressemblance.
Dieu lui répondit : Non! Qui tuera Caïn, Adam vécut jusqu'à un âge très avancé
Caïn en sera vengé sept fois. Et Dieu mit et Ève eut encore beaucoup de fils et de
un signe sur Caïn pour que quiconque le filles. C'est ainsi que les hommes se
rencontrerait ne le tuât peint. Puis Caïn multiplièrent sur la face de la terre et qu'il
se retira de devant Dieu et habita au pays y eut de nombreuses générations issues
de Nod, à l'orient d'Éden. d'Adam et d'Ève.
Plus tard, Caïn prit une femme qui lui A la neuvième génération naquit Noé.
donna un fils, Hénock. Il bâtit une ville C'était un homme juste, le meilleur de
qu'il appela aussi Hénock. C'est d'Hénock son temps, et il vivait conformément aux
que descendent ceux qui vivent sous la préceptes de Dieu. Il eut trois fils, Sem,
tente et sont pasteurs de troupeaux, et Cham et Japheth.
LE DÉLUGE
Le mal envahit à tel point le monde que la Prends avec toi tous les aliments néces-
justice divine doit s'exercer. Mais Dieu
assure le salut de Noé et de sa famille
saires. Fais-en provision pour qu'ils te
demeurés fidèles. servent de nourriture ainsi qu'à eux.
Noé avait atteint un grand âge lorsque
le déluge eut lieu.
Le Seigneur vit que les hommes étaient
devenus mauvais, que leurs esprits et
leurs cœurs étaient corrompus. Il regretta
d'avoir créé l'homme sur la terre et s'af-
fligea au plus profond de son cœur.
Alors Dieu dit à Noé :
J'ai décidé la fin de toute chair. Je
détruirai tous les êtres vivants sur la
terre, car la terre est remplie, par leur
faute, de mal et de violence. Construis-toi
une arche de bois de cyprès, ordonna
le Seigneur. Fais des compartiments dans
cette arche et enduis-là de bitume au-
dedans et au-dehors. Bâtis-là suivant ces
indications : elle aura trois cents coudées
de longueur, cinquante de largeur et
trente de hauteur. Tu feras à l'arche une
fenêtre et tu mettras une porte sur le côté.
Elle aura trois ponts : un pont inférieur,
un deuxième pont et un pont supérieur.
Voici que je vais envoyer sur la terre
un déluge qui détruira tout ce qui vit.
Mais avec t01je ferai alliance. Tu entreras
dans l'arche avec tes fils, ta femme et
les femmes de tes fils. De tout ce qui vit
sur la terre tu introduiras dans l'arche
un couple de chaque espèce, pour les
conserver en vie avec toi : un mâle et une
femelle, oiseaux, bétail, reptiles, tous les
animaux de la création viendront à toi
par couples pour que tu les gardes en vie.
14
GENÈSE 7
Puis le Seigneur referma sur Noé la de plus en plus sur la terré et recou-
porte de l'arche et les eaux du déluge vrirent toutes les hautes montagnes qui
inondèrent la terre. Toutes les sources du sont sous les cieux. Les eaux-s'élevèrent
grand abîme jaillirent et les écluses des de quinze coudées au-'dessus des hautes
cieux s'ouvrirent. La pluie tomba sur la montagnes. Tout ce qui sur. terre était
terre quarante jours et quarante nuits. Les animé du souffle de la vie périt : oiseaux,
eaux montèrent et soulevèrent l'arche au- bétail, animaux, reptiles, hommes. Tout
dessus de la terre. Les eaux s'étendirent être vivant qui se trouvait sur la surface
et continuèrent à monter. Et l'arche flottait du sol fut détruit. Seul Noé survécut et
à la surface des eaux. Les eaux grossirent ceux qui étaient avec lui.
NOUVEAU DÉPART DE L'HUMANITÉ
Dieu se souvint de Noé et de toutes les échoua sur le mont Ararat. Puis les eaux
bêtes qui se trouvaient avec lui dans continuèrent à baisser jusqu'au premier
l'arche. Il fit passer un vent sur la terre jour du dixième mois où les sommets des •
pour calmer les eaux, montagnes apparurent.
Les sources de l'abîme, les écluses des Au bout de quarante jours, Noé ouvrit
cieux furent fermées et la pluie cessa de la fenêtre de l'arche et lâcha un corbeau
tomber du ciel. Les eaux baissèrent après qui partit et revint. Il lâcha ensuite une
cent cinquante jours, si bien que, le dix- colombe pour voir si les eaux avaient
septième jour du septième mois, l'arche séché quelque part sur la terre. La
GENÈSE 9
PROMESSES DIVINES
L'HÉRITIER ANNONCÉ
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